LES OBSÈQUES DE MIRBEAU

RACONTÉES PAR GEORGES PIOCH

Pendant longtemps, l’affaire du faux « Testament politique d’Octave Mirbeau » a fait
du tort au prestige posthume du grand écrivain et a brouillé durablement son image, malgré
les protestations indignées de ses amis, à qui la presse, dans une belle unanimité, a alors
refusé d’ouvrir ses colonnes1. Léon Werth a bien rédigé un texte pour démontrer la “forgerie”,
« Le “Testament politique d’Octave Mirbeau” est un faux », mais il est resté manuscrit et n’a
été publié qu’en 1990, en annexe de notre édition de ses Combats politiques2. Il en va de
même des notes inédites de George Besson, que Chantal Duverget a publiées dans nos
Cahiers il y a deux ans3, et de celles prises par Paul Léautaud, restées consignées dans son
journal. Quant à Michel Georges-Michel, dont nous avons publié naguère le tardif témoignage
de 19204, s’il évoque bien le faux testament et l’attribue lui aussi à Gustave Hervé, il ne faisait
pas partie des intimes de Mirbeau, et nous ne sommes pas sûrs qu’il ait assisté à ses obsèques.
En revanche, Georges Pioch (1873-1953) était et est toujours resté un fidèle admirateur de
l’écrivain5, dont il partageait l’engagement éthique, libertaire et pacifiste et auquel il a
consacré la bagatelle de dix-sept articles dithyrambiques en quatre décennies 6. Aussi est-il
intéressant de découvrit le récit qu’il nous a laissé de l’enterrement de Mirbeau, cinq ans
après, dans les colonnes de L’Humanité, quelques mois seulement avant de se faire exclure du
tout jeune Parti Communiste Français à cause de son impénitent pacifisme qualifié de « petit-
bourgeois ».
Quelque peu oublié aujourd’hui, le poète et journaliste Georges Pioch n’est pas pour autant un
inconnu et il a joué un rôle non négligeable dans les débats qui ont traversé et divisé la gauche
française dans la première moitié du vingtième siècle. Ardent dreyfusard, il a collaboré au
Mercure de France et au Libertaire, puis a été rédacteur en chef du Gil Blas7 et des Hommes
du jour, aux côtés de Victor Méric, il a participé à la fondation de deux revues pacifistes, La
Caravane et Franchise, a été successivement adhérent de la S.F.I.O., à partir de 1915, puis du
Parti Communiste, après le congrès de Tours. Il a alors collaboré à L’Humanité, avant d’être
chassé du parti et de son organe et de fonder une éphémère Union Socialiste-Communiste. Il
consacrera dès lors l’essentiel de son temps au combat pour la paix, notamment au sein de la
Ligue internationale des combattants de la paix, fondée par Victor Méric, dont il sera élu
président en 1931 et qu’il quittera en 1937 à cause de la regrettable mollesse de ses
condamnations de la répression stalinienne. Ce pacifisme le conduira malheureusement,
d’abord à prôner la non-intervention pendant la guerre d’Espagne, et ensuite, sous

1 Sur cette affaire, voir la notice « Faux testament » dans le Dictionnaire Octave Mirbeau
(http://mirbeau.asso.fr/dicomirbeau/index.php?option=com_glossary&id=774).
2 Octave Mirbeau, Combats politiques, Librairie Séguier, 1990, pp. 268-273.
3 Chantal Duverget, « George Besson, compagnon de route d’Octave Mirbeau », Cahiers Octave Mirbeau, n°
20, 2013, pp. 187-199.
4 Pierre Michel, « La Mort d’Octave Mirbeau vue par Michel Georges-Michel », Cahiers Octave Mirbeau, n°
18, 2010, pp. 190-194.
5 En témoignent notamment tous les articles qu’il consacrera aux Affaires sont les affaires et où il ne cessera de
dénoncer le monopole que Maurice de Féraudy s’est octroyé sur le rôle d’Isidore Lechat, ce qui limite
drastiquement le nombre de représentations, à la Comédie-Française, de ce qu’il considère comme le chef-
d’œuvre du théâtre moderne. Voir aussi cet article au titre nostalgique, « Un qui nous manque : Octave
Mirbeau », paru dans Le Soir, le 21 février 1929.
6 Sur Georges Pioch, nous renvoyons à la notice biographique de notre ami Gilles Picq, sur le site de Tybalt :
http://tybalt.pagesperso-orange.fr/LesGendelettres/biographies/Pioch.htm.
7 Le 11 août 1911 il y a fait paraître une interview de Mirbeau, qui parle notamment de Dingo.
l’Occupation, à accepter de tenir, jusqu’en 1943, la chronique littéraire et musicale de
L’Œuvre, l’organe anti-guerre (« Mourir pour Dantzig ? »), puis collaborationniste, de Marcel
Déat. Ce dernier épisode n’est certes pas à sa gloire, mais force est de lui reconnaître des
circonstances atténuantes : car c’est son horreur absolue de la guerre qui aura été, pendant un
demi-siècle, l’alpha et l’oméga de son engagement.
Et c’est, bien sûr, de cette horreur que témoigne le texte qu’il fait paraître, le 3 septembre
1922 dans L’Humanité, sur « la fin d’Octave Mirbeau ». Pour Georges Pioch, Mirbeau n’est
pas seulement un « des plus grands écrivains » français, auteur de chefs-d’œuvre destinés à
devenir classiques, à l’instar de Les affaires sont les affaires. C’est aussi, et peut-être surtout,
un modèle d’éthique humaniste, un Tolstoï à la française, un homme farouchement attaché à
sa liberté de pensée et de parole, qui a sacrifié à ses combats pour la Justice et la Vérité sa
sérénité et ses chances de bonheur durable : il admire chez lui « quarante ans d'une âpre
indépendance et soixante-sept ans d'une vie où le bonheur ne vint pas ». Célébrer Mirbeau,
alors que se déroule à travers l’Europe une sanglante boucherie chantée par des aèdes
planqués et sans vergogne, c’est, bien évidemment, s’élever contre cette monstruosité que,
brusquement, un renégat tel que Gustave Hervé s’est mis à sacraliser, rebaptisant La Victoire
la vieille Guerre sociale et substituant la guerre des peuples, qui repose sur la haine de l’autre,
à la lutte des classes, menée au nom d’un idéal de société sans classes. Le récit des obsèques
du père de l’abbé Jules et de Sébastien Roch constitue donc une belle occasion de discréditer
à tout jamais, aux yeux des honnêtes gens, le « patriotiquement excrémentiel » Gustave Hervé
et ses pareils, qui se gargarisent de “belles” paroles, aussi creuses que grandiloquentes,
pendant que des millions d’hommes s’étripent absurdement sur tout le continent. En nous
obligeant à découvrir le grotesque d’Hervé, « clown » sans conscience, pantin « vantard »
totalement dépourvu de la moindre dignité, il interdit à ses lecteurs d’accorder le moindre
prix à ses propos, condamnés à rester à tout jamais confinés dans les poubelles de l’histoire.
Comme les autres amis de Mirbeau, Georges Pioch situe le « faux patriotique » que
constitue le prétendu « testament politique d’Octave Mirbeau » dans la lignée de celui
concocté vingt ans plus tôt par le colonel Henry dans l’espoir d’accabler un innocent officier
juif. Comme Léon Werth, il voit dans le style même du texte, et dans la forfanterie de la pose
y affectée, la preuve indubitable qu’il ne saurait en aucune façon ni un seul instant être
attribué à Mirbeau, dont toute l’œuvre est là qui proteste. Mais, à la différence des autres amis
de l’écrivain disparu, il attribue le faux, non à l’auteur du discours « excrémentiel », mais au
fils du Père Loyson, le défunt Paul-Hyacinthe Loyson, qui avait jadis, publié un article,
intitulé « Les Maquilleurs de cadavre », pour dénoncer les amis de Mirbeau qui osaient
dénoncer le faux grossier. C’est sans doute cet article, paru dans La Revue en janvier 1918,
qui l’a incité à en conclure que Loyson était seul l’auteur du faux. Mais cette hypothèse n’est
guère plausible, car Loyson était totalement inconnu de Mirbeau et n’a jamais, à notre
connaissance, été introduit auprès du vieillard affaibli par sa future veuve abusive.
Le fait que l’article de Georges Pioch paraisse dans L’Humanité à un moment où le
Parti Communiste est confronté à une crise provoquée par les directives de l’Internationale
Communiste, présente aussi l’intérêt de coller à l’actualité du débat en cours : de même que
l’ancien antimilitariste Gustave Hervé, jadis emprisonné pour ses idées pacifistes, était devenu
un belliciste à tous crins au nom de la Patrie, de même les dirigeants communistes français
prêts à se soumettre à la nouvelle Internationale, oubliant leur pacifisme et leur
internationalisme de principe, en arrivent à justifier la guerre au nom de la Révolution et à
cracher sur les combattants de la paix, qualifiés avec mépris de « petits bourgeois », comme
s’ils étaient passés à l’ennemi. En tournant Hervé en dérision, Pioch fait d’une pierre deux
coups : il tâche aussi d’ouvrir les yeux à ses lecteurs, antimilitaristes et révolutionnaires, dont
l’idéal, certes, est communiste, mais qui devraient être réfractaires à toute caporalisation des
esprits par les dirigeants de l’Internationale et hostiles à la trahison de leur idéal au nom d’une
Révolution aussi sacralisée que l’était la Patrie par Hervé et ses semblables.
Pierre MICHEL

Photo de Georges Pioch en 1909
(empruntée au site Internet de Tybalt)

* * *

Georges Pioch

POUR NE PAS OUBLIER

La fin d’Octave Mirbeau

Les Cahiers d’aujourd’hui ont fait paraître, dédié au souvenir d’Octave Mirbeau, un
numéro remarquable, signé de noms qui nous sont chers : Séverine, Léon Werth, Charles
Vildrac, Tristan Bernard, Sacha Guitry, Marguerite Audoux, Frantz et Francis Jourdain, Valery
Larbaud, Ernest Tisserand, Henri Béraud, François Crucy, etc. Mon ami Georges Besson,
directeur de cette belle revue, conviendrait, j'en suis sûr, que Mirbeau ne serait pas tout à fait
raconté, même par les plus conscients de ses admirateurs, si l'histoire de ses obsèques n'était
pas exactement publiée.
La voici. Et, sans doute, sur tant de souvenirs ignominieux qui nous seront – ct
jusqu'au bout, hélas ! – le relent mental de la guerre, celui-ci peut-il l'emporter dans notre
dégoût.
Le lendemain du jour (16 février 1917) qui nous prit Octave Mirbeaû, il parut,
dans Le Petit Parisien, un « testament politique » que, disait-on, il avait « dicté »…
Mirbeau dictant un testament politique » : l'imposture s'avouait ainsi, par un trait trop
naïf pour qu'un rire funèbre ne secouât pas ceux qui eurent honneur d'être des amis personnels
der ce grand ironique, et tous les lecteurs de Sébastien Roch, de L'Abbé Jules, du Calvaire, de
Les affaires soit les affaires, du Foyer, du Jardin des supplices, de La 628-E8, etc.
Vous n'avez pas oublié ce tissu de niaiseries patriotiques et de bellicisme vantard dont
la trame était, vraisemblablement, de l’oubliable Paul-Hyacinthe Loyson 8. Ce dernier étant
feu, et bien feu, il convient de n'en plus rien dire.
Tout l'œuvre de Mirbeau répondait, et pour lui-même, et pour sa postérité, contre ce «
testament » saugrenu. Mais cet œuvre, qui est souvent d'un Tolstoï francisé par les humeurs
d'Alceste, n'y eût-il pas pourvu, que ledit « testament » eût suffi à nous rassurer contre la fin
où son dernier entourage condamnait et tentait d'avilir Mirbeau.
Incurablement frappé dans son être physique, vieilli, intellectuellement seul, comment
se fût-il arraché à ceux qui subornaient son agonie et qui montraient, à l'envi, et
quotidiennement, qu'ils étaient assez grands patriotes pour déterrer les morts afin de faire
d'eux des guerriers ?
Heureusement, l'œuvre durait, et d'ailleurs le « testament » nous administra, par sa
littérature, la preuve d'un faux tel qu'il fallut bien reconnaître que, depuis le colonel Henry,
faussaire par… patriotisme, on n'avait pas fait aussi bien. La « dictée » produite par Le Petit
Parisien illustrait, en effet, incomparablement, cet axiome de la Sagesse des Nations que
« traduire, c'est trahir9 ».
Les obsèques de Mirbeau devaient mettre le comble à cette trahison, sans profit
pour les traîtres eux-mêmes. À cette trahison pour l'art, eût-on dit autrefois, « pour la patrie,
pour la victoire », disait-on alors.
Quelque mille amis, admirateurs, ou sympathiques, s'étaient rassemblés devant
le domicile, mortuaire. Par, les avenues Friedland et Kléber, ils avaient accompagné Mirbeau
à sa dernière demeure, qui est le cimetière de Passy. Ils menaient leur affliction, leur regret,
dans un jour où le visage de l'hiver se montrait voilé, grave et doux. Ils répondaient au «
testament » par ce que Mirbeau eût certainement souhaité que l'on apportât à son cercueil : un
très douloureux et très fervent silence.
Les porteurs s'étaient déchargés du cercueil… La tombe se découvrait, béante. Nous
attendions, indécis. Sans doute, allions-nous, les uns et les autres, passer devant la veuve,
devant la famille, nous incliner, dire tout bas ce que les mots voudraient dire et, tous, saluer
dans ce mort sincèrement pleuré, .quarante ans d'une âpre indépendance et soixante-sept
ans10 d'une vie où le bonheur ne vint pas. C'eût été tout. Et c'était assez – le Souvenir et
l'Amour, eux, continuant.
Mais quelqu'un parlait11…
Là stupeur plus encore que la paix convenable des cimetières, nous fermait la bouche.
Mais j'ai su, ce jour-là, ce que c'est que de « pleurer de rage ». Je me souviens du ton qu'eut
ma femme pour me dire : « Je t'en supplie, tais-toi ». Et je vois encore les yeux ingénus que
Mme Lara12 ouvrait infiniment, comme pour crier de toute son âme « Est-ce possible ? »
8 Paul-Hyacinthe Loyson (1873-1921) était le fils d’un prêtre catholique défroqué et marié, Charles Loyson
(1827-1912), alias Père Hyacinthe, fondateur d’une dissidente “Église Gallicane”. Auteur dramatique (Les Âmes
ennemies, 1907, L’Apôtre, 1911) et poète (Sur les marges d’un drame, 1901), Loyson fils a publié un article,
« Les Maquilleurs de cadavre » (La Revue, janvier 1918, pp. 331-343) pour accuser les amis de Mirbeau d'avoir
tenté de maquiller son cadavre en contestant son pseudo-« Testament politique », alors que, selon lui, l'écrivain
aurait rédigé ce texte en pleine possession de ses moyens intellectuels.
9 Allusion au dicton italien : « traduttore, traditore ».
10 En fait, Mirbeau est mort le jour de ses soixante-neuf ans. En le faisant naître en 1850, Georges Pioch
commet la même erreur que Jules Huret dans sa notice sur « Octave Mirbeau » de La Grande encyclopédie
(1900). Il la réitérera dans un article bien postérieur, « Voilà cent ans naissait Octave Mirbeau », Nice-Matin, 27
juin 1950.
11 Le discours de Gustave Hervé a paru dans La Victoire du 20 février 1917, sous le titre : « Sur la tombe
d’Octave Mirbeau ». La Victoire est le nouveau titre adopté par Gustave Hervé, au lendemain de la déclaration
de guerre, pour rebaptiser l’ancienne Guerre sociale.
12 Actrice de la Comédie-Française, Louise Lara, mère du cinéaste Claude Autant-Lara, a créé le rôle de
Germaine Lechat, pour lequel Marthe Brandès avait été initialement pressentie, avant qu’elle ne décide de quitter
C'était possible. Un malheureux parlait. Ah ! le cochon !...
Nous nous envisagions, les uns les autres, réduits, par la simple majesté du cimetière, à
subir son éloquence porcine, ses affirmations de Père Loriquet 13 rouge. M. Gustave Hervé
s'assouvissait, qui, d'une voix pauvre de sexe, avec des inflexions d'ivrogne, éructait les
déchets quotidiens de sa prose de guerre : « humanitaristes attardés », « pacifistes bêlants »,
etc., déchets clinquants d'un verbalisme que certains révolutionnaires ont, depuis, cru devoir
adopter14.
Il faudrait Mirbeau lui-même – ou Léon Bloy, fertile en sublimes invectives – pour
peindre dignement la liesse que se donnait, en parlant devant un cercueil vénérable, le moins
vergogneux des renégats, le plus béat comme le plus impudique des clowns. Dans ce
« numéro » inespéré, il surpassait en savoir-faire ces prêtres que l'on renomme pour avoir,
agréablement à l'Église, « détourné » l'agonie d’athées fameux15.
Il disait, ce malheureux : « Ceux qui voulaient saboter la patrie. » Oh ! votre ironie,
cher Mirbeau !...
Il dit : « Du fond de votre fauteuil vous avez participé à la victoire de Verdun »…
Patriotiquement excrémentiel, il se déposait sans réticence sur la tombe de l'homme le
moins fait pour finir sous une telle verve.
Parlait-il « au nom de Mme Octave Mirbeau, au nom de la famille et de quelques amis
d'Octave Mirbeau » ?... Nous eussions subi, résignés à l’accident, courbés comme bétail sous
l'orage – l'œuvre incorruptible du mort nous consolant de ceci, et du reste.
Mais ce pochard de l'imposture avait prononcé : « Au nom des amis d'Octave Mirbeau.
Au nom de ses compagnons de lutte… »
Était-ce assez ? Non, nous entendîmes encore ceci : « Au nom des artistes, des
littérateurs ». Hervé porte-parole des littérateurs; des artistes, c'était un avant-goût de la
Victoire… Et nous devons croire au miracle, puisque les tombes du cimetière de Passy
poussèrent le respect de leurs morts jusqu'à ne pas éclater de rire.
Nous n'avions pas bronché. Mais tous, nous nous retenions de crier : « Pardonnez-lui,
Mirbeau, il ne sait ce qu'il fait. »
Il arriva portant qu'il se tut. Alors, un fonctionnaire s'avançant vers nous, appela « les
personnes qui désirent défiler devant la famille »… cette famille à laquelle le serein Hervé
s'était réuni, tout naturellement.
Nous ne nous étions pas concertés. Mais l'harmonie, pour peu que les hommes fassent
silence, est aisément de ce monde. Et l'on vit ceci : Séverine prendre la tête du cortège, et
quelques-uns la suivre, Marguerite Audoux, Lara, Paul Léautaud, Francis Jourdain, Roussel,
d'autres, et le signataire de ces lignes. Un chemin nous menait vers la famille, tout aggravée
d'Hervé. Nous y avançâmes jusqu'à l'endroit où un autre chemin nous permit de défiler, certes,
mais sans passer devant l'étonnante famille au premier rang de laquelle s'épanouissait, chaque
seconde un peu plus, l'inépuisable Gustave. Je jurerais que d'autres, Régis Gignoux 16,

la Comédie-Française. Elle s’est distinguée par son féminisme et son pacifisme, qui lui ont valu beaucoup de
critiques.
13 Jean-Nicolas Loriquet, dit le père Loriquet, était un célèbre jésuite, né en 1760, mort en 1845. Auteur de
livres “d’histoire”, où il tripatouillait allègrement les faits pour les faire cadrer avec les doctrines jésuitiques,
notamment dans son Histoire de France à l’usage de la jeunesse et son Histoire ecclésiastique par demandes et
par réponses.
14 Allusion aux directives de l’Internationale Communiste, qui justifiait la guerre si elle était menée pour la
défense de l’État socialiste et dans l’intérêt du prolétariat international. Georges Pioch était au contraire un
pacifiste radical, ce qui l’amènera à prôner la non-intervention dans la guerre d’Espagne.
15 Notamment Littré.
16 Régis Gignoux (1878-1931) a commencé par écrire des poèmes, a voyagé en Orient et en a rapporté nombre
d’articles d’impressions orientales, avant d’entamer une carrière journalistique. Il a notamment collaboré au
Figaro, à Paris-Journal et à Comoedia, Après la guerre, il fera jouer plusieurs pièces, notamment La
Sacha Guitry, etc., qui poussèrent le sacrifice jusqu'à essuyer ses remerciements, nous ont jeté
un œil d'envie.

Régis Gignous, par Charles Gir

Le malheureux qui causa ce scandale a écrit : « La guerre finie, on me comprendra
mieux… Alors nous serons tous d’accord. »
Ainsi, sans doute, en appelait-il à l'oubli, qui lui tint toujours lieu de conscience.
Mais l'oubli lui-même ne pourrait oublier la violation opérée, dans le cimetière
de Passy, sur la dépouille et sur l'œuvre d'un des plus grands et des plus libres parmi les
écrivains qui ont donné du verbe à la révolte humaine, et ce spectacle sacrilège : M. Gustave
Hervé cuvant un de ses articles et posant – ô Gassier 17 ! – pour sa propre statue devant le
cercueil d’Octave Mirbeau.
Georges Pioch
L'Humanité, 3 septembre 1922

Castiglione., Le Monde renversé et L’Appel du clown. Il était d’inspiration libertaire et pacifiste.
17 H.-P. Gassier (1883-1951) était un illustrateur des Hommes du jour et de La Barricade. Il était lui aussi
libertaire, pacifiste et antimilitariste, comme Pioch, Méric et Mirbeau. Plus tard il sera communiste et collaborera
à L’Humanité et à Floréal, avant de revenir à la S.F.I.O.

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