La politique est-elle une affaire de spécialistes ?

Analyse du sujet :

Question d’une grande actualité : la politique qui devrait être l’expression
de tous est vécue par chacun comme une dépossession. Mais, ainsi posée, la
question semble fermée. La politique est censée prendre en charge l’organisation
collective et viser le bien commun. Il paraît donc contradictoire qu’elle soit le fait
de professionnels spécialement formés. Le terme « affaire » est de plus très négatif
car il marque une exclusivité. La politique est l’affaire des spécialistes, ce n’est
donc pas notre affaire. Le sujet semble réglé : la politique devrait être l’affaire de
tous alors qu’elle est accaparée par certains.
Pour débloquer ce sujet et montrer sa pertinence, il faut mettre en question
la capacité de tous à faire de la politique, tant il est vrai qu’une majorité peut se
mettre d’accord sur une absurdité. La politique porte sur des questions générales
et complexes. Peut-être implique-t-elle alors des compétences spéciales qui ne
sont pas à la portée de n’importe qui. Mais quelles compétence ?
De plus, on ne saurait se contenter de mettre en accusation les hommes
politiques. Si la politique est laissée aux spécialistes, c’est que les hommes du
commun s’en désintéressent. « Qu’ils décident et me laissent tranquille ! »,
semblent dire nos contemporains. Ce que ce sujet met radicalement en question,
c’est par conséquent notre désir de faire de la politique.
Problème : Sommes-nous concernés et comment par le bien commun ?

I/Y a-t-il une science de la politique ?

a. Les prétendants au pouvoir sont multiples. Il faut identifier celui qui
possède le savoir qui rend capable de gouverner. Platon, République, L.VI, 488a-
489a.

b. Les spécialistes de la politique : figure ancienne des sophistes et figure
moderne des conseillers en communication. Platon, République, L. VI, « Le gros
animal », 493 a-e.

c. De quoi la politique est-elle le savoir ? La science porte sur des relations
nécessaires alors que la politique se fait dans des situations contingentes. La
compétence requise est un art de décider. Aristote.

Transition : La question de la sélection des gouvernants ne doit pas
occulter celle de l’investissement politique des gouvernés.

II/La politique comme activité séparée

a. L’époque moderne est indissociable de l’entrée en scène du peuple
exigeant le pouvoir. Flaubert, L’éducation sentimentale, Partie III, Chap. 1 (« Tout
à coup, la Marseillaise retentit »…). Mais, en dehors des rares moments
d’intensification de la vie politique, la tendance est au désintérêt général pour la
politique. Il faut s’en inquiéter : l’indifférence à la politique est propice à la
tyrannie. Tocqueville, De la démocratie en Amérique, Quatrième partie, Chap. 6.

b. Comment expliquer notre dépolitisation ? C’est que nous concevons
notre liberté comme une affaire privée qu’il faut protéger contre la politique qui
pourrait l’en priver. Constant, De la liberté des anciens comparée à celle des
modernes.

c. La politique est une activité séparée du fait de la séparation des hommes
entre eux. Si nous n’avons concrètement rien de commun, alors le commun ne peut
exister que dans l’abstraction politique. Marx, La question juive (« L'État politique
parfait est, d'après son essence, la vie générique de l'homme par opposition à sa
vie matérielle… »).

Transition : Comment réaliser la politique et la faire descendre du ciel des
idées ?

III/La politique comme dimension de l’existence avec les autres

a. Nombreuses sont les propositions pour dé-professionnaliser la politique
et la remettre aux mains de tous : référendum, non-cumul des mandats, égalité
dans les chances d’accéder aux charges, etc. Mais ces propositions ne prennent pas
le problème à sa racine qui est la séparation des hommes dans la vie sociale. La
politique peut alors bien devenir l’affaire de tous, elle reste néanmoins une affaire
parmi d’autres.

b. Redéfinition de la politique : ce n’est pas l’art de gérer l’Etat, c’est une
manière d’être ensemble en fabriquant du commun. Le bien commun n’est pas une
chose obscure et complexe. Rousseau, Contrat social, L. IV, Chap. 1.

c. Il faut donc chercher la politique hors du jeu des institutions. Elle est à
trouver entre les hommes qui sentent, font et décident ensemble. Cela suppose
qu’ils se réapproprient les conditions communes de leur existence. Bookchin, Le
municipalisme libertaire, « En limitant la vie politique uniquement aux assemblées
citoyennes, on risquerait d’ignorer l’importance de leur enracinement »…

Conclusion :
La politique devrait être le souci du commun au lieu d’être la gestion des
intérêts. Notre situation écologique touchera bientôt tout le monde également. La
politique à venir sera-t-elle une cosmo-politique ?

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