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La libre circulation des personnes est un sujet sensible.

Sensible pour les Européens qui regardent l'Europe comme un
espace sans frontières. Sensible pour l'Union, car la protection des « quatre libertés fondamentales » est l'une de ses
missions. Sensible pour les Etats, car la crise a renouvelé la question migratoire.

Ainsi, la circulation des personnes, notamment des travailleurs, est contestée. Au niveau des Etats, l'exemple
britannique est éloquent. Débordé par l'Ukip, David Cameron souhaite faire de la libre circulation un axe de
renégociation de l'appartenance à l'Union. Angela Merkel, pourtant accommodante, a indiqué qu'il s'agissait d'une ligne
rouge. Le temps est loin où Londres poussait un élargissement à l'Est. Il y a là quelque ironie de la part de la capitale de
la finance mondiale, qui sait devoir tant à la présence de Français bien formés. Plus largement, la plupart des études,
dont celle publiée en novembre 2014 par la Royal Economic Society, montrent l'effet positif sur l'économie britannique de
la libre circulation des personnes.

De tels excès ne se limitent pas aux Etats. En période de crise, syndicats et partis politiques reprennent le discours
éculé antitravailleur étranger. En écho aux débats qui ont entouré la directive Bolkenstein et le référendum de 2005, les
critiques se sont développées à l'égard de la libre circulation des travailleurs qui s'installent (migrants) ou sont envoyés
en mission ponctuelle (détachés).

Dans un tel contexte, il n'est pas inutile de rappeler quelques faits.

Quantitativement, d'ici à 2020, pour des raisons démographiques, l'Europe perdra 7,5 millions de travailleurs dans la
tranche des 16-65 ans (2,2 % de sa population active), tandis qu'elle augmentera autant dans le reste de l'OCDE.
Toutes choses étant égales par ailleurs, le maintien du PIB par tête exige donc de mobiliser la main-d'oeuvre. Or, malgré
un chômage élevé au Sud et des besoins forts au Nord, près de 10 fois moins d'Européens que d'Américains vont
chercher du travail hors de l'Etat où ils sont nés, et seuls 3 % des Européens travaillent hors de leur pays d'origine.

A cet égard, la zone euro illustre bien la théorie des zones monétaires optimales (Mundell) : une politique monétaire
unique exige que les quantités s'ajustent aux chocs asymétriques. Ainsi, l'Allemagne en pénurie doit pouvoir accueillir
des travailleurs espagnols. Logiquement, selon l'OCDE, l'Allemagne est devenue la deuxième destination du monde
pour les émigrés (465.000 arrivants en 2013).

Qualitativement, les faits sont également têtus : l'Europe connaît des pénuries de compétences. En France, l'enquête «
Besoin en main-d'oeuvre 2014 » du Crédoc et de Pôle emploi (avril 2014) indiquait que 34,7 % des projets d'embauche
en 2014 se heurteraient à un manque de main-d'oeuvre.

Dans ce contexte, la libre circulation est essentielle pour les entreprises en recherche de compétences. En Europe, le
nombre de personnes détachées dans un autre Etat membre a été multiplié par près de 20 en quinze ans. En France,
leur nombre atteint 250.000 personnes. Dans le domaine de la construction, dans l'industrie, la capacité des acteurs à
répondre à des cahiers des charges complexes dans des délais étroits rend indispensable le recours au détachement.
La réciproque est vraie : chaque année, autant de Français partent en mission dans un autre Etat membre.

Naturellement, la libre circulation des travailleurs doit être encadrée. A cet égard, le droit communautaire est vigilant.
Ainsi, la Cour de justice a estimé en novembre 2014 que la libre circulation ne faisait pas obligation aux Etats d'octroyer
des prestations sociales à des citoyens européens venus sur le territoire non pour travailler mais pour manifestement
bénéficier d'un système social plus favorable. En sens inverse, et cette fois à des fins de protection des travailleurs, les
conditions du détachement, objet d'un encadrement juridique très protecteur, ont encore été durcies par une directive
européenne du 28 mai 2014.

En savoir plus sur https://www.lesechos.fr/17/02/2015/LesEchos/21879-041-ECH_la-libre-circulation--une-necessite-

pour-l-economie-europeenne.htm#wBJ0wYKjIDTS3JL1.99