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University of Ottawa

http://www.archive.org/details/oeuvrescomplt01 sarnuoft

.

.,

-::(-~

·L,ÉLITE

DE

LA

RÉVOLUTION.

ŒUVRES COMPLÈTES

Il b

SAINT-JUST,

DE LA RÉVOLUTION. ŒUVRES COMPLÈTES Il b SAINT-JUST, TOME PREMIER . EUGÈNE t , FASQVELLE 1

TOME

PREMIER .

EUGÈNE

t

,

FASQVELLE 1

l' 1

Dt Ql'\JS - 11.f

IQ08.

ÉDITEUR,

t1

ŒUYRES COMPLÈTES

or

SAIN 1 1 - J U S "f

L'l~LlTE DE LA

RÉVOLUTI OX

Œl 'RES Cff\IPLÈTES

DE

SAINT-JUST

AYEC L:\E I:\TnODUCTIOX ET DES :.\'OTFS

LIBR.1m11

P~\R

CHARLES

VELLAY

J tour t·s lettres

TO)JE

PREmF.H

PARIS

UL-1.RPE'iTIER

EUGÈNE f ASQUELLE.

FT

ÉDITEUR

lt

Rt.:'F.

DE

GllEXELLE,

EUGÈNE f ASQUELLE. FT ÉDITEUR lt Rt.:'F. DE GllEXELLE, F \.;.,Qr ELLE 11 !90K Tous droits

F \.;.,Qr ELLE

11

!90K

Tous droits réservês.

AVANT-PllOPOS

Aucune tentative n'a été faite jusqu'à cc jour pom

œuvrns <'omplètes de t'ainl-.Just.

L'édition qui parut. ou 18:H, sous o titre: (Œ:1m·es de Saint-Just, ne contient quo les rapport -; <'l les principaux ùiscours de :3aint-Jnst, ainsi riue ]p; f rag-

réunir et clar;.;r.r lrs

ments d'Instit11tions dpublicainl'ç. ()rgrwt d

l' /~<prit

de la Révolution avaient été publi '" par "aint-.Jw 0 t lui-mi'·mc, l'un en 1789, l'autre en Ji91. D'autre part, si l'on en excepte quelques documrnts puliliés au hasarù de la rencontre, et les fragments donnés

dans Papiers inédits trouv !s cite~ Rrdr'spfrr,,e, Samt- Just et Paya11, supprimh 1,11 omis par Co11rtrii., (Paris,

1828,, le reste de l'œuvre de Saint-Just e,,t ùemcuré inconnu. Assurément, dans cette œuvre diverse et hâtive, tout n'est pas d'une égale valeur. l\Iais tout. du moins, est ù'une importance documentairf' indis<'u- table. C'est pour cela qu'on trouvera ici, en même temps que le~ rapports et les discours politiques, les premiers rssais de la jeunesse de Saint-Just , c& qu'il nous a été permis de retrouver de sa corre,;pon·

Il

A\'A\T-PnOPOS

dance, et les acles officiels du Comité (le salul public et Jcs Armées, qu'il rr r,;Jig1;s ou ~igll(:s. ll1•plac1:,,

dans la. suite cht·nnnln,_:·i1111<> des faits, cdlr

11•11\'1'P

permet de conceYoir, annvr par année, jour rnr ,11111"

l'l-rnlulinn lrrhoricnsc le ccllr ;::rall()c :îm1'. (),. 1ï8!l

à !J!H, 1 p(fort de ccllr prn"éc ''

d!'ssinc, se

d1'·vc-

loppc cl s't·panouit jn-qu ;, 1lonnrr an m.mdc 1m prodig1r•nx nempl1• de µr;1nd1•ur morale. Cette ascen-

sion

travers lonlPs sr.; manifp,[alious.

:\falhr11rcus••mcnl, les i'•](•ments d'une Gdilio11 des

œuHes complètes Je :'ainl-,Jusl sont a11jonrJï1ui si

dispersé.;

pomraieut reconstituer l'r11.;f'mblc p:1rfait. Les uns

d'autres encorr ne

onl été égarrs, d'anin"<

Jl''""iJ.Jp de la suiHe ici, à

infalifC'lblP,

il

r't

que

le.;

plus

palirnl<'s

.i

1n1il.;,

r<'Chf'uhes

n'en

sorlenl plus

du

>·il1•11ec

'"'" 1'.•>llcetions oü

il<

~e

lrou,·pnteafl'rmés. L'e l ain-i que, malgn: nos clforl•,

de ::'ainl-

nous 11 aYons pu rdr<>t1\·(·r ]p, manuscrits

Jusl qui figuraient, jusqu'en

1878, d:.ns la collrr-

tion d'autographe" de lknjGmin Fillon, notamment une com1:d1P en un act., _trlc1J11i11 IJioyrnc, u1w

E;1igta111111c .,ur Ir> com/din1 /lubui8 qui a joué dan.;

Pie1TI' Ir Crwl, un Dialo:;ue r11/re JJ. D

r/11 poè111e d'01·gan1, clc. D'autre part, il nous a été

i ml'"""i lilr 1!~ di'rnu vrir certaines 1ûllrcs de Sain1-

J 1ht. dont

1880. JI e;.t prc''JllC •uprrllu d'ajouter que les lacune' ne sont 1a< moin' frr1ruenlcs en cc qui

concerne les an·è·ll'' lu Comité de salut public el les

arrêtés aux ~rm1;c,. L\ encore, tout a été dispersé, et le rassemulrmcnl dt• ces documents épars cs l

on rclrnuye crpc111lanl la trace jusqu'rn

et [auteur

AVViT-i'ROi'OS

Ill

chose à peu près impossible. Les .\rchiv<'s \alio- nalcs sont, sur cc po.int, lri:s incomplètes, d 011 ne rcul attrndre que d'un hasard heureux la <lrcou- verte <lr quelques-uns <les documents qui rnanr1uc11t au re.cuci 1 des Actes du Comité rie salut 1111blic , publié dans la collection des Documents i11Mits de l'liistoirf' df' Frana. C'est grùcr à des cirron,lances dr ce gcurc que nous avons pu placPr dans crllt• édition qurlqucs actrs <le la correspondance du Comité, qu'on ne lrouye point ch1ns ce recueil officiel. Ainsi, Lien loin <le prétendre que cellr premièrn édition des u•uvrcs de Saint-.Jusl ferme Ir champ à taules recherehes, nous pcn~ons qu'elle l'uuvrr au eonlrnire, el qu'dle doit marquer le point ile d1;parl

de nounlles

ment Lrisé ,oit reco1blntil dans tous oes détails.

investigations, jusqu 'à cc que• le monu-

C.

Y.

INTRODUCTION

Dans l'ot·agc révolulionnairn, rien n'apparait plus séduisant, pl11s mysléricux el plus grand que cette figure calme et douce, (jlli resplendit comme ccll<' d'un <lieu Je marbre au-dessus de l'agilalion de,; partis. Il scmbh, que la llévoh1lion ail con<lensé dans lPs lig·ncs de cc visage tout c•· que la vertu républicaine, tout ce que l'héroïsme jacobin avaient de plus sublime et de plus profond. L'Pnll1ousia,,mc tranquille el sùr, la noblesse <lu caractère, la ,agessc et la prudence de l'esprit, el cette consciencP di' soi-mt'·mc que donne un e inOexible volonl(~, toute celle combinaison harmonieuse d'élément,; diwrs s'était accomplie <lan' lP cu•ur cl dans le ceneali 1lr 1.:e jeunr homme de vingt-cinq an~'· LP rnèmc charme surnaturel dout ,ajeun esoe cl sa beauté envP- loppaicnt la Convention saisit et subjugue encart> ceux qui entrent dans le rayonnement <l1• c<'lle grande ligure. Ses historiens, Louis lllanc, l\lichl.'-

1. Saint-Just naquit

à

Drcize

(~ïihre}, le 2:.; aoùt 116î. Il aYail

donc exactemeo.12:; ans quanJ il fut él u à

tembre 1792.

Ja Convention, le~ ~ep­

\'f

rnrnoDUCTIO:'l

let, Lamartine, Ernest llamcl, ont ros,.cnli 1our à

lour l'inlluencc de cette pcrfoclion prc~quc divine.

Ceux-lit m.:·me cp1i n 'ont pris la plume que

Laltrc cl cofülamncrson o·uvrc n'ont pu échapper, lursc1uïls onl Né sincère s, 11 eel le sorte de séduetion, que cou-talc précisément l'un d'eux, Edouard Fleu- ry. e11 racontant l'<-lcclion cle Saint-Jnsl à la Con- vc·nlion: « Le nom de t\aint-.Jusl, dil-il, fut proclamé par le présidC'nl de l'As,cmbléc au milieu des applau-

dissements cn\housiaslcs de ses amis. Quand le jeune eonwntionnel apparut dans la salle, cc fut un con- cert d'acclamations auxquelles se joignirent mèmc les éledeurs qui tout it l'heure lui avaient refusé leurs voix. Sa tendre jeunesse, son grand air, l'in- telligence froide qui rayonnait sur son front, sa con- fiancc· en lui-même, avaient triomphé des hoslili- lés 1 •

pour com-

,,

Plus encore que sa beauté physiq_~l'e, la beauté morale Je Saint-Just domine et confond. QuanJ, dans sa vieillesse, on interrogeait sur son frère M" ' Loui,; c de Sainl-.Just, devenue l\lm' Occaisne, cll" répondait d'ordinaire pnr ces seuls mols: « li éb.iil ~i Leau!" Et elle ajoutait : « Il était si bon!» Celte Lonlé, dont le souvenir s'est ainsi transmis <lans sa famille, chacun des actes de sa vie en csl un lémoig·1rngc éloquent. Sa sollicitude it l'égard d<:' sa mère cl Je ses sœurs ',son culte pour l'amitié, dont

1. E<l. Fleury, Saint-Just et la Te,.,.eu,., 1, p. 15>. 2. \',plus loin, p. 3\0, la lettre de Saint-Just â Aùrien Bayard.

l:\"TnODUCTIO'.'I

Vil

il rèvait de faire une des bases les pins fortes de ses institutions', son dévouement à la cause des hum- bles et l'apostolat populaire qu'il accomplissait dans les campagnes de Blérancourt', la sévérité que lui inspiraient l'injustice et la crnaulé', tout manifes- tait chez lui une bonté et une douceur qui ne pou- vaient être égalées que par son amour de la justice el de la \·erlu. :"i, au lendemain du 9 lhermidor, quel- ques-uns de ceux qu'il avait protégés el aimés, tels Daubigny, Pichegru, Lejeune, se rangèrent parmi ses ennemis el bafouèrent avec eux la mémoire de leur liicnfaiteur, d'aull'es, du moins, lui demeu- rèrent fidèles jusqu'à en mourir, donnant ainsi, comme lui-même, un sublime exemple d'amitié et de dévouement. Thuillier, l'ami et le secrétaire de ~aint-,Just, mourut de doufour dans la prison où il avait été jeté; son compagnon de captivité, Gatteaux, laissa ces pages déchirantes, qu'il faut citer tout entières:

"

••• !) thermidor an HI.

" J'étais dans un cachot obscur avec le malheu-

reux T

depuis 1(1 mort cle celui auquel il avait uni ses Jesli- nées, traînait sa vie captive dans la douleur et dans les larmes.

, l'ami, le compagnon de Saint-Just, et qui ,

" T

est mandé devant deux membres des comi·

1. V. fragments d'lnstitutions républicaines, VI.

2.

Y. plus Join, p. :xr.

~. \'.

plus Ivin l'arrl·t6 du

ti mes s idor an fI

municipaux de Mesnil·Lahorne.

contre les officiers

a

''lfl

''lfl Lés. On \'l'Ul l'interroger, on vent lui arrach1•r cles an•ux atrocl's el de lùchcs

Lés. On \'l'Ul l'interroger, on vent lui arrach1•r cles an•ux atrocl's el de lùchcs mensonges qui puissent

llélrir la m(·moirc dr son ami

avPc courage à ce ux qui wnaienl de proscrirr leurs

collègu!'s cl d1•

patrie: cc You« avez

« lieau, lrur tlil-il, Youloir rne !!aller ou rnc mena-

" cer, );1 crainte ui l'cspfrance ne changeront point

« mon cœnr, el je nt' trahirai poinl l'amitié ni la

" nlrité; mais jr Yi vrai pour i<>s venger. ,,

" On Je retient au comité 'uns prétexte Je lïu ter-

rogel' encore.

.\lais lui, s'adr<'ssanl

.

'acrifirr

leur

" ll1• retour dans

so11

adwl,

il meurt en

proie

aux plus horrililes tourmens.

" J'avais été le témoin de sa douloureuse a~onic,

el j'allrndis ttuelquc Lemps en silence pour sa\•oir

quel

speclaleur forcé de lou:.; les crimes qui pesaient sm mon pays, je résolu:.; d'ohtcnir un terme à mes S'luf- frances. J'écrivis au gouvernement, qu'une loi on.Ion- nait de mettre en liberté ou en jugement les déte- nus; qu'une autre le:; autori:;ail à réclamer les

motif:.; de leur arrestation; et je demandai qu'on me lit jouir du bienfait Je ces lois. Peu de jours aprè,, je reçus un écrit où il n ·y avait que ces mots: Ami r/11 cow<pirateur Saint-Jus/. '' Tel est donc mon crime! m'écriai-je. Eh bien! tyrans, 'ous cro~·ez me réduire à descendre à une

juslificalion, vous espé rez que je serai capable d.i

.\lais il e~t tics

ligne:; <JUÎ seront immortelle,;: je les conlie à des

serait mon sort.

.\lais en fin, las tle la vie el

désa\·oncr un

homme que

j'aimais.

lNTllODVCTION

'"

mains sûres. Elles Ycngcro11l mon ami, rllrs Ill<' 1·cngcronl moi-mèmc, clics vous accus<:>ronl dan s l"a1·.,nir, et vous serez flétris, cl je serai estimé. « Trop obscur pour m'enorgueillir de moi, .i<~paraî- trai avec gloire à côté de crlui dont j'aurai défendu l'innocence, cl quP j'anrai ayoué pour 111on ami, 'luand tout l'abandonnait sur "1. terre. CPs li~nPs,

je vous les adresse à vous-mêmes, tyrans

que mus les connaissiez et qu'elles fassent YOlre supplice, car Yous frémirez de rage en les lisaul , el le courage et la vertu d'trn homme libre feront pùlir Irs oppresseurs de mon pays.

" La Hfl1·olulion, qui marchca1·cc des pied' ÙP feu, Yous atteindra dans sa f'Ourse dévorante, cl vous

scrrz frappés comme ccu' donl mus insulleza11jo11r- d'hui les cadavres. ~lais ils seront absous au tribu- nal des sièclrs; ils Lriompheronl dans la po,;lét<ll;,

vous serez ignominieusement trainl:S iL

la Yoiric. « Oui, je rougis d'èlre meml)rc d'une cité qui souffrp un gouvernement lPl que le vôtre, en divol'cc an~c la justice, la vedu cl la nalure. :\lais jP ·me gloriflr d'être dans ms bastilles et du gross,ir le nombre de vos Yiclimcs. « (.lui êtcs-\"Ous, vous tJUi déclarez la gnerrP ù l'amitié, qui érigez en crime les affections les pins légitimes cl les passions lt'S plus généreuse,;? Ah! tous les hommes rle lûen qui n'ont pus rle poignards à opposer à rns forfaits, doi1·cnl périr, plutôt IJUC 1l'avoir les yeux souillrs par votre insolent lriomphP, Pt \"OUS dire comme Thraséus it Néron : Puisqw la

tandis

1·r11x

)0

que

l:'\TllODUCTION

mort nt 1111e dr•tte, il vaut mie11.r pay1•r Pn liom1111'

librP que de chicaner i1111t1k11wnt en esclarl'.

" .Je fu, l'ami rlu co11spiratP1t1' Saint-Just. \'oilà

donc mon acte d'accusation, mon brevet <le mort, et le tilre glorieux qui m'a mérité une placr sur vos échafauds. Oui, je fus l'ami de Saint-Just. !\lais !:'ainl-.Jusl ne fut point un conspirateur; et, s'il l'avait

<'té, il ~"rail puissanL c•ncore el vous· n'exislcril'z plus. Ali ! son crime, ~'il en a commis, c·est de n'avoir pas formé une conjuration sainte conlre ceux qui conjuraient la ruine <le la liherlé. « 0 mon ami! à l'instant où IP malheur L'acca- blait, je n'ai consenti à conserver la vie que pour

pour

détruire les calomnies qui sont comme les morsures

<les vautours acharnés sur ton cadavre. ,Je me suis rappelé Blossius de Cumes, qui a\·oue hautement devant le sénat romain son amitié pour Tibérius (~racchus, que le sénat romain vient d'assassiner. Et moi aussi, je suis· digne <l'offrir au monde un pareil exemple.

" Cher Saiut-Just, si je dois échapper aux pros-

criptions qui ensanglantent ma patrie, je pourrai dérouler un jour ta vie ont ière aux yeux de la France et de la postérité, qui fixeront des regards attendris sur la tombe d'un jeune républicain immolé par les factions. Je forcerai à l'admiration ceux mêmes qui t'auront méconnu, et au silence et à l'opprobre tes calomniateurs el les assassins. " Je dirai quel fut Ion courage it lutter contre les abus, avant l'époque même où on put croire qu'il

plaider un jour les intér~ts de ta gloire, et

L\TRODUCTIO:'i

XI

.fo

. Hai au sortir de l'enfance, dam; ces mé<lilalions profon<lrs qui l'ocrupaicnl loul enlier ~ur la ~ci1•ucc <lu gouvernement, les droits des peuples, et Jans ces élans suh!imrs de l'horreur de la tyrannie qui <lérn- rait ton ùmc et l'embrasait d'un enthousiusmP plus

. les opprimé~ cl les malhrureux, quand tu faisais il pied, dans lrs saison~ les plus rigoureu;;c~, <lrs marches pénibles et forcé(',, pour alter leur prodi- guer les soins. Ion t>loqurm:c, ta fortune et la vie. .Je dirai quelles furPnl les mœurs austères. cl je révélerai les secrets Je ta conduite privée, Pn lais- sant 1t l'hisloire à faire connaître ta .:unduilc publique ri les actions 1lans le gouvernement. fl·,; discours comme législateur, el tes missions immor- telles près <le nos armfrs. « 0 journée <le Fleurus: tu dois associer les lau- riers, que rien ne pourra llélrir, aux funèbres cyprès qui ombragent la tombe ile. mon ami. Et ,·ous, Pichegru, Jourdan, les compagnons <le ses exploits et <le sa gloire, vous lui l'Cndrcz justice. Yous êtes guerriers, You~ denz i'lre francs. La bonne foi fut de loul temps la YCl'lu des héro$. \'ous direz cc 11ue doit la patrie à ses vertus cl à son courage. \'ou,; ne trahirez point la véri lé, YOus ne servirez point l'envie; car, un jour, vous seriez \'ictimes du forfait dont vous auriez élé complices. You:; direz ce 1p1 ïl a fait contre les traîtres, et comment il a déploy(· an~c une sévérité nécessaire l'nutori lé nationale; rnmmenl il a donné l'exemple Je la frugalité cl de la brnvoure

quel élail Lon zèle à défendre

qu'humain

était permis d'être impun1;mrnt vertueux

lP

ui-

.Je <lirai

a.

l.'iTnOL)UCTlO'.'I

aux ~oldab•, d11 l'aclivilé cl de la prudence aux ::ént'raux, tir IÏH1manill' t~l de l'égalité ù Ions ceux 1p1i l'approchaiC'nl.

" Tyran dr ses propres passions, il les avait

lout<'s subjuguées pour ne connaître que l'amour de la patrie. li était Joux pa1· i;arnclère, généreux, sen- ,ibl<', humain, reconnaissant. Les femmes, les en[ans, les vieillar<ls, les infirmes, les foldats

a vair nt ;;ou respect cl son affection; et ces senti-

11H'ns battaient si fort dans son cœur, qu'il élail tou- jours attendri à la vu<• dP ces objets si inlércssans pal' eux-mèm!'s.

" IJue de larmes je lui ai yu r1;pand1'e sur la vio-

li•ncc dn gouvemcmenl rérnlulionnail'e cl sur la prnlongalion d'un réginrn affreux, 11u'il n"r1spirait ']ll'à tempérer par de, institutions douces, bicnfoi- sanlcs Pl républicaines! .\Jnis il sentait quï/ /allait détf'ndre et 11011 pas /iriser /Ps cordes 1/e l'arc. Il vou- lait régénérer les mœurs publiques, et rendre tous les cu•urs à la vertu et à la nature.

« Il vlait pé11étré de la corruption des hommes, el rnulail en détruire le gf'rme par une éJncalion sé1-C~re cl des instilulions forlt»;. - " Aujourd'hui,

" rnC' Jisail-il , on ne peul proposf>r une loi rigou-

« n•use

« fureur

« instrument de morl, au gré des caprices et des

et salnlairr,

nr. s'en

que

Jïnlrigue,

le

crime,

la

emparent et ne s'en fa~,cnl un

<t

pas"lions.

)>

« .J'ai élé témoin de son indignation ù la lecture .Jp la loi du 22 prairial, Jans le jardin Ju quarlier- général dr l\Iarchiennes, au ponl dr.vant Charlcroy.

IXT!IODUCTIOX

X Hl

:\lais, je dois le dirn , il ne parlait rpt'avcc enlhou- ~iasme des !alens et de l'austérité de Robespierre, et' il lui rendait une c~pèce de enlie. " Il soupirait après le terme de la. Réroluliou pour se livrer à ses méditations onlinaircs, contem- pler la n a tme, et jouir du repos de la vie pri\·,>e Jans un asile champêtre, avec une personn(• que le del ,;emblait lui aroir destinée pour compa)!ne, t'l dont il s'était plu lui-même i1 former l'esprit e t le "œur, loin des regards empoisonnés des ltabilans des vilks. « C'est nne atroce calomnie de l'avoir supposé méchant. La vengeance ni la haine n'ont jamais

entré daus son âme

Blérancourt, sous les yeux d<'s<juels son génie et ses ,·crtu~ se sont dé1•cloppés. li cn csl parmi mus dont les liaisons , les habitudes cl les passions a\·aienl corrompu les opinions politiques, et qui avei:

outrap;é, calomnié, persécuté Saint-Just, parce qu'il marchail dans une roule contraire 11 celle où vous étiei: jetés. " Cependant, après qu'il fut devenu membre du gouwrnement, quand Yous vous èles vus traduits au tribunal rérnlutionnaire pour ùes faits ou <les

discours inciviques, \"Ous

quer son témoignage; et, par se~ soins el ses rfforls, vous êtes rPnfrés dans vos foyers, et yous awz joui des embra~semens de ms proches cp1i n'espéraient

pins mus rPyoir. -

« disait-il en parlant dP mus; je ]pur dois loul mon « zèle et mon appui, po11rn1 que l'inlérèt public ou

J'en

appelle il vous, citoyens de

n'avez

pa s craint dïnrn -

" Ils ont été mes ennemis,

Xl\'

l:\THO!llJCTIO.'i

"

« leur lilwrté ou Ù1.• leur

lïnl1Pxibl1·

probilé 11'cxig·cnl pas

vie.

»

-

le

El

sacrifier

il

rclussit

ùe

à

Vûll~ ~llll\'•'f.

" .\.ulanl il élail liant et sociable dans ]1•s a!Taircs

prin'es, autant il ,itait quelquefois imscible, ~é\'ère

\lors il

devenait un lion, n'écoutant plus ri<'n. brisant

toutes les digues, foulant aux pieds loutr, les consi- dérations; rl son austérité imprimait la crainte ù

ses "

cl de~ manières despotiques cl trrriblP,, qui li' for-

caient ensuite à réfléchir lui-mème aYec effroi sur les immew,cs dangers de l'exercice du pouvoir absoln, quand il esl confié à des hommes dont la tête n'est pas aussi bien organisée que Je cœur esl

et inexorable quand il ù1gissait de la patrie

i~ el lui tlonnail un air somlire et farouche,

pur

"

Tel 6lait l'homme qui , à peine àgé de vingt-sept

ans, a été moissonné pa1· une révolution à laquelle il avait consacré son cxistenc/<,.el qui a laissé <le

Jon;.:s regrets il la palric C'i à l'amitié'. ,,

Ces pages de Gatleaux montrent quel enlhou sia~me, quelle foi, Saint-.lusl avait su faire naitre dans l'tlme de ses amis. Entouré <le tels dévo11rmenls 1 comment eût-il douté de l'amitié'? Comment n'en eùl-il point fait le ressort le plus puis,;ant du monde

1. Ct'S pci.gPs onl été publié•·s er

ti•le ile la premH:re ëdîlion des

Frorpitt'JI.~ d'lnstitulion s 1'(:publicaine8 (1800), sous

i·eLaLit 1 e it :::iaint.Jusl, p,r,fraile tles Jlllpier:-: clu dtoyrn

)f•

titre : Sote

l:'\'TllODLJCTION

XV

social qu'il voulait conslt·uirC''? Sa conc<:'ption d'un àge no11wau élail faite tout entière de paix, d'amitié et de vertu. Il suffit, pour s'en convaincre, d1• lin• ces fragments dlnslitutions, qui nous reslf'nt cornnw les lambeaux dPchirf>s de son cœur. L'action révolu- tionnaire, it ses yeux, n'était qu'un moyen et qu'un passage, el 1·icn ne serait plus contraire à la véritr que d'y rf'chcrchcr les principes de son id1\al poli-

tique. Il était irnpalienl de Yoir la pr-riode

sairc cl tC'l'l'ihlc des lulles intérieures. cl exl~rieurf's

n6ces-

faire place à la période féconde des institutions fra- ternelles el durables. i\lais, du moins, dans cc duel formiclahle où tout le passé dressait contre lui sa

masse in!.'l'le, il déploya le plus prodigieux cxe mplr de volonté el d'héroïsme que l'histoire moderne ait connu. f.totte volonté froid e, indomptable, sùre d'elle-mêrn c, l'animait et le dévorait comme un feu ~ilencieux. Du jour où il comprit la Révolution , il la voulut, el du jour où il la voulut, aucun obs- tacle ne pouvait pins l'arrNer. A Blérancourt, le 15 mai 1790, la main plongée dans la flamme qui consumait des libelles contre-révolutionnaires, il jura de mourir pour la patrie. Ce serment ouvre ~t explique loull' sa vie politique, qui ne fut, pendant quatre années, qu'un acte ininterrompu de vo- lonté. Il fut un héros, dans ce que cc terme a de plus simple et de plus pur, c'esl-à-<lire un homme au- dcssus <le~ homme~, un homme qui touclw anx dieux. A Strasbourg. il se trouve en présence d'une

armée

dis11crséP , sans co l11':;ion, sans discipliue, sans

1:\THOUUCTIOX

eonfia11c1>. ~a premii•re proclamation débulP ainsi

" Nous arri\·ons el llOll S jurons, an nom dP rai·m(>e,

» El il lui suffi! d ' avoir

voulu : rn quelques jours , l'immense corps <(()com-

posé rPssuscite, rc vil, dcviPnl invinciLtr

hrnnlahle. poursuit son n•mTP. Il se mêle à la halaillP : « Ccinl de J'(•charpe du représentant, il

cliargP il la têlc des csc:ul1·ofü< dp11Llicains, cl se

el de

l'ami<' blanche, avec l'inso11ciancc et la fougue d'un jeunr hussard'. " A Landau, il est à la tête d'une rolonnP chargée d'enlever une n•doute, et, apri•s l'action, les f:)re11adicrs lui disent : « :.'\ous ,ommcs contents tic toi, ciloyPn représentant; ton plumet n'a pas r1•mul- un seu l brin, nous avions

'·» Cel hc>roïsme n'a

rien dP tunlllllueux , ri en <l'affecté. 11 n 'es t que la coméquencc de cette idée lrès simple que la volonté peut tout dompter. " Quand Saint-.Just cl moi, explique Baudot, nous mettions le feu aux batteries de \\ï~sembourµ;,on nous en savait beaucoup de gré;

ch

parfailrmenl que les boulet:; ne pouvaient rien sur nous." De Saint-Just pins que de loul antre, on peut <lire qn'il commanda à la victoire. Ici, ce n'est plus une imaf:)e : des Ol'dl'es précb Mcrétèrcnl el forcèrent la victoire. On ne sait plus si l'on vil clans J'hi,toire ou dans l'irréel. <Juc ponrrait-il encore r111·icr aux dieux, ce calme jeune l1omme, sublime

hi en, nous n'y avions aucun mérite; nous savions

l'œil sui· loi; tu 1)s 1111 Lou h

,ict!P dans la mèléc, a u miliP11 de la mitraille

Lui, iné-

•t HP l'l'1111emi sera vaincu

L

Lnma.rtine, llistoirr• des (;ü·ondin.~, VII, 11· 3H.

:!. lli.</o;re de Frana. par l'abbé de )lontgaillar<l, t. J\', p. lOO.

L'iTl\Oül"CTIO:'\

cl beau, qui transforme le monde par la seul sance de sa volontr ·!

Il voit tout, il sait tout, il ordonne tout. ~on acli- vilé ne commit ni hésitation, ni fatigue. En 1w'mc temps qu'il réorganise les armées, il dirigP de loin les travaux du gouvernerncnl'; et si, au milieu de l'agilalion des armes, il lui reste qudqucs inslanls Je repos, il trace sur des feuilles éparses les pre- miers fragments de ses Institutions rép11blicai11f's. Ces institutions, c'est vers elles que va loutl' qa

pensée, toute sa sollicitude. li est effrayé du nombre toujours croissant des lois, qui ne remplacent point

les Institutions . l'eu

tion,;: telle est la bosc de l'lhat qu'il rêve. " Plus il y a d'institulions, dit-il, plus le peuple est librn'. » El, le jour même de s<t chute, ce qu'il voubil demander i• la Convention, comme le remède ;:ibsolu aux divisions inlériemes, c' était la rédaction ince;- Banle de ces institutions" d 'o il 1·é su!lent les garan- ties». Il a écrit, dans ses fragments, une phrase qui

montr<'

quelle confianc.r• il avait placrle dans les in,ti -

tulion~ : " C'est pourquoi l'homme qui a sincère- ment réfléchi sur lPs caus e s de la d!~cadence des empires, s'est ~onvaincu que leur soliJilé n'Pst point

dans leur,; défenseur~, toujours enviés, toujours

dP lois, beaucoup rl'inslilu-

1.

\".

plus loin,

t.

Il,

24 rrimaire an l l.

la lcltre de Sainl-Just à Robespierre

du

.\.\'Jll

l\TllODUCT!Oi:\

pNdus, mais dans les inslilntions imnwrtellcs qui

so nt imp m;sib les et à l'abri de la [(\mérité des fac-

ti ons•." L'inflexibilité <les principes r15Yolutionnaircs était chrz lui la conséquenée naturelle <le sa verlu. li

enft•rmail la Hévolution

dans le cadre <l ' un plan

social. qui eûl rpalisé la plus harmonieuse d la plus juslr <l l's 11épnbliques. Dien qu ' il eût Jéployé, dans

la défcn,c militaire <le la patric, un génie el un couragr qui arrachaient des cris J 'aJmirntion à ses ennemis eux-mêmes, il redoutait les dangers que la

force arm ée peut faire co urir à la liberté. « Seul, il

CÎI t été assez

loi », dit l\Iichelel'. Rien, en effet, n'est pins vrai.

".J'aime beaucoup qu'on nous annonce <les victoires, <lisait-il daus 30n <li:;;cours du 9 thermidor, mais je u e Yeux pas qu'elles devi('nncnt des prétextes de vanité. >) Une telle vanité prépare la route aux conps d'État. Saint-Just le comprenait mieux que per- sonne, et sa sévérité à l'égard des généraux n'avait point d'autres motifs que d'ab:iisser impitoyable-

m ent le pouvoir militaire devant la loi civile. li

fort pour faire trembler l'épée devant la

gardait le silence sur ses propres exploits, parce que le~ exphib; militaire~, même cprnncl il~0nt pour but de ré:;;ister à l'invasion des tyrans, ne m éritent point <l'être exaltés.

Une telle vertu e•t trop pure et trop haute pour ne point dompter ceux qui l'approchent. Ceux qui

L F1a9ments d'lnslilufions républicoi11es, l.

J:'iTROIH.:CTJOS

XJX

la contemplèrent un jour en onl gardé dans les yrux et dans le cœur un éliloui<sernent impl-ri~salile.

Barère lui-même, le triste Barère, qui ful un dc·s ouvriers les plus actifs <lu 9 thermidor, :<entait, dam; sa vieillesse, peser sur lui les ombres des ju~tes. Il sanglotait l'n songeant à la mort <le lloLespiNrc, et il écriYail sur :-;aint-Jusl ces lignes qui sont la glo- rificalion de la viclimc et la condamnation des a'''<b- sins:

« S'il eùl yfru dans le temps des Hépuldique' grecques, il aurait été ~parliate. Ses Fragment' prouvent qu'il aurait choisi les institutions de L)-

curgue; il a

« ~ïl fùt né Romain, il eîit fait des révolutions

comme :.\Iarius, mais n'auraitjamais opprimé cornnw Sylla. JI exécrait la noblesse autant qu'il aimait Ir peuple.

« Sa manière de l'aimer ne com cnail sans doute

ni à son pays, ni

puisqu'il a pfri; mais du moins ii a laissé en Fnmce et au xv1:1·· ,;jècJc une forte trace ùe talent, de carac- tère et de républicanisme.

" Son style était laconique, son caractère (tail 'ausH'rc; ses mœurs politiques sévère' : quel succi's

pouYai~il espérer?

ru le sort d' Jgis et de Cltiomène.

à son siècle, ni à ses contemporaim,

(( Ct' rp1i distingue l'esprit de Saint-Just e'l rau - ·dace. C'est lui qui a dit le premier que le s1'U'ft de la fü:col11tio11 est da11.< le mot o~Ez; et il a osé " C'est lui qui a dit que le repos des i:évol11tio11-

est descendu à

tombe, el

naires

est

dans

la

il

y

Yingt-sPpt ans.

b

X\

f:'\Tl\ODL'CTllJX

" 11 avail bcnucoup lu TacilC' c l ;\lonlC'sr1uie11, ces

<l ('m: hom 111('$ de génie q11i aorégcai~nt 10111 parce qu'ils l'O!Jaimt tout. Jl Pll avail pris le slylr· vif, 1.:unci~

et épif<rammalique; il avait r1uelqucfois la manière fortr, incisive el profonde de cc' deux écrirnim; 1wlitiqncs 1 • ,,

Pendant près <l'un siècle, il travers la vicissitude des régimes. le culle tics héros révolutionnaires n'a point suLi d'éclipse. Ils apparaissaient aux historiens comme ln plus magni flr1uc génération d'hommes. Nourris <le }Jo11l('.squieu, de Housseau, cl de tout le génie des ri'publiqucs anciennes, ils avaient voulu faire rcvi1 rc, au milieu du monde moclemC', « la

vertuew:c et

leur idéal cl le dc'sinléresscmcnt de Jeurs efforts n'avairnl jamais élé conlc·slés. i\lais il semble que le d<'sortlre cl les bas instincts n'aient plus, aujourd'hui,

laisse' de place au respect des !<ramie,.; pensée,;. Tainr a ouvcl'l l'âge des nom·caux pamphlets coutrc-révo-

lulionnaire,

Gonflé ùc colère. il ,.·est plu à insulter

des dieu.\. inclifffrrnts dont il n'a pu voiler la gloire.

Derrirn~lui , le troupeau grossier d<'s imitateurs s'est bousculé dans son sillage, ramassant les mf>mes i11j ures cl rc'pétant les mêmes mensonge:;. l\lais rien ne prérnul contre la vérité. En vain. Coul'lois ddruit ou dl-nature les documents qu'il d<;couHe chez

simple antiquit(> ,, '·

La

noblessr

<ll'

1. Bnrf!re, Mém oires, t. l\', p. li07 srr.

I:\TRODuCTI01'

XXI

Robespierre' et chez Sainl-.Jusl; rn vain, la Hf',ta11- ralion pille les Archives pour en arracher les do,,- sic1·s qui la condamnent el y introduire des pièces fausses qui doivenl témoigner contre les vaincus; Pn vain on substitue la calomnie~ l'histoire, la passion au jugement; rien n'est plus fort que la justice. Et au moment même où nolrP monde social rneul'l

d'incPrtitudc. de faiblesse e t d' humilité

sen·ile, il est

bon de rC'placrr <lPvant lui l'exempl e de CP jeune homme dont le génie ne fui qu'une. manife~tation t;biouis!'antc de rnlonté, de raison el d'orgueil.

C11.\RLE8

YELLAY,

Œl'Yll E::i Co;\IPLl~TES

DE

SA INT -JUST

PH E)JIÈRE

PARTIE

ORGANT

ÜRGnr parut, en deux volumes, vers la fin <le ! ~80, sans

nom u'auteur. Len• 6 des llerolutions de France et de Braba,,t

l'annonça ain:-:1i : <( ÜRGAXT, poème en \'ingt chants, ayec cette

épigraphe : rous, jeune homme, au bon sens, ai:cz-t.'Old dit adieu? )l Plus tard, Barère, dans ses Jlémoires J\', p. f.06 , raconta en ces terme::; les circonstances 'JUÎ accompacnèren la publication d'Orgrmt : " Saint-Just n'élait ügé que Je dix-sept ans, lorsrjlie le public en France s'occupait de l'al'!'es- latiou du cardinal de llohan,. à l'occasion de l'affaire scanda- leuse du collia. I.e jeune poète sentit sa l'erve s'enflammer d'indi~nation en entendant rac.onter la dis5olution <le mœurs et les anecdotes de la cour de ~larie-Antoinette. A cet à11e, le sentiment des convenances. n 1 est pas toujour:; ce qui guide un

collègz, Saint-Just composa

donc un

esprit ardent.

\

peine sorti du

poème en huit chants, sur l'histoire

du collier de

diamants. Il fut imprimé sous le titre J'Organt. A peine ce poème satirique eut-il paru, qu'un ordre ministériel ordonn.:i de rechercher l'auteur pour le mettre à la Bastille. ~aint-Just fut ùénoncé et poursuivi en Picardie où il habitait; mais il vint se cacher à Paris chez un négociant de son pays, nommé

2

OEL'nlES CO~ll'LETES DE SAINT-Jl'~T

~!. Dupey, el y 1kmeu

Le li juillet lîX!I, e11 démolissant la Ba,lillr" rnit un terme it

ses f'Jnbarras. )) En réalitl', 1oul., dans ce rt·cit, est <l'une iuvrai- sc1nblancP 1nnnifesle : il parait. certaio, au contraire , qu'Or-

ga11t lit peu de bruit, si

peu même que, trois ans pins tarti,

jus•1u'1t l'c'po•J11e des États-Généraux.

a

en i <92, quand O:aint-Jusl fut élu it la Com·e11tiou, l'i-di leur

put remettre en vente cr qui restait <le la première édition,

sous ce noureau titre : .lies Pu~

;;c-Temp ,

uu le ~·\'autel Organt,

par un dl:pufr à la ConL'l'1tliou Nationale. Sainl-Jusl d'ailleurs n'arnil eu aucune part à celle réapparition ù'Oi·grwi. Cette

œuYre lé~ère ne paraît point avoir été, il ses yeux, autre chose

qu'un ùi,·erlissement passager, et la brève l'rél'ace dont il la fil précéder ne révi·le 11u'u11 mépris hautain pour <on propre

ouYragr. Oryant, eu efTet, serait ;\jamais oubliê s'il ne servait

aujourd'hui à éclairer el ll

préciser un momeul curieux <le

J'érnlution morale de Saint-Jusl. Camille Desmoulins était, plus que Barère, dans la vérité, quand il rac<>ntait, dans la te/Ire ri A1'thur Dillon, l'insuccès d'Orgaul : " Ce qu'il y a

<l'assommaut pour

sa

vanité,

c'est

qu'il

~aint-Jusl) avait

publié, il y a quelques années, n11 poème <'pique en vingt- quatre cliants, intitulé Organt. Or, l1irarol et Champcenetz, au microscope de qui il n'y a p3s un seul \ers, pas un hémis- tiche en France qui ait echappé et qui n'ait fait c011cl1er son

auteur sur /'Almanach cles Grands-Hommes, av11ient eu beau aller ;'1 la découverte; eux qui avaient trouvé sous tes herbes

jusqu'au plus petit ciron en littérature, n'avaient point vu le pol-me épique en vi11gt-quatre chants de Saint-Just. " D'ailleurs, ni Barère ni Camille Desmoulins eux-mêmes ne semblent avoir bien connu Organt: l'un y trouvait huit chants, l'autre vingt-quatrn. Eu réalité, Organt n'a ni huit ni vingt-quatre chants, mais· · 1 vingt. C'est un e. sorte d'épopée plaisante, 1fans le goùt du temps, pleine d'allusions à des pcrsorn1agt~s conte1nporains, 1 souvent dénuée <l'intérêt, mais dont certains passages rél'èlent

déjà un talent réel et vivant.

PnÉFACE •

.J'ai vingt ans; j'ai mal fait; je pourrai faire mieux.

Uf\GA!'iT

3

CIL\ :\'T

1

.\f\(;UllL\1

Comment Sornit devint âne; comment sa mie Adelinde fut violée

par un

llt>rmile;

cononenl

l'Amour

Folie dC'l.'Înl Heine du monde.

déliv;·a

Sornit;

comment

Il prit un jour en rie à r1tri»iemag11e D~ baptiser les Saxons m1··créans:

A.donc il s'arme, et se met ea campagne, Suiri des Pairs et des Paladins francs.

Monsieur

De le damner que de saurer les gens, De s'cnirrer au milieu de ses Lares, De careEser les Belles de son temps, Que parcourir maints rivages barbares, El pour le Ciel consumer son printemps. Dix ans entiers, sur les rives du \ante, On 1·it aux mains les )[ortels el les Dieux.

Passe, du moins, c'était pour deux beaux yeux,

le Jlagne eùt mieux fait, à ·mon sens,

lt1,

EL c~tle cause était intéressante :

Mais je plains bien les Héros que je chante. Comme des fous, errans, sans feu ni lieu, Depuis quinze ans, les sires rénérables Et guerroyaient, et s'en alla.ient aux diables, Eu comLattant pour la cause de Dieu. Toul allait bien, et Io bon Hoi de France

De triompher caressait l'espt\rance, Quand lui, l'armée, et tout le peuple franc, IJerinrenl fous, et rous saurez comment. Le blond Somit, Sire de Picardie, Ayant en croupe A.dPlinde sa mie, Errait au sein d'une épaisse forêt, Où le pouvoir d'une triste magie, Des 1oyageurs plaisamment se jouait. Le passa~er un siècle cheminait De ça, de lit, par maintes avenues,

A droite, à gauche, et sans Lrou1·er d'issues;

~ u:U\ïlES cmtPl.l~TES DE ~.\l:\T-JUST

Car la fort>t. )'ar 11n cnchan1rmf'nt, Sui\'Hit les gens, s·~ra11çail à mesure, De quel côté •)11'011 trntùt arrnture. Sornil le preux s'e1111uyail cependant; Dans ces déserts sa ,-aleur ahu>ée, Depuis longtemps ne s'était exrrcée; S11rnit brlilail de sig11aler encor Et son grand ccr11r rl sa hante rail!anrn. Ponr Addindr, el l'Amour, cl la France. De temps en temps il sonnait de son cor; Tout répondait par un profon,J silence. '.\lais un Leau soir il mil venir enfin lin Chevalier enveloppé d'airain, Le pot en tête, et la lance à la main, Et sous lequel un pallefroi superbe, D'un pied léger effienre à peine l'herbe. Il accourait à pas précipites; So,.nit s'avance, et lui crie : Arrêtez,

·Chevalier preux, si n'êtes pour la fèrance .

.Je suis pour moi, dit l'autre avec fiertê, Et sur le champ remets à ma puissance Cc Palefroi, celle jeune Ilcauté, Si n'aimes mieux mourir pour leur défense. Vain Chevalier, les perdrai s'il le faut, Dit le Picard, mais périrai plutôt;

Et tout à coup ses yeux bleus s'arrondissent, Et l'un sur l'antre ils fondent tous les deux:

Sous les éclairs leurs casques relcnlisscnl, La for êt tremble et les chcrnux hennissent. Plein de fur eur, l'un el l'autre guerrier, En cent <létours, el de taille cl de pointe, ~Iultipliait le volatil acier. Par-tout la force à l'adresse oltait jointe. Tantôt le fer, étendu mollement,

Du fer

Puis tout à coup leur fougue redoublée,

D'un bras soudain alongé, raccourci, Cherche passage au sei11 de l'cnn•' mi.

rival su irait 11~ mom·ement;

Olt(;.\.\T

El

fait frémir la forêt êbranlée. ,llind•· en pleurs, un br;is au ciel tendait,

Et

son amant de l'autre enlrel<1çait;

Ses cris perçans et le Lruit de l'épée, De la nuit sombre augmentent la terreur; Elle criait, d'épouvante frappée :

Ah'. délcrpl, percez plutôt mon cœur ! A la faveur de son coursier agile, i\otre inconnu s'élance brusquement, Prend dans ses bras Adclinde immobile, Pi11ue des deux, et fuit comme le nrnt. Glacé de honte, enflammé de courage, Plein de regret, plein d'amour, plein de rage, Soniit s'emporte, et role sur ses pas.

/,inti•· criait, et lni tendait les bras :

Bientôt après dernnt eux se présente, Environné d'une onde transparente, L'n "rand chàtcl, cou1ert de diabloteaux Tenant en mains des torches, des fanaux, Dont le zéphyr, dans les replis des Dots, Allait briser l'image étincelante. Somit hàtail son cheral au galop. Au son du cor le pont-leris s'abaisse.

L'incounu passe, et Somit aussi-tôt. Soudain le pont se lé1 c avec vitesse; Tout 1lisparait. les fanaux sont éteints. Derers le ciel ·''omi! tendait les mains; Par-tout il roule une ardente prunelle,

A

Ilien ne répond ; seul, récho Je ces lieux nenvoyait Linde à son cœur amoureux.

A la douleur succède la furie.

La lance au poing, il saute de cheval :

J'aurni ma Drone, on j'y perdrai la t'Ïe.

La porte était d'un ;icier infcrual; Sa lance en feu contre elle se partage :

Plus furieux de se mir désarmé, En cris confus il exhale sa rage,

haute rnix , \de/inde il appelle.

!.

6 Œt \'BES CO\IPU::rns

HE

s 11:'\T-.IUST

Quan,l tout il coup il se trouve enfrrmé.

L1' cœur humain est 1111 pour la faiblesse, Et !"héroïsme c,t un joug qui l'oppresse.

Le Che1alier co111nie11ça par jurer,

Par b

aYer

tout, et finit par pleurer.

Dans le ch:\teau qnand Unde fnt entrée,

Le ra,·is:--cur, la tenant par la main,

La

conùuisit, interdite. éplorée,

f:n

certaiu lirt1 l111whre et souterrain;

Pui:; il :;'en fut. li parait à sa place

\ln gros llermitr enflammé par la grâce,

.\ la lueur ù'uu lustre de cristal. S1•s yrnx hrillaient d'un éclat infernal;

L<' Moine en rut, Jans sa rage cinique,

Sur ses appas portr une main lnhrique; IJ'un bras nerrenx à Ccrrr il mus l'étend,

Et

Unde en pleurs criait: )!on TiéYérenù !

Cc

fut !'Il rain: d'une moustache rude

Il \'a pressant sa bouche qui )'1'dnJe,

Et

sa main dure. en ce> fougu•'UX transports,

De

cc beau seiu menrtrissait les tt·ôsors.

/,inde mourait ùc plaisir et ile rage,

Le maudissait en torti llant <lu eu,

l~l quelquefois ouhliait sa rcrlu.

Oh'. qu'il est doux, dans le fen dn bel â~c. Pour un tendron, à son pencbant lin1',

De recevoir sur ses lèrres brûlante>

)hlio' bais~rs d'un amant adoré,

De

le presser en des m ains caressantes,

De

se livrer el se laisser charmer!

~!ab qu'il est ti·islc. hélas! d1• se confondre A,·ec quelqu'un rp1'011 ne saurait aimer, !Jp se sentir à regret enflammer,

Et malgré ~oi brûlt>r et lui reponùre ! Linde pleuroit dans les bras dn vilain.

,\pr/>s qu'il eut sa lu1ure assouvie, Il l'emmena sur une tour d'airain, tJui commaudait à toute la prairi~.

ï

Tel autrefois Soint-Jcm1 le songe-creux, Dans son désert, rêvant !'Apocalypse, Etait porté sur la ,·oùte des cieux, Comme Lansberg pour pt·édire une éclipse:

Il ,·oyait là des animaux pleins d'yeux, Des chandeliers, des ,·ents, des sauterelles, D••s chevaux blancs, et quelques jouvencelles :

Linde ne vit ces objets merveilleux, Et seulement le dêloval Hermite \'ous la posa brusque-m en t de son long Sur un chariot traîné par un Démon Qui dans les airs soudain se précipite.

« Adieu la belle; adieu, dit l'homme à froc,

" Dans un désert prenez en patience

\

« Cette a\•entnre, et je jure Saint-Roch

« Que de vos jours ne reverrez la France :

" Yous apprendrez le but de !'Enchanteur '" ~lais sui,•ons Linde; elle appelle mon cœur. Après avoir, dans sa course rapide, lin jour enlier fendu l'espace vide; Après amir frnncbi de nstes mers, Des monts. des lacs, des cités, des déserts, Son char léger s'abattit dto lui-même Sur un rocher où Neptune orageux \'enait briser ses flots impétueux. Dans le transport de sa douleur extrême, De cris perdus e lle frappa les cieux, Et mille pleurs coulèrent de ses yeux. « Quelle est, hélas! quelle est ma destinée!

« S'écria-t-elle. après quelques inslans,

« Dans l'univers errante, abandonnée,

« Triste jouet de noirs encban temens,

« Loin d'un amant à vine condamnée! « C'est donc ici ']Ue le ciel rigoureux

« Fixe à jamais mon destin amoureux.

« Que devi~ndrai-je en ces déserts sauvages?

« J'entenJs la mer se briser sur ces µ!ages;

« Tout est brûlé des feux arJens du jour

~ UEnnE~ cmtPl.t~TE:S llE S.\tNT- JUST

" Ain >i mo n cœ ur csl brùli• par l'a!llour !

" 0 mon amant, qurl _l'fl'ropblc espace

" En ce momr11l tr si·parc de moi!

Que dis-jr '! 111\las ! mon wrnr Pst prùs de loi;

" Le lien pcut-ètr c a volé sur ma trace ,, !

A lindP alors poussa de longs ,;anglots, Fondit en plnurs. rt tomba sur Ir dos. Dans ce moment d'amour et tlïnfortnnr, Tendre Sornit, que n'étais-tu présePtt !

Ces

Ces bras dïl'Oire étendus mollement,

Ce sein Je lait que le sou l'ir agile,

Et sur lequel deux fraises surnageaient,

Et cette buuche et rnrmeille et petite Où le corail et les pe rles brillaient,

Au

Quelqu es instans, .-l dclin1e, pla intiv e,

De son amour entretint les regre ts;

Et soit le bruit des vagues sur la rirn,

Soit mêm e encor ce tt e stupidr

Qui naît du choc de nos troubles secrets; Elle dormit. Le Maître du tonnerre

Fit le sommeil exprès pour la misère. Dans une t01;r, notre amant enfermé,

Voyant A lin de à ses baisers ravie

" Amour, dit-il. Amour qui m'as charmé;

" Ah ! suis ma Dame, et protège sa vie;

" Rappelle-lui ses plaisirs, ses sermens;

" Protège-la co ntre les maléfices,

" Contre elle-même el les encliantemens,

" Et quelquefois peins-lui tou:< les supplices •• Qu ' elle me coùto en cc,; lieux eITrayans.

« Quand elle dort, ']Ue ta rnix lui rappelle « Dans ces cachots que je veille pour elle n. Comme il parlait, le tendre Chevalier Sentit son dos en rni1te se plier; En un poil dur sa peau douc e est changée,

S es mains d'i1·oirc e t ses pi c ris rembrunis

yeux er rans sous leur paupi0re hruuc,

Diou d'amour tes bai se rs demandaient.

paix

:

O!ll;A:'\T

En un sabot sont souJain r<•cornis. Pousse une queue, el sa tèl<' allongée D'oreilles d"àne csl bientôt ''mbranch(•e. Tendre Sor11it. du moins, dans ton malheur, L'enchantement ne changea puinl ton cœur'

Il rcnl parler, ses soupirs énet·giques

Funl Ju châle] résonnet· les portiques. Le Dieu J'amour, qui l'avait entendu, Pleure le trait que son arc a perdu.

« Eh quoi! dit-il, moi, le Roi de la terre,

« J'aurai rendu cent Héros mes cap\ifs,

" Et j'aurai fait qu'un ange Je lumière

« Aura quitté le séjour du tonnerre,

« Pour forniquer aYec deux telons juifs;

" El mon courroux n'aura pas la puissance

" De se venger d'une telle insolence!

" Ah! pour jamais périsse mon carquois,

« Si le Ténare est rebell e ù ma voix,

" Si les Démons, les \"ents, el le tonnerre, « Au même instant ne serrent ma colère ». Amour alors, affourché sur un vent, Pique des deux, et role au firmament.

II était rheure où, des grottes de l'onde,

Phébus se lèl'e aux barrières du monde. Les Chérubins, dans leurs alcôres d'or,

liu r l'édredon la-haut dormaient encor.

Amour arrive, et le va;,te Empirôe De tout cô té frémit à son entrée;

Et sa présence a plongé tous les cieux

Dans un rrpos tendre et roluptueux. Dieu sommeillait sans sceptre et sans couronne, Sur le dernier des degrés de son trône, Le cou posé sur un broc de nectar;

Et cependant les rênes de la Terre

Erraient sans guide et !lollaient au hasar. Amour les prit, et monté sur uo char

Qui contenai t l'attirail du tonnerre.

La foudre en main, il sillonne !es i1irs.

~I cnace, rit, érnquc les enfers. Le jour s·eufuit, l'éclair part, le riel gronde, )lillc

~I cnace, rit, érnquc les enfers.

Le jour s·eufuit, l'éclair part, le riel gronde, )lillc D~mons, mill•' spectres liitleux, De leurs uazeaux, de leurs culs, de leurs yeux . Soufflent dans l'ombre une lueur immonrle. Le gros Ilermite, au ùonjon de sa tour, En cercles rnins agile sa baguelte; Enchautcmens, grimoires, amulette,

Tout est rebelle, d tout cè1le à J"Arnour. L'llermitte enfin sort par une fenêtre, Assis en l'air sur un grand farfadet; Sa dextre main une corne tenait, L'autre la qneue, et le monstre planait. L'on vit soudain la forêt disparaitre, Et le chàteau du profane Enchauteur Dans l'horizon s'•'clipscr en vapeur. Il ne resta qu\m âne tians la plaine :

Cet :îne-lil l'on devine sans peine. Amour sourit avec un air malin, De ce triomphe. ouvrage de sa main. Aux lianes de l'âne il ajuste ses ailes, D'un bond léger lui saute sur Je tlos, Et de sa voix caressant les échos, Soruit s'élève aux plaines éternelles. Sauf le dessein, peut-être audacieux, De dérober la foudre dans les cieux. L'on applaudit à l'heureuse aYenture, Qui de l'Hermite a puni la lurnre. )lais cet amour, enfant capricieux,. Le plus petit et le plus grand des Dieux, Pour l'intérêt ù"unc· faible rengeauce, En arrachant aux fers un Paladin, En prépara d"autres au genre humain, Surcroît aux maux qui menacent la France. Amour partit, et laissa dans les airs, Et le tonnerre, et les fatales rênes, Au gré du vent tlottantes incertaines; )lais les coursiers qui, frappés •lrs <·clairs,

li

iie sentrnt plus dr main qui les réprime, Des cieux profonds escaladent la cime; Leur frein rougit <l'une écume dP feu, Leur crin se d~esse, ils s'agitent, hennissent,

Et par les airs, d'un pied fougueux bondissent :

Le char s'ébranle. et la foudre s'émeut; Son roulement remplit au loin le vide, Frappe le ciel, emporte les coursiers.

Qui, furieux, impétueux

Enflamment l'air dans leur course rapide. Des Chernliers qui regagnaient le camp, \'irent de loin ce spectacle frappant. Chacun avait sa douce amie en croupe Loyalement, et l'amoureuse troupe .\liait errant et par monts et par vaux, Anes la nuit. et le jour des Héros. Trois ils étaient, le Sire dP iYarbo1111e,

r;uy de Breloque, Etienne de Pth'onnP;

Tons fort courtois et loyaux Paladins, Cherchant par-tout les hautes aventures. Couverts d'honneur, de fange et de blessures ; Car nos aïeux, comme nous, étaient •ains, Brai es, légers, et de la renommée, D'un nez avide avalant la fumée :

Jusques au bout les Gaulois.seront ains.

légers,

Le Cbernlier Etienne de f'-'1·011ne,

\rccquc lui belle Dame menait, Qu'à fétoycr les gens il obligeait,

Comme charmante et benoîte personne, Qui des humains les autels méritaient. Cettnitr dame, on l'appelait Folie; Son œil était ér;aré, mais fripon.

Telle deYrait se montrer la fla ison;

Elle plairait par la supercherie, Et ferait plus, par an coin de leton, Qu'avec Socrate, el Jésus. et Platon. Folie est sotte; oui, mais elle est jolie; Elle suivait err croupe le Héros,

12

OlTlï\E~ Cmlt'l.ETCS ni; S.\L\T-Jl'~T

En secouanl 1111 essaim de grelols. Dont la criard" el brnynnle mu~ique

Eùl <l<'lraqué dr SLOÏ<l'll" C<'l'H'allX.

Sa robe était loule hi,'rogliphique; On y rnyait. en larm e ùe plain-chant, L11s œurrt~s, noms, et gro lesqul's figures Des plus grands fous du passé, <lL1 présenl; El, qui plus esl, ceux des ~aces fui ures.

lei

cc bandit, dont la rage infernale Ensanglanta l'un irers gémissant, El 'lui serait à mes l eux bien plus gl'aud. S'il n'eùl jamais 1·aincu que ffocr'phale; Là ces Iléaux que le Nor<l)nhumain Contre l'Europe a l'omis de son sein; Là Louis IX, ce fou bien plus bizarre, Qui saintement sacrililge el barbare, Sut déguiser, sous la cause du Ciel, L'ambition d~ sou cœur plein de fiel , El dans uu temps chrétiennement slupidc, Fit honorer une main homicide. En colorant, par des si~nes de ,:roix, Le noir penchant de son cœur discourtois. Chal'ies-Quint, au fond d'une cellule; Dupe <ln Ciel, l'imbécille cafar,

Devait troquer le sceptre de César, Et le laurier contre un froc ridicule. Pins grand, plus faible, en champ clos redouté, Ici François par un page dompté;

C"sa», cet honn ête hrigand;

fl enri If, il'fe de rnlnplé,

13aisant !Jirme au déclin ile sa vie, Et caressant ses tetons de harpie. Yous étiez-là, pannes fous bien déçus, \ïeux Licophrons du Concile de Tren le, Cardinaux ronds, 'loines, Prélats joufflus; Le Saint-Espril riait de mire attente, El de vous voir, sottemenl absolus, Donner le Ciel el réformer Jésus.

fll\GA \T

13

Li1 le proUI de Si.rlP /,, c;,.,1uù:111e.

On distinguait, auto111· d"' falbalas, Maints !Jcaux c,prils du siècle dix-huitièmr; Piis était par hasard rer, le uas; Mais on ne peul le reco nna ilre à l'aise, Car cet endroit de la robe qui pèse,

A balayé dans •1uclque chemin gras.

Dame Folie , en ce lwl équipag-e, Depuis long-temps faisait roule cl l'oyagc

Avec le Sire: elle avait parcouru Pays lointains. et son culte étendu Dans l'univers, sur-tout dans ma patrie, Qui depuis one ne s'en est départie. Quand elle rit le char et les coursiers, Elle c1uilla nos penauds Chevaliers,

Et pour manteau leur laissant son génie,

Arec le cliar s'envola comme (;lie.

Elle s'cnrnle, et, noureau Phaéton, Oc l'unirers dôtraquc le timon .

Tous les pays où

so n goùl la dirige,

Perdent le

sens;

le sceptrtl des humains ,

Ce sceptre

d'or, trav es ti dans ses mains,

:Sème par-font un esprit de vertige. Elle parcourt les rivages ga uloi s, fiords fortunés el soumis il ses lois.

Là de tout temps elle fut ador'ée,

Comme l'héhus ù Delphes autrefois,

Et le soleil, tic la mille ~thérée

N'•'clairc point, dans ce fol univers,

A son amour des rirages plus chers.

Commrnl CIL\l'iT l l \ïtikin pal'lil d4• son canip pow· aller demander du secours a11x

Commrnl

CIL\l'iT

l l

\ïtikin pal'lil d4• son canip

pow· aller

demander du

secours a11x Alain.-;; funeste pédlé du ,.,ainl Afi:hez,ër1ue Turpin.

L'astrr du jour, sorti du sein de l'on1le, ,\1•ait franchi les barrières dn monde, l'!ia1'/es, sui ri de ses fiers egcadrons, Se mit en marche, et suivit les Sa,ons. Une ùernière et san!!lante défait~ Les avoit fait recule; vers le Hhin. l'ion par frayeur, car ce peuple hautain Avaft cnrore Fitikin à sa tête,

Et ne cédait qu'à l'eflort du destin. Vaincu;; toujours, el toujours im·inciblcs, Chaque rerers les rendait plus terribles; Ils renaissaient de leurs propres débris, Et Vi1ikin, maître de leurs esprits, Aux noms sacrés de dieux et dl' patrie, Les enflammait du mépris de la Yie. Guerrier habile, et !!Uerrier malheureux, Ame et soutien de la cau3e commune,

Il maîtrisa quelquefois la fortune,

Et sa vertu lutta contre le,; Dieux. Il conservait, au seiu de la vieillesse, Toute l'ardeur ù'un jeune Paladin; De sa 1·ieillesse on ne connut enfin Que les 1-crtus, et jamai,; la faiblesse. La renommée apprit il l'1fi/;i11 Qu'E,.at;·e-1/frrm, prince du peuple Alain,

Etait passé deren, la Germanie,

l'ioyait la Saxe, et bloquait Jlen11i11ir Cette cité, qui fleurissait alors,

A disparu; sur la terre tout passe.

Achille, Hector, Agamemnon sont morb,

Et de Carthage ou ignore la place.

iJllGA:\"T

15

Xos ennemis balanci•rent long-temps S'ils marchrroient contre llircm ou les F1·anrs. De l'itikin la politique habile

~ut profiter même de sr.s re\'crs. Dans un conseil il assemble ses Pairs. « Seigneurs, dit-il d'un air uoble et tranquille,

Le sort se plait à nous persécuter;

" ~laisen di·pit <le la fortune même,

" De qu<'lque espoir j'ose encor me flatter

Que si les Dieux, par un arrêt suprême,

" Ont résolu la perle des Saxons, « Soumctlons-nous, mes amis, et mourons;

« illais n'allons point nous abattre d'avance.

« Lr Ciel est juste: il frappe les mécbans;

" Xos ennemis ne sont que des brigands,

« Et noir~ espoir est dans noire innocence.

" Sans le sarnir, peut-être les Alains

" :\e rnnt venus que pour notre dèfense.

" Ingénieux dans sa lente vengeance,

" Le Ciel, formant à son gré nos destins,

" Donne le chang-e aux jugemens humains.

" Je vais aller, au danger de ma \'ie,

« Trouver llirem dans les murs d' Herminie.

" S'il est hardi, je saurai l'enflammer

« Du noble espoir de Yenger nos outrages;

" S'il aime l'or, un bri!?and doit l'aimer,

" Il me suiHa par l'espoir des ravages.

" Les justes Dieux sauront me protéger,

" Et si je meurs, Yous saurez me yenger "· Le leo<lemain, dès que l'aube naissante Eut éclairé la terre blanchissante, Le !loi de Saxe attela ses coursiers, Et prit au nord le chemin d' Herminie, Avec un Page et quelques Che,·aliers, Les compagnons des tral'aux de sa vie. LP Hoi lab:;a, pour gou\'eraer le camp,

Sa brue llé/!'11e, et son fils llyda111rml.

" Tendres cpoux, espoir de ma vieillesse,

16 1fü;\ï\E~ CO\IPl.η:TES

DE

S .\L\"T-JUST

" Emhrassrz-moi, leur ùi1-il en plruranl;

" Grand frminsul, prête-lrur ta sa~cssr,

cc El sois lrur pi•rr, au lieu d'un père absrnl! « J1• vais aller lrourer un peuple impie,

cc

Sans frein, sans mœ urs, sans pays, et sans lois.

cc

,lr me 1lévouP anx Tlicnx, il la l'alric,

"

El cc n'est point pour la prrmièrr fois!

"

Drpuis trente ans j'ai blanchi sous lrs armes,

cc

Et mon risage es t s illonné cle larmes.

"

Imit ez-moi ; s i j e

vi e ns il mou1·ir,

«

Jurez anx Frnncs une Jiainr imincihle,

l'oursuiv c1-le s jusqu ' au ùcruier soupir,

cc

Et répand ez sur ma tombe

srnsiblc,

cc

Au lieu de pl e urs, le sang- des c nnrmis;

"

Au lieu de Heurs, leurs armes en débris.

«

Sou,·enez-vou~ que mon ombre indignée,

"

.\près ma morl, doit ,·ivre parmi mus,

«

Pour animer, pour diriger vos coups.

cc Si vous cédez

à la France étonné e,

" Tre mbl ez, ingrats , trr·mblcz; jr ,·ous attends,

((

Et j'arm e rai ma rage de ~erpl'11S,

" Po1ir \ ' OUS punir du bonheur ,Je la France, (< Et de laisser îllikin sans veng()ance.

cc Je pars, el laisse e nt r e les Francs et nous ,

"

Le Hhin, mon nom, ll's Dieux ,·engeu rs et vous ».

Lr Roi de France et sa :::auloisP armee,

l1Tes de sang, de gloir<', et dr fllmce. Derers le Rhin précipitaient Jeurs pas, D'autant plus fous qu'il s ne s·en doutaient pas . Pl e ins des vapeurs de leur sa inte for tune,

Ils

se !lattaient de baptiser ùientùl,

Et

le Saxon, cl

le Maurn , el le Got;

Et

cependant Je Diabl e qui n«~s l sol,

Se

flattait lui qu ' il grossirait la

lune

De

le urs projets. Le Démon PSI madre,

Et

quanrl il a pa r sa griffe juré,

Cc

11 'es t en 1 ain. " Faisons pécher la Franc e,

"

Dit ::>atanas, el nous verrons bientôt

17

« Le Ciel vengeur abandonnc1· (hal'iot.

« Le bon Adam, dr m~moirl' gloutonne,

« Pour un péché damna le genre humain,

" Le .Juif David perdit jadis un trône,

« Pour un baiser rp1e sa bouche felo1rne

.\rait cueilli sur un Iclon pa)'en '" Las! il s'y prit d'assez grnte manière. L'armée arril'C auprè> d'une ririèrc, Et l'on allait s'élancer dans les ilots, Quand tout à coup une force inconn;ie Fil frissonner la surface <les

ea ux, El tous les cœurs J,; l'armée épr!'rluc. Au mèmc instant, d'un tourbillon léger, Qui vint au bortl en cercles eJpirer, L'on vit sortir une i'lymphc gentille; Son r,har était en forme de coquille; Essaims d'Amours â l'entour voltigeaient;

Ses be<iux cheveux nu gré de l'air !lottaient, Et des pigeons doucement la trainaient :

Ses yeux en pleurs parcoururent la rive.

" lléias ! dit-elle, et d'une voix plainlil"e,

" Que n'avez-vous choisi quelque autre bord,

"

" Cœurs inhumains, pour voler à la ŒOrt,

« Sans effrayer mes rivages paisibles

" Par l'appareil de ces arme,; terribles,

" Et préparer à mon cœur innocent

'' L'affreux remords du so rt qui

rnus atter.d !

«

courez-vou,;, insen sés que

rnus êtes?

''

A drs combats, des lauriers, <les co nqu êtes? '' Le temps a-t-il si peu de prix pour rou s,

u

Que de la mort mus soyez si jaloux?

u

Quand le printemps écltauffe la nature,

« Quancl tout respire et tout chante l'amour,

"

Vous désertez vos chàleau.x et la Cour,

u

Pour mus charger d'une cuirasse Jure,

"

CIHJrchrr l'lwnneur quand le plaisir sourit,

"

Chercher la mort alors que tout revit!

« Et toi, cruel, dont la rage implacable

t8

OEUYllE~ CllllPLIÜES llE ~.\IXT-JUST

"

.\ime il trainer au milieu des combats Ton peuple ùuux, et nt' pour être aimable,

De tes fureurs 11'Ps-tn point encor las?

"

Est-cc trop pcn pour ta noire furie

"

D'avoir de sang

inonde

l'i ta lie?

•·

Est-ce par-lit, ;no11s tre, que tu soutien

Le nom de grand el celui de chrétien?

"

Que t'avaΕ'nl fait ces lointaines contrées,

Par

t)uP t'aYaient fait ces enfaus, Cl'S vieillards ? Leur crim e donc étoit d'être Lombar<ls ! Le tien, barbare, est tl'ètrP sanguinaire, Et pour le ciel de saccager la te.rre.

tes fur eur:; à la flamme livré<•s?

« Jeunes Guerriers, sensibles à ma voix, l\e courez point à ces l:\cbes exploits;

Le temps, cette ombre cl légère et frivole,

"

Trop tôt, hélas ! et nous quitte el s'envole!

,,

Ces vains lauriers , dont le r e nom

trompeur

Paye le sang que l'on vend it l'honneur,

"

Qu e ,·ai ent - ils , apr ès tout , sans la vie?

"

Et <JUC sert-il à l'homme qui n'est plus,

"

,,

D'arnir été fameux par des vertus'? Le héros dort sous sa tomhe flétrie, Et les amours 1·iennent danser dessus! « Si la fureur tellement vous anime,

"

Qur tous 1·os cœurs à ma rnix soien t fermés,

"

Partez, rolcz, combattez et mourez :

Mais de vos maux épargnez-moi le crime;

,,

Et sa ns troubler el d échir er mon sein,

"

,\liez mourir par un autre chemin », Vous avez vu 'lllelque belle affligée Entre la crainte et l'e;opoir partagée,

~]ouiller de pl eurs ou la ~aze ou le lin, Qui rougit, s'e nfle. el s'empreint sur son sein,

Lever au ci el un e vue attendrie,

El proférer ar ec un air plaintif• Les noms d' amour , d'honneur, de perfidie. A re délire, enfa11t d'un amour vif,

<JllG.\:'\T

Bientôt succè<lc un air morne et pensif, Et tour à to11r elle passe <lr mèmc De cette paix à cc délire extrême. Telle parut la i\ymphe sur les eaux, LorS')UP sa bouche eut prononcé ces mots. Brillés 1l"amour, les yeux baignés de larmes. Les Palaùins laissaient tomber leurs armes. Chnrles le mit, et pi!juant son coursier, Dans la rivière il saute le premier. L'année rut honte alors ùe sa faiblesse; On co11rt. on vole, on le suit, on se presse, Et notre l\ymphe. en jetant des sm1glots, Fut ,e cacher et pleurer sous les flots. Ce trait sans doute était fort honorable; )Jais, mes amis, soyons <le bonne foi; Le triste honneur <le triompher de soi \'aut-il encore u.ne faiblesse aimable"! Le Diable en rair , sur un rayon perché, Arn s'enfuir sa coupable espérance,

,\vec Cho;-/of, la !l"!fniphP et le l'éc/ié.

Parmi la fleur des pénaillons de France, Xul ne trébuche. Pt Jp, courroux d'en haut

Fut

allumé; par ''lui? par un dévot

Or. YOUS saurez <p1'i.l était dans l'armée Certain Prélat tout bouffi Ù1l ,-ertus, Mus<]Ué <le gràce, et tourré 1l'orémus, i'iommé l"11Ppi11, <le mémoire embaumée. La Belle en pleurs quand Ir saint homme vit, Eu se signant, sou cou tors il tendit, Et se tapit cl!astement sous des saules. ~loi j'aurais cru que si !"Esprit malin,

Par un pécl!é pou,-ait perdre li's Gaules, Çaurait été quelque fier Paladin Qui l'eùt commis. L'Archevêque en prière, .Jusqu'à la nuit resta sous la bruyère; Et dès que l'ombre obscurcit le lointain, Les yeux baissés, il descernl au riva~e. Et !'Esprit saint lui dicte ce langa:re,

20

lH'.lî\E' cmtPLl~fE:'; llE ~Al\T-Jl'ST

Qu'il prononça tl'un air tc•nilrè <'t bénin. "

Quille 1,. fond

dt•

la ~roltn, ô ma

brune,

Ouaille pie, èl dan> me, lira, béuis,

" \ïens oubli1•r li'S p<'ine' rt soucis;

" Point n'ai trempé dans l'inju1·1• commune,

" Dien tu le 1·ois; Di e u me perde ù t<'s yeux,

" Plutùt que faire <1insi 1p1'ib ont fait, Pux. " Du haut tlu Ciel , alors le bun Sainl-Pù»Te A\ait hais~é ses yeux creux sur la terre; Du saint Evêque il était le patron; JI lè couvait de so11 regard paterne,

Et lui prêtait quelquefois sa raison,

Pour lui servir ici-bas ùc lanterne, Las! il partit du ><éjnur éternel, Pour lui sauver cq doux pêché mortel.

Le bon apôtre en sa main, comme un cierge, Tient en volant sa luisante fiamhcrge,

El <le son corps l'éclat éblouissant

Trace tians l'air un sillon ondovanl.

Il approchait du monde sublun:1ire,

Quand tout a coup une rnix ile tonnerre,

De certain JJ.

l'icrre se tourne, el rnit !'Esprit peners:

li est glacé d'une peur effroyable,

~lais se rassure et s·a1·ance, Le fiiohfo Lui dit : « i'ien·ot, je t"allendais ici.

fit retentir les airs.

Fils de]'. je te cherchais ·aussi.

" Lui riposta le Saint d'uue roix forme.

" C'est aujourd'hui IJllC nous allons vider

" !\os Yieux débats; Dieu met. ici le terme

" .\ ton audace, et rn me seconder. » Parlant ainsi d'nne rnix nazillartlc. Le Saint tremblant poignit sa hallebarde;

L'A11:1e COl'llu, t.lrcssant son noir griffon, Se précipite, et le comh.11 s'engage.

IJl\l.A:\T

21

~!use, redis cet le fatale noise.

Entre leurs mains l'acil'r brill1• rt se croi"" Et le' rombal,; rln Grer rt du TroY1'n. Et de tancréd,,, ri du fier Circas;ien,

Si redoutable autrefois dans Solime. :\'approchent point de la sa,·ante escrime,

Acharnement, furcur 1 rirt1citC

Dont comhatlail notre couple irrité.

•llat/1ieu i'<i1·is, homme à cerrelle an~laise.

De qui je tiens ceci, par parenthèse. Dit lit-<les.;us, c'était assez leur lot; L'un t'Lait diable. cl l'autre élail dé;·àt.

Par un détour, S~tan, arec

Au nez du Saint, laisse la place bleue. L"Anglais .llathieu, qui rapporte cr Irait, .\urail bien dù nous dire à ce sujet

Comment l'esprit peut ètre susceptible

De rcceroir quelque empreinte sensible .

sa queue,

\eanl

de l'homme; on peut être Dreton,

Et n'avoir pas pourtant toujours rnison. Très prudemment Saint-l'iP1'!'e crie à l'aide,

l'n Ange vient. Salan appelle à lui; Arrive alors un Diable •1uaJrupède, Yomis,aut flamme, enfumé, velu, cui.

Ses hurlements font 1·eten_tir l'espace; Sur les deux Saints il fond a,·cc audace.

Les met en fuite : ils appcll~11l enco r.

Un bataillon arrire pour renfort. Tout !'Enfer vient, le Ciel se mulliplie. Et lïnlérôt <l'un combat singulier Cause bientôt un borrihle incendie. L'on voit partout luire l'affreux acier; De tous côtés les bataillons chancèlent. Et tou~les yeu} de fureur éliucèlent.,

Lors11ue

l'hiver,

en son cha i· nébuleux,

S'est élancé

.lb sommets de la Thrace ,

Et couronné ùe frimas cl de glace, Souffle la mort dans uos champs orageux,

22

OEL\îll>

cm1rLièTE;.

llf. ~ 11:\T-.ll'~T

Les hois tlherts jaunissent le, rivages

D1' moin< d"<·osaims tic leur' tri,tes feuillages. Qn'on ne royait de cime!P1Tes nus, Jl,, chars de frn roulant su r les nuages, Ile hataillous lièrement étendus, Ile hra•1uemnrls, ùc lioucliers, tle casques, Et ,Je Démons sous des formes l'antaoques. Lii, l'on voyait ùe petits Anges blonds. Aux ailes d'or, nux yeux bleus, aux cul; rond!,

L'arc à la main , 1·omme l'rnfant de Gniùe,

~ur des rayons voltiger pnr le rid e. Ici 1·olaient de brillans Chérubins, Enl'ironnés de défuntes nonnains . Là des Prélats. tout chamarres d'étoles, Yètuo de rouge et coiffés d'auréoles, Brillaient encor de ce coloris vil', Dont ici bas l'austère pénitence. Les oraisons, l'amour contemplatif Enluminaient ieur dévote ém inence.

:\luis, d'autre part les guerriers infernaux

Offrai ent

Là d'un dragon la croupe épouvantable, En cent replis recourbe ses anneaux, Là des géaus à tète de c~·rlope, Là dans les airs un Centaure galope:

L'un est chameau, l'autre vautour, et bref,

ln autre Moine. oreille d':ine au chef.

Au rnêmc

Le dott.J· .\p611:'' et le /l oi des Maudits

.haie nt laissé leur combat indécis;

Les escadrons à leur Yoix s'arrondirent. Tout orgueilleux de ~oumettre l'Enfer, l'i•i·re, animé, grimpe sur un éclair; Dcrant ses pas marche la Renommée, Trompe à la bouche, une oreille it la main, F:rnblème lier des prouesses du Saint. i'icrl'P se si!!'ne, et bénit son armée. Le Satanas, sur un dragon de feu,

à l'œil un spec tacle effroyable;

instant où les troup es grossi1·cnt,

ORC.A'iT

\' olait en l'air. et sa bouche enfla mmét> Tint ce disco~rs: « Fi0rs ennemis ùe Dieu,

"

Voici le Ciel, autrefois votre place;

"

De mon forfait je n'ai point de remord;

«

Par un nouveau, couronnons notre audace,

«

Et vengeons-nous de l'injure du sort.

"

li l'a voulu: par un coup de tonnerre

"

Précipités du séjour de lumière,

"

Le noir Ténare, en ses flancs odieux,

"

Servit d'asile à l'élilt> des Dieux.

"

,l'ai tout perdu, ma dignité suprème.

"

Mon sceptre d'or, et ce trône immortel

"

Qui dominait les Puissances du Ciel;

"

Mais, malgré tout, je suis encor moi-même. Indépendant des arrêts du Destin, J 'étais un Dieu, je le serai sans fin.

« Et les sillons de la foudre éclatante, " Et les tourmens de la Cehe11e ardente.

" Xe peuvent point arracher à mon cœur

"

" Je fus jadis, .tans !'Olympe céleste,

" Le Dieu du bien; le mal et la fierté

« Sont mon essence el ma diYinité.

« J'ai tout perdu, mon courage me reste

« Pour triompher ici de no:; rirnux,

" Ou pour braver des supplices nouveaux. Qu'on se figure Amphitrite immobile, noulaut ses plis d'une haleine tranquille, Les Alcyons promenans leu rs berceaux, Et les Tritons se jouant sur les eaux; Puis tout à coup les cieux •1ui s·obscurcissent, La mer en feu, les rochers qui pâlissent, Et les éclairs, el la foudre, et le rnnt, Qui méconnaît l'empire du Trident. Ainsi l'on voit les Gu erriers qui s'avancent. Avec le l:truit des clairons l:telliqueux, Réglant leur pas fier et majestueux; ~lais tout à coup au signal ils s'~~ancent :

Ni repentir , ui l'aveu d'un vainqueur .

OEl \"HE~ CO~IPl.l·:n;;; llE >'.l1'iT-JUST

~'.

Leur cho<' affn•11x lit 1·1'l1·ntir lr riel:

D1•s chars de fru les d"·hris 1olli:;ère11t,

Et iles (•clairs dr l'ar i1'r in11:111r1t•I

Ile tous d1i"'" Je, nuai::1•s brillèr•~nt.

.\u

Diablt·s et Sninh sr l'ircnt cunfonùns. l.1'S escadrons S<' choquent, S•· di;;prrscnt.

111~mr i1bta11t, le s da11111ès, les él11s,

Sur le s courslPrs

ll' S co111·sicl'~ :W· rrnn •1'.'!ie11t.

.hanl que /Jie11, dr son soufllc puissaut,

F.ùt

IJcs êlé1nc11s 1:1 i::ucrre épomanlaulr, Et Jeurs co111bab cl leurs ri•ueIJioPs

i\'expri1ucnl point le dt'sorilre elfroyaul~ Que J}al'S SOtJff!Oit parmi les ualaillons.

déhro11ill1" n:ml'in· du ni'aut ,

(ln se pourf'L 1 n<l,

on s'écra~e, on se perce;

On jurr, on crie, on s'arance, l'on fuit; On se mesure. on court, on se poursuit, Comme les flots qu e le 1·ent bouleren,e.

Egale rage, égril acharnPmr11t.

LP saure en uiain , là march e f 'o 11t,·ir111a11t, Tout dernnt lui fuit comnw la poussière; L<'s Saintes, non; car ce Hiable paillard Est chamarré. par de1·ant et derrière, IJe ces hochet:; <]11'//Pioï.<r lrop larù f\edemandait il son chcl' .lhrufal'd. De plus en pl11s r1•doulile J, carnai::e; L'on se blessait, mais l'on n;' mou1·ait pas. ::;ur l"arc-en-ciel, •'ntou1·é d'un nnago,

En se signant, Jésus disait:

Pourrai-je roir une tellP furie? l'ion. A ces mols, il ap1wll e les nnts, Trouble IPs airs, fait .:rondr1· les ,\ulans, Et <l'eau Lr11il<' il l'i•pand une pluie. Il fallait voir tous les Uiahles rôtis P1·cndre la fuilc en jetant <le grands cris. ~Joins promptement les n•11ls soumis se lurent, Q11a11J f\'eptu1111<. armé d1' son trident, Leva le front sur l'humide élemcnt.

llélas !

F:n un in,tant les Diables di sparur r nl. Sur son éclair, l'irl'rol les pou1·,uirait , Tout agité d'une fureur tranquillr ,

Criant 1lu ton qn e jadis il prêc ha it :

" Où courez-vous , troupe vain e e t se rvil e?

" Lflches , allez dans l'Nernellc nuit

" l'opprob e qui 1·ous s uit.

Cache r au Cirl

" glace votre courn gi'"

" L'eau 1·ous fa it pe ur ! Ah! j e croira is hie n plu s

" Qn e vous crai gn ez le des tin d e Jiu/eus 1 "

Le Saint, du ges te app uya nt ce

Contre un essaim des profan es Esprits Laisse échapper la clef Ju Paradis ;

De c ette clef des Diable s s'e

Et dans le Ciel bientôt se r e nfe rm è rent.

lan gage,

Qu e ll e terreur

mpar i>r e nt ,

CHANT

Ill

Commen t l' A1·c /œce'q u e Ebbo devint le Calc ha s cle du pt!ché du saint .1rcheve'que Turpin .

l'armée: suite

J e

Cela m'amuse et remplit mon loisir . Pour un mom ent , j e s uis Hoi' de la

Trembl e, méchant , ton bonheur va

Humbl e , 1·ertu s, a pprochez de mo n tr ône; Le front le vé , mar ch ez aup rl's de moi ; Faible orph elin , par tage m a cou ronn e Mais, à ce mot, mon erreu r m'a bandonn e; L'orphelin pleure: ah ! j e ne suis pas Roi ! Si je l'étais, tout chang~rait de fac e :

ve ux IJ<\lir uue bell e chim ère;

terre;

finir .

Du

riche

altier qui foul e l' indi ge nt ,

Ma

main

pe sante affai ssera it l'a udace ,

Terra sSL' rait le coupa bl e in so lent ,

Élèverait le timid e inno ce n t.

Et pèserait, ùans sa balance' égale,

I

26

Œl'YllE~ cmtPl.f,n;s DE ~.\l:'ïf-Jl"ST

Ob>curité, grnudcur, paunelé, rang. Ponr annoncer la m:ijPslé royale, .le ne \'Oudrais ni gardes, ni faisceaux. Que .llarius annonce sa présPnce Par la terreur cl la clef des tombeaux; .Je marcherais sans haches, sans défense, Suivi de cœurs, el non pas de bourreaux. Si me:, ,·oisins me.déclaraient la guerre,

.J'irais leur <lire:" Ecoutez, bonnes gens;

" !'\'avez-vous point des femmes,

" Au lieu d'aller ensanglanter la terre,

" Allez vous rendre à leurs ernbrassemcns;

" Quittez cc fer et ces armes terribles,

" Et comme nous, allez vivre paisibles"· Mon peuple heureux, mais heureux dans ses ports, Sans profaner, aux 1·i,·es étrangères, Sa cendre due aux c~ndres de ses pères, S'enrichirait de ses propres trésors. Et fleurirait a l'ombre respectable Des vieilles lois de nos sages aïeux. Arbres sacrés, recours des malheureux, Sans que jamais mon 'ceplre audacieux Os~t flétrir leur mou,se vénérable. Je laisserais le Tw·c et le H11ro11 Se faire un Dieu chacun à leur façon, fJien pénétré du sublime système Que Dieu n'est rien •inc la sagesse même, Et que l'honneur, la vertu, la raison, Dien arnnt nous, dans F:11iile et Caton, Yalaienl leur prix, sans le sceau ùu l•apl.Jrne . 8i Cha1·/cmng11e cùl comme moi pensé, li aurait eu maints déplaisirs de reste. Devrrs le Rhin il s'était avancé, Toujours armé pour la cause céleste. Enflé déjà de ses exploits nouveaux, JI s'apprêtait à traverser les flots; ~lais de revers une invincible nue Le menaçait : la source en est connue.

des en fans?

l)llGA\T

27

L'l~•<·qne E/Jbo, r1ui lisait conrnmment, f:tait alors un prodige étonnant. Diou, par son baume, avait fait des miracles, Et par sa bouche annonçait ses oracles. Plein cle mepris pour les terrestres bions, Il vint s·asseoir sur le siè;.;<' de Reims; Il quilla tout pour Jésus et }Jarie, Sa paurreté, ses haillons, sa patrie, Mais conserva, dans un dévot éclat, L'ait· oimple et sot de son premier élat. Pendant la nuit, il ronl\ait dans sa tente, Seul par hasard; un grand bruil l'éveilla :

li 1·oit. au sein d'une nue éclatante, l' n Ai;~rassis, qui d'abord l'appela. Ehbo troublé, d'une rnix chancelante Lui répondit: " (;foire soit lW Sei911eur,

tt

(Jni vieHl tro1u.:e1' son hu111ble serviteur. n

Le Messager du }!aitre du tonn erre, D'un saut' léger ayant mis pied à terre, Vers le chùlit s'est avancé soudain. Une écritoire el la plume à la mai~. Ses doigts bénis lè1·ent la couverture. Le Saint Prélat, immobil e de peur. Le laisse faire, obéit sans murmure,

Di~ant, soit fait comme vent le Seif1»ew·.

L'Ange, troussant les fesses étonnées, En chiffres noirs y mil nos destinées,

Et dit ensuite au Prélat plein d'effroi :

" IJrmain matin allez trouver le Hoi,

" Uieu mus !"ordonne, el vous lui ferez lire

" Ce <jue le Ciel, par ma main , 1·ient d'écrire »; l'uis il partit. Jrun regard de profil Le p,.;/at saint lorgnait !'Ange gentil,

Et 11uel11ucfois disait, d'un air moroze :

" Ail! j'ai bien rru qn ïl voulait antre chose! » Le lendemain, J:,'bbo tout rarlieux, Fut chez le !loi cl"un air mystérieux.

« Lisez: Seigneur)). Le ,i

:;;.e

vénérable

Bai,,sr lf' nez >Lli' la 110111rl!P lahle, Et lit cr;, mots : • .llalltr11r nu

Bai,,sr lf' nez >Lli' la 110111rl!P lahle, Et lit cr;, mots : • .llalltr11r nu 1u·11plr f'm11c,

" 7'11111 q11e Turi'in J"'c/1rrn loin du Cll>llj). »

Chw·lrs, ;,aisi d'.une mortelle crainte, TomLe le nPz sur la lalilPlle saintr.

E/J/Jo s'éloigne, et foil roir en tout iicu, l'armi le camp. <JllÏI est l'a111i dP Dieu.

Selon

(ln fil 1·eni1· mill1• Sorciers dans J'ost, EL cles Docteurs qui ne l'ètail'nl pas trop. Ces Lonnes gens i·1·oqu<·rcnt le l)iable; Mais vainement; ri rous savez, je rrois. Pourquoi le Diable élitil sourd il leur 1oix. Charlot amit, pour rhef de ;,a bombance, Un vieux Vandale, appelé ./er1.11 Jlai·ul, Sage bonhomme, el lourdaud plein tle sel, Inquisiteur des sottises de France, l'e gazant rien, brarant même les Grands;

Il amusait le Prince il ll'urs 1lèpe11s. Riant de tout, déconcertant l'adrussr Des courtisans, et glosant leur bassesse; De sa cuisine et du sceptre occupé, Bernant le Roi, quand ou l'a l'ait trompé,

N'espérant rien. ne demandant pour gr:îcr, Que Je tra11chcr ses mots a1-ec audac<~, Dans le néant Je ,on chctif emploi,

li bravait tout, el I~ Cour,

Il écartait les i11s1'des du trône. !'harles lui dnt soment un lion al'is, Et ce nrnnant, nous dit .llathir,•1 l'm·is, Etait peul·ètre. en ces àges mandits, Digne lui ;;eul du poids de la couronne. tion a1·is fut, en voyant nos Docteurs, Nos Négroman;, tartuffes imposteurs, Qu'il les fallait écorcher vif ou pendre; Et les Lcrnant, il les força de prendre La fuite au loin, pour prix de leurs laheurs. j]aini Cbernlier vint briguer l'arnntage

l'usa~e antique et rcsprctalJlr,

ri le l\oi;

0111;.1:\T

De s'enquérir du S11illl /'ol/r11/ion; J!atl'c/ rlis<iit: Où ('i·d1r 1,. fi·lon?

Antoine 01'ganl. fi}:

:

du ~aint personn11gtl,

Sc mit en quête, Pl courut maint rirage, Accompagné de son Ange grirdiPn. Cel Esprit pur, sans doute Esprit de bien, Le protégea dans ses longues prouesses, Et 1,. soutint dans ses jeunes faihlesses, En lni prêchant les <l1'voirs du Chrélien, Et lui montrant les [rttlrnes éternelles Que Dieu réserre à ses a!llis fidi>les.

Le ma111:ais graia cl les ronces charnelles

Germèrent mieux dans I•• cœur du Yaurien !

,lntoine 01·ga11t arait rn la prairie Vingt fois déserte et ringl fois rencurie. Yingt ans enfin s'étaient passé:; depuis

Que

Vint élever son âme au Paradis Entre les bras de la i'i'onnrtte E11:1elle. Le sang T1upi11 dans ses Yeines bouillait, Les "eux brillans de sa mère il avait; ~lai;c'était tout: car sa figure haute l'i'annonçail point le lîls d'une dévote. ,Til le contour de son jPunP menton Élail bruni par un léger coton; Avec vigueur il maniait la lance. Pour gon1·erne11r il n'eut qne des soldats; Chasses. tournois et joli tes, dès l'enfance, Avaient durri ses rnembres délicats. Au demeurant, c'était des h1"rétiqup,s Le plus affreux, ~e moquant des reliques, Bernant les Saints, quelquefois le Seigneur, Qui cependant raimait de tout ;on cœur. D'ailleurs, il eut un .Ecuyer profane, Grand in•lévot, grand EpicnriPn, l'ie conna1,;sant de Dieu que la tocane; Qui lui prouva que le mal était bien, Le corrompit, et n'en fit qu'un vaurien,

I' ln·hei·h111e, animé d' un saint zèle,

:l,

)]aigri' la gr~ce, et son Ange gardien . .\pnt donc pris <'Ongl• dr

)]aigri' la gr~ce, et son Ange gardien .

.\pnt donc pris <'Ongl• dr ('hrn·/""'"!J""' En l'emlirassant. il 'r rnit rn campagne, Pour toutr snite ayant cPt écuyer, L'A "rJ' gordien, et Gco1·rr J'Aumônirr. Organ! trottait sur un chrrnl rl'Espagn~, lmpétnrm, ar<IPnt il batailler. )Jessire GPoryc. arec un air altier, Et l'écuyrr, IJU'on nommait .Jean Chmnpng11e, Sur des ronssins ù l'r nri cheminaient, Qui, fiers du poids . lrs orrillr~ dressaient, Et la poussière autour d'c11x amassaient. Organ/ battit plaines. forêts, collines:

Lr nom Turpin s'entendit en tous lieux, Lf' nom 7'11rpin retentit jns1Ju'a11x cirux. Il chemina vers les cités voisines. .\près cela, que fairr ne sachant, Il s'en rnYint devers celte rivière Dont j'ai parlé, q11<>lq11e soupçon apnt Qu'il aurait p11 s'y noyer en passant. ~lais s'il péchait , il 1•iYait cependant :

l1n mille ou deux il suivit le courant, Cherchant parmi les aulnes, la bruyère, Et d'oncle point. Il sonna de son cor, Pour appeler cette 1\'ymphe perfide, Qni, plus cruelle el plus aimable encor, Parut bientôt snr la plaine liquide. .\r ec un air craintiL mais séduisant,

Et ses beaux yeux dr son voile courra nt.

" Cruels. rit quoi' dit-elle rn sonpÎl'ant,

\''êtes-vous point cont<'ns d'un seul outra!!e?

VoR coours sont-ils à la pitié si sourds',

Qu'ils aient juré de m'affliger toujours?

" Si vons avez ce barbare courag-e,

" Cherchez ailleurs quelque enne~i sanvage,

,,

Dignr

ile vous, e t qui puisse opposer

«

A ros

fnreurs, il vo,; farouch es armes,

D'autres combats que de timides larmes,

01\GA'iT

31

" Que des soupirs qui ne peuvent percer,

" i\i rotre cwur. ui cc dur bouclier.

" Cc tendre sein, que vans pouvez frapper.

" Henfcrme un cœur inoins cruel que sensible ;

« Ce faible bras n'est rien moins que terriule. Armé du fer, l'avez-vous vu jamais

« Porter la mort cl l'effroi sur 1·os rives? Percer le cœur de 1·os dames plainti1·es,

I::L renrerser 1·os superbe> palais?

" .\on. Pourquoi donc, pourrp1oi, monstres sauvages,

" Désolez-vous nos innocens riva,!!;es'?

" Mais à <[UOi bon ces fri roies clameurs?

" Pourquoi me plaindre, cl ~ne servent ces pleurs?

" Tigres, vos cœurs, fermé~ à la tendresse,

" Dédaignent trop mon sern et ma faiblesse! " Un tel discours était accompagné D'un air si tendre et si passionné, Que les rochers à l'entour s'amollirent, El que les eaux leur course sm;pendirenl. Mais ces soupirs, ces larmes, ces sanglots Avaient pour. but la perte du Héros. Ciel! se peut-il qu'une figure aimable Pubse voiler un cœur abominable! Organt repart: «Ma Pl'incesse, avez tort De me prêter telle décourtolsie; Belle jamais ne 1·is en ennemie, ~lieux aimerais la (Jlus cruelle mort. Je ne viens point vous déclarer la guerre, Et Dieu le sait quels genres de combats,

Si

i\'a pas long-temps, près de cette rivière,

le mu liez, vous linerai~nl ces bras.

S'est égaré l'Arcltevêq11e Twpin. Pardonnez-moi ma démarcbe indiscrète; Je ne sais rien de son no unau destin; De tous côtés je me suis mis en quête Pour lr trourer, et me feriez plaisir, Sur ce malheur, si pouviez m'éclai1-cir Elle sourit, et de ccl air aimable,

:l2

1n \ BE:i Cü~IPILl'I·:~ llE S.\L'fl'-ffST

CN air touchant, cet air inrxp1·imahl<', }!èli• de jl•il' el m1lll• <11• lanu;ncnr, Qui dési~na il amonr , di•>irs, frnycur;

JI ,'éclrnppail <'nco1·c q11clrpies larme s, Qni du sourin• c mbc llissaicnl les charnws. Lors11ue l'auror•' annonce un bean matin,

.\prè s le deuil

d'nn pa ssa g-cr

ora;:e,

Et c1u e Zllph)'l' , ùc so n s on me

badin

Scmule cha sser la fouùrc 1lu rirage, ·

,\ l'Or ien t tel on r oil \'oile1· so n front d' un

La nuit s'cnrn!t-, c l la cla'rt é naissanl r l\rml la Nature enco r e plus piquante.

En folâtrant, Zéphyre snr lrs neurs,

!Ju Ciel calmé vienl balancer les pleurs.

le so leil

· nuage l'rrrn c il.

Vous en tendez la fauvl'll e an

Qui tremble encore, cl pourtant qui ramage, Et mus voyez aux tortu e ux bui ssons Pendre la pluie e n perl1•s, rn festons.

" Guerrier, l'honn e ur dr la Ch eva lerir,

bocage,

u

Dit notre 1Yym71he au jeune Paladin;

u