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CONSTRUC TION E T TRAVAUX PUBLICS

CONSTRUC TION E T TRAVAUX PUBLICS Ti541 - Mécanique des sols et géotechnique Stabilité des sols,

Ti541 - Mécanique des sols et géotechnique

PUBLICS Ti541 - Mécanique des sols et géotechnique Stabilité des sols, fondations Réf. Internet : 42219

Stabilité des sols, fondations

Réf. Internet : 42219 | 3 e édition

des sols, fondations Réf. Internet : 42219 | 3 e édition Actualisation permanente sur www.techniques-ingenieur.fr

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III

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Mécanique des sols et géotechnique

(Réf. Internet ti541)

composé de

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Géotechnique

Stabilité des sols, fondations

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IV

Cet ouvrage fait partie de Mécanique des sols et géotechnique (Réf. Internet ti541) dont les

Cet ouvrage fait partie de

Mécanique des sols et géotechnique

(Réf. Internet ti541) dont les experts scientifiques sont

:

Internet ti541) dont les experts scientifiques sont : Daniel DIAS Professeur des universités, responsable du

Daniel DIAS

Professeur des universités, responsable du département Géotechnique de Polytech' Grenoble

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V

Les auteurs ayant contribué à cet ouvrage sont :

Olivier BENOIT

Pour l’article : C246

Laurent BRIANÇON

Pour l’article : C305

Philippe DELMAS

Pour l’article : C305

Roger FRANK

Pour l’article : C248

Didier HANTZ

Pour l’article : C257

Yann JUILLIE

Pour les articles : C242 – C244

Jean-Pierre MAGNAN

Pour l’article : C255

Didier MAZET-BRACHET

Pour l’article : C257

Stéphane MULLER

Pour l’article : C250

Gérard PHILIPPONNAT

Pour l’article : C2682

Georges PILOT

Pour l’article : C255

Léo QUIRIN

Pour l’article : C250

Philippe REIFFSTECK

Pour l’article : C254

Jean-Pierre ROSSETTI

Pour l’article : C257

François SCHLOSSER

Pour l’article : C245

Thomas SIMONNOT

Pour les articles : C242 – C244

Philippe UNTERREINER

Pour l’article : C245

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VI

Stabilité des sols, fondations (Réf. Internet 42219) S O M M A I R E

Stabilité des sols, fondations

(Réf. Internet 42219)

S O M M A I R E

des sols, fondations (Réf. Internet 42219) S O M M A I R E 1 –

1– Stabilité des sols

Réf. Internet

page

Renforcement des sols par inclusions

C245

11

Stabilité des pentes. Glissements en terrain meuble

C254

17

Risques naturels gravitaires. Géologiques et torrentiels

C257

21

Amélioration des sols

C255

27

Ouvrages de soutènement - Poussée et butée

C242

31

Murs et écrans de soutènement

C244

37

Les géosynthétiques de renforcement

C305

45

2 Fondations

Réf. Internet

page

Fondations supericielles

C246

55

Fondations profondes

C248

59

Eurocode 8 : fondations supericielles et profondes

C250

69

Constructions métalliques. Fondations pour pylônes et mâts

C2682

73

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VII

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Stabilité des sols, fondations (Réf. Internet 42219) Q 1 – Stabilité des sols Réf. Internet

Stabilité des sols, fondations

(Réf. Internet 42219)

Stabilité des sols, fondations (Réf. Internet 42219) Q 1 – Stabilité des sols Réf. Internet page

1– Stabilité des sols

Réf. Internet

page

Renforcement des sols par inclusions

C245

11

Stabilité des pentes. Glissements en terrain meuble

C254

17

Risques naturels gravitaires. Géologiques et torrentiels

C257

21

Amélioration des sols

C255

27

Ouvrages de soutènement - Poussée et butée

C242

31

Murs et écrans de soutènement

C244

37

Les géosynthétiques de renforcement

C305

45

2– Fondations

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cRTU

Renforcement des sols par inclusions

par François SCHLOSSER

et

Professeur à l’École Nationale des Ponts et Chaussées Président-Directeur Général de Terrasol

Philippe UNTERREINER

Ingénieur des Ponts et Chaussées Maître de conférences à l’École Nationale des Ponts et Chaussées Chercheur au CERMES (ENPC/LCPC)

1.

Renforcement des sols : concepts et types

C 245 - 2

2

3

1.1

Concept de sol renforcé

1.2

Types de renforcement

— —

2.

Interaction sol-inclusion

3

2.1

Efforts dans les inclusions et principales techniques

3

2.2

Inclusions linéaires

3

2.3

Inclusions bidimensionnelles

5

2.4

Renforcements tridimensionnels

— 6

3.

Description des techniques et comportement des ouvrages

7

3.1

Répartition des efforts dans les renforcements

7

3.2

Mobilisation du cisaillement et de la flexion. Principe du multicritère

8

3.3

Influence de l’extensibilité des renforcements

8

4.

Principes généraux de dimensionnement

9

4.1

Notions d’états limites de service (ELS) et ultimes (ELU)

9

4.2

Notions sur les coefficients partiels de sécurité

9

4.3

Durabilité et comportement à long terme

11

4.4

Méthodes aux états limites de service (ELS)

11

4.5

Méthode aux états limites ultimes : calculs à la rupture

12

4.6

Chargements particuliers

13

5.

Techniques de soutènement en remblai renforcé

13

5.1

Murs quasi inextensibles en sol de remblai renforcé

13

5.2

Murs extensibles en sol de remblai renforcé

14

5.3

Renforcements tridimensionnels

14

6.

Renforcement des sols en place par clouage

15

6.1

Stabilisation des pentes instables

15

6.2

Clouage en soutènement

16

7.

Fondations en sol renforcé

18

7.1

Radiers avec éléments de renforcement horizontaux

18

7.2

Remblais renforcés sur sols mous

18

7.3

Fondations en sol renforcé par groupes ou réseaux de micropieux

18

8.

Conclusions

19

Pour en savoir plus

Doc. C 245

L e renforcement des sols consiste, dans son principe, à associer un sol à des éléments résistants de manière à former un matériau composite.

Après une présentation des différents types de renforcements et des techniques correspondantes, on étudie le comportement élémentaire entre le sol et un élément de renforcement, comportement qui est commun à toutes les techniques de sol renforcé.

Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie est strictement interdite. ©Techniques de l’Ingénieur, traité Construction

QQ

C 245 1

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cRTU

RENFORCEMENT DES SOLS PAR INCLUSIONS

Un certain nombre de principes généraux de dimensionnement concernant les calculs aux états limites ultimes (ELU) et de service (ELS), les coefficients partiels de sécurité et la durabilité sont ensuite exposés avant d’aborder plus en détail chacune des techniques.

1. Renforcement des sols :

concepts et types

Dans les ouvrages de soutènement de type traditionnel : murs poids, parois moulées, rideaux de palplanches, le sol retenu ne par- ticipe pas à la stabilité de l’ouvrage (cf. article Murs de soutènement [C 244]). Au contraire, dans les ouvrages de type plus récent :

murs cellulaires ou à caisson, murs à ancrages multiples et ouvrages en sol renforcé, une partie du sol à retenir participe à la stabilité d’ensemble de l’ouvrage, en étant associée à des éléments structuraux (figure 1). Le développement de ces techniques est lié aux économies qui peuvent être réalisées, d’autant plus que ce type d’ouvrage, relativement flexible, peut s’adapter à tout type de sol de fondation. Ainsi, la préfabrication des éléments structuraux comme la rapidité de construction permettent d’économiser aussi bien sur les matériaux que sur la main-d’œuvre.

La différence essentielle entre les trois catégories d’ouvrages (mur cellulaire ou à caisson, mur à ancrages multiples et mur en sol renforcé) est le mode d’interaction entre le sol et les éléments- structuraux. Dans le cas d’un mur cellulaire ou à caisson, les élé- ments structuraux sont assemblés de manière à former des cellules, par la suite remplies de sol. L’ensemble se comporte comme un mur poids relativement déformable [5]. Dans un mur à ancrages multi- ples, le volume de sol à retenir est contenu par un parement fixé à des ancrages à l’aide de tirants suffisamment longs qui n’interagis- sent pas avec le sol. Par opposition, dans les ouvrages en sol ren- forcé, l’interaction entre le sol et les inclusions s’exerce sur toute leur longueur ou leur surface. À l’échelle de l’ouvrage, le massif en sol renforcé peut être alors considéré comme un matériau composite, généralement anisotrope. Les inclusions utilisées, encore appelées éléments de renforcement, sont des éléments continus, généralement préfabriqués et mécaniquement résistants en traction mais possédant aussi, suivant les cas, une certaine résis- tance à la flexion. La distinction entre ces trois catégories de murs de soutènement n’est pas toujours facile à faire, d’autant que l’évo- lution actuelle de ces techniques est très rapide et qu’elles sont par- fois combinées [45].

1.1 Concept de sol renforcé

Dans un sol renforcé, les propriétés mécaniques du sol initial, qui le plus souvent ne possède pas de résistance en traction, se trouvent améliorées par la mise en place d’inclusions résistant à la traction. C’est ainsi qu’un sable, purement frottant, renforcé par des arma- tures métalliques possède une cohésion « apparente » qui peut être mesurée à l’essai triaxial [34] (figure 2). Le calcul précis de la cohé- sion « apparente » d’un sol renforcé, matériau composite anisotrope, est relativement complexe [10] et peu utilisé en pratique pour le dimensionnement des ouvrages en sol renforcé par des éléments linéaires ou bidimensionnels. Pour de tels ouvrages de dimension- nement est fait par une approche « discrète », c’est-à-dire où les élé- ments sont modélisés séparément du sol. L’approche « composite » au moyen de la cohésion « apparente » est notamment utilisée dans le dimensionnement des ouvrages en sol renforcé de façon tridimen- sionnelle, du typeTexsol ® .

de façon tridimen- sionnelle, du typeTexsol ® . Figure 1 – Principaux types de murs de

Figure 1 – Principaux types de murs de soutènement associant le sol et des éléments structuraux

soutènement associant le sol et des éléments structuraux Figure 2 – Critère de rupture d’un sable

Figure 2 – Critère de rupture d’un sable sans et avec renforcement [34]

Pour que, dans un ouvrage, le sol et les renforcements se comportent comme un matériau composite, il est important que les éléments de renforcement soient suffisamment nombreux par rap- port aux dimensions de l’ouvrage. De plus, pour contenir le sol entre les éléments, il est le plus souvent nécessaire d’installer un pare- ment, dont la rigidité doit être compatible avec l’extensibilité des renforcements.

C 245 2

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QR

1.2 Types de renforcement

Il existe une très grande variété d’éléments de renforcement utili- sés dans la pratique et que l’on classe généralement suivant leur forme géométrique ; unidimensionnelle (linéaire), bidimensionnelle ou tridimensionnelle [40] [42]. En outre, un grand nombre de maté- riaux constitutifs sont possibles : acier, fibres de verre, géotextiles et produits apparentés (matières plastiques), etc. Il est à noter que les renforcements bidimensionnels et tridimensionnels, du fait de leur géométrie, ne peuvent être utilisés qu’avec des sols rapportés. Le tableau 1 donne une classification des principales techniques de sol renforcé en fonction de la géométrie des renforcements et du type de sol (sol rapporté ou en place).

2. Interaction sol-inclusion

2.1 Efforts dans les inclusions et principales techniques

Dans le renforcement des sols, les inclusions sont qualifiées de passives car elles ne sont pas mises en tension lors de leur installa- tion, contrairement aux tirants précontraints (cf. article Parois mou- lées. Ancrages [C 252] dans cette rubrique). C’est sous l’effet des déformations du sol, durant ou après la construction, et par l’inter- médiaire de l’interaction entre le sol et le renforcement, qu’elles se mettent à travailler. Suivant leur rigidité relative par rapport au sol, elles peuvent travailler simplement en traction ou en compression comme une barre ou une membrane, ou de manière plus complexe en traction ou compression, cisaillement et flexion comme une poutre. La mobi- lisation de ces efforts dépend de nombreux facteurs dont les plus importants sont : la rigidité relative des inclusions par rapport au sol, leur géométrie, extensibilité, orientation et densité, ainsi que le pro- cédé de construction (tableau 2). Suivant le type d’application, l’un ou l’autre des efforts sera privilégié. En soutènement, les éléments de renforcement horizon- taux travaillent essentiellement en traction tandis que ceux placés

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cRTU

RENFORCEMENT DES SOLS PAR INCLUSIONS

verticalement sont soumis à un chargement combiné en compression, cisaillement et flexion. En stabilisation des pentes (renforcements verticaux), les efforts de cisaillement et de flexion sont les plus importants. En fondation, les renforcements verticaux travaillent le plus souvent en compression, tandis que ceux placés hori- zontalement travaillent le plus souvent en traction, et en flexion- cisaillement s’ils sont assez rigides.

2.2 Inclusions linéaires

Les éléments de renforcement linéaires et souples travaillent essentiellement en traction ou en compression. Ceux qui sont plus rigides en flexion peuvent en outre travailler également en cisaille- ment et en flexion suivant leur orientation dans l’ouvrage. Dans le premier cas, le mécanisme mis en jeu dans le transfert d’efforts entre le sol et l’inclusion est le frottement latéral. Dans le deuxième cas, c’est la pression latérale, développée au contact entre le sol et l’inclusion qui est le phénomène important.

2.2.1 Frottement latéral

L’équilibre d’un petit élément de renforcement montre que la variation de l’effort normal T (positif si c’est un effort de traction, négatif si c’est un effort de compression) le long d’une armature ou d’une nappe est proportionnelle à la contrainte de cisaillement à l’interface du sol avec l’inclusion, notée τ (figure 3) :

pour les armatures :

 
 

1

dT

 

τ

=

--------- --------

 

2b

dx

avec

T

effort normal dans l’armature,

b

largeur de l’armature,

 

x

abscisse le long de l’armature ;

pour les nappes :

 
 

dT

 

τ

= ----------

 

dx

avec

T

effort normal par unité de largeur de la nappe.

Tableau 1 – Classification des techniques de renforcement suivant les éléments de renforcement utilisés

   

Techniques de renforcement des sols

Type de sols

Renforcements unidimensionnels (linéaires)

Renforcements bidimensionnels

Renforcements tridimensionnels

 

Terre Armée (armatures métalliques)

treillis métalliques horizontaux

microrenforcements (disquettes, plaquettes)

procédé Freyssisol (armatures en matière synthétique :

mur Tervoile

fibres (métalliques, géosynthétiques)

(treillis verticaux)

Sols rapportés

Paraweb)

 

mur VSL (bandes de treillis métalliques)

nappes en géosynthétiques (géotextiles, géogrilles, géocomposites)

Texsol

 

(fil continu)

 

procédés utilisant des pneus (Pneusol, Arma-Pneusol, Pneu-Tex)

 

Sols en place

micropieux (groupes ou réseaux)

   

clouage en soutènement et en pente

   

(0)

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QS

C 245 3

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cRTU

RENFORCEMENT DES SOLS PAR INCLUSIONS

Tableau 2 – Efforts majeurs dans les inclusions pour différentes techniques de renforcement des sols [39]

 

Techniques de renforcement

Traction

Compression

Cisaillement

Flexion

Armatures ou bandes en remblai (Terre Armée, mur Freyssisol, mur VSL, etc.)

***

     

Nappes en remblai (géotextiles, géogrilles, géocomposites) Treillis horizontaux ou verticaux (Tervoile) Procédés utilisant des pneus en remblai (Pneusol, Arma-Pneusol, Pneu-Tex)

***

     

Clouage en soutènement (sol en place)

 

**

 

*

*

Clouage de pente instable (sol en place)

   

*

***

***

Micropieux en groupes ou réseaux (sol en place)

**

**

*

*

Renforcements tridimensionnels en remblai (microrenforcements, fibres, fils)

***

     

* faible

** important

*** prépondérant

  * faible ** important *** prépondérant Figure 3 – Équilibre d’une longueur élémentaire de

Figure 3 – Équilibre d’une longueur élémentaire de renforcement

La mobilisation progressive, le long d’une inclusion, de la valeur maximale de cette contrainte, appelée frottement latéral unitaire limite, noté q s , est fonction du déplacement relatif sol-inclusion, noté y, et est décrite par une loi de comportement généralement complexe [4] :

τ = τ (y )

À la rupture, qui se produit pour un déplacement relatif sol- inclusion de l’ordre du millimètre, le cisaillement τ est égal au frot- tement latéral unitaire limite q s .

Le paramètres q s , qui est déterminant dans le dimensionnement des ouvrages en sol renforcé, est fonction des caractéristiques de l’inclusion (forme géométrique, état de surface, mode de mise en place) et de celles du sol (type de sol, caractéristiques mécaniques, degré de saturation). Parmi les paramètres, les deux plus importants sont le type de sol et le mode de mise en place, qui sont utilisés dans les abaques corrélant q s avec les résultats de l’essai pressiométri- que. La figure 4 présente les abaques développés dans le cadre du projet national Clouterre à partir d’une base de données de plus de 450 essais, pour les clous installés dans des graves suivant trois techniques différentes : le scellement gravitaire, le scellement basse pression et le battage. On peut noter l’influence importante du mode de mise en place pour ce type de sol. Dans le cas de sables et d’argi-

les, cette influence est plus réduite et les valeurs de q s varient entre

varie

0,05 et 0,15 MPa, quand la pression limite pressiométrique entre 0,5 et 3 MPa.

Lors d’un essai d’extraction d’une inclusion linéaire enterrée, le sol au voisinage immédiat de l’inclusion est cisaillé. Dans le cas d’un sol frottant et compact, le volume de sol cisaillé autour de l’inclusion tend à se dilater, mais cette augmentation de volume est partielle- ment empêchée par le sol environnant. Il en résulte une augmentation σ v de la contrainte verticale normale dont la valeur peut être très importante par rapport à la contrainte verticale initiale σ v 0 et diminue avec la distance à l’inclusion (figures 5 et 6). Ce

p

la distance à l’inclusion (figures 5 et 6 ). Ce p Figure 4 – Frottement latéral

Figure 4 – Frottement latéral unitaire q s en fonction de la pression

limite pressiométrique p

dans les graves [30]

phénomène dit de dilatance empêchée [35] est caractérisé par un coefficient de frottement apparent, noté µ*, défini par :

µ*

τ

= -----------

σ v 0

et dont la valeur est en général supérieure à 1 dans les sols granulaires et peut atteindre 10 pour des sols très dilatants. Ce coef- ficient µ* est supérieur au coefficient de frottement réel :

τ

µ = ----------------------------

σ

v0

+

σ v

dont les valeurs sont inférieures à 1 [36]. Les phénomènes physiques à l’origine de la dilatance locale dans un sol granulaire, à l’interface avec une inclusion, mettent en jeu la microstructure granulaire du sol et ne sont pas encore, à l’heure actuelle, tous identifiés [51].

À l’heure actuelle, le dimensionnement des ouvrages en sol

renforcé se fait aux états limites ultimes (ELU), c’est-à-dire par un calcul à la rupture. La connaissance complète de la loi de mobilisation du frottement latéral τ (y ) n’est pas nécessaire et seul le frottement laté- ral unitaire limite q s est à déterminer. Sa méthode de détermination dépend de la technique de renforcement.

Pour les ouvrages en sol de remblai renforcé par armatures, le frot- tement limite q s est obtenu en multipliant le coefficient de frottement apparent µ* par la contrainte verticale σ v due au poids des terres :

q s = µ* σ v (z)

C 245 4

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QT

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cRTU

RENFORCEMENT DES SOLS PAR INCLUSIONS

cRTU RENFORCEMENT DES SOLS PAR INCLUSIONS Figure 5 – Phénomène de dilatance empêchée dans un

Figure 5 – Phénomène de dilatance empêchée dans un matériau granulaire dilatant [36]

empêchée dans un matériau granulaire dilatant [36] 2.2.2 Pression latérale Quand un élément de renforcement

2.2.2 Pression latérale

Quand un élément de renforcement possède une certaine rigidité à la flexion, il peut travailler dans le sol renforcé en flexion-cisaille- ment en plus de la traction ou de la compression. Généralement, les renforcements bidimensionnels ne possèdent qu’une rigidité très faible à la flexion. Par contre, les renforcements linéaires, suivant le type de technique, peuvent être soit souples, comme la majorité des renforcements de sol de remblai, soit rigides comme dans le cas du clouage des pentes instables. Le clouage des sols utilisés en soutè- nement est, de ce point de vue là, une technique intermédiaire (§ 6).

Dans le cas d’une inclusion rigide sollicitée en flexion-cisaillement, l’interaction avec le sol met en jeu le phénomène de butée latérale. La pression p, au contact de l’inclusion et du sol, peut être calculée par la méthode du module de réaction comme pour les pieux soumis à des efforts horizontaux (cf. chapitre Fondations profondes dans cette rubrique). En, général, la phase initiale élastique linéaire est caractérisée par une loi du type :

p = k s y

avec

y déplacement relatif de l’inclusion par rapport au sol suivant la normale à l’inclusion.

Cette phase de comportement élastique est complétée par un palier plastique à la pression ultime p u , prise égale à la pression de fluage p f de l’essai pressiométrique.

Le calcul des efforts de traction ou de compression, de cisaillement et de flexion conduit à la résolution de l’équation différentielle :

k s

module de réaction du sol,

EI ---------- 4 y +

d

dx 4

k s

D y

=

0

avec

E

module d’Young de l’inclusion,

I

moment d’inertie,

D

diamètre de l’inclusion.

Figure 6 – Augmentation de contrainte normale due à la dilatance empêchée autour d’une inclusion en traction dans un remblai [28]

La solution de cette équation introduit la notion de longueur de

transfert

0

, donnée par la formule ; 4 EI = ------------ 0 4 k s D
, donnée par la formule ;
4 EI
=
------------
0
4
k s D

Pour les types de clous utilisés dans les ouvrages de soutènement en sol renforcé, cette longueur de transfert est de l’ordre de la dizaine de centimètres. Dans le clouage des sols, quelle qu’en soit l’utilisation (soutènement ou stabilisation de pentes instables), la modélisation de la mobilisation de la flexion et du cisaillement dans les clous se fait en considérant une ou plusieurs surfaces de glisse- ment potentiel délimitant deux zones de sol pouvant glisser l’une sur l’autre.

Trois points du clou sont intéressants à considérer dans la phase

initiale de comportement élastique : le point situé à l’intersection avec la surface de glissement potentiel où l’effort tranchant est maximal et le moment nul, et les deux points situés de part et

de celle-ci,

d’autre de cette surface de glissement, à une distance

où l’effort tranchant est nul et le moment maximal (figure 7).

Après plastification du sol et/ou du clou, l’analyse doit être faite en plasticité afin de déterminer les efforts à la rupture dans l’inclu- sion. C’est l’objet de la méthode du multicritère, développée dans le paragraphe 3.2.

0

La variation de µ* en fonction de la profondeur z est, pour chaque technique, connue à partir d’études et d’essais antérieurs.

Pour les ouvrages en sol de déblai renforcé par des clous (techni- que du clouage des sols), la détermination du frottement latéral uni- taire q s se fait à l’aide d’essais d’arrachement de clous dans le sol considéré et pour la technique de mise en place utilisée. Dans le cadre

du projet national Clouterre, des abaques corrélant le frottement laté-

ont été

ral unitaire q s avec la pression limite pressiométrique

développés pour chaque grand type de sol et de clou (figure 4). Mais

ces valeurs doivent être impérativement confirmées par des essais d’arrachement de clous en place.

Il a été observé et montré qu’aux incertitudes près des mesures,

et en dépit de la grande variabilité des résultats, le frottement latéral unitaire q s peut être considéré comme quasiment indépendant de la profondeur pour le clouage des sols. En effet, la diminution du coef- ficient de frottement apparent avec la profondeur, résultat de la

diminution de la dilatance, est compensée par l’augmentation de contrainte normale [38].

Deux types d’essai d’arrachement sont couramment pratiqués :

p

la
la

l’essai à vitesse d’arrachement constante (déplacement imposé) et l’essai par paliers de fluage (force de
l’essai à vitesse d’arrachement constante (déplacement imposé) et
l’essai par paliers de fluage (force de traction imposée) ([30] et
normes NF P 94-242. 1 et 2). Ils donnent, dans le cas d’un sol qui ne
2.3 Inclusions bidimensionnelles
flue pas, la même valeur de traction limite
latéral limite q s :
et donc de frottement
T
Les inclusions bidimensionnelles (nappes de géotextiles, grilles,
etc.) ne possèdent pas en général de rigidité à la flexion. En outre,
= ----------- T
q s
p L s
avec
p
périmètre du clou,
L s longueur du clou en contact avec le sol.
elles travaillent le plus souvent en traction. Dans le cas des nappes
continues en géotextile, le frottement latéral est l’interaction princi-
pale entre le renforcement et le sol. Dans le cas des géogrilles, qui
sont classées comme produits apparentés aux géotextiles, ou des
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Stabilite´ des pentes

Glissements en terrain meuble

par Philippe REIFFSTECK

Directeur de Recherche IFSTTAR, Marne-la-Valle´ e (Fance)

Note de l’e´ diteur

Cet article est la re´ e´ dition actualise´ e de l’article [C 254] intitule´ « Stabilite´ des pentes – Glissements en terrain meuble » paru en 1996, re´ dige´ par Jean-Louis DURVILLE et Gilles

`

SE VE.

1.

Contexte

Diffe´ rents types d’instabilite´ s de pentes

Proble`mes pose´ s

C 254v2 2

2

1.1

1.2

2

2.

Reconnaissance du site

2

2.1

Ge´ ologie et ge´ omorphologie

2

2.2

Hydroge´ ologie

3

2.3

Caracte´ ristiques me´ caniques : re´ sistance au cisaillement

´

3

2.4

E tude cine´matique

4

3.

Calculs de stabilite´

5

3.1

Notions de coefficient de se´ curite´ et de facteur partiel de mode` le .

5

3.2

Calcul du coefficient de se´ curite´ en rupture plane

6

3.3

Calcul du coefficient de se´ curite´ en rupture circulaire

7

3.4

Cas d’une surface de rupture bidimensionnelle quelconque

8

3.5

Introduction d’une force exte´ rieure

8

3.6

Application au dimensionnement d’ouvrages

9

3.7

Me´ thodes de re´ duction des parame` tres de cisaillement c - j

10

3.8

Perspectives

11

4.

Me´ thodes de confortement

11

4.1

Terrassements

11

4.2

Dispositifs de drainage

13

4.3

Introduction d’e´ le´ ments re´ sistants

14

4.4

Cas des remblais sur sols mous

16

5.

Techniques de surveillance

16

6.

Conclusion

17

7.

Glossaire

17

Pour en savoir plus

Doc. C 254v2

L es glissements de terrain sont des mouvements qui affectent les talus et les versants naturels. Ils peuvent provoquer des dommages importants

aux ouvrages et aux constructions, avec un impact e´ conomique sensible, et parfois causer des victimes. Ils surviennent a` la suite d’un e´ ve´ nement naturel – forte pluie, e´ rosion de berge, se´isme, par exemple – ou sont la conse´ quence plus ou moins directe d’actions de l’homme, telles que travaux de terrasse- ments ou de´ forestation. L’e´ tude des glissements de terrain et la pre´ vention des risques qu’ils engendrent rele` vent de la ge´ ologie applique´ e et de la me´ ca- nique des sols.

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STABILITE

DES PENTES –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

1. Contexte

1.1 Diffe´ rents types d’instabilite´ s de pentes

Les mouvements qui affectent les versants sont extreˆmement varie´ s par leur dimension, leur morphologie et leur e´ volution cine´ - matique. De nombreuses classifications ont e´ te´ propose´ es, fonde´ es sur diffe´ rents crite` res : morphologie, cine´matique, nature des mate´ - riaux, etc. [2]. Trois familles principales de phe´ nome` nes, a` l’origine de de´ placements importants de mate´ riaux sur les talus et versants, peuvent eˆ tre distingue´ es :

– les glissements en terrain meuble, caracte´ rise´ s par la formation d’une surface de rupture le long de laquelle se produisent les de´ placements ; – les e´ boulements en terrain rocheux, engendre´ s par le de´ tache- ment rapide, en ge´ ne´ ral le long de discontinuite´ s pre´ existantes, d’une masse de rocher qui se disloque lors de sa propagation vers le pied du versant ; – les coule´ es boueuses ou coule´ es de de´ bris, assimilables a` l’e´ coulement d’un fluide visqueux charriant des e´le´ments de tailles diverses (depuis les fines jusqu’aux blocs) sur des distances parfois importantes.

Le pre´ sent article se rapporte a` la famille des glissements (figure 1). Un glissement de terrain se produit lorsque les contraintes de

glissement de terrain se produit lorsque les contraintes de Figure 1 – Exemples de glissement de

Figure 1 – Exemples de glissement de terrain

cisaillement, dues aux forces motrices telles que le poids, exce` dent la re´ sistance du sol le long de la surface de rupture. Les principaux e´le´ments morphologiques d’un glissement sont repre´ sente´ s sur la figure 2. On observe des glissements de formes varie´ es :

– glissements rotationnels, a` surface de rupture a` peu pre` s cylin- drique circulaire ;

– glissements plans, dont la surface de rupture est plane dans sa plus grande partie ;

– glissements composites, avec une ou plusieurs surfaces de rupture de forme complexe.

Les dimensions en plan d’un glissement vont du de´ came` tre a` quel- ques kilome` tres ; la profondeur de la surface de rupture est comprise, dans la plupart des cas, entre 5 et 10 m, mais elle peut atteindre quel- ques dizaines de me` tres ; les volumes en mouvement dans les glisse- ments les plus conside´ rables atteignent plusieurs dizaines de millions de me` tres cubes. Les terrains concerne´ s sont en ge´ ne´ ral a` forte com- posante argileuse, mais on peut rencontrer des glissements dans des sols tre` s sableux, ou dans du rocher alte´ re´ et fracture´. Les glissements des versants naturels peuvent atteindre de gran- des dimensions et entraıˆner des conse´ quences graves : a` La Salle- en-Beaumont (Ise` re) par exemple, le glissement survenu en 1994 a mobilise´ plus d’un million de me` tres cubes d’argiles glaciaires, cause´ la ruine de plusieurs maisons et fait quatre victimes [1].

1.2 Proble` mes pose´ s

Le ge´ otechnicien est consulte´ sur un proble`me de stabilite´ des pentes dans diverses circonstances et avec plusieurs missions :

versant naturel en mouvement (lent) : pre´ vision d’e´ volution, stabi-

lisation (d’une partie ou de la totalite´, provisoire ou de´ finitive), adap-

tation d’un projet en conse´ quence, mise en place d’une surveillance ;

glissement avec rupture consomme´ e : stabilisation du site,

re´ paration de l’ouvrage endommage´ ;

cre´ ation de remblais ou de de´ blais en terrain stable : dimen-

sionnement des talus, avec renforcement si ne´ cessaire ; cas des barrages en terre (stabilite´ des talus amont et aval) ; cas des rem- blais sur sol mou (e´ valuation de la stabilite´ d’ensemble, de´ finition du mode de construction) ;

travaux neufs (terrassements) dans un versant stable ou tout

juste stable : de´ finition des pre´ cautions a` prendre pour ne pas le de´ stabiliser.

Les paragraphes qui suivent ont pour but de fournir a` l’inge´ nieur quelques e´le´ments de re´ ponse a` ces divers proble`mes.

2. Reconnaissance du site

2.1 Ge´ ologie et ge´ omorphologie

Certaines formations ge´ ologiques sont re´ pute´ es pour leurs ver- sants fre´ quemment instables :

– les marnes noires du Lias en Lorraine, en Bourgogne ou dans l’Aveyron ;

du Lias en Lorraine, en Bourgogne ou dans l’Aveyron ; Figure 2 – Principaux e´ le´

Figure 2 – Principaux e´ le´ ments de description d’un glissement de terrain

C 254v2 – 2

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DES PENTES

– les argiles du Gault en Normandie ;

– les argiles quaternaires varve´ es du sud de Grenoble, etc.

La premie` re e´ tape d’une e´ tude de stabilite´ des pentes est l’e´ ta- blissement de la structure ge´ ologique du site : nature des terrains

des formations superficielles, pre´ sence

du substratum, e´ paisseur

de failles, etc. Il est important que l’e´ tude ge´ ologique s’e´ tende sur une zone plus large que l’emplacement pre´ cis de la zone instable.

Ceci permet par exemple de mettre en e´ vidence que le glisse- ment actuel n’est qu’une partie d’un glissement ancien, de recher- cher une alimentation en eau souterraine exte´ rieure a` la zone e´ tu- die´ e, ou d’utiliser l’information apporte´ e par l’analyse d’autres glissements du meˆ me type dans les environs.Ceci permet par exemple

Sur un site potentiellement instable, on recherchera des indices de mouvements anciens ou actifs, tels que moutonnements de la pente, zones humides, arrachements superficiels, fissures dans les constructions rigides, etc.

Les principaux moyens d’investigation utilise´ s sont les suivants :

– de´ pouillement d’archives, de dossiers d’e´ tudes d’ouvrages, enqueˆ te aupre` s des gestionnaires d’ouvrages ;

– leve´ s morphologique et ge´ ologique de terrain : affleurements, indices de mouvements, zones humides ;

si possible) : ge´ ologie,

ge´ omorphologie, etc. ;

– ge´ ophysique, fournissant par exemple la profondeur du subs- tratum en place (sismique-re´ fraction notamment) [C 224] ;

– photo-interpre´ tation (a` plusieurs dates,

– sondages destructifs ou carotte´ s, diagraphies [C 216].

Ces investigations sont comple´ te´ es par des techniques de´ termi- nant la ge´ ome´ trie des versants. Le de´ veloppement et la miniaturi- sation des techniques de positionnement et de mesure permettent d’obtenir des Mode`les nume´ riques de terrain (MNT) des sites a` par- tir de drones a` vol autonome.

2.2 Hydroge´ ologie

´

E tant donne´ le roˆ le primordial que joue l’eau dans les instabilite´ s de versants (on estime qu’environ 55 % des glissements ont une cause hydraulique), l’e´ tude hydroge´ ologique est tre` s importante. Elle a pour but de connaıˆtre la re´ partition des pressions interstitiel- les dans le sol, leur e´ volution dans le temps et, en pre´ vision de la re´ alisation d’un drainage, le fonctionnement des nappes (sens des e´ coulements, alimentation ). Les techniques utilise´ es sont :

– le repe´ rage des niveaux d’eau dans les puits ;

– les mesures de de´ bits de sources ;

– le recueil des donne´ es me´ te´ orologiques.

la pie´ zome´ trie ;

Le suivi de ces parame` tres doit se faire pendant une anne´ e au minimum, afin de disposer d’une image repre´ sentative des condi- tions hydroge´ ologiques du site [15].

La figure 3 pre´ sente, a` titre d’ exemple , la hauteur de pluie journa-

les fluctuations pie´ zome´ triques sur le site expe´ rimental du

lie` re et

versant de Salle` des (Puy-de-Doˆ me).

2.3 Caracte´ ristiques me´ caniques :

re´ sistance au cisaillement

L’e´ tude me´ canique des glissements suppose l’estimation de la re´ sistance au cisaillement mobilise´ e le long d’une surface de rup- ture ([3] [C 216]). La rupture en un point est caracte´ rise´ e par de grandes de´ formations ; il n’y a plus d’e´ quilibre possible si ces de´ formations ne sont pas contenues par ailleurs.

Le comportement au cisaillement d’un sol fin est diffe´ rent selon que l’on laisse ou non le temps aux surpressions interstitielles de se dissiper lors du cisaillement : on est donc amene´ a` distinguer

la re´ sistance a` court terme (non draine´ e) et la re´ sistance a` long terme (draine´ e). La forte perme´ abilite´ des sols grenus permet un drainage quasi instantane´ : la distinction entre court terme et long terme est alors sans objet. Dans un calcul de type long terme, les contraintes a` conside´ rer sont les contraintes effectives ( s = s - u ), car ce sont celles qui gouvernent le comportement du squelette solide du sol. Dans un calcul a` court terme, il est plus simple de raisonner en contraintes totales dans toutes les couches de sols fins.

L’enveloppe de rupture des sols dans le plan de Mohr ( s , t ) est, en ge´ ne´ ral, assimile´e a` une droite d’ordonne´e a` l’origine c (cohe´ - sion) et de pente tan f (frottement).

2.3.1 Sols grenus et sols fins

Les sols grenus, s’ils sont propres et secs, ont une cohe´ sion nulle.

Pour les sols fins, deux types de caracte´ ristiques sont couram- ment utilise´ es :

– caracte´ ristiques draine´ es : cohe´ sion effective c , angle de frotte- ment interne f ;

– caracte´ ristiques non draine´ es : cohe´ sion non draine´ e c u ainsi

que l = D c u /D s (coefficient d’accroissement de la re´ sistance non draine´ e avec la contrainte de confinement). L’enveloppe de rupture en contraintes totales est une droite horizontale d’ordonne´e a` l’ori- gine c u et de pente tan f u = 0.

Des valeurs typiques de cohe´ sion et de frottement sont pre´ sen- te´ es dans le tableau 1.

2.3.2 Re´ sistance de pic, re´ sistance re´ siduelle

L’existence d’un pic marque´ sur les courbes d’e´ volution de la re´ sistance en fonction de la de´ formation ou du de´ placement de´ pend de l’e´ tat de compacite´ du sol au de´ but du cisaillement :

on l’observe dans les argiles surconsolide´ es et les sables denses.

de´ placement, la re´ sistance tend vers une valeur

dite « re´ siduelle », caracte´ rise´ e par une cohe´ sion quasi nulle et un angle de frottement affaibli, en raison de la re´ orientation des parti- cules sur la surface de glissement (figure 4 ).

Les caracte´ ristiques de re´ sistance a` utiliser sont donc diffe´ rentes selon qu’il s’agit de glissements nouveaux (valeur de pic) ou de re´ activations de glissements anciens (valeur re´ siduelle).

Apre` s un grand

glissements anciens (valeur re´ siduelle). Apre` s un grand Figure 3 – Pluviosite´ (baˆ tons) et

Figure 3 – Pluviosite´ (baˆ tons) et pression interstitielle (courbe en trait noir) sur le site de Salle` des pendant 600 jours

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STABILITE

DES PENTES –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Tableau 1 – Valeurs indicatives des caracte´ ristiques me´ caniques de quelques sols

 
   

g

c ′′ pic (en kPa)

j ′′ pic (en degre´ s)

c ′′ R (en kPa)

j ′′ R (en de´ gre´ s)

 

c

u

Types de sol

(en KN/m 3 )

(en kPa)

Vase organique

13

a` 15

0

a` 10

25

a` 32

 

0

25

a` 30

14

a` 18

Argile molle

15

a` 19

0

a` 10

28

a` 34

0

a` 5

10

a` 15

< 25

Argile raide non fissure´ e

18

a` 20

10

a` 40

15

a` 25

0

a` 5

6 a` 15

80 a` 200

Limon

17

a` 19

0

a` 40

25

a` 35

 

0

20

a` 30

40

a` 50

Sable propre

16

a` 21

 

0

30

a` 45 (1)

 

0

25

a` 35

 

Sables et graviers propres

16

a` 22

 

0

35

a` 48 (1)

 

0

30

a` 35

 

g poids volumique, c cohe´ sion effective, f angle de frottement interne.

 

(1) Valeurs correspondant a` un mate´ riau dans un e´ tat dense.

 
a` un mate´ riau dans un e´ tat dense.   Figure 4 – Essai de re´

Figure 4 – Essai de re´ sistance au cisaillement alterne´ a` la boıˆte sur l’argile de Villerville (Cre´ dit Maquaire)

boıˆte sur l’argile de Villerville (Cre´ dit Maquaire) Figure 5 – Courbes inclinome´ triques mettant en

Figure 5 – Courbes inclinome´ triques mettant en e´ vidence une surface de rupture

– analyse a` rebours : on de´ termine les caracte´ ristiques par calage sur un glissement de´ clare´ (qui est un essai de cisaillement en vraie grandeur) ; cela ne´ cessite de faire des hypothe` ses sur le re´ seau hydraulique au moment de la rupture et de bien connaıˆ tre la ge´ o- me´ trie de la surface de rupture.

´

2.4 E tude cine´ matique

Le premier objectif de l’e´ tude cine´matique est la de´limitation en plan et en profondeur du volume en mouvement. Pour cela, on peut utiliser divers instruments, en particulier les nivelles et les inclinome` tres. Les nivelles microme´ triques servent a` mesurer les rotations de la plaque support sur l’horizontale ; la plaque est fixe´ e sur un ouvrage ou sur un plot scelle´ dans le sol. La mesure inclinome´ trique, re´ alise´ e au moyen d’une sonde descendue dans un tube scelle´ dans un forage, fournit l’inclinaison sur la verticale du tube et, par inte´ gration, sa de´ formation (figure 5) ; elle permet en particulier de de´ terminer la profondeur de la surface de rupture.

L’e´ tude cine´matique permet aussi d’obtenir un ordre de grandeur de la vitesse de mouvement, d’analyser la sensibilite´ aux facteurs exte´ rieurs, ou de controˆ ler l’efficacite´ d’une stabilisation.

´ E valuation de la re´ sistance au cisaillement
´
E valuation de la re´ sistance au cisaillement

2.3.3

On dispose de diffe´ rentes me´ thodes pour e´ valuer la re´ sistance au cisaillement en un site donne´ :

–

mesure in situ (scissome` tre ou avec moins de fiabilite´ phicome` - tre) ou pre´le` vement d’e´ chantillons pour essais en laboratoire (appareil triaxial, boıˆte de cisaillement) ;

– estimation par l’expe´ rience (« la formation des argiles du Keu-

per posse` de typiquement telles caracte´ ristiques ») ou par l’utilisa- tion de relations empiriques reliant la re´ sistance a` d’autres caracte´ -

ristiques ge´ otechniques ;

a` d’autres caracte´ - ristiques ge´ otechniques ; C 254v2 – 4 Copyright © - Techniques

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Risques naturels gravitaires

Géologiques et torrentiels

par Didier HANTZ

Maître de conférences Laboratoire ISTerre et Polytech Grenoble, Université Grenoble-Alpes (Grenoble, France)

Didier MAZET-BRACHET

Ingénieur géotechnicien Alp’Géorisques (Domène, France)

et

Jean-Pierre ROSSETTI

Ingénieur géologue Alp’Géorisques (Domène, France) Laboratoire ISTerre et Polytech Grenoble, Université Grenoble-Alpes (Grenoble, France)

1.

Mouvements de terrain

C 257 - 2

1.1

Typologie

2

1.2

Caractérisation de l’aléa

5

1.3

Détermination et appréciation du risque

7

1.4

Gestion du risque

8

2.

Les phénomènes torrentiels

9

2.1

Spécifictés des torrents

9

2.2

Typologie des phénomènes torrentiels

10

2.3

Crues torrentielles

10

2.4

Écoulements torrentiels

12

2.5

Caractérisation de l’aléa torrentiel

13

2.6

Détermination et appréciation du risque

14

2.7

Gestion du risque

14

3.

Avalanches

15

3.1

Manteau neigeux

15

3.2

Caractérisation de l’aléa induit par les avalanches

18

3.3

Détermination et appréciation du risque

19

3.4

Gestion du risque

19

4.

Zonage réglementaire

— 24

4.1

Cadre légal français

24

4.2

Objectifs

— 25

4.3

Guides méthodologiques

— 25

4.4

Finalités du zonage réglementaire

25

5.

Conclusion

27

Pour en savoir plus

Doc. C 257

L es phénomènes gravitaires sont de formes multiples et affectent régulière- ment les personnes et les biens de façon plus ou moins intense.

Avant de débuter cet article il est nécessaire de définir précisément les termes utilisés plus loin. Le terme « phénomène » désigne la manifestation d’un agent naturel (ou parfois anthropique) mettant en jeu les lois fondamentales de la physique du globe (gravité, thermodynamique, hydraulique, géodynamique, etc.). Les phé-

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RISQUES NATURELS GRAVITAIRES

nomènes abordés ici se limiteront aux mouvements de terrain, aux phénomènes torrentiels et aux avalanches.

L’« aléa » (hazard en Anglais) est une notion plus complexe, qui peut être définie comme un phénomène (inondation, mouvement de terrain, avalanche, séisme, …) pouvant provoquer des dommages, et qui se caractérise par sa probabilité d’occurrence (ou sa fréquence) dans une période donnée (période de référence), ainsi que par ses caractéristiques physiques (type et intensité du

phénomène).

Les « enjeux » désignent les personnes, biens, activités, moyens, patri- moines, susceptibles d’être affectés par un phénomène naturel. La notion d’enjeu est donc indépendante de celle d’aléa. En revanche, la « vulnérabilité » est la mesure des dommages de toutes sortes (humains, matériels, etc.), qui dépendent de l’intensité de l’aléa. La vulnérabilité introduit donc une notion financière et sociétale.

Le « risque » est une mesure de la probabilité et de l’importance des dom- mages provoqués par un événement d’origine naturelle ou anthropique affectant des enjeux.

Le risque résulte donc du niveau de l’aléa, de la nature et de la vulnérabilité des enjeux exposés. Ainsi, un aléa concernant une zone non aménagée ne pré- sente aucun risque. Au contraire, un aléa faible, peu intense et/ou peu probable, impactant une zone très vulnérable, peut engendrer un risque fort.

On conçoit donc deux pistes principales pour réduire le risque, soit :

– en agissant sur l’aléa (par exemple en limitant la probabilité de déclenche- ment du phénomène : stratégie de protection active ou en limitant la propagation ou les effets : stratégie de protection passive) ;

– en agissant sur les enjeux et en réduisant leur vulnérabilité (par exemple en réglementant les aménagements en zones exposées : stratégie de la pré- vention par la cartographie réglementaire).

Il est également possible de réduire la vulnérabilité par l’acculturation des populations aux risques. Cela se traduit par la formation des scolaires (la sen- sibilisation aux risques majeurs est aujourd’hui inscrite dans les programmes pédagogiques du primaire au secondaire) jusqu’à l’information du citoyen (mise à disposition de l’information sur Internet, communications par les col- lectivités, information acquéreurs-locataires, etc.).

Dans les paragraphes suivants, nous nous attacherons à décrire les phéno- mènes gravitaires. Pour chacun d’eux, nous présenterons les méthodes d’analyse de l’aléa et du risque, puis les moyens de réduction des risques envi- sageables en agissant sur l’aléa ou la vulnérabilité des enjeux.

1. Mouvements de terrain

L’expression « mouvement de terrain » est généralement utili- sée pour désigner un déplacement du terrain provoqué directe- ment par la gravité, et n’englobe pas les mouvements vibratoires du sol provoqués par les séismes ou les tirs de mines, par exemple. Les mouvements de terrain peuvent être dus à la pente (mouvements de pente) ou à la présence de vides souterrains (effondrements et affaissements).

Nous nous appuierons, pour les mouvements de pente, sur les recommandations [1] données par le comité technique sur les mouvements de pente (JTC1), commun aux sociétés internatio- nales de mécanique des sols et de la géotechnique (ISSMGE), de mécanique des roches (ISRM) et de géologie de l’ingénieur (IAEG), et pour les mouvements dus aux vides souterrains, sur le guide technique INERIS-LCPC [2].

1.1 Typologie

1.1.1 Mouvements de pente

1.1.1.1 Mouvements liés à la genèse de la pente

On peut distinguer deux grands types de pentes :

– les premières ont été créées par érosion naturelle, mouvement tectonique ou excavation ; – les secondes résultent de l’accumulation de matériaux (dépôts volcaniques, éoliens, remblais).

Dans le premier cas

La décompression produit inévitablement une dilatation du ter- rain, que l’on appelle parfois « rebond élastique » (figure 1a). Ce type de mouvement présente une composante verticale ascen- dante et une composante horizontale dirigée vers le vide.

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RISQUES NATURELS GRAVITAIRES

Volume excavé ou érodé a
Volume excavé ou
érodé
a
Surcharge
Surcharge

b

Figure 1 – Rebond élastique et tassement (indiqués par les flèches rouges)

Des mouvements ascendants de plusieurs centimètres ont ainsi été mesurés au fond d’excavations de plus de 100 m de profon- deur. Le rebond provoqué par les grands travaux d’excavation (qui se déroulent sur quelques années) peut être mesuré, mais pas celui provoqué par l’érosion naturelle car il est beaucoup plus lent. On peut cependant en observer les conséquences (fissures ouvertes proches des escarpements).

Dans le cas des pentes formées par accumulation

Les couches inférieures sont comprimées sous le poids des couches sus-jacentes. Il en résulte un tassement vertical et une dilatation horizontale, souvent accompagnée par des fissures de traction (figure 1b).

1.1.1.2 Glissements

Un glissement est un mouvement d’une masse de sol ou de roche, sur une surface de rupture (ou de glissement) individuali- sée, ou sur une zone relativement mince de cisaillement intense.

On distingue différents types de glissement correspondant à dif- férentes formes de la surface de rupture.

Glissements translationnels

Ils se produisent généralement sur un ou deux plans (dièdre) de discontinuité, pré-existants dans un massif rocheux (figure 2). Cependant, ces « plans » peuvent comporter des « marches d’escalier » (glissements en escalier).

Glissements rotationnels

Ils se produisent sur une surface axisymétrique (figure 3a, extraite de l’article [C254]). On les appelle parfois « glissements circulaires », car, sur une coupe verticale la surface de rupture est un arc de cercle. Ils peuvent se produire dans des massifs continus (souvent dans des sols) ou ne comportant pas de plans de discontinuité permettant un glissement translationnel.

Autres glissements

Ils sont appelés « glissements composites » (ou fractionnés), car ils impliquent une déformation interne ou un fractionnement de la masse en mouvement (figure 3b) extraite de l’article [C254]. Le cas le plus simple est le glissement sur deux plans inclinés dans la même direction, qui implique le fractionnement en deux compartiments de la masse en glissement (glissement à deux

Plan de glissement
Plan de glissement
Plans de glissement Figure 2 – Glissements translationnels sur 1 ou 2 plans
Plans
de glissement
Figure 2 – Glissements translationnels sur 1 ou 2 plans
Escarpement Fissures de traction Limite latérale Bourrelet de pied Surface de rupture
Escarpement
Fissures de traction
Limite latérale
Bourrelet de pied
Surface de rupture

glissement rotationnelEscarpement Fissures de traction Limite latérale Bourrelet de pied Surface de rupture glissement composite

Fissures de traction Limite latérale Bourrelet de pied Surface de rupture glissement rotationnel glissement composite

glissement compositeEscarpement Fissures de traction Limite latérale Bourrelet de pied Surface de rupture glissement rotationnel

Figure 3 – Glissement rotationnel et glissement composite

blocs). Le bloc aval, reposant sur le plan le moins incliné, est qua- lifié de « bloc passif », car il est poussé par le bloc amont « bloc actif », qui glisse sur un plan plus incliné.

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RISQUES NATURELS GRAVITAIRES

Glissement Chute libre Q Basculement Rebond Chute libre Enjeu a basculement b chute
Glissement
Chute libre
Basculement
Rebond
Chute libre
Enjeu
a
basculement
b
chute

Figure 4 – Basculement (a) et glissement (b) suivis d’une chute

1.1.1.3 Basculements

Un basculement est un mouvement de rotation vers l’aval, autour d’un axe situé sous le centre de gravité de la masse en mouvement (figure 4a).

On distingue deux types de basculement :

– le basculement de bloc prédécoupé ;

– le basculement par flexion d’un banc rocheux ou d’un pan de falaise (que l’on appelle parfois « fauchage »).

1.1.1.4 Chutes (ou éboulements)

Lorsque le glissement ou le basculement d’un bloc n’est pas contenu (figure 4b), il peut se transformer en un mouvement qua- lifié de chute, qui consiste en chutes libres, rebonds, roulements et, éventuellement, chocs contre d’autres blocs. Ce type de mou- vement est forcément très rapide (quelques km/h à quelques dizaines de km/h).

1.1.1.5 Écoulements

Dans un écoulement, la déformation du terrain n’est pas localisée sur une surface de glissement, mais diffuse comme dans un fluide visqueux. Mais la masse en mouvement peut éventuellement se déplacer sur une surface basale comme un glissement. Elle peut alors accélérer et s’écouler sur le versant en aval de la zone de départ (on parle alors de « coulée boueuse »). Un glissement peut évoluer en écoulement de ce type si la masse se fluidifie (figure 5a).

Les chutes de roche impliquant un grand nombre de blocs (forte interaction entre les blocs) peuvent se comporter comme un écou- lement fluide. On parle alors d’« avalanche rocheuse ».

Dans le cas où il n’existe pas une surface basale de disconti- nuité de déplacement, l’écoulement, généralement très lent, est qualifié de « fluage » (figure 5b).

1.1.1.6 Remarques complémentaires

Pour mieux caractériser un mouvement, les mécanismes décrits ci-dessus peuvent être complétés par :

– le type de matériau impliqué (roche ou sol) ;

– le type d’activité (mouvement potentiel, actif, suspendu, inactif, stabilisé) ;

– la vitesse du mouvement.

a coulée boueuse b fluage
a
coulée boueuse
b
fluage

Figure 5 – Écoulements rapide et lent (fluage)

À l’exception de la chute (forcément très rapide), les autres types de mouvement peuvent avoir des vitesses très variables, de quelques mm/an à plusieurs dizaines de km/h.

Signalons enfin que plusieurs mécanismes peuvent intervenir simultanément ou successivement dans un même mouvement.

1.1.2 Mouvements liés à des vides souterrains

Ces mouvements peuvent être liés à des cavités naturelles ou artificielles. Dans le second cas, ils ne constituent plus un risque strictement naturel ; mais comme la majorité des cavités artifi- cielles ne sont pas connues, le risque qu’elles représentent est souvent traité comme un risque naturel.

Nous ne parlerons ici que des mouvements de surface, et pas de l’instabilité des cavités lorsque celle-ci n’affecte pas la surface.

C 257 – 4

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RT

Effondrement du toit des cavités Cavités naturelles ou artificielles
Effondrement
du toit des cavités
Cavités naturelles
ou artificielles

Figure 6 – Formation d’un fontis (Crédit Graphies/MEDD-DPPR)

1.1.2.1 Affaissements

Les affaissements sont des mouvements lents et progressifs dus au fléchissement des terrains, provoqués par l’exploitation souterraine d’une couche à une profondeur suffisante pour que l’effondrement éventuel du toit de la couche ne se propage pas brutalement jusqu’à la surface. Il se forme progressivement une cuvette d’affaissement, dont les bords sont en pente douce, et qui peut s’étendre sur plusieurs centaines de mètres. Les exploitations profondes à l’origine des affaissements ont un caractère industriel et sont généralement connues. Le problème du risque associé ne se pose alors pas de la même manière que pour les risques naturels.

1.1.2.2 Effondrements

Les effondrements sont des mouvements plus brutaux, résul- tant de la propagation jusqu’à la surface de l’instabilité d’une cavité souterraine naturelle ou artificielle (figure 6). Il se forme un « fontis » (ou « doline d’effondrement »), dont les bords sont beaucoup plus raides que ceux d’une cuvette d’affaissement. Les cavités souterraines naturelles peuvent être dues à la disso- lution de la roche (cavités karstiques dans le calcaire ou le gypse), ou au vide laissé par l’écoulement de la lave fluide sous une croûte de lave durcie par le refroidissement en surface. Des cavi- tés de taille plus modeste peuvent également être liées à l’entraî- nement des grains d’un sol par une circulation d’eau souterraine (phénomène de « suffosion »). Les effondrements liés à des cavités naturelles ont générale- ment un diamètre inférieur à la centaine de mètres et leur profon- deur peut être de plusieurs dizaines de mètres.

1.2 Caractérisation de l’aléa

Selon le JTC1 [1], la caractérisation de l’aléa doit comprendre :

– sa localisation ; – le volume concerné (ou la surface) ; – le type de phénomène (avec la vitesse du mouvement potentiel) ; – sa probabilité d’occurrence dans une période donnée. Dans le contexte de l’aménagement du territoire (zonage à l’échelle d’une commune par exemple), la période considérée est souvent le siècle. Mais, lorsqu’un mouvement actif est identifié, le délai pertinent à considérer peut être beaucoup plus court (quelques jours, voire quelques heures). Dans le cas d’un mouve- ment lent identifié, la probabilité recherchée est alors celle qu’il se transforme en un mouvement plus rapide représentant un nou- veau risque.

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RISQUES NATURELS GRAVITAIRES

Lorsqu’il n’est pas fait référence explicitement à une durée, l’aléa n’est pas totalement caractérisé et on parle de « susceptibilité ». Suivant le type de mouvement, une intensité peut être définie à partir :

– de l’énergie cinétique (chutes de roche, avalanches rocheuses) ;

– du déplacement total ou différentiel (glissements) ;

– du débit par unité de largeur ou de l’épaisseur (écoulements).

La caractérisation de l’aléa peut être effectuée à deux échelles différentes. On peut :

– chercher à identifier et délimiter les volumes de sol ou de

roche susceptibles de se mettre en mouvement (ou d’accélérer s’ils le sont déjà) ;

– ou identifier des zones homogènes plus larges dans lesquelles des mouvements, présentant des caractéristiques similaires, risquent de se produire.

Dans le premier cas, on parle d’« aléas localisés », et dans le second d’aléas diffus. La notion de probabilité d’occurrence ne se traduit pas de la même manière dans les deux cas.

Pour un aléa localisé

C’est la probabilité que le volume identifié se mette en mouve- ment (probabilité de rupture ou de départ) ou qu’il atteigne un enjeu (probabilité d’impact).

On appelle « probabilité de propagation », la probabilité (conditionnelle) que le volume atteigne l’enjeu, sachant qu’il s’est détaché de sa zone de départ. Dans le cas simple où un seul volume menace l’enjeu, la « probabilité d’impact » est le produit de la probabilité de départ par la probabilité de propagation.

Pour un aléa diffus

On utilise plutôt la notion de fréquence temporelle, qui est le nombre moyen d’évènements se produisant par unité de temps sur une certaine zone (ou celle de fréquence spatio-temporelle, qui est le nombre d’évènements par unité de temps et de surface ou longueur de falaise).

1.2.1 Détection et localisation des aléas

Pour détecter les mouvements qui sont déjà actifs, on recherche des indices de mouvement, tels que :

– des fissures ouvertes ;

– des arbres penchés ;

– des bourrelets (qui se forment souvent en pied de glissement) ;

– des chutes de pierre fréquentes (qui peuvent indiquer un mou- vement d’une masse plus importante).

On peut également utiliser des méthodes de télédétection (satellitaires ou terrestres) pour détecter une déformation de la surface du terrain ou le mouvement de certains points caractéris- tiques.

Pour identifier des zones de mouvement potentiel, on recherche des situations typiques propices à chaque type de mouvement, par exemple :

– parois rocheuses très raides pour les chutes de roche ;

– sols argileux pour les glissements ;

– roches solubles ou gisements exploités historiquement en sou- terrain pour les effondrements.

Cette recherche est basée sur l’expérience acquise collective- ment et individuellement par les géologues. Selon le niveau d’investigation, des zones d’aléa diffus (voir § 1.2.2) ou des aléas localisés (voir § 1.2.3) seront identifiés.

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C 257 – 5

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RISQUES NATURELS GRAVITAIRES

1.2.2 Aléas diffus

1.2.2.1 Caractérisation de l’aléa

Le descripteur utilisé pour un aléa diffus est la fréquence spatio- temporelle de rupture, déterminée par zone homogène et par classe de phénomènes (types de mouvement et intensité). Pour les chutes de roche, les petits glissements ou les effondrements,

c’est le nombre d’évènements par an et

tableau 1 donne quelques exemples de fréquences spatio-tempo- relles de mouvements de terrain déterminées à différentes échelles.

Lorsque ces mouvements peuvent se propager loin de la zone de départ, il est nécessaire de déterminer leur distance de pro- pagation afin de déterminer la fréquence d’impact sur des enjeux (potentiels ou existants). Celle-ci s’exprime en nombre d’impacts par unité de temps et par unité de longueur le long du versant (km de route par exemple). On peut aussi s’intéresser au nombre d’impacts avec une énergie minimale.

Deux méthodes peuvent être utilisées pour déterminer la dis- tance de propagation.

Méthode de la ligne d’énergie

Elle prend en compte globalement la perte d’énergie au cours du mouvement (par frottement pour les glissements et par rebonds successifs pour les chutes).

par km 2 (ou par km). Le

À partir du point de départ d’un mouvement, la ligne d’énergie définit un cône, dont l’intersection avec la topographie donne les points d’arrêt des blocs. Son inclinaison est appelée « angle de propagation » (ou « angle d’énergie »). Il correspond à la perte d’énergie par unité de distance horizontale.

Méthode trajectographique

Elle consiste à calculer la trajectoire de blocs ou d’une masse en mouvement à partir du principe fondamental de la dynamique. Elle nécessite de connaître, notamment, la topographie précise du versant et les paramètres de restitution d’énergie lors des rebonds. Ces paramètres, comme l’angle d’énergie, sont le plus souvent déterminés empiriquement à partir d’analyses en retour.

Compte tenu des incertitudes sur les différents paramètres, la détermination des points d’arrêt est généralement effectuée de manière probabiliste.

Notons que la fréquence d’impact peut être obtenue directe- ment si un inventaire des impacts est disponible (par exemple sur une voie de communication).

Le passage d’une fréquence à une probabilité suppose de connaître la loi d’occurrence temporelle du phénomène. La loi la plus utilisée pour les mouvements de pente est la loi de Poisson [8].

1.2.2.2 Évaluation de la susceptibilité

Lorsque les données disponibles sont insuffisantes pour esti- mer la fréquence spatio-temporelle des phénomènes, d’autres descripteurs peuvent être utilisés pour évaluer la susceptibilité à certains mouvements.

Une première approche consiste à déterminer la densité spa- tiale des évènements passés :

– densité de cicatrices sur une paroi rocheuse ;

– nombre de glissements par km 2 ;

– ou pourcentage de surface affectée par des glissements.

Une approche plus poussée consiste à déterminer les facteurs de susceptibilité (géologiques, topographiques, hydrologiques,

climatiques, …), dans le but d’identifier les zones les plus suscep- tibles. Ces facteurs peuvent être choisis en s’appuyant sur l’expé- rience des géologues ou sur des méthodes statistiques associées

à des systèmes d’information géographique (SIG). Cette approche

a donné lieu à des systèmes de notation de ces facteurs de sus- ceptibilité [9].

1.2.3 Aléas localisés

À l’échelle d’un volume identifié potentiellement instable (com- partiment rocheux ou masse de sol), il n’existe pas de méthode quantitative éprouvée permettant d’évaluer la probabilité de rup- ture en fonction du délai considéré.

Dans le cas où un mouvement est déjà déclaré et suivi, il est

cependant possible dans certaines conditions de prédire une date

à laquelle le compartiment risque de se propager dans la pente

sous-jacente (prédiction à court terme). Les méthodes de prédic- tion les plus utilisées reposent sur l’extrapolation du déplacement mesuré [10] [11]. Des méthodes sismiques basées sur la détection des microséismes ou la variation des fréquences de résonnance sont également expérimentées.

Les méthodes d’analyse de la stabilité utilisées pour dimension- ner les pentes (cf. [C254] et [11] [12]) permettent théoriquement

d’évaluer l’état de stabilité actuelle d’une pente, mais pas de pré- voir son évolution dans le temps, ce qui serait nécessaire pour caractériser complètement l’aléa. En effet, dans le contexte du dimensionnement (Eurocode 7), les incertitudes sont prises en compte en adoptant des coefficients de sécurité partiels sur des

« estimations prudentes » des différents paramètres et en choisis-

sant des modèles pessimistes, « du côté de la sécurité » (notam- ment sur la persistance des discontinuités), ce qui permet de

Tableau 1 – Exemples de fréquences spatio-temporelles de mouvements de terrain Fréquences Types de mouvement
Tableau 1 – Exemples de fréquences spatio-temporelles de mouvements de terrain
Fréquences
Types de mouvement
Types de terrain et étendue de la zone étudiée
Sources
–2
(en an –1 .km
ou an –1 .km –1 )
Chutes de roche (volume > 1 m 3 )
Falaise de calcaire stratifié (0,13 km 2 )
100 [3]
Chutes de roche (volume > 1
m
3 )
Falaise de gneiss massif (0,37 km 2 )
8
[3]
Glissements
Terres Noires (410 km 2 )
0,002
[4]
Mouvements de pente
Vancouver Island (Canada)
0,004 – 0,012
[5]
Grands glissements (dépôt > 1 km 2 )
Alpes calcaires (10 5 km 2 )
10 –7
[6]
Effondrements de carrières souterraines
Massif de gypse de l’Hautil (10 km 2 )
Jusqu’à 1
[2]
Effondrements naturels
Karst gypseux en Turquie (70 km de gazoduc)
< 10 –6
[7]

p。イオエゥッョ@Z@ョッカ・ュ「イ・@QYXX@M@d・イョゥ│イ・@カ。ャゥ、。エゥッョ@Z@ェオゥョ@RPQU

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Amélioration des sols

par Jean-Pierre MAGNAN

et

Ingénieur des Ponts et Chaussées. Docteur ès Sciences Chef de la Division de Géotechnique - Mécanique des Sols 1 au Laboratoire Central des Ponts et Chaussées (LCPC) Professeur-adjoint à l'École Nationale des Ponts et Chaussées

Georges PILOT

Ingénieur des Ponts et Chaussées Délégué à l'Action Internationale au Laboratoire Central des Ponts et Chaussées (LCPC) Professeur-adjoint à l'École Nationale des Ponts et Chaussées

1.

Amélioration des sols fins

C 255 - 2

1.1

Comportement des sols fins et problèmes typiques

2

1.2

Aménagement du projet

2

1.3

Méthodes d’amélioration des sols fins

3

1.3.1 Préchargement

3

1.3.2 Accélération de la consolidation

3

1.3.3 Renforcement par colonnes

4

1.3.4 Amélioration temporaire par congélation

5

1.4

Méthodes d’élaboration des projets

5

1.4.1 Préchargement

6

1.4.2 Drains verticaux ou tranchées drainantes

6

1.4.3 Renforcement par colonnes

6

1.5

Méthodes de contrôle de l’efficacité du traitement

6

1.6

Domaines d’application des méthodes

6

2.

Amélioration des sols grenus

8

2.1

Comportement des sols grenus et problèmes typiques

8

2.2

Méthodes d’amélioration des sols grenus

8

2.2.1 Préchargement

9

2.2.2 Vibrocompactage

9

2.2.3 Pilonnage

9

2.2.4 Compactage statique en profondeur

9

2.2.5 Colonnes de sol traité

10

2.2.6 Micropieux

10

2.2.7 Amélioration temporaire par congélation

10

2.3

Méthodes d’élaboration des projets

10

2.3.1 Préchargement

10

2.3.2 Vibrocompactage

10

2.3.3 Pilonnage

10

2.3.4 Compactage statique en profondeur

11

2.3.5 Colonnes de sol traité

11

2.3.6 Micropieux

11

2.3.7 Congélation

11

2.4

Méthodes de contrôle de l’efficacité du traitement

11

2.5

Domaines d’application des méthodes

12

3.

Amélioration de sols particuliers

13

3.1

Tourbe

13

3.2

Lœss

13

3.3

Déchets industriels et urbains

13

Références bibliographiques

14

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RW

C 255 1

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AMÉLIORATION DES SOLS

L es méthodes d'amélioration des sols sont l'un des outils dont dispose l'ingé- nieur pour résoudre les problèmes de stabilité ou de déformations qu'il

rencontre lors de l'élaboration d'un projet. Certaines de ces méthodes sont très anciennes, comme le battage de pieux de bois dans les sols de faible portance, d'autres sont plus récentes, comme les méthodes d'injection, de pilonnage ou de congélation. Elles ont connu, depuis une vingtaine d'années, un développe- ment considérable et sont maintenant utilisées comme un élément à part entière des projets. Les méthodes d'amélioration des sols décrites dans le présent article ont été classées par type de sols à traiter : sols fins, sols grenus et sols particuliers. On passe en revue dans chaque cas les principaux types de problèmes que l'on rencontre en pratique, puis on décrit sommairement les méthodes d'améliora- tion les plus couramment utilisées, les méthodes de calcul et de contrôle correspondantes, ainsi que les domaines d'application de chaque méthode. Les méthodes de renforcement des sols par géotextiles ou par clouage, ainsi que les techniques d'injection ne sont pas décrites ici.

1. Amélioration des sols fins

1.1 Comportement des sols fins et problèmes typiques

Les dépôts de sols fins mous et compressibles (argiles, vases) sont fréquents dans les vallées et en bordure des côtes. Ces zones ont été longtemps considérées comme peu propices à la construc- tion, mais on y construit maintenant fréquemment tous les types d’ouvrages (routes, bâtiments, réservoirs, piscines, usines, etc.), au prix d’un traitement préalable des sols de fondation [1] [2]. Ces sols fins ont trois caractéristiques essentielles :

— ils subissent des déformations importantes sous les charges qui leur sont appliquées ;

— leurs déformations ne sont pas instantanées, mais peuvent

durer pendant des mois, voire des années ;

— leur capacité portante est souvent trop faible pour supporter les charges prévues dans les projets.

Les problèmes que l’on rencontre en pratique sont tous liés aux trois caractéristiques précédentes : tassements excessifs, tasse- ments différentiels, déformations à long terme, instabilité de l’ouvrage. On peut citer, à titre d’exemples :

— le tassement des remblais d'accès à un pont, à l'entrée d'un

bâtiment fondé sur pieux, avec formation d'une marche d'ampleur croissante et des effets parasites sur les fondations ;

— les tassements excessifs des fondations superficielles d'un bâtiment ;

— les ruptures d'ouvrages en cours de construction ou d'exploitation (remblais, silos, etc.).

1.2 Aménagement du projet

Si l’on peut considérer, à quelques exceptions près, que n’importe quel ouvrage peut être construit sur n’importe quel site, dans le cas où les propriétés géotechniques des sols sont trop mauvaises, cette réalisation peut se traduire soit par des coûts de fondations spéciales très élevés, soit par des coûts et délais très importants de traitement préalable des sols de fondation. Ce constat conduit à la conclusion qu’il vaut mieux, face à des conditions de construction très difficiles, étudier d’abord les aménagements possibles du

projet. Ces aménagements sont assez variés. Ils peuvent simple- ment concerner l’implantation de l’ouvrage et le choix de sa géométrie (nombre de travées d’un ouvrage d’art), impliquer un changement de conception des fondations (fondations compensées) ou une modification de la structure de l’ouvrage à construire (radier général sous un bâtiment, renforcement de la base d’un remblai au moyen de géotextiles, utilisation de matériaux légers), ou encore conduire à régler tout ou partie des problèmes en remplaçant les sols médiocres par des matériaux de meilleures caractéristiques. Les formations de sols mous et compressibles sont assez souvent hétérogènes, tant par l’épaisseur des dépôts que par la nature des matériaux. Une reconnaissance assez large du site dévolu à la construction, avec des moyens relativement légers (photographies aériennes, reconnaissance pénétrométrique) permet de bien cerner ces deux facteurs, d’éviter les zones les moins favorables (sols très organiques, sols mous de très grande épaisseur) et de choisir celles que l’on pourra le plus facilement améliorer (zones à intercalations sableuses, par exemple). Une solution intuitive pour éviter les problèmes de stabilité et de tassement posés par la fondation des ouvrages ou des bâtiments sur les sols mous est de réaliser un ouvrage dont le poids ne dépasse pas le poids du sol de fondation excavé pour recevoir cet ouvrage. Dans ce cas, la contrainte moyenne à la base de la fondation est simplement égale à la valeur de la contrainte totale régnant initialement au niveau de la fondation dans le massif de sol. Cette solution, appelée fondation flottante ou fondation compensée, s’applique essentiellement dans le cas de formations épaisses de sols mous de très faible résistance au cisaillement et de forte compressibilité. La substitution totale des sols de fondation est parfois décidée lorsque l’épaisseur des sols très mous est faible (jusqu’à 4 ou 5 m). Techniquement, cela est possible par l’un des procédés suivants :

— excavation mécanique, évacuation et substitution par remblaiement classique ; — poinçonnement de la couche molle par le remblai construit à l'avancement ; dans certains cas, l'opération est facilitée par le tir de charges explosives placées à la base des sols mous, en avant du talus du remblai. Les facteurs qui interviennent dans le choix entre cette solution et celle de l’amélioration du massif de fondation sont assez divers :

coût de l’opération, disponibilité du matériau de substitution, possibilités de mise en dépôt du matériau extrait, coût de l’entre- tien à long terme de l’ouvrage à construire, etc. Lorsque les sols

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mous sont très épais, la substitution totale devient exceptionnelle, mais une substitution partielle présente encore des avantages techniques appréciables : diminution des tassements et améliora- tion des conditions de stabilité. Ces gains ne peuvent s’apprécier qu’à la suite d’une étude géotechnique spécifique et d’une comparaison économique des solutions.

1.3 Méthodes d'amélioration des sols fins

1.3.1 Préchargement

Cette technique consiste à placer sur le terrain une charge égale à la charge définitive p f augmentée éventuellement d’une surcharge p s qui assure tout ou partie des effets suivants (figure 1) :

— produire un développement rapide des tassements de consolidation primaire et accélérer l'apparition et le développement des tassements de compression secondaire ; on peut rendre ainsi le sol traité plus rapidement constructible, sans redouter à moyen ou à long terme des tassements absolus ou différentiels importants ; — augmenter la résistance au cisaillement et la capacité portante du massif de sol, ce qui peut être utilisé pour une construction par étapes. Pratiquement, deux techniques sont utilisées pour appliquer au sol la contrainte de préchargement :

— la méthode la plus courante (figure 2a ) consiste à édifier sur le site un remblai (une solution alternative est de remplir des réser- voirs d'eau) ; on augmente ainsi la contrainte totale appliquée à la surface de la couche compressible ; en fin de consolidation, quand les surpressions interstitielles créées par la charge sont dissipées, la charge apportée par le remblai est supportée par le squelette du sol, qui se déforme sur toute son épaisseur ; — une autre méthode consiste à utiliser la pression atmos- phérique, en appliquant un vide partiel sous une membrane étanche posée à la surface du sol (figure 2b ) ; on diminue dans ce cas la distribution d'équilibre des pressions interstitielles dans le massif de sol, à contraintes totales constantes ; l'utilisation de cette technique a été limitée pendant longtemps par la mauvaise qualité des membranes disponibles ; cet obstacle est désormais levé et le recours à l'application du vide devrait se développer.

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AMÉLIORATION DES SOLS

On peut aussi diminuer les pressions interstitielles, et donc précharger le sol, en rabattant la nappe dans la zone à consolider (figure 2c ) ; les effets de cet abaissement de la nappe sur le voisinage doivent être soigneusement étudiés dans ce cas.

1.3.2 Accélération de la consolidation

Dans les dépôts de sols fins, les vitesses de consolidation sont en général très faibles parce que l’eau interstitielle doit parcourir un long chemin pour sortir du massif de sol. Il s’ensuit que les tasse- ments peuvent durer pendant de longues périodes (plusieurs mois, années ou dizaines d’années, suivant les sites), ce qui est souvent inacceptable, tant pour les ouvrages définitifs que pour les opéra- tions de préchargement. La mise en place de réseaux drainants dans le massif de sol (drains verticaux ou tranchées drainantes) réduit la distance que l’eau doit parcourir pour atteindre une surface drainante et sortir du sol fin, ce qui a un effet très bénéfique sur les temps de consolidation [3] [10]. La technique de drainage la plus fréquemment employée consiste à mettre en place un maillage régulier (maille triangulaire ou carrée) de drains verticaux (figure 3). Jusqu’au début des années 80, les drains verticaux étaient en général des drains de sable, réalisés par diverses techniques : battage, vibrofonçage ou lançage d’un tube fermé ou d’un tube ouvert, forage à la tarière pleine ou creuse. Pour un diamètre nominal donné, les drains réalisés par lançage ou par forage à la tarière creuse sont considérés comme les plus efficaces. À partir des années 80, la part des drains préfabriqués en forme de bandes de 10 cm de largeur et quelques millimètres d’épaisseur (figure 4) a augmenté de façon très rapide. Ces drains comportent, en général, une partie centrale (l’âme) assurant la circulation de l’eau le long du drain et une gaine filtrante en géotextile ou en papier. Une structure unique peut aussi jouer à la fois le rôle de filtre et de canal. Les drains préfabriqués sont habituellement mis en place par fonçage à l’intérieur d’un mandrin tubulaire, de section toujours supérieure à celle du drain. La longueur des drains peut atteindre plusieurs dizaines de mètres. Le drainage peut être également réalisé par des tranchées de quelques dizaines de centimètres de largeur et de quelques mètres de profondeur remplies de matériau perméable. Cette technique est plus rarement utilisée. Les sols traités par des réseaux drainants sont toujours recouverts d’une couche drainante de 0,5 à 1 m d’épaisseur. Cette couche est souvent mise en place avant les drains, pour permettre la circulation des engins sur le chantier. Elle peut être partiellement remplacée par une ou plusieurs nappes de géotextiles.

remplacée par une ou plusieurs nappes de géotextiles. Q Figure 1 – Principe du préchargement pour
Figure 1 – Principe du préchargement pour le contrôle des tassements Toute reproduction sans autorisation
Figure 1 – Principe du préchargement pour le contrôle des tassements
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RY

SP

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cRTR

Ouvrages de soute` nement

Pousse´ e et bute´ e

par Thomas SIMONNOT

Directeur ACCOTEC (Gif-sur-Yvette, France)

´

et Yann JUILLIE

Expert pre` s la Cour d’appel de Paris (Gif-sur-Yvette, France) Premie` re version par Franc¸ois SCHLOSSER

1.

De´ finition des forces de pousse´ e et de bute´ e

C 242v2 2

1.1

Ge´ ne´ ralite´ s

2

1.2

Relation fondamentale entre pressions late´ rales et de´ placements

2

2.

Coefficients de pousse´ e et de bute´ e

4

2.1

Cas ge´ ostatique

4

2.2

Cas ge´ ne´ ral d’un massif de sol pulve´ rulent

8

3.

Calcul des forces de pousse´ e et de bute´ e

8

3.1

Me´ thode de Coulomb

8

3.2

Me´ thode de Rankine

12

3.3

Me´ thode des e´ quilibres limites

15

3.4

Comparaison des diffe´ rentes me´ thodes

15

4.

Calcul de la pousse´ e exerce´ e par un sol sature´ , sie` ge d’un e´ coulement d’eau

16

4.1

Massif non draine´

16

4.2

Massif draine´

16

5.

Cas particuliers

17

5.1

Surcharges a` la surface du sol

17

5.2

Effet de silo

18

5.3

Effet du compactage

19

5.4

Renard hydraulique

19

5.5

Surcharges dynamiques

20

6.

Conclusion

21

Pour en savoir plus

Doc. C 242v2

L ’objet de cet article est de de´ terminer les forces de pousse´ e et de bute´ e en fonction de la ge´ ome´ trie des e´ crans ou de mur de soute` nement et du massif

de sol retenu, des caracte´ ristiques me´ caniques du sol et des de´ placements rela- tifs du mur par rapport au sol. Ainsi, l’article pre´ sente les coefficients de pousse´ e et de bute´ e, leurs me´ tho- des de calcul (Mohr-Coulomb, Rankine, et e´ quilibres limites) en les comparant.

Ces me´ thodes sont de´ veloppe´ es pour les diffe´ rents types de sols (cohe´ rents ou pulve´ rulents), avec des exemples de calcul.

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OUVRAGES DE SOUTE

NEMENT ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––– ––––––––––––––––––––

1. De´ finition des forces de pousse´ e et de bute´ e

1.1 Ge´ ne´ ralite´ s

Pour un ouvrage de soute` nement simple, de type mur en be´ ton retenant un massif de sol (figure 1 ), les types de sollicitations qui s’exercent sur ce mur sont :

– la force de pesanteur W, poids du mur, qui s’exerce sur la face du mur en contact avec le sol ;

– les trois forces de me´ canique des sols :

la force de pousse´ e (ou encore pousse´ e