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RUE DU CANIVET I9I4 Reproduction et traduction interdites. RUE PÉROU 6. PLACE SAINT-SULPICE. précédé d'une introductiok. Choix de textes pour servir \^/ à l'étude des sciences ecclésiastiques De En(e e( Essentia Divi Thomae: Texte latix. ^\B|ir PARIS LIBRAIRIE BLOUD & GAY 7. 7 I ET 3. ACCOMPAGNÉ d'uNE TRADUCTION ET d'un DOUBLE COMMENTAIRE HISTORIQUE ET PHILOSOPHIQUE PAR Emile BRUNETEAU Professeur à l'École de Théologie de Poitiers. .

THE mSTlTUTE OF MEDIAfVAL lîy^'^^ \0 ELMSLEV ^LACê TORONTO f». Beauchesme. V.NIHIL OBSTAT. r - SEP22lS. fr. Mercibr. 3 fr. 12 Aprilis ipi2. Pavisiis. 25. Pict. OUVRAGES DU MÊME AUTEUR de V Evolution. V.l . die ç Octobris 1913- Lapalme. ch. IMPRIMATUR : -j.:.leux. Z- J. Lethiei. Les Tentations du Jeune homme. IMPRIMATUR. La Doctrine morale i 5o. Plctavii. Episc. LUDOVICUS.

B. içi3' E. . AUDITORIBUS CARISSIMIS LFXTOR DISCENS IPSE SIMUL AC DOCENS HOC MEDULLATUM SUI EORUiMQUE MAGISTRI OPUSCULUM TRANSMISIT Plctavii.

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donnons quelques renseignements sur l'origine de ce petit traité. elles rassemblent. annoté et commenté que nous présentons au public. sans dommage pour la limpi- dité. En des formes brèves et drues. . Elles ne constituent pas une Noire-Dame de Paris comme la Somme Théologique ou la Somme contre les Gentils. peut-être. j INTRODUCTION Les cathédrales de pierre se bâtissaient . Au galop. — sur son contenu. si courtes par le texte. plus belles encore et plus durables. plus parcouru. jamais il n'écrivit rien d'une qua- litésupérieure à ces quelques pages. que pénétré. Voici un opuscule plus célébré que lu. son milieu natal et sa date. et même. elles attestent un égal génie. le Discours de la Méthode de l'Aquinate. les plus difficiles notions de la Métaphysique. mais fâcheusement plus ignoré des thomistes que le Discours ne l'est des Cartésiens ou la Monadologie des amis de Leibniz. ne témoigne pas d'une moindre inspiration ni d'une moindre science que les immenses cathédrales. si vastes par le sens. dans leurs proportions plus réduites. mais. et des cathédrales intellectuelles s'élevaient. — sur son histoire. Cependant si Thomas d'Aquin a construit de plus amples monuments. ses contemporaines. diversificatis diversificandis . c'est sa Monadologie^ je veux dire le suc de sa pensée philosophique. Nous permet-on quelques autres rapprochements? Le De Ente et Es- sentia^ c'est. — sur le texte traduit. comme la Sainte-Chapelley dans son exiguïté. quand on le lit.

243 de l'édition princeps) que j'ai extrait l'appréciation de ce dernier sur le De Ente. (i) Les principaux critiques. professeur à Fribourg. Aucun lecteur compétent ne le contredira. P. Th. auteur du livre intitulé :« De gestis et scriptis ac doctrina S. tous les catalogues le mentionnent notamment le catalogue . Le sagace Barba vara le range. j'emprunte à ce travail les extraits des cata- logues relatifs au De Ente. surtout lorsqu'il s'ag^it d'œuvres très courtes. qu'aucun doute sérieux ne s'est jamais élevé sur l'attribution du De Ente à saint Thomas. par surcroît. D'autre part. auteur de la « Censura opusculorum quse sub D. . Thomas Aquinatis nomine hactenus prodterunt ». au nom de la critique interne. la plus répandue. inséré dans le procès de canonisation du saint. parmi les opuscules qui « Aquinatis ingenium prorsus redolent » (i).. où nous lisons. Son étude « Des Ecrits authentiques de saint Thotnas d'Aquin » : jette sur tous les points de quelque importance une vive et définitive lumière. entremêle aux productions du Docteur Angélique plus de soixante apocryphes. celui de Ptolémée de Lucques et celui de Bernard Gui. » Venise. toutefois. lyso^ C'est un recueil de trente disser- tations. : qui enseigna la théologie à Padoue (i 561-1572). DE ENTE ET ESSENTIA I Quiconque s'est occupé de rauihenlicité des écrits de laScolastique sait qu'il est souvent difficile de retrouver avec certitude leurs véritables auteurs. sont \' Jean-Ambroise Barbavara. Use trouve. C'est ainsi que Y édition Vives de saint Thomas. » 3* Bernard de Rubeis. quelques détails utiles. au tome I de ses « Scriptores ordinis praedicatorum recensiti. dont plusieurs sont souvent reproduites par les éditeurs de l'une ou de l'autre Somme. qui ont étudié l'anthenticité des écrits de saint Thomas. Q. O. 4* Pierre Mandonnet. ana- logues à nos articles de Revue.* Jacques Echard. Aquinatis dissertationes criticae et apologeticae. — De Rubeis aime à citer Barbavara et c'est de sa vingt-quatrième dissertation (p.

». 21). dans ce livre. le meilleur de tous les catalogues. laquelle eut lieu. . le catalogue décisif. dit Tolomée ou Ptolémée. les deux les plus dignes d'attention soni ceux de Ptolémée et de Gui.. fut auditeur et confesseur de saint ThomaS. nondum existens Magister. XXIII.. dont il nous a laissé une biographie. Injra autem magisterium quatuor libros fecit circa Sente fiUas.. Barthélémy de Fiadoni. ad fratres et socios. son témoignage concorde avec les précédents. DE L ETRE ET DE L ESSENCE 7 Voici quelques textes de Ptolémée. qui sic incipit : quia parvus crror in principio. qui fut dominicain et mourut évèque. Mandounet. XXII. ubi infra XXXannum Sententias legit. concerne saint Thomas. Ptolémée énu- mère. au sujet des opuscules. vers i320. Quant à Bernard Gui. cap. Unus fuit contra Guillelmum de Sancto Amore. Bernard Gui. qui sic incipit : quoniam parvus error in principio (\\ (1) Au jugement du P. Quosdam etiam libellos composuit. Et dans l'énumération il signale : Tractatîis de Quidditate eniium seu de Ente et essentia. Il acheva son Historia ecclesiastica nova avant i3i7. —Après ce catalogue officiel. dominicain du couvent de Limoges. Secu7idum fuit De Quidditate et esse. comme on le sait. le De Ente et essentia. dabat ipse de veriiate respoftsa. il écrit : Scripsit etiam 5. sicut ei mittebant dubia. Aiinorum XXV erat \^Frater Thomas] cumprimum venii Parisios. 12). à Naples (1272-1274). car. parmi les opuscules composés en réponses à des questions.. Et plus loin (lib. Thomas doctor diverses tractatus et libellos. désigné comme il suit : Tractatus de Ente et essentia quem scripsit ad fratres et socios. Il composa. qui jouit en ces matières d'une autorité irrécusable. et très probablement écrivit ce qui. c'est celui qui fut composé pour la canoni- sation. quibus. n'a pas connu saint Thomas. en i323 : un écrit inauthentique n'aurait pas trouvé place dans cette liste. dans son Jlt s to- ria ecclesiastica nova (Lib. son catalogue des écrits de saint Thomas. cap... ad instantiam diversarun perso- narum. à la fin du un' siècle ou au début du xiv" siècle.

R. (i) Cf. « Factus autem Baccellareus. s'étaient émerveillés d'une science. Erat enim novos in sua lectione movens en complétant sa connaissance personnelle des œuvres du saint docteur. Fribourg (Suisse). écrit Guillaume de Thoco de l'Aquinate encore enfant. cum cœpisset legendo effundere quae taciturnitate delibe- raverat occultare.. le milieu où naquit le Dâ Ente et Essentia. Il provoqua l'enquête napolitaine de 1 3 19 pour le procès de canonisation de son maître et y remplit un rôle considérable. III. seconde édition. Dès ce début. en commentant. que ni sa modestie ni son habitude de réflexion silencieuse. uous pouvons nous représenter. cap. iS' —Guillaume de Thoco. A Cologne. Deus tantam ei infudit scientiam. ipio. Thomas d'Aquin n'avait pas encore atteint la tren- taine. qu'il entendit ensei- gner et prêcher. . avec une très grande probabilité. aux pages ^p et 61 pour Ptolémée. Tkomœ. — n'avaient réussi à cacher jusqu'au bout. connut saint Thomas. Hourcade a trouvé excessive l'autorité que le P. Acta Sanctorum. et clari- tate doctrinae Scholares plus ceteris ad amorem scien- tiae provocare. il est fait bachelier et commence d'enseigner. — Signalons que M. les quatre livres de Pierre Lombard. par la nou- veauté de sa pensée et de sa méthode. prieur du couvent domi- nicain de Bénévent. VII Martii. selon l'usage. il excite l'étonnement. Bulletin de Littérature ecclésiastique de Tozi- louse. Nous lui devons la plus intéressante des biogra- phies de saint Thomas. par le catalogue officiel et par le catalogue de Ptolémée. Cf. dans Pierre Mandonnet : Des écrits authentiques de saint Thofnas d'Aquin. Vita S. aux pages 6ç et yo pour Bernard Gui. Le voilà revenu à Paris. ses condisciples. Mandonnet attribue au catalogue officiel. Avril 1Ç12.. ut omnes etiam Magistros videretur excedere. relate Guillaume de Thoco (i). — Meditari intra se jam incipiens taci- turnus. — On trouvera les textes que nous avons transcrits. l'admiration et aussi une certaine opposition dans le monde universitaire. voire môme son illustre maître Albert.8 DE ENTE ET ESSENTIA D'après cqs textes.

Plus que nul autre il a estimé que le savoir s'édifiait par une collaboration universelle . et novas reducens in determinationibus rationes : ut nerao qui ipsura audisset nova docere et novis rationibus dubia definire dubitaret quod eum Deus 7iovi luminis radiis illustrasset. des preuves. outre sa pratique constante. ut. des procédés. Veritas limpidius appareret. à la fin. quas Deus dignatus est noviter inspirare. » La phrase s'en va bien gauchement. eussent-ils erré. incliné à s'attacher au Stagirite. diligenti discussione habita. novum modum et clarura determinandi inve- niens. dans l'enseignement de l'Aquinate. qui porte. Que cette curiosité universelle lui ait été inspirée par Aristote. Eh quoi I saint Thomas. a nourri l'ambition de connaître et de discuter « reverenter » toutes les pensées des âges précédents. — Tous ceux qui ont peiné à la recherche du vrai. originalité des questions. mais iln'importe. destiné à devenir le plus solide rempart de la tradition. nous avons là-dessus ses déclara- tions explicites (i) puissant esprit. au contraire. car jamais esprit ne fut plus traditionnel et plus continuateur. DE L ETRE ET DE L ESSBNCE 9 articules. (i) Cf.v\yi\. sans plus s'occuper des opi- nions des autres que « s'il n'eût existé aucun homme avant lui » . I. le résultat est certain il fit la meilleure encyclopédie de son : époque comme Aristote avait fait la meilleure de la sienne. saint Thomas. au contraire. livre leçon i". l'intention de l'historien est évidente c'est de mettre : en un vif relief l'originalité qui éclata. sans . se posa-t-il donc en révolutionnaire? Non. qui statim tam certi cœpisset esse judicii ut non à. tout de suite. » Et il ajoute « A quibusdam : prasdecessorum nostrorum accepimus aliquas opiniones de . des solutions. certes. ont droit à notre attention et à notre reconnaissance. Descartes se résolut de philosopher. car les errants eux-mêmes « exer- citii occasionem dederunt. Commentaire szir la métaphysique d'Aristote. ou que naturelle à son esprit si sage elle l'ait.dxçX novas opiniones docere et scribere.

en un temps où la très grande majorité des docteurs se rattachaient encore à Platon par saint Augustin. Evang. v. cependant. invenerunt aliquos praedecessores. » N'est-ce pas déjà la pensée célèbre de Pascal. J'entends.10 DE ENTE ET ESSENTIA fléchir. origi- et nal. il est vrai.. aussi consistâ- t-elle. 21 : « Omnia probate. alias opi- niones praîterinittentes.. d'un regard plus pénétrant jeté sur les vieilles vérités .. IV^ v. » Pascal. a Spiritu Sancto est. in quibus credimus eos bene dixisse. par exemple hi Tit. a quibus accepimus.. plus équitables aussi dans les appré- ciations. / Ad Thés. tire de là une conséquence opposée à celle de saint Thomas. 2. . I.. II.. 5. » Et Ad Philip. Elle consistait aussi dans la pureté de son péripa- tétisme. cap. poids de la plus vaste érudition philoso- le phique théologique. a quibus acccp<*runt quique fuerunt eis causa instructionis. cap. cap. Ainsi. plus avides de tout embrasser. » Léon XIII. » Ce n'est pas parce que Spencer énonce la même idée au début de ses Premiers principes qu'elle cesse d'être avisée et bienfaisante. V.. tant son pouvoir d'assimiler et de transformer est actif! Et c'est de là que lui vint sa nouveauté. mais en un « prompt et vigoureux progrès » (Mandonnet). pendant le cours de tant de siècles. lib. a quocumque dicatur.40 : « NuUa falsa doctrina est quae non aliqua vera intermisceat. et demeure. quidquid utiliter fuerit a quopiam inventura atque excogita- tum. quod bonura est tenete. doit être considérée comme un même homme qui subsiste toujours et apprend continuellement. » Cf. Quœst. — L'Aristote logicien avait été connu et veritate rerum. Encyclique: Mterni Patris: «. Edicimus libenti gratoque anime excipiendum esse quidquid sapienter dictum. Saint Paul. 8 : « Quaecunque sunt vera. Saint Thomas cite volontiers la maxime de saint Ambroise : « Omne verum. non en une rupture. il y eut peu d'esprits plus accueillants. » Saint Aug^ustin.. des sonneries de cloches semblables et les voici assemblées en un carillon. bien que très ferme et sachant décider. Préface au traité du vide : « Toute la suite des hommes. à ce propos. Et iterum illi.

les deux premiers chapitres. physicien. Robert deCourçon. mais le filtrer et lui ôter son poison. il l'est de nouveau en I2i5 par le légat ponti- fical. (2) Cf. I : « Nostra intentio est omnes dictas partes (physicara. Siger de Brabant et l' Averroïsme latin au xiii' siècle. Qui ne sentait. Histoire de la philosophie médiévale. tract. Du P. entreprennent d'expur- ger Aristote. c'était. I. « les courtiers philosophiques » (Cousin) du moyen âge (i). Mandomnet. non pas le proscrire en entier. ce fut l'œuvre d'Albert le Grand. mais ils échouent. cet Aristote s'était encore chargé d'autres scories en traversant le Néo-platonisme et les ateliers des commentateurs arabes. metaphysicam et mathematicam) facere Latinis intelligibiles. cap. en effet. naturaliste. i" partie. tant erreurs et vérités s'y mêlaient en une trame indivisible. au xiii' siècle . p. Aussi excita. Les philosophes arabes et la philosophie scolastique compte rendu du troisième Congrès scientifique international des Catholiques. Simon d'Authieet Etienne de Provins. Mais ce que l'Eglise voulait. par ordre de Grégoire IX. A eux deux. lib. qui se proposa de rendre la métaphysique et la physique d' Aristote « intelligibles aux Latins » (2).t-il une vive appréhension chez les gardiens de la foi catholique interdit à Paris . non sans (i)Je m'autorise sur ces points et sur les suivants: de FoRGET. moraliste. 2' période. et de son disciple saint Thomas. DE L ETRE ET DE L ESSENCE 1 pratiqué dès la plus ancienne scolastique . trois maîtres parisiens. de l'Action d' Aristote. politique n'arrive aux mains des Occidentaux que vers les débuts du xiii^ siècle. On pouvait mieux réussir par des paraphrases et des commentaires . DE WuLF.. mais l'Aris- tote métaphysicien. » . les richesses abondantes et neuves renfermées dans ses textes concis ? En i23i. médiév. Phys. en 1219 P^^ ^^ concile de la province ecclésiastique de Sens. Guillaume d'Auxerre. I. Déjà maculé d'erreurs dans son texte original. 232-268 j De M. phil. troisième section. et d'abord par l'inter- médiaire des Arabes et des Juifs. 1.

Certes. fidèle à son esprit et à ses méthodes. Les Eléments platoniciens de la doctrine de saint Thotnas. Au couvent Saint-Jacques. . alors même qu'il lui arrive de conclure autrement et mieux que lui Arisiotele ipso : Aristote lior (i). il y en a. Huit. quelques fils hétérogènes. c'est ingénieux mais gratuit et paradoxal. de même qu'on a traité finement du roman- tisme des classiques. Cf.ll. dans la trame du Thomisme. lib. Scho- lares plus caeteris ad amorem scientiae provocabat. fut cependant disciple de Platon. et parce que Platon a vu souvent juste. les frères en religion et les condisciples de saint Thomas (fratres et socii) admiraient avec quelle limpidité il précisait et enchaînait les thèses métaphysiques. Il y a même.12 DE ENTE ET ESSENTIA vaincre de nombreuses et rudes résistances. nous apparaît enraciné par mille côtés dans la tradition péripatéticienne grecque et arabe. LXXIX. par Ch. ne serait-ce que parce qu' Aristote. l'élargissant. (i) Il est vrai. Dès ses premières œuvres. saint Thomas. venus de Platon. novembre-décembre 191 1. il traversa le Péripatétisme et qu'au moment de sa mort préma- turée il remontait vers le Platonisme. par exemple Contra Gentiles. Toute sa vie il refît Aristote. un homme d'esprit peut chercher des traces de Platonisme dans saint Thomas. Quant à prétendre que. le revisant. une sorte de compendium. cap. Rousselot :L' intellectualisme de saint Thomas. et il fit le De Ente qu'il leur dédia. la situation intellectuelle vers 1262. Qî. en particulier. A l'ordinaire. ils le prièrent d'en rédiger un exposé bref. l'approfondissant. Soit dit sans méconnaître la vigueur de la thèse de M. Revue Thomiste. ils christia- nisèrent Aristote et aristotrlisèrent la pensée chré- tienne. » Sans doute. parti d'un Platonisme augustinien. capture faite par un fervent du Platonisme à travers l'œuvre de S2. quoique disciple hostile. « Claritate doctrinae. Telle était. saint Thomas cite Platon pour le critiquer.intT\iOvaz. note Guillaume de Thoco. — Mais ces traces sont rares je n'en veux pour preuve que la maigre . où il est dit que l'âme est perfectionnée par sa séparation d'avec le corps. à Paris. en gros.s. si je puis ainsi dire.

par cette simple remarque . nec docendo nec scribendo mutavit. voire des contradictions au moins apparentes entre ses historiens. Je n'ignore pas l'éloge que lui décerne Gilles de Rome « Opi. DE l'Être et de l'essence i3 Le lecteur de cet opuscule est surpris qu'un homme de 27 ans peut-être. nous mesurons mal les influences subies et les influences exercées. paucis exceptis. il varia. constate que sa pensée déborde les vieux cadres du Lombard. ne rimant à rien. dès le Prologue. quas scripsit Baccellareus. et pour bien comprendre. Vers la fin de sa vie. p. profondeur. . discuté. Il nous manque deux choses. n* 41. fasse preuve d'une telle maturité . mécontent de son premier Commentaire des Sentences. : niones novas et rationes. sans progresser ? Que notre culte pour saint Thomas s'éclaire donc Pour trier I à bon escient. il faut comprendre. Act. Les allusions. avec des chronologies parallèles des œuvres de ses devanciers immédiats et de ses contemporains. il a soutenu ceci à 3o ans. Sanct. mais à 45 il a soutenu cela. clarté. réfléchi. d'interminables querelles sur ses opinions . Que de textes paraissent à plusieurs fastidieux. précision.. que fait-il sinon le procès des œuvres antérieures et contemporaines. selon qu'il naquit en 1225. se termineraient en un clin d'œil. de 29 au plus. brièveté. Cependant. les à-propos nous échappent. âyo. par surcroît. il faut retrouver le sens intégral. faute d'informations historiques ! Nous ignorons ou presque le progrès ou constance de sa la pensée et pourtant. y compris les siennes propres ? Cela s'explique.y Vil ntart. tel qu'il a existé dans l'esprit de l'auteur lui-même ce qui suppose une œuvre préalable : . comment ne pas souli- gner que saint Thomas n'a pas encore sa biographie critique. prié jusqu'à 49 ans. c'est-à-dire la personnalité de l'auteur et son rayonnement. quoique beaucoup moins que d'autres. enseigné. Qu'on nous donne au plus vite ces instruments de travail ! Sans eux. lui aussi. il les abandonne et entreprend sa Somme théologique. à nous philosophes ou théolo- giens qui par profession même avons si continuellement affaire à saint Thomas i* un texte sévèrement revisé d'après les : manuscrits 2° une chronologie des œuvres du saint Docteur. finalement il . écrit. et (i) Puisque l'occasion s'en présente. 1226 ou 1227 (i). Comment eût-il cherché. » Cf. Magister effectus. on se heurte à des à peu près. et parfois ténébreux. Sur beaucoup de points de sa vie. j'entends exacte et précise. il en commence un second puis. des incertitudes. Dans ce livre.

enfin. la distinction réelle de l'essence et de l'existence en tout être corporel et incorporel. V. Révérend Père Mandonnet. — D'autre part. — Déjà commencée. Dieu seul excepté. quand nous donnerez-vous une vie scientifique de l'Aquinate ? . par exemple la passivité complète de la matière. Chose qui risque aussi d'étonner la plupart des : doctrines les plus caractéristiques de saint Thomas s'y trouvent déjà exposées avec une netteté parfaite ou peu s'en faut. I. J. A ce propos. on trouvera les premiers linéaments d'une chronologie dans les Sytickrouismes de la Théologie catholique. par le P. Privât. . l'identité de l'unité individuelle et de l'unité spécifique dans les formes pures.. Thovtœ : AquinatiSf Textus nondutn vel incomplète editi. Cf. art. Tou- louse. » Eh bien — ! justement cette distinction apparaît à trois endroits au moins du Commentaire sur les Sentences : i° Lïb. Paris. Vita S. établie dans une vive lumière. vol. dïst. cette œuvre trop tardive se complétera sous peu. l. je veux dire aussi mûre et aussi ferme dans les Sentences. auctore Petro Calo. l'on entreprend la publication des « Fontes vitae S. Fascicul. puisque l'on nous promet une traduction française de la vie écrite en hollandais par de Groot. II. Prûmmer. collection Choix de Textes. Il faudrait examiner si la doctrine de la distinction de l'essence et de l'existence est aussi développée. A. l'immatérialité parfaite de ces formes pures elles-mêmes. un thomiste éminent m'écrivait : « On suppose d'après Ptolémée de Lucques que le De Ente et Essentia est un des premiers écrits de saint Thomas. au sujet de la nature <i'érudition. quest. la Revzce Thomiste publie un supplément sous ce titre De vita et Doctrina S.14 I^E ENTE ET E8SENTIA dans les choses les plus difficiles que remue l'intelli- gence humaine : aucune qualité d'un esprit ferme n'y manque. Thomae Aquinatis ». professeur à Fribourg. Depuis janvier 191 3. Mais j'ai quelque défiance. 2. VITI. Bloud. qui avez écrit des travaux mer- veilleux en leur espèce. par René Aigrain. surtout. et dont ceux qui comptent en ces choses font g^rand cas puisque.

Sed omne quod est praeter Deum. quia illud quod res exsua quidditatehabet. quod patet ex hoc quod intelligi potest (i) cum hoc quod ignoretur an sit. Esse autem quod hujusmodi est. unum ad naturara humanam. » Ce qui implique une distinction réelle entre la nature humaine. in omnibus autem aliis esse est praeter quidditatem. conception à la fois simple et profonde de la contingence de celles-ci et de leur imperfection essen- tielle. Ergo in solo Deo suum esse est sua quidditas vel natura. sicut phœnicen. comme la manière dont l'âme est individualisée par le corps ou (i) h. Par surcroît. Enfin. du reste. disi. ce qui me paraît péremptoire. ne peut être qu'une interpolation. /. Alia auiem natura invenitur de cujus ratione est ipsum suum esse. Unura esse Christi habet duos respectus. on rencontre ceci : «. alterum ad divinam. ex se habet. Quaedara enim natura est de cujus intellectu non est suum esse. 2.. l'absence de ce mot dans l'édition de Parme.. vel eclipsim. II art. cui esse acquiritur. . « Esse secundum quod dicitur res esse in actu. quest. DE l'Être et de l'essence i5 simple de l'ange ou de l'âme on lit « Advenit ibi : compositio horum duorura. non habet esse acquisitum esse ab alio. vel aliquid hujus- modi. » Que voudrait-on de plus ? On a la distinction elle-même. dans un passage assez confus. scilicet quidditatis et esse. dis t. habet esse acquisitum ab alio. l'édition Vives intercale esse. qui est complète dans le Christ. plusieurs autres doctrines. » — 2** Liber III. Cet esse. — 3° Mais le texte décisif se trouve.'çrks potest. la thèse s'appuie sur la distinction adéquate des concepts de quiddité et d'existence. en signalant. V. VI. à mon sens. art t. à j la fin. III ^ quest. c'est-à-dire sur l'argument môme que saint Thomas allègue dans le De Ente cap. invenitur ad diversas naturas vel quidditates diversimode se habere. et son acte d'existence. lib. avec ses conséquences fossé entre Dieu et les créa- : tures. immo ipsum est sua natura. car il convertirait une phrase très claire en une charade absurde. II.

Nous le saurons peut-être. I. s'il n'a pas cité encore davantage. » Rapprochez le passage parallèle du De Ente. ita scilicet quod. VI. qui sait ? celui peut-être qu'il acheva le pre- mier. Saint Thomas citera toujours. cessantibus corporibus. quand on aura méthodiquement dépouillé les manuscrits. l'autre. cap. d'ailleurs. . moins le dernier alinéa : Sic ergo patet quomodo essentia). Y a-t-il une page sans un un ou plusieurs appels à des autorités ? Voilà bien l'étudiant d'hier plein de ses auteurs. de beaucoup la plus longue. V. se trouvent en termes quasi identiques dans le De Ente et dans le Commentaire sur les Setitences (i). nous pensons que le De Ente est un des premiers écrits de saint Thomas. cap. : jusqu'à ceux-ci Nunc autem restât videre qualiter : essentia sit in accidentibus . (i) à titre d'exemple Cf. si l'on fait attention à la suite des idées. le nom de son maître Albert. Il. se déploie suivant un plan très visible : le préambule. : art. Lib. Et. un bref chapitre consistant à définir quelques mots. s'il a tu. sans doute. n Le De Ente et Essentia. quœst. c'est que les usages d'alors interdisaient d'alléguer les écrivains trop récents.l6 DE ENTE ET ESSENTIA la complète immatérialité des anges. Il reste possible. mais rarement avec une égale abondance. cap. puis deux parties inégales. sur les substances (depuis ces mots Sed quia ens absolute et primo. l'une. cesset indi- viduatio animarum. armé de ses références. disi. VIII. En conséquence de toutce quiprécède. plus courte. Un autre caractère encore révèle la jeunesse de l'auteur du De Ente c'est : la quantité des citations. que plus tard il l'ait remanié et qu'il ait introduit ici ou là quelques lignes plus catégoriques. en particulier. 2 ad sextum y « Quamvis : individuatio animarum dependeat a corpore quantum ad sui principium. non tamen quantum ad sui finem. sur les accidents (tout le chapitre VII. page 120-121. VII) .

alternant avec les théories précédentes. des substances simples. les idées de genre. cap. coûtent plus de peine à suivre dès que le lecteur les aborde. la substance. (toui le chap. Dans ces cadres prennent place une théorie sur les substances corporelles. qui analyse les éléments objectifs des êtres réels. la différence. d'espèce. par exemple. DE l'Être et de l'essence 17 La première partie se subdivise en deux autres. Ainsi. soit de la forme (i) les considérations d'un logicien. qui précise . ces dernières recherches. le principe d'indivi- duation. l'existence. plus abstraites par la nature même de leur objet. sans compter de nombreux aperçus secon- daires sur d'autres objets. les accidents dérivés soit de la matière. qu'il s'applique aux unes ou aux autres. l'auteur se soucie toujours de fixer le sens des termes (i) Le regretté Domet de philosophe profond et Vorges. sensation de sortir d'une clairière pour s'engager dans la profondeur obscure d'une forêt. se déroulent des thèses sur les trois principaux prédicables le genre. deux ordres de considérations se mêlent dans cette étude les consi. comme l'origine de nos idées. la forme. II. les limites de notre savoir. VI) une synthèse les résume. éléments de nos définitions et de nos classifications.: dérations d'un métaphysicien. Cela va sans dire. V) . — Puis. de différence. a écrit sur ce même sujet un opuscule qui n'est pas indigne d'être rapproché du De Ente. V). la matière. curieux de découvrir dans quelle mesure. : jusqu'au chap. C'est La Consiitutio7i de rétre suivant la doctrine péripatéticienne DE L'ÊTRE ET DE L'ESSENCE 2 . l'autre. la physique d'alors. et par quel biais. exact. il a la . soit dans les accidents. Enfin (chap. l'essence. soit dans les substances composées ou simples. une théorie sur Dieu. ces vues intellectuelles correspondent à la réalité. . Au reste. une théorie sur les accidents. : l'espèce. dont l'une traite des substances composées (depuis ces mots In substantiis igitur co7nposiHs. une théorie sur les substances incorporelles. distinguant.

ment la vérité. pages 96-97). Adolescentiam adhuc ago. Le style ni ne rit. Une douzaine d'années après la mort de saint Tho- mas. tout yeux devant la réalité. il en . a emprunté. Thomas de Vio. l8 DE ENTE ET EvSSENTIA et de délimiterles objets le doigt posé sur eux. alors qu'il étudiait à Padoue. et souvent pour énoncer des choses fort simples. c'est-à-dire à l'âge de 2^ ans. (Cf. Thierry de Fribourg. écrit une réplique très animée au De Ente et Essentia^ sous ce titre De Esse et Essentia^ et il cite. Averroïstes et Humanistes. : « et ideo dicit Avicenna quod rationalitas non est differentia »). ni ne se fâche. elle s'avance sous une carapace assurément trop technique de divisions et de syllogismes. m Cet opuscule a joui dès l'origine d'une estime par- ticulière dans l'Ecole. car si sa pensée. t. presque mot pour mot. : le passage essentiel du chapitre V. Vives. Ils sont clairs. du moins à cette époque. Cajetan ne prit rien. 28. il ne se départit jamais du ton strictement impersonnel. comme un miroir impassible reflète un visage grave et sans passion. est abondante et aiguë. suit les contours avec une délicatesse subtile. plus loin. L'auteur inconnu du De Univers alibus^ ouvrage indûment attribué à saint Thomas. ni ne sursaute il exprime tout uni- . dans le commentaire du De Ente. un adversaire de la distinction réelle entre l'essence et l'existence. certes. . sa concision. oublieux de lui-môme. du premier mot au dernier. Rien ne l'en distrait . Padoue était alors un centre intellectuel fort actif et composite où se mêlaient Thomistes. pour le combattre. où il était arrivé au printemps de 149 1. De ces derniers. le com- menta longuement. sa profondeur. Scotistes. 177 à partir de . écrit-il lui-même en finissant son Commentaire.. pour sa justesse. un long développement au chapitre IV du De Ente (Cf. mais il y en trop. le futur cardinal Cajetan. p.

à l'intérieur même de l'Ecole et de l'orthodoxie. elle serait trop longue. du reste d'un ton plus modéré. . L'objectif est double bien saisir la pensée : de saint Thomas. Entre ce dernier et et les thomistes éclatèrent. Enseignait alors. où il discute. La philosophie albertino-thoraiste eut. les aviverait volontiers et les fait grincer. C'est à lui : que s'attaque sans cesse Cajetan. scotiste célèbre. à Padoue. Dans le Commen- taire de Cajetan. non sans plaisir. et la finesse de la défensr égale la finesse de l'attaque (i). dans La Philosophie de Duns Scot comparée à celle de saint Thomas. Voici. Vacant a fait aussi une sorte de parallèle antithétique du Thomisme et du Scotisme. {1) Plus près de nous. moins net du reste et moins pénétrant. sur dix-huit questions. Paris i88ç . auteur du traité In Scoti formalïtates. le début de la première dissertation de Cajetan « Num ens sit primum cognitum ordine : et via originis? — In hac quaestione quinque agam. deux terribles critiques : Roger BaconScot. les uns contre les autres. Il est beaucoup moins l'annotation patiente d'un scoliaste que l'exposé digressif et agressif d'un penseur personnel et d'un polémiste. mais il est animé d'un tout autre esprit que f Cajetan : celui-ci. sur tous les sujets épineux. nous avons. à titre d'exemple. cherche les ressemblances et atténue les oppositions. sauf dans les deux dernières questions de son Commentaire. quelques opinions d'Averroès. en l'éclairant par des textes d'Aris- tote ou de saint Thomas lui-même et en déployant au jour les parties latentes ou trop resserrées la . la riposte d'un thomiste . loin d'abattre les angles opposés des deux systèmes. Je ne puis donner une analyse de ce Commentaire . tandis que Vacant. de subtils et opiniâtres désaccords. défendre contre les thèses adverses. DE L ETRE ET DE L ESSENCE I9 Cet excès verbal n'empêche pas le Commentaire d'être use œuvre considérable. Antonius Trorabeta. i*^ Declarabitur in quo sîat difficultas quaestionis . simplement.

qui subit une forte crise intellectuelle. assez peu chargé d'autorités au total. Du reste. 175 à 18 r. d'un esprit solide et d'un style élégant. d'une réédition. Thomae et res- pondebitur 5° Satisfiet argumentis principalibus. L'Art de Lire. devint thomiste et même il eut l'hon- neur d'avoir pour élève Vittoria. mais ces thèses abstruses valent la peine qu'on s'impose pour les pénétrer. qui ferait le régal des modernes sco- lastiques (i). et Histoire de la Philosophie en Belgique. logicien. ce qui le place au principe de la renaissance de la Scolastique espa- gnole. p. mais il n'est pas le seul. Le programme effraye presque. (i) Cf. on recueille. ce maître. Histoire de la Philosophie fnédiévale. 3° Po- netur opinio Thomae et impu^^nabitur simul opinio Scoti .20 DE ENTE ET ESSENTIA 2° Ponetur opinio vScoti cura fundamentis suis . quand il cherche quelle est la nature des Anges. mais avec des parties de subtil psycho- logue. tout à fait digne . par exemple. surtout quand il se renouvelle une vingtaine de fois. Outre qu'il est bon « de s'exercer les dents contre les auteurs difficiles ». Ç4). deuxième édition. et très ardent occamiste. « à ne pas le faire. pp. Le Commentaire de Cajetanestle plus remarquable et le plus connu. qui discute acutissimas quœstiones. court. dit Pierre de Bruxelles. DE WuLF. puisque. par exemple. Pierre Crockaert. dans le Commentaire du De Ente. il est toujours net. on risque déchéance » (Fagiiet. Au début du xvi® siècle. il se fit par la suite dominicain. enseignait à Paris un Belge. une magnifique moisson d'idées fortes et de formules expressives. psycho- logue ou métaphysicien. D'abord influencé par Jean Major. Dans la seconde partie de sa vie. commenta le De Ente et Essentia. — On trouve les œuvres de Pierre . Son commentaire est principale- ment une œuvre de logicien. M. 4<* Arguetur contra dicta S. et d'intrépide métaphysicien. quand il débrouille le problème du premier objet de la connaissance. $22. » . p.

Ripa semble avoir été un homme avisé et modeste. « Jaco- bum Zabarellum. Quant au Commentaire. parut à Rome un autre Commentaire du De EntCf en 976 pages. 647 sous (i). si ipse mihi de me poUicerer. Réserve. dont il fait le plus grand cas. ce titre : Acutisshnœ quœstiones et quidem perutiles in sin- gulos Aristotelis logicales libros Magistri Pétri de Brîixellis. chapitre premier. optare forsan licet. lui aussi. A en juger par cet écrit. Ainsi parle notre La Bruyère. divi Thomœ doctrinœ inter- pretis et propugnatoris acerrimi. De Ente et Essetttia. qui nihil omnino scripserint. obtinuit. de Bruxelles à la Bibliothèque Nationale. secrétaire du cardinal Jérôme Bernier. Textus. L'auteur vise à défendre le Docteur Angélique et Cajetan. qui paraît si disproportionné au mince opuscule de saint Thomas. eadem scripta omnibus arrideant. Th. par l'Aver- roïsme au point qu'il déifiait l'intellect agent (p. et iis a nemine opponi crediderim. la double culture humaniste et scolastique. quantumvis : excellens. — Au total. des ouvrages de l'esprit. entamé. suivant l'habitude des gens d'église de cette époque. 538). nam variis varie affectis. Patavum. de saint Thomas. sacri prœdicatorum ordinis. Des cita- tions de Sénèque ou de Cicéron ornent ses élégantes préfaces. mais le Commentaire lui-même ne retentit que des noms d'Aristote. Quœstiones ejzcsdem super opusculum S. il est érudit et ressemble à une assemblée plénière de tous les scoliastes de l'école. « utrumque Thomam ». de Scotet de tous leurs scholiastes. Et contre qui les défend- il? Principalement contre l'A verroïste Zimara (f i532) et surtout contre Jacques Zabarella (f 1689). . DE l'Être et de l'essence 21 En 1698. philosophum diebus suis et nostris celebrem ». Ripa unissait en sa personne. sperare non licet. véni- tien. Ce gros volume. res alias atque alias videri necesse est ». avaitpour auteur le dominicain Raphaël Ripa. inani quadam arrogantia merilo damnarer ut enim .s lignes « Quod nuUus adhuc auctor. dont on aperçoit l'âme honnête à travers cç.

en i883. . (i) Presque de nos jours. le De Ente^ l'indiscuté De Ente n'a pas trouvé place (2). dans leur collection. qu'il posséda mieux que personne. qui ren- ferme unequantité d'apocryphes. il semble à propos. curé de Saint-Sulpice-les-Feuilles. mais. Les uns diront peut-être à quoi bon une traduction : et cette surcharge d'un commentaire? Le texte original. de rendre saint Thomas lui-même intelligible aux Fran- çais. par un oubli inexplicable. — Le cardinal Joseph Pecci en a donné. (2) Nommons ces trois prêtres courageux : M. — Le P. M. On peut regretter légitimement qu'il soit si inconnu (i). et cela dans l'intérêt de la vérité philosophique. — Il m'a paru que non. une Paraphrasi e Dichiarasione. qui. il se lit aisément et non sans profit. se suffit. Il se trouve au tome IV des Quœstiones disputatœ éditées. Cette présente édition comble la lacune. maintenant. curé d'Arnac-la. Védrine. par la Société de Saint-Paul. Roux-Lavergne.Poste . Quant au Commentaire de Cajetan. Comme jadis Albert le Grand et saint Thomas visèrent à rendre « Aristoie intelligible aux Latins ». et au tome III de son édition abrégée de Goudin. le résultat négatif des recherches des gens informés. vérifie plus exactement le premier titre que le second. . IV Je ne crois pas que le de Ente et Essentia ait été jamais traduit dans notre langue tel est. les rééditions récentes sont rares. il est vrai. ont publié. en texte latin et en traduction française soixante-douze opuscules de saint Thomas. chez Vives en i858. ^ 22 DE ENTE ET ESSENTIA Malgré quelque verbiage ici et là. car. à la suite de la Summa contra Gentiles. chose fâcheuse. en 1882. Trois curés limousins. Blandel. . Fouchet. si transparent. de Maria l'a mis parmi ses Opuscula Selecta (tome I) et l'a orné de quelques notes. curé de Mailhac M. du moins. le De Ente et Essentia a été deux fois réédité par l'un des préparateurs de la renaissance scolas- tique.

j'entends. N'enfermons pas le soleil ruisselant de lumière dans une outre opaque. tant qu'il y aura des esprits et des coeurs à nourrir? C'est au nom même de la vérité et de la pérennité de la scolastique. Je me borne à l'office du commen- tateur qui est. ce n'est pas à écarter le texte latin. Mais. condamnent toute ten- tative de mettre en français la scolastique. entre jusque dans les coins les plus secrets du texte. Elle est trop profonde pour notre langue légère. répète. et qui est capable de cet avantage merveilleux. irrésistible : une exacte et souple adaptation à l'ouverture de chaque esprit. l'aide la plus efficace. me paraît malavisée. à l'infini. DE l'Être et de l'bssence 20 l'expérience le démontre. Du reste. D'autres. Mon ambition. — Ces objectants retardent par trop. mais qu'elle devienne moderne. trop précise pour nos à peu près. et qui sait? peut-être à plus d'un autre. qu'est-elle? D'arra- . cependant. non certes qu'elle devienne moderniste. trop liée enfin au latin médiéval pour que la traduction ne dégénère en vivisection mortelle. plus catégoriques. Qu'est-ce qu'une vérité qui serait attachée à des mots périssables et ne pourrait se perpétuer. en définitive. sous les habits les plus divers. Voilà longtemps que le français suffit aux idées les plus profondes comme aux plus fines Puis cette vénéra- ! tion globale qui tient pour également sacrés le fruit et son écorce. Dieu m'en garde Mille ! raisons spéculatives et pratiques militent pour lui . la lecture de saint Thomas. c'ést à y introduire. source de vie où puiseront les âmes de maintenant. c'est-à-dire qu'elle se détruise. un serviteur du texte. par définition même. si on ne leur en facilite pas l'intel- ligence. s'étend. il est vain quarante-neuf fois sur cinquante de recommander aux jeunes gens. que je demande. ce à quoi je vise. de toute utilité. pour être inférieur. ne croit pas en elle. Qui craint pour elle ou les langues actuelles ou le contact d€s choses actuelles. Assurément. qui insiste. le commen- taire écrit ne sera peut-être pas dépourvu. c'est le commentaire oral.

24 DE ENTE ET ESSENTIA

cher de dessus la source les pierres accumulées et les
broussailles pour que l'eau vive jaillisse I
Que le lecteur pacifique excuse cette trop vive
apologétique, qui a semblé nécessaire pour dissiper
certaines préventions et empêcher des méprises.
Voici maintenant quelques indications sur la manière
dont a été mené ce travail. En face du texte latin non
revisé, hélas d'après les manuscrits, on trouvera le
!

texte français. La difficulté de toute traduction, c'est
d'unir à l'exactitude une certaine élégance, variable,
du reste, suivant le genre du texte. Aux lecteurs
compétents, c'est-à-dire qui ont essayé quelques
entreprises analogues, d'apprécier si l'auteur a réussi.
— Au bas des pages court un commentaire, composé
de pièces et de morceaux ce sont des notes explica-
:

tives, plusieurs de caractère historique, car, toutes
choses étant liées, il est utile pour comprendre un
ouvrage de ne pas ignorer son cadre intellectuel. Nous
eussions voulu ces noies plus complètes. Aristote et
Boèce sont à la portée de tous; mais qu'il est difficile
de se procurer ces Aristotéliciens arabes que saint
Thomas allègue sans cesse Nous n'avons pu les
1

consulter, et nous dénonçons nous-même la lacune.
Qu'elle soit vite comblée par d'autres, mieux outillés
que nous ! —Après chaque chapitre^ vient un com-
mentaire philosophique, d'une seule teneur, celui-ci,
pour chaque chapitre. —
Tant dans les notes que dans
ce commentaire, on a multiplié à dessein les rappro-
chements avec les passages parallèles des autres
œuvres de saint Thomas, pour provoquer à les lire.
Ni l'un ni l'autre commentaire ne contient d'expli-
cites réfutations des philosophies actuelles. D'aucuns
s'en étonneront peut-être et déploreront ce contraste
avec les anciens commentaires qui, chacun pour son
époque, discutaient les opinions contemporaines.
Cajetan dispute contre Trombeta et Ripa contre
Zimara ou Zabarella.
Mais je prie qu'on regarde mon but; ce que j'ai
voulu, c'est faire comprendre le texte de saint Thomas,


DE L ETRE ET DE L ESSENCE 20

et n'est-ce pas assez? Compris, il se défend tout seul.
Puis, de nos jours, il y a deux classes de philosophes,
les scolastiques et ceux qui ne le sont pas. Or, —
entre scolastiques, les discussions purement métaphy-
siques risquent de ressasser ce qui fut dit cent fois.
Jusqu'à présent, l'on a guère réussi qu'à ressusciter
trois synthèses, qui, du reste, coïncident en grande
partie, le Thomisme qui est prédominant, le Scotisme
et le Suarézisme et je ne sache pas que les partisans
;

actuels des deux dernières aient inventé de nouveaux
arguments.
Pour les autres, qui confisqueraient volontiers à leur
profit exclusif le titre de modernes, ils se divisent en
deux groupes inégaux quelques métaphysiciens
:

spiritualistes,qui continuent la tradition cartésienne,
biranienne et cousinienne, —
et une foule d'agnos-
tiques, parés des noms variés de pragmatistes, de phé-
noménistes, d'idéalistes. A
Dieu ne plaise que nous
méconnaissions leur force, à cause de leurs erreurs,
et que nous les dédaignions Mais il faut le recon-
!

naître, quasi aucune des questions résolues dans cet
opuscule n'a été même effleurée par eux, et pour
cause que voulez-vous qu'un Bergson, un W. James,
:

un Spencer, un Comte, un Kant nous disent sur les
essences ? Ce serait interroger sur la disposition des
meubles dans une maison des gens qui n'y sont jamais
entrés et qui doutent même si elle existe. Entre eux
et nous le contact est perdu. Pour les joindre, ce qui
dans leur intérêt et dans le nôtre est suprêmement
désirable, il faudrait prendre les choses de trop loin ;

excepté un cas ou deux, il nous a paru meilleur de
nous abstenir ici.
Un dernier mot qui
est un meâ culpâ. La synopse
ci-contre, correspond, _
, / , •. 1 • Essence
seule, a la suite logique
des idées. Mais, depuis —
- -«-» ^
>

— -*^j
l'édition de iSyo, le De •
^
^
Ente
. » j- •
i
est divisé en sept
accidents
substknces
chapitres, découpés sans
beaucoup de souci de
la charpente essentielle, composées simples
Nous avons craint de

26 DE ENT1-; liT IvSSBNTIA

trop innover, en substituant à ces sept chapitres un
autre arrang^ement, quoique, pour notre compte, nous
le jugions plus lumineux.

* *
Pour montrer de quel esprit nous sommes, nous
citons quelques lignes capitales du Magistère suprême
sur saint Thomas.
« Ad studia quod attinet, volumus probeque man-
damus ut philosophia scholastica studiorum sacrorura
fundamentum ponatur.
« Utique, si quid adoctoribus scholasticis vel nimia
subtilitate quassitum vel parum considerate traditum ;

si quid cum exploratis posterioris aevi doctrinis minus
cohaerens vel denique quoquo modo non probabile :

id nuUo pacto in animo est aetati nostraeadimitandum
proponi.
« Quod rei caput est, philosophiam scolasticam cum
sequendara praescribimus, eam praecipueintelligimus,
quas a S. Thoraa Aquinate est tradiia... Magistros
autem monemus ut rite hoc teneant, Aquinatera dese-
rere, praesertim in re raetaphysica, non sine raagno
detrimento esse. » Extrait de C Encyclique : Pascendi
Dominici gregis, du 8 sept, ipoyf qui a elle-même

Rejetons le fêlé. une vive ardeur à pénétrer et à s'assimiler. qu'il faille mépriser le reste. toutefois. non certes. cependant. nous voilà en garde contre l'excès. : On a remarqué que le Saint-Siège i** trie dans la : scolasiique et nous recommande surtout saint Thomas . qui nous porterait à recevoir. . a été moins profondément blessé par elle que n'importe quel autre. DE l'Être et de l'p:ssence 27 emprunté le second alinéa : Uiique si quid. 2*> qu'il trie dans le thomisme lui-même. celui qui aime uniquement le vrai doit être l'homme armé du marteau et qui va frappant toutes les roues. sauf dans les textes sacrés et les définitions de l'Eglise. même les parties caduques du Thomisme médiéval.. non pas Là comme I ailleurs. mais de la superstition. du 4 août ïSyp. et. de la docilité. Cf. aussi le Moiu proprio: Sacrorum antistitum. de toutes les œuvres humaines. à VEncy- c ligue de Léon XIII : yElerni Patris. à l'aveugle. et nous recommande surtout la métaphysique. parce que la mort est une puissante souveraine. qui reproduit en ce point l'Encyclique Pascendi. oui. Saint Thomas. Ainsi. c'est la sienne qui a le plus capté de cette vérité éternelle qui ne vieillit pas.. oui. De la vénération. oui encore et même c'est ce qui vaut le mieux. Il y en a partout.

dans un fatras sur l'infini corporel et le mouvement circulaire. — Quia vero ex compositis cognitionem simplicium accipere debemus. Elle courait. le représentant de la raison humaine. par Amable Jourdain. quand on visite ce monde.j ideo primo. species et differentias. comme étant. et. rappelée par saint Thomas. Selon toute proba- bilité. p. ne ex eorura igiiorantia errare contingat. ens autem et essentia sunt quae primo in intellectu concipiuntur. Forget. scilicet gênera.. par excel- lence. les dix-neuf livres de V Histoire des Animaux. dans le monde des philosophes. ideo ex significatione entis ad significa- tionem essentiae procedendum est. se trouve perdue. n'ont été lus pendant plusieurs années que dans des versions arabes-latines. comme un dicton. devenu en . Compte rendu du troisième Congrès scientifique international des Catholiques. ad horum difficultatem aperiendam dicendum est quid noraine essentiae et enîis significetur. J 3^7^ De Ente et Essentia PROOEMIUM Quia parvus error in principio magnus est in fine. au moyen âge. et ex posterioribus devenire in priora ut a facilioribus incipientibus convenicntior fiât disciplina. et quomodo in diversis inveniantur. (i) C'est Aristote que l'école albertino-thomiste désigne couramment par le titrede Philosophe. ut dicit Avicenna in V Meiaphys. Après 1260 seulement et pour parer à la critique textuelle créée par les Averroïstes. secundum Philosophum z'n I De Cœlo et mundo (i). » Tel est l'avis de M. et quomodo se habeant ad inten- liones logicas. saint Thomas fit retraduire Aristote par Guillaume de Moerbeke et le commenta. La fine remarque d' Aristote. saint Thomas connut d'abord l'ouvrage ici nommé dans VAntiqua versio. s'autorisant des Recherches critiques sur l'âge des traductions latines d' Aris- tote. 259. les traités Du Ciel et du Monde. comme une graine dans une meule de paille. Sciences philosophiques. Cf.. « Les huit livres de la Physique.

Cf. les espèces et les différences. elle voyage par tous les pays et toutes les époques sous des habits diver- sifiés. puis nous dirons comment elles se vérifient dans les divers cas. si grande partie une nécropole. comme le dit Avicenne (i) dans sa Métaphysique. Sed. selon le Philosophe au livre P^ du Ciel et du Monde. fut médecin. de la signification de l'être à celle de l'essence. enfin quels sont leurs rapports avec les cadres logiques. . Aussi. poète. il enseigna un Aristotélisme mâtiné d'idées alexandrines. il mourut avant la vieil- . on la rencontre souvent. nouscommence- rons. (i) Avicenne vient de l'hébreu Aveit-Sinâ qui est lui-même une corruption de l'arabe Ibn Sinâ. Acta Apost. édité par le P. — Ce que le moyen âge latin appela la Métaphy- sique d'Avicenne est une partie du Chifâ (la guérison) traduite sans doute à Tolède dans le collège de l'archevêque Raymond. né à Bokhâra en 980. Averroès excepté. par indiquer quelles sont les significations des mots être : et essence. les genres. Je signale qu'elle a eu l'insigne honneur d'être citée. il faut aller. Mandonnet. sous la formule même de saint Thomas. homme d'État plusieurs fois errant et fugitif. de peur qu'on erre parce qu'on les entend mal. Elle ouvre le traité De Erroribus Pkilosophorwm. ç septembre ipio. philosophe. Le personnage de ce nom. en io36. par Pie X dans le Motu proprio : Sacrorum Antistitum. lesse à Hamadan. à savoir. Nul Arabe. 6^y. De PEtre et de l'Essence PREAMBULE Une dans les principes s'agrandit dans petite erreur les conclusions. ne s'acquit une aussi haute considération parmi les scolastiques. En philosophie. dans le désir d'élucider ces difficiles notions. p. En sa qualité de vérité éternelle. pour la commodité des commençants. Or l'être et l'essence sont les pre- mières notions conçues par l'intelligence. — Puisque nous progres- sons dans l'acquisition du savoir du composé au simple et du dérivé au principe.

V. ce furent là les deux portes par où la culture arabe pénétra en Occident. il le termine par sa notion ana- lysée. c'est donc par lui que commence l'esprit dans la production de ses idées. pp. DE Wui-F.un procédé d'enseignement. Celle-ci tire des images sensibles son objet qui est l'abstrait et par là même l'universel. toute bruissante d'une multiplicité cachée. car.3o DE ENTE ET ESSENTIA Commentaire y a dans ce bref préambule une doctrine. chap. l'être n'est pas le premier objet connu. Par sa notion sommaire. c'est-à-dire par les catégories. il ouvre le progrès intellectuel. et connu comme tel. une 11 division. par M. universel. confus. 2* édition. par l'analogie selon laquelle il s'applique depuis Dieu jusqu'au plus débile accident. mais le dernier. La doctrine est une théorie sur l'origine des idées partout latente et qui affleure à deux endroits du texte. En temps qu'abs- trait. indistinct. Or de toutes les idées les plus universelles et les plus vagues sont l'idée d'être et l'idée voisine d'essence. . de l'être concret. l'intelligence débute par des connaissances confuses. par le Baron Carra de Vaux et Histoire de la philosophie médiévale. à la cour de Frédéric II. Nous connaissons par les sens et par l'intelligence. Et l'être — id quod habet esse. puisqu'il la comprend. bien entendu. 243 et 261-263. et par les transcendentaux. selon le mot de Cajetan — étant chose encore plus indistincte et plus globale que l'essence. par conséquent par les connaissances les plus universelles où se trouvent inclus sans être précisés les éléments multiples qui constituent les individus. Il s'agit. suivant l'ordre naturel qui dans la genèse des choses va de l'ébauche à la perfection. Avicenne. Ainsi en ou peut-être en Sicile. Cf. dénudé avec précision de tout autre élément. Mais.

selon la nature. plus p. loi?i. Quant au plan du traité. . I. fournira le point de départ. 24. quœst. montre qu'il n'a pas tant prétendu fixer un ordre strict qu'énoncer les questions. est un résultat. Pour les avoir mal circonscrites voyez les erreurs où par exemple les ontologistcs et les panthéistes sont tombés. Toute idéogénie implique une pédagogie. frontières qui séparent l'être et l'essence de plusieurs autres notions abstraites. DE l'Être et de l'essence 3i philosophique. distinguer. 34S. — Cf. Mais la suite. qui forment toujours les plus profondes assises de nos doctrines. le maître suivra l'esprit dans sa marche. instinc- tives d'abord. Cf* Sum. leciio II. à la lettre. S'instruire. est un effet des composants et leur est posté- rieur. c'est débrouiller et. proportion gardée. Elles se rangent dans le savoir réfléchi en un ordre inverse de la conception spontanée. art. Ce qui. va-t-il. lectio I. On saisit. scientifiques ensuite. Il s'y agit d'amener à la précision scien- tifique des idées primordiales. De ce préambule ressort aussi ^importance de l'entreprise. On ira donc du plus com- plexe au plus simple. dans un sens. Vives. II les diverses réalisations de l'être et de l'essence III les . — VIII phys. Vives ^^)P' ^94* — ^^ XII Tnetaphy^ ^ lib. de toutes les idées. Aucune n'est tout à fait résolue avant le dernier mot du dernier chapitre. /. III. Theolog^ pars /. p. saint Thomas annonce trois parties I des : définitions nominales . I. en l'aidant. dès lors./ lib. 38-3p. Pour aboutir à des connaissances nettes. LXXXV.. à savoir l'être concret et composé qui. la méthode. où tout cela s'entremêle.

susceptibles de dix modes différents. par exemple le juste est musi- : cien. sicut Philosophus dicit in V Metaphys. ens per se dicitur dupliciter uno modo. l'un à tout l'uni- vers corporel. les seuls dont parle ici saint Thomas. per quem modum privationes et negationes entia dicuntur : dicimus enim quod afârmatio est opposita negalioni et quod caecitas est in oculo (2). : quod dividitur per decem gênera alio modo. et en êtres de raison ou idées dont Cajetan écrit avec préci- sion « earum esse nihil aliud est quam intelligi » : formule . nisiquod in re ali- quid ponat : unde primo modo caecitas et huj usmodi non sunt entia. j. car : en délimitant le sens des mots. ce qui n'est pas un vain travail.J2 DE ENTE ET ESSENTIA. ou d'un sujet et d'une qualité l'homme est musicien. (i) Aristote à cet endroit s'applique à démêler les diverses acceptions du mot être. — Ils se subdivisent en êtres réels. : A cette classe d'êtres dont chacun résulte d'une rencontre s'opposent les êtres par soi. . ce qui a donné lieu aux dix catégories . Voici les indications utiles à l'intel- ligence du texte. c'est-à-dire des agrégats contingents de deux qualités. (i). quod . etiamsi illud in re nihil ponat . Sed primo modo non potest dici aliquid quod sit ens. qui eût ravi l'idéaliste Berkeley ou le phénoméniste Stuart Mill. il y a les êtres par accident. signi&cat propositionum veritatem. mais qu'ils eussent indûment appliquée. en vertu de ce qu'ils sont eux-mêmes et non par l'assemblage d'éléments sans liaison intrinsèque. I CAPUT PRIMUM Quid sîgnificetur oommuniter nomine entis et essentiae? Sciendum est quod. l'autre à toute réalité. Les expressions analogues de Berkeley se lisent dans le Traité des principes de la connais- sance humaine. on délimite des pensées et par là même des faces du réel. Horum autem differentia est quia secundo modo potest dici ens omne illud de quo affirmaliva propositio formari potest. Ils constituent des êtres.

l'être. propositions. entendu au premier sens. là où il parle de la véritédes propositions. ne pas comprendre pourquoi Aristote et saint Thomas rangent. sont des êtres ne disons-nous pas que l'affirmation . a en vue l'être. 137-144. que l'être. il se distribue en dix genres selon l'autre. d'une chose qui devrait être présente. ne s'ap- plique qu'à un objet réel et pour lors la cécité et les . — 2' J'avoue. remplissant le rôle de sujet et alors c'est l'être en tant que nom qu'il a en vue ainsi la cécité est un être et on la traite logiquement : comme tel. DE l'être et de l'essence 3 . DE l'Être et de l'essence. On- tologie. par exemple dans des phrases comme celles-ci Dieu : : est bon. (2) La négation est l'absence d'une chose la privation est . une espèce de négation qui dit un peu plus elle est l'absence . pp. Ensuite il parle de l'être idéal. autres choses semblables ne sont pas des êtres. N'y a-t-il pas des idées complexes qui sont des agrégats contingents ? — En somme Aristote. Nous les trouvons autrement précises et coordonnées dans Mgr Mercier. Cf. Quelques remarques s'imposent : i° Saint Thomas. Comment l'esprit mord- il sur ces néants et arrive-t-il à les saisir ? En concevant la qualité et en l'affectant d'une négation la cécité est connue . il exprime la vérité des . en tnnt qu'il est un verbe et exprime une relation fondée sur une exiï^- tence. n'y eût-il rien de correspondant dans la réalité ainsi les privations et les négations . s'oppose à la négation et que la cécité est dans l'œil ? En revanche. par la vision. l'ignorance est une science niée. i 33 CHAPITRE PREMIER La signification commune des mots : être et essence. on appelle être tout ce qui se prête à une pro- position affirmative. dans cette page laborieuse. Voici la différence d'après le second : sens. Il faut savoir. tous les êtres logiques parmi les entia per se. Selon le premier. cela est. n'a qu'ébauché les distinctions nécessaires. sans aucune réserve. comme le dit le Philosophe au V^ livre de la Métaphysique. est pris dans deux sens. proprement dit. malgré ma vénération pour ces textes.

« La nature. comme ici. id est hoc per quod aliquid habet esse quid. en faveur de l'unité numérique de l'intel- ligence ce qui fut la forme médiévale du Panthéisme. Esprit encyclopédique comme Avicenne. » Et quia. . Vers la fin de sa vie. » Celui-ci cependant professe quelques opinions originales et sollicite parfois le texte d'Aris- tote. » Cf. inde est quod nomen essentiae a philosophis in nomen quidditatis mutatur . Avec lui disparut le dernier des représentants notables de la philosophie arabe qui. sed sumitur essentia ab ente primo modo dicto. ut dictum est. ut patet in privationibus . ens hoc modo dictum divi- ditur per decem gênera. secundum quod per formam significatur per- (i) Averroès. quae essentiam non habent. Son culte pour Aristote. juriste et philosophe. il le malmena et prononça ce verdict « Non tam fuit Peripateticus quam : peripateticae philosophiae depravator. de son vrai nom Ibn-Roschd. qu'il commenta jusqu'à trois fois. Les latins connurent ses œuvres par les Espagnols et le nom- mèrent le Commeittateur comme Aristote était le Philosophe. a été interprétée par Aristote et Aristote a été interprété par Averroès. disait-on. Unde Commentator (i) in eodem loco dicit « Ens primo : modo dictum est quod significat substantiam rei. — Dicitur etiam forma. (2). oportet quod essentia signi- ilcet aliquod commune omnibus naturis per quas diversa entia in diversis generibus et in diversis spe- ciebus collocantur sicut humanitas est essentia homi- : nis et sic de aliis. fréquenter norainat quod quid erat esse. naquit à Cor- : doue en 11 26 et mourut en 1198.$4 UE ENTE ET ESSENTIA. pour l'ap- prouver. De Unitate intel- lectus contra Averroistas. : Saint Thomas cite souvent Averroès et. il fut à la fois médecin. vint finir en Espagne et influença la scolastique latine. née en Orient au contact des Grecs. en particulier. Mais les circons- . et hoc est quod Philosophus in VII Metapkys. I Nomen igitur esseniiaî non suraitur ab ente secundo modo dicto aliqua enira dicantur hoc modo entia . cependant. Et quia illud per quod res constituitur in proprio génère vel specie est quod significamus per defîni- tionem indicantem quid est res. tint du fanatisme. circa médium.

. i 35 Par suite le nom d'essence ne convient pas à l'être pris selon le second sens car il y a quelques êtres de . même endroit « L'être selon la première acception : du mot désigne la substance d'une chose. dans un opuscule polémique et très vif. Et tel est aussi le sens de l'expression ce qui : donne d'être quelque chose. c'étaient toutes les défiances des Augustiniens confirmées et justifiées ! Il répudie donc Averroès avec vigueur. alors qu'il l'avait tant de fois allégué. Comment ne se fùt-il pas senti touché au cœur. mais sur un point précis. il se fût condamné lui-même. comme il est évi- dent pour les privations. essence et quid- dité. comme il a été dit. nous l'exprimons par une défini- tion qui indique ce qu'est cette chose de là pour les . l'écriviten 1270. DE l'Être et de l'essence. On accorde généralement que l'imparfait r^^ erat fait allusion à : la prio- ritéde l'exemplaire sur ses réalisations concrètes. fréquemment employée par Aristote au VII^ livre de la Métaphysique. le nom d'essence lui convient et c'est pourquoi le Commentateur dit au . philosophes l'équivalence des termes. En le condamnant en entier. lui dont toute la vie avait été consacrée à introduire Aristote dans l'Ecole ? L'hérésie naissant de l'Aristotélisme. dirigé contre l'erreur averroïste. » Et puisque. cette sorte qui n'ont pas d'essence. Or ce qui place une chose dans son genre propre ou dans son espèce. On — l'appelle encore la forme en ces sens que pour chaque tances délimitent la portée de cette condamnation saint Thomas . il est nécessaire que l'essence désigne un certain élément commun à toutes les natures grâce auxquelles les divers êtres sont répartis dans les divers genres et les diverses espèces ainsi l'humanité est : l'essence de l'homme et il en va de même au sujet des autres cas. Le docteur s'effrayait de la propa- gation de cette erreur et s'indignait qu'elle se réclamât du péripatétisme. l'être réel se divise en dix g-enres. (2) La locution grecque to ti : sîvai et le décalque latin "/[v : quod quid erat esse sont intraduisibles en français. Mais dès qu'on le prend dans la première acception.

36 DE ENTE ET RSSENTIA. cum : sint. fut le principal chaînon entre la culture antique et le moyen âge. quoquo modo intellectu capi possunf quoquo modo est . est une des premières dissertations où s'introduit en théologie le langage aristotélicien. Nomen autera naturae hoc modo sumptae videtur significare essentiam rei secundum quod habet ordinem vel ordinationem (4) ad propriara operationem rei. accipiendo naturam secundum prirriiim modum illorum quatuor raodorum quos Boetius de Duabus Naturis (2) assignat. p. (3). per suam definitionem et essentiam. On en a contesté l'authenti- cité. Anicius Manlius Torquatus Severinus Boetius. I fectio vel certitudo unius cujusque rei (i). P. « ceterarum rerum privatione » 2° on . 1341-42 et même tome. 189. (Cf. quamque rem informans specifica differentia. ajouté en vue de Dieu et de la matière que l'esprit ne conçoit qu'imparfaitement. : Natura est motus principium secundum se et non per accidens — 4' aux traits distinctifs de chaque être natura est unam : . — col. 1359. le chap. col. le commentaire de Gilbert de la Porrée sur ce . I dans Migne. Jusqu'au milieu du xii* siècle on ne connut guère Aristote que dans les quelques traductions ou commentaires de Boèce qui n'avaient pas été perdus. Et sic etiara dicit Philosophus in V Metaphys. cum nulla res propria destituatur (i) Ripa. est intelligible res quae. et mis à mort en 52 5. parce que de l'examen du De Consolatione philosophiœ on induisait que Boèce n'avait pas été chrétien. le nourri de la littérature grecque et latine qui tombait alors en oubli. sicut dicit Avicenna II Metaphys. — l'applique à toutes les substances natura est vel quod facere : vel quod pati possit — 3' aux seules substances corporelles . quod omnis substantia est natura. L. in — Hoc etiam alio nomine natura dicitur. explique ainsi cette identification un peu surprenante entre la forme et la certitude « Forma est ratio : certitudinis et cognoscibilitatis rei. secundum scilicet quod natura dicitur esse illud quod quocumque modo intel- lectu capi potest non enim res intelligibilis est nisi — . Voici les quatre sens du mot natttre 1° on l'applique à tout : ce qui. » (2) Né vers 480. « dernier des Romains ». tome LXIV. — L'ouvrage cité ici : Liber de -persona et duabus naturis contra Eutychen et Nestorium. parmi les êtres réels. mais à tort.

le philologue trouve d'abord la constatation d'un phé- nomène puis suivant une loi habituelle. saint Thomas a expliqué cette même termi- nologie de Boèce. Aristote énumère les sens du mot cpuc-tç (natura) et en montre la filiation. Pris de la sorte le mot nature exprime. art. par là même à la subs- tance. comme à l'origine de toutes les familles verbales. du Thésaurus philosophorum de Reeb. une chose n'est intelligible que par sa définition ou son essence. i Sy chose la signifie la perfection ou la certitude. DE l'Être et de l'essence. ou comme conçue et imposée par l'auteur de la chose adaptée. I. lib. du Lexicon peripate- ticufn de Signoriello. l'esprit est monté du . C'est cette dernière nuance qu'exprime le mot ordinatio. — On lui donne encore le nom de Nature. Mais que c'est rudimentaire et insatisfaisant Quand la Providence susci- ! tera-t-elle un patient Littré de la Scolastique ? (4) L'ordre et l'adaptation à une fin. I. Il. chacune à sa manière. — De même encore le Philosophe dit au V^ livre de la Métaphysique. Primitivement ce mot désigne la naissance. (3) Dans ce passage. en prenant ce mot dans le premier des quatre sens que lui donne Boèce. on applique la même dénomi- nation à tout principe interne d'activité. dans son livre Des Deux Natures. quœst. : . Par un élargissement de l'analogie. faute de mieux. Dans le Commentaire sur les Sentences. que toute substance est une nature. passage). On se sert. du Dictionnaire de philosophie d'Elie Blanc ou même du vocabulaire que cet excellent auteur a placé eu tête de son Traité de philosophie scolastique. forme suivant Avicenne au IF livre de la Métaphysique. Il nous manque un dictionnaire vraiment scientifique de la langue d'Aristote et de l'Ecole. même à des principes incomplets comme la matière et la forme des êtres corporels parce que l'une et l'autre. c'est-à-dire en lui faisant désigner ce qui de n'importe quelle façon est saisissable par l'intelligence car justement . phénomène à ses causes et l'on a étendu ce même nom de nature aux causes de l'être qui naît. Ici. puisqu'elle est dans les parents le principe de la géné- ration et que dans l'enfant elle en est le terme. contribuent à produire le mouvement. qui peut être considérée simplement comme existante.

désigne les dix modes du réel qu'Aristote a su discerner et classer sous les noms de substance. Commentaire La terminologie fut toujours la croix des philo- sophes . La quiddité comporte une signification équivalente. si l'on néglige pour le moment le monde des idées. voire. de Boèce. 3o. (Cf. Saint Thomas le savait et il a esquissé ici une curieuse page de lexique. . selon les individus. convient à l'un ou à l'autre de ces dix modes du réel et. il s'applique à leur réunion . indistincte dans une substance concrète. tance. comme époques et. de qualité. Il rapproche et compare une demi-douzaine de mots : essence. L'essence.38 DE ENTE ET ESSENTIA. p.. de quantité. d'Avicenne et d'Aver- roès. à l'occasion. L'être. tous synonymes quant au fond. dicitur secundum quod per eam et in ea res habel esse. selon les pays. elle se diversifie selon les aux mêmes époques. elle prête à de perpétuels quiproquos. elle indique leur rapport avec l'acte d'existence. en tant qu'elle existe ou peut exister.) L'essence. plus haut. mais qui divergent en partie. Il s'y explique sur le sens qu'il entend donner aux mots. mais il les désigne sans précision tout seul. forme. I operalione. en plus. en sui- vant du reste une tradition. subs- être. puisqu'il met en relief l'accord d'Aristote. ce sont les éléments constitutifs d'une chose. etc. dans ce traité. dans les mêmes pays et aux mêmes dates. quiddité. elle aussi. — Quidditatis vero nomen suraitur ex hoc quod per definitionem sig-nificatur sed essentîa . nature.

— La quiddité. DB l'Être et de l'essence. distincts et nets. Celle-ci exprime ce qu'est une chose. ne désigne qu'une partie de l'essence ou de la quiddité (je parle des êtres corpo- rels). celle qui possède un acte d'existence indépendant. 2° son aptitude à porter : des accidents stcb. dont elle fait totalement abstraction. stare. moins l'allusion à l'existence. : — Il arrive aussi que la substance ne désigne pas uniquement un sujet séparé de ses réalités accidentelles. dans leur sens le plus important. celle qui spécifie la chose et qui. ces noms. suppléant par leur accumulation à ce qui manque à chacun d'eux. La substance enfin. et par là même la sépare (definire) des autres. mais il est vrai. En définitive. la faisant être ce qu'elle est. et l'essence désigne ce moyennant quoi et en quoi une chose possède l'existence. et que par suite ils s'expriment par un . la principale. par opposition aux neuf autres dont l'existence est dérivée et dépendante. La formej strictement. mais qu'elle enveloppe l'être entier. Un objet réel fourmille de trop d'élé- ments. ce qui s'explique. elle. La réalité qui porte le nom de quiddité esténoncée par la définition. pour qu'ils entrent tous. produit et mesure sa perfection. l'essence d'une chose considérée par rapport à sa propre activité. consistant dans son acte de subsistance stare . désignent tous également le premier mode de l'être. dans une seule idée. La composition même du mot indique ses deux principaux caractères : i*^ sa vigueur propre. c'est l'essence de la première catégorie. sujet et accidents. a trait au contenu de la défini- tion . philosophique. Pourquoi tant de vocables pour le même objet ? Parce que les vocables correspondent à nos concepts et que ceux-ci sont partiels et multiples. puis- qu'il n'y a aucune chose qui n'ait une activité propre. la plus importante. i 89 semble-t-il.

s'il existe encore. sous-entend une doctrine. lib. distinct de nos idées. tant le texte forme une trame continue. 2° Qu'il existe un monde réel. Sed non licet omnibus adiré Corinthum. d'idées et de mots. C'est un antiphénoménisme. le manuscrit original. omne nomen cum defectu est. Il faudrait voir les manuscrits et. I. surtout quand elle est systéma- tique. ne viennent pas de saint Thomas. 3o. à tout le moins la division actuelle ? Je n'oserais l'affirmer. dit saint Thomas. L'exploration complète et précise exit^e des actes successifs. » * * Une terminologie. La division en chapitres même est-elle primitive. Qu'y a-t-il cl 'implici- tement affirmé dans cette page de dictionnaire ? 1° Qu'il est profitable de se montrer respectueux de ses prédécesseurs et d'innover le moins possible dans le langage. Ainsi est faite notre machine à penser.40 DE ENTE ET ESSENTIA. sed in accidentibus est quodammodo et secundum (ï) Ces titres. II seul mot. qui varient d'une édition à l'autre. très opposé par exemple CAPUT SECUNDUM (i) Quid sit essentia in substantiis compositis ? Sed quia ens absolute et primo dicitur de substan- tiis. nam nomine rem exprimimus eo modo quo intellectu concipimus. inde est quod essentia proprie et vere est in substantiis. . cap. « Quantum ad modum significandi. c'est-à-dire une multitude de regards. et posterius secundum quid (2) de accidentibus. La représentation globale est confuse. Contra Gentiles.

très en gros. 4° Enfin. dans son classement en dix catégories. Aristote. mais par des vues successives et comparées. certes. accidents que d'une certaine manière et sous un cer- {2) Poster iîis s'oppose tl primo et secundum quidz. d'un Stuart Mill. abstraction faite pour le moment des rapports entre l'exister et l'agir. DE l'Être et de l'essence. par suite c'est dans les substances que l'essence se trouve proprement et vraiment elle n'est dans les . saint Thomas. absolute. n'eut jamais les hésitations ni les renoncements d'un sceptique. et de fait. . quoiqu'il ne s'illusionnât guère sur les défauts inhé- rents à la spéculation humaine. et quoiqu'on lui attribue ces mots charmants et profonds « Omnia : quae scripsi mihi videntur paleae ». ii 41 à l'idéalisme d'un Taine. d'un Bergson. CHAPITRE SECOND Ce qu'est Tessence dans les substances composées. Voilà. non par une intuition globale. 3° Quenotre esprit. peut débrouiller l'ordre précis sous la complexité en apparence décourageante du réel. a découvert la trame éternelle des choses. L'existence entraîne l'action. Cela suppose une grande confiance dans la raison. le sous-sol dogmatique de ce chapitre. Secundutn quid signifie : selon un aspect ou partiellement. qu'il n'existe pas d'être complètement inerte. L'être se dit absolument et premièrement des sub- stances et dans un sens dérivé et relatif des accidents .

Non autem potest diciquod alterum eorum tantum dicatur essen- tia. il y aurait deux raisons. par suite. planum est. II quid. in simplicibus veriori et nobiliori modo. frère du grec yiyvwaxo) et correspond à l'idée d'illustre. par delà le sensible : essentia magis occulta. ad minus substantia prima et simplex quae Deus est. plus . a presque disparu et. Curiosité de -mot. une marque de l'élan de l'esprit vers les causes ce qu'il connaît d'abord c'est l'écorce. la voilà contredite par l'autre. Cajetan par son commentaire montre qu'il a lu de la sorte. In substantiis igitur compositis forma et raateria notae sunt. mais il ne : s'y tient pas. dans l'historique de ce mot. Nobilis dérive du primitif latin gnosco. ut in homine anima et corpus. superficielle. c'est-à- dire. le sens serait satisfaisant au lieu d'une : raison unique mais complexe pour la supériorité des essences simples. quia res per suara essentiam cognoscibilis est et in specie ordinatur vel in génère materia autem non . Quod enim materia sola non sit essentia. D'une conséquence et d'un signe il s'est élevé à la réalité elle-même. s'est effacée. Une façon et la meilleure d'acquérir la notoriété est de s'élever au-dessus du commun par sa valeur . (2) Cet ad minus fait allusion à une théorie alexandrine.42 DE ENTE ET ESSENTIA. (i) On pourrait ponctuer autrement et lire Sed in simpli- : cibus veriori et nobiliori modo secundum etiam quod habent esse nobilius. et ia utrisque est essentia sed . Substantiarum vero quaedam suât simplices et quaedam compositac. vSecundum etiam quod habent esse nobilius (i). sunt etiam causa eorum quae composita sunt (2). ideo ab essentiis compositis incipiendum est ut a facilioribus convenienter fiât disciplina (3). selon laquelle depuis Dieu jusqu'aux . noblesse est devenu synonyme d'excellence. de très connu. Cependant il qualifie dans le texte de saint Thomas une réalité enfoncée loin de nos regards. et de fait. : perpétuée par les Arabes. de perfection la première idée. Voici comment le passage s'est effectué d'une acception à l'autre. dans l'espèce. Nous touchons du doigt. Sed quia illarum sub- stantiarum essentiae sunt nobis magis occultae.

il est bon de commencer par l'étude des essences composées. vient de disco et révèle les préoccupations pédagogiques de saint Thomas. car c'est par son essence qu'une être infîmes s'étagent des formes hiérarchiques. Donc. dans les substances composées il y a deux éléments connus. Ici. Acta Sanctorum.. saint Thomas écarte la discussion de ce système. c'est évident. comme disciple. afin que notre enseignement partant des choses les plus faciles soit mieux adapté à la nature de l'esprit. A cause de leur clarté. les autres composées. et dans les unes et les autres il y a une essence. Discipline. Prologue de la Som^ne théo- logiqtce. Le monde est un fleuve immense qui coule de haut en bas par une suite de cas- cades. ut a facilioribus incipientibus convenien- tior fiât disciplina. il restera toujours que Dieu est la cause universelle. même des <<. partun intelli- gentes » . 662. apertzim et facilem ». issues les unes des autres par successives dégradations. Pour la matière. : docendi compendiosum. Qu'on nie même cette influence. Or parmi les substances les unes sont simples. Mais comme les essences simples nous sont moins acces- sibles. mais dans les simples en un sens plus vrai et plus noble. la matière et la forme. et se refuse à déterminer l'influence des substances supérieures sur les inférieures. si l'on veut. par exemple dans l'homme l'âme et le corps. Etant donné que leur existence est plus parfaite. (3) C'est presque mot pour mot l'indication méthodologique. Or on ne peut dire que l'un d'eux pris à part soit une essence. lue au préambule. VII Martii. Cf. p. elles sont causes des sub- stances composées à tout le moins c'est exact de la . substance première et simple qui est Dieu. Saint Thomas fut avant tout un merveilleux professeur dont Guillaume de Tocco nous vante la clarté « modum. DE l'Être et de l'essence. ii 43 tain rapport. Ce souci du meilleur procédé d'enseignement est bien digne du maître qui dans la plénitude de sa science et de sa vigueur ne crut pas pouvoir rien tenter de mieux qu'un manuel « ad erîiditionem incipientiurn » Cf. ses écrits étaient recherchés de tous. .

traduction latine de l'expression stoïcienne Xdyot (77T£caaêtxoi) Cf. Cette remarque ne donnerait-elle pas à penser que peut-être le De Ente et Essentia n'a pas été composé par saint Thomas dès le début de son professorat ? A moins peut- être que cet aspect particulier du Platonisme n'ait été accepté. Au jugement de saint Thomas ils sont une poignée qtùdam et s'efforcent de prouver leur thèse. nec quid nec quantum nec quale nec aliud quid aliorum est quibus ens determinatur. ponatur sicut additum essentiae ejus vel sicut ens extra illam naturam vel essentiam ejus quia hic raodus pro- prius est accidentibus quae essentiam perfecte non habent. substantiarum naturalium non tantum formam sed et raateriam continet aliter enim definitiones naturales . que . <^7^. quamvis quidam hoc asserere coneatur(2). mais aussi. in definitione substantiae naturalis. p. Vives. pour qui matière est purement passive et indéterminée. Pourquoi les noms sont-ils tus ? C'est sans doute dans l'intérêt de la paix et peut-être à cause des habitudes du temps. Au- : gustin. à n'importe quel titre. In Gen. puisqu'on les mentionne et qu'on les réfute. que d'un tout petit nombre. Quels sont ces philosophes ? Ce sont encore les contem- (2) porains de saintThomas qui par l'intermédiaire de saint Augustin se rattachaient à Platon. la définition d'Aristote « Dico materiam quae. Toutefois on leur accorde une certaine importance. Ex his enim quae dicta sunt patet quod essentia est id ]/ quod per definitionem rei significatur definitio autem . — Nec etiam potest dici quod materia. sans : y aboutir.44 DE ENTE ET ESSENTIA. en effet. : secundum se. et mathematicae non differrent. unde oportet quod in definitione sua substan- (i) C'est l'une des doctrines caractéristiques de saint Thomas. sed secundum id solum quo in actu aliquid est (i). comme autorités. Il la accepte. VIT livre de la Métaphysique. ad litteram. tonte XXIV. On ne citait alors dans les écoles. C'était une survivance de saint Aug-ustin sur les principes séminaux (rationes séminales. II est cognitionis principium nec secundum eam aliquid ad speciem vel ad genus determinatur. » Cf. même dans la vieille scolastique. Neque etiam forma tantum substanliae compositae essentia dici potest. je crois. 5". Presque toute l'Ecole avant saint Thomas plaçait dans la matière des déterminations au moins virtuelles.

d'après ce qui a été dit. comme un élément ajouté à leur essence ou comme un être qui se trouve en dehors de leur nature ou essence. Rousselot. de leur vivant même. 83-84. cette affirmation étonne. 22-Ç' A priori. En effet. non sans amertume. Roger Bacon. Or la matière n'est point un principe de connaissance et ce n'est point par elle qu'une chose est fixée dans une espèce ou dans un genre. l'essence est exprimée par la définition or la définition des substances naturelles . DE L ETRE ET DE L ESSENCE. la personnalité d'un auteur ne compte pour rien ». UIntellecHtalis7ne de saint Thomas. parce que l'anonymat érigé en coutume contredit ce que chacun sait de l'amour-propre des auteurs et des Ordres comme de la curiosité sympathique ou malveillante des lecteurs. -p. quoique quelques-uns s'efforcent de le soutenir. signale comme un fait singulier que l'on fit exception. ! Aver. II 40 chose est connaissable et qu'elle est classée dans son espèce ou dans son genre. Mais il y a mieux Le P. p. contient non seulement la forme mais aussi la matière. pour Albert et saint Thomas. car c'est là la marque des accidents. dépourvus d'essence parfaite et par là même incluant dans leur propre définition leur substance ou leur sujet qui est hors de leur genre. autrement les définitions naturelles et les définitions mathématiques ne se distingueraient pas. Mandonnet. V roïsme latin au xiii* siècle. mais par cela seul qui la fait èlre une chose en acte. non plus. C'est donc manifeste l'essence : comprend la matière et la forme. Il n'est — pas davantage soutenable que la matière est mention- née dans la définition des substances naturelles. — Impossible égale- ment d'avancer que l'essence désigne un rapport entre la matière et la forme ou quelque chose d'ajouté à des auteurs anciens. sans compter qu'il favorise l'irres- ponsabilité. un mot sur la propriété littéraire au moyen âge « La propriété des idées au moyen : âge. La forme toute seule ne peut pas. . constituer l'essence des substances composées. écrit P. cite un fait qui prouve avec quel soin et même avec quelle âpreté les auteurs d'alors réclamaient leurs droits. Puisque l'occasion s'en présente.

III. quia esse substantiae compositae non est tantum formae nec tan- tum materiae sed ipsius compositi essentia autem est. ubi dicit quod Ousia significat compositum. materia efficitur ens actu et hoc aliquid unde illud . intéressante seu- . non dicitur generari simpliciter sed secun- dum quid. in substantiis compositis. Per formam enim quae est actus materiae. Unde oportet ut essentia qua res denominatur ens non tantum sit forma nec tantum materia sed utrumque. où Boèce établit deux séries équivalentes de termes grecs et de termes latins dans l'énoncé et l'explication de la Trinité . quia hoc de necessitate esset accidens extraneum a re nec per eara res cognosceretur quae orania essentiae non : conveniunt. quam vis hujusraodi esse sive essentiae sola forma suo modo sit causa (2) : (i) On trouve en effet ce texte dans le Liber de Persona et duabtis naturis. Ousia enim apud graecos idem est quod essentia apud nos. — Non etiam potest dici quod essentia significet relationem quae est inler materiam et formam velaliquid superadditum illis. ut albedo facit actu album. . ut ipsemet in III de Duabus Naturis fatetur (i). id est compositum ex materia et forma. chap. Unde. II tiam vel subjectiim recipiant quod est extra genus eorum. — Autre question saint Thomas a-t-il : écrit Ousia ou bien oùcia ? C'est une minutie. Differentia naturœ et personœ. sicut accidentia faciunt. in Com- f}te7tt. mais on les chercherait vainement au I" livre du Commentaire sur les Catégories. Commentator autem dicit in VII Metaphys. » —Huic etiam ratio concordat.. quando talis forma acquiritur. significat illud quod est ex materia et forma compositum. : « Natura quam habent species in rébus generabilibus est aliquod médium. Et huic positioni consonat verbum Boetii. ' secundum quam res dicitur esse. Relinquitur ergo quod nomen essentiae. Patet ergo quod essentia comprehendit ma- teriara et formam. quod superadvenit non dat esse actu simpHciter materiae sed esse actu taie. I Prœdicam.46 DE ENTE ET ESSENTIA. Avicenna autem dicit quod quidditas sub- stantiarum compositarum est ipsa compositio formae et materiae.

que la quiddité des substances composées est la composition elle-même constituée par la matière et la forme. est vraiment l'œuvre de cette force dominatrice. où il dit que le mot Oitsia désigne un composé. Boèce s'accorde avec nous dans son Commefitaire sur les Catégories . L'acqui- . . comme lui-même l'enseigne au III® chapitre de son ouvrage Des Deux Natures. si l'on peut dire ainsi. quand il s'agit de la détermination active de l'être. Dès lors ce qui survient ne communique pas à la matière l'existence elle- même mais une actualité particulière. Avicenne déclare. Quant au Commentateur voici son avis à propos du VIP livre de la Métaphysique : « La lement parce que l'on discute si saint Thomas savait ou non la langue grecque. Quoi qu'il en soit. car VOusia des Grecs. efface celle de la matière. ce qui est proprement catiser. (2)Voilà une affirmation qui étonne au premier abord. organisatrice et pleine de finalité. Mais la matière n'y contribue qu'en recevant la forme et en se laissant unir à elle. exprime ce qui est composé par la matière et la forme. DE l'Être et de l'essence. dans les substances composées. C'est donc à juste titre que la causalité de la forme. tandis que la forme s'empare de la matière. ii 47 elles deux. à la façon des accidents ainsi la blancheur fait être blanc. La substance composée. en tant qu'elle appartient à telle espèce. parce que les Aristotéliciens reconnaissent deux causes intrinsèques et parlent tout aussi communément de la cause matérielle que de la cause formelle et de fait l'une et l'autre contribuent à l'exis- . que celle-ci devient un être et telle chose précise. en effet. sition d'une forme de cette sorte n'est point une pro- duction pure et simple de l'être lui-même. c'est notre essence. parce que ce rapport ou cet élément ajouté serait de toute nécessité un accident extérieur à la chose et la chose ne serait pas connue par lui ce qui : contredit la notion d'essence. l'actue et avec son concours passif constitue un être dont elle seule détermine l'espèce. le mot oOaia vient du verbe Etvat comme le mot essentia du verbe esse. de son côté. qui est l'acte de la matière. livre I. tence de l'être composé. c'est un accroissement particulier. C'est par la forme. Il reste donc que le nom d'essence.

est invisible sa présence ne se décèle que . quod res non denominatur ex altero illorum principiorum tantura sed ab eo quod utruraque com- plectitur. si essentia est id quod per definitionem significatur. II sicut in aliis videraus quae ex pluribus principiis con- stituuntur. par ses dérivés accidentels qui. plus spécialement. on entend l'élément interne grâce auquel un être se suffit et se distingue numériquement de tous les autres. le genre. distincte de toutes les autres. il désigne une substance complète et indépendante ens indivi- : sum in se et divisum a quolibet alio. il : désigne les cinq idées les plus abstraites de toutes et connues sous le nom d'universaux l'espèce. uni- verselle unuin aptum inesse inultis . en fait. même. La matière. (2) Ce mot désigne toute idée abstraite et. Mais pourquoi la quantité indivi- dualise-t-elle ? En vertu de sa propre nature qui entraîne une position unique. est-il néces- saire à l'individuation que la matière soit liée.4^ DE ENTE ET ESSENTIA. Lib. Haec autem materia. in definitione homi- nis in quantum homo. (i) Le mot :individu vient de in et de dividuus. elle-même. le : propre et l'accident contingent. 6^. Contra Gent. qui per se lineae inest. ut patei in saporibus. '>'^_iy^^i/vf . séparé de . quiaex actione calidi digerentis humidum causatur dulcedo et quamvis. c'est la matière signifiée ou désignée par la quantité. frappent nos sens. Et ideo sciendum est quod materia non quomodolibet accepta est principium ^ individuationis sed solum materia signata (3) et dico . (3) Materia signata seu designata quantitate : mot pour mot. Par principe d'individua- tion. par là. non tamen denominatur corpus dulce a calore sed a sapore qui calidum et humidum complectitur. IV. eux. ad pluralitatem linearum sufficiens est. cap. la matière elle-même est singularisée. — Au reste. definitionem non habere. la différence. Sed quia individuationis principium (i) estjmateria. Ces — accidents sont singuliers et. . non ponitur sed poneretur in . « Diversus situs. par sa relation avec eux. hoc modo calor sit causa dulcedinis. materiam signatam quae sub certis dimensionibus consideratur. à une . » Cf. ex hoc forte videtursequi quod essentia quae comple- ctitur in se simul et formam sit tantum particularis et non universaHs ex quo sequeretur universalia (2) .

quoique seule la forme soit à sa manière la cause de l'existence et de l'essence. en est la cause et cependant les . Mais étant donné que la matière est principe d'indi- viduation. cap. de cette façon. c'est-à-dire un composé de la matière et de la forme. Cf. D'où il suit nécessairement que l'essence. une application de ce principe à l'âme humaine. qui produit leur suavité et qui. car la matière qui fonde l'individuation n'est pas une matière quelconque. parmi les choses soumises à la génération. » Il suffit donc d'une matière intrinsèquement affectée d'une relation à telle quantité. aliments. Ainsi voyons-nous. mais la matière quantifiée et . que la résultante n'est pas désignée d'après un seul des com- posants mais par un nom qui les comprend tous. II 49 nature des espèces. quantité réelle ? Non. qui vaut à une chose son nom d'être. je dis la matière quantifiée avec des dimensions délimitées. non dicit aggregatum ex materia et quantitate. quand il y a composition de plusieurs principes. enfermant en soi et la forme et la matière. Or quand on définit l'homme en tant qu'homme. selon Cajetan : « Materia signala. cette matière n'entre pas dans la définition . est un certain mélange. par son action dissolvante. Nullement. . n'est pas uniquement la forme ou la matière mais les deux. ne va-t-il pas s'ensuivre que l'essence. puisque ce qu'exprime la définition c'est l'essence. Ce qui se vérifie à propos des saveurs c'est la chaleur. sed materiam capacem hujus quantitatis ita quod non illius. 2. DE L ÊTRE ET DE L ESSENCE. flatteurs au goût. 120. or c'est par son essence qu'une chose est capable de l'acte d'existence. mais au composé lui-même. ne sont pas qualifiés de chauds mais de savoureux ce qui comprend à la fois : la chaleur et l'humidité. écrit-il dans son Commentaire . p. » — La raison tient le même langage. car l'existence d'une substance composée n'appartient pas à la forme toute seule ni à la matière toute seule. sera seule- ment particulière et non universelle ? Par suite les universaux ne pourront être définis. DE L'ÊTRE ET DE L' ESSENCE 4 .

Contre qui ? Contre les Augustiniens platonisants. Leur essence comprend deux éléments la matière : (i) Le nom de Socrate servit d'exemples scolaires à toutes les générations du moyen âge. Sans les nommer. II defiaitione vSocratis. si Socrates (i. Celles-ci se divisent en deux classes d'inégale dignité les substances simples dont la plus parfaite : est Dieuet les substances composées. * Voici la chaîne des idées. mais pour nous. . se faisant leurs difficultés et y répondant. il se trouva en opposition par la pureté de son péripatétisme. Sous ces pages placides se cache une polémique constante. Commentaire Le but de l'auteur dans ce chapitre est de parvenir à une notion exacte et complète de l'essence des êtres composés. Voilà notre champ d'étude délimité ce sont : les substances composées. . sed os et caro absolute quae sunt raateria hominis non signala. êtres composés et encerclés dans le sensible. ses collègues de Paris ou d'Oxford avec lesquels.5o DE ENTE ET ESSENTIA. On trouve souvent la forme abrégée : Sortes. c'est avec eux qu'il discute. dès le début de sa carrière professorale. In definitioQe autem hominis ponitur raaleria non signala non enira in definilione horainis ponitur hoc . Sa méthode consiste moins dans une démonstration directe que dans une série de réponses aux doctrines opposées. c'est à eux qu'il songe. Les simples sont supérieures. os et haec caro. se proposant leurs hypothèses et les écartant. definitionem habe- ret. Ecartons les accidents qui participent de l'être mais ne sont pas pleinement des êtres il nous reste les substances. elles échappent à nos prises directes.

lesquels sont la matière indé- terminée de l'homme. puisque c'est comme théorie explicative de l'homme que le dualisme platonicien avec ses conséquences contradictoires. c'est la matière non quantifiée on ne dit pas. Enfin l'essence est-elle une relation entre la forme et la matière ? Non. Il faudrait l'exclure. Nous voilà par delà Platon lui-même sur la pente du Pythago- risme. L'essence est-elle la matière seule ? Non. sans autre pré- . DE l'Être et de l'essence. et la forme. nous trouvons . Est-ce la forme seule? Pas davantage. dans la définition de Socrate. ii 5i elle entrerait. Mais dans la définition de l'homme. Toutes ces hypothèses ou plutôt cette hypothèse unique aux faces multiples brisent l'unité de la sub- . — Cet argument implique deux choses i'' que saint Thomas et ses adversaires s'ac- : cordent sur une certaine notion de l'essence 2° que. tout à fait à propos. car ni la matière ne détermine l'esprit à connaître ni elle ne spécifie la substance. L — Preuve par l'exclusion de toutes les autres hypothèses. la matière est passive. si Socrate pouvait être défini. se montre le plus net et le plus désastreux. cision. philosophique. certes. certes. L'auteur nous allègue l'homme pour exemple et c'est à l'homme qu'il pense d'un bout à l'autre. La thèse est posée chemin faisant. . parce qu'elle serait alors un accident. en effet. soit un ultra-spiritualisme soit un matérialisme. l'essence dans ce cas serait un accident et n'exprimerait point ce qu'est une chose. ces os et cette chair on dit. car les êtres naturels se confondraient avec les êtres mathématiques dont la réalité n'est qu'un dessin vide. les os et la chair. trois preuves. Et ne croyons pas éviter le péril en disant que la matière entre dans la définition de l'essence à titre d'appendice.

III. III stance. quamvis alius modus designationis sit utro- bique quia designatio individu! respectu speciei est : per materiam determinatam dimensionibus designatio . sicut etiam essentia generis et essentia speciei secundum signatum et non signatum differunt. saint Thomas entend une détermination qui . — Preuve par des autorités qui appartiennent toutes à la tradition péripatéticienne. comme du reste l'indique le mot même d'essence. au contraire. défend l'unité de l'être composé et l'explique par l'action d'une forme unique qui donne à la matière et l'actualité et la spécification. CAPUT TERTIUM Quomodo se habeat essentia ad rationem generis et differentiae ? quod essentia hominis et Socratis non Patet ergo secundum signatum et non signatum (i) differunt nisi : unde Commentator dicit in VIII Metaphys. Haec autem determinatio vel designatio quae est in specie respectu generis non est per aliquid in essentia speciei existens Signatum et non signatum. quod Socrates non aliud est quam animalitas et rationalitas quae sunt quidditas ejus .52 DE lîNTE ET ESSENTIA. Là où l'expérience ne révèle qu'un être. Or l'existence. la même et unique existence appartient au composé c'est . . Une marque distingue et sépare or justement. — Preuve positive par la raison que l'on peut comprendre ainsi : dit saint Thomas Vous convenez. elle en met plusieurs accidentellement assemblés. tiré de esse. à ses interlocuteurs. autem speciei respectu generis est per differentiam constitutivam. vSaint Thomas. par ces mots. Donc le composé est l'essence. mot à mot le Tnarqué &X (i) : lenon-7narqué. II. l'homme qui existe. que l'existence correspond à l'essence. non tel fragment d'homme. quae ex forma rei sequitur.

De même. mais le mode de la détermination n'est pas le même ici et là l'individu. se distingue de l'espèce par . et c'est pourquoi le Commentateur déclare au VIII^ livre de la Métaphy- sique que Socrate n'est pas autre chose qu'animalité et rationalité c'est là sa quiddité. distinguer une idée ou une réalité d'une autre idée ou d'une autre réalité plus générale. plus visible. designabilitas. remplit deux offices : i* elle particularise 2* elle permet de . y compris la forme. : matière — quantifiée mais indéterminément (os et caro)^ — matière quantifiée et affectée d'une limite précise (sub certis dimensionibus) CHAPITRE TROISIEME Quels sont les rapports de Pessence avec le genre et la différence ? {Suite de l'étude de l'essence des Sîij'ets composés*) Il est donc évident que l'essence de l'homme et l'essence de Socrate ne diffèrent que par l'absence ou la présence d'une détermination . semble-t-il. c'est : suivant qu'elles sont ou non déterminées. materia : signala. DE l'Être et de l'essence. designatio. m 53 Arrivé là. que la matière donne lieu à trois concepts distincts matière pure. que l'essence du genre et l'essence de l'espèce se distinguent. en effet. L'essence comprend la matière qui est singulière et singularisante. est singularisée. Cette dernière qualité de signe. puisque savoir c'est connaître l'universel. Saint Thomas répond en distinguant entre la matière commune et la matière singularisée. Donc l'essence elle-même. . par suite encore plus de science métaphysique. . par suite elle échappe aux mailles d'une définition. Le texte indique même. saint Thomas prévoit une difficulté inspirée de sa propre doctrine. a donné les noms signatum.

est in specie est etiara in génère. le lecteur doit toujours maintenir présente à son esprit la division des êtres en dix classes (catégories ou prédicaments) qui correspondent à la fois aux modes réels de l'être et aux modes de la pensée. Cf. Ils sont au nombre de cinq : le genre. Vient en tète la catégorie des substances. déjà faites par Aristote. licet non deiermina- tura. (2) Pour l'intelligence de ce traité. Ici. sicut patet in homine qui naturam sensitivam habet et ulterius intel- lectivam. surtout en morale. potest dici eo modo esse genus quo est pars inte- gralis. la première est celle de la quantité. III quod nullo modo in essentia generis sit imo quiquid . secundum quod est in praedicamento (2) substantiae. précisées par l'Ecole et qui ne furent pas égalées en justesse par les tentatives de Kant et de Renouvier. saint Thomas vise une partie de l'essence elle-même. entendent par l'expression parties intégrales. Similiter etiam et super hanc perfectionem quae est habere talem formam ut in ea possint très (i) Pars integralis : les scolastiques. 54 DE ENTE ET ESSENTIA. ce qui s'ajoute : à une chose déjà constituée et l'élève à une perfection complète. la circonspection est une des parties intégrales de la prudence. le . si I inspiciatur corpus secundum quod ponitur pars ani- malis et secundum quod ponitur genus non enim . ipsae autem très diraensiones designatae sunt corpus quod est in génère quantitatis. non praîdicaretur de eo. ou universaux). Hoc igitur nomen quod est corpus multipliciter accipi potest. l'accident propre et l'accident contingent. la diffé- rence. — Une autre division constamment supposée par le texte est celle des modes d'attribution (catégorèmes. par exemple. Hoc autem quomodo contingat videri potest. dicitur ex eo quod habet talem naturam ut in eo designari possint très diraen- siones . Si enim animal non esset tolum quod est horao sed pars ejus. puis les neuf catégo- ries des accidents . ad ulteriorem perfectionem pertingat. d'après le contexte. l'espèce. corpus enim. prédicables. Ces divisions résultent de très fines analyses. cum nulla pars integralis (i) praedicetur de suo toto. Contingit — autem in rébus ut quod habet unam perfectioncm.

. Trémesaygues et Pacaud. réunis sous lenom ai! Organoit. — Pour Renouvier. C'est pourquoi ce nom de corps désigne parfois une forme apte aux trois dimensions et rien de plus de cette forme ainsi . des concepts purs de l'entendement ou des catégories. est une nature apte aux trois dimensions. Mais — il arrive qu'un sujet. se . Ce nom de corps a donc plusieurs sens un corps. elle. il ne sera pas Traité des catégories d'Aristote. on le verra^ en considérant le corps comme partie de l'animal et en le considé- rant comme genre . il ne pourra se dire de l'homme. par exemple l'homme possède une nature sensitive et y ajoute une nature intellectuelle. on trouvera sa table des catégories et les change- ments qu'il y apporta. et les trois dimensions déterminées forment elles-mêmes un corps qui se range dans la catégorie de la quantité. m 55 sa matière revêtue de dimensions l'essence. le Néo-critisme de Charles Renouvier . en tant : qu'il appartient à la catégorie de la substance. Supposez que le genre animal ne contienne pas tout l'homme. tout ce qui entre dans l'espèce. pourvu d'une certaine perfec- tion. précisée ne découle aucune autre perfection. traduct. justement à la perfection qui consiste dans une forme apte aux trois dimensions peut s'adjoindre une autre perfection. Comment cela se fait. puisque nulle partie intégrante ne se dit de son propre tout. 109. Cette spécification ne se fait pas par un élément tellement propre à l'essence de l'espèce qu'il n'existe aucunement dans l'essence du genre : loin de là. DE l'Être et de l'essence. p. comme la vie ou quelque chose de cette sorte. Didot. mais seulement un de ses éléments.car ce n'est pas sous le même aspect qu'il est genre et partie intégrante. en possède une autre plus élevée. et si quelque nouveau degré d'être survient. distintrue du genre par une différence constitutive qui découle de la forme. le premier des six opuscules. I. p. — La Critique de la raison pure. 77-78 de Janssens. entre aussi dans le genre mais à l'état indéterminé.

ut scilicet ex illa forma nulla ulterius perfectio sequatur. III dimensiones desicrnari (i). sive lapideitas (4). — Potest etiam hoc noraen corpus hoc modo accipi ut significet rem quamdam quae habet talem formam ex qua possint in ea très dimensiones designari. par rapport à la quantité. quando dicebam quod corpus est quod habet talem formam ex qua possunt designari très dimen- siones in eo. Si enim animal nominaret tan- tum rem talem quae habet quamdam perfectionem ut possit sentire et moveri per principium in ipso exi- (i) C'est la matière et non la forme qui s'épanouit en dimen- sions ce qui découle de la forme. c'est la structure et la configuration. quaecumque forma sit illa. sive ex ea possit provenire alia ulterior perfectio sive non et hoc : modo corpus erit genus animalis quia in animali nihil est accipere quod in corpore implicite non conti- neatur. . quia sic anima |f erit praeter id quod significatum est nomine corporis et superveniens ipsi corpori ita quod ex ipsis duobus scilicet ex anima et corpore (3) sicut ex partibus con- stituitur animal. sed si aliquid aliud superaddilur. sit praeter significationem corporis sic dicti : et hoc modo corpus erit mate- J rialis (2) et integralis pars animalis. Potest ergo hoc noraen corpus rem quaradam designare quae habet talem formam ex qua sequilur in ipsa designa- bilitas trium dimensionum cum praecisione. intelligebam quaecumque forma esset illa. — Et etiam talis est animaHs habitudo ad hominem. enferme par suite dans sa signification la matière elle-même et ne doit pas être comprise par opposition avec elle. sive quae- cumque alia forma et sic forma animalis implicite . comme à plusieurs autres endroits du texte. polest alia perfectio adjungi ut vita vel aliquid hujusmodi. et ideo. — Mais ici. la forme est prise comme l'équivalent de telle nature ou de tel degré de perfection elle . Non enim anima est alia ab illa forma per quam in re illa poterant designari très dimensiones . 56 DE ENTE ET ESSENTIA. in corpore sive in corporis forma continetur prout corpus est genus ejus. . sive anima esset.

quand je disais le : corps est un sujet pourvu d'une forme apte aux trois dimensions. sivement une chose capable de sentir et de se mouvoir par un principe intérieur. C'est une façon abstraite de dénommer les choses elles-mêmes et il n'y a là aucun dessous mystérieux. capable ou non d'engendrer une autre perfection. — Partie intégrale : une partie distincte des autres parties auxquelles elle se joint pour former le tout. Dans ce sens. n'abuse point de ces barba- rismes étranges et surtout ne prétend pas y trouver une expli- cation des choses. la clarté. n'est pas autre chose que cette forme généra- trice des trois dimensions. m 67 désigné par le mot : corps. Ainsi entendu. l'acidité pour exprimer la nature du solide. . que je sache. j'entendais n'importe quelle forme. elle s'y ajoute et c'est par leur union à tous les deux. page 54). la forme de l'animal est implicitement incluse dans le corps ou dans la forme du corps. Aussi. DE l'Être et de l'essence. Saint Thomas. lapidéité ou autre forme quelconque et par là même . effet. âme. note 3 de la page 6i. du clair. quelle que soit cette forme. d'une manière analogue. (4) Lapidéité désigne la nature de la pierre. On dit. le corps est une partie matérielle et intégrante de l'animal l'âme. ce nom de corps désigne un sujet muni d'une forme apte aux trois dimensions. puisque dans l'animal il n'y a rien qui ne soit implicitement contenu dans le corps l'âme. que se constitue l'animal. comme on pourrait dire la stelléité pour exprimer la nature des étoiles. . dans le cas. (Cf. en tant que celui-ci est son genre. en français ces sortes de noms ne se forment que sur les adjec- tifs. en . — D'autres fois. (3) Cf. âme et corps. la solidité. se trouve en dehors de ce qu'il exprime. en effet. — Tel est aussi le rapport entre ani- mal et homme que le terme animal dénomme exclu- . le corps est le genre de l'animal. par l'âme sensitive. de l'acide mais . voilà que toute autre perfec- (2) Voici dans cette phrase le sens exact des mots partie : matérielle signifie élément déterminable et perfectible par la vertu d'un autre élément. note précé- dente.

est une puissance. Differentia vero e converso est sicut quaedam determinatio a forma determinata sumpta. quae quidem perfectio est. sed diversi- mode quia genus significat totum ut quaedam deno- : minatio determinans id quod est materiale in re sine determinatione propriae formae unde genus sumitur . prseter hoc quod de intellectu primo sit materia determinata. et notamment en logique. ut patet cura dicitur animatum scilicet illudquod habet animam. (3) La forme sont deux éléments réels. la phrase en est un peu modifiée.. Sed est genus secundum quod significat rem quamdam ex cujus forma potest provenire sensus et motus. Sic (i) igitur genus significatindeterminaleidlotura quod est in specie (non enim significat tantum mate- riam) similiter etiam differentia significat id totura . lune quae- cumque alla perfectio superveniret. matière. unis la . quaecumque sit illa forma. haberet se ad animal per modum partis et non sicut implicite contenta in ratione animalis et animal non essel genus. des analogies avec cette .. quamvis non sit materia. sive sit anima sen- sibilis tantum sive sit anima sensibilis et rationalis simul. definitio significat totum et etiam species. la forme déterminante est un acte. Unde patet quod corpus dicitur ex hoc quod (2) habet talem perfe- ctionem ut possint in eo designari très dimensiones . (2) D'autres textes portent dicihir ex hoc qziod habet. utrum corpus vel aliquid aliud.58 DE ENTE ET ESSENTIA. III stens cura priecisione alterius perfectionis. non determinatur quid sit. a materia. réelle- 'matière et \-2i ment intimement dans les êtres corporels distincts. quod est in specie et non tantum formam et etiam . par elle-même indéterminée. mais non le sens. et le : sens alors serait celui-ci Il résulte avec évidence qzte le genre : est qualifié corps parce que. Les scolastiques ont découvert presque partout. Unde dicit Avicenna quod genus non est in differentia sicut pars (i) On trouve dans quelques textes ^/ au lieu de «V. ut materialis (3) se habens ad ulteriorem perfectionem.

C'est pourquoi Avi- cenne déclare que le genre se trouve dans la différence. notion d'animal et ce dernier cesse d'être un crenre. . si ce n'est comme le sujet se dit de la qualité. se comporte comme une matière par rapport à une plus haute perfection. Le genre exprime donc à l'état indéterminé tout le contenu de l'espèce et non pas la matière seule de . La différence. âme sensi- tive seulement ou âme à la fois sensitive et raisonnable. m 69 tion qui survient constitue une partie nouvelle de l'être elle n'est pas implicitement contenue dans la . sans indiquer s'il est un corps ou autre chose. est une détermination tirée de la forme et telle qu'elle exclut du premier plan de la pensée toute matière précise . même exprime tout le contenu de l'espèce la différence et non pas la forme seule il faut en dire autant de la . le genre ne se dit pas de la différence. DE l'Être et de l'essence. En revanche. dès qu'il est une chose dont la forme produit la sensibilité et le mouvement. ainsi que leurs dérivés. diversifie. deux mots matière et forme. au IIP livre de l'Ame et au IV^ des Topiques. Mais il en joue le rôle. d'après Aristote. quoiqu'il ne lui soit pas identique. par exemple quand on dit ce qui est animé. non pas comme une partie de sa quiddité mais comme un être qui lui reste extérieur ainsi se trouve le sujet : des qualités dans l'idée des qualités. se sont répandus dans toutes les provinces intellectuelles. à savoir une matière déterminée que désigne le nom générique et une forme composition hylémorphique des corps et c'est pourquoi les . : on désigne un sujet pourvu d'une âme. la définition ou l'espèce comprennent les deux éléments de l'essence. Par suite. sans plus de précision et quelle que soit cette forme. partis de : la cosmologie comme de leur pays natal. Le genre en effet exprime toute la chose mais en précisant ce qui y remplit l'office de la matière et sans préciser la forme aussi est-il tiré de la matière. qui est un sujet susceptible des trois dimensions. définition et de l'espèce mais le mode d'expression se . à l'inverse. par exemple un corps. . à proprement parler.

III essentiae ejus. Ex corpore enim et anima dicitur esse homo sicut ex duabus rébus quadam tertia res constituta quae neutra illarum est homo enim nec est . ou de la troisième espèce des qualités. la substance (ou le sujet) n'entre pas dans l'essence de l'accident comme une partie. en tant qu'elle est un accident. Sed si homo aliquo modo ex animali et rationali dicatur esse. non erit sicut res tertia ex duabus rébus sed sicut intellectus tertius ex duobus intellectibus intellectus enim animalis est sine . parce qu'elle porte sur la passion. Au sujet de la tournure dubitative. sed solum sicut ens extra quidditatem sive essentiam . Une couleur n'existe pas seule . Unde dicimus hominem esse animal rationale et non [^/Cx animali et rationali. nisi forte sicut subjectum praedicatur de passione (i). quia neque genus est materia sed sumitur a materia ut significans totum. quamvis non sint idem cum illis. » (2) La première triade correspond terme pour terme à la seconde. anima neque corpus (3). diffe- . Cajétan remarque : « Quod dicit Forte. per se loquendo. c'est un sujet coloré. sicut etiam subjectum est deintellectu passionum et ideo genus non praedicatur de differentia . determinatione formae specialis naturam exprimens (i) Qu'il s'agisse de la catégorie de la passion. Et ex hoc patet ratio quare genus et species (2. mais elle est supposée par elle. scilicet determinatam materiam quam désignât nomen generis et determinatam formam quam désignât nomen differentiae. sauf une interversion. ut dicit Aristoteles in III De Anima et IV Topic. poni. formam et compositum in natura. Il devrait y avoir genus. sub dubia verborum forma. consuevit enim apud ipsum res non decisa. En effet. et differentia se habeant proportionaliter ad materiam. non dubitantis est sed non determinantis : . la remarque reste vraie. sicut dicimus eum esse ex anima et corpore. nec differentia est forma sed sumitur a forma ut significans totum. vSed definitio sive species comprehendit utrumque. 60 DE ENTE ET ESSENTIA. ce qui existe.

cette réponse est-elle décisive ? En réalité. Cajetan allègue une distinction logique. rence n'est pas davantage la forme. On voit dès lors pourquoi le genre. et comment peut-on déclarer que l'homme est un troisième être distinct du corps et de l'âme. distincte de ses deux composants. m 6i déterminée que désigne le nom de la différence. quoique ne leur étant pas identiques . Saint Thomas. n'était peut-être pas arrivé à une précision parfaite sur toutes les conséquences qu'implique l'union substantielle de l'âme et du corps. et par suite il ne justifie pas la distinction réelle supposée par le texte. d'animal. mais une façon. l'espèce et la différence correspondent à la matière. — Si fine qu'elle soit. jeune encore. empruntée à la matière. la corporéité elle-même vient de l'âme. du corps et de l'âme comme une troisième chose. suivant la doctrine certaine de saint Thomas. Mais si on déclaie de quelque façon que l'homme est fait d'animalité et de rationalité. en effet. (3) Puisque. de signifier le tout. cunt fundamento in re. En consé- quence. nous disons que l'homme est un animal raisonnable et non qu'il est fait d'un animal et d'un raisonnable comme nous le disons composé d'une âme et d'un corps. empruntée à la forme. DE l'Être et de l'essence. . comment peut-on opposer l'âme et le corps comme deux choses distinctes. puisque le pendant de ce dernier mot est compositum. . il n'est plus une troisième chose résultant de deux autres mais une troisième idée résultant des deux autres idées l'idée . de signifier le tout la diffé. comme de deux autres êtres ? Cajetan a senti la difficulté et voici sa réponse. le genre n'est point la matière. à la forme et au composé réels. mais rien de plus. l'homme n'étant ni l'âme ni le corps. A'>ne dans le cas signifie très précisément perfection vitale —et corps très précisément corporéité. Hasardons une autre explication. Nous aurions ici une trace des idées et des expressions platoniciennes que le Cartésianisme. en les renouvelant. mais une façon. Il résulte. c'est-à-dire une substance douée de diffusion spatiale. exprime la nature de la chose sans rentia et species. nous a rendues si coutumières. en effet.

quod materia ^/ prima una per remotionem omnium formarum. unde pluralitatem et numerum . Et ideo. et la matière est plus que le néant. Elle ne peut exister ainsi. Quamvis autem genus significet totam essentiam non tamen oportet ut diversarum specierum speciei. — A la vérité. Intellectus aiitem hujusdifferenlix* rationalis. Mais. sit una essentia. On conçoit bien le néant. mam. mais on peut la concevoir par voie négative. ex quibus duobus intellectibusconstituitur intellectus speciei vel definitionis. remota illa indeterminatione quae erat causa unitatis generis. tamen non determinate hanc vel illam quam determinate differentia exprimit. considérée abstraction faite de ce qu'elle reçoit. : lum distinctivum includit in se. Voici à ce propos quelques très heureuses formules de Cajetan « Nul. : consistitin determinalione formac specialis. sicut forma déterminât materiam quae est una numéro (i) sed quia genus signiflcat quamdam for- . . II Metaphys. dicitur sed genus dicitur unum per communitatem formae signatae unde patet quod per additionem differentiae . elle est un pre- mier commencement de réalité. cui superveniat res alia quae sit differentia determinans ipsum. 02 DE ENTE ET ESSENTIA. toute seule. tière de ce tilleul n'est pas numériquement identique à la matière de cet autre tilleul. rémanent species diversae per essentiam. quae non est alia quam illa quae indeterminate significabatur per genus. la matière quand elle est informée se distingue réellement selon les sujets la ma. sicut res constituta ex aliquibus non recipit praedicationera earum rerum ex quibus constituitur. avant n'importe quelle information. (i) Saint Thomas parle de la matière première. non autem ita quod id quod significatur per genus sit una natura numéro in diversis speciebus. quarum est idem genus.. elle est une capacité pure où ne se discerne aucune distinction ni qualitative ni même numérique. III rei ex eo quod est raateriale respectu ullimac perfe- ctionis. ita nec intellectus recipit praedicationem eorum intellectuum ex quibus constituitur non enim : dicimus quod definitio sit genus vel differentia. Et ideo dicit Commentator. quia unitas generis ex ipsa indeterminatione vel indifferentia pro- cedit.

habere queat. par exemple. — Ab omni denudata est actu cujus est dîstin- guere. que la définition soit le genre ou la différence. nous ne disons pas. . dès que la différence a levé l'indé- termination qui produisait l'unité du genre. Quoique le genre désigne toute l'essence de l'espèce. car la matière qui existe réellement est. comme la matière numériquement unique est diversifiée parforme il exprime. Et c'est pourquoi le Commentateur. ici déterminée et là indéterminée. il ne s'ensuit pas que les diverses espèces d'un même genre n'aient qu'une seule et même essence. si je puis dire. Le genre n'exprime pas une nature numérique- ment identique dans les diverses espèces et qui se spécifierait par l'addition d'une autre chose en qualité de différence. le premier. Et de même que l'on ne donne pas pour attribut à une chose composée l'un de ses composants. » Saint Thomas. Ce serait commettre un contre-sens que d'y subodorer un parfum même très atténué de monisme. ainsi une idée ne se dit pas d'une notion complexe où elle entre comme partie . c'est la même. car l'unité du orenre vientde son indétermination ou de son indiffé- rence. fractionnée et divisée entre des sujets numériquement distincts et incom- municables. sans la . DE l'Être et de l'essence. une certaine forme que la différence exprime aussi en la précisant et dans les deux cas. ces deux concepts de genre et de différence constituent l'idée d'espèce ou la définition. enseigne que l'unité de la matière pre- mière est due à l'exclusion de toutes les formes et l'unité du genre à la communauté de la forme qu'il exprime. m 63 déterminer une forme spéciale. il reste des espèces essentiellement diverses. au IP livre de la Métaphysique. L'idée de cette note différentielle raisonnable : consiste dans la détermination d'une forme spéciale . la préciser. a introduit dans l'Ecole cette notion rigoureusement péripatéticienne de la matière tout à fait passive. par suite. puisqu'il joue le rôle de matière par rapport à la dernière perfection de la chose. .

64 DE ENTE ET ESSENTIA, III

Et quia, ut dictum est, natura species est indeter-
minata respectu individu!, sicut natura generis respectu
speciei inde est quod, sicut id quod est genus prout
;

praedicatur de specie iraplicat in sua significatione,
quamvis indistincte, totum id quod determinate est in
specie ita quod est species, secundum quod praedi-
:

catur de individuo, oportet quod significet totum
quod essentialiter est in individuo licet indistincte et
4oc modo essentia speciei significatur nomine hominis

;

unde homo de Socrate praedicatur. Si autem signi-
ficatur natura speciei unura praecisione raateriae
signatae quae est principium individuationis, sic se
habebit per modum partis et hoc modo significat ;

nomen humanitatis, humanitas enim significat idunde
homo est homo. Materia autem signata non est illud
unde homo est homo et ita nuUo modo continetur
inter illa ex quibus homo habet quod sit homo (i).
Cum igitur humanitas in suo intellectu includat tantum
ea ex quibus homo habet quod sit homo, patet quod
a significatione ejus excluditur vel praeciditur (2)
materia determinata vel signata, et quia pars non
praedicatur de toto, inde est quod humanitas nec de
homine nec de Socrate praedicatur unde dicit Avi- :

cenna quod quidditas compositi non est ipsum com-
positum cujus est quidditas, quamvis ipsa quidditas

(i) Pour la seconde fois le difficile problème de l'individuation
est touché au passage. Cf. p. 48-49, 64, 96, 117, 120. Voici en
bref la doctrine de saint Thomas. —
S'agit-il des êtres corporels,
la matière quantitative, par sa nature même, occupe une place
distincte et, de plus, subissant une multitude d'influences
;

(hérédité, milieu...), elle résiste à l'action de la forme spéci-
fique de là les particularités de structure et de physionomie.
:

Chaque individu est un compromis entre l'extrême variété où
tend la matière quantifiée, et l'exacte uniformité où tendent
les formes de la même espèce. Ainsi la matière individualise
parce que, par son prolongement quantitatif, il se trouve qu'elle
divise et diversifie. —
S'agit-il des êtres incorporels, de toute
nécessité, l'individuation ne vient que de la forme elle-même.
Or les formes ne diffèrent que par le degré de perfection.

DE l'Être et de l'essence, m 65

Nous l'avons dit, la nature spécifique est indéter-
minée relativement à l'individu, comme la nature
générique relativement à l'espèce et par conséquent,
;

de même que le genre, en tant qu'il se dit de l'espèce,
implique, quoiqu'indistinctement, tout ce qui est dis-
tinct dans l'espèce, ainsi l'espèce, en tant qu'elle se
dit de l'individu, exprime, quoiqu'indistinctement,
tout ce qui est dans l'essence de l'individu c'est en ;

ce sens que l'essence de l'espèce s'exprime par le mot
homme et que homme se dit de Socrate.
: Qu'on —
désigne, au contraire, la nature spécifique avec une
précision qui exclut la matière déterminée d'où pro-
cède l'individuation, elle se comportera comme une
partie; et tel est le sens du mot humanité. L'huma-
:

nité, en effet, signifie ce par quoi l'homme est homme.
La matière déterminée ne signifie pas, elle, ce par quoi
l'homme est homme et, par là même, elle n'entre nulle-
ment au nombre des éléments par lesquels l'homme
est homme. Puisque donc l'humanité renferme dans
son concept cela seul par quoi l'homme est l'homme
manifestement elle exclut ou laisse de côté la matière
déterminée ou sensible et, comme la partie ne se dit
pas de son tout, l'humanité ne se dit ni de l'homme,
ni de Socrate. Aussi Avicenne dit-il que la quiddité
du composé n'est pas le composé lui-même, quoique
la quiddité elle aussi soit composée par exemple l'hu-
;

Impossible donc qu'il existe, dans le monde des formes pures,
des êtres essentiellement égaux. Chaque degré de perfection
constitue une espèce et chaque espèce est épuisée par un indi-
vidu unique, qui la réalise entièrement. —
Dieu, enfin, est
individualisé par sa perfection même, qui le sépare de tous
les autres êtres :est a se, sunt ab alio et qui le fait unique,
;

parce que la perfection infinie n'est pas multipliable.
(2) L'intellect agent abstrait, c'est-à-dire découpe, ce qui est
uni dans la réalité ; et c'est son opération propre. Il sépare, il
choisit, mais en triant il peut repousser expressément ce qu'il
laisse— ou simplement ne pas le prendre, le négliger, n'y pas
porter l'attention voilà la nuance qui distingue l'abstraction
;

exclusive de l'abstraction précisive.

DE l'êtrb et de l'essence 5

66 DE ENTB ET ESSENTIA, III

sitcoraposita, sicut humanitas licet sit composita non
tamen est homo; irao oportet, quod sit receptà in
aliquo quod est materia signata.
Sed quia, ut dictum est, designatio speciei respectu
generis est per formas, designatio autem individui
respectu speciei est per materiam, ideo oportet ut
noraen significans id unde natura generis suraitur,
cura praecisione forraae determinatae perficientis spe-
ciem, significet partem materialem tolius, sicut corpus
est pars materialis hominis. Nomen autem significans
id unde suraitur natura speciei cura praecisione materise
designatae significat partem forraalera et ideo huraa-
;

nitas significatur ut forma quaedam. Et dicitur quod
est forraa totius, non quidem quasi superaddita par-
tibus essentialibus raateriae et forraae sicut forma (i)
domus superadditur partibus integralibus ejus, sed
magis est forma quae est totura, scilicet formam cora-
plectens et materiara, cura praecisione tamen eorum
per quae materia est nata designari.
Sic ergo patet quod essentia hominis significatur hoc
nomine homo et hoc nomine huraanitas, sed diver-
: :

simode, ut dictum est quia hoc nomen homo signi-
: :

ficat eam ut totum, inquantum scilicet non praetendit
designationem raateriae sed implicite continet eam et
indistincte, sicut dictum est quod genus continet
differentiam, et ideo praedicatur hoc noraen homo, de :

^ individuis sed hoc nomen humanitas, significat eam
; :

'
ut partem nec continet in sua significatione nisi id
quod est hominis inquantum homo et praecidit (2)
oranera designationem raateriae, unde de individuis
hominis (3) non praedicaretur. Et propter hoc quan-

(i) Forma, domzis, c'est la distribution des matériaux, pro-
duisant l'aménagement intérieur des salles et l'apparence
extérieure. Elle procède du plan (cause exemplaire) conçu par
l'architecte. On l'appelle ainsi par analogie avec la forme pro-
prement dite qui est, en chaque chose, un principe d'organi-
sation.
(2) Plusieurs éditions ont prcescindit, qui ne change en rien
le sens.

non pas qu'il : mette en relief la détermination de la matière. se dit des individus. à savoir. dans une matière déterminée. Et pourquoi dit-on qu'elle est la forme du tout ? Non pas parce qu'elle serait sura- joutée aux parties essentielles. il s'ensuit nécessairement que le nom par lequel s'ex- prime le principe de la nature générique. la désigne comme une partie. mais plutôt parce qu'elle résume le tout. : . Mais : ce mot humanité. mais diversement. la détermination de l'espèce rela- tivement au genre se fait par les formes et celle de l'individu relativement à l'espèce par la matière. mais il la contient indéterminément et indistinctement. désigne la partie matérielle du tout. ne" : renferme rien d'autre que les éléments de l'homme en tant qu'homme et omet toute désignation de la (3) Hominis est un peu insolite. le A nom par lequel s'exprime le principe de la nature spécifique. abstraction faite de la forme déterminée qui achève l'espèce. comme la forme d'une maison se surajoute à ses parties intégrantes. Ainsi donc c'est évident l'essence de l'homme : s'exprime par ce mot homme. désigne la partie formelle. et par ce mot huma- : : nité. et il faut comprendre comme y avait s'il : hominibus — ou (ce qui revient au même) humants ou — encore gêner is humant (homme en général). la désigne comme un tout. DE l'Être et de l'essence. de Il s'agit des Individus l'espèce humaine. comme le corps est la partie matérielle de l'homme. à la matière et à la forme. m 67 manité. n'est pas l'homme . comme nous l'avons dit. Le mot homme. c'est ainsi que l'humanité remplit l'office d'une forme. abstraction faite de la matière déterminée. l'inverse. Comme il a été dit. par la liaison naturelle des choses. renfermant en elle et la matière et la forme. quoique notion complexe. particularisent et mani- festent la matière. comme on a signalé que le genre contient la différence et c'est pourquoi le mot homme. abstraction faite cependant des éléments qui. bien plus il faut qu'elle soit reçue dans un sujet.

incapable d'exister seule. espèce.68 DE ENTE ET ESSENTIA. indéterminée. 1° Il y a l'être réel avec ses parties réelles. . * * La question agitée est encore celle de l'unité de l'être composé. L'Aqui- nate n'en traite pas ici ex professo mais le suppose et y fait allusion. le langage humain est pauvre. Les expressions varient peu parce que. unissent entre eux ses éléments constitutifs ? Distinguons deux ordres différents. La substance corporelle. individu. genre. les convertit presque en objets d'observation exté- rieure. le texte ! prend l'air d'une logomachie. aux profondeurs où pénètre la pensée. forme. au delà des mots on découvre une doctrine profonde et nette. c'est que nous saisis- sons les choses par nos actes intellectuels et que ceux-ci s'étudient plus commodément dans l'expres- sion qui. sans doute. sicut dicimus quod essentia Socratis non est Socrates. et si l'auteur a plutôt l'air d'un grammairien ou d'un lexicographe que d'un philosophe préoccupé du réel. différence. leur donnant une forme sensible et les fixant. en elle-même. III doque hoc nomen essentia invenitur praedicatum de : re (dicilur enim Socrates essentia quaedara) et quando- que negatur. fondues ensemble et cependant réel- lement distinctes la matière première qui est une : puissance nue. parcourent pour la première fois ce chapitre sans être étonnés. Mais si l'on y réfléchit. Quels étranges chasses-croisés D'un bout à l'autre. réel ou idéal quelles relations intérieures . tantôt constituer des truismes incolores. Une demi-douzaine de mots. matière. Commentaire Bien peu de lecteurs. reparaissent à tous les détours des phrases et semblent tantôt n'avoir aucun sens. se compose de deux parties.

Pour cette raison. m 69 matière. lepremier degré au-dessus du néant et la — forme. 2° Il y a l'être réel. par exemple dans l'idée complète d'animal ou dans l'idée complète d'homme . l'espèce et : le l'individu. parce qu'il : se borne à l'essence principale suivant l'explication donnée aux premières lignes du chapitre II. principe de la diversité qualitative et même. qui est un acte déterminé et déterminant. un être . tout ce qu'il y a de plus imparfait dans l'ordre des réalités. Saint Thomas signale cela presque en passant et . par suite il ne pourrait se dire des individus. en un sens. il est indispen- sable de distinguer deux cas. genre ni différence. la différence. chacun d'entre eux par rapport aux autres se comporte comme une partie distincte et. de la multiplicité numérique. Alors ces diffé- rents concepts ne se compénètrent pas ils se juxta. Les idées principales que produit dans notre intel- ligence une substance composée se rangent sous les titres suivants genre. Saint Thomas omet le propre et le contin- gent. tantôt il est nié ainsi nous . exactement. disons que l'essence de Socrate n'est pas Socrate. en tant qu'il se reflète dans l'esprit au moyen de plusieurs concepts et c'est . philosophique. Exemples par corps on : entendra seulement une substance douée de dimen- sions — par animal. : posent. ayant un principe de vie — par raisonnable. i^ Supposez qu'on donne aux termes des significa- tions précises et exclusives. sous cet aspect précis. un être ayant le pouvoir de connaître. DE l'Être et de l'essence. celui-ci que saint Thomas examine tout au long. ni plus ni moins. autrement dit tous les accidents. ils ne sont ni . tantôt le nom d'essence est mis comme attribut d'un être (on dit par exemple que Socrate est une essence). . Quels sont les rapports entre ces multiples vues prises sur le même objet? Là encore.

à part une réserve. Cette comparaison n'illustrait aucunement obscurum per obscurius. Et c'est l'idée neuve et centrale du chapitre. différence. en tant que tel. L'individu. Voici la preuve du contraire. exprime l'essence et par là coïncide avec l'espèce. le même et total objet saisi par des anses diverses. c'est manifeste.70 DE ENTE ET ESSENTIA. Ainsi genre. mais peut-être la chose paraît-elle moins claire pour le genre et la différence . Que l'espèce et que l'individualité expriment l'es- sence entière. comme quelques modernes seraient inclinés à la croire. III pour mettre en relief le fond de sa doctrine sur le genre. enfin. mais différemment. individu désignent la même et indivise réalité. de même. la différence en tant que différence expriment l'essence entière il en va . Saint Thomas essaie de répandre sur cette théorie un surcroît de clarté. Mais la différence met en relief ce qui détermine l'être et le réduit à prendre rang dans telle espèce. par un partage égal de la lumière sur les deux aspects générique et différentiel. 2^ Le genre en tant que genre. elle exprime l'essence elle-même. bien entendu. . en comparant le genre à la matière. nous sommes assez portés à les concevoir comme des morceaux de l'être. espèce et même. tandis que le genre met en relief un élément moins particularisé et commun à différentes espèces. au com- plet. telle que saint Tho- mas l'allègue jusqu'à trois fois dans ce chapitre. parce qu'il est déterminé par la différence — la différence à la forme parce qu'elle détermine le genre —et enfin l'espèce au composé hylémorphique lui-même. l'espèce ou la différence. la différence mais il y ajoute la distinction numérique par rapport aux autres indi- vidus de l'espèce. le genre. Quant à l'espèce. de l'espèce et de l'individua- lité. car nulle doctrine n'était plus familière au public de saint Thomas que l'explication des corps par la matière et la forme.

des unde. p. 161. Cf. s'entend. avec quelle rigueur saint Thomas s'applique à découvrir les rapports de nos concepts avec les choses. pour nous. comme le montre la multi- plicité des palel. toutefois. — L'homme est raisonnable (différence). que seul l'être singulier est réel et que. des er£-o. On voit aussi. la différence et l'individu. et attribut au tout. Voici donc de quelle manière l'essence se retrouve dans le genre. en projetant un rayon de vive lumière sur un point et en laissant régner une pénombre sur le reste. les ingé- nieuses remarques du P. nage dans l'évidence la plus limpide. DE l'Être et de l'essence. ne correspondent-ils parfois dans l'esprit de saint Thomas qu'à de simples convenances et à des probabilités. m 71 On ne peut affirmer avec exactitude l'identité entre par suite donner la partie comme la partie et le tout. du premier mot au dernier. si l'intuition intellectuelle du singulier et par suite des êtres tels qu'ils sont nous est présentement impossible. p. (i) Peut-être. peut-être autant qu'un Roger Bacon. ou par raisonnable et par auïma/ nous entendons confusément tout l'homme. ces mots qui paraissaient exprimer une si parfaite certitude ou une si rigoureuse connexion logique. à dire vrai. 16p. Or nous disons L'homme (essence) est un animal : (genre) . p. . Ce sont de subtiles et difficiles nuances. Ou ces jugements sont faux. les efforts multipliés de notre esprit doivent tendre et tendent d'instinct à la suppléer. 13^. car saint Thomas. par ce chapitre. des oportet (i). Usait. Rousselot dans son Intellectualisme de saint Thomas.

aspect. Nous nous sommes permis de mettre un titre répondant à l'idée principale. c'est-à-dire la raison ou la faculté d'aller d'une idée à une autre. définition. 52-53. Seul. un des termes le plus souvent et le plus diversement usités dans l'Ecole. speciei et differentiae. Quia autem cui convenit ratio generis. differentiaeconveniatessenti3e(3). signifiant d'abord compte et coordination de plusieurs choses. — Le premier alinéa de ce chapitre : viso qzcid serait mieux à sa place en tête du cha- pitre III. — Similiter etiam non potest dici quod ratiogeneris. IV CAPUT QUARTUM Sub quonam respecta essentia seu natura sit species (i)? Viso quid signifîcetur nomine essentiae in substantiis compositis. le contexte . : motif. speciei et differentiae praedicatur de hoc singulari signato. puis. De là ratio. p. impossibile est quod ratio generis vel speciei vel differentiae conveniat esseniiae secundum quod per modum partis significatur ut nomine humanitatis vel animalitatis.72 DE ENTE ET ESSENTIA. plan. d'ailleurs. manière d'être. ut Platonici ponebant (4). quia sic genus et (i) L'édition Vives porte per quem modum sit essentia : in substantiis separatis? qui n'a pas de rapport avec le sujet traité dans ce chapitre. Voici une tentative pour établir l'arbre généalogique de ses significations : La première souche est reor qui signifie calctiler et par extension penser ou tenir pour vrai. secundum quod est quaedam res existens extra singu- laria. Ne se serait-il pas introduit quelque désordre dans le texte ? (2) Le mot : ratio revient sans cesse dans ce chapitre et non sans présenter des sens différents. essence. Et ideo dicit Avicenna quod ralionalitas non est differentia sed differentiae principiura. exemplaire. et eadem ratione humanitas non est species nec anima- litas genus. et enfin tout ce que la raison fait ou connaît idée. videndurn est quomodo se habeat ad rationem(2) generis. C'est. l'instrument qui sert à compter ou à coordonner. speciei.

iv yS CHAPITRE QUATRIÈME A quel point de vue Pessence ou la nature est-elle une espèce ? Après avoir vu la signification du mot essence. qui a passé dans le domaine des idées communes. difi^érentialité. : Au moyen âge. d'espèce et de différence. exemplaires dont les êtres terrestres dérivent comme d'imparfaites copies. ce Platonisme alimenta deux grandes doctrines : le réalisme complet qui est une erreur — et l'exemplarisme divin qui est une vérité. de l'espèce de la différence et si le français le supportait. note 2. — Le genre. l'espèce ou la différence coïncident avec l'essence. et pour la même raison riiQmanité n'est point l'espèce ni l'animalité le genre. Cf. quand elle est exprimée à la manière d'une partie comme le font les mots d'humanité et d'animalité. etc. il est impossible que le genre. Lâchât. il faut voir les rapports de l'essence avec les notions de genre. l'espèce^ la différence ne coïncident pas non plus avec l'essence. la rationalité n'est point la différence mais seulement le principe de la différence. réalités (res) indépendantes de tout esprit. d'espèce et de différence s'attribue à tel être singulier. dans : les substances composées. p. (4) Saint Thomas signale ici au passage une théorie très célèbre. c'est du Platon filtré par saint Augustin. duire : généricité. d'après Avicenne. Aussi. Puisque la réalité qui correspond à l'idée de genre. en tant qu'elle est une cer- taine chose qui existe en dehors des êtres singuliers suivant la doctrine platonicienne. Cette dernière doctrine. (3) Certains textes ont esse qui nous a paru une faute. car ni le genre ni précise le sens selon les cas. celle des Idées. tonte 1. DE l'Être et de l'essence. il faudrait tra- . Ici ratio generis. . C'est le fond même du Platonisme et sur aucun point Platon ne fut contredit avec plus de constance par Aristote qui répète à satiété seul le singulier existe réellement. signifie l'essence du genre. Somme théologique de saint Thomas d^Aquin. 4.. spécificité.

tione hujus singularis signati. neutrum concedendum est.74 DE ENTE ET ESSENTIA. Uno modo. tune esset una et eadem natura Socratis et Platonis nec posset in pluribus plurificari. cum taraen nunquam una sit secundum quod est in Socrate. Si enim pluralitas esset de ratione ejus. quia utrumque est extra intellectum humanitatis et utrum- que potest sibi accidere (3). Et hoc modo verum de ea dicere nisi quod conveniat sibi nihil est secundum quod hujusmodi unde quiquid aliorum sibi . Et sic de ipsa prsedicatur aliquid per accidens ratione ejus in quo est. sicut dicitur quod homo est albus quia Socrates est albus. quamvis homini non conveniat in eo quod est homo. gr. IV species non praedicarentur de hoc individuo non . homini. et hoc est absoluta consideratio ejus. du reste. Haec autem natura habet duplex çlss^^ unum in singu- (i) In ne se lit pas dans tous les textes . Similiter si unitas esset de intellectu et de ratione ejus. enira potest dici quod Socrates sit hoc quod ab eo separatura est nec separatum illud proficit in cogni- — . convenit rationale et animal et alia quae in ejus definitionem cadunt album vero vel . posset esse una. falsa est attributio : v. Natura autem vel essentia sic accepta potest dupli- citer considerari (2). attribuitur. il semble. prout implicite et indistincte continet totum hoc quod in individuo est. Et ideo relinquitur quod ratio generis vel speciei vel differentiae conve- niat essentise secundum quod significat per modum totius ut in (i) nomine hominis vel animalis. nigrum vel quodcumque hujusmodi quod non est de ratione humanitatis non convenit homini in eo quod est homo. . secundum naturametrationempropriam. une surcharge. in eo quod est homo. Alio modo consideratur secundum quod habet esse in hoc vel in illo. — Ideo si quaeratur utrum ista natura possit dici una vel plures.

idée de juxtaposition. arriver). la Scolastique. subdivisant. si ce n'est ses éléments constitutifs quand on lui impose . en abuse. en effet. donner les qualificatifs de raisonnable. Rien ne lui sera attribué avec vérité. demande-t-on si cette nature est une ou multiple. ou de différence coïncide avec l'essence en tant que celle-ci désigne l'être tout entier. . dès le temps de sa splendeur. il se livre à son intempérante virtuosité. elle avait penché. ou d'espèce. — Il reste donc que l'idée de genre. le sens est assez complexe : se réaliser en qualité d'accident contingent. dans son Commentaire. contre-subdivisant à perte de vue. A son déclin. outrant ce qui en principe est une qualité. on ne le peut. dans ses élé- ments propres. DE l'Être et de l'essence^ iv yS l'espèce ne s'affirmeraient des individus. se prête à deux points de vue. cette chose séparée n'instruit pas sur les individus concrets. Quant à dire de lui qu'il est blanc ou noir ou quelque autre chose étrangère aux éléments essentiels de l'humanité. elles font en revanche la clarté et la précision. tomba du côté où. accable l'attention et l'embrouille. On ne peut dire. Déjà l'excès des divisions pointe dans les Commentaires de saint Thomassur Aristote. parce que les deux sont en dehors du concept de l'humanité et peuvent se (2) Voilà un tout petit exemple des divisions habituelles dans l'Ecole . il ne faut accorder ni l'un ni l'autre. Cajetan. Sous prétexte d'être net. quelque attribut emprunté à d'autres sujets. et cadere. — C'est pourquoi. que Socrate soit ce qui est séparé de lui . comme le font les mots d'homme ou d'animal . c'est à faux ainsi. peu artistiques. ainsi comprise. alors à l'état implicite et indistinct elle contient tout ce qui se trouve dans l'individu. (3) Accidere {ad. à l'homme en tant qu'homme. car ces choses-là n'appartiennent pas à l'homme en tant qu'homme. divisant. Considérons-la d'abord en elle-même. Or la nature ou l'essence. on peut . d'animal et les autres qui entrent dans sa définition. au surplus.

76 DE ENTE ET ESSENTIA, IV

laribus, aliud in anima (i); et secundum utrumque
consequuntur accidentia dictara naturam.
Et sic in singularibus habet multiplex esse secundum
diversitatem singularium, et tamen ipsi naturae secun-
dum propriam considerationem scilicet absolutam
nullum istorum esse débet falsum est enim dicere
;

quod natura hominis in quantum hujusraodi habeat
esse in hoc singulari si enim esse in hoc singulari
;

conveniret homini in quantum est homo, non esset
unquam extra hoc singulare. Similiter, si conveniret
homini in quantum est homo, non esse in singulari,
nunquam esset in eo. Sed verum est dicere quod homo
in quantum est homo non habet quod sit in hoc singu-
lari vel in illo. Patet ergo quod natura hominis abso-
lute considerata abstrahit a quolibet esse, ita quod non
fiâtpraecisio alicujus eorum et haec natura sic consi-
;

derata est quae praedicatur de omnibus individuis.
Non tamen potest dici quod ratio (2) universalis
conveniat naturae sic acceptas, quia de ratione uni-
versalis est unitas et communitas. Naturae autem hu-
manae neutrum eorum convenit secundum suam abso-
lutam considerationem si enim communitas esset de
:

intellectu hominis, tune in quocumque invenitur huma-
nitas inveniretur communitas et hoc falsum est quia
;

in Socrate non invenitur communitas aliqua, sed quid-
quid est in eo individuatum est. —
Similiter etiam
non potest dici quod ratio generis accidat naturae
humanae secundum illud esse quod habet in individuis,
quia non invenitur in individuis natura humana secun-
dum unitatem,ut sit unum quid conveniens cuilibet(3) :

quod ratio universalis exigit.
Relinquitur ergo quod ratio speciei accidat naturae
humanae secundum illud esse quod habet in intellectu.
Ipsa enim natura habet esse in intellectu abstractum

(i) Anitna^ c'est le tout pour la partie ; il s'agit de l'intelli-
gence « locus specierum » et de l'existenxe idéale qu'y
acquièrent les choses.

DE l'Être et de l'essence, iv 77

réaliser. Qu'elle soit multiple par essence, elle ne sera
jamais une elle est une, cependant, en tant qu'elle
;

est dans Socrate. Pareillement, qu'elle soit une par
essence, elle sera une seule et même nature dans
Socrate et dans Platon elle ne pourra se multiplier.
;

Considérons-la ensuite en tant qu'elle existe dans
tel ou tel individu. Elle reçoit alors des attributs acci-
dentels, à raison du sujet où elle se trouve, par
exemple on dit l'homme est blanc, à cause de la
:

blancheur de Socrate, quoique cette qualité n'appar-
tienne pas à l'homme en tant qu'homme.
Or cette nature reçoit deux sortes d'existence, l'une
dans les individus réels, l'autre dans l'esprit, et d'après
ces deux existences elle traîne deux séries d'accidents.
Ainsi, dans les sujets singuliers, autant d'individus,
autant d'existences reçues par la nature et cependant, ;

dans sa propre notion absolue, elle n'inclut aucune
d'elles. Il est faux, en effet, que la nature humaine,
en tant que nature humaine, existe dans tel sujet singu-
lier. Autrement, elle ne se trouverait jamais hors de ce
sujet singulier. De même, appartient-il à l'homme en
tant qu'homme de ne pas exister dans un sujet singu-
lier, jamais il n'y existera mais il est vrai que l'homme
;

entant qu'homme n'est pas réalisé dans tel sujet singu-
lier ou dans tel autre. Donc la nature humaine, consi-
dérée en elle-même, n'inclut aucune existence et n'en
exclut aucune c'est la nature, comprise de cette façon-
;

là, qui se dit de tous les individus.
Néanmoins, la nature ainsi entendue n'est pas une
idée universelle, car l'idée universelle est une et

(2) Ratio univei^salis^ mot pour mot : l'essence de l'universel
ou l'universalité.

(3) Umtm quid conveiziens cuîlibet, la formule mérite d'être
soulignée pour sa plénitude, sa brièveté, sa précision. Elle
nous emporte loin d'une accumulation d'images à peu près
semblables, affublée d'une étiquette commune à quoi, comme:
:

on le sait, les purs empiristes réduisent l'idée universelle.

78 DE ENTE ET ESSENTIA, IV

ab omnibus individuanlibus, et habet ralionem uni-
forraera ad omnia individua quae sunt extra animara,
prout essenlialiter est imago omnium et inducens in
cognitionem omnium, in quantum sunt homines et ex ;

hoc quod talem relationem habet ad omnia individua,
intellectus adinvenit rationem speciei et attribuit sibi ;

unde dicit Commentator / de Anima quod intellectus
est qui facit universalitatem in rébus hoc etiam Avi-
;

cenna dicit in VIII Metaphys,
Et quamvis haec natura intellecta habeat rationem
universalis secundum quod comparatur ad res quae
sunt extra animam quia est una similitudo omnium,
tamen secundum quod habet esse in hoc intellectu vel
in illo est species (i) quaedara intellecta particularis.
Et ideo patet defectus Commentatoris in III de
Anima, qui voluit ex universitate formae intellecta?

species de specio ou spicio, regarder, a pour sens origi-
(i)
nel apparence. L'Ecole l'emploie, à l'occasion, pour désigner
:

les accidents extérieurs des choses en tant que relatifs à nos
sens (espèces eucharistiques). Moins la tendance subjectiviste,
c'est l'équivalent du mot moderne phénomène.
:

Ce sens principal se divise en trois maîtresses branches :

i' Species signifie image d'un objet, c'est à ce sens que se
rattachent avec des nuances les termes habituels aux scolas-
tiques; quand ils traitent de l'origine ou de la nature de la
connaissance species impressa, species expressa,
: — species
seu forma intelligibilis, species intellecta.
2° Species signifie beauté; et d'abord beauté physique, celle
dont on juge par les yeux.
3° Elle signifie espèce, c'est-à-dire la nature d'un être consi-
dérée sous un certain biais et par suite la classe des êtres en
qui se retrouve cette même nature. Pourquoi le mot en est-il
venu à ce sens ? parce que l'on juge de la nature des êtres par
leur aspect extérieur et qu'on groupe instinctivement ceux qui
se ressemblent. —
Saint Thomas se préoccupe surtout de cir-
conscrire la réalité qui dans l'être correspond à notre concept
d'espèce. La plupart des modernes, fixistes ou transformistes,
recherchent si chaque espèce est immuable ou susceptible
d'acquérir indéfiniment des différences nouvelles.

puisque dans Socrate il n'y a aucun élément commun tout ce qui se trouve en lui est individua- — . elle laisse de côté tout élément individuel et soutient la même relation avec tous les individus qui sont hors de l'esprit. iv 79 commune à tous les sujets :ce qui ne se vérifie pas dans lanature humaine prise en soi. Cicéron. Si elle était essen- tiellement commune. avait donné un exemple de cette acception « Visum objectum imprimit et quasi signât in animo suam speciem. en passant..mais en tant qu'elle existe cette intelligence-ci ou dans dans celle-là. elle le resterait partout or cela. déjà. n'est pas. car on ne découvre pas en eux une nature humaine telle qu'elle constitue une seule et même chose qui convienne identiquement à tous ce : qu'exige l'idée universelle. au premier sens. de Fato. C'est pourquoi le Commentateur dit au /^^ livre de l'Ame que c'est l'intelligence qui universalise les choses. mais dans cette page il l'emploie. lisé. » . en . Avicenne le dit aussi au livre VIII^ de la Métaphysique. la notion d'espèce cadre avec la nature humaine. elle se trouve contenir l'idée d'espèce et se l'attribue. DE l'Être et de l'essence. En définitive. L'idée de genre ne s'applique pas davantage à la nature humaine en tant qu'elle existe dans les individus. car cette forme n'est pas universelle en tant Au cours de cet opuscule. Cette nature intellectualisée est universelle en tant qu'on la compare avec les sujets réels. puisque. effet. saint Thomas parle de l'espèce entendue au troisième sens. dans son unité. elle les représente tous . 4^. vu qu'elle est essentiellement leur image à tous et qu'elle conduit à les connaître tous en tant qu'hommes. elle est une idée particulière. Par là même que cette nature idéale se rapporte ainsi à tous les individus. On voit dès lors avec évidence la faute du Commentateur III^ livre de l'Ame qui de l'universalité de la forme intellectuelle a voulu conclure à l'unité de l'intelli- gence. en tant que celle-ci existe dans l'intelligence dans son existence intellectuelle.

sed est de accidentibus quae consequuntur eam se- cundum quoddam esse quod habet in intellectu. sicut etiara. quia non est uni- versalilas illius formae secundum hoc esse quod habet intelleclum. tome 24. Et quia naturœ humanae secundum suam absolutam considerationem convenit quod praedicetur de Socrate et ratio speciei non convenit sibi secundum suam absolutam (scilicet humanae naturae) considerationem. si esset una statua corporea repraesentans multos homines. comprit que l'intelligence (entendez l'intellect agent et aussi l'intellect possible contrairement à une . praedicatur de Socrate. voilà le sens de ce texte où sont opposées la sensibilité organique et l'intelh'gence inor- ganique. Mais Averroès. Praedicatio enim est quod- (i) Saint Thomas écarte ici la principale erreur du Péripa- tétisme arabe. livre 111. Traité de Vâme. p. lui. ch. Averroès. 468 : ô B^ (vou. si ratio speciei convenirethomini secundum esse quod habet in Socrate. ideo nomen speciei non praedicatur de Socrate ut dicatur : Socrates est species quod de necessitate accideret. i55-i5g où l'on trouvera les deux tra- ductions médiévales d'Aristote et le commentaire de saint Thomas. Quid- quid enim convenit homini in quantum est homo. — ou dans Vives. IV unitatem intellectus concludere (i). tome III. vel secundum suam absolutam considerationem scilicet in quantum est homo. rationem communitatis secundum quod esset com- mune repraesentativum plurium. constat quodillairaat^o vel species statuae haberet esse singulare et proprium secundum quod esset in hac raateria sed haberet . par exemple dans l'édition Didot. L^ esprit est distinct de la matière. interprète de travers quelques textes d'Aristote. Cf. sed secundum quod ad res refertur simi- litudo rerum.) x^ptaxoç.8o DE ENTE ET ESSENTIA. p. sous l'influence du panthéisme alexan- drin et s'autorisant de Themistius. comme celui que signale saint Thomas et surtout cet autre : intellectus est separatus (aut separahilis). IV. . Et tamen praedicari convenit generi per se cum in ejus definitione ponatur.

L'attribution. Tout ce qui convient à l'homme comme tel se dit en effet de Socrate. pas avec la nature humaine en soi elle fait partie . auxquels il s'unit accidentellement pour utiliser leurs images sensibles. d'être confondus avec lui. mais en tant qu'elle a rapport aux choses parce qu'elle est leur ressem- blance. on voit comment saint Thomas avait. unique et séparé des individus. risquent aux yeux des superfi- ciels. s'introduisit chez les latins vers 1260 et constitua la grande hérésie du moyen âge occiden- tal. Mais. Aventure pitoyable et commune Les réfuta- ! teurs sérieux. DE l'être et de l'essence 6 . Si une statue représente un grand nombre d'hommes. qui est par une de ses faces un spiritualisme excessif et par une autre un désolant matérialisme. DE l'Être et de l'essence. En conséquence dans chaque homme il n'y a rien que de sensible et de périssable. le souci de la vérité et de l'équité les contraint à ne pas le condamner en bloc. en vertu même de son essence. et en raison même de la justesse de leur réplique. Par suite le nom d'espèce ne se dit pas de Socrate. iv 8r qu'elle existe dans l'intelligence. est l'œuvre de erreur commune) est un être spirituel. Et pourtant la prédicabilité convient au genre. en revanche. par là même qu'ils serrent de près l'adversaire et que. Cette double erreur. dans la condamnation de laquelle ses ennemis voulurent par la suite l'englober. parfois. Continuons. La nature humaine en soi est attrî- buable à Socrate et par ailleurs l'espèce ne cadre . des attributs accidentels de la nature intellectualisée. ou en lui-même en tant qu'il est homme. puisqu'elle entre dans sa définition. de bonne heure. en effet. signalé et repoussé une erreur. elle aura une existence individuelle et propre en tant que taillée dans telle matière elle sera. Y avait-il déjà des Averroïstes à Paris. par exemple on ne dit pas Socrate est une espèce : : ce qui arriverait pourtant de toute nécessité si l'idée d'espèce se vérifiait dans l'homme en tant qu'il existe dans Socrate. commune en tant que représentative. quand saint Thomas composa le De Ente et Essentia ? Aucun mot du texte ne le donne à penser.

c'est celui des jugements affirmatifs et vrais. C'est l'un des contrastes entre la logique qui roule sur des êtres de raison et la métaphy- sique qui roule sur des êtres réels. c'est-à-dire une première vue de l'esprit portant sur le réel — et la secunda intentio. se diriger) désigne d'abord l'acte de la volonté qui se propose un but. tendere. ut albedo vel nigredo sed est de accidentibus quae conse- . vers. ipsam unitatem eorum quorum unum de altero dicitur. Nihilominus id cui intellectus intentionem praedicabilitatis attri- buit. IV dam quod complelur per actionem intellectus compo- nentis et dividentis. elle divise (i) L'intelligence unit par jugement négatif. à discerner que l'esprit prend pour objet tantôt les choses elles-mêmes telles qu'elles existent. Quant au fondement réel qui est le signalé. (2) Intentio (in. enfin la chose elle-même ou l'objet en tant que connu. quia ratio speciei non est de illis quae conveniunt ei secundum suam absolutam considera- tionem. le concept qui en résulte. désigne l'application de l'esprit à une chose. De là la distinction entre la prima intentio. nequedeaccidentibus quaeconsequunturipsam secundum esse quod habet extra animam. Mais le mot a été étendu aux choses de l'intelligence là il . sicut quod significatur hoc nomine animal (3). non est ipsa intentio generis sed potius id cui intellectus intentionem generis attribuit. quaesimi- liter per actionem intellectus completur. Unde ratio praedicabilitatis potest claudi in ratione hujus intentionis (2) quae est genus. par le jugement affirmatif. On en vint. componens id cum altero. Sic ergo patet qualiter essentia vel natura se habet ratione speciei. notamment l'application attentive qui ressemble à une tension. c'est-à-dire un .82 DE ENTE ET ESSENTIA. puis le but lui- même. quuntur eam secundum esse quod habet in intellectu : et per hune modum convenit sibi ratio generis vel differentiae. quand on compara les actes de l'intelligence entre eux. habens tamen fundamentum in re (i). tantôt les idées déjà extraites de ces choses.

puisque. Cf. iv 83 l'intelligence qui unit ou divise. ou de blanc et de noir en tant qu'elles expriment des qualités réelles. ces mêmes idées. Exemples du premier degré d'abstraction : les idées d'homme et d'animal. p. manié par saint Thomas. en tant qu'elles expriment des substances réelles. tout en ayant d'ail- leurs un fondement dans à savoir l'unité les choses. . L'espèce n'est pas la nature prise en soi elle n'est pas. même des choses dont l'une est attribuée à l'autre. (3) En lisant ce paragraphe. Puisque le propre de l'intelligence est d'abstraire. ou des dif- férences. Par suite le genre peut être atiribuable. Voilà donc clairement expliqué comment l'essence ou la nature est une espèce. Revue néo-scolastique. un des . Dans le texte de saint Thomas. on a l'impression que pas un recoin de la plus ténue et de la plus difficile pensée ne demeure inexploré un rayon aigu de lumière pénètre jusqu'aux détails . comme des genres. Néanmoins est ce que l'intelligence rend attribuable en l'unissant à un sujet. —Exemples du second degré d'abstraction. son second acte opère une seconde abstraction et par là élève son objet au rang de genre. La traduction française de la terminologie scolastique. il l'œuvre de l'intelligence. Il arrive que ce latin de l'Ecole. année 1900. l'essence ainsi entendue que se rapportent le genre et la différence. intentio signifie idée et idée réfléchie (secunda intentio). lui aussi. les plus secrets et les éclaire. retour ou une réflexion sur la chose déjà intellectualisée. de différence soit essentielle soit accidentelle. accidents que la nature possède dans son existence réelle. qui a provoqué ces explica- tions. comme la blancheur ou la couleur noire. dès que l'esprit les considère et à travers elles leurs objets. DE l'Être et de l'essence. 249-251. d'espèce. Mais elle est l'un des accidents qui s'attachent à la nature intellectualisée et c'est également à la nature ou à . non plus. ce n'est pas tant le genre lui-même que la chose dont l'intelligence fait un genre. par exemple ce qu'exprime le mot d'animal. se montre plus analytique que le français.

— On l'enferme parfois en des concepts qui l'assi- milent à des fragments distincts. abstrac- tion faite de Tunité ou de la multiplicité. ce nouveau cha- pitre m'a paru autre chose qu'une série de conclusions évidentes. le genre et la différence. par exemple l'anima- lité ou la rationabilité. saint Thomas s'attachait surtout aux prédicables eux-mêmes. I. Malgré son air aisé et simple. d'un regard aussi aigu. ceux qui s'appliquent à elle. Or la nature humaine peut être considérée en cinq états différents. — Au reste. des accidents. c'est sur l'essence ou sur son synonyme la nature qu'il concentre son attention. —On peut la considérer encore en tant qu'elle est constituée par ses éléments intrinsèques. IV Commentaire Cechapitre continue et achève le précédent il . s'agit toujours de préciser les rapports de l'essence avec les trois principaux prédicables. de l'intelligence et de leur rapport. .84 DE ENTE ET ESSENTIA. mais il le mérite. Ici. Ici encore saint Thomas a toujours l'homme présent à l'esprit. » Pour ma part. et non sans enjamber la juste limite « Omnes propositiones ex : praecedenti patent. comme sur un cas net et capital. s'efForçant de discerner leur compréhension exacte et leurs mutuels rapports. III. et de tout lien avec le reste du réel. jamais philosophe ait pénétré. selon l'hypothèse platonicienne. jusque dans les plus obscurs replis des choses. — On peut la considérer comme une idée ou un archétype indépendant et qui subsiste en soi. et l'exemple sur lequel il travaille. il exige un vigoureux effort pour être compris. L'Aquinate s'est ici surpassé je ne sache pas que . plus haut. l'espèce. c'est la nature humaine. II. le lien est tel que Cajetan répète à plusieurs reprises. Mais.

. vu. Ceci posé. et là il faut distinguer deux aspects. — En tant qu'elle existe dans des individus concrets. n'est qu'une quiddité abstraite et partielle. sauf variation de l'aspect prédomi- nant. bien mieux elles coïncident. et par suite ce qui se démontre de l'une. — Enfin. est une manière d'être particulière. IV. non comme une partie. d'une certaine façon. sont du même ordre. L'idée. c'est-à-dire la chose devenue. c'est-à-dire que les limites individuelles. individuelle par conséquent et multipliée autant de fois qu'il y a d'intelligences. V. DE l'Être et de l'essence. d'un certain biais. Ces trois idées. parce qu'elle englobe la nature en son entier et exige qu'on la conçoive comme un tout. La différence. autant de fois que se renouvelle l'intellec- tion de la chose. la face objective. — Mais par une autre face. en tant qu'elle existe dans l'esprit. spatiales^ temporelles ne l'emprisonnent plus elle est : universelle . la voilà semblable aux autres êtres. voire dans chaque intelligence. rappelons-le d'après le cha- pitre précédent. de l'espèce par exemple.. elle est un élément. une forme transitoire. se trouve démontré des deux autres. Or il s'agit de savoir dans lequel de ces cinq états la nature mérite le nom d'espèce. iv 85 philosophique. il est vrai. 1^^ état : l'espèce ne cadre pas avec ces morceaux distincts. c'est tout l'être. de genre ou de diffé- rence. qui la vêtent comme les chairs le squelette. un accident de notre intelligence . par ce côté subjectif. il n'y a qu'à suivre saint Thomas dans ses exclusions successives. découpée . au contraire. distincts et chargés d'accidents. la rationabilité. extrait de l'expérience et commun à une multitude illimitée de sujets réels ou possibles. intérieure à notre intelligence. l'esprit opère en elle la plus curieuse synthèse de l'unité stricte et d'une pluralité potentielle indéfinie.

constitue l'espèce. elle s'exprime tout entière quant . à l'état isolé. saint Thomas estime qu'elle ne contribue ni à constituer l'être concret ni à nous le faire connaître. ce n'est pas uniquement une superfétation logique conçue à l'occasion de la chose. à la chose existante. 4^ état : L'espèce suppose une nature unique et com- mune et ici la nature est multipliée et singulière dans . mode de représentation idéal voilà le rapport du monde que : crée notre esprit au monde existant. Elle exprime. IV dans l'unité totale. reporte son regard par delà l'idée. un élément unique et commun là. L'Idée platonicienne étant par hypothèse une réalité séparée. Cette dissertation suppose que saint Thomas s'était fait. quoiqu'elle ne renferme en elle aucune existence. Là. et quant à son extension sans se multiplier. Ce qui est espèce. différence. Le logicien ne raisonne pas sur des mots vides. par sa face objective. n'a pas l'unité et l'universalité requises. Elle est ici Socrate. considérée sous un certain angle par notre esprit. Parvenu à cette conclusion. mais sur des choses intellectualisées. quand il conçoit la différence. ni même sur des idées sans racine dans le réel. Or c'est à l'être concret que se réfère l'espèce. Fonds réel. l'idée d'homme. 5^ état : Seule. elle est. le biais sous lequel l'esprit saisit la nature humaine. 3^ état : L'espèce n'est pas identique à la nature prise en soi. sur la nature et l'origine de l'universel. là Platon. à sa compréhension sans se concrétiser. une doc- . en grand réaliste qu'il reste toujours. car celle-ci.86 DE ENTE ET ESSENTIA. chaque sujet. là-bas Epicure et dans chacun d'eux tous qç^s éléments sont indivi- duels. ou la nature humaine en tant qu'elle acquiert une existence idéale. genre. 2^ état. saint Thomas. c'est la chose elle-même. puisque la réalité qu'elle exprime se dit des individus. Ou elle n'est rien ou elle est individualisée.

Homines impi- . — Qu'est-ildonc? L'âme même des choses. DE l'Être et de l'essence. en effet. puisque par sa compréhension il copie le réel et que par son extension il se ramifie en une multitude de sujets existants ou possibles. puisqu'il nous élève si fort au-dessus de la matière et des animaux et nous ouvre la porte des sciences. et de là. il nous condamne à ne jamais égaler les réalités singulières et complexes. comme tel. que représente notre idée universelle. presque tous les penseurs appartiennent à la première classe. c'est leur sentiment sur l'origine et la valeur des idées et. iv 87 trine très nette. et planant au-dessus de tous les sujets qu'elle résume. L'universel n'existe pas. et comment? En laissant tomber les caractères individuels et en remar- quant. qui a écrit cç. puisqu'étant notre seul moyen normal d'ac- quérir des idées. Au moyen âge. libérée de sa gangue individuelle par la vertu active de notre esprit.s paroles énergiques : « Unum individuum excellit omnia universalia de mundo. Le principe de leur diversité. Aussi les esprits ont toujours oscillé entre l'attrait des idées pures et l'attrait du singulier. dans les choses. deux séries de philosophes à tendances contraires : les rai- sonneurs. Il est une marque de notre grandeur. l'aptitude de la quiddité abstraite ainsi obtenue à se réaliser indéfiniment. telles qu'elles existent. également éloignée du réalisme pur et du pur subjectivisrae. une chimère de notre esprit. les inductifs. Celles-ci. par réflexion. les systématiques. ou la faculté d'abstraire. c'est notre esprit qui l'en dégage. les déductifs — et les empiristes. ne coïncident jamais avec leur type spécifique. non plus. Absirahentium 7ion est mendacium» Le nœud même de l'idéogénie. sauf quelques unités. au bout du compte.. les intuitionnistes. leur psycho- logie de nos facultés de connaître. excepté les formes pures qui pour d'autres raisons se dérobent à nos prises directes. c'est l'intellect agent. comme Roger Bacon. Mais il est aussi un signe ne notre imper- fection. —L'universel n'est pas..

intelli- gentiis et causa prima (i).. au milieu du xix* siècle. Intellectus est debilis. composé d'une matière et d'une . Depuis les recherches de Munk. le Fons vitœ. magis conformatur rei debili quac est universale. vécut à Saragosse et mourut en io5o ou 1070. cujus positionis auctor fuisse dicitur Avicebron il libro Fontis vitœ (3). pro- pter eam debilitatem. III. »Sâ!/i7»«^« Ibn Gebirol de son vrai nom. » Cf.. Son principal ouvrage. (3) On ignora longtemps quel était cet Avicebron . de Dei Simpiicitate. Quamvis autem causae primae simplicitatem omnes philosophi concédant (2). On y trouve un panthéisme émanatiste où se mêlent Aristote et Plotin.88 DE ENTE ET ESSENTIA.m^a contra Geniiles. livre I — et au début de la Summ. Avec Moïse Maimonide il donna un grand éclat à la philosophie juive. I. en Espagne. ut singulare. paraissent peu renseignés sur la personnalité de son auteur.a Theologica. qu. saint Thomas avait écarté provisoirement les substances simples. fut écrit en hébreu. Dieu s'épanouit d'abord en un esprit cosmique. qui firent le plus grand cas du Fons Vitœ. P. notamment dans la Sum. Il naquit à Malaga.. Hoc autem dictis (i) Au chapitre II. Opus terHum IL Un homme avisé ^ — CAPUT QUINTUM Qualiter sit essentia in entibus immaterialibus ? Nunc restât videre secundum quem modum essentia sit in substantiis separatis. scilicet in anima. et au collège de Tolède. sous la domi- nation arabe. on sait qu' Avicebron fut un juif espagnol. (2) Saint Thomas a souvent démontré la simplicité de la nature divine. Dominicus Gundissalinus le traduisit ou contribua à le traduire en latin. Il y revient ici et entame par là même la seconde partie de son traité. quam reiquae habetmultum de esse. V riti adorant universalia. tamen compositionem ma- teriae et formae in inteiligentiis et animabus quidam nituntur ponere. les scolas- tiques eux-mêmes.

mais certains d'entre eux s'efforcent forme. — Cette doctrine venait. DE l'Être et de l'essence. en les dépouillant de leur couleur panthéiste. Cont. Ce traité est semé d'idées originales et bonnes. I. II. IV. III. la corporéité fut encore soutenue une dernière fois par Cajetan. l'illustre cardi- nal s'était prononcé pour l'incorporéité. dist. III. lumineuse. éthérée. qui constituent les éléments de tous les êtres. en ôtent la quantité et discutent seulement pour savoir si les anges sont composés d'une forme et d'une matière métaphysiques. c. II. art. du reste. Au XIII* siècle. Cf. la plupart des théologiens atténuent la cor- poréité angélique. CHAPITRE CINQUIÈME Ce qu'est l'essence dans les êtres immatériels. et sans cesse il les corrige par le contrôle du réel. in Epist. part. Quant à l'opinion combattue ici et dont saint Thomas attribue la paternité à Avicebron. lib. nomme les Intel- ligences. parlant en philosophe. La cause première est simple. . Chaque être comprend. Cf. I. Presque tous répondent oui. sauf une légère varia- tion de terme : fundamentum au lieu de mater ia. une forme et une matière spéciales. Cf. c'est-à-dire dans l'âme. Or. II. dans son Commentaire de la Somme. il les sait aussi nécessaires que nécessairement inégales à leurs objets. Albert le Grand. que l'Ecole s'appropria. Pétau. très supérieure à la nôtre. c'est ce que la langue catholique nomme les Anges. à cause des Angélophanies bibliques. v 89 estime les idées. corporéité. In Sentent. De Angelis. In Sentent. cap. les intelligences et la cause première. 1. notam- : ment saint Bonaventure. elle était en réalité très ancienne. III. mais sans supertition . /et même le B. dist. 1-IV — lib. lib. en plus. Ce que saint Thomas. à propos des démons. crurent à la corporéité des anges. un bon nombre de Pères. de l'aveu de tous les philosophes . surtout dans l'Eglise latine. Maintenant il reste à voir comment l'essence se trouve dans les substances séparées. ad Eph. Chose singulière une douzaine d'années ! auparavant. lib. art. c. Au XVI* siècle.

V philosophorum reperitur esse contrarium (i) quia eas substantias a materia separatas nominant et absque omni materia esse probant cujus demonstratio potis- . sima est ex virtute intelligendi quae in eis est. au IV* Concile du Latran (121 5) et au Concile du Vatican. Et hoc non potest esse. cap. in qualibetsubstantia intelligente. Mais le pénétrant et paci- fique théologien. Si enim hoc esset ratione materiae corpo- ralis tantum quum materia non dicitur corporalis nisi secundum quod stat sub forma corporea. ita quod nec habeat materiam partem sui neque etiam sit sicut forma impressa materiae. ut est de formis materialibus. Insensiblement il se change en preuve rationnelle parce que . Unde oportetquod.90 DE ENTE ET ESSENTIA. (i) Voilà un emploi remarquable de l'argument d'autorité. Videraus enim formas non esse intelligibiles in actu. : — Quant à l'opinion principalement franciscaine de la composition à la fois hylémorphique et inquantitative des anges. scilicet impedire intelligibilitatem. tune opor- teret quod hoc haberet materia a forma corporali. s'en prend à un étranger hétérodoxe. au lieu d'attaquer les docteurs de l'Ecole. parce que tel n'était pas l'objet du décret Firmiter ou de la constitution Dei Filius. Nec potest dicere aliquis quod intelligibilitatem non impediat materia quaelibet. VllI. au reste. L'Eglise. de Sub- stantiis separatis. Saint Thomas innove là aussi. Cf. a consacré la doctrine de la spiritualité des anges. elle n'a pas même été touchée. Ailleurs. et de l'influence patristique et de ce que l'on ne dis- tinguait pas avec précision entre le concept de puissance et le concept de matière. quia et ipsa forma corporalis actu intelligibilis je crois. et purifie. nec efficiuntur intelligibiles in actu nisi per vir- tutem substantiae intelligentis. sed materia corporalis tantum (2). qui est une espèce de puissance. sit omnimoda immunitas a materia. secundum quod reci- piuntur in ea et secundum quod aguntur per eam. nisi secun- dum quod separantur a materia et a conditionibus ejus . sans toutefois la définir. il s'est expliqué plus au long sur l'opinion d'Avicebron.

au livre de La Fon- taine de Vie. dit-on. mée dans la matière. DE l'Être et de l'essence. c'est la matière déterminée. de ses parties elle-même n'est pas une forme impri- . l'auteur de cette doctrine est. Quœst. La matière corporelle. Or c'est impossible. disput. — Qui veut savoir par le détail la liberté que prit la Scolastique à l'égard d'Aristote. mais seule- ment par la matière corporelle. ou n'est-ce pas plutôt la démarche naturelle d'un esprit informé. . Il suit de là qu'une substance intelligente est nécessairement exempte de toute matérialité la matière n'entre pas en elle comme une . les formes doivent être séparées de la matière et de ses conditions ce qui s'opère par la vertu d'une : substance intelligente où elles sont reçues et dont elles subissent l'action. Or elle est contraire aux dires des philo- sophes. On y saisit sur le fait le degré d'importance que saint Thomas accorde à l'arg-ument d'autorité. art. dualisée. pour effet être intelligibles en acte. XVJ. c'est donc la forme corporelle elle- même qui empêche l'intelligibilité. puisque la forme corporelle est intelligible elle-même. elle est indivi- . voyons en que. Ils tirent leur principale démonstration du pouvoir de comprendre qu'elles possèdent nous . spéci- (2) fiée bien plus. édition Hedde. à la considérer dans la réalité. Est-ce le procédé d'un esprit esclave. respec- tueux et avisé ? — Cf. De Anima. v 91 d'établir qu'il y a composition de matière et de forme dans les intelligences et les âmes . voici la réponse la : matière ne devenant un corps que par la vertu de la forme corporelle. à la façon des formes matérielles. car l'individuel seul existe. qu'il lise Salvatore Talamo : L'Aristotéiisme de la Scolastique. car déclarent ces substances séparées de ils la tnatiève prouvent qu'elles sont tout à fait et ils immatérielles. mais dont la forme fixe la structure interne et la configuration. Quelqu'un dira-t-il que l'intelligibilité n'est pas empêchée par n'importe quelle matière. et elle se prolonge par une quantité qui naît d'elle. Avicebron. de la doctrine des philosophes l'auteur se porte aux choses elles-mêmes.

planum est videre. illud quod habet rationem causae potest habere esse sine altero. praesertim quia omnia quae in hoc libro continentur. riam sine forma tamen non est impossibile esse . et in graeco penitus non haberi. scilicet quae amateria abstra- hunlur.92 DE ENTE ET ESSENTIA. Beaucoup plus probablement un Arabe dont l'oeuvre fut traduite en latin. Qui fit cet abrégé ? Peut- être Gilbert de la Porrée. in anima intellectiva et (in) intelligentia. quem constat de arabico esse translatum. saint Thomas égale- ment. Albert le Grand commenta cet opuscule. hoc accidit eis secundum quod sunt distantes a primo principio. Unde videtur ab aliquo philosophorum arabum ex praedicto libro excerptus. XLII2. — Et quomodo hoc fit. ut hoc modo accipiatur materia in eis sicut in substantiis corporalibus. Unde. de Poitiers (1070-1154). Talis autem invenitur habitudo materiae et formae quod forma dat esse materiae et ideo impossibile est esse aliquam mate- . IV. sicut et aliae formae. ditate vel essentia simplici. in commento nonae propositionis libri de Causis (i). chef de l'école néo-platonicienne d'Athènes. . Didot. sed est ibi compositio formae et esse. év. de la P. chap. Forma enim non habet. nullomodo est compositio ex materia et forma. que ce dernier savait sur l'origine de l'œuvre : et voici ce « In arabico invenitur hic liber. très célèbre dans l'Ecole. Unde. Quaecumque enim ita se habent ad invicera quod unum est causa esse alterius. est un abrégé des Eléments de Théologie (2êot)(£ioj(Ttç ôsoXoytx"^) de Proclus (410-485). si inveniantur aliquae formae quae non possunt esse nisi in materia. par Gérard de Crémone ou par Xe/ui/Avendeath. dicitur quod est habens intelligentia formam et esse forma pro ipsa quid- et accipitur ibi . Scriptorunt grœco- rum bibliotheca. dependentiam ad materiam sed. qui apud Latinos De Causis dicitur.. dit Johannes David ou Johannes Hispanus. V est. arrangeur adroit des idées de Plotin Cf. à Tolède. vers la fin du XII* siècle. quod est actus primus (i) Le liber de Causis. Cf. aliquam formam sine materia. in eo quod forma. vol. multo plenius et dififusius conti- . Gîlb. Ber- THAUD. sed non convertitur.

la forme en tant que telle n'ayant pas besoin de la matière. mais il n'est pas impossible qu'une forme existe sans une matière. qui approchent le plus du premier prin- cipe. les formes de ce genre. il est aisé de le voir. entre la matière et la forme. impossible qu'une matière existe sans une forme. dès qu'elle est abstraite de la matière. Vives. Or. selon qui Plotin fut le maître des scolastiques. Nous voyons . . forme signifie quiddité ou essence simple. n'implique pas de soi une dépendance à l'égard de la matière s'il se . nentur in illo. rencontre des formes incapables d'exister seules. — Comment cela se fait. dans l'âme intellective et dans l'intelligence il n'y a nullement composition de matière et de forme. la matière n'y entre pas comme elle entre dans les substances corporelles mais il y a composition de . ce sont les intelligences il n'est . forme et d'existence. Voilà pourquoi. au commentaire de la neuvième proposition du Livre des Causes. le rapport est tel que la forme communique l'existence à la matière aussi est-ce . Donc. Ce Commentaire qu'allègue ici saint Thomas est de l'auteur même de l'abrégé Cf. comme nous l'avons dit. subsistent sans matière en vertu de leur nature. Mais les formes. de telle sorte que l'une est cause de l'autre. Saint Thomas. en effet. V ^ô tout comme les autres. mais non inversement. p. Quand deux choses sont entre soi. moins avisés. » Beaucoup d'autres scolastiques. . attribuèrent le De Causis à Aristote. La forme. tome XXVI. celle qui est cause peut exister sans l'autre. Et précisément. dans ce texte. DE L ETRE ET DE L ESSENCE. cette infériorité leur vient de leur trop grand éloignement du premier principe qui est l'acte premier et pur. S3^~539 I c^ ^^i n'est pas sans intérêt pour l'histoire de la distinction entre l'essence et l'existence. Picavet.sur cet exemple avec quelle peine et quelle confusion l'héritage de la culture grecque se transmit au moyen âge occidental 1 nous y voyons aussi qu'il y a un grain de vérité dans la thèse de M. on dit que l'intelligence a une forme et une existence et.

non potest significari nisi ut totum. quidditas substantiae simplicis est ipsumet simplex. chap. V et purus (i). oportet quod inveniantur plura individua unius speciei (i) Ce premier principe. Sed essentia rei simplicis. ut dictum est et hujusmodi . Un de illae formae. et ideo non oportet ut essentiae vel quidditates harum substantiarum sint aliud quam ipsa forma. quasi formam recipiens et ideo. quia ex hoc eo quod essentiae rerum compositarum recipiuntur in materia designata vel multiplicantur secundum divisionem ejus. quae est sua forma. cet acte premier et non mélangé. il est l'Existence elle-même. . suum (2) materia indiget. formae sunt intelligentiae. non potest ibi esse talis multiplicatio et ideo non. sunt formae per se sine raateria subsistentes non enim forma secundum totum genus . III^ v. quocumque modo sumatur essentia substantiae sim- plicis. sous sa forme la plus parfaite et rien autre chose ce qui se trouve identique à la définition de : l'Exode. c'est Dieu. essentia vero substantiae simplicis est (3) forma tantum» Et ex hoc causantur duae aliae differentiae. Sed^ cum essentia simplicium non sit recepta in materia. ditas sua (4). vSecunda — differentia est. quod accidit propter mate- riae designationem ut dictum est et ideo non quomo- . quae sunt propinquis- simae primo principio. clef de voûte de l'univers. Comme le dit saint Thomas dans ce même chapitre. quum nihil sit ibi praeter formam. dolibet praedicatur essentia rei compositae de ipsa re composita non enim potest dici quod homo sit quid- . suprême perfection.94 DE ENTE ET ESSENTIA. contingit quod aliqua sint idem specie et diversa numéro. quia non est aliquod recipiens ipsam. sed formam et materiam complectitur . de ea praedicatur unde Avicenna dicit quod . In hoc ergo differt essentia subslantiae composilae et substantiae simplicis quod essentia subslantiae com- positae non tantum formam nec tantum materiam complectitur. 14: « Dixit Deus ad Moysen : EGO . Et una— est quod essentiae substantiae compositae potest signi- ficari ut totum vel ut pars.

L'essence d'une chose simple. celle-là ne comprend pas seulement une forme ou seulement une matière. puisqu'il n'y a aucun sujet qui la reçoive. L'une. et n'exige par suite. sous quelqueaspectqueseprésenle une essence de cette sorte. en tant que telle. — . il n'y a aucun sujet qui la reçoive. comme nous. à cause de leur débilité. étant sa propre forme. Voici la seconde — différence . mais les deux. au lieu de complectitur. parce que entre l'essence d'une substance simple et la forme ily a identité. en dehors de la forme. chose composée ne s'attribue pas n'importe comment à la chose elle-même un homme. pour les substances composées. (4) Toute la phrase suppose i' que le verbe être exprime : une identité rigoureuse entre l'attribut et le sujet 2° que . celle-ci est uni- quement une forme et de là naissent deux différences. n'enferme en soi la aucune matière de soi aucune union avec une matière. par là même que les essences des choses composées sont reçues dans une matière quantifiée ou se multiplient par sa division. par suite. puisque dans ce cas. que la quiddité d'une substance simple est l'être simple lui-même. c'est que l'essence de la substance composée peut se prendre comme un tout ou comme une partie. elle est attribuable à la substance simple. V QD . ici. ce qui tient à l'individualisation de la matière. . Ait : Sic diees filiis Israël : QUI EST misit me ad vos. comme nous l'avons dit et c'est pourquoi l'essence d'une . l'individuation. DE L ETRE ET DE L ESSENCE. n'est . peuvent se trouver des formes : sans matière et des formes qui. s'unissent à une matière. Avicenne pense. au contraire. (3) Est. est toujours prise comme un tout. pas sa propre quiddité. » (2) Entendez : forme. par exemple. ajoute quelque chose à la quiddité ou essence. il arrive que plusieurs SUM Q Ul SUM. sous le genre forme. donc pas nécessaire que leurs essences ou leurs quid- dités soient autre chose que des formes. Voici donc en quoi diffèrent l'essence de la subs- tance composée et l'essence de la substance simple .

II. A un autre point de vue. V in illis substantiis . quest. lib. toutefois. lit Sentent. selon lui. puisque nous retrouvons la doctrine du De Ente et Essentia qui date du début de son enseignement dans le Quodlibetum secundum. I. quia nuUa essentia sine his quae sunt partes essentiae intel- ligi potest. saint Thomas a innové dans l'Ecole. hoc est adveniens extra et faciens compositionem cum essentia. Non. et contre les partisans d'une certaine matérialité des anges de l'autre. Hujusmodi ergo substanliae. Ergo patet quod esse est aliud ab essen- (i) Puisque l'individuation est due à la matière quantifiée et que saint Thomas refuse toute matière aux anges. soutenu en 1270. l'individuel seul existe. Quidquid enim non est de intellectu essentiae vel quidditatis. d'où elle découle. part. et tamen ignorare an esse habeant in rerum natura. son ami saint Bonaventure continue de soutenir la multiplicabilité des individus dans une même espèce angé- lique. il s'ensuit rigoureusement qu'une forme angélique n'est pas multipliable en individus distincts. A côté de lui. — On serait mal venu. Les Averroïstes tirèrent argument de cette théorie. la . Saint Thomas tint bon. d'un côté. mais unique en son type telle est sa pensée : constante contre les Platoniciens et les réalistes excessifs. Il. IIJ. Saint Thomas leur répondit dans le IDe îtnitate intellectus contra Averroistas. pour affirmer l'unité numérique de l'âme humaine.96 DE ENTE ET ESSENTIA. non tamen in eis est omnimoda simpli- citas nec sunt actus puri. Sur cette conséquence comme sur le principe. art. tôt sunt species. qu'ils assimilaient indûment à une forme pleinement indépendante de la matière. quamvis sint formae sine materia. Saint Thomas accepte la conséquence. par exemple. sed quoquot sunt individua. Chaque ange est un individu. Omnis autem essentia vel quidditas intel- ligi potest sine hoc quod aliquid intelligatur de esse suo facto (2) possum enim intelligere quid est homo . dist. saint Thomas estime que la cause intelligente du monde s'est proposé pour fin l'originalité. tout être immatériel est une forme universelle. d'en conclure que. ut Avicenna dicit expresse (i). et hoc sic patet. sed habent permixtionem potentiae . vel phaenix. et que chaque ange est unique en son espèce. circa fineTn. I. Cf.

« des conditions nécessaires et suffisantes ». à ce propos. Cf. Les substances de cette sorte. autant d'espèces. ne sont ni complètement simples^ ni actes purs. au contraire. elle ne peut créer des individus exactement semblables et indiscernables. Je puis savoir ce qu'est l'homme ou le phénix et ignorer s'ils existent en fait. ment la chose apparait manifeste. mais autant d'individus. DE l'être et DK l'essence 7 . Dans les espèces matérielles. quelques paragraphes qui ouvrent de longues perspectives Remarquez aussi. DE L ETRE ET DE L ESSENCE. La pluralité brute. sur cet exemple. car aucune essence n'est intelliofible sans ses éléments constitutifs. p. posée hors de ses causes. Donc l'exis- tence est évidemment autre chose que l'essence ou la diversité des créatures. selon le principe que Leibniz devait rendre fameux. ces substances ne se réalisent pas en plusieurs indivi- dus d'une même espèce. ne se joint à l'essence que par juxtaposition et par addition. L'essence des choses simples. qui n'aboutirait point à varier les manières d'être. comme Avicienne ledit expressément. selon un langage modeste. car un seul suffît à égaler le type et aucune diversité des uns aux autres ne serait possible. mais impliquent un mélangée de puissance et voici com- . elle ne les multipliera pas. sans qu'on y englobe la moindre idée de son existence. mais dans les espèces purement spirituelles. quoique immatérielles. V 97 sont identiques quant à l'espèce et distinctes quant au nombre. la séduction qu'exerçait sur les hommes du moyen âge les arguments tirés des causes finales. A notre époque on préfère la recherche des causes efficientes ou plutôt. (2) Esse suo facto. Par suite. ne comporte point une telle multiplication et par là même . dans V Intellectualisme de saint Thomas de RoussHLOT. ïj2-jj^. son existence réalisée. Or n'importe quelle essence ou quiddité est concevable. Tout ce qui n'entre pas dans le concept d'une quiddité. c'est-à-dire. elle multipliera les individus et parce que nul d'entre eux n'épuise le type spécifique et parce qu'ils diffèrent tous les uns des autres. comme elle n'est pas reçue dans une matière. ne l'intéresse pas.

quia jam non esset esse tan- tum sed esse et praeter hoc forma aliqua et multo. per hoc quod forma recipitur in diversis materiis. vel advenit ab aliquo principio extrinseco sicut lumen in aère ex influentia solis. non potest esse nisi una unde oportet quod. C'est une trace de ce doute méthodique et provisoire. comme la brebis fuyant à l'aspect du loup. Omne autem quodconvenit alicui.98 DE ENTE ET ESSENTIA. quia jam esset esse non subsistens sed materiale. Saint Thomas la signale. (2) C'est l'hypothèse platonicienne des Idées séparées et subsistantes. vel est causatum ex principiis naturae suae sicut risibile in homine (3). Si autem ponatur aliqua res. Il y a d'autres exemples traditionnels.. quia impossibile est ut fiat plurifi- catio alicujus. jusqu'à nos jours. in qualibet alia re prceter . sit aliud esse suum et aliud quidditas vel natura seu forma sua unde in intellig-entiis oportet quod sit . per hoc quod unum est abstractum et aliud in aliquo receptum. eam. sicut multiplicatur natura generis in speciebus vel . dans la phrase suivante. quaî sit esse tantum ita ut ipsum esse sit subsistens. : . l'Ethiopien.. V tia vel quidditate. (3) C'est un exemple répété presque à chaque chapitre de Vlsagoge de Porphyre. Unde relinquitur quod talis res quae sit suum esse. Non autem potest esse quod ipsum esse sit causatum ab ipsa forma vel quid- (i) Nisi forte. esset alius a colore non separato ex ipsa sua separatione (2). mais ne juge pas néces- saire.. sicut multiplicatur natura speciei in diversis individuis vel . minus recipiet additionem materiae. sicut si esset quidam color separatus. hoc esse non recipiet additionem differentiae. esse praeter formam et ideo dictum est quod intelli- . nisi per additionem alicujus différent iaj.. gentia est forma et esse. nisi forte (i) sit aliqua res cujus quidditas sit suum esse et haec res non potest esse . et indéfiniment reproduit dans l'Ecole. utile aux bonnes démonstrations et dont le saint Docteur devait laisser l'exemple mémorable à chaque article de sa Somtne Théolo^ique : videhir qttod non. de l'écarter formellement. nisi una et prima.

une certaine forme. Or il est impossible que dans un être l'existence vienne de la forme ou de la quiddité. en tout être autre chose est l'existence. il y a donc nécessairement un certain être. Un tel être ne peut être qu'unique et premier. DE l'Être et de l'essence. Or ce qui tient son existence d'un autre. Tout ce qui appartient à un être. car par le fait même de sa séparation elle se distinguerait de la couleur unie à un sujet. qui donne . Elle souffrira encore bien moins l'addition d'une matière. la nature ou la forme.vu qu'un être serait ainsi cause de soi-même et se produirait soi-même ce qui ne se peut pas. tel est le cas du genre qui se divise en espèces . Une chose. parce que la forme est reçue dans des matières différentes. 11 reste donc qu'il ne peut y avoir qu'un seul être qui soit identique à sa propre existence. j'entends comme de sa cause efficiente. ou de quelque principe extrinsèque. en effet. enfin parce que la chose est ici abstraite et là concré- tisée. à moins que peut-être il n'y ait un être dont la quiddité et l'existence s'identifient. que l'intelligence est à la fois une forme et une exis- tence. mais une existence et. En conséquence. v 99 quiddité. tel serait le cas d'une couleur séparée. autre chose la quiddité. comme à sa cause première. comme le pouvoir de rire chez l'homme. tel est le cas de l'espèce qui se divise en individus . Il : faut donc que tout être. puisqu'elle ne serait plus une existence subsistante mais un sujet matériel. Supposons donc une chose qui soit une pure existence en sorte que son exis- tence constitue elle-même le sujet subsistant. Les intelligences ont donc une existence en plus de leur forme et c'est pourquoi nous avons dit . où il y a distinction entre l'existence et la nature. se ramène. tienne d'un autre son existence. puisqu'elle ne serait plus une pure existence. à ce qui existe de soi . comme la lumière dans l'air vient du soleil. lui vient des principes mêmes de sa nature. elle ne souffrira l'addition d'aucune différence. en plus. est multipliée parce qu'il s'y ajoute une différence. à part cette exception.

ressemble à la matière. eo quod ipsa est esse tantum alias iretur in . comme l'indique ce qui suit. III... .F///. cujus esse est aliud a natura sua. S'il n'y a pas composition de matière et de forme dans les substances simples. q. car.. Et quia omne quod est per aliud reducitur ad id quod est per se. infinitum in causis. Theol. est actus ejus. la distance entre les deux positions adverses est réduite au minimum. Une chose ne peut se produire elle-même. F7/. Omne autem. elle serait et agirait avant d'être. quas non est esse tantum. à propos de la seconde preuve de l'existence de Dieu « Nec invenitur nec : est possibile quod aliquid sit causa efficiens sui ipsius. Ergo oportet quod ipsa forma vel quidditas quae est intelligentia sit in potentia respectu esse quod a Deo recipit et illud esse rece- . : Remarque plus ifnpor tante : saint Thomas. Ergo oportet quod omnis talis res. subje- . en retient cependant quelque chose. Cf. recipere. après avoir exclu l'opinion qu'il juge fausse. » (2) Illius. lOO DE ENTE ET ESSENTIA. ptum est per raodum actus. est in potentia respectu illius (2) et hoc. habeat esse ab alio. V ditate rei. se réfère au mot : aliquid et non pas aux mots ab alio. dico sicut a causa efficiente. quia sic aliqua res seipsam in esse produceret. habeat causam sui esse. Patet erg^o quod intellig^entia est forma et esse et quod esse habeat a primo esse. cum omnis res. II. Par là. Et ita invenitur actus et potentia in intelligentiis. ut dictum est. quod receptum . quod est esse tantum et hoc est . Introduction. Cf.. ctum esse et omnia hujusmodi quae videntur rébus (i) Rapide et élégante réduction du principe de causalité au principe de contradiction. modéré et avide de la vérité totale. prima causa quas Deus est. De Substantiis Separatis.quod est impossibile (i. sicut ad causam primam^ ideo oportet quod sit aliqua res quae sit causa essendi omnibus rébus. quod recipit aliquid ab alio. est in eo. Cf. cap. Sum. il y a composition de puissance et d'acte et la puissance . p 9-10. par hypothèse. -pars I. art. quia sic esset prius se ipso. non tamen forma et materia nisi aequivoce (3) unde etiam pati.

cap. Aussi quelques-uns disent que ces sortes de substances se composent de ce par quoi il y a existence et de ce qui existe. faire fonction de sujet. sur l'analogie intermédiaire entre l'équivoque et l'univocité l'instructif d. et son existence lui vient du Premier P^xistant.pars I.r/. Tout être qui reçoit est en puissance par rapport à ce qu'il reçoit et ce qu'il reçoit l'actua- . Donc. qui est l'existence pure. laquelle est Dieu. et les autres qui. qui n'est pas existence pure. XIII. la quiddité de l'intelligence est identique à l'intelligence elle-même . conviennent aux choses à raison de la matière. c'est grâce à une équivoque. Poursuivons. Th. sans un doute possible. De même encore. 11 ne s'agit pas ici d'une pure équivoque. Contr. sans rien de plus. . puisque tout être. Il y a rapport et analogie entre la puissance et la matière. Autrement on irait à l'infini dans la série des causes. tient son existence d'un autre. mais non pas. s'appliquent à la fois aux substances intellec- tuelles et aux substances corporelles. C'est là la première cause. l'existence reçue de Dieu est ce par quoi la chose subsiste dans la réalité. semble-t-il. selon la remarque du Commentateur au III^ livre de l'Ame. Vdela qitest. Il s'ensuit que la forme elle-même ou la quiddité qu'est l'intelligence se comporte comme une puissance par rapport à l'existence qu'elle reçoit de Dieu et cette existence. dans le cas. comme nous l'avons dit. .sed sotum. unitas nominis Cf. Ubi est pttra œquivocatio nulla similitudo in rébus attenditur. c'est-à-dire d'une communauté de nom couvrant une diversité totale des choses.. lise. cependant. llb.: recevoir. Gent. De plus. la quiddité ou l'essence est la chose et . si ce n'est par équivoque. DE LETRR ET DE L ESSENCE. par là même qu'il est. ou de ce par quoi (3) Nisi œquivoce. comme nous l'avons dit. Ainsi se trouvent l'acte et la puissance dans les intelligences. Cf. l'intelligence est à la fois une forme et une existence. que les mots pâtir. V lOI l'existence à tous les autres. J. est assimilable à un acte.S. XXXI2I. sa propre existence. la matière et la forme. elle.

On a faussement attribué à saint Thomas un fragment d'opuscule. t. quac tenet ultimum gradum in esse sensibili ad formas sensibiles. si natura inteliectus possibilis esset ignorata (2). Cf. On y chercherait. est id quo subsistit in rerum natura et propter hoc . très bref opuscule qui porte encore cet autre titre : Quomodo Sîibstantiœ bonœ sint? Cf. mais on trouve un texte analogue. — Est ergo distinctio earum ad invicem secundurn gradura potentiae et actus.y t. ut Boetius dicit in I Prœdicam. Onde Comraentator dicit in III de Anima quod. pletur in anima huraana. Et quia. (i). ut Commen- tator dicit in III de Anima. Migne. Vives. P. ut dictum est.entaire de Boèce sur le premier prédicament. intelli^entiae quidditas est ipsaraet intelligentia. L. ita quod intelligentia supe- rior. XXVIII. p^ 609. LXIV. . dans son De Hebdoinadibus. iji i-i. du reste. non erit difficile invenire raultitudinem intelliofentia- rura quod esset impossibiie. 471. . quae plus propinqua est primo (3). a quibusdam hujusmodi substantiae dicuntur componi ex quo est et quod est. esset. Unde inteliectus poten- tialis ejus se habet ad formas intelligibiles sicut mate- ria prima.^i4. si nuUa potentia in eis . non possemus invenire multitudinem in substantiis sepa- ratis. p.102 DE ENTE ET ESSENTIA. Vives. le Commen- taire de saint Thomas lui-même sur le De HebdomadibziS. en vain la distinction réelle entre l'essence et l'existence dans les individus concrets. quae tenet ultimum gradum in intellectualibus substantiis. V ratione raateriae convenire. acquivoce conveniunt sub- stantiis intellectiialibus et corporalibus. Et quia in intelligentiis ponitur potentia et actus. ideo quiddiias vel essenlia ejus est ipsum quod est ipsa et esse suum receptum a Deo . portant ce titre : De quo est et quod est. (i) On ne lit point ce texte dans le Comm. vel ex quo est et essentia. d'ailleurs mal venu et ténébreux. habeî plus de actu et minus de potentia et sic de aliis et hoc com- . telle que saint Thomas l'a conçue et telle qu'il l'expose dans ce De Ente et Essentia Cf. col. ut Commentator in III de Anima dicit et ideo Philosophus comparât eum tabulae rasae. XXVIII. t.

ces êtres aucune puissance. Aussi le philosophe le compare- l-il à une table rase où il n'y a rien d'écrit. en effet. s'il ne se trouvait dans . car elle tient le dernier rang dans l'existence sensible. . nous ne pour- rions pas savoir que les substances séparées sont susceptibles d'être multipliées. selon ce que dit Boèce dans son Commentaire des Prédicaments. se tient au dernier rang des choses existantes que nous connaissons. plète par l'âme humaine qui occupe le dernier rang parmi les substances intellectuelles. Primo. — Elles se distinguent donc entre elles selon leur degré d'acte et de puissance . potentialité dans notre propre intelligence. au sommet de toutes les choses possibles ou existantes. puisque dans les intelligences il y a puissance et acte.par sa nature même. qui se (3) : tient. qui approche davan- tage du premier principe. a plus d'acte et moins de puissance les autres à l'avenant . l'âme humaine. selon le Commentateur au III^ livre de l'Ame. bien que cette existence. si nous ne constations pas de la . En consé- quence. à plus forte raison serions-nous hors d'état d'affirmer qu'il en existe dans les Intelligences séparées. qui de toutes les substances intelligentes est la plus potentielle. les Anges par analogie avec nos plus hautes facultés et. Il s'agit de Dieu. ainsi une intelligence supérieure. dans la même situation que la matière première par rapport aux formes sensibles. touche de si près la matière qu'elle s'empare d'une chose matérielle et la fait participer à sa propre existence de l'âme et . par son imperfection même. en tant (2) Nous concevons. sous-entendu actui. par rapport aux formes intelligibles. du corps. en effet. résulte une seule existence dans un seul composé. leur multiplication ne rencontre pas de difficul- tés mais elle serait impossible. Son intellect pos- sible se trouve. si la nature de l'intellect possible nous était inconnue. livre I^^\ Et. V lOO il y a existence et de l'essence. C'est pourquoi. comme la matière. selon le Commentateur au III^ livre de rAme. DE L ETRE ET DE L ESSENCE. et la série se com- .

non sit dependens a corpore (2). avec la plus parfaite précision. selon une forte et juste expression. 164. VI. c'est le corps qui contient l'âme. l. prout est animae. Quel en est le sens exact ? Aristote ne parle pas ici de l'intellectagent. 468 — et le commentaire de saint Thomas. « qui potens est omnia facere intellig-ibilia ». Et propter hoc. Vives. parce qu'elle était composée de tous les éléments. la formule exprime la seule réceptivité de l'intelligence et pourrait s'interpréter dans un sens trop empiriste. In quibus etiam invenitur ordo et gradus usque ad primas formas elementorum. De Anima. qui ont. p. depuis Aristote. Mais ce serait trahir les péripatéticiens et les scolastiques. inve- niuntur aliae formae plus de potentia habentes et magis propinquae materiae. qui était une autre forme de l'innéité. car. ce sont les opinions des anciens physio- logues. quia inter alias subslantias inlellif^ibiles plus habet de potentia. II. c'est l'âme qui tient ensemble les diverses parties du corps : . en réalité. ut res materialis trahatur ad participan- dum esse suum. 1. il n'est peut-être apparu aucun philosophe important. toin. Prise en elle-même. Et ideo post istam forraam quae est anima. mais de l'intellect patient ou possible. nisi secundum exigenliam quali- tatum activarum et passivarum et aliorum quibus materia ad formam disponitur (4). — et la théorie platonicienne de la réminiscence. pour l'admirer ou la combattre. t. (2) Suivant les images usuelles. p. ita quod ex anima et corpore résultat unum esse in uno composiio. c'est-à-dire de l'intel- ligence proprement dite. V in qua nihil est depicturn (i). Ce qu'il entend exclure. mais. III. tout en expliquant par quelle voie celles- là proviennent de celles-ci. intantum quod esse eorum sine materia non est (3). XXIV. suivant lesquels l'âme pouvait tout connaître. quamvis illud esse.104 DE ENTE ET RSSENTIA. distingué les idées des images. quae sunt propinquissimae materiae unde nec aliquam . ideo efficitur in tantum propinqua rébus materialibus. operationem habent. c. Didot. (i) Cf. le texte même d'Aristote. qui ne l'ait citée. « qui potens est omnia fieri ». Peu de comparaisons eurent une aussi longue et aussi univer- selle fortune.

on en trouve d'autres plus potentielles encore et plus proches de la matière. Avant saint Thomas. Enfin. C/. Partout. Dans l'ensemble de la scolastique. J. II. se cachent des formes. du formel partout. Il y penchait donc déjà. sous une forme nouvelle. si je puis dire. sinon Descartes lui-même. ne fut aussi catégorique que lui sur ce point. on soutint dans l'Ecole la pluralité des formes dans un même individu. Or la manière dont s'exprime ici saint Thomas implique logique- ment l'unité. Si les formes inférieures ne sont pas de l'esprit. cap. suivant une gradation. jusqu'aux premières formes des éléments qui sont le plus proches de la matière. Il y a. à un certain degré d'élévation. malgré les quelques hési- tations que nous avons signalées plus haut et que l'on retrouve dans son Commentaire des Sentences. (4) Ce texte suppose. q. (3) Leibnitz disait : il y a de la pensée partout . d. LXXXVII. il excédait. Elle est le principe de la vie véj^étative. après cette forme qui est l'âme humaine. v io5 qu'elle appartient à l'âme. Aussi ces der- nières n'agissent-elles que d'après les exigences des qualités actives et passives et des autres choses qui préparent la matière à recevoir une forme. lettre I. VIII. autour de lui. a. DE l'Être et de l'essence. ^. a. toute la perfection de l'homme vient immédiatement de son àme. II. III. d. LU. C/. et après lui. i. Cf. q. 2 — In l. la connaissance des doctrines médiévales sur les Eléments. l'antique tradition platonicienne et se représen- tèrent l'homme comme une résultante de deux êtres acciden- tellement unis. à ma connaissance. pour être compris. chap. Sutnina contra Gent. où se . toute la détermination. Tout l'être. reprirent. anima continet corpus. qui est une création continue de l'organisme. Les cartésiens. IV. au point qu'elles n'existent pas sans celle-ci. et l'armature du monde matériel lui-même n'est pas de la matière. I. fleurit la pensée. travaillant et organisant. Mais il est vrai qu'il n'y a nulle part de la matière pure. In l. Elles s'échelonnent également. la théorie des Eléments est un carrefour. Je cite Fénélon parce qu'aucun cartésien célèbre. qui ne pensent point toutes. par exemple Fénelon Lettres sur qtielqties : Sîijets de métaphysique et de retigion. ne dépende pas du corps. mais qui toutes appartiennent à une hiérarchie où. elles lui sont analogues .

V Commentaire Le moyen âge s'occupa beaucoup des êtres invi- sibles. les Eléments sont les corps indécomposables qui. rejoignent l'astronomie. Par conséquent : Les formes. Le feu. Mus par elles. Chacun : se compose. l'eau et la terre. Elles constituent une sorte de cinquième élément. qîiinta essentia. qualité première est la fluidité l'eau circule à la surface de la . Au-dessus se meuvent circulairement des substances plus par- faites. dans les mixtes ou composés. par les Néo-Platoniciens. occupe la région opposée. et j'ajoute. la physique et la méta- physique. la chimie. a pour lieu naturel la région la plus élevée. et pour qualité primaire la chaleur. selon des mesures diverses. terre et sa qualité première est le froid. absolument léger. changeant. par l'Ecriture et les Pères. chrétienne et païenne. très métaphysicienne. et d'un autre côté. Selon l'opinion alors commune. sans parler des sciences mystérieuses comme l'alchi- mie ou l'astrologie. incorruptibles. — La terre. très voisines de la matière. les Arabes. corruptible. d'une matière et d'une forme qui constituent son essence et d'où découlent ses propriétés. On saisit la ressemblance avec ce que nos chimistes de maintenant nomment les corps simples. par leurs diverses combinaisons. toujours nouveau et privé d'un équilibre définitif.I06 DE ENTE ET ESSENTIA. en lui-même. absolument lourde. pour mouvement l'ascension rectiligne. — Entre ces deux éléments extrêmes s'intercalent l'air et l'eau l'air avoisine le feu et sa . dont les influences pénétrantes et mysté- rieuses dirigent les combinaisons terrestres. Ce sont là les Eléments du monde sublunaire. se meut de haut en bas et possède pour qualité première la sécheresse. engen- drent tous les autres corps. en effet. soucieuse de la continuité intellectuelle.comme il convenait à une époque très reli- gieuse. dont parle ici . Il y a quatre éléments le feu. l'air. par Arislote qu'influencèrent sans doute les religions grecques et peut-être même les asia- tiques. Cette préoccupation. lui était imposée par toute l'antiquité. les Eléments s'altèrent les uns les autres dans leurs qualités et finalement se transforment par leur fusion.

Le saint Docteur revint sur ce sujet. l'action réciproque des qualités les unes sur les autres. Ce chapitre roule précisément sur les Anges. Mais peut-être saint Thomas n'accepta-t-il que sous bénéfice d'inventaire toutes les sciences de son temps. — Les qualités passives. ce sont les formes substantielles des Eléments des corps dits simples. Bernard Allô. le De Spiritualibus creaturis et la Première Partie de la Somme ihéo logique. Th. étude sur la Personnalité de saint Thomas d'Aquin. 11 de Cœlo et Mztndo^ lect. v 107 philosophique. il a signalé que le système astronomique d'alors n'était peut-être qu'une hypothèse. professeur à Fribourg. aux quatre saisons et aux quatre âges de la vie. art. Saint Thomas a-t-il cru à cette science compliquée et cepen- dant enfantine ? Il semble bien que oui. Dissert. p. la Somme exceptée. des plus cultivés aux plus incultes. Ce qui s'explique et par ses habitudes per- sonnelles. Les mots : aliorum désignent. surtout en philosophe et en homme préoccupé des traditions profanes. « Forte secundum aliquem alium modum. ^2. saint Thomas. que saint Thomas nomme plus philosophiquement les Intelligences. 1. pendant des milliers d'années. et l'action directrice des astres. On ne cite pas de textes analogues sur les éléments.^ p. Le li- mousin Antoine Goudin la reproduit encore à la fin du xvii* siècle . — et Sinn. Cf. XVll. Je trouve la doctrine du feu élémentaire àzxis \xne .^ien et en philosophe. correspondant aux quatre humeurs. le sec et le tluide. La foryne qui est l'avant. A deux reprises. Les qualités actives. ainsi fait Billuart au xyiii*. je pense. mais. 11. De opère sex dierum. 77. et par la nature des questions alors agitées. Tel est l'avis du P. 1. nondura ab hominibus comprehensum. art. c'est le chaud et le froid. la théorie des quatre éléments. Il en parle à la fois en théolo<. apparentia circa stellas salvantur » Cf. Venue du fond de l'antiquité grecque et peut-être même du fond de l'antiquité égyptienne. qu. In lib. DE l'Être et de l'essence. 28 de son opuscule :Za Paix dans la Vérité. ad 2. notamment dans le De Substantiïs sepa7^atis. a régné sur tous les esprits.dernier mot du texte désigne la forme des corps mixtes ou composés.

Pair. histoire d'une hypothèse. et les analyses de Lavoisier l'ont reléguée à jamais dans le monde des chimères. dans sa Stintfna Philosophiœ. tome II. à Valence. mais vivre c'est risquer à ne pas . soit chez nos adver- saires. Cf. à chaque époque.inne : Les quatre élém-ents. ni même toujours au xvii*. Mais. Aujourd'hui elle est tombée dans un tel décri qu'on en trouve difficilement des exposés. Voilà une preuve. malgré ces fidélités désespérées. elle s'effritait lam- beaux par lambeaux depuis la Renaissance. édition Ehrle. l'eau.I08 DE ENTE ET ESSENTIA. à nous scolastiques actuels. cependant. Valence. section III. il fallait au XVI* siècle. 1Ç04. de reviser avec soin les idées parfois très hétérogènes qui. Saint Tho- thèse soutenue à Poitiers en 1776. Philosophia S..J. que l'Ecole s'assimilât les sciences. tome III. Lam. même historiques. relatifs à ce sujet. S. des principales et des plus lamentables causes de l'hostilité des savants modernes contre toute la scolastique. ont été réunis par Cosme Alamanni. De quatuor élément is. le feu. attribzis hztjus temporis accoinniodata. Morin^ Dictioiinaire de théologie et philosophie scolastiques. Aquinatis. On ne le vit point au xvi' siècle. 1820. et surtout la très instructive étude de M. entre dix autres. qu'il est utile. Th. l'espagnol Puigserver enseigne tout entière la théorie des quatre éléments. Cf. quand on aime la vérité pure. Comme saint Thomas avait pris hardiment tout ce qu'ils avaient de bon au païen Aristote et aux Arabes. même en ce qu'elle a d'excellent et d'éternel. la terre. Enfin. livre VIII'. Ici Le saint Docteur rechercheseulement quelle est leur nature. Ce fut l'une des premières. en 1820. — C'était périlleux ! — Peut-être. V 4f rexistence des Anges n'est pas mise en cloute. art. chez Lethielleux. pîiblié par Migne. Bruxelles. risquer il y a encore un plus grand péril. intrin- sèquement indépendantes de la matière. Les textes de saint Thomas. Notons enfin que cette fragile enveloppe scientifique nous paraît. s'agglutinent ensemble et font bloc dans les esprits. puisqu'on en meurt. et ce. tome I. soit chez nous. abstraction faite des témoignages sacrés. i'^ Comment pouvons-nous concevoir les Anges? Par comparaison avec nos meilleures facultés. Eléments . Cf. . aisément séparable de la solide métaphysique de l'École.

de celui qu'on exerce sur soi autant que sur les autres. n'ayant en soi aucun élément matériel et n'adhérant à aucun. les substances d'une même espèce se multiplient grâce à la matière accrue de la quantité ainsi il y a plusieurs hommes. comme la vie physiologique. Un peu plus d'esprit critique. 3*^ Dans l'ordre sensible. si nous ignorions la nature de notre propre esprit. s'assimile. DE LETRE ET DE L ESSENCE. Là où ni la quantité ni la matière ne se rencontrent. les immatérialise elle est donc elle- . supposer des formes pures. rejette. à la même famille que l'âme humaine. tout en lui étant supé- rieurs. telles doivent être les formes plus élevées. eut sauvé l'Ecole de son long désastre. en tant qu'elle est intellectuelle. à plus forte raison. se distinguent de la matière et lui sont supérieures. trie. Il peut donc y avoir des espèces distinctes. Il est possible que les Anges soient exempts de toute matière. je crois. et saint Tho- mas s'oppose par cette réponse à la presque totalité de ses prédécesseurs et de ses contemporains. 2° Y a-t-il en eux une matière ? Non. Elle ne se conserve et à plus forte raison ne pro- gresse qu'à cette condition. La vie intellectuelle. On peut donc. et. il en est ainsi les Anges appartiennent. pour se rendre les objets intelligibles. En réalité. .plusieurs minéraux de la même nature. plusieurs : tilleuls. en effet. non seulement sans absurdité. Or l'âme humaine. . élément principal dans le êtres même sensibles. le fond de ses raisonnements. même immatérielle. qu'il prouve qu'il les appelle leur immatérialité par le mode de connaissance de l'âme humaine. l'indique par là le même des Intelligences. mais par une hypotèse qui est le pro- longement normal de ce que nous apprend une induc- tion certaine. selon lui. un seul principe de diversité reste possible c'est l'espèce : elle-même. V IO9 mas. sans dire en termes exprès. Voici. nous ignorerions la nature angélique. et que. du bon. car les formes.

Dieu excepté. l'acte pur. . se composent d'une essence et d'une existence essence qui est une puissance. hormis un seul. Donc. Dieu. V mais non des individus distincts dans une même espèce. n'im- porte quelle essence. Voici la preuve qu'en allègue ici saint Thomas : Chaque fois que deux concepts sont distincts.. existence : qui est un acte et la simplicité de l'essence n'exempte . velle et diverse.. — Des formes intelligentes. pour leurs opérations les plus excellentes ni pour leur existence ce sont les : âmes humaines. pas de cette infirmité capitale. mais objectivement distinctes. végétales et animales. au point que l'un n'entre pas comme élément dans l'autre. parmi lesquelles règne une hiérarchie plus nombreuse. ils correspondent à deux réalités. s'en rapprochent par ce qu'il y a de plus fondamental chez elles. plus diversifiée et d'ailleurs incomparablement plus splendide que parmi les humbles formes minérales. jusqu'à la perfection absolue. des formes intelligentes complètement immatérielles. naturellement organisatrices d'une matière dont elles ne dépendent pas absolument. La majeure implique une robuste et saine confiance dans la raison ce qui est une des caractéristiques de . Celles que nous connaissons se divisent en trois grandes classes : Des formes inintelligentes. qui est le degré inûme de l'être. en effet. peut-être inséparables. celui qui se trouve immédiatement au-dessus du rien. Depuis la matière elle-même. s'échelonne une série de formes de plus en plus éloi- gnées du premier terme et de plus en plus proches du second à chaque échelon apparaît une espèce nou- . toujours rivées à une matière.IIO DE ENTE ET ESSENTIA. Mais qu'est-ce qui rend possible la multiplicité des espèces ? C'est leur plus ou moins de perfection. quoique très supérieures aux êtres corporels. du reste. — Puis. Tous les êtres. 4*^ Les formes pures. se conçoit sans l'existence correspondante. Or.

v m l'Ecole et très spécialement du thomisme. est l'Etre même. qui ne reçoit pas et qui donne. une belle preuve de l'existence nécessaire de Dieu. : Ici nous touchons du doigt la contingence radicale des créatures. Tant que nous n'avons qu'eux. l'exis- tence. il est. Tout être contingent dérive d'un être absolu car une existence . lui seul existe essentiellement. nous voilà au rouet. cependant. juste et divin : qui le rabaisse le moins. des plus hautes aux moin- dres. — Celui qui fait ce don. suivant qu'il s'agit d'une essence spécifique ou générique. il est voilà le mot unique. ne peut être. Or de matière il ne saurait être question. Elle est. Saint Thomas nous esquisse. contingente. ou d'une différence. Nous pousserons aussi loin que nous voudrons la série des êtres qui reçoivent. s'il s'y joint. Par là. fait aussi que Dieu est nécessairement unique. . DE l'Être et de l'essence. En lui seul essence et exis- tence ne font qu'un. c'est en s'y ajoutant facit composïttonem. c'est Dieu qui. la plus simple essence . Si elle est reçue d'un être qui lui-même reçoit. Saint Tho- mas l'établit d'un mot on ne peut concevoir une : essence sans les éléments qui la constituent par suite. logiquement. au-dessus de toutes les créatures qui n'exis- tent que par bienveillance et largesse. quelles que soient leurs inégalités. c'est une existence reçue. ce suprême privilège le maintient. en face du Dieu infini. sans tenir un commencement d'explication. Dieu est par soi-même . en Dieu. par un contraste infini avec ses créatures. elles sont toutes égales. sans comparaison possible. elle ne jaillit pas de leurs entrailles. qu'est-ce qui multiplie numériquement une essence ? C'est l'accession d'une matière quantitative. aucune multiplicité n'est concevable. elle a donc une source . ce qui n'entre pas dans le concept d'une essence ou ce sans quoi une essence est connue. Il est. 5° L'identité de l'existence et de l'essence. En effet. Hors de là. l'existence leur est conférée du dehors. et c'est le premier subsistant. à ce propos. Dieu est la plus pure des formes pures.

(Cf.LIV. transmise jusqu'aux latins du xiii® siècle par la double voie des Arabes et de plusieurs Pères. Il est donc inévitablement unique. originale. Richard de Médiovilla. de plus féconde. novembre ipi2). Gilles de Rome la défend. le texte. qui est le centre même de la métaphysique. Voilà une démonstration profonde.II. solide. à laquelle. cette doctrine capitale n'a été appro- fondie pour la première fois et mise à sa vraie place. saint Thomas s'est élevé jusqu'à l'une des thèses les plus célèbres du thomisme. et le plus digne de l'être. Mais quelle est donc. A son avis. Esse idem est quod essentia rei . V des essences simples . lïb. dans la Revue Néo- scolastique. car une différence impliquerait une diversité intérieure en Dieu. peut-être. fut le dominicain Thierry de Fribourg. de plus rayonnante. publié pour la première fois. cojttra Gent.LII. par le D"^ Krebs. Godefroy de Fontaines l'attaquent. Dès les années qui suivirent la mort de saint Tho- mas des discussions s'élevèrent à Paris sur cette distinction réelle entre l'essence et l'existence. dans son opuscule De Esse et Esseniia. par exemple Su7nm. pas davantage. et sa per- fection même l'exige. Il y est revenu très souvent. D'origine mal démêlée encore mais probablement néo-platonicienne. que par saint Thomas d'Aquin.112 DIC ENTE ET ESSENTIA. professeur de théologie à Paris de I285 à 1289. de plus simple et de plus grandiosement synthétique : la distinction réelle entre l'essence et l'existence dans toute créature. alors qu'il n'y a en lui que l'existence uni- forme. la vérité importante et non superficielle qui n'impose à l'esprit une préparation laborieuse ? * * D'un progrès insensible. mais Henri de Gand. en quelque science que ce soit. ne seront accessibles que les esprits déjà versés dans la métaphysique scolastique. — de différence. cap*LII.. poussa l'offensive avec plus de méthode. Celui qui. s'il n'en est pas de plus lumineuse. il est vrai. il le .

pour une distinction logique plus ou moins fondée dans la réalité. de Boèce. Rémi Hourcade dans le Bulletin de littérature ecclésiastique. sans affirmer qu'elle existe. ipio. professeur à Naples. de théologie catholique. puisque les deux sont identiques mais on peut concevoir une . dans la Bonne Parole. Mais la vérité thomiste s'est suscité d'excellents défenseurs. ipop. Thierry n'aHgne pas moins de douze argu- ments. à la suite de leurs chefs. l'erreur fonda- : mentale du thomisme. essence.S. dont il cite un texte emprunté à ce chapitre 5 du De Ente et Essentia. Quatorze méprises fon- damentales. de saint Augustin. il réplique en distinguant entre concevoir et affirmer. Chossat. » Cj. Plus tard les Scotistes et les Suaréziens. Piccirelli. Leurs héritiers actuels se montrent fort animés je : pense au P. nous. parce que l'on n'analyse pas le concept ou parce que l'on songe à l'essence en tant que simplement possible. Voici le fond. 53o. février. en partie exprimé. qui a écrit une Disquisitio sur ce sujet au P.. dont six sont rationnels et les autres tirés de l'autorité du Liber de Causis. Il réfute ensuite les partisans de la distinction réelle. DE L'ÊTRE ET DE L'ESSENCE g . J. On ne peut concevoir une essence sans l'existence. auteur de l'article La Nature de Dieu diaprés les : Scolastiques (Dictionn. et notamment saint Thomas. l'existence est un accident : ce qui est impossible . verdict « Nous appelons cela. fasci- cule xxix) et au P. v ii3 redit sans cesse et va jusqu'à cette formule Essentia : re et ratione non differt ab esse. . mais restant toujours en deçà d'une distinction complètement réelle. d'Aristote. DR l'Être et de l'essence. janvier. prirent parti. Déodat Marie qui a prononcé ce . ce qui est la base même de la thèse thomiste. J'en indique quelques-uns : Une longue étude de M. en partie latent. i° Il suppose que. 2° à la possibilité de concevoir une essence sans l'existence réelle. séparés du reste entre eux. p. J.. S. de son abondante argumentation. Pour soutenir sa thèse. d'après la thèse de la distinction réelle.

P. O. F/. dicitur quod Deus non habet essentiam quasi pura existentia sit. : Les premières disputes sur la distinction réelle entre l'essence et l'existeficCy Revue Thomiste^ nov. Selon lui. O. sophi (i) dicentes quod Deus non habet essentiam. ifi Post. l'origine de cette idée se trouve dans les premiers Pères de l'Eglise. : De veritate fundamentali philosophiœ christianœ.-déc. 81. — Voici quelques autres défenseurs de la distinction réelle : DoTnet de Vorges : La Constitutio7i de Pêtre^ chap. quia essentia ejus non est aliud quam esse ejus. Le R. V. Comment. (i) Quels sont ces philosophes ? Cajetan dit simplement : « Quia ipsum existere est essentia Dei. Et ex hoc sequitur quod Ipse non sit in génère. Clément d'Alexandrie. P. P. qui refusait à Dieu tout autre attribut que l'être. et surtout saint Hilairc de CAPUT SEXTUM Qualiter sit essentia in diversis ? His visis. Aliquid enim est. Les modernes vont à .114 ^^-' liNTE ET ESSENTIA. patet quomodo essentia invenitur in diversis. VI mars 1908 : Essence ei existence à propos d'un livre récent. Invenitur autem triplex modus habendi essentiam in substantiis. Père ne croit pas.. qu'Aristote ait expressément pensé à cette distinction). Fribourg. cujus essentia est ipsum suum esse et ideo inveniuntur aliqui philo- . Le R. comme Cajetan l'a cru. moins étendue et en français La vérité fondamentale de la : philosophie chrétienne^ Toulouse. del Prado. P. Origène. içio. cap. Ce R. Analyt. Même thèse. à savoir un demi-agnosticisme subtil. ideo a quibusdam» Platonicis scilicet. » Peut-être y avait-il là plus qu'une singu- larité de mots. sicut Deus. Mandonnet. (Indications sur les origines néo-platoniciennes de la théorie.

enclin comme un moderne à adorer le mystère de la nature divine plutôt qu'à l'éclairer. C'est la plus pure joie métaphysique. Il y a d'abord Dieu. On la trouve. DE L ETRE ET DE L ESSENCE. profond sentiment de la transcendance divine. sophes.13 6. — Mgr Mercier : Onto- logie. on commentait le pseudo-Denys. on s'émeut. l'agTiosticisme par une défiance excessive des forces de la raison au moyen âge. si dangereux. 108. Il est profond. . à l'occasion. Il convient. de ne pas entendre trop à la lettre certains textes des Noms divins et de la Théologie mystique. ques. comme disait le P. on plane. l'esprit éprouve le charme très rare de s'en- voler jusqu'aux plus hautes régions. véritablement médullaire. — Guido Mattiusi : Distiitsione tra l'Es sens a et P Es s ère. D'après ce qui précède. puisque son essence n'est pas autre chose que son existence. Puis. A le lire d'une lecture méditée. très riche. — Du même auteur : Abrégé de Métaphy- siquey tome 11^ chap. Puis on admirait. sans se perdre dans les brumes. par un . on voit avec évidence comment l'essence se réalise dans les différents cas. VI IID Poitiers. * * On voit l'importance des questions agitées dans ce chapitre de haute métaphysique. on s'élève. l'intensité de la vie intellec- tuelle de l'auteur a infusé à ces pages austères une secrète chaleur sous leurs formules quasi algébri- . on y penchait. A mesure qu'on avance dans la lecture. en qui l'essence est identique à l'existence elle-même aussi. en particulier. réalisée de trois façons dans les substances. p. « frémit le germe du sublime ». Gratry. XXIV. si séduisant. selon quelques philo- . CHAPITRE SIXIÈME Ce qu'est l'essence dans les différents êtres. en effet. Dieu n'a point d'essence.

on ne parlait pas de l'existence universelle. Esse autem commune. in Commento nonae propo- . Part. identique comme telle . cf. des textes moins concis Summa contra Gen- : tiles^ lib. Dist. I. cap. per ipsam suam puritatem (4) est esse distinctum ab omni esse propter quod. L'existence. quod Deus est esse tantura ut in errorem eorum incidamus qui Deum dixerunt esse (2) illud esse universale. est per puram bonitatem (5) ejus. quod Deus est. si dicimus. In Sentent. dans tous les individus. V. a cependant une existence séparée en chacun d'eux et toutes les différences n'ont d'autre raison . de soi. quae est esse tantura. VI quia omne quod est in génère oportet quod habeat quidditatera praeter esse suura. et comme il n'existe rien que de singulier. IV. — Mais. a cependant une réalisation distincte dans chacune de même. — Cf. diversifié et non diversifiant ? Sans doute toutefois. S. fait exister.Il6 DE ENTE ET ESSENTIA. II. quœst. sed esse est in diversis diversiraode (i). en détermi- . identique comme . C'est ce qui nous a engagé à traduire esse universale par l'être universel. Je les ai interprétées d'après Cajetan qui sigtiale leur étonnante subtilité: mira subtilitate . VIII. mais de l'être. et l'autre un nom signifiant existence. 7. dicitur quod individuatio primae causae. La forme détermine. lib. Sur la transcendance divine elle-même par rapport à n'importe quel genre. cum quiddilas aut natura geaeris aut speciei non distingualur secundum rationem naturae in illis quorum est genus vel species . quaest. sicut in (i) Les dernières lignes du texte embarrassent tout d'abord.voilà une première analogie et il y en a une autre. tel dans toutes les espèces. que valent-elles ? L'exis- tence n'est-elle pas un élément uniforme. précise. art. III. — Summa Theologicay P. d'être que d'aboutir à cette existence distincte qui est leur achè- vement. de soi. l'un est un verbe. fait qu'une chose est ce qu'elle est . I. hujus conditionis est ut nuUa sibi additio fieri possit unde . une espèce. Hoc enim esse. un genre. (2) Voici deux esse . Dans les discussions pour ou contre l'Onto- logisme moderne. Nec oportet. (3) ForTnaliter. I. sitionis Libri de Causis. BoNAVENTURE. XXV. comme une forme. quo quaslibet res forma- liter (3) est. art.

la pureté. ne peut être multipliée et reste unique. suit parce que tout ce qui entre dans un grenre a nécessai- rement une quiddité distincte de l'existence. en effet. L'existence universelle. la simplicité. est de telle sorte qu'il ne souffre aucun enrichissement . dans l'erreur qui identifie l'être divin avec l'être universel. comme les autres substances immatérielles. t. par lequel toute chose existe. nant elle achemine vers l'existence. . si chaque nature angélique. signifie l'incomposition. sifie. à l'intérieur d'un même genre ou d'une même espèce. aussi sa propre pureté le sépare-t-elle de tout autre être et c'est pourquoi. (5) Puram bonitatem : Comme on le constate à la lecture du texte allégué et du commentaire de saint Thomas. ici. méritant le nom de bonté parce qu'elle attire l'amour (Bonum est quod omnia appetunt) — et aussi un principe de perfection pour d'autres êtres. qui est Dieu. une bonté qui se communique (Bonum est diffusivum sui) sans ébrécher le moins du monde sa propre individualité. p. Cet être. est individualisée par son absolue perfection. pour chacun. elle est assimilable à une forme. à plus forte raison en ira-t-il ainsi de la Divinité qui ne souffre même pas. neuvième proposition dit Livre des Causes y il est dit que la première cause. Si nous disons que Dieu est pure existence. Et. la quiddité ou la nature est identique chez tous les sujets et c'est l'existence qui. dans le Commentaire de la . L'existence est la perfection dernière qui suppose et complète les autres . vi 117 Il de là que Dieu n'entre dans aucun genre. n'en exclut aucune . Personne n'a jamais rien trouvé de plus profond contre le polythéisme et le panthéisme. DE l'Être et de l'essence. par là même. de même qu'elle n'enferme dans sa quiddité aucune addition. par le fait. au contraire. une excellence absolue. car elle se donne en créant. Vives. par là. parce qu'elle n'est reçue en aucune matière. En effet. se diver- . étant l'existence tout court. XXVII. nous ne tombons point. une composition de l'essence et de l'existence. S3^~S39> c®^ deux mots désignent ici une perfection complète. (4) Une eau pure est une eau non mélangée .

si hoc esset. loin de faire composition avec lui. p. in illa una qualitate omnes qualitates haberet. imo habet omnes perfectiones quas sunt in omnibus generibus. cependant. quia. propterquod perfectum simpliciter dicitur. dans Aristote. dans laquelle ces perfections se fondent. ut Philosophus et Commentator. (3) N'avoir pas de matière. quamvis essentia sit sine materia (3) . quod intelligentias sunt finitae supe- (i) Le sens de ce texte se trouve en effet. in V Metaphys. Cf. luta. omnes perfectiones habet. Vives.. in quibus est aliud esse quam essentia ipsarum. les unifie. elles . quia in eo omnes unum sunt. non recepta in aliqua materia. mais ni cette perfection ni cette simplicité . di- cunt (i). ne sont autre chose que les multiples faces de sa très opulente unité. le commentaire de saint Thomas. L'unité divine. Secundo modo invenitur essentia in substantiis creatis intellectualibus. c'est une perfection et c'est avoir une essence simple. sed in aliis diver- sitatem habent et hoc est quia omnes illae perfectiones .Il8 DE ENTE ET ESSENTIA. à raison de son être que nous concevons comme leur racine et le principe qui les exige et. mais sous des mots trop concis et obscurs. in ipso esse suo. ita nec includit in intellectu suo aliquam praccisionera addi- tionis . nihil posset intelligi esse in quo super esse aliquid adderetur. sicut si aliquis per unam qualitatem posset efficere operationes omnium qualitatum. conveniunt sibi secundum (2) suum esse simplex . non oportct quod deficiant ei reliquae perfectiones vel nobilitates . tome 24. in Libro de Causis. Similiter etiam. s6ç. VI intellectu suo non includit aliquam additionem. recipitur ad modum recipientis. (2) La Divinité possède des perfections. quamvis sit esse tanlura. unde esse earum non absolutum (4) sed receptum est et ideo limitatum et finitum ad capacitatem naturae recipientis sed natura vel quidditas earum est abso- . Et ideo dicitur. — Le Sed qui suit annonce à la fois un renforcement et une diversité. Sed habet eas modo excelleniiori omnibus rébus. ita Deus. Il y a là comme une application suprême du :Quid- quid recipitur.

mesurée à la capacité de la nature qui la reçoit. parfait en son espèce. tant que l'essence et l'existence restent distinctes. essence. conformément à l'étymo- log^e. par contre. mais reçue dans un sujet et par là limitée. Et pourquoi cela ? Parce que toutes lui appartiennent en vertu de son existence non mélangée. en effet. Leur nature ou quiddité. manquent au contraire il possède toutes les perfections . Dans ces substances. non limité. et comme une suite de la séparation. par suite leur existence n'est pas indépendante. V Absolu désigne. ne sont complètes. Supposez qu'un homme puisse par une seule qualité accomplir les opérations de toutes les autres. possède toutes les perfections. n'étant reçue dans aucune matière. elles ne le sont point par en bas. en particu- lier. non lié. bien qu'il soit l'existence tout il ne s'ensuit pas que les autres perfections lui court. finies à l'égard de leur existence qu'elles tiennent d'un être supérieur . dans son : existence même. en elle seule il les posséderait toutes ainsi Dieu. Dieu. (4) AbsohUum. de tous genres les ce qui lui vaut d'être nommé : parfaitsans autre épithète. au Livre des Causes y que les intelligences sont limitées par en haut et sans limite par en bas. autrement. les réalités métaphysiques. De même également. indépendant. Mais il les possède sous une forme autre et plus excel- lente que tous les autres sujets. quoique celle-ci soit immatérielle . est indépendante. DE l'Être et de l'essence. car leurs formes ne se limitent pas à la capacité d'une matière qui les reçoit. non sans obscurité du reste. Elles sont. comme parlent le Philosophe et le Commentateur au F^ livre de la Métaphysique. Ici il signifie tout d'abord. Aussi dit-on. il y a l'essence des substances intel- lectuelles créées leur existence est autre que leur . séparé. En second lieu. vi 119 car. comme nous l'avons dit. parce qu'en lui toutes sont une même chose. tandis que dans les autres sujets elles diffèrent. . Chez les modernes. on ne comprendrait pas qu'il existe des êtres où il y a autre chose que l'existence.

illud esse semper remanet individua- tura. quia non acquiritur sibi esse indivi- duatum nisi in corpore cujus est actus. Cf. — Mais elle n'est pas tirée de la matière elle jouit. substantialis coaptatio . Sutntn. Voilà des expres- sions ingénieuses mais qui prêtent à l'équivoque. individuatio pereat . — Et licetindividuatioejus ex corpore occasionaliter (2) dependeat. ad esse suum quod a superiori recipiunt non tamen . I. En réalité. finiuntur inferius. Theol. que cette infinité consiste simplement dans l'absence. quod esse. quia. Cette attache et cette supériorité s'expriment ici par le mot : occasionaliter qui. par le Commentaire de Ripa. quidditas non est idem. (2) L'âme est individuée à raison du corps et par là elle se distingue des intelligences pures. mais des limites qu'imposent nécessairement un sujet récepteur. ex hoc quod facta est forma hujus corporis. mais moins strictement. nisi in anima humana propter corpus cui unitur. cum habeat esse absolutum ex quo acquisitum est sibi esse individuatura. p. Vil. quantum ad sui inchoationem. p. l'àme constitue avec le corps une seule substance elle a donc avec lui non seulement un lien occasion- . quantum ad sui principium. sur les sens plus ou moins stricts attribués au mot : infini. quia eanira formae non limitantur ad capacitatem alicujus materiae recipientis eas et in . 740. révélée par sa vie intellectuelle et par . destructo corpore. non de toute limite. existence indépendante. d'une . paraît bien garder une saveur trop platonicienne.. in illis substantiis. Il est évident. VI sunt enim finitae. elle se distingue des formes inférieures . mais une adaptation essentielle. car il ne s'agit point d'une infinité véritable. Et ideo dicit Avicenna quod individuatio anima- rum et multiplicatio dependet ex corpore. talibus substantiis non invenilur multiludo individua- rum in una specie. outre la vie végétative et sensible. Et quia.I20 DE ENTE ET ESSENTIA. là. elle est attachée au corps. quantum rius et inflnilae inferius(i) . nel. quœst. sed non quantum ad sui finem. comme ces dernières. du reste. ut dictum est. non tamen oportet ut. ideo sunt ordinabiles in praedicamento (3) (i) Fmitœ super ius et înfinitae inferius.

l'essence était identique à l'existence.Du reste. de l'âme elle-même. à cause du corps auquel elle est unie. 248. » C'est pour- quoi Suarez traite de cette distinction au moment d'entreprendre le traité des catégories. : De Maria. en effet. toTne II. DE l'Être et de l'essence. vi 121 iln'y a pas une multitude d'individus dans une même espèce. par le fait. Cf. Cf. — Bien que l'âme soit d'abord individuée grâce au corps. un lien entre la distinction de l'essence (3) et de l'existence et la distribution de l'être en dix prédicaments. Nous touchons ici à l'un des motifs qui ont ramené souvent saint Thomas à l'étude de l'individuation. 122-126. » Cf. . « Si. pro- pria exui individualitate. De plus. Thomas adversus Averroistas docentes animam. écrit DoMET DE VoRGES. Disput. dès la fin de la section première de sa longue étude. car elle n'acquiert une existence individuelle que par le corps dont elle est l'acte. Ontologie. vol. il se prononce contre la distinction réelle. si ce n'est quand il s'agit de l'âme humaine. cependant il ne s'ensuit pas que. 2^ les catégories perdraient leur première raison d'être. Tkotnœ opuscula. corpore occidente.Metaphys. p. « Quaestio haec et ad agnitionem pulcherrima. Il existe. Abrégé de métaphysique. Aussi Avicenne dit-il que l'individuation des âmes et leur multiplica- tion dépendent du corps. son existence reste toujours individuelle.. à savoir la manière différente dont chacune reçoit l'existence. dans ces substances. L'alliance. p. l'individualité de l'âme disparaisse. de cette manière d'être qui l'individualise et de l'incorrup- tibilité engendre l'immortalité individuelle. j/. intrinsèque et inséparable. parce qu'elle a été faite la forme de tel corps. I. p. la quiddité ne s'iden- (Cajetan). Cette adaptation est la manière d'être. Comme elle possède une existence indé- pendante en vertu même de son existence individuée. et ad explicandam animas humanae immortalitatem et independentiam in existendo a corpore. par crainte de briser en l'admettant l'unité de l'être : reproche qui est justement retourné contre lui par Mgr Mercier. eamque explicavit S. par la destruction du corps. ^S. quant à leur commencement mais non quanta leur cessation. maxime necessaria putanda est. dans l'unité de l'àme.

sicut bipes ponitur differentia horainis (i). Et ideo ab eo quod sequitur illas. genus sumitur ab eo quod est materiale in re. secundum recessum a potentialitate et accessum ad actum purum. (2) Differentia simplex. differentia vero ab eo quod est formale in ipsa . : talis differentia est differentia simplex.' nobis occultae sint. una enim substantia separata convenit cum alia inimmaterialitate differunt autem ab . non potest in eis differentia sumi ab eo quod est pars quidditatis. species et diffe- rentia. Cum autem substantiae spiri- tuales sint simplices quidditates. VI et propter hoc iavenitur in eis genus. Accidentia autem propria substantiarum iraraaterialium nobis ignota sunt . eam quae non a toto : . invicem in gradu perfectionis. sicut causa significatur per suum effectum. — Similiter etiara in eis ex tota essentia sumitur genus. differentia. unde differentiae earum nec per se nec per accidentales differentias nobis significari possunt. in rébus compositis ex materia et forma. unde signifî- cantur perdifferentiasaccidentales qua^exesseniialibus oriuntur. in sensibilibus. sed a tota quidditate et ideo in I de Anima dicit Avicenna . quia. ily a tant d'autres êtres à deux pieds que ce signalement n'est guère caractéristique. In rébus enim sensibilibus eiiam ipsae differentiae essentiales nobis ignota^ sunt . Hoc tamen sciendum quod non eodem modo sumi- tur genus et differentia in illis substantiis et in sub- stantiis sensibilibus. quamvis earum differentix* propria. quod differentiam simplicem non habent nisi species quarum essentias sunt compositae ex materia et forma. inquantum sunt immate- Il va de soi que l'exemple est assez négligemment choisi (i) .122 DE ENTE ET ESSENTIA. modo tamen differenti . sed quia est principium differentiae. est differentia simplex (2) ejus quod con- stituitur ex illa non autem ita quod ipsa forma sit . Voici l'interprétation du cardinal Cajetan « Vocat differentiam simplicem. scilicet a forma. ut idem dicit in Metapkys. quia sumitur ab eo quod est pars quidditatis rei. unde dicit Avicenna tu I de Anima quod forma.

par lui-même et par sa propre fonction. un genre. chargée. ainsi la qualité de bipède est une caractéristique de l'homme. est une différence simple. stances sensibles. différences ne peuvent nous être manifestées ni en elles-mêmes ni par leurs dérivés accidentels. un peu insolite. les différencie. les différences essentielles nous sont inconnues. elles prennent donc place dans les prédicaments et c'est pourquoi on trouve en elles . sauvegarde mieux l'antithèse entre les substances sensibles et les substances spirituelles qui est l'idée du passage. selon l'explication du même auteur cette différence est simple parce qu'elle : est tirée d'une partie de la quiddité de la chose. de la forme.us complexe à la fois. avouons-le. quoique leurs différences propres nous échappent. tandis qu'en certaines autres cet élément différentiel distinct n'existe pas et que son rôle est rempli par une réalité plus une et pl. DE l'Être et de l'essence. ce qui me semble mieux. vi i23 tifiepas à l'existence. de plusieurs offices. outre celui-ci. Dans les substances spirituelles. . Il faut cependant savoir qu'on ne tire pas de la même façon le genre et la différence dans ces sub- stances et dans les substances sensibles dans les sub- . les accidents propres nous sont eux-mêmes inconnus et par conséquent leurs . Est differentia simplex signifie alors esl une simple diffé- : rence. Dans les subs- tancessensibles elles-mêmes. le limpide génie de saint Thomas descend ici jusqu'au rébus. dans les composés hylémorphiques. une espèce. à savoir. que dans certaines substances se trouve un élément distinct qui. on tire le genre de l'élément matériel et la différence de l'élément formel. non que la forme s'identifie avec la différence mais parce qu'elle en est le principe. . ainsi la cause est désignée par son effet. s'il s'agit des substances immatérielles. Cette interprétation. radicaliter. Mais. — Au reste. sed a parte ejus exit quae simplex est. » Entendez que répithète simplex et la qualité qu'elle exprime glissent : du principe au dérivé ou peut-être. Aussi Avicenne au Livre I de P Ame dit-il que la forme. n'est qu'une différence. par un trop bienveillant désir de justifier un texte énigmatique d'Avicenne. et on les désigne par les diffé- rences accidentelles qui en sortent. une différence.

sicut albius et minus album in participando ejusdem speciei albedinem. c'est que la nature avance à pas comptés. secundum Philosophum (i). per quaedam quae fiunt média inter ani- malia et plantas. s'est également occupé de tracer une démarcation entre les plantes et les animaux.). qui est la présence de la cellulose. losophe g^rec multiplie les exemples. tome III. IV. sumitur in genus. 14s — ou De Partibus animalizim.. les qualités des deux catégories en certains sujets . soit parce que les réactions sensibles peuvent être imperceptibles. par exemple De Anintalibus historiœ. I. VIII. tract. nobis tamen ignota. sed diversi gradus perfectionis in ipsis formis vel naturis participatis diversificant speciem. et la conclusion qu'il en tire.. quae non diversificat speciem. 281 Le phi- . quasi indiscernable entre les végétaux et les animaux. V. madrépores. par exemple les sensitives. en exécutent des contrefaçons. presque tous empruntés aux vivants de la mer (éponges. eis gradum perfectionis. Albert le Grand. sicut intellectualitas vel eis aliquid hujusmodi ab eo autera quod sequitur in . I. Cf. tome III. I. VII. quia hoc est impossibile in omnibus rébus acci- pere. sont animaux tous les êtres capables de sensations : ce qui. libr. Didot. En réalité. Gradus enim perfectionis in recipiendoeamdem formam non diversificat speciem. Ub. » Le maître de saint Thomas.. soit parce que certaines plantes. VI riales.. ut Philosophus dicit (2). du reste. Nec iierum est necessarium ut divisio intellec- tualium substantiarum sit semper per differentias veras. ut in continuatione eorum confinia mediaque lateant tUmis sint. sumitur in eis differentia. cap. Didot. p. Ub. (i) Saint Thomas fait sans doute allusion aux textes d'Aristote sur les zoophytes :cf. est parfois difficile à constater. — Sic autent ab inani^nis ad amenantes transit natura paulatiin. cap. Nec oportet has differentias esse accidentales. par différences infinitésimales. De Animalibzis. « Natura continua ienore ab iîtanitnatis ad aniinantes trajtsit.124 DE ENTE RT ESSENTIA. quia sunt secundum majorem et minorera perfeciionem. Ce passage. mollusques. cap. sicut natura procedit per gradus de plantis ad animalia. p. Les naturalistes modernes s'accordent sur un critère.

Les vraies différences consistent dans des réalités intérieure^. en effet. mais d'une autre manière. il n'y a de différence simple que dans les espèces à essences hy lémorphiques De même. positives. vi 12S au contraire. et. de perfection. la thèse évolu- tionniste et saint Thomas en était convaincu. lorsque l'on dit : Les animaux se classent en raisonnables et en non-raisonnables. sans préciser davantage. corres- pondent à des natures irréductibles les unes aux autres. puisqu'il se pro- pose de montrer des cas. dans le cas. Par suite. En effet. qu'il apporte ne serait pas du tout approprié. d'après Avicenne au Livre I de l'Ame. les différences tiennent au plus et au moins. mais n'impose pas. non de différences de degrés. Ne concluons pas que cç^s différences sont acciden- telles. à qui il n'appartient pas de changer l'espèce. par suite. Chaque fois que le g^enre contient plus de deux espèces. justifie la maxime : Natura non facit saltus. la différence ne peut venir d'une partie de la quiddilé. Or. et que les espèces. Les substances séparées. comme l'intellectualité ou quelque autre caractère de cette sorte et la différence qui d'ailleurs . elle vient de la quiddité tout entière. On fait une division analogue. nous est inconnue. pour lui. c'est aussi de toute leur essence qu'est tiré le genre. . on la tire du degré de perfection. et non pas dans des négations. s'avoisinant et semblant se mêler. les espèces se distinguent parce que l'une possède ce qui manque à l'autre. selon l'interprétation du Cardinal Cajetan. chez elles. selon qu'elles s'éloignent de la potien- tialité et se rapprochent de l'acte pur. sans quoi l'exemple . (2) Où se trouve le texte d'Aristote ? Je n'ai pas réussi à le découvrir. DE l'Être et de l'essence. cependant. Voici le sens. Et c'est pour- quoi. . puisqu'elles sont des quiddités simples. on tire le genre de ce qui résulte de leur imma- térialité. mais des différences spécifiques. le degré de perfection. en elles. aucune dichotomie ne peut se faire autrement. ont en commun l'imma- térialité et elles diffèrent entre elles par le degré . parce qu'elles résultent d'une plus grande ou d'une moindre perfection.

tantôt l'ordre d'acquisition de nos connaissances et ce dernier. Ce chapitre qui récapitule. (2) Cf. III et IV. chap. Commentaire Nous sommes au cœur même du traité. la doctrine déjà exposée. in quibus et esse est receplum et fînitum. ergo. et in eis jam.126 DE ENTC ET ESSENTIA. propter divisionem materiae signatae. après les avoir étudiés en partant d'en bas. Il nous donne de la sorte. possibilis est multiplicatio individuorum in unaspecie . mais non sans l'enrichir. et in his substantiis qualiter se habeat essentia ad intentiones logicas. iterum natura vel quidditas eorum recepta est in materia signata. (i) Propter qtiod. l'exemple des deux méthodes qu'il devait distinguer avec tant de préci- . les Intelli- : gences. les Corps. comme ideo. Il faut entendre et par là nous savo7is : que ces substances sont des créatures Les mots qui expriment . roule sur trois objets Dieu. se trouve l'inverse du premier. etc. renverse l'ordre et les réétudie à partir du sommet. à propos de la même matière. une dépendance. Saint Thomas. .. supra dictum est (2). propter quod (i) et ab alio esse habent et . propter qtiod. remontant de bas en haut. VI Tertio modo invenilur in substantiis compositis ex materia et forma. et ideo sunt finitae et superius et infe- rius. concer- nent tantôt l'ordre réel des choses.

Troisièmement. Mais les divers degrés de perfection. parce que. à cause de la division de la matière quantifiée. leur existence est à la fois reçue et finie. découle . la multiplication des individus dans la même espèce est possible. nous les avons expliqués plus haut. ne change pas l'espèce : ainsi ce qui est plus blanc et ce qui est moins blanc appartiennent éoralement à une même espèce qui est la blancheur. cela n'est pas possible pour tous les êtres. comme le dit le Philo- sophe. 2. leur nature ou quiddité est reçue dans une matière quantifiée. de sa vie. philosophique. selon l'observation du Philosophe. à la fin ad 3 « Etiam in speculativis alia rationalis scientia" : est dialectica quae ordinatur ad inquisitionem inven- tivam. changent l'espèce : ainsi la nature procède par degrés des plantes aux animaux. Quant aux rapports de leur essence avec les cadres logiques. sion. il y a l'essence des substances com- posées d'une matière et d'une forme. art. et alia scientia demonstrativa quae est veritatis determinativa. Cf» S. quand il s'agit des formes elles-mêmes ou des natures auxquelles participent les sujets. elles sont donc limitées et par en haut et par en bas. Par suite. Th. et passe par des êtres intermédiaires. De plus. DE l'Être et de l'essence. et c'est dire qu'elles la tiennent d'un autre. 11^ //» qu. De plus il n'est pas nécessaire que la division des substances intellectuelles se fasse toujours par de vraies différences. comme d'une vérité centrale et rayonnante. vi 127 quand il d'une participation plus ou moins s'ag^^it complète à une môme forme. Si. » En Dieu l'essence et l'existence s'identifient et de là.

il est séparé de tout être. De même. entendez à la fois l'indivision intérieure. Indivis en soi. 1° Dieu dépasse toutes les catégories dans lesquelles prennent place les êtres créés. 3^ Le même principe exige qu'en Dieu l'opulence s'unisse à la simplicité. qui est l'existence pure. Quidquid in Deo est. eux se limitent aux bornes de leur essence qui. c'est que Dieu est sa propre existence. ne se multiplie pas. la distinction d'avec tous les autres êtres et enfin l'unicité de la nature divine. térielle. perfection le fait tel. Il est donc unique nécessairement sa propre . la voilà capable de se multiplier parce qu'elle comporte des degrés variables de perfec- tion. il est simple le parallèle . unique. ils sont contin- gents ils sont composés. L'ensemble des perfections que possèdent les réalités. car elle manque de différences individuelles. VI toute la théodicée. que sa grandeur l'isole. differentia est . puisqu'il . tandis que les créatures détiennent la leur. en effet. principe de la pluralité indivi- duelle dans l'espèce. Il est illimité. en tant que générique. et le principe d'une si radicale dissemblance. et sans doute une infinité . par contrastes pourrait se continuer jusqu'à épuisement de tous les aspects. il est indivis en soi. sa simplicité empêche qu'il puisse être multiplié . ni mesures diverses de l'acte d'existence. enfin. Une nature corporelle se multiplie à cause de la divi- sion et de la diversité quantitatives une nature imma- . Or en Dieu. Il n'y a qu'un Dieu. mais. reçoivent leur être. . 2° Le même principe engendre l'individualité divine.128 DE ENTE ET ESSENTIA. ne se trouvent ni quantité. principe de la pluralité spécifique dans le genre. en particulier les trois vérités qui suivent. Dieu est eux . est supérieur à tous . puisqu'il est simple séparé de tous les autres êtres. Il est nécessaire. et voici comment la multipli- : cation d'une nature quelconque suppose toujours qu'elle enferme en soi un certain élément variable. en tant que spécifique. ample ou exiguë^ mesure leur acte d'existence.

très propre à réfuter le pan- théisme et le scepticisme d'alors. A ces deux caractères s'enchaîne le reste de leurs attributs. concentration de plus en plus rigou- OE L'ÊTRE ET DE L'ESSBNCE Q . mais toutes vivent en lui. le par- court à petits pas. : royaume du multiple et du divers. on revanche l'espèce et l'individualité numérique coïncident. comme à leur source propre . plus on s'éloigne des modes élémentaires de l'être quantité et matière. * Une circonvallation profonde entoure les Intelli- gences créées radicalement distinctes de Dieu parce . c'est que notre esprit. si je l'ose dire. Au bas de l'échelle des êtres. unité de composition. mor- ceaux par morceaux. si l'essence et l'existence ne s'iden- tifient pas. elles sont d'un autre côté séparées des créatures inférieures par leur indépendance à l'égard de la matière. apparentée aux princi- pales thèses de l'Ecole. qu'en elles l'essence et l'existence diffèrent. en peu de lignes. esquisse une profonde théologie naturelle. surélevées et fondues dans la parfaite simplicité d'une existence pure. pliant sous un objet trop vaste. entre les deux. un chêne immense. plus on monte vers la perfection de l'unité. l'agnosticisme et l'ontologisme d'aujourd'hui. au sommet. VI I29 d'autres que nous ne soupçonnons même pas. Nous lui sommes si disproportionnés que nous n'arrivons à concevoir quelque idée de sa nature. lui appartiennent. comme un insecte explore. le divise ou. Ainsi saint Thomas. DE L ETRE ET DE L ESSENCE. non dénuée de vertu contre le monisme. en sorte que. Si nous les distinguons. 1° Leur immatérialité emporte cette curieuse consé- quence qu'en elles. qu'en rappro- chant les nombreuses choses auxquelles son unité équivaut. simplicité absolue .

et si l'on peut dire. il y a lieu de rechercher leur genre. et diminution progressive de la multiplica- bilité. les partisans d'une spiritualité à la Platon. car là gîtait une terrible objection à l'usage de ses adver- saires. 2^ A raison de leur dualité intime essence et exis-: tence. les intelligences créées tombent sous les caté- gories. puisque les catégories ne sont pas autre chose que le catalogue des façons diverses de posséder l'existence. Déjà. parce qu'elle est la dernière des Intelligences et qu'elle par- ticipe de l'univers sensible. par là même que les Intelligences se composent d'éléments multiples et qu'elles sont plu- sieurs. leur diffé- rence. — Voici sa réponse l'âme humaine. — Ici saint Thomas montre une prudence extrême. dans le cas. elle . sans variation d'espèce et si cette multiplication. . due au corps. l'individuation qu'elle reçoit du corps. dant la société humaine. ne va-t-il pas s'ensuivre que notre individualité. Il faut excepter toutefois. ou . fait exception. nous ne percevons que leurs diffé- rences dérivées et accidentelles. elle est néanmoins la marque même de notre imperfection et. Elle se multiplie. Par suite. comme la raison. sa propre structure interne. d'ailleurs. Cette structure ne périra que par la destruction de l'âme tant que celle-ci vit. nous sauve des tristesses et des impuissances de la solitude.l3o DE ENTE ET ESSENTIA. quand il s'agit des sub- stances sensibles. le prédicament de la quantité et ceux qui s'y rattachent. lui devient intrinsèque. leurs propriétés. L'ârae humaine. nous l'indui- sons de la genèse de ses idées et de plusieurs carac- tères de ses actes. En outre. en fon- . est apte à survivre au corps par . elle est de soi forme d'un corps. propre manière d'être. se dissoudra par la dissolution du corps ? J'imagine que saint Thomas a souvent retourné cela en lui-même et non peut-être sans inquiétude. il est vrai. garde son individualité. nous l'induisons de : sa vie intellectuelle. VI reuse. n'en est pas réellement distincte c'est l'âme elle-même avec sa . ailleurs.

ly a. par exemple Commen- taires sur la Métaphysique^ /. 12. tout le reste ne nous est accessiblequ'indirectement et par analogie. totalement inconnues de nous et qui seraient entre elles radicalement différentes. — N'y aurait-il pas d'autres diversités? Saint Thomas estime que non. dont nous ignorons même les différences dérivées. quiddités abstraites des images. S. — p. du monde dans l'agnosticisme. Puisque cette ignorance existe. sans rapport. . autres. 6. Aussi notre science des esprits purs se réduit-elle à ces deux points : ils ont tous ce caractère commun d'être immatériels et en conséquence intelligents : voilà donc leur genre. A plus forte raison ne le savons-nous pas. sans verser le moins . car à la diversité des effets correspond une diversité dans la cause. vi i3i poui iCs animaux leurs diversités de configuration. il s'arrête à la limite précise où il ne voit plus.. Il avoue ses ignorances du même ton placide que ses- plus indiscutables certitudes et. nous l'ignorons. quœst. l'optimiste. ly q. constatons-la et ne la contes- tons pas. quand il s'agit des substances immatérielles. donnant lieu à des indi- vidualités inclassables. dents dans l'essence elle-même. I. III. art. le décisionnaire saint Thomas est instruit de ses limites et des nôtres. ad 3. Ils sont plus ou moins parfaits . Est-il nécessaire qu'ils se classent par genre et diffé- rences ? Saint Thomas estime que oui et n'a point rêvé que peut-être il pourrait y avoir des façons d'être. VII. Cf. Il ne paraît pas sans intérêt de relever au passage combien le dogmatique. de structure. nous savons qu'il y en a une. Nous connaissons un objet. incapables d'être comparées. mais nous pouvons en expliquer la raison. Les textes qui corroborent ce jugement abondent. leç. et voilà la racine de leurs différences. dist. c'est-à-dire qu'il est une forme enveloppée dans des accidents sensibles par suite. DE l'Être et de l'essence. hormis les . mais ce qu'elle est. de mœurs quant à la racine de ces acci- . Tk. en tant qu'il nous est pro- portionné. — In II Sent. XXIX.

p. 82-113. Rousselot. ne tient-il pas un compte suffisant de tous ces textes. Saint Thomas s'op- poserait.l32 DE ENTE ET ESSENTIA. théoriquement du moins. qui pensait les dissiper tous. VIII. I. contra G. a plus de prix que toutes les certitudes des géomètres. si un excès appelle l'excès inverse. sije n'y puis voir plus net qu'un chat-huant en plein jour ? Que les scolastiques aient été à la fois convaincus de cette faible portée de leur regard et intrépides métaphysiciens. où l'affimation métaphysique est si prudente. Au reste. Et comme cela est avisé. se habet ad manifestissima in natura. Cf. sicut oculus noctuae ad lumen solis. . la plus criante inconséquence? Point du tout. « Intellectus humanus. si le matérialisme naît des outrances du spiritualisme et le scepticisme de l'intempérance des affirmations I — Mais cette humilité elle-même ne risque-t-elle pas de produire le découragement ? A quoi bon m'applique- rai -je à la métaphysique. » Cf. chez eux. contra Gent^ lib. voire une lueur indécise sur l'âme et Dieu. écrit Cajetan faisant allusion à un mot d'Aristote connu à l'égal d'un proverbe parmi les scolastiques. Summ. qui multiplie à l'excès les mystères mais il ne . vu la souveraine importance des problèmes métaphysiques. n'était-ce pas. 402-40S. certes. VI Peut-être le P. dans un beau chapitre. à l'universel agnosticisme d'aujour- d'hui. I. La plus minime vérité. /. Summ. se fût pas opposé avec moins de force au rationalisme du XVIII® siècle. lib. de V Intellectualisme de Saint Thomas. l'humilité intel- lectuelle était la règle dans l'Ecole. déclarations identiques de saint Thomas. cap. cap. XI et Commentaire sur le début du 11^ livre de la Métaphysique^ Vives .

l'unité indivi- . depuis Dieu jusqu'à la plus humble matière.dans l'essence. sur la corporéité. car les affirmations : concises du saint docteur. disions- nous. sans compter la plu- ralité indéfinie des accidents où. saint Thomas a parcouru tout l'univers corporel et incorporel. des principes qui fondent le genre et la différence. et multiplicité d'individus numériquement distincts. la même dualité se retrouve . sur l'immatérialité. DE l'Être et de l'essence. sur les limites de notre savoir. dualité d'essence et d'existence. ce sont des : natures semblables et. saint Thomas signale qu'ils sont livrés en proie à la multiplicité. Pensée profonde. Dans la substance. dans chacune. et il nous a dit sa pro- fonde pensée sur l'essence et l'existence. Ainsi la nature spécifique n'est une que par une abstraction de l'esprit ce qui existe. se rami- fient à perte de vue. ajoutons et très suggestive. duelle se fait par une cohésion d'éléments nombreux. débile imitation de l'unité simple. . distinction réelle . quand on y songe. du reste. Conclusion. vi i33 4f ^ A propos des corps. dualité de la matière et de la forme dans l'espèce. sur l'indivi- dualité. P3n trois pas de géant.

(i) Définir. c'est de dire ce qu'elle est. sauf. VII CAPUT SEPTIMUM Qualiter essentîa sit in accidentibus ? Nunc autem restât videre qualiter essentia sit in accidentibus . quia non possunt definiri nisi ponatur subjectum in eorum definitione et hoc ideo est quia . le sujet) appartiennent à l'essence de la chose définie. et ita definitio ejus est per additionem alicujus quod extra ejus g-enus est. — Que voilà bien la méthode d'un logicien qui dédaigne l'expérience ! —Point du tout. Ce qui caractérise la substance. Par suite. . dictum est. quoraodo autem sit in omnibus sub- stantiis. sicut ex forma et materia relinquitur esse sub- stantiale quando componitur. Sed.l34 DE ENTE ET ESSEXTIA. — L'accident. c'est qu'elle exige un acte propre d'existence qui se suffise à soi-même. une définition bien faite exprime l'essence ou la nature . quia definitione formas substantialis oportet quod ponatur illud cujus est forma. ita ex accidente et sub- jecto relinquitur esse (2) accidentale quando accidens subjecto advenit. (2) Esse accidentale s'oppose à esse substantiale . oportet quod eo modo habeant essentiam quo habent definitionem. suivant l'étymologie. c'est délimiter . car si j'essaye de concevoir et d'exprimer un accident. Et quia. conserva- tion. sicut et definitio formae accidentalis ut etiam in definitione . bien entendu. j'y englobe nécessai- rement le sujet et c'est un fait. et la plus courte. dans le cas. le secours multiforme (création. essentia per definitionem significatur. . concours) de la cause première. non habent in se esse absolutum perse a subjecto (i). la plus décisive façon de délimiter une chose. Definitionem autem habent incompletam. cela. ut dictum est. On ne trahirait pas le texte. et les éléments qui y rentrent (par exemple. Et ideo etiam nec forma substan- tialis completam essentiam habet nec materia. en traduisant : un tout substantiel et un tout accidentel. au contraire.

Maintenant il reste à yoir ce qu'est l'essence dans les accidents. parce qu'il ne la considère pas autrement qu'en sa qualité de forme d'un corps naturel. parce que. ou qu'il constitue un acte numériquement distinct. ainsi de l'addition de l'accident au sujet résulte un mode d'être accidentel. on la définit en lui ajoutant quelque chose qui est hors de son genre. . il en va de même de ce à quoi elle s'unit. de l'âme où le physiologue fait entrer le corps. d'ailleurs. car dans la définition de la forme substantielle il faut mettre ce dont elle est la forme. ne comporte qu'un acte d'existence débile. c'est-à-dire de la matière c'est de leur . Mais cependant entre les formes substantielles et les formes accidentelles il y a une si grande différence. VII l35 CHAPITRE SEPTIÈME Ce qu'est l'essence dans les accidents. subordonné à l'exis- tence substantielle. par là même. et. car ce qu'elle est dans toutes les sub- stances. Cette dernière hypothèse se concilie malaisément avec l'unité de chaque être saint Thomas. et cela vient de ce qu'ils ne possèdent pas en eux-mêmes une existence indé- pendante de leur sujet. parce qu'on ne peut les définir sans mentionner leur sujet. nous l'avons expliqué. indépendamment de ce à quoi elle s'unit. Comme de l'union de la forme et de la matière résulte un être substantiel. DE L*ÊTRE ET DE l'eSSENCE. Puisqu'on exprime l'essence en définissant. une extension secon- daire. jonction que résulte la subsistence même de la chose. . l'essence et la définition se corres- pondent. ne tranche ni pour ni contre. comme on fait pour la forme accidentelle telle est la définition . ici. Or les accidents ne comportent qu'une définition incomplète. comme nous l'avons dit. Mais précisément ni la forme ni la matière n'ont une essence complète. si la forme substantielle n'existe pas de soi. qu'il en soit.

De . ita nec cui advenit. lib. 1. Cajetan souligne subtilement que la formule : forma corporis physici. de la matière première. telle que l'ont comprise les péripatéticiens. mais précisément en tant qu'organisatrice et motrice d'un vivant. non pas en tant qu'intel- lectuelle. — Sed illud cui advenit accidens est ens in se completum consistens in suo esse. parce que le philosophe naturaliste étudie l'âme. Aristote y circonscrit l'objet de la Philo- sophie naturelle. dans le cas. I. quia. non causât illud esse in quo res subsistit. limitée en bas par les corps inorganiques. selon Aristote. ctione utriusque relinquitur illud esse in quo res per se subsistit. signifie que la perfection spéciale : du corps. ou de ce que nous nommons la Métaphysique. d'autre part. et ex eis effîcitur unum per se propter . qui considérât animam solum in quantum est forma physici corporis. Cf. le De Anhnalmm par- Ubjis. cap. scilicet materia et ideo ex conjun- . quod quidem esse naturaliter praecedit (2) accidens quod supervenit. Unde forma. — Le mot forma. fait abstraction. per quod res est ens per se. Il s'agit du philosophe qui s'occupe d'expli- quer les choses naturelles. de l'intel- ligence — et. sed causât quoddam esse secundura sine quo res subsi- stens intelligi potest esse. d'une part. C'est pourquoi. Il faut se reporter à la division de la philosophie. non pas davantage en tant que forme substantielle jouant un rôle analogue aux formes minérales. sicut forma substantialis non habet per se esse absolutum sine eo cui advenit. Sed taraen inter formas substantiales et accidentales tantum interest. en haut par les réalités incorporelles qui sont l'objet de la Philo- sophie première. les vivants :plantes et animaux. — Le mot : physici exclut à la fois les corps artificiels et les corps inorga- niques. taraen est pars essentiae completae. c'est-à-dire les corps terrestres sujets aux chang-ements et pour préciser davantage. c'est-à-dire l'organisation et la vie. sicut primum potestintelligi (i) A naturali. A ce propos. ex conjun- ctione sui cura eo cui supervenit. l36 DE ENTE ET ESSENTIA. VII animae ponitur corpus a naturali (i). quod ex conjunctione eorum relinquitur essentia quae- dam. quamvis in se considerata non habeat rationem corapletae essentiae. procède de l'âme comme de son principe. et ideo accidens superveniens.

A l'accident elle n'appartient que d'une façon dépendante. préoccupé des causes. 1. comme l'intelligence. XXIV. le philosophe naturaliste. Par suite. en fait. à une poignée de formules célèbres. . I. L'existence — une ou multiple — appartient à la substance. je préexiste à la suite de mes pensées . il parvient. la notion d'une essence complète. Mgr Mercier. Mais est-ce vrai sans exception ? Certains accidents. III p. donc vraiment posté- rieure. subordonnée. si on la considère en elle-même. telles que celle-ci Anima est : actus primus corporis physici potentia vitam habentis. cf. cap. p. au contraire. naturellement antérieur à l'accident qui survient après et c'est pourquoi l'acci- . (2) La substance possède sur certains accidents une priorité naturelle et chronologique : par exemple. DE L ETRE ET DE L ESSENCE. un arbre est antérieur à ses fleurs et à ses fruits. SS-^o. un tout indivis ? Ici plus de priorité chronologique. tout en historiques et en discussions. t. elle y est comme chez elle et au centre de son rayonnement. quo materia potius per animam natura est quam ratione inv^ersa. « Qui de natura agit et amplius docere de anima quam de raateria débet. dent qui survient ne produit pas. la subsistence du sujet. au début du second livre. C'est dans le De Anima qu'Aristote a établi ex professe une définition de l'àme. Cf. est cependant une partie d'une essence complète. Didot. Je sig-nale. 221. — Sur le parti que veulent tirer de ce texte de saint Thomas les partisans d'une distinction réelle entre l'existence de la sub- stance et l'existence de l'accident. t. n'existent-ils pas en même temps que la substance. la forme. subsistant en soi-même. où se trouve le Commentaire de saint Thomas. III. Didot. comme la quantité. quoiqu'elle ne vérifie pas. formant avec elle. doit étudier l'âme plus que le corps. » Cf. p.3^3' . en s'ajoutant au sujet. — Ce à quoi s'adjoint l'accident est déjà. quoi qu'il en soit de la simultanéité temporelle. Ontologie P. elles font un être un de soi leur union . t. d'une façon indépendante . mais seulement une priorité de nature. 444 et Vives. je ^ n'apprécie pas. constitue une essence. VII I07 à elles deux. ce qui en fait un être Animaliutn partibtiSy lib. un être complet. Après le livre premier.

je crois que saint Thomas irait jusqu'à y répondre oui. Saint Thomas veut-il n'affirmer qu'une distinction logique entre la substance et les accidents ? — Va-t-il jusqu'à une distinction réelle ? — ou enfin jusqu'à une distinction si réelle que la substance puisse exister sans aucun accident ? Il s'agit. Sed. et même en ce qui touche la dernière question. Rotna^ 18S2. lui. mais qui préexiste à cet enrichis- sement. mais en tant qu'une quiddité quel- conque. Mais ce n'e^t pas à quoi songe ici saint Thomas. le sens voudrait qu'il y eût le sujet sans le prédicat . sed sicut est ens secundum quid. le cardinal Joseph Pecci. sicut ex conjunctione formae cum materia propter quod accidens neque . Mais ni la forme ni la matière n'est un être complet et se suffisant à soi-même — ainsi en va-t-il de . s'appuyant sur les manuscrits. 13^-1:^6. étonné lui aussi . (i) Voici la suite des idées la forme : et la matière s'unissent pour constituer la substance — ainsi s'unissent le . penche à la croire inauthentique. non résultat essentia quaedara. tandis que le sujet. ita et essentiam secundum quid habet. est un être complet. l'accident. rationem completae essentiae habet neque pars com- plet3e essentiae est. avec raison selon nous. Cf. Quant àla seconde compaTâisony prœdtcafum sine subjecto.l38 DE ENTE ET ESSENTIA. si l'on : maintient le prédicat sans le sujet il ne faut pas concevoir : ^ le prédicat en tant que tel. consistens in suo esse . d'une distinction réelle. sans nul doute. Unde [vel ex accidente non fit unum per se. ut in II Metaphys. sicut ignis qui in fine caliditatis est causa caloris in rébus calidis. quia illud quod dicitur maxime et verissime in quolibet génère est causa eorum quae sunt post in illo génère. Thomas o De Ente et Essentia. sed et subjecto unum per accidens et ideo ex eorum conjunctione . p. Para- frasi et dichiarazione de IV opusculo di S. En tout cas. à qui une autre unité peut s'ajouter. VII sinesecundo praedicatum sine subjecto] (i). à moins qu'oubliant le fil des idées. et l'à-propos de la comparaison s'évanouit. il est comme le nombre un. sujet et l'accident. et. dicitur (2). Le passage entier soulève quelques questions. — Mais Cajetan. on ne l'applique aux accidents eux- même considérés comme séparables.

tome II. 40^-40^. 2. ni ne constitue une partie d'une essence complète. on trouvera le texte d'Aristote. Quand on considère. dans ces textes. qui est Dieu. — Mais les substances existantes réalisent plus ou moins l'idéal de la substance il arrive. JVfais ce qui est au plus haut point de plénitude en n'importe quel genre est cause de ce qui est secondaire dans ce même genre. p. D'abord. comme de l'union de la forme avec la matière. fait telle substance ne peut exister sans ses propriétés. Cf. par exemple. saint Thomas vient « de la méthode même de saint Thomas qui procède toujours par des principes d'une extrême généra- lité ». On n'y lit pas ce : qui possède une qualité en plénitude cause I%s qualités infé- rieures de même genre. on constate qu'en principe l'existence de la substance nue est possible. mais simplement une certaine existence secondaire. Il est visible que. n" $. selon un texte du 11^ livre de la Métaphysique. vu 189 substantiel. autrement que dans le De Ente. tome XXIV. (2) Voilà un cas où se vérifie la remarque du profond thomiste que fut le P. p. ici avec le Commentaire littéral que saint Thomas composa vers la fin de sa vie. il ne possède qu'une essence imparfaite. la nature elle-même de l'accident. mais ce d'où procèdent les qualités : . p. qui est au suprême comme nous le sommes. qu'en . La Métaphysiqtie des Causes. le feu. a introduit ici une très fine distinction. sans laquelle l'existence de l'être sub- stantiel est concevable. de Régnon La difficulté de comprendre . l'àme sans l'intellig-ence. de leur union ne résulte pas une essence. à cause de leur imperfection. DE l'Être et de l'essence. 486. soit dans Vives. par exemple. C'est pourquoi l'accident ni ne vérifie la notion d'une essence complète. soit dans Didot. Il s'ensuit que l'accident et le sujet ne font pas un être un de soi mais un être un par accident. et. Eclaircissons pro modulo nostro. comme le nombre un sans le nombre deux (ou le prédicat sans le sujet). par suite. On remarquera que le principe est énoncé. dit-il. mais de même qu'il n'est qu'un être imparfait. ce disant. à qui saint Thomas prend et le principe et l'exemple. il pense à la substance parfaite. et en qui ne se trouve rien d'accidentel. une nature corporelle sans une quantité.

calidissimum. Soit dit à titre de curiosité. et illud inagis. oui. VII ideo substantia. car. ut intelligere. oportet quod sit causa accidentium. et de là se communiquait selon des mesures diverses. : se trouvait à son plus haut degré. est aliquid quod non habet communicationem cum materia. l'exemple suppose l'ancienne physique où la chaleur. et la chose saute aux yeux il . conçue comme la qualité primaire de l'élément feu. in acciden- tibus quae sequuntur formam. Ensuite. — Saint Thomas et Cajetan notent avec soin pourquoi on allègue le feu. ideo quaedam acci- dentia principaliter consequentur formam et quaedara materiam. sans l'intention de contester aux physiciens leurs vibrations ni de trancher la contro- verse sur la nature des qualités sensibles. maxime etverissime essentiam habens. et du plus parfait auquel il ressemble. tel qu'il se trouve dans le De Ente. Quod tamen diversimode contingit quia enim partes : substantiae sunt materia et forma. — Voici peut-être ce que l'on peut dire : L'imparfait procède du plus parfait. il est moins facile d'en apercevoir la vérité universelle et nécessitante. quae secundario et quasi secundum quid rationera entis participant. pour ainsi dire dans son foyer naturel. C'est que le soleil n'entre pas dans le même genre que le feu sublu- naire celui-ci est calidissiinutn et celui-là amplius quant . et non pas le soleil. par les scolastiques sous cette forme : propter quod tmwmqztod taie. quod est principium (i) in génère enlis. d'une série. et. Les ruisselets s'alimentent à la source. Mais. dans le feu lui-même. en vertu même de l'axiome agens agit : . Quant au principe lui-même. d'ordinaire. il implique une subordination du moins parfait au plus parfait dans une même série. 140 DE ENTE ET ESSENTIA. non habet esse nisi per formam. Forma autem invenitur aliqua cujus esse non depen- det a materia. n'est qu'une conséquence immédiate du principe de causalité. — Est-il analytique ? Tel que le présente Aristote. sicut probat Philosophus in /// De A7iima (2) aliqua vero ex. exprimée. quod non est per organum corporale. possède la même qualité plus parfaitement que tous les autres sujets de la série. ut anima intellectualis materia vero . Unde.

doctrines thomistes est que l'être ne constitueras un genre. à deux . — l7î génère entis. la matière et la forme. au. ce qui n'est pas impossible. simile sibi. en effet. — Toutefois. l'intelligence. Il sans doute. qui ne participent à l'être que secondairement et à un certain point de vue. peut les produire directement — ! ! Eh sans doute. tome III. p. la substance qui tient le premier ranor dans le genre être. ou Vives. d'où elle reçoit son objet. que saint Thomas n'avait pas encore fixé complètement sa doctrine. certains accidents naissent principalement de la forme et certains autres de la matière. entendez. il faut admettre. (i) Principhnn. mais une réunion d'entités simplement analogues. et. la substance a deux parties . Par suite. sans nier les miracles. Si l'on rejette cette interprétation. — Mais les qualités imparfaites peuvent venir d'ailleurs La cause première. g^raduellement et de proche en proche. où l'être et le bien découlent. côté. Tnaxime et vei^issime ens. c'est- à-dire que la substance est le mode le plus parfait de l'être. l'âme intellectuelle aucune matière. reprises. il y a un lien de similitude entre l'effet et sa cause. notamment. inorganique en soi. en particulier. mais. . au sens rigoureux de mot. p. car l'une des s'agit. Didot. vu 141 degré de produit dans toutes les choses la chaleur. telle est. d'une assimilation. des sommets jusqu'en bas. par cette dépendance extrinsèque. DE l'Être et de l'essence. tome XXIV. tant que dure l'union de l'àme et du corps. Si on prend le mot pri7tcipium. au sens de source^ tout le : raisonnement s'embourbe dans une tautologie. que l'intelligence n'enferme aucun mélange de matière et qu'elle est séparée des organes. se trouve liée à l'imagination. ayant une essence : selon l'acception la plus pleine et la plus vraie du mot. par un coup d'état dans le gouvernement I du monde et le principe. (2) Cf. 46^-468. les laisse de . car il s'applique à l'ordre naturel. la où elle se trouve. Ce qui toutefois se vérifie de plusieurs manières comme. 155-159 ^^ texte d'Aristote détaille les similitudes et les • contrastes entre l'intelligence et les sens il y est noté. la voilà sujette à subir les contre-coups et les contretemps de la vie organique. est nécessairement la cause des accidents. Or il existe une certaine espèce de forme dont l'existence ne dépend pas de la matière.

. 128-130. X . remota forma animalis. il persiste tant qu'elle persiste. sed nullum accidens sequitur materiam sine communicalione formae. sous l'âme elle-même. : (2) Le texte invoqué ici se trouve dans Vives. quelque chose. etc. tome XXV. invenilur quaedam diversitas. dicta accidentia non rémanent nisi aequivoce. ces derniers ne fondent que des différences individuelles et . jouir. soufifrir.. et ideo post mortem in eo remanet (3).. est presque toujours cité comme type du nègre ce qui s'explique par les rapports de la civilisation : hellénique avec l'Ethiopie. adhuc in ea rémanent. et ceux qui naissent de la matière . dans la philosophie : grecque et scolastique. Quaedam enim accidentia consequuntur materiam secundum ordinem quem habet ad formam specialem. des formes multiples de la vie : voir. VII consequentibus forraam sunt. p. entendre. sicut nigredo cutis est in yEthiope ex mixtione elemen- torum et non ex ratione animae. quae habent communi- calionem cum maleria.. imaginer.142 DE ENTE ET ESSENTIA.. Aris- tote s'y demande pourquoi certains contraires créent des diffé- rences génériques et spécifiques. mais du livre IX.. non pas du livre X. se souvenir. le cas cité par saint Thomas est l'un des exemples allégués par Aristote.. (i) Sentire désigne ici. — et dans Didot. 3° Mais qu'est-ce que cette /orme générale? Faut-il — entendre que saint Thomas admettait ici la pluralité des formes. et pourquoi d'autres n'en créent pas il résout la difficulté en distinguant les contraires : qui naissent de la forme.. ul sentire (i). In his tamen accidentibus quae materiam conse- quuntur. ut masculinura et femininum in animalibus quorum diversitas ad mate- riam reducitur. S^3> où il forme le dernier chapitre. d'un mot global. se movere. 2° Voici le sens le teint noir tient à une certaine mixture : des éléments. Quaedam vero consequuntur materiam secundum ordinem quem habet ad formam generalem . ut dicitur in Metaphys. p. tome II. — Saint Thomas aurait pu ajouter 2i sentire vegetare. et ideo.. éprouver l'une ou l'autre des onze passions. comme une forme fonda- . (3) Quelques notes 1° L'Ethiopien.. remota forma speciali.. (2) unde.

comme le prouve le Philosophe au III^ livre de l'Ame. demeure. à raison des influences subies par sa matière. chez les : Ethiopiens. il s'en trouve qui n'ont rien de commun avec la matière. vu 143 contraire. organisatrice et. en tant qu'elle se rapporte à une forme générale. elle s'explique par le caractère statique de l'effet où aboutit l'action constructive et ordonnatrice des âmes. les unes plus générales. équi- valente à plusieurs formes. si parmi les accidentsqui naissent de la forme. par ailleurs.. sans que la forme y participe. le sexe masculin et le sexe féminin dont la diversité. dans les ani- : maux. Aussi. il s'en trouve d'autres.. les autres plus particulières : forme minérale. en tant que forme d'un corps qui. des éléments. une forme de corporéité ? Je ne le pense pas. les accidents qui dérivent de la matière ne vont pas sans une certaine diversité. il me semble. Mais de la matière ne naît aucun accident. DE l'Être et de l'essence. ne s'accomplit pas par le ministère d'un organe corporel. çXz. dépend de la matière dès que disparaît la forme ani- . se trouve être noir. en effet. Cajetan. La matière. Au reste. de la couleur noire elle vient de la fusion . incline à cette interprétation. dans les êtres supérieurs. et c'est pourquoi. l'acte de penser. qui ont quelque chose de commun avec la matière. d'après le X^ livre de la Métaphysique. après la disparition de la forme spé- ciale. en produit quelques-uns. après la mort elle . Quant à la persistance de cet organisme et de sa couleur après que l'âme a cessé d'agir. ces accidents ne se retrouvent plus. ils persistent encore tel est le cas. . en tant qu'elle se rapporte à une forme spéciale tels sont. non de l'âme aussi. lequel. végétative. si ce n'est par équivoque. par exemple les sensations. — Le sens exact est plutôt celui-ci toutes les déterminations d'un : corps résultent de la collaboration d'une matière déjà diverse- ment disposée ou influencée par des agents extérieurs et d'une forme unique. n'existe ce n'est par la forme.\z\ forme générale désignerait donc l'âme elle-même. La matière en produit quelques autres. par exemple. male. Parmi les acci- dents qui naissent de la forme. mentale.

sicut diaphaneilas in aère. qui ne se dit que de l'objet qui fait rire. qui. — Qu'on se prononce pour n'importe laquelle des nom- breuses théories du rire. c'est-à-dire le rend traversable par les mouvements que lui impriment les couleurs. sicut risibile consequitur in horaine formam. surprend une oreille française. liv. sicut moveri et hujusmodi (3). si nous nous rabattons au monde sublunaire. quatrième des prédicables ce qui arrive. sed compleraentum accipiunt accidentia ex agente exte- riori. en particulier dans ses Commen- taires sur Aristote. ideo accidentia quae consequuntur materiam sunt accidentia individui. participantibus naturam generis vel speciei. aliquando vero secundum aptitudinem tantum. Et in talibus aptitudo est accidens inseparabile sed complementum quod adve- . Sciendum etiam est quod aliquando accidentia ex principiis essentialibus causantur secundum actus per- fectum. et que l'on considère n'importe laquelle de ses nombreuses variétés. (i) Passion. a le même sens que propiHétéf ou accident nécessaire. VII Et. La lumière. venue d'un corps céleste ou d'un corps igné. II. sunt propriae passiones (i) vel generis vel speciei unde inveniuntur in omnibus . sicut calor in igné qui semper actu est calidus. (2) Risibile^ avec ce sens. ici. Accidentia vero. nit ex aliquo principio quod est extra essentiam rei vel quod non intrat constitutionem rei. quia risus contingit ex aliqua apprehensione animae hominis (2). elles- . c'est un fait qu'il se lie à une con- naissance. III. quae consequuntur formam. à cause de notre mot visible. le complète. quae completur per corpus lucidum exterius. mais plus spécialement abondante dans « le corps éternel supé- rieur » et. 144 DE ENTE ET ESSENTIA. (3) Dans le Traité de l'Am. secundum quae etiam individua ejusdem speciei differunt adinvicem.e. VII et dans le Traité de la Sensation et des choses sensibles. chap. qu'il décrit comme une force ou vertu partout diffuse en quantités diverses. dans l'air et l'eau. quia unaquaeque res individuatur ex maleria et coUocatur in génère vel specie per suam formam. dans saint Thomas. Aris- tote s'explique tout au long sur le « diaphane ». est separabile. chap. assez : souvent.

par exemple. la théorie de l'émission et esquissé. la distinction va jusqu'à une séparation effective qui ne les détruit pas. Il faut savoir aussi que. l'aptitude est un accident inséparable du sujet mais . affirme la nécessité d'un véhicule de la lumière et des couleurs . la chaleur qui est toujours en acte dans le feu . est séparable. Saint Thomas. au contraire. grâce à une déduction imposée par le dogme eucharis- tique. parfois. et son commentateur Philopon l'a fait encore plus heureusement. sans doute pour la première fois. dans l'homme. Les accidents qui découlent de la forme sont. DE l'Être et de l'essence. les accidents qui découlent de la matière sont des accidents individuels. résultent du mélange d'une quantité variable de lumière avec les corps opaques. par exemple. Ainsi le pouvoir de rire. le complément. des propriétés du genre ou de l'espèce . en effet. que par miracle et pour certains accidents. ceux par les- quels les individus d'une même espèce différent entre eux. qu'elle reçoit d'un principe extérieur à l'essence du sujet ou n'entrant pas dans sa constitu- tion. est conditionné par quelque acte de connaissance. ici. et cependant qu'il intéresse. telle. telle la transparence aérienne. 3* il a combattu. vu 146 Avançons. tient à la forme. DE l'être et de l'essence IO . le fait d'être mû ou quelque chose de ce genre. Les accidents et la substance sont distincts. Comme chaque chose est individuée par sa matière et placée dans son genre ou dans son espèce par sa forme. que complète l'action d'un corps lumineux autre que l'air. effleure à peine une question de grande importance en métaphysique et en théologie celle de la sépa- : rabilité des accidents d'avec la substance. — Certes. c'est pourquoi on les trouve chez tous les sujets qui participent de la nature du genre ou de l'espèce. et c'est un agent extérieur qui la parachève. ce premier effort d'analyse précise des phénomènes de la lumière et des couleurs ! 1° Aristote a senti la complexité des faits 2° il . nous le savons par la raison la foi y . ils ne produisent qu'une aptitude. voilà une théorie « valde antiquata ». de leur côté. ajoute. parfois. mêmes du reste. celle des ondulations. Dans ce cas. les principes essen- tiels produisent des accidents complets. Le rire.

nisi per reductionem (2). ut album vel musicum (3). una quadam natura ex eorura fit conjunctione résultante. in substantiis. du moins l'Ecole et c'est très naturel . sed solum secun- dum quod abstracta significantur. nomina concreta quae compositum significant. redîictive s'oppose à proprie. dont il ne possède pas tous les caractères. une partie. pour qui à des notions adéquatement dis- tinctes correspondent des réalités également distinctes. Ainsi les comprit. ut albedo et musica. sicut dicitur quantitas ex eo quod est mensura sub- stantiae. tout spécialement de la part des thomistes. ut homo vel animal non autem forma vel materia est . in praedicamento hoc modo. VII Sciendum est autem quod in accidentibus alio modo sumuntur genus. sed oportet ut primum genus sumatur ex ipso modo essendi. proprie in gé- nère (i) esse dicuntur sicut gênera vel species. en même temps que des cadres pour nos idées. — Sed ex accidente et subjecto non fit unum per se . sicut principia in génère principiatorum esse dicuntur. sicut species vel gênera. quae proprie in praedicamento substantiae coUocatur. in substantiis. Quia ex materia et forma sub- enira. les dix genres suprêmes entre lesquels l'être se distribue analogiquement. sicut in substantiis compositis . : . Réduire. c'est ramener un objet à une catégorie. nisi per reductionem . Unde nomina accidentium concretive dicta non ponuntur in praedicamento. unde non résultat ex eorum conjunctione aliqua natura cui intentio generis vel speciei possit attribui. Et quia accidentia non componuntur ex materia et forma. sinon Aristote. differenlia et species quam in sub- stantiis. secundum quod ens diversimode secundura prius et posterius de decem generibus praedicatur. ideo. mais à laquelle il tient par quelque côté un aspect. et qualitas secundum quod est dispositio (1) In génère : Les prédicaments ou catégories sont. stantiali per se unum. (2) Per reductionem : dans la terminologie scolastique. de la part de ces vigoureux dogmatiques.146 DE ENTE ET ESSENTIA. ideo non potest in eis sumi genus a materia et differentia a forma.

la qualité en est une disposition et ainsi des autres. les noms . d'après lequel l'être s'échelonne en dix prédicaments : ainsi la quantité est la dimension de la substance. si ce n'est qu'on les y ramène. concrets qui désignent le composé. comme l'explique le Philosophe atc F® livre de la Métaphysique . entrent proprement dans le prédi- cament comme genres ou comme espèces. dans leur acception abstraite. nature à qui la qualité de genre ou d'espèce puisse s'attribuer. blancheur et la musique. n'entrent pas dans le prédicament comme espèces ou comme genres. Il n'im- porte. que dans les accidents. en effet. — Mais l'accident et le sujet ne constituent pas un être un de soi aussi il ne résulte pas de leur union quelque . à un autre point de vue. DE l'Être et de l'essence. homme ou animal. on ne peut tirer le genre de la matière ni la différence de la forme. Dans les substances. les noms concrets des accidents^ par exemple le blanc ou le musicien. par exemple. au reste. pour la justesse de l'exemple. vu 147 Il faut savoir. comme on fait pour les substances composées. Par suite. un efifet . ni la matière n'appartient au prédicament de cette manière. Mais il faut qu'on tire le premier genre du mode d'être lui-même. est à sa place dans le prédicament de la sub- stance aussi. quand il s'agit des substances. quand on dit par exemple. . à proprement parler. (3) Musicus veut dire plutôt : musical que tnusicien. la En outre. le genre. c'est une sorte d'assimilation. puisque les accidents ne se composent pas d'une matière et d'une forme. de leur union résulte une certaine nature qui. à moins qu'on ne les y ramène ils y entrent seulement . la matière et la forme substantielle constituent un être un de soi . la différence et l'espèce se prennent autrement que dans les substances. Ni la forme au contraire. fondée sur une identité partielle ou une connexion. comme on ramène les principes au genre de leurs dérivés.

en effet. Voici l'idée comme le genre se divise en : espèces par ses différences. XX Vil où est tentée une classi- ^ fication des accidents d'après leur essence propre et leur degré de participation à l'être. in V Metaphys. —Le texte même de saint Thomas paraît embrouillé. secundum quod sunt proprie in génère. t. car c'est dans ce livre-là qu'Aristote expose et précise les divisions de l'être. sicut diciraus quod siraum est nasus curvus. ainsi l'être se divise en dix genres par ses modes. tels que les expriment les définitions de chaque catégorie au-dessous d'eux. chap. Vives. . Domet db Vorges. — Sed quia propria principia accidentium non semper sunt manifesta. sicut principium relationis est actio et passio et quantitas. . ideo quandoque sumimus differentias accidentium ex eorum efïectibus. les unes renvoient au XI' livre de la Métaphysique. quia tune definirentur per modum sub- stantiarum compositarum in quibus ratio generis sumi- tur a materia. Differentiae vero in eis surauntur ex diversitate principiorum ex quibus causantur. (3). —Donc primum. VII substantiae. XXIV.Î48 DE ENTE ET ESSENTIA. Similiter etiam est. dont chacun constitue un type suprême et se distingue des autres par ce qu'il est en lui-même et non d'après quelques caractères dérivés. C'est certainement au V^ que saint Thomas fait allusion. désigne les accidents eux-mêmes. 11. Et quia propriae passiones ex propriis principiis subjecti causantur. (i). secundura Philosophum. ideo subjectum ponitur in definitione eorum loco differentiae. Cf. si in abstracto defîniantur. sicut congregativum et disgregativum visus dicuntur differentiae coloris. (i) Parmi les éditions. Abrégé de Métaphysique. sicut dicitur quod simitas est nasi curvitas (2). et sic de aliis. genus. en particîilier p S37'54^' . si eorum defi- nitio sumeretur secundum quod concretive dicuntur : sic enim subjectum in eorum definitione poneretur sicut genus. quae causantur ex abundantia et paucitate lucis ex qua diversae species coloris causantur (4). Cf. selon nous. d'autres au H*. in V Metaphys. t. et ideo secundum haec dividit Philosophus relationem. si unum accidens alterius accidentis principium sit. Sed e converso esset.

^64'S68. Le français manque d'un équivalent. Il en va de même. DE l'Être et de l'essence. à moins que nous préférions cainusité o\x camarderie : (3) Cf. divise la relation d'après ce triple principe. : et c'est pourquoi le Philosophe. vu 149 Leurs différences. L'exemple allégué. Or les qualités propres d'un sujet dérivent de ses principes propres par suite. XXIV. par là. se tirent de la diversité des principes qui les produisent. des relations et de leurs fondements. si elles étaient prises concrètement alors. elles appartiennent. Saint Thomas commen- tant Aristote y traite. dans la même catégorie. au prédicament ainsi dit-on que la simité est : une courbure du nez. comme le principe de la relation se trouve dans le couple action et passion et dans la quantité. en effet. Vives. disons que ce qui est camus c'est un nez courbé. il arrive que nous empruntons leurs différences à leurs effets ainsi le . que saint Thomas ait voulu ici assimiler l'être lui-même à un genre unique qui se subdiviserait en dix genres différents ? (2) Sitnitas. manque d*^ . t. si un accident est le principe d'un autre accident. p. (4) Il s'agit d'une définition descriptive qui. . par là même. Disons donc: simité. rareté de la lumière qui produit les diverses espèces de couleur. elles. on mettrait le sujet comme genre. — Mais. en les : définissant. où le rôle de genre est rempli par la matière ainsi nous . s'oppose à la définition essentielle. pouvoir de contracter ou d'épanouir la vue différencie la couleur ce pouvoir dérive de l'abondance ou delà . selon la rigueur du mot. en effet. . le sujet entre dans leur définition à la place delà diffé- rence. Mais ce serait l'inverse. pour être trop sommaire. et d'une définition par les effets qui est l'inverse de la définition génétique. au V^ livre de la Méta- physique. se multiplient les genres subordonnés et les espèces. quand elles sont prises abstraitement et que. car on les définirait à la façon des substances composées. A moins (ce qui est peu probable). comme les principes propres des accidents ne sont pas toujours manifestes.

puisqu'il est parfaitement simple. puisque. Commentaire Saint Thomas. Selon Cajetan. p. Aux physiciens d'à présent de juger cette optique. In quo sit finis et consummatio hujus sermonis. Vives. suivant Aristote. désigne un fait anormal et ordinairement fâcheux . à des degrés variables de toutes les couleurs. Peut-être n'est-ce pas commettre un contresens que de traduire le blanc dilate et le noir : resserre la pupille et ce qui est vrai du blanc et du noir l'est . lect. — et quomodo in substantiis compo- sitis et siraplicibus. les accidents ce mot. et. implique l'énoncé du genre prochain et de la dififérence spécifique. Albedo est dlsgregativus visus. cui non convenit ratio generis vel speciei. Comment. et per consequens nec definitio propter suam simplicitatem (i). que l'idée de chose secondaire. in X lib. mais de ce sens il ne garde. Sic ergo patet quomodo essentia est ia subsiantiis et accidentibus. — et quomodo intentiones logicae universales in eis inveniuntur. En lui-même il n'y donne pas prise. Saint Thomas étudie ici surtout l'essence de l'acci- dent.. proprement dite. XXV. et pour la caractériser il use d'une méthode comparative. — Au reste. chez les métaphysiciens. . qui nous sont désormais connus. (i) La définition. t. dans limpidité. . VII Conclusio totius tractatus.en analyse les zones extérieures et superficielles.l50 DE ENTE ET ESSENTIA. 12S. Metaphys. la rapprochant des éléments substantiels. Or en Dieu on ne distingue ni genre ni différence. III. —Cf. excepto primo Principio quod est infinitae simplicitatis. toutes les teintes résultent du mélange de ces deux couleurs fondamentales. par ailleurs. après avoir exploré l'intérieur de l'être. dans le lang-age vulg-aire. nigfedo vero congyegativits.

Cf. premier Principe.ous contraint d'établir un ordre de là. la logique r. p. n'en concevoir qu'un fantôme nébuleux. Outre les réalités qui existent par elles-mêmes. il parle alternativement en métaphysicien qui analyse la réalité elle-même. sous peine de . vu i5i Conclusion de tout le traité. . cette dernière et courte partie de l'opuscule. Sur ce. Désormais on voit clairement ce qu'est l'essence dans les substances et les accidents. nous sommes obligés d'analyser l'idée que nous nous faisons de lui. une exception pour le . du reste. terminons et consommons ce discours. Dieu est donc indéfinissable et cependant. non certes une définition. Summa philosophica. en vertu même de sa simplicité. — et ce que sont les idées log^iques universelles dans ces différents êtres il faut faire. I. DE l'Être et de l'essence. les métaphysiciens scolastiques. qui est infiniment simple. vcl. comme dans les deux précédentes. philosophique. et entre les nombreux concepts qui résultent de notre analyse. un geste. échappe à la définition. elles font contraste avec puisqu'il est unique en sa catégorie élevée au-dessus de toutes les autres catégories. à qui ne s'applique pas l'idée de genre ou d'espèce et qui. — Etude ontologique. Semblables à la substance par leur distinction réelle d'avec leur acte d'existence. là où ils traitent de l'attribut fondamental de la Divinité par exemple Zigliara. manqueraient de rôle à jouer à son sujet. 11^ . une pensée. et en logicien qui précise les notions de genre et de diffé- rence et les rattache à leurs fondements. dont l'office est sans doute d'analyser mais en vue de classer. une dimension. : mais quelque chose qui lui est analogue. le genre et l'espèce. par exemple. — dans les sub- stances composées et dans les simples. 403-404. il y en a d'autres qui ne peuvent subsister seules.

par un autre côté. et tandis qu'accident impliquait une philosophie objectiviste et partiellement fixiste. par leur dépen- dance. davantage à la forme. Au mot :accident. puisqu'elles sont. . tel qu'il se trouve dans la nature. Non sunt nisi insint (Q3\çX2. substituent le mot phénomène. : : opérations. les accidents diffèrent beaucoup des éléments substantiels ceux-ci. davantage à la matière. la terminologie reflète la doctrine . appartient premièrement à la forme et qu'elle est communiquée à la matière mais. Esse eorum est inesse. et à ce point de vue elles ressemblent à la matière et à la forme par un certain côté. L'existence appartient en propre à la sub- stance. constituent le fond même de l'être ceux-là . l'inhésion actuelle est moins essentielle à l'accident que l'aptitude à l'inhésion et l'exigence d'un support. et c'est pourquoi elle est vraiment un être. Toutefois. puisque l'existence. les modernes depuis Kant. ou les mots faits. Ils dépendent. puisqu'à l'intérieur des êtres la puis- sance. comme le lierre avec le chêne. à cause de leur débilité intrinsèque. Cette vue de la métaphysique rationnelle est confirmée par la permanence des accidents eucharistiques après la disparition de leurs substances le miracle. C'est la différence du cœur de l'arbre à l'écorce. au contraire. en : effet. Vil elle. méritent à peine ce nom. un des principes qui perfectionnent et déterminent . si l'inhésion actuelle dans une substance était la nature même des accidents. . elles aussi. le précède. phénomène em- porte une idée de subjectivisrae et de devenir. quoique actuant toute l'essence. Les accidents. .l52 DE ENTE ET ESSENTIA. il faudrait nier ou la transsubstantiation ou la réalité des accidents eucharistiques. Comme il arrive toujours. plus fondamentale que l'acte. en s'unissant l'un : à l'autre. ne réalise point d'absurdités. le revêtent.Vi). événements de conscience. à regarder l'ensemble. Elles entrent dans la composition de chaque être total.

I. vu i53 * On dit l'accident s'adjoint à la substance et s'y : superpose. Ils se racinent en elle. elle en engendre de mi-psychiques mi-organiques. leur tout. Summ. Les éléments de l'essence substantielle sont la matière et la forme. et sa configuration. à un certain degré de perfection la forme devient. j . dont. à . au milieu sans doute d'un très grand nombre d'autres. Sj . elle est leur cause efficiente. et. Cf. jaillies de l'essence substantielle. indépendante de la matière aussi peut-elle produire des accidents . Que ces mots ne fassent pas illusion Les ! accidents. DE l'Être et de l'essence. Au-dessous de ceux- là. puisque l'indépendance se mesure à la vigueur intrinsèque. Nés d'elle. communique l'existence à la matière. Dans ce chapitre du De Ente.dans l'homme et l'animal. c'est la causalité productrice de la substance à l'égard des accidents que saint Thomas souligne. Quant à la matière. deux l'intelligence : et la volonté. la reflètent. nous sont connus. existant pour elle. comme leurs essences. en partie ou totalement. purs de toute matérialité. et ses limites. dans ses éléments et son jeu^ qu'une quantité pure. c'est la substance qui se complète et s'achève. et. Theolog. les mécanistes. demeurant en elle. en un mot. leurs actes d'existence distincts ou non sont une extension et res- tent des annexes de l'existence substantielle. leur centre. leur cause finale. part. qiiœst. Comme ils errent. pour qui regarde l'univers avec les yeux de saint Thomas Bien loin! que l'univers ne soit. il ne contient aucune quantité que la qualité ne pénètre et n'élève. mais elle reçoit de la forme et sa structure. art. elle n'en produit aucun qui ne soit organisé par la forme ainsi la quantité : vient de la matière. Et. comme l'imagination et la vue. à la lettre. par le fait. et c'est l'une de ses supériorités. La forme. Précisons. in cor- pore. ils en sont l'épa- nouissement.

qui spécifie comme la matière individualise. est la substance elle- même. très suggestive. malgré les diversités et les changements. — A l'état abstrait. : l'imagination. — Saint Thomas ignorait nos orgueilleuses erreurs et. — Etude logique. au physique et au moral. m'arrivent des objets ? Nous sommes. invariables et qui nous donnent à tous. Laissons l'exemple du texte et consi- dérons d'autres cas l'intelligence par exemple. découlent en définitive de la matière. L'accident. par exemple. il faut qu'elles reçoivent une pâture du dehors. à raison du mode d'être qui est ajouté à la substance. un médecin. Toutes ces facultés sont incomplètes et. Je ne vivrais pas physiquement sans les aliments. individualise. à reconnaître nos limites et à nous y soumettre. cependant. par les sens. à l'état concret. c'est-à-dire obligés. par exemple. innombrables. VII Saint Thomas signale encore que les accidents individuels. ses principes justes et profonds les coupent dans leurs racines. la menuiserie. dotée de telle manière d'être. encadrés dans l'ordre du monde. pour qu'elles agissent. vivrais-je intellectuellement et par suite même moralement sans les images qui. en aucune des catégories. complexes. un musicien. une même et constante physionomie de frères. dépendants. moins nombreux. étant à cheval sur deux la : première à raison de la substance. puisque c'est elle qui. tandis que les caractères spécifiques. à raison de sa quantité. Nous sommes pièces et parties d'un tout. par nature.l54 DE ENTE ET ESSENTIA. voici une dernière remarque. découlent de la forme. les sens. II. Notre pauvreté native nous interdit à jamais une autonomie complète. un maçon comme tel. fontaines où s'alimente notre vie personnelle. sous peine de mort. il n'entre . comme il est juste. Enfin. liés. sur les accidents incomplètement produits par leur propre substance. qui nous font « ondoyants et divers ». la . une des neuf autres.

Citons. : A Le sujet devient la l'état abstrait. comme la patience. » . à une formule qui les exprime et les délimite. c'est l'inverse. et parmi ces caractères. on l'assimile fictivement à une substance et il rentre. une faculté comme la raison. Quand un accident est le sujet d'un autre. Telle est la pensée que saint Thomas exprime ici . mais visiblement elle est trop sommaire. ces lignes expressives de Cajelan « Intellectus natus est. veut-on définir l'accident? Au concret on dit : un homme savant. Que sait-on d'un accident. savait cela mieux que nous.. Intelliguntur (ergo accidentia). fournit le genre. c'est-à-dire que le sujet. cui secundum rem insunt : et tune intelliguntur per modum substantiae. fournit la différence. Saint Thomas. Par suite. que cointelligendo subjectum cui insunt et intelli- sibi guntur per modum accidentis. y. etc. et l'accident lui-même. quoi qu'il en soit de son excessive brièveté présente. et qu'on aboutit. une science comme la chimie ou la méta- physique. soli substantiae convenit accidentia enim semper comité egent. Summ. par un choix approprié. part. dans la première catégorie. TheoL. en sa qualité de forme secondaire. un accident corporel comme la quantité. : science de l'homme ou de tel homme. non cointelligendo subjectum. ses caractères propres. Quandoque vero intelliguntur solitariç. dividere. art. jouant le rôle de matière. ou. c'est ainsi par exemple qu'on décrit une vertu. vu i55 médecine. ea quae sunt adunata : quando- in re. LVII. pour parler avec plus de précision. le genre on dit la . ad 2. à ce sujet. quand la substance produit et soutient un accident par l'intermédiaire d'un autre. par ce détour. c'est l 'accident-sujet qui fournit le genre ainsi on dira une étendue colorée. cf. puisque dans ces sortes d'analyses il a plus que . à extraire les plus significatifs . quœst. eo quod accidentis esse est in alio esse. . id est solitarie. I. quand on l'a nommé et que l'on a indiqué son sujet ? Il reste à énuraérer ses causes. la musique. DE l'Être et de l'essence. ses effets. eo quod esse per se. différence et l'accident lui-même. ces effets et ces causes.

les accidents dérivent de la substance. Il a traité d'abord des substances composées. Nous n'ajouterons que deux mots. comme dans la réalité elle-même. Quitte à renverser la série des acquisitions.l56 DE ENTE ET ESSENTIA. eût donc exigé qu'on plaçât l'étude des accidents avant celle même des substances com- posées. Cf. saint Thomas la rejette à la fin et paraît déduire sa doctrine sur les accidents de sa doctrine sur les substances. Conclusion de tout le Commentaire. les précises dissections de la presque totalité des vertus et des vices dans la 5. imitation de la connais- sance divine et angélique. et qu'à la perfection de l'une se lie la perfection de l'autre. et parce que nous jugeons par analogie avec elles des êtres sous- traits à notre expérience. Il y aurait là matière à une longue discussion. parce qu'elles nous sont plus accessibles. . parce qu'il a rempli son pro- gramme. * De l'ensemble de cet opuscule il apparaît que l'essence et l'existence se correspondent. VII personne excellé. qui a fait placer l'étude des substances composées avant celle des sub- stances simples. 11^ 11^. — Mais. Notons seulement qu'au moyen âge. plus rigoureux. l'autre sur Saint Thomas ne s'est pas astreint à une méthode unique. l'un sur une conclusion. Tout au contraire. ces substances com- posées elle-mêmes. reproduction mentale de l'ordre génétique des choses. on a presque toujours estimé inférieur et provisoire l'ordre de la recherche et de la découverte. comment les connaissons-nous ? Comment savons-nous qu'elles se composent d'une matière et d'une forme et de telle forme ? Assurément par l'examen des accidents et les inductions aux- quelles ils nous contraignent ou qu'ils autorisent. plus clair. Une application complète du principe. on les pliait à l'ordre déductif. Saint Thomas s'arrête. l'itinéraire suivi. Th.

DE l'Être et de l'essence 187

In Deo glorioso, comme écrit toujours Cajelan,
essence parfaite, existence parfaite, et les deux s'iden-
tifiant à cause même de la suprême perfection qui im-
plique la simplicité.
Dans les substances, soit simples, soit composées,
essence indépendante, existence indépendante aux ;

degrés inférieurs, essence composée et par suite
décomposable, existence périssable; aux degrés supé-
rieurs, essence simple, existence perpétuelle.
Dans les accidents, spirituels ou matériels, essence
dérivée, existence dérivée.
Et cette corrélation résulte de la nature même des
choses, puisque. Dieu excepté, l'essence et l'existence
sont partout, l'une pour l'autre, puissance et acte, l'es-
sence fixant le degré de l'existence, l'existence s'ajou-
tant à l'essence comme son dernier acte et sa suprême
perfection.

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l58 DE ENTE ET ESSENTIA

ADIEU AU LECTEUR

Lecteur courageux, si ce petit livre vous a éclairé,
rendez grâce à saint Thomas, de qui lui vient ce qu'il
enferme de vrai. —
Si tout n'y est pas net et mani-
feste, pardonnez au commentateur. Voulez-vous lui
donner la meilleure des récompenses? Redressez-le,
achevez ce qu'il a ébauché. Il sera votre plus avide
écouteur, car il aspire au moment où, grâce à des
études précises et nombreuses sur les textes scolas-
tiques, ce modeste travail paraîtra, même à des yeux
novices, une esquisse surannée.

Un dernier mot : « La philosophie boursoufle »,
disait le P. Gratry, et c'est vrai quand elle fermente
dans une tête de sot ou d'orgueilleux. J'indique ici,
en quelques extraits du mystérieux auteur de l'Imita-
tion, l'une des principales conditions et, s'il en est
besoin, le meilleur correctif des études philoso-
phiques.

Vere alta verba non faciunt sanctum et
justum; sed virtuosa vita efficit Deo carum. Lib. I, cap. i.

O Veritas Deus... taceant omnes doctores,
sileant universae creaturae in conspectu tuo :
tu mihi loquere solus Lib. I, cap. m.
Illi exterius rigant, sed tu fecunditatem
donas. Illi clamant verbis, sed tu auditui
intelligentiam tribuis Lib. III, cap. ii.

Una vox librorum, sed non omnes aeque
informat, quia intus sum doctor veritatis...
distribuens singulis prout dignura judica-
vero Lib.III.cap.xLiii.

8
1

DE l'Être et de l'essence 169

TABLE DES MATIERES

Pages.
Introduction 5-25
Date de l'opuscule, originalité de saint Thomas. ... 6-16
Plan et coutenu du De Ente 16- 1
Les commentaires du De Ente 18-22
Réflexions sur la présente traduction. 22-26
Textes pontificaux 26-27
Préambule. —
Indication du sujet 28-3
Chapitre Premier. — La signification commune des
mots être et essence
: 32-41
Chapitre II. — L'essence des substances composées. 40-53
Chapitre III. — L'essence comparée au genre et à la
différence 52-71
Chapitre IV. — L'essence comparée à l'espèce 72-85
Chapitre V. — L'essence des êtres immatériels. . . . 88-119
Chapitre VI (Synthèse des précédents). — L'essence
dans les différents êtres 1 14-133
Chapitre VII. — L'essence des accidents, et finale du
traité 134-157
ADIEU AU LECTEUR i58

Index des principales notes.

Note sur VAme (définition aristotélicienne), 1 36- 137.
— Avicebroit, 88-90.
— Avicenne, 29.
— Averroès, 34-35.
— Averroïsme, 80-81, 96.
— le liberde Causis, 92.
— la corporéité à.es Anges, 88-89, 96.
— les Eléments, 105-109.
— V Essence et l'existence, 96-97, 11 2- 11 5, 121
— V ipsedixitisme, 90.

78. 96. . — Imprimerie des Orphelins. : — les Zoophytes. 48 56. 37. — le mot izatura. 62. 1 3 8 .Apprentis. 28-29. in fine. — le mot nobilis. \' — le mot Intentio. 72. 114. 58. — le mot : species. 104. : principe Parvus error in pyiftcipio magnus est le . 82-83. 91. F. 1224-13. — les motstabula rasa. 104. : les mots Untim qttid conveniens cuilibet. . 124-125. 77. 40. Paris. 73. 44. Bletit. 88. et : illud magis. : — la matière. l6o DE ENTE ET ESSENTIA Notes sur Individuatiotit 48-49) ^4) 9^» ïï7j '^o. — le principe Propter quod zinum quodque taie. 42. 12.1 4 1 — le mot : ratio. — le Platonisme. rue La Fontaine.

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