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i NOTIONS D’ANNAMITE VULGAIRE PAR Maxime GCREMIEUX CAPITAINE D'ARTILLERIF, DE MARINE we \ s PARIS Ve ie = es LIBRAIRIE AFRICAINE 4 OdLONIALE : Google - NOTIONS D’ANNAMITE VULGAIRE PREFACE L’annamite courant est une langue simple, facile 4 apprendre et a retenir. La grammaire a une syntaxe tudimentaire. Complétement monosyllabique, cette langue ignore les désinences variables ou invariables des langues a flexions et des langues agglutinatives. Elle contient peu de mots dont les significations variées se déduisent facilement les unes des autres par extension figurée. Sa concision et sa briéveté lui permettent de s’exprimer énergiquement et d'une facon trés pittoresque. Les plus grandes difficultés que rencontrent les Frangais dans l'étude de l’annamite sont dans I'into- nation propre 4 chaque mot et dans la prononciation correcte des différents vocables. Ces difficultés sont moindres cependant pour ceux du midi de la France, que pour ceux du nord, habitués 4 donner I’accent Google 6 NOTIONS D’ANNAMITE VULGAIRE tonique d'une fagon invariable sur la derniére syl- labe de chaque mot, alors que’ dans la plupart des diphtongues annamites, comme dans les patois du midi dela France, la premiere voyelled’une diphtongue supporte le poids de l’accent tonique. Nous avons soigneusement détaillé les particula- rités relatives aux voyelles, aux diphtongues simple3 et compostes, et A certaines syllabes difficiles a rendre correctement. La langue est une d'un bout 4 l'autre du territoire ob elle est parlée. Néanmoins dans certaines régions, on se sert de préférence de locutions particuliéres délaissées dans d'autres. Certaines de ces expres- sions sont de celles qui constituent l'ossature du langage, telles que les particules ndo, dau; sao, etc., usitées au Tongking et en Cochinchine, alors que dans la plus grande partie des 5 Quangs de l’'Annam central, on emploie coutammentles particules mé, rng. Ces différences dans le langage existent aussi dans la prononciation et comme ce travail doit servir aux . Frangais dans quelque région qu’ils se trouvent, nous avons tenu a les signaler soigneusement. Le langage du Tongking est, 4 peu de chose prés, le méme que celui de 11 Cochinchine. La prononcia- tion peut étre trés différente pour certaines classes de mots. Le langage et la prononciation usités 4 Hué, offrent des différences plus profondes. Il est 4 noter que dans la campagne de Hué, la prononciation est la méme qu’au Tongking, mais le dialecte usité est celui de la capitale. Un exemple frappant peut montrer jusqu’oil s’étend cette différence, Traduisons la phrase suivante : Google J NOTIONS D'ANNAMITE VULGAIRE 7 « Monte la-dessus, voir ce qui se passe. » En tongkinois on dita : « May, di lén trén kia, coi thie la thé nao. » Eta Hué: « Mi, di lin o6t td, oot this la lam rdng. > Ces expressions étant familiéres 4 tout le peuple de Hué et de la plus grande partie de 5 Quangs, nous ne pouvons admettre de les reléguer au rang de'patois. Il est cependant juste d’ajouter que si le pur tong- kinois n'est pas toujours compris du premier coup 4 Hué par les gens du peuple, il est familier 4 toutes les personnes d'un rang élevé, mandarins et autres. Mais le dialecte propre 4 Hué est usité d'une fagon constante aussi bien dans le peuple que chez les per- sonnes aisées, et méme dans la famille royale, dont c'est le langage courant. Le présent travail comporte en outre, l'étude des substantifs, des qualificatifs, de leur formation et de leurs dérivés; une étude rapide des démonstratifs, relatifs, interrogatifs et indéfinis, des adverbes, I'é- tude presque compléte des particules qui constitue A vrai dire la grammaire annamite, et celle des verbes auxiliaires. Un chapitre spécial est réservé a la poli- tesse annamite, dont il est indispensable de connai- tre les régles minutieuses, si on ne veut pas s’ex- poser a ‘vexer inutilement les gens, et si on désire éviter d’étre traité irrespectueusement par eux. Enfin quelques contes populaires traduits mot a mot complétent ce travail. Google , wen 8 NOTIONS D'ANNAMITE VULGAIRE + Nous signalerons au fur et 4 mesure les termes particuliers qui du chinois sont passés a l'annamite avec de légéres modifications phonétiques. On appelle improprement langue mandarine, la langue officielle chinoise, employée dans les rédactions officielles et dans la correspondance. C'est du pur chinois, mais dont la prononciation a été modifiée par les Annamites. L‘altération est tellement profonde qu'un Chinois parlant le Kwan hoa pourra traduire un document offi; ciel annamite, mais ne pourra pas le comprendre a la lecture 4 haute voix faite par un Annamite. Cette adoption de la langue chinoise comme lan- gue officielle ou langue écrite n'est pas particuliére 4 T’Annam. Les Japonais ont aussi une langue manda- rine officielle, 4 laquelle ils ont fait subir de pro- fondes altérations de prononciation. C'est ainsi que le mot kwan hoa koué signifiant pays, se prononce quéc en Annam et kék au Japon. Au lieu du terme langue mandarine, nous proposerons I'expression de langue sino-annamite écrite. Il existe aussi un systéme d’écriture populaire em- pruntée a la langue chinoise. II consiste dans ’em- ploi des caractéres les plus connus de la langue écrite, en ne les prenant que pour leur valeur phoné- tique. On congoit donc que le choix de ces caractéres mait rien d'absolu, puisque pour rendre un son, on peut choisir parmi plusieurs caractéres homophones, et parfois méme affectés d'intonations différentes. Ce systéme d’écriture s’appelle quéc ngit, parler popu- laire, les caractéres qu'il cmploie sont dits chit quéc ngit ou chit ném, par opposition aux chit nhu, ou chie nho qui désignent spécialement les caractéres chinois pris avec Ictr sens récl, Google NOTIONS D’ANNAMITE VULGAIRE 9 Enfin on donne le nom de chit quéc ngit plus spécia- lement aux caractéres européens imaginés par les missionnaires pour la transcription de l'annamite. ATinverse de ce qui s’est passé pour le chinois, il n’existe qu’un seul ‘systéme uniformément adopté, malgré ses quelques défectuosités, pour écrire l’anna- mite en caractéres européens. M.C. Google CHAPITRE PREMIER NOTIONS PRELIMINAIRES Il n’y a pas a proprement parler de grammaire anna- mite, c’est-a-dire que cette langue ne saurait compor- ter comme la notre, pour les mots qui la composent, une division en articles, adjectifs, pronoms, adverbes, prépositions, etc... . Elle est essentiellement monosyllabique, n’emploie pas les désinences des langues @ flexions, et n’admet pas les terminaisons ou postpositions des langues agglutinatives. . Elle comprend des mots pleins, ayant une vie et un sens propres, et des mots vides, que nous dési- gnerons sous le nom de particules. Les mots pleins sont les noms, les adjectifs et les verbes. Nous ver- rons que cette classification n'a rien d'absolu, le méme mot pouvant étre 4 la fois verbe et adjectif, par exemple. Quant aux particules, elles servent a rendre les démonstratifs, les indéfinis, elles donnent aux phrases le sens dubitatif ou interrogatif, elles forment, combinées avec d’autres termes, les adver- bes de circonstance, de lieu ou de temps, et les conjonctions. La langue étant monosyllabique, les relations de Google 12 NOTIONS D'ANNAMITE VULGAIRE sujet a verbe, de verbe 4 régimes, de déterminé a déterminatif sont mis en évidence par une régle de position simple et invariable. On arrivera 4 ’appliquer correctement et 4 propos, si on est guidé par la cons- tante préoccupation d’éviter toute ambiguité. Ce qui fait la facilité de la langue populaire anna- mite, c'est l’absence de syntaxe. L’Annamite ignore la longue période cicéronienne et proscrit l'abus des propositions relatives qu’il transforme en proposi- tions principales. Un exemple trés simple donné 4 V'appui de cette affirmation, la fera bien comprendre. “Aulieu de dire d’un seul trait : — J'ai vu de loin l'incendie de la maison de cet homme, qui avait été mon ami 4 Quang tri; Il sera trés bon de traduire ainsi : — Cet homme [qui] avait été mon ami a Quang tri — j'étais dloigné — [et] j'ai vu sa maison briller. Autre exemple : — Apporte-moi mon mouchoir que j'ai oublié dans ma chambre ; Sera plus clairement traduit en décomposant ainsi : —Ily a mon mouchoir [que] j'ai oublié dans ma chambre. — Entre [le] prendre. — Porte {le] moi. Nous ne prétendons pas donner ceci comme une régle absolue, mais nous croyons bon d'indiquer, dés le début de l'étude de cette langue, son génie et ses tendances propres. C'est pour cela qu'il est urgent de se défaire de Google NOTIONS D’ANNAMITE VULGAIRE 13 V'habitude de tous ceux qui, peu familiers avec la philologie, tentent l'étude d'une langue nouvelle, en s'astreignant a traduire mot par mot. On ne doit cher- cher a traduire que le sens de la phrase, sans pour cela altérer en rien la fidélité que l'on doit rechercher dans une traduction rigoureuse. En général, la phrase annamite est plus concise que la phrase francaise. Cela tient a l'absence de syntaxe et alarégle de position qui dispensent l'annamite d'avoir recours 4 des prépositions ou a des particules de liaison indiquant les rapports qui lient les mots les uns aux autres. Un exemple frappant le fera comprendre aisément. Pour dire : — Le matin il était encore vivant — le soir il était mort. On dira : — Sém cén, téi mat ; signitiant mot 4 mot, matin encore, soir mort. Si nous examinons de plus prés cette phrase, nous voyons que le mot cén, signifie rester, ou bien, encore, dans le sens de quelque chose qui n'est pas épuisé, qui n'est pas fini; tdi signifie le soir, l'obscurité, aussi bien que obscur, noir; mat signifie perdu, égaré et par déférence, mort. On peut rapprocher de cette expression le mot : perdu dans la phrase : « J’ai perdu mon pére an passé. » Nous avons 1A des exemples de mots pleins, ala fois verbe et adverbe, nom et adjectif, ayant un sens propre et un sens figuré. Enfin, le plus grand obstacle a I’étude de la langue vulgaire, est la prononciation qui est vraiment diffi- cile. Il est bon pour éviter de n'étre pas compris, duser fréquemment de synonymes. C’est encore un¢ Google 14 NOTIONS D’ANNAMITE VULGAIRE facon de se conformer aw génie de la langue qui les emploie souvent. Ainsi pour dire « une jolie femme » on ne se contentera pas de traduire dén ba lich-sv’, mais on dira dén ba lich-su’, cinh, tét, chacun signifiant joli avec sa nuance propre. On s‘attachera dans les premiers temps, pour arriver a parler correctement, a imiter le sabir des domes- tiques indigénes, qui traduisent, mot par mot, l'anna- mite en francais. Cela aidera 4 comprendre l'usage constant de certains mots explétifs au commencement des phrases tel que cd, avoir, employé dans le sens de i ya. . Ainsi dans la phrase : — Tout a l'heure, un homme est entré qui..., . On dira : — Tout al'heure, ily a un homme entrer.. Il est bon de se défaire dés le début, des habitudes contractées en Europe dans l’étude du latin, du grec, du frangais et de l’allemand. Il n'y a pas de régles absolues en annamite. Il serait absurde de faire une grammaire od l’on mettrait un soin scrupuleux a indi- quer soigneusement les pluriels, les nuances du passé et du futur, comme dans les langues a flexions Prenons comme exemple les phrases suivantes : — Hier j'ai rencontré de petits enfants. Leurs véte- ment étaient tout déchirés. Une correction trop rigoureuse voudrait qu'on traduisit ainsi : — Bita qua ti o6 gap may con nit — may cdi do cia ching né la rach het cd. Google NOTIONS D’ANNAMITE VULGAIRE 45, Mot & mot : jour, passé, moi, avoir, rencon- tré, plusieurs petits enfants, plusieurs, les, véte- ments, appartenant a, tous, lui (eux), déchirés, fini, tout. Cette phrase correcte au point de vue grammatical est poncive et lourde en annamite. On pourrait d’a- bord supprimer ching marque du pluriel devant né, de méme le verbe Ja étre; et dire : May cdi do cia né rach hét cd. Et pour avoir une phrase absolument courante et cependant correcte, on dira simplement, en ajoutant le verbe cé, avoir, en téte de la deuxiéme proposition : Bica qua t6i [06] gdp may con nit,cé [cdi] do rach het cd. Prenons un,deuxitme exemple : — Hier je suis allé chez vous, je ne vous ai pas rencontré, j'y passerai de nouveau demain. q Nous traduisons comme le voudrait une correction scrupuleuse en mettant entre parenthéses les mots dont la suppression donne a la phrase ae etla tapidité exigibles. Bia di dén nha (4) jour ri moi i (i Allg vers maison monsigur khéng gap éng ) mai Wi / se ne pas atin rencontré, \monsieur) demain moi ( gevoir (futury qua i passer de nouveau. En conséquence, faire une grammaire ob on donne- tait des paradigmes de déclinaisons, de conjugaisons, Google 416 NOTIONS D’ANNAMITE VULGAIRE 4 limitation des errements admis pour les langues & flexions est une tentative inutile et nuisible. La pré- tention de gouverner une population asiatique comme | un arrondissement de France, par les mémes lois et réglements. serait du méme ordre d'idées. Il faut donc s’ingénier 4 pénétrer le génie de la langue annamite, le mécanisme qui préside 4 la for- mation des locutions indispensables du langage, telles que les démonstratifs, les relatifs, les interrogatifs, les indéfinis, les adverbes de circonstance, de temps, de lieu et de mesure, etc... Il est bon d’apprendre rapidement quelques expressions populaires dont Vénergie et la concision peuvent servir de modéle. Enfin, l'étude des mceurs et de Vhistoire de la race annamite aidera puissamment le Frangais colon ou fonctionnaire, a s'intéresser aces derniers venus dans la famille francaise, pour le plus grand bien des inté- réts considérables confiés a sa sagacité. Google CHAPITRE II INTONATIONS Le mots annamites sont affectés d'intonations pro- pres 4 chacun d’eux. Le méme monosyllabe auquel on attribuera des intonations différentes prendra succes- sivement des significations absolument différentes les unes des autres. Il importe donc de rendre ces tons avec justesse- de maniére a éviter toute confusion de langage. Nous les classons de la facon suivante : I, — Tons normaux. 1° Ton aicu. — Le ton aigu, ou ddu sic s'indique pat un accent aigu; 2° Ton kcat. — Le ton égal ou dau binh ne s'indique par aucun accent; 3° Ton crave. — Le ton grave, ou dau huyén s'indique par un accent grave. Ton aicu. Ce ton se rend de deux facons différentes suivant Google 18 NoTtoNs D’, MITE VULGAIRE les localités; c'est-a-dire qu'il constitue tantét un ton simple, tantot un ton composé. Le premier est donné par une simple émission de voix, pour le second la voix part du ton naturel pour monter ensuite au degré d'acuité nécessaire. L'intonation aigué est trés voisine de celle qui af- fecte en francais le dernier mot d'une phrase interro- gative. Dans le cas le plus fréquent (Tongking-An- nam) lintonation générale de l'ensemble des deux mots « veux-tu? » en donne une idée exacte, si on veut le décomposer en deux temps. Le premier temps est toujours trés abrégé, ct fondu dans le second. En Co- chinchine, il disparait complétement, et le ton aigu se rend par une sorte d’explosion de la voix de téte. Ton EGAL. Il se donne en soutenant la voix 4 une hauteur cons- tante. C'est le ton indifférent d'un enfant qui récite une lecon en !’anonnant, ou d'un homme qui s’endort. Un moyen pour arriver a le donner facilement consiste Ane pas regarder son interlocuteur, comme si on ré- citait. Ton Grave. Ce ton se donne en maintenant la voix dans le regis- tre grave. Il serait assez bien rendu par une interjec- tion exprimant une stupéfaction profonde, ou un accablement dd Ala lassitude. Exemples : Lé: feuille. La: crier. La: étre. Google NOTIONS D’ANNAMITE. VULGAIRE 19 Il. — Tons gutturaux. Il est trés difficile de s'expliquer nettement.sur les tons gutturaux, aucune onomatopée usuelle ne pou- vant étre invoquée. Pour les traduire, il faut faire ren- dre la gorge une vibration analogue a celle qu’on lui donne quand on fait un effort violent et continu. Ceci est surtout vrai pour les habitants des cinq Quangs de I’Annam central. Cette vibration est beau- coup moins sensible au Tongking et en Cochinchine. Nous les classons ainsi : 1° TON INTERROGATIF VARIE — ou daw Adi indiqué par un point d‘interrogation vertical; 2° Ton INTERROGATIF EGAL — ou dau ng indiqué par un point d'interrogation horizontal ; 3° Ton pesanr — ou daw ning indiqué par un point en dessous. TON INTERROGATIF VARIE. Il se rend en faisant monter la voix du ton égal au ton aigu, le faisant descendre au ton grave, et remon- ter au ton égal. Cela justifie ce nom de ton interro- gatif rendu assez rapidement par le diagramme formé par le signe : Google 20 NOTIONS D’ANNAMITE VULGAIRE La résultante générale de ces variations dans la hau- teur du son de la voix est une intonation interroga- tive se rapprochant beaucoup du ton aigu, que don- nerait une personne peinant avec effort. On pourrait appeler ce ton : ton guttural aigu. TON INTERROGATIF EGAL. Se confond souvent avec le précédent. II en différe cependant en cela que la voix reste a la hauteur du ton naturel égal et s'y maintient. On peut l'appeler aussi ton guttural égal. C'est en somme un ton égal donné avec I'effort gut- tural dont nous avons pails. L’onomatopée du béle- ment chevrotant de la chévre peut en donner une idée approchée. En guéc ngit on pourrait Pécrire be. TON PESANT. C’est un ton varié, la voix partant cu ton naturel pour descendre au ton grave et remonter plus ou moins brusquement au ton égal suivant que le mot Google wea a NOTIONS D’ANNAMITE VULGAIRE 24 est terminé ou non par une consonne. La vibration de la gorge est ici moins sensible qu’aux deux précé- dents. Mais il est bon de s’appliquer 4 la donner dans les débuts pour éviter toute ‘confusion avec les homophones affectés de-J’accent grave. Cela mis 4 part, la tonalité générale est celle dont on affecte sou- vent en francais les réponses « oui, certes. » On pourrait l'appeler aussi ton guttural grave. Les diagrammes ci-dessus peuvent donner une idée de la hauteur relative des sons. Ilest d’ailleurs impossible, avec les indications les plus détaillées, de rendre les intonations sans les avoir entendues. Point n’est besoin cependant, pour les rendre correctement d’étre musicien, ou d’avoir la voix juste, comme on I'a faussement prétendu, pas plus qu’il n’est nécessaire d’étre musicien pour imiter le parler chantant des Italiens. Dans les langues européennes, le sens de la phrase dicte l'intonation générale. En annamite chaque mot ayant son accentuation propre, le sens de la phrase n'influe en rien sur son intonation. Certaines phrases franchement interrogatives seront dites sur un ton ab- solument monotone, par exemple : « Venez-vous? — anh di khdng? » D’autres franchement affirmatives seront dites sur le ton général d'une interrogation. « Tl a des chiens — né c6 ché. » Il est bon de se défaire de l’habitude contractée en Europe de faire dominer l’intonation de la phrase par le sens, car on arriverait ainsi 4 dénaturer I’accen- Google 22 NOTIONS D'ANNAMITE VULGAIRE tuation propre a chaque mot. Il est utile, dans les débuts, d’éviter de regarder son interlocuteur, comme si on lisait ce qu’on dit. Quand deux mots se suivent, affectés tous deux de l'accent aigu, le second seul atteint le registre élevé de la voix. Ainsi l'ensemble des mots téi lim, trés obscur, s’in- tone exactement comme celui des deux mots de la phrase frangaise : « veux-tu? » Pour avoir une notion exacte des intonations, il est bon d’entendre un Annamite lisant posément et mot par mot un texte écrit en caractéres chinois, ou bien parlant 4 un mandarin de rang supérieur, ou bien enfin un acteur récitant un monologue. Dans ces cas, chaque mot est donné avec son accen- tuation compléte, séparée de celle du mot différent. Il est bon aussi de faire lire lentement une page de quéc ngit 4 un interpréte, et de suivre avec Jui en répé- tant mot par mot, 4 voix basse. La lecture d'une poésie est pour cela un excellent exercice. Quand on possédera bien les intonations des mots isolés, il faudra s’exercer a lire rapidement des phra- ses de plus en plus longues. On arriveraa donner peu a peu les accentuations sans effort, par une simple indication de la voix, ce qui permettra de lier les mots les uns aux autres, sans les confondre cependant, cest-a-dire de parler naturellement et sans effort un langage courant. Google CHAPITRE III PRONONCIATION L’annamite populaire s’écrit 4 l'aide d’un alphabet dit alphabet quée ngit (parler populaire) formé par les Missionnaires espagnols a l'aide des caractéres latins et de quelques signes particuliers. Les voyelles sont : a @ @ @ @ i yo bon ef que nous allons étudier séparément. « — aest long et ouvert, il se prononce comme I'a frangais : ma : revenant. ca: chanter. la: crier. a — & est bref, mais prononcé franchement en ap- puyant un peu, comme dans paite. Il ne termine que quelques mots et est suivi d'une con- sonne : | nim : cing. san: chasser. a — dest une lettre muette dont le son est sourd ct Google CORNELL U 34 Notions p’ ITE VULGAIRE bref. Il ne termine aucun mot. Le son de dé est intermédiaire entre a et ew sans se confondre jamais avec l'un ou l'autre. Il est inutile de s’exercer 4 prononcer cette lettre isolément = dm : fluide. én : bienfait. Intermédiaires entre am et eum, entre an et eun. e — e est franchement ouvert comme é dans #éte. lele : sarcelle. we: voiture. em: frére cadet. é — é, a Vinverse du méme signe en frangais est fermé comme é de aimé : campagne. monter. quén : oublier. i et y— ont le méme sens qu’ep francais et n’en dif- férent que dans les diphtongues : di: aller. o — oest long’et ouvert. Ila exactement le son qu’on lui donne fréquemment dans le peuple de Pro- vence : do : mesurer. lo : se soucier. o: tante. Quand il est suivi d’uneconsonne, il a le son de ao, comme s'il était précédé d'un sona a peine perceptible. téc : cheveu. Google NOTIONS b’ANNAMITE VULGAIRE 8 6 — 6 est long et fermé, comme le son eau en francais : v6: sans. mé : ‘tertre. o — dit o barbu, est long et ouvert, comme eu dans peur: _ so: origine. ta: fil de soie. u — ale son de ou en frangais : u: obscur. tw : avoir honte. w — dit u barbu. Aucun alphabet européen ne peut donner une idée du son de cette voyelle, inter- médiaire entre # allemand et y. C'est un son guttural, nécessitant un effort de la gorge : w: oui. nw: colére. Diphtongues. Dans les diphtongues, la premiére voyelle porte en général l’accent tonique. Nous signalerons celles qui font exception. a forme diphtongue avec i, y, 0, u. ai — se prononce comme ail dans travail avec cette différence que le son de I’i est trés atténué, et trés voisin de e. Iai : venir. On ne signale qu'une exception a cette régle, 2 Google 26 NOTIONS D'ANNAMITE VULGAIRE Varticle cdi se prononce Av. ainsi ci tay, la main, se prononcera keé tail. ay — comme ait francais en donnant A I'y toute sa valeur. ao — l'accent tonique, étant sur I’a, Io est presque ” élidé. thao : désirer. au — se prononce aou en appuyant trés franchement sur I’a. Il faut éviter soigneusement de sépa- ter les deux sons aet ou. mau : vite. 4 forme diphtongue avec y et w. dy — comme eil dans vermeil. mdy : nuage. du — ne doit pas étre confondu avec au. C’est un son sourd, intermédiaire entre aow et ewou. ddu : ob? Méme remarque que pour au pour l’accent tonique. e forme diphtongue avec o. eo — méme remarque que précédemment. theo : suivre. é forme diphtongue avec w. éu — méme remarque. Se prononce éou. léu : faire honte a. i forme diphtongue avec a, é, u. Google NOTIONS D/ANNAMITE VULGAIRE 27 ia — tad méme remarque que précédemment. mia : canne a sucre. fiw : lézard. Quand ¢ est suivi de é, le son de cette derniére lettre est presque élidé, i devent long et trés appuyé. Aussi iém, iép se prononcent presque comme im et ip. Pour iét, iéc, au Tongking l'accent tonique se porte sur é et les mots biét, viéc, se prononcent comme ils sont écrits. En Cochinchine et a Hué, iéc se prononce ire, et com- me le ¢ final équivaut a un , s'y prononcera birc. ién — se prononce comme ienn frangais au Tong- king. En Cochinchine et 4 Hué, In final ayant un son nasal et non dental, én aura un son nasal intraduisible en frangais, intermédiaire entre les sons de tien et tian, en supposant qu'on appuie franchement et longue- ment sur Ii aux dépens de la voyelle suivante. iéng — a ‘partout un son nasal comme ién a Hué, sauf qu’au Tongking é supporte l'accent tonique. lim: intégre. higp : timide. sapéque. khiéng : porter. o forme diphtongue avec a, ¢, i. Avec les deux premiéres, il ne porte pas l'accent tonique. khéa : clef. Khoe : vante loan; phén loang : déteindre. Go gle 28 NOTIONS D'ANNAMITE VULGAIRE oi — Faccent tonique cst sur l'o, méme remarque que pour ai : coi : regarder. u forme diphtongue avec a, i, y, 6, a, d. ua — ‘| ni accent tonique sur u. mua : acheter. lui: reculer. ué — uy — ; ae ué accent tonique sur é, y, 6, 7. us — thud: lover. khuy : anneau. nhuém ; teindre. quo: rassembler. udn peut s‘orthographier won ou un comme dans le dictionnaire de Taberd. L’accent tonique est sur un dn qui garde toute sa valeur. L'usage seul enseignera les nuances qui distinguent ces trois sons sourds. De méme quac, guéc sont équivalents et se pronon- cent koudc au Tongking. En Cochinchine et 4 Hué ces mots se prononcent koudrc ou kourc. Cette substitution de o et w 4d aprés un uw est tres fréquente. w forme diphtongue avec a, i, 9, u. a — | o { accent tonique sur ir. Google CORNELL U NOTIONS D'ANNAMITE VULGAIRE 29 mica: pleuvoir. ngwi: flairer. wom — won — > accent tonique sur v. wong — : muén : emprunter. muon: rotir. wot — . accent tonique sur we. woe — A Hué et en Cochinchine ces deux sons ont la méme prononciation, qui équivauta urk oul'w aurait le son de I’ barbu. wot: mouillé dwoe ? pouvoir. wu — accent tonnique sur w. mucu : habile. Diphtongues composées. Les diphtongugs composées doivent étre pronon- cées d'une seule émission de voix, en se gardant bien de séparer les voyelles qui les forment. iéu — accent tonique sur la diphtongue éw. thiéu : rotir oai — accent tonique sur la diphtongue ai. sroai : fatigyé. oay — accent tonique sur la diphtongue ay. udi — accent tonique sur la diphtongue di. nudi : nourrir. Google CORNELL U 30 NOTIONS D'ANNAMITE VULGAIRE oi — accent tonique sur la diphtongue oi. toi : verdoyant. uya — accent tonique sur la diphtongue wy, c’est-a- dire sur y. | khuya : minuit. uyén — doit étre donné d'une seule émission de voix, Taccent portant sur yén. tuyén : publier. uyét — méme remarque. Accent tonique sur yé. En Cochinchine et a Hué, uyét se prononce comme ouirc. thuy@t : dire. wou — se prononce weu-ow ; accent tonique sur ew. Consonnes. bc che dy kM ge ghey heh, ng, nk, phe qu res te the try ca toujours le son de / qui le supplée devant i et y, ainsi on épellera : ca, ke, ki, ki, hy, co, 06, co, cu, cw. ac, de — se prononcent ark a Hué. ee — s'y prononce er, en faisant sentir trés peu Ich. oc — a Hué se prononcera aokp, en fermant la bouche et gonflant les joues. (‘) Le da la valeur du d frangais. Google CORNELL U _ NOTIONS D'ANNAMITE VULGAIRE 34 sde : mouillé. sdc : beauté. méc : répéter. téc : cheveu. ude — se prononce ourk 4 Hué et 4 Saigon : thude : tabac. tac — se prononce wrk 4 Hué et a Saigon : yo : pouvoir. ch — a un son intermédiaire entre tch et ti. cha : pére. d — ou d non barré. Au Tongking a le son du dz francais, en Co- chinchine et en Annam celui d'un y mouillé. g —a le son de gu francais dans gueux, est suppléé par gh devant ¢, é,i: ghe, ghé, ghi, s'épellent gai, gué, gui. h — est le signe d'une forte aspiration précédant la voyelle suivante. kh —a le son de & suivi d'une forte aspiration pré- cédant la voyelle suivante. khé ; convenable. n — 4 la fin des mots, au Tongking, cette lettre a un son dental comme le double n de tienne. A Hue, cette régle ne subsiste que pour les syllabes én, in. Pour les autres, I'n final a le méme son nasal qu’en francais; en se pro- nonce comme ain en trangais, un comme oun. Google 32 NOTIONS D'ANNAMITE VULGAIRE dn, on, wn sont souvent pris l'un pour l'autre, ainsi qu'on I'a déja vu. ng — et devant e, é, i, ngh, — se prononcent comme ngu dans le mot longue. Ne pas oublier que le g annamite est doux comme un g allemand. A la fin des mots, ng a partout le son nasal de I'n final du francais. En conséquence, les mots terminés par n et par ng ont le méme son a Hué. nh — Au Tongking et en Cochinchine a la valeur du gn frangais dans duégne. Dans I'Annam central et surtout 4 Hué, au commencement des mots, wh a le son d'un y; ala fin des mots, nh a la valeur de » final du Tongking, c’est-a-dire d'un double n fran- gais. Ainsi nké maison, se prononcera gna au Tong- king et ya 4 Hué; anh, frére ainé se dira agne au Tongking et anne 4 Hué. ph —a le son de pf, le p étant adouci, qu — la lettre g est toujours suivi d'un w et l'ensem- ble se prononce kou. r — au Tongking se prononce comme un =, en Annam comme un }. s— ale son de ch frangais. Legrand de la Lirayc avait proposé de la remplacer par sh. t — En Cochinchine et dans I’Annam central, cette lettre a le son d'un é ala fin des mots. Ainsi mét se prononcera mék dans ces ré- gions-la. Google ee NOTIONS D'ANNAMITE VULGAIRE 33, Apres certaines voyelles, le son de cette lettre est celui de rk, tels sont les mots en at, at, et, of, qui sonnent comme s’ils étaient en ark, ark, erk, ork; ié se prononce irk; wot, se prononce wrk. Dans les mots en ¢, it, seuls, le ¢ conserve en Annam et en Cochinchine la valeur qu'il a au Tongking. . tk — se prononce comme un ¢ suivi d’une forte aspi- ration sur la voyelle d'appui. tr () — se prononce en roulant l'r, de fagon a donner un son intermédiaire entre tr et tch francais. Au Tongking, tr ale son du ch quéc ngi’, et plusieurs auteurs ont déja eu la mauvaise idée de substituer ch 4 tr dans les mots ot entre cette double lettre. v— Avec son légérement mouillé comme s'il était suivi d'un i. Cette particularité existe surtout en Cochinchine. £— se prononce comme un s francais Iégérement zézayé. Ce n'est jamais un s pur. En Cochin- chine il est légerement mouillé comme s'il était suivi d'un i. (') Dans le Think Hoa, le Nght An, tr aa peu prés le son de tl, ou d’un double 2, U. Google CHAPITRE IV CONSTRUCTION Il importe de connaitre dés le début la construc- tion des phrases simples. La construction de la phrase affirmative est inva- riable. Les termes sont rangés dans l'ordre suivant : — sujet — verbe — attribut ou complément. Je mange du riz. (Moi manger riz). Il achete la maison. Toi an com : N6 mua cdi nhi : Le qualificatif suit toujours le nom auquel il s‘ap- plique. Cai nha lin + La grande maison. (La maison grande). Mauvais riz. Com wae : (Riz mauvais). Méme régle pour les adjectifs déterminatifs, rela- latifs, indéfinis. Cet homme? Quel chemin? Quelle sorte d'affaire? Nowa nity : Brcimng nio : Chayén chi: Google ELL UNIVE! NOTIONS D’ANNAMITE VULGAIRE 35 L’article et l'adjectif indétini indiquant Ja quan- tité, le pluriel, se placent avant le nom. Cai nha : La maison. Nhiéu cho : Beaucoup de chiens, May ngwéi : Les hommes. Cac ba : Les femmes. L‘adjectif numéral indiquant la quantité précéde le nom; indiquant l’ordre, il le suit. Deux mois. Le deuxiéme mois. Quand deux noms se suivent le second est le com- plément déterminatif du premier. Cai chon ngwa : Le pied du cheval. Nha me : La maison de la mére. En appliquant la méme régle au pronom person- nel, on forme l’adjectif possessif. Cai ghé téi : Ma chaise. (La chaise moi). Vite may : Ton affaire. On doit appliquer sans hésitation ces régles inva- riables. Une inversion peut complétement dénaturer le sens d'une phrase. Com Gn : Riz a manger. Ancom: Manger le riz. Nowa auéng : Le cheval descend. Xudng ngwa : Descendre de cheval. Khéo n Aisé a dire. Noi khéo : Parleradroitement. Google 36 NOTIONS D'ANNAMITE VULGAIRE La phrase interrogative terminée par un pronom ou un adjectif interrogatif se construit comme la phrase affirmative. Qui frappes-tu ? May dank ai? Quel homme as-tu May cé gap rencontré > nguci nao? Méme régle pour la phrase terminée par une locu- tion ou un adverbe de temps, de lieu, de mesure. Dans combien de jours Mdy mudn di veux-tu partir ? trong may ngdy nita? Ot est votre maison? Cai nh 6ng & dau? A quelle heure Ong ain com khi mangez-vous? may gid (ougid thit may? La phrase interrogative en général se forme de la fagon suivante : — On énonce d'abord la phiase affir- mative. — On la fait suivre ensuite de la réponse né- gative 4 la question posée. As-tu vu mon pére? —- Maiy 6 thy cha téi khing? C’est-a-dire: tu as vu mon pére [ou] non. As-tu finide manger? May din rdf chia? C’est-a-dire : toi manger, terminé pas encore. Mangerez-vous encore ng dn cu khoat des patates ? nica thoi? C’est-a-dire : vous manger des patates encore, assez. On peut, pour plus de clarté, faire précéder la locu- tion négative de l’expression hay ld signifiant ou bien, Mais cela alourdit la phrase. Google NOTIONS D'ANNAMITE. VULGAIRE 37 Avez-vous acheté le cheval ? 8ng cé mua con ngia hay’ le king ? La formation de la phrase interrogative n'est qu'un cas particulier de celle des expressions de compa- raison. Une interrogation est une comparaison entre deux faits contraires auxquels font allusion les ré- ponses possibles oui et non. Ainsi on peut traduire indifféremment : Votre riziére est-elle loin? Rung dng 6 xa khéng? Rudng éng & xa gan? Ceest-a-dire : est-elle loin ow non? Est-elle loin ow prés? Nous verrons que les particules ai, ndo, peuvent jouer le rdle d'interrogatifs relatifs ou indéfinis. De 1a les deux questions bien différentes : Aimez-vous quelqu’un? Anh thcong ai khéng ? Qui aimez-vous? Anh thwong ai? Faites-vousquelqueouvrage? Anklimvigendokhéng ? Quel ouvrage faites-vous? Anh lam vifc ndo? Pour le reste, nous renvoyons au chapitre des par- ticules interrogatives : Dans presque toute interrogation on peut em mployer le verbe cé signifiant « est-ce que? » Cst le verbe « avoir » employé de la méme facon qu’en frangais dans « ily a. » Est-ce que tu veux épouser ma sceur? May cé muén cwdi vai em tao khing? Détestes-tu cethomme? May cé ghét ngidiniy king? 3 Google : 38 NOTIONS D'ANNAMITE VULGAIRE Lorsqu’on interroge avec le verbe substantif étre, la, on emploie la locution cé phdi ld..... khdng. Etes-vous le lieutenant? Ong cé phdi la quan hai khéng? La locution n’est-ce pas, se rend par cd phdi khéng ou simplement par phai khéng. Cet homme 1a vous a volé = Ngai kia din trom n’est-ce pas? cha éng, phdi khong? Pour les questions formées avec phdi la réponse affirmative est phdi, la réponse négative khéng phai. De méme, pour celles formées avec cd la réponse peut étre ou bien cé — ou bien le verbe qui est pré- cédé par cé — La réponse négative sera simplement khéng ou khéng suivi du verbe. Btes-vous le lieutenant? Ong cé phii la quan hai khéng ! Oui, c’est moi. Phai. Non cen’est pas moi. Khéng phai. Veux-tuveniraveemoi. Anh cé mudn di vii tdi khing ? Co. Oui. Muén. Khéng. Non. Khing muén, Remarque. — II est bien entendu que le verbe étré se traduit par ld, phdi ld, phai, lorsqu'il a un attribut. Dans le sens de demeurer, l'annamite emploie un autre mot, é, de méme qu’en allemand on distingue sein de legen : Google ELL UNIVERSIT — NOTIONS D'ANNAMITE VULGAIRE 39 Votrepéreest-il4lamaison? Cha anh cé é ahi khong? Lorsqu’on interroge négativement, on met 4 la fin de la phrase les particules sao, hay sao. En Annam on use couramment, a leur place, de la particule khéng. Il n'y a personne dans la maison? Khéng cé ai trong nha [khéng?] sao? Ceci nous conduit a faire une digression sur l’em- ploi des particules d’affirmation w, da. A la question précédente, on peut, en frangais faire deux réponses. Oui (il y a quelqu’un); Non (il n'y a personne). Dans le premier cas, la traduction la plus simple sera cd, dans le second khéng. Mais si l’Annamite interpellé répond par les mots wou da, il veut entendre par 14 que oui, effectivement, il n’y a personne. 11 ne faut donc pas traduire cette réponse par le mot simple oui qui laisserait croire quil y a quelqu’un. : Pour plus de précision, l'Annamite répondra da co il y a quelqu’un; da khéng, il n'y a personne. On voit que cette, particule da est un terme de poli- tesse, analogue a bam qui peut étre employé concur- Temment avec elle, ou lui étre substituée. (Voir: Poli- tesse annamite). Google CHAPITRE V DE L’ARTICLE Comme en frangais, le substantif est en général précédé d'un article ou d'une particule qui en joue le réle. L’article qui s'applique 4 presque toutes les choses inanimées est cdi. Celui qui précéde les noms d’animaux est con qui signifie 4 proprement parler petit enfant, Pour les noms d’hommes, on emploie plusieurs locutions, telle que: ngwéi, homme ; thdng, homme (dédain), etc... Enfin, 'usage apprendra certains numéraux ou par- titifs spéciaux dont nous signalerons les plus impor- tants et les plus usités. La maison est haute : Cai nhé cao. Le chien aboie : Con ché sia. Les objets du chinois : Dé cha ngicot khdch. Le turban du domestique : Cai khan cia thang déy-té Lvarticle cdi peut se placer devant les autres articles ou partitifs particuliers. Google NOTIONS D'ANNAMITE VULGAIRE A Le cheval va vite : Cai con ngya di hay. Cethommeesttrés méchant: Cai ngwai + dy né dit lim. Le frére va manger: Cai ngwoi anh di dn com, En revanche, l'article se supprime toutes les fois que cela ne nuit pas a la clarté. La phrase y gagne en rapidité et en concision. Ceci s‘applique surtout chaque fois qu’on parle en général. Le buffle aime a paitre — Trdu hay din cb dans les champs: ngoai ding. Lvarticle con implique souvent une idée de petitesse ou d'infériorité. Con nit: le petit enfant. — di: la fille de mauvaise vie. — hét: la danseuse. On!'emploie aussi devant certains substantifs noms d'objets qui peuvent étre pris pour animés:: con mit, Yoel. Le mot con placé aprés un nom d’animal désigne le petit de cet animal. Con 66 con : le veau. — ngwa con: le poulain. — ché con: le petit chien. — ga con: le poussin. Les partitifs les plus usités sont : Cay : arbre (pour les noms d’arbres). Céy rodi: — manguicr. Google 42 NOTIONS D's NNAMITE VULGAIRE Cay chudi : — bananier. — 66dé: banian. — mit: jacquier. Par extension, il s’applique aussi aux objets en forme de tige : Cay gly: baton. — mvc: baton d’encre de Chine. — bit: crayon. — viét: pinceau, porte-plume. Autre emploi : Cady vdi : piéce de soie. — hang: — aétoffe. — rom: meule de paille. Trdi: fruit (pour les noms de fruit. Trai codi: — mangue. — chudi : —banane. Par extension, il s'applique aux noms des choses longues ou oblongues : Trai chon: mollet. — tai: lobe de l’oreille. — tay: avant-bras. — ch garrot. — tim: coeur. Ci ou Khoai: (racine, tubercule) ux plantes a racines. Ch cdi: — rave. Khoai king: igname, Google ooo NOTIONS D’ANNAMITE VULGAIRE 43 ci toi: gousse d’ail. hoi gon: manioc. — hank: oignon. mi: de — sin: manioc (4 Hué). Bu : féve (pour les suivants). Ddu wink : haricots verts. — ngu: — de roi. — phung : arachide. 1° NUMERAL DES OBJETS DIsPAREILLES. Chiée : Chiée giay: le soulier. — hoa tay: une boucle d'oreilles. 2° DES NAVIRES. Chiéc ghe: barque. — tau: batiment. 3e Drs NATTES. Chiéc chiéu : une natte. On dit aussi : Chiée dit un batonnet (pour manger. — -chién chién : une bague. NUMERAUX RELATIFS A LA FORME. . Cue : boule, morceau. Cuc géch : brique. Google 44 NOTIONS D’ANNAMITE VULGAIRE Cuc dat: motte de terre. — dd: pierre. Par extension : Cyc thit: quartier de viande. Diu : téte (pour les choses rondes). Bau nhvt : le soleil. Hét: grain. Hot gao: grain de riz. — riwée: goutte d'eau. — trai trai: coquille. — chau \ pierre précieuse, de ) ohay : perle. — ngpc ( Perle. ngoc + pierre pré- cieuse, jade. Bao : sac (pour les objets en forme de sac ou conte- nus dans une enveloppe). Bao tay : gant. — bip: cosse de mais. : Tuyau. Ong diéu: pipe. — quyén: fidte. — dim: lunette, de dém regarder par une ouver- ture étroite. — khoi: cheminée, de khéi, fumée. — hhia: cadenas. Google MOTIONS D'ANNAMITE VULGAIRE 45 Vién : synonyme de hét. Vién thuéc: pilule, — de thudc, drogue. — chi: — balle —de chi, plomb. — dan: baile. — da: caillou. — gach: brique. Surraces. morceau (objets plats, surfaces planes, étoffes). Tam gidy: feuille de papier. — vin: — planche. — phén: cloison. — do: habit. — bac: — pitce d'argent. Par exception, on dit: Tam dat: lopin de terre. — thit: quartier de viande. — gach: brique. Ban : table, plateau (surfaces planes). Ban the: — autel. (tho, adorer). échiquier. (cd, piéce d’échecs). planche. (surfaces planes). — chwong: tableau. — khoa : vantail. dé carte topographique. ordre royal (écrit sur une planche). 3. Google ———— 46 NOTIONS D’ANNAMITE VULGAIRE Employé aussi pour les compositions litté- raires, musicales... bin don: air de musique. Cuén : rouler (pour les rouleaux de papier, de soie). Cudn gidy: rouleau de papier. — gam: — soie damassée. Cuén : — Pour les livres. Cudn sich: livre. — kink: — bréviaire. — 8b: registre. Quyén : le méme que le précédent en caractéres chinois. POUR CERTAINES FRACTIONS OU DIVISIONS. Chwong: pour les divisions des écrits. Chuong tw: expression. — tho: chapitre. — td: article. Con: moment, espace (pour les événements ou phénoménes intermittents, © Con gis: coup de vent. — mua: ondée. — binh: maladie. — ngit: crise. — bat bink, trouble [bat, ne pas bink, tranquille}, Google — NOTIONS D'ANNAMITE VULGAIRE AT Cit: période. Cit mu’a: temps de pluie. . — nang: canicule. Bam : parcelle de terrain, pour les champs. Bam rung: riziére. — ma semis. Bam, dans le sens de réunion, forme des mots com- posés : . Bam hat spectacle. — tro: id. - noces. _- fiangailles. _— cérémonies aux ancétres. _ id. - id. oa funérailles. cérémonie religieuse. formés de : hat, trd, jouer la comédie; ewéi, se ma- rier; hdi, demander ; chay, jeter; di, assemblée, etc. Par extension, on dit : Dém mdy, nuée; dam mwa, averse; de mdy. nuage; mua, pleuvoir. 2 Miéng : bouche, bouchée. Mieng dit: — lopin de terre. — bank bouchée de pain. — vin: — bout de planche. 48 NOTIONS D’ANNAMITE VULGAIRE Khdw: le méme que le précédent, en caractéres chi- nois. Khiu sing: fusil, bouche a feu. — phic: bouchée de bétel (sino-annamite écrit). CLassiFICATIONS, GROUPEMENTS. Mén : espéce, sorte. ‘Mén hing : - marchandises. — dao: secte religieuse. Bing: piéce de monnaie. Bing bac: piece d'argent, piastre. — tin: — sapéque. le méme que le précédent, a Hué. Tru tién ngin : sapeque en cuivre. Bon amas (pour les choses entassées). Béng rom: meule de paille. Goi: paquet (pour les objets empaquet¢s). Goi do: vétements empaquetés. Thude ; drogue. Thue mica: vomitif. mal’; yomir. — vién: pilules. rién: grain. purgatif. wo: purger. Google———- n NOTIONS D’ANNAMITE VULGAIRE 49 Thude dc: . poison. déc: empoisonner. — ‘sing: poudreacanon. sing; canon. — dqn: munitions de guerre. den: cartouche. Thi ouvrier. charpentier. bois. fondeur. fondre. tailleur. coudre. forgeron. forger. peintre. dessiner. teinturier. teindre. cordonnier. soulier. orfévre, argent. brodeur. broder, magon. mortier. Toi: siége élevé. Pour les montagnes, remparts, constructions. Tod dén : batiment officiel. — nha hotel. — nlui ngoi : belle maison (a tuiles). Bon: instrument de musique. Bon trankh: lyre a 16 cordes. — kim: guitare ordinaire. — diy: — A2o0u4cordes. La liste des partitifs qui précédent est facile a rete~ nir, parce qu’ils sont d’un emploi journalier. Dans les dictionnaires on en trouvera d'autres moins indispensables a connaitre, leur usage étant peu fréquent. Google 50 NOTIONS D'ANNAMITE VULGAIRE Certains mots et particules servent 4 indiquer le genre. Leur emploi est trés limité. Trai est employé pour les garcons. Gdi pour les filles. Lai au Tongking, s'emploie souvent ala place de gi. Con trai enfant du sexe masculin. Con gdi: enfant du sexe féminin. D’ot Ia locution trai gai, signifiant ou bien yaryon et fille, ou bien avoir des relations intimes. Ngwoi trai: jeune homme. Em trai: frére cadet. z sceur cadette. signifie aussi jeune fille. Bw et cdi: sont employés pour les animaux. Con tréu due: le buffle. Con b6 cdi : la vache. De méme on dira: Hoa dyc: fleur male. Tréng et mai: pour les oiseaux de toute sorte. Con 66 cau tréng : le pigeon. Con 66 cau mai: — la femelle du pigeon. Con gi tring: le coq. Con git mdi ; la poule. L'usage de ces mots n'est indispensable que s'il est nécessaire de préciser. Google NOTIONS D'ANNAMITE VULGAIRE ot Ainsi, on dira : les cogs chantent. coq de combat. Je suis rentré cette nuit au chant du coq. Téi vé hdi ga gay nita dém. Google ERSITY CHAPITRE VI SUBSTANTIFS Les substantifs sont des mots pleins ayant un sens propre et une vied part. Ils sont tous monosyllabiques. On peut former des substantifs avec les mots sw, action; viéc, action, travail, le premier se placant de- vant un adjectit ou un verbe, le second devant un verbe seulement. Mais cette fagon de s'exprimer est peu conforme au génie de la langue annamite. Thuong: aimer. su thwong: amour. Xau: mauvais. sw cau : le mal. Cay : cultiver. vige cay : culture. Quelques substantifs, simples en frangais, se tra- duisent en annamite par deux substantifs réunis. . Parents : cha me (pére, mére). Ancétre dng ba (monsieur, madame). Freres, camarades: anh em (ainé, cadets). Sceurs, amies : chi em (ainées, cadettes). Epoux : vg chéng (femme, mari). Le génitif s'indique par le mode de construction. Google NOTIONS D'ANNAMITE VULGAIRE 53 De deux noms qui se suivent, le second est le com- plément déterminatif du premier: Cdi chon ngwa: le pied du cheval. Cai mai nha : le toit de la maison. En appliquant la méme régle au pronom personnel, c'est-a-dire aux mots qui en jouent le rdle, on forme les adjectifs possessifs. Mati: — ma mére (ééi, serviteur, moi). Aoank: — votre robe (anh, frére ainé, vous). Quand on cherche a préciser, on emploie le mot cia, signifiant biens, propriété de, et par extension appartenir a. cia ank ti: argent de mon frére. néncia cé nay: le chapeau de cette demoiselle. Ce Certains compléments, régis en frangais par la pré- position de, indiquent la matiére dont est formé l’ob- jet qui précéde, se traduisent par une simple apposi- tion, ou en employant la préposition bang. Ghé gd : chaise de bois. Tucong ving: statue d’or. Cau bing lim : pont de bois (de lim). Céu lim : id. Les substantifs sont invariables. Le pluriel s’in- dique a l'aide de particules ayant un sens défini. Leur emploi n'est pas obligatoire pour la correction de la Google 3A NOTIONS D'ANNAMITE VULGAIRE phrase. II n’est exigible que lorsqu’on veut éviter une ambiguité possible, ou quand on tient préciser. Les particules en question jouent le réle d’adjec- tifs indéfinis, ce sont: Ching, cic, nhieng, moi, nhiéu, may, bao nhigu, cd thay, hét [ci], thdy, tat cd, cd hét. Ces particules se placent avant l'article qui précéde le nom. . Outre ces particules, on se sert aussi de substan- tifs collectifs tels que : loui (espéce, genre), giéng (genre), thir (sorte), li (bande), bty (troupeau), dan, doin (bande), quén, quin (réunion de). Ching. Ching est un caractére chinois, marquant le pluriel des pronoms, de préférence, et par conséquent des substantifs tenant lieu de pronom. I s’applique dans Jes cas od le mot qu'il détermine désigne un inférieur, etne s'emploie que pour les personnes. Qu’allez-vous acheter au marché, Ching ank di chy camarades? mua chi? Ces messieurs sont priés de Mai ching dng ngdi s'asseoir ici. day. Le maitre appelle ses domes- Thay kéu may thing tiques et leur demande : diy t6, ths hei riing: « Que faites-vous 14, vous « Claing bay lim chi autres? » di?» Ching entre dans beaucoup d’expressions de la langue écrite, telle que ching quan, ching twong (la troupe, les chefs). Google NOTIONS D'AN AMITE VULGAIRE 33 33. dc: Traduction de ching en annamite vulgaire. S'em- ploie dans un sens honorifique ou en général dans. presque tous les cas. Cac quan : les mandarins. — ode: les parents du roi. — chite : les notables. —hoctrd: les éléves. Les notables du village vous envoient leurs respects. Gée éng hacong trong ling déu gai loi tham ong lén. Nhitng : indique le pluriel avec un sens légére- ment restrictif. Les étrangers sont impolis. Nhieng ngwoi a v6 phep. Je n’ai vu que fleuves et montagnes inconnus. Toi cé thay nbieng née In, non la. Les voleurs ont été tous décapités. Nhitng thing an cwisp phai chém het signifie chaque, chacun, tous. Tous les hommes sont mortels. Moi ngwdi phai chet. Tous les étres sont trés méchants. Moi vit div lim. Google