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sas2016 Le Maroc engage enfin dans la fnaresislarique Le Maroc s’engage enfin dans la finance islamique Le Maroc va promulguer, d'ici la fin de l'année 2014, une loi bancaire qui permettra le déploiement de la finance islamique. Attiré par la perspective de financements venus du Golfe et de nouveaux dépéts bancaires, le royaume s'inscrit avec beaucoup de retard dans une tendance mondiale. Lencours des produits de finance islamique pourrat étre multipié par 16 dici 4 ans et atteindre 3% ‘du marché conventionnel, selon Fétude Thomson et Reuters (graphique: Thomson et Reuters) MAROC. « Ce qui est sir, c'est que nous ne sommes pas suffisammentpréparés », laisse tomber Ali Alami Idrissi, associé fondateur du cabinet de conseil en finance islamique Optima Finance a Casablanca. Diici la fin de l'année 2014, la Chambre des conseillers votera le projet de loi bancaire. Le texte comprend un chapitre entier dédié aux banques participatives, autrement dit aux banques islamiques, pour permettre le déploiement d'une veritable industrie financiére islamique. Dans attente du texte, Attijariwafa Bank rénove sa filiale dédiée Dar Assafaa. La Banque Populaire offre déja des produits islamiques en France. Elle a signé en juillet 2014 un partenariat stratégique avec Guidance Financial Group, filiale du fonds qatari Barwa. « Toutes les banques marocaines attendent de voir si la disposition de la loi autorisant les ‘départements’ dédiés 4 la Finance islamique au sein des banques conventionnelles sera maintenue ou amendée, pour exiger la création de filiales indépendantes », relativise Ali Alami Idrissi Aujourd’hui, le marché de la finance istamique reste réglementé depuis 2007 par une circulaire de la Banque Centrale détaillant trois produits financiers de types islamiques commercialisables au Maroc. || demeure trés restreint, largement inférieur celui développé dans des pays européens a majorité chrétienne. Ce secteur a été largement délaissé par les gouvernements précédents. L'encours des produits bancaires alternatifs n’excéde pas actuellement 91 ME (1,1 milliard de dirhams), selon le ministre marocain des Finances. II s'agit essentiellement de produits Mourabaha, équivalents de crédits 4 la consommation, commercialisés par Dar Assafaa. Trop chére, sans certification, trop liée a la finance conventionnelle, manquant d'agences, la filiale dédiée de Attijariwafa Bank n'est jamais parvenue @ décoller. « La finance islamique resté pour Dar Assafaa comme pour tout le secteur comme une greffe qui ne prend car posée sur un corps étranger », analyse Khalil Labniouri, directeur commercial et membre du directoire de Dar Assafaa. Sharia compliant Le projet de loi bancaire devrait permetire d'extraire en partie la finance islamique marocaine du secteur conventionnel. « Le gouvernement a tpt. oconestrum infl.e-Maroo-s-engage-enin-dans-la-france-islamique_s19016m! M4 sas20%6 Le Maroc engage enfin cans a finance islamique préparé un paquet législatif regroupant la loi sur la banque [qui ne va pas tarder a étre adoptée définitivement par le Parlement, ndir] fa lof sur la titrisation [qui a 6t8 promulguée en 2013] ef Ja loi sur les assurances[déposée au secrétariat général du gouvernement}. i veut installer une industrie intégrée de la finance islamique qui associe les banques, les assurances et les marchés financiers », explique Wail Aaminou, associé au sein du cabinet de conseil en Finance islamique Al Maali a Casablanca. Liensemble du systéme devra étre ‘sharia compliant’, c'est a dire compatible avec les principes de la sharia tels que définis par I'Accounting and Auditing Organization for Islamic Financial Institutions (AAOIF!). Mais seul « le Conseil supérieur des Oulémas sera habilité déterminer officiellement la conformité des produits de finance islamique », précise Wail Aaminou. Parmi ces principes : ne pas investir dans l'alcool, le porc et les armes, adosser toutes les opérations financiéres des transactions réelles et bannir les taux diintérat. Das qu'elle sera promulguée, cette loi permettra « le développement de banques dédiées, allant bien au-dela de simples produits financiers alternatifs. Elle facilitera également la création de banques de dépét 4 proprement parler », insiste Khalil Labniouri Neutralité fiscale entre islamique et conventionnel (photo: Guidance) La rénovation du systéme devrait également mettre la finance islamique sur un pied d’égalité avec la finance conventionnelle, car aujourd'hui les produits ‘alternatifs’ sont beaucoup plus chers. Aujourd'hui, « la Mourabaha [équivalent d'un crédit & la consommation, ndir], est soumise 4 une TVA de 20%, comme les opérations de commerce plut6t que les 10% appliqués aux produits financiers parce que le fondement de la finance islamique est d'adosser chaque acte financier 4 un acte commercial, un acte réel. Il faut aussi payer deux fois les frais d’enregistrement et de conservation parce que Ja mourabaha est considérée comme un contrat double vente plutét que comme un contrat financier », explique le directeur commercial de Dar Assafaa. « Le ministre des Finances s'est prononcé pour la neutralité fiscale, mais comme la loi de Finance 2015 paraitra vraisemblablement avant la loi bancaire, ily a fort a parier que nous allons perdre encore un an », regrette- teil Enfin et surtout, le marché marocain s'ouvre en partie aux banques islamiques étrangéres. « Désormais, les acteurs internationaux de la finance islamique qui voudront siinstaller au Maroc pourront demander des agréments. Elles pouvaient déja le faire, mais il s'agissait nécessairement d'un agrément de banque conventionnelle qui n’avait rien 4 voir avec leur véritable activité », précise Wail Aaminou Accéder aux liquidités des pays du Golfe tpt. oconestrum infl.e-Maroo-s-engage-enin-dans-la-france-islamique_s19016m! 4 sas2016 Le Maroc engage enfin dans la fnaresislarique Lun des principaux cabinets de consell en Finance islamique marocain, Al Maal, développe un discours marekting autour de la justice et de Péthique. (photo: Al Maal) Llobjectif du développement de la Finance islamique au Maroc est en effet, comme partout ailleurs, d’accéder plus facilement aux liquidités des pays du Golfe. « Le Maroc a de grands projets diinfrastructures et industriels qui demandent beaucoup de capitaux, dans un contexte international de crise des liquidités », souligne le consultant. Le Maroc entretient déja d’excellentes relations avec les pays du Golfe. En octobre 2011, au terme d'un voyage de Mohammed VI au Moyen-Orient, le Maroc décroche |'opérationnalisation d'un fonds de soutien de 4 mrds€ sur cinq ans. Avec cette nouvelle loi, ensemble de économie marocaine pourra prétendre aux financements offerts par les grandes banques islamiques des pays du Golfe, sans I'entremise de l'Etat. Al Barak Bank (Bahrein), la Banque d'investissement du Koweit et la Banque Nationale du Qatar, seraient dores et déja prétes a demander un agrément dés que la loi sera promulguée. « La banque Faysal Islamic Banc (Arabie Saoudite) a déclaré son intérét dés 2012. Les acteurs du Golfe auront sans doute intérét a s’associer avec un acteur local qui connait le terrain », note Wail Aaminou, rappelant l'invitation de Bank Al Maghrib, la banque centrale marocaine, a l'adresse des banques islamiques étrangéres. Banque d'investissement pas de dépdot Une grande majorté de Marocains se déclarent intéressés par la Finance islamique. (phot: Thomson Reuters) La rapidité avec laquelle, la loi sur la tritrisation a été votée, dés 2013 avant méme la loi bancaire, est révélatrice de lintérét du Maroc pour les fonds drainés par la finance islamique dans le monde, Cette loi permet notamment l'émission de sukuks, Equivalent des obligations, c'est-a-dire de lever des fonds sur les marchés financiers, De nouveaux amendements devraient encore étre apportés a la loi Alors que le Maroc sollicite les banques d'investissements islamiques étrangéres et les invite a s'associer avec des banques locales, il entend dans le méme temps protéger son marché bancaire national. « Bank Al Maghrib ne permettra pas aux banques étrangéres de venir s‘installer sous forme de banques de dépét pour protéger le marché local », assure Khalil Labniouri. Les dépéts seront la prérogative des banques nationales. La perspective daccroitre leur nombre, dans un contexte de pénurie de liquidités, a également motivé le virage vers les banques islamiques. « I existe aujourd'hui des personnes qui, du fail de leur altachement a la religion, ne veulent pas ouvrir de compte dans une banque classique. Le monde bancaire, l'économie nationale ne profite pas de ces capitaux », révéle Wail ‘Aaminou. Au Maroc, aujourd'hui, 39% seulement de la population active dispose d'un compte en banque. « Le nombre de personnes a renoncer & ouvrir un compte en banque par principe religieux est tout 4 fait ‘marginal, estime cependant Ali Alami Idrissi, méme si il existe une forte demande des particuliers et de grosses entreprises. » tpt. oconestrum infl.e-Maroo-s-engage-enin-dans-la-france-islamique_s19016m! aM sas2016 Le Maroc engage enfin dans la fnaresislarique 3% du marché dans 4 ans Lintérét des Marocains pour la finance istamique est on partie fondé sur un malontondu, Elle est en ‘éallé plus cooteuse que la finance conventionnele. (graphique: Thomson Reuters) « Nous, nous prévoyons d'ouvrir des Ne manquez pas | d'agences pour aller chercher les clients 1a ou ils sont, mais nous n’avons pas vraiment _|* CMCP table sur 2 mrds de de visibilité, car selon les pays, la part | dithams de chiffre daffaires atteinte par la finance islamique par rapport | °" 202 au conventionnel varie énormément », |+Finances et Conseil ajoute le directeur commercial de Dar | Méditerranée dédiabolise la Assafaa. finance islamique + Améliorer la gouvernance Selon une étude réalisée par Thomson __| des espaces boisés Reuters, 98% des Marocains interrogés ont _ | ™éditerranéens a travers la mise en oeuvre de démarches cexprimé leur vif intérét pour les produits | participatives - Maroc bancaires islamiques, mais 35,9% annoncent d'emblée attendre de voir comment évolue loffre. Un intérét basé sur un grand malentendu : 84% d'entre eux slattendent ce que ce soit moins cher que la banque conventionnelle. Au contraire, les banques islamiques ont tendance a étre plus chéres que les banques conventionnelles, d’autant qu’elles feront toujours payer a leurs clients leur valeur ajoutée : ‘sharia compliant’. « Dans les pays les plus avancés, comme la Malaisie, aprés trente ans de finance islamique, ce modéle ne représente que 22 4 25% des parts de marché. La Finance islamique reste, in fine, un marché de niche, estime Wail ‘Aaminou, parce les banques islamiques ne pourront pas s‘adresser a tout le marché. » Selon |'étude de Thomson Reuters, I'encours de produits financiers islamique pourrait atteindre entre 5 et 8 mrds§ (4 et 6 mrds€) en 2018, au Maroc, soit seize fois plus que 'encours actuel et 3% des actifs bancaires. « Si dans cing ans, la finance islamique atteint 3 4 4% de la finance conventionnelle, et 10 a 12% dans dix ans, ce sera déjé trés bien. Je ne pense pas que la Finance islamique va tout révolutionner », reconnait Ali Alami Idrissi. Julie Chaudier, 4a CASABLANCA tpt. oconestrum infl.e-Maroo-s-engage-enin-dans-la-france-islamique_s19016m! 4