Vous êtes sur la page 1sur 13
LES NOTABLES DE PALMYRE par Jean-Baptiste YON INSTITUT FRANCAIS. D’ARCHEOLOGIE DU PROCHE-ORIENT Beyrourit - Damas - AMMAN BIBLIOTHEQUE ARCHEOLOGIQUE ET HISTORIQUE - T. 163 LES NOTABLES DE LMYRE PAR Jean-Baptiste YON Chapitre VI: Des monuments pour Véternité 21 de transmission du nom que deux des cousins, sans doute Jes ainés, se soient appelés Belshiri. Il est plus remarquable {qu’apparemment on ne retrouve pas dans les noms de Hairan et Hagegii le nom d’un ancétre connu ; on a done peu de moyens de savoir lequel d'entre eux est Iainé, ou si méme PPaing n’est pas un autre frére qui est resté inconnu dans la documentation. En partant de ces conclusions, on peut facilement franchir un pas de plus et se demander sila tour n 21 n’était aux mains d'une branche ainée de la famille pendant quHairan, appartenant & une branche cadette, fondait le tombeau de sa propre famille, la tour n° 67. De méme entre Hairan et ses quatre petit-fls, fondateurs de la tour n° 68, il mangue une génération. Belshari, pere des quatre fréres est sans doute F'ainé puisqu’il porte le nom du pére de son pete ; il devrait done s’agir de ta branche ainge des descendants ‘'Hafran ". Cela n'empéche pas que la tour n° 67 ait pu ester aux mains @°une branche mineure de la famille, les enfants un autre fils de Hairan, plus jeune que Belshari, ou bien servir uniquement aux esclaves et aux serviteurs de Ia famille Mais on notera qu'il n'y a pas de mélanges. La tombe ne semble utilisée par les dépendants qu’a un moment of la famille proprement dite I'a abandonnée. ‘Onne peut done pas conclure que les anciens tombeaux. de famille servaient aux branches les moins nobles des grandes familles palmyréniennes. Il semble en tout cas que Te souci de certains membres de branches cadettes de fonder leur propre lignée puisse étre un motif de la fondation de nouveaux tombeaux. De plus. on ne ait pas réellement comment se transmettaient les héritages & Palmyre ", et il n’est pas entitrement impossible aque certaines branches lointaines de famillesen voie d’extinetion t vues en possession de plusieurs tombes, d’autant plus que les femmes pouvaient parfaitement étre propriétares dun tombeau. Le dénomm¢ lulius Aurelius Bolmd, proprigtate dela tour n° 70 qui vend a deux de ses cousins la moitié de la tour et de rhypogée en janvier 229 (CIS 4206 = Inv IV, 1), posséde peut tre encore, par héritage, un autre tombeau oi il compte se faire enterrer ainsi que ses enfants. I nest pas trés utile de multiplier les hypothses, mais eet exemple prouve bien qu’en Iéat actuel de 1a documentation les tombeaux de familles conservent une partie de leur mystére CLES TEMPLES FUNERAIRES Si on peut décrire les tours funéraires comme des ‘monuments qui mettent en valeur de maniére exceptionnelle le désir de représentation des notables de Palmyre, cette 7 - Voie néanm &"Elahbe, 8 Le sens d terme araméen wrt (CIS 4176betcet 4184) est dlificile a préciser Il semble signifier « hesitigre » (.Caxrisiat 1935, p- 150 et M. Gawiixowsi, 1970, p, 176). Cette inteepetation est contestée par F Rosexria, 1936, p.24,suivanten cela Livehanskt, Ephemeris I, p. 275, 4 voit ptt un terme signiiant «nit ‘roprictaire s plus hau les incertitudes iges ay droit anesse ‘description est encore plus valable pours temples funéraites ®. Lavénement de ce type de monument, qui semble remplacer au milieu du i sigele les tours funéraires, marque aussi une présence massive de influence romaine, puisque ces tombeaux cconnaissent de nombreux paralléles contemporains et plus anciens dans le reste de I'Empire. La principale difficulté que Yon rencontre dans une recherche sur ces temples funéraires est leur mauvaise conservation. Ils sont pour la plupartréduits A Fétat de ruine parce que leur structure, a la différence des tours, était beaucoup moins massive et solide. De plus, la richesse des matériaux utilisés, le décor et la relative fragilité de la construction ont favorisé leur démantelement par des gens is 36 | bilingue FCardate de Tet estes da CIS et Mc CawWUROWSR 10705 p09; liters le texte a cete place dans laste chroologigue des textes de} Jondation. Dans aliste de €. Watzinger (dans Th. Witassb. 1932, p. 70 late est 104 de toute fagon sane doute top ancienne pour un monuinet de ls seme (tM. Gaviinowsat, 1970, p31, Testes de fondation de temples funéraires & Palmyre. 93- A, Scwsupr-Couser, 1992, p. 40-41 94D, Sewnmencen, 1972, p39 95 B, Wi, 1996, p. 115. 96 - A. Scannpr-Couner, 1992, p. 103. L’omementation des sacophages, {quant elle, provient d'Ocident sans doute par Vintermédiaire dela cite ‘heicienne (p. 10), 97 -Ils'agit de deux textes de concession : H, Isciots, 1935, p, 112 et Inv VALS Les notables de Palmyre La part d'influence gréco-romaine est sans doute plus importante que dans le cas des hypogées ou des tours funéraires. Ce qui est visible dans la décoration l'est aussi ‘du point de vue épigraphique. Un seul des textes de fondation, ne comporte pas de version grecque. Ces textes, dont on connait assez souvent la date, donnent deux limites cchronologiques pour la construction des temples funéraires, Le dernier texte daté est de 253 ; on peut rappeler que les dernicrs textes funéraires remontent & 265”. Le premier temple funéraire remonte, lui, 4 143, soit quelques années, prés la derire tour funéraire datée. I! s"agit donc du demier sidele de la période de prospérite de la ville. 2. Les TEMPLES FUNERAIRES ET LES NOTABLES Répartis dans toutes les nécropoles, ces temples funéraires sont, comme les tours funéraires, placés de manigre ‘etre bien en vue. Le désir d’autoreprésentation des notables ‘trouvé la le domaine par excellence de son expression, des exemples les plus extraordinaires est la localisation dun, groupe de quelques tombeaux a l'extrémité de la Grande Colonnade : c'est en particulier le cas du tombeau n° 86 qui, cet endroit, en ferme la perspective. C'est aussi a proximité de ce lieu (pl. 6) qu’arrivait la Colonnade transversale qui, & Vendroit précis oi elle rejoignait la Grande Colonnade, aboutissait aussi sur ce tombeat Ce dernier a été pendant longtemps le mieux connu de ce type de monument, grace & la publication de C. Watzinger il a été fortement restauré depuis. Son apparence extéricure en fait un exemple classique de ce que peut étre un temple funéraire (fig. $8). Un simple coup donne ¢ailleurs 1a raison de cette appellation. Précédé par les six colonnes de son pronaos, il mesure en tout 18, 50 sur 15, 50 metres (14 x 14 métres pour la cella). I est placé sur un socle, qui servait & mettre en valeur son élévation, et en particulier I’étage. En dessous, existait une crypte oft sont installées des travées de loculi. Dix-neuf travées de cing loculi étaient installées & Vétage principal. Au fond de la cella, un emplacement était réservé pour un banquet funéraire. L’aménagement du premier étage est moins clair, mais il est évident que son décor devait éire aussi complexe et raffin€ que celui du rez-de-chaussé impression d’ensemble est celle dun monument ts riche, dont la décoration inspiration nettement occidentale devait faire une impression puissante & ce croisement de deux des axes principaux de la ville, Des critéres stylistiques permettent de le dater du tournant des 1 et ut sigcle 98 -C. Watzingerdans Th, Wiscano, 1932, p, 71-76 etpl. 38-4. Voirauss M. Gawuxowsxt,1970b, p. 140-144, Sur le probleme de emplacement du tombe, voir JB, You, 1999, 99 - Cet tage inféricur est aussi altesté pour un autre temple fun I nv 15 dans a ngcropole nor. Im'a pas te fouile, mais etext defondtion (C18 4209) indique son existence: c'est ailleurs unigue atesation & Palmyre de ce mot en grec (x9 jvnpision tovTo civ UROTEi@ — cest-d-dire sans doute quelques années avant le tombeau n’ 36. Test malheureux que ce tombeau qui fait partie des plus grands n’ait pas livré d’inscription de fondation. I ‘aurait été intéressant de savoir quel notable de la cité avait Jes moyens de marquer autant de son empreinte ce quartier de la ville. Si on considére, comme on le fait généralement, que la Colonnade transversale s'est mise en place vers le début du ir sigcle ", et que la section correspondante de la Grande Colonnade lui est juste postérieure, cela signifie que la tombe n° 86 est postérieure & organisation du quartier. Sa position a done été choisie en parfaite connaissance de cause. Ila fallu tenir compte des programmes de construction, qui sont d’ailleurs plutot la juxtaposition d’éléments séparés qu'un véritable plan d’ensemble. Les plans de Palmyre qu’on connait aujourd’hui sont trompeurs : ils font tous figurer & ce point d’articulation des deux nécropoles le camp de Dioclétien, avec ses batiments dont certains datent d’une époque assez tardive de histoire de la ville. Cette zone située 4 l’ouest de la Colonnade transversale était occupée, au moins en partie, depuis une Epoque assez ancienne. Les différents états du temple d’ Allat en sont une preuve puisqu’il semble bien que le sanctuaire se soit installé dans la deuxiéme moitié du 1° siécle ay. J.-C. sur ce qui n’était alors qu'un terrain vague '*. L’existence de plusieurs hypogées, dont celui de la famille d’Alainé, en bordure du camp de Dioclétien, prouve que la limite extérieure de Ja ville était deja tres proche du sanctuaire d’ Allat. Tres vite cependant, ce qui n’était qu’une zone extra- urbaine est devenu un quartier important : c’est en effet I qu’on place le quartier des entrepéts, c’est par 1a que passaient sans doute les caravaniers. Ce n’était pourtant pas un lieu prédisposé & recevoir des monuments d’apparat, mais plutét un quartier de commergants et de magasins. I faut souligner que les premiéres constructions funéraires sont postérieures a la construction des deux colonnades. C’est & cause du changement de fonction du quartier que les temples funéraires se sont installés 4 cet endroit. Certes, la zone a &t€ perturbée aussi bien par la construction des monuments. que par I’érection du rempart a 1’ époque tardive, ce qui a pu faire disparaitre des tombes. Mais 'hypogée d’Alainé ou les tombeaux n™ 83 et 84 sont situés nettement a l’extérieur de ce secteur. Au contraire, les temples funéraires n® 86, 173a-d ont été construits dans une zone qui était vide de tombes, et apres la construction des monuments publics. Il n’y a pas meilleure preuve de cette volonté de localisation en plein coeur de I’ organisation urbanistique de Palmyre que le tombeau n’ 173d dont on a conservé Partiellement |’inscription de fondation. On n’en connait pas non plus le nom du fondateur, car seule la fin du texte est conservée sur les fragments du linteau qu’on peut encore 100- A titre de comparaison, le temple de Baalshamin mesure environ 8,50 x 15 m. Le temple funéraire n’ 173, tout proche, mesure 10 m de cote Le temple funéraire n’ 36 a des dimensions proches, ainsi sans doute que le tombeau dit « de I'aviation ». Chapitre VI: Des monuments pour l'éternité 213 voir sur le site (CIS 4214). Encore plus que ses voisins, i est placé au cacur du systéme urbanistique, en bordure du carrefour des deux colonnades. La situation de ces monuments est révélatrice sans doute de relations de concurrence au sein de la société palmyrénienne, Elle permet de penser qu’en paralléle au « schéma d’urbanisme » (dont les promoteurs sont inconnus), de riches personnages ont lutté entre eux pour placer de la maniére la plus voyante possible leurs tombes. Ils ont déployé dans Varchitecture et la décoration de celles-ci toutes les possibilités offertes par les traditions occidentales mais aussi orientales. I] n’est pas indifférent néanmoins que l'art gréco- romain domine nettement dans la structure et la décoration de ces monuments. C’est en effet & ce moment, en particulier dans les colonnades, que Ia ville se couvre d’édifices qui sont précisément trés influencés par ce monde occidental. Les notables de Palmyre qui ont fait construire ces tombeaux appartiennent comme leurs contemporains d’Antioche ou d’Apamée a une élite dont la culture et les références architecturales et artistiques sont communes. Mais la présence de leurs tombeaux a cet endroit appelle aussi une autre remarque. Leur position est en quelque sorte en conflit avec toute l’organisation urbanistique de la ville, dont ils auraient di étre bannis. Leur existence méme prouve que, dans opposition qui existe entre les grands notables et les institutions civiques, ce sont vraisemblablement les premiers qui l’emportent, au moins a ce moment. Certes, on nen sait pas plus, mais ce qu’on a vu par exemple pour le commerce caravanier, montre qu’a certains moments des notables acquiérent une position absolument prépondérante sur la seéne politique et civique locale. On a visiblement affaire a quelque chose de ce genre avec cet exemple. En ce qui concerne ce quartier de la nécropole (aux confins de la nécropole nord avec la vallée des Tombeaux), on doit pourtant se contenter de ces remarques assez générales : 'absence de textes empéche toutes les recherches précises sur le statut et la richesse sans doute importante des notables qui ont fait construire dans cette zone. On peut supposer, comme on I’a fait, qu’ils étaient entre eux en relation de concurrence, mais rien n’empéche qu’ils aient au contraire appartenu au méme clan ou 2 des familles apparentées. Néanmoins, il ne faut pas exagérer les différences entre les temples funéraires et les monuments qui les ont précédés dans leur fonction (tours funéraires). Si le changement est tes important du point de vue architectural, leur réle social est tout a fait semblable. Comme pour les hypogées, et comme pour quelques tours funéraires, on connait au moins un exemple d’ opérations de concession dans un temple funéraire. I1s’agit de la tombe n’ 150, batie d’apres le texte de fondation en mars 236“. Son fondateur portait le nom de “lovAtoc 101 -E. Witt, 1992, p. 123. 102 - M. GawuiKowski, 1983a, p. 61 103 - CIS 4209 qui contient aussi le texte de concession. 5 AdpriAtoc Mapaver Moan tod Kai MeCoPBave tov ‘Adpravod (et en araméen ywlys 'wrlys mrwn’ br ml’ dy mtqr’ mzbn’ br ‘drynws). On peut noter le nom porté par un de ses ancétres : le nom Hadrianos doit sans doute remonter aux années du it si¢cle pendant lesquelles I’empereur a rendu visite & Palmyre. Le tombeau lui-méme est assez bien conservé méme si des réutilisations ont complétement fait disparaitre 'aménagement intérieur qui reste inconnu (fig. 73). Les textes de fondation et de concession prouvent qu'il y ayait un hypogée sous le temple funéraire. On en connait un peu plus sur les propriétaires du tombeau par le texte de concession. Le propriétaire qui vend l'ensemble du tombeau (hypogée compris) n’est pas le fondateur, Pourtant, en raison de la date relativement tardive de la fondation, la concession qui a dai se faire avant 272, selon toute vraisemblance, n'est pas de beaucoup postérieure a la mise en service du tombeau. C'est un certain ‘lovAtoc AbpriAtoc ZnvBioc AdBmpov tov ZeBevsov (/ywlys 'wrlys zbyd’ ] br ‘Stwr zbyd’) qui cede le monument & quelqu’un dont le nom est tout a fait grec ‘ovAoc Oeos@poc “Aypizov tod MapKéAdov. Son onomastique et l’absence des noms lulius Aurelius, remplaces par un simple lulius permettent de penser que ce personnage est un étranger 4 Palmyre. Pour s*ancrer définitivement dans la région, il achéte un tombeau. La mention de son grand-pére dans son nom complet est peut- étre la seule particularité ; comme Iutilisation de I'araméen, c’est sans doute une influence des mozurs palmyréniennes Cela était probablement nécessaire pour annoncer publiquement le changement de propriétaire. Le texte n’est pas daté, on ne sait donc pas au bout de combien de temps le fondateur a cédé son tombeau A lulius Aurelius Zénobios avant que celui-ci le céde a son tour 4 Tulius Théod6ros. Il a méme pu exister un propriétaire intermédiaire avant Zénobios. La généalogie du fondateur Julius Aurelius Mar6na prouve en tout cas qu’il n’était pas un proche parent de Zénobios. Celui-ci appartenait & la méme famille qu’un [ulius Aurelius Zebida, connu pour avoir accompagné des marchands a Vologésias. I] est remercié pour cela en 247 et on lui érige une statue sur une console de la Grande Colonnade “*. Dans ce texte sa généalogie s’établit ainsi : brmgymw brzbyd’ ‘stwr byd’. On note que la répétition des noms Zebida et Astor ne laisse pas de doute sur leur parenté. Si on prenait au pied de la lettre les indications généalogiques qui précédent, on pourrait faire du Zénobios de la tombe n° 150 le grand-pére du caravanier. Mais le texte porte une date qui permet de penser plutot que les deux personages n’ont que quelques années d’ écart ou bien méme 104 - CIS 3933 = Inv III, 21 105 - II devait en étre de méme pour les tours funéraires, d’od le nombre relativement réduit de concessions les concernant : CIS 4206 (= Inv IV, 1a) pour la tour n’70; Inv VII, 13 pour le n° 118; Jny VII, 1b pour la tour n° 164. Il est noter que les deux premiers textes sont datés (229 et 252) et que les Juli Aurelii du troisieme permetient de placer le texte apres 212. C'est donc a un moment od on ne construisait plus de tours mais des temples funéraires qi et subdivisé ces tours. Elles n’étaient alors sans 214 Les notables de Palmyre appartiennent & la méme génération. Comme dans d'autres cas, il est tout a fait possible que les deux textes ne donnent pas toutes les étapes de la généalogie ; il est done préfiérable de s’abstenir de conclure sur leurs relations de parenté. Un autre point mérite d’étre souligné. Comme on [’a dit, le texte CZS 4209 est le seul exemple de concession pour un temple funéraire. Cela tient peut-étre a la structure de la documentation et au nombre extrémement réduit inscriptions concernant ce type de monument. Cependant il est curieux que le texte mentionne, non un Ppartage ou la vente d’une partie de la tombe, mais 1a cession de Vensemble du monument avec ensemble des droits, {I n'est peut-étre pas anormal que ce type de construction ait été vendu en entier, sans partage. Les temples funéraires étaient vraisemblablement destinés des groupes plus réduits et plus exclusifs que les vastes hypogées. Certes, leur taille était parfois trés importante, mais leur structure ne devait pas faciliter les partitions ‘". De plus, s’ils représentent, comme on le croit, la manifestation du pouvoir et de la richesse d’une famille, il était peut-étre plus facile de les vendre que de les diviser. On ne pouvait songer a en faire un objet de spéculation, C’est sans doute aussi ce quia eu lieu pour les tombeaux-tours, qui n’ont changé de statut que longtemps aprés qu’on eut cessé d’en construire. On peut prendre un dernier exemple, celui du tombeau d’Aailami et Zebida (n° 85b), situé a l’entrée de la vallée des Tombeaux, non loin de la porte dite de Damas et de Vextrémité sud de la Colonnade transversale (fig. 74). Il a &t€ le premier monument de ce type a étre fouillé et publié ™, Il occupe une localisation privilégiée, sur le chemin des voyageurs qui sortaient de Palmyre pour se diriger soit vers le sud, soit vers louest. Le tombeau était précédé d'un portique sur terrasse, ouvert vers le nord, dans la direction de la route, ce qui confirme ce qu’on a dit de son emplacement. Il s’agit du temple funéraire de deux fréres, Aailami et Zebida (Zénobios en grec), fils de Hairan, fondé en 149 (Inv IV, 9 = CIS 4168). Cette famille est bien connue a Palmyre puisque le premier des deux fréres et leur pére sont honorés en 139 par le Conseil et le Peuple qui leur dressent une colonne honorifique (CIS 3930 = Inv Il, 2). Un des fils de Zebida a été symposiarque et curateur de la source Efga “”. La famille est done trés en vue a Palmyre dans les années oi elle fait construire son tombeau. Cette concomitance de dates est intéressante. Dans ce cas, il semble bien que c’est au moment ou les membres de la famille sont bien intégrés dans les institutions de Palmyre, qu’ils font construire un tombeau doute que des monuments anciens, qui avaient di perdre une grande partie du prestige que les familles leur ayaient attaché 106 - J. Cantina, 1929, p. 3-15, Le tombeau a aussi été étudié par C. Watzinger dans Th. WieGaNb, 1932, p. 59; par M. GAWLIKOWSKI, 1970b, p. 135-136 ; par K, Makowskt, 1983, p. 175-187 107 - Voir DFD, p. 249-252 et K. Makowski, 1983, p. 182 avec des arbres _2€néalogiques presque semblables, Le second d'entre eux propose des dates plus ou moins vraisemblables pour chaque génération. Chapitre VE: Des monuments pour l'éternité 215 Juxueux et sans doute trs coviteux, C'est aussi un des plus anciens exemples datés de monument de ce genre ; le plus ancien est le tombeau n° 188, daté de 143, soit six ans auparavant (CIS 4167). ‘Comme le rappelle K. Makowski, la période qui visite d’Hadrien 8 Palmyre constitue une importante césure dans histoire de l'art et de architecture dans la ville ". Crest en fait un changement culture! qui se produit et ces temples funéraires en sont une preuve indubitable. Cela correspond probablement aussi A des changements sociaux. Les lites de lacité, dont les monuments typiques étaient les, tours funéraires, ont sans doute connu a cetle époque une concurrence de la part de classes sociales montantes. La prospérité croissante de la ville en serait la cause. Il leur a done fallu découvrir un nouveau moyen de se différencier de ces gens qui commengaient se faire construire eux aussi ‘des monuments funéraires coiiteux. C'est auu moins de cette maniére qu'on peut expliquer l'apparition des temples funéraires & Palmyre. Le modéle choisi, qui était sans doute particuliérement prestigieux, est un modele «inspiration occidentale. Cette période pendant laquelle Palmyre s‘ouvre au monde occidental est aussi celle o0 la langue grecque S‘installe définitivement dans I'épigraphie funéraire. La culture gréco-romaine a manifestement été utilisée par les lites pour se différencier de ceux qui n’en faisaient pas partie. L’effet était double. Non seulement le monument par sa taille et sa localisation était offert & la vue de tous : cela était d vrai des tours funéraires. Mais la décoration «inypiration grecque devait aussi se présenter comme une manifestation de culture et d’intégration de 1a culture dominante par les notables de Palmyre. D. LES SUBDIVISIONS DES NECROPOLES 1. Les NECROPOLES ET LES DIFFERENCES SOCIALES Toutes les nécropoles se trouvaient sur les pistes oignant de Palmyre suivant les grands axes routiers utilisé dans 1’ Antiquité. On distingue traditionnellement quatre nécropoles principales (pl. 9). Mais les dénominations que les historiens utilisent (nécropole nord, vallée des Tombeaux [ou nécropole ouest}, nécropoles sud-est et sud- ‘ouest) sont modernes. Ce n’est que par commodité que les historiens parlent de la nécropole ouest. Mais il est possible u’on ait alors distingué plusieurs nécropoles, autour dun certain nombre de centres (une nécropole sur Umm Belqis, tune autre prés des tours d’Atenatan et d’Elahbel), et que le passage de certaines familles de une & autre a «4 un changement de nécropole. Linverse est d’ailleurs aussi 108 -K. Maxowst, 1983, p. 185. 109 - Apres de Vogl, om distingue aussi parfois une nécropole nord-oue [Lamajorité des travaux sur Palmyre purlent pourtantd une seule nécropole nord del vile (voir J. Cantineau dans fav Vp. 1) Sur cette néeropole 1 son histoire, voir M, Gat ikowsk, 1970b, p. 162-165, 110 Voir Inv WH, p. 4st Fav VII, p45 vrai comme on I'a vu a propos de la zone oit se dresse aujourd'hui te camp de Dioclétien. La division entre nécropole nord et vallée des Tombeaux n’ était peut-etre pas aussi tranchée avant I installation de monuments importants, dans ce quartier. La prudence est done de mise dans ces considérations, ce qui n’empéche pas bien sir d’utiliser les dénominations conventionnelles qu’on retrouve dans ensemble des publications qui concernent Palmyre. Laplus vaste des nécropoles s'étend a Youest de la ville st la fameuse vallée des Tombeaux, qui borde des deux c6tés la route se dirigeant vers Homs (Emése). On connait les liens de cette derniére avec Palmyre au moment du plus grand développement du commerce caravanier. La nécropole sud-ouest, au sud de ta source Efga, longe une route se dirigeant vers Damas, route qui devient & partir de Ia Teétrarchie la fameuse Strata Diocletiana. Toujours au sud, mais cette fois plus & Vest, Ia troisieme nécropole (sud-est) est sans doute la plus récente ; on peut suivre ici le tracé de Ja route partant vers Hit et dont une branche va peut-étre & Doura-Europos. C’est sur cette route qu’a été découverte la bre inscription d’Umm el-Amed au sujet du grand caravanier Soados. Enfin la demniére, la nécropole nord '” comprend comme les autres des tombeaux monumentaux (tours, hypogées et temples) mais aussi, en particulier dans sa partie est, un certain nombre de sépultures individuelles. est la, &l'emplacement de la ville moderne de Palmyre (Tadmor), qu'on a découvert les sarcophages de platre et les inscriptions sur stéle qui sont la trace de I’ensevelissement de membres de classes moins huppées '. Dans cette direction, la route qui quittait Palmyre se dirigeait vers le nord et 'Euphrate & 1a hauteur de Sura. Il est possible que, comme le fait la route actuelle, un embranchement ait conduit vers I Euphrate et le confluent du Khabour (Circesium et Deirez-Zoractuel). On peut ajouter que dans la ville actuell Ta of s’éleve aujourd'hui le jardin du musée, les fouilles ‘menges par Kh. As’ad ont mis au jour des tombes d°époque byzantine, preuve d’une certaine continuité dans occupation. C’est aussi dans cette zone nord qu’ était situé Je camp militaire romain. De la proviennent des textes latins honorifiques et en liaison avec le camp "", mais aussi des textes funéraires ", qui concernent des civils et des militaire. La garnison était done assez développée, comme on le savait depuis les travaux dH. Seyrig '”, etelle avait sa propre nécropole ou, en tout cas, ses morts étaient regroupés dans tune partie de la nécropole. On peut regretter que les vestiges visibles sur les photos aériennes des années 1930 n’aient pas été mieux exploités lors des fouilles et explorations ‘menées pendant la construction du nouveau village par les 111 - Par exemple H, Svs, 1933a, p. 166, n° 10 @ AE 1933, 216), ets deux textes publiés par H. Hiazi et A, Scxsupr-Coue, 1991, 0" 1 et2 112= Quelgues textes dans Jnv VII (203, 208 et 209), et dernitrement H. Heinen dans K. PaKtasca, 1982, p. 35. 113, Seymic, 19388, p. 132-168. 216 Les notables de Palmyre autorités frangaises '. Cette nécropole nord est moins riche que sa voisine de l’ouest. Son principal intérét réside justement dans cette juxtaposition d’au moins trois éléments qui se succédent d’est en ouest, la nécropole de gens modestes, celle des gens liés d'une maniére ou d'une autre au camp militaire romain (avec probablement un recouvrement partiel avec la nécropole précédente), enfin la nécropole des notables avec les mémes caractéristiques que les trois autres nécropoles de Palmyre. En ce qui concerne cette nécropole, on peut aussi noter existence d’une inscription qui mentionne une famille sans doute juive (C/S 4201). Le temple funéraire en question (n? 175) a été englobé dans le rempart dit de Justinien. I] s’agit de la famille de Zebida (Zénobios en grec) et Samuel, fils de Levi, fils de Jacob (ZnvoBroc Koi LeytovnAoc Anovi Tod “laxovBov et zbyd’ wsmw’! bny Iwy br y‘qwb br smw’)). Le texte de I’inscription est pour le reste tout a fait semblable a celui des textes de fondation faits par les Palmyréniens dont lonomastique est purement araméenne ou arabe. II s‘agit en fait de la seule inscription dans laquelle on puisse reconnaitre une famille qui semble juive. On trouve a Palmyre des noms comme Shimén (m‘wn en araméen) a de nombreuses reprises '*, mais souvent mélés a des noms. arabes ou araméens. On peut ici parler d’une famille juive grace A la généalogie homogéne du point de vue onomastique "°. On peut se demander si la présence de cette tombe juive dans ce qui semble la nécropole la moins homogéne de Palmyre est un pur hasard. En fait, pour peu qu’on admette que Ia pierre vient bien de la tour oi elle a été trouvée et qu'elle n’a pas été apportée pour les fortifications, il faut bien avouer que la tombe et inscription sont en tout point semblables aux autres monuments de la nécropole nord". Le camp romain et la nécropole des gens 114 A ce sujet, voir J.-M. Dentzer, 1994, et J.-M. Dentzer et R. SAuPIN, 1996, 115 - Liste dans J. K. Starx, 1971, p. 53 avec ’explication, p. 115 : « Jewish name ». 116 - Sur la tendance a considérer comme seulement juifs des noms aussi courants a Palmyre que Sm’ wn (Simon) ou zbyd’ (Zebida), on trouvera une mise en garde utile de J.-B. Frey, CI/ Il, (Asie-Afrique), p. 67. Ces noms pour étre juifs d'origine, n'en sont pas moins populaires & Palmyre parmi le reste de la population. Le texte C/S 4201 (C1J Il, n° 820) est le seul ‘exemple cité par lui d’inscription juive. Postérieurement & la publication de son recueil, on peut noter le texte H. INcHott, 1974, p. 50 (PAT 2729) dans ce texte de concession, les trois fréres s’appellent Aurelii Shim6n, Mezabbani et Ishaq, fils de lagab ('wrly’ Sm'wn wmzbn’ w'shq bny y'qwb). Trois inscriptions hébraiques anciennes, trois citations bibliques (Deutéronome 6, 4-9 et 7, 14 et 15) ont été découvertes a Palmyre sur des linteaux et montants de portes (CI/ I, n® 821-823). Elles sont datées du ut s. d’aprés C1 Il, p. 70, mais sont, en fait, sans doute byzantines : voir J. Staxcky, 1960, col. 1099 A Beth Shearim, en Galilée, dans une nécropole oi viennent se faire enterrer Jes Juifs de la Diaspora, on posséde un certain nombre d’inscriptions en araméen de Palmyre (voir M. Sarree, 1991, p. 390 ; les textes sont dans B. Mazar, 1973, p. 198-207 ; voir PATO132-0141 et annexe XIII. 4). On y trouve aussi des textes grecs pour des Juifs de Palmyre, en particulier un banquier, Léontios (M. Scrwane et B. Lirrsutrz, 1974, p. 72, n° 92= C1 Il, 1010), On aussi un Teppovos ‘Iooxio MoAupnvou (M. ScHwaBe et modestes se trouvaient plus au nord et a lest. Le temple funéraire de cette famille juive est situé en plein coeur de la partie occidentale de cette nécropole, 14 oi celle-ci ne se différencie pas des autres nécropoles. La richesse du monument montre bien que la famille devait appartenir aux notables de Palmyre, méme si I’état ruiné du batiment empéche de savoir ‘il s‘agissait de notables de premier plan ou plus simplement de gens enrichis par leurs activités 4 Palmyre. Les différenciations sociales sont done aussi géographiques, et on a bien l’impression que seules certaines catégories sociales peuvent étre ensevelies dans les grandes nécropoles, Mais on ne voit pas clairement comment ce systéme se perpétuait, et de quelle maniére on empéchait le reste de la population de se mélanger aux notables, Dans le cas de la nécropole nord, il faut tenir compte de la disparition des vestiges funéraires de la majorité de la population de Palmyre. Deux hypotheses sont possibles. Ilse peut qu'il n'y ait rien eu la plupart du temps '": dans ce cas, seules sont connues les tombes des classes les plus aisées (c’est-a-dire de ceux qu’on peut appeler classes moyennes), qui placerent des stéles sur leur tombe pendant une partie de la période. Une autre hypothése est possible : ces gens ont pu profiter de certains des grands tombeaux construits par (et pour) les familles importantes de Ia ville et les classes moyennes ont seules pu profiter des concessions dans les hypogées. Seuls les gens modestes qui appartenaient & Ventourage des grandes familles (esclaves, serviteurs...) ont pu trouver place dans les grands tombeaux, au cas oil ces familles ont ouvert les tombeaux a leurs dépendants. On a vu précédemment que cela n'est pas assuré. Ils ont peut-étre aussi pu, plus généralement, profiter des tombeaux abandonnés par des familles qui avaient oublié leurs liens avec leurs ancétres ou qui avaient disparu. B. Lirrsuirz, 1974, p. 80, n° 100 = C/I, 1011). Enfin des noms comme Mokimos, Zenobia, Oza sont courants, comme ils le sont aussi a Palmyre, et ils alternent parfois dans les généalogies avec des noms plus typiquement juifs comme Isaac (par exemple M. ScHwave et B. Lirtsutrz, 1974, p. 15, n” 18 et 19 = CJ II, 994 et 995 avec un Isaac, fils de Mokimos). Tout cela est la preuve de I'existence d'une communauté juive importante a Palmyre. Mais une partie d’entre eux se faisaient enterrer dans leur terre d’ ce n’est pas le cas de Zebida Zénobios et Samuel qui font construire leur tombeau a Palmyre suivant les coutumes locales et sans aucune référence (autant qu’on puisse le dire aujourd'hui) leur éventuelle judaité. De méme, si onomastique de deux fréres et du pére du texte H. INGHOLT, 1974, p. est indubitablement juive, ces personnages observent les mémes coutumes funéraires que les Palmyréniens. Sur les Juits palmyréniens enterrés 3 Beth Shearim, voir annexe XUL. 4. 117- Voir MAMA III, 1931 od les éditeurs (J. Keil et A. Wilhelm). remarquent a propos des inscriptions de Korykos (p. 131) qu'il n'y a pas de séparation entre les tombes chrétiennes et les tombes juives, sans doute parce que, méme avant l’ére chretienne, les tombes n’ étaient pas séparées les unes des autres. Mais a la diffiérence de la tombe de Zebida Zénobios et de Samuel, fils de Levi, les sarcophages des Juifs de Korykos portent des signes distinctits comme des chandeliers a sept branches. 118 - Rien, c’est-a-dire une inhumation directement dans une fosse. Sans objets pour l'accompagner et avec, au plus, un tas de pierres pour signalet la tombe. rigine ; Chapitre VI: Des monuments pour Uéterité 217 11 faut rappeler qu’aux endroits od indubitablement les ‘gens modestes sont repérables dans un contexte funéraire, i ‘ya juxtaposition et non pas mélange des différentes classes Sociales des habitants de Palmyre. La situation évolue peut- ire & partir du 1° sitcle od les classes moyennes enrichies trouvent place dans les grands hypogées concédés en partie par leurs propristaires. II faut noter pourtant que le nouveau type de tombeau qui emporte a partir de cette période les suffrages des notables de Palmyre, le tombeau-temple. est beaucoup plus exclusif encore que les tours funéraires. Dans ce genre de monument, seuls les membres de la famille avaient leur place (peut-8tre avec certains serviteurs ?). Les sas modestes ont dil se tourner vers dautres formes de tombeaux pour trouver le lieu de leur dernier repos. Ce probleme de la dernigre demeure des gens les plus pauvtes se pose aussi ailleurs, par exemple & Rome. Dans ce cas, il semble bien qu’a I’époque républicaine, a plupart des habitants de Rome ont été enterrés ou briilés de maniére anonyme. Seuls sont connus les gens, méme modestes, qui avaient quelques prétentions 2 un statut social : les autres ont entigrement disparu On aailleurs dans le monde gréco-romain des exemples claits de cette différenciation sociale au sein des nécropoles. A Elaioussa-Sebasté, en Cilicie Trachée, une des nécropoles Jes plus importantes qui entourent la ville date des premiers siécles de Vere chretienne ». Or il semble bien que cette nécropole (N 6) at été divisée en deux groupes principaux le long de la route. Les monuments funéraires qu’on y trouve sont surtout des tombeaux-temples et des tombeaux-maisons (Grabtempel et Grabheiuser). On retrouve les deux types dans Jes deux parties de la nécropole, mais la différence réside dans une séparation forte entre la nécropole des riches et celles des pauvres du point de vue de la complexité des monuments. Dans la partie sud de la nécropole, les tombes de formes, simples sont absentes et les tombeaux-temples et maisons sont construits de maniére assez riche, Au contraire, au nord, ‘on retrouve certes les mémes formes, mais les tombes sont ‘moins riches et plus petites. La différenciation sociologique Se Voit dans la dimension et la qualité variées des tombeaux. Les inscriptions de cette nécropole sont rares, sans doute comme le soupconnait A. Wilhelm parce qu’elles étaient peintes et qu’elles ont disparu "'. On n'a done pas de preuves Epigraphiques de ces différences sociales, mais on sait par ailleurs que la cité d’Blaioussa-Sebasté a connu une période de grande proypérité qui a duré environ du régne du roi Archelaos, i lafindu sitele av. J-C., jusqu’aux Antonins Larésidence d’Archelaos et de son fils dans a ville et arivée de nombreux étrangers & la faveur de la paix romaine sont autant de facteurs qui ont sans doute permis le développement de cette cite 119-N. Ponca, 1987, p. 32-33, 120. Cf. A. Msciscite, 1967, . 27-28, L’aueur pale p. 28 de « Nobel: ‘ind Elendsvirtel» («quarters nobles ct miserx»)-ce qui estsansdoute un peu exagere pour le euaieme de ces qualia, Ch aid, p23, Une partie de la population s'est enrichie et I'exemple de cette nécropole prouve lexistence d'une classe de notables, possesseurs de ces tombes riches, mais aussi celle d'une classe qu'on pourrait qualifier de moyenne. C’est cette catégorie de Ja population qui cherche & marquer son ascension sociale pat la construction de tombeaux qui prennent pour modéle ce que font les gens riches de Ia cité. Les différences de localisation sont un point intéressant dans ce cas, comme dans celui de Palmyre. Apparemment, les classes sociales, différentes ne pouvaient pas se mélanger a Elaioussa-Sebasté A Palmyre, on I'a vu, hormis dans le cas de la nécropole nord (au début de ta période), le mélange s'est fait de maniére beaucoup plus accentuée, a la faveur des concessions faites par les propriétaires dans leurs tombeaux de famille. Mais absence de textes dans ta ville cilicienne dissimule peut- @tre des phénomenes de ce genre, que seule ’épigraphie peut révéler. Les dates données pour les nécropoles dépendent en grande partie de critéres stylistiques établis pour les différents types de monuments, elles ne sont done pas tout & fait assurées ". De plus, on ignore tout ou presque des phénoménes de réutilisation de tombes dans ces différentes nécropoles, méme si on soupconne que de nombreux tombeaux ont été réemployésa ’époque tardive. Incidemment, on peut faire quelques remarques sur ces nécropoles qui peuvent éclairer le cas de Palmyre. Il semble bien qu’a Elaioussa-Sebasté, au moment de la grande prospérité économique (i ett siécles), lestombes rupestres,, ‘qui étaient jusqu’alors la norme, ne suffisent plus aux elites, enrichies. C'est ce qui explique qu’on soit passé aux tombeaux i la structure architecturale élaborée comme les, tombeaux-temples "™, forme qui a des antéeédents dans, autres parties de Asie Mineure. ‘Comme a Palmyre sans doute, et comme ailleurs, c'est dans un contexte de prospérité générale que se développe le souci de se mettre en valeur et surtout de souligner les différences sociales. C’est aussi dans un tel contexte que les membres des « classes moyennes » éprouvent le besoin d'imiter les gens plus riches qu’eux et de se lancer dans la construction de monuments importants, méme si, leur fortune moins grande ne leur permet pas avoir des tombes aussi riches. A Palmyre, ce phénoméne conduit ces mémes gens se faire enterrer dans des monuments semblables a ceux des grands notables, mais en les partageant & plusieurs, ce qui permet de participer de fagon plus économique aux modes de vie (et de mort) de I'élite peut exister une veritable rivalité et une concurrence centre les membres de Varistocratie locale qui, chacun 3 leur malgré to tour, essayent d’avoir la meilleure position pour dominer leurs voisins et les éeraser de leur luxe. Ce désir de rivaliser est visible dans la maniére dont les tombeaux sont installés au 122 - sbi, p. 12-14 123 -Surles datations, cf did, p. $6-61 et 10-110. Ce mest sans doute pas un hasard sia Palmyre dans les mémes ditions, c'est le méme type de tombeaux qui devint pique des couches les plus clevées de la population, 218 sein des néeropoles. La situation des différentes tombes placées au sommet de la butte Umm Belqis, a entrée de la vallée des Tombeaux, en est un bon exemple (fig. 72 et 75) En effet, sur cette éminence qui domine la route conduisant vers ouest, on trouve un certain nombre de tombes. Leur localisation dans cette position privikégi¢e a sans doute les mémes causes que celle des tombes qu’on peut trouver ‘dans les néeropoles lyciennes comme, par exemple, & Myra (On a aussi des exemples du méme genre a Elaiouss Sebasté en Cilicie. La localisation des tombes obéit & un certain nombre de critéres qu’on peut essayer de déterminer orientation des tombes se fait en grande partie en fonction de a route que Tonge la nécropole. Mais dans certains cas, se fait jour aussi ce qu’on pourrait qualifier de souci personnel. Des positions plus ou moins aberrantes par rapport 4 Ia route, mais bien en vue, s’expliquent peut-étre par la présence dun paysage ou dune vue particulierement aimée Et, eneffet. la position de la nécropole, non Toin de la mer et ‘en surplomb, peut facilement aceréditer cette théorie . Mais ‘on peut aussi penser au désirde rivaliser avec ses semblables et d’étre dans la position la plus en vue possible. Ainsi, la nécropole de MIsola Sacra, pres d’Ostie, est situge le long dune route qui est la condition déterminante de la naissance de la nécropole. Dans cette derniére, le principe de la plus grande visibilité possible pour le passant conditionne organisation de l’espace. Il n'y a pas «isolement de lacité des morts dans un espace cultuel détini ‘ais ce qui est privilégié, c’est le rapport avec le monde des vivants . 1] faut étre vu, et pour Iétre, la tendance naturelle est de se placer soit en position dominante (sur Umm Belgis, & Palmyre), soit & proximité du passage obligé de la route (tours d°Atenatan et d’Elahbel), 2. NECROPOLES ET CONSCIENCE TRIBALE Lexistence des trois tombeaux attestés successivement pour la méme famille " dans la vallée des Tombeaux peut amener aussi a s'intéresser de maniére plus précise a la répartition des différentes tombes des grandes familles palmyréniennes. En particulier, il est intéressant de voir de quelle maniére les différentes tribus palmyréniennes 4gu’on connait pares textes sont réparties dans les différentes nécropoles qui entourent ta ville. De méme qu’il existait des localisations privilégiéey de certaines de ces tribus. au sein dela ville méme de Palmyre, on peut se demander si ces localisations n’ont pas des correspondances aux slentours le 125- Voir Bonnar et al 1975 126- Ces explication propose ar A. Macuascies, 1967, 2 127-1, Batpassane, 1987, p. 131. a 128- Les tment m2, 67 68, tus Tombear 129-Le cations par dans des dns atest Sung tude mene par A de Boucheman (199 choman 1938, p-33. fe Tame 4 essai des roupemens arctan des dluns Bence Gui domi lncropoect lav done sameliene ne twos situés dans la valle de es par exemple a nonticule rove les Les notables de Patmyre Fis reference Tea are] ‘my_gdybwi [RODINSON, 1950, p. 137 [Agora ae Tony ney = |CIS_a068 Cv IV. 19) [VT 3 Tony ker [CIS_4112 Vi ay bay kar [Inv WV, Ta vr er Tony _knbt [CIS 414 2 vr 33 apr ‘ony mart [CIS 4120) Moxauce 3D apr bay myt [CIS 4109 (nw IV, 28) [vr Tay ay myt [CIS 4116 eee aT ape ay myt [CIS 4119 7 59 apr ‘ray myt _ [RODINSON, 1950, p_ 137 [Agora aig ‘ny mibwt [CIS 4113 Mosquée oe ny mibwl [CIS 4115 vr [aT ape [ony mibwl [CIS 4187 VE ey [ony _mibwI_[CANTINEAU, 19303, W13)D), Antar Tor ‘bay mtbwT [Taw VIS INécropoleN [87 ‘ay mibwl [fav Vil, Sa NécropoleN [159 bay erwd [fav VII, 71 Bel 7 bay [inv 14 vr 179 bay myn [CIS 4197 Nouveau village |? louan cIs 4122 NécropoleN_]79 Kirevsice oe VI = vallge dex Tombeaun > Nécropole N= ngeropole now. +» Uulisé comme nom de personne, CIS 4483-1485, + Sura famille, M. GAWLiKOWSKI, 1970s, p. SI-83 et 197L, p. 421-423, +6 Draprés le CIS « resione australicvitatis.» (p. 245) Mabe Vout 1868, p. 38, n 32 crit» groupe de tombeaun ay std de la vile» Liste des textes funéraires mentionnant des tribus (d'apres M. GawusxowsK1, 1973a, p. 34-41 et DED). On peut tirer certains enseignements de ce tableau & propos de la répartition topographique des tribus dans les nécropoles de Palmyre. Il faut commencer par quelques remarques préliminaires qui ont trait d’abord a la structure de la documentation, Le fait qu’on trouve des tribus réparties entre nécropole nord et vallée des Tombeaux n'a pas forcément une valeur absolue, si I’on considére, comme on Va rappelé plus haut, que les deux nécropoles se touchent et qu'il est aprés tout possible que les Palmyréniens les aient considérées comme ne formant qu’une seule entité ‘chulturesanciennes des Bédouins. Ce dernier phénoméne wouve des 60 Pur les nécropoles antiques de Palmyre avee installation de tombes so Ja colline Umm Belg, 130 - Leur len éait sans dou b tion aitsans doute beaucoup plus visible avant la consti «du camp de Dioeletien et erection du rempart qui sépareat nettement 5 ‘deux zones dans le paysage. Les deux monuments recouvrent ailleurs 2 Dlusieurs endrots des tombeaux. Voir des notations parallels par E. Wi ens le parallles p Figures Fig. 57 - Facade du tombeau n° 36 (reconstruction, d’aprés A. Scumipt-Couiner, 1992, pl. 13b). 37h Les notables de Palmyre Fig. 72 - Vue générale d'Umm Belgis: Fig. 73 - Tombeau-temple n° 150.