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Mémoire de maîtrise

Histoire - Patrimoine
Université de Bretagne Sud
2001

Pegot Ogier

L’aventure
du Nouvelliste du Morbihan.
Du journal à l’écran.
Sous la direction de René Estienne

Gil Van Meeuwen


L’aventure du Nouvelliste du Morbihan.
Du journal à l’écran.

AVANT-PROPOS

L’objet de ce mémoire de maîtrise est le Nouvelliste du Morbihan et l’intégration de


ses collections au plan de microfilmage et de numérisation de la presse ancienne du
Morbihan.
La question centrale vise à montrer en quoi et comment le Nouvelliste du Morbihan, journal
local à diffusion départementale, devient l’objet de la mise en valeur du patrimoine qu’il
représente.

Introduction

La presse écrite a pour fonction première d’informer. Sous la Troisième République,


bénéficiant d’un texte de loi libéral en 1881, elle est le vecteur de communication le plus
influent sur les opinions publiques. Jusqu’à l’apparition de la radio, puis de la télévision, elle
était l’unique média populaire.

En effet, les journaux ont l’avantage de la diversité des opinions et du détail au plus
près des réalités vécues localement ; notamment celles relayées par la presse provinciale. Ils
conservent leur valeur de témoin du temps présent, et deviennent éléments tangibles, fixant
l’événement sur le papier.
Quand un article nous concerne particulièrement, nous le découpons et il est archivé
précieusement. La presse participe au tissage de la trame de notre mémoire individuelle et
collective. Les périodiques relus quelques années plus tard deviennent un conservatoire des
faits, avec une analyse de peu de recul, plus ou moins partiale, résultant du traitement
« à chaud » de l’actualité.
En Bretagne la mémoire avait retenu certains titres emblématiques, La Dépêche de
Brest, L’Ouest Eclair, Le Nouvelliste du Morbihan. C’est bien peu représentatif de la richesse
éditoriale de la presse bretonne de la seconde moitié du dix-neuvième siècle à la Seconde
Guerre mondiale. En Morbihan, un recensement de la presse de cette époque fait état de 226
titres d’information générale et politique. A peu près la moitié de ceux-ci ont été publiés à
Lorient. Le Nouvelliste du Morbihan est celui qui connut la plus longue durée. Ce journal
diffusé de 1887 à 1944, s’inscrit dans un véritable lignage de presse éditée à Lorient, de la
création de la Feuille hebdomadaire de la ville de Lorient en 1790 au dépôt de bilan de
Liberté du Morbihan en 1995.

Le Nouvelliste représentant de la presse d’information accompagne le développement


de Lorient sous la Troisième République, mais ce n’est pas un titre d’envergure régionale,
comme l’a été L’Ouest-Eclair. Cet organe de presse populaire très apprécié des Lorientais est
un journal diffusant l’actualité générale et locale de la vie de Lorient « la jolie ». Le
Nouvelliste, chronique fidèle de la cité et des ports de Lorient, a fixé sur son fragile papier des
pans entiers de la mémoire d’une ville disparue. Ce titre rend compte dans le détail de la vie
quotidienne de la cité portuaire et des faits marquants ou anodins des autres communes du
département. Le volet des nouvelles nationales ou internationales, selon l’actualité prend une
place plus ou moins importante. Ces informations qui sont contenues dans bien d’autres
journaux parisiens ne présentent ici qu’un intérêt secondaire ; sauf bien sûr quand elles ont
des retombées au plan local ou qu’elles sont sujettes à des commentaires particuliers. Mais le
Nouvelliste s’affichant non engagé politiquement est avare dans ses prises de positions. Il se
contente généralement de réaliser une revue de presse ou de reprendre les communiqués des
agences.

Pour l’élaboration de l’histoire contemporaine les organes de la presse ancienne


nationale et provinciale sont une source documentaire reconnue, et rendus disponibles sous la
forme de microfilm depuis des années. La presse locale qui dormait jusqu’à présent dans
l’ombre des réserves des bibliothèques, car trop fragile pour être consultée, bénéficie de
programmes de numérisation et va redevenir accessible.

La presse ancienne locale est une base documentaire précieuse pour les chercheurs
en histoire ou les curieux en quête de mémoire.
Cette source historique donne au rythme de sa parution la matière qui alimentait les
conversations, l’actualité politique, économique, sociale. Les faits divers, les comptes rendus
d’audience des tribunaux apportent l’éclairage cru sur la société et les mœurs qui les
suscitent. Le journal local, par la présentation sélective, son interprétation des faits nous
donne le regard des contemporains sur eux-mêmes. Sa lecture aujourd’hui peut permettre de
retrouver le vécu d’un territoire, sa vie matérielle et sa culture.

Lorient sous la Troisième République est une ville portuaire en pleine mutation
urbaine et économique. Au terme du dix-neuvième siècle la reconversion militaro-industrielle
réussie, l’espace portuaire de Lorient va se développer dans les domaines marchands et
halieutiques de Kergroise à Keroman. Le journal relate au jour le jour ce changement des
crises de la pêche côtière à l’inauguration du slipway du port de pêche, se fait l’écho de
l’expansion urbaine de la ville. Témoin des grands drames de son siècle, cet organe
d’information local donne une identité aux victimes des catastrophes naturelles et à
l’hécatombe du premier conflit mondial. Ses colonnes relatent fidèlement les changements de
la société.
Les lames de fond de l’histoire européenne vont bouleverser le bel optimisme du
progrès en cours. La défaite consommée en 1940, le quotidien humiliant de l’occupation, la
reprise des communiqués militaires victorieux des U.Boote vont placer le journal au cœur de
la tragédie. Les bombes, l’exode des réfugiés, le relais de la propagande de Berlin et de Vichy
scellent le destin du titre lorientais exilé à Vannes. Il disparaît dans les lendemains vengeurs
de la Libération.

La collection du journal, notamment celle de la bibliothèque municipale tient une


place particulière au cœur des Lorientais, elle reste un des rares dépositaires de la mémoire
d’une cité disparue. La ville reconstruite après la guerre a perdu la quasi-totalité de son
patrimoine architectural civil. Une partie de sa mémoire culturelle et de la vie éditoriale
d’avant-guerre est partie en fumée.

Document rare, la collection intégrale du Nouvelliste du Morbihan représente un


volume de 60 000 pages. C’est un ensemble à préserver, à transmettre aux générations futures.
Le plan de microfilmage et de numérisation de la presse ancienne du Morbihan répond à ce
besoin, c’est une véritable renaissance dans le domaine des possibilités de diffusion. Cette
opération alliant sauvegarde et communication de ce patrimoine écrit est un investissement
lourd mobilisant des moyens financiers et techniques importants. Ceci ne peut s’envisager que
sous la forme de partenariat entre les différentes institutions culturelles du département.
L’aventure du Nouvelliste du Morbihan, du journal à l’écran.

La presse à Lorient est riche d’une tradition éditoriale où s’inscrit le Nouvelliste. Des
générations de titres de presse ayant paru de la Révolution à la Seconde Guerre mondiale le
précèdent et l’accompagnent dans son développement.
L’aventure du Nouvelliste dure cinquante-huit années, elle peut être retracée de sa
fondation en 1886, à sa disparition en 1944, grâce aux collections archivées.

Les collections du Nouvelliste conservées au fils des ans, sont devenues un des
supports de la mémoire collective morbihannaise et lorientaise. Le plan de microfilmage et de
numérisation de la presse ancienne du Morbihan est l’aboutissement de la logique d’une
gestion moderne du patrimoine écrit. Celle-ci tend à répondre au double enjeu de la
conservation par le transfert sur un support plus durable et du retour au public de son héritage
culturel.

LA PRESSE LORIENTAISE DE LA RÉVOLUTION À LA SECONDE GUERRE MONDIALE.

De la fin du XVIIIe siècle à la fin de la Seconde Guerre mondiale, les archives attestent
l’existence d’au moins 140 périodiques d’information publiés à Lorient.

Le premier organe de presse lorientais est créé en 1790, La Feuille hebdomadaire de


la ville de Lorient paraît pendant deux années.
Il faut attendre 1802 pour que sorte le second titre local, Le Courrier de Lorient et du
Morbihan. Ce journal est le premier d’un lignage de titres qui se succèdent sans interruption
jusqu’au 28 octobre 1995.

La Deuxième Guerre mondiale est fatale à la forme première de la ville de Lorient.


Outre les immeubles ruinés, rasés, puis reconstruits, la mémoire locale a subi de terribles
amputations. La bibliothèque municipale n’a pu mettre à l’abri qu’une petite partie de ses
collections, notamment celle des journaux. Les monuments ayant quasiment tous disparu, il
ne reste de ce que fut Lorient d’avant la guerre que ce patrimoine écrit très fragile constitué de
la presse locale.
Le but de cette étude succincte est de replacer le Nouvelliste du Morbihan dans son
contexte et de pouvoir le positionner dans la presse publiée à Lorient.

Premier journal publié à Lorient.

Les sources

La bibliothèque municipale de Lorient, les Archives départementales du Morbihan et


la Bibliothèque Nationale1 ont collecté cette source documentaire. Le Nouvelliste a été aussi
archivé au journal lui-même. Les volumes ont été conservés par la Liberté du Morbihan. Ils
sont actuellement la propriété de Presse Océan à Nantes.

11
Dépôt légal.
Deux auteurs, contemporains du Nouvelliste, ont écrit sur l’histoire de la presse
lorientaise. Le premier en 1884, René Kerviler2 dans son Essai d’une bibliographie des
publications périodiques de la Bretagne en dresse un état détaillé. L’autre, Louis Chaumeil en
1936, dans le numéro du cinquantième anniversaire du Nouvelliste3, brosse une esquisse de
l’histoire de la presse lorientaise.

Louis Cren a commencé la rédaction d’une monographie intitulée Les journaux de


Lorient. Ce brouillon sous la forme de quelques pages d’un cahier nous apporte quelques
données succinctes ( Fonds Louis Cren4, Médiathèque de Lorient).

En 1977, Nicole Coisel a dressé un descriptif quasi exhaustif de la presse


morbihannaise de 1865 à 19445 et Lucien Raoul dans Un siècle de journalisme breton de
l’Académie celtique à la Glorieuse Bretagne des armées apporte certains éléments
complémentaires sur les auteurs et les titres proches des mouvements régionalistes bretons.

René Kerviler écrivait en 1884, dans son introduction à Essai d’une bibliographie des
publications périodiques de la Bretagne :
« La bibliographie des périodiques constitue le chapitre le plus difficile à aborder de
la science bibliographique. La plupart de ces publications sont éphémères ; on les conserve
rarement complètes : et pour les journaux bretons en particulier, nous avons constaté avec
peine qu’on n’en retrouve de collections, sauf des exceptions très rares, ni chez les
imprimeurs, ni dans les greffes des tribunaux, ni dans les bibliothèques des municipalités, ni
dans les archives départementales. Après dix ans de recherches, nous croyons cependant être
parvenus à découvrir le cycle à peu près complet de nos publications périodiques dans
quelque ordre d’idées que ce soit, et nous présentons aujourd’hui les résultats de notre
travail aux lecteurs du Bibliophile Breton, en les priant de vouloir bien nous adresser toutes

22
Kerviler (R), Essai d’une bibliographie des publications périodiques de la Bretagne. Département
du Morbihan, Rennes, Librairie Ancienne et Moderne de J. Plihon, 1884
33
historique repris dans : Chaumeil (L), Esquisse d’une histoire de la presse lorientaise (brochure n°6)
in Histoire et petite histoire de Lorient, tome I, Lorient, Imprimerie du Nouvelliste du Morbihan,
1939
44
Louis Cren (Lorient 1881 – 1962) a été instituteur, adjoint au maire de Lorient, sous-ingénieur des
travaux publics, président des amis du vieux Lorient, secrétaire général de la fédération nationale
d’instituteurs de France et des colonies, Officier de la Légion d’Honneur, Croix avec palmes, médaille
d’Arras, Commandeur des Palmes Académiques. Il a notamment rédigé en 1940 « Histoire générale
des rues de Lorient – Monographie des rues de Lorient» et en 1946 « Mon vieux Lorient ».
55
Coisel (N), Bibliographie de la presse française politique et d’information générale 1865 - 1944 /
56 Morbihan, Paris, Bibliothèque Nationale, 1977.
les rectifications ou tous les compléments qui seraient à leur connaissance. En pareille
matière, on n’est jamais certain de n’avoir rien laissé échapper ».

LIGNAGES ÉDITORIAUX DES JOURNAUX LORIENTAIS

Les groupes de presse

Les titres de la presse d’information générale, politique ou culturelle lorientaise


peuvent être regroupés par lignages éditoriaux. Si l’on assiste à une véritable inflation des
parutions de 1870 à 1914, après la Première Guerre mondiale se produit une progressive
concentration. La présence du Nouvelliste du Morbihan est de plus en plus affirmée dans le
paysage de la presse lorientaise et morbihannaise.

Durant un siècle et demi, près d’une cinquantaine de personnages dirigent et animent


la presse lorientaise, tous horizons politiques et culturels confondus.

Les groupes de presse les plus marquant sont représentés sous formes
d’organigrammes. (nota : les journaux paraissant uniquement à l’occasion des élections sont
n’ont pas été retenus.)

Pour le groupe L’Abeille, les noms des responsables sont Charles Gousset, Eugène
Grouhel, de 1842 à 1871, puis Louis Chamaillard jusqu’en 1917. Sa ligne politique de passe
du mouvement réformateur, à celui des républicains puis des bonapartistes pour basculer
après le second empire vers le parti des blancs. Des liens existent avec La Croix du Morbihan
où l’on retrouve Louis Chamaillard en compagnie de Xaxier Hostin. Dans ce groupe se
tiennent aussi Le Lièvre de la Morinière, Loeïz Herrieu, André Mellac et Roger Le Bayon.

De l’autre côté de l’échiquier politique existe le groupe du Phare de Bretagne, organe


radical, sous la férule de Corfmat, Amelot, puis Ernest Collignon et Boyer.
Concernant L’Avenir de la Bretagne, le responsable principal est Baumal.

Le lignage dont est issu Le Nouvelliste du Morbihan est explicité dans le chapitre le
concernant.
L’Abeille – Le Morbihannais – La Croix du Morbihan
Journaux édités à Lorient de 1842 à 1917

1842 – 1847
L’Abeille
Réformateur
Hebdo
1847 – 1848
Journal de Lorient
Information / républicain
Hebdo
1848 –1848
Le Patriote breton
Républicain
Tri-hebdo
1848 – 1849
L’Union démocratique
Républicain
Bi-hebdo
1849 – 1871
L’Abeille de Lorient
Bonapartiste / légitimiste
Hebdo / bi-hebdo
1871 – 1879
Journal du Morbihan
Blanc / catholique
Tri-hebdo
1872 - 1917 1879 – 1917 1891 – 1893
LeCourrier des campagnes Le Morbihannais Le Télégramme
Blanc / catholique Blanc / catholique Infos locales
hebdo Tri-hebdo Quotidien

1893 – 1895
Le Lorientais et le
Télégramme réunis
Blanc/catholique
Hebdo
1891 - 1906 1892 – 1894 1899 – 1899
La Croix du Morbihan La Liberté Les Nouvelles lorientaises
Blanc / catholique morbihannaise Blanc/catholique
hebdo Blanc / catholique Hebdo
tri-hebdo
1907 – 1907
Le Réveil breton et la Croix 1905 – 1944
du Morbihan Dihunamb
Régionaliste / catholique Culturel breton
Hebdo Mensuel

1908 – 1914 1908 – 1915 1908 – 1914


La Croix du Morbihan L’Echo du Morbihan Le Pays breton
Blanc / catholique Blanc / catholique Et le Réveil breton
hebdo Hebdo Régionaliste / hebdo
Le Phare de Bretagne
Journaux édités à Lorient de 1872 à 1914

1872 – 1876
L’Impartial lorientais
Républicain
Bi-hebdo
1883 – 1894
Le Phare des campagnes
Républicain
Hebdo

1879 – 1914
Le Phare de Bretagne
Républicain
Bi-hebdo

1889 - 1892 1892 – 1892


Indépendant de la Le Démocrate du
Bretagne Morbihan
républicain Républicain
bi-hebdo bi-hebdo
L’Avenir de la Bretagne
Journaux édités à Lorient de 1885 à 1903 par D. Baumal

1885 - 1887 1886 – 1887


L’Avenir de Lorient La Bretagne
Infos locales Républicain
hebdo / bi/tri-hebdo bi-hebdo / tri-hebdo

1887 – 1901
L’Avenir de la Bretagne
Républicain
tri/bi-hebdo / hebdo

1897 - 1902 1890 - 1898 ?


La République du L’Union universitaire
Morbihan Bimensuel
Républicain
hebdo

1902 - 1903
Le Petit Breton
républicain
hebdo
Fédération républicaine indépendante

1903 – 1911
L’Union libérale du
Morbihan
Républicain
Hebdo
1912 – 1914
L’Indépendance
républicaine
[Fédération républicaine
indépendante]
républicain
hebdo
1921 – 1924
Liberté du Morbihan
[Fédération républicaine
indépendante]
républicain
hebdo

titre absorbé par


Le Morbihan
1911 – 1942
[journal édité à Rennes
[Ouest éclair]
républicain
hebdo
Le Nouvelliste du Morbihan
Journaux édités à Lorient de 1802 à 1995

1802 – 1812
Le Courrier de Lorient et du
Morbihan
Infos locales
Bi-hebdo
1812 – 1843 1842 – 1842
Affiches, annonces et avis La Revue de Lorient
divers de la ville de Lorient. Annexe d’un journal
Infos locales parisien
Bi-hebdo Mensuel
1843 – 1858
Le Lorientais
Légitimiste
Puis
Bonapartiste
Hebdo
1882 - 1884 1859 – 1886 1883 - ?
L’Annonce Bretonne Le Courrier de Bretagne La Korrigane
Républicain Bonapartiste Culturel
Hebdo puis Bi-hebdo
1883 - 1884 Républicain
Le Nouvelliste du Morbihan Bi-hebdo
Républicain
Hebdo
1886 – 1944 1893 –1895
Le Nouvelliste du Le Biniou
Culturel
Morbihan 1895 – 1915
Information / républicain Le Clocher breton
Bi/tri-hebdo / quotidien Culturel
1917 -1920 1919 – 1942
L’Ouest maritime L’Ouest républicain
Information / républicain Information / républicain
Bi-hebdo Hebdo
-------------------------------
1917 - 1920 1923 – 1942
Le Nouvelliste de Lorient L’Eclair du Finistère
Information / républicain Information / républicain
Bi-hebdo Bi-hebdo / hebdo
1944 – 1944 1923 – 1942
Le Morbihan libéré Le Petit Lorientais
Quotidien Annonces – Hebdo
1944 – 1995
La Liberté du Morbihan
Quotidien
IDÉOLOGIES DES ORGANES POLITIQUES ET D’INFORMATION DE LA PRESSE
LORIENTAISE.

Au terme du regroupement des différents lignages de titres se dégagent cinq groupes,


celui issu de l’Abeille, du Phare de Bretagne, de l’Avenir de la Bretagne, de la Fédération
républicaine indépendante et celui du Nouvelliste du Morbihan. Ils sont les porte paroles des
grands courants d’opinion qui animaient le quotidien des Lorientais.

Les journaux publiés à Lorient véhiculent les grandes idéologies du temps. Il faut
attendre la fin du Second Empire pour que les opinions s’affrontent, Bleus contre Blancs, Le
Phare de Bretagne, républicain et laïque contre son contre-modèle, Le Morbihannais.

La Grande Guerre est un césure marquante concernant la presse lorientaise. Ala fin du
conflit nous constatons la disparition d’une grande partie des titres, notamment ceux des
Blancs.

Il est possible à partir de l’étude des notices des titres de classer les journaux lorientais
par grandes familles politiques. Le premier journal imprimé localement date de 1790, il était
républicain, organe de la Révolution.

Le parti des Blancs est représenté de 1871 à 1914 par 11 titres. Les bonapartistes vont
successivement bénéficier du soutien de quatre journaux jusqu’en 1883.

Les idées républicaines sont représentées à Lorient par près de 50 journaux et le


mouvement socialiste est crédité de 8 organes dont le premier s’affiche en 1897. Le Rappel
du Morbihan, créé en 1899 connaît dans cette période trois arrêts de parution, en 1900, 1914
et 1939.
Le domaine culturel lui est riche de 16 parutions, dont deux en breton. Dihunamb
paraît quarante années, de 1905 à 1944. La mouvance politique régionaliste est éditée à
Lorient à partir de 1907, par le biais de 3 titres successifs.
Début Fin Titre Ligne éditoriale

1939 1939 Effort (L’) Parti populaire


français

1871 1879 Journal du Morbihan Blanc / catholique


1872 1917 Courrier (Le) des campagnes Blanc / catholique
1879 1917 Morbihannais (Le) Blanc / catholique
1891 1914 Croix (La) du Morbihan Blanc / catholique
1892 1894 Liberté (La) morbihannaise Blanc / catholique
1893 1895 Lorientais (Le) et le Télégramme réunis Blanc / catholique
1895 1909 Arvor (L’) Blanc / catholique
1895 1914 Courrier (Le) morbihannais Blanc / catholique
1899 1899 Nouvelle (Les) lorientaises Blanc / catholique
1908 1915 Echo (L’) du Morbihan Blanc / catholique
1910 1914 Action (L') bretonne [Vannes] Blanc / catholique

1843 1858 Lorientais (Le) Légitimiste /


bonapartiste
1849 1871 Abeille (L’) de Lorient Bonapartiste /
légitimiste
1859 1886 Courrier (Le) de Bretagne Bonapartiste /
républicain
1882 1883 Appel (L’) au Peuple Bonapartiste

1842 1847 Abeille (L’) Réformateur

1899 1944 Ouest-Eclair (L’) Démocrate chrétien

1898 1899 Vérité (La) lorientaise Indépendant


Début Fin Titre Ligne éditoriale

1902 1917 Courrier breton, Nouvelles du Morbihan Information


1912 1912 Dernière heure Information
1912 1944 Nouvelliste (Le) de Vannes Information
1923 1942 Petit (Le) Lorientais Information
1929 1932 Echo (L’) du Morbihan, de Basse Bretagne et de Information
l’Ouest

1802 1812 Courrier (Le) de Lorient et du Morbihan Infos locales


1812 1843 Affiches, annonces et avis divers de la ville de Infos locales
Lorient.
1871 1871 Phare (Le) du Morbihan Infos locales
1876 1944 Avenir (L’) du Morbihan Infos locales
1885 1887 Avenir (L’) de Lorient Infos locales
1889 1891 Flotte (La) Infos maritimes
1891 1893 Télégramme (Le) Infos locales
1929 1931 Echo (L’) de Lorient et du Morbihan Info locale

1847 1848 Journal de Lorient Information /


républicain
1886 1944 Nouvelliste (Le) du Morbihan Information /
républicain
1917 1920 Ouest (L’) maritime Information /
républicain
1917 1921 Nouvelliste (Le) de Lorient Information /
républicain
1919 1942 Ouest (L’) républicain Information /
républicain
Début Fin Titre Ligne éditoriale

1790 1791 Feuille hebdomadaire de la ville de Lorient Républicain


1879 1914 Phare (Le) de Bretagne Républicain
1882 1884 Annonce (L’) Bretonne Républicain
1883 1884 Nouvelliste (Le) du Morbihan Républicain
1883 1894 Phare (Le) des campagnes Républicain
1884 1942 Progrès (Le) du Morbihan Républicain
1884 1942 Union (L’) agricole du Finistère Républicain
1885 1885 Bonhomme (Le) breton Républicain
1886 1887 Bretagne (La) Républicain
1887 1887 Cloche (La) bretonne Républicain
1887 1888 Petit Lorientais Républicain
1887 1889 Semaine républicaine Républicain
1887 1901 Avenir(L’) de la Bretagne Républicain
1889 1892 Indépendant de la Bretagne Républicain
1889 1892 Patriote (Le) breton Républicain
1890 1890 Alarme Républicain
1890 1890 Lorientais (Le) Républicain
1892 1892 Démocrate (Le) du Morbihan Républicain
1893 1893 Réveil (Le) du Morbihan Républicain
1894 1894 Eclaireur (L’) Républicain
1897 1902 République (La) du Morbihan Républicain
1901 1901 Union (L’) démocratique du Morbihan Républicain
1902 1902 Cloche (La) d’alarme Républicain
1902 1902 Tempête (La) morbihannaise Républicain
1902 1903 Petit (Le) Breton Républicain
1903 1905 Réveil (Le) du Morbihan Républicain
1903 1911 Union (L’) libérale du Morbihan Républicain
1904 1904 Petit (Le) Lorientais Républicain
1905 1910 Démocratie (La) du Morbihan Républicain
1908 1910 Action (L’) républicaine du Morbihan Républicain
1910 1914 Union (L’) républicaine. Araok ! Républicain
1910 1928 Araok Républicain
1911 1942 Morbihan (Le) [journal édité à Rennes / Ouest Républicain
éclair]
1912 1914 Indépendance (L’) républicaine [Fédération Républicain
républicaine indépendante]
1919 1919 Etincelle (L’) Républicain
1921 1924 Liberté (La) du Morbihan [Fédération républicaine Républicain
indépendante]
1928 1929 Démocratie (La) du Morbihan Républicain
1939 1940 Eveil (L’) du Morbihan Républicain
Début Fin Titre Ligne éditoriale

1897 1897 Tribune (La) du Morbihan Républicain /


socialiste
1897 1898 Avant-garde ( L’) du Morbihan Républicain /
socialiste
1899 1900 Rappel (Le) du Morbihan Républicain /
socialiste
1900 1902 Dépêche (La) de Lorient Républicain /
socialiste
1901 1902 Petite (La) république du Morbihan Républicain /
socialiste
1902 1902 Classe (La) ouvrière de Lorient Républicain /
socialiste
1929 1930 Nouvelles (Les) de Lorient, du Morbihan, de Républicain /
Bretagne et de l’Ouest. socialiste

1909 1909 Eveil (L’) socialiste du Morbihan Socialiste


1911 1914 Rappel (Le) du Morbihan Socialiste
1926 1939 Rappel (Le) du Morbihan Socialiste

1903 1903 Travailleur (Le) breton Syndicaliste


1934 Bulletin mensuel du Syndicat unitaire des Syndicaliste
travailleurs réunis du port de Lorient

1927 1927 Droits (Les) de l’homme Ligue des droits de


l'homme

1847 1848 Asmodée Culturel


1873 1874 Revue (La) populaire Culturel
1876 1876 Revue Caprice Culturel
1882 1883 Lorient-Théâtre Culturel
1883 ? Korrigane (La) Culturel
1885 1887 Lorgnette (La) de Bisson Culturel
1889 1891 Avenir (L’) illustré du Morbihan Culturel
1889 1896 Caprice-Revue Culturel
1891 1927 Croix (La) de l’île de Groix Culturel
1893 1893 Programme (Le) Culturel
1893 1895 Biniou (Le) Culturel
1895 1915 Clocher (Le) breton Culturel
1897 1898 Mer (La) Culturel
1898 1899 Lorientaises soirées Culturel
1904 1905 Moniteur (Le) artistique de Bretagne Culturel
Début Fin Titre Ligne éditoriale

1905 1944 Dihunamb Culturel / breton


1912 1914 Brittia Culturel / breton

1907 1907 Réveil breton (Le) et la Croix du Morbihan Régionaliste /


catholique
1908 1914 Pays (Le) breton et le Réveil breton Régionaliste
1920 1944 Réveil (Le) breton Régionaliste

1875 1875 Feuille (L') du cultivateur Agricole


1877 1879 Echo des intérêts agricoles et vétérinaires de Agricole
l’arrondissement de Lorient

1842 1842 Revue (La) de Lorient Annexe d'un journal


parisien
1882 1882 Echo (L’) de Lorient Annexe d'un journal
parisien
1888 1889 Petit Phare (Le). Edition du Morbihan Suite du « Annexe d'un journal
Petit Lorientais » nantais

1923 1942 Cri (Le) du poilu de l’Union nationale des Anciens


combattants combattants
(classé à droite)

1934 1938 Lorient-Sports (Le) Sport

1894 1894 Commerce (Le) lorientais Economique


1910 1910 Essor (L’) industriel, commercial et financier Economique
1931 1932 Nouvelles (Les) morbihannaises Economique
La lorgnette de Bisson 1885-1887.

La presse lorientaise est riche de titres, aux premiers temps de la Troisième


République. Les idéologies politiques s’affrontent aux travers d’organes locaux, parfois
virulents. Mais, force est de constater que le courant républicain est majoritaire, face aux
journaux des Blancs.

Les journaux d’information traversent les régimes et se succèdent en lignages


ininterrompus, depuis le début du XIXe siècle.

Le plus célèbre est Le Nouvelliste du Morbihan. Son histoire s’identifie avec


l’évolution de Lorient sous la Troisième République. Journal grand public, il s’impose à partir
de 1914 comme le quotidien du soir de référence dans la région lorientaise.

La vie du journal, les idées qui l’animent, son évolution commerciale, le miroir qu’il
nous renvoie de son temps sont autant d’éléments qui nous incitent à considérer la valeur de
ce patrimoine.

L’exemplarité de l’aventure du Nouvelliste donne du sens à la logique du plan de


microfilmage et numérisation de la presse ancienne du Morbihan.
I L’aventure du Nouvelliste du Morbihan

La collection de presse ancienne la plus consultée à la Médiathèque de Lorient est


celle du Nouvelliste du Morbihan. Ce journal est rendu disponible à la consultation sous
forme numérisée chez l’ensemble des partenaires du plan de microfilmage et de numérisation
de la presse ancienne du Morbihan.

Une histoire du Nouvelliste du Morbihan : les sources

Les éléments servant à dresser l’histoire du Nouvelliste du Morbihan sont issus du


journal lui-même. Le récolement de l’ensemble de la collection a permis de réunir un
ensemble d’information.

Le Nouvelliste a produit des historiques, plus ou moins succincts sur le journal


apportant ainsi des éléments de premier choix. Ces regards sur lui-même ont paru les premiers
janvier 1888, le six août 1893, le 19 octobre 1899, puis les premiers janvier 1907, 1914, 1922
et 1925. Les deux plus conséquents sont issus de numéros spéciaux, le deux mars 1926 et le
30 décembre 1936.

De cet ensemble documentaire il est possible de réunir des données sur l’histoire
matérielle du Nouvelliste, des hommes et des idées qui l’animaient. Ces éléments qui
présentent la vie du journal à son avantage, sans aucun recul critique sont quasiment les seuls
qui existent pour évoquer l’histoire du Nouvelliste.
Toutefois, concernant les dernières années du Nouvelliste nous avons une interview
d’Alexandre Catherine dans Lorient Hebdo n°76 et 77 (semaines du 14 et du 21 septembre
1974),. Nous disposons également d’éléments dans l’Histoire de la spoliation de la presse
française (1944-1955) de Hisard et dans La presse bretonne dans la tourmente6 (1940-1946)
de Freville.

66
Cet ouvrage se réfère au compte-rendu du procès du Nouvelliste lors de la période d’épuration, il
serait consigné aux Archives d’Ille et Vilaine à Rennes.
1 - 1 UN TITRE : LE NOUVELLISTE DU MORBIHAN

La galerie des ancêtres.

Le Nouvelliste du Morbihan est un organe de presse qui s’inscrit dans une lignée de
titres qui se succèdent à Lorient tout au long du 19e siècle pour se prolonger jusqu’en 1995.
7

Cette suite directe s’achève avec le dépôt de bilan de La Liberté du Morbihan.

A l’origine se trouve Le Courrier de Lorient et du Morbihan, de la famille Le Coat


Saint-Haouën. Ce bihebdomadaire est publié sous le Consulat, puis sous l’Empire de 1802 à
1812. Il diffuse des informations politiques, maritimes et commerciales.
A partir du 1er janvier 1812 il devient les Affiches, annonces et avis divers de la ville
de Lorient. Jusqu’en 1843, le titre est dirigé tour à tour par Le Coat Saint-Haouën père, puis
par son fils et par Mme Le Coat.
Le nom du journal change deux fois, il est appelé Affiches de Lorient puis au mois de
juillet 1841, il reprend son nom initial, d’Affiches, annonces et avis divers de la ville de
Lorient.

En 1843, sous le règne de Louis-Philippe, le journal est repris par l’imprimerie


Baudoin. Il devient Le Lorientais, un hebdomadaire. Le journal est dirigé successivement par
la veuve Baudoin, ensuite par Mme Godinet-Gastrique, puis M Daguineau et enfin par M
Peuchant.

En 1851, il absorbe le journal légitimiste vannetais La Bretagne et s’appelle Le


Lorientais-La Bretagne, journal politique, judiciaire, maritime et des intérêts communaux,
c’est alors un trihebdomadaire. Ses principaux collaborateurs sont MM. de Cadoudal et de
Livonnière.

Le Lorientais devient partisan de l’Empire, en 1852. Sous la direction de l’imprimeur


Peuchant, il prend le titre de Lorientais-Bretagne. Ce journal disparaît en 1859 à la mort de
son propriétaire. Le matériel de l’imprimerie est acheté par L.J. Victor Auger, qui fonde le
Courrier de Bretagne, mais il n’y a pas de succession immédiate avec Le Lorientais.

77
Dans un article du dimanche 1er janvier 1922 un éditorialiste du Nouvelliste du Morbihan fait état
des ancêtres lorientais du journal.
Le Courrier de Bretagne est un bihebdomadaire, publié à Lorient du 8 septembre
1859 au 21 octobre 1886. Il est dirigé de 1859 à 1883 par L.J. Victor Auger, puis de 1883 à
1886 par Druilhet-Lafargue, au 100 de la rue du Port.

Un arrêté du Ministre de l’intérieur, daté du 16 août 18598, autorise Auger à créer à


Lorient, un journal traitant de matières politiques et des questions d’économies sociales.
Arrivé à Lorient depuis trois jours Auger lance le premier numéro du Courrier de Bretagne le
8 septembre 1859. Le rédacteur en chef du journal remercie le gouvernement impérial de sa
confiance et se déclare au service de l’ordre et du progrès bonapartiste.

Le propriétaire et rédacteur en chef du Courrier de Bretagne, L.J. Victor Auger est un


ancien journaliste (1848/1852), collaborateur de divers journaux politiques et littéraires de
Paris. Il est membre de la Société des Gens de Lettres. C’est un partisan de Napoléon III, sa
ligne éditoriale reflète son attachement au pouvoir en place.

Selon ses propres termes, le journal souhaite informer ses lecteurs dans les domaines
politiques, maritimes, agricoles par le biais de ses correspondants départementaux, régionaux,
et parisiens. Un feuilleton est publié régulièrement, signé par des écrivains amis du directeur.
Ce titre lorientais à vocation départementale est diffusé à Lorient, Vannes, Ploërmel et
Pontivy.

Malgré sa place marquée dans la presse régionale son tirage baisse vers 1880. Le 25
mars 1883 le journal passe aux mains de Druillet-Lafargue, républicain indépendant. Le
journal change radicalement de tonalité politique tout en conservant la même forme.
L’imprimerie Druilhet-Lafargue garde le même titre, la même parution et le même format au
Courrier. Le sous-titre change et devient Courrier de Bretagne - Journal Lorientais.
Le titre principal est accompagné par un second journal, L’Annonce Bretonne, journal
hebdomadaire, commercial, industriel, de 1882 à 1884.

Selon ce qui est indiqué dans le catalogue de la bibliothèque de la ville de Lorient,


dressé en 1896, le Courrier de Bretagne a cessé de paraître pour cause d’incendie. Le dernier
numéro archivé à la Bibliothèque Nationale de France date du 21 octobre 1886, 86e année.

Il est à noter, pour confirmer la succession ininterrompue de ce lignage de journaux


que le numéro d’année du dernier exemplaire du Courrier est la 86e année, ce qui correspond
à la création du premier journal de la filiation, le Courrier de Lorient et du Morbihan ;

88
Informations issues du premier numéro du Courrier de Bretagne.
sachant que l’année 1842 des Affiches, annonces et divers avis de la ville de Lorient porte le n
°41.

Le Nouvelliste du Morbihan de 1883.

Un second titre, apparenté au Courrier de Bretagne, est lancé le 14 mars 1883, le


Nouvelliste du Morbihan. Journal du peuple. Druilhet-Lafargue diffuse cette parution
hebdomadaire du samedi qui reprend les informations du titre principal.

En 1884 s’effectue la fusion des deux hebdomadaires annexes du Courrier de


Bretagne, Le Nouvelliste du Morbihan et L’Annonce Bretonne.

La deuxième série de la forme première du Nouvelliste, intitulée Le Nouvelliste du


Morbihan et Annonce Bretonne réunis, semble, selon René Kerviler, n’avoir été tirée que
quelques mois.
Alexandre Cathrine écrit qu’à la suite du décès de l’imprimeur Druillet-Lafargue, sa veuve
continue quelques temps à faire paraître le Nouvelliste du Morbihan puis cesse. Il semble que
ce titre s’interrompe au printemps 1884. (le numéro 14 de 1884 est le dernier exemplaire de
cette série archivé aux Archives départementales du Morbihan).

UN NOUVEAU JOURNAL À LORIENT

A la fin de l’année 1886 Alexandre Cathrine a succédé comme maître imprimeur à


Druillet-Lafarge.

Dans le premier numéro du Nouvelliste il est écrit : « …Le Nouvelliste qui a été dans
le principe une annexe du Courrier de Bretagne, l’un des plus anciens journaux politiques et
qui depuis longtemps a fait autorité dans le département, a changé de propriétaire et est
aujourd’hui une fusion de ces deux feuilles. »

Le Courrier de Bretagne a cédé la place au Nouvelliste du Morbihan. Le premier


numéro du Nouvelliste paraît le jeudi 30 décembre 1886.
Le Nouvelliste du Morbihan
Le 1er numéro
Jeudi 30 décembre 1886 : lancement du Nouvelliste du Morbihan d’Alexandre
Cathrine

Le journal a été préparé dans la journée du 26 et 27 décembre et tiré le 28 par


l’Imprimerie Lorientaise (ancienne imprimerie du Courrier de Bretagne), dont le gérant est A.
Guyomar. Il sort à 11 heures du soir. Porté dès le petit jour au kiosque et chez les marchands
de la ville, ce tirage se vend rapidement.

Le journal démarre son existence, paraissant deux fois la semaine, daté du mardi et le
vendredi, au prix de 10 centimes.

Le Nouvelliste du Morbihan, Organe des intérêts du département – Feuille


d’annonces Judiciaires et Commerciales se présente sur un format de quatre pages de 42 x 30
cm. Ses bureaux et son imprimerie se tiennent au 100 de rue du Port à Lorient.

Alexandre Cathrine choisit le Nouvelliste du Morbihan, comme titre pour son journal.
Pour lui, son sens est simple : il apporte les nouvelles du Morbihan.
Un sous-titre complète la formule initiale « Organe des intérêts du département ».
Reprenant la suite du Courrier de Bretagne, Le Nouvelliste du Morbihan n’est pas l’organe
d’un parti.

Pourquoi ne pas prolonger le titre d’origine ?

Selon Alexandre Cathrine, le Courrier de Bretagne a soutenu de violentes polémiques,


et s’est forgé une image négative quelques mois avant sa reprise.
Cette affirmation laconique nous laisse sur notre faim. Contre qui, dans quel contexte ?
Pourquoi avancer cet argument ?

Avant 1883, le journal était engagé du côté des bonapartistes. Idéologie divisée et
rapidement obsolète après la défaite de 1870 et le décès du prince impérial Eugène Louis-
Napoléon, en 1879 lors des combats du Zoulouland en Afrique du sud. En 1885 elle soutient
Boulanger puis en 1893 se confond avec la droite monarchiste et révisionniste.

L’image du Courrier étant brouillée, c’est le titre de Nouvelliste du Morbihan qui est
choisi, ce nom étant utilisé au préalable par une édition hebdomadaire annexe du Courrier de
Bretagne.
Le sous-titre du Nouvelliste varie pendant la guerre 14/18 pour devenir Journal
Républicain. Feuille d’Annonces Judiciaires et Commerciales, puis en 1921, Journal
Républicain Quotidien. Feuille d’Annonces Judiciaires et Commerciales. Après 1941 il reste
Quotidien du Soir. Journal d’Annonces Judiciaires et Commerciales.

L’idée d’un journal indépendant

Le Nouvelliste diffuse les actualités générales et locales, se rangeant dans la presse


indépendante d’information. Il se veut le reflet précis de l’actualité lorientaise et
morbihannaise, optant pour une ligne de neutralité politique.

Le succès commercial du Nouvelliste dans la région lorientaise vient du fait qu’il reste
tout au long de son existence un organe de presse de proximité, dosant avec habileté ses
informations nationales, locales et départementales. Journal grand public, républicain modéré,
il revendique une certaine impartialité.

L’objectif des rédacteurs est « de rendre compte de tout ce qui est capable
d’intéresser les lecteurs, de différents niveaux d’éducation et de toutes les sensibilités
politiques, en réalisant une synthèse de ce qui s’écrit dans les journaux d’opinions diverses ».
Ils réalisent de fait une revue de presse facile à lire reprenant les éléments essentiels des
informations générales.

Pour André Degoul9, avant la création du Nouvelliste il n’y a pas de journal local à
Lorient, « les feuilles qui existaient alors étaient surtout des feuilles d’opinion, dont le rôle
était de soutenir telles ou telles doctrines, telles ou telles personnalités. ». Le Nouvelliste est
né de l’idée de « réaliser un journal de tous, accessible à tous, indépendant et impartial ; être
le journal pratique, le journal utile et, en même temps le journal honnête et sain10 ».

Cette affirmation encensoir doit être pondérée car l’organisation de presse du


Nouvelliste est avant tout commerciale, elle a la volonté d’être grand public ; c’est à dire
disposer d’un lectorat potentiel le plus large possible.

99
André Degoul, conservateur de la bibliothèque municipale de Lorient de 1933 à 1939. Après le
décès d’Alexandre Cathrine, père, en 1920, il est rédacteur en chef du Nouvelliste jusqu’en 1923.
( voir l’article sur A. Degoul dans le Nouvelliste du 14/12/1932 et sa biographie dans Un siècle de
journalisme breton de Lucien Raoult).
1010
André Degoul, discours lors des obsèques d’Alexandre Cathrine.
Le commentaire d’un autre Lorientais contemporain est plus critique, selon Louis
Cren, dans un historique succinct de la presse locale, « ce journal à faits divers était
pauvrement rédigé ; très lu par la population ouvrière et commerçante de notre ville. »
La critique est sans nuances sur la qualité rédactionnelle, mais elle reconnaît la
popularité du journal à Lorient.

La presse de Province sous la Troisième République

Le jeune Nouvelliste trouve dans son époque un cadre bénéfique. La presse en


province tient un rôle de premier plan sous la Troisième République. Selon J. Kayser en 1892,
il existait 257 « quotidiens » départementaux et locaux, 89 villes avaient le leur. Ce chiffre
n’intègre pas les hebdomadaires, bi et tri-hebdomadaire parfois publiés à l’échelon du canton.

L’intérêt politique de la presse de province, des quotidiens départementaux, des


hebdomadaires d’arrondissement est évident. Les journaux sont en contact direct avec les
populations auxquelles ils s’adressent. Ils ont une pratique du journalisme politique très au
fait des réalités de leur territoire, qui selon les courants d’opinion répond à la demande de leur
lectorat. Dans la forme, toutefois, il y a peu de différence avec les journaux parisiens.

La presse régionale suit les mêmes courants que ceux de la presse parisienne, mais le
développement de l’information locale et la création des éditions multiples vont lui permettre
de s’attacher une clientèle rurale

La presse de province entre les deux guerres augmente son tirage au détriment des
journaux de la capitale. En parallèle s’effectue une concentration des titres absorbés par
d’autres, plus forts.

Les progrès techniques ont donné à la presse de province un avantage sur la presse
parisienne ; les grands quotidiens régionaux ont créé à Paris des bureaux de rédaction qui
transmettent les informations recueillies de toutes parts. Le journal de Paris arrive donc en
Province avec un léger décalage par rapport à son concurrent local.

Mais la presse de Province se trouve elle-même confrontée à une redoutable


concurrence avec le développement de la radio elle ne peut plus s’aligner sur l’instantanéité
des informations nationales et internationales diffusées sur les ondes. Son avantage reste alors
celui de la circulation de l’information de proximité et de l’information locale. Renseignée par
un réseau d’informateurs et de correspondants, elle est sur le terrain, au plus près du lectorat.
Le journal local informe ses concitoyens sur ce qui se passe dans sa région, dans sa
ville. De plus, le développement de l’automobile permet de ravitailler quotidiennement en
presse l’ensemble des communes.

Au total, on a compté près de 2 000 périodiques11 provinciaux, dont l’histoire s’est


calquée sur l’évolution politique des régions.

De 1914 à 1939, le tirage de la presse de province passe de 4 à 6,5 millions


d’exemplaires, mais en même temps le nombre de titres est réduit de 240 quotidiens en 1914 à
175 en1939.

Cette presse, en 1939 est rattachée à deux syndicats, celui des quotidiens de province
ou le consortium de la presse régionale catholique, qui à lui seul contrôle alors onze
quotidiens et une quarantaine d’hebdomadaires.

Dans le Nord, trois puissants quotidiens se partageaient la clientèle, Le Grand Echo du


Nord (créé à Lille en 1819), Le Réveil du Nord (créé en 1889), Le Journal de Roubaix
( créé en 1856). Deux autres titres sont notables, Le Progrès de la Somme, Le Journal
d’Amiens.

Dans l’Est deux titres dominent, L’Eclaireur de l’Est de Reims et L’Est républicain de
Nancy. En Alsace on trouve avant-guerre une presse généralement bilingue, Les Dernières
Nouvelles de Strasbourg, La France de l’Est de Mulhouse et L’Elässer Bôte.

Lyon possède plusieurs grands journaux, principalement, Le Progrès, Le Nouvelliste et


le doyen fondé en 1848, Le Salut Public. Plus au Sud on trouve Le Petit Dauphinois.

Dans le Midi, à Marseille le plus ancien Le Sémaphore remonte à 1828, mais les plus
gros tirages concernent le Petit Marseillais, le Petit provençal et Marseille-Matin. A Nice on
trouve L’Eclaireur de Nice et Le Petit Niçois. A Montpellier il y a L’Eclair et Le Petit
Méridional, à Toulouse, La Dépêche des frères Sarraut dont l’influence rayonne sur 30
départements et L’Express du Midi.

A Bordeaux, trois grands journaux se partagent le lectorat, La Petite Gironde qui tire
chaque jour plus de vingt éditions, La France de Bordeaux, et La Liberté du Sud-Ouest.
1111
Histoire de la presse parisienne, René Mazedier,Edition du Pavois, Paris 1945 ( p 270).
Dans le Centre de la France paraissent Le courrier du Centre à Limoges, La Tribune à
Saint-Etienne, Le Centre à Montluçon, L’Avenir du Plateau central et Le Moniteur à
Clermont-Ferrand, La Dépêche du Centre à Tours et le Journal du Loiret à Orléans.

Dans l’Ouest, le plus ancien est Le Journal de Rouen fondé en 1762. Citons encore,
Cherbourg Eclair, le Journal du Havre et La Dépêche de Rouen.

En Bretagne12 il existe en Ille et Vilaine, La Bretagne, Le Nouvelliste de Bretagne,


Maine, Anjou, Normandie et L’Ouest Eclair.
L’Ouest Eclair est fondé en 1899 par l’abbé Trochu, de tendance « sillioniste13 ». Il va
être diffusé sur 15 départements de l’Ouest, dont les Côtes du Nord, la Loire Inférieure, le
Finistère et le Morbihan, il est publié dans 16 éditions locales (tirage jusqu’à 500 000
exemplaires).

A Nantes, on trouve Le Phare de la Loire, de Bretagne et de Vendée. Dans le


Finistère La Dépêche de Brest et de L’Ouest est diffusée en 5 éditions locales.

Dans le département du Morbihan, outre L’Ouest Eclair, l’autre quotidien est Le


Nouvelliste du Morbihan, diffusé à Lorient et dans sa région. Ces journaux coexistent avec
quatre hebdomadaires notables, Le Morbihan14, Le Nouvelliste de Vannes, La Revue
Economique de l'Ouest15 et L’Ouest Républicain16 de la société éditrice du Nouvelliste du
Morbihan.

La concurrence

Le Nouvelliste se veut un organe d’information lorientais et morbihannais. Il n’a


jamais eu d’ambition régionale : il va diffuser entre les deux guerres deux éditions
hebdomadaires complémentaires, L’Eclair du Finistère et L’Ouest Républicain, l’une
couvrant le Finistère, l’autre le Morbihan.

1212
A few facts about France, Service d’Information – Mission militaire de liaison administrative,
( US Army) 1944
1313
Le Sillon (1894-1910), revue de Marc Sangnier, prônant un catholicisme social.
14
30 000 exemplaires
15
5 000 exemplaires
16
15 000 abonnés
L’Ouest-Eclair refoule petit à petit le Nouvelliste de la partie orientale du département.
Son édition du Morbihan date de janvier 1921, celle de Lorient arrive fin novembre 1941.

Le Nouvelliste du Morbihan publié pendant 58 années, du 30 décembre 1886 au 05


août 1944, a coexisté avec d’autres organes de presse pour devenir en 1939 le seul journal
d’information lorientais et le seul quotidien du Morbihan.

La concurrence lorientaise

A Lorient, la presse locale ou départementale concurrente du Nouvelliste a de


nombreux représentants au succès variable. Bien évidemment les journaux parisiens ou
régionaux sont également présents.
Dans un article du Nouvelliste du 28 février 1897, on cite La Lanterne et son
supplément L’Intransigeant, Le Petit Parisien et autres journaux de la capitale.

Afin d’évaluer la concurrence, il peut être pertinent de dresser un bilan chronologique,


ne retenant que les parutions au minimum hebdomadaires ; les journaux électoraux sont
également écartés.

Le premier numéro du Nouvelliste du Morbihan du 30 décembre 1886 se trouve face à


dix autres journaux locaux à Lorient. Il va devoir gagner son lectorat sur ses concurrents, il
s’engage dans une conquête commerciale et éditoriale.

Comment se démarquer de ce qui existe déjà ? Il est nécessaire de se positionner en


décalage par rapport aux autres titres lorientais. Alexandre Cathrine décide de s’inscrire dans
le créneau du journal d’information apolitique. Sa neutralité éditoriale se situe entre
opportunisme et orléanisme, évoluant dans le cadre républicain lorientais.

Ses concurrents engagés dans le débat idéologique sur sa droite, pour le parti des
Blancs, Le Morbihannais(1879-1917) et Le Courrier des campagnes (1872-1917).

De l’autre côté, chez les Bleus se trouvent Le Phare de Bretagne (1879-1914), Le


Phare des campagnes (1883-1894), Le Progrès du Morbihan (1884-1942) et La Bretagne
(1886-1887).

Il existe aussi trois titres à vocation d’information générale. L’Avenir du Morbihan


(1876-1944) est édité à Vannes, L’Union agricole du Finistère (1884-1942) à Quimperlé.
Quant à L’Avenir de Lorient (1885-1887), il disparaît rapidement.

Enfin, dans le domaine culturel lorientais on trouve La Lorgnette de Bisson (1885-


1887).

S’il n’en reste qu’un…

Du 30 décembre 1886 au 05 août 1944, le Nouvelliste du Morbihan va coexister plus


ou moins longtemps, selon les titres, avec 83 périodiques locaux17, ayant un tirage au moins
hebdomadaire.

Lorient, sous la Troisième République voit donc sa presse locale vivre une véritable
explosion de titres. En affinant les chiffres, on peut voir évoluer la multiplicité des parutions.
Ainsi de 1886 à 1914 il existe 63 titres paraissant à Lorient. Sur ce nombre 47 ont une
existence supérieure à une année, 24 supérieure à 3 ans, 15 supérieure à 10 ans.

En 1908 les radicaux-socialistes publient La Dépêche de Lorient, imprimé Cours de


Chazelle. Mais ce journal ne trouve pas le succès escompté. Il cesse de paraître et son matériel
est racheté par le Nouvelliste.

Une vingtaine de journaux, au moins, naissent et disparaissent à Lorient entre 1887 et


1899.

Début Fin Années de Titre


parution
1886 1887 2 Bretagne (La)
1887 1888 2 Petit Lorientais
1887 1889 3 Semaine républicaine
1888 1889 2 Petit Phare (Le). Edition du Morbihan Suite du
« Petit Lorientais »
1890 1890 1 Alarme
1889 1891 3 Avenir (L’) illustré du Morbihan
1889 1891 3 Flotte (La)
1889 1892 4 Indépendant de la Bretagne
1889 1892 4 Patriote (Le) breton
1891 1893 3 Télégramme (Le)
1893 1893 1 Programme (Le)
1893 1893 1 Réveil du Morbihan (Le)
1892 1894 3 Liberté (La) morbihannaise
1894 1894 1 Eclaireur (L’)
1893 1895 3 Lorientais (Le) et le Télégramme réunis
1897 1898 2 Avant-garde ( L’) du Morbihan

17
Ce chiffre n’inclut pas les journaux publiés à l’occasion d’élections.
1897 1898 2 Mer (La)
1898 1899 2 Lorientaises soirées
1898 1899 2 Vérité (La) lorientaise
1899 1899 1 Nouvelle (Les) lorientaises

Le Nouvelliste, au début du siècle, se félicite déjà de sa constance, Alexandre Cathrine


s’auto-satisfait de sa réussite commerciale : « Leur durée éphémère et notre succès
grandissant ont montré que notre programme avait donné satisfaction à tous. »

Après 1914, on assiste à un resserrement de la multiplicité des titres paraissant à


Lorient. De 1914 à 1944, 26 titres coexistent avec le Nouvelliste.

Sur l’ensemble de la presse lorientaise à cette époque 23 ont une existence supérieure
à une année, 17 supérieure à trois ans, 12 supérieure à 10 ans.

Après 1930 il reste 12 titres locaux en concurrence avec le Nouvelliste, à Lorient.

En 1940, ils sont 6 ; Le Nouvelliste du Morbihan est le seul quotidien Lorientais. On


retrouve trois titres existant déjà en 1886, L’Avenir du Morbihan, Le Progrès du Morbihan,
tous deux hebdomadaires de Vannes et L’Union agricole du Finistère, un tri-hebdomadaire de
Quimper. L’Eveil du Morbihan, hebdomadaire, crée en 1939 disparaît à l’automne 1940.
L’Ouest républicain et le Petit Lorientais sont des titres hebdomadaires édités par la société
propriétaire du Nouvelliste.

Cependant la position dominante du Nouvelliste à Lorient ne se fait pas sans


compromis. La création en 1929 de la Presse de Basse Bretagne S.A. marque un tournant. Le
Nouvelliste qui appartient désormais à cette société est pour un temps dirigé par un
représentant de l’abbé Trochu, de L’Ouest Eclair. Mais en 1932 le Nouvelliste reprendra son
indépendance.

Le récit détaillé de ses événements est relaté dans le chapitre concernant Alexandre
Cathrine fils.

L’union fait la force

Le syndicat de la presse morbihannaise.


Le Nouvelliste ne fonctionne pas uniquement dans une logique de marché. Il prend
part active à la vie de la corporation et se positionne rapidement comme un interlocuteur
incontournable dans ce milieu.

Il semble manquer aux journaux morbihannais un organe commun leur donnant plus
de poids face à des problèmes communs. Au mois d’août 1890 est fondé le syndicat de la
presse morbihannaise ; il se déclare ouvert à tous les journaux du département, sans exception
d’opinion.

L’Avenir de la Bretagne, L’Avenir illustré de l’Ouest, L’Avenir du Morbihan, La


Flotte, L’Indépendant de Bretagne, le Journal de Ploërmel, Le Journal de Pontivy, Le
Lorientais, Le Phare des campagnes, Le Phare de Bretagne, L’Union universitaire et Le
Nouvelliste du Morbihan y adhèrent dès l’origine.

Ce syndicat comprenant les rédacteurs, les propriétaires et administrateurs des


journaux a pour objet :
«- de défendre en toute occasion où il jugera utile les intérêts moraux et matériels de
ses membres.
- de défendre les intérêts communs des journaux syndiqués par tous les moyens que le
syndicat jugera nécessaires
- de servir de tribunal arbitral et d’honneur dans tous les conflits pouvant surgir entre
ses membres en matière de presse
- de venir en aide à ceux de ses membres qui seraient dans le besoin, tant en leur
fournissant des secours en raison des ressources communes qu’en leur prêtant un appui pour
la recherche d’emplois nouveaux. »

Les premiers élus de ce syndicat sont, comme délégué Le Beau, du Phare de


Bretagne, et Baumal, de L’Avenir de la Bretagne, secrétaire-trésorier.

Les journaux de cette association professionnelle sont partisans de l’idéologie


républicaine. Le Nouvelliste s’intègre à ce bloc, face à celui la presse des Blancs.

Quelques temps plus tard Alexandre Cathrine fonde avec d’autres directeurs de
journaux l’Association professionnelle des journalistes de l’Ouest, il y prend une place
éminente.

Une résonance nationale : le Congrès du Syndicat des Quotidiens de Province


La presse morbihannaise évolue après la Première Guerre mondiale un grand nombre
de titres disparaît. Le Nouvelliste est devenu l’unique quotidien du Morbihan, il atteint une
notoriété nationale à la fin des années trente.

Ce nouveau statut se confirme, lorsque le 24 juin 1938, il reçoit dans ses bureaux, le
Congrès du Syndicat des Quotidiens de Province. Une quarantaine de journaux est représentée
sous la présidence d’Ernest Gaubert. Alexandre Cathrine, est le trésorier de cette association.

Le Progrès de la Somme, le Salut Public, Le Département, L’Alsacien, Le Mémorial,


Paris-Centre, Le Républicain, Le Petit Comtois, Le Journal de Fécamp, Le Petit Haut-
Marnais, Le Sémaphore, La Gazette de Biarritz, Cherbourg-Eclair, Le Patriote de Pau, Le
Journal d’Amiens, Le Télégramme de Boulogne et Le Républicain Lorrain font partie de cette
réunion.

A la fin des années 30 Le Nouvelliste du Morbihan est à son apogée.

Le Nouvelliste du Morbihan s’est imposé à Lorient malgré une véritable floraison de


titres concurrents. Quotidien depuis la grande guerre, il connaît un succès grandissant. Journal
républicain d’information, il s’adresse à la population urbaine, maritime et rurale de la région
lorientaise. Il agrandit son lectorat entre les deux guerres par la diffusion de deux
hebdomadaires en Finistère et Morbihan. Son succès est soutenu par un solide groupe de
presse régionale qui rayonne autour de Lorient sur le sud de la Bretagne et par une évolution
technique, toujours à la pointe du progrès, dans le domaine de l’imprimerie.

A la direction du journal, depuis sa création, se trouve la famille Cathrine, Alexandre


le père, puis le fils.

1 – 2 LA DYNASTIE CATHRINE

Le Nouvelliste du Morbihan, tout au long de son histoire, est le journal d’une famille.
Cette dynastie par ses publications et son implication dans la vie locale va marquer de son
empreinte la cité lorientaise de la fin du dix-neuvième siècle à la Seconde Guerre mondiale.

Alexandre Cathrine père, le fondateur.


Alexandre Cathrine est né à Pontivy, alors Napoléonville, le 07 mai 1860. Il est issu
d’une famille d’artisans. Ils s’installent peu après cette naissance à Lorient, dans le quartier
de Kerentrech. Alexandre a deux frères18 et une sœur.

A 12 ans il fait son apprentissage de typographe à l’imprimerie Chamaillard, 67 rue du


Morbihan, à Lorient (devenue ultérieurement imprimerie Bayon), puis part à Nantes pour se
perfectionner dans son métier.

Il revient à Lorient en 1886, âgé de 26 ans. Maître imprimeur il succède à Druillet-


Lafarge, à la tête du Courrier de Bretagne.

Le Courrier de Bretagne est acheté à la veuve de Druillet-Lafarge par les deux frères
Charles et Alexandre Cathrine pour fonder Le Nouvelliste du Morbihan le 30 décembre 1886.

Le capital investit se monte à 4 000 francs or, la moitié de cette somme est constituée
d’un emprunt. Alexandre devient bientôt l’unique propriétaire, Charles prenant en charge
l’imprimerie.

En 1893, le patron du Nouvelliste se marie avec une demoiselle Guyomar de


Ploemeur. Ses parents lui apportent une dot constituée du fruit de la vente de leur ferme de
Kerolay, terrain vendu à l’armée pour la construction du quartier Frébault. De cette union
vont naître deux garçons et une fille, Alexandre, Georges et Yvonne.

La dot est investie dans l’achat d’une rotative Marinoni à quatre pages, pouvant tirer
12 000 exemplaires à l’heure. Alexandre déménage au 93 de la rue du Port.

Dans les colonnes du journal on présente Alexandre Cathrine comme un entrepreneur


avisé, et un employeur paternaliste. Patron fidèle à la mentalité de la bourgeoisie de son
temps, ses devises sont « In labore salus » et « Sois sévère pour toi-même, indulgent avec les
autres ». Il se veut proche de ses ouvriers, car ancien typographe et paraît ouvert aux idées
sociales modérées de son temps. Alexandre Cathrine est le premier entrepreneur à Lorient, à
créer une retraite pour ses employés, par versements mensuels qu’il double. Au mois de juillet
1920, il reçoit la médaille d’argent du Ministre du Travail, au titre de la Caisse Nationale des
Retraites pour la vieillesse.

1814
Auguste, Charles ; le prénom de sa sœur n’est pas cité dans les écrits d’Alexandre Cathrine parus
dans le Nouvelliste.
Devenu notable de Lorient, il reçoit les palmes académiques des mains du ministre de
la Marine, Pierre Baudin, en 1913, lors des fêtes du lancement de la Provence. Par deux fois il
siège au Tribunal de Commerce comme juge (la seconde fois en 1920) Dans le monde de la
presse, il est reconnu. C’est un des fondateurs, et un membre important de l’Association
professionnelle des journalistes de l’Ouest.
Habile administrateur et travailleur infatigable, il a accompli en quelques années
l’essor de son organisation de presse.

En 1914, quand la guerre arrive, malgré la désorganisation générale, le départ d’une


partie de son personnel au front et le rationnement du papier, il réussit le tour de force de faire
passer le tirage de son journal de trois à six fois par semaine.

Ses deux fils sont mobilisés. L’aîné, Alexandre, officier de complément dans
l’infanterie, puis dans les chars, revient après 43 mois de service en première ligne. Georges,
le second, étudiant en médecine, est réformé en 1917, après avoir été gazé sur le front de la
Somme, en avril. De retour, gravement malade, il décède des suites de ses blessures, fin
septembre 1925.
Après la guerre, Alexandre Cathrine crée en juin 1920 un second organe de presse
moins centré sur Lorient, L’Ouest Républicain. Ce nouveau journal est dirigé par son fils
Alexandre.

Alexandre Cathrine meurt subitement d’une embolie pulmonaire le 4 novembre 1920,


à l’âge de 60 ans.

Charles Cathrine, le frère du fondateur.

Charles Cathrine, est né à Kérentrech (Lorient) en février 1868. Tout comme son frère,
il a fait son apprentissage à l’imprimerie Chamaillard de Lorient. Après la fondation du
Nouvelliste en 1886, il prend la tête des services de l’imprimerie dont il dirige l’ensemble des
évolutions techniques tout au long de sa carrière. Dans le domaine social, il est l’un des
créateurs de la société de secours mutuels « L’Industrielle », dont il est le président quelques
années. Il décède à la fin du mois de décembre 1933, après être resté paralysé depuis le début
du mois d’avril de la même année.

Alexandre Cathrine, fils, le successeur.

Le 14 novembre 1920, Alexandre Cathrine, fils, annonce en première page qu’il prend
la direction du Nouvelliste. Il écrit « Le meilleur hommage que je puisse rendre à la mémoire
du créateur de ce journal, est de maintenir son œuvre dans la ligne de conduite qu’il avait
tracée. »

Le fils aîné a 26 ans quand il succède à la direction du journal de son père. Il devient le
directeur du Nouvelliste et plus tard administrateur délégué de la société de Presse de Basse-
Bretagne. Un triumvirat gère l’affaire, le fils aîné est épaulé par sa mère et son oncle Charles.
Alexandre Cathrine, fils – en 1936

Alexandre Cathrine poursuit l’expansion du Nouvelliste. Il fait adapter les ateliers aux
évolutions techniques de l’imprimerie et entreprend des agrandissements ; il inaugure en 1926
les nouveaux immeubles du Nouvelliste.
Alexandre Cathrine revendique sa qualité d’ancien combattant. Chevalier de la légion
d’honneur, au printemps 1923, Croix de guerre (5 citations), il s’est notamment distingué
comme lieutenant au 505e régiment de chars de combat lors de l’offensive en 1918. Malgré ce
passé militaire élogieux, il ne s’engage pas dans le domaine politique. C’est un personnage au
caractère vif et au tempérament autoritaire.

Il se présente un esprit ouvert, intéressé par l’évolution du monde. Il se dit inspiré par
Herbert Spencer19 et écrit en 1926, dans le Nouvelliste que « l’avenir nous réserve des
sociétés dont nous ne pouvons même pas soupçonner la forme ».

La Presse de Basse Bretagne S.A.

L’abbé Trochu, patron de l’Ouest Eclair à Rennes souhaite prendre le contrôle de


l’ensemble de la presse régionale de l’Ouest. Les titres absorbés sont destinés à devenir des
satellites de son journal. Ce patron de presse est soutenu par l’agence parisienne Havas qui
monopolise la distribution de la publicité en France. L’abbé fait des propositions d’achat à
Cathrine qui refuse cette offre.

Au début de 1929 la pression s’accentue, un projet d’intimidation est orchestré par


l’Ouest Eclair. L’installation d’un nouveau journal concurrent est annoncée. Lorient-Soir,
nouveau quotidien lorientais doit paraître sous peu. Une grande banderole accrochée aux
balcons du 57 rue du Port en fait la publicité. Le bruit court que le financement est bouclé et
que deux hommes au service de l’abbé Trochu, M Le Gal pour la rédaction et M Péhard se
préparent au lancement de ce nouvel organe de presse.
Dès lors le péril est grand pour le Nouvelliste, deux quotidiens ne peuvent vivre à
Lorient, le potentiel de lecteur est insuffisant.

L’abbé Trochu réussit à faire infléchir la position d’Alexandre Cathrine. Des


pourparlers ont lieu sous l’égide de M Esvelin, avocat pour le Nouvelliste et de M Brisset
notaire du groupe Ouest Eclair / Havas.
Alexandre Cathrine, seul propriétaire, signe la vente du titre et du fonds de commerce à
société anonyme « La Presse de Basse Bretagne ». Le matériel est vendu à l’Ouest Eclair.
Mais si le journal change de main, le titre reste inchangé. La Société de Presse de Basse
1915
Herbert Spencer (1820-1903) est un philosophe britannique considéré comme l’un des précurseurs
de la sociologie et surtout connu pour ses travaux sur les changements sociaux, menés selon une
perspective évolutionniste.
Bretagne est enregistrée à Lorient le 27 avril 1929. Le capital social est de 25 000 actions de
100 francs entièrement libérées.

Alexandre Cathrine refuse la place de directeur, il ne veut pas devenir salarié de


l’Ouest Eclair. Ce dernier se retire dans sa propriété familiale20, sur les bords du Blavet à
Saint Rivalain en Melrand.. Le bras droit de l’abbé Trochu, M Fredouët devient responsable
du Nouvelliste, Cathrine reste propriétaire des immeubles de la société.

1932, Cathrine, le retour.

En 1931 la situation évolue, l’abbé Trochu est évincé par la famille Desgrés du Lou-
Hutin. Le fondateur de l’Ouest Eclair s’allie alors avec le journal Le Petit Parisien qui
cherche à s’implanter en province. Il fonde L’ouest-Journal et Frédouet quitte Lorient pour le
rejoindre.

Parallèlement, à la faveur d’une augmentation de capital de La Presse de Basse


Bretagne S.A., le ministre Louis Loucheur devient actionnaire majoritaire. Il décède en 1932,
ses héritiers souhaitent vendre rapidement ses participations dans la presse. Alexandre
Cathrine rachète les actions à la moitié de leurs valeurs et se retrouve en position dominante
avec en détient près de 60 % des parts.
Le conseil d’administration de La Presse de Basse Bretagne S.A. entérine cette
nouvelle situation. Le vote des actionnaires lors de l’assemblée générale élit Cathrine membre
du conseil d’administration.

Le conseil se compose alors comme suit :

- Président, M Thomin (Président du Tribunal de Commerce de Lorient)


- Vice-Président, M Dutartre (architecte)
- M Martinié (assureur)
- M Dréan (ancien entrepreneur, adjoint au Maire)
- Administrateur délégué et directeur du Nouvelliste, M Cathrine

De retour aux affaires Alexandre Cathrine relance les investissements dans du


nouveau matériel dès 1934.

2016
Propriété de son épouse, fille d’Ernest Lemoine, Vice-Président du Conseil Général décédé depuis
peu.
La drôle de guerre d’Alexandre Cathrine.

Alexandre Cathrine est mobilisé à Lorient en qualité de Commandant des P.I.L (points
importants du littoral) de la Loire à Brest. Il inspecte les différentes zones et ouvrages de la
défense côtière en compagnie du Général Paris, commandant de la place de Lorient et du
Capitaine de vaisseau Laboureur, Major général de la Marine.
Au retour de son inspection Cathrine est averti que l’Amiral de Penfentenyo suspend
la parution du Nouvelliste. En l’absence du directeur et de la commission militaire de censure
le rédacteur en chef Paul Fauchoux a édité une édition spéciale annonçant l’entrée des
Allemands en Pologne.

Le responsable du Nouvelliste est très irrité de cette interdiction. Il contacte Daladier,


le syndicat de la presse et plusieurs ministres pour faire annuler cette décision. Il décide de
braver ouvertement l’autorité de l’Amiral en maintenant la parution du quotidien. Bien que la
police garde les issues du journal il réussit à forcer le blocus et à distribuer ce numéro aux
Lorientais .

De Penfetenyo est furieux que l’on bafoue ainsi son autorité. Cathrine est mis aux
arrêts sur le « Condé », navire mouillé à l’entrée de l’arsenal. L’épouse de Cathrine assure
l’intérim à la direction du journal.

Le directeur du Nouvelliste, lieutenant, officier d’infanterie, doit être jugé par un


tribunal militaire à Nantes à la fin du mois de septembre 1939. La détention souple de
Cathrine se prolonge jusqu’au 24 octobre. Le tribunal militaire du XIe corps acquitte l’accusé,
soutenu par de nombreuses personnalités du monde de la presse et de la classe politique.

L’Amiral froissé d’avoir été désavoué menace alors de donner sa démission. Cathrine
est affecté dans une compagnie du dépôt au 65e de Nantes. Au mois de décembre 1939
Cathrine est hospitalisé pour une crise de rhumatisme articulaire. Il reste en convalescence
jusqu’au mois de mai 1940. Il est nommé au service de presse du ministère de la guerre à
Paris. Il voit l’effondrement militaire français et l’exode.

De retour à Lorient au début du mois de juin, après avoir été réformé pour raisons de
santé, il reprend la direction du journal. Le personnel est réduit et le Nouvelliste est soumis à
une commission locale de censure.

Le 21 juin 1940 les troupes allemandes arrivent. Lors du baroud d’honneur au


carrefour des Cinq Chemins à Guidel Alexandre Cathrine est présent. Selon ses propres
termes « en tant que journaliste et parce que ses collaborateurs avaient la trouille. » Il dit être
intervenu21 auprès des forces allemandes pour empêcher le bombardement de Lorient.

Au lendemain de la déclaration d’indépendance de la Bretagne par les autonomistes


bretons à Pontivy Cathrine réagit en publiant un éditorial « Sous l’occupation notre
profession de foi, France d’abord ». Le censeur allemand s’étant absenté, invité à un rendez-
vous galant ménagé par le directeur du Nouvelliste.

La Kommandantur n’apprécie pas du tout cette prise de position et menace Cathrine


de déportation. Le censeur allemand est remplacé par un « Alsacien » décidé à contrôler de
près le contenu du journal.

Dans un premier temps le directeur du Nouvelliste s’accommode de la situation, il a de


bonne relation avec le commandant allemand Thièle et son adjoint le capitaine Rochman.

Il fait confiance aux choix du maréchal Pétain mais reste hostile à l’égard des
autonomistes bretons, il gêne les plans des Allemands. Il est convoqué en novembre 1940 à
Angers aux bureaux de la Propaganda-Staffel Sud-West. Il maintient son attitude insoumise
face au nouveau chef de la Propaganda-Aussenstelle à Vannes et en octobre 1941, campant
sur ses positions, il est molesté par un censeur allemand22.

Il a remis sa démission en tant que directeur du Nouvelliste en février 1941.

Le Nouvelliste continue de paraître avec la même rédaction. Un jugement du tribunal


de commerce nomme Saulnier au titre d’administrateur-gérant en l’absence de responsable
légale.

Le 21 septembre 1941 il reçoit une notification d’un ordre d’expulsion de Bretagne


pour s’être montré hostile et avoir résisté aux autorités allemandes.

2117
Lorient Hebdo n° 77 / semaine du 21 au 27 septembre 1974 / p 12.
2218
Hisard (C), Histoire de la spoliation de la presse française (1944-1955), La Librairie Française,
Paris, 1955. ( 494 p) ( p 124-127)
Interné dans un premier temps au camp de Segré23 (Maine et Loire), il rejoint sa
famille à Paris. Il se trouve en résidence surveillée, contraint à pointer quotidiennement à la
Gestapo, jusqu’à la Libération.

Les organismes de propagande allemande contrôlent désormais totalement la société


de Presse de Basse Bretagne. Alexandre Cathrine n’étant plus là, les responsables du journal
se plient sans opposition aux directives de l’occupant.

Début août 1944, après la libération de Vannes, le Nouvelliste est interdit de parution
par le nouveau pouvoir qui s’installe. Il va être remplacé par La Liberté du Morbihan, dirigée
par Paul Chenailler, dit colonel Morice dans la résistance.

Aux lendemains de la Libération, après 7 mois de prison préventive, lors du procès


d’épuration du Nouvelliste, Cathrine est condamné, malgré son refus de collaboration, à
120 000 francs d’amende et cinq ans d’indignité nationale, pour n’avoir pas sabordé son
journal dès 1940. En outre, les biens de « La Société de Presse de Basse Bretagne » sont
confisqués à hauteur de 20 % de leurs valeurs.
En 1944, Alexandre Cathrine ne possède plus que 690 actions, son épouse 7 000. Son
ancien collaborateur et successeur à la présidence du groupe, Marcel-Gabriel Borde en détient
7 028 ; ces parts lui auraient été confiées par Cathrine pour éviter d’avoir à les céder aux
Allemands. Le reste du capital est réparti, pour 2 000 actions à la Société en commandite du
Petit Parisien et d’Editions à Paris, 80 à l’office de publicité du Petit Parisien, le solde est
réparti entre de petits et moyens porteurs.

Alexandre Cathrine qui proteste énergiquement n’en a pas finis avec les règlements de
compte de l’épuration. Après enquête, il a été découvert qu’il a fait personnellement
commerce avec les Allemands. Il a vendu les vins de sa cave aux troupes d’occupation qui
avaient réquisitionné son domicile lorientais. Le procès s’ouvre le 15 mars 1946. Cathrine est
condamné à cinq ans de prison et à la confiscation du quart de ses biens. La peine est atténuée
ultérieurement par une mesure de grâce.

Alexandre Cathrine, doublement atteint par les procès d’épuration, réagit au sortir de
la prison par la création du « Groupement National de la Presse Spoliée Injustement
Condamnée », il est particulièrement virulent dans sa demande de révision de son procès de
presse.

2319
Interview d’Alexandre Catherine dans Lorient Hebdo n°76 et 77 (semaines du 14 et du 21
septembre 1974), pages 12 à 14.
Mais, faut-il ne retenir que cet épilogue un peu trouble pour cerner la personnalité de
ce bouillant personnage de la vie lorientaise ?

Le Nouvelliste est indissociable de la famille Cathrine. Alexandre père, puis fils


avaient leur vision de ce que devait être la presse morbihannaise d’information. Ils l’ont
appliquée par l’intermédiaire de leur journal qui a bénéficié d’une réelle popularité dans la
population de la région lorientaise.

La méthode Cathrine : un journal d’information impartial

Dès le début, le journal s’affiche comme un organe apportant de « l’information pure


et simple et de l’impartialité absolue ». Alexandre Cathrine, père, proclame avec vigueur ce
credo.

Michel Denis dans l’introduction à la Bibliographie de la presse française politique et


d’information générale 1865 - 1944 / 56 Morbihan24 écrit que Le Nouvelliste est un organe
républicain modéré, qui se donne les apparences de l’impartialité.

Le journal traite à chaud l’événementiel national et local, et il est rare que des
chroniques de fond abordent les problèmes de société. Il évoque la vie politique sans
s’engager dans ses propos et traite les sujets sensibles sous forme de revue de presse.

Le succès relativement précoce du Nouvelliste peut inciter à penser que le lectorat


morbihannais semble apprécier ce journal sans polémiques ouvertes où les luttes de partis
passent au second plan.

La formules de base, apporter un maximum de nouvelles locales et nationales, diffuser


annonces et publicité est appliquée sans éclat particulier. Rares sont les titres tapageurs. Seuls
des faits particulièrement marquants sont mis en avant, comme une émeute ou une
catastrophe.

La neutralité comme profession de foi

2420
Coisel (N), Bibliographie de la presse française politique et d’information générale 1865 - 1944 /
56 Morbihan, Paris, Bibliothèque Nationale, 1977.
Le journal lorientais souhaite s’inscrire dans une démarche complétant l’éducation
des citoyens, diffusant l’information à tous, non plus réservée à l’élite. Attachée à la notion de
quatrième pouvoir, la rédaction du Nouvelliste se réfère à la déontologie des journalistes, à
leurs droits et à leurs devoirs envers la société.

Le Nouvelliste se veut être rapporteur de la vie de la cité, organe d’information dans


lequel le grand public peut se retrouver et se forger son opinion à l’éclairage général des faits
et non le propagandiste d’une idéologie partisane, ou le reflet des idées de son propriétaire.

Alexandre Cathrine, fils, en 192625 déclare : « A côté des journaux à tendance


politique, qui limitent la documentation de leur lecteur – et par conséquent leur faculté
d’appréciation – en ne leur présentant qu’une de toute question, il y a place pour un organe
hautement impartial qui, traitant ses lecteurs en personne majeures, mettrait sous leurs yeux
les divers points de vue qui s’affrontent sur le terrain politique et sans peser sur leur décision
par son argumentation, leur laisserait la liberté de juger et de conclure ».

Les journaux d’opinion qui ont une grande influence dans le débat idéologique sous la
Troisième République visent un public restreint. Le lectorat populaire préfère se référer à un
journal généraliste, qui présente une revue de presse relatant les débats politiques et l’avis de
l’opinion publique. Le Nouvelliste s’inspire de ce constat.

La conduite éditoriale du Nouvelliste se place sous l’égide de la neutralité. Pour la


rédaction du journal cette formule doit présenter avec honnêteté intellectuelle les débats de
société, même s’ils peuvent être dérangeant. En effet, les journalistes n’hésitent pas à faire
état de leur point de vue, mais généralement en cherchant à ne pas choquer leur lectorat.

Le Nouvelliste est une entreprise de presse qui souhaite réussir et être diffusée auprès
d’un large public. Il va donc utiliser les ficelles des journaux populaires d’information, rédiger
des articles faciles à lire, sur des sujets qui touchent le plus grand nombre, adopter un prix
plancher. Les progrès de la presse répondent à une soif de lire des populations, résultat du
développement de l’instruction publique.
La formule d’un journal départemental d’information indépendant des partis semble
réussir, le Nouvelliste trouve son équilibre financier, par ses ventes. Sa popularité attire les
annonceurs, les insertions publicitaires compensent la faible marge bénéficiaire du prix de
l’exemplaire. Le journal s’inscrit dans la logique de presse initiée par Emile Girardin.

2521
sous la législature du Cartel des Gauches
Cette formule déontologique fonctionne en adéquation avec une logique commerciale
aboutissant à une domination du Nouvelliste à Lorient. Bien qu’il rejette l’étiquette de
mercantile, force est de constater qu’il devient une entreprise de presse solidement implantée
au niveau départemental.

Créée en 1929 la société anonyme « Presse de Basse Bretagne » gère le Nouvelliste,


quotidien du soir tire alors jusqu’à 36 000 exemplaires. Elle édite et assure la
commercialisation de diverses publications, tels l’almanach du Nouvelliste.

Le Nouvelliste devient l’unique quotidien d’information morbihannais, publiant à


partir des années vingt, trois éditions hebdomadaires périphériques (L’Ouest Républicain,
L’Eclair du Finistère, Le Petit Lorientais).

Neutralité, impartialité : vœux pieux, tactique de marketing ou engagement déguisé


d’un centrisme républicain, il est difficile de faire la part des choses.

Cette ligne directrice hors des partis doit être confrontée à l’épreuve du siècle. Est-ce
que cette philosophie politique originellement proche des orléanistes va respecter son
impartialité affichée tout au long de l’existence du Nouvelliste ?

L’impartialité du Nouvelliste à l’épreuve de son temps

L’absence d’engagement idéologique est une réalité pour le Nouvelliste. Le fait de


porter à la connaissance des lecteurs ou non telle ou telle nouvelle est déjà en soi un choix.
Information, désinformation ou pression médiatique, rien n’est innocent, quel que soit le fond
du commentaire.

Afin d’évaluer la sensibilité de la ligne éditoriale politique du journal une série


d’exemple est pris. Ce sondage non exhaustif est forcément basé sur l’arbitraire du choix des
thèmes. Cependant il donne un aperçu de la façon dont le journal aborde la vie politique
nationale ou locale.

Le 27 juin 1889, en première page paraît un article s’adressant aux électeurs et


s’intitulant « Manifeste de la Droite ». Mais, ce document électoral plaidant contre la majorité
républicaine reste un cas unique. De plus, il n’est pas signé par la rédaction.
En 1891 (20/03/1891) dans la rubrique Nouvelles du Jour, on peut y lire un article
portant sur « La fortune des juifs ». Le Nouvelliste reprend des informations issues de l’Ami
des campagnes. Ce type de propos reste (avant 1940) un cas isolé et pendant l’affaire Dreyfus
le journal lorientais garde une ligne très neutre, ne reprenant jamais à son compte les prises de
positions pro ou anti-dreyfusardes des journaux parisiens.

Le 20 août 1893 Le Nouvelliste, en première page, publie un article de Gaston Routier


à propos de « L’opinion du pays – En Bretagne » après la parution de l’Encyclique pontificale
de Léon XIII, Au milieu des sollicitudes. Le journaliste interroge un curé de campagne, une
châtelaine, le Maire républicain de Pontivy, M Fagot, industriel, un paysan, le Maire de
Locmalo. Le texte débute ainsi : « L’Encyclique pontificale a été diversement accueillie en
Bretagne : avec plaisir par le jeune clergé, sans enthousiasme, mais avec obéissance par le
haut clergé ; la noblesse a un peu boudé, elle boude encore ! Quant au peuple ! Il semble
l’ignorer totalement. »

A propos des élections législatives de septembre 1893 Le Nouvelliste fait une revue
des journaux morbihannais en citant les différentes prises de position de chacun sans que lui
s’engage.

Mais le souci « d’impartialité » du Nouvelliste ne le mettait pas à l’abri des critiques


d’autres organes de presse.
Le 9 avril 1894, une polémique se développe avec Le Phare de Bretagne à propos de
la grève des typographes et de leurs revendications salariales. Déjà en 1893 le gérant du
Phare, Mazéas avait été condamné pour diffamation (extrait des minutes du greffe du tribunal
civil de Lorient / Le Nouvelliste du 27/07/1893), le 23 avril 1893, il avait publié « A L’Avenir,
organe du tintammaresque Baumal. Les Cathrine et les Baumal…ces deux exploiteurs qui
n’ont d’autres soucis que celui de rogner le pain de leurs ouvriers pour édifier leur fortune. Au
pilori les affameurs ! ».

Lors des élections municipales du 3 mai 1896, il évoque la bataille électorale, « le


réveil des électeurs lorientais ». Il présente les prises de position de la presse locale d’opinion,
celles du Phare de Bretagne, de L’Avenir de la Bretagne, face à celles de La Croix du
Morbihan et du Morbihannais.

Les conflits sociaux sont couverts par le Nouvelliste, notamment quant il y a émeute.
C’est particulièrement le cas en août 1903, lors des grèves des ouvriers-paysans des Forges
d’Hennebont.
L’année suivante, le 2 juin 1904, le journal titre : « Graves incidents – bris et
incendie / L’Anarchie se dessine ». Après deux mois de grève, une manifestation d’ouvriers
menuisiers, charpentiers et maçons se terminait violemment à Lorient, par l’incendie du
chantier Moreau. Les propos du Nouvelliste à ce sujet étaient ceux d’un journal modéré,
relatant ces événements en déplorant les dégâts causés, mais sans enflammer les passions.

Toutefois cette impartialité politique ne l’empêche pas de prendre des positions pour
défendre Lorient. Le 22 janvier 1920, il publie une lettre ouverte au Ministre de la Marine, à
propos de la question du port militaire de Lorient et du démantèlement de l’arsenal.
Son engagement dans la vie économique de l’époque lui vaut en 1925, la Médaille
d’Honneur de la Ligue Maritime et Coloniale.

On peut parfois discerner un écho favorable à la cause régionaliste bretonne. C’est


ainsi que dans son numéro du 25 septembre 1915, en première page est publié un article
intitulé « Le régionalisme en Bretagne » ou autre exemple, dans le journal du 19 août 1926 il
relate le congrès du Bleun-Brug.
Mais à l’inverse, les séparatistes bretons ne sont pas du tout appréciés. Dans le journal
du vendredi 5 avril 1935, page 5, dans « La croix gammée de Breiz Atao », on y dénonce
clairement la collusion des autonomistes et des nazis.

Au mois de mai 1925, après la victoire du bloc des gauches aux élections municipales
à Lorient, il est à remarquer que plusieurs collaborateurs du Nouvelliste ont été élus sur cette
liste. Les noms de Le Bourgo (1er adjoint), Svob (socialiste unifié, Maire de Lorient), le Dr
Roux et Brangoulo.

Cependant, la ligne éditoriale du Nouvelliste garde son orientation d’impartialité


politique. Cette idéologie sera réaffirmée dans son numéro spécial à l’occasion du
changement de format du journal en 1926.

Le Nouvelliste apporte dans son numéro du 4 mai 1928 un témoignage intéressant sur
la vie politique dans le Morbihan. Dans un article intitulé « Coup d’œil rétrospectif sur les
élections morbihannaises » il nous donne l’ensemble des résultats des élections législatives de
toutes les circonscriptions du Morbihan de 1881 à 1928.

En 1929, Alexandre Cathrine fils est à la tête du journal depuis 9 ans. A l’occasion des
élections municipales du mois de mai le Nouvelliste se félicite d’avoir « coopéré à
l’éducation civique des citoyens en mettant sous leurs yeux tous les documents de nature à les
éclairer et à leur permettre de se faire eux-mêmes une opinion personnelle sur les questions
débattues. »
Le Nouvelliste se dit « républicain et démocrate », il souhaite « une République
Démocratique et Populaire », il s’en remet à la souveraineté du peuple et au verdict des
suffrages.

En 1935 Le Nouvelliste déroge à son impartialité politique le 1er mai 1935 en faisant
l’éloge de la municipalité sortante : « L’œuvre féconde de la municipalité Jules Le Grand. Le
chapeau de l’article est sans ambiguïté : « Un souci de l’intérêt des lorientais – Une gestion
sage et prudente des finances de la ville – Des réalisations sociales bienfaisantes – Des
travaux d’urbanisme d’une importance considérable – Une sollicitude agissante à l’égard de
nos sociétés sportives, telle est en résumé l’œuvre de la municipalité sortante. »
Jules Le Grand avait été élu en 1929 à la tête de la liste de la Fédération Républicaine,
Radicale et Radicale-Socialiste. En 1935, il se retire du jeu politique local.

Puis le jeudi 14 novembre 1935, le Nouvelliste interviewe Louis L’Hévéder, député


socialiste de Lorient « pour un tour d’horizon politique ». Celui-ci sur une demi-page
développe ses idées.

En 1936 le Nouvelliste maintient sa neutralité, il présente les résultats du premier tour


des élections législatives (28/04/1936) sans faire de commentaires particuliers. Le 04 avril, il
lance un grand concours de pronostics : « Quels seront les huit députés du Morbihan ? » ; le
premier prix est « Une chambre à coucher moderne… ».
Mais après les résultats nationaux, il est possible de sentir peut-être une certaine
réticence aux nouvelles orientations politiques. Le 8 mai il présente « Le programme d’action
du Front Populaire ». Le titre de cet article de première page est : « Une première expérience
collectiviste va-t-elle être tentée en France ».
Le 30 mai il signale « L’agitation ouvrière dans la banlieue de Paris », puis le 5 juin il
évoque d’une façon neutre que « Le conflit ouvrier s’est étendu aux principaux centres
industriels de province. ». Le 6 juin, en première page il informe : « M. Léon Blum a formé
son ministère. ».
Le 9 juin dans une revue de presse il fait écho des différents points de vue sur les
grèves en cours et fait le point sur celles-ci dans ses colonnes. Le 13 juin, il relate les projets
sociaux (congés payés…semaine des 40 heures…) présentés devant la Chambre « La
manifestation du rassemblement populaire » sans prendre parti, le 16 il rend compte de « La
manifestation du rassemblement populaire » de Lorient : « Elle s’est déroulée dans le plus
grand calme, sous un soleil d’été. » Ce changement de ton dénote-t-il alors un écho favorable
à l’évolution sociale du pays ? Le 18 juin en première page l’intervention de Léon Blum,
« Notre but est de développer dans le pays la capacité d’achat et de consommation… », est
inscrite en gros caractères.
L’économie française est aussi au cœur de l’actualité. Le 27 septembre 1936 on peut
lire en première page « Un accord franco-américain détache le franc de l’or –Convoqué
d’urgence, le parlement se prononce lundi sur le taux de la dévaluation…Les réactions de
l’opinion sont très diverses… »

Dans le domaine de la politique étrangère, le Nouvelliste reflète les lourds nuages


annonciateurs de la guerre qui se prépare inéluctablement.
En 1933, dans la rubrique Libres opinions de nos compatriotes, un professeur
d’Allemand, M. Le Paih, écrit un texte intitulé « Causes présentes et profondes du succès de
l’hitlérisme »
Les choses se précisent, c’est ainsi que le 12 septembre 1936, en première page, on
trouve à gauche, « L’annonce du combat décisif mondial », un article qui relate la clôture du
congrès du parti national-socialiste, à droite « La situation politique et militaire en Espagne ».

En 1940, dans l’immense détresse de la débâcle le journal continue à paraître, puis


quand Lorient est occupé par les troupes allemandes Le Nouvelliste devient très rapidement le
relais par lequel le nouvel ordre est imposé.
La position de neutralité politique du quotidien du soir lorientais ne fait pas obstacle à
la collaboration passive ou le soutien de la politique du Maréchal Pétain.
Le journal soumis aux contraintes de la propagande allemande reste jusqu’à la veille
de la libération de Vannes, où le Nouvelliste était réfugié depuis 1943, le fidèle relais de
l’information officielle de l’occupant et de Vichy.

A la Libération le Nouvelliste est muselé, clôturant ainsi la parution de cet organe de


presse lorientais ce 5 août 1944.

Le journal de Lorient et du Morbihan

Si l’intérêt du Nouvelliste reste mineur dans le champ politique, en général, c’est avant
tout sur le terrain de la proximité que le journal prend sa consistance.
Dès l’origine il s’annonce Journal des intérêts du département, diffusant les arrêtés
administratifs territoriaux et les nominations dans les différents corps de l’Etat et du clergé.
Journal des faits locaux, il relate les faits divers, informe sur l’état civil et les comptes
rendus des tribunaux.
Journal maritime, agricole, industriel et commercial, il annonce les nominations et
les arrêtés concernant la marine marchande et le mouvement des ports, les cours des céréales,
le résultat des concours et des comices, les adjudications du département.
Il se veut également littéraire et récréatif, publiant en feuilleton les romanciers en
vogue. Il se présente enfin comme un organe de publicité efficace.

Alexandre Cathrine, père, proclame dans la profession de foi du premier numéro,


« enregistrer tout ce qui est capable d’intéresser les lecteurs, à quelques partis qu’ils
appartiennent…Le Nouvelliste du Morbihan doit être le journal des intérêts du département,
le journal des faits locaux, le journal maritime, le journal agricole, le journal industriel et
commercial, enfin le journal populaire et récréatif. »

Le Nouvelliste propose une synthèse des informations nationales. Il donne les prises de
position des journaux parisiens, et diffuse les nouvelles internationales des agences de presse.
Les éléments qu’il communique dans tous les détails sont les nouvelles de proximité.
La rédaction rassemble les informations de la journée. Les faits d’importance locale et les
nouvelles relatives aux différentes communes du Morbihan, et plus particulièrement à Lorient,
sont la matière première privilégiée.

Le cadre lorientais favorable

Le Nouvelliste du Morbihan est plus qu’une simple raison sociale. Son esprit est à
chercher dans la richesse du monde éditorial à Lorient sous la Troisième République. La vie
de la presse locale est foisonnante, éditeurs imprimeurs répondent à la demande d’un lectorat
en développement.

A Lorient les ouvriers, employés, commerçants, militaires, et les marins en tout genre
font une ville jeune, à la population active, renouvelée en partie par la rotation des effectifs et
des fonctionnaires. L’agglomération est une zone urbaine attractive pour la campagne
environnante, un bassin d’emploi intégré dans un réseau de villes moyennes côtières et
intérieures.
Sous la Troisième République Lorient n’a rien à voir avec un gros bourg rural. C’est
une ville dont l’extension portuaire force la mutation.
La vie de la cité n’est pas figée par le poids ou le pouvoir d’une bourgeoisie
sclérosante; la vie culturelle, sociale et politique y est active, les esprits sont ouverts, c’est un
terreau idéal pour la presse locale.

Un journal diffusé à Lorient trouve un public dans les campagnes environnantes,


drainées par l’activité économique de la cité, et dans les villes du département où l’on n’est
pas indifférent aux nouvelles du port de Basse Bretagne.

Entre les deux guerres Le Nouvelliste, qui paraît quotidiennement le soir, se veut
comme « une lettre intime que les Lorientais écrivent aux Lorientais pour leur donner des
nouvelles de leur quartier, des nouvelles des membres de leur famille, des nouvelles de leurs
amis et de leurs compatriotes, et aussi donner des avis et des conseils susceptibles de les
renseigner et de les guider dans leurs activités de chaque jour ? »

Le Nouvelliste a l’ambition d’être un journal populaire d’information, c’est dans ce


besoin de toucher un public large qu’il faut chercher l’idée qui va structurer sa ligne
éditoriale. La rédaction du journal a donc le souci de forger une image de sérieux et
d’honnêteté au regard de l’information diffusée. Le résultat est la production d’un organe de
presse dans lequel le public se retrouve.

Journal populaire local et généraliste, il est une chronique fidèle de ce qui a composé
la vie de la cité et des ports de Lorient. La vie urbaine qui est évoquée dans ces 58 années a
disparu. L’agglomération reconstruite après la guerre a perdu la quasi-totalité de son
patrimoine architectural civil, des pans entiers de sa mémoire culturelle sont partis en fumée.
Toute la richesse de la vie éditoriale d’avant-guerre a été effacée.

Les collections de presse préservées, notamment celle du Nouvelliste deviennent une


source historique essentielle. Elles deviennent un patrimoine, un ensemble à préserver, à
transmettre aux générations futures.

Après avoir très succinctement évoqué les grands traits de caractère qui ont animé la
ligne éditoriale du journal, voyons quelles formes a pris cet organe de presse au fil du temps.
1 – 3 L’HISTOIRE MATÉRIELLE DU NOUVELLISTE

Le Nouvelliste du Morbihan est un journal bihebdomadaire du 30 décembre 1886


jusqu’au mois de décembre 1904. Il devient trihebdomadaire jusqu’au 5 août 1914, puis
quotidien pendant la Grande Guerre jusqu’au terme de sa parution le 5 août 1944.

Le journal paraît dans un premier temps sur un petit format à 4 colonnes. Il s’élargit à
5 colonnes en août 1893, puis passe à 6 le 19 octobre 1899. Le Nouvelliste est tiré sur 4 pages
jusqu’au mois d’août 1914. Pendant la guerre il paraît généralement sur 2 pages.
En 1921 il reprend progressivement sa forme à 4 pages. A partir de mars 1926 il est
publié sous un format plus réduit, sur 6 à 8 pages (voire plus pour certains numéros, 12 à 16
pages). Il conserve cette formule jusqu’à l’occupation en 1940.

Le 30 janvier 1943 Le Nouvelliste se réfugie à Vannes pour continuer de paraître


malgré la destruction de Lorient par les bombardements. Son format et sa pagination sont
réduits.
Le dernier numéro du Nouvelliste date du 05 août 1944. Le Morbihan libéré lui
succède provisoirement le 6 août.

Le parcours du Nouvelliste

L'histoire matérielle du Nouvelliste est intimement liée aux progrès techniques de


l'imprimerie et à la politique éditoriale suivie par Le Nouvelliste tout au long de son existence.

Le lancement du journal

Le premier numéro qui paraît le jeudi 30 décembre 1886 est confectionné le 26 et 27.
Il est imprimé le 28 par l’Imprimerie Lorientaise ; l’ancienne imprimerie du Courrier de
Bretagne dont le gérant est A. Guyomar.

Le journal, bihebdomadaire à 10 centimes, démarre son existence, daté du mardi et du


vendredi.

Le Nouvelliste du Morbihan prend pour sous-titre Organe des intérêts du département


– Feuille d’annonces Judiciaires et Commerciales26. Il reprend le numérotage d’année du
26
Publication sur quatre pages de 42 x 30 cm, puis 45 x 32 cm à partir d’octobre 1887.
Courrier de Bretagne (28e année). Ce n’est qu’en janvier 1911 qu’il prend une nouvelle
numérotation d’exemplaires. Le Nouvelliste paraît alors avec sa propre numérotation
annuelle, rétrogradant de la 48e à la 25e année.

Les rubriques du journal en 1887

Dans la forme, les nouvelles sont structurées en rubriques.

Page une se trouvent, Dernière heure, Nouvelles du jour, Chronique départementale


et le feuilleton.
Page deux et trois, la suite des nouvelles du Morbihan, des chroniques, les faits divers
et des informations locales, telles : chemin de fer d’Orléans, Tribunal correctionnel de
Lorient, Etat civil de Lorient, Etat civil de Pontivy, Marine, Conseil municipal.
Page quatre sont placées les annonces judiciaires et commerciales.

Durant les années qui suivent le journal garde la même forme, les pages intérieures
s’étoffent avec l’ensemble des éléments ayant trait à la vie locale et aux faits divers le
feuilleton et les rubriques « Variétés, Chronique lorientaise », « Marine ».
La dernière page est toujours réservée à la publicité.

1893, cinq colonnes à la une

Journal grand public, il doit répondre dans la forme et le fond à la demande de son
lectorat, s'il ne veut pas fléchir face à la concurrence. Le matériel et les ateliers servant à la
fabrication du journal vont changer en fonction de la montée en puissance du titre.

La recherche de la rapidité d'exécution, de la réalisation d'un périodique aussi attractif


que possible, la réduction du coût de production (le journal est vendu 5 centimes en 1914),
vont impliquer un investissement conséquent dans un système d'imprimerie moderne.

En 1892, Le Nouvelliste a déménagé de ses ateliers trop exigus du 100 rue du Port27, il
s’est s’installé dans un immeuble 93 rue du Port ; ce n°93 est devenu par la suite le n° 87.

2722
Dans ce bâtiment en 1926 se trouvait le café Victor-Massé. En 1936, il porte l’enseigne de La
Cigale Bar : un buste de Gutenberg marquait le souvenir de son ancienne destination.
Le succès du Nouvelliste se confirme, il étoffe son contenu, le 6 août 1893, il
augmente son format. Il est imprimé sur des feuilles de 53 x 40 cm, sur quatre pages à cinq
colonnes. L’intitulé du journal est modifié pour devenir Journal d’information –Feuille
d’annonces Judiciaires et Commerciales. Mais, une baisse sensible de la qualité du papier est
à noter, et de nombreux défauts d’impressions sont relevés. Au niveau de la présentation
générale, la mise en page est plus tassée et le titrage reste minimaliste.

La progression des ventes du Nouvelliste est constante. De 1000 puis 2000 en 1887, le
tirage monte à 5000, 6000, puis 10 000 exemplaires.

1900, le tournant s’amorce

Le jeudi 19 octobre 1899 le format change à nouveau. Il est publié toujours sur quatre
pages, mais sur 6 colonnes ; le tirage passe à 15 000 exemplaires ; il atteint 20 000 après
1900.

Le Nouvelliste agrandi offre plus de contenu au détriment d’une mise en page dense.
Les rubriques s’étoffent.
En première page « Au jour le jour » est une rubrique qui reprend les informations nationales
et internationales, ainsi que les faits divers. La « Chronique locale » diffuse les nouvelles
concernant Lorient, notamment dans les domaines de la vie politique, économique, sociale,
culturelle et tout ce qui compose le quotidien. Le feuilleton est placé en bas de page.
En page deux, la « Chronique locale » continue puis cède la place, aux « Dépêches du
jour » (les dernières nouvelles), puis à la « Chronique départementale ». Cette rubrique donne
les informations générales du Morbihan et les renseignements utiles (horaires des marées,
foires…).
Les nouvelles concernant les villes du département s’étalent sur les deux pages
intérieures, de Ploemeur à Malestroit. En dernière page se trouvent la publicité, les annonces
légales et celles des particuliers.

1904 – 1914 Vers un Nouvelliste quotidien

En décembre 1904, le tirage du Nouvelliste devient trihebdomadaire.

Le journal sort le lundi soir, daté du mardi, le mercredi soir, daté du jeudi et le
vendredi soir, daté du dimanche. Des agrandissements et une modernisation du matériel sont
nécessaires, les ateliers sont installés dans un immeuble 18 place Bisson à Lorient.
Paraissant trois fois la semaine le tirage au numéro baisse quelque peu. Il faiblit à
peine une année pour se rétablir à 20 000, passant de 40 à 60 000 journaux par semaine.

En ce début de siècle sa mise en page reste austère; la première photographie


reproduite dans le Nouvelliste date de 190628 et il faut attendre le jeudi 10 janvier 1935, pour
y voir une série de clichés en page intérieure, rapportant un fait divers, « L'horrible tragédie
de Kerenster ». Une galerie de 10 vues, en noir et blanc, expose le meurtrier mort, et divers
détails du drame.

Le Nouvelliste du Morbihan est devenu au fil des ans un pavé indigeste à la mise en
page étouffée.
Sur six colonnes les articles se suivent sans aération.. La taille des caractères d’imprimerie a
été réduite. En réaction à cette dérive le 1er janvier 1914 le Nouvelliste du Morbihan annonce
son intention de produire pour le printemps « le journal de la famille tri-hebdomadaire à 6 et
8 pages, dans le format à six colonnes des journaux de Paris ». Cette intention de proposer un
contenu plus équilibré disposant d'une mise en page plus agréable se conjugue avec
l’acquisition de nouvelles machines d’imprimerie.

Le premier numéro à 6 pages sort à la veille de la mobilisation. Des restrictions de


consommation de papier sont établies et pendant la guerre le journal est généralement
imprimé sur deux pages, à partir du 4 août. La presse doit adapter son format à la pénurie de
papier et à la mobilisation d’une grande partie de ses ouvriers.

Pendant la guerre le tirage du Nouvelliste est désormais quotidien. Les nouvelles locales sont
réduites ou absentes au profit des informations plus générales et des nouvelles de la guerre,
sous le contrôle de la censure.

Evolution de la mise en page 1891 –1914

2823
Cette photographie de 6 sur 8 cm, paraît sur une colonne ; elle nous montre Fortuné Guézel,
quartier-maître mécanicien de Quiberon, mort dans le naufrage du sous-marin Lutin à Bizerte le 16
octobre 1906.
Le journal malgré les difficultés met un point d’honneur à paraître régulièrement,
s’attachant à donner au jour le jour les nouvelles de tous les fronts sur lesquels se battent les
morbihannais.

Le 28 septembre 1917, le titre du Nouvelliste évolue pour devenir Le Nouvelliste du


Morbihan – Journal Républicain – Feuille d’Annonce Judiciaires et Commerciales.

Le nouvelliste de Lorient, L’Ouest Maritime : ersatz du Nouvelliste du


Morbihan.

De septembre 1917, à avril 1920 Le Nouvelliste du Morbihan paraît alternativement


avec Le Nouvelliste de Lorient et L’Ouest Maritime.

Ces trois journaux sont imprimés par l’Imprimerie du Nouvelliste de Lorient, du


Nouvelliste du Morbihan, et de L’Ouest Maritime, dont le directeur-gérant est Alexandre
Cathrine
Le directeur-gérant du Nouvelliste du Morbihan est Charles Cathrine
Le directeur-gérant de L’Ouest Maritime est Ernest Bion29
Le directeur-gérant du Nouvelliste de Lorient est Alain Cathrine.

Cette parution sous trois titres différents permet à Alexandre Cathrine de contourner la
réglementation régissant la consommation de papier journal. Il réussit ainsi à perpétuer un
tirage quotidien déguisé.
Des explications sont fournies par le journal lui-même sur ce subterfuge. Le vendredi
09 avril 1920, dans la Chronique locale, il est écrit : « Après avoir géré les intérêts généraux
de la presse et assuré la répartition du papier journal, depuis plus de deux ans, l’«Office
national de la presse » vient de disparaître…Ses décisions, pendant qu’il fonctionnait avaient
force de loi…Lors de l’augmentation du prix des journaux, afin de maintenir le principe du
journal à un sou, nos lecteurs savent que le Nouvelliste du Morbihan fit paraître
alternativement, Le Nouvelliste de Lorient et L’Ouest Maritime…A la suite de la réunion
d’hier mercredi, l’«Office » ayant vécu, les décrets sur la presse sont de fait abrogés. Les
journaux redevenus libres pourront paraître sur le nombre de pages et au prix qui leur
plaira, à la condition que le papier ne manque pas…Aussi le Nouvelliste du Morbihan

2924
Ernest Bion, contremaître typographe au Nouvelliste depuis sa fondation, président honoraire de la
Société de Secours Mutuels L’Industrielle (fondée par Charles Cathrine), décoré de la Médaille du
Travail.
reprend t’il dès aujourd’hui son titre si connu dans le Morbihan et si apprécié par nos
concitoyens depuis trente-quatre ans. »

En 1921 le journal reprend progressivement sa forme à 4 pages.


.
Entre les deux guerres. Le Nouvelliste du Morbihan – Journal Républicain
Quotidien

Après la prise en main du journal par Alexandre Cathrine, fils, en novembre 1920, une
certaine évolution se fait sentir dans la présentation, le titrage est moins minimaliste. Des
illustrations sont ajoutées en première page (dessin, cartes), mais globalement la lisibilité reste
peu attractive. La présentation doit évoluer vers un journal plus agréable à la lecture, s’il veut
maintenir son succès, face aux autres journaux qui modernisent leur mise en page.

La rédaction est assurée par Paul Fauchoux, compagnon de régiment du directeur.

Les rubriques du journal dans les années 20

La première page relate les informations nationales et internationales, avec les faits
divers nationaux. La deuxième est consacrée à Lorient. La troisième est pour Vannes, les
diverses informations concernant le Morbihan (la zone sud morbihannaise en général Vannes,
Auray, Hennebont, Lochrist, Plouay, Languidic…), on y évoque aussi les environs de Lorient,
les nouvelles régionales, le sport dans le Morbihan, le théâtre, le chant, la musique, les
syndicats et société, la rubrique des pertes et trouvailles, l’état civil de Lorient et de
l’arrondissement. Les annonces et la publicité restent sur la quatrième page.

L’affirmation d’un journal quotidien solidement implanté

Le dimanche 17 avril 1921, le titre évolue une fois encore, Le Nouvelliste du


Morbihan, devient Journal Républicain Quotidien – Feuille d’annonces Judiciaires et
Commerciales.
Le bandeau en haut de la première page change, la date est insérée dans un carré en
haut à droite et le prix du numéro est affiché, 10 centimes.

Mais il faut attendre l’automne 1921 pour trouver un journal dont la présentation devient plus
claire et plus aérée ; les articles sont titrés, et sous-titrés lisiblement, il y a même des chapeaux
notamment pour les informations internationales, quelques illustrations égayent l’ensemble,
mais les photographies restent assez rares.
Evolution de la mise en page 1922 -1936
Le Nouvelliste du Morbihan au début des années 1920 étend son influence hors de
Lorient. Il fonde deux bihebdomadaires, l’Ouest Républicain et l’Eclair du Finistère.

L’Ouest Républicain est créé en 1919 et l’Eclair du Finistère en 1923. Ces deux
journaux d’information dans le ton du Nouvelliste visent les populations rurales, côtières et
urbaines du sud de la Bretagne. Ils paraissent jusqu’en 1942.

1926 Le Nouvelliste nouvelle formule

Le dernier changement marquant du Nouvelliste a lieu le 8 mars 1926, grâce à de


nouvelles machines.
Il est publié, format 51 x 37 cm sur 6 à 8 pages (voir plus pour certains numéro 12 à 16 pages)
jusqu’à l’Occupation allemande de l’été 1940.

1928 Le Supplément Illustré du Nouvelliste.

Le samedi 25 février 1928 sort le premier numéro du Supplément Illustré du


Nouvelliste. Ce titre se veut un grand magazine local, abondamment illustré. Il paraît sur 8
pages, le samedi, au prix de 50 centimes. Le Nouvelliste du Morbihan. Supplément
hebdomadaire illustré est publié jusqu’au 28 avril 1929.

Dans le premier numéro on peut lire : « …Le Nouvelliste franchit aujourd’hui une
nouvelle étape en créant son Supplément illustré. Ses lecteurs y trouveront de semaine en
semaine, la reproduction photographique des principaux événements locaux et régionaux ; ils
y trouveront les portraits des personnalités lorientaises et morbihannaises ; les informations
de la semaine seront ainsi complétées par les documents photographiques se rapportant aux
évènements récents. Le Supplément comprendra également une partie littéraire et
humoristique très soignée, de nombreuses distractions et jeux d’esprit.
Toutes les mesures ont été prises pour que l’exécution parfaite de la partie
photographique fasse du Nouvelliste-Illustré un document précieux pour la vie locale et
régionale, document que l’on aura plaisir et intérêt à conserver… »
Les années trente : vers un journal moderne

Le 26 septembre 1929, le titre du Nouvelliste change une dernière fois pour devenir Le
Nouvelliste du Morbihan – Quotidien Républicain – Feuille d’Annonce Judiciaires et
Commerciales

Dans les années trente la présentation du journal est devenue plus claire. Titres,
illustrations, mise en page aérée, publicités disséminées à chaque page font du Nouvelliste un
journal moderne.

En première page on traite des nouvelles internationales et françaises, accompagnées de


photographies.
Page deux, sont placés les dernières actualités, sous la rubrique « Dernière Heure ».
On y trouve aussi les informations utilitaires concernant Lorient, météo, horaires divers, état
civil, bulletin nécrologique.
Dans les pages suivantes suivent des articles concernant principalement l’agglomération
lorientaise et ses environs, le port de pêche, les faits divers, la vie politique, les nouvelles de
proximité, des renseignements divers, des chroniques de fond. Les informations
départementales sont placées à la suite, elles sont relativement succinctes.
Sur les deux dernières pages, il est question de la marine nationale (mutation, décoration,
promotion, mouvement de la flotte…) puis enfin du sport. Les deux feuilletons en cours sont
placés en bas des pages de fin.

Et la guerre arriva…

A partir de septembre 1939, le nombre de pages du Nouvelliste est réduit, passant de


10 pages à 4 pages.

Fin juin 1940, après la débâcle, le journal continue à paraître régulièrement, soutenu
en cela par l’organisation de propagande allemande. A partir de 1943, et son déménagement à
Vannes, le format du journal change et sa pagination est réduite en 1944 à deux feuillets de 32
x 26 cm. Le journal disparaît en août 1944 dans l’effervescence de la Libération.

L’aventure du Nouvelliste la plus marquante est celle de la réalisation d’un quotidien


du soir. Attardons-nous sur l’élaboration du journal.
La fabrication du Nouvelliste du Morbihan, quotidien du soir.

La rédaction du journal

Le succès venant, le journal renforce son équipe rédactionnelle. Aux lendemains de la


grande guerre le Nouvelliste est devenu quotidien du soir, fidèle à son orientation première.

L’équipe rédactionnelle.

Aux premières années l’équipe rédactionnelle est restreinte, à la mesure de l’organe


local qu’est le Nouvelliste.
Le journal nous donne en 1893 la liste de ses rédacteurs et chroniqueurs. Nous y trouvons
(noms véritables ou d’emprunt) Alexandre Cathrine, René (ou Renan) Saïb 30, Manrique,
Plumpt, Paul Lorans, Cato, Francis Eva, Yan Carnel, Johël d’Armor. Le bureau du journal a
pour correspondant-rédacteur Hermine Boistael.

La notoriété du Nouvelliste s’affirme au début du vingtième siècle. Il rayonne au


niveau départemental, bien que son cœur de cible reste le pays de Lorient.

En 1936, l’équipe de la rédaction du Nouvelliste est composée comme suit :


- Philoux : rédacteur en chef, informations générales,
- Perthuis : informations locales,
- Fauchoux : informations régionales et chronique sportive,
- Imbault : chronique judiciaire, informations maritimes,
- René Michel : marine militaire, critique théâtrale,
- Berdel : informations maritimes.

Les chefs des agences hors Lorient sont messieurs Régnier pour Vannes, Rouyer pour
Quimperlé et Sevette pour Pontivy.

3025
Renan Saïb, pseudonyme d'André Degoul, conservateur de la bibliothèque municipale de Lorient
de 1933 à 1939. Après le décès d'Alexandre Cathrine, père, en 1920, il est rédacteur en chef du
Nouvelliste jusqu'en 1923.( voir l'article sur A. Degoul dans le Nouvelliste du 14/12/1932 et sa
biographie dans Un siècle de journalisme breton de Lucien Raoult)
Le journal du soir démarre quotidiennement (sauf le dimanche) dès 7 heures. C’est le
moment de la première réunion de rédaction.

1926

Les sources d’informations

La matière essentielle du journal, les nouvelle locales sont fournies par les reporters ou
chroniqueurs. Ils couvrent au plus près tout ce qui se passe à Lorient.
Les journalistes sont répartis par catégories d'information, marine, faits divers, sport
ou par zones territoriales, les quartiers de Lorient et les cantons d'arrondissement. Disposant
parfois d’une automobile, ils couvrent l’actualité de leur secteur « le calepin à la main et la
montre en poche. »
Une équipe de chroniqueurs, se fait l’écho de la vie de l’agglomération lorientaise.

Parmi ces collaborateurs , les plus connus sont :


- Le Bourgo (Propos d'un lorientais),
- Jean Bernard (chronique d'actualité),
- Florian-La Porte et G. Toudouze (hydrographie et marine),
- Gauthier et René Maurice (chronique littéraire),
- Emile Gilles, de Pontivy (chronique de chez nous, documentation touristique),
- Auzat, vétérinaire, C.M.A (questions agricoles et d'élevage),
- Jacques Péricard (chronique des anciens combattants),
- Henri de Forges, Jean Plémeur, Jacques Crépy, Degoul (Renan Saïb).

Au niveau du département le Nouvelliste reçoit les articles envoyés par des


correspondants locaux, présents dans la quasi-totalité des communes du Morbihan. De
Vannes, Pontivy, Ploërmel, Hennebont, Auray, Le Palais, Plouay, etc, ils tissent un réseau de
renseignement très dense.

D’autres chroniqueurs relatent les faits se déroulant à Paris, Brest, Toulon, Cherbourg,
Rochefort.
Les informations générales concernant la France, les colonies et le reste du monde
proviennent des agences de presse françaises et étrangères ou de correspondants. Le
Nouvelliste reste en contact avec toutes les régions du globe 24 h sur 24.

La volonté est de coller à l'actualité locale et régionale, et de précéder les journaux


parisiens sur l’information nationale.

Pendant l'affaire Dreyfus, le Nouvelliste créée un système d'informations spéciales qui


met ses lecteurs au courant de ses diverses phases, vingt-quatre heures avant l'arrivée des
titres de la capitale
Organisation de la partie rédactionnelle.

Sur le bureau du secrétaire de la rédaction s'accumule la « copie », les informations


adressées par une partie des 342 correspondants du Nouvelliste.
Les feuilles d'agences qui résument les événements de la veille et de la nuit, et celles des
chroniqueurs s’empilent.

1936

La rédaction se répartit thématiquement les sujets : informations générales, rubrique


lorientaise ou locale, régionales, informations militaires et maritimes, chronique judiciaire,
sport, rubriques diverses.

Les nouvelles s’accumulent sans hiérarchisation. Un tri est réalisé au fur et à mesure.
Les informations sont classées chronologiquement, et par un ordre d'importance.

Dans un deuxième temps l'accent est mis sur chacune d'elles et un titre est choisi ; il
est plus ou moins apparent, selon la hiérarchisation de l'information.
Un des soucis affichés du Nouvelliste est la véracité. La rapidité de transmission des
informations, dès cette époque, nuit souvent à la précision de celles-ci, et parfois les démentis
succèdent aux communiqués. En règle générale, un recoupement des nouvelles et le contrôle
de la source est opéré. La rédaction opère une confrontation entre les nouvelles des feuilles
d'agence, les plis spéciaux, télégraphes ou appels téléphoniques de ses correspondants, les
« hors sac » avec ce qui a déjà été imprimé au cours de la nuit par les divers journaux du
matin.

Après cette première sélection, les informations sont mises en ordre, intégrant les
nouvelles qui lui arrivent tout au long de la journée, et les précisions de dernière minute, les
échos de la vie parlementaire, des informations de l’étranger, les cotations de la bourse, les
résultats sportifs.

Au cours des heures de la matinée arrivent les comptes-rendus des rédacteurs locaux :
faits divers, tribunal correctionnel, conseil de guerre, conférences, concerts, nouvelles du Port
et de l'arsenal.

Tri final de la copie, mise au point et bouclage.

Vers midi, la rédaction fait le point en intégrant les informations des correspondants de
Paris et des divers arrondissements maritimes. Un filtrage et une hiérarchisation de l'actualité
sont opérés de façon à bien doser ce qui va remplir les colonnes du journal ; choix forcément
arbitraire.

Après déjeuner, la « Dernière Heure » sonne. Le sténographe a pris les


communications des agences, sur les événements de la journée. Le temps qui passe fait
monter la pression au sein de la rédaction, il est temps de « boucler » la dernière page.

Cependant une information exceptionnelle peut à tout moment remettre en cause la


mise en page ou si la nouvelle est d’importance nécessiter une seconde édition.

Les feuilles de copie préparées sont passées à l’imprimerie, entre les mains du metteur
en page, chef de l'atelier de composition.
L'imprimerie du journal.

L’imprimerie du Nouvelliste.

L’histoire matérielle du Nouvelliste est rythmée par la mise en place régulière de


nouveaux matériels qui suivent les progrès techniques dans le domaine de l’édition.

Le personnel des ateliers en 1936

Outre le journal l’imprimerie du Nouvelliste propose ses services aux particuliers, aux
professionnels et aux administrations. Elle fournit des imprimés pour le commerce, des cartes
de visite, des travaux pour les administrations, des affiches de tous formats….

Le journal qui paraît le 30 décembre 1886 est publié en petit format de quatre
colonnes. Les débuts sont assez difficiles, le Nouvelliste est imprimé sur une machine à un
cylindre qui peut tirer 800 exemplaires à l’heure.

Au début de son existence Le Nouvelliste est imprimé par L’imprimerie Lorientaise


(imprimerie de l’ancien Courrier de Bretagne), 100 rue du Port, le gérant est A. Guyomar.
L’imprimerie de Cathrine et Guyomar est en 1889 la seule « maison » à Lorient qui
possède des presses Marinoni marchant à la vapeur.
A partir du 8 septembre de cette année là, L’imprimerie Lorientaise, « ancienne
maison Cathrine et Guyomar » devient celle de « Alexandre Cathrine, Successeur ».

En août 1893 le Nouvelliste évolue, le format est agrandi, l'impression se fait sur 5
colonnes. Il est tiré sur une nouvelle machine, une presse Marinoni, qui donne 3 600 numéros
à l’heure. Le tirage commence à 17 heures et ne se termine pas avant 21 heures. Les ateliers
disposent quelques mois plus tard d’une machine à réaction à 2 cylindres.

1926

La première rotative

En 1898 l’imprimerie du Nouvelliste acquiert sa première rotative, une Marinoni,


produisant à l’heure 12 000 exemplaires pliés. Cette machine est mise en service le 1er
octobre. En 1926 elle est encore montée dans les ateliers de l’imprimerie et en 1936 elle se
trouve dans les ateliers de secours, 11 rue Bodélio.
Le Nouvelliste est un des premiers journaux de la presse provinciale à employer cette
machine, qui est à l’époque la plus perfectionnée du matériel d’imprimerie. A partir du jeudi
19 octobre 1899, il paraît sous un nouveau format, passant de 5 à six colonnes (59 x 47 cm).
La tendance est alors aux grands journaux. L’objectif est de rajouter du texte et d'employer
des caractères d'imprimerie plus lisibles. Le tirage bihebdomadaire est alors de 15 000
exemplaires.

La réalisation du journal passe par l'étape première de la composition. Cette opération


a pour objet de matérialiser les textes destinés à être imprimés.
Deux périodes marquent l'évolution technologique du journal, la composition manuelle, puis à
partir de 1911 la composition mécanique, l'emploi de linotypes. A la fin du dix-neuvième
siècle le Nouvelliste use toujours de la composition typographique manuelle, héritage de la
technique mise au point par Gutenberg. La composition manuelle est un frein à la vitesse à
laquelle est fabriqué le journal.
L’exécution de cette phase nécessite un personnel très compétent. Un ouvrier
typographe lève les lettres à la main au rythme de 800 lettres heure, soit au maximum 50
lignes de journal

La rotative Marinoni permet de sortir les journaux pliés et comptés. La feuille


imprimée est coupée. Les exemplaires comptés sont amassés et pliés en quantité déterminée à
l'arrière de la machine sur une table destinée à la recevoir. En une heure la rotative tire et plie
12 000 exemplaires.

Le Nouvelliste est remis plié en huit aux dépositaires, de manière à ce que le lecteur
puisse lire le Nouvelliste grand format, sans avoir à déployer une grande feuille. Pour lire le
Nouvelliste de sa première page à la quatrième, il suffit de quatre mouvements, alors qu'un
journal plié selon l'ancienne méthode exigeait, pour être lu avec la même commodité douze
ou quinze pliages et dépliages successifs.

Une évolution technique continue : la composition mécanique, un gain de


productivité

En 1911 le Nouvelliste met en service ses deux premières linotypes.

Les linotypes du Nouvelliste

Evolution technique majeure elle améliore la rapidité d'exécution, fournissant des


blocs métalliques correspondant à une ligne de caractères justifiés automatiquement.
1926

Autre avantage de la machine à composer, elle fournit constamment du caractère neuf,


et simplifie beaucoup la manipulation au moment de la mise en page.

Les machines linotypes du modèle en service au journal ont été construites par la
Mergenthaler31 Linotype Company de New York, représenté par la Société Linotype
Française de Paris. La machine linotype compose et fond automatiquement les caractères
typographiques par clichés de lignes entières. Les machines habituellement en service sont à
deux et trois magasins, ce qui permet, à l'aide d'un coup de levier, de passer d'un caractère à
l'autre en changeant le jeu de matrices. Les sous-titres sont composés à la machine. Les titres
seuls, comme d'ailleurs les annonces, restent composés à la main.

Ces machines permettent un gain réel de productivité. Les lignes tombent à la vitesse
maximale de 7 000 caractères typographiques à l'heure par machine. Les linotypes permettent,
s'il le faut, de publier le même jour, à cinq heures du soir, les événements qui se passent
jusqu'à une heure avant.

Au lendemain de la guerre, trois nouvelles linotypes viennent constituer avec les deux
premières un groupe capable de répondre à toutes les exigences. L'évolution matérielle est le

31
Horloger d'origine allemande installé aux Etats Unis - modèle mis au point définitivement en 1891.
reflet de l’importance économique du groupe de « Presse de Basse Bretagne », en 1936
s'alignent, devant les marbres 10 linotypes, dont deux à chauffage électrique.

La reproduction photographique

Du système Baudot au bélinographe.

Le Français Emile Baudot met au point le premier télescripteur. Si le texte peut être
transmis par ce système il faut attendre le début du vingtième siècle pour faire passer les
images par le canal des signaux électriques. En 1907, le Français Edouard Belin crée un
appareil qui permet par ses signaux analogiques de transmettre des photos à distance, il s’agit
du bélinographe. Son premier essai se fait sur la ligne Paris-Lyon-Bordeaux. Le transmetteur
portatif entre en service en 1913, le premier reportage photographique est transmis de Lyon à
Paris en 1914. Les Etats-Unis sont joints en 1920. En août 1921 le premier bélinogramme par
radio est expédié de la station américaine d’Annapolis vers les laboratoires de Malmaison.
L’utilisation des ondes hertziennes permet une diffusion tout azimut du texte et des images.

L’occasion manquée de 1914

En 1914, l’imprimerie du Nouvelliste est dotée de nouvelles machines.

Elle reçoit de nouvelles linotypes et une rotative pouvant tirer le journal à 4, 6 et 8


pages, à raison de 24 000 exemplaires à l'heure, collés, pliés à trois plis et comptés. Des
machines accessoires et une clicherie moderne sont également achetées en vue de proposer
une nouvelle formule du journal à 6 pages, et sans doute le passage au tirage quotidien. Les
ateliers agrandis vont tripler de surface. La seconde rotative est montée en juillet.
Mais la guerre stoppe net l’évolution technique du journal. Le Nouvelliste bridé à
deux pages réagit en paraissant quotidiennement.

L’imprimerie du quotidien du soir

L’investissement dans la modernisation du matériel se fait en parallèle avec le


développement du journal.

En 1926 la rotative Marinoni de 1914 est remplacée par une puissante machine
pouvant imprimer jusqu’à 36 000 journaux à l’heure, en plusieurs couleurs, sur 16 pages
illustrées.
Construite par la société Winkler-Fallert à Berne (Suisse), elle est montée en janvier
1926 dans les ateliers de la place Bisson, à Lorient. L’imprimerie du Nouvelliste est la
première en France à recevoir ce modèle.

Le quotidien du soir prend une nouvelle envergure. Le journal s’est installé dans de
nouveaux locaux plus vastes et a été doté de matériel très performant. La manière de travailler
a changé, les imprimeurs se sont adaptés à leurs machines neuves.

L’évolution du travail

Chaque ouvrier linotypiste compose la copie qui lui a été confiée et porte l'ensemble
des lignes composées sur un marbre.

Un ouvrier typographe habille cette composition, lui confectionne à la main le titre qui
manque, lui donne les interlignes nécessaires pour que le titre ne paraisse ni trop blanc ni trop
écrasé et la place sur un étroit et long plateau de métal, appelé la galée.

Ces caractères sont encrés à l'aide d'un petit rouleau, puis une feuille est imprimée afin
d'en faire une épreuve.

Epreuve et copie passent sur le bureau des correcteurs, tandis que la composition passe
sur le marbre du metteur en page.

L’épreuve est alors soumise à une correction rapide, parfois se glissent quelques
coquilles.

L'épreuve retourne munie d'indications techniques aux mains du linotypiste qui


compose à nouveau la ligne dans laquelle une correction a été signalée. Cette ligne revient
avec la copie sur le marbre, et la correction est effectuée.

Le metteur en page coiffe le paquet d'un titre, puis bourre vivement les six colonnes
qui sont enfermées parallèlement dans le châssis sur le marbre, une table de métal poli ; elles
sont rapidement justifiées.

A ce moment une dernière épreuve est prise, c’est la morasse ; elle est vérifiée, la
page est prête.
Le metteur en page a pris les paquets de composition et les a alignés par page, classés
et mis dans les formes. Ces cadres doivent recevoir la matière pour chaque page. Remplis de
texte, ils pèsent à peu près 80 kilos.

Les formes passent à la clicherie.

L'opération du clichage consiste à reproduire les formes typographiques en cliché


semi-cylindrique et d'un seul bloc destiné à être placé sur les machines rotatives.

Une fois en possession de la forme que vient de lui remettre le metteur en pages, le
clicheur en prend l'empreinte en creux sur le flan, au moyen d'une puissante presse à mouler32.
Un séchoir électrique durcit le flan.

L'empreinte est mise dans un moule cylindrique destiné à recevoir la coulée de métal,
alliage de plomb 84 %, antimoine 14 %, étain 2 %, maintenu en fusion dans un grand creuset
électrique. Ce métal reproduit donc exactement sous une forme semi-cylindrique, l'empreinte
que le flan a prise de la forme : c'est le cliché.

Retiré du moule, des échoppeurs le saisissent à l'aide de morceaux de cuir, et avec des
ciseaux et des maillets, ils enlèvent les bavures produites par les équerres du moule.

Le cliché passe ensuite dans un compresseur qui égalise son épaisseur. On l'arrose
pour le refroidir, on le brosse et on le passe aux rotativistes qui le fixent à sa place sur les
cylindres de la machine.

Ces opérations prennent en moyenne une bonne demi-heure par cliché.

Certains perfectionnements permettent d'abréger ce temps presque de moitié : une


machine prend l'empreinte, le cliché est détaché du lingot par deux ouvriers et une autre
machine le termine.

La clicherie du Nouvelliste est la première en Province en 1926 à être équipée de cet


appareil moderne et compact. Il n'a guère plus d'un mètre de côté. Cette machine fond
électriquement une tonne de métal, coule le cliché, le remet aux rotativistes, prêt à être fixé
sur les cylindres. Entre le moment où le flan est introduit dans la fondeuse et celui où le cliché
tout prêt en sort, il s'est écoulé entre trente et cinquante secondes.

32
pressions atteignant 500 tonnes
Les rotatives sont lancées.

Le demi-cylindre de plomb du cliché est fixé sur l'un des nombreux rouleaux de la
rotative. Deux de ces demi-cylindres enveloppent complètement le rouleau dont ils forment
l'écorce.

Le cliché ainsi terminé est fixé sur les cylindres de la rotative, il en faut deux par pages
; la machine est prête à rouler.

Ce rouleau avec les deux clichés se met à tourner. D'un côté, il roule appuyé contre un
rouleau d'encre, de l'autre il serre le papier qui glisse à travers les deux cylindres de la
rotative.

Les rotatives sont alors lancées. Les journaux sortent, coupés, collés et comptés par
paquet de 50. Ils sortent prêts à être vendus, à la vitesse de 500 à la minute, 30 000 à l'heure33.
Les volumineuses bobines de papier sont absorbées en quelques minutes.

La rotative du journal est paramétrée pour imprimer de 4 à 16 pages en noir et en


plusieurs couleurs.

Le pliage varie selon la destination du journal. Ainsi les numéros devant être livrés
aux kiosques sont simplement pliés en deux dans le sens de la largeur, tandis que ceux
destinés à la mise sous bande et au service des abonnés sont pliés en quatre. Il est possible,
sans interrompre le tirage, de modifier le mode de pliage.

Le papier journal

Le papier servant au Nouvelliste arrive par bateaux, qui débarquent sur les quais de
Lorient. Le chargement de papier est entreposé immédiatement dans des hangars aménagés
pour cet usage.

Le papier journal est enroulé en bobines dont le poids varie de 175 à 300 kilos. A titre
d’anecdote, un chroniqueur estime en 1936 que tirage annuel du Nouvelliste déroulé bout à
bout représente un ruban de 40 000 kilomètres.

3326
Les rotatives des journaux nationaux à la même époque sont capables de tirer 100 à 120 000
exemplaires, collés, pliés et comptés par paquets.
La distribution du Nouvelliste

Tirage du Nouvelliste.

En 1898, le Nouvelliste paraissant trois fois par semaine tire à 25 000 exemplaires.
Dans ses colonnes il revendique 50 000 lecteurs par tirage.

D’après les déclarations de dépôt légal de la Société Anonyme de la Presse de Basse-


Bretagne, qui édite le Nouvelliste du Morbihan,
- le 23 décembre 1930, le journal a tiré 15 540 exemplaires,
- le11 octobre 1933 à 19 200,
- le 20 août 1935 à 15 000
- les 20, 21 et 23 mars 1940 à19000
Cependant le tirage peut être plus élevé selon l’actualité ; le chiffre de 36 000
exemplaires est avancé.

Le dépôt légal était adressé par la poste, en quatre exemplaires à Monsieur le Préfet
du Morbihan, à la régie du dépôt légal, 1er division, Vannes.

La vente du journal

Le Nouvelliste à la recherche de son public

Aux alentours de 1900, après avoir gagné son lectorat dans l’agglomération
lorientaise, le Nouvelliste cherche à se diffuser d’une façon plus soutenue dans les campagnes
et les bourgs. Il propose l’abonnement au journal comme un investissement rentable sous
plusieurs aspects. Les petites annonces sont présentées comme autant d’opportunités de
réaliser de bonnes affaires. Les cours des produits agricoles permettent de vendre et d’acheter
au bon prix. Le journal est présenté comme un élément éducatif permettant à ceux qui ont été
à l’école de ne pas sombrer dans l’illettrisme. Enfin, source d’information, il apporte la
connaissance indispensable pour ne pas se faire rouler par « crédulité et ignorance ».
« …Donc chers lecteurs, abonnez-vous au Nouvelliste ! Que chaque localité, chaque
bourg, chaque village ait son Nouvelliste ! Pour les gens dont la bourse est petite, toute
petite, qu’ils se mettent dans le même village, à deux à trois, pour payer un abonnement :
cela ne fera jamais que l’argent d’une chopine de cidre une moins par semaine !… »
Question de prix.

L’abonnement annuel est, pour le Morbihan, à 7 francs en 1887, à 5,50 francs en 1893,
à 7 francs en 1905, à 25 francs en 1922 et à 60 francs en 1930.

A l’origine, le journal daté du jeudi et du dimanche. Il est vendu, de 1886 à 1893, à 10


centimes le numéro (deux sous), comme tous les autres journaux. Son prix est revu à la baisse,
concurrence oblige, il passe à cinq centimes.

A la fin de la Première Guerre mondiale, à partir de juin 1918, le prix change selon le
titre et le jour de distribution :
-le dimanche, Le Nouvelliste du Morbihan est à 5 centimes,
- le mardi L’Ouest Maritime est à 10 centimes,
- le mercredi Le Nouvelliste de Lorient est à 10 centimes,
- le jeudi Le Nouvelliste du Morbihan est à 10 centimes,
- le vendredi L’Ouest Maritime est à 5 centimes,
- le samedi Le Nouvelliste de Lorient est à 5 centimes.

En 1921 il passe quotidiennement à 10 centimes.

En avril 1924, il est à 15 centimes. La raison invoquée est la hausse du prix des
matières premières et l’augmentation des frais généraux. En 1926, il monte à 20 centimes,
puis en juillet à 25 centimes.

Un article du Nouvelliste du dimanche 20 mai justifie la hausse : « Avant 1914, les


journaux étaient vendus 5 centimes, le papier coûtait 28 à 30 francs les 100 kg, l’encre 0,45
franc le kg. En 1928, le papier est à 180 francs les 100 kg, l’encre à 3 francs le kg. Le prix
des journaux a été multiplié par 5 alors que le coût de la matière première était multiplié par
6 ou 7, sans compter le train de hausse lié à l’augmentation de l’indice du prix de la vie
(salaire, impôts). Le prix de revient d’un journal de 6 pages est de 0,20 francs à Paris, et
0,175 francs en Province, à ce prix il faut rajouter les frais de distribution ».

Le budget de fonctionnement du journal est conséquent.


Le personnel est relativement nombreux et qualifié. Comme Le Nouvelliste ne dispose pas de
financement autre que celui qu'il réalise par ses ventes et la publicité, il se doit d’avoir un prix
calculé au plus juste ; équilibrant d’un côté marge bénéficiaire et frais de gestion, de l’autre sa
compétitivité face à la concurrence.

En 1935, le prix est toujours de 25 centimes, en 1943 il est d’un franc.

1926 –1936 La vente


La vente, le départ des exemplaires

A la sortie de la rotative, les exemplaires tirés vont vers le service des ventes et celui
des expéditions

Les journaux destinés à l'expédition sont pris en charge par les plieurs. Ils mettent sous
bande ceux qui sont destinés aux abonnés et préparent rapidement les exemplaires réservés
aux correspondants des diverses communes du Morbihan.

Le service des départs s’active pour ne pas manquer l’heure de la poste, ni le départ
des trains pour Auray, Vannes, Questembert, Malestroit-Ploermel, Auray-Pontivy, Queven,
Pont-Scorff, Plouay, Le Faouët, Gourin, Quimperlé, Bannalec, Rosporden, Quimper, etc.…

Ce service dispose lui aussi, de sa machinerie, une adressotype, qui coupe, compte et
imprime mécaniquement les bandes d’envoi et les listes d’adresses.
Les abonnés du Nouvelliste sont servis par un service spécial qui assure le routage des
journaux. Le Nouvelliste est diffusé à l’étranger et dans les colonies par la poste aérienne et
les longs-courriers océaniques.

Les vendeurs prennent en charge leur provision, trois ou quatre cents numéros, puis
ils partent à travers l’agglomération lorientaise et vont porter leur papier de Port Louis à
Keryado, de Lanester à Ploemeur, aux milliers de lecteurs qui attendent impatiemment leur
journal.

A l’heure de la vente du Nouvelliste les acheteurs se pressent dans le hall du journal,


autour des kiosques et des dépôts. Les crieurs parcourent les rues de la ville et s’arrêtent aux
portes des maisons.

Les crieurs d’antan

Les premières années du Nouvelliste le journal se vendait beaucoup par des crieurs.

Le premier juin 1893, Johël d’Armor publiait un article à propos des crieurs de
journaux. Il évoque les annonces faites, le boniment : « Y a un chien écrasé ! Y a un homme
tombé dans le bassin ! Et puis y a encore une voiture qu’a chaviré… ».
Il regrette que cet usage ait été réduit depuis 1889 par la municipalité, « puisque
défense est faite aux vendeurs des publications lorientaises de crier autres choses que le
titre, sous prétexte qu’ils troublent la paix publique, que cela forme de graves
inconvénients… »

Dans un extrait de la chronique de « la vie lorientaise, il y a cinquante ans et plus », du


08 juillet 1934, on évoque la vente du journal. « Les jours où le Nouvelliste paraissait, les
groupes étaient toujours plus nombreux. Une heure à l’avance des estafettes s’avançaient sur
le milieu du cours, pour le plaisir d’annoncer sa venue deux minutes à l’avance.
Quand le vendeur du journal local, le père Prévot, arrivait toujours pressé, la voix
éraillée, la barbe en fleur et les cheveux en broussaille sur la nuque, il était l’objet d’une
petite ovation qui le flattait et le faisait sourire. Il remettait un exemplaire à chaque groupe,
et poursuivait sa route d’un pas rapide, vers la rue de Brest, où il faisait cent fois la navette
d’un trottoir à l’autre, pour servir ses clients.
Et jusqu’au soir, les « Sénateurs » et les « Députés » réunis en cercle dans leur
groupe respectif, écoutaient attentivement la lecture du journal, puis commentaient les
nouvelles. »
1926

Les points de vente

En 1901, un article faisant la publicité du Clocher Breton (revue littéraire) nous donne
des points de vente du Nouvelliste. Ils sont situés, pour Lorient, à la papeterie du Nouvelliste,
93 rue du Port, à la librairie du Petit Journal, cours de la Bôve, au kiosque du Pont-tournant,
cours des Quais et de l’avenue Cottenseau, cours de Chazelles. A Vannes on le trouve au
bureau de tabac Mounic, rue des Douves du Port, à Quimperlé à la librairie Terrier.

Les points de vente du Nouvelliste à Lorient en 1926.

Le Nouvelliste est mis en vente tous les soirs à Lorient. Le journal, en mars 1926
publie la liste de ses points de vente.
Quartier de Kerentrech Quartier de Nouvelle-Ville
Kiosque à Calvin Kiosque rue Carnot
Kiosque place de l’Yser Tabac 73, rue Carnot
Kiosque cours Chazelles (angle rue Beauvais) Epicerie rue La Bourdonnais
Kiosque cours Chazelles (angle rue du Tabac 16, rue de Carnel
Cimetière)
Kiosque cours Chazelles (angle rue Georges Epicerie 11, rue de Carnel
Collier
Kiosque cours Chazelles (angle place du Tabac à Kergroise
Morbihan)
Epicerie avenue de la Marne

Quartier de Merville Ville centre – Intra-Muros


Kiosque place Jules Ferry Kiosque place d’Armes
Kiosque Groupe scolaire Tabac 96, rue du Port
Kiosque angle rue Claire Droneau Librairie 67, rue du Port
Tabac 47, avenue Jean Jaurès Tabac 60, rue du Port
Poste 57, avenue Jean Jaurès Librairie cours de la Bôve
Epicerie 93, rue du Poteau Tabac cours de la Bôve
Epicerie 9, rue de Larmor Kiosque place Saint Louis
Tabac-Epicerie à la « Puce qui renifle » Kiosque place Bisson
Tabac à Villeneuve Kiosque place Alsace Lorraine
Kiosque place Ploemeur
Bazar rue du Morbihan (coin rue Saint Pierre)
Boulla, rue de la Patrie

Commune de Larmor
Boulangerie Philippe
Services de l’administration 1936.

Zone d’influence et impact de la publicité paraissant dans le Nouvelliste.

Il est important de pouvoir évaluer la zone d’influence du Nouvelliste. Cet intérêt est
double, jauger la pénétration du journal dans la région et estimer l’intérêt que peuvent trouver
des annonceurs à publier leur publicité dans ce média. N’oublions pas que le journal est
financé en partie par ce système.

Les premières années les zones géographiques locales évoquées dans les pages du
Nouvelliste, hormis Lorient et sa région, s’étendent sur l’ensemble des arrondissements du
Morbihan selon les rubriques et l’actualité.
Le proche Finistère, Quimperlé, n’est évoqué qu’à l’occasion du Pardon des Oiseaux,
en forêt de Carnoët (fête fréquentée par de nombreux Lorientais).

Dans les années vingt, la zone d’influence du Nouvelliste est complétée par celle de
l’Ouest Républicain et par L’Eclair du Finistère. Ces deux titres revendiquant 35 000 familles
rurales abonnées dans le Morbihan et dans le Finistère.

Si l’on rajoute les 20 000 acheteurs quotidiens du Nouvelliste, on arrive à un potentiel


de près de 55 000 journaux par tirage pour la Société anonyme de la Presse de Basse-
Bretagne.
Le Nouvelliste dans sa rubrique « Annonces populaires du Nouvelliste » propose en
1938 que les annonces passées dans le Nouvelliste, soient relayées dans L’Ouest-Républicain
et L’Eclair du Finistère.

En 1926, la rédaction du Nouvelliste vante l’intérêt de faire publier sa publicité dans


les pages de son journal. L’argumentaire optimise la position des journaux de la société de
presse de Basse Bretagne.

« Nos journaux sont les seuls quotidiens ou bihebdomadaires rédigés et imprimés


dans ce grand centre commercial, agricole, industriel et maritime que constituent Lorient et
la Basse-Bretagne. Les autres quotidiens mis en vente dans nos régions viennent des centres
dont les intérêts économiques ne concordent pas forcément pas avec ceux que nous défendons
dans le Nouvelliste du Morbihan, l’Ouest Républicain et l’Eclair du Finistère.

C’est ce qui donne à notre journal, ainsi qu’à ses frères cadets l’ Ouest Républicain et
l’Eclair du Finistère, une influence considérable et fait de leur publicité la meilleure,
incontestablement, de toute la Basse-Bretagne, cette région riche et en plein essor
économique, où le goût de l’outillage et du confortable se développe constamment, que
peuplent 800 000 habitants et où chaque année un million de touristes passent ou séjournent.
La valeur de notre publicité est constatée tous les jours par les commerçants de notre
région et par le grand public lui-même.

Les habitants de Lorient, du Morbihan et du Sud-Finistère savent, par une expérience


de tous les jours, quels sont les journaux les plus lus, et c’est à ceux-là que naturellement ils
s’adressent lorsqu’ils cherchent un emploi ou un employé, qu’ils veulent vendre ou acheter
un immeuble, un fonds de commerce ou quelque produit. Ils reconnaissent dans le Nouvelliste
du Morbihan, l’Ouest Républicain et l’Eclair du Finistère les intermédiaires indispensables
dans les transactions petites ou grandes.

Que l’on songe à l’importance de la région dans laquelle nos journaux sont lus – une
des rares en France où la population soit en augmentation constante – et où on se rend
compte de l’intérêt qu’il présente pour tout homme d’affaire.

Nos services de publicité sont d’ailleurs à la disposition des commerçants et


industriels pour leur présenter des devis et leur tracer un plan de campagne pour la publicité
d’une maison ou d’un produit. Il suffira pour cela de s’adresser à M. Saulnier, chef de ces
services.
En outre, notre service artistique, dirigé par M. Fred Régnier, leur établira tous les
projets d’affiches, dessin ou composition destinés soit à la publicité, soit à l’illustration. »

La vision de Lorient et sa région, du Sud de la Bretagne est celle d’un bassin


économique actif et attractif à l’image que se donne Le Nouvelliste.

Les immeubles du Nouvelliste, les banquets du personnel du journal

Autre aspect de la vie matérielle du journal, celui de l’immobilier.

Le Nouvelliste dans les années 30, occupe, au centre de Lorient, trois immeubles qui
vont du 18 de la place Bisson au 6 de la rue Bodélio.

Sur la place Bisson s’ouvrent la salle des dépêches, les guichets des abonnements, des
petites annonces et de l’imprimerie. Au milieu des années vingt, trois postes de radio sont
installés dans la salle des dépêches pour y donner des auditions publiques des émissions de
Paris, Londres, Toulouse, Barcelone, etc…

Au rez-de-chaussée du n°4, rue Bodélio, se trouvent les bureaux de la direction et du


secrétariat. Au premier, dans deux vastes salles, se situe la rédaction.

Au 6 rue Bodélio le rez-de-chaussée est occupé par le service des ventes et le bureau
des correcteurs. Au premier se trouvent le salon de réception et les bureaux de la publicité.

L’espace situé entre ces trois immeubles, les Halles et la Caisse d’Epargne, est occupé
par les services commerciaux, la comptabilité, l’imprimerie, l’atelier des linotypes, les
rotatives, le service des départs, etc…

L’ensemble des services est relié par téléphone. Les communications du Nouvelliste
avec l’extérieur sont assurées par un standard.

Aux 9 et 11 rue Bodélio sont les garages et les hangars contenant les réserves de
papier.

Aux étages de ces différents immeubles se trouvent les logements d’une bonne partie
du personnel.
Visite des ateliers et vie associative

Les personnes qui désirent visiter les installations du Nouvelliste sont reçues le mardi
et le vendredi par un guide.

Le Nouvelliste se propose de mettre à la disposition des différents groupements, pour


leur réunion de comité, sur réservation auprès du secrétaire général du Nouvelliste, « un
bureau-salon, chauffé, éclairé et muni du téléphone » ; ce bureau étant situé 6 rue Bodélio, au
premier étage.

La grande famille du Nouvelliste : le banquet promenade annuel du personnel du journal

Le banquet annuel du Nouvelliste a lieu au mois de février, c’est une fête offerte par le
conseil d’administration du journal aux ouvriers et employés, ainsi qu’à leur famille.

A la fin du mois de mai une sortie et un banquet sont organisés à l’occasion de la


Saint-Jean-Porte-Latine. Ce banquet-promenade de l’atelier du Nouvelliste est financé par une
cagnotte. La tradition démarre semble t-il en 1930.

Des banquets sont organisés ponctuellement par la direction du journal, à l’occasion


d’un événement marquant (remise de Légion d’Honneur, mariage…). C’est l’occasion de
réaliser une certaine forme conviviale et paternaliste de communication interne à l’entreprise
où toasts portés et discours sont échangés dans une ambiance détendue.

L’histoire matérielle du Nouvelliste est une trame sur laquelle va se tisser au jour le
jour le récit de la vie lorientaise et morbihannaise rendue compte par le journal.
1 – 4 LE NOUVELLISTE DU MORBIHAN, REFLET DE LA MÉMOIRE COLLECTIVE D’UNE
VILLE.

Le Nouvelliste, c’est une évidence, est le miroir de la société qu’il informe. Il filtre et
pèse les événements à l’aune de la mentalité de son temps. Le journal présente ce qui est
censé avoir de l’importance aux yeux de ses contemporains. La collection du Nouvelliste,
longue mémoire du quotidien fixé numéro après numéro sur des milliers de pages, est un
patrimoine de l’écrit et une source historique de premier plan.

Au fil du temps qui passe, les informations transmises par cet organe de presse
présentent ce qui compose la vie au jour le jour, avec son ensemble hétéroclite de faits
majeurs et mineurs. Le Nouvelliste nous présente la chronique d’une cité disparue, celle du
Lorient d’avant 1943.

Il serait hors de propos dans ce travail de vouloir thématiser ou disséquer la somme


d’informations contenues dans la collection du Nouvelliste. Toutefois il peut être utile de
présenter une galerie d’exemples relevés au fil du récolement de la collection dont le contenu
est facilement retrouvable dans les cédéroms du journal.

Galeries d’exemples de thèmes traités par le Nouvelliste au fil du


temps.

La crise lorientaise.

Un sujet revient régulièrement dans les colonnes du Nouvelliste : la crise Lorientaise.

Le 14 mai 1893, on évoque dans la chronique départementale « La crise Lorientaise ».


On y découvre un Lorient découragé avec un commerce en perte de vitesse, la diminution
d’activité de l’arsenal.

En titre le 13 novembre 1890 on peut lire : « Suppression du port de Lorient ». Trente-


six ans plus tard, le 11 septembre 1926, dans la rubrique Dernière heure on peut lire : « Le
conseil des ministres décide la suppression du port de Lorient », avec notamment la
disparition de l’arsenal…
Le journal se fait l’écho d’autres crises, qui secouent Lorient. Ainsi, il titre en
première page le 24 juin 1904 « Graves Incidents – Bris et incendie – L’anarchie se dessine.
Le 12 septembre 1911 à propos de la « cherté des vivres » il fait état de « Manifestations
violentes – 50 gendarmes et agents interviennent – les cultivateurs vont boycotter le marché –
la bourse du travail fait appel aux ménagères lorientaises ». En 1913 la «question sardinière»
est d’actualité dans un article du 4 mars.

Le développement de Lorient.

A la fin du XIXe siècle Lorient étouffe dans son intra-muros. Ses faubourgs présentent
un caractère semi-rural et restent à distance, par un no man’s land, des limites de la place
militaire de Lorient.
Yan Carnel dans la Chronique lorientaise du 11 juillet 1889, titrée « Voyage au-dessus de
Lorient – Ascension de la Tour Saint-Louis » décrit Lorient : « A nos pieds enfin, au-dessous
de nous, la ville ! Ah mes amis, comme c’est laid ! sombres ! Quels affreux pâtés de maisons
inégales et sombres ! Quelles petites rues ! Et le port qu’il est petit !. »

Les évolutions de l’arsenal et des grands travaux urbains sont traitées, tels le 13 mars
1913 « la disparition de la cale couverte » ou la vente de lots à bâtir dans le quartier de
Nouvelle Ville (28 octobre 1913).

Le quotidien se fait l’écho des mutations économiques de Lorient, c’est ainsi que le 28
septembre 1926 il annonce la première foire exposition de Basse-Bretagne ouvrant ses portes
à Lorient.

Dans cette logique de dynamisme économique, le premier avril 1925, le syndicat


d’initiative de Lorient est constitué.
Dès avril 1919 Le Nouvelliste rend compte du projet de port de pêche de Lorient-
Kéroman. En septembre de cette même année dans le mémoire descriptif de l’enquête d’utilité
publique il publie le plan de l’achèvement complet de Lorient Kéroman. Ce document donne
un aperçu de ce qu’aurait été le développement portuaire de Lorient, sans la construction de la
base de sous-marins. A l’emplacement des bunkers il y aurait eu une gare et plus à l’ouest
vers « Kérolé » un second bassin.
La zone portuaire de Keroman telle qu’elle était prévue en 1919

Dans un article du 3 avril 1926, à propos de « la pêche hauturière à Lorient » le journal


décrit l’armement et le fonctionnement de « la compagnie lorientaise de chalutage à vapeur ».

Le 1er juin 1927 « Les grandes fêtes d’inauguration du port de pêche de Lorient-
Kéroman » sont annoncées. Le comité des fêtes du port a élaboré un ensemble de festivités
musicales et sportives lors de ses réunions à la brasserie de « L’Univers ». Les notabilités
locales, dont le maire, le secrétaire de la ligue Maritime et coloniale, des industriels, des
mareyeurs et le directeur du Nouvelliste participent à cette fête marquante pour l’évolution
socio-économique de Lorient.
Le 16 juillet 1927 le journal reproduit l’article sur le port de pêche rédigé par Robert-
Muller, professeur à l’Ecole des Hautes Etudes Commerciales, paru dans les Annales de
Géographie : « Le nouveau port de pêche de Lorient – Chalutage et charbon. ». Le slip-way
est réceptionné officiellement en janvier 1932 (14/01/1932).
Le port de Lorient en 1927
16 / 07 / 1927 – Le nouveau port de pêche de Lorient – chalutage et charbon
Le 16 novembre 1927, le journal lorientais, dans le cadre du plan d’embellissement de
la ville, publie un texte signé du « Redressement français » intitulé « Pour le plus grand
Lorient ». Ce document redéfinit le développement urbain de Lorient, notamment en ce qui
concerne l’emplacement du centre ville et le tracé des axes de circulation. Le plan de ce
nouveau Lorient ressemble à celui qui sera rebâti après guerre et le tracé des routes
périphériques est quasiment le même que celui mis en place bien plus tard.

Dans le journal du 31 octobre 1936 il est question du port de commerce « Le


prolongement du quai de Kergroise ». Le ton est sans fausse modestie « comment on mène
une œuvre de géant…l’avancement des travaux. »

La Chambre de Commerce est inaugurée à la fin du mois de novembre 1931


(1/12/1931).

Le 25 août 1935, le Nouvelliste annonce que « Lorient aura bientôt un aérodrome de


50 hectares – Il serait installé à Lann-Bihoué situé entre le bourg de Ploemeur et la route de
Quimperlé. »

La démographie.

Le Nouvelliste apporte régulièrement, au fil des recensements, des informations sur les
évolutions démographiques locales, départementales ou régionales.
Dans le journal du 27 mars 188734, la chronique départementale fournit les chiffres de
la population du Morbihan ; chiffres repris dans le journal du premier mars 1894.
En 1901, à propos du peuplement de la ville de Lorient, le Nouvelliste évoque à
l’occasion des recensements effectués le profil et l’historique démographique de la cité
( 14/04/1901).
En 1936, le 11 septembre le journal donne sous forme de graphique illustré la courbe
de croissance du peuplement du département du Morbihan depuis 1801 ; 401 215 habitants en
1801 – 542 248 en 1936.
Le 16 juillet 1937, un article nous informe sur le mouvement de la population en
Bretagne.

3427
Lorient intra-muros 23 809 / extra-muros 16 246 / total 39 055
Le développement et l’aménagement de Lorient prévu en 1927

16 / 11 / 1927
Projet de 1926 / La chambre de commerce

11 septembre 1936
Les problèmes sanitaires de Lorient.

En novembre et décembre 1892, Lorient est touché par une épidémie « cholériforme »,
les foyers ont pour origine des « maisons mal tenues » dans le bas de Kerentrech et Caudan.
Des mesures d’hygiène sont prises et les locaux sont désinfectés au grésil pour faire reculer la
menace sanitaire.

En 1903 (9/07/1903), un autre chroniqueur, Johël d’Armor, dans une chanson ayant
pour titre « Miasmes bassinants » (sur l’air de Cadet Roussel).
«Lorient est vraiment la ville
A laquelle on n’peut rien envier,
Pas plus le virgule-bacille,
Que toutes les odeurs d’évier.
Après la fièvre typhoïde
On r’nifle d’la vas’putride…
Ah ! ah ! ah ! oui vraiment
Ca n’sent pas la rose à Lorient. »
Le bassin du port avait été vidé, et la vase complètement à découvert exhalait les
odeurs nauséabondes d’une ville sans égout collectif, d’où des problèmes d’hygiène publique.

Le 24 avril 1924, dans la rubrique Petits propos de la Bôve, un article intitulé « La cité
des plaisirs » se moque de certains comités proposant des projets de fêtes et évoque les
problèmes d’hygiène publique d’une façon humoristique : « Sortie solennelle de la première
fosse septique enguirlandée de fleurs... entourées de rescapés de la tuberculose et de la
typhoïde…les ménagères de leurs fenêtres secouant sur la tête des passants les poussières,
puces punaises…exercices du seau de ruisseau…et du balai récalcitrant…feux d’artifice
odorant et antiseptique… »

Le Nouvelliste du12 septembre 1918 relate deux menaces d’épidémies qui touchent la
population, l’arrivée de la tristement célèbre grippe, et la dysenterie. Léo Le Bourgo, dans sa
chronique locale du 19, évoque l’influenza, la grippe espagnole.

Le journal peut-être le révélateur de problèmes de santé publique de la région. Ainsi,


en pleine guerre, en août 1915 il publie une série d’articles en première page ayant pour titre
« L’alcoolisme et la folie dans le Morbihan ». L’auteur en est « le docteur Privat de Fortuné,
directeur de l’asile de Lesvellec ». Une succession d’exemples vient étayer un bien triste
bilan.
Les grandes tragédies.

Le journal relate les catastrophes, les drames de la mer touchent particulièrement son
lectorat.

Le 30 septembre 1930 une tempête particulièrement meurtrière est relatée : « Nos


pêcheurs en deuil – une fois de plus la mer prélève sur nos populations morbihannaises un
lourd tribu de victimes ».

Parfois certaines grandes tragédies communiquées restent dans la mémoire collective.


Ainsi, dans la rubrique « Dernière heure » page 3, du mardi 16 avril 1912 on y apprend le
« Naufrage d’un grand paquebot – Un terrible naufrage s’est produit la nuit dernière non
loin de Terre Neuve. Le nouveau paquebot géant Titanic de la compagnie anglaise White Star
Line, mesurant 240 mètres de longueur a heurté un banc de glace et a coulé… ».

Le journal est aussi le témoin direct des drames européens de son temps. Le 9 mai
1934, « Les conséquences navrantes de la guerre des deux Espagnes - 86 réfugiés basques ont
débarqué ce matin à Lorient…puis ont été dirigés ver l’hôpital maritime de Port Louis où
l’intendance pourvoit à leur subsistance ».

La grande guerre

Le 30 juillet 1914, la déclaration de guerre de l’Autriche-Hongrie à la Serbie est


annoncée en première page. Dans son numéro du 2 août 1914, le titre « La mobilisation est
décrétée » barre la première page, plus bas on peut lire : « Assassinat de Jaurès », le 5 le
journal annonce « L’Allemagne a déclaré la guerre à la France – Ouverture des hostilités ».

Le mardi 04 août Le Nouvelliste annonce à ses lecteurs : « Les événements vont nous
obliger, selon toute probabilité, comme tous nos confrères, à modifier le format de notre
journal. La raison en est que le papier devient rare, la plus grande partie des trains de
marchandises étant mobilisés et d’autre part, presque tous les ouvriers étant rappelés sous
les armes. Le Nouvelliste du Morbihan n’en paraîtra pas moins à ses heures habituelles,
peut-être même tous les jours, suivant la gravité des circonstances.
L’appel au calme a été entendu de nos concitoyens. La situation est grave, il est vrai,
mais les lorientais ont compris qu’il s’agit de la grandeur, de la prospérité et de la dignité de
notre pays.
Quoi qu’il arrive, Le Nouvelliste du Morbihan, fidèle à ses principes, tiendra ses
lecteurs au courant de tous les événements qui pourront survenir. »

Le journal devient quotidien, malgré les difficultés de toutes sortes, pour tenir ses
lecteurs au courant des évolutions du conflit et publier dans le plus bref délai le communiqué
de 15 h, ainsi que les nouvelles particulières des Morbihannais au front, et les avis
administratifs.

La nature des informations relatée par le journal change pendant la guerre les
informations locales sont considérablement réduites pour donner les nouvelles du front, du
reste du pays et les évolutions internationales. La censure contrôle les articles qui paraissent,
et parfois laisse certains blancs.

Après avoir analysé « les causes de la guerre », « la défense du territoire »,


« l’assassinat de Jaurès » début août 1914, c’est aussi l’occasion de publier l’historique du 62e
régiment d’infanterie (du 09/08 au 17/10/1914).

Les premiers récits de combats sont publiés en novembre et la prise de conscience de


la tragédie meurtrière apparaît dans un article daté du 20/11/1914, rédigé par le docteur Aslan
« De la mort brusque ». Une prédiction à propos du conflit, écrite en breton, est publiée le
surlendemain.

La guerre s’enterre « La guerre des taupes », également signé du Dr Aslan est publié le
27 novembre 1914. L’emploi des gaz y est déjà évoqué…Puis en décembre on peut lire « Les
bénéfices de la guerre », « Du courage militaire ».

Le 28 janvier 1915 on écrit « comment on se défend contre les sous-marins », puis au


mois de mai « Les gaz asphyxiants », « Les poilus ».
Le samedi 22 juillet on relate les combats des fusiliers marins de Lorient au cimetière
de Dixmude. Ces combats sont repris sous forme de feuilleton « Dixmude / 7 octobre – 10
novembre 1914 ».

Le 14 mars 1916 le Nouvelliste présente l’inauguration de l’école de rééducation


professionnelle des mutilés, Villa Julia, 12 rue Jules Simon. Le 16 juillet on annonce la mort
du Duc de Rohan à Verdun.
Le 4 octobre 1917, le président de la République vient à Lorient pour décorer de la
légion d’honneur et de la médaille militaire l’équipage du voilier Kléber qui s’est battu contre
un sous-marin allemand au large des Glénans le 6 septembre.
Ce sujet est repris par L’Illustration du samedi 13 octobre 1917. Le traitement de
l’information diffère notablement par les illustrations photographiques qui manquent au
Nouvelliste.

Faits divers, anecdotes, vie quotidienne, événements.

Le Nouvelliste informe la population de Lorient, ses dépêches sont-elles objectives,


vérifiées ? On peut parfois en douter, à moins que ce ne soit un canular…

Le 24 mai 1888 on peut lire dans la rubrique, Faits Divers : « Une femme qui
accouche d’un cheval…On écrit à la Lombarde de Milan : A Vicolo-Mercanti, la fille d’un
riche carrossier, marié à un cocher, était enceinte. Elle n’en continuait pas moins à
s’occuper des chevaux. Hier elle a accouché d’un cheval. Elle est morte des suites de
l’accouchement. Le petit cheval vit. Le malheureux mari a été pris d’une fièvre violente et il
est mourant. »

Le Nouvelliste rend compte des faits divers. Il fait paraître à l’occasion des titres à
sensation sur les affaires qui vont impressionner l’opinion publique.
Le premier meurtre marquant est repris le 16 octobre 1887, il s’agit de l’assassinat
d’un facteur à Pont-Scorff.
La liste des crimes et délit est longue de 1887 à 1944. Pour mémoire on peut trouver
ainsi la description le 27 mars 1892 de l’exécution capitale du nommé David. « Le crime
d’une mère – A-t-elle ébouillanté son enfant » (29/03/1921). « Horrible drame de la folie à la
Villeneuve – Un aiguilleur de la gare de Lorient égorge trois femmes (24/04/1921). « Une
Belliloise décapitée par le train en gare de Lorient »(9/02/1926). Le 28 février 1936 le journal
relate « Une série de crimes atroces »… « pour lui voler 73 francs un gamin de 16 ans achève
sa grand’mère en lui enfonçant un pieu dans la bouche ».

Le journal reprend aussi les meurtres « nationaux », en novembre 1921, il relate « Le


procès Landru », en octobre 1924 celui de Seznec.
Certaines affaires locales ont des retentissements nationaux : au mois de mai 1934,
puis à l’occasion du procès de juin 1935 le journal fait écho à l’affaire du Loch, au crime de
Michel Henriot.
Mais, généralement, le quotidien des faits divers est moins sanguinaire : « La
vengeance du Bat d’Af, Le Journalier trop violent, Vols de vêtements, Quatuor de boit-sans-
soif… ».

L’information locale, les événements festifs trouvent place en pages intérieures du


Nouvelliste.

Fêtes populaires et loisirs

Dans son numéro du 12 juillet 1900 le journal annonce le programme du 14 juillet à


Lorient :
« - le 13 au soir : concerts sur la place Alsace Lorraine par la musique du 62e de
Ligne et place de la Liberté à Kerentrech par la musique des sapeurs-pompiers. Puis à 9 h 30
c’est la retraite en musique et aux flambeaux…
- le 14 à partir de 8 heures du matin salves d’artillerie et sonneries des cloches, à 8
heures revue des troupes de terre et de mer, des sapeurs-pompiers de la ville et des douaniers
par le vice-amiral, commandant en chef, préfet maritime. A partir de 14 heures au vélodrome
des glacis démarrent les divertissements publics : fête vélocipédique et de gymnastique,
concert par la musique des sapeurs-pompiers, lancement de montgolfières. Dans les quartiers
de Kerentrech, Merville et Carnel se déroulent des fêtes populaires (jeu de boule, mât de
cocagne, course en sac, en brouette, etc…). A 8 heures commence le concert sur la Bôve par
la musique d’artillerie de marine. Les illuminations ont lieu à l’Hôtel de ville, au Théâtre,
place Alsace Lorraine, place d’Armes, à la Préfecture maritime, place de la Liberté, et au
groupe scolaire de Merville. A 21 h 30 c’est la grande retraite aux flambeaux puis de 22 h à
minuit sur la place Alsace Lorraine la soirée se termine par le grand bal populaire « qui sera
illuminé à giorno ». Cet ensemble de festivités est proposé par le Maire, M. L’Helgouach.

Les fêtes et les célébrations évoluent : le 2 février1936 « Demain s’ouvre à la salle des
fêtes l’exposition Morbihannaise du travail »

Les loisirs des Lorientais sont évoqués régulièrement avec les promenades
dominicales vers le Finistère tout proche ( article du15 mai 1921 « Assemblées de St-Maurice
et de Toulfouën)
Parfois Le Nouvelliste laisse la place dans ses colonnes à des reportages, des récits
d’excursion dans les environ de Lorient, par exemple, le 16 août 1891, Renan Saïb (André
Degoul) dans les pages deux et trois nous raconte sa promenade à Arzano ou celle à Pont-
Aven le 8 novembre 1891. C’est à chaque fois un récit descriptif précis et plein de charme qui
dépeint une Bretagne vivant au rythme des chars à banc.

Le témoin de sa société.

Les affaires d’infanticides reviennent fréquemment dans les comptes rendus des
tribunaux d’assise, les premières années de parution du journal (infanticides rue du Pont le 23
avril 1891, le 30 juin à Kéroman, le 19 septembre à Keryado35…).
Si elles soulignent, la misère de la condition féminine, une étude plus précise devrait
déterminer si ce phénomène est caractéristique de l’époque ou si le journal donne un effet
loupe à une pratique marginale.

Autre archaïsme, on aborde, dans le journal du 12 juillet 1891, dans Les Nouvelles du
Jour – La réforme des domaines congéables. A la fin du XIXe siècle, en Bretagne survit cette
tradition du foncier rural hérité de l’Ancien Régime. En 1904 36, à ce propos, on trouve une
annonce relative à la vente sur saisie immobilière en un seul lot des édifices et superficie
d’une tenue à domaine congéable située à Kerorch en la commune de Plouharnel.

Le journal est aussi source d’anecdotes plaisantes, durant l’époque de la prohibition


aux USA, « En Amérique sèche », à l’occasion d’une compétition d’athlétisme en
Pennsylvanie « des athlètes français veulent boire du vin ou ils ne courront pas. »

L’actualité du temps passé a parfois des échos très actuels. L’exemple peut être pris
dans le journal du dimanche 28 mars 1926. En première page est publié un article intitulé
« Les étrangers chez nous », on y prône l’expulsion hors des frontières nationales des
étrangers condamnés pour crime ou délit de droit commun.

3528
A l’automne 1893 l’orthographe de Keriado devient Keryado.
3629
17 février 1904
Le journal est aussi l’observateur de l’actualité des arts en Bretagne. Un article du 13
avril 1922 nous présente « L’exposition des Arts appliqués à Rennes », il évoque ainsi « Les
exposants morbihannais » et leur production (peinture, broderie, mobilier, sculpture…).

On peut découvrir certains passages de personnages célèbres. Le 10 septembre 1905,


Buffalo Bill était à Lorient. Il arrivait par trois trains spéciaux, avec 500 chevaux et 800
hommes. Le spectacle avait lieu au champ de manœuvre.

La publicité

La publicité qui paraît au fil des jours est révélatrice des évolutions sociologiques
générales ou locales. Des médicaments, des cosmétiques, des vêtements, des bicyclettes puis
des automobiles s’inscrivent dans la rubrique des réclames.

Publicité « Pâques 1926 »


A titre anecdotique, on peut relever qu’en janvier 1925 apparaissent pour la première
fois à Lorient les « pâtes aux œufs frais Lustucru ». Plus localement, au printemps 1926, on
peut remarquer cet argument publicitaire « Les Chaussures Boisselier – 12, rue des Fontaines
– Lorient…On parle breton ».

Les exemples se comptent par milliers, tout au long des 58 années de parution du
journal. Une analyse de cet ensemble pourrait permettre de relever les habitudes de
consommation de la population, et son niveau de vie.

Dans son numéro du 23 juin 1936, une information publicitaire pour les « applications
de l’électricité » nous donne le budget familial « chez le Français moyen ». Un graphique de
type camembert nous détaille les dépenses : 63,1 % pour l’alimentation, 32,4 % pour le loyer,
les impôts, les vêtements, 3,7 % pour le chauffage et 0,8 % pour l’éclairage électrique

L’histoire locale.

Les pages du Nouvelliste, tout au long de son existence, accueillent les historiens
locaux pour y narrer Lorient.

Le dimanche 2 août 1891 on peut apprendre dans la Chronique départementale


(Ephémérides historiques lorientaises, recueillies et annotées par M. Jégou, juge de paix de
Lorient, auteur de l’Histoire de la fondation de Lorient et de Lorient port de guerre.) l’origine
du nom de Lorient par un extrait du registre des baptêmes de Ploemeur du 2 août 1667, qui
rapporte la naissance d’un enfant dont le père était charpentier travaillant à L’Oriental.

Le 5 octobre 1909 Léo Le Bourgo propose un texte sur Lorient en 1709. En juin 1912
il présente « L’historique des rues de Lorient » ; ce document est repris dans un ouvrage
publié ultérieurement. Fin 1917 il annote « Le Morbihan et Lorient / 1824 – 1825 – Lettres
morbihannaises», « La compagnie de Indes »et « Lorient –son histoire ».

Le 27 août 1911, on peut lire un article sur « les premiers pompiers lorientais – 1709 /
1771 ». Le 27 mai 1916 il s’agit de « La croix de la Perrière – 1710 ». Le 24 juin 1916 on y
traite « Des pontons de Lorient » ayant servi à emprisonner les Communards en 1871. Le 16
septembre 1916 il est question des origines du pardon de Saint Cornély, à Carnac. Dans le
journal du 8 juin 1917 on peut apprendre que la clé de la Bastille est au manoir de Mount
Vernon (demeure de Washington – cadeau de La Fayette).
En 1922, (mercredi 23 mars et jeudi 24) le journal reprend « la causerie de M. Labes,
Maire de Lorient » dont le sujet est « De la fondation de Lorient à 1750 ».

Louis Chaumeil (professeur agrégé d’histoire au lycée de Lorient) intervient


régulièrement dans les pages du Nouvelliste à propos de l’histoire de sa ville [ La levée du
siège de Lorient, le 4 octobre 1932 - Le pavage des rues lorientaises et l’histoire de Lorient, le
27 novembre 1932 – Abrégé de l’histoire de Lorient le 23 mars 1936 ]

Les fêtes de la « Victoire » sont l’occasion pour le journal d’évoquer le débarquement


des troupes anglaises de 1746.
La première évocation du siège de Lorient de 1746 par le journal est relatée le 5
octobre 1890, thème repris par Yan Carnel dans la « chronique lorientaise » du 16 octobre
1890.
Albert Macé évoque en première page du dimanche 5 et jeudi 9 octobre 1890
« L’attaque des Anglais contre la ville de Lorient et le pillage de Quiberon ».
Le 5 octobre 1924 le sujet est à nouveau abordé : « Les fêtes de la Victoire ».
Le sujet est repris au mois d’août 1928 par une série d’articles de P. Diverrès
(professeur au Pays de Galles) à partir d’archives britanniques. Puis le 20 septembre 1928 le
journal publie des extraits de « La Flotte Hollando-Anglaise sur les côtes méridionales de
Bretagne au XVIIe et au XVIIIe siècle » du R.P François Marie (Lorient, Imprimerie
Chamaillard 1883).
Le dimanche 5 octobre 1924 le comité des fêtes de l’alliance du commerce et de
l’industrie organise « Les grandes fêtes de la victoire », c’est l’occasion pour le Nouvelliste de
relater une fois encore cet événement « glorieux » du passé de Lorient.
Dans le numéro du 26 novembre 1931 on fait état de l’ouvrage de l’Abbé Le Cam sur
le siège de Lorient.

La bibliothèque municipale et Le Nouvelliste du Morbihan

Le Nouvelliste rend compte au fil de ses journaux de la vie culturelle lorientaise et


notamment de la bibliothèque municipale de Lorient.

Il rend compte régulièrement des acquisitions de la bibliothèque municipale. (voir


pour l’exemple la1ere page du 5 avril 1894).

Dans le numéro du 1er janvier 1918 de L’Ouest Maritime (variante du Nouvelliste de


1917 à 1921) l’ancêtre de la bibliothèque est évoqué dans un article à propos du « premier
annuaire de Lorient et du Morbihan » de Le Coat-Saint-Haouen publié en 180437 : « Il n’y
avait pas de bibliothèque, mais seulement un établissement connu sous le nom de « Chambre
Littéraire. Cette bibliothèque n’était pas publique, mais chacun des membres de la Société
pouvait à volonté, lire, emprunter des livres, et même amener un étranger. »

Des articles traitent de la bibliothèque de Lorient, le 29 mai 1931 « La grande pitié des
bibliothèques de France et de celle de Lorient en particulier », le 24 mars 1934 « Notre
bibliothèque municipale ».
Dans un texte intitulé « Au royaume des livres » du 7 novembre 1936 on peut y lire la
description et le fonctionnement de cet établissement : « le fonds composé de 26 000 ouvrages
est alors consulté quotidiennement par une cinquantaine de lecteurs, essentiellement des
habitués « vieux messieurs et quelques dames… ».

Au titre de liaison entre le journal lorientais et la bibliothèque de Lorient, deux


personnages, Léo Le Bourgo ou André Degoul qui ont été tous deux collaborateurs du
Nouvelliste et conservateurs de la bibliothèque municipale de Lorient.

Léo Le Bourgo.

Léo Le Bourgo (19/03/1886 – 30/03/1932) a collaboré de nombreuses années au


Nouvelliste du Morbihan. Il rédige la rubrique « Propos d’un Lorientais » et de nombreux
articles sur l’histoire de Lorient.

Passionné de Lorient, Docteur es lettres, professeur de seconde au Lycée Dupuy de


Lôme, membre du parti socialiste (S.F.I.O), il est élu en 1914 dans la municipalité de M
Esvelin. Il devient conservateur de la bibliothèque municipale de Lorient jusqu’en 1932.

En mai 1925 il devient conseiller municipal à Lorient, élu sur la liste du Bloc de
Gauche. Il va donc faire partie de la municipalité socialiste de M Svob, comme 1er adjoint. Il
est président de l’Amicale du Lycée de Lorient, de l’Entente universitaire du Morbihan, de la
Régionale des professeurs chargés de cours de l’Académie de Rennes. Il est aussi
conférencier à la Ligue des Droits de l’Homme, à l’Université populaire, et au Comité de
Défense Laïque.

3730
En 1776, avait paru L’Almanach Oriental, publié par Baudoin imprimeur-éditeur.
André Degoul

André Degoul est le second personnage emblématique des liens qui existent entre le
milieu culturel local, la bibliothèque municipale de Lorient et le Nouvelliste. Ces rapports
prennent corps avec la nomination d’André Degoul comme bibliothécaire de la ville en
décembre 1932.

La vie d’André Degoul est relatée dans un article du 14 décembre 1932. « Nul
événement ne pouvait plus émouvoir notre vieille maison, où il fut l’un des meilleurs ouvriers
de la première heure, l’un de ses plus fidèles rédacteurs, où il est demeuré l’un des amis les
plus sûrs. »

André, Pierre Dégoul est né à Lorient le 12 février 1870, il sera professeur de


mathématiques.

Il devient collaborateur au Nouvelliste en 1893, sous le pseudonyme de René ou


Renan Saïb. Il est chargé de la chronique théâtrale. En 1895, avec son épouse Madeleine
Desroseaux, il fonde le Clocher Breton, cette publication dure jusqu’en 1915. Il participe
activement au mouvement régionaliste breton.

Il se fait remarquer par son action en vue de conserver le menhir de Locmariaquer en


Bretagne. Il collabore à la création de l’U.R.B à Morlaix en 1898 où il est élu secrétaire de la
section littérature. Avec sa revue il milite pour tisser des liens d’amitié avec les autres nations
celtes. En contact avec le Congrès Pan celtique, il anime une série de conférences sur la
Bretagne. Il fait publier celle, donnée le 1er février 1901 à la société de géographie de Lorient,
intitulée « La Bretagne et les pays celtiques ». On lui donne le nom d’An Hader (le semeur)
lors de son entrée au Collège des Bardes.

Grand admirateur de Brizeux, il est président du Comité des fêtes organisées pour le
centenaire de la naissance du grand poète de Lorient.

En 1911, lors de l’affaire de St-Renan, il suit les dissidents et adhère à la F.R.B où il


est secrétaire de la commission « littérature bretonne de langue française » Après la fin de la
parution du Clocher Breton, il reste dans l’ombre du mouvement régionaliste, mais continue à
collaborer à la rédaction du Nouvelliste.
Conservateur de la Bibliothèque municipale de Lorient, il reçoit la médaille d’argent
de la prévoyance sociale en qualité d ’administrateur de la Caisse d’épargne de Lorient. Il est
également le Président de la section lorientaise des Hospitaliers Sauveteurs Bretons.

Après la mort de Madeleine Desroseaux, en 1939, il se retire chez un de ses fils à


Luçon. Il publie en 1943-44, sous le titre « Sur les chemins de Bretagne », les meilleures
pièces de l’œuvre poétique de son épouse. Il meurt le 7 septembre 1946.

Les écrivains trouvent une tribune naturelle dans les pages du Nouvelliste, notamment
sous la forme du feuilleton.

Le feuilleton.

Le feuilleton avait été une idée d’Emile Girardin. Il publiait en « tranche » le roman
d’un auteur en vogue. L’intérêt est que le lecteur voulant connaître la suite achète le journal la
fois suivante. Le premier feuilleton paraît le 23 octobre 1836, La vieille fille de Honoré
Balzac.

Le Nouvelliste, reprenant ce que faisaient ses prédécesseurs, publie un feuilleton dès le


début de l’année 1887.
Le journal à cette époque est, pour les familles modestes, un des rares contacts avec
l’écrit, hormis pour les enfants par l’école.

Les feuilletons des journaux sont une fenêtre ouverte sur la littérature. Cette prose est
une des rares distractions, facile d’accès et bon marché. Cette littérature, qui rentre dans
presque tous les foyers, imprègne l’esprit collectif des populations.

Destiné au public populaire, il faut une écriture facile d’accès, du suspens et des
rebondissements et même parfois quelques larmes. Certains des ces feuilletons sont tirés de
romans ou le sont devenus, d’autres n’ont jamais été édités sous une autre forme ; par
conséquent le journal est la seule trace de leur existence.

Ceci démontre, une fois encore, l’intérêt que représente la presse ancienne locale
conservée. Ce patrimoine écrit mineur est un trésor, il apporte un regard par l’intérieur sur le
vécu de notre société.

Des inconnus pour nous, peut-être célèbres en leur temps, côtoient des auteurs de
renom, Sophronime Loudier, Paul Féval, Pierre Maël, Anatole Le Bras…
Afin d’illustrer cet argument, le relevé des feuilletons qui ont paru dans Le Nouvelliste
durant ses quarante premières années est placé en annexe du mémoire.

**
*

Le Nouvelliste reflet de la culture populaire est aussi celui de la mémoire occultée,


celle d’une période qui fit table rase du passé.

1 – 5 LES ANNÉES NOIRES DU NOUVELLISTE

Au mois de septembre 1934 (article du Nouvelliste du 11/09/1934 – Le personnel du


Nouvelliste à Saint-Rivalain) Alexandre Cathrine, à l’occasion de sa nomination au grade
d’officier de la Légion d’Honneur, a invité l’ensemble de son personnel à une fête dans sa
propriété de Saint-Rivalain en Melrand. Il termine son discours par une devise prémonitoire :
travail, famille, patrie…

1940 L’occupation allemande

A partir de l’été 1940, Alexandre Cathrine, fils, se trouve à la tête d’un journal
contrôlé par la propagande allemande. Le Nouvelliste s’engage sur la voie de la collaboration,
celle dictée par le Maréchal Pétain. Le journal disparaît à la Libération, remplacé par Le
Morbihan Libéré, puis par La Liberté du Morbihan.

Le 22 juin 1940 le commandant en chef des troupes allemandes, Welcker, fait publier
ses prescriptions « A la population lorientaise » dans les colonnes du Nouvelliste. « La ville
est occupée par les troupes allemandes. J’espère que le calme et l’ordre régneront. Le travail
et la vie économique continuent et ne seront pas troublés. Chacun a le devoir d’éviter des
actes irréfléchis… ». Il annonce que l’entrée à Lorient de l’armée allemandes se fera « ce soir
après 18 heures ».

Dès le début de l’occupation un officier allemand s’installe au Nouvelliste en qualité


de censeur, accompagné d’un interprète. Le journal lorientais continue de paraître
régulièrement avec l’aval du sous-préfet Bousquet désigné comme gouverneur, Svob, Maire
de Lorient et Civel, président de la Chambre de Commerce.

Le 7 juillet, au lendemain de la déclaration d’indépendance de la Bretagne par le Parti


National Breton à Pontivy Alexandre Cathrine réagit en publiant un éditorial.

« Notre profession de foi : France d’abord ! ».

« Notre profession de foi : France d’abord !

Mission délicate, mais utile.

Depuis le 21 juin, Lorient se trouve sous l’occupation allemande.


Cette situation a entraîné pour Le Nouvelliste des conséquences…Comme ses
confrères dans toutes les villes occupées, notre journal relève du contrôle des autorités
allemandes…
Autant que quiconque nous ressentons douloureusement la défaite de notre pays et
nous nous trouvons en face d’un état de fait devant lequel nous ne pouvons que nous incliner.
Quelques lecteurs mal informés…tentent de nuire à notre journal …en propageant des
rumeurs selon lesquels Le Nouvelliste serait devenu un journal pro-allemand qui ne publie
que des communiqués allemands.
Nous tenons à protester une fois pour toutes contre ces allégations stupides et
mensongères.
Nous avons ici la prétention de faire tout notre devoir de Français, et nous ne
reconnaissons à personne le droit de juger autrement.
Dans les circonstances actuelles, nous assumons une mission particulièrement
délicate et dont nul ne soupçonne les difficultés.
Privé de toutes relations avec les agences et les milieux officiels français, de même
qu’avec nos correspondants de Paris et des principaux centres de France, nous ne disposons
plus d’aucune de nos sources ordinaires d’information.
Si nous avions obéi à notre premier mouvement, nous eussions cessé de paraître en
présence de la difficulté et du danger de notre tâche.
Cependant, cet abandon nous apparaissait comme une désertion.
Nous avons continué, en redoublant d’effort, pour informer des centaines de milliers
de lecteurs du sud de la Bretagne…
Les communiqués des autorités allemandes.

Seuls ceux qui ont intérêt à nous nuire pourraient nous reprocher de publier les
communiqués de l’autorité allemande. Ils n’en ont pas le droit.
Tous les gens doués d’un minimum d’intelligence et d’un peu de bonne foi savent que
cette publication constitue pour nous une obligation…
…En ce qui concerne tous les communiqués que nous sommes amenés à insérer, nous
dégageons entièrement notre responsabilité. Il en est de même des informations générales
dont nous indiquons scrupuleusement les sources et dont nous nous efforçons de dégager,
pour les lecteurs du Nouvelliste, l’essentiel de ce qu’ils doivent savoir pour ne pas être tenus
dans l’ignorance totale de la vie nationale et internationale…

Bretagne, province française.

Il nous faut aussi, dès aujourd’hui fixer notre attitude en ce qui concerne une autre
question très importante : celle de la Bretagne…
…Nous ne suivons pas, et nous ne suivrons jamais le Parti National Breton, ni
d’autres groupements quels qu’ils soient qui voudraient faire de la Bretagne, un état
autonome.
A aucun prix nous ne voulons être séparatistes.
Nous entendons rester Bretons et Français et nous considérons que la Bretagne doit
continuer à être partie intégrante de la France…
…Cela ne signifie pas que nous pensions que tout va pour le mieux dans la meilleure
des Bretagnes…Si nous estimons que la Bretagne doit rester française, nous sommes loin
d’être hostile à un mouvement régionaliste basé sur une conception intelligente du
fédéralisme que nous avons préconisé depuis plus de cinquante ans… »

L’article se conclut ainsi : « Nous continuerons au Nouvelliste à informer loyalement


nos lecteurs dans la mesure des moyens qui restent à notre disposition…
Nous poursuivons notre mission en nous souvenant que nous sommes des Bretons,
mais aussi des Français.

Vive la France !
Vive la Bretagne, province française !

Pour le conseil d’administration, la direction et la rédaction du Nouvelliste du


Morbihan - Alexandre Cathrine - Directeur général - Officier de la légion d’Honneur -
Ancien Combattant - Croix de guerre (5 citations). »
Les journaux sous le contrôle de la Propaganda Abteilung

Après la défaite de juin 1940, l’armée allemande contrôle les journaux dans la zone
d’occupation. La presse passe sous le droit pénal allemand ; une ordonnance interdit l’édition,
la diffusion de tracts, la publication de journaux pouvant être nuisibles au Reich.

Pendant l’Occupation la presse est directement contrôlée. La Propaganda Abteilung


est vigilante sur la nature de l’information à diffuser.

En zone Sud, le gouvernement de Vichy, dès le 22 novembre 1940 demande aux


directeurs des journaux de défendre la politique de collaboration. Une étroite censure est
instaurée, l’autorisation préalable est rétablie, le rationnement de papier est organisé, le format
est réduit de 50%. La Loi du 2 juin 1941 interdit aux juifs toute profession journalistique.
Un ensemble de mesures renforce le contrôle de la presse pour assurer la
communication et l’image de la politique du Maréchal Pétain ; des fonctionnaires vont jusqu’à
décider de la mise en page des informations.

Peu à peu la mise sous tutelle de la presse française est totale, les autorités allemandes
et le régime de Vichy contrôlent tout ce qui concerne les journaux, la fabrication, les finances
et l’information.

Les Allemands considèrent la presse comme le meilleur véhicule de leur propagande.


Les populations achètent ces journaux sous influence. Ils sont l’unique moyen d’avoir des
nouvelles locales, les arrêtés préfectoraux, les prix des denrées et la réglementation du
ravitaillement.

Les services de la Censure.

La propagande, d'après Hitler, devait par la séduction et par des propos simples et
frappants amener les masses à adhérer au régime nazi. Le rôle de la propagande était de
contrôler les esprits. Cette action nécessitait une stricte censure de la presse et de tous les
autres modes d'information : afin de ne pas laisser le champ à la critique ou à la libre pensée.
C'est à cette fin que fut mise sur pied en avril 1940 la Propaganda -Abteilung. Elle relève dans
un premier temps de la section Ic du service de renseignement de l'armée. En 1942, elle est
rattachée au commandement militaire. Elle possède des services régionaux dans chacune des
quatre zones (Bezirke) d'occupation : les Propaganda-Staffeln. En 1942, cette dernière
contrôle 22 journaux quotidiens d'un tirage global de 1 250 000 exemplaires, 150
hebdomadaires et plus de 500 mensuels.
Le poids de la propagande nazie se fait rapidement sentir sur le Nouvelliste. Le 15
septembre 1940, sur toute la page trois est repris le « discours du Führer prononcé au palais
des sports de Berlin pour l’inauguration de la VIIIe campagne du secours d’hiver. »

Lorient au cœur de la tragédie

Le 29 septembre 1940, Le Nouvelliste relate le premier bombardement aérien anglais


sur Lorient : « L’attaque perfide de cette nuit a fait un grand nombre de victimes parmi notre
population civile…Tragique bilan…Au début de cet après-midi, le bilan de l’attaque aérienne
anglaise s’établissait pour Lorient et sa population civile : tués, 23 / disparus, 1 / le nombre
des blessés connus dépasse 25 / une quinzaine d’immeubles sont entièrement détruits / une
centaine d’autres immeubles ont été touchés par des projectiles et sont considérés comme
partiellement habitables / plusieurs centaines de Lorientais sont sans abris. »

Ce premier raid aérien marque Lorient comme zone de guerre, après que la
Kriegsmarine a établi sa base de sous-marins. Les bunkers géants dont la construction se
profile vont sceller le destin tragique de Lorient au début de 1943, et, après août 1944,
transformer la ville en ligne de front jusqu’au 10 mai 1945.

L’antisémitisme relayé par le Nouvelliste.

Le 13 octobre, on peut lire dans Le Nouvelliste « Une affiche spéciale désignera les
entreprises juives…Judisches geschaeft – Entreprise juive…On trouve ces pancartes au
Nouvelliste au prix de 5 francs. »

Le 19 octobre, paraît en première page : « Le statut des juifs a été publié ce matin ».

Le lendemain, un article du Nouvelliste titre « Autour du statut des juifs / Réaction


nécessaire de Défense Nationale ». Le contenu est clairement antisémite : « …Le problème
juif ne se limite pas seulement à la France…cette race répandue de par le monde ne s’est
jamais laissée assimiler…dans le même pays depuis plusieurs générations, les juifs peuvent
avoir adopté la langue ; ils n’en restent pas moins Juifs…La minorité juive tendait à
s’emparer des principaux leviers de commande sur le plan intellectuel, artistique, politique et
financier…
Dans sa détresse actuelle, la France doit placer son espoir dans le développement de
son génie national authentique, et le retour à ses traditions. Elle doit donc réserver les
fonctions sociales d’autorité, de gestion, de formation des intelligences, d’orientation de
l’opinion, aux Français dont les ancêtres sont issus de notre glèbe. »

Le 27 juin 1942 un article du Nouvelliste apporte des précisions sur « le port de l’étoile
juive ».

Printemps 1941, exil discret d’Alexandre Cathrine

Les premiers mois de l’occupation Alexandre Cathrine est en bons termes avec les
troupes d’occupation, mais à partir de 1941, hostile aux autonomistes bretons soutenus par les
Allemands, il rechigne de plus en plus à se soumettre ; comme cela est évoqué dans le
chapitre le concernant.
Il quitte la direction de la Société de Presse de Basse-Bretagne et demeure en
résidence surveillée loin de Lorient. Remplacé par un homme de confiance Marcel-Gabriel
Borde de mai à septembre 1941, il voit échapper toute influence sur ses journaux par la prise
en main par Saulnier, plus complaisant avec l’occupant.

Aucun de ces changements n’est relaté dans le Nouvelliste. La rédaction continue son
travail avec fatalisme, le journal lorientais s’est fait le relais sans état d’âme ni conviction de
l’information officielle depuis l’armistice. En 1940 le rédacteur en chef Charles. Bihan, il
cède la place en 1942 à Amédé. Juhel. Il va suivre la ligne du Maréchal Pétain et de Pierre
Laval jusqu’à la libération. Il est arrêté le 4 août 1944.

La collaboration

Le samedi 12 octobre 1940, s’étalant sur toute la première page : « Le Maréchal


Pétain expose à la Nation les grandes lignes de la Révolution Nationale…La Charte de la
France nouvelle », puis, le 1er novembre : « Après la rencontre historique de Tours / C’est
moi seul que l’histoire jugera a déclaré hier soir le Maréchal Pétain…C’est dans l’honneur
que j’entre dans la voie de la collaboration…La collaboration franco-allemande, premier pas
vers la collaboration européenne. »

En janvier 1941 on voit dans les pages du Nouvelliste une publicité, en allemand, pour
le Pariser Zeitung, Das grosse tägliche informationsblatt mit Politik, Kultur, Sport,
Unterhaltung, Wirtschaft (preis : 2 franken) / Le grand quotidien d’information / politique,
sports, arts et littérature, économie et finances. A partir du 15 janvier – En vente partout.
La bonne entente avec l’occupant s’étale donc ainsi en toute bonne conscience.
Le cours événementiel de la guerre est relaté selon les normes de la propagande
allemande ; le 17 mars 1942 on peut apprendre qu’Hitler annonce que « les hordes
bolcheviques seront anéanties au cours de l’été prochain ».
L’attaque des commandos anglais sur Saint Nazaire est relaté le 29 mars 1942 :
« grave échec d’une tentative anglaise de débarquement dans la baie de Saint Nazaire… ».

La bataille de l’Atlantique, dont Lorient est un des pivots essentiels, emplit les
colonnes du journal, les chiffres des tonnages alliés coulés sont fournis : « Au cours du mois
de mai (1942) les sous-marins allemands ont coulé 140 navires marchands alliés jaugeant
777 400 tonnes… ».

Dans le rapport d’activité du XXVe Corps d’Armée Allemand qui occupe la Bretagne,
on peut lire le commentaire suivant38 : « …la presse française fait ressortir particulièrement
les succès des sous-marins allemands. » Un peu plus tard39, il est noté : « La suppression de
la ligne de démarcation fait l’objet de manchettes et est accueillie très favorablement…tous
les journaux prennent position contre les actes de sabotage… »

Le dimanche 29 novembre 1942, à propos du drame de Toulon et de la disparition de


la zone « libre » il est déclaré dans le Nouvelliste : « Des généraux et des amiraux français
ayant une fois de plus manqué aux engagements qu’ils avaient pris sur l’honneur, le
chancelier Hitler ordonne l’occupation du camp retranché de Toulon et la démobilisation de
l’armée d’Armistice ». Ce titre était suivi d’un message du Führer au Maréchal Pétain.

Quelques jours plus tard une déclaration de Pierre Laval, relayée par la rédaction du
Nouvelliste, précise : « C’est une guerre de religion. La victoire de l’Allemagne empêchera
notre civilisation de sombrer dans le communisme. La victoire des Américains serait le
triomphe des Juifs et des communistes… »

Les actions de la Résistance sont parfois évoquées. Le vendredi 11 septembre 1942 il


est fait mention de « trois attentats terroristes » perpétrés à Lorient (23 h 20 – Le Francisme, 0
h 45 – La Légion Tricolore, 2 h 10 – Commissariat spécial).

3831
3 décembre 1942
3932
le 2 mars 1943
Une base allemande très discrète.

A propos de la construction de la base des sous-marins de Lorient et des travaux sous


le contrôle de l’Organisation Todt, le Nouvelliste reste très discret.

Le 10 février 1942, dans une courte biographie du « Docteur Todt » publié à


l’occasion de sa disparition dans un accident d’avion la base des sous-marins est évoquée à
mots couverts : « …Mais en particulier à Lorient, nous avons pu nous rendre compte des
gigantesques réalisations du Dr Todt et de ses collaborateurs. Sans trahir des secrets d’ordre
militaire, on peut dire que des travaux de cette importance auraient nécessité en France (sic)
un temps beaucoup plus long et que la concentration dans les mains des techniciens de toutes
les branches de la construction a donné de très bons résultats. Les bâtiments de béton armé
surgissent littéralement de terre… »

Par contre, le secret s’estompe lorsque que les circonstances donnent la primauté à la
diffusion de communiqués aux ouvriers français, la Kriegsmarine annonce le 22 janvier 1943,
au cœur des vagues de bombardements sur Lorient.

« Avis aux ouvriers de la Kriegsmarinewerft


1° ) Vous devez recommencer le travail sans délai.
2° ) En cas d’alerte vous serez prévenus à l’avance.
3° ) Les abris allemands seront toujours à votre disposition.
4 °) Les ouvriers travaillant à la Kriegsmarinewerft toucheront une prime dont le
montant atteindra la valeur de deux semaines…Tous les ouvriers occupés par les firmes
allemandes travaillant pour la Kriegsmarinewerft toucheront aussi la prime sus-indiquée…
…LE TRAVAIL DOIT ETRE REPRIS SANS DELAI.
Lorient le 20 janvier 1943. - Le directeur général de la Kriegsmarinewerft. »
Un peu plus bas sur la même page :
« Manœuvres, mécaniciens, ajusteurs, interprètes, selliers, couvreurs, femmes de
ménage, serveuses, cuisiniers et cuisinières et parmi les démobilisés seulement : chauffeurs
d’autos. / Logement et nourriture assurés après embauche. Les postulants qui s’engageront
au cours de la première semaine qui suivra la parution de la présente annonce seront
gratifiés d’une bonification spéciale. S’adresser :
KRIEGSMARINEWERFT
ARBEITERAMT DE LORIENT
Bureau d’embauche français
10, place Bisson.
1943 destruction de Lorient, l’exil du Nouvelliste

Dans un des derniers numéros du Nouvelliste publié à Lorient, le témoignage d’un


journaliste Jean Klein nous apporte des éléments sur le désespoir et le découragement
ressentis par les Lorientais durement touchés par la guerre.

« Quelle vie !…

Voilà deux mots que l’on entend sortir de bien des bouches…
Le destin nous a accablé. Beaucoup d’entre nous ont tout perdu.
La ruine et la mort planent sur notre malheureuse citée, au-dessus de laquelle elles
constituent un écran lugubre qui absorbe la lumière de venir et l’empêche de venir jusqu’à
nous.
Dans les rues, sur les routes encombrées, partout les visages des Lorientais portent
l’empreinte indélébile de la catastrophe qui nous a frappé….
…Soyons donc fier et fort dans le malheur. Acceptons avec stoïcisme les épreuves que
nous subissons et envisageons avec calme et courage celle que nous prépare l’avenir.
Nos maisons se sont effondrées, nos foyers ne sont plus que des pierres noircies et
fumantes. En quelques heures, se sont engloutis les fruits péniblement accumulés de toute une
vie de labeur. Nos écoles, nos hôpitaux, nos églises gisent en un indescriptible chaos,
tragiques linceul des membres brisés, des corps déchiquetés, morcelés, sanglant de plus
d’une centaine de nos amis, de nos parents…
…Attachons-nous à retrouver le calme et le sang-froid qui sont l’apanage des esprits
forts et biens équilibrés. Nous reconstruirons nos maisons, nous retrouverons nos foyers
impitoyablement dispersés, nous travaillerons sans jamais douter de nous-mêmes ni du
résulta final.
Nos glorieux ancêtres nous ont laissé un patrimoine de gloire au quel nous devons
faire honneur pour que dans l’avenir, nos fils puissent à leur tour puiser dans notre souvenir,
les forces vives de leur existence, et trouver dans l’exemple des sacrifiés de janvier 1943, la
continuité des vertus millénaire d’une race puissante entre toutes…

Et jamais plus, m’entendez-vous, JAMAIS, vos bouches de Celtes endurcis par les
deuils, les souffrances et les privations ne devront laisser échapper ces deux mots qui
engendrent le découragement : « Quelle vie ! »

Jean Klein »
Si la fatalité et la brutalité de la guerre sont en toile de fond dans ce qu’écrit
l’éditorialiste, il est nullement fait mention des forces militaires ayant causé ces dégâts. Doit-
on déduire que cette non-citation de l’aviation alliée indique que les Lorientais étaient bien
conscients de la responsabilité des Allemands et que leur machine de guerre installée au cœur
et à la périphérie de Lorient marquait leur ville comme une cible.

Certes, à la fin du texte il est fait mention « de la continuité millénaire d’une race
puissante entre toute », celle des Celtes. Cela semble plus être du ressort de la rhétorique
qu’un argument raciste ou autonomiste breton.

C’est un texte qui semble révélateur, à ce tournant de la guerre, et dans des


circonstances particulièrement pénibles pour la population civile. Le Nouvelliste n’est pas
engagé dans l’idéologie de la collaboration, mais subit la pression de l’occupant et relate au
mieux les informations qu’il peut contrôler.

Le samedi 30 janvier 1943 le Nouvelliste du Morbihan annonce que les services du


journal fonctionnent désormais à Vannes.

« Le Nouvelliste du Morbihan paraît à Vannes.

Avec un personnel réduit replié…le Nouvelliste paraît aujourd’hui pour la première


fois à Vannes.
Ce n’est pas sans serrement de cœur qu’une partie de la rédaction et du personnel
technique de notre journal a quitté les salles et les ateliers, constamment améliorés où la
plupart d'entre eux ont travaillé des années durant.
Ce n’est pas sans tristesse qu’ils ont laissé derrière eux une ville d’autant plus chère
qu’elle est meurtrie.
Les circonstances nécessitent impérieusement ce sacrifice. Pour que le Nouvelliste pût
continuer l’œuvre à laquelle ses collaborateurs se sont consacrés avec passion depuis sa
fondation, il fallait assurer sa parution régulière et normale… »

Le Nouvelliste s’organise dans la précarité. La Kommandantur fait déménager le


matériel du journal pour l’installer à Vannes à l’imprimerie Mahéo, 5 place du Champ de
Foire.
L’organe de presse des Lorientais, touché de plein fouet par les destructions, a replié
l’ensemble de ses services. Il réussit, malgré tout, le tour de force de reparaître, mais la
distribution du journal délocalisé est totalement à restructurer, les abonnés doivent attendre un
certain temps avant de recevoir, à nouveau régulièrement leur journal.
Transformé par la force des choses en l’organe de presse d’une communauté dispersée
le Nouvelliste apporte aux sinistrés lorientais des renseignements pratiques après la
destruction de leur ville.

Mais, devenu un organe de la propagande efficace de l’occupant, car très lu, il en


diffuse fidèlement les communiqués militaires : « Les armées du front de l’Est ont repoussé
toutes les attaques massives des Soviets…L’héroïque résistance des défenseurs de
Stalingrad… L’Allemagne en guerre – La mobilisation de la main-d’œuvre pour la guerre
totale ».

La situation matérielle du journal s’est améliorée, le mercredi 3 mars 1943 la rédaction


du Nouvelliste communique, confirmant son nouveau rôle.

« A nos lecteurs, à nos abonnés, à nos dépositaires. (administration 10, rue Joseph Le
Brix, rédaction 5, place du Champ de Foire / Vannes),

Un mois vient de passer. Un mois au cours duquel le Nouvelliste du Morbihan, replié


à Vannes, a connu des difficultés dont il faut être du « bâtiment » pour mesurer l’ampleur.
Notre premier soin, en arrivant dans notre ville d’adoption, a été d’assurer la
parution régulière de notre journal. Ce n’était pas tâche aisée avec les moyens dont nous
disposions et, si le Nouvelliste a justifié son titre de quotidien, il n’a pu le faire qu’en
sacrifiant une grande partie de son tirage.
Ainsi s’explique que des milliers de nos lecteurs répartis dans tous les coins du
Morbihan et du Finistère aient été momentanément privés de leur journal ; ainsi s’explique
aussi l’interruption de nos services aux abonnés…
…Aujourd’hui après un mois d’effort persévérant, le Nouvelliste du Morbihan paraît
sur un format agrandi, dont nous ne savons pas nous-mêmes combien de temps il le
conservera, et dans des conditions qui lui permette de reprendre son tirage normal…
…Outre son rôle d’informateur, le Nouvelliste doit jouer, en ces circonstances
douloureuses, un rôle sinon plus élevé, du moins plus humain : celui de trait d’union entre
tous ses lecteurs que l’exode a dispersés, mais qu’a uni le malheur commun. Ce rôle, il est
décidé à le remplir de toutes ses forces et avec tout l’amour qui l’attache à sa ville en ruines,
toute la sollicitude affectueuse qui le lie à ses compatriotes…
…Que nul n’hésite à nous faire part de ses suggestions et de toutes les nouvelles qui
peuvent intéresser la vie des réfugiés. Que chacun conserve présente à l’esprit cette vérité
qu’à son exemple des milliers de ses compatriotes attendent d’être renseignés sur le sort de
parents, d’amis ou même simplement de compatriotes.
Ainsi dans le cadre de ses informations générales et de ses informations
départementales dont il ne sous-estime pas l’importance et auxquelles il continuera
d’apporter tous ses soins, le Nouvelliste du Morbihan restera avec l’aide de ses lecteurs, le
Nouvelliste de Lorient, reflet de la vie locale et trait d’union de milliers de Lorientais. »

Août 1944, la fin du journal

Le vendredi 04 août 1944 le Nouvelliste évoque une dernière fois « La bataille sur le
front d’invasion ». Les nouvelles sont celles des communiqués allemands.

Le samedi 05 août, le ton change radicalement « Nous sommes libérés ! », le journal


annonce la libération de Vannes la veille, « M. le préfet Constant a hissé les trois couleurs sur
la façade de la préfecture ».

Jean Klein, dans un éditorial, écrit : « …Pendant ces dures années d’occupation, vous
avez dû subir passivement la loi souvent brutale, de l’occupant. Vous ne pouviez pas
extérioriser vos sentiments…
Ceux qui aujourd’hui, écrivent librement, dans ce journal étaient eux aussi sous le
joug d’une censure qui leur interdisait le moindre écart.
Aujourd’hui, ce cauchemar est terminé ….
Nous sommes libres, entendez-vous, libres !…

Ce journal sera désormais, le reflet exact de vos pensées à tous et à toutes…


Mais avant de terminer ce « papier », hâtivement écrit, je vous demande à tous,
comme le font par ailleurs le colonel Morice, chef des Forces Françaises de l’Intérieur du
département du Morbihan, et M. Constant, Préfet du Morbihan, de conserver votre calme et
votre dignité… »

Le Nouvelliste, porte-parole de l’occupant doit se taire. Le pays après quatre ans de


fractures idéologiques, de lâcheté, de courage ou d’héroïsme de dernière heure, ne peut laisser
de place au double langage. Le journal, coupable, bien que non responsable n’a plus le droit
d’exister. Les responsables de presse, d’avant 1939, vont dénoncer la spoliation dont ils sont
victimes ; leurs successeurs, membres de la Résistance, les accusant de trahison. La France
qui renaît se doit d’avoir des titres de journaux qui reflètent la victoire et son honneur
retrouvé.
L’avant-dernier numéro du Nouvelliste
Le Morbihan libéré.

Le lendemain 06 août, le Nouvelliste cédait la place à un autre journal, Le Morbihan


Libéré, au sous-titre Tous unis – Pour la Patrie – Face à l’ennemi.

Jean Le Duigou, en première page explique ainsi l’apparition de ce journal :


« …Vingt quatre heures se sont passées que le spectre de l’occupation ennemie s’est
évanoui dans l’aube miraculeuse de notre libération. Et déjà dans le Morbihan la main de la
justice s’abat lourdement, et d’abord sur notre profession.
Je n’ai pas, ici, on le comprendra, ni à juger, ni à accabler.
Dans le Morbihan, comme ailleurs, tous les journaux qui ont paru sous l’occupation
allemande sont frappés d’interdiction.
Cette extrême rigueur qui frappe pareillement tous les organes où la Résistance a
trouvé de nombreux militants et martyrs, est un gage de l’esprit vraiment rénovateur qui
marque dès le début l’ère de la libération…
Le journal est devenu le pain quotidien de l’esprit, aussi indispensable que l’autre, on
l’a vu pendant quatre ans et quelque indigeste qu’il fut pareillement devenu. Le Morbihan
libéré démarre ce soir. Ses prétentions sont modestes. Ses moyens et sa durée limitée. C’est
un organe de transition qui s’efforcera de pourvoir, avec les moyens du bord, aux nécessités
d’une information haletante… »

Le dimanche 20 août 1944 paraît le dernier numéro (n°14) du Morbihan Libéré. Jean
Le Duigou annonce : « Lundi, Le Morbihan Libéré paraîtra sous son titre définitif La Liberté
du Morbihan » ; une page de l’histoire de la presse du Morbihan était tournée.
Août 1944, l’après Nouvelliste
Le procès d’épuration du Nouvelliste

Le contexte général

La Libération génère la création d’une multitude de nouveaux quotidiens, tant à Paris


qu’en province, remplaçant ceux qui ont collaboré. Ouest France remplace l’Ouest Eclair et
La Liberté du Morbihan succède au Nouvelliste du Morbihan.

La liberté de la presse est rétablie, mais une ordonnance du 30 septembre 1944 qui
règle provisoirement le régime de la presse a pour principal objet d’empêcher la parution des
organes ayant subsisté sous l’Occupation. L’interdiction s’applique à l’usage du titre et à
l’utilisation des installations et de l’outillage. Les propriétaires des journaux sont dépossédés
de leur bien qui sont placés sous séquestre. Les locaux et les machines sont attribuées à titre
locatif aux organes de presse issus de la Résistance.

Deux ordonnances de janvier 1945 confirment la suppression des titres ayant paru sous
l’Occupation, car ayant servi à la propagande nazie. Ils sont considérés comme traîtres à la
Patrie. Seuls des journaux bénéficiant de non-lieux lors des procès d’épuration pourront
reparaître sous leur forme initiale. Une ordonnance de mars 1945 fixe à nouveau les
conditions d’épuration de la presse française et fixe les conditions d’obtention d’une carte de
journaliste. Aux lendemains de la Libération les nouveaux titres paraissent sous format réduit
en raison de graves difficultés d’approvisionnement en papier.

Le cas du Nouvelliste

Fin juin 1940, le journal est soumis aux contraintes de la propagande allemande. Il
reste jusqu’à la veille de la libération de Vannes, le fidèle relais de l’information officielle de
l’occupant et de Vichy.

Au printemps 1945 démarre à Vannes le procès d’épuration mettant en cause la société


d’édition du Nouvelliste pour collaboration et profits avec l’ennemi.

Des débats confus, une atmosphère pesante, des magistrats ayant siégé sous
l’occupation, ne mettent pas en évidence de culpabilité flagrante, mais soulignent une absence
d’esprit de résistance. La rédaction du journal n’a jamais tenté de contourner la propagande ou
la censure.
Au terme de son existence légale, la société est en bonne santé financière. La guerre
n’a pas freiné ses activités. Le chiffre d’affaires réalisé par l’imprimerie s’est élevé à trente
millions de francs, dont six avec l’occupant.
Le comité de confiscation des profits illicites du Morbihan prononce le 1 er juin 1945,
une confiscation de 3 254 594 francs, et une amende de 14 097 480 francs. En outre, il lui est
reproché d’avoir bénéficié des largesses de l’Office allemand des papiers, d’avoir bénéficié
d’une dotation de papier, cartonnage, et matériaux divers plus importante que ses concurrents.
De plus, au terme du procès le 8 novembre 1945, les biens de « La Société de Presse
de Basse Bretagne » sont confisqués à hauteur de 20 % de leur valeur.

Alexandre Cathrine, comme cela est évoqué dans le chapitre le concernant, est
condamné, le 26 juillet 1945 à 120 000 francs d’amende et cinq ans d’indignité nationale.

Saulnier le responsable en titre de la Société de Presse de Basse-Bretagne depuis


septembre 1941, sur qui pèsent des charges de collaboration avec l’ennemi, écope de six ans
de travaux forcés. Il est soumis à l’indignité nationale à vie et à la confiscation de ses biens.

**
*

La messe est dite, le Nouvelliste est désormais une collection morte. Ce titre archivé
est le témoin du passé. La vie du journal reflète l’histoire de la presse d’information en
Bretagne, sous la Troisième République. Cet ensemble documentaire sur Lorient et le
Morbihan prend une valeur de patrimoine et de conservatoire de la mémoire collective.
Mais cet héritage fragilisé par la nature même de son support, le papier journal, est en
péril. Il va être au cœur de l’enjeu d’une opération de sauvegarde et de diffusion de la presse
ancienne régionale bretonne.
II Le plan de microfilmage et de numérisation de la
Presse ancienne du Morbihan, une opération
d’envergure pour la sauvegarde et la diffusion du
patrimoine écrit.

La presse ancienne, véritable patrimoine écrit, est une source documentaire pour
l’histoire. Mais les journaux conservés par les centres d’archives et les bibliothèques sont
condamnés à disparaître, rongés par un feu silencieux.

Une action de sauvegarde de ce type d’imprimés, au plan départemental, ne peut


s’envisager que sous la forme d’un partenariat entre les différentes institutions culturelles. Il
est nécessaire de mobiliser des moyens financiers et techniques importants.

Il faut pouvoir à la fois conserver les collections archivées, afin de la transmettre aux
générations qui nous suivent et de les communiquer au public d’aujourd’hui.

La préservation de l’écrit par le transfert sur un support de substitution passe par la


combinaison de deux moyens, le microfilmage et la numérisation.

Le microfilmage assure la conservation. Les journaux originaux sont photographiés, le


risque de la perte du texte est écarté.
La numérisation fixe ces images sur un support électronique. Certaines institutions
n’ont retenu que cette formule, mais un doute subsiste sur le devenir de ce type d’archivage à
long terme. Le microfilmage, en premier lieu, assure la sécurité d’un transfert sur un support
analogique dont la longévité est garantie.

C’est en adoptant cette stratégie à double volet que le plan de microfilmage et de


numérisation de la presse ancienne du Morbihan a été établi.
2 – 1 LES COLLECTIONS DE PRESSE ANCIENNE DE LA MÉDIATHÈQUE DE LORIENT :
UN PATRIMOINE VIVANT.

La bibliothèque municipale de Lorient s’est constituée au cours du XIX e siècle, sans


avoir bénéficié des apports de collections des saisies révolutionnaires.

Elle a dans un premier temps fonction d’archives de la mairie, puis évolue comme
pôle documentaire par l’acquisition, financée par le gouvernement en 1834, de certains
ouvrages de référence (Grand et Nouvel Atlas physique, Atlas de l’hydrographie française,
Histoire des guerres civiles, Trésor de la langue grecque…).

En 1835 des crédits sont demandés pour la reliure de conservation et pour la fondation
d’une bibliothèque. En 1837, le maire propose la création d’un poste d’archiviste –
bibliothécaire.

La bibliothèque prend corps en 1842. La municipalité de Lorient dote l’Hôtel de Ville


d’un magasin destiné aux livres donnés par l’Etat pour accompagner le développement du
collège royal.

Le 6 juillet 1844, Lorient rachète les 1 562 volumes de la Chambre de Lecture créée
en 1783 par la bourgeoisie du Siècle des Lumières. Mais en 1846, la bibliothèque n’est pas
encore ouverte au public, ne disposant pas de fonds suffisant pour ses frais d’installation.

Il faut attendre le Second Empire, 1860, pour que la bibliothèque ouvre régulièrement,
avec à sa direction un responsable permanent. A la fin du siècle elle enrichit son fonds, par la
donation Guieysse, de 1 000 volumes40.

La constitution des collections de presse par la bibliothèque municipale de Lorient


s’organise sous l’égide du premier bibliothécaire en titre. Le plus ancien des journaux locaux
archivés dont il est fait mention est Les Affiches de Lorient de 182941 et L’Abeille de 1842.
L’intérêt des bibliothécaires de Lorient pour la conservation de la presse s’affirme
sous la direction de Léo Le Bourgo, puis André Degoul, tous deux, tour à tour, collaborateur
du Nouvelliste du Morbihan, puis bibliothécaire municipal à Lorient.
4033
Cité dans les différents historiques de la bibliothèques municipales de Lorient.
4134
Journal cité dans le rapport de stage de Claudien Havard – CAPES 1981 CPR de Rennes / ce titre
n’est plus présent dans les collections archivées en 1998.
La collection de presse locale de la bibliothèque de Lorient est reconnue, exploitée par
les historiens, les journalistes, elle est consultée par le public, au fur et à mesure de sa
constitution.

« La tombe des journaux lorientais »

Le jeudi 4 février 1932 un journaliste du Nouvelliste du Morbihan, J.-M. Simon, fait


paraître un article intitulé « La tombe des journaux lorientais », les sous-titres en sont « La
collection de la presse locale à notre bibliothèque - Organes du passé et du présent -
Leur conservation - Qui les consulte ? »

Ce texte écrit il y a près de 70 ans, reconnaît aux collections de presse locale


constituées et conservées par la bibliothèque municipale de Lorient leur valeur de patrimoine
culturel et historique. C’est en effet un patrimoine issu du travail d’archivage par des
bibliothécaires soucieux de la conservation de leurs collections et de l'accessibilité au public
de cette source documentaire.

Le contenu intégral de cet article est repris, il pose déjà les fondements de la logique
qui a initié la mise en place du plan de microfilmage et de numérisation de la presse ancienne
du Morbihan.

« Je ne sais plus quel écrivain à dit un jour qu'un « journal c'était la vie en marche. »
On pourrait ajouter : « de la vie qui passe », de la vie qui serait oubliée si, quotidiennement,
ne sortaient des machines d’imprimerie les feuilles de papier blanches, couvertes de lettres
noires constituant des articles, des chroniques, des informations.

Les fouilles et les découvertes de Pompéï ont plus fait pour nous initier à la vie
romaine que tous les ouvrages réunis des annalistes, des poètes, des prosateurs latins. Aussi
bien, dans les temps à venir, celui qui tâchera de connaître à fond l’histoire intime de notre
pays, devra la chercher non dans les « mémoires » publiés par nos grands hommes, – ou
prétendus tel, – mais dans les collections des journaux. Cela surtout au point de vue local, et
de « la petite histoire », à laquelle Michelet rendait hommage, qu’il appréciait, reconnaissant
qu’elle lui avait fourni la part la plus considérable de sa documentation.

Or, cette petite histoire, les journaux locaux l’enregistrent, heure par heure, pour
ainsi dire, datant les faits, signalant les rues où ils se déroulent. Lorsqu’en 2932, un érudit
désirera publier un article sur le réveillon de 1932, avec quel plaisir amusé ne découvrira-t-il
pas le compte rendu de la Correctionnelle de lundi et lira-t-il pas l’aventure de la demoiselle
du Royal-Dancing ? Si, dans cent ans, un technicien de marine marchande veut se
documenter sur le mouvement de nos ports de commerce et de pêche, c’est encore dans les
journaux qu’il puisera ses renseignements.

LES COLLECTIONS.

Mais, nous demanderont de nombreux lecteurs, qui collectionne les journaux ? Un


journal, on l’achète, on le lit… Et puis, la feuille de papier suit sa destinée vers la
destruction. Elle sert à envelopper des marchandises de toutes sortes, à maints usages. On
peut affirmer que personne ne garde les journaux. Aussi, les collections sont-elles
excessivement rares. On ne les trouve complètes, ou à peu près complètes que dans les
bureaux des vieux organes comme le « Nouvelliste du Morbihan » et dans les bibliothèques.

A LA BIBLIOTHEQUE

Les bibliothèques de nos villes départementales sont les tombes des journaux locaux,
tombes s’ouvrant de temps à autre, au gré des curieux et des chercheurs.
La bibliothèque de Lorient possède une magnifique collection bien entretenue, bien
classée. Elle est installée au deuxième étage. Reliées ou sous de solides couvertures, toutes
les feuilles lorientaises qui sont nées et sont mortes, toutes celles encore de ce monde
apportant chaque soir un exemplaire au tas grossissant, sont là dans des casiers spéciaux, les
mettant autant que possible à l’abri de la poussière et de la dent des rongeurs, des… rats de
bibliothèques, les vrais rats.
Nous voyons-là : l’Abeille de Lorient (1866 à 1872), le Courrier de Bretagne (1859 à
1886), le Journal du Morbihan (1871 à 1879), l’Avenir de Bretagne (1886 à 1896), le Phare
de Bretagne, la Croix du Morbihan, la Liberté Morbihannaise, le Morbihannais (1879 à
1905), et encore : la République du Morbihan, la Dépêche de Lorient, la Vérité Lorientaise,
le Réveil du Morbihan (1903 à 1905), le Petit Lorientais, l’Indépendant de Bretagne, etc…,
etc…, toutes feuilles disparues, après une existence de quelques semaines ou de quelques
années, dont les noms seraient totalement oubliés si la bibliothèque n’avait pas ces
collections.
Naturellement, le Nouvelliste du Morbihan, plus vivant que jamais, lui détient le
record puisqu’il figure à la Bibliothèque depuis le 2 janvier 1887.

LA CONSERVATION.
On veille à la bibliothèque de Lorient avec un soin jaloux, une sollicitude réelle, sur la
conservation des journaux locaux. Les collections, nous l’avons dit, sont en excellent état, – à
part peut-être une ou deux années, et cela pour des causes indépendantes des bibliothécaires
– bien classées, déposées en sûreté. Bien plus, un jeu de fiches a été établi, véritable état-civil
des journaux, portant indication de leurs dates de parution et de cessation, les noms des
directeurs et des imprimeurs. Cette richesse d’histoire locale est ainsi mise, de façon
méthodique, à la disposition du public.

QUI CONSULTE LES COLLECTIONS ?

Au cours de notre petite enquête, nous demandons à M. Jaffré, la sympathique sous-


bibliothécaire dont tous les habitués de notre établissement municipal reconnaissent
l’amabilité, toujours prête à rendre service à qui s’adresse à elle :
– Les collections des journaux sont-elles fréquemment consultées ? …
– Assez, nous répond M. Jaffré …Par des érudits locaux, par des lorientais ayant à
procéder à des recherches sur leur famille, et surtout par… Devinez ? …
–???
– Par des journalistes, ajoute M. Jaffré…
Et ce renseignement n’est pas pour nous déplaire… Osons espérer que, dans des
siècles futurs des confrères viendront fouiller dans nos articles et s’y documenter…
Confraternité posthume, de notre part, mais sympathie de métier tout de même !

J.-M. Simon. »

Bilan de l’état du fonds

La Médiathèque de Lorient conserve un ensemble de titres de journaux morbihannais,


véritables rescapés de la Seconde Guerre mondiale.

Le tableau ci-dessous présente la cinquantaine de titres de périodiques anciens


archivés dans les réserves de l’établissement au démarrage du plan de microfilmage et de
numérisation42.

4235
Cette liste n’est plus à jour en 2001, car la bibliothécaire, responsable du fonds breton mène une
politique d’acquisition active, et le fonds des collections patrimoniales s’enrichit régulièrement ; telle
l’arrivée récente du Clocher breton (1895-1915)d’André Degoul et Madeleine des Roseaux.
Titre Années
Le Journal de Lorient 1847 à 1848

Patriote Breton 1848

L’Union démocratique 1848 à 1849

Journaux regroupés sous


L’Abeille de Lorient 1849 à 1868 l’intitulé
L’Abeille
Gazette de la Bretagne 1869

Gazette du Morbihan 1871 à 1872

Journal du Morbihan 1872 à 1879

Le Morbihannais 1879 à 1917 il y a des n° manquants


dans la collection

Courrier des campagnes 1872 à 1907 il y a des n° manquants


dans la collection
La Vérité Lorientaise 1898
La Démocratie du Morbihan 1909 à 1910
L’Echo du Morbihan 1908 il y a des n° manquants
dans la collection
La Croix du Morbihan 1908
L’Action Républicaine 1908 à 1911
La Liberté 1886 à 1893
Le Petit Phare 1888
Avenir du Morbihan 1871 à 1890 il y a des n° manquants
dans la collection
Phare du Morbihan 1879

Phare de Bretagne 1881 à 1896


L’Indépendant 1890 - 1892
L’indépendance Républicaine 1912 à 1913
1914
Le progrès du Morbihan 1887 à 1888
La Croix du Morbihan et la Liberté du 1893 à 1895
Morbihan

La Croix du Morbihan 1898


1899 à 1906
L’Union Libérale du Morbihan 1905 à 1907
1899 à 1900
Le Rappel du Morbihan 1911 à 1914
1926 à 1927
1928 à 1938
La Bretagne 1886 à 1887

L’Union Agricole du Finistère 1886


Union Républicaine du Morbihan 1911 à 1914

Araok 1914
La République du Morbihan 1898 à 1901
Courrier de Bretagne 1859 à 1868
1869 à 1886
Le Télégramme 1891 à 1893

Le Lorientais et le Télégramme réunis 1893


L’Avenir de Lorient 1887

L’Avenir de Bretagne 1887 à 1890


1896 à 1901
Tribune du Morbihan 1898
Avant-Garde du Morbihan 1897 à 1898
La Vérité Lorientaise 1898 à 1899
La Cloche d’Alarme 1902 collections incomplètes
La Classe ouvrière 1902
Les Nouvelles Lorientaises 1899

1887 à Journal quotidien depuis


Le Nouvelliste du Morbihan décembre 1941 juillet 1921 ; bi ou tri-
hebdomadaire
précédemment

il y a des n° manquant dans


la collection : de janvier à
juin 1919 (entre autres)

La Bretagne touristique (mensuel) 1922 à 1939 il y a des n° manquants


dans la collection
Gwalarn 1925 à 1944
L’Heure bretonne 1940 à 1944 il y a des n° manquants
dans la collection
Dihunamb 1905 à 1944
Breiz Atao (bimensuel) 1927 à 1939 il y a des n° manquants
1947 dans la collection
L’Illustration ( hebdomadaire) 1914 à 1942 il y a des n° manquants
(nota : ce titre n’est concerné par le dans la collection
plan de microfilmage et de
numérisation)

L’état des collections archivées à la Médiathèque de Lorient

En 1998, lors du lancement de la préparation des collections pour le plan de


microfilmage et de numérisation de la presse ancienne du Morbihan, un constat a pu être
dressé.

Les journaux, devenus très fragiles, ne supportent pratiquement plus aucune


manipulation. Leurs formats les rendent mal commodes à manipuler, ils se déchirent
facilement. Les documents les plus anciens ou les plus consultés sont dans un état d’usure très
avancé.

De plus, ces périodiques ont été imprimés sur des papiers acides qui partent peu à peu
en poussière avec le temps.
Etat des collections des périodiques anciens
de la Médiathèque

non consultables trop


fragiles
consultables par le
38,00%
public avec précaution
62,00%

2 – 2 LE PLAN DE MICROFILMAGE ET DE NUMÉRISATION DE LA PRESSE


MORBIHANNAISE.

La prise de conscience du problème de la conservation

La presse archivée est intensément consultée, surtout depuis quelques décennies. Mais
la fragilité de ce support a conduit très tôt la bibliothèque municipale de Lorient à prendre des
mesures de sauvegarde.

En 1982, le rapport Desgrave sur le patrimoine des bibliothèques françaises constatait


l’ampleur de la gravité des dégradations subies par les fonds de périodiques anciens,
notamment la presse des XIXe et XXe siècles.

La première réponse permettant la sauvegarde et la consultation passait par le


microfilmage et la mise en place d’un partenariat entre les bibliothèques municipales, les
Archives départementales et la Bibliothèque Nationale.

Les opérations régionales de microfilmage en cours en 1998.

Le département du Morbihan met en route en 1998 le plan de microfilmage et de


numérisation de sa presse ancienne. Deux partenaires, les Archives départementales du
Morbihan et la Médiathèque de Lorient mettent en commun leurs collections ; après une
préparation des journaux (récolement, balisage, conditionnement), il sera procédé au
microfilmage puis à la numérisation des microfilms.
A l’échelle régionale, des opérations régionales de microfilmage ont été réalisées ou
sont en cours entre autres dans les Pyrénées-Atlantiques, les Pays de la Loire, les Côtes
d’Armor, l’Ille et Vilaine et le Finistère.

L’évolution de la technique et le développement de l’informatique permet un nouveau


moyen de diffusion de l’image archivée, la numérisation. C’est dans ce cadre que s’inscrit le
plan départemental de microfilmage et de numérisation des périodiques anciens du Morbihan.

L’engagement de la municipalité de Lorient et de la Médiathèque.

En novembre 1994, le conseil municipal avait adopté l’idée d’un programme de


microfilmage de la collection du Nouvelliste du Morbihan, conservée par la Médiathèque.

Cette intention initiale était entérinée le 26 juin 1997, par la décision de s’inscrire dans
la mise en route du plan de microfilmage et de numérisation des collections de la presse
ancienne du Morbihan.

Le plan de microfilmage et de numérisation des collections de la presse ancienne du


Morbihan n’est pas une opération isolée menée par la Médiathèque, mais une action
engageant d’autres partenaires, en premier lieu les Archives Départementales du Morbihan
(pour le compte du département du Morbihan), également détentrices de collections, la DRAC
Bretagne, la Région Bretagne, le Service Historique de la Marine de Lorient, et l’Université
de Bretagne Sud.
La convention départementale du plan de microfilmage et de numérisation des périodiques
anciens.

Le 24 décembre 1997, la convention relative au plan départemental de microfilmage et


numérisation des périodiques anciens était signée entre les partenaires précédemment cités.

Ce document fait le constat suivant :

Considérant

- l’intérêt de mener et de développer une politique de sauvegarde des fonds


patrimoniaux concernant le département du Morbihan

- l’état des collections de périodiques anciens, la nécessité de les préserver et de


faciliter leur consultation dans l’ensemble des établissements du département

- l’intérêt de mettre ce patrimoine écrit à la disposition du public en utilisant les


possibilités offertes par les technologies du microfilmage et de la numérisation

- le développement de la recherche historique, notamment universitaire

- l’importance des collections de périodiques anciens conservés dans la bibliothèque


municipale de Lorient, la Médiathèque ainsi qu’aux Archives départementales du Morbihan.

Les articles de la convention.

La convention définit les objectifs et la mise en œuvre des moyens en 10 articles.

Dans l’article 1, il est écrit qu’une opération de microfilmage et de numérisation de


périodiques anciens conservés dans les bibliothèques municipales ainsi qu’aux Archives
départementales du Morbihan est mise en place pour cinq ans à compter de l’année 1997.

De fait deux établissements apportent leurs collections de journaux conservés, la


Médiathèque de Lorient et les Archives départementales du Morbihan. Les autres partenaires
actifs, le service historique de la Marine, la bibliothèque universitaire de l’UBS participent à
l’opération mais ne disposent pas de ce type d’archives.

Dans l’article 2, le département a été désigné comme maître d’ouvrage de


l’opération. Il en délègue l’exécution à la direction des Archives départementales qui en
assurera la maîtrise d’œuvre. En conséquence, le Conseil général aura à lancer les appels
d’offre, conclure les marchés, ordonner les dépenses, collecter les recettes et veiller à la
bonne exécution du marché.

Dans cette opération la Médiathèque de Lorient s’intègre dans une action pluri-
partenariale de conservation et de diffusion de document d’envergure nationale en partenariat
avec le département et de l’Etat.

Dans l’article 3, la préparation des collections est évoquée. La bibliothèque qui


conserve la principale collection, doit, en collaboration avec les Archives départementales,
effectuer les recherches bibliographiques, le classement, la collation, et le complément des
collections à sauvegarder.
Il est possible que la Bibliothèque Nationale de France puisse apporter son concours
pour compléter les lacunes dans les collections. Mais, cette possibilité est relativement
contraignante financièrement et pratiquement ; le mieux étant de s’assurer auparavant du bon
état des journaux disponibles sur le département.

L’article 4 de la convention stipule que l’ensemble de l’opération donnera lieu à la


confection de copies, destinées aux partenaires du plan, à savoir :

- une matrice de microfilm, une copie de deuxième génération, un disque optique de


sauvegarde et un disque optique de consultation aux fins de duplication seront confiées aux
Archives départementales.

- un disque optique de consultation est prévu pour l’Université de Bretagne Sud, un


pour le Service historique de la Marine de Lorient, et un pour la Médiathèque de Lorient.

- en cas de complément, une copie de consultation de ce complément sous forme de


disque optique destiné à la bibliothèque détentrice de la collection, si elle est autre que les
signataires de la convention.

Les Archives départementales assurent le rôle de conservateur des archives originales


de la sauvegarde sur microfilm des collections.
Il est à noter qu'après les opérations de photographie, les bibliothèques détentrices des
collections papier récupèrent leur bien.

L’article 5 règle le point concernant les droits de copie de la sauvegarde des


collections des périodiques anciens. Chacun des partenaires s’en remet au détenteur de la
principale collection pour autoriser la copie du microfilm de la collection concernée, sous
forme de duplication de microfilm ou sous forme numérisée, les droits d’éventuels ayant droit
étant réservés. Ces copies ne pourront être destinées qu’à un usage sans but lucratif.

L’article 6 précise qu'il est convenu de fixer le prix de ces copies en ajoutant
uniquement des coûts de gestion au prix de la duplication.

L’article 7 met en perspective l’usage de ces collections sauvegardées pour la


recherche. En effet, l’Etat s’engage à faire figurer l’ensemble des microfilms réalisés dans le
catalogue collectif des périodiques microfilmés et, le cas échéant, dans celui des périodiques
numérisés.

Les articles 8 et 9 concernent les points financiers de ce plan qui s’étalent sur 5
années.

L’article 10 prévoit la possibilité pour un autre partenaire de participer au plan de


sauvegarde et de diffusion des périodiques anciens, sous réserve de l’accord des signataires
de la convention.

Un engagement financier entre les différents partenaires sur 5 ans.

Le projet global porte sur 230 000 vues numérisées, pour un coût estimé
à 1 600 000 F.
Le budget annuel est de 320 000 F.

La répartition globale des charges financières par partenaire est :


- de 400 000 F pour le Ministère de la Culture
- de 96 000 F pour le Ministère de la Défense
- de 400 000 F pour la Région
- de 504 000 F pour le département
- de 104 000 F pour la Ville de Lorient43
- de 96 000 F pour l’Université de Bretagne Sud.

Répartion des charges financières pour le plan de microfilmage et de


numérisation des périodiques anciens du Morbihan.

Université
Ministère de la
de Bretagne Sud
Défense (SHM) Département du
6,00%
Ville de Lorient 6,00% Morbihan
(Médiathèque) 31,50%
6,50%

Région Bretagne
25,00%
Ministère de la Culture
25,00%

Répartion financières au plan de microfilmage et de numérisation des


périodiques anciens du Morbihan,
par année.

19 200 F

19 200 F
Université de Bretagne Sud
20 800 F Ministère de la Défense (SHM)
80 000 F Ville de Lorient (Médiathèque)
1
Région Bretagne
80 000 F
Ministère de la Culture
100 800 F Département du Morbihan

0F 20 000 F 40 000 F 60 000 F 80 000 F 100 000 F 120 000 F

4336
chiffre n’incluant pas les frais de personnels, pour assurer la préparation des collections
L’intervention des prestataires de services.

Le plan de microfilmage et de numérisation des périodiques anciens du Morbihan est


un marché public, dont l’exécution doit durer cinq ans. Le choix des entreprises prestataires
de service se fait sous forme d’appel d’offre.

Le marché est scindé en 3 types d’opérations, 3 lots. Chaque lot répond à un cahier
des charges très précis.

L’objet du lot 1 est le microfilmage de la presse ancienne du Morbihan avec la


fourniture d’un négatif de première génération et d’un négatif de deuxième génération. Les
microfilms seront des films argentiques de 35 mm, sous la forme de bobine de 30 m. Il est
prévu de traiter de 80 000 à 200 000 images.

L’objet du lot 2 est la numérisation d’image d’archives se présentant sous forme de


microfilms et d’écriture résultant des numérisations sur des disques optiques compacts.
Six CD-ROM seront tirés par microfilms digitalisés. Les images seront numérisées en
noir et blanc avec une définition de 300 à 400 DPI.

L’objet du troisième lot concerne la fourniture d’un logiciel de visualisation des


disques optiques compacts.
Il est souhaité que la lecture des informations numérisées soit simple à l’utilisation,
que l’encombrement des commandes à l’écran soit faible, que l’installation de ces logiciels
soit aisée à effectuer sur les postes de consultation.
2 – 3 LE RÉCOLEMENT DES COLLECTIONS DE JOURNAUX ANCIENS DU MORBIHAN

Un travail en partenariat avec les Archives départementales du Morbihan.

La mise en œuvre du plan de sauvegarde de la presse ancienne du Morbihan passait


par l’étape initiale de l’inventaire des collections.

Les Archives départementales du Morbihan et la Médiathèque de Lorient ont décidé


de mettre en commun leurs fonds de périodiques anciens de manière à reconstituer
l’intégralité des différentes collections à microfilmer.
Les collections de la Médiathèque de Lorient et des Archives départementales du
Morbihan ont été mobilisées et préparées.

Les collections des Archives départementales du Morbihan apportent 140 titres de


périodiques d’information concernant le Morbihan. De L’Abeille de 1842 au Morbihan Libéré
d’août 1944.

Nota : la liste des titres engagés se trouve en annexe du mémoire

L’exemple de la préparation des collections du Nouvelliste du Morbihan

La première étape du plan de microfilmage et de numérisation de la presse ancienne


du Morbihan est la préparation des collections en vue du microfilmage, puis de la
numérisation.

L’opération de préparation des collections papier est essentielle. Etant donné la


dégradation rapide des journaux, le travail de contrôle de l’intégrité des collections, le soin
avec lequel on s’efforce de reconstituer une collection complète, ne sera possible qu’une seule
fois.

Le récolement des collections est fait une fois pour toutes. La collection préparée,
balisée est microfilmée.
C’est ensuite le microfilm qui devient l’archive à préserver, le microfilm étant devenu le
support de conservation pour ce patrimoine écrit. De plus, sur le microfilm se trouve la
collection constituée de l’assemblage de plusieurs collections afin d’en reconstituer une seule,
la plus complète.
Les journaux originaux seront bien évidemment conservés dans les meilleures
conditions, mais ils ne seront plus communiqués au public. Il est prévu que chacun des
partenaires ayant versé ses collections récupère son bien.

Le plan de microfilmage et de numérisation est une action engageant les collections


des périodiques anciens des Archives départementales du Morbihan et de la Médiathèque de
Lorient ; l’apport des collections de la Bibliothèque Nationale de France est également
envisagé.

L’exemple choisi pour illustrer cette opération est Le Nouvelliste du Morbihan,


archivé par les Archives départementales du Morbihan et de la Médiathèque de Lorient.

Le plan de microfilmage et de numérisation de la presse ancienne du Morbihan, est


une action lourde engageant la Médiathèque de Lorient. Il s’intègre dans une mise en
perspective des nouvelles technologies de l’information dans la sauvegarde et la diffusion du
patrimoine écrit.

Le récolement du Nouvelliste.

La Médiathèque de Lorient s’est engagée à préparer ce titre. Le travail sur les


collections originales du Nouvelliste du Morbihan a été effectué de mai 1998 à janvier 2000.

La tache initiale était la préparation des collections du Nouvelliste du Morbihan dans


l’optique de la phase de microfilmage. Le travail s’est fait en parallèle sur les deux collections
principales.

La collection de référence, choisie après évaluation de l’état global des documents


originaux, est celle des Archives départementales du Morbihan, la collection secondaire,
servant de recours est celle de la Médiathèque de Lorient.

Une grille de lecture permettant de répertorier les anomalies et les défauts à prendre en
compte a donc été mise au point.

Bilan de la préparation des collections du Nouvelliste du Morbihan.


Le travail de récolement des deux collections de référence, celles des AD 56 et de la
Médiathèque de Lorient a pu permettre de reconstituer une collection la plus complète
possible. Cependant, il a été relevé des carences sur au moins 204 pages ; j’exclus de cette
somme les numéros du Nouvelliste dont la parution n’est pas certaine.

On peut être certain que 49 années de la collection sont à 100 % complètes par
l’assemblage des deux collections principales. Quatre années pour les quelles il manquait 9
numéros ont été complétées par l’apport de la collection archivée par Presse Océan. (1886 –
un seul numéro daté du 30 décembre – n’est pas considérée comme une année de parution).
Cinq années ont quelques numéros ayant certains défauts de lisibilité, mais ne nécessitant pas
l’apport d’une troisième collection.

Neuf années de collection ont des numéros supposés manquants ou des pages supposés
disparues. Cela reste à confirmer par l’apport d’une autre collection, celle de Presse Océan ou
de la BNF. ( 5 n° en 1918-1919, 1 n° en 1923, 1 n° en 1931, 1 n° en 1934, 4 n° en 1939, 2 n°
en 1942, 23 n° en 1943, 6 n° en 1944)

En ce qui concerne la parution du Supplément Hebdomadaire Illustré, les carences de


la collection sont à combler par l’apport d’éléments de la BNF. Il manque 32 numéros sur les
62 parus.

Nombre de Nombres de Nombres de


pages à pages contre pages ayant
Nombre de microfilmer vérifiées un défaut
pages ( correction de dans la notable à Nombre de pages à reprendre
vérifiées lisibilité, collection de la reprendre dans une autre collection
multiples Médiathèque dans la
parutions) collection de
Lorient
60094 60164 3668 1566 204
100 % 100,12 %44 6,10 % 2,61% 0,34 %

Nota :les années 1942, 1943, 1944 sont à compléter par l'apport d'une 3e collection

4437
Certaines pages, selon la nature du défaut, nécessitent d’être microfilmée en deux exemplaires.
Une page provenant de la collection de la Médiathèque de Lorient, l’autre des Archives
départementales du Morbihan.
Au terme du travail de vérification des journaux, il fallait préparer la reconstitution
matérielle de l’intégralité de la collection du Nouvelliste. C’est à dire, assembler à la
collection de référence, celle des Archives départementales du Morbihan, les feuillets
manquants ou détériorés provenant de la collection jumelle de la Médiathèque de Lorient, et
dans certains cas des éléments d’une troisième collection. Le but était de présenter au
microfilmage la collection du Nouvelliste la plus complète possible.

L’ensemble des éléments combinés des collections du Nouvelliste du Morbihan des


Archives départementales du Morbihan et de la Médiathèque de Lorient ont été préparés.
(avec l’apport de quelques éléments de la collection du Nouvelliste du Morbihan provenant
des archives de Presse Océan)

La collection intégrale du Nouvelliste du Morbihan démarre le 30 décembre 1886, elle


s’achève le 20 août 1944. (nota : à partir du 6 août 1944 le titre change et devient Le
Morbihan Libéré, précurseur de La Liberté du Morbihan)

2 – 4 LES NOUVELLES TECHNOLOGIES DE L’INFORMATION ET DE LA


COMMUNICATION AU SERVICE DE LA SAUVEGARDE ET DE LA DIFFUSION DU
PATRIMOINE DE L’ÉCRIT.

La sauvegarde du fonds : les différentes possibilités

La conservation des collections

Conserver les collections afin d'être en mesure de les communiquer et de les


transmettre aux générations futures constitue l'une des missions fondamentales des
bibliothèques
L’archivage et la communication des périodiques anciens nécessitent la maîtrise de
différentes techniques.

Les différents problèmes techniques que pose la conservation des périodiques anciens
sont abordés par un ouvrage publié en 1998 par le Ministère de La Culture et de la
Communication / Direction du Livre et de la Lecture, intitulé, Recommandations techniques
pour la conservation des collections patrimoniales des bibliothèques / Conservation des
collections patrimoniales des bibliothèques / Protection et mise en valeur du patrimoine des
bibliothèques de France. La rédaction de cette somme technique s’est faite sous la
coordination scientifique de Jean-Marie Arnoult, inspecteur général des bibliothèques.

Trois chapitres de cet ouvrage présentent des réponses techniques posées par les
problématiques soulevées par plan départemental de microfilmage et de numérisation de la
presse ancienne du Morbihan.
La préservation des journaux ( chapitre 8) a été traitée par Else Delaunay, La
reproduction des documents patrimoniaux : problématique générale (chap 11) a été abordé
par Jacques Deville et La numérisation des documents patrimoniaux (chap 13) par Gaëlle
Bequet.

Les bibliothèques sont confrontées à la détérioration des collections due à l’acidité du


papier qui s’autodétruit. Les solutions techniques élaborées pour enrayer ce fléau existent,
microfilmage et/ou numérisation des documents, désacidification de masse du papier.

La préservation des journaux anciens

Les ouvrages imprimés depuis la moitié du 19e siècle sont en papier à pâte de bois
dont l’acidité ronge inexorablement les fibres de cellulose au fil des années. Les papiers des
journaux ont été faits de pâte à papier mécanique, dont la lignite n'a pas été éliminée.

La conservation des journaux pose un certain nombre de problèmes matériels. Leur


stockage demande des conditions de température, d’hygrométrie et d’éclairage spécifique.

Les magasins doivent conserver une température à 18° C. L’atmosphère des réserves
doit avoir une humidité relative entre 45 et 55 %, à l'abri de la lumière, de la poussière et de
la pollution atmosphérique.

Le conditionnement des journaux doit se faire à plat, non pliés, ni ficelés en paquets.

La reliure dans le cas des journaux présente certains inconvénients, du fait de la nature
médiocre du papier et de leur grand format.

La reliure mobile est un système mieux adapté et moins onéreux. Ce dispositif permet
de recevoir les journaux assemblés au moyen de pinces qui sont elles-mêmes fixées à la
reliure par des tringles.
Ce système n’oblige pas à débrocher les journaux pour le microfilmage, il suffit de les
déboîter pour les extraire, ils sont intacts, sans couture ni colle.

Les journaux qui ne sont plus consultés peuvent être archivés dans des boîtes de
conservation en matériau neutre adaptées à leur format, prévu pour un stockage à plat.

La solution qui permet de pouvoir sauvegarder ce patrimoine écrit en grand danger de


disparition passe par son transfert sur un support plus durable.

Utilisation d’une méthode fiable et éprouvée : le microfilm.

Le microfilmage est la technique qui s’impose pour toute politique de préservation


d’une certaine ampleur.

Le microfilm est un phototype en rouleau composé d'un ensemble de microcopies


permettant de conserver l’image des documents sous un très faible volume. Son invention
remonte aux origines de la photographie, en 1853.

Le microfilm n’est pas créateur de document, c’est une simple modalité d’emploi de la
photographie appliquée essentiellement à la reproduction des textes ou des dessins Cependant
il prend une place prééminente lorsque le document original n’est plus disponible, il devient
alors une source documentaire à part entière.

Utilisation du microfilm dans les archives et dans les bibliothèques.

Le microfilm est un support fiable pour le transfert de l’écrit face à la détérioration du


support papier.

Tout document est périssable. Quel que soit le type d’écrit, l’information est
dépendante du support. L’histoire est fertile en exemples de disparitions brutales par fait de
guerre, vol, pillage, par négligence, accident ou par la volonté délibérée d’effacer certaines
mémoires. L’usure du temps, les mauvaises conditions de conservation, la consultation par le
public fragilisent le papier.

Le microfilmage est un moyen utilisé pour parer aux dangers de disparition des
documents, c’est un instrument de sécurité pour la sauvegarde des fonds.
Le rôle du microfilm dans la sauvegarde et la diffusion
des collections de journaux.

Le microfilmage permet de sauvegarder ces sources documentaires et de reconstituer


l’intégralité des collections, par un travail de collectage sous forme microfilmée.

La Bibliothèque Nationale a entrepris un vaste plan de microfilmage dès la fin des


années cinquante concernant des collections de journaux et périodiques anciens ou modernes.

Les archives fixées sur pellicules permettent de reconstituer des collections qui
n’existaient pas sous forme papier. L’assemblage de collections dépareillées est réalisé sur
microfilm sans spolier les centres d’archives ou les bibliothèques détentrices des originaux.

Le microfilm assure la garantie d'une conservation de longue durée. Il restitue une


image fidèle de l'original et reste d'un coût abordable au niveau de sa fabrication et de sa
consultation.

La technique de microfilmage est bien plus rapide, et bien moins coûteuse que la
restauration papier. La microforme permet de retirer de l’accès au public le document original
tout en rendant possible sa consultation. De plus, il est avéré qu’un microfilm argentique peut
se conserver plusieurs siècles, soit bien plus longtemps que le papier moderne.

C’est un procédé simple et éprouvé, qui permet la multiplication du nombre


d’exemplaires du document, ce qui rend possible la diffusion d’ouvrages rares ou fragilisés.
Le microfilm peut également être dupliqué sous forme de photographies ou de photocopies.

Actuellement, la solution la plus avantageuse demeure la reproduction sur microfilm


argentique 35 mm, noir et blanc, non cranté et non blipé. Les films utilisés sont des émulsions
gélatino-argentique, sur support triacétate ou polyester à pouvoir de résolution de 400 lignes
au millimètre.

Des informations sont intégrées à la bobine concernant l’identification et la


signalisation des documents reproduits suivant les indications de la bibliothèque conservant
les documents, ainsi que sur le support.
Les partenaires45 engagés dans le plan de microfilmage et de numérisation de la presse
ancienne du Morbihan ainsi que le façonnier du film sont mentionnés. Une liste des numéros
manquants ou détériorés est annexée et codifiée, un balisage chronologique est effectué,
indiquant le mois et l’année selon le cas.

Au cours de la prise de vue, la planéité des journaux est maintenue, les éventuelles
transparences des documents sont palliées en plaçant une feuille noire derrière la page à
reproduire.
L’entreprise qui effectue le microfilmage doit éviter de débrocher les journaux des
reliures, sauf cas particulier. En l’occurrence les deux établissements qui possèdent les
collections, les Archives départementales du Morbihan et la Médiathèque de Lorient, ont
préparé et vérifié les journaux pour éviter ce genre de manipulation pouvant altérer la
conservation des documents source.

Les périodiques sont généralement reproduits à raison d’une à deux pages par image,
en mode 1A (1 page par image), lecture verticale, pour les grands formats ; pour les journaux
de dimensions plus modestes (la hauteur ne dépassant pas 45 cm) en mode 2B (2 pages par
image), lecture horizontale. Les taux de réduction sont conformes aux valeurs de la norme NF
Z43-051.

En cas de réfection d’images défectueuses46, les images réinsérées le seront par collage
ou soudure thermique. Il est prévu qu’il n’y aura pas plus de 36 images refilmées, pour un
film de 30 m / 700 images.

La conservation du microfilm.

La conservation des microfilms doit se faire en archivant le film de sécurité dans un


lieu autre que celui où se trouvent les collections originales et les copies de duplication et de
consultation. Il est bien évidemment nécessaire de respecter de bonnes conditions climatiques
de stockage.

Le microfilm de première génération est livré en bobines de 30 m. Le film est enroulé


sur un noyau de matériau résistant à la corrosion, ne détériorant pas le film, non inflammable
et imputrescible. Le symbole « début » est placé à l’extrémité externe du rouleau. Les spires
du film s'arrêtent à au moins 6,35 mm du bord extérieur des joues pleines de la bobine.

4538
Ministère de la Culture, Ministère de la Défense, la Région Bretagne, le Département du
Morbihan, la Ville de Lorient, l’Université de Bretagne-Sud.
4639
Les corrections éventuelles sont à la charge du façonnier.
Le film est enroulé d’une bande de papier neutre, à l’exclusion de tout bracelet de
caoutchouc. Il est placé dans une boîte en matériaux neutres (métal, carton, plastique) portant
une étiquette reprenant les indications d’identification des documents reproduits.
Le microfilm de seconde génération est livré en bobines de 30 m, suivant les mêmes
caractéristiques que le négatif de première génération.

Des vérifications et des contrôles sont réalisés à toutes les étapes de fabrication du
microfilm : contenu, lacunes, qualité optique du film. Les négatifs originaux sont contrôlés
avant tirage de l’internégatif.

Les Archives départementales du Morbihan ont un délai de cinq ans pour renvoyer à
l’entreprise contractante les films défectueux. Les défauts envisagés sont relatifs à la non-
conformité du support, une omission de transfert de documents originaux ou des altérations
du film (tâches, traces) dues à de mauvaises manipulations de l’entreprise concernée.

Le transport et la conservation des collections se fait sous la responsabilité du


prestataire de service ; celui-ci devant souscrire une assurance adaptée.

Le second volet du plan de conservation de la presse ancienne du Morbihan est la


numérisation des microfilms.

La numérisation des microfilms

La numérisation consiste à transformer l’archive microfilmée en image électronique. ,


Stockés dans une mémoire de masse les documents sont facilement accessibles sur l’écran
d’un ordinateur.
Outre les problèmes d’ordre technique, les doutes sur la pérennité de ce patrimoine
virtuel, le projet de numérisation soulève également des questions juridiques.

Le plan de microfilmage et de numérisation de la presse ancienne du Morbihan prévoit


la numérisation des microfilms selon un cahier des charges bien précis.

L’opération est traitée par une entreprise choisie après l’ouverture d’un marché
public.. Le contractant s’engage à numériser chaque image, correctement orientée, de
supprimer les marges et de recadrer l’image si nécessaire.
Les fichiers numériques inscrits sont produits sur des CD-ROM. Il est prévu la gravure
de 6 CD-ROM par microfilm numérisé. Les images microfilmées sont numérisées selon la
qualité des documents d’origine de façon à ce que la lisibilité soit la meilleure possible, sans
qu’il soit besoin de les retravailler.

Elles sont acquises en noir et blanc, selon les densités de hautes définitions, 400 DPI ;.
la taille des images allant de 2900 à 3500 pixels pour la plus grande dimension et 2000 à 2400
pixels pour la plus petite dimension.

La méthode de compression retenue à l’origine est la compression de type 4 de l’UIT.


Le format de fichier retenu est le format TIFF (version 6).

Toutes les images de microfilm sont numérisées, images de périodiques et images de


pages de répertoire et indications préalables.

Les fichiers images sont plein cadre. Tous les bords inutiles sont supprimés et les
images présentant un décalage important sont recentrées.

Les fichiers inscrits sont livrés sur support CD.R de type WORM (write once read
many). Ces CD.R sont conformes aux normes ISO/IEC 9660 niveau 2 (Volume and File
Structure of CD-R for information interchange) et ISO/IEC 10149 : 1989 (Data interchange
on read – only 120 mm optical data disk)

La numérisation est entreprise après la livraison des bobines de microfilm par les
Archives départementales du Morbihan selon un ordre défini. La livraison des microfilms est
accompagnée d’une liste des microfilms qui contient la référence

L’entreprise qui numérise fournit un rapport de production reprenant les éléments


techniques de la numérisation et les carences éventuelles.

Les CD-R sont vérifiés à la livraison et évalués conformément aux normes en vigueur.
Les tests sont effectués par sondage. Tout problème d’altération de lisibilité de l’information
ou de décomptage de fichier entraîne le rejet des lots incriminés ; l’objectif final de la
numérisation étant d’offrir une image de même qualité que celle microfilmée. Un délai de
cinq années court pour valider définitivement les CD.R. Les produits non conformes sont
rendus pour être refait conformément au cahier des charges.
Le numériseur s’engage à ne pas reproduire ou diffuser les microfilms confiés, ni à
dupliquer plus de CD.R que prévu.

Le protocole technique

Lorsque l'on numérise une image intermédiaire tel que les microformes, il faut
s'attendre à une minime dégradation de l'image d'un substitut à l'autre.

Les scanners de microformes sont automatisés ; il suffit de paramétrer et de régler le


positionnement des vues. Les numériseurs automatisés permettent de traiter rapidement une
grande quantité de vues (plus de 100 000 vues en une semaine chez un prestataire). Plus le
volume à traiter est important, plus les coûts sont faibles.

Avant la livraison au numériseur, le contrôle de qualité des microformes est assez


long, il faut développer la bobine pour pouvoir la vérifier, et en cas d'erreurs, les
manipulations (découpage, insertion, recollage) prennent du temps. Des tests permettent de
juger de leur état, propreté des films, rayure, lacunes. En effet il serait inefficace de constater
des défectuosités après coup.

Les prises de vues des microfilms peuvent être qualité variable ; il faut parfois
reparamétrer le scanner, en particulier quand le pas entre deux vues n'est pas identique. On
vérifiera aussi la lisibilité, surtout celle liée à la qualité des encres.

Outre la préparation technique, un inventaire précis des documents est exigé. Chaque
bobine est identifiée par son numéro d'inventaire et par tout code de classement susceptible
d'entrer dans le nommage des fichiers, on détaillera pour chaque bobine le nombre de vues ou
on en donnera au moins une approximation.

Il est nécessaire de spécifier au prestataire chargé de la numérisation si chaque vue du


microfilm reproduit une ou deux pages du document, lui indiquer le positionnement du texte
par rapport au film (horizontal ou vertical) et dans la mesure du possible, les changements
éventuels d'échelle en cours de bobine.

Lors du microfilmage du document original, le rapport de réduction a été inscrit sur le


film afin de pouvoir réaliser ultérieurement un tirage en grandeur originale. Lors de la
numérisation il faut que la restitution soit encore possible. Sur les microfilms, les échelles de
réduction47 les plus courantes sont 1/10, 1/12, 1/16, 1/18, 1/22, 1/24.
4740
Les normes relatives au rapport de réduction sont regroupées dans la norme NF Z 43-051.
Après la numérisation elle-même, un deuxième contrôle garantit la correspondance
entre les numéros de vues du microfilm et des fichiers numériques.

Une table de correspondance doit être établie entre les vues numériques et les pages du
document original, comme si l'on numérisait directement ce dernier. Lorsque le microfilm
comporte des pavés optiques (blips), cette opération est simplifiée puisque l'identification de
chaque vue est déjà réalisée sur le microfilm

A terme, la numérisation de la presse ancienne doit permettre une évolution des


données archivées. Une première campagne de numérisation va fournir un stock de données
brutes qu'il serait souhaitable d’indexer pour toute exploitation documentaire ; étant donné le
volume à traiter (60 000 pages, rien que pour la collection du Nouvelliste), le chantier de
l’indexation des archives numériques peut être un des grands chantiers du XXIe siècle dans le
domaine documentaire.

La préservation des collections numériques

L'archivage des fichiers

Pour assurer la conservation et la diffusion des documents, ceux-ci doivent être


enregistrés et stockés en suivant des normes qui amélioreront leur longévité.

Les limites à la pérennité des collections numériques

Les collections numériques posent dès leur conception la question de la préservation


des documents électroniques. Les systèmes informatiques, dans toutes leurs composantes,
évoluent de manière rapide. Il faut donc réfléchir dès le début de l'opération de numérisation à
une stratégie de conservation.

La conservation n'est plus statique, elle devient dynamique, intégrant plusieurs


facteurs :
- l'intégrité des données codées
- l'utilisation de méthodes de compression avec perte
- l'espérance de vie difficilement prévisible des supports optiques
- l'obsolescence des matériels et des logiciels. La lecture des fichiers numériques reste
étroitement liée aux logiciels dont les évolutions rapides ne garantissent pas la restitution des
fichiers anciens.

Quelles mesures de conservation ?

Trois solutions sont proposées aujourd'hui pour conserver les données numériques : la
conservation du matériel, l’émulation, la migration

La première solution consiste à conserver, en même temps que le fichier, l'ordinateur


et les programmes ayant servi à la production du document. Cette méthode n'est toutefois
guère envisageable car elle implique de maintenir en fonction du matériel périmé.

La deuxième solution est d'élaborer des programmes permettant d'émuler, c'est-à-dire


d'imiter, des programmes plus anciens afin de lire les fichiers qui sont conservés dans leurs
formats d'origine. Cette solution est complexe et coûteuse et souvent impossible si les
logiciels étaient couplés à des matériels spécifiques.

La troisième solution, la migration des données est le transfert périodique des données
numériques d'une configuration matérielle et logicielle à une autre ou d'une génération
d'ordinateurs à la suivante. L'objectif de la migration est de conserver l'intégrité des
documents numériques et de perpétuer la capacité des usagers à les retrouver, les afficher et
les utiliser alors même que la technologie évolue

Elaboration d’un plan de conservation.

L'élaboration d’un plan de conservation doit se faire selon la nature des collections
numériques et leurs spécificités. Pour chaque document, il faut de préciser quels logiciels et
systèmes d'exploitation, quel matériel en assure l'accès.

Dans ces conditions, il est préférable de poser des priorités qui prendront en compte :
- les moyens en personnel ainsi que les moyens financiers affectés à la conservation
des collections numériques
- le plan de développement des collections
- le classement des fichiers numériques par ordre d'estimation de leurs consultations
par le public
- le format de conservation adapté
- les mesures de conservation éventuellement déjà prises par un autre établissement
pour le même type de document
- l'évolution technique des logiciels et des appareils de lecture.

Les supports numériques et leur conservation

Si la durée de vie de la microforme est sûre, dans de bonnes conditions de


conservation, il en est autrement pour les supports numériques.

Il existe trois types de support utilisables pour le stockage et la circulation des


documents numérisés. Leurs caractéristiques techniques sont différentes.

Les supports optiques DON, CD, DVD :

DON : les disques optiques numériques sont inscriptibles progressivement et


régulièrement, ils sont utilisés pour la collecte des données :

- DON réinscriptible pour lequel il existe deux technologies : le disque magnéto-optique


(MO), et le disque à changement de phase ou Phase Disk (PD)
- DON-WORM (Write Once Read Many ) : fragile, durée de vie environ 5 ans.
(inscriptible une seule fois en un endroit donné du disque - disque de 30 (10 à 16 Go de
capacité) ou 35.5 (25 Go) cm destiné à l'archivage de masse)

CD : les disques compacts sont inscriptibles en une seule opération et sont utilisés
pour la diffusion des données :
- CD-ROM (Compact Disc Read Only Memory) : durée de vie du CD-ROM, entre 10 et 20
ans environ. Uniquement accessible en lecture.
- CD-RW : réinscriptible jusqu'à 650 Mo, c'est la version effaçable du CD.
- CD-R (appelé également CD-WORM) : compatible avec le CD-ROM. Aussi fragile que le
CD-WORM.

Le CD non réinscriptible ne doit pas être considéré comme un support de conservation


à long terme. Avec le temps, l’information se détériore.

Il existe des CD en verre dont la durée de vie est estimée à une centaine d’années voire
davantage -le caractère pérenne du verre se double d'une résistance aux chocs. Le coût assez
élevé de ce support devant être apprécié sur le long terme et le niveau de sécurité qu'il induit
DVD (Digital Versatil Disk) : le dernier-né des supports appelé vraisemblablement à
supplanter le CD, grâce à sa grande capacité de stockage jusqu’à 9 Go contre 650 Mo pour le
CD.

Mais pour l’instant, le choix n’est pas définitivement arrêté sur un seul type de DVD
standard.
Il se décline en plusieurs versions, mais chacune d'entre elles nécessite un type de
cartouche spécifique ou de lecteur :
- DVD-Vidéo utilisé pour la diffusion de films
- DVD-ROM utilisé pour des applications multimédia informatiques (équivalent du DVD-
Vidéo) disque préenregistré en usine / seule la lecture est possible / 12 cm / capacité de 9,4
Go.
- DVD-R inscriptible une fois (comme le WORM), et supporte plusieurs modes
d'enregistrements (12 cm ; capacité de 7,9 Go / inscriptible mais non effaçable ; sauvegarde
de données non compressées)
- DVD-RAM est la version enregistrable et effaçable du DVD.

La conservation des supports

L'espérance de vie des documents électroniques sera d'autant plus longue que l'on aura
pris garde aux conditions de conservation des supports.

En premier lieu, il est impératif de réaliser une copie de sauvegarde, pour éviter toute
dégradation irrémédiable.

Les magasins48 devront éviter les variations de température et d'humidité. Il est


également nécessaire de réduire l'exposition des supports aux champs magnétiques.

Dans le temps il faut prévoir un contrôle régulier des données stockées et prévoir la
migration de celles-ci sur de nouveaux supports.

Ce support présente une grande densité d'information. Toute altération, même légère, à
un endroit donné du disque peut compromettre la lecture d'un grand nombre de données.
4841
La norme ISO/CD 16111, à l'étude en 1998, concerne les conditions de stockage des disques
optiques. Elle précise notamment les conditions environnementales de conservation, les gaz nocifs aux
différentes composantes des disques, les conditions de stockage dans les boîtiers et sur les étagères.
Il faut éviter de rayer le cédérom, de l’exposer à la lumière du soleil, de le mettre en
contact avec des produits de nettoyage, de le laisser en dehors de sa boîte de protection.

La communication des journaux numérisés

Les données destinées à la diffusion stockées sur CD-ROM. Pour permettre l'accès
direct automatisé, il est possible d’envisager des disques durs de grande capacité ou
l’utilisation d’un juke-box dont la capacité est variable. Elle peut aller de 50 à 1400 disques.
Pour l'utilisation dans un juke-box, il est recommandé d'utiliser des boîtiers internes.

La visualisation des images numérisées

Il est prévu la fourniture d’un logiciel de visualisation des images numérisées. Cet
outil doit permettre une lecture des documents par le public.

Le logiciel doit être simple à mettre en œuvre sans formation préalable des utilisateurs.
Les noms de fichiers servant à l’indexation des images, l’affichage doit être rapide. La
recherche se fait par critère du titre, de l’année, du mois ou du numéro de l’image
électronique ; les possibilités de navigation chronologique et le zoom sur l’image étant
intégrées. L’impression totale ou partielle de l’image est prévue, avec notamment la datation
du document.

Le problème de la fourniture d’un tel logiciel est le coût et le nombre de licences


d’exploitation attribuées par le concepteur du produit.

Actuellement, on s’oriente plutôt vers des solutions en interne, en liant une base de
données établie à partir des images numérisées avec un logiciel de visualisation simplifié.

De plus, la mise à disposition sur Internet fait évoluer le projet initial vers une plus
large ouverture au public.

Aspects juridiques de la numérisation et de la communication des documents.

Toute création qui fait œuvre d'originalité (œuvre écrite, musicale, photographique,
typographique...) est protégée par des droits d'auteur :
- les droits patrimoniaux
- le droit moral de l'auteur

Durée des droits patrimoniaux

- un seul auteur : jusqu'à 70 ans après son décès


- une œuvre de collaboration : 70 ans après la mort du dernier auteur
- une œuvre collective : 70 ans après la publication

Durée du droit moral de l'auteur

En France le droit moral de l'auteur est perpétuel il concerne :

- le droit à la paternité (mention du nom de l'auteur obligatoire)


- le droit au respect de l'œuvre (ne pas porter atteinte à l'intégrité de l'œuvre)

Numérisation et droit

Deux cas se présentent :

a) Les œuvres tombées dans le domaine public ;


b) Les œuvres protégées par le droit d'auteur.

Œuvres tombées dans le domaine public

Les œuvres peuvent être librement exploitées lorsque la durée des droits patrimoniaux
a été respectée, il faut cependant veiller à ne pas porter atteinte au droit moral de l'auteur.

Œuvres protégées par le droit d'auteur

Les fonds des bibliothèques sont constitués en partie de documents divers qui sont
protégés par le droit d'auteur.

Le droit de reproduction et de diffusion impliquent une autorisation des titulaires des


droits d'exploitation et de représentation.
La constitution et l’exploitation d’un fonds numérique soulèvent des questions
juridiques liées à l'acquisition des droits.

L'acquisition des droits numériques implique, en premier lieu, une réflexion relative à
la spécificité de ces droits, notamment au regard des éléments constitutifs des monopoles
intellectuels : droit moral, et droits patrimoniaux.

La spécificité des droits numériques apparaît à un double titre : ils mettent


inévitablement en jeu l'un des attributs du doit moral (le droit au respect), et rendent impropre
la distinction classique des droits patrimoniaux entre droit de reproduction et droit de
représentation.

« Sanctuaire de sa conscience » le droit moral de l'auteur est solidement ancré dans la


tradition humaniste du droit de la propriété littéraire et artistique français, qui en fait un droit
perpétuel, imprescriptible, inaliénable. Consacré par les tribunaux parisiens dès le début du
19ème Siècle, le droit moral n'a pas fléchi, face à toutes les transformations des techniques de
diffusion ou de création des œuvres : photographie, enregistrement phonographique,
cinématographe, radiodiffusion, vidéographie, - autant de termes qui ont, en leur temps,
monopolisé l'attention des spécialistes du droit d'auteur.

Défini aux articles L.121-1, L.121-2 et L.121-4 du Code de la Propriété Intellectuelle


(abréviation C.P.I), le droit moral comporte plusieurs attributs : droit de divulgation, le droit
de repentir ou de retrait, le droit à la paternité, et surtout, le droit au respect de l'œuvre.

La spécificité des droits numériques apparaît également au regard des droits


patrimoniaux, impliquant un problème de qualification.

L'acte de numérisation se caractérise par la codification de l'œuvre (à partir d'un


support analogique) en langage binaire, et la fixation de ce langage sur un support numérique
( disque dur d'ordinateur, en premier lieu ).
Cet acte entre dans la définition large de la reproduction, proposée par l'article L.122-3
du Code de la Propriété Intellectuelle : il s'agit d'une " fixation matérielle de l'œuvre " par un "
procédé " qui permet de " la communiquer au public d'une manière indirecte ". Or, selon
l'article L.122-4 du C.P.I., toute reproduction, même partielle de l'œuvre, faite sans le
consentement de l'auteur est illicite. En clair, c'est une contrefaçon, passible des sanctions
pénales prévues par les articles 335-1 et suivants du C.P.I.
Se pose un problème d'interprétation de l'article L-122-3 du C.P.I, qui prend une acuité
particulière avec la numérisation : l'autorisation de l'auteur doit-elle être demandée lorsque la
numérisation n'a pas pour but immédiat la communication au public de l'œuvre ? Il s'agit de la
question de la qualification des pratiques de stockage numérique.
Le stockage numérique réalisé dans un but d'archivage est souvent considéré par ses
utilisateurs comme une phase neutre. Il s'agit d'une opération intermédiaire seule la
reproduction éventuelle en aval, sur tout autre support (exemple : CD Rom ou chargement
serveur numérique), tombant sous le coup du monopole.

Puisque l'acte de numérisation suppose par nature une exploitation ultérieure,


l'autorisation du titulaire des droits doit donc être requise. En parallèle, une autorisation
donnée à ce titre, moyennant rémunération, ne saurait se limiter à la reproduction numérique
sans permettre l'exploitation ultérieure de l'œuvre numérisée.

Par ailleurs, un contrat autorisant la numérisation, en vue d'une exploitation future


dont les modes de rémunération seront discutés ultérieurement par les parties, est un avant
contrat, de nature synallagmatique : ainsi en est-il des protocoles passés par certains
Etablissements publics avec les représentants des auteurs, en vue de commencer les
opérations de stockage.
Il s'agit d'avant contrats, appelés contrats cadres, car ils ont pour effet de faire en sorte
que les parties négocient de nouveaux contrats sur la base de leur premier accord.

Dans la mesure où l'on admet que la numérisation, à titre de stockage, est en elle-
même soumise au monopole de reproduction, l'on peut se demander si un tel contrat cadre est
valable. N’est-il pas en lui-même un contrat d'exploitation des droits d'auteurs, et, en ce sens,
soumis au formalisme rigoureux de l'article L.131-3 du C.P.I ?
(c'est à dire que le domaine d'exploitation des droits cédés doit être délimité quant à son
étendue et à sa destination, quant au lieu et quant à la durée)

Pour éviter toutes contestations relatives à la conclusion de contrats-cadres trop


imprécis, les parties doivent dès le premier stade, c'est à dire au moment de la constitution du
fonds, en déterminer les modes d'exploitation conformément aux dispositions de l'article
L.131-3 du C.P.I., et s'entendre sur la rémunération de l'auteur.
Mais puisque la justification de l'autorisation du titulaire des droits, pour le stockage
numérique, repose sur la communication ultérieure du fonds au public, il convient de se
demander si cette communication est couverte par l'autorisation au titre du seul droit de
reproduction.
Communication de l'œuvre numérisée :

La communication de l'œuvre numérisée au public, quelles qu'en soient les modalités,


implique son affichage sur un écran d'ordinateur.

L'affichage sur écran constitue une reproduction ou une représentation.


Pour les tenants du droit de reproduction, l'affichage serait, conformément à l'article L
112-3 du C.P.I., une fixation matérielle de l'œuvre par un procédé qui permet de la
communiquer au public. En effet, l'œuvre serait bel et bien fixée, fût-ce un court instant, sur la
mémoire vive de l'ordinateur.

Pour d'autres, l'affichage constitue un moyen de représentation par télédiffusion, au


sens de l'article L.122-2 2° du C.P.I., c'est à dire communication au public au moyen de
diffusion par tout procédé de télécommunication de sons, d'images, de documents. La
question n'est pas encore résolue, et les opinions doctrinales divergent.

L'apparition sur écran est considérée comme une reproduction et une représentation.

Les contrats

La cession expresse paraît de prime abord, la plus naturelle : le producteur va s'assurer


du consentement personnel de ses cocontractants, et des contrats répondant aux conditions de
formes et de fond, tant du droit commun des obligations que des textes spéciaux du Code de
la Propriété Intellectuelle, sera conclu. Il n'y a là, a priori, aucune spécificité particulière
lorsque l'objet du contrat portera sur des droits numériques.

Il est parfois difficile de déterminer les titulaires de droits numériques avec lesquels il
convient de négocier. De fait, l'auteur de l'œuvre n'est pas nécessairement le titulaire des
droits d'exploitation numériques. Ainsi, les journalistes salariés sont censés avoir cédé leurs
droits à leur employeur (interprétation a contrario de l'article L.121-8 al.2 du CPI).

L'exploitation de l'œuvre sur réseau numérique externe, à usage du grand public, doit
faire l'objet d'une stipulation expresse au titre du droit de destination des reproductions et
représentations numériques.
Le plan de microfilmage et de numérisation de la presse ancienne du
Morbihan : une logique de diffusion du patrimoine écrit.

Les objectifs du plan départemental de microfilmage et de numérisation de la presse


ancienne du Morbihan sont de résoudre les problèmes de sauvegarde des collections et d’en
faciliter l’accès.

La stratégie de cette opération passe par quatre phases, le récolement des collections,
la conservation sous microforme et sa numérisation puis la mise en accès direct au public
dans l’ensemble des bibliothèques partenaires.

C’est une procédure lourde et longue à mettre en œuvre, rendant indisponibles les
collections pendant les opérations techniques de sauvegarde.

La numérisation des journaux anciens facilite leur diffusion. Les périodiques peuvent
être consultés, à partir d’un micro-ordinateur seul ou connecté à un réseau. Les journaux,
convertis en données numériques, sont reproductibles sans altération sur divers types de
supports ( disque dur, CD-ROM, papier ). La distance n’est plus un frein à la transmission de
l’information.

Une formule évoluée devrait permettre, dans le futur, d’indexer ces journaux
numérisés, de rendre possible une multitude d’interrogations (nom de personne, lieux,
sujets...). Une telle base de données faciliterait la recherche historique.

Cependant cette nouvelle technologie, très performante pour la communication, ne


peut encore être considérée comme un moyen de conservation fiable, du fait des incertitudes
sur la conservation des données dans le temps. Il est donc plus prudent de recourir au
microfilmage des documents comme moyen de sauvegarde, même si le procédé alourdit le
coût.

L’archivage numérique permet d'allier l'accès le plus large à l'information et la


préservation de la source documentaire. Il rend possible un enrichissement culturel pour le
plus grand nombre par la multiplication des points d’accès à l’information. La numérisation
ouvre de nouvelles perspectives aux fonds dormants des réserves.
C’est un élément pertinent et novateur dans une politique globale de gestion de notre
héritage culturel. Cette nouvelle forme d’accès au patrimoine écrit est un enjeu de démocratie
pour l’accès au savoir. Facteur moderne de la constitution d’un corpus pour l’histoire de
demain, il peut fournir des éléments objectifs sauvegardés dans leurs globalités, librement
mis à la disposition du public.

Dans une perspective à long terme, éclairée en cela par l’histoire contemporaine
(manipulation de l’information, mensonges, oublis volontaires), comment peut-on garantir un
accès libre, durable et organisé à l'information ainsi conservée ? C’est dans ce sens que
l’ensemble des partenaires du plan se sont engagés dans la double voie de la conservation et
de l’accessibilité de l’information.

Pour mener à bien cette tache, la ville de Lorient a recruté, pour la Médiathèque, une
personne chargée de la conservation des collections sur papier avec transfert des contenus sur
des supports de substitution et mise en valeur de ce patrimoine auprès du public.
A terme, la Médiathèque de Lorient va ainsi pouvoir réorganiser ses réserves pour une
conservation optimale des documents originaux (ceux-ci n’étant plus consultés). De plus,
cette expérience, dans le domaine des nouvelles technologies de l’information et de la
communication, lui permet de mener d’autres procédures de numérisation de documents,
notamment le fonds d’un photographe de presse de la Liberté du Morbihan ( Gaby Le Cam ).

CONCLUSION GÉNÉRALE

Du journal à l’écran.

Les pages du Nouvelliste, aisément lisibles sur des écrans larges, sont imprimables sur
grand format. La boucle est bouclée, le document écrit sur du papier fragile, maintenant
digitalisé, peut reprendre à la demande sa forme quasi-initiale.

La presse locale ancienne est le reflet d’un vécu, d’un territoire et d’une population.
Sa consultation, libérée de la contrainte, de la rareté et de la fragilité de son support, permet
au public de se plonger dans ce qui composait le quotidien du passé.
L’aventure du Nouvelliste du Morbihan se perpétue. Journal d’envergure
départementale, il se révèle être un des rares témoins de Lorient sous la Troisième
République.

Le Nouvelliste, titre phare du Lorient sous la Troisième République, a bénéficié du


plan de microfilmage et de numérisation de la presse ancienne du Morbihan. Le transfert sur
le support numérique, sa mise à disposition au public, sa diffusion sur Internet offrent une
véritable renaissance à cet organe de presse.

Cette collection morte, en grand danger de disparition, revit et sort de l’ombre des
magasins pour apparaître sur l’écran lumineux des postes informatiques.

Ce retour parmi nous du Nouvelliste va nous permettre d’explorer cette partie du


patrimoine écrit populaire. Ce peut être une chance de nous réapproprier notre mémoire
collective. La grande facilité de diffusion et de reproduction est une chance formidable pour
éviter que restent dans l’oubli des pans entiers de notre histoire locale contemporaine.

Le développement des nouvelles technologies de l’information est devenu un outil de


premier plan dans la logique de démocratisation de l’accès au patrimoine écrit, tout en
permettant d’optimiser sa transmission aux générations futures.
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173

L’aventure du Nouvelliste du Morbihan.


Du journal à l’écran.

Avant-propos ..........................................................................................................................................................1

La presse lorientaise de la Révolution à la Seconde Guerre mondiale...............................................................4


Les sources.......................................................................................................................................................5

Lignages éditoriaux des journaux lorientais ........................................................................................................7


Les groupes de presse..........................................................................................................................................7
L’Abeille – Le Morbihannais – La Croix du Morbihan.........................................................................8
Le Phare de Bretagne.............................................................................................................................9
L’Avenir de la Bretagne.......................................................................................................................10
Fédération républicaine indépendante..................................................................................................11
Le Nouvelliste du Morbihan................................................................................................................12

Idéologies des organes politiques et d’information de la presse lorientaise.....................................................13

I L’AVENTURE DU NOUVELLISTE DU MORBIHAN...............................................20


Une histoire du Nouvelliste du Morbihan : les sources.....................................................................................20

1 - 1 Un titre : Le Nouvelliste du Morbihan.......................................................................................................21


La galerie des ancêtres........................................................................................................................................21
Le Nouvelliste du Morbihan de 1883.................................................................................................................23

Un nouveau journal à Lorient..............................................................................................................................23


Le Nouvelliste du Morbihan...............................................................................................................................24
Jeudi 30 décembre 1886 : lancement du Nouvelliste du Morbihan d’Alexandre Cathrine..........................26
Pourquoi ne pas prolonger le titre d’origine ? ...................................................................................................26
L’idée d’un journal indépendant........................................................................................................................27
La presse de Province sous la Troisième République........................................................................................28
La concurrence ..................................................................................................................................................30
La concurrence lorientaise........................................................................................................................31
S’il n’en reste qu’un…..............................................................................................................................32
L’union fait la force .................................................................................................................................33
Le syndicat de la presse morbihannaise..............................................................................................34
Une résonance nationale : le Congrès du Syndicat des Quotidiens de Province.................................35
A la fin des années 30 Le Nouvelliste du Morbihan est à son apogée.................................................35

1 – 2 La dynastie Cathrine...................................................................................................................................35
Alexandre Cathrine père, le fondateur................................................................................................................35
Charles Cathrine, le frère du fondateur..............................................................................................................38
Alexandre Cathrine, fils, le successeur...............................................................................................................38
La Presse de Basse Bretagne S.A.........................................................................................................40
1932, Cathrine, le retour. .....................................................................................................................41
La drôle de guerre d’Alexandre Cathrine. ...........................................................................................42
La méthode Cathrine : un journal d’information impartial................................................................................45
La neutralité comme profession de foi.................................................................................................46
174

L’impartialité du Nouvelliste à l’épreuve de son temps......................................................................47


Le journal de Lorient et du Morbihan..................................................................................................52
Le cadre lorientais favorable................................................................................................................52

1 – 3 L’histoire matérielle du Nouvelliste..........................................................................................................54


Le parcours du Nouvelliste.................................................................................................................................54
Le lancement du journal................................................................................................................................54
1893, cinq colonnes à la une .........................................................................................................................55
1900, le tournant s’amorce............................................................................................................................56
1904 – 1914 Vers un Nouvelliste quotidien...............................................................................................56
Le nouvelliste de Lorient, L’Ouest Maritime : ersatz du Nouvelliste du Morbihan.....................................59
Entre les deux guerres. Le Nouvelliste du Morbihan – Journal Républicain Quotidien..............................60
1926 Le Nouvelliste nouvelle formule..........................................................................................................62
1928 Le Supplément Illustré du Nouvelliste................................................................................................62
Les années trente : vers un journal moderne.................................................................................................63
Et la guerre arriva…......................................................................................................................................63
La fabrication du Nouvelliste du Morbihan, quotidien du soir..........................................................................64
La rédaction du journal..................................................................................................................................64
Les sources d’informations............................................................................................................................65
Organisation de la partie rédactionnelle........................................................................................................67
L'imprimerie du journal......................................................................................................................................69
La première rotative.......................................................................................................................................70
Une évolution technique continue : la composition mécanique, un gain de productivité.............................71
La reproduction photographique....................................................................................................................73
L’occasion manquée de 1914........................................................................................................................73
L’imprimerie du quotidien du soir ................................................................................................................73
L’évolution du travail...........................................................................................................................74
Le papier journal............................................................................................................................................76
La distribution du Nouvelliste............................................................................................................................78
Tirage du Nouvelliste....................................................................................................................................78
La vente du journal........................................................................................................................................78
Le Nouvelliste à la recherche de son public.............................................................................................78
Question de prix........................................................................................................................................79
La vente, le départ des exemplaires .........................................................................................................81
Les crieurs d’antan....................................................................................................................................82
Les points de vente....................................................................................................................................83
Zone d’influence et impact de la publicité paraissant dans le Nouvelliste....................................................85
Les immeubles du Nouvelliste, les banquets du personnel du journal..........................................................87

1 – 4 Le Nouvelliste du Morbihan, reflet de la mémoire collective d’une ville...............................................89


Galeries d’exemples de thèmes traités par le Nouvelliste au fil du temps.........................................................89
La crise lorientaise....................................................................................................................................89
Le développement de Lorient...................................................................................................................90
La démographie........................................................................................................................................93
Les problèmes sanitaires de Lorient.........................................................................................................96
Les grandes tragédies...............................................................................................................................97
La grande guerre.......................................................................................................................................97
Faits divers, anecdotes, vie quotidienne, événements...............................................................................99
Fêtes populaires et loisirs........................................................................................................................100
Le témoin de sa société...........................................................................................................................101
La publicité.............................................................................................................................................103
L’histoire locale......................................................................................................................................104
La bibliothèque municipale et Le Nouvelliste du Morbihan..................................................................105
Léo Le Bourgo...................................................................................................................................106
André Degoul.....................................................................................................................................107
Le feuilleton............................................................................................................................................108

1 – 5 Les années noires du Nouvelliste..............................................................................................................109


1940 L’occupation allemande ................................................................................................................109
« Notre profession de foi : France d’abord ! »...................................................................................110
175

Les journaux sous le contrôle de la Propaganda Abteilung...............................................................113


Lorient au cœur de la tragédie................................................................................................................114
L’antisémitisme relayé par le Nouvelliste..........................................................................................114
Printemps 1941, exil discret d’Alexandre Cathrine................................................................................115
La collaboration......................................................................................................................................115
Une base allemande très discrète............................................................................................................117
1943 destruction de Lorient, l’exil du Nouvelliste.................................................................................118
Août 1944, la fin du journal.............................................................................................................................121
Le Morbihan libéré.................................................................................................................................123
Août 1944, l’après Nouvelliste ..................................................................................................................124
Le procès d’épuration du Nouvelliste..........................................................................................................125
Le contexte général.................................................................................................................................125
Le cas du Nouvelliste..............................................................................................................................125

II LE PLAN DE MICROFILMAGE ET DE NUMÉRISATION DE LA PRESSE


ANCIENNE DU MORBIHAN, UNE OPÉRATION D’ENVERGURE POUR LA
SAUVEGARDE ET LA DIFFUSION DU PATRIMOINE ÉCRIT...............................127
2 – 1 Les collections de presse ancienne de la Médiathèque de Lorient : un patrimoine vivant.................128
« La tombe des journaux lorientais ».....................................................................................................129
Bilan de l’état du fonds................................................................................................................................131
L’état des collections archivées à la Médiathèque de Lorient.....................................................................134

2 – 2 Le plan de microfilmage et de numérisation de la presse morbihannaise...........................................135


La prise de conscience du problème de la conservation..............................................................................135
Les opérations régionales de microfilmage en cours en 1998................................................................135
L’engagement de la municipalité de Lorient et de la Médiathèque.............................................................136
La convention départementale du plan de microfilmage et de numérisation des périodiques anciens.. 137
L’intervention des prestataires de services.............................................................................................141

2 – 3 Le récolement des collections de journaux anciens du Morbihan.......................................................142


Un travail en partenariat avec les Archives départementales du Morbihan................................................142
L’exemple de la préparation des collections du Nouvelliste du Morbihan.................................................142
Le récolement du Nouvelliste......................................................................................................................143
Bilan de la préparation des collections du Nouvelliste du Morbihan..........................................................143

2 – 4 Les nouvelles technologies de l’information et de la communication au service de la sauvegarde et de


la diffusion du patrimoine de l’écrit. ................................................................................................................145
La sauvegarde du fonds : les différentes possibilités...................................................................................145
La conservation des collections .............................................................................................................145
La préservation des journaux anciens....................................................................................................146
Utilisation d’une méthode fiable et éprouvée : le microfilm. ...............................................................147
Utilisation du microfilm dans les archives et dans les bibliothèques.................................................147
Le rôle du microfilm dans la sauvegarde et la diffusion ...................................................................148
des collections de journaux................................................................................................................148
La conservation du microfilm............................................................................................................149
La numérisation des microfilms ........................................................................................................150
Le protocole technique.......................................................................................................................152
La préservation des collections numériques................................................................................................153
Les limites à la pérennité des collections numériques............................................................................153
Les supports numériques et leur conservation........................................................................................155
La communication des journaux numérisés ...............................................................................................157
La visualisation des images numérisées................................................................................................157
Aspects juridiques de la numérisation et de la communication des documents.....................................157
Numérisation et droit ....................................................................................................................158
Le plan de microfilmage et de numérisation de la presse ancienne du Morbihan : une logique de diffusion du
patrimoine écrit.................................................................................................................................................162

Conclusion générale............................................................................................................................................163
176

Du journal à l’écran................................................................................................................................163

Bibliographie .......................................................................................................................................................165
Lorient sous la IIIe République........................................................................................................................165
La presse en France sous la Troisième République..........................................................................................165
La presse en Morbihan sous la IIIe République...............................................................................................166
La presse à Lorient, des origines à la Seconde Guerre Mondiale....................................................................167
La bibliothèque municipale de Lorient : historique - fonds de presse ancienne..............................................167
Le plan de microfilmage et de numérisation de la presse ancienne du Morbihan...........................................168