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Malédiction : du latin « malus » : mauvais, et « dictum » : langage,
Malédiction : du latin « malus » : mauvais,
et « dictum » : langage, élocution …
Pièce pour enfants en un acte
par Michaël Stiernon

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Résumé

Michaël Stiernon

En attendant le professeur pour le dernier cours de la matinée, David fait rire toute la classe en se moquant de tout le monde. Malheureusement, il tombe sur un os lorsque Natacha, qui ne supporte plus d’être sa cible, lui jette une malédiction. Tous ses copains rieurs seront victimes d’un défaut de langage.

Derrière cette histoire de malédiction se cache le sujet délicat des moqueries entre enfants, de la blessure des victimes « souffre douleur », du rôle de ceux qui rient, et de la difficulté de s’interposer face à un groupe.

Décors

L’histoire se déroule dans une classe d’école pour enfants de 13 à 16 ans. Quelques pupitres ou tables suffisent à construire le lieu. Une porte dans le fond. Deux balais-brosses disponibles dans un coin.

Distribution

Tous les personnages sont des élèves d’une même classe. Ils sont tous âgés de 13 ou 14 ans.

Natacha : Fille. Elle parle avec un cheveu sur la langue. Habillée un peu gitane.

David : Garçon. Boute-en-train de la classe. Moqueur parfois méchant.

Serge : Garçon. Meilleur ami de David.

Pour tous les autres élèves, le sexe (et le prénom) n’a pas d’importance :

Max

Laurent

Vinciane

Quentin

Xavier

Martin

Dominique

Rachel

Valentin

Philippe

Durée

Environ 30 minutes.

Pièce déposée à la SACD :

Pièce déposée à la SACD : RUE DU PRINCE ROYAL 87, 1050 BRUXELLES, BELGIQUE

RUE DU PRINCE ROYAL 87, 1050 BRUXELLES, BELGIQUE

LA MALEDICTION DE NATASSA:

Michaël Stiernon

Version du 27-01-2011

Tous les enfants sont assis, chacun derrière un pupitre ou une table de classe. Ils sont tournés vers le public. David est assis dans le fond. Philippe et Vinciane sont au premier rang. Natacha est toute seule dans un coin, elle lit un livre pendant que les autres discutent.

Dominique – Elle viendra pas.

Quentin – Si.

Serge – Elle n’est jamais en retard.

Vinciane – Quelle heure il est ?

Rachel – 11h20.

Philippe – Laissons-lui le quart d’heure académique.

Valentin – Pff.

Dominique – Moi je vous dis qu’elle ne viendra pas.

Rachel – Normalement, le proviseur aurait dû venir nous prévenir et on aurait été à l’étude.

Vinciane – Le proviseur n’est peut-être pas au courant qu’elle n’est pas arrivée à l’école.

Quentin – On devrait alors aller lui dire. Non ?

David – Pour qu’il nous envoie en « garderie » ? Non merci. Venez, on se casse en douce. C’est la dernière heure de la matinée, on a l’occasion d’aller faire un tour en ville.

Serge – Ouais, peinards.

Vinciane – Je sais pas.

Max – Moi j’ai bien envie de partir. Je dois justement aller acheter un sandwich.

Laurent – Ouais, moi aussi.

Max – Allez alors, go.

David – Il faut juste pas se faire voir par le proviseur.

Max et Laurent se lèvent, prennent leurs sacs et sortent.

Rachel – Je trouve que c’est pas sympa pour madame Vertou de partir. Imaginez qu’elle arrive et qu’on ne soit plus là. Elle risque d’avoir des ennuis.

David – Oh, qu’est-ce qu’on s’en fout de madame Vertou. Elle est grande non ?

Philippe – C’est vrai que ce ne serait pas sympa.

Vinciane – Il vaut mieux l’attendre.

Michaël Stiernon

David – J’ai compris. Il vous faut votre dose de cours de français ? Mais je vais vous le donner moi ce cours, comme la Vertou. Il se lève et va devant la classe. Il parle comme une vieille dame. Alors aujourd’hui, nous allons revoir la matière. Au hasard… Philippe ! Ecoute bien ma question, mon petit bécot. Dans la phrase « Je postillonne et je pue du bec », quel est le sujet ? Tout le monde rit, sauf Natacha, qui hausse les épaules et retourne à la lecture de son livre.

Martin – Excellent !

David – Et toi, Natassa, peux-tu m’espliquer comment sssse conjugue le verbe suçoter à l’oreille de son voisin au présent de l’indicatif ? Ze suçote, tu suçotes, il suçote. Tout le monde rit, sauf Natacha.

Quentin – Ouais.

Serge – Trop bon.

Vinciane – Bof.

David –Allons, les enfants ? Les enfants ? On va faire le journal de classe ? Alors pour la semaine prochaine, notez que nous ferons une interrogation surprise. Je vous demanderai de me retrouver l’intrus dans une série de mots. Par exemple : superman, spiderman, hulk et le proviseur ? Oui, bien Philippe, le proviseur est le seul super zéro.

Quentin – Trop fort.

Vinciane – T’es vache avec le proviseur.

Philippe – Moi je le trouve quand même sympa.

Dominique – Moi aussi.

David – Mais non enfin, il vous a amadoués à coup de sourires pour vous faire croire qu’il est sympa.

Vinciane – N’empêche qu’il t’a à la bonne. Sans ça, tu aurais déjà eu pas mal d’ennuis.

David – Ouais, parce que moi aussi, j’ai su l’amadouer.

Quentin – David, l’amadoueur !

Natacha – Tu sais, David, ce n’est pas très bien d’attaquer le proviseur comme ça.

Rachel – Ouais.

David – Voyez-vous ça, mademoiselle Natassa n’est pas contente que j’attaque son sousou, monsieur le provisseur !

Vinciane – Arrête David.

David – Quoi, allez, si on peut même plus rigoler en attendant les profs en retard.

Philippe – Ouais, mais t’es parfois lourd.

David – Lourd ?

Natacha – Tu auras des problèmes sérieux, un zour.

David – Un zour ! Il rit, les autres embrayent, sauf Vinciane et Philippe.

Michaël Stiernon

Natacha – Arrête.

David – Chinon ?

Natacha – Arrête, David.

Vinciane – Ouais, t’es lourd.

David – Attenchion, David, che vais me fâcher tout rouche.

Natacha – J’en ai marre. Tu vas trop loin.

David – Hou… J’ai peur.

Natacha se lève. Silence total.

Natacha – Tu te moques des défauts de langage…

David – Pas seulement !

Natacha – Et bien David, que tes copains soient tous frappés d’une « malédiction » !

David – Ca y est, je pleure de peur.

Natacha se dirige vers la porte et se retourne vers la classe.

Natacha - Quand à toi, je te frappe du seau de l’aimant-maudit ! Celle que tu aimeras verra ses projets anéantis.

Natacha sort. Silence.

Vinciane – Faut toujours que t’ailles trop loin.

David – Moi ? Mais enfin, c’est elle qui a un problème.

Serge – Elle est toujours aussi bi-bi-bi-bizarre.

Blanc.

David – Qu’est-ce que t’as dit, là ?

Serge – Elle est toujours aussi bi-bi-bi-bizarre.

David – Ca va ?

Tout le monde rigole.

Xavier – Mais pour en revenir au débit, heu, au début, euh au débat.

Quentin – Oui ?

Xavier – On s’couche ou pas ?

David – Hein ?

Xavier – Euh, on s’casse ou pas ?

Serge – T’as un pro… pro… pro… problème, mon… mon… mon… mon vieux.

Rachel – Je crois que…

Dominique – … toi aussi.

Valentin – C’est peut-être à cause de la malédiction ?

Michaël Stiernon

Philippe – Malédiction. Des racines latines « malus », mauvais, et « dictum », langage, élocution, façon de s’exprimer. Passé dans le langage courant comme un maléfice alors qu’il désignait autrefois uniquement les atteintes aux fonctions de la communication verbale.

David - Hein ?

Philippe – Malédiction. Des racines latines « malus », mauvais, et « dictum », langage,

Quentin – ou oi u ça ?

Philippe – Plait-il ?

Quentin – Pourquoi tu dis ça ?

Philippe – ‘Sais pas, ça me vient tous seul.

Dominique – Mais qu’est-ce qui…

Rachel – …vous arrive tous ?

Valentin – C’est peut-être à cause de la malédiction ?

Serge – Alors là, là, là, là, c’est din… din… din… dingue.

Martin – En tout, cas, sans vouloir faire dans le sensationnel et le spectaculaire, je dirais, après avoir observé vos précédentes interventions, et bien sûr, sans arrêter un jugement définitif, qui mériterait de plus amples analyses et observations, que vous… Comment dire ?

Vinciane – Oui ?

Martin – Que vous avez un problème d’élocution.

Vinciane – Et toi non ?

Martin – Et bien, la question est intéressante. Je te remercie de l’avoir posée. En effet, il est important ici de prendre le recul nécessaire à une bonne analyse. Comme le thermomètre qui perturbe l’environnement dans lequel il désire prendre sa mesure de température, il est possible que je sois moi-même légèrement atteint par un changement dans ma façon de m’exprimer. Je n’en suis pas sûr, mais c’est possible. Il faut que j’y réfléchisse encore un peu.

Rachel – Réfléchi plus, …

Dominique – … c’est sûr !

David – La vache ! Vous craignez les gars.

Xavier – C’est pas vraiment not’ fête. Euh, not’ faute.

David – Ouf, on n’est pas sorti de l’auberge.

Philippe – Etre sorti de l’auberge : expression tirée d’une nouvelle de Victor Hugo, dans laquelle …

Serge – Ca va, phi… phi… philippe.

David – Vous me faites une blague ? Si c’est ça, ce n’est pas drôle du tout.

Michaël Stiernon

Valentin – C’est peut-être à cause de la malédiction ?

David, à Valentin – Et comment tu te sens ?

Valentin – C’est peut-être à cause de la malédiction ?

David – Oui, j’ai compris. Tu sais encore dire autre chose ?

Valentin – C’est peut-être à cause de la malédiction ?

David – La vache. Bon, ton disque est rayé. Et toi Vinciane ?

Vinciane – Si tu le permets, j’aimerais revenir à la question précédente. Il s’agissait de savoir si tout ceci pouvait être lié à la malédiction. Et bien je pense que oui car ce matin chacun de nous parlait comme d’habitude. Je crois qu’il était utile de le préciser.

David – Euh… Oui… Et sinon, toi, ça va ?

Vinciane – Tttt. Une minute s’il te plat. Je voudrais rebondir sur la question précédente parce que nous n’y avons pas vraiment répondu. Alors je crois que…

David – Vinciane ? Vinciane ? La Terre appelle Vinciane ! On est quel jour aujourd’hui ?

Vinciane – Et bien, si tu le permets, avant de répondre…

David – Vinciane ? Quelle heure il est ?

Vinciane – Avant d’aborder ce sujet, j’aimerais ajouter ceci : vendredi.

David – OK, je vois le truc. Et toi, Quentin ?

Quentin – mm en o qué oire rive u culer.

David – Quoi ?

Quentin – Je me sens tout bloqué de la mâchoire. Je n’arrive plus à articuler.

Xavier – C’est fameux. Euh, fâcheux.

Dominique – Une qui répond avec un temps de retard.

Rachel – Un autre qu’on ne comprend plus.

Dominique et Rachel – On va s’amuser !

Serge – Et deux qui pa… pa… parlent en stéréo.

David – Et toi, Xavier ?

Xavier – Parquet ! Euh… Parfait.

David – Je vois. En montrant la porte. Comment tu appelles ceci ?

Xavier – La forte. Euh… La porte.

David – OK. En montrant une table. Et ceci ?

Xavier – T’est long ou quoi ? C’est une fable. Euh, une table.

David – OK.

Valentin – C’est peut-être à cause de la malédiction ?

Michaël Stiernon

David – Merci Valentin. Je crois que tu as vu juste. Alors là, c’est dingue. Elle est gonflée, Natacha. Elle nous colle ça et elle se casse.

Martin – Excuse ma couardise, et ne crois surtout pas qu’il s’agisse d’un affront ou d’une critique acerbe, mais il me semble que tu n’as pas employé le bon pronom.

David – Hein ?

Philippe – Le pronom, comme son nom l'indique, est le remplaçant privilégié du nom, il est susceptible d'avoir les mêmes fonctions que le nom. De plusieurs types : possessif, interrogatif, relatif, …

Quentin – Philippe ?

Philippe – Oui ?

Rachel – On s’en fout !

Martin – Nous venons de faire un rapide état des lieux. La conclusion est assez simple :

nous souffrons tous de sa malédiction, mais toi, tu n’as rien !

David – Exact, coup de bol. Par contre, je sens qu’on va bien se marrer cet après-midi. Allez, à tout à l’heure, je vous laisse radoter entre vous. Il prend son sac et se dirige vers la porte. Dominique et Rachel attrapent rapidement deux balais brosses et s’interposent devant la porte, comme deux gardes au temps des chevaliers.

Dominique – Désolé mon p’tit gars, mais…

Rachel – … personne ne sort d’ici tant qu’on n’a pas réglé le problème.

David – Allez quoi.

Valentin – Tu nous as mis dans la merde, tu nous en sors.

Xavier – On ne devrait pas aller chercher le rétroviseur ?

Serge – Qui ?

Xavier – Euh, le proviseur.

Dominique – Non, j’ai dis :

Rachel – Personne ne sort d’ici tant qu’on n’a pas réglé le problème.

Xavier – C’est un pis, un peu la fausse, euh la faute de Natacha, quand môme, quand même.

Vinciane – Je t’avais dis d’arrêter de la chercher.

Martin – Il n’empêche, je m’interroge et me questionne. Vous voyez ? Ce genre de question qui vous taraude et tourne pendant des heures, jusqu’à l’obsession. Il me faut une réponse, c’est clair, mais j’ai également peur d’être déçu car cela signifierait la fin de cette période pendant laquelle…

David – Martin ?

Quentin – C’est quoi ta question ?

Martin – Comment elle a fait ?

Michaël Stiernon

Valentin – Tu nous as mis dans la merde, tu nous en sors.

David – Merci Valentin, tu nous aides.

Valentin – Mais je voulais pas dire ça. J’te jure.

Xavier – Vous croyez que c’est de la manie, euh, de la magie ?

Quentin – Ouais.

Serge – Mais non, ça exis… exi… exi… existe pas la ma… la ma… la magie.

Vinciane – Oh oh. Excusez-moi, mais avant d’aller plus loin, j’aimerais revenir sur un élément important pour la suite du débat : Quelle est réellement la question de Martin ?

Martin – Comment elle a fait ?

Vinciane – Merci. C’était important de le préciser.

Valentin – Tu nous as mis dans la merde, tu nous en sors.

Personne ne fait attention à Valentin.

Philippe – Empoisonnement ?

David – On n’a rien avalé de spécial.

Serge – Ni rien respi… respi… respiré.

Quentin – Exact.

David – Vinciane, c’est toi la plus forte en chimie. Tu crois qu’elle aurait pu faire un produit qui fasse ça ?

Vinciane – Avant d’aborder le sujet complexe de la chimie, j’aimerais préciser que la magie comme on la découvre dans les livres d’histoires pour enfants n’existe pas. Il existe cependant des endroits où les traditions perpétuent…

Quentin – Pourquoi tu nous parles de magie ?

Serge – On veut ton point de v… de v… de vue sur la chimie.

Vinciane – Oui, je sais, mais je devais le dire. Désolée.

Martin – Alors, après cette digression, qui, en plus du temps, nous a fait perdre le fil, qu’elle est ton sentiment à ce propos ?

Philippe – Perdre le fil : Expression héritée de la mythologie grecque et qui fait référence à la déesse Ariane, fille de Minos et de Pasiphaé, qui a permis à Thésée de retrouver son chemin dans le terrible labyrinthe gardé par le Minotaure en suivant un fil qu’il avait tiré derrière lui.

Valentin – Philippe ?

Philippe – Oui ?

Serge – On s’en f…, on s’en f…

Dominique et Rachel – On s’en fout.

Serge – Voilà.

Michaël Stiernon

David – Alors, c’est possible un produit comme ça ?

Vinciane – Exactement Philippe, on s’en fout. Ceci dit, je ne crois pas. Peut-être un gaz qui agirait sur le cerveau, mais alors nous aurions tous les mêmes symptômes.

On frappe à la porte.

Dominique – Qui est…

Rachel – … là ?

Max, de derrière la porte – C’est nous ?

Dominique – Qui…

Rachel – … nous ?

Laurent, de derrière la porte – Max et Laurent.

Max, idem – Pourquoi la porte est fermée à clé ?

Xavier – La porte est ferpée ? Fermée ?

Dominique ouvre la porte. Max et Laurent entrent. Dominique referme derrière eux. Rachel et elle reprennent leur position de garde.

Max – Qu’est-ce qui se passe ici ?

Laurent – Eh, David, tu réponds plus à tes textos. On t’attendait dehors.

David consulte son téléphone portable.

David – J’ai rien reçu.

Max / Laurent (parlent en même temps) – Arrête tes conneries. / Ouais, l’autre.

En montrant Dominique et Rachel. C’est quoi ce cirque ? / C’est carnaval ici ?

En se regardant. Qu’est-ce qui te prend ? / Qu’est-ce qui te prend ?

Quentin – on va ou liquer.

Serge – Oui, on va vous ex… ex… vous ex… vous expliquer.

Vinciane – Comment ça la porte est fermée ?

Martin – Ca à l’air difficile à croire comme ça, mais sans tourner autour du pot, parce vous savez que j’aime les gens qui vont droit au but, sans méandre, sans circonvolution. N’ayons pas peur des mots. Soyons vrai, soyons directs, pour que vous…

Max / Laurent – T’as un problème ? / Tu veux un coup de main ?

Martin – C’est justement là où je voulais en venir. Figurez-vous, que par le plus grand des mystères, alors que nous étions simplement tous présents dans cette…

Dominique – Faite-le…

Rachel – …taire !

David – Natacha nous a jeté un genre de sort qui fait qu’ils ont tous un problème quand ils parlent.

Max / Laurent – Tous ? / Oh ?

Michaël Stiernon

David – Vinciane répond aux questions avec une guerre de retard. Serge bégaie.

Serge – Pas… pas… pas

David – Ben si. Xavier se plante de mots quand il parle, c’est trop drôle.

Max / Laurent, à Xavier – Vas-y. / Fais voir ?

Xavier – Je n’ai foin à rire, euh, rien à dire.

Max / Laurent – Cool ! / Pas mal. En montrant Dominique et Rachel. Et là ? / Et vous ?

Dominique – On garde la porte pour …

Rachel – … que personne ne sorte…

Dominique - … tant que tout ceci …

Rachel - … n’est pas tiré au clair.

David – Voyez ?

Max / Laurent – Ouais. / OK

Valentin – Tu nous as mis dans la merde, tu nous en sors.

David – Valentin tourne en boucle. Quentin ne parvient plus à articuler. Martin se perd dans des phrases sans fin.

Max / Laurent – Et toi ? / Et toi ?

David – Moi, pour parler, ça va. Moi, elle m’a lancé le sort de l’aimant-maudit.

Max / Laurent – C’est quoi ? / Houlà.

Philippe – Sort de l’aimant-maudit : sort bien connu du temps des manigances vénitiennes au 15 ième siècle. Ce sort touche en fait l’être cher au cœur de celui contre lequel il est proféré. Les projets immédiats de cette tierce personne innocente seront voués à l’échec.

Max / Laurent – Lui, on a trouvé. / Ca ne s’arrange pas.

Quentin – Et vous, je crois que ou a é è an.

Serge – Il dit que vous parlez en même… en même… en même temps.

Xavier – On se demandait comment elle avait fesse, euh fait, son coup.

Vinciane – L’hypnose.

David – Hein ?

Philippe – Hypnose : désigne un état modifié de conscience ainsi que les techniques permettant de créer cet état.

Max / Laurent – Non. / Hum hum.

Quentin – Quoi ?

Max / Laurent – Pas possible. / Impossible

Serge – Pourquoi ?

pas vraiment.

Michaël Stiernon

Max / Laurent – Parce qu’on n’était pas là quand elle a fait son truc. / On était en ville à ce moment-là.

David – Juste.

Dominique – En tout cas, vous…

Rachel – … êtes atteints comme nous.

David – Ouais.

Quentin – On ourait ercher la cause, utot que le comment.

Serge – C… C… Comment ?

Quentin – Cherchons la cause, plutôt que le comment.

Vinciane – Exact. Blanc. Car vous n’étiez pas présents quand elle a jeté sa malédiction.

Max / Laurent – Ah oui, tu en es là. / Allez, raccroche le train.

Xavier – Je pense que Quentin a parfaitement raison. Il s’agit ici de ne pas se perdre dans les « comment », car il y a de toute évidence une force puissante qui a pénétré nos esprits et nous ne parviendrons pas, sur base des informations dont nous disposons, à déduire le modus operandi. Ceci relève peut-être même du subconscient.

Philippe – Subconscient : notion introduite par Pierre Janet en 1889 afin de définir l’état psychique dont on n'a pas conscience mais qui influe sur le comportement.

Valentin – Lâche-nous avec ton subconscient. On s’en fout.

Vinciane – Quentin a effectivement raison. Plutôt que de chercher comment elle a fait, voyons pourquoi elle l’a fait.

Philippe – Il n’y a pas grande enquête là-derrière.

Xavier, à David – Tu es tout le temps sur son dos.

Dominique – Elle est bizarre, mais…

Rachel – … elle est pas méchante.

David – Je sais.

Quentin – En fait, on la connaît pas trop.

Martin – Pratique-t-elle une activité sportive, si propice au bien-être et à l’équilibre intérieur ?

Xavier – Hum.

Serge – Quelqu’un a déjà été chez elle ?

Tous – Non.

Vinciane – Est-ce qu’on lui a même déjà parlé, tout simplement ?

Valentin – Lâche-nous avec ton subconscient. On s’en fout.

Philippe – Mais ? Valentin fait des gestes d’impuissance. Oh, excuse, j’avais oublié.

Xavier – Ce matin, ça a été la goutte qui a fait dérober le vase. Euh, déborder le vase.

Michaël Stiernon

Philippe – Déborder le vase, expression venant de la région du sud de la méditerranéenne à l’époque où les marchands d’huile…

Max / Laurent – Philippe ? / Philippe ?

Xavier – On sent doux !

Dominique – Une fois on a parlé 2 minutes avec elle parce qu’elle…

Rachel – …parlait une drôle de langue au téléphone.

David – Ah oui ?

Rachel – Elle nous a dit que c’était la langue…

Dominique – …que parlait sa mère. Et elle est partie.

Quentin – Ca fait presque un an qu’on la côtoie, mais en fait on ne la connaît pas du tout.

Serge, près du pupitre de Natacha – Tenez, regardez le livre qu’elle li…i…i…i…isait.

Vinciane – On dirait une écriture celte ou un truc comme ça. Des runes peut-être ?

Xavier – Des urnes ?

Vinciane – Des runes.

Philippe – Runes : l’alphabet utilisé par les anciens peuples de langue germanique, tels que les Anglo-saxons ou les Scandinaves.

Valentin – Bizarre.

David – Ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi est-ce que vous êtes punis alors que je suis finalement le seul à me moquer d’elle.

Martin – Je crois que nos rires lui font encore plus mal que tes blagues.

La porte s’ouvre. Natacha entre. Silence. Elle se dirige vers son pupitre, ramasse son sac et prend le livre qu’elle avait laissé. Les autres l’observent sans oser parler ou bouger.

David – Excuse-moi Natacha, je te jure que je ne me moquerai plus de toi.

Natacha – Trop tard.

David – Mais comment faire pour stopper tout cela ? Tous mes amis sont touchés.

Natacha – C’est là que tu fais erreur.

David – Mais ?

Natacha – Fais le compte de tes amis. Chi tu peux m’en présenter un seul tout à l’heure, je verrai ce que che peux faire pour toi. Che vais manger. A tout à l’heure, on a cours d’anglais en première heure cet après-midi.

Max / Laurent – Et nous ? On était même pas là ! / Et nous ? Rien à voir là-dedans ?

Natacha – Ah, vous êtes revenus. Cha ferra plaisir à Madame Vertou.

Michaël Stiernon

Rachel et Dominique tentent de l’empêcher de sortir. Elle lève un doigt, comme si elle préparait un sort. Elles s’écartent.

Natacha – J’aime mieux ça.

Elle sort.

Serge – On est comme dans la bi… bi… bible !

David – Comment ça ?

Serge – Quand Dieu dit à quelqu’un que la ville sera sau… sau… sauvée si on y trouve au moins un juste.

Philippe – Exact. Cet épisode est raconté dans l’Ancien Testament, livre… David fait taire Philippe d’un geste de la main.

David, à Serge – Et il en trouve ?

Serge – Je crois… je crois… je crois… je sais plus.

David – Hum. Enfin, ici, le problème est réglé. Quand elle reviendra tout à l’heure, vous lui direz tous que je suis votre ami et elle lèvera sa punition.

Rachel – Non, moi je crois que…

Dominique – …Natacha va punir encore plus ceux…

Rachel – …qui diront qu’il est leur ami.

David – Mais non.

Vinciane – Qu’est-ce que tu en sais ?

David – Je n’en sais rien, mais il n’y a pas de raison. Et puis vous n’allez pas avoir peur de Natacha, quand même ?

Vinciane – En temps normal, non, mais je crois qu’elle t’a un peu dans le nez pour le moment.

David – Hum.

Laurent / Max – Ben, tu sais, David, nous on te considère comme un pote. / Tu nous fais marrer, mais je ne crois pas qu’on peut vraiment dire qu’on est amis.

Laurent et Max (en même temps) – On partage rien, en fait.

David – Hein ?

Laurent / Max – Et puis, on n’a pas trop apprécié de se faire coller sans toi en début d’année. / Et puis, en début d’année, tu nous as laissé tomber.

Laurent et Max (en même temps) – Tu étais dans le coup aussi.

David – Mais, ça n’aurait rien changé que je me dénonce.

Laurent et Max (en même temps) – Ouais, mais les amis, ça ne se laisse pas tomber.

Laurent et Max vont s’asseoir à l’opposé de David dans la classe.

Rachel – Quand Vinciane n’est pas là, tu nous racontes des trucs pas sympas sur elle.

Michaël Stiernon

Dominique – Quand Xavier n’est pas là, tu nous racontes des trucs sur lui.

Rachel – On se doute bien que quand on n’est pas là, …

Dominique – … c’est à notre tour d’avoir les oreilles qui sifflent.

Philippe – L’expression avoir les oreilles qui sifflent vient d’une légende qui…

Rachel et Dominique – Philippe ?

Philippe – Oui ?

Rachel et Dominique – On s’en fout !

Philippe – OK.

Dominique – Des amis, …

Rachel – … ça se respecte.

Elles vont rejoindre Laurent et Max.

David – Quentin ?

Quentin vient s’asseoir à coté de David.

Quentin – L’année dernière, je me suis cassé le pied.

David – Oui.

Quentin – Je suis resté deux mois chez moi.

David – Exact, je m’en souviens bien.

Quentin – Et bien tous les élèves présents dans cette classe sont venus me voir au moins une fois. Pause. Tous, sauf toi. Je ne suis pas fâché sur toi, mais ça fait réfléchir quand même.

Il se lève et va rejoindre l’autre coté.

David – Mais…

Xavier – Moi, je crois que tu fais trop attention à ce que les autres pensent de ta, de toi. Si un jour, j’ai vraiment besoin de toi mais qu’en m’aidant tu risques de passer pour un long, euh, pour un con, tu me planteras là. Je m’amuse bien avec toi, t’es cool, mais j’ai pas vraiment confiance en toi. Et des amis, ça se fait confiture, euh, confiance.

Vinciane – Je pense comme Xavier. T’es cool, mais je ne te confierais pas mes secrets les plus intimes, comme je le ferais avec un ami.

Elle traverse la classe.

Martin – Comment te dire, sans heurter ton amour-propre ? Sans blesser ton auto jugement. Heu… Il rejoint l’autre coté de la classe. Voilà.

David – Philippe ?

Philippe – Un jour tu t’es moqué d’une dame dans la rue. T’as dit qu’elle était tellement grosse que si on la voyait de dos dans un grand magasin, on ne verrait même pas le caddy devant elle. Tu te souviens ? Ca a fait rigoler tout le monde.

Michaël Stiernon

Valentin – Ouais, je me souviens.

David – Et alors ?

Philippe – Et bien la dame, c’est ma mère. Elle a des problèmes de tyroïde et elle en souffre beaucoup. Moi ça m’a pas fait rire. Et j’ai compris ce jour-là que tu n’as pas de limite. C’est moche. On ne peut pas être ami avec quelqu’un qui n’a pas de limite.

David – Mais pourquoi ne m’avoir jamais parlé de tout cela ?

Philippe – Tout le monde avait ri. Le mal était fait.

Il traverse la classe.

David – Val ?

Valentin – Tu nous as foutu dans la merde, à toi de nous en sortir.

Il traverse.

David – Il ne reste que toi, Serge.

Serge – Tu te souviens de Caroline ? La fille qui a commencé l’année dans l’école puis… puis… puis qui est partie après deux semaines.

David – Oui ?

Serge – Elle hésitait entre deux… deux… deux écoles.

David – Oui ?

Serge – Elle est partie parce que tu n’arrêtais pas de la chambrer sur ses gr… gr… grands pieds.

David – Mais elle était naze cette fille.

Serge – Et bien moi, elle me plaisait bi… bien. Et je lui plaisais aussi. Et je te l’ai dit.

David – Ouais, mais

Serge – Non. Je t’ai dit : « Arrête, t’es pas drôle », mais tu as continué. Pause. Elle est partie. C’était sûrement pas la fille de ma… de ma vie, mais ça m’a fait très mal que tu ne m’écoutes pas. C’était important pour moi.

David – Mais.

Serge – Les amis, ça s’écoute. Silence. Désolé.

Il traverse la classe, laissant David seul d’un coté. Ils restent silencieux un moment. David regarde par terre.

Martin – Malheureusement, sans entrer trop dans les références littéraires en rapport avec des textes qu’aucun de nous n’a lu. En tout cas pas récemment. Car c’est vrai qu’à l’école primaire, on a dû en passer par là. C’était chez Madame Radoux je crois.

Xavier – Babouche ! Euh, accouche !

Martin – On peu dire comme la Fontaine que « Tout blagueur vit aux dépends de celui qui l’écoute ».

Quentin – Philippe Lafontaine a dit ça.

Michaël Stiernon

Dominique – Non.

Rachel – Pas.

Dominique – Philippe.

Rachel – Jean.

Quentin – Ah oui, Jean de la Fontaine, ça me revient.

Philippe – Jean de la Fontaine. 1621-1695. Né à Château-Thierry, mort à Paris. Poète français resté célèbre pour les nombreuses fables qu’il a écrite, plus de 240, mettant en scène le plus souvent des animaux. Il a également écrit plusieurs contes érotiques qui circulent encore de nos jours. On peut visiter son musée à Château-Thierry, dans sa maison natale. Les horaires d’ouvertures sont en semaine de 9h jusque…

Vinciane – Philippe ?

Philippe – Oui ?

Max et Laurent (en même temps) – On s’en fout.

Long silence. Natacha entre. Elle s’arrête à la porte. Personne ne parle.

Natacha – Alors, tes amis ?

Silence.

Dominique – Enlève-nous ce truc, s’il te …

Rachel – … plait, on suit plus David.

Vinciane – Ouais.

Silence.

A Suivre

Pour connaître la fin, il suffit de m’envoyer un e-mail à l’adresse

Pour info, il reste 3 pages. A bientôt !

Michaël