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Journal de la Société des Américanistes Encore sur les tableaux de métissage du Musée de

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Blanchard R. Encore sur les tableaux de métissage du Musée de Mexico. In: Journal de la Société des Américanistes. Tome 7, 1910. pp. 37-60.

Document généré le 16/10/2015

doi : 10.3406/jsa.1910.3570 http://www.persee.fr/doc/jsa_0037-9174_1910_num_7_1_3570 Document généré le 16/10/2015

ENCORE

SUR

LES TABLEAUX DE MÉTISSAGE

. DU MUSÉE DE MEXICO

Par le Professeur R. BLANCHARD

[Planches III à XI).

I. — Dans les anciennes colonies hispano-américaines et particulièrement au Mexique, se trouvaient en présence trois éléments ethniques bien différents : les Rouges pu indigènes, les Blancs ou conquérants venus d'Europe et les Noirs ou esclaves venus d'Afrique. Du contact de ces trois races résultèrent des mélanges de sang très variés1 Les métis nés de la sorte constituaient des produits artificiels, des individualités , en dehors de toute hiérarchie sociale ; • c'étaient des êtres humains, sans doute, mais l'Espagnol, en tant qu'il avait contribué à leur production; ne pouvait les admettre comme ses égaux. Eux-mêmes, d'ailleurs, refusaient de se laisser assimiler aux Nègres ou aux Indiens pur sang.' C'étaient donc des êtres à part, pour lesquels il devenait nécessaire d'établir des catégories,.' des distinctions, des castes, basées sur leur degré *

de métissage.

"

Dans les villes et les paroisses, le clergé tenait le registre des nais-

population mexicaine est composée des mêmes éléments que ceux

qu'offrent les autres colonies espagnoles. On y distingue sept races : 1° les individus nés en Europe, vulgairement appelés Gachupines ; 2° les Espagnols créoles ou les blancs de race européenne nés en Amérique; 3° les Métis (Mestizos), descendans de blancs et d'Indiens ; 4° les Mulâtres, descendans de blancs et de nègres; 5° les Zambos,

descendans de nègres et d'Indiens ; 6° les Indiens même, ou la race cuivrée des indigènes ; et 7° les Nègres africains. En faisant abstraction des subdivisions, il en résulte quatre .castes : les blancs compris sous la dénomination générale d'Espagnols, les Nègres, les Indiens et les hommes de race mixte, mélangés d'Européens, d'Africains, d'Indiens américains et de Malais; car c'est par la communication fréquente qui existe entre Acapulco et les îles Philippines, que plusieurs individus d'origine asiatique, soit Chinois, soit Malais, se sont établis dans la Nouvelle-Espagne. » — Al. de Hum-

boldt, Essai politique sur le royaume de la

1. « La

Nouvelle-Espagne.

.Paris, 2 vol.' in-4°,

1811 ; cf. I, chap, ví, p. 76, Différence des castes.

38

SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS

sances et, à supposer que l'origine de la mère fût connue et que l'attribution de paternité fût exacte, cela eût pu suffire à classer tant bien que mal les métis. Mais dans les campagnes, combien de naissances non inscrites à la -paroisse ou de père très incertain? L'orgueil castillan ne pouvait courir le risque de promiscuités pour. lui inacceptables ; dans une société aussi hiérarchisée que l'était alors la. société espagnole, il fallait pouvoir désigner par un terme technique ces divers degrés de métissage et, au besoin, en cas de contestation, pouvoir les définir par un moyen sûr et indiscutable.1 Telle est, à mon sens, l'origine de ces curieux tableaux de métissage, auxquels j'ai déjà consacré une notice1 et dont le présent travail a pour but de compléter l'histoire. La première mention de semblables tableaux a été faite par le regretté professeur E.-T. Hamy, qui eut la chance de découvrir à Paris, chez un petit libraire, dix peintures sur cuivre, numérotées S et 8 à 16; la dernière portait la signature d'Ignacio de Castro, peintre espagnol qui exerçait son art à Mexico pendant le xvme siècle; Hamy donna la description de ces tableaux, dont l'origine mexicaine n'est pas douteuse. La section d'ethnologie du Musée national, à Mexico, possède elle-même

deux séries de peintures

divers degrés dé métissage, mais dont, par un sort singulier, l'importance exceptionnelle semble avoir été totalement méconnue. Bien, que ces documents précieux fussent' exposés depuis longtemps dans i les salles publiques, personne avant' moi n'en a fait mention,- pas même Herrera et

Cicero, conservateurs du Musée, qui ont pourtant écrit un ouvrage dans lequel ils traitent du métissage, en un long chapitre dont la traduction sera donnée plus loin. Les documents nouveaux que je dois étudier ici m'amènent à reprendre la question ab ovo et à reproduire une partie de mon premier travail. Je m'y exprimais en ces termes :

du plus haut intérêt, destinées à démontrer; les

lies peintures que j'ai observées à Mexico sont de deux sortes :

1° Une série de , seize tableaux représentant les , « castas de Mexico, epoca colonial ». Chacun d'eux nous montre le père, la mère et l'enfant, avec leur couleur de peau respective et se livrant à leurs occupations favorites ; au milieu . et en bas, dans un cartouche bleu, une courte légende avec un numéro d'ordre. J'ai noté toutes les légendes, comme il sera dit plus loin. En revanche, je n'ai remarqué ni date ni signature.

1 . R. Blanchard, Les tableaux de métissage au Mexique. Journal de la Société des Américanistes de Paris, (2), V, p. 59-66, 1908.

TABLEAUX DE MÉTISSAGE DU .MUSÉE DE MEXICO

39

2° Une grande toile peinte, divisée en seize compartiments, chacun de ceux- ci ayant sensiblement la même dimension que les tableaux précédents, qui ont eux-mêmes une taille sensiblement égale à celle des tableaux du Muséum de Paris. Pressé par le temps et n'ayant pas de mètre à ma disposition, je n'ai pas pris de mesures exactes; je ne donne ces renseignements que de mémoire. Ici encore, chaque compartiment représente un groupe de trois personnages : le père, la mère et l'enfant, avec la teinte particulière de leur peau. Ils sont figurés encore au milieu de leurs occupations usuelles,. mais sous un tout autre aspect que les précédents. Chaque scène a sa légende propre. Je n'ai noté ni date ni signature. On connaît donc à présent trois séries de peintures représentant les divers modes et degrés de métissage que l'on pouvait observer au Mexique, dans le cours du xviii6 siècle. Ces documents sont de la plus haute valeur, au point de vue ethnographique, en raison des habitations, métiers, costumes, instruments et accessoires qui y figurent. Ils sont très importants aussi, au point de vue social, puisqu'ils nous font connaître les noms des différents types de métis, avec une peinture à l'appui de chacun d'eux. Ils sont malheureusement de moindre valeur, au point de vue anthropologique, le type anatomique des divers personnages étant purement fantaisiste; et c'est là le seul point faible de ces œuvres d'art qui sont d'une assez bonne exécution et nous donnent, d'autre part, des renseignements très précieux. On sait qu'Ignacio de, Castro est l'auteur des tableaux appartenant au Muséum de Paris. Il est probable que les seize tableaux du musée de Mexico ont été exécutés, sinon par lui-même, tout au moins dans son atelier : les dimensions sont sensiblement les mêmes et tous les tableaux de l'une et l'autre série portent un cartouche bleu sur lequel sont inscrits un numéro d'ordre et la légende. Celle-ci, comme on le verra tout à l'heure, n'est pas identique dans tous les cas. Je crois pouvoir en inférer que les deux séries de tableaux ne sont pas l'œuvre du même peintre, mais une comparaison détaillée, d'après des photographies, permettrait seule de trancher la question ; celle-ci, d'ailleurs, est d'intérêt secondaire. La grande toile peinte du musée de Mexico, dont la composition diffère assez notablement de celle des deux séries de tableaux, est l'œuvre d'un autre artiste, mais elle rappelle ceux-ci par le nombre total de ses compartiments, par leur dimension et par quelques-unes de leurs légendes. Cela permet de penser qu'elle sort du même atelier. On peut se demander si plusieurs peintres travaillant à côté ou sous la direction d'Ignacio de Castro n'eurent pas, à une certaine époque, à exécuter un certain nombre de tableaux établissant les types officiels de métissage, en vue d'une distribution dans les principaux centres administratifs. Le chiffre de seize types, qui se retrouve dans nos trois exemples, prouve bien qu'il y a là quelque chose de défini, d'officiel, qui échappe à la fantaisie d'un artiste. Toutefois nous montrerons que les seize types ne concordent pas absolument d'un document à l'autre.

II. — Transcrivons tout d'abord les légendes qui figurent sur les seize

SOCIÉTÉ DES AMÉRTCANISTES DE PARIS T

40

tableaux, puis sur la grande toile du musée de Mexico; nous donnerons ensuite,- par comparaison, celles des tableaux du Muséum de Paris. Les seize tableaux de Mexico (pi. Ш-Х) mesurent chacun- 0m 40 de

hauteur sur 0 m SO de

largeur ; ils portent les légendes suivantes : "

' .■

1.

2.

3. De

4.

5.

G.

De Espaftol é India, Mestizo.

De Mestizo y Espaîiola, Casiizo.

Castiza y Espaňol, Espaîiol.

De Espaîiola y Negro, Mulato.

De Espaîiol y Mulata, Morisco.

г De Espaflol y Morisca, A Ibina .

7.

8.

9.

De Espaîiol y Albína, Torna atras.

De Indio y Torna atrás, Loho .

De Lobo é India, Sambayc.

De Sambayo é India, Cambujo.

10.

11.

12.

13; De Barcino y Mulata, Coyote. 14; De Coyota é Indio, Chamiso.

15. De Chamiso y Mestiza, Coyote Mestizo.

16. De Coyote y Mestiza, Ahi te estas.

De Cambujo y Mulata, Alvarazado .

De Alvarazado y Mulata, Barcina.

La grande toile du musée de Mexico (pi. XI) est. haute de \ mS0 et large de lm.O6. Elle est divisée en seize tableaux égaux, mesurant chacun 0 m 375 de haut, légende comprise, sur 0 m265 de large. Les légendes sont les suivantes :

1. Espaňol con India, Mestizo.

2. Mestizo con Espařiola, Castizo.

3. Castizo con Espaîiola, Espanol.
4.

Espaîiol con Negra, Mulato.

5.6." MoriscoMulato conconEspaîiola,EspaRola,Morisco.Chino.

 

!

Chino con India, Salta atras.

8.

Salta atras con Mulata, Lobo.

9.

Lobo con China, Gibaro.

10.

Gibaro con Mulata, Albarazado .

11.

Albarazado con Negra, Canbujo.

12.

Canbujo con India, Sanbaif/o.

.

13. Sanbaigo con Loba, Calpamulato.

14.

Calpamulato con Canbuja, Tente en el Aire.

15. Tente en el Aire con Mulata, No te entiendo:

16. No te entiendo con India, Torna atras.*

Enfin,- les tableaux du Muséum de Paris nous présentent les légendes -

suivantes :

TABLEAUX DE MÉTISSAGE DU MUSÉE DE MEXICO

8.

9.

10.

11.

12.

13.

14.

15.

16.

De Yndio y Negra, nace Lobo.

De Lobo y Negra, nace

De Chino é India, nace Cambujo.

De Cambujo é India, nace Tente en el aire.

De Tente en el aire y Mulata, nace Albarazado. -

De Albarazado é India, nace Barzino.

De Barzino é Yndia, nace Campa mulato.

De Yndio y Mestiza, nace Coyote.

Yndios mecos nombrados Apaches.

41

En comparant ces formules entre elles, on constate d'une part que des hybrides de même origine peuvent recevoir des noms différents ; d'autre part, qu'un même nom peut être attribué à des hybrides d'origine bien différente. Aux seize types que nous avions tendance à considérer comme bien définis, il faut donc en ajouter plusieurs autres. Cette complication, aussi variée qu'elle puisse être, peut s'exprimer de deux manières, soit au moyen de tableaux de chiffres, soit au moyen de graphiques. Représentons par 100 la masse du sang d'un individu de race pure :

blanc, noir ou rouge ; européen, nègre ou mexicain. Un métis d'Espagnol et d'Indienne aura donc SO de sang blanc et 50 de sang rouge. De même, un métis d'Espagnol et de négresse aura 50 de sang blanc et 50 de sang noir. Gela peut se noter soit en chiffres, soit parle moyen d'une colonne d'une hauteur déterminée, que l'on divise en deux moitiés de teinte

conventionnelle. Ce procédé étant admis, rien n'est plus facile que d'indiquer par des hauteurs et des teintes variables les quantités vraies de deux ou trois sortes de sangs mélangés. On obtient ainsi les tableaux et graphiques suivants, dans lesquels un certain nombre de décimales ont été

modifiées dans une étroite limite, chiffres (tableaux 1 à 6).

en vue de les réduire à deux seuls .

III.5 — Je n'ai pu trouver dans aucun ouvrage • le moindre renseignement sur les castes au Mexique, du temps où il était colonie espagnole et en tant que ces castes étaient basées sur la couleur de la peau et sur le degré de métissage des trois races en ^présence. On découvrira sans doute dans les : archives,. soit au Mexique, soit en Espagne, des, documents administratifs qui apporteront sur ce point une précieuse lumière, mais nulle trouvaille de ce genre ne semble encore avoir été faite jusqu'à ce jour. Aussi les peintures qui, nous occupent présentent-elles ; à ce point de vue spécial, un intérêt de premier ordre Comme je l'ai déjà fait observer et comme il est aisé de s'en rendre compte par Texamen. comparatif des trois tableaux centésimaux et des graphiques qui précèdent, il est manifeste « que la î plupart des dési-

SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARTS

TABLEAU

CENTÉSIMAL DES MÉTISSAGES

d'après les seize peintures du musée de mexico.

SANG BLANC SANG ROUGE NOMS DES MÉTIS SANG NOIR (Européen) i (Indien) ■ (Nègre) t
SANG BLANC
SANG ROUGE
NOMS DES MÉTIS
SANG NOIR
(Européen) i
(Indien) ■
(Nègre)
t
Mestizo
50
50
9
Gastizo
75
25
3
Espanol
87.50
12.50
Mulalo
5075'
50
1
45
Morisco
25
6
Albina.
87.50 -
12.50
7
Torna atras
93.75
6.25
'".8
Lobo
46.87
50
3.13
Sambayo
23.45
75
15.55
Cambuja»
11.70
87.50 »
0.80
Alvarazado
30.85
43.75
^5.40
,1410111213!9
Barcina
37.70
40.4345.21'
21.8710.94'
Covote.
43.85
!
Chamiso ;
.
22'60=
55
; 50
21
90,
15
Coyote mestizo
36.30
52
. 70
11
16
Ahí te estas
43.15
51.35
5.50

Tableau 1.,

gnations techniques, pourtant nombreuses, n'avaient) pas de sens précis et immuable.,. Il n'en ;pouvait . être sautrement, attendu que. le nombre des (Combinaisons de métissage , pouvait être considérable, et, , en tout, cas, même dans les conditions ordinaires de la vie à cette époque, était sûrement supérieur au chiffre de seize, qui semble avoir été la limite arbitrairement admise par l'administration espagnole. Cette constatation se trouve nettement confirmée par l'examen de divers ouvrages publiés depuis l'indépendance du Mexique, c'est-à-dire à une époque où les castes et les distinctions sociales n'avaient plus aucun intérêt. Virey l consacre un-long et important chapitre aux . mulâtres i et:aux métis en général ; il y insiste plus spécialement sur, ceux d'Amérique,

1. J.-J. Virev, Histoire naturelle du genre humain,' ou recherches sur ses princi* paux fondemens physiques et, moraux ; précédées d'un discours sur lai nature des

êtres organiques, et sur i ensemble de leur physiologie. Ony a joint une dissertation

sur le sauvage de VAveyron, avec figures. Paris, 2 vol.

— Histoire

naturelle du genre humain. Paris, 2e éd., 3 vol. in-8°, 1824. — Cf. Des mulâtres et métis, ou des castes, II, p. 183-19j.

in-8°,

an IX.

TABLEAUX DE MÉTISSAGE DU MUSÉE DE iMEXICO

en. désignant les, individus de la race rouge, sous les noms de caraïbes ou Américains/ originels. Il distingue i à juste titre plusieurs catégories

43

Tableau

graphique des métissages d'après

les seize tableaux du Musée de Mexico.

100 90 80 I 2 3 ♦ ■ 5 6 7 8 9 10 11-
100
90
80
I
2
3
5
6
7
8
9
10
11-
12
13
I*
15
16
Sang indien.

Tableau 2.

de. métissage ou mélange des sangs, suivant que ce mélange se fait entre individus de race pure, entre des individus de race pure et des métis, entre métis au premier degré, etc. ; cette distinction a été .suivie < depuis

44

lors par la plupart des auteurs. Il fait même arrive" usage de l'indication '

numérique du titre du

quelques erreurs de calcul : le rapport centésimal, que j'adopte ici, donne assurément une plus grande précision, en même temps qu'il a l'inappréciable. avantage de permettre, traduit, en graphiques, une comparaison synoptique.

SOCIÉTÉ DES AMÉRICAMSTES DE PARIS

mélange, mais' il lui

de commettre à cet égard

TABLEAU CENTÉSIMAL DES MÉTISSAGES d'après la grande toile du musée de mexico.

NOMS DES METIS SANG BLANC SANG ROUGE SANG NOIR 1 Mestizo 50 50 2 Castizo
NOMS
DES
METIS
SANG BLANC
SANG ROUGE
SANG NOIR
1
Mestizo
50
50
2
Castizo
75
25
3
Espanol.v
87.50
12.50
4
Mulato
50
50
5
Morisco
75
25
6
Chino
87.50
12.50
7
Salta atras
43.75
50
6.25
8
Lobo
46.87
25
28.13
9
Gibaro
67.19
12.50
20.31
10
58.60
6.25
35.15
11
Canbujo
29.30
3.12
67.58
12
Sanbaigo
14.65
51 .55
33.80
13
Calpamulato
.
.
30. Tô
38.25
31
14
Tente en el aire
30
20.70
49.30
15
No te
40
10.35
49.65
16
Torna atras
20
55.15
24.85

Tableau 3.

Le résultat du croisement de la race blanche avec la noire est le mulâtre ; celui du croisement de la race blanche avec des Indiens asiatiques, aux Indes orientales, prend plus spécialement le nom de métis. On appelle mestice. mest- indien ou mestizo le produit de l'américain avec le blanc. Ce sont là des produits de première génération ou de croisement au premier degré. « La seconde génération comprend les produits des mélanges précédents combinés avec une souche primitive. Ainsi, dans ces secondes lignées, un sang y concourt pour les deux tiers, et l'autre n'y fournit qu'un tiers, ce qui fait varier les produits selon cette proportion. « Dans la troisième génération, les produits se rapprochent davantage d'une des tiges pures ou primitives, puisqu'il y a trois quarts d'un sang contre un '

quart d'un autre dans.les individus

.

.

-

TABLEAUX DE MÉTISSAGE DU- MUSÉE -DE MEXICO

4o

« Tous ces mélanges se compliquent davantage quand ces s'unissent encore entre elles. ,

castes si mêlées

Tableau, graphique des métissages d'après la grande toile du Musée de Mexico.

10 I 2 3 V 5 6 7 8 9 10 II 12 13 №
10
I
2
3
V
5
6
7
8
9
10
II
12
13
15
16
I
| Sang blanc.
УШЙ Sang indien: МШ! Sang nègre^ ,

Tableau 4.

« Ainsi un terceron avec un mulâtre engendrent ce qu'on nomme umsalta- tras ; car, retournant vers le noir, il saute en arrière, comme le diťsonnom/ Ainsi tous les. mélanges dans lesquels! la couleur des enfants ' devient ^ plus foncée que n'est celle de leur mère ou de leur père,': s'appelleront '• salta-atras ou saut en arrière

16

SOCIÉTÉ : DES AMERICANISTES

DE : PARIS

TABLEAU CENTESIMAL DES METISSAGES d'après les tableaux du- muséum de paris.

NOMS DES METIS SANG BLANC SANG nOUGE SANG NOIR Lobo 50 50 9 Chino Cambujo
NOMS DES METIS
SANG BLANC
SANG nOUGE
SANG NOIR
Lobo
50
50
9
Chino
Cambujo
25
75
10
62.50
37.50
11
Tente en el aire
81.25
18.75
12
Albarazado
25
40.60
34.40
13
12.50
70.30
17.20
14
Barzino
Campamulato
6.25
85.15
8.60
15
Coyote
25
75
16
Apache
100

Tableau 5.

« Dans cette seconde division de la troisième lignée, les produits tiennent

au moins de sept à huit sangs différents ; et à mesure que ces complications

des races ou tiges primordiales

se multiplient, tous les grands caractères

s'effacent, se modifient les unes par les autres, de telle manière que ces produits

ne retiennent aucun de leurs traits bien marqués

« Nous avons enfin une quatrième génération. La race blanche unie au

quarteron forme un quinteron

»

Sans autres détails, résumons en nos deux tableaux usuels (tableaux 7 et 8) les renseignements fournis par Virey, en tant qu'ils s'appliquent à notre étude.

Malgré son évidente incorrection, qui résulte de ce que Virey connaissait sans doute très imparfaitement la langue espagnole, j'ai gardé

scrupuleusement l'orthographe employée par cet auteur.

On remarquera

qu'il fait usage d'un bon nombre de dénominations que nous n'avons pas encore rencontrées et qui, apparemment, avaient cours dans d'autres régions que le Mexique. Cette variété des termes pour désigner un même état de métissage, jointe aux variations du sens d'un même nom, ne simplifie pas l'étude des degrés de métissage et l'on conçoit que, pour se reconnaître dans une telle confusion, il ait été nécessaire. de fixer parla peinture les types principaux : moyen d'une précision d'ailleurs très relative, la couleur du tégument pouvant varier, chez des individus de même constitution sanguine, dans des limites assez étendues.

47

II n'y a. encore qu'un demi-siècle, suivant Armin1, la population du Mexique continuait à être divisée en deux groupes: d'une part, la gente de razon, les gens

raisonnables, c'est-k-dire ceux de sang

oc™o.™l-

sin razon, les gens sans raison, c'est-à-dire les gens de couleur. Le quinteron rentre encore dans cette dernière catégorie, mais le produit du croisement d'un blanc avec une quinteronne (96.88 de sang blanc, 3.12 de sang noir) est considéré comme

rTmitrP. nart. Ы а ente

TABLEAUX DE MÉTISSAGE DU MUSÉE DE MEXICO

Tableau graphique des métissages d'après les tableaux du

Muséum s de Paris.

100 90 8 9 10 11 12 13 14- 15 16 Sang blanc. 1H Sang
100
90
8
9
10
11
12
13
14-
15
16
Sang blanc.
1H Sang nègre.
Sang indien,';

Tableau 6,

d'autre part, la gente

blanc2.

« Les individus nés de l'alliance des métis avec les métisses, des mulâtres avec les mulâtresses, des tercerons

1. Th. Armin, Das heutige Mexiko.

Land und Volk unterSpaniens Herr-

schaft, sowie nach erlangter Selbst-

stândigkeit. Leipzig, p., 1865; cf. p. 240.

Encore aujourd'hui, aux États-

in-8° de xn-428

2.

Unis, on range parmi les nègres le

quarteron, quia un huitième de sang noir. Le quinteron, qui n'en a plus qu'un seizième, est souvent très difficile à distinguer du blanc de

race pure, tant sa peau

claire, mais il existe un caractère d'une très grande persistance, qui permet de le reconnaître presque à coup sûr : je veux parler de la couleur des ongles, qui sont bleus et non rosés. J'ai entendu conter aux États- Unis la tragique histoire d'un officier de la marine américaine, que ses camarades croyaient sans mélange

peut être

de sang. Une escadre étrangère étant venue en visite, des fêtes lui furent données et l'un des officiers étrangers, voisin de table de l'officier américain,- lui dit, sans attacher aucune importance à ses paroles : « Tiens ! vous avez les ongles bleutés ; comment cela se fait-il? » Le

lendemain matin, l'officier américain s'était fait sauter la cervelle.

48

SOCIETE DES.AMERICANISTES'DE PARIS

TABLEAU CENTÉSIMAL DES MÉTISSAGES DRESSE D APRES J.-J. VIHEY.

COULEUR DU SANG PROCREATEURS .DES METIS Blanc Rouge Noir /er degré Blanc X noir Blanc
COULEUR DU SANG
PROCREATEURS .DES METIS
Blanc
Rouge
Noir
/er degré
Blanc X noir
Blanc X américain
originel
Nègre X américain
caraïbe
Mulâtre
50
50
Mestice,
mest-indien
50-
ou mestizo
50
Zambo, lobo ou chino.
50
50
2° degré
Nègre X mulâtresse .
Nègre X china
Blanc X mulâtresse.
Zambo, griffe ou cabre.
Zambo
Terceron, parfois dit
aussi quarteron
25
/D
25
75
7o
25
7
Blanc X
Quatralvi, castisse
75
25
8
Caraïbe Xzambi
.
Zambaigi
75
25
9
Américain naturel
mestice
X
Trésalve
25
75
10
Caraïbe X! mulâtre .
Mulâtre foncé
25
50
25
3e degré
12.50
11
Blanc X terceron
Quarteron
87.50
12
Blanc X castisse ou blanc
X quatralvi
Postisse ou oclavon.
87,50
12.50
4e degré
13
Mulâtre X
Saltatras
62.50
37.50
14
Mestice X
Coyote
68.75
25
6:25
15
Griffe X zambi
Givero
12.50
25
62.50
16
Mulâtre X
Cambujo
25
37,
37.50
17
Blanc X quarteron
Quinteron
93.75
6.25
18
Blanc X octavon caraïbe
Puchuelas
93.75
6,
19
Blanc X coyote
Harnizos
84.40
12.
3.10
20
Blanc X cambujo
Albarrasados
37.50
18,
43.75
21
Blanc X
Barzinos
68.75
9,
21.85
22
Noir X terceron
Quarteron saltatras
37.50
62.50
23
Noir X quarteron
Quinteron saltatras
43.75
56.25

Tableau 7.

Soc. des Américanistes, 1909.

PL III.

De Espaňol é India, MESTIZO.

Illustration non autorisée à la diffusion

Photolypie Berthaud, Pans.

Tableaux de métissage au Mexique (Musée de Mexico).

Soc. des Américanistes, WOV.

PI. IV.

De Castiza y Espaňol, ESPAŇOL.

Illustration non autorisée à la diffusion

De EspaAolayNegro, MULATO.

PhotoUpie Bertliaud, Pans.

Tableaux de métissage au Mexique (Musée de Mexico).

п

Soc. des Américanistes, 1909.

PL V.

De EspaňoJ y Mulata, MORISCO.

Illustration non autorisée à la diffusion

De Eepartol y morisca, ALBÍNA.

Phototypie Berthaud, Pans.

Tableaux de métissage au Mexique (Musée de Mexico).

*

й.

Soc. des Américanistes, 1909.

PI.

VI.

De Espaáol 7 Albioa, Tokhaatsas.

Illustration non autorisée à la diffusion

De Indio y Tornaatrás. LOBO

Pholonpie Berthaud, Paris.

Tableaux de métissage au Mexique (Musée de Mexico).

Soc. des Américanistes, 1909.

PI.

VIL

De Lobo é India. SAMBA YO.

Illustration non autorisée à la diffusion

î De Sambayo é India, CAMBUJO.

PliotoUpie Berlhaud, Pans.

Tableaux de métissage au Mexique (Musée de Mexico).

Soc. des Américanistes, 1909.

PI. VIII.

' De Cam bnjo y Mulata, Alvarazado

Illustration non autorisée à la diffusion

De Alvarazado y Mulata, BARCIIfA.

Tableaux de métissage au Mexique (Musée de Mexico).

Soc. des Américanistes, 1909.

PL IX.

De Barcino y Mulata, COYOTE.

Illustration non autorisée à la diffusion

De Coyota é Indio, CHAMISO.

Phototjpie BerlhauJ, Paris.

r

Tableaux de métissage au Mexique (Musée de Mexico).

Y

\

',

Soc. des Américanistes, 1909.

Pl.X.

De Cbamiso y Mestiza, Cotote Mestizo.

Illustration non autorisée à la diffusion

De Coyote y Mestiza Аш те estas

Phototjpie Berthaud, Pans.

Tableaux de métissage au Mexique (Musée de Mexico).

^сД

/т j>l'

Soc. des Américanistes, 1909.

PL XL

Illustration non autorisée à la diffusion

Pliatolvpiv Benhaud, Pans.

Tableaux de métissage au Mexique d'après une toile peinte du Musée de Mexico.

TABLEAUX DE MÉTISSAGE DU MUSÉE DE MEXICO

49

Tableau graphique, dressé d'après l'ouvrage de J. J. Virey.

20 10 12 3 tf ■ 5 6 7 10 II 12 13 \tf 15
20
10
12 3
tf
5
6
7
10
II
12
13
\tf
15
16
17
18
19
20
21
22
23
I I Sang blanc.
'//Щ Sang indien.
ШШШ Sang nègre .

Tableau 8.

entre eux, etc. s'appellent Tentes en el ayre, « oscillant en l'air »,

parce qu'ils ne se rapprochent ni des blancs ni des

Si un métis ou un mulâtre s'unit à une femme blanche, si un quarteron épouse une quinteronne, les produits s'appellent des enfants de retour (Rucksprunyskinder), parce qu'au lieu de se rapprocher du blanc, ils retournent aux gens de couleur. Les descendants des nègres croisés avec les indiens portent le nom de Zamhos. » Société des Américanistes de Paris.

gens de couleur.

4

SO

J'arrive maintenant à l'ouvrage de Herrera. et. Cicero, conservateurs

comme je l'ai dit, un chapitre sur

les métis, dû à la plume de Gicero l. Cet ouvrage n'étant pas répandu en Europe, on m'excusera, peut-être même on me saura gré, de donner ci-après la traduction intégrale de cet important chapitre .

du Musée

SOCIÉTÉ DES AMÉBICANISTES DE PARIS

de Mexico ; il s'y trouve,

MÉTIS DU MEXIQUE

On rencontre dans différents ouvrages les dénominations par lesquelles on désignait diverses castes qui se formèrent durant l'époque coloniale par le mélange des trois races mères, espagnole, indienne et nègre, qui constituaient à cette époque la population du pays connu aujourd'hui sous le nom de République Mexicaine. La richesse bibliographique à laquelle nous nous reportons est bien petite, en vérité ; mais son importance diminue encore plus, du fait de la confusion qui naît de ce que des castes différentes sont désignées par des noms identiques; de ce fait que certains auteurs attribuent à des castes déterminées des dénominations qui ne leur correspondent pas, comme d'autres l'ont démontré; et surtout parce qu'aucun ne décrit quels étaient les caractères propres à chacune des castes. Les noms correspondant à beaucoup de ces dernières sont néanmoins assez

expressifs et démontrent que, à l'époque où ils furent inventés, ils correspondaient à des différences qu'il était relativement facile d'apprécier. De l'identité de certains noms, on peut conclure qu'il y avait une certaine ressemblance entre les castes auxquelles on les donnait: l'examen du tableau auquel se rapporte cet article autorise encore plus cette hypothèse. A mesure qu'augmentait la population de la colonie, les croisements doivent avoir été plus nombreux et plus compliqués; les dénominations dont nous parlons allèrent en perdant de leur valeur et leur application devint de plus en plus confuse, jusqu'à ce que les personnes sensées se virent contraintes de simplifier beaucoup la classification, en la réduisant à six noms seulement. On ne tint pas compte, car ce n'était déjà plus facile, de la génération à laquelle

correspondait la caste; on désigna sous le nom de

iï espagnole; de métis celui qui

créole2 tout descendant d'espagnol et

provenait de l'espagnol et de l'indienne ; de

mulâtre celui dont le sang est un mélange de sang espagnol et de sang nègre ; les zambos étaient les descendants de nègres mêlés aux indiens ; les tente en el aire ceux qui, ayant dans leur sang un mélange des trois races, se maintenaient par des unions successives à la même distance du tronc africain; enfin,- les salta-atrás ou sallo-atrás étaient ceux qui rétrocédaient vers le tronc susdit3.

antropologia del

Museo nacionál. Mexico, in-8° de vm-164 p., 189b. — Cf. Mestizos de Mexico, p. 86-90.

1. A. L. Herrera y R. E.

Gicero, Catàlogo de la colección de

2. Ce n'étaient pas des métis; pourtant l'administration coloniale les rangeait parmi les castes. Nous devons faire observer en outre que sous le nom d'espagnol, on désignait non seulement les originaires d'Espagne, mais aussi tous les Européens.

3. Cf. Alaman, Historia de Mexico. Mexico, 1849, vol.I, lib.I, cap. 1, p. 7, note 3.

TABLEAUX DE MÉTISSAGE DU MUSEE DE MEXICO

Cette classification serait la seule qui puisse actuellement subsister, et les quatre noms de mestizo, mulato, zambo et salla-atrâs s'entendent

constamment dans la conversation vulgaire ; on n'emploie que rarement celui de créole, car. l'occasion en manque aujourd'hui, et celui de tente en el aire, qui était pourtant une métaphore assez expressive et compréhensible. Le tableau qui motive cette note présente plutôt un intérêt historique ; mais il nous a semblé qu'en le disposant conformément au système de Broca on reconstituerait, bien, que seulement d'une manière très générale, les caractères correspondant à chaque caste et qu'en outre on expliquerait la raison d'être de quelques-unes des dénominations et aussi la cause de l'identité de quelques- unes d'entre elles. Examinons donc le tableau suivant dans un certain ordre, en faisant quelques remarques que nous n'avons pas jugé convenable d'y insérer.

espagnole et indienne entre

elles, nous voyons

mais

d'autres désignent sous ce dernier nom le produit de l'indien et de la métisse,

(mestizo). Quelques auteurs donnent aussi à ce, produit le nom de coyote ;

51

En commençant par les croisements des races

que leur premier produit,, ЕЦ porte le nom de métis

et pour éviter des confusions, nous avons préféré ne pas faire figurer ce dernier nom dans le tableau. Le produit du métis et de l'espagnole, E2I, s'appelle castizo,; on lui donne

aussi le nom de quarteron (cuarterôn), que nous allons voir bientôt appliqué à un produit bien distinct.

Le mélange d'un, castizo

avec une espagnole fait disparaître , l'influence

un

désigné sous le nom de mulâtre (mulâto),

métis, mais un

espagnol1.

Prenons maintenant les mélanges des races espagnole et nègre, nous voyons

qui ne

prête à aucune confusion. Mais - celle-ci commence déjà avec les métis de 2e

sang, E2N, désignés sous la dénomination de morisco, tandis qu'ils portent

celle de quarterons (cuarterones) dans le Concilio, et c'est à . ce dernier que nous nous sommes reportés quand nous avons parlé de ce même nom

appliqué aux castizos. Si nous voulions préciser

mieux la dite désignation, nous dirions qu'elle semble avoir été très peu usitée au Mexique ; mais que, v aux Antilles et aux Etats-Unis, les mélanges n'ayant lieu qu'entre noirs et blancs, leurs produits se nomment tercerons,

quarterons, etc., selon qu'à la

mélangés avec les blancs 2 ». Par conséquent, elle correspondrait plutôt à a formule E2N. La confusion est plus grande, si nous arrivons au 3e sang ; elle devient telle, qu'il nous a fallu la spécifier dans les notes du tableau. Les trois ouvrages principaux que nous avons consultés diffèrent totalement sur ce point. La

troisième ou à la quatrième génération ils se sont

deux s'applique le

atavique indienne ; le produit qui en résulte n'est déjà plus

le métis de 1er sang (EN)

auquel des

1. Dans le Concilio III Provincial Mexicano, on voit pourtant ce métis désigné sous le nom de puchuel; celui qui résulterait du mélange de ce dernier avec une espagnole se nomme ici espaňolo. 2. AlamÁn, Loco citato.

52

SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS

formule E3N correspond à - la définition du Salta-atrás dans le Diccionario

universal de hisloria y geografia ; nous avons transcrit littéralement dans ' la

note 4 du tableau, ce que Mexico

cela nous semble mieux correspondre à la. vérité, tant • parce . que c'est le sens même qu'on donne ordinairement à ce terme dans la conversation, qu'à cause

du résultat de ses croisements ; enfin le Concilio donne en *partie la même signification que le Diccionario, en faisant ce mot synonyme de Quinteron ; toutefois, cette expression s'applique mieux au métis >E3N. et nous paraît, comme celle de Quarteron, plus spéciale aux Antilles. Plus loin, dans le même

a través. de los sighs dit du Salta-atrás ;

Concilio, Salta-atrás est donné comme synonyme de No te entiendo:

l'espagnole ; le Tente en el

Ici s'arrêtent dans le tableau les croisements de cet ordre-; mais; le Concilio tant de fois cité ajoute encore : le requinterôn, produit du Salta-atrás et de

aire, produit du requinterôn et de l'espagnole ;

et Yespagnol, c'est-à-dire le retour à la race primitive par le mélange du Tente en el aire avec * l'espagnole. Pour éviter toute. confusion, nous n'avons pas introduit dans -le tableau la désignation de Tente enel aire pour cette classe de métis. Les métis dérivés du Nègre et de l'Indienne sont les Zamhos (NI) et les Zam- hos prietos (E2I) ; dans cette catégorie, le métis de 3e sang n'est désigné par

aucun nom spécial ; en tenant compte de ce que l'influence atavique est -très puissante dans la race nègre et presque nulle dans l'indienne, il y a des raisons de penser que ce métis de 3e sang représente le retour à la racine- primitive (nègre dans ce cas). La prédominance du pouvoir de la race nègre s'observe encore plus chez les

métis que nous

avons appelés secondaires. Ils sont tous dérivés du • Zambo ou

du Salta-atrás, c'est-à-dire de métis qui possèdent une grande quantité de sang nègre. Dans le tableau, nous avons déjà montré l'identité de formule du Cal- pán-mulala, produit du Zambo et de la mulâtresse, et du No te entiendo, produit du Tente en el aire et de la mulâtresse; cette analogie est la justification du Concilio,, qui donne le Non te entiendo comme synonyme du Salta-atrás. Tout bien réfléchi, c'est le métis auquel cette dernière dénomination s'applique le mieux; comme on le voit par sa formule, c'est celui qui reproduit fidèlement les caractères d'un ancêtre ; toutefois, dans la conversation courante, il est rare que le mot soit pris dans ce sens. Quant au Chino, nous dirons : nous ne pensons pas qu'il y ait jamais eu la moindre ressemblance entre les métis de ce nom et les habitants de la Chine ; mais au Mexique, il est d'usage d'appeler chino quiconque a les cheveux naturellement frisés, caractère, comme on sait, très général dans la race nègre et qui n'a rien d'étrange chez les métis dérivés de cette même race. Nous ne nous expliquons pas quelle peut avoir été l'origine des expressions :

lobo, tente en el aire, ahl te estas, gibarro, albarrazado et cambujo, appliquées aux métis qui figurent dans le tableau. En revanche, il est au plus haut point digne d'attention que le produit du Cambujo avec l'indienne ait le nom de Zambo ; il convient de s'y arrêter, parce que nous savons que le Zambo est le produit du nègre et de l'indienne. Or, si nous réfléchissons en même temps

TABLEAUX 'DE MÉTISSAGE DU MUSÉE DE MEXTCO

53

que le terme de cambujo est employé actuellement comme une insulte envers

les personnes de couleur très foncée ', nous sommes presque autorisés à conclure que le cambujo représentait" le retour" à~la тасе nègre primitive

l'élément nègre, chez le Salta-atrás, devait être très abondant, puisqu'à la 5ri génération de mélanges très variés, il arrivait à prédominer. Cicero résume tous ces faits dans le tableau qui suit :

et que

TABLEAU DES MÉTIS (CASTES) DU MEXIQUE Tels qu'ils étaient classés durant l'époque coloniale, disposé d'après le système de Broca ' Par RlCARDO E. GlCERO

RACES PRIMITIVES

E =

Espagnol, I = Indien,

MÉTIS

PRIMITIFS

N = Nègre.

CROISEMENTS DES RACES ENTRE ELLES OU DES MÉTIS AVEC LES RACES .

Espafiol con India

Métis de 1er sang ou de 1er croisement. Espaříol • con Negra ■

Negro con India

N

E

+

I-

E4

+

N

+

I

^EI^

NEN

N1^

Mulato. -.

Zambo ó Zambaygo.

Métis de 2e sang on de 1er croisement de retour.

Mestizo

con Espaňola

Mulato con Espaïïola

 

Negro con Zamba

El

+

E

EN

+

E

N-

+

N1

Castizo.

Métis

de

3e

Morisco,;.

sang ou de

2e

croisement de

Zambo prieto. s

retour.

Castizo

con Espaňola

Morisco con Espaňola

El

+

E

E2N

+

E

Espafíol 2.

Salta a tras K

1.

Les éléments de ce tableau ont été puisés dans le Diccionario- universal de historia y cjeogra,-

fla. de los Mexico, siglos, 1855, tome tome II, chap, VIII и, (Ier р. de 472. l'appendice), page 534, article Castas, et dans Mexico a través

2.

Retour à la race primitive ; l'influence du sang indien a disparu.

1; Au Mexique, on dit actuellement d'un Poulet qu'il est cambujo, quand il a les pattes rouge brunâtre. — R.' Bl.

• И

SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS

MÉTIS SECONDAIRES ■

CROISEMENTS DES MÉTIS ENTRE EUX ET DES MÉTIS AINSI PRODUITS AVEC LES RACES.

Dérivés

du Zambo,

NI.

Dérivés du

Salta

atrás 3, S.

Dérivés du Zambo, NI.

Dérivés du

atrás S *.

De Ie

sang.

Salta De 4e, sang.

Zambo con Mulata

NI

+

EN

Salta atrás con India i

S.

+

'I

N2IE

Calpán mulata.

De 2e sang.

Calpân mulata con Zamba

N2IE

+

NI

Chino con Mulata

EN

SI

+

Tente en el aire. De 3e sang.

Tente en cl aire con Mulata

N42E .

+ . EN

SIEN

Lobo.

/

Lobo con Mulata

EN

SIEN

-f-

No te entiendo con India

N2IE

+

I

Gibaro con India

I

SIE2N2

+

N4»E

Ahi te estas.

N SI2E2N2

Albarrazado.

De 5e sang.

Albarrazado eon Negra

N

SI«E«N»

+

\ SI2E2N3/

Cambujo.

De 6e sang:

Cambujo con India

SPE2№

+

I

N N2IE

SIE2N2

SPE2N3 /

No te entiendo 5.

Gibaro.

Zambo á Zambaygo.

Ainsi nommé par le Diccionario . Dans Mexico à travèsdelos siglos, on lit : « Le Salta-atràs

était celui qui, né d'une famille blanche, avait des caractères de nègre. On croit généralement que ce phénomène d'atavisme se produit à la 3e ou -4e génération, d'une aïeule négresse avec un

blanc, bien qu'il n'y ait aucun fait pour appuyer cette croyance. »

L'impossibilité de préciser la vraie proportion du mélange des sangs dans le Salta-atràs nous

induit à le désigner par une lettre spéciale, dans le but de ne rien préjuger de la dite proportion.

Dans cette sorte de métis, la proportion des sangs est la même que dans le Calpân mnlala et peut-être cela explique-t-il sa dénomination.

3.

4.

5.

Nous pouvons représenter aussi toutes ces données par le moyen de nos tableaux usuels (tableaux 9 et 10).

IV. — II était vraisemblable que la Nouvelle-Espagne n'était pas la seule colonie espagnole où l'on eût fait usage de peintures représentant les différents degrés de métissage. J'ai été à de nombreuses reprises," notamment par. l'Institut de médecine • coloniale, en^ relations suivies- avec des médecins de l'Amérique centrale, de Colombie/ du Venezuela,-

TABLEAUX DE MÉTISSAGE DU MUSÉE DR MEXICO

5Г)

TABLEAU CENTÉSIMAL DES MÉTISSAGES DRESSE D APRES R.-E CICERO.

NOMS DES MÉTIS SANG BLANC SANG ROUGE SANG NOIR 1 Mestizo ^ 50 50 2
NOMS DES MÉTIS
SANG BLANC
SANG ROUGE
SANG NOIR
1
Mestizo
^
50
50
2
Castizo
75
25
3
Espafíol
87.50
12.50
4
Mulato
50
50
5
Morisco
75
25
6
Salta atrás
87.50
12.50
7
Zambo ó Zambaygo
50
50
8
Zambo prieto
25
75
9
Galpân mulata
25
25
50
10
Tente en el aire
12.50
37.50
50
11
No te entiendo
31.25
18.75
50
12
Chino
Lobo
Gibaro
Ahi .te estas
Albarrazado
Cambujo
43.75
50
6.25
13
46.88
25
28.12
14
48.44
12.50
39.06
15
15.62
59.38
25
16
24.22
56.25
19.53
17
12.10
28.12
59.78
18
Zambo ó Zambaygo
6.05
64.05
29.90

Tableau 9.

du

avaient vu chez eux des

peintures analogues. La réponse a toujours été négative. Cela ne veut

pourtant pas dire qu'il n'en existe pas ; je crois, au contraire, abstraction faite des pays où l'élément nègre n'a pas pénétré (Argentine,

Paraguay, Uruguay), qu'on pourra trouver des documents de cette nature dans les anciennes colonies espagnoles d'Amérique. Il y a lieu d'y faire des recherches dans ce sens, avec quelque chance de succès ; ce qui suit en donne la preuve.

consultés n'ont pu me

donner aucune réponse positive, peut-être qu'en cherchant en Espagne on serait plus heureux : les tableaux du Muséum de Paris n'ont-ils pas été découverts à Paris même par le professeur Hamy ? J'écrivis donc à mon ami le professeur I. Bolivar, directeur du Musée d'histoire naturelle de Madrid. La réponse ne se fit guère г attendre.

du Pérou, etc. ; je leur ai montré les photographies des tableaux

Musée de Mexico et je leur ai demandé s'ils

Chili,

Puisque

les Hispano- Américains que j'ai

56

a Oui, me dit-il, nous avons au Musée 18 tableaux * qui correspondent

SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS'

Tableau graphique dressé d'après l'ouvrage de R. E. Cicero.

1 2, 3 ^567 9 10 II 12 13 \b 15 16 17 18 I
1
2,
3
^567
9
10
II
12
13
\b
15
16
17
18
I I Sang blanc.
ШШй Sang nègre.

ШШ Sang indien. Tableau 10.

exactement à ce que vous cherchez. » Bientôt après, sur ma demande, il

i . Ils mesurent 0 m 91 "de hauteur et 1 m 15 de largeur. D'une très bonne exécution

picturale, ils sont du plus haut intérêt au point de vue des costumes et nous donnent sur l'aspect général de la société espagnole en Amérique, au temps colonial, des renseignements qu'on chercherait vainement ailleurs. Je n'insiste pas sur leur description, -car nous avons Je projet, le professeur Bolivar et moi, de leur consacrer un travail spécial. Je ne puis pourtant passer sous silence les faits qui peuvent venir à l'appui de la présente étude.

57

avait Tamabilitê de m'envoyer d'excellentes photographies des tableaux en question.

TABLEAUX DE MÉTISSAGE DU' MUSÉE DE MEXICO

Comme ceux de

Mexico, ces s tableaux n'ont' jamais été étudiés ?par

personne ; ils sont entièrement inédits.

L'un de ces tableaux doit

être mis à part ; il porte

le n° 1

et

appartient à une autre série,- dont-il n'est -qu'un-représentant^ malheureuse-

dont-il n'est -qu'un-représentant^ malheureuse- Fig. 1. ment isolé : peut-être, les autres se

Fig.

1.

ment isolé : peut-être, les autres se retrouveront-ils quelque jour en Amérique? Ce tableau. unique porte l'inscription suivante :

(' С alidades que delà rnescla ceden en la America,. y son

de- | Espaňoles, Negros,

como- | se siguen por los numéros.

De Eèpanol è Yndia,

j

nacé J Mestiza. è Yndias, pro-

|

Les dix-sept autres tableaux forment une série1 continue, qui peut-

être n'est

spécimen (fig. 1). Ces tableaux proviennent du Pérou, à ce que m'assure leprofesseur de Aranzadi1, par une lettre en date du 23 juillet 1909.

pas complète. Je reproduis par la gravure le n° 11, à titre de

1. Le professeur T\ de Aranzadt y Hoyos, de l'Université de Barcelone, auquel j'ai

SOCIÉTÉ CES AMÉRICANISTES DE PARIS

Je donne ci-après la transcription de leur légende, puis je représente la constitution sanguine des divers degrés de métissage par un tableau

centésimal et par un tableau

graphique (tableaux 11 et 12).

TABLEAU CENTÉSIMAL DES MÉTISSAGES DRESSÉ DIAPRÉS LES TABLEAUX DU MUSEE • DE MADRID.

Sang Sang Sang blanc rouge noir 3 Métis 50 9 5 Quarteron de métis 25
Sang
Sang
Sang
blanc
rouge
noir
3
Métis
50
9
5
Quarteron de métis
25
87.5075
6
.
7
Quinteron dé métis
Espagnol ou Requinteron de
métis
12.50
93.75
6.25
9
Mulâtre
50
50
11
Quarteron de mulâtre
75
25
12
Quinteron de mulâtre
87.50
12.50
13
Requinteron de mulâtre
93.75
6.25
14
Gente blanca
96.87
3.13
16
Gholo
25
75
17
Chino
25
50
25

Tableau 11.

1. Yndios lnfîeles de Montana, iden. Misionario.

2. Yndios Serranos Tributarios Civilizados. Yden.

3. Espaňol. Yndia Serrana o Civilisada. Produce Mestiso *.

4. Mestizo. Mestiza, *. Mestiza.

5. Espaňol. Mestiza. Producen Quarterona de Mestizo *.

6. Quarterona de Mestizo. Espaříol. Produsen Quinterona de Mestizo *.

- 7. Espafíol con Quinterona de Mestizo Produsen prope Espaňol ó

Requinteron de Mestizo .*.

8. Negros Bozales de Guinea. Yden.

9. Negra de Guinea o criolla. Espafíol. Producen Mulatos.

-

10. Mulata. Yja Mulata. Pae Mulato.

eu l'occasion d'en parler, m'a dit les avoir signalés dans l'un de ses ouvrages. Le fait est exact, mais la citation est bien sommaire. — T. de Aranzadi, Etnologia. Antro- pologia filosofica y psicologia y sociologia comparadas. Lecciones de Antropologia, tomo II. Madrid, in-8° de 551 p., 1899 ; cf. p. 51, note 1 : « Véanse los cuadros al óleo existentes en el Museo Antropológico de Madrid. »

TABLEAUX DE MÉTISSAGE DU MUSÉE DE MEXICO '

11. Mulata con Espaflol Produs'en Quarteron .dé

12,'Espanol. Quarterona de Mulato Produce Quinterdna de Mulato.

59

Tableau graphique dressé d'après les tableaux du Musée de Madrid.:

3 5 6 7 9. Il 12 13 16 17 1 I Sang 6/anc. У//Ш\
3
5
6
7
9.
Il
12
13
16
17
1
I Sang 6/anc.
У//Ш\ Sang indien.
1ШШЯ Sanaj nèare.j

Tableau 12.

13. Quinterona de Mulato. Requinterona de Mulato *. Espaňol.

14. Espaňol. Requinterona de Mulato. Produce Gente blanca.

15. Espaflol. Gente blanca. Quasi limpios de su Origen.

16. Mestizo con Yndia Producen Gholo.

17. Yndia con Mulato Producen Chino.

60

SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES DE PARIS -

Un simple mot, pour finir. Notre travail n'aura pas été inutile, s'il. n'en ressort que cette seule notion, sur laquelle nous avons tant insisté, que certaines des appellations, appliquées aux divers degrés de métissage, étaient bien loin d'avoir un sens précis : un ■même nom peut désigner des mélanges sanguins très différents les uns des autres. Le mot chino, par exemple, n'a pas une signification identique au Muséum de Paris, à

Mexico, au Musée de Madrid et

en Chine.