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LA PROBLÉMATIQUE METAPHYSIQUE DANS LA

PENSEE DE MARTIN HEIDEGGER


Mejame Ejede Charley
Maitre de conférence
Université de Yaoundé

La métaphysique constitue l'un des thèmes centraux de la pensée


de Martin Heidegger qui y a consacré beaucoup d'écrits après Sein Und
Zeit(1927).1 Conformément aux préoccupations de cet écrit, la question
qui se pose pour nous est de savoir si lui aussi considère la présence de
la métaphysique en philosophie comme un problème et s'il propose lui
aussi éventuellement de l'éliminer du domaine scientifique ou s'il
propose une autre solution. L'on peut dire tout de suite que Heidegger
n'est pas de ceux qui veulent éliminer la métaphysique du domaine de la
science, et encore moins de ceux qui cherchent sa destruction, mais il
semble que, dans une première phase de sa longue carrière
philosophique, il considérait la métaphysique comme l'ontologie
fondamentale et même comme une science. Dans une deuxième phase
de sa vie, il semble avoir adopté une position vis-à-vis de la
métaphysique qu'il considère comme responsable de l'Ausbleiben de
l'être de l'étant. Mais dans l'ensemble, il est plutôt difficile de saisir
avec précision sa pensée concernant la métaphysique. Nous allons ici
sérier Ce qui nous semble constituer les points forts de sa position sur la
1
Kant und das Problem der Metaphysik (1929), Was ist Metaphysik? (1930), Einfürung in die
Metaphysik (1953),Die onto-theologische Verfassung der Metaphysik (1958).
1
métaphysique:
Primo, dès le premier chapitre de Sein Und Zeit (être et Temps) de
1927, Heidegger, tout en le récusant comme une nouvelle
γιγαντοµαχìα_περì_της_ουσας, (un combat de Titans à propos de
l'être), oriente son projet dans une franche répétition de la question de
l'être qui est aujourd'hui tombée dans l'oubli, mais qui avait tenu en
haleine Platon et Aristote dans leur investigation, les résultats de cette
investigation s'étant néamoins conservés à travers toute une variété de
décalages et de ''repeints'' jusque dans la logique de Hegel. La
métaphysique, est, selon lui, la représentation de l'être de l'étant, tout en
étant toujours le dépassement de l'étant. Pour être conséquent avec sa
définition de la métaphysique, il aurait dû la rebaptiser méta-étant car
l'interrogation méta-physique ne transcende pas la nature(la physis)
comme dans la doctrine classique, mais transcende(méta-)plutôt l'étant.
D'ailleurs ne va-t-il pas lui-même dire plus tard à propos de la
''physique'' d'Aristote qu'il considère comme le ''livre de fond de la
philosophie occidentale'' que cela n'a pas de sens quand on dit que la
''physique '' précède la ''métaphysique'', vu que la métaphysique est tout
autant ''physique'' que la physique est métaphysique.2 Le nom même de
méta-physique a quelque de magique avec laquelle Heidegger semble
jouer tout le temps d'autant plus que la structure de la langue allemand
permet de former des mots qui se prêtent à un pareil jeu.
2
Heidegger, Questions 11,1968 p.183.
2
Ainsi dans sa conférence inaugurale de 1929 à l'Université de
Freiburg (en Breisgau) portant sur le ''Qu'est que la métaphysique?'',
Heidegger reprend le mot de Hegel selon lequel la philosophie est ''le
monde à l'envers'' et l'applique à la métaphysique qui possède un double
caractère.3 Après une longue considération sur le néant ou l'angoisse
originelle qui, à tout instant, peut se lever dans la réalité -humaine et la
retient dans la présence originelle du néant, il laisse, par une série
d'affirmations, la métaphysique se présenter elle-même:a) elle est une
interrogation sur le néant, ou la finitude de l'homme:b)être retenue dans
le néant par la cause de l'angoisse cachée, c'est pour la réalité-humaine
passer au-delà de l'existant dans son ensemble; c'est la transcendance ;
c) notre interrogation sur le néant doit nous présenter la métaphysique
elle-même(….); d) la métaphysique, c'est l'interrrogation qui dépasse
l'existant sur lequel elle questionne, afin de le recouvrer comme tel et
dans son ensemble pour en actuer le concept; e) lorsque l'on interrroge
sur le néant, on dépasse en ce sens l'existant en tant qu'existant pris dans
son ensemble. Cette question s'atteste ainsi comme une ''métaphysique''4
f) la question du Néant traverse et enserre l'ensemble de la
métaphysique.
Heidegger s'engage dans le débat concernant la définition
équivoque du néant considéré subrepticement à la fois comme le non-
existant et comme de la matière privée de formes alors que la rigoureuse
3
Heidegger,Questions,1968, p. 47.
4
Heidegger,Questions 11,1968,p. 66-67
3
logique disait que: ex nihilo nihil fit. Du rien, rien ne devient. La
dogmatique chrétienne, par contre, niant la vérité de la thèse ex nihilo
nihil fit, va transformer la signification du même néant en l'entendant
comme l'Absence radicale de l'existant extra-divine et dira: ex nihilo
fit…. ens creatum. Cette première forme du néant étant banalisée, le
néant devient alors la notion antithétique de l'Existant véritable, du
summum ens, de Dieu comme Ens increatum. Ici aussi, l'interprétation
du néant annonce quelle est la conception fondamentale de l'existant.
Mais la discussion métaphysique de l'existant se maintient sur le même
plan que la discussion du néant.
Cette façon d'aborder la question du néant dissimule le problème
que si Dieu crée du néant, il faut alors qu'il puisse soutenir un rapport
avec le néant. Or, si Dieu est Dieu, il ne peut pas connâtre le néant, s'il
est vrai que l' << Absolu >> exclut de soi tout manqué d'être. "En effet,
si le néant nous devient, par une voie ou une autre, un problème, "alors
ce n'est pas seulement une définition plus claire que reçoit ce rapport
antithétique; c’est le premier éveil de l'interrogation métaphysique
authentique sur l'être de l'existant. Le néant ne reste pas l'opposé
indéterminé à l'égard de l'existant, mais il se dévoile comme
composant l'être de cet existant. " Alors, continue Heidegger, la thèse
de Hegel comme quoi "l'être pur et le néant sont identiques" 5 devient
vraie et être et néant se composent réciproquement, "non point parce
5
Il cite Hegel, Wissenschaft der Logik, 1. Buch, WW,p. 74
4
que tous deux - envisagés par le concept hégélien de la pensée ---
concordent dans leur indétermination et leur immédiateté, mais parce
que l'être lui-même est fini dans son essence et ne se révèle que dans la
transcendance de la réalité-humaine qui, dans le Néant, émerge hors de
l'existant’’6.Si l’interrogation sur l’étant en tant qu’étant est la question
compréhensive de la métaphysique alors la question du néant s’avère
d’une nature tel qu'elle circonscrit et traverse également l’ensemble de
la métaphysique pour autant qu’elle nous contraint au problème de
l’origine de la négation,et nous amène,à décider de la souveraineté
légitime de la ‘’logique’’ en métaphysique.’’La thèse ancienne’’ex
nihilo nihil fit’’ prend alors un autre sens, un sens qui concerne le
problème de l’Etre lui-même, et elle est à énoncer ainsi: ex nihilo
omne ens qua ens fit. Comment alors la question métaphysique du
Néant entrâne-t-elle en elle notre réalité-humaine qui questionne?
C’est parce que, répond Heidegger, nous avons défini ’’notre réalité-
humaine’’comme essentiellement déterminée par la connaissace
scientifique et que, si elle se trouve comprise dans l’interrogation sur
le Néant, de toute nécessité une telle interrogation aboutit à mettre en
question la réalité-humaine dans laquelle l’existent dans son ensemble
arrive seulement à soi-même suivant la possibilité qui lui est
absolument propre,cest-à-dire selon le mode fini.Cette réalité-humaine
qui réalise la science tient sa simplicité et sa netteté tranchante du fait
6
Heidegger, Questions 11, 1968,p. 68
5
que d’une façon privilégiée, elle se rapporte à l’existant lui-même,et
uniquement à lui.Heidegger fait ici une série d’affirmations sur le
dépassement du Dasein dans le Néant en tant que possibilité ,non
seulement de la métaphysique , mais aussi de la science en général
:a)c’est la révélation du néant qui rend possible le fait que l’existant
peut devenir l’objet de la recherche scientifique,que la science existe
de la métaphysique,et qu’elle peut reprendre sans cesse sa tâche
essentielle,qui consiste à ouvrir ,par une révélation toujours
renouvelée,l’espace total de vérité de la nature et de l’histoire;b)C’est
la révélation du néant dans le fonds de la réalité-humaine qui fait que
la complète étrangeté de l’existant peut nous assailir,que l’existant
éveille et attire sur soi l’étonnement en tant que manifestation du
néant qui surgir le’’pourquoi’’;c) c’est la possibilité du pourquoi qui
nous permet de questionner sur des raisons et de fonder par des raisons
et de confier à notre existence le destin du chercheur;d)la question sur
le Néant nous met nous mêmes qui questionnons, en question:c’est
une question métaphysique; e)la réalité-humaine ne pouvant soutenir
de rapport avec l’existant que si elle se maintient à l’intérieur du
néant,le dépassement de l’existant qui s’historialise dans l’essence de
la réalité-humaine ,c’est la métaphysique elle-même; f)ainsi la
métaphysique compose la’’ nature de l’homme ‘’ et elle est l’historiale
qui,fondement de la réalité-humaine,s’historialise comme réalité-
humaine;g)la vérité métaphysique résidant en ce fond
6
abyssal(abgründiger Grund),elle a pour voisinage immédiat la
possibilité qui guette sanse cesse,de l’erreur la plus profonde.Ici
Heidegger insère un trait de polémique contre Husserl en disant que la
rigueur d’aucune science n’égale le sérieux de la métaphysique et que
jamais la philosophie ne peut être mesurée à la mesure de l’idée de la
science.
Dans une deuxième période, après la Kehre (le tournant), Heidegger
adoptera une position plus critique vis-à-vis la métaphysique qu’il
considérera comme responsable de l’oubli de l’être dans l’histoire de la
pensée occidentale.La métaphysique peut être comprise comme le
vaste mouvement qui a commencé avec Platon et qui a abouti dans
l’entreprise scientifico-technique qui dévaste la terre en la
transformant par le travail.Ainsi dans’’Le retour au fondement de la
métaphysique’’ ajouté comme introduction au ’’Quest-ce que la
métaphysique’’ en 1949(20 ans plus tard à l’occasion de sa 5ème
édition)Heidegger part du mot de Descartes qui compare toute la
philosophie à un arbre dont les racines seraient la métaphysique,le
tronc la physique,et les branches toutes les autres sciences7 pour
redéfinir la métaphysique dans une perspective plus critique.Il ya lieu
de noter encore une fois que la position de Heidegger sur la
métaphysique est toujours ambiguë,même quand il la critique.

7
Heidegger cite une lettre de Descartes à Picot qui traduisait en français les Principia
Philosophiae et le texte renvoie à l’édition des oeuvres de Descartes:Opp.Ed.Ad.Et Ta.IX,14.
7
La métaphysique comme oubli de la différence qui sépare
l’être de l’étant

.De quelque manière que l’étant puisse être interprété,8 partout où la


métaphysique représente l’étant dans la lumière de l’être,l’être s’est
éclairci ou est advenu en un décèlement.Mais la question de savoir
comment l’être apporte avec soi un tel décèlement ou s'établit dans la
métaphysique,reste voilé car l’être n’est point pensé dans son essence
décelente ni dans sa vérité.Toutefois,la métaphysique,dans ses
réponses à la question sur l’étant en tant qu’étant,parle à partir de la
révélation inaperçue de l’être et c’est pourquoi l’on peut dire que la
vérité de l’être est le fondement sur lequel elle prend appui,en tant que
racine de l’arbre de la philosophie et dont elle se nourrit 9. Ici
Heidegger semble jouer sur la différence sémantique entre la vérité en
tant que décélement (άλήθεια) et la vérité en tant que veritas .Le
décélement pourait bien être quelquechose de plus originel que la
vérité au sens de veritas simplement opposée au mensonge ou à
l’erreur. Аλήθεια pourait être le qui donnerait une indication, non
encore éprouvée sur l’essence non pensée de l’esse. L’allusion au
débat des philologues sur le sens originel du mot άλήθεια comme
8
‘’…..Comme esprit,matière et force,devenir et
vie,représentation,volonté,substance,sujet,energeia,éternel retour de l’identique’’,précise
Heidegger
9
Heidegger, Questions 11,1968, p. 24-25
8
décélement ou vérité est clair et Heidegger a beaucoup exploité la
signification originelle d’Aληθη (Non-oubli, Mémoire, souvenir)
opposé à Λήθη (oubli) dans son usage mythique ou
préphilosophique.La métaphysique n’étant que la pensée par
représentation,elle ne pourra jamais atteindre cette essence de la
vérité,quel que soit l’intéret qu’elle ne cesse de porter,sur le plan
historique,à la philosophie présocratique;car il ne s’agit pas de quelque
renaissance de la pensée présocratique,un tel propos serait vain et
absurd, mais de l’attention portée à la venue de l’essence non
encore exprimé décèlement, en quoi l’être s’est annoncé.Depuis
lors, dit Heidegger,la vérité de l’être demeure celée à la
métaphysique ,au cours de son histoire d’Aximandre à
Nietzsche .L’omission d’une telle pensée tient non seulement à la
manière propre de la pensée métaphysique,mais elle appartient aussi
au destin essentiel de la métaphysique qui veut que son propre
fondement se dérobe à elle,parcequ’au lever du décélement,ce qui
dans ce dernier déploie son essence:le cèlement,partout se retire et
cela au profit du décelé qui apparaît comme l’étant.Dans la venue ou
le retrait10 de la vérité de l’être,c’est la métaphysique qui,dans
10
Que signifie ce fameux retrait (de l'être de l'étant)? Les traducteurs français de Heidegger
préfèrent le mot ''retrait'' pour rendre l'Ausbleiben alors que spontanément ce sont les mots : ''
absence'' ou ''retard'' qui s'imposeraient.En effet, le verbe ausbleiben signifie :'' ne pas venir,
rester absent,tarder à rentrer, se faire attendre'' et quand cet infinitif est utilisé comme
substantif,Ausbleiben signifie : ''absence,défaut''.Dans ''venir ou retrait de l'ểtre Heidegger voit
sans doute la double opposition:παρεĩναι(être present) / άπεĨναι (être absent),παρονσíα ( la
presence) / άπουσία (l'absence) de l'être de l'étant comme il dira explicitement plus loin (p.
37).Le fondement de la métaphysique consiste dans l'événement initial qui, chez les Grecs a fait
9
l’aversion de son propre fondement,empêche désormais que cette
relation de l’être à l’homme n’accède à un éclat qui amène l’homme
à l’appartenance à l’être.Dans ses réponses à la question sur l’étant
comme tel,la métaphysique qui exprime nécessairement et
constamment l’être avant même l’étant, a déjà representé l’être,mais
sans le faire accéder au langage de l’être lui-même,parce qu’elle ne
le pense pas dans la vérité en tant que décèlement dans son
essence.L’essence de la vérité n’apparaît toujours à la métaphysique
que sous la forme déjà dérivée de la vérité de la connaissance et de
son énoncé.

La confusion permanente dans laquelle se meut la métaphysique et


son dimorphisme.
Heidegger croit que la métaphysique est vouée,par la manière dont
elle pense l’étant, à être, à son insu,l’obstacle qui interdit à
l’homme la relation originelle de l’être à l’essence de l’homme par
le retrait de cette oubli de ce retrait qui déterminent de loin l’âge
moderne.Pourquoi? Parce que l’énoncé de la métaphysique ,de son
commencement à sa consommation,se meut d’étrange façon dans
une confusion permanente d’étant et d’être.Cette confusion,il faut la
penser comme événement et non comme faute car elle ‘’ne peut

que l'εĩναι est devenu παρεĩναι.


10
aucunement avoir son fondement dans une simple négligence de la
pensée ou dans une légèreté du dire. 11Heidegger semble lui-même
répondre à cette question lorsque ,queques pages plus loin, 12 il parle
du caractère dimorphe de la métaphysique :la métaphysique renferme
un λóγоς (énoncé) sur l’Òν (l’étant): elle dit ce qu’est l’étant en tant
qu’étant(l’òν ή όν) et se meut dans son domaine et le représente
partout comme tel dans sa totalité.elle représente l’étantité de l’étant
(ούσία de l’òν) d’une double manière:a) d’abord la totalité de l’étant
comme tel,au sens de ses traits les plus généraux(òν καθóλου,κονòν)
et,en même temps,b)la totalité de l’étant le plus haut et, partant,divin
(òν καθóλου,άκρóτατον, θεĩоν). Le décélement de l’étant comme tel
s’est effectué nommément sous cette forme double dans la
métaphysique d’Aristote (cf.Met.Γ, E,K).C’est cela qui fait que la
métaphysique est à la fois ontologie au sens restreint et
théologie.’’Cette essence onto-théologique de la proprement dite
(πρώτη ϕ ιλο σóφια ) doit être fondée en la manière dont l’óν , en
tant précisement qu’óν, accède pour elle à l’ouvert.Le caractère
théologique de l’ontologie ne tient donc pas au fait que la
métaphysique grecque fut plus tard assumée par la théologie d’église
du christianisme et transformée par elle.Il tient bien pluôt à la
manière dont l’étant , dès l’origine,s’est décélé en tant qu’étant.
Heidegger a donc clairement identifié le problème fondamental de la philosophie
11
Heidegger, Questions 11,1968,p.29
12
Heidegger, Questions 11, 1968, p.41
11
aristotélicienne et de tous les systèmes qui l’ont adopté par la suite sans
critiques :le fait d’avoir assumé la contradiction contenue dans le concept d’un
‘’universel concret’’ ou le fait de n’avoir pas pu maintenir rigoureusement le refus
des hypotases platoniciennes.Heidegger formule cette contradiction mais en la
masquant:En tant que vérité de l’étant comme tel,la métaphysique est
dimorphe .Mais le fondement de ce dimorphisme,tout autant que sa
provenance,échappe à la métaphysique---et cela non par le fait du hasard ou en
raison d’une négligence.La métaphysique présente ce dimorphisme par cela
même qu’elle est ce qu’elle est : la représentation de l’étant en qu’étant.La
métaphysique n’a pas le choix.En tant métaphysique elle est,de par sa propre
essence,exclue de l’epreuve de l’être; car elle ne représente constamment
l’étant(óν) qu’en ce qui s’est montré déjà en tant qu’étant (ή òν ) à partir de
celui-ci.La métaphysique toutefois ne porte jamais attention à ce qui
précisement dans cet òν, en tant qu’il a été décelé,déjà c’est celé.
Sur cela qui est celé dans l’òν, la métaphysique demeure fondée si
toutefois elle consacre sa représentation à l’òν ή òν .La question qui
revient sur cela qui est celé cherche donc,si on l’envisage du point de
vue de la métaphysique,la fondation de l’ontologie.Le Sein Und Zeit
est,comme nous l’avons déjà, le projet d’une ontologie fondamentale
bien Heidegger trouve cette dénomination périleuse,car si,du point de
vue de la métaphysique, elle dit une chose exacte;c’est précisément
pour cela qu’elle induit en erreur;car il s’agit d’obtenir le passage de
la métaphysique à la pensée qui pense la vérité de l’être (das Denken
an die wahrheit des Seins). Opposer une ontologie fondamentale qui

12
serait la pensée qui tent de penser ‘’la vérité de l’être(die Wahrheit des
Seins) à une ontologie(ordinaire) qui penserait seulement ‘’la vérité
de l’étant(die Wahrheit des Seienden) est une erreur parce que
l’ontologie fondamentale n’est pas une ontologie car, en fait, la
pensée qui pense la vérité de l’être a, en tant que retour au
fondement de la métaphysique, abandonné dès le premier pas le
domaine de toute ontologie.Par contre,dit-il, toute philosophie qui se
meut dans une représentation médiate ou immédiate de la
‘’transcendance’’ demeure nécessairement ontologie au sens
essentiel,’’qu’elle veuille poser une à l’ontologie en tant
pétrification conceptuelle de l’expérience vécue’’13.

Le dépassement de la métaphysique
Dans l’’’introduction à ''Qu’uest-ce que la métaphysique?’’14, Heidegger semble
céder du terrain au débat sur le dépassement de la métaphysique en disant
qu’une pensée qui pense la vérité de l’être ne se contente plus de la
métaphysique même si elle ne pense pas pour autant contre la
métaphysique qui demeure l’élément premier de la
philosophie.Dans la pensée qui pense la vérité de l’être, la
métaphysique est dépassée. La prétention de la métaphysique à régir
la relation constituante à l’’’être ‘’ et à définir,de façon normative
,tout rapport à l’étant comme tel,se fait caduque.Ce ‘’dépassement de
13
Heidegger,Questions 11, 1968, p.42
14
Heidegger,Questions 11, 1968,p.26
13
la métaphysique’’ n’écarte pas,toutefois,la métaphysique.Aussi
longtemps que l’homme demeure l’animal rationale ,il est l’animal
metaphysicum.Aussi longtemps que l’homme se comprend comme
le vivant doué de raison,la métaphysique appartient,selon le mot de
Kant,à la nature de l’homme.Par contre,si elle réussit à retourner au
fondement de la métaphysique ,la pensée pourait bien entraîner un
changement de l’essence de l’homme,changement d’où s’en suivrait
peu à peu une transformation de la métaphysique.
Par suite,lorsqu’au cours du déploiment de la question portant sur la
vérité de l’être ,il est parlé d’un dépassement de la métaphysique,cela
signifie que la pensée de l’être lui-même dans l’être rejoint,par de-là
la pensée qui a sérvi jusqu’ici,le fondement de la racine de la
philosophie.La pensée qui s’essaie dans Sein und Zeit (1927) se met
en chemin de préparer le dépassement de la métaphysique ainsi
compris.Mais ce qui met sur son chemin une telle pensée ne peut
toutefois être que cela même qui est à penser.Heidegger se pose alors
la question une série de questions sur la pensée sur la métaphysique
qui rapellent celles de Kant.:a)pourquoi, un tel dépassement de la
métaphysique est-il nécessaire? b) Est-ce seulement pour que cette
discipline de la philosophie ,qui jusq’alors était la racine,soit étayée
et remplacée par une plus originelle? c)s’agit-il d’une modification
de l’édifice doctrinal de la philosophie ? d) va-t-on découvrir, à la faveur
du retour au fondement de la métaphysique,un postulat de la
14
philosophie inaperçu jusqu’alors et convaincre cette dernière qu’elle
ne repose pas encore sur sa fondation inébranlable et ne saurait être
encore,pour cette raison,la science absolue? Nullement, répond
Heidegger aux questions c) et d).
Dans son article sur le ‘’dépassement de la métaphysique’’ 15 qui
donne sa position sur la métaphysique dans les années
1951,Heidegger ne vas pas,contrairement à ce qu’annonce le
titre,régler définitivement le problème de la métaphysique .En effet, le
terme allemand Überwinden qu’il utilise dans le titre même de la
communication,signifie:’’triomphe sur,dépassement de et vient du
verbe:überwinden qui signifie:’’vaincre,triompher de, l’empoter sur,
surmonter,,.Heidegger veut-il régler définitivement son compte à la
métaphysique mieux que Hume,Kant, Hegel et l’école de Vienne? Oui
dans la mesure où il va éliminer le contenu sémantique classique du
concept de métaphysique pour lui donner un autre contenu totalement
différent du premier,et non,dans la mesure où il conserve le terme de
‘’métaphysique’’ et qu’il prétend même que celle-ci est en passe
d’atteindre son achèvement:Que veut donc dire’’dépassement de la
métaphysique’’? Heidegger répond lui-même:
‘’La pensée tournée vers l’histoire de l’être n’utilise ce titre que
comme un expédient pour se rendre quelque peu intelligible. Ce titre
15
Die überwindung der Metaphysik (redigé en 1951?) Nous utiliserons ici la traductions
française par André Bréau et publiée dans Essais et conférences, 1958, p.80-115.L'édition
allemande est de 1954.
15
en vérité donne lieu à de malentendu car il interdit à notre expérience
l’accès du fond à partir duquel seulement l’histoire de l’être fait
appairaître so essence qui est l’événement(Er-eignis),dans lequel l’être
lui-même est surmonté(Überwunden).Le dépassement en question ne
doit surtout pas faire supposer qu’une discipline soit refoulée hors de
l’horizon de la ‘culture’’ philosophique.La’’métaphysique’’ est déjà
pensée ici comme dispensation(Geschick) de la vérité de l’étant,c’est-
à-dire de l’étantité(seiendheit) entendue comme ce qui, bien qu’encore
en retrait,n’en est pas moins par excellence une
appropriation(Ereignung), à savoir celle de l’oubli de l’être’’16.
Il ne faut donc pas s’y méprendre: la métaphysique ,n’est pas ‘’chose
passée’’ dans le sens de ‘’dépassée et dissoute’’ mais, au
contraire,’’c’est seulement de nos jours que la métaphysique arrive à
sa domination absolue’’17,au sein de l’étant lui-même sous la forme
dénuée de vérité du réel et des objets.’’On ne peut se défaire de la

16
Dans cette citation, nous ne suivons pas entièrement la traduction d'André Bréau car nous
préférons commencer par rendre les mots allemands dans le sens littéral. Il s'agit du substantif
verbal:Das Er-eignis que Bréau traduit par ''l'éclosion-et- révélation-de-l'être-propre'' et du
participe passé verwunden qu'il traduit par:'' accepté-et-approfondie''.Son commentaire sur
l'usage du verbe verwinden chez Heidegger (p.80, note3) est par ailleurs très éclairant:''Le verbe
verwinden veut dire ici '' faire sienne une chose en entrant plus profondément en elle et en la
transposant à un niveau supérieur'' (Heid.). Dans Zur Seinsfrage (1956), Heidegger précisera
encore sa pensée. Il s’agit alors de surmonter (überwinden) le nihilsme en écartant le mode
métaphysique de représentation, non pas pour sauver la métaphysique, mais,au contraire,pour
pouvoir l'accepter(verwinden),c'est-à-dire pour libérer son être,laisser sa vérité revenir à
nous,pour sauver la métaphysique dans son être, revenir au lieu où elle a son origine-cf. Ci-
après p. 82.al. 2 ''.
17
Heidegger ici, comme le remarque le traducteur, interprète le vergangen,''passée'', par in ihre
ver-endung eingegangen:''est entrée dans la phase de son accomplissement''.
16
métaphysique comme on se défaire d’une opinion.On ne peut
aucunement la faire passer derrière soi,telle une doctrine à laquelle on
ne croit plus et qu’on ne défend plus’’ affirme Heidegger.
Ici donc Heidegger utilise la technique rédactionelle à laquelle nous
avait déjà initiés Hegel dans son usage du verbe allemand aufheben
(ramasser, soulever,lever,réduire,garder,conserver, mettre de coté,
suspendre,faire cesser,
abolir,supprimer,dissoudre,annuler,invalider,infirmer,révoquer …) et
de son
substantifverbalAufhebung(soulèvement,levée,conservation,abolition,s
upression….) qui est devenu le fondement de la dialectique
hégélienne.C’est d’une façon analogue que Heidegger utilise aussi les
mots überwinden et Überwindung pour leur faire dire à propos de la
métaphysique à la fois dépassée et arrivant à son apogée,le contraire de
ce qu’ils signifient habituellement.Finalement,nous sommes renvoyés
à la question de savoir ce que,dans la métaphysique,Heidegger
considère comme devant entrer dans la phase de son achèvement.

Quelle est la métaphysique dépassée selon Heidegger?

17
Heidegger emploie le mot ‘’métaphysique’’ d’abord, au niveau
étymologique,dans le sens de la transcendance dans lequel la
préposition meta –exprime l’opposition entre le naturel(le physikon)
et le spirituel.C’est dans ce sens-là qu’il peut dire que la
métaphysique,en tant que convenant au platonisme qui se veut la
science du suprasensible, est en réalité la ‘’métaphysique dépassée’’:
le dépassement de la métaphysique est pensé dans son rapport à
l’histoire de l’être.Il est un signe précurseur annonçant la
compréhension commençante de l’oubli de l’être.Ce qui se montre
dans le signe est antérieur au signe quoique aussi plus en retrait que
lui.C’est l’avènement(Ereignis) lui-même.Ce qui, pour la pensée
métaphysique,se présente comme le signe précurseur d’autre chose ne
compte plus comme la simple et dernière lueur d’un éclairement plus
originel.Le dépassement(de la métaphysique)ne mérite d’être pensé
que lorsq’on pense à l’appropriation-qui-surmonte(l’oubli de
l’être).Cette pensée insistante pense encore,en même temps,au
dépassement(de la métaphysique).Une telle pensée perçoit cette
aube(Ereignis)unique à laquelle répond l’expropriation de l’étant,où
s’éclairent la détresse de la vérité de l’être et, par conséquent,les
premières émergences de la vérité de l’être et où dans un adieu,elles
jettent une lumière sur la condition humaine.Dépassr la
métaphysique,c’est la livrer et la remettre à sa propre vérité,déclare
Heidegger.Il ajoute qu’on ne peut tout d’abord se représenter le
18
dépassement de la métaphysique si ce n’est à partir de la métaphysique
elle-même:comme si un nouvel étage lui était ajouté.On a le droit,dans
ce cas,de parler encore de ‘’métaphysique de la métaphysique’’,sujet
que Heidegger a affleuré dans Kant et le problème de la
métaphysique,où il dit avoir essayé d’interpréter la pensée
kantienne’’qui procède encore de la critique pure et simple de la
métaphysique rationnelle,en la considérant précisément sous cet
angle’’18.
Parler du dépassement de la métaphysique peut signifier aussi que ‘’la
métaphysique’’ demeure le nom du platonisme qui s’offre au monde
moderne dans l’interpretation qu’en ont donnée Schopenhauer et
Nietzsche.Ce renversement du platonisme fait que les choses sensibles
deviennent pour Nietzsche le monde vrai et les choses suprasensibles
le monde illusoire, reste entièrement à l’intérieur de la métaphysique.
Cette façon de dépasser la métaphysique, que Nietzsche envisage,à
savoir dans le sens positivisme du XIXe siècle ,montre
seulement,’’quoique sous une forme différent et supérieure’’,que l’on
ne peut plus s’arracher à la métaphysique.Le mêta -, le passage par
transcendance au suprasensible,est écarté en faveur d’une installation à
demeure dans le coté ‘’élémentaire’’de la réalité sensible,alors que
l’oubli de l’être est simplement conduit à son achèvement et que le
suprasensible,en tant que volonté de puissance,est libéré et mis en
18
Heidegger, 1958,p.90-91
19
action.’’19Une pareille séparation entre le sensible et le non-
sensible,entre le physique et le non-physique est un trait
fondamentalde ce qui s’appelle’’métaphysique’’ et qui confère à la
pensée occidentale ses traits essentiels’’.Cette distinction entre le
sensible et le no-sensible une fois reconnue comme insuffissante,la
métaphysique perd son rang d’une pensée faisant autorité’’.20

Ce que doit être la métaphysique moderne selon Heidegger

Concernant le nouveau contenu du concept de


métaphysique,Heidegger définit cette fois’’l’homme de la
métaphysique’’,l’animal rationale par les caractéristiques suivantes: 1)
c’est le vivant ou l’animal qui travaille,la bête de labeur qui ravage la
terre la terre.L’homme,devenu l’animal rationale,c’est-à-dire,le vivant
qui travaille,ne peut plus qu’errer à travers les déserts de la terre
ravagée.Et ceci pourait être un signe que la métaphysique se manifeste
pour nous à partir de l’être lui-même et que le dépassement de la
métaphysique a lieu en tant qu’acceptation(Verwindung) de l’être.Car
le travail accède aujourd’hui au rang métaphysique de cette
objectivation inconditionelle de toutes les choses présentes qui déploie
son être dans la volonté de volonté.21 La métaphysique fait partie de la
nature de l’homme:son essence constituée de telle façon,sa nature,le
quoi et le comment de son être sont déjà en eux mêmes
métaphysiques:animal(côté sensible) et rationale(côté non
sensible).Ainsi encadré par la métaphysique,l’homme demeure lié à
différence non perçue de l’étant et de l’être.La façon dont l’homme se
19
Heidegger, 1958,p.91
20
Voir ''L'être et la raison'' in Le principe de raison 1962. P.126.
21
Heidegger, 1958, p.81
20
représente les choses et qui est marquée par la métaphysique ne
trouve partout que le monde construit par la métaphysique.Mais
qu’est-ce que la nature elle-même? Qu’est-ce que la nature elle-même?
Et l’homme lui-même qui est à l’intérieur de cette métaphysique
naturelle? N’est-il qu’un moi qui ne s’affermit dans son égoïté que par
référence à un toi,parce qu’il s’affermit alors dans la relation du je au
tu?22 2)C’est un être errant dans l’oubli de l’être,c’est-à-dire, dans le
nihilisme.Cette errance dans l’oubli de l’être,Heidegger la décrit
comme suit:a)Le déclin de la vérité de l’étant ou la perte de son
exclusivité,en tant que règle et mesure,a lieu d’une façon
nécessaire,comme l’achèvement de la métaphysique.Ce déclin
s’accomplit à la fois par l’éffondrement du monde marqué par la
métaphysique et par la dévastation de la terre,résultat de la
métaphysique.23 b)L’être du nihilisme,du ponit du vue de l’histoire de
l’être,est l’abandon loin de l’être,pour autant qu’en lui se produit
ceci,que l’être se laisse aller,faire et machiner.Ce laisser-aller s’asservit
l’homme entièrement.Il n’est pas une décadence ni en aucun sens du
mot un negativum.

C’est pourquoi toute espèce d’humanité n’est pas apte à réaliser


historiquement le nihilisme absolu. C’est pourquoi une lutte est même
nécessaire pour décider de l’humanité capable de conduire le nihilisme
à son achèvement total.24 3) C’est l’homme nietzschéen, Zarathustra,le
Surhomme qui est le porte-parole de Dionysos, le maître qui, dans sa
doctrine du surhomme et pour elle,enseigne le Retour éternel de
l’Identique.C’est la figure qui apparaît dans la métaphysique au stade
de son achèvement.Ainsi même la tendance à la dépression nihiliste
peut-elle être revendiquée comme une marque de supériorité raciale?

Ainsi, non seulement la métaphysique, mais aussi la philosophie dans


son ensemble devient-elle une anthropologie:’’La philosophie qui a
22
Heidegger, 1958 p.83-84
23
Heidegger, 1958,p. 82
24
Heidegger, 1958, p. 105
21
cours à l’époque de la métaphysique achevée est l’anthropologie’’.25
Que l’on précise ou non qu’il s’agit d’anthropologie’’philosophique’’
n’a pas d’importance.Entre temps,la philosophie devenue
anthropologie,devient une proie pour la progéniture de la
métaphysique,c’est-à-dire pour la physique au sens le plus large,qui
embrasse la physique de la vie et de l’homme,la biologie et la
psychologie.Devenue anthropologie,la philosophie elle-même périt du
fait de la métaphysique.26

La technique comme achèvement de la métaphysique ou


comme la métaphysique moderne.

Heidegger ne définit pas formellement (du moins pas ici) cette


métaphysique moderne qui dépasse, renverse et parachève l’ancienne,
mais l’on peut s’en faire une idée par la série d’affirmations qu’il fait
sur elle:
1) La métaphysique, même surmontée, ne disparaît point mais revient
sous une autre forme et conserve sa suprématie,comme la
distinction,toujours en vigueur,qui différencie l’être de l’étant.27
2) La forme moderne de l’ontologie est la philosophie
transcendentale,qui devient elle-même théorie de la connaissance.28 La
25
Heidegger lui-même renvoie à son propre livre Holzvege, p. 91 sq.
26
Heidegger 1958, p.99-100
27
Heidegger 1958, p. 82
28
Heidegger 1958, p. 85
22
‘’théorie de la connaissance’’ et ce que l’on nomme ainsi sont, dans
leur fond,la métaphysique et l’ontologie assises sur la vérité,celle-ci
étant entendue comme la certitude du mode représentation qui
s’assure(de son objet).3)Le titre même de’’Théorie de la
connaissance’’ couvre l’impuissance fondamentale et croissance de la
métaphysique moderne à connaître son propre être et le fond de son
être.Parler de ‘’métaphysique de la connaissance’’, c’est rester dans la
même incompréhension.En vérité,il s’agit de la métaphysique de
l’objet,c’est-à-dire de l’étant comme objet pour un sujet.
4)L’achèvement de la métaphysique commence avec la métaphysique
hégélienne du savoir absolu entendu comme esprit de la
volonté.Pourquoi cette métaphysique est-elle seulement le début de
l’achèvement et non cet achèvement lui-même? La certitude
inconditionnée,sous la forme de la réalité absolue,n’est-elle pas venue
jusqu’à cette métaphysique même? Non,sans doute.Mais il est encore
possible de revenir à soi,hors de toute condition,comme la volonté de
la vie.Cette possibilité n’est pas encore réalisée.La volonté n’est pas
encore apparue comme la volonté de la volonté,dans sa réalité qu’elle
a elle-même préparée.C’est pourquoi la métaphysique n’est pas encore
achevée avec la métahysique de l’esprit.En même temps que la
métaphysique entre dans la période de son achèvement commence la
préparation inconnue,essentiellement inaccessible à la
métaphysique,d’une première apparition du Pli de l’être et de l’étant.
5)Avec la métaphysique de Nietzsche,la philosophie est achevée.Ceci
veut dire qu’elle a fait le tour des possibilités qui lui étaient
assignées.La métaphysique achevée,qui est la base même d’un mode
de pensée’’planétaire’’,fournit la charpente d’un ordre terrestre
vraisemblablement appelé à une longue durée.Cet ordre n’a plus
besoin de la philosophie parce qu’il la possède déjà à sa base.Mais la
fin de la philosophie n’est pas la fin de la pensée,laquelle passe à un
autre commencement. 29
6)La forme fondamentale sous laquelle la volonté de volonté apparaî
et, en calculant,s’installe elle-même dans la non-historicité du monde
29
Heidegger 1958, p. 95-96
23
de la métaphysique achevée peut être appelée d’un mot:la
‘’technique’’,appelation qui englobe tous les domaines de l’étant,qui
forment à chaque instant l’équipement du tout de l’étant.La nature
objectivée,la culture maintenue en movement,la polotique dirigée’les
idéaux surhaussés.’’La technique’’ne désigne donc pas ici les
différents secteurs de la production et de l’équipement par
machines.Elle est prise en un sens si essentiel qu’il équivaut à celui
de’’la métaphysique achevée’’.La technê est une condition
fondamentale de tout déploiement que la métaphysique peut faire de
son être.En même temps le mot permet de penser le caractère
planétaire de l’achèvement et du règne de la métaphysique,san avoir à
tenir compte des transformations que l’’’histoire’’peut observer chez
les différents peuples sur les différents continents.
7)La technique comme forme suprême de la conscience rationnelle et
l’absence de méditation coome incapacité organisée d’accéder à un
rapport avec’’ce qui mérite qu’on interroge’’ sont solidaires l’une de
l’autre:elles sont une seule et même chose.
8)L’’’actualisme.’’ Et le moralisme de l’’’histoire’’marquent les
dernières étapes de l’identification complète de la nature et de l’esprit
avec l’être de la technique qui les contraint d’avance à une uniformité
à laquelle il n’existe,pour la métaphysique,aucun moyen d’échaper.30
9)La pensée métaphysique repose sur la distinction de ci qui est
véritablement et de ce qui n’est pas véritablement.Pour l’être(Wesen)
de la métaphysique,cependant,le point décisif n’est pas que cette
distinction prenne la forme de l’opposition du supprsensible et du
sensible,mais qu’elle demeure,au sens d’une coupure,la chose première
et fondamentale.Elle subsiste encore,alors même que la hiérarchie
platonnicienne est renversée et que le sensible est objet d’une
expérience plus essentielle et plus large,au sens que Nietzsche suggère par
le nom de Dionysos.La surabondance à laquelle aspire’’la grande
nostalgie ‘’de Zarathoustra est la permanence inépuisable du
devenir,ce comme Retour éternel de l’identique. 31
30
Heidegger 1958, p. 114
31
Heidegger 1958, p.140
24
La métaphysique comme oubli de la différence qui
sépare l’être et l’étant
Dans ‘’La constitution onto-théologique de la métaphysique (1957)’’,32
Heidegger explique ce qu’il entend de la différence qui sépare l’être de
l’étant.Le pas en arrière qui va de l’impensé est de la différence
comme telle,vers ce qu’il faut penser et qui est oubli de la
différence.L’oubli qu’il faut ici penser est voilement de la différence
comme telle,voilement pensé à partir de a Λήθη(occultation) et qui,de
son côté,s’est soustrait dès l’origine à notre vue.L’oubli fait parite
intégrante de la différence, parce que celle-ci est liée à l’oubli.Non pas
que l’oubli vienne oscurcir après coup la différence ,simplement parce
que la pensée humaine serait oublieuse.La différence de l’étant et de
l’être définit la région à l’intérieur de laquele la métaphysique,la
pensée occidentale dans la totalité de son essence,peut être ce qu’elle
est.Le pas en arrière part ainsi de métaphysique pour atteindre à
l’essence de la métaphysique.Il existe toutefois une durée et une
endurance don’t la mesure est inconnue car il a besoin d’une
préparation qui doit avoir égard à l’étant comme tel et dans sa totalité
qui est aujourd’hui marqué par la domination de l’essence de la
technique moderne,domination qui,dans tous les domaines de la vie,se
manifeste déjà par des caractéristiques aux noms multiples telles que la
fonctionnarisation,la perfection,l’automation,la
bureaucratisation,l’information.De même que le
terme’’biologie’’désigne la représentation de ce qui est vivant,celui de
‘’technologie’’ se rapporte à la description et à l’organisation complète
de l’étant dominé par l’essence de la technique et peut servir à
désigner la métaphysique de l’âge atomique.Considéré dans la
perspective de l’époque présente et accompli à partir de la
32
Heidegger 1968, Questions 1: Identité et différence, p. 277
25
compréhension que nous en avons,le pas en arrière,qui va de la
métaphysique à l’essence de la métaphysique,est alors le pas qui part
de la technologie,de la description et interprétation technologiques de
notre époque,pour atteindre l’essence de la technique moderne,cette
essence qu’ils s’agit de penser en premier lieu.33

L’onto-théologie ou la fondation qui fonde son fond.


Heidegger rappelle que c’est la scolastique qui a donné à la science de
l’être ou de l’étant comme tel le nom d’ontosophie ou
d’ontologie,mais, ajout-il,dès son début chez les Grecs,la
métaphysique occidentale était à la fois une ontologie et une
théologie.C’est ce qui lui donne le droit de définir la métaphysique
comme la question visant l’étant comme tel et dans son tout.’’La
totalité de ce tout est l’unité de l’étant,qui unit en sa qualité de fond
producteur,ce qui signifie que la métaphysique est une onto-
théologie’’.Pourtant cela ne lui donne pas droit au triomphalisme car il
ajoute aussitôt que:’’Quiconque a de la théologie, qu’elle soit
chrétienne ou philosophique,une connaissace directe puisé là oú elle
est pleinement développée,préfère auourd’hui se taire,dès qu’il aborde
le domaine de la pensée concernant Dieu.Car le caratère onto-
théologique de la métaphysique est devenu pour la pensée un point
délicat,non pas en raison d’un quelconque athéisme,mais à cause de
l’expérience faite par une pensée à laquelle s’est dévoilée,dans l’onto-
théologie,l’unité encore impensée de l’essence de la métaphysique.

La métaphysique n’est pas une théologie parce qu’elle est une


ontologie:elle est une théologie,un discours sur Dieu,parce que Dieu
entre dans la philosophie.’’Ainsi la question du caratère onto-
théologique de la métaphysique se précise et devient celle de savoir
comment Dieu entre dans la philosophie,non seulement dans la
philosophie moderne,mais dans la philosophie comme telle’’.Comment
33
Heidegger 1968, Questions 1:Identité et différence, p.287
26
Dieu entre-il dans la philosophie?Aussi longtemps,répond Heidegger
que nous contentons de passer en revue l’histoire de la
philosophie,nous trouverons partout que Dieu s’y trouve déjà.Mais, à
supposer que la philosophie entendue comme pensée soitt la démarche
libre, accomplie spontanément,par laquelle on s’engage dans la
considération de l’étant comme tel,Dieu ne peut alors entrer dans la
philosophie que dans la mesure oú celle-ci d’ell-même et
conformément à son essence,exige que Dieu entre en elle et précise
comment il le fera.Pour Hegel, la philosophie spéculative( qui étudie
l’être en tant concept et dans sa vacuité pure) est la science de la
logique et le propos de la pensée est’’la pensée(totale)’’(der
Gedanke,expression entendue comme singulare tatntum).Le propos de
la pensée dans l’étant comme tel et dans son tout,dans le mouvement
de la pensée qui la conduit de sa vacuité à l’épanouisement de sa
plénitude n’est possible que parce que l’être est marqué d’avance
comme fond(Grund) et que la pensée(das Denken) de son côté vise
l’être comme fond et se resemble dans les modes de
l’approfodissement et de la fondation- en- raison (in der Weise des
Ergründers und Begründens).34 L’être se manifeste comme
pensée:l’être de l’étant se dévoile comme le fond qui s’approfondie et
se fonde lui-même en raison.Le fond, la ratio,le Λόγος ou ce qui
rassemble et laisse étendu-devant:L’Ėν Παντα.Si donc,conclut
Heidegger,''pour Hegel ''la science'',c'est-à-dire la métaphysique, est
une ''logique'',ce n'est pas en vérité parce que la science a pour thème
la pensée,mais parce que le propos de la pensée demeure l'être et que
celui-ci, depuis le début de son dévoilement comme Λόγος,comme
fond qui fonde,35 réclame la pensée en tant qu'elle fonde en raison.''La
métaphysique pense l'étant comme tel,c'est-à-dire dans sa généralité et
dans sa totalité.Elle,pense l'être de l'étant,aussi bien dans l'unité
34
Ergründen('' approfondir '' ) : sonder, atteindre le fond par sondage. - Begründen:'' fonder en
raison, donner une une assise à ….., justifier ce qui est déjà par retour à ce qui a été fondé''
(etwas, was schon ist ,dwch den Rückgang auf das Gestiften rechtfertigen -M.H.). Heidegger
1968, Questions I : Identité et différence p. 292
35
''Fonder '' (gründen) : '' constituer ce qui n'est pas encore '' (das, was noch nicht ist, stiften
-M.H.).
27
approfondissante de ce qu'il ya de plus universel,c'est-à-dire de ce qui
est également valable partout,que dans l'unité,fondartice en raison,de
la totalité,c'est-à-dire ce qu'il ya de plus haut et qui domine tout.Ainsi
d'avance l'être de l'étant est pensé comme le fond qui fonde.''C'est
pourquoi toute métaphysique est,dans son fond et à partir de son
fond, la fondation qui rend compte du fond,qui lui rend raison et
qui,finalement,lui demande raison.L'ontologie et la théologie rendent
compte de l'être entendu comme le fond,la raison de l'étant.Elles
rendent raison au Λόγος et sont, en un sens essentiel, conformes au
Λόγος, c'est-à-dire qu'elles sont la logique du Logos.Il serait,en
conséquences,plus exact de les désigner comme ontologique et
théologique.La métaphysique,pensée d'une façon plus vraie et plus
claire,est une onto-théo-logique.Heidegger donne au mot ''logique'' la
signification ontologique qui vaut aussi pour la logique de Hegel et qui
seule peut l'éclairer: à savoir celle d'une pensée qui partout
approfondit l'étant comme tel et le fonde en raison dans le tout, à
partir de l'être comme fond(Λόγος).''Le trait fondamental de la
métaphysique s'appelle l'onto-théo-logique'', insiste Heidegger qui se
déclare être désormais en état d'expliquer comment Dieu entre dans la
philosophie: une explication de ce genre ne réussit que dans la mesure
où nous considérons que l'objet de la pensée est l'étant comme tel,c'est-
à-dire l'être et que celui-ci nous apparaît dans le mode essentiel du
fond.L'objet de la pensée l'être comme fond,n'est pensé à fond que si le
fond est conçu comme le premier fond,πρώτη άρχη.L'objet
originel(die ursprüngliche Sache) de la pensée se présente à nous
comme la chose primordiale (die Ur-Sache),la causa prima qui
correspond à cette fondation en raison qu'est le retour à lultima ratio,au
dernier compte à rendre.L'être de l'étant,au sens du fond,ne peut être
conçu que comme causa sui.C'est la nommer le concept métaphysique
de Dieu parce que l'objet de la pensée est l'être et que ce dernier se
déploie comme fond de façons multiples,comme Λóγος,comme
ύποκείμενον comme subtstance,comme sujet.Heidegger n'est pas pas
content de son explication qui reste absolument insuffisante,s'il s'agit
de scruter l'essence de la métaphysique qui pas seulement une théo-
28
logique,mais est aussi une onto-logique;elle est bien plutôt une théo-
logique parce qu'elle est une onto-logique.La constitution
essentiellement onto-théologique de la métaphysique ne peut être
expliquée,ni à partir de la théologique,ni à partir de l'ontologique,à
supposer qu'une explication suffise jamais pour ce qui est et demeure
le point à considérer. Trois questions restent encore impensées:a)celle
de savoir à parir de quelle unité l'ontologique et la
théologique(Heidegger les appelle:deux disciplines de la
métaphysique) se tiennent et font corps;b)celle de l'origine de cette
unité;c)celle de la différence des termes qu'elle unit.La contitution
essentielle de la métaphysique repose sur l'unité de l'étant comme
tel,considéré à la fois dans ce qu'il a d'universel et dans ce qu'il a de
suprême.

La conciliation.
Est-il possible de surmonter par pas en arrière, l’oubli de la différence
de l'être et de l'étant et de penser celle-ci comme la ''conciliation de la
survenue qui découvre et de l'arrivée qui s'abrite''? Ne pouvant pas
analyser ici tout ce que dit Heidegger sur ce la conciliation (Austrag:
arrangement, réconciliation), nous pouvons simplement signaler son
embaras qu'il ne cache pas lui-même d'ailleurs puisqu'il dit que la
difficulté demeure d’expliquer comment cette généralité doit être
pensée si elle n'est, ni quelque chose d'universel, valable pour tous les
cas, ni une loi garantissant la nécessité d'un processus au
sens''dialectique du mot. Effectivement il est difficile sinon impossible
de surmonter le paralogisme qui veut supprimer la différence entre
l'être et l'étant et le recours au logos comme le fond qui fonde n'a pas
29
l'air de résoudre le problème.Heidegger parle,en effet,de la conciliation
par laquelle commence l'histoire de la métaphysique et qui régit ses
différentes époques,tout en demeurant partout cachée et ainsi oubliée
dans un oubli qui lui-même nous échappe encore.Pour rendre plus
facile l'aperception de cette possibilité,il propose de considérer
l'être,et en lui la Différence,et en celle-ci la conciliation,à partir de
cette empreinte qu'a reçue l'être et par laquelle il s'est éclairé comme
Λόγος,comme le fond.La méditation qui débouche sur le jeu troublant
de relations entre l'être qui se déploie comme Λόγος au sens de
fond,et comme licence donnée aux choses de s'étendre devant nous et
le même Λόγος en tant rassemblement, est l'Unissant,l'''Εν'' ne nous
fait pas avancer,puisque le Εν qui est double en tant que,d'un côté l'un
unissant au sens de ce qui est partout le premier,donc le plus
universel,et, de l'autre côté, en tant que, l'un unissant au sens
suprême(Zeus).Le fait d'ajouter qu'en fondant le Λόγος rassemble tout
dans l'universel fondant en raison,il rassemble tout à partir de l'unique
et qu'en outre,le Λόγος recèle en lui-même l'origine essentielle de cette
grappe qui marque et crée le langage et détermine ainsi le mode du
dire en tant que ''logique'' lato sensu ne nous fait pas avancer par
rapport à la position d'Aristote.Le recours à Dieu conçu comme
causa sui n'y change rien non plus et, finalemen Heidegger avec
Zeus,ne fait que nous renvoyer à l'origine de la métaphysique
occidentale:la mythologie grecque.

La métaphysique est-elle le savoir propre de


l'humanité occidentale?

Heidegger, en effet, semble être fermement convaincu que l'histoire de


30
l'occident et l'histoire de la métaphysique sont profondément liées
tantôt dans un sens positif(à l'avantage de l'occident),tantôt dans un
sens négatif(au détriment de l'occident).Pour un penseur qui
n'appartient pas à l'occident il est ainsi difficile de savoir exactement
quelle place Heidegger accorde aux formes de pensées et aux cultures
non-occidentales.Voudrait-il dire:la philosophie ou la métaphysique
c'est notre affaire,débrouillez-vous! Ou bien voudrait-il dire: nous
avons des problèmes à y voir Clair dans notre métaphysique, aidez-
nous? Il n'est en tout cas pas facile de trancher. Contentons nous
d'évoquer certaines de ses affirmations dans cette affaire: dans le
''Dépassement de la métaphysique'', Heidegger36 affirme que la
métaphysique, sous toutes ses formes et à toutes les étapes de son
histoire, est une unique fatalité,la fatalité nécessaire de l'occident et la
condition de sa domination étendue à toute la terre.La volonté qui est
derrière réagit aujourd'hui sur la région centrale de l'occidentd'où , à
son tour ne pas encore qu'une volonté pour répliquer à la volonté.La
métaphysique est une fatalité( verhängnis) en tant que trait
fondamental de l'histoire de l'Europe occidentale.Heidegger utilise ici
une formule presque ésotérique:''la métaphysique suspend(hängen
lässt )les choses humaines au milieu de l'étant,sans que l'être de l'étant
puisse être jamais connu par expérience comme le pli des deux,sans
qu'il puisse être ainsi connu,interrogé et installé dans ses
limites(gefügt) à partir de la métaphysique et par elle,dans la vérité de
la métaphysique.37
Dans l'article ‘‘Logos’ (Héraclite' fragment 50)'''Heidegger se demande
où le mot de λόγος a conduit la pensée d'Héraclite. Jouant toujours sur
le sens fondamental du verbe λέγειν 'il explique que le ό λόγος sert à
nommer ce qui rassemble toute chose présente dans la présence et l'y
laisse étendue devant nous et qu'il désigne ce en quoi la préesnce des
choses présentes se produit(sich ereignet)..C'est ici qu'il explique
l'origine de son expression ''l'être de l'étant '' qui revient tout le temps
dans ses écrits:''La présence des choses présentes se disait chez les
36
In Essais et conférences 1958,p.88
37
Ibidem p. 88-89
31
Grecs τό έόν, c'est-à-dire(τό εĩναι τωνŐντω)en romain esse entium
;nous disons l'être de l'étant(das sein des seienden).Ainsi à propos de
l'origine du concept de l'être de l'étant il ne peut s'empêcher de
déclarer:''Depuis le début de la pensée occidentale,l'être de l'étant se
déploie comme la seule chose digne d'être pensée.Si nous pensons
historiquement cette constatation,,historique,nous voyons alors où
repose le début de la pensée occidentale:qu'au temps des Grecs,l'être
de l'étant soit devenu la chose digne d'être pensée,ce fait est le début
de l'Occident'il est la source cachée de son destin.Si ce commencement
ne préservait pas ce qui a été,c'est-à-dire le rassemblement de ce qui
dure encore,l'être de l'étant ne dominerait pas notre époque à partir de
l'être de la technique moderne.Aujourd'hui ce dernier remanie la terre
entière,et il la fixe dans une conformité à l'être tel que l'Occident le
perçoit,et qu'il se le représente sous la forme que la métaphysique et la
science européennes donnent à l vérité.38

Dans son traité sur '' ce qu'est et comment se détermine la physis'',39


Heidegger(en 1958) réfléchit sur la distinction entre Nature et Histoire
qui doit,elle aussi,chaque fois se dépasser elle-même,car il faut penser
jusqu'à un domaine qui lui fait fond et qui porte l'opposition elle-
même,un domaine où Nature et Histoire ont leur lieu;même quand on
ne cherche pas à savoir,ou que reste indéterminé si l'''Histoire'' repose
sur la ''Nature'' et quelle manière- même quand on conçoit l'Histoire à
partir de la'' subjectivité'' de l'homme.l'interprétant comme ''Esprit'' et
laissant ainsi la Nature être déterminée par l'esprit ,même là,dans cette
pensée,est encore et est déjà,quant à l'être,implqué le
subjectum,l'ύποκείμενον, c'est-à-dire la φύσις. L'impossibilité de
contourner et d'éluder la φύσις vient au jour avec le nom par lequel
nous désignons le mode traditionnel du savoir qui , en Occident,porte
sur l'étant dans son ensemble.L'ajointtement,à chaque moment
historial,de la vérité''portant sur'' l'étant dans son ensemble se dit
38
In Essais et conférences p. 275.
39
Heidegger 1968: '' ce qu'est et comment se determine la φύσις.(Aristote,phyque,B1), in
Questions 11, 165-276.
32
''méta-physique''. Que cette métaphysique soit exprimée en thèses
ou non,que l'exprimé prenne forme de système ou non-cela n'y change
rien.La métaphysique est le savoir où l'humanité occidentale,c'est-à-
dire historiale,garde et sauvegarde la vérité des références à l'étant
dans son ensemble et la vérité qui porte sur l'étant dans son
ensemble.La méta-physique est dans un sens tout à fait essentiel
une,''physique''ou un savoir de la φύσις (έπιστήμηφυσική)40

Comme nous venons de le voir, le problème de la métaphysique ne


réside pas dans le fait de se poser des questions '' métaphysiques'' lui-
même, car , comme le dit Heidegger, l'animal rationale est d'office
l'animal metaphysicum, que dans la question de savoir si, entre les
procédures de l'animal rationale et celles de l'animal metaphysicum, il
ne doit y avoir aucune différence entre les exigences de l'animal
rationale et celles de l'animal metaphysicum? Ainsi même avant
l'usage du terme de métaphysique comme tel, Aristote, qui a tout fait
pour sortir du monde des hypostasses métaphysiques de Platon, n'a pas
pu s'en dégager totalement puisque son système en contient un certain
nombre. Cette incapacité d'Aristote à se dégager du système
platonicienne l'a obligé à enfreindre lui-même au moins à deux des
règles d'or de sa propre méthodologie.Celle de ne pas admettre des
contradictions dans le système et celle de ne pas tomber dans l'erreur
de la confusion des genres ou de la μεταβολή είςάλλογένος ( la
transition, le saut dans un autre ).Mais le probème fondamental se
trouve, à notre avis, au-delà du niveau méthodologique comme tel, au
niveau de la weltanschauung qui est à la base du système
philosophique aristotelicienne : le refus d'un univers dont l'etat
primordial aurait eu les formes du chaos,de la nuit, du panta homou, ou
même de l'apeiron,dans lesquelles Aristote voit prédominer l'aspect
négatif (le μη όν, le néant) ou celui de la dynamis (puissance), l'a
conduit à postuler, pour l'entrée de l'univers dans l'état d'organisation
actuel, l'intervention d'une entité divine qui lui est externe et que
précisément la métaphysique se charge d'intégrer dans la pensée
40
Questions 11 : Identité et Différence, 1968, p 181- 182.
33
philosophique au prix des contradictions dont nous avons parlées. Il ya
là effectivement un problème congénital à la philosophie occidentale
comme le dit Heidegger.Il ya l'échec en ce qui concerne les problèmes
suivant : Primo, le problème de la possibilité même d'une ontologie
rationnelle qui nous ferait sortir la pensée philosophique du panta
homou ''onto-théologique'' dans lequel débouche la métaphysiqe
occidentale malgré elle.Secundo, le problème de l'angoisse et du
nihilisme dans lesquels débouche cette métaphysique de l'aveu même
de Martin Heidegger comme nous venons de le voir. Tertio, le
problème du rétrécisement progressif de la pensée philosophique
entraîner par les tendances ethnocentristes des penseurs occidentaux
des temps modernes.Quarto, le problème de l'absence d'un discours sur
l'étant qui cherche à prendre en charge l'ensemble des expériences
intellectuelles de l'humanité .

Bibliographie

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- 1986:Etre et temps.Traduit de l'allemand par François Vezin d'après
les travaux de Rodolf Boem et Alphonse de Waelhens(première
partie),Jeans Lauxerois et Claude Roëls (deuxième
partie).Edit.Gallimard.
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Jean Beaufret.Gallimard.(Edition allemande:Vorträge und Aufsätze,
paru chez Neske à pfullingen en 1954), pp.80-115.
34
- 1962:Le principe de raison.Traduit de l'allemand par André
Breau.Préface de Jean Beaufret.Edit.Gallimard.
- 1968: Questions 1:Qu'est-ce que la métaphysique? Ce qui fait
l'être-essentiel d'un fondement ou ''raison''. De l'essence de la
vérité. Contribution à la question de l'être. Identité et
différence.Traduit de l'allemand par H.Corbin,R.Munier,A. de
Waelhens,W.Biemel,G. Grandel,A.Préau.Edit.Gallimard.
- 1976:Questions 11:Qu'est-ce que la philosophie? Hegel et les
Grecausatif la thèse de Kant sur l'être. La doctrine de Platon sur la
vérité. Ce qu'est et comment se détermine la physis. Traduit de
l'allemand par K.Axelos, J.Beaufret,
D.Janicaud,L.Braun,M.Haar,A.Préau.Edit.Gallimard
- 1980:La Phénoménologie de l'esprit de Hegel.Texte établi par
Ingtraud Görland.Traduit de l'allemand par Emmanuel
Martineau.Gallimard, Paris.

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