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DANY BÉBEL-GISLER

LÉONORA
L’histoire enfouie
de la
Guadeloupe

M ém oire vive
SEGHERS

©Éditions Seghers, Paris, 1985
ISBN 2-221-04831-8

Des vies dont l’espace est l’histoire

Sété léstravay. I
Cétait Vesclavage. 1
Les Blancs de ce temps-là étaient tellement méchants. Ils en
ont fait voir aux Nègres!
Prendre ces hommes-là chez eux, les enchaîner, leur faire
traverser la mer, les mener ici, au travail.
Au travail sans rien leur expliquer, sans dire il faut faire
comme ci ou comme ça...
N’est-ce pas de la vraie méchanceté?
Ht si un Nègre ne marchait pas bien... On plantait le poteau.
_.ii attachait l’homme. Et c’était le fouet.
Voilà comment les Blancs de ce temps-là traitaient les
“ègres.
A Bréfort, juste avant le bourg du Lamentin *, il y a un chemin
ui descend à main droite, près du grand abricotier. On mettait le
~:gre dans un tonneau tapissé de clous, on le faisait rouler
qu’au fond de la ravine, on l’arrosait de pétrole et on mettait le
sur lui. L’abricotier est tombé, mais la souche est restée. Il y a
trou dedans. C’est là qu’on brûlait les Nègres,
t e Blancs de ce temps-là en ont brûlé, des Nègres!
*Un jour, à Lamoisse, un grand Nègre est pris. On piante le
ieau devant la maison du géreur, une grande maison avec haut
bas. La femme du Blanc est en haut, sur sa galerie. On attache
nomme au poteau pour le fouet. Chaque coup qui est porté à
omme, c’est la femme du Blanc, là-haut, qui l’attrape. Elle

* Commune où habite Léonora.

pleure, crie au secours, elle est cinglée, marquée, en sang. Et
l’homme en bas est tout net.
Ces Africains connaissaient des choses.

Lé détoua voué sa konsa yo di : Quelques-uns, ayant vu toutes ces
atrocités, se sont dit :
- Oh oh! Yo tiré nou an péyi an - Oh oh! fis nous ont enlevés de
nou. notre pays.
Yo anchenné nou. Ils nous ont enchaînés.
Yo menné nous isi. Ils nous ont amenés ici,
Yo fè nou travay. Ils nous ont fait travailler. j j
Yo pa èspliké nou ka pou nou Ils ne nous expliquent pas com-l \
fè. ment faire.
Yo ka enki asasiné nou akoudf- Ils nous assassinent à coups de
wèt. fouet. {;
Yo ka piké nou, yo ka brilé nou. Ils nous piquent, ils nous brûlentÀ
Sôsyé la di yo : Le sorcier leur dit:
- Ében yo ké voué. Préparé zôt, i Ils vont voir. Préparez-vous, nouà
lè pou nou alé; partirons, il est temps.
- Kaman nou ké fè? - Comment pourrons-nous fairetl
- Toutalè an ké di zôt Zôt tout - Je vous le dis, préparez-vous, j I
paré zôt.
- Nou pé ké jen woutouné an - Nous ne pourronsjamais retour* j
Afrik. ner en Afrique.
Sé an batiman nou vini. C’est en bateau que nous somme j
venus. j:
Apa asi lanmè nou ké mâché. Pyé Ce n'est pas avec nos pieds fait
annou, sé pou alé an labou. pour la boue que nous marcheron j*.
sur la mer. * \
- Toutalè an ké vin. Paré zôt. - Préparez-vous, je reviens tout
l’heure.
Nèg la anni alé an poulayé à poul Le Nègre est allé dans le poulaiüè \
a Blan la. du Blanc.
I wouvè poulayé la. I pwan dé Il a pris deux œufs.
zé.
- I di yo : an nou alé. - Je vous le dis, partons.
An pati rèté, an pati alé. Une partie l’a suivi, une partie
restée.
Yo alé anhôo pon Boukan la Ils sont allés sur le pont Mofo
moun té ka pwan piwôg pou alé La Boucan, là où les gens pi
Lapwent. nent la pirogue pour aller à
Pointe.
- Apa èvè pyé annou nou ké alé - Ce n’est pas avec nos pieds
asi lanmé. nous marcherons sur la mer.
Afriken la té sav zafè a-i. L ’Africain savait.

Lè yo rivé anba pon la, i fè sôsyé Ils sont descendus sous le pont. Il a
a-i èvè zé la. fait son sorcier a cassé les deux
œufs.
On batiraan parèt, flap! Un grand bâtiment est apparu.
Yo pati, yo alé an Afirik Ils sont partis>ils sont retournés en
Afrique.
Anmann * *.
Paysanne guadeloupéenne
de quatre-vingt-dix-huit ans.

On trouvera les notes appelées par un chiffre en fin de volume.

MWEN SÊ GWADLOUPÊYEN MOI, GUADELOVPEEN

Mwcn sé timoun enkyèt a on lilèt Moi, je suis l'enfant inquiet d’une
inkyèt petite île inquiète.
On ti lilèt ki vwè parèt é diparèt Une petite île qui a vu paraître et
disparaître
- syèk dèyè syèk - - siècle après siècle -
disparèt é parèt disparaître et apparaître
fanm é nonm zôt senné kon ban des femmes et des hommes que
pisyèt vous avez péché à la senne tel un
ban d'alevins,
fanm é nonm zôt dékatyé fanmi a des femmes et des hommes dont
yo vous avez êcartelé les familles,
fanm é nonm zôt vann anba des femmes et des hommes que
laplas a lankan kon bèsyo vous avez vendus à l'encan sur la
place, comme des bestiaux,
fanm é nonm zôt maké kon des femmes et des hommes que
bèsyo vous avez marqués comme des bes­
tiaux, attachés comme des bes­
tiaux, ;
fanm é nonm ki trimé kon bèt des femmes et des hommes qui ont
anba fwèt a zôt Met. trimé comme des bêtes sous votn
fouet à vous, Maître.
Sé fôs a bwa a yo ki mofwazé gran C'est la force de leurs bras qui on
bwa an jaden - ba zôt Mèt - métamorphosé la forêt en jardin -
pour vous, Maître -
E zôt fè fôs a yo sèvi-yo foséyè Et avec leur propre force votts le
pou yo-menm, Mèt! avez fait creuser leurs tombeau)
Maître!
Apré sa / Après cela
kijan fe ou vlé fè mwen kwè ! comment voulez-vous me fai
j croire
mwen sé vou ! que moi c’est vous,
vou sé mwen? \q u e vous c'est moi?
Mwen tala! Moi, cet enfantdà!
Sonny R u p a i r e (tr a d u c tio n D . B êbel -G isi

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elle ne pouvait pas s’asseoir et causer avec nous. mais c’était un grand travailleur. il cherchait plutôt à us embêter. pois d’angole. il travaillait sur l’habitation Longueteau2comme coupeur de canne à sucre et plantait dans son jardin toutes sortes de vivres. à Pointe-à-Pitre. quand il avait rempli son corps de rhum. Nous avons poussé là-dedans. en Guadeloupe. dictame. Ma mère n’était pas ureuse. il n’allait pas ous faire la conversation. ignames. Au contraire. ma mère ne menait pas une vie bien gaie.14-18. aidant maman à fabriquer la farine de manioc qu’elle allait vendre en ville. on_pcre revenait de cette histoire de la guerre . dans l’ordre. C’est juste à ce moment que . madères. Papa n’avait pas beaucoup d’instruction. et il valait mieux trouver un endroit où se mettre à abri. granmoun té granmoun En temps longtemps les enfants étaient des enfants. Il avait massedés gaz. Je n’ai pas nu de vie familiale heureuse chez nous. dans la commune de Capesterre- Belle-Eau. et papa à récolter la canne sur les terres u’il avait en colonage. Quand je suis née. le . C’est la mère. le respect des anciens et des grandes personnes. Chapitre premier Antanlontan. C’est là que j’ai été élevée avec mes frères et sœurs. malangas. élevant des poules. Cultivateur. la discipline. dans le petit hameau qu’on appelle Carangaise. Et 'm père. timoun té timoun. Il nous a éduqués comme un homme de son temps devait éduquer ses enfants. des cochons. après la guerre. manioc. les grandes personnes des grandes personnes Il est déjà bien haut le cocotier que mes parents ont planté là où le cordon de mon nombril est enterré. L’ambiance de la maison n’était pas très drôle. suis venue au monde. etc. cinq garçons et quatre filles. Il s’est mis à boire.

nous allions à l’école. s’il y avait bagarre.Tenez. pour nous amuser. mais la maison n’était pas gaie. elle aime et soigne toujours ses enfants. à la ronde. les enfants. arrête! » Nous n’avions aucun droit. et nous. nous buvions. à toutes sortes de jeux. et que je ne traîne pas a| retour. Mais jamais les enfants n’auraient osé intervenir pour dire par exemple : « Maman. Ils déchiraient exprès leurs cahiers et venaient dire à mon père : . ça se passait chez nous. Je ne sais pas pour les au familles. surtout le soir. nous n’avions pas non plus le droit de les séparer. nous mangions à notre faim. 12 . Lorsque maman et papa parlaient entre eux. ces traîtres. eux. Nous étions dans notre petit coin. même dans une vie de malheur. Alors. Ça. Et pas la peine d’essayer de discuter. au «passe-palet» (saut| mouton). sachant combien il était sévère et bourru.« poto-mitan * » du foyer. Ils récoltaient les sous. ne pouvions savoir ce qui se disait dans leur discussion. je faisais comme tout I monde. les grandes personnes. Nous avons été élevés ensemble. Il nous défendait de nous battre avec les autres enfants. on était un peu au courant. Même si papa m’interdisaj certains jeux. il jouais à la «pichine» (osselets).Regardez ce que vos enfants nous ont fait. on se recroque-. mais tout ce que je peux dire. nous cherchaient querelle. 1 * Poteau central d’une case. Mon père n’aimait pas les histoires. et même. qui se trouvaient lff parfois dès 7 heures du matin. les enfants étaient des enfants. Je me rattrapais à la récréation. arrête! » ou « Papa. des grandes personnes. c’est que mon père nej plaisantait pas quand on ne suivait pas ses commandements. Alors. J Habitant tout près de l’école. il exigeait que je parte de I maison au dernier son de la cloche. Nous en invention! des choses. on recevait double ration. une fois à l’école. dans notre petit coin. nous. En ce temps-là. et maman ne nous mettait pas au courant de ses problèmes. allez acheter vos cahiers et sortez de devant ma porte. en Guadeloupe. Ainsi je n’ai jamais pu m’amuser dans lai cour de l’école comme mes camarades. voilà cinq sous. Dans les cas graves seulement. On ne pouvait pas leur rentrer dedans. villait. les coups. .

prenait une liane Lqu’elle avait cachée. Si je : ne l’avais pas reconnue. Je suis rentrée à 6 heures. Un soir. On pouvait lui échapper. Puis il a fallu prendre le sentier. la Bête à Man Ibè3. de pon temps. après l’école. J’ai pu oublier bien des choses. Je * De « Kabann » : couche. courir. n’importe quoi aurait pu m’aniver. j’ai rencontré une dame que je connaissais. celles qui ont mûri cachées sous les feuilles au pied de f arbre. lit. une case en bois de plusieurs pièces. Je pouvais rencontrer la Dia­ blesse. J ’avais peur. Heureusement. dans les fonds. il fallait le lui dire et il prenait la relève. Elles pouvaient me faire perdre mon chemin et m’emmener avec elles. il faisait déjà nuit. I Papa nous donnait une bonne correction. résonnaient ces paroles : « Enfants. porsque le père arrivait. A 6 heures du soir! Je n’oublierai pas cela. très très loin des champs de canne où je devais ramasser des herbes grasses. mais quand un enfant faisait une bêtise. Alors là. Ça allait encore. ne sortez pas la nuit. jamais. une dame me confiait qu’elle ne pupportait plus du tout les enfants d’aujourd’hui parce que. elle tattendait qu’on revienne et qu’on soit au lit. se cacher. était située au bord de la route. Notre maison. Mon père. ^ Mon père était raide avec nous. Je tremblais de peur. pour me punir. sur le bord de la route. les Nègres marrons vous prendront. ils filaient doux. l’arbre-maison des esprits et des morts. j ’ai suivi quand même une bande qui allait décrocher les mangues à coups de caillou et découvrir. et on se réveillait sous les coups. je ' l’aurais prise pour un esprit. Maman avait ses [méthodes à elle. Je ne pouvais pas ne pas avoir peur puisqu’il faisait nuit. Maintenant. certaines mères n’ont pas Lie courage de voir les pères secouer trop fort un enfant Avant. les mango kabanné *. » Mon corps tremblait vraiment. 13 . Je passai d’abord devant trois mai­ sons. laisser les jardins et s’engager dans les bois. Les pères étaient vraiment | sévères dans ce temps-là. je fus prise de panique. lorsqu’elle avait élevé ses enfants. Je me suis mise à courir. m’a envoyée chercher à manger pour les cochons. Les mères avaient la direction quand les pères étaient absents. à débouter le morne. mais pas celle-là. Les esprits vous enlèveront. les pères menaient tout. t Pas plus tard qu’hier. fermant les yeux pour ne pas voir l’immense fromager. Dans ma tête.

à ceux qui habitent tout près. rentrer dans sa carapace. Jamais. quand tu sortais avec ta mère. En Guadelou-i pe. même aux petits enfants que je rencontre sur la route. par exemple. C’est que le bonjour est une chose importante en Guadeloupe. « Bonjour. quand je voyage avec elle. Untel! >» « Bonjour. Unetelle! » Mes enfants avaienj les nerfs à vif. pas question de dire : « Je vais chez celui-ci ». Autrefois. parents. chacun connaît l’importance du bonjour. et je ne vois pas comment je vais en venir à bout. moi qui ai bien éduqué mes premiers enfants. Et voilà déjà ma fille dans tous ses états! Depuis ce jour.lui ai répondu qu’il faut aller comme le temps va. depuis le bas jusqu’en haut. A présent. même si votre mère était fâchée avec elle. à la messe à Prise-d’Eau. de maison enj maison. « Je vais chez celle-là ». on traite d’aristocrates les gens qui ne disent pas bonjour. que d’histoires! Ma fille Emilienne. il fallait rester ensemble. si elle disait bonjour à quelqu’un. Pas question non plus de ne pas saluer une grande personne. Ils tombaient en crise : i i . j Pour les enfants d’aujourd’hui. qui vit en France. Ne pas dire bonjour Ü tout le monde n’indique pas forcément que vous êtes aristocrate? Pourtant. D’ailleurs. mais la façon dont les aînés se comportaient et sa façon d’être sont deux choses différentes. moi-même. elle te faisait dire bonjour aussi. comme le temps évolue. je ne sais vraiment pas ce que 1# bonjour représente. C’est là ' que j ’ai été élevée. . Il n’est pas forcément plus mal élevé. chez mes parents. après. S’il le faut. mais. Je l’ai emmenée voir les parents. Quand j’allais. mais je sens qu’ils sont gênés. je n’ai fait que donner un petit bonjour^ sans m’arrêter à toutes les cases. Moi. j’ai là maintenant un petit de treize ans. j ’en profite pour prendre un taxi qui me dépose chez ma sœur. A Carangaise. Ça ne lui a pas fait plaisir. qu’il faut comprendre qu’on ne peut élever les enfants d’aujourd’hui comme ceux d’hier. je dis souvent bonjour. je ne sais pas ce que ça veut dire. les maisons se succèdent le long de la route. Mais la route est longue depuis^ l’arrêt du transport en commun jusqu’à la maison de mes-. Avec Emilienne. On a vite fait de vous coller cette étiquette. tout le long du chemin c’était. Je vaisj leur faire voir que je suis là. est venue en congé en Guadeloupe. Les gens n’aiment plus guère crier bonjour. ils n’auraient bougé comme ça. je vais souhaiter 1^ bonjour aux gens d’alentour. alors je connais tout le monde.

A ta place. les enfants d’aujourd’hui. Mais c’est vrai qu’elle n’a pas encore son ménage. qui ne répond pas aux remontrances. qui dit bonjour et respecte les grandes personnes. monsieur. mais. Les affaires des grandes personnes ne regardaient pas les enfants. enfant.Maman aime dire bonjour.Je sais. Je ne le fais pas. Il y aura toujours des gens qui éduquent mal leurs enfants. EUe sait qu’elle doit laver la vaisselle. je lui donnerais une raclée! . Elle m’a répliqué : . Les miens. à l’extérieur. ce n’est pas ma maison. Je lui avait dit d’aller laver sa vaisselle. mais j ’ai déjà remarqué qu’ils n’aiment pas saluer. mais ils n’iront pas embrasser quelqu’un pour vous faire plaisir. dans la famille.Personne ne me parlerait sur ce ton chez moi. Certaines personnes le font. Ce n’est pas ma vaisselle. Certains leur donnent une bonne éducation au foyer. Une amie présente était choquée : . En principe.Je vais laver la vaisselle. Pour moi. Quand j ’en­ tends comment les enfants nous répondent aujourd’hui! Moi- même. ils se comportent mal. cette réponse est une mauvaise réaction. quand ta mère était fâchée avec quelqu’un. car les gens n’ont pas besoin de voir que je dois obliger un enfant à dire: «Bonjour. madame! » Quant à embrasser. que ce n’est pas sa vaisselle. je rouspétais quand même. le jour et la nuit. je ne pouvais pas me taire. . il faudrait les forcer. Ils ne sont pas tellement avenants. tu n’avais pas le droit. un enfant bien éduqué est un enfant qui marche comme sa famille Pa élevé. dès que mes parents me faisaient signe de dire bonjour. Moi. jamais je n’aurais répondu à ma mère sur le ton que ma dernière fille a employé avec moi. mais n’accepte pas qu’on lui parle de sa vaisselle comme si c’était la 15 . Autrefois. de te fâcher avec lui. Maman souhaite le bonjour à tout le monde! Je les ai élevés comme ça. Bonjour. toi. Je recevais des coups. Pourtant. je sais. alors là! Leurs amis. car les enfants eux-mêmes pouvaient avoir entendu les parents dire des choses sur une voisine et avoir peur d’aller jouer devant sa porte. Ce n’est pas parce que je suis en froid avec une voisine que je chasserai son enfant s’il vient jouer avec les miens. j’obéissais. ils les embrassent.

prenait tout son temps pour sucer et croquer chaque arête de poisson. qu’il a un mot sale à lancer à ses amis.^ mais mes enfants savent se tenir dans le monde. lancer des gros mots devant elle. c’est à la façon de manger qu’on juge si les gens sont bien ou mal éduqués. allions tout nus pêcher des écrevisses. faisions tout tout| nus. Elle mangeait avec ses doigts. Ça. cela. disent n’importe quoi à la face des adultes. surtout à présent . je n’ai jamais vu mal 16 . La seule « bonne éducation » : respecter les grandes personnes. ceci. quand nous allions nous laver à la rivière^ maman nous enlevait tout. ce n’est pas le moment pour le sortir. De mon temps. Je pense.sienne. respecter la famille. C’est quand ils vous aperçoivent qu’ils débitent leurs grossièretés. elle ne m’a pas « dérespectée ». Ma foi. la fourchette à gauche. que nous mangions comme bon nous I semblait. enfants et grandes personnes mangeaient comme ils voulaient. Nous jouions tout nus dans laf rivière. Tout le monde a dans la bouche «bonne éducation. c’est lui désobéir. Ma mère. Je ne sais où j ’ai appris moi-même. maintenant. nous mangions à table4 seulement les jours de fête. son ! assiette sur les genoux. moi. que si un enfant voit venir un adulte. c’est une question d’enfant. je me suis adaptée. Manquer de respect à une grande personne. il n’y en avait pas du tout. Si c’est ça qu’on appelle «éducation». On a beau leur donner une bonne éducation. | C’est comme de les laisser courir tout nus jusqu’à dix ans. mais] je n’ai jamais vu ma mère se déshabiller. » 4 Alors. A la maison. c’est du respect : la dame arrive. Maintenant. Nous. ils ne respectent pas normalement les grandes personnes. Maintenant on vous dit : « Et si votre enfant se trouve < un jour en société. contrôler les paroles qui sortent de sa bouche. et encore! Chacun partait avec son assiette et allait s’asseoir où il ^ voulait.je ne parle pas de ma jeunesse -. il faut déjà savoir respecter les parents à l’intérieur du foyer. je ne dis pas de gros mots. Je ne peux pas la battre pour ça. on se déshabillait devant les mamans. Pour respecter les gens dans la rue. ça se fait plus. il faut qu’il sache manger à table correcte-^ ment. Les enfants. toujours sur la même marche du perron. Chez nous. bonne éducation ». Je crois que nos parents étaient plus libres de leur corps et voulaient î que nous soyons à l’aise. Il n’y avait pas la cuiller à droite.

Eh bien. les serviettes hygiéniques jetables n’existaient pas). Les . On ne connaissait pas les maillots de bain. garçons et filles se baignaient ensemble. Le jeudi. j’ai . piqué une crise de colère. elle nous déshabillait. Les seins à l’air. ta mère te prenait à part pour t’expliquer que tu n’étais plus une gamine. Moi. tu as tes règles. prenait notre linge. Quand on voyait une fille se baigner avec une vieille robe. que tu pouvais tomber f enceinte et faire un entant. je ne leur ai rien dit. mais il n’y avait pas d’échange. Même quand elles ont eu leurs i règles.Maman. Nous le portions l’après-midi à rinstruction religieuse. nus. elle m’a appelée : . pas tous. beaucoup d ’enfants n’ont jamais S causé avec leur maman. Ils savent ■ ce"que signifient les règles. Je me suis fait rappeler à l’ordre par une voisine qui avait tout entendu : 17 . Ma seconde fille est plutôt molle. on leur donnait un « en-bas ». j’ai du sang dans ma culotte! h . à . et à l’école le vendredi. le mettait à sécher. Les enfants n'osaient pas poser de questions. pas de dialogue. Et je lui ai donné sa préparation. Il y a très peu de temps que certains parents dialoguent avec leurs enfants. Après les premières règles. Je ne sais si c’était une maladie ou si l’on m’avait jeté un sort. jamais. j ’ai eu mes règles très tard. jeunes de maintenant apprennent tout avec leurs amis. entre camarades. onze ans. Quand les filles grandis­ saient et que leurs seins pointaient déjà. le lavait. C’est vrai. Elle avait onze ans. oui. J’ai trois filles. et. j ’étais très grosse. J’avais dix-sept ans mais ne demandais pas comment on peut tomber enceinte. Et encore. Je ne veux pas dire qu’ils ne parlaient pas avec leurs parents. dix-sept ans. J’étouffais. un jour. ? Elle ne voyait pas ses règles venir. Il devait être sec pour le retour. je ne posais aucune question. je ne leur ai rien dit. on savait qu’elle n’était plus une enfant A partir de ce moment. La plus grande les a eues assez tard. mais entièrement nue. il fallait cacher son corps. comment prendra-t-elle soin de ses morceaux de toile (en ce temps-là. mère nue. Elle n’a jamais su véritable- ment laver ses culottes. Alors. avec leurs parents ou même tout seuls. au bord de la rivière. Jusqu’à dix. et je me disais : une tW ant aussi malpropre. Je n'ai jamais ouvert la bouche pour leur parler des relations avec les hommes. une petite culotte. quand elle a eu ses règles.

Je ne l’imaginais pas enceinte. je ne les ai jamais embêtés avec ça. Avait-elle pris un refroidissement en allant laver à la rivière? Je ne savais pas. Ils n’ont jamais été spécialement vicieux. Ma fille aura sans doute une autre vision des choses. 18 . et. moi. j ’étais inquiète. Ensuite. rien qu’un mois de retard. . Je ne suis pas comme certaines mères qui contrôlent chaque mois les règles de leurs filles. On pouvait coucher avec utn garçon sans savoir qu’il risquait de vous mettre enceinte. a*j nous. Seule une de mes filles m’a posé un petit problème : elle sortait avec un garçon et est restée un mois sans avoir ses règles. mais ia ^ mienne me vient directement de la génération de ma mère. mais je ne surveille guère ça chez mes enfants. normalement. Pas tout à fait puisqu’avec leurs cachotteries. . Je conservais par-devers moi mon inquiétude. qu’est-ce qu elle-j savait? Les anciens étaient très secrets. et de très . et. C’est bon pour «faire venir» et peut aussi vous faire avorter. Ils pourraient tromper ma confiance parce que. ils nous envoyaient faire des bêtises. Mais ce n’était rien. Des gens m’ont conseillé une infusion de fleurs de doudou*. lâchent quelque chose. . Les enfants peuvent m’avoir. Je remarque que ma dernière fille a ses règles par ses culottes qui au lavage. toi. Ils pensaient que leur. et les mamans en sont fières. c’est lui qui sait pourquoi il l’a faite car.Comment. Je leur dis souvent : si quelqu’un fait une bêtise. ils vont jusqu’à faire de l’éducation^ sexuelle à l’école. les gens ne laissent pas leur corpss aller à la dérive. jusqu’à son mariage. voir venir les règles de leur fille. . toutes les mères n’ont qu’une envie. près Son fils. tu râles! Tu n’as pas honte? J’étais tellement fâchée que je n’ai rien répondu. maintenant! Est-ce qu’on nous racontait. Une de mes voisines surveille déjà sa fille qui n’a même pas encore ses règles. Les garçons engrossent les filles. elle s’en fout. elles. et ça ne me trotte pas tout le temps dans j la tête. les règles sont venues. principe était bon. elle n’a plus eu de problème. Elle la suit depuis bien longtemps. par ces temps éclaires. Oj £ * Petit arbuste ornemental à fleurs rouges ou jaunes. ce qui se passe entre un homme et une femme? Quand un^ jeune fille se mariait ou se mettait en ménage. je ne lui ai rien dit. rapportent les enfants à la • maison. Les filles.. Ce j n’est pas de la blague. mais je suis comme ça.

Tu as appris avec tante. et que l’huile se séparait nette­ ment. Mais comment nous en empêcher f quand la cuisine est en bambous (à claire-voie).Laisse-moi faire. décortiquer les graines. j’avais gagné. les écraser avec un pilon. Et réussi à faire un litre.Quelle enfant comparaison! Tu veux essayer. elle nous [ chassait. Tout excitée. Oubliant tout le respect r qu on doit aux grandes personnes. L’huile de carapate * qui î empêche nos cheveux crépus de devenir secs. mais dès que nous. l’huile se sépara. Elle ne J voulait pas qu’on regarde. qu’on aille raconter comment elle s’y prenait. Puisque je savais eplucher les graines. Mais si tu fais tourner l’huile. ma * ntmesj16 fabriquée avec les graines du ricin (appelée «carapate» aux 19 . Elle avait peur qu’on aille divulguer ses secrets de fabrication. enfants. De petites camarades plus vicieuses que toi faisaient leur petit commerce. rien qu’un poban (flacon) pour essayer . maman. tu n’avais pas le droit de regarder une grande personne les yeux dans les yeux. Quant à savoir déceler le point de cuisson exact pour enlever l’écume et ensuite faire refroidir.Pour me tourner mon huile. ça non! Où as-tu appris à faire de l huile? f . je ne quittais pas des yeux le chaudron. pourquoi ne pas savoir fabriquer l’huile? Après avoir surveillé pendant des mois. J’avais bien observé que ma tante mettait à un certain ^ moment un morceau de savon. qu’est-ce que tu connaissais. mais quand? Au premier bouillon. réellement vrai? En plus. j ’en avais l’habitude. | Une de mes tantes s’y connaissait vraiment. je réussirai. je n’avais pas le secret. d’accord. je me suis écriée : « Voilà l’huile! » Ma mère se mit à me r disputer : j ’allais faire tourner l’huile. toi. l’avions aidée à éplucher les graines. . j ’élevai la voix et f écartai d’un geste: ■r . on ne savait rien. moi aussi. Je me cachais et l suivais attentivement toutes les opérations. n entendait rien. ni de te poster devant elle quand elle était f occupée à fabriquer quelque chose. fis refroidir. je demandai à ma mere de me laisser faire. Devant un tel rendement. J’ajoutai le petit morceau de savon. gare à toi! Tu recevras autant de coups de hane qu’il y a de? cosses dans cette montagne de carapate! ' Eplucher. leurs petites choses. à la première coloration blanche. mais.

J’avais tenu tête à ma mère. mais nous étions habitués. d’aller laver le linge au bord de la rivière. je pense que c’était surtout la peur. c’était la peur. mais. Ils apportaient les sacs d B racines et se mettaient à les éplucher. La corvée était un peu! adoucie car nous partions en bande. c’était notre travail. et chaque soir. et. s’asseoir pour apprendre ses leçons. ce qui nous menait. on ne nous respectait pas. les laver. I avant d’aller à l’école. On était organisé «de souris en souris». Et nous non plus. au sommet. elle me confia la confection de l’huile. Certains parents terrorisent les enfants. et que nous. ma mère m’emmenait avec elle à la p la tin ^ K manioc6. parfois. . de faire la toilette des plus petits. aveé» tes doigts de pied. elle n’en fit plus elle-même. l’autre cherchait un chemin J® travers les buissons. A partir de ce jour. « puis. En rentrant de l’école. Dès l’âge de six ans. arrivée#. beaucoup de respect pour nos parents. Chacun avait ses ruses pour tenter d’éviter ce momem glissant. nous allions à la I source de Man Yoyo. du plus grand au plus petit.. à y réfléchir. une glissade. et. qui s’arrachait par plaques. en allant au travail le matin. et il ne nous serait jamais venu à ndjflL de le refuser. à celle de M. faire attention à chaque pas. chacun. taillait des trous dansï la pente pour caler ses pieds. enfants. garçon ou fille. dans les fonds» Les jours de pluie. il te fallait agripper la boue. je n’avais pas eu peur. Jusqu’à sa mort.. mais je dis que ce ne doit pas être par la peur. C’était dur. Après. mais. bien sûr. ensuite. Léonil. en général. Il y a une façon de se ^ faire respecter par les enfants. responsable d’une tâche précise.mère n’en croyait pas ses yeux. de s’occuper du cochon. Aux filles de faire la vaisselle. L’un. et toute l’eau rendue à la terre! Il n’y ï avait plus qu’à recommencer. de balayer la terre battue devant la I porte. JÈL Certains jeudis. ils n’ont pas la parole. Il y avait. il fallai» 20 . nous n’avions pas la parole. le soir. je l’aidais à râper pendant que leîjB plus grands s’occupaient de l’arrachage. le travail de la maison. c’était faire son travail. C’est vrai. Pas question de ramener un seauj vide. c’est pour­ quoi on en rencontre beaucoup qui ne peuvent pas s’exprimer. Le matin. I Notre plus rude tâche était la corvée d’eau : chaque matin. Aux# garçons d’aider au jardin. de préparer le repas. quelles acrobaties! Le seau en équilibre sur l â ï tête. jusqu’à présent.

Avec une grande spatule en bois. le « kakapan- riyol ». dans la chaleur. mais ce ne fut pas si mauvais que ça. râpe artisanale en bois ou en tôle. : Au moment de la récolte de la canne. C’était la règle. Moi aussi. Sa responsabilité. était mobilisée pour aider papa. un coup à droite. Je ne l’ai jamais vu laver une assiette. toute la famille. ça c’était l’afïaire des femmes et des filles. . on remuait. d’accord pour travailler notre terre. les enfants. enfants. les fourmis rouges nous mordaient le cou. Ça chauffait dur. et tout ce qui restait sur la platine.la laisser brûler. à surveiller quand la farine est sèche. Jamais papa ne nous a démandé un coup de main quand il travaillait pour le Blanc. se reposer et repartir travailler dans son jardin l’après-midi. d ’autres avaient allumé le feu sous la platine et enfournaient du bois bien sec. on profitait du feu pour faire cuire les cassaves. juste pour ne pas. Demander pour ça l’aide d’un homme. De « graj ». Faire à manger. repasser. hommes. le « mèt a mannyok ». une fois rentré. la pente était raide. et presser pour faire sortir tout le jus empoisonné: Pendant ce temps. C’était le plus difficile. Après. trouver le repas prêt. était responsable de la maison. une règle stricte que papa appliquait à la lettre. c’était d’aller gagner sa journée sur l’habitation du Blanc. Sur la platine brûlante. Il faut avoir le tour de main. J’appelle ça une privation. et. Les paquets étaient lourds. 21 . dans un fond. ce serait un crime! Les femmes faisaient tout. j’ai élevé mes premiers enfants comme eux m’avaient élevée. Mon père était un homme tellement autoritaire et sévère que les * Râper. et le plus pénible aussi. Notre éducation fut une perpétuelle privation. laver. les anciens. Ça n’aurait pu se faire. Ma mère. comme toutes les femmes. jusqu’au bord du chemin. Rester comme ça. dans les champs de canne de 6 heures du matin à 1 heure. remuait. on étendait le manioc râpé fin fin. Nom donné à l’un des rythmes du gwoka et à la danse qu’on exécutait en râpant le manioc. un coup à gauche. Mes parents nous élevaient selon les règles de mes grands-parents. à lui. femmes. Il fallait charrier les paquets de canne depuis notre champ. grager *. mais nous étions d’accord. c’était pour nous.

M.Bwa sék! « Tout le monde. ou si je volais la permission. Jamais je ne manquais H veillées au clair de lune. : Que c’était beau! C’est la seule vie de bonne liberté que j’ai eue ■ enfant et dont je me souvienne. là. mais j’étais dans la ronde... Fistibal. Heureusement. Je ne sais pas si mon père m’avait envoyée là. et ça. devant. si c’était ma mère.Mme Fiyolê au bord de la riviè. ma sœur aussi. je devais être assez grande déjà. te frappait.Man Fiyolé au bord de la . Papa Yen se plantait au milieu de la : grande ronde et lançait le chant : j . Nous faisions une grande ronde.. Armé d’un « boutou » fait de deux fichus de madras nattés serré.! rivière Sêré sa. parents comme enfants. de nous retrouver avec Papa Yen. en forme de bâton. .. Je gardais les oreilles et les yeux bi ouverts pour ne rien perdre des contes dits par M. après la prière.. é sa. mon père nous permettait d’aller.. mais je me rappelle notre joie.Madanm la ka vini. cachez-moi ça.. II réunissait tous les enfants à 6 heures. cachez ça. je me revois dans la ronde sous la lune.. car. par-derrière. Tu rentrais au centre et le chant se’ poursuivait: 'j . séré sa . nous tous.autres enfants du voisinage avaient peur de lui et ne venaient pas jouer devant notre porte. le boutou. Fistibal réunissait filles et garçons. cachez. C’était un vieux monsieur qui disait la prière. cachez ça pafij douvan kon déyé. On l’appelait Papa Yen. séré sa. Un peu plus tard.Tim tim! . jouions au « boutou7». l’entends encore raconter « Persillette » comme si c’éti aujourd’hui. moi ça. re. parents comme enfan 22 . nous chantions.. i 'i i Tap. de jouer. Nous étions vraiment contents de sortir tous les soirs.Madame arrive. vieux comme jeunes. Chacune des nuits où la lune brillait. écoutions des contes. séré sa. on se rencontrait tous les jours à la prière du soir. sous le gros manguier près de chez Man Léonille. Je ne me souviens pas de ce qu’il nous apprenait comme prières.

Man Didine et Pè Jofrèt. prépare ail. . oignons. vite. poules. ! Personne ne répond. mais tellement envie. Pourquoi attendre le lendemain? Man Didine écaille le poisson. Un soir. derrière le Morne Savon. Man Didine a peur.. personne ne la fréquentait. Elle se décide à s’approcher et à frapper chez sa voisine. avec leur cochon. un grand fromager cachait la case d’une vieille femme. ne voisinait avec personne. Man Didine était enceinte.. Elle cogne douce­ ment : . silence! Venez et asseyez-vous. quand celle-ci était de sortie. Man Didine a faim.Yé krik! . cives. voici Thistoire des tribulations de Persillette. Un peu plus loin. Rouy! Pas dé persil. qui était curieuse. ' . ce n’est pas un court-bouillon. dans la commune de Trois-Rivières. fermez votre bouche.Yé krak! Tout au bout du hameau de La Plaine. Vous savez comment sont les femmes enceintes. Elle ne sortait jamais. tu tournais la tête. cochons. Un court-bouillon sans persil. était déjà allée rôder du côté de chez la vieille femme. Man Didine. Elle se dit : 23 . Penvie lui prit d’un petit court-bouillon de poisson. par malheur. Justement le frère de Pè Jofrèt. le pêcheur. piments. tu la croisais sur le chemin. On l’appelait « la vieille femme ». aussi.et vous.Il y a du monde? . Le court-bouillon était dans sa tête et descen­ dait déjà dans son ventre. coqs. avait apporté un beau vivaneau bien rose.Toc! Toc! Toc! Elle appelle : . Quand. leurs trois cabris et leurs sept poules. Elle avait des yeux de sorcière qui te brûlaient le corps. personne ne connaissait son nom.Toc! toc! toc! Elle cogne plus fort : . son mari. la petite fille au grand courage : . vivaient.Il y a du mondé? ». II lui fallait ce persil. comme toutes les femmes. ouvrez vos oreilles. Elle avait vu dans son potager tout plein de persil.La nuit commence à tomber. chiens.

Elle arrache trois brins de persil et.Que fais-tu chez moi? Tu es venue voler! Man Didine sent son bébé se retourner dans son ventre. Son envie de court-bouillon est passée. Man Didine et Pè Jofrèt avaient préparé plein de bon choses pour fêter le baptême : des jus. la cour ne dort pas. d’accord. Tu vas me payer.. haut. elle voit devant elle la vieille femme. Je ne veux pas la déranger. disparaissant derrière le mager. « chodo » (lait aux œufs) et un gâteau haut. Vous êtes tous liés par ce serment. Elle glissé sa main sous la tête de Persillette et dit : . des liqueurs et. Au moment où elle se redresse. juste trois brins de persil pour mon court-bouillon. que le malheur était déjà sur elle. elfe devra franchir la porte de ma case pour habiter avec moi.Je n’ai rien pris. Man Didine se sauve. tu l’appelleras Persillette. un sou. elle dépose un sou à côté pour payer la marchandise. . Et elle s’en retourne chez elle.L’enfant que tu portes. Et maintenant. . Elle tremble comme une feuille d’acacia. raide comme un piquet. Allons cueillir trois brins de persil. la pauvrette.Yé krak! .. C’est là que la vraie histoire de Persillette commence. les bras croisés sur sa robe sans couleur. Elle dit d’accord. . . . Toi. Elle' n’était même pas sortie du ventre de sa mère.Non. Et j’ai payé. Man Didine a tellement peur. Man Didine mit au monde une petite fille. c’est lui que je veux.Je ne veux pas de ton argent. . Je serai sa marraine.Sept jours après la septième année de vie de cette enfant. va-t’en. . tu as arraché mon persil. tu l’as promis. surtout. Le jour du baptême^ flap! la vieille femme apparaît pour nommer l’enfant. » Et voilà Man Didine qui s’avance dans le potager. haut de s étages. 24 . la mâchoire serrée. comme elle est bien honnête.La cour dort? Yé krik! . Afin que tu te souviennes toujours de ce que tu as fait ce soir. Elle rentre chez elle en pleurant. Tu as pénétré chez moi. gj mère.« Peut-être que ma voisine dort déjà. les yeux brillants comme du feu.

. tu rentreras avec Noémie. c’est la première fois qu’elle voit tant d’enfants rassemblés. Si tu savais ce oui t’attend! . tout en parlant. elles font une petite halte pour souffler.. Qui donc fut bien content? Les enfants. et la maîtresse n’a pas l’air très aimable. devient belle petite fille. En haut du morne. Tout au fond du trou. Là. Pour le premier jour. de s’amuser. tout bu à eux tout seuls. Persillette tire.Yé krak! Finalement. une boîte -t en or. de l’autre côté de la forêt on apercevait l’école. dans la forêt. tire encore. Elle n’a jamais parlé à Persillette de ce qui s’était passé avant sa naissance.Yé krik! . Persillette savait déjà reconnaître un 0 et un /. elle y pense. Ne traînez pas en route. comme toutes les petites filles. ni même de boire ou de manger. qui habite près de chez nous. Persillette s assied sur la racine d’un gros manguier. L’école était loin. Curieuse. fermée à clé. sa maman la cale serrée entre ses genoux et tresse deux longues nattes avec ses cheveux bien démêlés. Gare que la nuit vous surprenne dans le bois! 5Devant l’école. chaque jour. Persillette a un peu peur de quitter son papa. tout ça n’est rien. Mais personne n’avait plus envie de rire. à la fin de la journée. et finit par sortir du trou une boîte. mais. elle y plonge la main.Ce soir. elle sent quelque chose sous ses doigts. Elle tourne et retourne ça dans sa tête: comment échapper à la vieille femme? Les sept ans de Persillette approchaient. une grossetorange. en remonter un autre. Il fallait descendre le morne. Ils ont tout mangé. puis le bras. . Ah! Persillette. elle voit un trou dans le tronc de l’arbre. juste à côté. Elle reprend le chemin de la maison avec Noémie. Chaque matin. dit Pè Jofrèt. et seulement là-bas. Noémie pousse un cri : 25 . Il lui porte le petit panier où Man Didine a mis son déjeuner : deux bananes vertes. pousse. Pè Jofrèt accompagne Persillette. Persillette grandit. On l’envoya à l’éco­ le. à s’en faire péter le ventre. la maîtresse n’était pas si méchante et. Sans y penser. un morceau de poisson.

ma fille. Elle attache tout ça dans le grand carré de madras de Man Didine. Ses parents ne savaient pas comment lui annoncer la nouvelle. .Ma fille.Oui. Persillette sèche ses yeux la première. moi aussi. Un peu plus loin. la vieille femme l’a regardée longtemps.. maman. je trouverai un moyen. Elle ne veut pas quitter ses parents qu’elle aime tant.Maman. . maman! . tout. . Et ne dis rien à personne. papa.Persillette. Persillette eu froid dans tout son corps. mais n’ayez pas peur. cellë pour l’école et celle pour la maison. maman! Je ne veux pas.Hélas! ma fille. Persillette. son cœur bat fort: boum boudoum! boum boudoum! . debout. . maman. ne pleurez plus. elle aussi. sans ça malheur t’arrivera. Persillette n’y comprend rien. Man Didine pleure.Oh non. tu sais combien nous t’aimons. prend ses trois robes. 1 Elle n’est même pas arrivée au fromager qu’elle sent une odeuf abominable.Persillette. toute droite. avec ses yeux rouges. En arrivant chez Man Didine et Pè Jofrèt. il faut nous séparer. la courageuse petite Persillette. Arrive le septième jour après les sept ans. mais elle ne veut pas rester toute seule en arrière. ne ramasse jamais ce qui traîne dans les bois ou sur les chemins. elle raconte sa journée à l’école. mais ne dit mot de la boîte en or.. .. Bientôt arriva l’anniversaire de ses sept ans.. J 26 . celle pour la messe. Elle replace la boîte et court. voici ce que j’ai promis. Noémie l’a attendue. Les seules fois où elle a rencontré sa marraine. Ce sont des choses à sorciers et à diables. son linge de nuit ses petites culottes. Persillette promet. l’histoire du persil. Elle est essoufflée.Remets ça tout de suite dans son trou! Et elle se sauve. Persillette pleure. La vieille femrijf est là. de la marraine. je reviendrai. Comme celle des chiens morts au bord des cheminé Elle avance vers la case en se bouchant le nez. Et Man Didine raconte à Persillette pourquoi elle s’appelle Persillette. tout. L’or surtout. Elle embrasse bien fort ses parents et part vers le bout du chemin. . Pè Jofrèt pleure. J’irai chez marraine.

avec la viande.Voici ta couche. ma fille.De la viande. de la bonne viande pour te rendre i forte. devant la porte. ma fille. c’est des ignames ou des malan- gas? . n’as-tu pas sommeil? .) Dès que la marraine rentre dans la case. Aux poutres sont pendus des oiseaux morts. Elle se déshabille. l’encens. La pauvrette va s’asseoir sur une pierre. une tête de squelette la regarde. Persillette veut se sauver. sur le seuil de la case. la chandelle. elle cherche. (C’était du rat et de la chauve-souris. des crapauds séchés.De bonnes racines.Persillette. Elle trouve des zikak. La case est toute sombre. . La marraine la pousse vers une caisse bourrée de chiffons sales. » Le dixième seau rempli. Pourquoi te bouches-tu le nez? Tu n’aimes pas l’odeur de ton dîner? Allons. pour te faire grossir. (C’était les restes du repas du cochon.. elle a faim. . Persillette. Il faut que je trouve le moyen de filer d’ici sans faire d’ennuis à maman.. pour prendre le frais.Son cœur se soulève. un gros iguane. La vieille femme plonge une énorme louche dans le canari * posé sur I les trois pierres du foyer. des pommes-roses.Non. il fait chaud sous les tôles. Elle a faim. passe son linge de nuit et vient s’asseoir.Marraine.. deux goyaves. Ça sent les feuilles pourries. se lave bien propre. qu’y a-t-il dans mon coui? De la viande ou du f poisson? ' . Maintenant. . 27 . réfléchissait: «Cette marraine est vraiment bizarre. Son ventre cesse de se plaindre. je prends un peu de fraîcheur.Marraine.Je t’attendais. Dans un coin. derrière la case. tout en charriant les seaux d’eau. Persillette vide son coui dans les buissons et part dans la forêt. marraine. auprès de sa marraine. Elle rentre à la maison. Persillette est lasse. très fort. Elle sert à Persillette un [ plein coui ** d’un mélange qui sent très. les portes sont fermées. sors et va me chercher dix seaux d’eau à la source. . Tu mangeras après. * Faitout ** Demi-calebasse servant de plat.) . Elle ne peut vraiment pas manger ça.. Persillette. viens! Elle fait entrer Persillette.

Papa m’a expliqué. dans sa caisse..Non. Alors.Non. prononce des paroles. Elle se pose doucement sur le plancher. Elle voulait faire dormir Persillette. il fait trop chaud dans la case. je regarde en bas. La marraine avait besoin de faire ses affaires. Elle venait de comprendre qui était le soukounyan. la boule de feu revient.. elle remplit un poban avec un liquide rouge. endorme-toi! Persillette. s’éteint et. Bien cachée derrière ses chiffons. il se passe de drôles de choses.Je l’ai vu. Le lendemain. Je regarde en haut. marraine. . marraine. Que va-t-il se passer maintenant? Vers 3 heures du matin. Sur le plancher. La robe de la vieille femme devient toute molle. je ne vois personne. c’est une personne « engagée » avec te Diable. épuisée. elle tremble mais veut tout voir. un bruit l’a réveillée. . boit le liquide et tombe par terre. Persillette voit sa marraine se lever.Peut-être le soukounyan a fait une promesse au Diable. Persillette s’endort. bim! Persillette fait semblant de dormir. et qui était l’enfant.Persillette.Mais qui est-ce? Comment on peut faire ça? . endorme-toi! Persillette répond en chantant : . s’envole et file par la fente de la porte.. son sang s’était glacé. je l’ai vu. et s’endort. une grosse boule de feu! . se couche sur son tas de chiffons. Alors s’élève une boule de feu qui tournoie. .. . roule vers la peau restée à terre.Il y a longtemps qu’aucun enfant n’est mort dans la corn* mune.Persillette. à l’école. elle fait de grands gestes.Il va sucer le sang. sa peau elle-même se détache de son corps et reste par terre. tous les enfants parlent d’un soukou- nyan *.Persillette. ne veux-tu pas dormir? . D’un coup elle se redresse. . Ce .. endorme-toi! Persillette endorme-toi! Les yeux de Persillette se ferment. Elle se met à chanter : . Persillette ne disait rien. Persillette est terrorisée. elle ne peut dormir. piquer les gens.. bientôt. je ne m’endorme pas. Elle doit lui apporter le cœur d’un enfant. La vieille femme est debout. dans le ciel. Elle rentre dans la case. . Il lui donnera après.

vole. le vide dans sa bouche et récite : .. Il a prononcé des paroles. balaie devant la porte. vertes. Le soukounyan est passé au-dessus de lui. Elle s’endort Attention. Les yeux de Persillette se fer­ ment. Le repas préparé par la vieille femme sent encore plus mauvais que celui d’hier. .La nuit. quand même! Il n’y a pas moyen de l’attraper? . Elle attend. Elle va chercher de l’eau. bien entendu.. Elle cherchait comment échapper à sa marraine. mais il faut connaître. elle ne veut pas s’endormir. Elle mange un petit morceau de pain sec que lui a donné Noémie. des poudres jaunes. Sur le chemin du retour. elle n’a pas tellement bien étudié à l’école. elle questionne Noémie : . 29 . On a juste trouvé un paquet de viande brûlée..C’est ça le secret.Yé krak! Blink! fait la bouteille en heurtant le poban.. Les paroles du soukounyan quand il se transforme.Cette histoire de soukounyan. Persillette a entendu. Persillette fait son travail comme si de rien n’était. de bouteilles et de barils.Si. de boîtes. Personne ne les connaît. elle le jette et va se coucher. longtemps. Wadika! Wadiko! Vole. faites que je vole! Elle tombe par terre. il y a longtemps. s’il venait voler nos cœurs! Rentrée chez s i marraine. Mon Tonton m’a raconté qu’il connaissait un homme qui avait réussi.. Elle n’a qu’une pièce.Quelles paroles il a dites? .. n Persillette a bien écouté. n’est pas grande. Elle ouvre un œil.Wadika! Wadiko! La griffe du Malin est la dent du vilain. Quand le soleil s’est montré le soukounyan est tombé. La marraine lève le poban. mais il y a tellement de pots.. .Et comment est-ce qu’il a fait? .Yé krik! . bien retenu. perd sa peau. Ce soir. bien sûr. Persillette. donne à manger au cochon. il s’est caché dehors. longtemps. perd sa robe. se tranforme en boule de feu et s’envole dans le ciel. bien décidée à ne pas laisser prendre son cœur.jour-là.. j ’ai peur. Elle remue des pommades. Persillette! Réveille-toi! . pour veiller à la croisée des chemins. Elle saute de sa caisse et fouille la case. a tracé une croix par terre et a planté en plein milieu une paire de ciseaux. La vieille femme reste longtemps dehors.

En faisant vite. votre fille. tout au fond. au feu étemel! j 30 . le vampi­ risme. moi? . le cinquième pouvoir des forces de l’enfer.C’est moi. mais elle ne sait pas lire. ouvrez! .Yé krik! . elle empoigne sa bouteille' d’eau bénite. quel papier? D’abord ce n’est pas du papier.Un papier. un grand vent se met à souffler. elle soulève le matelas. toc! ouvrez! . Persillette. En échange.rouges. . Elle détache le nœud. les feuilles de tôle s’agitent sur le toit. Persillette voudrait comprendre ce qui est écrit. Là. des feuilles séchées. en bas. maman.Qui frappe ainsi la nuit? Qui est là? . Vous voyez qu’il faut étudier à l’école. à la porte.. Persillette cherche. deux signatures. Flip..Va-t’en. l’engagée soussignée sacrifiera une petite fille. des os. Il lit : \ « Au troisième jour de la pleine lune du mois de novembre. des lettres noires. Ne touche pas. A peine ce dernier mot prononcé. prince des ténèbres. rouges comme du sang. elle aura lé temps de revenir avant sa marraine. elle trouve un petit rouleau attaché par un ruban. pieds nus. en chemise. Satan. et. cherche.Toc. | Pè Jofrèt a déjà chaussé ses lunettes. ma fille. serrant le rouleau dans son poing. j .N’aie pas peur. l’engagée reçoit d’ores et déjà à la signature du présent pacte. on dirait de la peau d’homme.Moi.Mon Dieu Seigneur la Vierge Marie Joachim Sainte-Anne! Persillette! Un malheur est arrivé? . c’est juste un papier que j ’ai trouvé chez marraine. Je veux savoir ce qui est écrit. elle lui ôtera lê^ cœur des entrailles et l’offrira à Belzébuth. toute la case tremble. fait le signe de la croix et asperge le Diable eir criant : . Sur une peau jaune. un diable paraît. qui court.Qui ça. à ce que tu ne^ connais pas.Yé krak! Persillette réfléchit et se décide : elle va demander à ses parents de lire pour elle l’écriture mystérieuse. flap! la voilà dehors. . violettes. tout noir et tout nu. petits fainéants 1 . Man Didine ne lait ni une ni deux.

Elle referme le petit rouleau avec son ruban et sort dans la nuit. la vieille femme l’attend. il était venu. . Elle ne va pas se laisser tuer comme 31 . . Et là. Persillette se dit : « Je suis prise.Bonsoir. bien éveillée. . laissez-moi passer. Le Diable l’attendait Persillette essaie de faire comme si elle ne le voit pas et tente de se glisser à côté. Tu as pris mon «engagement». Ay! Persillette.Yé krik! . Comment m’en sortir? » Elle .Il n’est pas à moi. bien debout. s’il vous plaît. Et une barrière de feu s’élève devant Persillette. le Diable. tu ne passeras pas. Je mettrai ton cœur à confire dans un l bocal de sang de crapaud. Le feu. wap! . elle voit quelqu’un. Elle doit pourtant partir» il est presque minuit.Donne-moi ce parchemin. Je l’offrirai au Diable à la pleine luue. tombé assis sur son lit. tout disparaît. marraine! La vieille femme l’attrape par les cheveux. Elle jette le pacte dans les flammes. s’approche : . un homme n’a pas de cornes comme un boeuf. au beau mitan du chemin. Tout le monde tremble chez Man Didine. un homme n’est pas haut comme un cocotier. . un homme n’a pas les yeux comme des braises rouges. . Persillette se serre contre sa maman. je dois rentrer chez ma parraine. misérable! Me vais te tuer tout de suite.Si tu ne me le donnes pas. Où l’as-tu caché. Le feu l’entoure. qu’as-tu fais? Que va-t-il t’arriver mainte­ nant? . Elle s’approche et s’aperçoit alors qu’elle n’a pas affaire à un chrétien vivant .Où étais-tu à cette heure de la nuit? Tu as fouillé sous mon f lit.Yé krak! . Persillette veut courir. \ Elle jette Persillette sur la table et lève son grand couteau. Le Diable barre tout le chemin. Près du fromager. | Persillette n’est pas d’accord.Persillette peut enfin passer le fromager. qu’est-ce qu’elle voit? Malheur! Devant la case. La pauvrette recule.Monsieur le Diable. un homme n’a pas les pieds fourchus comme un âne. Le Diable disparaît. Le Diable s’avance pour saisir le rouleau. Pè Jofrèt. se tient la tête à deux mains. Il avait entendu son nom.

sa gorge est bouchée. la tête en bas.Retire le couteau! Retire le couteau! C’est vrai. soukounyan. les bambous claquent. « Mon. dans tout son j corps. Persillette! Non! I Persillette recule. lui arrache le couteau. v Courir ne sert à rien.ça. Persillette sent que. Elle avance la main vers lecouteau. Persillette. la forêt se calmera. Elle dit tant pis. Cours. Sa tête s’arrête de tourner. les gommiers gémissent. arracher son cœur. Tombe.Wadika! Wadiko! Soukounyan. je suis ton maître. plante le couteau en plein mitan. i tombe. elle va mourir! Une petite voix lui dit : . j La terre se fend. il se précipitera sur elle pour sucer son sang.. | Persillette résiste.. Elle ! tombe. Elle trace par terre une croix. les acacias tremblotent. Le soukounyan hurle. retombe sur ses pieds.. cours. Elle se tortille. tout près. et crie : .Rien à foire. Persillette. Persillette est précipitée dans un gouffre. la tête en haut. tout ■ recommence.Flap! j Tout bruit s’arrête. va te cacher. Elle avance? de nouveau la main vers le couteau. glisse au bas de la table. Toute la forêt s'agite.. elle 1 n’étouffera plus. elle. se libère en laissant quelques cheveux dans la main de la vieille femme. bondit vers la porte et disparaît dans la forêt. il se fait une grande lumière^ et la bête à sept têtes apparaît. ses boyaux font des nœuds dans son ventre. tu dois tomber! j Et voilà le soukounyan qui tourne autour de sa tête avec un I bruit de cyclone. tourne. Dieu Seigneur la Vierge Marie! » Elle n’en peut plus. C'est la boule de feu! Persillette s’arrête. il faut se battre. Elle a de plus en plusmal. une lumière rouge qui fonce vers elle. Elle est là. la vengeance du soukou- nyan est terrible! Soudain. la forêt gronde. elle tourne. Alors. Persillette aperçoit une lumière. ne peut plus respirer. j Non. tu ne m’auras pas! f Le soukounyan crie sa rage. si elle retire le couteau. devante 32 .Retire le couteau! Retire le couteau! D’où vient cette voix? N’est-ce pas le soukounyan qui veut la tromper? Le couteau retiré. . \ Persillette réagit : | .

on retrouva la peau de la vieille femme. se relève. comme des mangoustes dans une pièce de canne abandonnée. encore plus vite. son corps est comme frotté au piment. Elle s’est battue une nouvelle nuit contre les esprits.Persillette. la forêt redevient tranquille. à gauche. Le soukounyan tourne autour d’elle. Elle entend toujours : . Elle peut maintenant retirer le couteau. ses yeux pleurent. décidée à se battre jusqu’au bout. les dragons. C’est le jour! Persillette est épuisée. mordue. Persillette mettait le feu à la maison du Diable et était délivrée pour de bon. encore plus près. volant de travers comme un homme plein de rhum. près. tout près. Persillette est soulevée de terre. en Pair. abandonnée comme une robe sale. Persillette put retourner chez ses parents. Persillette est brûlée. la vaillante petite négresse9. en bas. contre la bête à Man Ibè. pincée. devait détruire sa niche. les monstres disparaissent. Chez la marraine. Vite.. les ^dragons. tout son corps lui fait mal.. la course du soukounyan se ralentit. Persillette. crachant le feu par ses sept gueules. Il tombe. puante. La forêt grouille de diables. Elle se lève et marche jusqu’à Pendroit où est tombé le soukou­ nyan : elle trouve un paquet de viande brûlée. Il s’éloigne de Persillette. plus vite. et. . arrivent les monstres. Elle se trouvait dans le tronc du manguier. piquée. les diables.» Le conte n’était pas fini. Man Didine et Pè Jofrèt.. droite comme un piquet. sur le plancher de la case. là où Persillette avait découvert la boîte en or. Les diables. derrière. A la fin. Elle Pavait bien mérité. Le soleil allume la cime des arbres. retombe et. elle étouffe. A droite.Retire le couteau! Retire le couteau! Elle tient bon. Elle a gagné la ba­ taille. Bientôt. blip! s’éteint. pour gagner contre le Diable. noircie.

E. des lèvres petites et des mentons pointus. protégée par des bardeaux. mangues. les bananes. Le maire organisa dd distributions. en « bois-de-nord » très solide. avait été emporté. la désolation. les fruits à pain. de la 34 . de l’huile. c'est qu’ils fassent toujours des profils de tête avec des nez droits et longs. Les arbres. Le toit en tôle de notre maison. Partout dans le pays. » corrossols jonchaient le sol. et les vivres ont manqué. Gérard L a u r ie t t e . Très vite. Les cannes avaient perdu leurÉ «zanm a» (feuilles). une grande case de quatre pièces avec galerie. Cette*) forêt de bâtons était une bénédiction pour les enfants qui allaient y remplir leur ventre.G. Chaque famille avait droit à du riz. le temps du terrible cyclone qui a ravagé la Guadeloupe. seules leurs tiges restaient plantées. les arbres à pain avaient été déracinés. l’année où je suis entrée à l’école. Les premiers jours. ce n'est pas que les enfants quadeloupéens fassent en « dessin libre» des maisons avec des cheminées fumant et girouette. tous les tombés à terre lors de la bourrasque nous nourrissaient. ils ont pourri. abattus coupaient les chemins. 1928. Même les cocotiers. Une chance car la plupart des cases du village étaient complètement par terre. les bananiers rampaient à terre j comme des lianes de patate douce.P. fruits à pain. Philosophie de l’enseignement \ des écoles A. avait résisté au vent. La nôtre. Chapitre II Asi chiraen zckôlyé Sur le chemin de l’êcole Ce qui est aberrant.

pendant ce temps. Lorsque tu y es entrée tard. deux portes derrière. * Arbre qui produit des grappes de petites prunes jaunes parfumées qui sont très appréciées pour les faire macérer dans du rhum. la marche n’était pas bien longue. morue. Mes souvenirs d’école m’apparaissent comme dans un brouil­ lard. un toit de tôle qui chauffait comme un four sous le soleil et résonnait comme un tambour sous la pluie.. en 1919. mais l’école était petite. 35 . L’année suivante. Une allée étroite séparait les petits des plus grands. Pourquoi m’avait-on choisie? Peut-être simplement une question de mois : j ’allais avoir quatorze ans au mois de novembre. Tu n’as pu en sucer tout le jus ni vivre la fraternité avec les autres enfants. nous empêchant d’entendre les paroles de la maîtresse. Pour vivre l’école. que tu respires. Et toi. signalait une vieille case en bois que la commune avait louée pour ouvrir cette école. Ta mère. Un grand pied de mombin * resté debout au bord du chemin.. ton âge te rattrape. Peu après le passage du cyclone. toute petite. pouvait revenir à 6 heures du soir sans une miette de morue ni un grain de riz. deux portes devant. et il fallait attendre la place d’un qui sortait ou qu’on renvoyait parce qu’il rétait trop âgé. avec seulement. on construisit une école neuve. Les gens reconstrui­ saient les maisons et replantaient. Il fallait aller au bourg avec un bon. Tous lès enfants des environs venaient dans cette école du haut Carangaise. une de chaque côté. Elles se mirent à me détester. je suis entrée à l’école. il faut que tes frères et sœurs aînés s’y intéressent. beaucoup plus grande. avec des fenêtres à jalousie. la vie reprit normalement. en prime. nées. et que tu en es sortie tôt. la case de mes parents se trouvait tout à côté. et la maîtresse se tenait au milieu. j’avais neuf ans. Une petite case ordinaire. même si elle criait. et à neuf ans ce n’est pas de bonne heure. partie à 5 heures du matin. Ma famille aurait bien voulu m’y envoyer plus tôt. et je suis allée là pour préparer mon certificat d’études: D’autres élèves. sa robe déchirée dans le combat. ma première école. l’école ne peut t’avoir laissé des souvenirs bien nets. à me jalouser. restèrent dans l’école du haut. Pour moi. l’odeur de l’école dans la maison. On avait ôté lâ cloison pour faire une seule pièce au lieu de deux. s’occupant des deux niveaux. en bas. Petit à petit. comme moi.

ça me fait de la peine. Lise. tu manquais la classe. De leur temps. mes leçons devenant plus importantes. je ne pouvais échapper aux corvées ménagères. Pas de problèmes non plus quand tu étais absent. ni beaucoup d’enfants dans les écoles. Isidore est très capable. Ta mère avait besoin de toi pour travailler au champ. les choses avaient commencé à changer. . Ni mon père ni ma mère notaient allés à l’école. Ils ne pouvaient pas faire les dépenses et préféraient garder des bras à la maison. petite. Tu y allais.Je ne sais ni lire ni écrire. c’est de ta faute. elle va maintenant m’aider. madame. veux-tu la remplacer? Ma mère avait-elle quelque idée en tête? Comprenait-elle l’importance de l’école? Elle me défendait car ma sœur Lise n’acceptait pas toujours de bon cœur d’accomplir ma tâche tandis que j ’ëtudiais. envoyez- le à l’école. le manioc. aucune importance. je cachais ma fainéantise sous le prétexte dés leçons. pour garder un petit frère. plutôt que de m’envoyer à l’école. il n’y avait pas beaucoup d’écoles à la campagne. à entrer dans une situation. Plus tard. ne le gardez pas avec vous. et Lise.» C’était tout. m’occuper des petits. manquait souvent la classe. faire ses devoirs. » Effectivement.Cest dommage. En 1930. Elle venait avertir la maîtresse : «Vous ne verrez plus la petite.Laissez Léonora apprendre tranquillement ses leçons. tu préférais me faire nettoyer la maison. D’ailleurs. de santé fragile. Quand. il peut réussir. Dé . On n’en faisait pas une histoire comme aujourd’hui. il deviendra un monsieur. « Léonora est une fainéante. ma mère disait : . chez moi. Elle profite de moi parce que je suis malade et ne vais pas î l’école. j ’apprenais à lire dans le « premier livret ». Eux-mêmes ne connaissaient que la canne. Elle lait semblant de travailler. tu n’y allais pas. les parents n’étaient pas très chauds pour donner de l’instruction à leurs enfants. à changer de condition. Certains parents comprenaient qu’apprendre à l’école pouvait servir à quelque chose. à évoluer. la misère. Les maîtres disaient aux parents des enfants intelligents . Beaucoup de personnes de mon âge reprochent maintenant à leurs parents : .

tous mes frères et sœurs, je suis la seule à être arrivée aussi loin à
l’école. J’étais la dernière-née. Eux n’ont suivi chacun qu'un ou
: deux ans d’écolage.
Deux mois avant l’examen du certificat d’études, plus question
j pour moi d’aller chercher l’eau à la source ni de mettre le manger
i sur le feu. En plus du café clairet que je prenais chaque matin
avec de la cassave, ma mère me donnait un grand bol de lait, et,
le dimanche, après mon père, le deuxième meilleur morceau de
viande, la moelle de bœuf, était pour moi. Il fallait me fortifier,
«nourrir ma cervelle» avec des escargots, des écrevisses, du
chodo, avec toutes ces bonnes choses réservées d ’habitude aux
jours de mariage, de communion ou de baptême.
La classe commençait à 7 h 30. Dès que I aiguille de l’horloge
■ montait vers 8 heures, tu restais dehors, punie, mise au soleil
parce qu’avant de partir tu avais dû aller chercher de l’eau,
accomplir toutes tes tâches de la maison. Je ne me suis jamais
trouvée en retard. Une chance, car les coups pleuvaient et c’était
terrible de rester toute une matinée agenouillée au soleil.
• De mon temps, les maîtres et maîtresses d ’école étaient de
vrais dictateurs et nous terrorisaient. Il fallait leur demander la
| permission pour tout. Si tu avais envie d’aller aux cabinets, tu
devais attendre qu’un élève rentre pour sortir à ton tour. Jamais
i deux dehors en même temps. Des fois, quand l’autre prenait tdut
\ son temps, tu ne pouvais te retenir et, à ta grande honte, tu faisais
sous toi. Tu prenais la volée.

I La première année, je n’étais pas tellement intéressée par ce qui
se passait dans les salles de classe. La maîtresse ne parlait pas ma
langue, le créole, je ne pouvais rien dire, rien discuter, rien faire.
Et j ’avais peur, peur des coups. Mfe Clairon était renommée pour
• avoir inventé cette méthode de correction des fautes : autant de
: fautes, autant de coups de bâton, sur le plat de la main, ou sur les
, os du poing fermé. Et pas question de se plaindre à la maison. Les
• parents eux-mêmes, en menant leurs enfants à l’école, les con­
fiaient à la maîtresse en disant r
- Voici mon enfant. S’il ne vous obéit pas, s’il n’apprend pas
. correctement, battez-le. S’il résiste, dites-le-moi, il en prendra
■ encore avec moi.
Personne n’avait envie de raconter le soir que la maîtresse
vous avait battue dans la journée. Aujourd’hui, la mode a
J changé : des parents viennent insulter le maître s’il a touché un
37

enfant. Il arrivait aussi à une mère de famille de séparer deux
enfants qui se battaient en donnant à chacun, le sien et l’autre,
une gifle ou un coup de ceinture de cuir. Tout le monde trouvait
ça normal et la félicitait. L’autre jour, j ’ai assisté à une empoi­
gnade entre un père, qui avait ainsi mis fin à un combat de
gosses, et la mère du deuxième enfant. Elle hurlait :
- Vous n’avez pas honte, cogner sur un enfant qui n ’est pas à
vous! Ça ne se fait plus! Je vais vous citer devant le tribunal, ça
ira loin, la loi vous condamnera. Personne n’a le droit de toucher
à mon enfant, personne!
Et des scènes pareilles se voient aujourd’hui à la porte des
écoles! Tant que j’y suis restée, je n’ai jamais entendu personne
dire un mot de travers à la maîtresse, ou même demander une
explication. C’était un « Bonjour, monsieur! », « Bonjour, made­
moiselle! » vite fait quand on les croisait sur le chemin. Aucun
échange de paroles, mais il valait mieux ne pas oublier le salut. H
me semble qu’il existait un respect, une sorte de sentiment que la
maîtresse était différente de nous, plus grande, d’une autre
espèce. Enfant, je me demandais si tout le monde, les maîtresses,
les prêtres, les religieuses, les gendarmes, faisaient pipi, caca, s’ils
mangeaient les mêmes choses que nous, s’ils avaient des gens
pour faire leur toilette. Partout, ils se montraient supérieurs à
nous, aux gens que nous connaissions. Quand un prêtre ou une
bonne sœur étaient annoncés dans le village, c’était un événe­
ment. Il fallait se tenir sage, ne pas courir, ne pas crier, ne pas
rire, seulement leur sourire bien gentiment. Avec leur grande
robe noire, leur capote blanche serrée à la tête et descendant sur
les épaules, c’était le Bon Dieu qui s’avancait.
Il n’y avait pas alors, comme aujourd’hui, un tas de Blancs qui
faisaient la classe, mais les instituteurs n’étaient pas vraiment
noirs noirs. J’ai d’abord eu comme maîtresse une mulâtresse, MBe
Clairon, puis une chabine ]0, blanche comme un de nos petits
Blancs-pays *. On l’appelait « la chatte ». Elle parlait petit, petit...
Sa voix sortait comme un petit filet d’eau. Après la mulâtresse et
la chabine, ce fut un mulâtre à gros ventre, M. Petibas. Je n’en ai
pas connu d’autres. Les maîtres ne changeaient pas tout le temps.
Maintenant, c’est un vrai défilé.

* Blanc-pays, ou encore Blanc-créole, Blanc né aux Antilles par opposi­
tion au Blanc né en France et dénommé métropolitain.

38

Pour entrer en classe, pour aller en récréation, pour sortir, il
fallait se mettre en rang et chanter. Une, deux, une, deux, la
compagnie des pieds nus s’avançait. A l’école du haut, seules
deux ou trois paires de pieds chaussés se remarquaient. Chez les
grands, le nombre des pieds souliétés augmentait. Les parents qui
le pouvaient achetaient une paire de chaussures à bon marché.
Chez nous, nous portions des souliers seulement pour la grande
rentrée. Après, ils étaient rangés et ne servaient que lors de
circonstances particulières : la messe le dimanche, les enterre­
ments, les fêtes de la commune aussi. Ils devaient rester lisses et
brillants, comme neufs, pendant longtemps. Pas question d’ache­
ter deux paires, et là même paire ne pouvait servir pour aller à
l’école. Même pour descendre à la messe nous portions tous,
petits comme grands, nos souliers à la main ou sur l’épaule,
attachés par les lacets, pendant l’un devant, l’autre derrière.
Arrivés à la source du Pérou, proche de l’église, nous choisissions
un petit coin pour nous laver les pieds et enfiler nos chaussures.
Une paire, bien soignée, durait un an, deux ans. Il faut dire que
les souliers étaient plus solides que ceux d’aujourd’hui, qui ne
valent rien. Pourtant, plus question d’envoyer tes enfants à
l’école pieds nus. Est-ce l’école qui oblige les parents ou ceux-ci
qui se font une obligation, je ne sais pas, mais il te faut trouver
quelque chose pour habiller tous les pieds de la famille. Mes
enfants ont porté toutes les catégories possibles de cache-pieds :
chaussures fermées, sandales, « mika », « pépa ». Même si tu « ne
peux pas », si tu n’as pas un sou, tu peux quand même offrir à tes
enfants des «pépa», les sandales les moins chères de toutes.
«Pépa»: je ne peux pas acheter de vrais souliers, voilà d’où
vient ce nom.
Tu chausses, tu habilles tes enfants selon ta situation. C’est
d’après la tête que tu tailles le corsage. En principe, car mainte­
nant ce sont les enfants qui prennent le commandement. J’ai
beau dire à ma fille, qui est en seconde :
- Garde cette belle robe pour aller à la messe.
- Non, maman, quelle affaire de mettre des robes en réserve.
Pour moi, la messe, l’école, c’est pareil. Je veux me faire belle
quand ça me plaît.
Elle exagère, une robe le matin, une autre l’après-midi! Quant
aux souliers! Ce sont les enfants qui décident du modèle. Ils
veulent celui-ci, iis ne veulent pas celui-là. A vous de vous
39

arranger avec le prix. C’est la révolution des enfants. Et les
parents qui laissent aller, qui suivent. L’enfant demande, ils
donnent, ils ne savent plus dire non. A voir ces fillettes bien
pomponnées dans leur robe neuve courir au lycée sur leurs hauts
talons, on se demande ce que leurs parents les envoient chercher,
de l'instruction ou un homme? Peut-être qu’ils ne pensent pas à
mal et sont seulement fiers d’un enfant coquet et propre. Et
peut-être aussi que ces petites jeunesses aiment parader devant,
les copains et copines, montrer par leurs habits qu’elles sont d’un7
grade supérieur, qu’elles peuvent se permettre trois, quatre robes
dans la même semaine, fréquenter des endroits où d’autres ne
vont pas. Celles qui ne possèdent que deux, trois robes pour toute
l’année les lavent, les réparent, les repassent avec soin, sont
affectées. Elles ont ou des parents plus pauvres, ou des parents
plus fermes : « Je peux te donner tant, je te donnerai tant. » Je
suis d’accord pour qu’une fille cherche à se rendre toujours plus
belle, fasse attention à sa toilette, mais il ne faut pas exagérer ni
chercher à humilier ceux qui n’ont pas les mêmes moyens.
Dans ma classe, seuls trois élèves venaient souliétés. Une
petite demoiselle mulâtresse et deux Indiens11 du haut Carangai-
se. Ils étaient élevés comme ça, des chaussures aux pieds en toute
occasion. Le jeudi, nous descendions en bande à l’instruction
religieuse, au bourg. Tous nu-pieds, c’était la règle. Nos amis
indiens et Florinette, la mulâtresse, devaient s’y soumettre. Ils se
déchaussaient, cachaient leurs souliers dans un champ de canne
pour les reprendre au retour et rentrer chez leurs parents comme
ils en étaient partis.
Au retour, nous cueillions sur le bord de la route toutes sortes
de fruits : goyaves, pommes surettes, pommes malaca, mangions
de la canne, des abricots. Au sommet du Morne Manbo habitait
une très vieille femme très très propre. Je ne me souviens plus de-
son nom, mais vois encore son lit, une « couche montée » très
haute, recouverte de draps en sacs de «farine France». Sa
vaisselle brillait comme le soleil. Nous faisions halte chez elle
pour boire de l’eau avant de rentrer chez nos parents, le ventre
« doudoumso », la peau tendue comme celle d’un tambour.
La cantine n’existait pas. A midi, les écoliers faisaient réchauf- -
fer leur marmite. Florinette, un peu aristocrate, n’aimait pas se i
montrer avec une gamelle. Elle demandait à l’une d’entre nous de ­
là porter en disant : ^
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- Restez avec moi, je vous donnerai ma part.
De sa grosse gamelle, elle sortait des ignames avec de la viande
en sauce, de la salade de choux. Quand il y avait des écrevisses,
sa mère lui avait réservé trois ou quatre beaux « rois-sous » avec
des bananes jaunes. Jamais de fruit à pain, qui se refroidit trop
vite, mais des maiangas, madères, adô...
Nous, nos parents ne pouvaient nous donner qu’un peu de café
clair et une cassave, le matin avant de partir, et, comme repas de
midi, un morceau de pain à l’huile, un bout de fruit à pain rôti.
Florinette nous laissait sa gamelle. Elle disait avoir déjà tellement
mangé de viande qu’elle en était écœurée. Elle voulait du pain
avec une mesure d’huile à l’intérieur, comme les autres. Elle
courait à un petit lolo 12 près de l’école pour en acheter.
Avant de partir pour l’école, elle avait déjà, nous racontait-elle,
mangé du pain et bu du lait. Sa sœur et elle pouvaient acheter
tout ce qu’elles voulaient dans plusieurs boutiques où leur papa
avait ouvert un crédit. Elles en profitaient pour prendre plein de
bonnes choses. Florinette partageait avec nous : jambon, saucis­
son, tout ce que nos parents ne pouvaient nous offrir. Elle
grignotait une bouchée par-ci, par-là, elle n’avait plus faim, elle
avait trop mangé chez elle. , ,
Quant à mes amis indiens, ils n’appartenaient pas à la catégorie
des Indiens pauvres, méprisés, qui vivaient sur l’habitation. Le
,père était géreur, la mère tenait une boutique, et les enfants nousi
en faisaient tous profiter. Presque chaque jour, ils nous appor­
taient du « manger France » : fromage, bèurré blanc étalé sur du
pain massif, des « douceurs » aussi, pipilit, bonbons moussache,
doucelettes, sucres à coco, popotes à fruit à pain, et surtout ces
bonbons enveloppés à la menthe, au citron... Ils dévalisaient la
boutique pour gaver leurs amis. Ainsi, ils s’en faisaient beaucoup,
des amis. Nous, enfants de travailleurs agricoles, qui n’avions
rien, allions toujours à leur rencontre. Je ne veux pas dire qu’ils
empêchaient les méchancetés habituelles contre les Indiens en
remplissant nos bouches car, de toute façon, nous les aimions
bien.
Pourtant, les Indiens étaient mal considérés dans la commune,
-mais ceux-ci habitaient sur la hauteur, sur la même rangée que les
«gwokyap» de Nègres (Nègres riches), comme les Bolo. Ils
s’entendaient bien et se fréquentaient. Les vrais Indiens, déshé­
rités, ceux qu’on appelait « kouli Malaba », «Teïta», travail­
41

laient et vivaient sur l’habitation, à Cambrefort et à Changi.
Quand ils sont rassemblés en grand nombre dans un endroit, ça
fait toujours des histoires.
Pour le « Maliémen lî », leur grande fête religieuse, les Indiens
invitaient tout le monde, sans distinction de peau, à partager le
Colombo de cabri servi sur des feuilles de bananier. Quand la
Toussaint approchait, les Indiens organisaient leurs danses sur
l’habitation. Je trouvais ça beau et comique à la fois, comme le
carnaval. Près de la maison du géreur, ils accrochaient longtemps
à l’avance leur drapeau dans un manguier. Le jour venu, les
Indiens débarquaient de partout, des gens, des gens, comme pour
une manifestation. Tous les Nègres qui le voulaient étaient
invités aussi. Il y avait à manger pour tous : colombo de cabn,
moltani, du riz à volonté, tout ça avec tellement de piment!
Maman! Du feu! Ils dansaient toute la nuit. J’aimais les regarder
dans leurs magnifiques costumes de toutes les couleurs, qui
brillent. Ils ressemblent à des soleils avec leur immense coiffure
en rond pleine de petits morceaux de miroir. A minuit, on allait
chercher Maldévilen. Maldévilen, un homme qui était resté
enfermé dans une case une pleine semaine, sans voir personne,
sans rien manger. Les chanteurs, les tambours, les cymbales se ■
taisaient. Les gens chuchotaient : « Maldévilen arrive. » Il s avan-
çait, éclairé par des porteurs de flambeaux. Son costume était i
tout de lumière. Il entrait dans la ronde et dansait, tournait, ’
tournait. A un moment, on lui apportait un coq blanc. Il portait
le cou de la bête à sa bouche et, d’un coup de dent sec, le coupait
et buvait le sang. Ça, je n’aimais pas trop.
Je suis entrée un jour dans la maison de mes amis. Une de
leurs sœurs était morte en couches. Beaucoup de monde se
pressait autour de la défunte. Je fus très déconcertée. Je ne
comprenais rien aux lamentations. Je ne pouvais dire si la mère j
pleurait, chantait ou riait j
- Viktorin, pitit an mwen! Han, - Victorine, mon enfant! Hay,
han, ay manman! hay, maman! æ

Elle se balançait d’avant en arrière. J
- Ay manman, ay manman!
Mais pas une goutte d’eau ne sortait de ses yeux.
J
1
- Tu es morte, où tu vas tu seras heureuse, je n'ai plus de soucm
à me faire pour toi... j
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bien. elle parlait en chantant. par exemple. elle se fit punir pour je ne sais quoi.. quand dire « vous ». dont le père était boulanger et la mère institutrice. discutant en « français ». tu ne sauras pas où placer tes mots. Un soir. Pour expli­ quer les mots. l’orthographe. II y avait encore Daniel Feltan. pour s’adresser à la maîtresse. En classe. Tu devais parler le français.. la petite demoiselle Billon. Je me demande de quelle langue il s’agissait! Nous n’étions vraiment pas dans le sens de la grammaire. Entre camarades. Sa mère vint lui apporter de l’eau. élevé dans du coton. Une autre était différente de nous. une bouche de plus à nourrir. Elle parlait. un petit mulâtre « palo » (falot). un seul micmac. c’était une autre affaire! Moi. Au début. subordonnées. ils pleurent : un nouveau-né. la grammaire. en te décrochant la mâchoire à coups de roche. il était gentil avec tous. tu ne comprenais rien aux paroles de la maîtresse. parce que dans la cour de récréation on n’entendait guère le français voler. Nos trois amis étaient à peu près les seuls de la classe à parler le français chez eux. à leur arrivée à l’école. en riant. toutes sortes de bonnes choses. le créole était interdit. on t’enseigne le français grammatical : propositions relatives. le Diable et ses cornes. Un peu mou. Seuls les maîtres. subjonctif. et on dit que je lis bien. A l’école. du pain. de la langue. 43 .Je ne comprends pas le créole. J’étais prise d’un fou rire J’ai dû sortir de la case. Pour une naissance. Personne était là pour corriger nos fautes. On m’a expliqué après que c’est ainsi que les Indiens célèbrent la mort. mais est-ce que je comprends ce qui se passe dans le texte? J ’ai souvent récité sans savoir ce que je récitais. mais va essayer de parler. au contraire. Bouche toujours pointue. Bravo. de son air hautain. mal. mais le parler. on faisait les fiers. puisque nous ne parlions pas par routine. 10! J’avais appris par cœur des mots à la queue leu leu. quand dire «tu». Dans leur école. Tu pouvais faire une dictée sans fautes. Selon nous!. les prêtres. Bien sûr. par habitude^ mais seulement obligés. tu apprenais à lire en fiançais. je ne faisais guère de fautes. elle prétendait : . indicatif. Les maîtres la firent s’en retourner avec son panier. seul le français existait. Petit à petit. ne connais­ saient pas un mot de français. Nous le faisions parler créole. des biscuits. La plupart d’entre nous.

Les filles préféraient des jeux plus calmes : sauter à la corde avec des lianes de mahault. Enrouler la ficelle autour de la tête prenait du temps. Il y avait des champions. La journée nous appartenait. les filles de l’autre. On ne s’intéressait pas aux mêmes choses. et pour la fabrication et pour le coup de fouet. Enfant. même à Noël. Les garçons étaient toujours d’accord pour aller à la boutique. bien rondes avec une petite tête. souvent.les religieuses. organisaient des cour­ ses. un doigt se mettait à saigner. et. Cette langue était beaucoup moins répandue que maintenant. Tous attendaient : est-ce que la toupie allait ronfler fort et longtemps? Se tenir bien en équilibre? Il valait mieux s’écarter du lanceur. en toile. mais. c’était dangereux : s’il ratait son coup. pas d’école. je n’ai pas le souvenir d’avoir connu une seule grande personne qui sache le français. Souvent. dès que l’heure du retour du père approchait. Ils crochetaient un bout de fil de fer pour conduire la roue et déboulaient sur la route dans un bruit de ferraille. Nos enfants. Il fallait du bon. bien au milieu* un clou à la tête ronde dans la pointe. H en fallait des voyages avant que les barils et les chaudières (chaudrons) soient remplis! Corvée de bois pour faire cuire le manger de toute la journée. dans du bois très dur. ils plantaient. la toupie pouvait vous arriver sur le nez. qui tient le feu longtemps. Le jeudi. Les garçons couraient derrière leur «roulette». Les toupies étaient sculptées au couteau. Après le balayage. On n’avait pal de «poupée magasin». il y avait le travail de la maison : corvée d’eau à la source. mais la qualité aussi comptait. on pouvait aller s’amuser où l’on voulait. qui flambent bien. et pas du « bois de Négresse » ou du bois de canne brûlée. jouer à la « popote ». on les fabriquait nous-mêmes. bien sûr. Ils se rencontraient en chemin. La toupie n’était pas non plus un jeu de filles. les polissaient avec un morceau de bouteille cassée. Pendant ce temps. Avant. et on les habillait : chaussures ^ 44 J . les «gens de bien» pratiquaient le français. A la fin. ou un coup de fouet vous cingler les mollets. s’arrêtaient pour jouer au « kristal » (billes) M. les garçons partaient d’un côté. la maman attendait ses commissions. Celui qui rapportait le plus gros fagot était félicité. Les garçons les grattaient. Ils chipaient les cercles de fer de tous les barils de viande salée ou de biscuits qu’ils rencontraient. on avait intérêt à courir chez soi. mais trop vite.

va chercher l’eau à la source. aux beaux cheveux et aux yeux bleus. ** Mesure. v * Plante dont les longues feuilles. des «graines-l’église » pour les pois. Le plus souvent. des sacs. chapeaux de paille bakoua *. avec des flèches de canne. cousine. 45 . les oreillers. Nous faisions le matelas. Nous étions bien à l’abri à l’intérieur avec notre petit ménage : boîte à biscuits ronde pour la table. des feuilles de manguier pour la morue. — — . Je n’avais jamais vu ça : des marmites. servent à fabriquer des chapeaux.Suzelle. On allait la récolter dans des cornets de feuilles de madère et elle restait bien fraîche. Chaque pou­ pée avait son lit. un roki ** de rhum. enfant gâtée. bambous découpés pour les chaises. un grand frère l’avait fabriqué. filles et garçons se rejoignaient. se faisait acheter par sa mère des poupées venues de France. voir note 12. et ne t’amuse pas à faire des glissades sur le morne! Les filles revenaient chargées : des « popotes à fruit à pain » pour le pain. . une chopine de riz et de pois-yeux-noirs.jonc tressé. Pour le grand jeu de « papa-maman ». des potiches. c’était l’huile. deux hannetons. courez à la boutique m’acheter une demi- livre de morue. on avait récupéré une platine abandonnée.Toi. un poban d’huile. mais toutes petites. du sable pour le sucre. Elles représentaient les grand-mères. des tapis. . les draps. N’oubliez pas le pain. Les fleurs de rose-cayenne écrasées. On avait transformé en maison cette énorme cuvette en fonte qui avait servi à préparer la farine de manioc. séchées et tressées. Nos Négresses de chiffon étaient « matrones ». Près de la case d’une. Une de nos amies. Gérard. de - ~'v ■ . L’arbre du voyageur retient la pluie entre ses branches. C’étaient nos « bébés ». Leur mère avait aussi cousu de minuscules sacs en jute pleins de riz. pour de vrai. Un bâton de goyavier planté derrière soutenait les « murs » de feuilles de cocotier tressées. Pendant les grandes vacances. Gilberte. des assiettes en terre rouge comme celles des parents. J’aimais jouer à la maman pour donner des ordres : . robes cousues dans des rognures de tissu récupérées sous la table. . mouchoir noué sur la tête. mes cousines de la ville mon­ taient à Carangaise avec tout pour faire la cuisine.

les crabes de terre délogés de leurs trous. mais pour nous déguiser : plumes d’oiseaux. noix de coco. pour manger. Pendant les vacances^ cousins. confortablement installé dans un goyavier. de lentilles. Les autres sont en bas. Les feuilles de manguier. Bien sûr.. cousines. Chaque * Nervures des feuilles du cocotier. magasins. Il n’y avait plus qu’à faire la tournée avec un panier. assem­ blées avec des touches * de cocotier. affolées. les oiseaux pris à la glu ou tués au «jeu de pomme » par les garçons (lance-pierres). amis. lui bloquant les pattes ou couvrant le trou. il faut attendre presque une heure et. Je parle des crabes blancs de terre. on organisait des festins! Et nos pêches aux écrevisses! Toute une organisation. la canne. tous nous étions réunis. Près du bout de bois. de giromon. Nous étions tous des enfants de familles pauvres. Pour nos chapeaux chic. Le trou repéré. nous les prenions au « boulet ». on prenait les feuilles larges et rondes des arbres à raisin. voisins. donnaient des robes magni­ fiques. Pas besoin de jouets achetés dans les. faisant du bruit. D’abord rassembler des « niches à poulboua » (nids de termites) et les semer dans la rivière sur un bon kilomètre. de fruit à pain. ceux qui ont les pattes pleines de poils et qui sont meilleurs pour la santé. de haricots rouges. Le crabe sortait de son trou et. un appât : un morceau d’orange grosse-peau. un panier coincé entre les jambes et essaient de ne laisser échapper aucune des écrevisses qui. mais il y en a toujours assez pour les faire rôtir et permettre à chacun de rapporter une part chez lui.sucre. on installait au-dessus une grosse roche plate maintenue en équilibre par un petit bout de bois. Nous avions tout sous la main. se précipitent vers eux. non seulement pour manger. beaucoup se sauvent. tu les lâchais dans un baril pour les engraisser. calebas­ ses. Ensuite. coquillages. nous nous servions de notre imagination. Ils aiment beaucoup les patates douces. battant l’eau avec des branches. Avec ce qu’on trouvait sur place. les bananes. bousculait la baguette. l’empêchant de rentrer dans sa maison. le piment. les rabatteurs descendent le courant. de canne. Les crabes. les goyaves. les pois-canne. à la fraîche. et non des crabes noirs à barbe. 46 .. Tu avais simplement attendu. feuillages. Plac! la roche tombait. dit-on. Les crabes que tu ne mangeais pas tout de suite.

fo pa lésé ronm vin hier soir? Compère. parler comme eux. un petit bâton blanc pour écrire dessus.Tu n’avais pas d’huile de cara- Vouazin machè. La maîtresse nous donnait des problèmes. on mamman pa pate? Ma chère voisine. des dictées. .Ki jan lavi la yé jôdi la konpè? . et cette autre que nous faisait répéter le père Bimbaum : Que mon Alsace est belle avec ses frais vallons l ’été mûrit chez elle-ê-le blés vignes et houblons Yo hé! blés vignes et houblons. L’une d’entre nous était choisie comme maîtresse.Ou pa téni luil karapat alô? . ne doit jamais en manquer. H a souffert des dents toute la nuit.groupe choisissait un arbre.Ma pauvre amie. apa ti gaz ti . un gros manguier aux branches solides. lavouazin. sans pourtant les dérespecter.Mâché mapôv. A mon beau château. une mère douèt jen manké sa.Ka ou fè. voisine. nous jouions aussi à l’école. et des coups pour nos fautes. Timouü A peine un œil fermé qu’il fallait la soufè èvè dan tout lannuit..Comment vas. wouvé lôt. ma tanti reli relo. laisser le rhum te faire la loi. des chansons apprises à l’école en faisant la ronde : Petit papa. il ne faut pas mèt a ko a-ou. ou byen . une feuille de bananier comme cahier.. mon petit der­ dènyé bouden la ban mwen! Sété nier m ’a fait tellement de misères! fèmé on zyé. compère? Ou tris kon fes a moun mô. comme maison* De bon matin. Nous terminions par des chansons. Les autres s’asseyaient bien sagement.. Bien sûr. as-tu dômi? bien dormi? . . Ou à l’instruction religieuse : J ’irai revoir ma Normandie C ’est le pays qui m ’a donné le jour.Comment va la vie. Konpè. Quelle sacrée bande nous formions! Nous adorions jouer les parents.. on grimpait dans sa case et on s’interpellait : . ouvrir Vautre. c'est aujourd’hui ta fête. tu t ’es noyé dans le rhum soua. 47 . Ka ki Tu es triste comme les fesses d ’un rivé-ou? Ou néyé an ronm yè cadavre.

Ça nous a vraiment marquées. . tion. passé et parlé des atrocités que M. enfin. Le gâteau avait été présenté à la porte ** Voir note 10. le « tray ». Il donnait la moitié d’un catéchisme à apprendre. et que nous connaissions. faisaient la haie de chaque côté du porche. Le père de Florinette mettait à la l’était. Le lendemain. gâteau fouet * Femmes qui.. 48 49 . j’ai rencontré à Pointe-à-Pitre une donnait à manger. j’ai quitté l’école. avai chemins tous les malheureux. Intelligente comme elle familles et dans le village. champagne. Yuhé. il te prenait longues et à grande collerette de dentelle. revêtues de leur plus belle dans sa langue : robe m atadorIS. jusqu’à dix étages. Je me jour et la nuit. Celles-ci. poulet rôti.Avez-vous bien étudié vos leçons. blanc. un mulâtre très avait besoin. Le mardi. qui la persécutait. elle aurait dû aller loin dans les études. Petibas avait fait subir à La première communion était un grand événement dans les Florinette. chodo. était marié à une belle capresse **. pour la toujours à bord de sa charrette et te faisait un brin de morale : communion. le père Leroux remplaça le père Calotte. celui devant lui. était celui dont la mabonne supportait le plus haut. le corps J’ai ramassé un échec. J’avais été une bonne élève l’heure de la communion arrivait. table. disposition de ses voisins sa charrette pour les conduire au bourg Florinette était la seule mulâtresse de notre classe. Il était très connu dans Le lendemain du neuvième jour de la retraite. tout ce dont on plaisir à les dénatter pour les recoiffer. la bourse des familles. cinq. Une couronne de fleurs de soie. même s’ils connaissaient sur qui la maîtresse comptait pour lui ramener le certificat toutes les pages du catéchisme. selon la grosseur tiennent l’enfant. bien sûr. Cè jour-Ià. Son père. Nous avons évoqué le sur ses genoux et la faisait manger dans son assiette. beaucoup échouaient. Nous enviions beaucoup ses cheveux lisses et prenions une autre. Pour recevoir écrire et faisait de la politique. c’était un vrai certificat. tant pis pour moi. L’année suivante. Il savait lire et confession et l’absolution. unlèt mixennotgèn. Elles apportaient matelas. Les mères qui ne pouvaient se deux. quand A quatorze ans. on s’habillait tout de blanc. C’était un monsieur. Quand tu le rencontrais. Elle a souffert à l’école. en oigandi. par la peur des coups.Ce qui donnait à peu près ça quand il voulait nous faire chanter l’église par les mabonnes *. a vu ses études barrées par la faute du maître. ceux qui ne savaient pas : une pluie de calottes! A dix ans. tions et ne communiaient pas. c’était la communion. nous amenait chez lui. la famille nettoyait la chambre. paralysés d’études. et le plus fier. Il ramassai^ au bord des louée. elle Dieu que le père Bimbaum était méchant! On tremblait tous retournait chez elle. des robes tablier. les emmenait â l’hospice ou les lieu le repas de communion. une autre robe plus belle encore. Petibas. J’ai renoncé complètement à l’école. le plateau en bois. le repas redevenait simple. punch au coco et. soit avec les neuf jours de la retraite. Les communiants défilaient unièt mixennotgèn entre ces deux rangées de gâteaux. le Dos Aîsos manayditchen gâteau posé bien droit sur la tête. Il était très gentil. mé hèvè feutck unnbandèl calé par la «torche» de madras. terminées par un joli nœud permettre à elles seules les frais d ’une location partageaient avec de ruban. Le M. accompagnent la marraine et Un gâteau de quatre. Le lundi. Il aimait tellement Florinette qu’il la prenait de mes anciennes camarades de classe. ou chez la personne qui nous avait prises en pension. mes enfants? L’instruc­ décorée de broderie anglaise. ne l’oubliez pas. étaient incapables de répondre aux ques­ J’avais raté de peu. lit. retenait le voile. le jour du baptême. On disait qu’il était libéral et l’absolution. Ils se mettaient à trembler. L’autre jour. une robe à manches# n’avait pas peur des prêtres. Elle était coiffée soit avec une natte. c’est la lumière. mais mon amie Florinette. Sa mère lui Les familles qui n’avaient pas quelque parent qui résidait au cousait de belles robes. En ce temps-là. un diplôme. Pêche d’écrevisses.. parcouru de frissons. après la# le village et apprécié de tous. Dans la chambré# Il était au service de tous les hommes. une de chaque côté de la tête. boutonnées dans le dos bourg louaient une chambre ou vous mettaient en pension pour de haut eri bas. nous souviens de tout. blanc. comme pour les mariées. qui me gâtait tant.

Elle en a pansé des plaies. et allait leur acheter du linge. Petibas. non en esclavage mais en liberté. avec ses vingt en - calcul. disaient-elles. Tu pouvais attraper jusqu’à quinze. disait-elle. tu recopiais cent. M. Il devint son tourmenteur. cousu des vêtements. Lever - la robe d’une enfant. Florinette la plus forte en calcul. tu bafouillais. déposait dans la cuisine. j’étais toujours la première en dictée et en lecture. elle aurait dû passer. avec une lanière de cuir à manche. Ils se disputaient tout le temps pour leurs propres affaires. les élevait.. On lui fit faire après tous les devoirs. pourtant. retournait sa colère contre son élève Florinette. à se rattraper. le « mettez-vous à genoux derrière le tableau » ne se faisait pas attendre. Petibas était très sévère! . Ces paroles tombaient dans un silence. Une sorte de sauvagerie roulait dans l’école. le maître allait courir après la maîtresse derrière l’école. deux cents fois une règle de grammaire ou de calcul. Petibas ne l’envoya pas. la fouetter sur les fesses. Elle se mettait en colère. Il gâtait beaucoup ses deux filles et . tout l'opposé de mon père qui effrayait les enfants. marquer son corps.. Pas d’explication. tu ne fais que te souvenir. Elle devait se présenter à l'examen du 1 certificat d'études. trente jours de punition. 50 . levez-vous et récitez-moi la leçon. mais lui.\ tiques. Il n’avait pas le droit. Petibas n’était pas du même bord que lui en politique. pas question de se plaindre. dans la classe. Même faible en français. alors que l’alphabet. Tu ne savais pas. ronchonnait : . et tu sortais très tard de l’école. tu étais punie. Là. lavé des bobos qui puaient. Il avait le cœur sur la main. mais répondait à l'appel des champions en mathéma. Jusqu’à la classe de fin d’études. il te faut réfléchir pour trouver. Et pendant que toi.Gilbert va me procurer des histoires avec tous ces chapelets sans croix qu'il me ramène à la maison. Les coups pleuvaient pour les fautes d’orthographe dans les compositions. elle arrivait. à n’être lâchée que vers 8 heures du soir. de mélanger la politique à son enseignement! Dans la classe. sur le dos ou le plat j de nos mains. lui faisant supporter mille misères. elle a eu des difficultés en lecture. Le maître tapait de toutes ses forces. pour sa femme. n'est-ce pas de la sauvagerie? A la maison. la maman de Florinette. cet homme.Élève X.

plus il l’asticotait. même s’ils savaient leur leçon. Et les récitations. En revanche. vous ne chantez pas la messe. tantôt à laisser tranquilles comme dans « accompa­ gner ». Mademoiselle. Chargé d’un sac plein de pierres.. avec des lettres doubles à faire sonner. à vous.. ' i .Le maître vous bat? Eh bien. . il lui faisait reprendre les mots difficiles à prononcer. elle levait le doigt toujours la première. quel supplice pour notre petite mulâtresse! Le Petit Palêmon. il faillite l’assommer et disparut de l’école.A travers le jardin et brusquement recule. Mademoiselle. il a ses raisons. et jamais il ne l’interrogeait. grand de huit ans à peine.. Petibasvallait jusqu’à donner des coups de pied aux élèves.. . lui faisait perdre le fil. Elle continue d’une voix plus ferme : . Ses devoirs. A peine avait-elle commencé : Le Petit Palémon. il la savait faible en lecture : .Mademoiselle. Il se moquait de Florinette. étaient tellement terrori­ sés que... il monta dans un manguier au bord de la route. ce n’était jamais bon.Mademoiselle. Plus elle s’appliquait. En calcul mental. comme dans « accom­ pagnèrent ». vous ne récitez pas. ... Mademoiselle.Quelle mauvaise période de ma vie j ’ai passée avec ce maître. pourquoi ces « ainsi soit-il » à la fin de chaque phrase?.Mademoiselle. vous criez. sa voix tremble. 51 . capables de réussir. poursui­ vez. Allons écouter Dorvaî et sa jolie voix. Un garçon se vengea. Si... Tous les efforts qu’elle pouvait faire ne servaient à rien. elle était arrivée à lire correctement un morceau. nous attendons. des r tantôt à faire rouler. pourquoi ce soupir? Mademoiselle. Certains enfants. Elle craque.. il n’èn corrigeait que la moitié : elle obtenait dix au lieu de vingt... Mademoiselle. Elle pouvait prendre tous les tons. me disait encore l’autre jour Florinette.Dorval.. Elle essaie de contrôler sa peur et sa colère. Quand le maître passa. bégayer à la fin des phrases. Lorsqu’elle hésitait. ce n’est pas une prière. ils ne levaient pas le doigt de peur de recevoir des coups à la moindre faute. il lui tombait dessus : . reprenez. par hasard. Enlevé par le bouc qui résiste etVentraîne. Petibas en voulait vraiment à Florinette.

Une institutrice vient lui demander ce qu’elle .A genoux! Son père lui avait dit de toujours lever le doigt quand elle savait. mademoiselle. leçon de calcul. Elle pouvait y i passer toute une matinée. à genoux sous le soleil. L’eau commence à couler de ses yeux. Quant à vous.Monsieur. Elle agite son cahier: . Elle déchiffre en trois lignes. Il va vérifier les cahiers de ceux qui n’ont pas su trouver. ça va à peu près. dehors. et elle s’effondre en larmes. la poursuit de plus belle. . elle continue à lever le doigt.Mais vous me poursuivez. Aucun élève n’avait encore trouvé la solution. Elle le connaissait. Elle lui explique : elle seule a résolu un problème.. Elle donne la solution en une ligne. Il hurle : . ce coin derrière le tableau. . celle des élèves n’allant pas à l’examen. . . Le résultat est juste. . Il ne corrige pas. D’après moi.Vous aurez tous quinze jours de punition. A genoux derrière le tableau. et résolvez les deux problèmes. Elle déchiffre en six lignes. . Elle se ressaisit. fait là. . Florinette lève le doigt : .Reprenez. Dieu était avec elle ce jour-là.Vous n’avez pas honte de vous laisser doubler par cette Dorval! Allez. mademoiselle. je ne comprends rien.Le Petit Palémon. à suivre de là toutes les leçons.Je ne comprends rien à vos opérations. Il calotte si fort le premier du rang que tous les autres chavirent et s’écroulent par grappes. j’ai trouvé. au tableau.L’école n’est pas une vallée des pleurs. il lui arrache son cahier. Non. foutez-vous debout sur le banc. A peine agenouillée dans la cour. La : 52 . Lui. De sa rangée. Personne n’est arrivé à résoudre le pro­ blème. la récréation sonne. mademoiselle. et que je n’entende rien.Monsieur.. Debout sur le banc. monsieur! Fou de rage. il faudrait lui donner 20 sur 20. déchiffrez le pro­ blème. grand de huit ans à peine. Un jour.

Il lui a barré la route.maîtresse alla raconter ça aux autres maîtres. et qu’il se retrouva en caleçon. que nous-mêmes. Avec un simple brevet élémentaire. Us étaient tous furieux contre Petibas. ce petit mulâtre. ni maîtres ni' élèves. Un matin. Mais ils ne lui firent aucune remarque. . Eh bien. . Ils avaient aussi peur de Petibas. Et . personne ne rit. tout ça à cause de la politique. il fait le coq. il ôta sa ceinture potir frapper un élève au milieu de la cour. Il était tellement déchaîné que son pantalon tomba.Un vrai prétentieux. qui était également directeur. Ce Petibas a marqué Florinette à vie.

avait demandé un «hamac à tétés». 54 . en voulant parler le français. je savais que le grand-père de Man Honoré. vieille demoiselle montée en graine. qu’enfin tel autre. J ’aime cette relation à la mort où plaisir et joie n’ont pas mission d’en oublier follement l’abomina­ ble invincibilité. les veillées pour les morts Sachez aussi qu'en ces pays on veille les morts au cours de fêtes qu’animent les paroles voluptueuses et viriles du tambour. la couturière. de la ripaille. où les amis du défunt Vhonorent d ’une oraison qui scande la douleur mortuaire dans les ardeurs allègres du rhum et de la danse. les blagues de tel autre. De génération en géné­ ration. que Gueule- Pointue devait son surnom à sa manie de parier français. „ Autrefois. on se racontait les faux pas d’Untel. sans rien faire. On connaissait l’histoire de chaque famille. était resté infirme parce qu’il s’était baigné un Vendredi saint. où plaisir et joie s’épanouis­ sent au contraire dans une vision directe de la mort :fête et festin funèbres ont lieu devant un cadavre. 1977. jour où l’on doit rester tranquille chez soi. L'ordinaire mésaventure d’Archibald Rapoport. Pierre Goldman. que M"* Isidore. les gens ne bougeaient pas comme à présent. allant acheter un soutien-gorge à Pointe-à-Pitre. Chapitre III Pli bèl moman an viv. s’était tellement arraché la mâchoire qu’il lui en était resté un tic de «bouche demie». Dès mon jeune âge. tan a véyé Mes plus belles fêtes. disparu depuis longtemps.

Pas de voiture pour transporter les gens à l’église. et. Le tambour résonnait. les contes obscènes et. aboient par la queue. tout le monde était au courant. j ’en fabriquais moi-même. on n’achetait pas de cercueil. ' \ - v La veillée pour un mort. accourez tous. grâce "aux veillées pour les morts. nous étions en voyage. le « circulaire » passait. les charpentiers venaient le fabriquer sur place. le plus grand événement. De grands chanteurs. découvrant haut le mollet. de Mome-à-l’eau. tout se gardait de l’histoire dé chacun. là où les chiens.Un jour. Nous avons marché. montent sur leur âne. Venez tous! Le soir. enfin. . la plus belle fête. c’était la plus grande rencontre. Celui-ci apportait une bouteille de rhum. et nous sommes arrivés à un endroit où . celui-là un paquet de bougies. Les jeux de mots me passionnaient. les éclairs. Dès que quelqu’un mourait. que ceux qui ont un cheval. Dans le village même. Du temps de mon enfance. un autre deux planches. Les hommes retroussaient les jambes de pantalon. Ainsi. les contes des zombis et de la Diablesse. Un crieur faisait d’abord pleurer sa conque de lambi. on entendait toutes sortes de contes: les contes de compère Lapin et compère Zamba. quand je suis dans une veillée. les femmes empoignaient le bas de leur robe. marché. Que ceux qui ont un âne. dans le village. A chaque enterrement. Devant la porte de la maison du mort. aujourd’hui encore. et même d’Anse-Bertrand. Untel est mort. venus quelquefois de loin. Parfois. de grands danseurs de léwz 16 venus s’affronter aux meilleurs. que ceux qui n’ont ni âne ni cheval. de Baie-Mahault. ceux que je préférais. on marchait jusqu’à l’église du bourg pour retourner au village faire la mise en terre. C’étâit partir avec le corps depuis chez le maître du mort jusqu’à l’église et au cimetière. devinettes.Réveillez-vous. montent sur leur mère. les chanteurs. mon père et moi. les gens allaient enterrer leurs morts. oeux de Capesterre. et ôn l’entendait jusqu’aux villages voisins. les musiciens. tu complétais ton apprentissage. criant : . à la veillée. tous ceux1qui pouvaient tenir debout étaient présents. montent sur leur cheval. dit-on. on retrouvait les conteurs. Même sous l’orage. Le mort était porté sur une civière et tous le suivaient à pied. les contes pour faire rire où jaillissent blagues. jeux de mots. c’est moi la première qui ouvre la ronde.

pourtant. c’est cela. Pour entrer dans le jeu on doit dire : « Je demande la main. enfin. » Alors. Il y en a qui ne viennent aux veillées que pour dire des blagues obscènes. l’histoire. aux devinettes. je ne méprise pas les gens ainsi. crapaud à barbe. Les gens cherchent.. ils crient : « Ne nous | fais pas souffrir. je peux j dire : « Ce n’est pas dans mon jeu. Ici.Chair qui n’était pas née. J’aime les jeux de mots. Avant d’entrer dans le jeu.. Peut-être : qu’il ne savait pas lui-même ce que tout cela voulait dire. » La devinette est lancée. Il nous parlait du roi Tila. il faut un certain ton. Nibolot. nez à morve. toutes les petites filles jouaient aux jeux de mots. à Grosse- Montagne. des rois de France. cherchent. Nous sommes restés là et avons mangé chair qui n’était pas née là où deux terres se faisaient face. j . » L’assistance répond : « Accordé. Terres qui se faisaient face : j’étais sur le pont de la Gabarre.. trop intéressant pour se lancer des insultes. sur Moïse. c’est ceci. un jeu de mots. certains diseurs les insultent : . C’est trop beau. Pourriez-vous me dire où nous étions. Je n’aime pas ça. jambe à crasse. surtout si je suis la seule femme. entre la Grande-Terre et la Guadeloupe proprement dite *. De grands jeux de mots. ça n’a pas dû être pareil. de la Bible. un grand conteur qui fabriquait des jeux de mots tirés de. je tâte l’ambiance : s’il n’y a que des hommes qui content.Erreur.deux terres se faisaient face. et quelle chair nous avons mangée? Alors les gens cherchent. Si ce n’est pas bon. tout dépend de leurs façons. Il nous disait: attention. Quand ils répondent à côté. donnent des réponses. c’est un œuf. Je me souviens de M. Mais ici.. pas comme les petites devinettes : * Une des parties de la Guadeloupe appelée aussi Basse-Terre séparée de la Grande-Terre par la rivière Salée. A Carangaise. je suis une des rares femmes à dire des jeux de mots aux veillées. il posait des questions sur la Bible. c’est la mythologie. Pour que je participe. anoli à bretelles. je ne demande pas la main à toutes les veillées. Moi. ça. il y en a d’autres qui demandent La main! » • Mais vous les laissez chercher et enfin vous donnez la réponse : .

j ’ai été élevé avec Hercule. qui pour se présenter. tous les dieux et demi-dieux de la mythologie. Élée tomba dans la mer Rouge et se i noya. qui pour raconter : . En parcourant la mère patrie. le mouton est m ort En mémoire de cette belle action.Je suis né dans le balcon de la mythologie. fille. la parole. vous trouverez mon premier. Ça demandait tout un travail pour les inventer. Jason. i les divinités ont transformé la cabèche du mouton en toison d’or.:. j ’étais l’emblème de Napoléon Ier. Nibolot. . Ouvrez grands vos oreilles et vos yeux! i Krik. J’étais l’oiseau aimé des poètes et des dieux. pour les retenir. je fais trembler les hommes? . les exploits admirables des héros de l’Antiquité. f Après ça.De Veau debout? La canne. .Je ne suis ni roi ni reine. le garçon. au Lamentin. Frisos est sauvé par le mouton et déposé en Colchique.Dlo d ou bout? Kann. la. Il fallait les dire en français.De Veau suspendue? Une noix de coco.Dlo pann? Koko. écoutez : la Toison d’or était un mouton de Béotie. La tradition ne s’est pas perdue. il s’appelle Simon Laigle. quel plaisir il prend à les faire sonner! Et comme il entre bellement dans un jeu. Si-Mont l’Aigle 17. . nommé Frisos. L’un. des poètes. ma mère m’a enfanté dans le couloir de la mythologie.Trouvez quel est mon nom? En montant et en descendant la gamme. je ne puis baisser la tête. au plus haut vous trouverez mon deuxième. Krak.Tablier derrière le dos? L ’on- gle- y .Avez-vous entendu parler de la Toison d’or? Alors.Tabliyé dèyè do? Zong. tout simplement.. Quel amour il a pour les mots. . 57 . Il est spécia­ lisé dans la mytho.Le Rhum. j’ai entendu quelqu’un d’aussi fort que M.. Lb mois dernier. l’autre. . . nommée Élée. Il s’enfuit en Colchique avec deux enfants sur son dos. . L s Ou celles connues de tous : \ . . et être capable de donner toutes les explications en créole. Ce - sont eux qui m’ont confié la mission de venir ce soir vous raconter leurs prouesses. Qui suis-je? Eh bien.

» C’est-à-dire qu’il a tué tellement d’intendants que toute sa maison est remplie de sang.J’ai bien parlé. dans le bois sacré de Colchique. femme.. je su 58 . les frères jumeaux. Voilà. Le centaure Chiron savait que cette cabèche de mouton. il fut reconnu par son vieux chien et son fils Télémaque. Il blessa le Dragon. et il les envoya à la conquête de la Toison d’or sur un bateau nommé Argo. A son arrivée à la maison. Il arrivèrent à prendre Troie grâce à Ulysse. je peux dire : « Nu. en les nourrissant avec de la moelle de lion. Alors Jason conquit la Toison d’or. le plus grand musicien de l’Antiquité. qui était transformée en or. ses passagers étaient des Argonautes. Arrivés à Diolcos. Donc. époux de Pénélope. Il éleva des hommes. il trouva tous lesj « intendants » pour épouser sa femme. on put entrer dans la terre où la cabèche de ce mouton était. Il éleva Hercule. la magicienne Médée. il dit : « Mon départ était un festin. Je n’ai connu d’autre école que celle de hommes et des crépuscules. Donc. Il resta vingt ansj dans la mer. était à Diolcos. Quand il réussit à repousser tous les intendants qui voulaient courtiser sa. est venue lancer dans la gueule du Dragon le contenu de la fiole qu’elle possédait. Hercule banda ses armes et ses flèches. Prenons maintenant un petit repos. s’est mis à chanter sur sa lyre et la mythologie dit que les arbres des forêts se déracinaient et venaient exécuter une danse aux pieds d’Orphée quand il chantait. Alors Agamemnon a cherché tous les Grecs pour qu ils puissent combattre les Troyens autour des remparts de Troie. Pourquoi? Parce que Pâris a enlevé Hélène que possédait le roi Ménélas. Cet homme fut le dernier^ survivant des Grecs dans la guerre de Troie. . Médée. Bon. le plus rusé parmi les Grecs. des hommes forts.Elle fut gardée dans le bois sacré de Colchique par un dragon à sept têtes. Fils qui s’entremêlèrent. la guerre de Troie chantée par Muse. Je ne suis pas poète. qui étaient déjà trempées dans le sang de l’Hydre de Leme. Et c’est ce Dragons aussi qui causa la guerre de Troie. Castor et Pollux. qui avait forgé un cheval de bois. Ulysse était le fils de Laërte. la guerre de Troie qui vit se diviser les fils de Pelé et- d’Agamemnon. jaillit de mon coeur comme un source inépuisable. à son tour. Tel Job. Quand il rentra chez lui. mais ne tomba pas raide mort. père de Télémaque. Orphée. Ce Dragon avait tellement de force qu’il tomba. le roi Ménélas était le roi de Diolcos. Jason. mais la poésie jaillit. et je rentre mainte-' nant dans une maison de deuil.

mendiant que i tu es. Sans moi vous ne seriez qu’une bande de vers! Demeurez tels que vous êtes. je retournerai au sein de la terre. mais souvenez-vous toujours. roi Tila. le sang des innocents laisse lie s traces. Il alla trouver son fière pour le Mtuer. tu diras à Mireille de laver les bouteilles à son réveil! .f J°JJi du de ma mère. nu. » 59 . Le plus grand poète que l’histoire a connu.Erreur. c’est de la poésie. Chaque conteur a sa manière pour poser ses questions. et me remplit de contentement. Simon Laigle t’asticote. » Ah oui! le bougre est vraiment fort. l'Éternel m’a ôté. sans mépris. J’aime tellement sa petite phrase. il contemplait la mer. Il faut dire qu’il aime ça. C’est beau. et le soleil regardait le vieillard qui se meurt La nuit succède au jour. Voilà ce qu’il a dit : « Le vieillard regardait le soleil qui se couche. de nos jours. même si d’autres demandent la main. tu veux me tuer pour faire fplaisir à ton peuple. Il a pu voir un jour un vieux berger qui rentrait son troupeau. roi Tila.Qui peut me dire le nom de ce grand roi qui était le fléau de : Dieu et qui pouvait proclamer : « Où mon cheval passe. L Eternel m'a donné. le l|®ng des innocents ne s’efface jamais.Erreur! Retirez-vous de devant moi. béni soit le nom de I Etemel. Il contemplait la nature. chacun il donna un poignard. Reculez derrière les bœufs! Et il est déjà reparti : . Quelque chose s’est réveillé en lui. pour t’obliger à faire travailler ta cervelle. » Ça. Il était réellement un bandit pour f feire cela. Le roi Tila. ça sonne bien. la première chose qu’il fit : faire battre ses deux fils. plus moyen de l’arrêter. l’herbe ne poussera jamais? » Il s’agit tout simplement du roi Tila. pour reveiller la cour quand elle s’endort. Il l’a traduit. A . c’est « Vitôrigo » (Victor Hugo). et nous.Erreur! Poltron garçon de Tartanson à Colson! . Celui-ci lui dit: «Roi Tila. Il continua ses atrocités. suspect. et le soleil se couchait. mais en vers bien sonnés si tu réponds à côté : . quand il a perdu sa fille Léopoldine « en mer au coins d’un voyage ». nous 1avons bouquiné. Quand il est lancé. Il était parti de France pour se réfugier à Jersey et Guemesey.

et qui s’est fait sauter à Matouba avec trois* : cents hommes. la forêt. J’ai essayé vainement de te faire comprendre que tu n’es plus un esclave. . mais je te libère.. Dioudji. Dioudji. Erreur.Ouvrez les yeux et les oreilles. répondirent toutes les deux. Un maître avait acheté Dioudji. Et ces deux femmes vaillantes moururent 60 . enceinte juin qu’au menton de Delgrès. Je ne te retiens plus. . dans la plus belle des cages dorées. retourne dans le désert qui t’appelle. oiseau du désert. Le trouvant bien doux et patient. konprann.Wouvè zyé. ce Nègre devenu colonel dans l’armée ■ française en 1802. il se dit que ce jeune bougre ne pouvait plus rester esclave et il décida de le lâcher. répondit encore Dioudji. » Dioudji s enalla mais. me fait f penser à Delgrès'8. J’ai oublié leur nom. il le battit dans le champ de Catalonique et donna son nom à la première race des Mérovingiens. Il sortit de son cœur les plus belles paroles pour convaincre ce| deux femmes de partir. Tui es mon oiseau préféré.Cette histoire d’esclave. je reste auprès de vous. je veux rester près de vous. .. . L’histoire dit qu’il y avait trois cents hommes. ne peut oublier les arbres. en pleurs. Réveille-toi. l’esclave que son maître aimait bien.Va-t’en.Non.Non. wouvè zorèy. Dioudji ne voulait rien entendre à cela. un jour. Et un oiseau.. » - / . . te dis-je.. . .Que ceux qui peuvent compren­ dre. Et pourtant il y eut un homme. C’était Mérové. mon fils! Tu mangeais à ta faim.^ I plus deux femmes. Le poète avait mis dans la bouche du maître ces paroles : « Cest tej désert qui t’appelle. Sache que tout ce qui : m’appartient sera à toi. Oui. Delgrès savait que le fort allait sauter. seigneur. retourne au désert. comprennent. L’une s’appelait Léonine. et poursuis l’histoire! Un homme qui battit le roi Tila en 1417. il ne lui faisait pas voir de la misère. retourna.. noojj resterons au fort. un homme. conteur intelligent. Non. le vainqueur de Tila.Sa ki konprann. et il dit à son maître : « Seigneur. Dioudji. et.. dit encore Simon Laigle.Et voici maintenant l’histoire de Dioudji. Va. . car son maître était bon avec lui et était allé jusqu’à le considérer comme son garçon. mais toutes deuxf ! attendaient un enfant. retourne auprès des tiens. ton maître te traitait humaine­ ment. mais tu vivais dans une cage dorée.. .

. les autres n’évoluent pas. les premiers à partir sont parfois certains parents. Il faut briser le silence de la mort. » En général.J’ai une mission à remplir. petit à petit.. Il faut dire qu’ils tiennent compagnie au mort. c est quelqu un qui sait bien lire. Victor Schœlcher: «O ù vas-tu? lui demanda sa femme avant son départ pour la Guadeloupe. des danseurs. on a commencé à faire passer le livre pour mettre d’autres personnes dans le bain de la prière. les boissons. Ce n’est pas tout le monde qui peut faire ça. dire des blagues. Nous ne pouvons être dans une veillée et rester silencieux. Avant de mourir. les devinettes. Ça. On me demandait souvent. et nulle considération ne saurait m’arrêter. et. on fait des prières. Avant. responsable de la veillée et de l’ordonnancement des ■obsèques. applaudir aux exploits des lutteurs. c est la vie du mort qu’on célèbre par les chants. Mais une fois les prières finies. il faut lire les prières tout le temps. il est appelé de maison en maison. les jeux de mots peuvent comme ça s’enchaîner jusqu’au matin. avec Delgrès. on n’allait pas au travail. tous membres de la grande femille. au début des veillées. C’est là qu’on peut voir qu’à présent la famille n’est plus Parent du défunt. Nous ne pouvons être réunis et ne pas chanter. jusqu’au lever du jour. » Les histoires. le lendemain matin. Écoutez aussi la parole de ce grand homme qui nous a délivrés de l’esclavage. on est recueilli. Bien sûr. il faut être choisi. Trois cent deux personnes sautèrent donc à Matouba. on passait toute la nuit. Alors. le tambour. Capesterre est une commune évoluée. J’étais reine de la prière dans mon village. répondit Schœlcher. etc. Mais. hélas! les gens ne restent plus dans les veillées comme avant. rire. Maintenant. beaucoup de gens sont allés à l’école et savent lire le français. Alors. c’est la vie qui prend le dessus. à sa famille. à faire à manger. les contes. la nourriture. et j ’étais obligée d’aller diriger les prières. certains disent : «Je veux Unetelle pour diriger mes prières. Mais si c’est toujours le même qui lit. c était les parents. . on restait avec le maître du mort * pour l’aider à nettoyer la maison.

Je ne veux pas qu’on batte dû*! tambour. on continue f toujours à faire de grandes veillées. je veux seulement les jeux de mots. le racisme des gens qui ont de l’argent. qui sont etijji haut dans la société. la causerie toute la nuit. Ils disent qu’ils ne veulent pas de scandale^ devant leur porte. et ceci de deux façons. mais aussi la mentalité des gens qui a changé.aussi large qu’autrefois. Les* jeux de mots. Ils veulent jouer à l’aristocrate. mais. luttes de danseuiS 62 . nous vivons dans un temps où la mort n’est plus à toi. et. Tout ça compte. mère. ils sont devenus plus personnels. A la campagne. Je ne sais pas. Ils savent que le patron peut prendre une sanction contre eux. Tout ça. je ne veux pas de désordre. quand ils disent « p r a de veillée devant ma porte ». tu ne peux pas rester là et manquer ton travaiL l Deuxièmement. devant la 1 mort. S A Petit-Canal. si tu habites loin. enfants. c’est du racisme. on ne peut pas faire de veillée. tu es pris. l’église refusait de faire l’enterrement pour 1@H morts qui avaient eu une veillée avec chants. Père. ce sont des choses de “ gens de bien”. c’est tout. j ’entends : « Si demain je j meurs. si tu fais l’école ou si tu travailles dans un bureau. il te faut de l’argent pour te I déplacer. il faudrait | chercher à expliquer ce changement. Nous avons dans la tradition oÆ racisme-là. qu’on chante. frère. après avoir passé une nuit blanche. D’après moi. et ça me fait de la peine : voir les parents rester à deux ou trois quand tout le monde est ■ parti avant même 2 heures du matin pour aller dormir. les gens d’aujourd’hui ont aussi de la fainéantise dans le corps. Ou alors. C’est pourquoi il ne faut pas regarder seulement cette question des patrons qui font pression. Autour de moi. dans la grande classe. Je l’ai constaté dans plusieurs veillées. tu dois ramasser tes forces. Si ta famille est cassée comme ça. Certains sont dans laj petite classe. je me dis : les gens travaillent. mais je me demande si. Il n’y a plus comme avant ce grand partage de la vie et de la mort. même si c’est un parent proche. mais. Nous aussi. c’est vrai. D’un côté. par un parent quelconque. ont un pied dans la» grande. quand je réfléchis. ils ne ’ peuvent annoncer au patron : « J’étais dans une veillée » s’il ne ! s’agit pas de la mort d’un parent proche. c’est que les parents j ne sont pas d’accord. nous allions souvent au travail. Premièrement. ça ne me fera rien car toufj ça c’est posé. sœur. » 11 Pour moi. Ils ont toujours envie de dormir. les gens sont encore pareils. d’un autre côté.

car. de la nourriture. mais ça vient tout doucement. Ici. parce qu’il ne sait pas avec quel argent il va acheter les planches du cercueil. on recouvre les lits. l’électricité. plutôt. Le maître du mort n’était même plus responsable de la maison. la mort. maintenant. Celle-ci était envahie par tous les gens du village qui dirigeaient les opérations. Tout le monde était dans l’affolement. Un voisin apporte le café. un autre le rhum. droits comme des piquets. pleuraient telle­ ment! On les ranimait avec de l’éther ou. tout doit être propre. nous essayons de faire revivre cette solidarité devant la vie et la mort. Cest la façon de réagir devant elle qui change. » Et toute la collectivité est là. parce qu’au fond notre façon de voir la mort n’a pas tellement changé^ Bien sûr. c’est tou­ jours la mort. il n’y a pas beaucoup de travail. Ce n’est pas encore aussi solide qu’autrefois. Je parle de la campagne et non de la ville. Les gens criaient. on plaisante toujours avec la mort. on leur mettait des grains de sel sur les pieds. la grande mode. un désastre. 63 . on récure les planchers. l’Église n’agissait pas comme ça. parents comme voisins. pour tous. La mort était ressentie comme une grande perte pour la famille. des bougies. On balaie la maison. maintenant. mais aussi pour le village. comme l’anoli * qui change de couleur et reste toujours anoli. C’était vraiment une catastrophe pour tous. avec un petit mouchoir. s’évanouissaient. En allant chercher de l’eau. et. à Grosse-Montagne. A Capesterre. on peut entendre : « Le maître du mort pleure comme ça. il n’y a plus toutes ces manifestations de la douleur. membres de la communauté chrétienne.Courez pour aller chercher de l’eau! K Une autre appelait ses enfants : Petit lézard familier très commun aux Antilles. Nous. Chez certaines personnes. Il faut surtout aller chercher de l’eau pour remplir les barils. Chez d’autres. Ça a évolué petit à petit. les membres de la famille en avant pour s’activer. On dirait que certains veulent pleurer comme les Blancs. c’est l’eau courante. la mort. Ma mère nous appe­ lait: ■' . c’était un grand scandale. Tous les enfants dévalaient les mornes. des feuilles de corrosol.au bâton et tambours. Avant. le corps raide. c’est seulement à l’occasion d’une mort' qu’un peu d’ordre est mis. nous. et sur le dos du maître du mort.

on la déversai dans un coin précis du jardin. Quelle honte quand le mort dégage une mauvaise odeur. .Lave-lui bien les trous de nez. les dents. et l’on enterrait les feuillage^ Maintenant. le lendemain matin. Des gens qui n’avaient pas comme nous toutes les facilités et. la faisaient sécher près du foyer. Après le départ du corps. Moi aussi. une vieille robe. et même de l’Afrique. ce n’est pas ce qui le rendra propre à l’intérieur. qu’il ne vienne pas grigner devant toi la nuit. Elles ont toujours fait ça. elles faisaient bouillir le linge. Il en fallait. on disait des blagues : . ou encore quand son sang a tourné. il doit être propre pour aller rejoindre Dieu. avec des souliers usés. Il te faut sortir propre de ta case. de l’eau. Mais c’est un rite. l’odeur de sa maladie parfois. Ce n’est que par temps de choléra qu’une telle chose peut se faire. à le poudrer. pour faire de la magie et de la sorcellerie. ce qui compte. Tout en le baignant. On a toujours vu les anciens faire comme ça. alors. c’est la propreté du dedans. tu prends soin de lui. à l’habiller. c’est vrai. frotte bien avec le basilic tous les petits N coins. pourtant. Que ce soit un homme ou une femme. Tu vas sous terre. Nos ancêtres étaient nés avec cet amour de la propreté. elle était toujours nette. dit-on.. Les grand-mères repassaient même la vieille robe qu’elles mettaient pour dormir. pour baigner le mort! On allongeait le corps par terre sur un sac. toujours avec respect. même si tu vas entrer dans les entrailles de la Terre. Tu aimes ton corps. on continue à laver le mort. On pourrait laver le corps dix mille fois avec toutes sortes de plantes. mais tu ne peux y aller sale. la repassaient avec un fer chaude sur le charbon de bois. Les femmes pouvaient posséder une seule robe. les gens ne repassent plus tout le linge. Nous. étaient toujours propres. Si elles n’avaient pas le temps de le faire blanchir au soleil toute la journée.Courez pour aller chercher de l’eau! Tous les enfants étaient mis en branle pour transporter l’eau. et qu’il lâche de l’eau toute sale. cet amour pour leur corps* Une fois la toilette du mort finie. sommes propres par nature. on doit jeter l’eau du mort tout de suite car on L vole. Je ne sai 64 . Elles la lavaient le soir. Ça nous vient des ancêtres. je lave les morts. on recouvrait son sexe. mais j ’ai appris maintenant que. Maintenant. l’eau du bain avec les feuil1' était placée sous le lit. s’est caillé. les Guadeloupéens.. on le déshabillait. afin qu’il ne garde aucune odeur de crasse.

sont morts. il m’a donné la recette d’un thé de feuilles pourm e [ guérir. pour soutenir la tête. cela. elle avait enjambé le corps. Si l’on met dans le cercueil un linge ou un objet appartenant à un vivant.. Ils vous disent : oui. Les parents du mari avaient honte. Ta fille Lucinde n’est pas ta fille. les morts ont un réel pouvoir. avant de partir de l’autre côté. il m’a ^ dit ceci. le corps. dit-on. Lé linge qui est placé dans le cercueil. mais ils ne sont pas arrivés à la faire taire. Si pour certains les morts. C’est sérieux. Un autre aura rêvé d’un ami. dans la cuvette placée sous le lit. la mort. et c’est fini. mais. On entend : j ’ai rêvé de tel parent. pas qui a découvert ça.. leur mère.. Il a vu que c’était lui.. les pieds. ce qui se fait d’habitude quand on a peur du mort et qu’on craint qu’il revienne vous tourmenter. mais il l’a l. les membres de la famille se relaient auprès du mort pour empêcher une « expédi­ tion ». un objet personnel appartenant à votre ennemi. Je ne m’intéresse pas beaucoup à f'ces histoires. un vrai scandale. pendant que j’étais avec toi. Pourtant. Il ne doit pas emporter dans sa tombe quelque chose qui appartienne à un vivant. c’est F cet ami qui lui parlait. ce n’est plus l’eau du mort qu’on met. il s’est passé un événement qui m’a étonnée. mais je me suis arrêtée pour l’écouter car c’était 65 . en même temps que le cadavre. celui-ci "pourrit. vêtu de ses propres habits. les } morts ont du pouvoir. mais de l’eau propre. Pendant la veillée. On pourrait glisser un petit papier écrit. f ' H n’y a pas longtemps. même s’ils ont enterré leur père. il y a les bons et * les mauvais esprits. Ces derniers ont vécu en méchants et ï continuent à faire le mal après leur m ort Bons ou mauvais. Que de choses cachées elle met dehors! L’autre jour. ils ne sont pas morts. c’est une affaire importante. Le mort repose sur son lit.Paul. des cheveux. oui. j’ai entendu une femme qui expliquait à f tout un groupe venu prendre le frais devant sa porte tout ce que f les morts avaient fait pour elle. La femme de l’homme qui était mort s’est mise à hurler et à demander pardon à son mari : . Ici. Il n’a pas vu la personne même.bien reconnue. doit aussi être le sien. Paul. son billet de passage pour la mort payé. et le voilà « expé­ dié ». il faut que tu saches que j ’ai eu d’autres hommes. lors des adieux avant le départ pour l’église. et jusqu’à la fermeture du cercueil. les gens croient que les morts ont un pouvoir. pojur beaucoup.

me rendre chez Andrée. d’une personne que tu as connue. Voilà une chose qu’on ne peut pas contrôler. Trois jours plus tard. to pèd tout biten a to. Les vingt et une cases à quatre pièces avaient été emportées par le raz de marée.. an toua jou. bientôt.sais pas moi-même. elle vient te donner une prédiction. les yeux égarés. et bien disparu. elle est morte! Je me suis évanouie. et elle se réalise. an toua revenait. d’autres pas. Tu iras chercher ma cousine Andrée. qui était bonne couturière. croient aux rêves. Ceux qui l’avaient volée n’en profiteraient pas. Bientôt. . acheter des légumes pour préparer la soupe des accouchées. Tu rêves de quelqu’un. Certaines personnes disent qu’ils les reverront. trois jours. mon parrain est apparu à ma mère le lendemain de sa mort. je ne veux pas être enterrée dans n’importe quelle robe. ta sœur est malade. Le jour de ses couches. J’ai failli mourir moi-même. On vient me chercher r . « Les morts ont-ils un pouvoir? » se demandait Man Bety. d’autres qu’ont disparu. Ne laisse à personne d’autre le soin de coudre ma robe. ma sœur.Quand je mourrai. Voiià pourquoi je ne peux pas dire que les morts n’ont pas de pouvoir. d’autres.Lusla. mais dans la vie et auprès des Anciens. une de nos « grangrèk savann » . dam jou.Man Bety. pour la consoler de n’avoir pu toucher son héritage. Elle n’était pas là. marché.Malade. dans Pointe-à-Pitre.. Ma sœur. tanto. Leur instruction. parfois. tanto. Je ne peux dire ni oui ni non. une seule idée en tête. Vista. laissant le terrain à nu. Ah! mon Dieu. . le cyclone de 1928 passait et ravageait tous ses biens. Je suis allée 66 . me disait tout le temps : .comme on appelle ici ces gens pleins de sagesse et de science. j ’étais allée faire des commissions à Pointe-à-Pitre. tu as perdu tout ce qui te pèd tout Tanto tanto. c’est impossible! Je l’ai laissée en train d’accoucher. To . Je sens pourtant qu’il y a des choses que je ne peux pas discuter. et.. Et puis j ’ai. tu verras.Lusia. Je ne . Ainsi. ils ne l’ont pas prise à l’école.Bety.. encore.

et j’ai acheté du tissu pour la robe. Bon.Vous mettrez cette robe-là sous sa tête. . ma sœur rendit visite à M"* Claude. je tressaille. Mais quel travail vous m’avez donné! Mon enfant.Claudette. Je ne te demande ka di ou on sèl biten. Mon père aussi avait demandé d’être enterré à Baie-Mahault. ou pa le. Cesse de te faire du bizouen chaléré kô a-ou. la robe que Man Man Siméis fè ban mwen la.Et puis. elle accoucha la délivrance. tout ce qu’il fallait. j ’ai enterré le bébé là où ma mère enterrait ses fausses couches. D’un coup. sortir de la maison. une de ses bonnes amies. Men an mauvais sang. i ka Siméis m'a faite me va à merveil­ fè mwen tèlman byen. tout ce qu’on a fait pour moi est à mon goût. dis-je en sanglotant.Ban di-ou on biten. tante Hélène a oublié de me délivrer. ^doi je dis. et ma sœur fut libérée. Wôb la . Je ne pouvais supporter de voir deux cercueils. Tous les jours. il y a quelque chose. vous auriez dû me le laisser. Alors. je somnolais. Il fallait le mettre près de moi. Bon. tu sais quelque chose. huit pitit an qu’une chose. Dis-lui d’enlever la délivrance *. adultes comme enfants étaient là à pleurer. ma chérie. le sien et celui de son enfant mort-né. prends-les avec toi. . lui dit-elle. Ma sœur était déjà exposée. J’appelai tante Hélène. 67 . Chaque fois que je répète ces paroles. vêtue d’une robe que M® Siméis lui avait faite. Quelques jours après son enterrement au bourg du Lamentin. . la combinaison. . dans ce * Placenta. qui tenait une boutique d’orfèvrerie. enki pran yo pou ou. Le soir. mes huit enfants. Je suis obligée de comprendre que les morts ont du pouvoir. A la maison. au pied du cocotier.emprunter de l’argent à un de mes amis. je ne veux pas m’en aller avec. comme oreiller. devant la porte. me convient parfaitement. à la veillée. mwen la. c’est cousine Andrée qui lui fera sa robe. en rêve. Je fis enterrer et l’enfant et la délivrance. reprit-elle. C’est bon.Écoute bien. Elle avait fait une grosse hémorragie et était morte avec la délivrance. pleurer. Ma sœur vint me parler. il me faut monter à Chartreux pour l’allaiter. sur la terre de ses ancêtres.

je peux en témoigner. je m’ennuie un peu au bourg. Quelque chose comme une puissance existe. Quelqu’un qui a un cancer. Je suis bien entouré. Marraine.cimetière où.Ay. posa le fera repasser et s’exclama : j 68 . Pour élever ses enfants. ce sont les actes qui comptent. un peu inquiète. Il est venu me tranquilliser : .Zut! On n'enterre plus les gens à moun an bitasyon. Une seule chose. A sa mort. Ça me gêne. Ses enfants étaient toujours bien mt| tirés à quatre épingles. j ’ai bien vécu. Et je l’ai enterré au bourg. J’ai l’esprit tranquille. et pas ces histoires d’aller à la messe. qui tisse ensemble vivants et morts. C’est arrivé à ma marraine et à mon père. J’avais défait son goût. Ce que je trouve extraordinaire est que certaines personnes savent à l’avance quand elles vont mourir. Nous disions simplement: les gens meurent Parfois. Ça ne fait pas très longtemps que les gens n’ont plus peur des morts. il traînait avec sa mort sans arriver à mourir. nous ne connaissions pas le nom des maladies. Le monde s’habitue. el| lavait et repassait aussi. peur de toutes ces choses qu’ils font. sa ja pasé dimôd téré . Je l’avais fait. On disait: regardez comme il souffre. et tous prient Dieu pour moi. .Je suis à l’aise où je suis. qui n’est qu’un homme comme moi. Je n’ai jamais couru après monsieur l’abbé. la campagne. ce n'est plus la mode. on fête les morts comme dans l’ancien temps. quand une personne souffrait longtemps avant de mourir. chaque année. Un jour. chè. Bety. Le pauvre. à la Toussaint. Avant. mais le regrettais et le regrette encore. les langues per­ verses allaient bon train. Je n’ai fait que du bien sur la Terre. il laisse toute sa chair se dessécher sur lui. et elles meurent le jour dit. Comme je te le disais de mon vivant. C’était une habile couturière et une fine brodeuse. c’est quelqu’un qui a fait le mal. je me suis dit : . par exemple. elle envoya un de ses garçon? chez son père lui demander un peu d’argent pour le repas du soi| L’enfant tardait à revenir. Je né sais pas trop. Elles vous disent je mourrai tel jour. Ma marraine ne s’entendait pas bien avec son homme et venait souvent chez ma mère qui l’aidait un peu. comme pour l’enfant de ma sœur. La mort est une chose humaine qu’on ne peut arriver à contrôler.

. i x Ma marraine savait qu’elle allait mourir dans un instant. lui appliqua des feuilles de « guéri-tout ».Dire que je vais mourir sans revoir mon enfant. Et elle continua d’une voix pleine de tristesse : . Allez me chercher ma sœur Amélise. La nappe que j ’ai brodée pour Élise. ' .Ne te donne pas tant de mal. et fais-en une robe pour m’enterrer. Nettoie à fond le pavillon de mes oreilles. Elle insista : 69 . . . ton enfant doit pleurer.Avec ce bourreau de mari. Dieu bon. la très belle nappe brodée et ajourée que je faisais pour la chapelle de Baie-Mahault. . Je vous en supplie.Je te dis que je vais mourir. . qu’elle me lave les cheveux. .En voilà des paroles! lui répondit ma mère. marraine lui dit : . Sur le chemin. on ne sait jamais. . lave-la bien propre. Elle avait repassé. qui sentait cela. gratte fort. vois-tu. Le Bon Dieu ne voulait pas que je lui offre ce qu’avec tant d’amour et de foi j’avais fait.Monte le voir. .. ne déparle pas! .Écoute.jenir. commère. Je n’ai plus assez de force pour m’occuper de cette nappe. . pour laisser ainsi mes enfants. Ce qui m’embête le plus. ma fille. s’il te plaît. je vais mourir.Quelle histoire de mort c’est ça? Te laver les cheveux avec un refroidissement! Pour attraper une maladie alors.Vonette. marraine tomba toute chaude dans la ravine. Je ne veux pas mourir avec toute cette crasse de maladie sur moi.Mais non. Décrasse-moi la tête. refusait de mourir devant elle. faites-la bien bouillir et blanchir. elle avait sué. marraine. .Mais arrête. elle n’est pas terminée. c’est de vous laisser à charge tout ce tracas pour m’enterrer. Sitôt qu’elle arriva à la maison. faites attention qu’on ne dise du mal de vous. c’est délicat. le choc pouvait lui faire passer son lait. maman lui fît boire un thé d’écorce de grains de café.Tu dois bien me peigner.Commère. Je vais aller voir. Marraine. je lui ai donné à téter avant de . Vonette allaitait. blanchis-la. Un petit enfaiît de vingt-six jours. .Envoie-la chercher. Vonette. cousine. je n’ai pas encore envie de mourir.. . Quand Amélise arriva. ne laisse aucune pellicule.

les: voisins. car demain. et il en mangea.Malade comme tu es. A un certain moment. ma tante. va me chercher tous les enfants de ta sœur ainsi qui cousin Mano. La mort est dans mes yeux. il m’appela: . dire que demain je ne serai plus lai Bety. s 70 . tu installÉ ras une petite boutique pour gagner ta vie. Il fit appeler ses amis. Je veux voir mes enfants. comme ça. Il était malade et souffrait du genou. Sur ce morceau. Le soir. Je veux les voir avant de passer. Et elle mourut. il te fera trop d’histoires. Vonette partie. elle dit : . . Je vais les attendre assise dans la berceuse. et ne me dis pas que tu iras tout à l’heure. papa. Va et. je me meurs. Ma tante lui fit des doucelettes au coco.lui fit plaisir et lui apporta deux belles oranges. Mon père sut aussi qu’il allait mourir. va voir ton bébé. Maman . Allez chercher tous les voisins. si on envoyait chercher les parents installés sur la terre au haut du chemin? Je voudrais leur demander dé faire un échange avec toi. Pour aujourd’hui même. Tu leur donnerais un peu plus de terrai des fonds pour moins sur la route.Joséphine.avait-elle aperçu un signe sur sa figure? . . Il ne nous avait pas encore dit qu’il allait mourir. Allez me les chercher.Bety. demande à Man Ragondier de me prêter sa berceuse.Vonette. il me demanda d’aller lui cueillir des oranges. Je ne veux pas mourir encore. AÜj ce n’est pas de la blague. Je n’aimerais p i que tu vives avec ton beau-frère. Le bourreau de mari ne m’a pas envoyé mes enfants.Lundi.Est-ce toi qui vas les manger? Je ne voulais pas lui donner. en passant. II dit à celle-ci : . je vais à l’hôpital. Un samedi. à dire des blagues*" à parler des élections municipales qui devaient avoir lieu le dimanche.Elle n’aura pas le temps d’arriver. mais ne l’appelez pas. tu vas me préparer pour aujourd’hui une de ces douceurs que tu sais si bien faire. il se leva et annonça : . Il n’était pas si malade que ça. Avec ses camarades. je ne serai pas là. sa sœur. tu veux manger des oranges froides? C’est être trop vorace. . il resta là à bavarder.

vers 3 heures du mâtin. . Quant aux demoiselles Odilia et Andréa. ma sœur mettait au monde une petite fille. entoura son ventre de ses deux bras. il part pour l’hôpital demain. énergique. un fort caractère. je n’aurais pas le temps de le boire. . je ne leur 71 . Quand il commença à faire moins noir dehors.Oh! Tu me. mon père me réveilla et me demanda de lui faire un peu de café. Je partis la peur au ventre.Tu me laisses mourir sans mon café? Je ne comprenais rien à ces paroles de mort. sans la tuer elle-même? Elle finit par se lever et vint. Fais-moi un peu de café.Me lever à cette heure de la nuit pour te faire du café! M’obliger à aller dehors! Tu veux que les zombis19 m’emportent.Embrassez fort Papa Mine. Il embrassa tendrement tous les enfants. Va me chercher ta sœur. pour prier ma mort. passant la main dans leurs cheveux. Mon père la fit s’approcher. l’embrassa et dit : . tu ne veux pas passer un peu de café pour moi? C’est ce que je demande à ma fille avant de mourir. Le dimanche. ma fille. Je ne bougeais pas et restais silencieuse. fais le foutre le camp d’ici. cousin Mano. Deux semaines après. toi. il và vous laisser. les enfants.Tu n’as qu’à te faire servir par ta femme.laisses mourir. Odilia et Andréa. Elles avaient dit que j ’étais un ■malfaiteur. . veille bien sur ma deuxième fille. . . Ma sœur était enceinte et attendait pour bientôt son sixième enfant. les femmes enceintes ont le coips si lourd. Dis-leur de venir voir comment on meurt de belle mort sur son lit. je ne verrai pas cette petite. comment lui annoncer la mort de mon père dans son état de fragilité. Fais appeler son fiancé et fixe avec lui une date pour le mariage. 3 heures du matin! Il fait encore noir et la cuisine est dehors. Si le misyé ne se décide pas. un mort l'avait secouée.Il est trop tard. Normal. Et toi. Une enfant qui sera une femme bien debout. papa? . le secoua un peu. . dans la nuit.Je vais à l’hôpital.Pas ta mère. je vais te faire ton café. J’ai eu du mal à réveiller ma sœur.Papa. Et puis. disait-on. Qu’elles apportent aussi leur «ange conduc- ». en temps habituel. je me décidai : .

sur mon lit. Pour comprendre. a une heure pareille? . . Je ne pet 72 . je le jetais. Chaque fois que j’en faisais. Les Anciens nous apprenaient qu’avant de boire ou de manger quelque chose. ou il se renversait ' par terre. je croyais à tout cela.. anmoué! Accourez. Nous avons pleuré. . zéro. Ma mère. nous ne nous enten­ dions pas.Odilia.C’est mon père qui m’envoie. il fallait donner aux morts leur part. nous agrippant l’une à l’autre. je ne peux p dire que les morts fassent quoi que ce soit pour moi. Si tu ne respectais pas ce commandement. boire le café fait par ma fille. Les morts n’ont pas de pouvoir. Je croyais que ce n était pàï vrai. qu’est-ce qui vous prend. . de ma belle mort. je voudrais. J’entendais encore mon père : « Va me faire du café. mon père est mort! . Elles firent le déplacement. maintenant. il t’a dit de venir et d’amener Andréa.Non. était restée froide. A la fin. avant de mourir. Il vous fait dire : venez voir comment meurent les gens dont on dit qu’ils ont fait le mal.Anmoué. . elle ne] comprenait pas. » Et jê ne lui avais pas accordé ce plaisir. Cest vrai. tu sauras si j’étais un malfaiteur. je suis pourtant intervenue : j .. En finissant ces paroles. Manzèl. . K| nourriture t’échappait des mains. \ Je suis restée au moins deux mois à ne pas pouvoir boire ae j café. on dit tellement de choses sur les morts.. Venez aussi pour lui lire la prière des agonisants.Vous m ’avez réveillée. . Depuis longtemps. j . Mon père les accueillit avec un large sourire.Encore une blague de ton père que tu me chantes là. crié.Avant. Ma cousine et moi nous pleurons à chaudes larmes. je vais mourir. remettre tel femme en perdition dans le droit chemin. I Man Bety raconte si bien que je n’ai pas vu l’heure passer. Je ne peux plus continuer à être d accord avec vous. il mourut d’un coup.adressais pas la parole. quant à elle. . . tellemei d’histoires circulent sur leurs pouvoirs : faire trouver du trava sauver tel enfant de mauvaises fréquentations.. Moi.

mais la vue d’un cadavre ne m’impressionne pas. ils n’arrivent pas à dormir. mon §èrè et ma sœur.avait a sa charge ma mère malade. Il ne me viendrait pas à l’idée. je pense à eux. Une autre ^encore était restée à Carangaise. Mais une personne déjà âgée. quelqu’un mort dans un accident. je me r demande comment elle fera si un de ses proches vient à mourir? Elle ne peut participer à aucune veillée car ensuite elle voit le mort toute la nuit devant elle. L’homme n a pas été créé pour vivre éternellement sur cette terre. j’ai la foi et ma Voyance est toujours là. tu souffres. et que nous nous rejoindrons. II nous faut passer par là. je peux pleurer sa mort. et elle a très peur. il lui fallait gagner sa vie. beaucoup de parents. je pleure avec eux. quelqu’un que je viens de voir . » Dans ma f croyance à moi. avec moi. et si cette personne est morte. Je ne sais pas pourquoi. mais je ^ n ai pas cette sensibilité pour un mort. nous mourrons. qui souffre. parce tue ma mère vivait dans le malheur. Nous avons été créés. Alors. j ai souffert de sa mort. Je me dis : « C’est quelqu’un avec qui j ’avais de bonnes relations. à souffrir. mais je ne me désole . et elle . Bien sûr. ne savaient où donner de la tête. c’est son corps qui est mort.J’ai déjà perdu mon père. mais ce n’est peut-être pas eux. ma mère. Quant à moi. Je connais des gens h qui ont tellement peur des morts qu’après avoir été visiter une n personne morte. je peux les voir me donner quelque chose en rêve. malade. c’est une famille que j’aimais bien. s’ils m’apparaissaient en revende dire : ce sont eux. même s’ils se couvrent des pieds à la tête. une de mes sœurs ■à Pomte-à-Pitre. C est comme pour ma mère : j’habitais ici. quand maman est Jlttorte. et ceux qui s’occupaient d’elle. surtout à ceux que la mort bouleverse II ! ne faut pas les empêcher de pleurer. ils ont un pouvoir. Alors. je sais que cette personne est morte. Je n’ai jamais eu peur des morts. pais elle restait là. que je mourrai un jour. mais il faut te faire une raison. par exemple. : Je suis toujours prête à aller consoler ceux qui en ont besoin à r leur redonner courage. je me demande comment il pourrait agir sur moi m effrayer. Moi. P35 dire c*. bien vivant et que je retrouve mort. Elle avait à boire. C’est cette ‘ croyance que m’a donnée l’Évangile. cette ’ Personne te manque. C’est elle qui m’inspire quand 73 .. Ma voisine. une autre au bourg de Capesterre. mais je n’ai pas été désolée. à manger. En l’appelant i ’est une grande grâce que Dieu lui a faite. Je peux me désoler pour .

s’ils ont un malade chez eux. JB C’est drôle. * Man Joseph. chez le maître du mort. dès le corps parafl défont les lits. me rendre compte comment ils ont accepté la mort. j On a laissé le cadavre au cimetière. Je ne crois pas non plus qu’on puisse « envoyer un mort ® sur quelqu’un. après l’enterrement. où l’onJ refait une veillée. De même. qui . pour «déposer le mort». on dit : « Untel à ll fait à Untel une méchanceté. Mais presque tout le monde. dans sa maison. après l’enterrement. il a utilisé la sorcellerie contre lui. Il va rester là. je descends de la voiture qui nous ramène du cimetière avant d’arriver devant la porte de la maison du mort. je me retrouve à la maison du mort pour encourager une nouvelle fois les parents. et s’en aller la nuit du vénéré. j . mettent les draps dehors.Je dis : . . Quand un malade ne guérit pas. jettent l’eau du b a il* J’ai toujours vu faire cela sans jamais pouvoir poser de q u |9 tions. je ne crois pas qu’en sortant du cimetière.Je m’arrête ici car moi. que j ’aime beaucoup plaisanter. ils ne prennent pas ça au sérieux. je ne vais pas déposer le mort. leur tirer les pieds la nuiM leur faire peur quand ils doivent sortir le soir. l’enfant pourrait naître «les yeux en l’air» (révulsés). en suivant respectueusement les règles® le mort ne reviendra pas les embêter. certains disent pendant! les neuf jours de la prière. 9 Moi. 9 74 . W lui a envoyé un mort. » Il a invoqué un mort au cimetière et âH envoyé son esprit sur lui. interdisent qu’on aille les visiter au retour du cimetière. pourquoi. retourne dans la famille. Quand je ne connais pas trop bien la famille. puisqu’il y a des gens.après l'enterrement. ceux qui soÉH venus seulement pour l’enlèvement du corps. le mort est su® moi. je me rends compte que t i n ancêtres nous ont laissé toutes ces coutumes sans explication!» Par exemple. Comment peut-on « déposer le mort » puisqu’on l’a déjà déposé au cimetière? Est-ce que le mort est sur vous? Peut-être bien. D’autres pensent qu’il ne peut partir qu’après la ! messe donnée en son honneur le quarantième jour. leur raconter comme tout s’est bien passé au cimetière. on ramène l’esprit du mort j chez lui. Comme les gens savent que je suis une grande blagueuse. le mort restera sur toi. en racontant ça. Si les vivantfl ont bien tout fait pour lui. les femmes enceintes ne doivent pas rendre visite à un 1 mort.

mais sans rien savoir. et je découvre qu’elles avaient une signification. La plupart . ■ aujourd’hui. d’entre nous reprennent ces gestes sans avoir toutes les clés. Des Noirs. Elle a répondu que non. Je ne savais pas leur importance ni ce qu’ils représentaient. r j’ai observé beaucoup. ils n’avaient pas le droit de | poser des questions aux grandes personnes. que la terre tombe sur leur estomac! Pour i. il fallait avoir les 75 . masques à cornes. rien •ifest plus important que posséder un caveau de famille. enfant. mokozonbi20. je m’en e. vous pouvez raconter après : j’ai vu ça. ce serait utile de savoir le sens de tout ça. Un jour. Je n’avais pas la vraie connaissance. Personnellement. comme c’est drôle! i Je repasse en moi toutes ces coutumes. il y a plein de choses sur lesquelles je m’interroge encore. un vrai Congo. on se déguise en Nègre! On se met tout nu. Pourtant. il y a autre chose. Pourquoi tant de Quadelou­ péens ont-ils si peur du fromager. étaient secrets. caveau ou pas. C’est pourquoi. vous suivez tout avec vos deux yeux. Avant. j’allais me cacher sous le lit quand. à la radio. . Ce n’était pas n’importe qui. Quant aux enfants. les caveaux n’existaient pas. Pour être secrets.nt pas. on ne connaît et ne comprend que très peu. le bougre a expliqué que ces hommes se peignaient en noir pour représenter les Nègres d’Afrique. déjà noirs de peau. une vieille personne parlait de tout ce que la Guadeloupe a perdu: masques à Congo. disent-ils. ils . et pour devenir un vrai Africain. Alors. Le journaliste lui a demandé si elle connaissait la signification de ces masques. qui se peignent : en noir. j ’ai vu faire. peur de tout ce qui nous vient du temps où nous étions esclaves? Enfant. à l’époque du Mardi gras. les masques à Congo passaient. Ces grands diables tout nus. J’ai ri.Par exemple. juste en cachant son sexe. pourquoi. Il faudra toujours creuser la terre pour y plonger mon ïs. Les anciens faisaient leurs affaires sans rien dire. et puis quelqu’un a né l’exemple. pour certains Quadeloupéens. masques de la mort. sans linge. Moi. ' vous êtes là. Si vous savez : retenir les choses. Mais vous. j’ai fait aussi. on se barbouille de noir. mais que ça se faisait. Ils ne ' . Certaines personnes savent. j’ai ri! Alors c’était ça: au carnaval. le corps passé au noir luisant. De toutes ces mille et une choses que pratiquaient les ancêtres. m ’ont toujours terrorisée. des « masques à Congo » qui défilent encore au carnaval.

on ne fait pa$j attention. Il y en a qui veulent derrière leur dos beaucoup de j voitures. ce n’était sûrement pas par vantardise. d ’autres des fleurs et de la musique. être en haut. en famille. qui ont jf dû beaucoup souffrir dans leur vie. rien. plus gros. Si tu n’as pas i de caveau. Et. Ils voudraient une belle case j pour épater leurs amis. pour ne pas rater ça. vous disent : « A ma mort.. N’est-ce pas dans la mort qu’on cherche à rattraper ce qu’on n’a pu avoir de son vivant? Chacun veut prendre sa j revanche. -Æ Dans ton cimetière. Le fossoyeur est payés au mois. celui qui est sur ta propriêtH 76 . devenir une vraie personne. Certains. Les maîtres habitaient de belles et grandes maisons.. il faut bien le dire. de la cérémonie. plus rien. Reposer dans un caveau montre que vous êtes une « personne de bien ». une grande case pour loger tous les | parents qui viendront de loin et resteront là pendant les neuf j jours de prière. ici on vit avec cette idée et chacun se prépare à l’avance. rien. Une fois to m ijl il est tombé. Un autre a voulu l’imiter. lu » c’est comme un dépôt. des voitures à louer pour aller chercher les gens dans toutes les sections sera dispo. se séparer des siens. dans les cimetières éiffl bourg. Va-t*en savoir à qui il appartient! Le caveau. Les gens ne veulent pas « perdre leurs os ». maintenant. Elle 4 n’a jamais eu des idées de grandeur. La première chose qu’on vous dit : « Mon Mare-Gaillard est payé21. ni | fleurs ni couronnes. Ses parents n’auront pas à mettre les mains • sur la tête ni à implorer quiconque. l’argent de son cercueil. En réfléchissant. Ils ont peur-l d’être déterrés. il tombe là ou ailleurs. On déterre un mort. de vraies maisons. j longtemps. il n’y a plus de respect. Les orgueilleux désirent. tous tes os restent là. les esclaves de petites cases. Les caveaux sont devenus plus grands. Elle a fait ce caveau comme a peut-être l’auraient fiait les gens de son temps pour qui la terre ! avait beaucoup d’importance. je me dis que l’importance que les petits attachent au caveau doit venir du temps de l’esclavage. » La personne est tranquil­ le. De la$j personne. Un os sort de là. c’est quelque chose de très dur.. tu es moins que rien. il ne reste plus un os. j Même si mourir.moyens. une mort convenable. puis un autre encore. nible sans problème. les os sont perdus. » J Lorsque ma mère a construit son caveau avec l’argent de la ^ terre de sa cousine. ] soi-disant. *4 J’ai entendu donner une autre raison de cet amour d er| caveaux. Le fossoyeur jette tout.

je n’ai jamais vu ça. un an de gros deuil. chez moi. ils ont poussé. et vous le portez pendant neuf *tois. quand tu déterrais un mort. c’est vrai. dans un musée. trois ans de deuil.tout jeter .Regardez. . Je comprends que les gens ne veulent pas qu’on méprise ce qui reste de leur corps. se lèvent la nuit. six mois. dans la société. pour une mère. Comment se fait-il que la femme ait droit à un plus grand honneur. c’est la mère.Vois comme ses dents sont restées blanches. les mères n’ont pas la meilleure place. pour un père. L’homme ne fait que vous ïiettre le gosse dans le ventre. des os sont installés dans des vitrines. il y en a quelques-uns . tout en noir. un père n’est pas une mère. deux ans de gros deuil. la mère a trop de travail et les envoie promener. très souvent. L’homme a peur des bébés jusqu’à s cinq.Et les cheveux d’Unetelle. Je m’interroge sur cette autre coutume que nous ont laissée les anciens : comment expliquer que. on porte le deuil pendant trois ans.. «os à Untel». Après. à boire ensemble.. mais. mais je ne peux pas vraiment en parler car. deux seulement pour l’homme. ce . tu remettais tous les os bien en place. alors qu’on ne lui donne pas cette même place dans les affaires de la vie. par exemple. un an de demi-deuil. nous constatons que ite la vraie valeur.il ne faut pas . Untel est mort en dernier. Ils se retrouvaient là à manger ensemble. Bien sûr. Les os ont bien une valeur puisque j’ai vu dans un livre d’histoire qu’en France. mais je me demande pourquoi on accorde à la femme la meilleure place dans le deuil. l’enfant n’a pas quatre semaines 77 .qui participent à l’éducation des enfants et s’occu­ pent d’eux quand. . ses os sont plus frais. En plus. . Maintenant. les ont sur les bras depuis la naissance. quelques papas qui prennent les enfants dans leurs bras et leur donnent le biberon. étiquettés: «o s à Untel». Pourtant.sont les mamans qui font les enfants. un an de demi-deuil. Si nous regardons bien. D’ailleurs. je vois. parlant avec respect dès morts qu’ils avaient connus. C’est une chose à laquelle nous devons réfléchir. ceux qui fouillaient avaient un lien de famille ou simplement d’amitié avec le mort. et qu’elle n’ait jamais la priorité sur l’homme? Com­ ment se fait-il que seulement dans le deuil elle passe la premiè­ re? Une maman compte plus qu’un papa.

j ’ai une fille de mon premier ménage. la mori* d’une mère. le père est comme une pièce rapportée. lui donnent la meillëjjM Avec un père. La maman travaille. Alors. son père. ne malmène pas trc® ton corps. rien n’est assuré. je comprendrais. Lucie et eux sont frères et sœurs « côté maman » puisqu’ils n’ont pas le même père. Tu respectes ton deui® en n’allant ni au bal ni au cinéma. Nous avons toutes été élevées à nous méfier des hommes. Que de souffrances pour la mère. c’est I dans le cœur que tout se passe. Ce so jn eux qui. Mais tu es ouvrière agricole et c’est M soleil qui te mange. vous débrouiller avant de partir pour tout préparer. la mère des autres enfants. Les autres enfants disent. au moment de la mort. Elle m’a diïl qu’elle avait perdu sa mère il y a peu de temps. en ville. jB J’ai l’impression que les enfants ont vu toute la peine qiÉB depuis leur naissance. ils diraient : nous ne sommes pas « embranchés » puisque nous ne sommes pas sortis du même ventre. Je l’expliquais l’autre jour à une j dame que j’ai rencontrée dans un coup de m ain22. Je lui ai répondu : ï . Le noir pour moi n’est rien. Alors. Avec une mère tu es tranqufflM Elle te donne la force. Si tu travaillais dans un bureau avec l’air frais sufl ton cou. Mais si j ’étais la mère de Lucie. sa tête coiffée d’un foulard noir. Après une telle catastrophe. et une autre femme. ils se tuent sous ce soleil à j porter deux ans de gros deuil. l’emmener chez quelqu’un. et la robèj noire pour sortir. j J’ai beaucoup souffert pour élever mes enfants. 78 . mets une robe légèflÉl bleue ou violette pour aller dans les champs de canne. ménage ta santé. La famille côté maman compte beaucoup plus. Par exemple. il faut ramasser tes forces pour vivre. courir le reprendre. aller à la messe. ellej f l toujours là. alors : qu’avec une sœur « côté papa ». élever un enfant! Dans la famille.La robe noire n’est rien. on n’est jamais sûr. On peut compter sur une sœur «côté maman». c’est ce qui se passe dans ton cœurl qui compte.qu’il vous faut aller travailler. qu’elle ne pouvait! faire autrement. une telle perte. Sous la pluie. Elle portait! une robe noire. l’orage. mais elle pense tout le temps à cet enfant qui n’est pas avec elle. mais je ne suis ] pas d’accord pour qu’à ma mort. leur mère a supportée pour eux. et. le soleil. quand il n’y a pas à la maison un aîné pour le garder. Joseph.

mais je crois que le dire. „ Vembarras. Je ne sais pas trop. ma mère m’a bercée avec. ta sœur n’est pas là. et moi je la chante toujours. Sé manman tousèl ki dan lami. Et c’est tout ça qui nous a fabriqués. le faire des Anciens. la. misère. mères. papapa la. . grand-mère la chantait.Maman toute seule reste dans ra. nous. Pitit dodo. Sé manman tousèl ki dan lanba. Maman toute seule reste dam la zè. le bon comme le mauvais. sésé pa Dors mon petit. Guadeloupéens. leur vision du monde sont enracinés en nous. y Cette chanson. pour endormir nos enfants . Et qu’est-ce que nous chantons. nous. . papa n'est pas là.

la vente est la seule solution. tu vends. l’autre acheter ailleurs et construire une maison. tè a manman. Il faut pourtant savoir comment acheter. jusqu’au petit doigt. une marque. La terre des ancêtres. Elle fait la part des choses. avec le sang hypocrite qui coule dans les veines des enfants d’aujourd’hui. James Baldwin. sans rien céder aux autres. Tous ensemble. ne pas reconnaître qu’ils t’ont enfanté. Vendre la terre des ancêtres. Chacun prend son argent et personne ne connaît plus personne : l’un va peut-être voyager. Sa pa ka vann La terre maternelle. les membres de la famille sont unis à la terre. d’où vient ce bien. tu réfléchiras et tu t’écrieras : «Q u’ai-je fait?» Mais ce qui est fait est déjà fait et bien fait Pourtant. un morceau de soi qu’on ne peut pas vendre Vous pouvez faire sortir Venfant du pays. c’est délier la famille puisque ce qui la rassemblait n’existe plus. Si un égoïste veut tout garder pour lui. Si. par malheur. si une petite villa est construite. vous ne pouvez pas faire sortir le pays de Venfant. Comme les doigts à la paume de la main. tu ne peux. C’est faire comme le maître qui vendait un esclave en lui faisant perdre tout ce qu’il chérissait. après. ils forment un grand corps. Et aussi. apporte la paix. Vendre la terre que t’a laissée ton père ou ta mère. Chapitre IV Tè. parfois. il vaut mieux vendre. et dans quel sens. i Être obligé de vendre la terre des parents. les autres sont venus. la terre des ancêtres. c’est comme vendre ton père ou ta mère. Le pouce était déjà là. rappeler par ui signe. tè a granfanmi. tu ne dois pas la vendre. c’est pour certains . sé on moso a kô a-ou.

La terre des ancêtres. par peur. C’était donc sa terre. c’est plutôt une souffrance. » Je suis d’accord avec eux. On ne pourrait pas accuser ma mère de jeter l’argent par la fenêtre. Leur nom ne doit pas traîner devant la loi. je dis : je monte sur la terre de ma mère. toute seule. Même si tu ne peux pas le cultiver toi-même. Quand je vais à Carangaise. Si un cousin te laisse une terre. Nous nous sommes dits : il faut faire quelque chose de cet argent. qui ne se battent pas. toujours en affaire avec lui. sur la terre de mon père. Certains pouvaient. Ce qu’elle a fait. mais toi. Beaucoup. c’est une chaise coupée en deux qu’on sépare pour donner un bout à l’un. Tu seras . II y a ceux qui abandonnent leur part. Elle n’a pas pris cette décision toute seule. ne voit pas le locataire. Le tribunal avait déjà parlé dans cette affaire. de la terre maternelle ou paternelle. si c’est par peur de l’affronter que tu as loué (ou vendu. le fusil. qui occupe « sa » terre. elle l’avait reçue. Nous nous sommes dit : quand notre mère mourra. un bout à l’autre. Ça ne tiendra jamais debout. souvent sans résultat. elle pouvait la vendre. ne veulent pas entendre parler de problèmes d’héritage. Elle devient « la terre à Untel». bien sûr. ceux qui se battent pour réclamer ce qui leur revient. C’est à toi qu’il en veut. Ma mère a vendu à un de ses filleuls. l’avons poussée à vendre cette terre car un de mes frères la voulait pour lui seul. Si je vends. Alors. Nous. Pour moi. elle a pu faire construire son caveau. les enfants. celle que vous avez reçue en héritage. je ne peux plus dire ça. du bien d’une cousine. tu fais voir qu’il est à toi. la bagarre va se déclencher. tu mets quelqu’un dessus. à elle. prenez-la pour vous. Avec l’argent. quelque chose qui se brise dans les liens de famille. c’est sacré. Ma mère avait hérité. faire une donation à un des . qui voulait tout pour lui. tu peux la vendre. le ^problème est toujours là. S’il y a un jugement du tribunal. il y en a qui vendent). mais que de discordes elle crée dans les familles et avec le voisinage! La hache. connaître la honte. Je parle. Ils se respectent. L’idée d’un caveau est venue. Grâce à la terre laissée par la cousine. de leur vivant. le souvenir des ancêtres. Mon frère a continué à la poursuivre. elle a construit son caveau. Ils disent: «La terre dévore les gens. Ton voisin. La loi t’a attribué un morceau de terre. On la lui avait donnée. Ce frère s’était déjà mal conduit avec notre mère. le couteau s’en mêlent parfois.

à cultiver cette terre. Maintenant. Il était resté avec ma mère jusqu’à sa j mort. tu tombes dans les cancans de loi et de justice. Si tu es fatigué. 82 . Alors. loue à quelqu’un qui sait travailler.Nous ne vendons pas. c’est i lui qui a tout en main. Si tu veux agir selon le droit. D’ailleurs. tu ne veux pas empêcher les autres de vivre. un citron. un coco. tes parents te l’ont laissée sans que tu peines pour ça. il fait ce qu’il veut.enfants. Ils ont laissé la terre à cultiver à un seul d’entre I eux. \ Mes frères et sœurs possédaient déjà du bien. Nous ne voulons nous fâcher avec lui pour une question de terre. ma sœur et moi. maintenant que vous voulez me chasser! répondrait-il. c’est. C’est si vrai que s’il trouve là l’un d’entre nous. Alors. et lui. . le petit j dernier. a son jardin. On la lui a laissée. . D’après ce qu’elle m’a dit. Les ennuis ? commencent. Comme chacun était parti de son côté. peuvent avoir plein de j désagréments. nous pouvons louer. le bougre ne voudrait même pas qu’elle pose le pied sur « sa » terre. aucun n’a le droit de vendre. peut-être le plus malheureux. Quand il y a j plusieurs enfants. Ou bien que l’un d’entre nous ■ prenne ta place. Cela entraîne la discorde. Tu n’as pas : acheté cette terre. mais s’il lui manque une orange. même ceux des enfants qui se sont souciés du vieux père. Tu sens dans ton cœur que tu te trouves dans une situation que tu n’as pas voulue. Si nous étions mauvaises. elle descend le prendre chez mon frère.Ne viens pas sur ma terre. prend tout. Un seul. qui ont gardé un lien avec lui. venu sans sa permission. laissant libre l’héritage. Ma mère est morte. Une de mes soeurs. n’avait rien à lui. on laisse courir. ou bien on te l’enlève. nous pourrions lui dire : . petit à petit. Ou bien on la partage. Elle nous a laissé une terre. pour lui permettre de vivre. et que lui seul était rei à Capesterre avec maman. habitant Capesterre. il pique sa crise et va bougonner derrière son dos sans oser prononcer en face les vraies paroles : . pourquoi vendre? Chacun peut prendre un petit morceau pour son propre compte ou un seul s’en occuper en entier.C’est la terre de notre mère.Partager cette terre! Depuis le temps que je la travaille. Mais s’il veut vendre. mais d’autres ne donnaient rien à personne. les autres héritiers interviennent : 1 .

quel déshonneur! Dès qu’il est question de terre. madame. Et lakandas (le cadastre) s’en mêle! Il suffit que ses agents viennent dire à une personne « voilà les limites de cette terre ». il prend la part des autres. J’ai vu ces messieurs au travail. Mon amie n’est pas une personne à signer sans lire. Il savait dire : « Là est ma limite. seul un jugement de loi peut prouver qu’Unetelle est ta mère.Mais vous me volez trois ares. 83 . Deux hommes en costume de ville et souliers fermés arrivent et l’interpellent : . ils enterraient sous les racines du charbon et un morceau de fer rouillé. Voulez-vous signer pour la bonne règle. au courant de tout. Être obligé de monter les marches du tribunal. cela veut dire : « Je suis le plus grand des voleurs. Un matin. là il faut fouiller.Non. j ’étais avec une de mes amies dans son jardin. Leur connaissance était fondée sur des preuves. seul celui à qui les anciens avaient transmis la connaissance ne pouvait se laisser démonter par plus instruit que lui. Les gens du temps longtemps étaient plus malins. ‘ . Alors» pour obtenir une part. de ceux qui ne se sont pas dérangés. on plante des poteaux en ciment. Elle . Un pied d’immortelle marquait la limite de leur / terre.examine 4es papiers. pour borner les terres. et il n’y a pas de lien de mariage pour prouver tes droits. quelques ares à celui-là. arpenté. mais tu ne portes pas le nom. mais n’allez pas toucher à ce qui leur appartenait! Maintenant. par quelqu’un ou par un cyclone. C’est plus ou moins bien fait.Voici un papier décrivant votre terre. . à cueillir des pois-de-bois. Ils n’ont pas fait redélimiter leurs terres? Il rognera quelques ares à celui-ci. Tout est bien ^délimité. elle doit accepter sans discuter. on ne vous vole rien du tout. Si l’immortelle se trouvait arrachée. dans les fonds. messieurs. Leur point de vue était sérieux. » Les anciens ne convoitaient pas le bien des autres. honnête. » Une fois rentré dans l’affaire. méfiance! Quand l’un des héritiers dit : « Je suis plus qualifié que vous pour rechercher les tenants et aboutissants de cette terre ». Chaque fois qu’ils plantaient un pied d’immortelle. là on trouvera la crasse du charbon et le morceau de fer. Une autre source de désordre : tu peux être héritier.

Les cimetières montraient aussi à qui appartenait la terre. sa grandeur. il te donne des connaissances. enfants recon*. lâ où elle se trouve. . ! génération en génération. et même s’ils savent lire.Quelqu’un. mon amie le savait. . un autre faisait le charpentier. . . combien il a de mètres. ils étaient enterrés là où ils avaù vécu. C’est vous qui voulez connaître.Alors.C’est le canal qui les a pris. puisque tu peux y voir marqués les métiers de ta famille : Untel était marchand. la ravine. c’est la rivière du Lamentin. et surtout.. Toutes les générations. J’ai toujours su où il : passait. Ils ne savent pas lire. gratis. Qui es. Savoir ce qu’est un are. Un are.Moi? J’ai mon acte de propriété. arpentez. c’est ma terre ». c’est « oui. ça ne disparaît pas comme ça. il faut connaître aussi un brin de système métrique. mariés. tous.Messieurs. m’expliquait mon amie. « Mort et enterré ladite propriété ». Tout ce que je peux signer. vous me direz où sont passés les trois : ares. à quelle race de personne tu appartiens. pas reconnus. Si vous voulez arpenter. trois ares. preuve que personnes avaient acheté cette terre. c’est dix mètres sur dix mètres. que de renseignements il te fournit! Le genre de la terre. vous êtes deux arpenteurs. à redélimiter. c’est la ravine. t . je ne signerai pas pour la capacité. arpentez. vous devez faire arpenter. c’est trois cents mètres carrés. pas mariés. Usait-on sur les actes de décès.Alors.Le canal n’a jamais mangé de mon côté. je ne sais qui. Si elle avait dû prendre quelque chose. Il l’a détournée sur sa terre. alors que vous n’en avez pas besoin.. Je n’ai pas besoin de faire réviser ma terre. Et pour ceux qui avaient 84 . c’aurait été chez mon voisin. j Beaucoup de gens se font avoir. Un titre ancien de propriété. I anciens ne faisaient guère de cimetières dans le bourg. Ces messieurs de l’administration sont terribles. . Alors. l’un près de l’autre. Ils avaient beau dire : . Ils vous font un tas de tracasseries pour vous forcer à réarpenter. et elle ressort chez moi. Elle ne se laissait pas faire. vous a donné les limites de ma terre. mais pour rien. nus. que vous connaissez très bien vos affaires. Ainsi étaient les anciens titres dé propriété.

on lisait : « né dans la maison maternelle ou paternelle » et « mort dans la maison maternelle ou paternelle. je l’ai accompagnée dans sa tournée. et le nom du hameau te donnait quelque chose de définitif pour rechercher une terre. le premier membre de la famille enterré sur sa terre avait droit à un manguier. le hameau de Plaisir. une naissance. maintenant. Nos ancêtres avaient une autre habitude. au hameau de. Comme ça. on plante ces fleurs partout.. indiquait un lieu de respect. L’arbre servait de repère. elle s’est trouvée dans un champ de canne.mis au monde dans ce même lieu. des fleurs. Évidemment. Les « sections » n’existaient pas comme aujourd’hui. les herbes poussent. qui 85 . si tu ne nettoies pas. pour savoir si la terre était maternelle ou paternelle.. les descendants pouvaient savoir d’où ils venaient et prévoir leurs affaires. Les gens. Pourquoi un manguier? Un manguier tient longtemps. Quelquefois. A côté de chez moi il y en a un qui doit bien avoir deux cents ans puisqu’il a été planté en 1700 et quelques. des sandragons signalaient le cimetiè­ re. possède de nombreuses propriétés de famille. un cimetière. Les gens auraient dû conserver cette coutume. C’est marqué sur le titre de propriété. planté par un cousin. On disait le hameau de La Rose Blanche. elle. S’ils plantaient un cocotier pour marquer une naissance. laisser paître leurs animaux sur les tombes. Ils ne font que planter. Cette même amie. qui avait eu maille à partir avec lakandas. Pas de nettoyage. Il nous a fallu passer partout : un jour pour désherber. n’a jamais laissé tomber ses morts. je crois. un mort. pas de respect Cette femme. ce qui lui donne un point de repère. Le soir de l’illumination. la fête des morts. des arbustes violets. au lieu d’un manguier ou d’un arbre à pain. un autre pour « propter ». Partie un jour à la recherche d’un de ces cimetières. nous sommes allées poser des bougies. Grâce au manguier. dans un endroit qu’elle ne connaissait pas trop bien. elle a repéré la place des tombes. Maintenant. près des maisons. Sur chacune d’elles. Les tombes qui sont sur ses terres sont encore mieux entretenues que celles du cimetière public. A une Toussaint. au bourg. Dès qu’on voyait ces sortes de fleurs. entretenir le cimetière. on savait que des gens étaient enterrés là. n’ont plus aucun respect pour les morts. pour laisser un souvenir. ». Les ancêtres avaient mis cet arbre en terre en signe de respect pour la famille.

même si la terre est tombée dans des mains étrangères. à chaque Toussaint. tout comme une veillée habituelle pour un mort. qu’on mettait dans une" fosse. Le’ manguier. l’un passant chercher l’autre. si tu y plantes des fleurs. * Les tombes ne sont souvent que de petits monticules de terre qu&j pluie a vite fait d’affaisser et qu’il faut périodiquement réformer. lui. soit d’un autre côté. le samedi ou le dimanche. continuent à entretenir les tombes. lever*. une veillée était organisée. Aujourd’hui. Toi. et allait visiter « ses morts ». Tout ça. toute la nuit. Les gens du voisinage s’étaient rassemblés. Chacun cherche où se trouve son bien sans penser à l’ancêtre qui s’est sacrifié. avec à boire. alors le « lie n lj reste. Certains descendants pourtant. Tu romprais le lien. fjâjl ne dois pas te montrer égoïste. quarante-deux ans. les tombes de leurs ancêtres. aussi. Au dernier endroit. lef morts sont là avec toi. Je veux^ parler de ceux qui possèdent la terre et non des colons parti aires. Même si nous appelons le mort un «disparu». même si les nouveaux propriétaires^ ont dressé des clôtures. vous êtes ensemble.à Chabert. nous avonf| toujours su qu’il y avait des arbres à pain. Les denndés **. qui à Bergnoles. ' Depuis quarante. des jeux. Chacun pour soi. il ne savait pas de quoi demain ! serait fait pour ses enfants. 86 . «yo (ils)23» ont mis* opposition à l’enterrement des gens sur leur propriété. quand W propriétaire actuel le permet. Lorsque tu as un cimetière sur ta propriété. sur ton terrain. Aujourd’hui. disait-il. les tombes anciennes restent en place. ne voir que ce que tu peux tirer la terre et ne pas respecter le cimetière. sc rencontrait. qui n’a pas voulu vendre car. tu es avec eux. c’est terminé. « levçg ** Palmiers à huile. Il y a peu de temps. toute la famille venue. leurs descendants peuvent venir.1 des ouvriers agricoles des habitations. Il y a ceux que les ancêtres o |9 plantés. Sommes-nous capables de comprendre vraimeM « disparu »? Prenons un arbre. ces veil­ lées de la Toussaint ont tendance à disparaître. soit de Pointe-à-Pitre. ça se faisait encore. d’où est-il sorti? Nous l’avons trouvé là. Il n’y a pas tellement longtemps. à manger. des chansons. Si tufl tiens tes tombes propres. du tambour. et nous retrouvons toujours les mêmes espèces. soHj| souvenir est là. par exemple. L’arbrelS pain.

nous sommes reliés à elle. ne vont pas Fune sans l’autre. mûrs.enveloppées l’une dans l’autre. l e châtaignier. filaos. personne ne sait d’où ils viennent. Même si Farbre paraît mort.la terre. une fois à terre. êtres vivants. Verts tous les deux. le fruit du châtaignier s’ouvre et Tes châtaignes s’en échappent par dizaines. mais nous communi­ quons avec eux.) Les gens vont au plus facile car. l’homme. et porte encore.. Le fruit à pain pourrit. C’est elle qui nous fait vivre. f-Nous tous. à y regarder de plus près. tous ces fruits. Le proverbe dit: « Fanm sé chateny. Il faut un cyclone violent pour déraciner un cocotier. on te détache de ta mère pour te relier à la terre en plantant le cordon de ton nombril en même temps qu’un cocotier. corrossoliers. fromagers. gommiers rouges. avons donc un lien avec les morts. meurt. Il te faut des graines pour refaire un arbre. ■loin des sentiers où quelqu’un pourrait passer. manguiers. De la naissance à ■% mort. la vie et la mort sont . poi­ riers24 immenses. Le mien est f toujours là. et c’est ' encore au pied d’un arbre qu’on va jeter l’eau du bain du mort. Tu peux te dire : je ne sais quel ancêtre Fa planté. ton corps retourne bien sûr à la terre. nonm sé fouyapen. une châtaigne qui donne d’autres châtaignes. quand. tous ces arbres. ronds comme un ballon. tu peux confondre le fruit à pain et le fruit du châtaignier. » (La femme. un fruit à pain qui. ils ne sont plus du tout les mêmes. elle court partout et donne plein de pousses nouvelles.. Là où est le cocotier. Farbre à cacao aussi. Si tu ne connais pas. Ton souvenir restera aussi longtemps que vivra le cocotier. Si le pied meurt. £ Quand tu meurs. Celui de ma sœur. mais Farbre est là. sa racine ne repousse pas. Arbres à pain. on voit le lien. l’arbre à pain se reproduit par la racine. et tous ont une grande importance pour nous. Dans la nature. tu n’auras plus de châtaignes. De la graine à Farbre. le fruit tombe et l’arbre pousse. le cyclone de 1966 l’a cassé. . avec . chez les humains. là est la terre où tu as pris naissance. Quand tu viens au monde. cocotiers. ils s’écrasent par terre. sa racine est toujours là.

c'est toi qui dois conduire le cheval Simone S c h w a r t z . à peine sortie de l’école. La maîtresse voulait que ma mère me paii une autre année d’école. les enfants. grand-m ère e t m oi.. Pluie et Vent sur Télumée Miracle.. J’avais tout juste quatorze ans et je venais de rater de près le certificat d’études. j et sa voix se faisait insolite. c’est grâce à ce départ pour la ville. afin qu'il ne te ' conduise pas. Elle vient de quitter. . mais le cheval ne doit pas te conduire. N’avez-vous pa| besoin de quelqu’un pour travailler avec vous? i 88 . l'homme doit sefaire encore plus grand. ^ Ma mère allait vendre sa farine de manioc à Pointe-à-Pitre2^ Une de ses clientes y tenait boutique. si grand que soit ! le mal.Votre temps est un temps bien doux et agréable pour vous. si j ’ai reçu une certaine' éducation. Moi. où j’avais eu la chance d’aller.. si tu enfourches un cheval. Ce- n’était pas si mauvais que ça puisque. et je n’en avais pal envie non plus. 1972. Ma petite braise. j ’ai j dû quitter la maison de mes parents pour aller travailler.J’ai une fille bien intelligente. Maman lui dit : j . elle a fait l’école et a ét| présentée au certificat. Chapitre V Kouzin Amélya ka aprann mwen pa détlé douvan lavi Cousine Amélya m ’apprend à ne pas baisser la tête devant la vie « N ous n'avions p a s bougé. . Elle ne pouvait pas. ï garde ses brides bien en main. Derrière une peine il y a une • autre peine. chuchotait-elle.B a r t . dût-il s'ajuster des êchasses... j Je dis toujours à mes enfants : " . la misère est une vague sans fin..

Moi-même. de dire : « Je te présente Untel ».Voici ma petite nièce. Comment arriver jusqu’au certificat et ne pas savoir se présenter à quelqu’un. à Pointe-à-Pitre. Tu n’as que 14 ans.. mais quelque chose manquait dans cette école. et encore.. Elles étaient quatre sœurs qui habitaient la même maison. mais. eux. Ceci n’est pas faire connaissance comme par exemple avec un étranger qui entrerait chez moi et à qui je dirais : « Je vous présente Manzèl Dani. viens dire bonjour à ton Tonton. et se trouver dans une maison où l’on reçoit beaucoup. mais je ne sais ni comment ni pourquoi.Tu es mon enfant. et tu restes sans savoir quoi dire ni quoi faire : la honte m’installe. ... recevoir? J’étais vraiment godiche! Et on ne peut pas dire que c’est de la faute des parents. J’avais suivi toutes mes classes. Tout le monde connaissait tout le monde. En ce temps-là. tu es petite. Pèssentiel était la petite paye qu’ils rapportaient. » Si tu ne sais pas faire ça. me dit-elle. ma petite cousine. faubourg Bébian. pas d’un coup. Être arrivée à ce niveau d’instruction. Autrefois. les gens restaient entre eux. et j’allais loger chez des cousines. On ne t’a pas. ils n’avaient pas l’habitude. une petite . Tout se passait entre nous-mêmes. par exemple. ça n’avait aucune importance. c’est cousine Amélya qui m’a adoptée. revient au pays. 89 . il n’y avait pas d’occasion de faire connaissance. tu diras : . donné la clé de la serrure.parente. Au contraire. c’est que ni l’école ni tes parents ne te font appris. tu ne peux pas lui présenter les geps puisque. Ma mère me conduisit chez cette dame pour travailler. le corps tout ficelé lorsque l’on vous présente : . dans leur commune natale. j’ai vu ça beaucoup plus tard. Et elle m’a tout appris. parti depuis quelque temps. le certificat raté à deux points. Chaque fois que quelqu’un venait chez cousine Amélya. Ils n’allaient pas chercher ailleurs parrains et marraines pour leurs enfants. . faire connaissance. connaissent déjà son nom.Maxime. les employeurs profitaient des enfants. mais tu n’es plus une enfant. Si un de tes enfants. pour les parents. Ils ne recevaient pas beaucoup d’étrangers.

Je ne pouvais pas supportef-3 d’être obligée de faire à sa manière. comme maman. l’endroit où tu habites. Cousine Amélya pouvait me prêter attention. j Amélya allait choisir avec moi tout ce dont j ’avais besoin. peut-être ta profession. Elle n’avait pas le» connaissances d’une personne instruite. ce n’est pas comme ça. Peu à peu. 7 enfants à la maison.Je m’appelle Léonora. ElîeÉ me montrait du tissu. elle. quand elle m’avait mise au travail..Je vais à la messe. Je me souvienM 90 . de mettre ma robe de j sortie pour aller travailler.Ce n’est pas comme ceci. un chapeau. elle n’avait que moi en charge. je.. lui donner ton nom. prenait d H paye et m’achetait ce qu’il lui plaisait d’acheter. tout ce qui te concerne.Non. je vais à la fête. je pleurais. Je n’oublierai jamais ce manque dans mon éducation.Quand tu sors du travail. mais je ne savais pas comment m’y prendre. 1 Quand il m’arrivait de vouloir changer. c’est savoir se présenter à cette personne.. 5. je commençais à répondre : . Cette '■ robe de maison. J’avais bien d’autres «trous». tu ne dois pas aller dans la rue avec. C’est très important. Elle me montrait aussi comment m’habiller : . J’apprenais à «faire connaissance». comment engager la présentation. et les pleurs jaillissaient. Elle me prenait i des mains le linge que je lavais : . cousine Amélya me rappelait à j l’ordre : j . J mais j ’avais une maladie. c’est une autre affaire que de s’en voir confier un tout seul. entendu dire : « Untel a fait connaissance avec Untel ».. lui dire bonjour. je suis de Capesterre. J’avais entendu le mot.Tu dois choisir tes affaires toi-même. le nom de ta commune d’origine. mon enfant. Évidemment quand on a. quatorze® ans à acheter vos affaires vous-même.elle me le présentait. Et j’ai appris : faire connaissance avec quelqu’un. mais elle achetait à ma plac&j Un jour elle me dit : M . ce n’est pas ainsi que les gens font 1 Je ne peux pas dire que j ’étais furieuse de ces observations. Vous apprendre à. Avec une j « robe-case » sur ton dos. Tu dois apprendrlB Elle était intéressante cette fille-là. il faut passer une autre robe. J’avais l’impression qu’elle sej montrait dure avec moi. » Ma mère. mais elle savait te la is s é prendre tes responsabilités. tu ne pouvais pas dire : 1 .6.

je devenais demoiselle. Je ne faisais pas d’erreurs. il fallait m’habiller en demoiselle. .Écoute. Et pas question de rendez-vous à la !e.Regarde-moi cette beauté! Où as-tu pris cette jolie peau de Sapotille? De quelle commune viens-tu? Là où le soleil ne chauffe r~s trop fort. pour les enfants! Ma mère était dans tous ses états. C’est là que je dois aller chercher une promise. elle habite en ville.encore de la petite robe ouverte derrière. une limonade. mais continua à piocher dedans. Et quel débit! Nous vendions beaucoup à crédit Pétais chargée de tenir le cahier. Et. Tantante. et encore. et. c’est pour la campagne. mais surtout pour t’entortiller des compliments : . Je ne voyais qu’un petit bout d’une petite paye. elle s’adressa à ma mère : . nous sortons. une vraie épicerie. Chaque quinzaine les clients apportaient leurs carnets. bien net.. après mes douze heures de travail. celle qui coûte très cher. il lui faut de l’argent pour acheter ses petites affaires. A 7 heures du soir. mais une petite robe boutonnée dans le dos. bourrée de marchandises du sol jusqu’au plancher de l’étage. on a voulu me faire dénoncer les autres! Le matin. mais je vendais aussi au comptoir. je me dis : « Ma fille. n’allait jamais bien loin. il me fallait être au Bas-de-la-Source à 7 heures. Elle ne voulait pas me laisser mon salaire. Amélya surveillait tout du coin de l’œil. Une grande boutique. Pas besoin d’acheter de la toile extra. boutonnée tout au long du dos. 91 . je travaillais comme un zombi. N Amélya l’avait senti. Que d’additions! Il fallait savoir très bien compter. pour ouvrir la boutique. ce n’était pas une grosse somme. qu’elle m’apporta à la fin de mon premier mois. mais dans cette boutique.. je devenais une jeune fille. Un jour. bien propre. tu n’as jamais rencontré la chance dans ton travail. la dame était contente.des bonbons à la menthe. l’enfant travaille maintenant. Pour sortir. pourtant. J’étais une sorte de comptable. Ça aurait pu donner quelque chose. de rire. » Cette mauvaise chance a commencé dès le jour où ma mère m’a placée chez cette dame. Maintenant que je réfléchis. elle sort avec nous. J ’aimais bien servir les clients. Elle finit par accepter. en plus. car beau­ coup de jeunes gens entraient pour acheter une cigarette Job. Là seulement j ’avais l’occasion de me détendre. de faire les notes.

Il n’y avait rien dans la boutique qu’elle ne volait pas. hommes seuls qui font eux-mêmes leurs courses. f .Ah.. Ne va pas te fourrer dans des histoires pareilles. une marmite de saindoux. Il faut dire qu’avec moi travaillait une autre fille. pensait la patronne. Quelquefois. . Je devais lui dire qui volait. En un clin d’ceil. compter. e| comment. c’était là son vrai travail. Surveiller. Pourtant. Pour mieux nous espionner. qui ne volait pas. et les clients. saisis. sa seule occupation. bavarder avec toi : . 1 Quand Man Bibis s’aperçut que je ne dénonçais personne. Une voleuse finie.g J’allais tout raconter à cousine Amélya. Adélaïde volait. te lancent une plaisanterie. Tu n’as pas le temps de lier amitié. des kilos de riz. jeunes. Toutes les trois minutes. femmes. c’est ton complice. Un œil sur toi. elle venait enlever les grosses pièces et mettre de la petite monnaie. tu n’es pas bête. avec qui elle s’était entendue. La dame voyait ses marchandises disparaître sans attraper personne. c’est vraiment le dernier endroit où venir travailler. passés. tous te disent un mot gentil. Adélaïde. venait acheter au comptoir. elle surveillait. Le soir. elle partait avec des marchandises. Tu es encore tro| jeune. tu rencontres une cliente en ville. éviter d’être trop familière avec les clients.j’étais morte de fatigue. Elle me chargea de la surprendre et de venir la prévenir. refilés. Elle se doutait du manège d’Adélaïde. Elles apparaissent et disparaissent plus vite que l’eau dans un trou à crabe. ça ne peut se faire en bavardant. elle vient te dire bonjour. elle avait percé un trou dans le plancher de son appartement. Mais tu n’es pas un bœuf. au-dessus de la boutique. Sa place favorite : le tiroir-caisse. J’en ai vu défiler des employées. d’autres fois quelqu’un qu’elle connaissait. volait tout de bon vrai. elld envoya chercher ma mère : | 92 . me dit-elle. écrasée comme un tronc de papayer sous une roue de charrette. attention! Tu ne t’es encore jamais trouvée mêlée à des situations de ce genre. tu vas lui refiler des marchandises. Vendre. l’autre sur lés marchandises et l’argent qui rentrait.. un litre d’huile. ils se retrouvaient pour partager. Des fois.Ma fille. une dame-jeanne de rhum. mon enfant! chez Man Bibis. Mais il fallait faire attention. ne pas trop leur parler : si tu causes avec l’un d’eux.

Je restais presque toute la journée dans une espèce de dépôt. Cousine Amélya était en rage : 93 . En fin de compte. les affaires vont mal. Dans ma tête. employée comme moi. ils avaient volé dans la boutique une boîte de biscuits. en fait. Qui d’autre a pu manger ces biscuits? J’ai beau me défendre : . Elle était gérante. Si elle a mangé des biscuits. Par contre. de toute façon. mais. Ils riaient. ou je ne sais quoi? *. ou trop molle. c’est elle qui menait les choses tambour battant. Un jour que je lavais tranquillement mes bouteilles. Une fille travaillait à la boutique. Ils mangent tout et abandonnent boîte et papiers. un enfant qui travaille. elle les paiera. Est-ce que j’étais trop bonne. » . .Je suis certaine de n’avoir pas mangé ces biscuits. je faisais mon travail. j ’obéissais. Je me trouvai une nouvelle fois dehors. mais. x. J’étais jeune. tout le monde paiera. J’ai volé des biscuits. Tout l’argent de la boîte. Ils te traitaient comme une bête de somme. je me disais : <<Cousine Amélya saura dire à la dame que je ne suis pas une voleuse. comme si la maison lui appartenait Moi. je ne sais plus très bien pourquoi. La patronne trouve les cadavres. je me souviens très bien de ma troisième place : une grande boutique avec deux ou trois employés. je n’ai pas eu de chance. Elle finit par en trouver dans une autre boutique. La dame qui la tenait n’en était pas la vraie maîtresse. Pas de sentiment avec les employés. les autres employés envahissent mon domaine. elle engageait. elle Renvoyait les employées. Je l’emmenai avec moi le lende­ main. Rien n’y fait. Mon tra­ vail? Laver les bouteilles à vin et à rhum.Cette enfant ne touche pas aux affaires des autres. je dois payer la boîte. Je retiendrai sur la paye de tous les employés. Est-ce que j’avais enfin trouvé une bonne place? Patatras! Une i grosse roche sur ma route. ces gens-là ne regardaient pas ? si tu étais un enfant. Je suis seule dans le coin.Le travail baisse. .D’accord. c’est à moi seule qu’elle prit l’argent. tout le monde était content. je ne peux plus garder ta fille* Cousine Amélya me chercha partout du travail. Là encore. mais alors tous doivent payer. Elle n’a jamais rien pris de ce qui ne lui appartenait pas. à rincer dans une grande cuve.

ma| fille. Amélya. J’allais au bord de la rivière avél maman. et. i J’enflais. garde-t’en bien! La fille qui m’avait trompée. . Je ne suis pas tellement sûre que ce soit elle. ça devierftl sérieux. elle ne travaillera plus chez vous. il m’a sortie ! de cette situation de mort. Dès qu’il me vit. et§ surtout.' cher le docteur Chartol. cette folle ne peut pas être elle.Ayayay! Ta culotte est tachée de sang. Plus de travail. Viens avec moi.Mais. . m’a édira quée pour que je connaisse ce qui est bien. chaque fois que je la rencontre. je l’ai revue à Baie-Mahault. des traîtrises. fait passer pour voleuse. Elle alla faire du scandale à la boutique : . je savais donc laver. Né| laisse plus les garçons jouer avec toi. folle.Tu ne resteras pas un instant de plus chez cette femme.Cette enfant n’est pas une enfant qui vole. je devenais très grosse. -Jj Ainsi. mais j ’étais partie. j ’avais dix-sept ans et pas encore de règles. écoute-moi bien. il pensa que j ’étais i enceinte. Un jour. Je me suis trouvée malade. je peux dirS 94 . te toucher. lui dit Amélya. tu n’es plus une petite fille. surtout. Moi. Mais la connaissance. I Le docteur Chartol m’a donné de bons remèdes. j ’apprenais la vie. Avec les règles. docteur. à repasser. mais faire des coups par en dessous. cousine Thérèse. Cousine Amélya. jouer un mauvais tour à quelqu’un pour s’amuser. je me dis : « Mais c’est Julie. Ce sont tes règles. elle n’a jamais vu ses règles. ses sœurs et moi. » Je vois la personne et en même temps je pense : « Mon Dieu Seigneur. que personne ne fasse ce qu’il veut avec moi. Tu peux tombes enceinte si tu parles avec eux. » J’étais partie la tête haute. El même à laver. Ma mère n’avait rien pu m’expliquer. pourtant. Je ne peu» pas dire que c’est ma mère qui m’a appris toutes ces choses. s’écria : J . je vous dis que sur la terre. nous vivions toutes dans la même pièce. Vous l’avez trompée. Léonora. ce qui est mal. on peut prendre des colères. cette fille qui travaillait avec moi. Cousine Amélya envoya cher. en voyant] ma culotte sale. \ A Pointe-à-Pitre. Je n’étais pas comme presque toutes les i filles d’ici qui voient leurs règles à neuf-dix ans.

de s’éduquer elles-mêmes : elles ont trouvé le moyen de prendre des leçons dans une petite école payante. elles avaient loué une petite case. Un peu plus haut. les bois. Elles ont décidé de se former. appelée Térézine. Venir s’établir avec elles. à chaque surprise de la vie. il fallait passer sur un bout de planche. Thérèse. T Le boulevard Hanne séparait la ville des faubourgs. s’abandonner aux plaisirs de la ville. Aucun homme n’était à son goût. je les aidais à marquer leur nom. même la petite. en plus d’Amélya et de moi. Sur le tard. vous étiez dans le faubourg. nous dormions ensemble dans une maison de bois. mais réussissaient à trouver toutes seules ce qu’il fallait faire. mais elle gavait marié ses deux sœurs. Tous. que je la tiens de cette cousine. A la maison. Moi. Leur mère. celle que j ’aimais le plus. â se calciner. et un faubourg qui (ressemblait tellement à la campagne! Il fallait voir ça quand la kpluie se mettait à tomber.. et de quelle manière. un frère nommé Cholo et un de leurs neveux. la voie du chemin de fer à charrier les cannes. une Marie-Galantaise avait débarqué en Guadeloupe pour venir vivre avec un vieux bougre à Goyave. Le canal débordait. Elles ne trouvaient aucun homme digne d’elles. Amélya. Elles n’étaient pas venues à Pointe-à-Pitre pour lâcher leur corps. pas ÈNgrande du tout. Elle est restée longtemps là.. A la saison d’hivernage. Des trois soeurs je la préférais : partout où elle allait. un homme est venu lui parler. Leur père ne les avait pas mises à l’école. elles ne savaient ni lire ni écrire. à reconnaître les chiffres. Elles n’étaient pas instruites. en faisant très ■attention. Sur les quatre. je suivais derrière. Elle s’est . Pour atteindre la Rlue Bébian. au fond d’une cour. Le canal F traversé. Elles ont pris le parti d’aller s’établir à Pointe-à-Pitre. les ynornes. la couturière. Mes cousines se sont faites elles-mêmes. à se dessécher. c’était pour moi entrer dans le déroulement de leur vie. l’aînée. au nom caché de Foufouyi. Victoria. plus de faubourg. qu’on appelait « zingzing » (libellule) à cause du balancement gracieux de ses hanches. Sous la conduite de la sœur aînée. entourée de beaucoup pd’autres cases. Elles ont fini tout de même par se marier. habitaient Suzanne. l’eau du morne des Abymes 95 . une est restée seule. à se flétrir comme une aubergine à l’étal d’une revendeuse.mise en ménage avec lui et a fini son temps comme ça. On m’appelait son petit toutou.

jamais ils ne refusaient de vous vendre. tu te fais recevoir : . à part quelques denrées que nous prenions chez Fostin ou en ville. Tu ne pouvais tout acheter en plein centre. Fostin.. je me noie! . Pour passer. sur le trottoir. on trouvait de tout. c’était une grande boutique.An moué.Tu as déjà toutes tes provisions. manmzèl! Les commerçants ne devraient pas faire ça. te transporter et te déposer hors du faubourg. des fûts flottaient à la dérive. située juste à l’entrée de la ville. il te fallait sauver tes affaires. un gros Nègre tout noir qui permettait à tous les mouillés qui sortaient de l’eau de venir s’essuyer les pieds. ce n’est pas la même chanson. Des hommes se faisaient payer pour te prendre. De partout les gens appelaient au secours : . Pour moi. Des matelas. Si tu arrives dans une boutique. Le faubourg se transformait en océan. tordre leurs jupons.Vin sové nou! . On payait par quinzaine. . au secours. te porter. Ils tiennent * Faubourg populaire de Pointe-â-Pitre construit sur un remblayage de la mer et particulièrement sujet à inondation. Jamais ils ne faisaient attention aux commissions que vous aviez déjà à la main en entrant chez eux. il te fallait un endroit pour faire tes commissions à crédit. te faire enjamber le canal. A la campagne. Nous achetions notre manger dans les petits lolos du faubourg. tu ne peux pas le faire cuire alors tu viens chercher du feu chez moi. Dans sa boutique épicerie-bazar-buvette. tout ton manger. ' tu avais intérêt à connaître les lieux. tu risquais de disparaître dans le canal. mais celles de Manman Atoua et de M. Sans points de repère.A moi. des lits. Ce M. ton sac déjà plein de morue et de riz. pour acheter du sel ou des allumettes. Fostin. an ka nêyé! .Venez nous sauver! Pas question d’aller au travail. devant la boutique de M. Je ne me souviens pas de toutes les boutiques du faubourg. les planches étaient emportées. remettre leurs chaussures. dérouler les jambes de leurs pantalons. Allez acheter vos allumettes là d’où vous venez..dévalait et se mêlait aux eaux de la mer côté Dino *. je les revois très bien. Au moindre orage. Fostin était le plus important commerçant du coin. mais tout de même un lolo par rapport aux Monoprix d’aujourd’hui.

Il faut dire qu’il y a tellement de boutiques. Le soir. on achetait aux marchandes aux pieds poudrés *. snow-ball27. 97 . de bœuf. de sorbets au coco. bien frais. un chodo ou encore. les ambulantes. Je n’ai jamais connu les « entrées » comme certaines personnes * Par la poussière des chemins.Achetez mon lait bouilli.Voilà mon mabi. et viande. En ville. malangas. on ne connaît pas ça. de « bouquets à soupe » passaient l’après-midi. y avaient droit. surtout. grandes-gueules pour les courts-bouillons.. nous nous passions cette douceur le dimanche. le déjeuner aussi était spécial : riz aux pois rouges. ignames.. frèch. de la soupe aux pieds de veau. Chacune avait son heure. si je suis cliente chez Man Calixte et qu’elle manque de ce dont j’ai besoin. je n’aurais pas le droit d’aller chez Man Bruno. marinades. jamais de viande fraîche: salaisons. cette maladie du « tout pour moi ». patates douces. celles qui n’attendent pas le client mais se déplacent beaucoup. en rentrant du travail. ou bien pois rouges et farine de manioc. madères. le panier sur la tête.. Le soir.. et proches les unes des autres. achetez mon lait tout chaud! Ce jour-ïà. avec des racines. petites pissiettes pour la friture. capitaines.. Ainsi. La marchande criait : . Parfois. . une grande timbale de chocolat au lait parfumé à la vanille et à la cannelle. Je savais qu’il n’était pas loin de 6 heures. queue ou gueule de cochon. boudin chaud. nous achetions gâteaux. Les marchandes de lait.. Quand j’entendais le matin .. kilibibi tout frais moulu. En plus.. malades et enfants. viande roussie avec quelques carottes. avec du pain. et sa chanson. Quand nous avions touché notre quinzaine. pistaches grillées. orphies pour frire. frèch. Le lait. boudin. bananes vertes apportées le plus souvent par ma mère qui les tirait de son jardin. En semaine. tout frais frêch. Vivaneaux. je devrais me priver? Non! Refusée.. morue salée ou poisson frais.. Chacun arrive à gagner l’argent de son pain. balarous..boutique pour vendre.. .Mi mabi an mwen. le plus souvent.

pas de réchaud à pétrole. et-- parfois à huit.de lui. Nous décidions ensemble des provisions à faire. ma mère avait sa chambre avec mon père. l’autre le poisson. Partout. La maison était grande. Serrés les uns contre les autres. des combinards qui ne veulent pas payer. et leurs cloisons. les marchands d’Anse-Bertrand venaient vendre en charrette à bœufs leur bon petit bois de campêche. Il fallait bien s’arranger. Pas question de « chambre individuelle » comme maintenant Même chez mes parents. et l’une mettait le riz. un lit pliant pour le frère d Amélya. les cases jouent de l’accordéon avec leurs pans . chaque enfant avait sa couche et son coin pour dormit Filles et garçons n’étaient pas séparés. à j la maison. Mais ce n’était pas ce qu on appelle^ aujourd’hui une chambre individuelle. quand il y avait de l’argent «an : agouba » (en supplément). l’entente régnait. .en font maintenant. Pour faire bouillir tout ça. au t bout du boulevard. nous n’étions i pas malheureux. je participais à la mise. nous allions sur la place à charbon. il y a des tireurs de plans. nous dormions les ? quatre filles sur le grand lit. un matelas. Quel que soit le nombre des pièces de la- maison. c’était autre chose. tu te couchais là. Nous en achetions un sac ' entier. près1* . sur un petit divan de bois. on y ajoutait une paillasse. quand ma mère ou un autre parent descendait à Pointe-à-Pitre. jamais. le midi et le soir. Sur la place du marché à Man Reyo. Nous dormions à six dans une seule pièce. pas j de danger. dans la cuisine. Alors là. on l’achetait par « k a » ou « demi-ka » (marmite à . cette vie de ■ famille. Arrivait quelqu’un de taH famille. j * Grand arbre porteur de fruits non comestibles. neuf. Là. % 98 . le - petit neveu. à côté. Chacune misait ce qu’elle pouvait. En général. Quand j ’ai travaillé à la limonaderie. Tu choisissais près de qui tu voulais dormir. je ne versais pas d’argent. Je ne sais vraiment pas quand cette mode a débarqué en Guadeloupe. ] Le soir. Moi. et encore J moins à butane : du charbon de bois. installés sous les gros salbiyé *. et la chambré n’était plus individuelle. je mangeais tous les jours avec elles. Les jours gras. saindoux). Ça m’a vraiment frappée. ma mère fournissait les légumes. dit-on. j Nous partagions tout. chacun i trouvait son coin. et quand tu avais décidé.

ta main fermée. Parfois. au lit. Amélya et Térézine étaient employées à la même limonaderie. des marchandises ou les bagages des passagers quand un bateau ‘ accostait. Plus | souvent que rarement. Si ton cœur reste sec. même si l’argent n’était pas bien r gros. Elles me présentaient à tout le monde : . Avec moi. Mais. arrivée jusqu’au '■ certificat d’études. j ’aurais dû apprendre. toutes nous tombions de fatigue. La dernière levée faisait le lit. buvait un peu. Chez Amélya. les gros zouzoum de fonctionnaires qui retournent au pays plein de mépris n’arrangent pas les choses. s’aidaient mutuellement. là je | devais aller. ou de celles du 99 . Elles avaient proposé à ma > mère de me prendre en apprentissage. mettait table et chaises en place. Foufouyi et Victoria cousaient chez un tailleur. même si j ’étais une enfant de la ville. J Dans le monde d’aujourd’hui. J Je ne sais plus quel était l’emploi du neveu. pour respirer. plus il y a d’argent. couvert de haillons « décherpillés » et te demander place ' à ta table pour éprouver ton amour du prochain. Ou alors une petite j pose devant la porte. nous partions travailler. En plus. Il traînaillait sur les quais pour essayer de glaner un petit argent en charroyant . Les grandes personnes de leurs affaires. m Elles étaient fières et pleines de contentement. Peut-être J même le pauvre d’entre les pauvres. un peu maniaque. à l’époque. toutes. j’ai bien regretté. Jésus. elle a son certificat. Avec ce que tu gagnais. après le dîner. Ils étaient toute une bande: ceux qui avaient des brouettes charroyaient en brouette. Amélya. Nous causions tous § ensemble. dehors. On ne peut pas dire qu’il n’y avait aucune mésentente. Après. î Le soir. qu’elles appelaient Cholo. se levait tôt pour avoir le temps de faire beaucoup de choses. mais on sentait un vrai esprit de famille. celui-là! Nous vivions tous en sympathie. directement. très propre. Ils s’occupaient l’un de l’autre. Chez Amélya. pas de fonctionnaires. je devais obéir aux commandements de ma mère. moins les gens sont solidaires. Elle m’avait trouvé du travail dans cette boutique.. Elles com­ mençaient à 8 heures. mes cousines ne se sentaient plus.. comme partout d’ailleurs. tu vivais. je n’aimais pas la couture. Un petit gâté.Cette enfant est allée à l’école. D’ailleurs. elle me lavait deux ou trois petites affaires. réservant toujours une part au cas où quelqu’un arriverait à l’improviste. les autre portaient sur le dos. Le frère. il peut t’arriver bien des malheurs. qui peut t’apparaître ^ déguisé.

Grand saint Pierre. Je ne demandais rien. Pas facile. me sont fermées. Mais je crois que mes cousines avaient peur de sortir une fois la nuit tombée. Il restait là à lui parler devant tout le monde et quand l’heure de partir arrivait. à MassabieHe ou à Grande-Église. Parfois.. je marchais? derrière. Moi. ils devaient bien faire ce genre de chose quelque part. à 8 heures. on nous voyait monter et descendre notre rue. Cholo. monde nous n’aurions raté la messe du dimanche. Amélya m’emmenait dire « Bondié..voisin. se préparer pour la messe. D’ail­ leurs. On ne le réveillait pas. normalement. pourtant. bonjou! » Levée à 4 heures*^ pour avoir le temps d’aller chercher de l’eau à la fontaine et d$| laver mon petit linge. il se levait et l’embrassait sur le front. Et. Je ne comprenais pas grand-chose aux gestes d’AmélyaK Je la voyais prier Dieu. j’étais là. daignez poser les yeux sur votre enfant. ouvrez pour moi toutes les portes q. Et encore.Sainte Vierge Marie. le fiancé de Térézine venait faire sa cour. plus personne dans les rues. Et. comme le passage du film La Passion du Christ à « La Renaissance » pour nous décider. Elle demandait peut-être une grâce à un saint. nous n’y allions guère. Elles doivent se faire. je ne faisais rien. entreprendre une petite marche. éloignez de moi tous les pièges. .. vous qui avez 1 pouvoir de lier et de délier. le frère. nos diman. Trop jeune pour y participer. Descendre en ville pour aller au cinéma en soirée était toute une expédition. pourtant. Je n’étais pas étom 100 . lui parler : comme à une personne : ^ . D’autres soirs encore. Nous. aussi. Je ne faisais pas trop attention à ce genre de conversation. i Premiers gestes en se levant. Pour rien au . je faisais ma toilette.. Il fallait un événement. Le repas était prévu depuis la veille. je prenais le frais tant qu’on ne me demandait pas de m’écarter. Amélya devait passer par I’églisÉN avant de se rendre au travail. essayait^ d’attirer la miséricorde de la Vierge Marie. buvais ma timbale deM café. dans son petit coin. Elle aimait ça.? ches étaient réglés. et en route pour l’église. dormait dans la"’ cuisine. elle était dans la religion. grand saint Paul. nous devions \ trouver des personnes qui remonteraient avec nous. ■ puisque les gens du faubourg fréquentaient le cinéma plutôt le ' dimanche après-midi. passer devant chaque saint. Pas question de mamours ni de caresses... chaque matin que Dieu fait.

Ce qu’il ne pouvait éliminer. Maintenant. Plus tard. » Le dimanche. nous avions des potiches en terre cuite. Mais pour l’avoir fait. On y accrochait un pot en fer-blanc à anse. faites entrer chez moi un travail. invoquer les saints en choisissant dans le Recueil des quarante-quatre prières pour les nécessités de la vie celles faites pour trouver un travail : «Grand saint Simon-Pierre. on organisait un va-et-vient à la fontaine pour remplir nos grands barils en fer. D’abord. notre petite limonade et des feuillages choisis pour nous frotter dans l’eau.tout le monde passait devant les saints. je n’y crois plus. Heureusement. dans la grotte de l’immaculée Conception. regardez ce qu’est devenu cet endroit où les pauvres allaient se baigner. la tradition. grande lessive. il en fallait.. comme Notre-Seigneur Jésus- Christ est entré dans votre barque. quand j ’ai perdu mon emploi. Il fallait bien chasser toutes les mauvaisetés entrées dans notre corps. Impossible pour eux maintenant d’arriver jusqu’à la mer! Nous emportions des sardines. Le premier de l’an doit te trouver. c’était la coutume.. nous servait de baignoire et de bac à linge. Pendant que la lessive séchait sur des fils tendus d’un côté à l’autre de notre cour. . on trouvait alors beaucoup de barils. De la même manière que Notre-Seigneur Jésus-Christ a rempli votre barque de poissons par la pêche miraculeuse. faites que ma maison se remplisse de travail et d’argent. "propre. j ’ai suivi la route qu’on m’avait montrée. disent les gens. et vêtue de neuf. Ce bain de feuilles devait éliminer tout ce qui pouvait l’être. nous partions à pied vers la mer. coupé en deux et mis à l’abri du soleil . en fer ou en bois. le 31 décembre. Un baril en bois. je ne parle plus de « bain démarré ». des souliers au 101 . après la messe. Juste là où ils ont construit leur « Marina les pieds dans l’eau ». en pleine forme. ni pris le « grand bain démarré » à minuit. J’avais vu. L’eau à boire était conservée dans une grande jarre. Pas d’eau courante au faubourg Bébian. de clous de girofle. nous défier les membres. moi aussi. Et de l’eau. Je suis allée.le soleil les fendait -. il ne l’éliminerait pas. prendre notre «bain démarré». Bas- du-Fort était le plus près. je l’ai fait. quand j ’ai connu la peine et les souffrances. toutes les plaques de remerciements. Pour la table.Regardez tout ce tintouin. sous l’église de Massabielle. Je n’ai jamais pourtant emporté dans La mer de queue de morue.

. et voilà installée. Le dimanche.Ma chère. les gens se sentent plus à Taise en faisant la si: 102 . Amélya est venue me voir : . elles ne rataient pas un pèlerinage ni un chemin de croix aux Abymes. Ici. voilà qu’elle baissait la tête! Peut-être: l’âge. sur le lit. un baptême. que les vagues de la mer pour te laver des mauvaises choses ramassées pendant Tannée et te faire repartir tout vaillant. les différentes sortes de feuillages pour les bains de mer ou à la maison. nous recevions ou allions chez des amis. je m’étends dessus. Beaucoup de gens l’appréciaient. nous étions invi­ tées à des fiançailles. chose. Elle qui dirigeait sa vie au lieu de se faire diriger par elle. va consulter un « manti kakouè» pour tes affaires avec Joseph.. si je dois? me reposer. Amélya et ses sœurs achetaient. la vie s’écoulait douce. plus rare. grande maladie. dit-on. les soucis? Quand j ’habitais chez elle. Je plie le premier drap. lui ai-je répondu. même si on risquait de se perdre en route.chapeau. de mes difficultés avec Joseph. un mariage. Je suis sûre pourtant qu’Amélya ne l’avait jamais fait. ses sœurs et elle étaient honorablement connues. on ne se repose guère suri un lit déjà fait. ou. au moment de ma. Nous - nous allongions sur un banc dehors. un « séancier » pour ta maladie. autour de la place du marché. Et puis. le lit a beau être fait. quand on va consulter un gadèd­ zafè. Toutes ces superstitions avaient beaucoup de significations pour les gens. Une voisine me disait l’autre jour que jamais elle ne se couchait sur son lit dans la journée. Ou peut-être s’était-elle laissé conseiller par d’autres. sur une toile placée par terre'* dans la maison. un jour. en Guadeloupe. mon mari. active la manœu­ vre. j . ne t’endors pas sur tes rotules. Quelle que soit la distance. les gens ne vivent pas comme ça.Ma fille. qui m’avait . dans la joie. porter un autre regard sur les choses. Très souvent. appris à ne jamais dételer. nous laissionsÀ passer la grosse chaleur avant de nous mettre en route. Ça. Cherche à délier tes membres. Ces jours-là. dans le courant d’air entre deux portes. agréable. La vie lui avait fait prendre une autre allure. on ne le crie pas sur les toits. Je ne reconnaissais plus mon Amélya. en avant sur nos deux pieds! Évidemment. Soi-disant. mais je ne les ai jamais entendu dire qu’elles allaient consulter un « gadèdzafè28». Rien de mieux. alors.

le « bois saint Jean ». les cloches ont carillonné dans toute la /Guadeloupe. coiffez vos plus beaux madras. Nous y restions toute la semaine. le dimanche. tu vas voir de belles choses sur la place de la Victoire.. A midi. Cousine Amélya ! me dit: .Habille-toi. Les fêtes aussi nous attiraient.. et cousine Amélya peut-être non plus. bien astiquées.Mettez vos plus belles robes matador. Elle savait ce que lui avait dit le curé de Pointe-à-Pitre : . habillait beaux ses enfants. se promener sous les énormes manguiers. faites honneur à ceux qui viennent visiter votre rpays. : Un bateau. qu’est-ce que ça voulait dire? Je ne le savais pas. c’est la fête du Tricente­ naire. 103 . * Partie du costume traditionnel antillais. les bords s’affaissent. Léonora. ce n’est pas que je ne veuille pas dormir par terre. mais quand j ’ai un bon lit. entre les massifs de fleurs de toutes les couleurs. rempli de personnes d’importance. où je suis je prends sommeil. était arrivé de France. Manti a mantè! (Mensonge de menteur!) Ils ne veulent pas défaire leur couche si bien lissée. par terre. et nous devions retrouver le chemin du faubourg Bébian. Moi.. à force de s’appuyer dessus. où habitait une soeur d’Amélya. voir note 15. Bien plus d’une maman. seulement. parées de leur collier grain d’or. C’est là qu’il fallait se montrer. Là et pas autre part. ensemble. pourquoi m’en priver? Si je n’aime pas que les enfants viennent sur mon lit. c’est que mon matelas est en coton-pays. nous ne restions pas trop longtemps. Une messe avait été célébrée à La /Soufrière. le Colombie. nous mettions notre nez dehors. en ville. Lorsque nous n’étions pas en visite.. nous partions dès le matin : fête de Goyave. nous allions faire un petit tour place de la Victoire. Nous. symboliquement important. notre campagne. Bien habillées. mon enfant. Avant 7 heures. Le «Tricentenaire29». la nuit tombe. avec mes parents. Je venais d’arriver en ville. à cette occasion. bien sûr. La fête du Moule tombait à la Saint-Jean : on y faisait de grands feux. fête de Capesterre. Je ne me souviens pas du « cantique du . c’était l’endroit. A Pointe-à-Pitre aussi. Nous courions toutes les communes. Les gosses de riches se pavanaient au bras de leurs bonnes vêtues de leur plus beau jupon cancan *.

Ils dansaient. terrorisée. Elle avait la manière pour se tenir à distance. des femmes qui étaient déjà dans les affaires de la vtâB Cousine Amélya connaissait bien ce genre de personnes. tu te faisais piéger. i montés sur deux bâtons.. j ’étais étourdie. elle fit des remontrances : JH . pour regarder passer le défilé des soldats en costumes anciens. surtout des - « Moko-zonbi ». Mais tu es en ville.. là. e » m’expliquait comment faire. à Pointe-à-Pitre. ils essayaient de vous attraper pour vous piquer avec des aiguilles. dans ton travail. Les gens criaient : « Voilà les masques! » J’avais très peur. Enveloppés dans un drap blanc des pieds à la j tête. il Elle avait raison. des feux d’artifice. demain. me racontait tout de la vie. Normalement. En plus. t u ï ne dois pas fréquenter n’importe qui. ses sœurs et moi. Les jours de carnaval. Ma cousine n’appréciait pas du tout Içjjl scandaleuses. on se mettait au bord du chemin. mais tiens-toi à l’écart de leurs affaires. i Amélya. Et puis des jeux. déclencher le scandale. des géants. tu tcX fais des camarades.Pas besoin de te fâcher avec Man X. nous étions toujours ensemble. Cett|B femme buvait. à ces gens qui vivent très libnB 104 . Au i passage des « masques-à-la-mort ». ma fille. diriger m 3 vie à Pointe-à-Pitre. Ils étaient immenses. on ne pouvait me faire j sortir de la maison. des gens partout. Y. Elle prenait son temps pour me parler. ameuter toute J H cour avec ses cris. ou M. Dans le voisinage. jusque sur les arbres. ntâg donnait certains faits. tu i 9 pouvais pas dire : je ne savais pas. comment me débrouiller. AmélyaJ m’indiquait comment agir avec tel ou telle : M . J’ai entendu dire que l’un d’eux avait saisi une femme : et l’avait piquée jusqu’au sang. je me sauvais. et si. Elle t’aidai^jM découvrir où tu en étais. » 1 L’après-midi. et quand ils se baissaient vers vous pour j ramasser l’argent qu’on leur lançait. tu peux direj bonjour.Fais attention.Tricentenaire30» sauf des paroles qui terminaient le refrain: I « Jurons de rester chrétiens et français. qui m’en prcsentai^M d’autres. Cette affaire a même été devant le tribunal. Pas besoin d’être en bisbille avec toi pour fairçjaj éclater la noix de coco. nousi ne sortions pas détachées.. la place de la Victoire était bondée. des amis. Dans notre cour vivait une femme. tu es une fille de famille. 3Ê J’avais commencé à rencontrer des gens.j une ville qui a sa réputation. Moi qui sortais de ma campagne.

mais. Je connaissais une : fille. Je t'appelais «Psit! grad an miven. Je ne te dis pas de ne pas parler avec eux. Comment voulez-vous que la mère I rapprenne si personne ne va le lui raconter? La seule manière : la ■ fille apporte un gros ventre. Je le revois avec son petit panama blanc sur la tête. comme tu marchais en faisant Psit!» Ou pa té ka menm pran des manières.Viens près du chemin de fer. il faut bien qu’elle gagne sa vie. à Pointe-à-Pitre. et que leur mère n’en savait rien. pas loin de l’endroit où les gens allaient vider aCurs "seaux hygiéniques. * Pointe-à-Pitre a tellement de recoins. J’allais sur mes quinze ans.Ou ka sonjé lé ou té Lapouent .Te souviens-tu comment. je travaillai dans un champ de canne à Capesterre. mais ne te jette pas dans leurs bras. un homme vint me trouver : . elle introduisait son [ homme dans la maison. Psit ! » mais tu ne regardais même pas. un garçon essaya d’attirer mon attention : « Psit! Psitî » Il sifflait dans mon dos. Se promener toute seule dans la grande ville n’était pas toujours facile. Et dire que je me suis mariée avec le frère de ce monsieur. un terrain vague très mal fréquenté. Alors. II fréquentait une femme qui habitait un peu plus bas que chez nous. après les dernières vises du faubourg. à kon ou té ka ganmé. 105 . Et la . ils « marronnent3i » pour aller ^driver* près du chemin de fer. ' mère. An té ka kriyé ou « Psit! te. mais Fdans notre faubourg. kon ou té ka Pointe-à-Pitre.. Je * Se promener. toutes les mères travaillaient. de lieux isolés et dange- ^reux.. je me suis souvenue de lui. tu faisais l'élégan­ fè dyèz. Peut-être pas en ville. Les enfants F Vont à l’école. Beaucoup plus tard. Les hommes de la ville ont ^ beaucoup de possibilités de rencontres et plus d’un tour pour ^attirer les petites jeunesses : . Plus moyen de rien cacher. C’est drôle. viens derrière l’usine. au bout de la rue Bébian. Par exemple. Je ne tournai pas la tête ni pour regarder ni pour l’insulter. la vie! J’étais méfiante car je pensais que. Un jour. Ce sont des gens qui vivent en concubinage. les filles r avaient des relations avec les hommes beaucoup plus tôt qu’à la 1 campagne. sitôt sa mère partie pour le travail. les mains dans les poches. parfois. avançant dressé comme un coq de combat.

Je ne suis pas restée très longtemps à l’école.Maman travaille tard le soir. * Année cannelle. lui raconter pourquoi j ’étais partie de Carangaise. nuit des temps. qua-1 rante ans que l’une n’a pas revu l’autre. en particulier. La manifestation passa derrière l’école du Dubou-* chage. Je n’avais pas le temps. mais je sais me débrouiller. Ils ne sont pas malheureux. jusqu’au soir. Je m’occupe de mes frères et sœurs. Nous vivions l’u n ® près de l’autre. et cela fait vingt.ne suis pas bien au courant. Même si je les reconnais^ je ne m’approche pas de toutes. je n’éjÉ® pas mécontente. J’avais aussi d’autres amies de mon âge.. Je n’en étais pas arrivée jusque-là avec elle. je n’y ai jamais pénétré moi-même. I mais une fille que je rencontrais en allant au travail m’expliquait 1 ça. Moi. passer^® l’église demander à Dieu de jeter un regard sur vous. Il y a peu de temps. Levée de bonne heure. J’ai reconnu cette fille et suis allée lui dire bonjou® A dire vrai. Aussi. trente. J’allais les visiter. J’en 1 rencontre encore quelques-unes aujourd’hui. Une. Nous étions jeunes.. sauf s’ils sont pris dans une histoire et demandent votre aide : . il veut me faire cela. E li® voulait à son tour faire entrer sa mère chez les Jéhovah. Je ne l’ai jamais revue. e t :® travail. n o t® mangions même l’une après l’autre pour ne pas abandonnera® comptoir. sans toujours lest reconnaître. 106 . je défilai® à Pointe-à-Pitre. J’aimais bien la voir.. il m’a demandé ceci. pas de parlotes. ce n’était pas parce qu’elle é ta l» témoin de Jéhovah que je ne lui parlais pas. comment ma mère m’avait mise dans un petit travail. je ne m’étais pas fait tellement d’amies à Pointé® à-Pitre. A la boutique. ® La mère de cette fille était adventiste depuis l’année can® nelle *. Nous parlions simplement.Un garçon me parle. qui avait des® histoires avec sa famille à cause d’un témoin de Jéhovah qui® habitait de l’autre côté de la rue. et comment elle trompait sa mère : . mais elle ne me racontait pas tout. elle était mon amie. quand je quittai ce travail éreintant. et 1 ® mère récupérer sa fille pour sa religion. Chacune prêchait l’autre® une scène continuelle. Le témoin de Jéhovah32 avait converti la Suzelle.. Les gens ne vous disent jamais tout.

la surveillante des laveuses de bouteilles. Le maître de la limonaderie travaillait lui aussi. Le patron ^prenait sa décision : la limonade ne se vend plus? Renvoyons. j ’étais sur le porreau.. II le Mallait bien. Encore une fois. rincer. on renvoyait simplement les Jgens. mais j ’avais eu tant de malheurs dans mes places précédentes qu’elle devait se sentir rassurée de m’avoir auprès d’elle. Nous cocagnions * un brin. flâner. je passai chez Doktové. les employés. il pu se payer une camionnette et s’est mis à vendre dans les La maison Doktové n’avait qu’une seule machine. 107 . ■ Avec Amélya et Térézine. mais nous. profiter de. les autres rinçaient. sans chômer. j ’ai de frais. une brouette. Sa limona­ derie venait d’ouvrir. enfiler la bouteille sur une tige de fer.. » Laver.. Je ne crois pas qu’elle voulait me surveiller. nous faisait accélérer la cadence : « Blokoto. pendre du bon temps. En ce temps-là. il embauchait.. les hommes à la fabrication et au ^transport. voukoum. Le travail était dur. Les unes lavaient. Pas question d’avertir. Repos. Reprise à 2 heures. C’est maintenant que nous entendons • le mot «profit». Nous étions à deux ou trois autour de barils pleins de bouteilles à ras bord. La limonaderie ouvrait ses portes à 7 heures. les mains dans l’eau toute la journée.. Et voilà que Vacher a commencé à renvoyer du monde! Il pleurait : . nous ne connaissions rien. de verser d’indemnités.. elle va me mettre en faillite. Mais dès que la vieille s’absentait un instant.La limonade ne se vend plus. une grande limonaderie. Cinq ou six personnes : les Memmes aux bouteilles. quoi. « voulait faire du profit. Il livrait tui-même les caisses en ville rts une petite charrette à une roue. Amélya me fit embaucher là où elle-même travaillait. Les mains voltigeaient. Je lavais des bouteilles toute la sainte et bonne journée. jusqu’à midi. Une vieille bonne femme. il débutait et n’avait pas beaucoup d’argent. Un it malheureux. Dans une Traîner.. Plus tard. chez Vacher. mais la place était bonne. à sécher. d’autres encore charriaient 3e l’eau. liberté à 5 heures. plus de musique du tout. blokoto. le patron. voukoum. Il se mit à fabriquer de la glace..

maman. - Dépose pour moi cette caisse de bouteilles vides chez Doktové. Peut-être l’essence venait-elle de France. un tintouin chez le Manuel! Il criait à sa bouj se : bats-moi si tu veux. . ma voisine est morte. on fondait le sucre de l’usine *.1] et n’oublie pas de me les rapporter pleines au retour. emballées. . Les commerçants qui ne pouvaient pas se h déplacer donnaient commission aux chauffeurs des cars . lagé ko pitit. La cadence était rapide. en pression. blanche à Panis et à la pomme. mélangeant sirop et eau sous gaz. Rose à la grenadine. il était versé dans des récipients. . les rires et les clap-clap des langu: démarraient. On peut papa.Pleure. on ajoutait un morceau de charbon de bois. chacun contenant une essence différente : la limonade prenait sa couleur. konnyé man est morte. J’étais la plus petite. je tue! . Les casiers n’existaient pas. une nouvelle la veille à communiquer. non raffiné. laisse-toi aller. à l’orange. Doktové. Refroidi. deux papas. calées avec de la paille de canne. pour changer: laver les bouteilles. pléré.Je n’ai plus de voix ce matin. Pour rendre plus clair le sirop. D’ou sortait ce goût? Mystère. rouge à la groseille. le patron criait que tu ne faisais rien. mais si tu vas le dire à tes amies. manman ou mô. La blanche à la pomme était notre préférée. moun pé ni dé tête. Et que ce soit propre! Pas une larme au séchage! Si ce n’est pas net.énorme marmite en aluminium. Un homme s’occupait de la mise en bouteilles. mais on a une man. ou de la pharmacie. Elle avait un petit goût de banane et était blanche. avec sa brouette. C’était bi intéressant. : j ’écoutais. mes oreilles grandes ouvertes. verte à la menthe. s Mon travail à moi. introduisez un morceau <3 papier pour frotter! Je ne veux pas voir ces bouteilles pleurei Dès qu’il s’en allait. la gamine. timoun.Pléré. Nous mettions en caisses de vingt-quatre bouteilles. elles étaient saisies.. pleurefrappe-i tèt. Chacune avait son cancan à sortir. pléré. . ne livrait pas à la campagne. pléré. Dès que tu te reposais un instant. Dès que vingt-quatre étaient remplies.. j ’écoutais. men yo ni on sèl man. Toute nuit j’ai fait la pleureuse : . blanche. mon enfant. * Sucre de canne brun. pleure.Hier soir.

De toute façon. il ne nous donnait rien. voile et couronne. si yo ba pitit manjé manman yo. mé fouré bouaan .Samedi. ils la mangent. Je crois que c’est la :mière boisson qu’on achetait pour offrir chez soi. . nous avions droit à une prime : une bouteille de limonade. mais une « à cœur ». . ce n'est plus jouer. pas . elle meurt.Jouer. et tout. jé sé jé. menthe. Surtout aux :mes et aux jeunes filles. Le samedi. Elles s’entrechoquaient avec un bruit infernal et pouvaient se casser. une femme de bien. c'est jouer. Pas une personne à faire un tel scandale. on remplissait notre corps de limonade.. on arrivait à en sortir une un soir de ^Semaine. mais les mains ne chômaient pas. . Pas une petite comme les bouteilles à vin. Jésus Marie Joachim sainte Anne! Que de beaux habits! Et pas de « sousoun- klérant » (tissu brillant pour doublure). Il y avait une telle quantité de bouteilles dans le baril.. i ka si on donne à une mère ses enfants mô à manger. si on donne aux enfants leur yo ka manjé-i maman à manger. mais fourrer fès a makak pa jé.C'est bien vrai.C’est bien yrai. Parfois. Pu nom de la liane de la patate douce qui court en tous sens sur le sol : ar publique. l’une reprenait l’autre : . Parfois. un bâton dans les fesses d'un sin­ ge.La fille X.ême une petite bouteille. nous couper les mains. Il y avait le choix : groseille. » . Chez Vacher. . si yo ba manman manjé pitit.Tout.Ne dis pas ça! Je connais Man Y. enceinte jusqu’au menton! Radio Bois-Patate * fonctionnait à pleins gaz. La limonade s’est toujours bien vendue. pendant le travail. elle s’est mariée en blanc. Attention à ne pas se blesser. j ’ai vu le mariage à Grande-Église. Et toutes les femmes de reprendre en cœur : . Il devait se dire : «Elles en boivent assez derrière mon dos. 109 .

il n’y en a que pour le champagne. je n’en suis pas folle. Un vrai médicaments Après un accouchement. de la bière La Meuse. du vin. Comment se fait-il qu’ici. D’autres n’en boivent jamais. . Les hommes sont faits d’une autre chair que les femmes alors? Pour la boisson. On dit que le champagne est meilleur pour la santé. on ne fabrique plus que la rose. Toutes places où j’étais passée. un jus. je suis prise là-dedans aussi. la première bière à la mode en Guadeloupe. on boive plus de champagne qu’en France *? Eh oui. Mais jamais de rhum aux jeunes filles. un champagne. j ’ai vu de la limonade. je me suis dis : une année. je rencontrais quelqu’un ou quelqu’un * La Guadeloupe est le plus gros importateur de champagne du moi par tête d’habitant. Le rhum. Mes cousines achetaient aussi de temps en temps une petite bouteille de boisson. du rhum. EL. moi qui ne connaissais même pas son nom. J’ai bien vu ça quand ma fille Émilienne. et que tu n’as pas à la main une bouteille de champagne. une petite boisson.anis. aux quénettes. c’est pour les hommes. d’où vient-il ce goût des Nègres pour le champagne? Je ne peux pas le dire. il nous faut düf champagne.Si tu vas chez quelqu’un. . un état de faiblesse. mais. Chez Amélya. le Paub Bréan. toutes sortes de parfums. Un machin si cher! Et nous courons tous aprêd comme des fous! Je n’étais vraiment pas chanceuse pour le travail. qu’ih saoule moins. je préfère le mousseux. Elles prendront un petit punch au coco. Même dans la communauté chrétienne quand nous organisons un « souper dansant ». me dit-ellè. 1 De temps en temps. était en vacances ici. Il y a des hommes qui ne boi vent pas du tout. Maintenant. la blanche et le Coca-Cola. qu’il redonne des forces. Maintenant. Pour le premier anniversaire de mon petit-fils. tous ces gens méchants qui m’avaient du mal! Heureusement. en Guadeloupe. du Quinquina. tu n’es vraiment personne. une opération. dans cette malchance. Pour offrir. pourtant. je ne vois pas de différence. et des femmes qui aiment le rhum. qui travaille en France. une chance : ml amis de la campagne. Pâli de fête sans champagne.

Et puis. ce n’est pas la même chose qu’à la campagne. je ne me sentais pas dans une ambiance de jeunesse. Je ne savais guère danser . avec des gens que j ’aimais. mais il te manque quelque chose. c’est vrai. Au travail. mon corps même est différent. je vivais en famille. cependant. c’est le carnaval. l’ambiance du travail s les champs. je travaille. . Un jour. tchoukou. ils venaient me voir spécialement : . laver les bouteilles. tchoukou.ne.. Où tu te trouves. Mes amis me pressaient : . Chez Amélya. où tu as poussé. Si tu faiblis.. assis ou debout l’un à côté de l’autre. Parfois. Il te faut travailler. tu travailleras sur les champs de —p. Dès que j ’y pose le pied. et. Je peux me trouver n’importe où. Pour moi. On dit que c’est une chose marquée pour toujours dans les plus petits coins de ton corps.. c’est la fête. le lieu où tu es née. avec cousine Amélya et toutes les sœurs..J’habite la ville. je suis remontée. même si l’on est gentil avec toi... Amélya était comme une mère. à Carangaise seulement je me sens sur mon territoire. mes amis d’enfance retrouvés. personne ne t’aide.avec papa ce n’était jamais le moment d’aller au bal -.. . viens. tu arrives à attraper tout ça. chez elle comme au travail. je suis revenue de plus en plus souvent.Pour une fois. avec eux.. les blagues lancées pour ne pas sentir la fatigue le soleil qui vous troue la tête. J’ai senti qu’ils avaient envie que je sois là. remonte avec nous. retourner au pays. ne suis pas redescendue en ville. fait ton écolage. gagner de l’argent. et ces échappées à la campagne. faire ça. J’ai retrouvé la gaieté. tu es obligée de vivre. même.Léonora. . nous organisons un bal. 111 . ma vie change. tout le monde t’attend là-haut. Je me suis fait embaucher une attacheuse. aller vivre dans n’importe quelle commune de la Grande ou de la Basse-Terre.qui était descendu en ville. je vois les choses d’une autre façon.Tu pourras faire ci. je ne peux pas. tous ceux qui m’entouraient étaient plus âgés que moi.. c’était laver. ta première communion. et une mère n’est jamais trop âgée pour son enfant. viens danser. Un jour. comme nous. en ville.Léonora. m’ont donné une envie très forte : quitter Pointe-à-Pitre où je n’avais rencontré que misère et méchanceté. Malheureusement. mais je me suis tellement amusée! Alors.

. attache tes can­ las konnyéla.Ka ou fè yé osoua? Ou si tel. Attache. paraître si lasse? . Ou jourd'hui.Unetelle. Tu prann sé mwen ké vin rédé-ou crois que je vais t'aider au­ jôdla. Tu es lasse maintenant! Écoutez ça! Ah oui! C’est seulement quand je suis retournée à Carangaise que j ’ai retrouvé toute ma vitalité.Ka ou fè Entèl? Lavi ka menné.Gadé mamnzèl la. Maré jouné kann a-ou. comment va? La vie te ou? Ou ka menné-i? mène? Ou est-ce toi gui la mène? .. Ou kon. Tandé! nes.. .Qu'as-tu fais hier soir pour man avanni.Regardez cette demoiselle..

ce bal t’était interdit. de samedi en samedi. Dès que tu avais enfanté. carnaval. Et me voilà en train d’amarrer les cannes. Graziella. je suis en plein dans la vie de mon pays. Tout le monde n’était pas invité â ces bals. Noël. n’attendant même pas la ' cérémonie du bouquet. . J’ai donc quitté la ville en 1940. le bouquet allait se poser sur l’un ou l’autre. mon amoureux. Bertille. Il fallait être une vraie jeune fille. Au carnaval de cette année-là. Je suis chez moi avec ma famille. chacune a trouvé son chacun : moi.. j’en avais assez de la ville. je suis heureuse. La navette Pointe-à-Pitre Capesterre devenait plus fréquente. Grâce aux fêtes. jusqu’à la . pendant tout le "val. le bal des femmes. les mamans retiraient leurs filles de la salle. et je ne l’ai pas eu tout de suite. C’est vrai. mes amis. Tous les prétextes étaient bons : fête de la commune.. J’ai commencé à fréquenter Alexandre. d’autres pas. j ’ai retrouvé ma commune. Si. Chapitre VI Afôs tounéviré pou Kannaval. pendant le carnaval. une reine et un roi étaient élus pour le ^prochain samedi. le bal du roi et de la reine. Pas n’importe quel bal. La règle était stricte. an déviré an bitasyon Le carnaval me ramène à la campagne C’est sur l’âge de mon premier enfant que je calcule l’année de mon retour au village : René est né en 1941. Dans toute notre bande de filles. La ville est abandonnée. même si tu n’étais pas mariée. Et ainsi. au carnaval. . Il y avait pour toi le « bal à tétés tombés ». certai­ nes se sont mariées. une « femme à tétés tombés» se glissait dans le bal des jeunes filles. des mères. par hasard.Une de mes amies m’avait invitée à son bal.Au cours du bal.

Je vous recevrai avec votre famille.Que fait votre fils? A-t-il un bon métier? Les fiançailles étaient conclues. La mère avait honte et se taisait. 1' dire par exemple : . Il déposait d’abord une lettre à laquelle le père répon­ dait : .J Une chaise pour la fille. et crac! comme ça. il demandait à faire son entrée dans la famille. aucun garçon ne m’a touchée ». Lors de ma visite pour le carnaval. pourtant. le bougre là.î tions: . Pourtant. les liqueurs. eux. Au cours de la réunion. A minuit. Je me considérais comme adulte. et^ le mépris du voisinage venait causer une peine encore plus forte. Le cavalier élu roi donnait à la reine l’argent pour acheter les boissons. Parfois. de choisir les invités. A la reine de préparer le chodo. je n’étais pas une grande personne : je n’avais pas de commerce avec les hommes. Elle va le poser sur celui qu’elle a choisi comme roi. il y avait une raison. Et. les gâteaux. pure. on pouvait la mettre dehors. s’il était sérieux. Le roi et la reine faisaient toutes les dépenses. Tu étais assise là. pas pour faire l’amour. Pas d’histoire de bague en ce temps-là. une chaise pour une personne de la famille. Attention. Quand un garçon était reçu dans une famille puis disparaissait . Il m ’a parlé. En cas de refus. « Je suis vierge. Seuls les hommes. sans se marier. le café.^ Les intéressés la connaissaient. ne faisaient que - dire : . donnaient une participation pour les musiciens. une chaise pour le garçon. il était préférable d’avouer la vérité. tout était acheté po« le mariage. quel crime! Que d’histoires! Que de bruit! Quelle honte pour toute la parenté! Le coup était déjà rude pour elle. les parents se posaient des ques. j ’ai rencontré un garçon. J’avais vingt ans. La reine devait accepter de danser avec tous les invités.Untel n’a pas épousé Unetelle. Les gens. à bien réfléchir. je crois. Dès qu’un garçon avait abordé une fille. A eux maintenant d’organiser le prochain bal. la soupe. Le garçon était alors autorisé à venir te visiter. celui-ci était déjà prêt : le bouquet de la dame au cavalier. Les invités ne payaient rien. Tu pouvais le couillonner. si le mariage n’avait pas lieu. Ça com . le garçon n’épousait pas. mais. Il faut- dire qu’il demandait des garanties.

Par respect pour leur maison. et. quand il était saoul. et. nous parlions de nos affaires à nous. il faisait plein de misères à mon fiancé.Je vais me marier avec toi. une fille vierge. lui comme coupeur. sans se toucher. mais la mère surveillait! Un petit clin d’œil. Dès la première rencontre. Les filles qui n’en étaient pas encore au « chacun-chacune » venaient accompagnées de leur mère. En principe. mon père rentrait. Assis l’un près de l’autre. j ’ai présenté le garçon que j ’avais rencontré au carnaval. Je n’étais plus sur le compte de mon père. Mon père l’a accepté dans les règles. de parole en parole. Entre les danses. nous partagions tout. chaque cavalier avait sa cavalière et la fille ne payait pas. Dans ces bals. je gagnais ma vie. j’avais dépassé mes vingt ans. il était assis. les demoiselles restaient assises sur un banc. n’importe quel garçon pouvait inviter à danser n’importe quelle fille. une amie m’accompagnait. les garçons debout . alors. et repartaient très tôt. mes parents ne pouvaient pas trop se mêler de mes affaires d’amour. chacun enlaçait sa chacune avant qu’un autre puisse l’approcher. tellement pour eux. Après. Je lui disais de ne pas faire attention. qu’ils étaient capables de faire un drame s’ils découvraient la supercherie. Chacun choisit sa chacune. moi comme attacheuse. Nous travaillions ensemble sur les champs de canne. avant de porter cette fameuse lettre. Peut-être avaient-elles un amoureux dans la k salle. dès que la musique commençait. vous commencez à parler. J’habitais en ville. les parents se mettent 115 . que la fille ous aime? J’ai vu des mariages se conclure sans que l’amour soit au rendez-vous. le dérespectait. Nous nous aimions. Pouvoir procla­ mer : « Ma femme était pure ». les jambes croisées : . l’amour avance. Il sortait. mais il buvait beaucoup. un petit «zyé ' dou». rien d’autre ne pouvait avoir lieu avant la lettre. Ce jour-là. il ne m’a jamais dit : . devant elles. Nous causions. Nous nous étions rencontrés dans un bal.Qui vous a permis de mettre les jambes en croix dans ma maison? Et voilà mon père qui tire les pieds du jeune homme. pas besoin de beaucoup de mots. mon père sortait. Vous dansez très serrés et tout démarre. et lui était avec un grand Nègre noir qu’il faisait passer pour son frère. mais. de nos idées. quel honneur! Ça ne s’est pas passé comme ça pour moi. Un jour. Pourtant. Celui-ci arrivait. Comment 'être sûr. Le garçon écrit sa lettre.

La virginité d’une fille était chose d’importance. je vais marier ma fille avec lui. un baril plein de tessons de bouteilles. Les mères. l’homme félicitait la mère. n’exis* taient même pas. On ne lgj voyait pas s’en aller par la grande porte. aujourd’hui. Ça ne tient pas. La vie dans le foyer. matelas. parfois. salle à manger. ont des idées : ce jeune homme est le Fils de mon compère. Ils disparaissaient. qu’on se marie ou se mette en ménage. une table. nous avons tout mis eif commun. tout. pas du tout.Le bouchon de champagne va sauter ce soir! . - Maintenant. nous nous marions. les mariés partaient à minuit. * Le jour de la noce. très bien. Si la fille né travaille pas. la fille est obligée d’accepter. la fille la chambre à coucher. et la mère en profitera pour mêler sa bouche dans tous les secrets du couple. les difficultés moins étalées sur la place publique.d’accord.. Même si la femme avait épousé un feignant . il travaille bien. Lorsque j’ai. « salon ». Le lendemain des noces. sa mère lui offre le lit et l’armoire. quitter la maison? Une autre. Elle s’était mariée. tu m’aimes. A la moindre difficulté. puis six. Je vois ça toujours. J 116 . elle tenait. c’était pour de bon. Il durait peut-être un peu plus longtemps car la femme était plus soumise. Un lit. des familles qui forcent la fille à épouser un garçon qu’elle n’aime pas. Petit à petit. lê nombre augmentait avec les enfants. Si la virginité de la jeune épousée éüg prouvée. On sait qui a acheté quoi : le garçon apporte le salon. Une case était séparée en deux : une pièce pour dormir. Les plaisanteries ne les épaN gnaient pas : Tj| . Les gens se marient-ils plus par amour aujourd’hui? Je ne vois guère de changement. l’honneur de la mère en dépendait. la maman alj|| rendre visite aux mariés. les mots de « chambre ». va construire sa case: sur la terre familiale.et Dieu sait s’il y en a sur la terre de Guadeloupe! -. le mariage reste le plus souvent un « bari boutèy krazé ». Que peut-elle faire? Ramasser sa volonté et prendre son bord. un. comme c’est la modi aujourd’hui. tout esf déjà prêt pour la séparation. quatre chaises. une autre servait de salon. près de sa maman. mais l’amour pas plus présent. que va-t-elle être? Hier. prévoyant que son ménage ne marchera pas.Si la bouteille est toujours bouchée!. elle appelera au secours. Je t’aime. quitté mes parents pour m’installer. D’ailleurs.

Là. sans explications. Depuis longtemps. il l’avait autorisé à venir faire sa cour à la maison. me casser un balai sur le dos. P Alexandre n’était pas un très bon choix. quand le malheur arrive. il ne vit plus le petit sac pendu. traitant ma mère de receleuse. défoncer la porte de la case. Normalement.. Le premier est mort tout de suite. faire quatre enfants. Nous sommes restés quelque temps ensemble. avec ses histoires de gaz avalés pendant la guerre de 14. nous nous sommes sauvés. Vous avez eu votre entrée chez moi. Ma mère. c’est au père d’appeler le monsieur : . tous. f Alexandre et moi avons pris « notre particulier » à l’ïlet-Pérou. Je ne pouvais plus rester à la maison. moi. Volée sur volée. Sa maison était libre. nous injurier. le F deuxième à six mois. A [pause d’une autre femme.. Nous allions tous les deux gagner notre journée dans la 5 canne. papa nous cassait les pieds. Je n’aurai pas cru qu’un aussi beau 117 . Une de mes tantes venait de mourir. mariage! Mon père eut le temps de mourir avant la naissance de l’enfant. L’enfant qui avait créé tous ces ennuis n’a vécu que six jours. à cause de mon père. il se mit à me foutre des coups.Monsieur. une fille et un Égarcon. IÎ finit par prendre une vraie crise. Un jour. je ne sais qui l’a rempli. déjà. Je me suis trouvée enceinte. Il avait une lettre d’Alexandre. Je ne voulais pas laisser maman dans une telle situation. il n’y avait pas d’autre moyen. Ça n’a pas tenu. adieu. chaque mois. tournait et virait. Deux sont vivants. les enfants. Papa ne l’entendait pas de cette oreille et venait faire du scandale. mes serviettes hygiéniques en toile. Nous avons déménagé et abandonné à mon père « sa» maison. Que faites-vous? Quelles sont vos intentions? Il ne pouvait pas dire : Ma fille m’a rapporté un gros ventre. accroché à un clou. jeter toutes mes affaires dehors. Ma mère a décidé de partir. En plus. ma fille est enceinte. Nous sommes retournés dans notre maison. Le fiancé. avant de les laver. le temps de 5. mon père surveillait le petit sac. Sans paroles. où je mettais. Et mon mariage ne se fit pas. il était souvent saoul. Il est resté tout seul. j ’ai accouché. ■ une petite case louée où nous avons transporté nos petites ^ affaires. lui. Sans rien dire. J’étais enceinte. Fille enceinte.

qui était! son amie mais n’a pas réussi. je viens de quitter la ville. elle retournait à Pointe-à-Pitre. d’accord. jl 118 . à attacher comme les! copines. il était parti dormir chez cette autre femme. avec ma grande sœur et ma i fille en bas âge. si nous devons nous séparer. maintenant. mais. et ça grâce à mon attitude.. je mel suis retrouvée sur les pièces de canne. Je décidai : je lève l’ancre. sa vulgarité ressortait. je m’en foutais pas mal des affaires. je vivais.. Je déposai mes affaires chez une sœur et partis chez ma mère avec mes enfants. qu’ils vont voir si la ville t’ai changée. Ce voyou ne l’avait jamais montré. dont tu leur parles. jj Pour moi. souvent partager notre case. Un jour. on ne m’a pas considérée comme une! étrangère. je buvais. I J’étais. Je voulais rentrer chez ma mère. je mangeais. Ils t’observenjj bien : va-t-elle saluer Untel? Rendre visite à Unetelle.l Quand je suis revenue. peindre le dlffl ferrer les chiens. elle venait gagner sa vie dans la! canne. Moi. écoute. moi. Je ne suis pas rentrée au pays pour m’asseoir. Amélya! était quelqu’un de la ville. Je n’ai fait qu’y aller.Léonora. il est venu faire du scandale jusqu’à ce qu’il emmène ' le garçon. tu me donnes cela. C’est selon la façon dont tu! abordes les gens. Je dois gagner mon pain. Moi. je n’avais nullement l’idée de prendre un- autre homme. Ma mère dut venir me soigner. î Ensuite. Le monsieur a couru derrière moi : . elle aussi. devenue une personne de la ville pendant sept ans. Et si tu prends ceci. J’étais chez ma mère. sitôt arrivée..j Chez Vacher. au soir. nous devons partager ce que nous avons acheté à deux pour monter notre ménage. les affaires ne marchaienti pas trop fort. Les yeux et les langues s’agfël tent. 1 Cousine Amélya venait. Le dimanche.garçon puisse être si mal élevé. Ma mère en était malade : . je travaillais.. j’en étais malade. Ce que j ’ai acheté après. et encore cela. si tu méprises ceux quîi travaillent la terre. mais. Il le voulait de peur qu’un beau-père commande un jour à son fils.Maman.. si tu es devenue « aristocrate ». toi qui vends en boutique. je ne travailla plus. c’est à moi. je vivais en ville. Il injuriait mes parents.. son patron limonadier. Certaines semaines. je le garde.

Si. il nous prenait l’envie souvent de sauter dans l’eau pour nous rafraîchir. Certaines gens vont f. toutes minces. Parfois. poser des plants. courir après les touloulous *. Elle m’a tendu la main. trop de toutes sortes de f choses qu’ils lâchent là-dedans. pour faire comme tout le monde.. de nos mères. Chacune choisissait sa place parmi les grosses roches noires dans le courant : les bombées pour battre le linge. noyée pour de bon. et nous étions toutes dans l’eau! La peur que j'avais eue ne m’a pas gâché le plaisir d’aller laver la rivière. finie la journée. ils attraperaient des Ijÿiala^ies. Je n’étais pas bien forte pour nager. tu es libre. en rentrant. la bouche. Personne n’avait rien vu..H. Malheureusement. nous remontions chez nous. Pour nous Lforcer à acheter des machines à laver? Quand je suis arrivée à Grosse-Montagne. tu ne trouves pas ton repas tout cuit par tes parents. * Petite crabes rouges. Avec une de mes sœurs. Des cannes B. Les mains claquaient. mais. on nous envoyait mettre du fumier. nous allions en bande laver au bord de la rivière. les yeux. Je mis longtemps pour reprendre mon souffle. Qu’est-ce qui est arrivé f à l’eau dé nos rivières? Trop de produits. Si une dame n’avait pas été là. 3 heures. Une attacheuse devait monter dix-sept piles de canne dans sa journée. c’est dans la rivière que j ’allais laver mes \ enfants. déterrer des crabes ou. zéro. mais l’eau n’est plus bonne. et m’a halée hors de l’eau. tu manges. sur une pierre. Je toussais. Ils ont gâté notre eau. je me serais noyée. plus possible. rejoindre tes amis au bord de la mer pour pêcher des palourdes. j ’avais de l’eau dans le nez. un gros fagot de bois mort calé sur la tête. de notre enfance. Ragaillardies par un bon bain.. Tu travaillais raide. de nos voisins. nous sommes allées travailler sur les habitations comme ouvrières agricoles. dépailler. puis tu peux faire ce que tu veux : rendre visite à ta famille. les oreilles. c’est terminé. Le soleil chauffait sur les pierres. 119 . Nous riions tellement qu’il m’arrivait d’étouffer. mais à 2 heures. la gorge.encore laver. je ■ crachais. Quand ce n’était pas l’époque de la coupe. une autre main. quand c’est la saison. Maintenant. les plates pour le frotter. tu prépares ta cambuse. je me suis jetée dans le courant. et les langues encore plus vite : nous parlions de tout.

. défricher une pièce de terre. eux.lB demandes l’aide des bras du voisinage. ne t’inviterait p | i au mariage de sa fille.La tante Rosalie n’a pas paru à la messe ce matin. Pour de$| fiançailles. Peut-être l’effet du sermon? On s’arrêtait souvent chez l’un ou chez l’autre pour prendre des nouvelles. à faire la farine. ou son géreur. j Presque chaque semaine..Cours. bien entendu.Debout. les cassaves.on ne les chaussait qu’une fois arrivés à l’église-. allons voir \ si elle n’est pas malade. Personne de leur monde. lançant des plaisanteries. j ’étais invitée à une fête. je n’aurais pas accepté qu’on me fasse une telffl honte! Æ . qui travaille comme u|J sur les champs de canne. un mariage. Le dimanche.Pourquoi Unetelle n’était pas à la fête? jfl . se moquant des retardataires qui couraient pour rattraper la troupe : . Le premier réveillé interpellait son voisin : . mais n’oublie pas de rentrer ta chemise dans ton pantalon quand tu arriveras au bourg! Sur le chemin du retour. baptise son enfant et ne t’appelle pa&|i la fête. PresdW 120 . Ils ne pardonneréfM jamais l’afiront de n’avoir pas été invités. Très tôt le matin. mais si ta voisine. ne compte pas sur ma bouche pour implorer la Sainte Vierge pour toi. tu in v i9 les amis à le grager avec toi. . | Toute la matinée du dimanche était ainsi occupée. j . les parents ne devaient! oublier personne. un baptême.. les convois : tu as récolté ton manioc.Ne serait-ce pas parce que son mari. cours. riant. nos souliers à la main .Rosélise. il y a de l’embrouille. O n savait que le directeur de l’usine. c’était un seul remue-ménage. grande sortie : tous ceux qui croyaient en Dieu partaient à pied pour la messe. à charge de revanche® Les hommes. 9 Ces fêtes étaient les grandes occasions de réunion avec JjB coups de main. la messe va commencer sans toi! Nous descendions ensemble.Si c’était moi. Vingt ans après. Tout le village va chercher la raison : M . trouves encore chez certains de la rancune. veux t’établir et bâtir ta case.. Philémon. on était plus sérieux. 9 Les cancans ne sont pas près de s’arrêter. n’ont pas besoin d’invitation. Nous sortions de notre campagne pour aller à l’église du bourg.

aller « faire I son sel » au bord de la mer. et boucler les gadèdzafè. Alexandre était de ceux-là. Je l’aimais. le mettre t en réserve. c’est comme ca. il m’aimait. » I II a bloqué la vente du sel. Je vais cacher le sel. Il a fallu se débrouiller. nous nous aimions tous les deux. plus de cela.. Partout. à jouer aux dominos autour d’une chopine de tafia. que nous appelons \ ^époque où il y avait la guerre en France. heureusement. Personne n’a su Bpurquoi on l’a arrêtée.«An tan Soren». Il faut croire que le mariage n’était pas ? tellement utile pour nous. plus de savon. Un jour. plus de ceci. chaque soir. la Ip^cristine du curé. et il a dit : « Si l’on gaspille le sel à le semer à la croisée | des chemins. ils se retrouvent à la buvette. ici. jh»mme on disait alors dans la chanson pour parler des bananes ËJjrouvènè kondanné nou manjé Le gouverneur nous a condamnés péspagéti a gran fèy. pandan nou ka à manger des spaghettis à grandes |%iégri gouvènè là ka ri. Nous nous sommes trouvés séparés. \ J’étais jeune encore.Ce gouverneur. Manzèl Eléonore.. l’amour n’a pas continué. d’un coup. Peut-être vendait-elle trop cher? Quand 121 . il courait après les autres femmes. \. Les temps étaient difficiles pour tout le ( monde. Et puis. il est venu nous fendre les reins.. avec les Allemands. ■jés images. nous étions au temps Sorin3î. j ’ai entendu dire : I . elle aussi. surtout. feuilles. à donner de la voix : fc .Sorin est passé. avec ses ■Lmarins de la Jeanne d’Arc et leurs fusils! fe r Et puis. Pour tous ceux qui la Kpnnaissaient. Nous n’étions pas mariés. Ht. c’était une abomination. je ne savais rien des affaires de ce gouver- ! neur Sorin. Mettre une femme en Brison! Elle tenait un petit magasin pour vendre des chapelets. en a goûté. il a trouvé du «sèl a sosyé» dans un | quatre-chemins (quelqu’un l’avait déposé là pour conjurer les f esprits). une rumeur : B r . c’est qu’il y en a trop. plus kphuile.Il n’y a plus de sel. toutes sortes de choses de la religion. plus de pétrole. pendant que nous on mai- Rg’ grit le gouverneur rit w Les gens du marché noir ont débarqué dans les campagnes. les gens ont commencé à Marier. llMais attention! pour un rien: la geôle. P * Sorin nous a fait manger des spaghettis à grandes feuilles.

« ti® Soren ».J sieur : jt . net.Alors. mon argent à la main. . vous ne m’avez même pas donné une livre de viande J à soupe! il J’ai pleuré pour de la viande. ® Quand elle rentrait du travail. rien. Mon homme.Demain. Je voyais tous ces morceaux de viande f devant moi. un bon dix kilomètres. Dans les champs. Nous courions tous après la nourriture. C’était un bon bougre.Je m’occupe de toi tout à l’heure. Un jour. Nous battions à ® la canne pour faire du sirop. samedi. ® Nous habitions chez Man Toloman. Nous détet-jg rions les cràbes. J’avais faim. m’en rapportait aussi.elle est sortie. sans rien. je me suis fait voir du monsieur.. comme on les avait baptisées aussi à l’époque. J’attendais. fouillions les palourdes. Certaines personnégR possédaient quelques provisions et vous trouviez toujours l’u n tB 122 . C’était assez loin. mais là. Je me suis levée à 4 heures du matin et suis partie pour \ Cambrefort. qui travaillait dans les planta*® tions. j ’aurai pu® comprendre. elle ne connaissait plus ni Blanc ni Noir. sans huile. Je l’ai arrêté sur le chemin : ' . quitte à ne plus® jamais manger de viande. j’en avais envie. nous ramassions® toutes sortes d’herbes que nous mettions à bouillir. Je n’avais rien mangé avant de partir. Si encore® j’avais demandé au boucher de la viande à crédit. Il ne me restait qu’à boire l’eau de mes yeux. ne faisait plus confiance à personne. Tu allais à Sainte- Marie chercher du poisson : quand tu arrivais. J’ai attendu. avoir de l’aigent bien vivant et voir tous ces J quartiers de bœuf défiler devant soi sans en attraper le moindre 1 petit morceau. des vrais « ti bandi». tu ne pouvais en garder que la moitié. A mon arrivée. je me suis rendue compte que le billot à Jj viande était propre. Nous connaissions un monsieur qui faisait le boucher. Et je® relevais de couches! Pour le bébé. Je J jurais de ne plus retourner chez cet homme. je savais qu’il devait tuer un bœuf. je venais d’accoucher. Je mangeais des bananes aux® bananes. je viendrai chez toi chercher de la viande en douce. tout avait disparu.. il était déjà vendu pour les gros messieurs. Je n’en® pouvais plus. pas de lait. Et puis. J’ai dit au mon. j ’attendais. elle me faisait cuire deux petites® bananes vertes. Tu tuais un cochon. un ami. pas bu de café.

Il a fait aux Guadeloupéens tellement de méchancetés. Sorin était détesté. de la farine de manioc. du vinaigre que l’on fabriquait avec la cabosse (fruit du cacaoyer). Même les tissus étaient contrôlés. étaient toutes dans l’obscurité.. Tant de personnes dans la famille. pas vraiment.Celui-ci ne verra pas son quatrième jour. Il fallait se battre pour le ravitaillement. puisque tu n’étais pas libre. Ils les vendaient. Celui-ci s’éteindra ce soir. Avec cette affaire. En un instant. Sorin avait taxé toutes les marchandises et surveillait la contrebande.Accourez. de beurre de cacao contre des cassaves. Pourtant. Il mourra jeudi. Dans notre village. Il passait lentement devant les cases : . tant de bouteilles d’huile. Nous allions sur la plage ramasser de vieux bouts rejetés par la mer. Les voisins avaient tous ën même temps apporté leur petit ï>out de caoutchouc. la case du mort s’éclaira. tu ne pouvais acheter convenablement dans les boutiques. accourez. nous les malheureux qui ne pouvions acheter du pétrole en contrebande. papa est mort! Les petites cases. J'enten­ dis crier : . ne pouvaient utiliser tous leurs tickets. ** Système de cartes d’alimentation. on nous annonça la répartition **. les yeux le suivaient avec inquiétude. les enfants en bas âge. collées les unes contre les autres. que de problèmes! Tu obtenais un bon pour un drap. Certaines familles. Un vyékô *. C’était plus juste. faute d’argent. au son de caisse.ou l’autre pour vous donner trois grains de sel. 123 . Quand il est parti. Comme ça tu arrivais à vivre. on a commencé â respirer un peu mieux. tant de kilos de viande. les vieillards mouraient vite.. un homme pouvait prévoir la mort. on chantait dans les rues : ! * Vieillard. Pour un mariage. Enfin. un bâton à la main. et nous nous en servions comme d’une lampe. Il mourut à la fin de l’après-midi. Posé sur une feuille de tôle. le caoutchouc allumé te donnait de la lumière. toujours assis devant sa porte. Quand il se levait. tant de sel. un petit pot d’huile de coco. faire la queue des heures et des heures. i. Un matin. devint lumineuse. Rien sans un bon. C’était mon voisin.

» Après la guerre. Radio Bois-Patate diffusait les nouvelles: «D e Gaulle fait appeler les hommes. et allaient défendre leur patrie. nous n’étions pas encore Français. La . surtout à i cette époque. Ce « temps Sorin ». «dépar. vive les Alliés Sorcn tonbé pou létèmité Sorin est tombé pour l'éternité Péyi an nou la dou Notre pays est doux Gouvènè ké régrété-i Le gouverneur le regrettera Soren mô é antéré Sorin est mort et enterré Konplis a-i ka pléré Ses complices pleurent Yo ka régrété Ils regrettent Milyon la i pa séparé.Viv Dêgôl viv Lézalyé Vive de Gaulle.» * Pot en fer-blanc. bien longtemps après. chanson disait : « Avant nous étions “ asi boukèt ” » (assis sur un âne).. soudant avec du plomb récupéré sur de vieux. Je ne sais pas comment ils se débrouillaient là-bas. Et.. les fourchettes. Nous n’avions rien. les hommes qui partaient pour la dissidence34. et jusqu’à maintenant. Ils réparaient votre cuvette ou votre?# pot de chambre. le maréchal Pétain. Il faut le rejoindre à Londres pour défendre la patrie. pourtant. quelle histoire! La guerre. chaspann * pour puiser l’eau dans i la jarre étaient faits en terre ou avec des pots à lait. Les ferblantiers fabriquaient pot. les millions qu'il n’a pas partagés. les bols. Ils prenaient de petits canots pour aller rejoindre de Gaulle à La Dominique. la parche du coco pour faire les paillasses. On parlait beaucoup de De Gaulle. 3¥ Nous avons appris à tout utiliser. il nous fallait vivre. Un temps de souffrance mais aussi de travail et ' d’invention. j Cafetières. timbales. des boîtes de - conserve. la noix de coco pour l’huile et î le savon. maintenant nous sommes “ asi milé ” (assis sur un mulet). chopine. assiettes. Ils disaient qu’ils étaient contre le chef de Sorin qui était en France. la 1 coque pour tailler les cuillers. nous avons vu l’importance du ■ « temps Sorin ». Les J ustensiles de ménage des pauvres étaient remis à l’honneur. qui le sait vraiment? î ■ Après. nous nous sommes trouvés « assimilés ». 124 . mais nous appartenions quand même à la France. les brosses. je crois. personne ne possédait de radio. bien obligés de chercher à se débrouiller. A Carangaise. demi-pot*# roquille en un tour de main.■ tement ». » i Nous ne savions pas ce que voulait dire « assimilé ». et « débouya pa péché ».

Il faut bien faire vendre les Prisunic! A moi. Ils étaient forcés. s’ils fabriquent des tapis. à une assemblée. Ainsi notre belle allée de filaos et de flamboyants dans notre commune. tout le monde travaillait de ses mains. des tuyaux. Je suis prête devant n’importe quel mauvais coup. chaussés de kovadis. Je me sers de gaz butane.. Pour nous. La bouteille de butane est là. Je ne jette rien car je ne sais ce qui peut survenir. des sacs en vétiver. ils se sont débrouillés. ** Mouvement rural de la jeunesse chrétienne. . puisqu’il n’ont pas conti­ nué. tu allais l’acheter à une autre qui se faisait ainsi un peu d’argent. Dans ma cité. quand il est venu en Guadeloupe.C. mais je ne souffre pas quand le camion n’a pas livré la boutique. ces sandales en lanières à semelles de bois ou de michelins.J. L’autre jour. ce temps où les voitures marchaient avec de l’essence mélangée à du rhum..R. des sacs. Aujourd’hui encore. Je peux manger de tout. Je ne parle pas de l’allée de palmistes à la sortie du bourg sur laquelle le général de Gaulle a défilé. * Sisal. Je donne.C. Sorin avait fait planter des arbres le long des grandes routes. Le fruit à pain séché donnait la farine. Ça nous donnait de l’ombre.accus. de l’ail à Trois-Rivières. qui allions quelquefois jusqu’à Basse-Terre ou Pointe-à-Pitre.R. Ça.J. je ne le savais pas. je crois qu’ils n’ont rien appris du tout. mais je tiens en réserve mon réchaud à charbon de bois. je crois. c’est grâce au temps Sorin. elle était plantée avant. certains vous disent que. c’est chez moi que les voisins viennent chercher du pétrole quand il y a une panne d’électricité. Ce que tu ne pouvais fabriquer toi-même. Les jeunes du M. les paysans marchaient à pied. la paille de canne tressée des chapeaux. ce temps où l’on avait fait pousser des pommes de terre à Matouba.. mon réchaud à pétrole. des jeunes du M. ce temps des fruits à pain tout secs m’a appris une chose : n’avoir peur d’aucune misère sur la terre. des tapis. faits de vieux pneus récupérés. ** évoquaient le temps Sorin. ton temps étant pris dans la canne. monté sur un cheval blanc.. affirmaient qu’alors les Guadeloupéens avaient appris à compter sur eux-mêmes. Nous avions fabriqué pour ma sœur un beau chapeau en satin et son cavalier portait un canotier en paille de canne cousu avec du fil tiré des sacs de farine ou des lanières de karata *. Peut-être aussi qu’on leur a désappris de compter sur eux-mêmes. Pour un mariage. Moi.

dix tickets. un ticket. Jénéral Dègôl ké sové nou. Le sauveur de la France. Tu as dix enfants. Vous demandez l’indépendance? Les Nègres vont commander aux Nègres alors? Si le Nègre ne sent pas le fouet sur sa peau. c’était le bon temps. il nous faudrait un homme fort comme Sorin pour faire marcher le pays. qu’ils n’ont peut-être pas connu comme moi les temps durs. 1 126 . Les Blancs aussi ont leur histoire. En temps Sorin. Nous. en moi-même. Celui qui avait droit à trois kilos n’en obtenait pas cinq.. disent les anciens. Les Nègres sont mauvais. Les Blancs. ont fait marcher les Nègres à coups de fouet. Et. en cas de contrebande. nous pourrons vivre bien. je pense qu’ils ne sont pas prévoyants. 1 il va nous sauver : Tan an nou sété bon tan Notre temps. A la moindre anicroche. c’est vrai. ils chantaient : Notre seul espoir. sèl èspoua nou fini tout est à l’envers. sa loi. tan dé plézi. Ces gens en sont toujours à l’esclavage. ton frère. N’empêche qu’on les entend souvent ici. et ceux qui avaient un filon et de l’argent obtenaient plus de vivres. Alors. Alors. mais elle n’apparaît pas comme celle des Nègres. Aprézan la lavi touné un petit sou suffisait. Tu es seul. Aujourd’hui. c'est de Gaulle. de marché noir. Le chef de Sorin. Mais. Touarivyè pa té ni dola Trois-Rivières ne connaissait pas on ti sou té ka sifi le dollar. C’est de l’histoire. il y a des choses qui nous sont restées cachées. On faisait chanter aux enfants des écoles.. Ce que nous devons rechercher: l’accord entre nous.Maréchal. étaient les mêmes pour tout le monde. Le Nègre méprise le Nègre. en montant le drapeau chaque matin : . de mépris pour le Nègre. qui ont oublié toutes ces misères. en dessous. c’est la faute du Nègre. Paroles que tout ça. Nègres. Notre seul espoir: le général de Gaulle qui viendra:. toutbiten chalviré la vie a tourné. normale­ ment. il ne fait rien. Je ne suis pas d’accord avec ces paroles de dédain. c’était Pétain. parlent de Sorin comme d’un homme juste : ses règles. Paroles contre nous-mêmes. nous voilà. tan dé bonnè temps de plaisir. rien de normal. nous sauver. temps de bonheur. Certes. Certains vieux. il foutait Nègre comme Blanc à la geôle. ne marchons que si on nous fouette.mais.

. un travail pour sa femme ou un neveu. et déposaient une enveloppe vide. Mais il était costaud. le parti communiste dominait Capesterre. Le pantin représentant le docteur Moutou était le plus réussi : son portrait craché. faire tamponner leur carte. Ils décidaient s de ne plus voter pour le maire. première victoire. qui était l’homme. on entendait par­ tout : «Vive Paulo! » Tout le monde. Lacavé était opposé à un Indien nommé Moutou. il tournait la tête à droite. et les cancans reprenaient à chaque élection. le r troisième.. à rester fâchés jusqu’à leur mort. Quand Lacavé venait à Carangaise. l’autre. Comme ça. triomphant à chaque vote. n’avait pas obtenu la place qu’il : souhaitait à la mairie. cette élection. Après le temps Sorin.. Chaque candidat faisait sa campagne. les gens arrivaient à se taper dessus. j’étais majeure. Après un tel affront. Moi-même. Autour du maire. Le ■jour du vote. Je ne sais ï pas comment ça se fait. chantaient. Ce n’était pas une mince histoire. ses partisans organisèrent un défilé : le défilé des «boua-boua». passait dans toutes les sections. est contre Lacavé. ne pouvait être pour lui. Aussitôt. La procession s’arrêtait devant les portes des partisans pour ou contre. Il faut dire que les deux partis ne se faisaient pas de cadeau. envoyé par les patrons de l’usine Marquisat. à gauche. l’affaire était encore plus chaude. Avec sa grande robe blanche. y était respecté. disait-on. faisant voler ses longs cheveux d’Indien. Il a tenu en poste jusqu’à sa mort. le logement qu’il demandait. Mon premier vote : envoyer Paul Lacavé à la mairie. L’un. ces combines arrivaient toujours à se ^savoir. ils allaient pointer sur la liste. Paul Lacavé représentait le parti communiste et. par exemple. La 127 . Paulo fut élu maire. je suis restée son supporter fidèle. à cette époque. allons lui annoncer notre victoire.. La cousine X. pourtant. en musique. cognaient sur des pots en fer-blanc. certains le lâchaient comme un crabe ses pinces ou un anoli sa queue. veillant à ce qu’il ne soit pas renversé. je crois. Bien sûr. Les gens criaient. la troupe a grossi. mais ils faisaient comme si. des casseroles. je me suis mise dans les affaires d’élections. Pour élire les députés. sa petite valise. je pouvais voter. ils se vengeaient du maire mais ne perdaient pas leur crédit. Première élection. Même à l’intérieur d’une famille. Chacun en profitait pour régler des comptes person­ nels. elle t’en voudra toute sa vie.

j Paul Lacavé est resté presque quarante ans maire de Capester-1 re. Des gens descendaient de partout. armée de casseroles. On libéra le cochon qui se mit à courir. enfermé dans la prison pour y passer la nuit. Ici. . je crois. Nous* avons envoyé chercher le maire. on ne laissera pas briser la . Lacavé fut proclamé élu. un cochon avait été. Il a pris la tête de la commune à un moment grave. de pots. Capesterre flambait! .. se terraient dans leurs maisons. 128 . de toutes les habitations : j . Nous nous sommes tous rassemblés pour foncer dans le corps de ces étrangers s’ils osaient pénétrer sur les champs.Vive Paulo! Vive Lacavé! Le battu et ses partisans. en aluminium. des gens de Sainte- Rose. nous appelons «étrangers» tous ceux dont le nombril n’est pas enterré s Capesterre. Les patrons sont allés chercher des étrangers. pas une canne ne sera cou* par personne.Nous avons suffisamment de travailleurs à Capesterre. je me rappelle très bien que. Il posa sa candidature. un juste prix pour sa journée de travail. rentrés dans leurs coquilles.On ne laissera pas faire ça. grève! ^^ Qui avons-nous trouvé devant nous? Les gardes mobiles. en revanche. Le lendemain matin. Il est apparu avec son écharpr autour du ventre. prenant possession de toutes les rues du bourg. ne sais pas si un autre maire aurait fait ce que Lacavé a osé ce jour-là. pez-le! Il fallait voir et entendre ça. Noi n’avons besoin de personne pour couper la canne. le soir des résultats. Tout était arrêté. alors qu’était déclenchée une grande grève dans la canne. Je vis au Lamentin depuis plus de trente ans. pour couper la canne à notre place. en 45. . pour le ridiculiser. froids comme la glace. Une seule cavalcade. Toute la population était dehors. de réci­ pients en fer-blanc. Les tambours aussi étaient de sortie. de tout ce qui pouvait faire du i bruit. Tj que satisfaction n’est pas donnée. Il s’est avancé vers les gardes mobiles : . Personne ne coupait ni n’attachait. Mon peuple réclame son salaire. Je i .Un cochon vient de s’évader de prison! Attrapez-le! Attra. Je ne me souviens plus du nom de son adversaire. . j ’y suis toujours une « étrangère ».population de Capesterre voulait envoyer Paulo en France • comme député.

A partir de ce jour. bien cachée. tu étais réveillé par les hurlements d’un cochon mené à la mort. Tu savais que soit ton compère. et changent toutes choses. m’expliquait un homme. Je crois plutôt que ce sont les gens qui chan­ gent.Pa touché pèp an mwen! . et nous n’étions pas malheureux. ça n’existait pas. c’était pour y puiser en cas de maladie. La vie est là.Woulo! (bravo) Vive Pauloï Ça devenait mauvais. et les temps ont bien changé. soit un cousin. Chacun pour soi. Capesterre est devenue «Capesterre- la-vaillante ». A charge de revanche quand viendrait le samedi de ton cochon à toi. les travailleurs ne pouvaient rester longtemps maîtres de leur corps. 129 . coups de roches. Le jour de grage. rentre-dedans. La vie change. Je ne sais pas ce qui se serait passé si les roches avaient commencé à voler. Lacavé s’est écrié : . l’argent était rare. . voilà ce qu’on connaissait. Dans ma famille. ferme et sans peur. II n’a fait qu’ôter son écharpe bleu blanc rouge pour la tendre en travers de leur route. Maintenant. dit-on. tous "ceux qui étaient venus aider avaient droit à leur mesure de farine. c’est la course au million. Nous avons commencé à crier : .Ne touchez pas à mon peuple! Tchouyé mwen! Tuez-moi! Il s’est tenu devant les gardes mobiles. dans. à Carangaise. Finie la vie de solidarité. Et il poursuivait : L’argent déposé en banque.C’est l’argent qui fait qu’aujourd’hui les hommes ne se supportent plus les uns les autres. Même chose pour le manioc. Aujourd’hui. toujours la même. on l’appelle Capesterre-Belle-Eau. c’est l’évolution. Si tu arrivais à faire une petite réserve. comme je Fai vu après à Grosse-Montagne. En ce temps-là. Nous n’achetions jamais. C’était la victoire. soit un ami te ferait parvenir un morceau. La ligne des gardes mobiles s’est avancée sur Lacavé. le niveau de l’homme monte et descend. de viande de cochon. toutes ces caisses à argent. Presque chaque samedi. Bagarre. par exemple.

de la viande. un bosoko entier dans l’estomac. dans le canari. ou de la cendre de bois. et voila la peau de ton ventre tendue jusqu’à midi. Ceux faits à la maison. on nous citait en exemple : * Plante dont la racine. ces vers qui empoisonnent nos rivières et donnent cette terrible maladie. Mes sœurs et moi rendions service à tous. tenait la forme toute une journée. Tout ce que tu sots de là. donne une farine utilisée dans l’alimentation des nourrissons (sorte de maïzena). poisson grande-écaille. pas question d’acheter du savon : frottées avec des feuilles de soleil. loin derrière Lamoisse où se trouve ce profond étang sombre. Chaque famille entretenait son petit carré de manioc. le « donbré » a remplacé le bosoko.. ni instruites.. J’aimais cette vie d’entraide et de solidarité. Nous aimions tellement ces gâteaux de manioc. Maintenant. de dictame *.. même si elles sont- nourries de bilharzie. 130 . en plus d’une bonne cassave au coco. Un petit bout de bosoko le matin. pour pêcher des écrevisses ou se baigner en rivière7 il faut monter dans la montagne. Là. Nous n’étions ni riches. Plus moyen de manger des « kanklo ». Impossible de voir ça aujourd’hui. ils pouvaient ramasser le « kakapannyôl ». Tu devenais solide de corps et de tempérament. fabri­ quions notre charbon de bois.à des cassaves. et. Chacun sa tournée: un jour chez Man Ta ta. H tient moins bien le corps car il est fabriqué avec de la farine blanche de France. les «bosoko» étaient très épais et bien nourrissants. avec un pot d’eau claire ou teintée de café. Nous faisions aussi beaucoup de choses nous-mêmes.. les assiettes étince­ laient Quand quelqu’un revenait avec son panier plein de crabes. une fois traitée. pourtant. l’autre chez les Nadir. il paraît que c’est dans cet escargot que se développe le ver qui donne la biîharziose. plantions nos ignames que nous pouvions échanger contre du poisson. Un scieur. à la traversée ou encore au «Bois fermé». ou une pêche d’écrevisses. Pour laver la vaisselle. Les enfants voulaient participer à tous les coups de main car. les franges de cassave restées dans la platine. les massacreurs de la nature ne sont pas encore passés. écrevisse. il en offrait toujours aux voisins. Aujourd’hui. tu peux te manger sans crainte. ni « fonctionnaires » ou employées de bureau. Les écrevisses se vendent cent cinquante francs le kilo.

l’argent seul compte. d’aller vers eux. à Carangaise. dans un bureau. n’avaient pas les moyens de commander un matelas en coton. mes sœurs et moi. Personne ne vint plus chez elle. quelquefois avec une certaine brusquerie. et je suis restée comme ça. cette entente dans les familles. plus tu achètes. te « conter mépris ». Bien des jeunes. comme elle fait le bien. la table. je l’ai vue. sur ce que nous faisions. puis arrivait un moment où il lui fallait t’adresser des paroles blessantes. nettoyer la maison des morts. Malheureusement. tu es déjà de qualité différente. au bon moment pour aider ceux qui en ont besoin. il y a et y aura toujours de la discorde et de la jalousie. Nous étions ainsi. J’aime agir. L’amour me pousse vers les autres. un vrai matelas en coton. Quand tu allais la visiter. vivait une dame au bon coeur. tu n’es rien. zéro. Adieu cette solidarité de voisinage. Unetelle dort sur une paillasse. à devenir indifférents à leur prochain. Argent ou pas. fonctionnaire. La vie ne peut plus marcher convenablement. plus tu es considéré. tu signes des papiers. enseignant. depuis ton plus jeune âge. toujours où il faut. Tu travailles dans la canne. elle t’offrait tout ce qu’elle possédait.Ces trois sœurs sont partout.. il n’était pas rare de trouver une personne bien intentionnée pour aller vérifier en tâtant s’il s’agissait d’un matelas ou d’une paillasse. si belle qu’on pouvait croire à un épais matelas sur le lit. Tu n’as même plus besoin d’argent vivant. essayant d’aider les gens. pour entendre : . Plus tu en as. Et si tu réussis.Moi j ’ai un matelas. quel beau parti! Voilà pourquoi tous les parents se saignent pour faire des instituteurs. et pourquoi pas le lit et l’armoire? Ça compte tellement ce que les gens possèdent : . plus tu montes en grade. les autres sont jaloux. laver le linge des malades. Tout s’achète. elle fut abandonnée peu à peu par sa famille et son 131 . Pas loin de notre case. Alors. Il pousse les gens à se tenir à distance. fabriquaient une belle couche. et non sur ce que nous possédions. Il est vrai que maintenant. Nous étions jugées. Ils prenaient des haillons.. tu changes tes meubles : les fauteuils. et. rien ne nous faisait peur. on t’apprend à peser un homme d’après les biens qu’il possède.Regardez Léonora comme elle est affable. . tu payes par traites. Maintenant. quand ils se mettaient en ménage. Grager le manioc. les chaises. Ce n’est pas pour recevoir un billet de satisfaction.

Alors. n’avait rien à faire.] qui aimait tant dire du mal d’autrui. se quereller. le maire de la commune. mainte­ nant. Notre bonne dame d’en face. | A l’époque. à elle si scandaleuse. Il attendait le soir. A peine avait-elle crié : . tombée dans la nuit. Aujourd’hui. Elle était affalée dans une berceuse. elle.. Le| gens savaient garder un secret. Il se passait d’ailleurs un tas de choses que tu ne soupçonnais pas. il était alliancé à 1| famille Lacavé. lui montrer que tous nou$| avons besoin des autres. il la mettait au courant. Tu es bien heureuse de les trouver là. je l’avais traitée de jalouse. Les enfants n’entendaient rien. elle aussi. aimant faire du scandale.J’ai rencontré mon compère. C’est ainsi que l’a trouvée" Paul Lacavé. Je crois qu’il voulait lui donner une leçon. d’autres encore accouraient avec balais et chiffons. L’homme qui était mort était pêcheur. Paul Lacavé était le maire de Capesterre. Elle criait derrière] sa fenêtre : I . En face habitait une femme aussi cancannière qu’elle. rentrant à la maison.Sylviane. et. une de ses filles était institutrice. si ce n’est pas malheureux. jalouse des services pour un mort. tout ce tintouin] autour de cette chipie! Si c’était moi. était enragée devant toute cette agitation.voisinage. son parent. aurait pi dire: .il l’autre travaillait dans un hôpital. s’il le jugeait utile. comme morte. Comme disaient les anciens : 1 132 . Son mari. peut-être voulaient-ils se faire bien voir pour obteniii ensuite quelque faveur? I Je ne m’étais pas rendu compte de ça sur le moment. je me demande si elle n’avait pas ses raisons. tables. homme aimé et respecté. vint à mourir. ce qu’ils venaient d’apprendre sué Untel ou Untel. les autres portaient chaises. surtout. tous ces gens qui s’étaienï précipités. qui sont venus se mettre à ton service. bancs dehors. et. voici ce qu’il m’a raconté. une fois seul au lit avec sa femme. Ils n’allaient pas répéter partout^ devant tout le monde.] Non. une des plus grandes de la région. Personne d’autre. la maison était à nous. pas une mouche ne] bourdonnerait à mes côtés. Le père. La femme du mort. mais son garçoil fréquentait une grande école. .Regardez-moi ça. regarde tous ces gens qui t’entourent. Les uns charriaient de l’eau dans des seaux. lui dit-il.Ayayay! Aristophane est mort! que sa maison fut pleine.

. Sortie des pattes d’Alexandre.. dans ce petit hameau où je suis née. Je ne pouvais donc pas quitter la maison de ma mère pour prendre mon «chez moi». J’étais chez ma mère. Plaintes de femmes battues. humiliées. Joseph. Paroles du lundi ne sont pas paro- Vométan dépafoua bouch rèté les du dimanche. j ’avais pris un mauvais départ. Un deuxième homme est venu me parler. Plus de problème de mari. je travaillais. m’appelaient «Abo».. je suis rentrée en moi-même pour réfléchir. Tous les garçons «cherchaient ma compagnie.. Pour s’amuser. de monsieur qui veut tout diriger dans la maison. mais je ne les aimais pas d’amour. des gâteaux. je m’étais sentie vivre.Pawôl lendi pa pawôl dimanch. je ne me voyais en ménage ni avec Pierre ni avec Paul. Si les savanes et le bois des cases pouvaient parler. J’étais arrivée à me dépatouiller ’une situation boiteuse. Il vaut mieux fëmé. Je ne veux pas non. En bouche fermée. me trouver embringuée dans ces affaires d’homme et de femme. le surveillant sur l’habitation où je travaillais comme attacheuse. qui vous oblige à rester là à l’attendre 'usqu’à n’importe quelle heure. on entendrait bien des plaintes. Qu’est-ce qui m’avait ainsi dégoûtée? Avec mon premier homme. vivre ma liberté. Et puis. Tous ils m’embrassaient. Je n’avais aucune envie de me remettre en ménage. on apprendrait bien des secrets. D’autant plus que étais gaie. karantré. si nous avions eu des disputes de gosses. je pouvais donner à boire et à manger à mes enfants. à cette poque. Moi-même. Il fallait me voir. je n’allais pas me fourrer dans une utre. plaisanter. d’accord. si j ’étais habituée à eux depuis l’enfance. plaisanter. plus aller 'installer toute seule dans une maison pour que Les femmes ennent m’accuser d’attirer leurs maris. Je n’étais amoureuse d’aucun d’eux. Je ne sais si je les connaissais trop. M. C’était à qui m’offrirait une îoisson. j ’aimais rire. endurant les pires souf­ frances. An bouch fêmé mouch pa parfois garder la bouche fermée. Une femme de vingt-six ans ne peut rester ute sa vie chez sa mère. j ’avais eu ma dose. Je suis “e jeune femme. profiter de la vie. Je ne voulais plus me trouver sous le commandement d’un homme. Il aurait suffi qu’un homme vienne me parler pour qu’on dise : 133 . les mouches n’entrent pas.

Je voulais qu’on me respecte. Nous avons installé notre foyer. puis des jumeaux. sé on fanm a kokot chatou. plus fortes que Dieu. Alors je déménageai et quittai pour la deuxième fois mon pays.Regardez. Je refusais cette vie-là. m’attendait comme la terre sèche attend l’eau du ciel. et. Joseph venait d’être nommé économe sur une habitation. le temps de faire avec Joseph un enfant. Ses manières me plaisaient. . J’allais devenir madame l’économe. Fanm c 'est une femme au sexe pieuvre. me pressant de plus en plus. Les femmes au sexe pieuvre sont pi fô pasé Dyab. Il était très amoureux de moi. j’ai fini par accepter. . Joseph m’a couru après longtemps. disait-il. Léonora vole les maris. plus fortes que Diable. pour ne plus rester chez maman. a kokot chatou pi fô pas Bondyé. Je devais rester quatre ans à Carangaise. dans la commune du Lamentin.

. personne ne connaissait mon ’ nom. Des années de souffrances et de luttes pour Jfehir mon ménage coûte que coûte. Je la revois très clairement et aucune tache ne grouille le miroir. 1654. Histoire générale des Antilles habitées par les Français. madame l’économe. Joseph m’avait fait la ' leçon : je n’étais plus une petite attacheuse sur les champs de ■çanne du Blanc. Ma vie. Mais ce qui rend leur travail le plus pénible et le plusfâcheux. se jeter dans la „ tijer avec ses copines. quand ils amas­ seraient des montagnes d’or. Pas question non plus d’aller travailler à Tusine. ils ne retireraient pas un sol de profit de toutes leurs peines. Un véritable combat avec la Sîe pour élever mes treize enfants dans l’honneur et le respect. car ils savent bien que toutes leurs sueurs vont au profit de leurs maîtres. . A mon arrivée au Lamentin. et que.ma commune. sa journée finie. tout le monde m’appeîlait Man Joseph. s Avant même de quitter Carangaise. j’avais une position à ^tenir. à partir de ce moment.. 135 . Certes. 1952 : pour la deuxième fois je laissai derrière moi ma famille. mais sur l’habitation. est bien vivante dans ma mémoire. à mon avis. Chapitre VII Man lékonôm ka mété pannyé asi tèt Madame l ’économe met son panier sur la tête et part sur les chemins Les planteurs tirent de leurs Nègres tout le service qu'ils peuvent. libre de courir. je devenais une dame. il ne leur en reviendra jamais rien. je pourrais l’aider à planter sur des terres qui lui appartiendraient. Tu es « madame ». P ère D u t e r t r e . c'est Vinfructuosité de ce travail.

donc tu es mariée. Je ne l’étais pas. Quand je me suis liée d’amitié
avec quelques personnes, je leur ai donné mon nom de jeune
fille. Pourquoi me cacher? Pour moi, le mariage n’est pas un
honneur. C’est l’Église qui a apporté ici cette affaire. Autrefois, les
Nègres se mettaient en ménage sans passer devant monsieur l’abbé.
Alors ils ont inventé plein de tracasseries pour humilier, vexer,
embêter ceux qui ne se mariaient pas. Interdiction aux non-
mariés de communier, à moins que tu relèves ta conversion 35 et
laisses tomber les affaires de la chair. Jour spécial pour baptiser
les enfants des parents vivant en concubinage. Enterrement
dernière catégorie : le corps simplement bénit devant la porte de
l’église... Et puis, on s’est rendu compte que les femmes qui
communiaient n’étaient pas plus fidèles parce que mariées,
qu’elles menaient la vie, l’alliance au doigt. -
Alors, pour moi, être mariée ou non, quelle différence? Mes
soucis étaient bien plus graves, Joseph me faisait pousser des
cheveux blancs. Au début, à Capesterre, tout allait bien, Joseph
me désirait très fort, j ’avais un certain amour pour lui. Et puis,
les tracas ont commencé, les mêmes que j ’avais connus dans mon i
premier ménage avec Alexandre.
Je ne peux pas dire que Joseph ne rapportait pas sa paye à la
maison, il me donnait l’argent nécessaire pour élever mes
enfants, mais il était tout le temps dehors à courir les femmes, et ’
ça, je ne pouvais le supporter. Je souffrais aussi du manque de vie
de famille : le père, la mère, les enfants, tous réunis. Déjà, avec
mon premier homme, je ne l’avais pas trouvée, et je retombais ■
dans ce que je ne voulais pas. Il faut croire que quand quelque *
chose doit arriver, elle arrive. D’ailleurs, il ne faut pas rêver en i
plein soleil de midi, ni prendre pour argent comptant tout ce que ■
l’homme te raconte avant de te ferrer.
En plus de sa passion pour les femmes, plus grave encore^
Joseph, depuis notre installation au Lamentin, s’était mis à boire. 4
Que de fois je me suis dit : « Léonora, pars avant qu’il ne soit '
trop tard, laisse cet homme.» Mais comment faire avec six
enfants que j ’avais déjà sur les bras? C’est à eux que je devais
penser d’abord, à leur instruction, à leur avenir.
Les mères font les enfants, leur donnent la vie, et la plupart du ^
temps ce sont elles qui les aident à devenir des hommes. Si h '
miens ont réussi, sont arrivés jusqu’où ils sont arrivés dans !
société - j’ai fait un instituteur, un professeur de sciencef
136

naturelles et peut-être un autre professeur car ma dernière fille
qui est au lycée travaille très bien -, ce n’est pas grâce à leur père.
Il me donnait tout l’argent de sa quinzaine, mais à moi de
couper, hacher, multiplier, diviser, pour le faire durer deux
semaines. A moi de laver, coudre, repasser, cuisiner, faire tout le
travail de la maison sans rechigner. A moi de m’occuper des
enfants, de veiller à ce qu’ils partent propres pour l’école,
apprennent leurs leçons, prennent le droit chemin dans la vie.
Jamais mon mari ne m’a aidée, n’a touché à quelque chose
dans la maison. Dès qu’il se levait, il fallait faire le café, le sucrer,
le verser, lui présenter. Après, c’était remplir un koui d’eau pour
qu’il se lave la figure, lui tendre ses vêtements, lui préparer son
casse-croûte... A son retour du travail, vers 14 ou 15 heures, le
couvert était mis, le repas chaud. Le soir, même s’il rentrait à
minuit, 1 heure, 2 heures du matin, je devais me lever pour lui
servir à manger. Je faisais avec lui comme j ’avais vu faire ma
mère avec mon père. Je lui avais donné cette habitude, et, quand
j’ai voulu m’en dégager, ça a été très dur. Je lui ai fait comprendre
un jour qu’une femme ne pouvait pas se lever comme ça, à
minuit, pour donner à manger à un homme.
- Si tu arrives pendant que les enfants sont encore en train
d’apprendre leurs leçons, là, c’est tout naturel pour moi de te
servir. Mais une malheureuse comme moi, à mon âge, qui a fait
treize enfants, qui a tant travaillé, m’obliger à me lever la nuit
pour te servir, ça, c’est une méchanceté. Si tu continues ainsi, ça
deviendra très grave, les enfants s’en mêleront.
Pour moi, c’est une véritable abomination, cette coutume.
Certains hommes, quand ils rentrent très tard et que leur femme
dort déjà, se débrouilllent tout seuls. Question de caractère. Pour
presque tous, la femme est leur esclave, leur domestique toujours
là à leur service. Une « esclave de maison », qui bourrique toute
la journée, sans connaître la fatigue.
C’est dans ce sens que nous ont éduquées nos mères : il n’était
guère question d’amour, plutôt d’obéissance. Dans le ménage,
l’homme commande, va travailler, la femme est soumise. C’est la
ligne de conduite. Les hommes veulent prendre mot pour mot la
Bible. Quand Adam et Eve ont fait leur comédie, le Bon Dieu les
a chassés du paradis en disant : « Toi, l’homme, tu travailleras à
la sueur de ton front, tu rapporteras l’argent. Toi, la femme, tu
resteras à la maison. »
137

S’il y a an endroit ou tu sues toute l’eau de ton corps, c’est bien
dans un champ de canne. Suer eau et sang, avoir la tête qui se
fend sous le soleil, trimer dur, ça, c’est la canne.
Au pipirit chantant*, Joseph devait déjà être debout pour
accueillir tes travailleurs qui venaient de très loin vendre leur
journée, les rassembler avec ceux logés sur l’habitation, attribuer
à chacun une tâche, un lieu, une pièce de canne. Suivant la force
et le talent des coupeurs, il les groupait par deux ou trois,
accompagnés des attacheuses.
En ce temps-là, la journée se comptait en paquets de canne. Le
coupeur coupait. La canne à son pied, d’abord, puis sa tête, les
feuilles, les « zanma », qui servent à lier les paquets, enfin la tige
en deux ou trois morceaux, pour faire des bouts d’au moins un
mètre. Derrière le coupeur, l’attacheuse assemblait douze bouts,
les amarrait ensemble avec deux zanma, et montait les piles. :
Chaque pile devait avoir vingt-cinq paquets. j
Le nombre de piles à monter dans la journée dépendait de l’âge i
de la canne. Pour les cannes plantées dans l’année, tendres et ■
faciles à couper : quatorze piles. Pour celles de l’année précéden- ■
te, les deuxièmes rejetons: neuf piles. Pour les troisièmes^
rejetons : huit piles. Pour les quatrièmes : sept piles. Les coupeurs!
les plus habiles arrivaient, avec ce système, à abattre tant dei
cannes qu’ils touchaient une journée et demie ou deux. Les il
patrons se sont vite rendu compte de l’affaire. Ils ont monté la|
tâche de la journée à seize piles. Les moins forts n’arrivaient plus !
alors à gagner une journée entière. Personne ne dépassait
norme.
Les coupeurs rapides avaient fini leur journée à 10 heures,
autres à 11 heures, midi. Pas d’heure fixe pour se reposer ou pourf
manger. Chacun arrangeait son temps à sa volonté. Certains!
achetaient leur didiko ** aux marchandes ambulantes intallées en!
lisière des champs, d’autres avaient apporté leur petit mangeri
rassis et ne se payaient qu’une limonade ou une bière, Ils|
n’avaient pas dans la poche les vingt-cinq centimes d’un donkjt|
ou même les cinq centimes d’une marinade. D’autres enc0i$j
n’aimaient pas manger en travaillant et attendaient d’avoir fii||
leur tâche pour se restaurer. j|

* Onomatopée désignant le chant de l’oiseau qui annonce le jour,.
** Casse-croûte, repas pris à 10 heures par les ouvriers et les paysi
138

Les cannes coupées, attachées, mises en piles, tu ne pouvais
pourtant pas encore partir. Il fallait attendre la vérification de
l’économe : y avait-il bien le nombre de bouts dans un paquet?
Les piles n’étaient-elles pas gonflées pour faire croire à un grand
nombre de paquets? Combien de piles? Tout ça c’était le travail
de Joseph. Il devait s’occuper de quatre-vingt-dix coupeurs, à lui
tout seul. À partir de 10 heures, la cavalcade :
- Monsieur Joseph, j ’ai fini, venez compter pour moi.
r - Non, par ici, Monsieur Joseph, j-ai fini avant lui!
- Non, c’est moi!
- Non, c’est moi!
Après ce contrôle, le nom du coupeur et de l’attacheuse
marqués sur le carnet avec la tâche accomplie, Joseph s’occupait
encore de faire charger les paquets de canne sur les charrettes à
bœufs qui pénétraient dans les champs. Les charrettes repartaient
ensuite au bord du chemin où attendaient les camions. Les
paquets voltigeaient de mains en main pour bourrer les gros
Titans *. Plus ils se remplissaient, plus le travail devenait raide.
On dressait une échelle le long du camion, un homme se plaçait
en son milieu, adossé à la canne. L’homme qui était dans la
charrette lui lançait un paquet. L’autre le renvoyait, par-dessus sa
tête, à un troisième, debout sur le tas, qui déliait les zanma et
tassait les cannes au mieux. Le plus mal loti était l’homme sur
échelle. Il se fatiguait les bras, les jambes, mais aussi recevait en
pluie, sur la tête, le cou, toutes les fourmis rouges qui lâchaient
prise, dérangées dans leur repas. Furieuses et effrayées, elles
‘ uaient ferme.
Les travailleurs, trouvant que Joseph ne venait pas assez vite
vérifier leur compte de piles, le critiquaient beaucoup:
- Regardez cet économe, il veut tout faire lui-même. Il nous
fait attendre midi alors qu’on a fini depuis 10 heures! Il ne veut
*“ s engager un aide. Il prend tout le travail pour lui!
: Ils ne voyaient pas que c’était le patron qui faisait des
nomies sur son dos et tuait son économe.
La mécanisation est venue plus tard. Ils ont commencé, en
ande-Terre d’abord, à ramasser la canne avec des « kanodè »
eloader), des espèces de grues qui saisissent les cannes avec
^grandes griffes en fer et la mettent directement dans les

• Énormes semi-remorques transportant la canne.

camions. C’est la coupe « à la surtace ». u n aonne au uavamcui
quatre rangs de canne à couper sur quatre-vingt ou quatre-
vingt-dix mètres.
Évidemment, ça semble plus facile. Pas de paquets a faire, pas
de piles à monter, pas de contrôles à attendre. Tu coupes ta
distance, et ta journée est finie. Eh oui! encore faut-il pouvoir.
Quatre-vingt-dix mètres de cannes, sur quatre rangs, ça fait dix à
douze tonnes! Tous n’y arrivaient pas, loin de là. Si tu voulais
gagner ta journée, il fallait couper, couper, sans penser à nen
d’autre qu’à ne pas te blesser avec ton sabre si bien «filé». Les
fourmis te piquent, connais pas! La pluie te trempe, connais pas!
Le soleil te brûle, connais pas! Coupe... coupe...
Les plus faibles, les femmes, car elles aussi avaient pris le sabre;
- on n’avait plus besoin d’elles comme attacheuses -, n’avaient, à.
midi coupé que vingt ou trente mètres. Elles étaient payées en ;
conséquence. Les femmes se faisaient un petit argent en plus
comme «kanodèz» en allant glaner, après le passage de M
machine, les cannes oubliées pour les remettre en tas et permettre
au «kanodè» de les saisir. Joseph, lui, était un peu soulagé. Plus
besoin de vérifier, compter. Il mesurait le nombre de mètres avec
son grand compas de bois, et c’était fini. . f
Premier sur les champs pour organiser le travail, il en était il
dernier parti. II devait encore après aller joindre le géreur pour lui
remettre le bilan de la journée. Quand il rentrait à la maison, *
enfants étaient depuis longtemps partis pour l’école. Jamais ils
mangeaient ensemble. a .
Ils y allaient tous, maintenant, à l’école, et cela coûtait oe
en plus cher au ménage. Pour essayer de le maintenir à
Joseph a pris en colonage un peu plus de deux hectares de te
l’un à Chouchou, l’autre à Castrade. Au début, ça nous a
aidés. Même après avoir payé les ouvriers pour la coupe
rente à l’usine, la canne nous rapportait un bon peu.
Quand l’usine commença à payer la canne non à la tonne
« à la richesse », le revenu est descendu sous zéro. Un bien ,
un mal, qui a montré aux paysans leur situation, comme"
s’enfoncaient dans la misère, qui les a poussés à agir. La « ca
la richesse » a mis tout dehors, a créé le désordre, a ou »
yeux à beaucoup, et à moi aussi.
Personne n’en voulait, pas même les élus du conseil gèi
qui avaient voté contre. Ça s’est fait quand même. No

Plaque ce sont les usiniers et leur bande qui décident de tout.
Quand la canne arrive à l’usine, on prend des échantillons pour
1analyser et trouver sa richesse en sucre. C’est l’usinier lui-même
qui calcule ça, et il peut payer la canne le prix qu’il veut. Quand
la canne attend trop longtemps devant la porte de l’usine elle
sèche, et sa richesse tombe. Le patron utilise d’abord ses propres
cannes, celles de ses plantations, et le petit planteur fait la queue.
Lorsqu il peut livrer, on lui dit que sa canne ne vaut rien.
Etait-ce pour se venger de monsieur l’économe? Les char-
royeurs s’arrangeaient pour venir ramasser la canne de Joseph en
dernier. Elle séchait sur place, ne faisant plus, quand on la
mesurait, que cinq, sept de richesse, alors que celle de l’usine était
toujours cotée à dix, douze. Joseph s’est trouvé piégé, comme
beaucoup de petits planteurs.
La première année, l’usine a acheté la canne la moitié à la
nchesse, la moitié au poids. Et avec une richesse favorable pour
tous. Les planteurs étaient pris dans la nasse. Ils ont vite compris.
■L aDnée dernière, on a payé à certains une richesse de deux alors
' que d’habitude c’est entre neuf et douze. C’est du vol! Ils ont
découvert que, avec ce système, après avoir payé les engrais, les
; P ^ i t s de désherbage, le transport, les dettes au Crédit agricole
au heu de toucher de l’argent de l’usine, ils restaient lui en devoir!
>Et comment calculer leur revenu, alors qu’ils ne savent pas s’ils
• vont toucher et combien?
Avant, ils coupaient tant de tonnes, tant de tonnes étaient
payées, même si l’usine volait quelques quintaux. Us pouvaient
vi^voir, demander le juste crédit. Aujourd’hui, en portant la
*T“ne à l’usine, ils lui font un cadeau. S’ils ont dû employer
Uelques ouvriers pour la coupe, ils sont souvent obligés de
gendre un bœuf pour les payer...
. Ça a commencé à barder, à s’agiter dans le secteur. Le travail
Ja canne, c est pas pour les feignants. Labourer, sillonner,
“ ter, sarcler, dépailler, engrayer, couper, attacher, charroyer!
la canne à la richesse, c’était comme labourer la mer! Total :
T. Et personne pour défendre les paysans. Il y avait bien la
G.T., qui allait causer avec les patrons sans transmettre les
indications des ouvriers ni même demander leur avis aux
;f sans. Elle revenait annoncer cinq centimes d’augmentation
^ la jpumée de travail ou cinq centimes sur une tonne de canne
je année, la grève partait comme ça, d’un coup, mais elle ne

141

il y a réunion. P o u r® récolte de la canne.Ce soir. ça se passait plutôt en famille. comme Chicaté.durait pas. le gouvernement. C’est juste. Ils disaient : \ . Voisins et amis ® réunissaient pour construire une case.Nous n’avons pas de temps à perdre. La « canne® la richesse » les a forcés à ouvrir les yeux. qui prenait la tête. allait trouver le patron. Ils ne voyaient pas plus loin. nous mettrons nos forces en commun. dix. après beaucoup <É9 discussions. L’U. venait leur dire : j l . vous touchez moins que les manœuvres de J l’usine qui graissent les machines à l’abri des tôles. Il y avait toujours quelqu’un. c’était déma. Blagues que tout ça! Rien n’était changé et le paysan s’enfon­ cait encore plus dans sa misère. jamais un petit planteur ni un ouvrier. et aussi ■ deux ou trois « intellectuels » se sont mis à visiter les planteurs. . les travailleurs auraient répondu : . 'j ® Avant.' gogie et compagnie. ConraB mon père et ma mère. charroyer la canne. Ils ne voyaij® que la somme qu’ils touchaient à la fin de la récolte. ça? J Avec les planteurs.T. certains Guadeloupéens. C’est comme ça. dans toutes les sections du LamentiiS de Sainte-Rose. faisant reprendre j les bonnes habitudes: coups de main. les désherbants. nous chercherons ensemble comme® nous en sortir. douze enfants. Des cultivateurs. Ils étaie® sûrs de couper leurs cannes.Nous avons gagné! Nous avons obtenu tant d’augmentation.Est-ce que vous êtes contents? Combien gagnez-vous pour j une journée? Vous pouvez vivre avec ça? Vous travaillez sous le j soleil. Les parents® regroupaient avec leurs six. de réunions. ] les ouvriers. et j revenait : j .Toutes les marchandises sont payées d’après ce qu’elles ont 1 coûté à fabriquer. convois. Us ne calculaient pas non plus ce qu’j® avaient dû payer pour les engrais. ils ne comptaient pas le prix de leur traviaM ni celui de leur famille. sous la pluie. ils organisaient l’entraide. défricher une terre. que l’Union des travailleurs agricoles36 fut créÉ® Les coups de main ont toujours existé. huit. Les travailleurs ont commencé à se rendre compte que les ■ députés. | . Pourquoi ce n’est pas pareil pour la canne? | En même temps. Nous pouvons reprendre le travail. ils calculaient combien ils dépensaient pourl produire une tonne de canne.A. pour coupetj attacher.

toute la poussière de charbon entre dans notre corps. Ce syndicat ne ^parlait vraiment pas comme les autres. elle raidit de plus en plus. Chacun tirant fort le bout de la chaîne. c’est trois mois qu’on nous offre. Ils disaient : ]Nom donné par les Quadeloupéens aux forces de Tordre..T. disait-il. îdre sa force. très dur. ils ouvraient grand les oreilles. on brûle la canne. S. n’allons pas travailler. Le lendemain. venait sur l’habitation. ils étaient )ut à la fois. quand l’U. les gens étaient inquiets. le vieil homme. dire aux ouvriers agricoles de ne pas travailler sans prix fixé. six mois de travail. puis dans toute la îloupe. surveillant les saboteurs là. )pant aux képis rouges * qui grouillaient comme des petits grève durait. «Demain matin. pas une usine crachait la fumée. Qu’irions-nous faire sur les champs? Demain matin. tous en grève. forgeait et ne voulaient pas le laisser refroidir. Chicaté expli­ quait: .. avec la mécanisation. Maintenant. Chicaté et les autres ne dormaient ni la nuit le jour. En 1971. ses paroles étaient lçjà entrées dans beaucoup d’oreilles et les écailles tombaient des îux. Comme des « klendendeng » (lucioles).A. Je ne vois pas pourquoi nous ne resterions pas chez nous demain. a lancé sa grève. presque tous les travailleurs se trouvaient dans les pièces de canne. Pas un bout de carme n’était coupé. Le Blanc a ouvert la récolte sans dire combien la journée sera payée.A. 143 .La récolte durait six mois. Ils avaient compris la qualité du fer jue l’U. sans dire combien la canne sera payée. barrant une route ici. Les travailleurs ont répondu présents. Un homme peut-il nourrir sa famille en travaillant trois mois dans une année? Et quel travail! Pour que les machines coupent plus vite. Et Chicaté. personne dans les champs». Maintenant. c’était dur. Le travail s’est sur toutes les propriétés de M..T. dans les champs comme à l’usine. passait devant chaque porte pour donner les informations. gjgt les patrons envoyaient leurs saboteurs pour semer la division ître planteurs et ouvriers. Les patrons ne voulaient pas parler avec |JA . Au début. de soutenir les petits planteurs en ne coupant pas la canne du Blanc avant que le prix de la tonne de canne soit annoncé.

Aujourd’hui cinquante centimes à famille pour payer la cantine. un prêtre guadeloupéen qui s’intéressait aux ouvriers de la canne . je donnf chacun un petit de quoi. me disait un de ceux-là. il y allait. Chaque jour. Mes problèmes commençaient avec les gensi l’habitation.Ce syndicat n’est pas représentatif. Joseph ne suivait pas la grève.il était aumônier du M. il ne fait pas pression sur les oui pour qu’ils reprennent le travail. partageais comme je pouvais. Les grévistes essayaient de collecter des petits quelque chose pour aider ceux qui n’avaient rien : surtout des vivres. les caisses du syndicat étaient vides. L’année suivante. A\ l’argent de la quinzaine que me portait mon mari. Et il l’a fait. car les gens lavaient langue sur le dos de madame l’économe. je m’informais de ce qui allait sf passer. je travaille. c’est un groupuscule d’irresponsables. Comme me disais-je. faire la grève. . D’autres n’étaient carrément] pas d’accord. .R.J. demain à telle autre. L’U..T. 144 . mon mai devait pas être au courant. et ce que les autres obtit dront après la grève.C. II recueillait de l’argent et de la nourriture auprès de ceux qui pouvaient ou voulaient donner. je lui| fous des coups. .T.Man Joseph.et repartaient travailler.M. et. au moins un enfant pourra manger à midi.La bande à PU. en secret. îl devenait curé du Lamen- tin. du riz. mais il n’était pas contr devait être présent sur les lieux. tu ne veux pas te mettre avec cet qui luttent et tu attends pour toucher la ristourne. quelle! blague! Si quelqu’un veut m’empêcher d’aller travailler. Joseph reste inactif. Honte toi! J’étais furieuse. peut faire ce qu’elle veut. Certains ne tenaient pas le coup . Un des bougres qui l’aidait dans son travail d’écoiK alla le dénoncer au géreur : .Comment ça.il fallait payer le crédit à lai boutique .A. en plus. Le père Chérubin Céleste. .A. je l’aurai aussi. . et se tournait^ pouces. J’aidais comme je pouvais. me conf une de mes commères. commère.est venu lui aussi porter son soutien. venait de se créer. des lieux de débrayage.

mais ramenez-moi du monde. grévistes. Allez à Petit-Bourg. t. vous pour me trouver des coupeurs. la quantité de personnes qu’il y avait là! C’est moi seul qui aurais pu les empêcher d’entrer alors? F Joseph avait répondu très. Il est entré sur l’habitation. Il revint bredouille. ni par piles. a fait surveiller Joseph de près. pour la grève. très sec. il n’avait jamais. mais . Il est apparu en personne devant notre porte : .. qu’ils étaient heureux quand on venait les faire r! Une vraie fête. Attention. ns travailleurs n’osaient pas arrêter d’eux-mêmes. Le géreur félicita vois. il s’est mis à suer. Il avait déjà droit à une sanction pour avoir laissé passer les grévistes. était eux deux fois. Il a vu Joseph et ne s’est pas occupé de lui.. et la journée était payée. Il fl’envova au Morne Bellevue poster une voiture pour barrer la x grévistes et laisser passer ceux qui voulaient travailler... S. Dès que les grévistes apparais­ 145 .. Lotelier.Coniment se fait-il? Vous avez laissé Lotelier entrer sur mon habitation! . fit semblant de ^battre la campagne. son corps est devenu rouge comme une écrevisse cuite. quand je suis derrière ton dos. mais «an pangal» ■te comment). fait débrayer « ses » travailleurs.Monsieur S. M. débrouillez- . Drôle de travail : :oupe « à la surface». ne le lâchant pas d’une semelle. M. S. Goyave. comme les autres ^économes. Un gréviste. ni avec les grévistes.. Qu’est-ce que Joseph pouvait faire? Il partit. yfjmporte où. Quand le maître a appris qu’on avait pénétré sur « son » habitation. |$fêtait rendu compte qu’il ne pouvait pas compter sur lui. Il n’était d’accord ni avec M. Joseph. Ce n’était que gardes mobiles. J’y assistais de loin car je ne pouvais me sur la pièce de canne. a débarqué avec d’autres pour faire débrayer. et tous les autres avec lui. Joseph i mission et fit travailler tout le monde. S. En plus.. Ça n’allait pas se passer comme ça. tu arrives à des choses. Joseph! pour la semaine prochaine.. M. tout L ie long du chemin.. Il avait réussi à recruter quelques coupeurs et avait planté Joseph avec eux. S. recruté des gens pour briser la grève. Le travail s’est arrêté. r était avec lui. et M... et vite jusqu’à une certaine heure..

je dis bravo pour l’U. Je me rendais compte que beaucoup de choses changeaient l’habitation. c’était moins rose. était obligé surveiller. tous les travailleurs. n’ont pas encore o1 un bon prix pour la tonne de canne.saient. que les marchandises augmentaient en boutique et que le prix de la journée restait le même.Venez avec nous. qu’il battait ceux qui ne marchaient pas avec lui. La grève bouleversait tout. Une grande troupe de grévistes a débarqu Quand les saboteurs ont vu qu’ils étaient. sans discuter. Joseph et son patron. gagnaient leur petite journée dans pièces de canne du Blanc et repartaient.T les hommes comme Chicaté qui ont mis debout ce syndicat. M. même avec les ké rouges.T réussit à réunir petits planteurs et ouvriers agricoles.T. à surface. quelques ouvriers coupaient.. entraide. acceptant toutes les décisions patron : vous couperez par piles. pas pour lui.Qu’arrive-t-il? Quelles nouvelles? D’où venez-vous? . comme un seul homme. Quelquefois. Avant. ils coupaient par piles. Certains avaient peur. Assemblées. A maintenant les coupeurs tous d’accord pour arrêter le travi les petits planteurs sont en souffrance.A. le torchon brûlai .. les géreurs étaient allés chercher des ouvriers sur la Grande-Terre.. nous avons besoin de coupeurs. ils rebroussaient chemin. lâchaient le coutelas au même moment Quel beau spectacle! J’interrogeais tous ceux qui passaient devant chez moi : . beaucoup moins nombreux. solidarité. Quand l’U. réu discussions dans tous les coins. H ne pouvait plus faire tout ce qu’il voulait. l’U. Ils ne disaient jamais dans quelle affaire ils les embringuaient. depuis la création de l’U. bouffaient la poussière. ils ont sauté dans les cages et ont couru dans les bois. barrait la route. Même si la vie devenait de plus en plus rude et ma positioi l’habitation délicate. On racontait tellement de choses sur ce nouveau syndicat. ils coupaient à la surface. leur expliquait que le syndicat demandait un salaire convenable. nous brûlerons les cannes. S. On débraye.A. A Cadoux. travailleurs arrivaient. sans s’occuper de ri sans réclamer. protégés par d gardes mobiles.Le syndicat est venu derrière nous. je suivais tout ça avec contentement Joseph. comme l’aval fait mon père et moi-même pendant dix ans à Capesterre. Ah! ça bougeait. mais pour eux. jusqu’aux Grands-Fonds-du-Moule : .T.

Je ne savais rien des conditions de ce prêt. pour essayer de résoudre avec _elle les difficultés de la vie. Et ce genre de femme. i té vlé fè mwen voulait me faire prendre le jus du dlo mannyok pou lèt. à crédit à la boutique. quel échauffe-tête! J’es- bien d’économiser. Les maré yanm. la farine de France. pter. 147 . mais il n’était pas homme à se rapprocher de sa femme. je connaissais tous ses ennuis. à réclamer. île. Comment payer les gens pour couper. il n’a pu rembourser quand il le fallait. qu’il me fallait quémander chaque jour que fait pour allumer le feu. ma cagnotte se trouvait toujours à sec. Il faut dire aussi qu’il avait emprunté plus qu’il ne me l’avait dit. le pain. répartir. Son patron s’était porté garant. à s’asseoir près d’elle pour parler sérieusement. la morue. Il lui fallait des sous pour donner à toutes ses femmes. Il me donnait l’argent. é Jozèf touvé-i lianes de l’igname attachent l'igname. les pois secs. perdant de sa richesse. Joseph avait demandé un prêt à la caisse agricole. on ne l’a pas avec de la petite monnaie! Toujours sur le dos des hommes. de mettre un petit argent de côté. me débrouillais pour faire face aux dépenses courantes. c’est tout. recompter. Daprè-i. les salaisons. Enfin. Kôd a manioc (poison) pour du lait. récolter sa canne? Elle séchait sur pied. // wen. l’aigent était sur la table. Il ne pouvait tout de même pas abandonner le travail du Blanc pour s’occuper de ses cannes! Le patron n’a pas hésité. avant des quinze jours. ti masko Jozèf té ka ban Joseph me menait en bateau. J Pour assurer la rentrée des enfants. donnais à chaque enfant de i payer son transport pour l’école. Je réglais le riz. Il n’avait plus un sou. il a mis le compte de Joseph dans les mains d’un huissier et lui a pris sa canne. ? Tout au long des années. La quinzaine tombée. et moi de rlui. De quinzaine en quinzaine. Seulement. je mentirais si je disais qu’il me donnait l’argent au d’une gaule. il s'est trouvé pris à son propre piège. Joseph s’éloignait de moi. qui étaient maintenant dans les grandes classes. Je sentais Joseph tracassé. calculer.

1 au cours préparatoire. payer le : médecin. des marchandises si chères. j’ai toujours donné de l’importance à ces questiqiM d’école. convenablâH Alors c’est laver le soir.. Lorsqu’un enfant tombait malade.. n s s’occupent pas de leurs enfants.. que de cheveux blancs elle nous fai® pousser. Après. elle® courent partout pour arriver à réunir l’indispensable. l’autre quitte le C. je préparais la rentrée. du tissu pour fai|H leurs habits. au C. je devais faire appel à Joseph : * . enfin s’activer pour q u ei^H enfants attrapent dix sur dix quand on les examine des pieds 148 . a La rentrée scolaire. les grands et gros® livres. ainsjS elles élèvent. que j ’avais trois sous. Alors. mais je n’ai pas d’argent. repasser. sa quinzaine! Avec tant d’enfants à l’école. c’est bien.. vitement pressé pour que ce soit lendemain matin. Ainsi elles ont été élevées. ils doivent rester propres. u |H ardoise pour celui-là. ce n’est pas le moment de « kalanjé » (traînasser).M. comment vivre sur une seule petite .. ® Moi..E. pour le lycée. ils n’avaient besoin que j de petits livrets. des crayons de couleurs. . On touchait \ ensuite à la perception. tu a » veux pas y aller. Chacun porte un linge ne|H pour la rentrée. elle a la fièvre. et on est coincé. Je respirais un peu mieux quand l’allocation tombait le jour de la paye. Puis. Tu vas à l’école. Lorsque la rentré® approche. coudre. les mères veulent un avenir pouii| leurs enfants. on vend® un boeuf.Comment ça pas d’argent? Je t’ai donné toute ma quinzaine! Il ne voyait que ça. quinzaine? Habiller les enfants. des souliers.. Bien avant le mois d’octobre. Je voudrais aller chercher le docteur. Normalement. pas trop chers. Il faut payer la demi-pension. ils a ont commencé à changer d’école. tu n’y vas pas. à nous. je pouvais assurer la rentrée de chacun. on emprunte sur la récolte à venir. Le tambour passait pour annoncer aux familles j des travailleurs d’aller à la mairie prendre leur carte. les mèresî Quelques-unes. au C. Avec ma petite quinzaine.Lucie ne va pas bien du tout. les manfouben. Quinzaine et allocation ne suffisent plus. acheter à manger.J de Pointe-à-Pitre.. un fonctionnaire au mois qui tombe. Tant que les enfants sont allés à l’école primaire à La Rosière. Cest qu’il ne suffit pas d’expédierÉ® enfants à l’école.G. Celui qui était au cours moyen J passe en sixième. Elles se tuent à la tâche pour en faire un maîtres d’école. n’importe comment.E. j ’achetais un petit sac pour celui-ci. ma | petite allocation. au bourg.

Léonora. en Guadeloupe. mais ne laissez pas votre enfant avec un linge déchiré. j’aurais aimé que Joseph s’assoie près de moi et me dise : . Toi. ensuite pour celui qui va au bourg. ignames. même avec dix. on trouvera . il doit avoir tout ce qu’il lui faut - fenfin. je l’ai chez une de mes connaissances.:mble une solution. Ce n’était pas exactement . Man Unetelle ne s’occupe pas de sa fille. ma fille aînée ''rit le va-et-vient Pôinte-à-Pitre-Grosse-Montagne. cela”.partait le plus loin. dormait chez cette amie à qui “voyais chaque semaine un sac de racines *. les gens ont la critique rapide : . Aux enfants. les fruits à pain. Puis. » Je ne pouvais pas payer de pension. la maîtresse m’a demandé pporter telle chose. les féculents tels que les vertes. Ici. douze enfants.Ce n’est pas une tenue d’école. j’expliquais pourquoi : « Marc [va au lycée à Pointe-à-Pitre. de linge. l’école va rouvrir. comment allons-nous nous organiser avec tous nos petits? Je lui aurais répondu : . c’est un manque de respect. se décarcassent pour tenir la position. Les maîtresses.tête sur le chemin de l’école. d’argent pour payer tous les jours son ‘sport. Tu urras venir me dire: “ Maman. Les mères qui ont de la fierté. non repassé. Emilienne. de ucoup de livres. elle porte la même robe à sueur qu’hier. Je voyais ça comme ça : l’argent allait d’abord à celui qui . font appeler les parents pour leur signaler la tenue trop négligée de leur enfant : . il nous faut d’abord prévoir l’argent pour l’enfant qui va à Pointe-à-Pitre.à lui en premier. sale. Au début. je n’arrivais jamais à tout lui donner .Eh bien. Il rentre en seconde. Je connais bien peu de maris qui aident leur femme à résoudre les problèmes de la rentrée.Regarde. Sur elles tout repose. tu es à l’école à La Rosière. il a besoin de bons souliers. pension : elle mangeait. et jeafin pour ceux qui sont à l’école près de l’habitation. par extension. il me manque ceci. parfois. 149 . Elles font les enfants. A ce moment si difficile. ' Cest vrai. leur donnent naissance et les font devenir des hommes. à côté. malan- „ Légumes à tubercules et. pas besoin d’habit neuf.

le jour de la paye. j ’ai mon panier sur la tête et suis partie sur les chemins. Nous causions. . je ne peux travailler dans les champs de canne. de la viande lorsqu’on tuait un cochon. mais en cachette. ' Avec tous ces gosses à l’école. J’avais fait la connaissance. Mon commerce marchait biv surtout à crédit. Alors. mais il y a toujours trois ou quatre jours « sans ». Le tour de mon fils venu. une poule. car je n’av0* pas de licence pour le rhum. j ’ajoutais une petite monnaie. ma maison. il me l’interdit. et il revenait tous les soirs. je * Beignets à la morue très pimentés. J’ai réfléchi. Les travailleurs. plein de bonnes choses. Je n’a pas prévenu mon mari. . mais pas l'argent du foyer. . sur l’habitation. devant l’usine. des akras *. aussi. d’une femme très i intéressante. la demi-pension existait. de la bière. ? Un garçon à qui j ’avais rendu service m’aidait à transpoi: dans sa charrette les bouteilles de bière et de limonade.gas. Je vendais de la limonade. des sandwichs à la chiquetaille de morue bien pimentés. entre j femmes. La maison de l’économe.. Je n’étais pas la se J marchande. Quand je le pouvais. du poisse" frit et. passaient obligatoirement devant ma porte. qu’ils se rendent en haut vers Joula ou en bas vers Lamoisse. ils achetaient leur didiko sur place. Orgueilleux comme il l’était. une marchande. était située à un carrefour. des « donldt ». J. clients défilaient. ils ont disparu. Elle vendait. Il faudrait que je trouve un moyen pour faire rentrer à la maison un supplément Mon mari est économe. J’ai ouvert chez moi une petite boutique sans comptoir. montais jusqu’à l’habitation avec mon cahier pour toucher m argent. la vie augmentait. Tout cela coûtait. Tant qu’il y eut de la canne à couper dans les alentours.Je ne sais pas si la paye est trop courte ou si la quinzaine est trop longue. Quand ils ont attaqué les pièces dans les fo de l’autre côté de la rivière. je n’y arrive plus.Pourquoi ne fais-tu pas comme moi? Tu sais cuisiner. fruit à pain. Chaque fin de quinzaine. ça se vend toujours. des marinades. Le manger. notre chère boisson.

Je retournais le panier vide. Le canari en ait trois. les donkits. Pas pour me montrer plus forte que lui. une poêle à frire par-ci. une plaisanterie. Les marinades. Dès que quelqu’un m’avait payée. J’avais pour chacun un sourire.Une femme comme ça.. Man Joseph par-là. je déposais simplement iigent sur l’étagère de la cuisine. Pour une madame l’économe. Joseph t’a reconnue dans une pièce de canne. il n’y en a pas deux. Les donkits rapportaient un bon bénéfice. la morue frite. qui défiais mon mari. Ils venaient boire de l’eau à la . je mélangeais leur chair au " ent pour les sandwichs. un peu d’eau. un canari ^ÿitout) sur le feu par-là. elle ne joue pas l’aristocrate! . puisque j’étais prise dans les fers. du maquereau. madame l’économe. je ne m’en sortais pas. pour partir à :cle le matin. tout ça lbattu. Le matin. et préparé la pâte des donkits : un de farine de France. c’était Man Joseph par-ci. une bonne parole. Dès que les travailleurs m’apercevaient. je les connaissais. pouvais pas lui dire : « Joseph. Plongés dans l’huile bouillante. J’avais frit la morue la veille. quelques gouttes de vinaigre et la pâte était e pour monter toute la nuit. tout partait en un %clin d’œil. je la découpais en :ts carrés de cinq centimètres. Je me levais avant le soleil pour être prête à recevoir mes premiers clients. ce n’est pas Léonora.Léonora. Il marmonnait : « Ce n’est pas possible. et il fallait pourtant que je me libère. icun devenait une grosse boule croustillante. Une commère un jour vint m’avertir : . ' Tout ce que je suis arrivée à faire. très peu de levure. Ils étaient toujours heureux de me voir.. mais pour aider le sort. leur instruction. Joseph tombait en crise et voulait que j’arrête. Il a sauté en l’air. Lorsque avais des sardines. Joseph! J’ai continué mon commerce. et j’aurais fait n’importe quoi.maison. un seul Man Joseph. » II ne m’aurait pas laissée. Comme ça. à cette époque! Le Bon Dieu "était sûrement avec moi. A la fin. Ils disaient : . Ils tent encore comment l’argent de mon petit commerce leur a 151 . Les enfants. je vais vendre dans les champs. Je préparais d’abord le café du monsieur. c’était chose sacrée. Sa crise n’était pas mon problème. je m’activais. » C’était bien moi. et ensuite. Alors. chaque enfant avait droit à sa petite pièce.

Au lieu de la jeter. En® attendant « l’agent payeur ». un jour.fait du bien. Bien pe|H d’argent. je filais sur les champs de canne pour ne revenir qu’à 10 heures. 6 h 30. vers 6 heures. 152 . leur a permis d’aller longtemps à l’école. qui arrivait de l’usine en voiture. Ils avaient envoyé quelqu'un® d’autre toucher la quinzaine à leur place! H J’aimais ces samedis de paye. donnais aux voisins. j ’en 1. à ne plus me donner ce qu’ils mew devaient. ChaquB arrivant avait droit à une plaisanterie : -Mm . j ’ai pris la relève. de passer du chaud au froid. nous irons vendre à ta j . J’entendai|B appeler leur nom. et comment aussi. parfois.Debout. c’était® pour eux. faisais cuire à manger. le petit chabin : j . mais leur argent. je me précipitais. i . ils se servaient derrière mon dos. ne dirait-on pasmH ré? poche d'une raie? * Petite cabane en planches ou en tôles. Ils partaient avec ce que* j’avais préparé. je n’ai vraiment pas pu aller vendre. puisque ce sont les vacances. pas trop.Messieurs-dames. Emilienne réveillait Ernest. gadé vant a Jo. X Remise sur pied. Je voulais les coincer le jour de la paye. Je crois qu’ils avaient senti que tout ce que je faisais. Mot d'origine caraïbe. ils allaient toucher leur argent. et la marchandise me restait sur les bras. pour aller vendre! j Ernest a toujours été un peu fainéant. c’était la fête sur f habitation* Tous les travailleurs se rassemblaient devant un ajoupa *. Je devais me démener pour que tout soit impeccable à la maison. Mais il est arrivé un® moment où j ’ai été découragée : les gens avaient commencé j ® jouer à cache-cache avec moi.® conduit par un chauffeur. Je balayais. l’argent de to u ^ H ces journées passées à souffrir sous la pluie ou le soleil. serrant contre lui un sac rempj® d’argent. les blagues partaient. j ’en faisais porter à ma sœur à Pointe-j à-Pitre. Mon dernier client de passage parti. et hop! à la rivière pour laver le linge. l’argent de la canne. Quelques personnes seulement passaient acheter.Mésyézédanm. les rires éclataient pour un riètjjB Tous étaient joyeux.Maman. regardezIjBM égal pyèt égal modan èvè poch a ventre de Jo. je ’ i suis tombée malade. mais. À force de monter et descendre. le monsieur n’étant pas d’accord avec mon travail. J’ai tenu. Les enfants ont voulu m’aider : ji .

"mardi? S. Parfois. têtes coiffées d’un madras noué. des canaris. boucles d’oreilles. Souvent.. chapeaux à ' voilette pour les enterrements.Oui. l’autre lundi à Mer­ de. L’un après l’autre. il s’installait derrière une table avec le fr géreur. monsieur Joseph. 153 . . A l’appel de leur nom. il était responsable : .Et les trous de nez de mon ou té jen di sé la makak ka joué compère. de poissons: vivaneaux roses. riant aux compliments qui les saluaient... sans se presser. tu as travaillé lundi. douslèt. son carnet à la main.Oui. kilibibi.Tu dis qu’il te manque de l’argent? ... les travailleurs s’approchaient ■ pour toucher leur argent. Les hommes plaisantaient aussi entre eux sur les femmes qui s’étaient faites belles. j’ai fait neuf journées. des tissus : du « drill » pour les pantalons d’homme. L’appel commençait. Marchands de légumes. d’épices.. tu as travaillé tel jour. Pas question de porter ce jour-là les vieux habits de travail.Mercredi? ‘à: Oui. C’était robes propres et repassées. elles répondaient sec à un homme un peu trop hardi qui se retrouvait alors à son tour la cible de ses camara­ des. L’économe restait debout.. Mar­ chandes de gâteaux : tourments d’amour..Voyons. . n'est-ce pas là que les grenndé? singes jouent aux dés? Il valait mieux rire au lieu de penser que la maigre paye peut-être ne suffirait pas à couvrir le crédit à la boutique. l’un d’eux ne trouvait pas son ' compte. Attirés par l’odeur de l’argent. de « sik » (bonbons). . des chapeaux : chapeaux panama.. se faisant admirer. du madras pour les dames. Marchands venus en voiture avec de la vaisselle. elles se déplaçaient en ondulant. comme pour sortir. II lui manquait une journée. cornets à la crème. chattes bleues et jaunes. f ' L’agent payeur arrivé. marchands et marchandes débarquaient par charretées.Vizé tou a né a konpè an mwen. . Joseph intervenait. capitaines.Vendredi.Ht quel autre jour? . de viande de bœuf. orphies au long bec. des pots de terre rouge. . pipilits. de cives. j ’ai été couper à Jaula. . Tout un vrai magasin.

même la paye de la femme y passait. les jours de paye! . Certains misaient des pièces de un franc. le ton montait. Le joueur. Aux dés? Au loto? A ce fameux jeu de bing-biling qu’on pratiquait avec des billes d’acier récupérées sur des roulements de voiture ou des machines de distillerie? Jeunes comme vieux étaient acharnés. Chaque joueur envoyait sa bille. un ouvrier sur l’habitation. rien à boire. L’homme était en rage : il avait peiné toute une journée. s’il ne l’aimait pas trop.. même autour des pits à coqs *. percée de petites portes. Les jours de paye. « biling! » il l’empochait. Et si j’avais un mari qui rapportait toute sa paye à la maison. placé à une bonne distance. était posée sur le sol. Parfois. Quand elle touchait une pièce. en ciment. ce n’était pas le cas de tous. on traçait un triangle dans lequel chaque joueur déposait une pièce. » Elle l’attendait sur le pas de la porte. Il revint les mains vides. et l’économe avait oublié de la marquer à son nom! On ne joue pas comme ça avec le salaire des gens! Chaque sou compte. Si mon mari voyait que l’homme avait raison. rien à manger. c’est le lika. Bien des hommes jouaient et rentraient sans un sou. ses enfants autour d’elle. j ’en sais quelque chose. un étroit couloir. Sa femme avait eu le malheur de lui dire : « Touche-moi ma paye. 4 s’en échangeait. Par terre. Rentré. de l’argent. qu’on ne voit plus. faisait rouler une boule pour qu’elle pénètre par une des portes. Ils les polissaient et les repolissaient pour les rendre parfaitement rondes et douces à la main. Un autre jeu. il faisait reporter l’argent sur la quinzaine suivante. * Enceintes circulaires dans lesquelles ont lieu les combats de distraction très prisée en Guadeloupe. ces grosses pièces de cinq centimes qui ont disparu. le plus souvent. Un fin tireur pouvait gagner d’un coup plusieurs? pièces. la paye avait vite fondu. faisaient du désordre. soit. Devant chaque porte. S’ils n’arrivaient pas à tomber d’accord. donnant lieu à d’importants pon^ 154 . ils apparaissaient devant les maisons. Je me souviens de Feraand. c’est gagné! Les hommes fabriquaient eux-mêmes leurs boules. soit il le payait tout de suite. d’autres s’en mêlaient. Pas de bonne odeur de viande roussie ce soir-là comme dans les autres cases où la paye était rentrée. Une planche en bois. Le drôle avait tout joué. Chaque joueur avait sa boîte à lika. A ce tarif. Ça pouvait aller jusqu’à la bagarre.

formant la ronde... nous échangions les dernières nouvelles de l’habita­ tion.. Radio Bois-patate fonctionnait : de bouche à oreille. les jambes. au coucher du soleil. Le maître de la case devait prévoir à boire et à manger. Les deux graves d’abord. qui un chapelet de boudin. tout le monde frappait dans ses mains. mais le danseur ne devait pas 155 . puis le makè. Le léwoz avait lieu devant une maison. Les gens se rapprochaient. il y a léwoz chez Untel. Chacun apportait. Le tambour était obligé de suivre. Les répondè répondaient au chanteur. mais dès qu’ils entendent les «boum! boudoum! » du gwoka. Lolo qui chaloupait dans la rue. sec. ne mollis pas Pa moli douvan misyé la Ne mollis pas devant le maître Misyè la ka kenbé fouèt la. ils sont attirés comme un colibri par une fleur d’hibiscus. dans telle ou telle boutique de rhabitation. les fesses. c’était à qui serait le plus fort. Certains Guadeloupéens aristocrates déclarent qu’ils n’aiment pas le tambour. Entre le makè avec son tambour et le danseur avec tout son corps. pendant que boulayè et makè réglaient la peau de leur tambour à petits coups de marteau sur les cercles de serrage. ceux qui n’étaient pas au courant depuis le matin accouraient dès que le tambour commençait à résonner. Le plus hardi se décidait à entrer dans le cercle : la danse était lancée. les tambours entraient dans la danse. que les léwoz sont des bals à « vyé Nèg ».. Le maître qui tient le fouet. Le danseur essayait d’embarrasser le makè par des pas de plus en plus compliqués. les boula qui allaient garder la cadence tout au long du morceau. Ces samedis-Ià voyaient les léwoz les plus chauds. Avant que la musique commence. frè Tiens bon. Les tanbouyê faisaient des essais plus sérieux. frère Kenbé rèd. Tout à coup.. qui une bouteille de rhum. sitou pa moli Tiens bon. commençait à agiter les épaules. Le rythme était donné. la nouvelle passait : « Ce soir. la voix du chanteur s’élevait : Mwen kontré Lolo J ’ai rencontré Lolo Lolo ka balansé an lari la.. ou bien : Kenbé rèd. » De toute façon.

D’après lui. le faisait tournoyer et le renvoyait. Un samedi soir. à surveiller les léwoz et à tresser des fouets de lianes de mahault. Un autre danseur venait bientôt remplacer lej premier. il valait mieux fumer pour ne pas être pris! Mais la Diablesse s’est vengée. elle te faisait courir. La Diablesse partait avec lui. et c’est dommage. Quan ' apparaissait une femme inconnue.perdre la cadence. des gens chanter. Monsieur l’économe n’aimait pas que je voisine avec „ gens de l’habitation. des anneaux d’or aux oreilles. laissant apparaître un beau jupon brodé. et.. Les militants de l’indépe dance en organisent quelquefois dans la région. et comrr. aussi. si l’on regardait bien. A ! Rosière. La Diablesse! Une belle femme à la' peau claire. ils suivaient de près ses pas de danse. Il le prenait par la main. Elle ne pouvait plus ven! danser. tu es chez toi. nous n’étions plus de la même cia que les coupeurs. Alors. tu entendais tambour battre. loin. Tu te disais. ça toute la nuit. couchait même avec lui. Le tambour t’appelait à Chartreux. allo dans ce léwoz. Au matin. Toujours au moins un des hommes qui se trouvait là tentait sa chance. Maintenant.. il ne savent plus danser comme les anciens.Tu as ta maison. Depuis mon arrivée au Lamentin.. Et comme ça jusqu’au matin. Avant. Elle dansait. les léwoz se font rares. une jolie tête coiffée d’un grand foulard. les jeunes manquent d’entraînement. le léwoz semblait à La Rosière. Pour rentrer seul la nuit. tu ne travailles pas. la Diablesse venait y danser. les attacheuses : . s’ils découvraient à là place d’un de ses pieds le sabot d’âne fourchu. chaud. Il en courait. A la pleine lune. c’étai tous les samedis. Tu prenais la route. le malheureux ne trouvait plus dans ses bras qu’un paquet d’os. belle comme la Sainte Vierge. une longue robe relevée sur le côté. La Diablesse t’avait fait marcher derrière un léwoz fantôme. je n’allais plus guère dans * léwoz. la lune éclairant ton chemi Arrivé à Baimbridge. des histoires sur les léwoz. le sabot d’un âne qui remplaçait l’un de ses pieds. personne. Elle ne supportait pas la fumée de cigarette. Alors. et . elle chantait. mais. les hommes ont commencé à faire attention. comme de Prise-d’Eau à Baimbridge. un rythme chaud. A lui maintenant de prouver qu’il n’était pas un « pied lourd».. ils la chassaient à coups de fouet. ni que je fréquente les ouvrières agrico' des environs.

Roger-VioUet. Pointe-à-Pitre : marchande de grabiots coco râpé au sirop de canne. {Ph.) .

Archives départementales de fa Guadeloupe.) Pointe-à-Pitre: le marché du port. Roger-Viollet. (Ph. ( Ph.) . Pointe-à-Pitre: marchands de charbon de bois.

Archives départemen taies de fa Guadeloupe. {Ph. Archives départem enta les de la Guadeloupe.) Chargement de la canne sur une charrette i U --- . 1(Ph. Récolte du manioc.) Plantation de la canne.

L'usine de Grosse-Montagne au Lamentin. .

) lessive f ia rivière. LArchives . Tamisage de la farine de manioc. i ft Jean-Pierre.

.

{Ph. Pointe-à-Pitre dévastée après le cyclone de 1928 . Archives départementales le la Guadeloupe.) .

. ceux que je rencontrais tous les jours travail­ laient à la plantation. pis que tout. de les recevoir chez moi! Vraiment. semaient de l’engrais u du fumier. ma femme! La honte est sur moi! Je ne me suis pas occupée de lui. C’était le patron de Joseph qui devait l’appeler mon- ~ur. Comment. au milieu des ouvriers que je rige. et j ’en avais de la peine. j’ai eu l’occasion de lui * Latilyé (de «l’atelier») : groupe de travailleurs se livrant ensemble et même moment à la même occupation. Il se rongeait les sangs. 157 . chez l’autre. je ne te comprends pas. Elle. Il aurait peut-être préféré que fréquente la femme du géreur. à pied derrière les latilyé *. 1 où les travailleurs coupaient. Les enfants '-andissaient. sarclaient. pas devant les gens. je serai toujours pareille à eux.. L’une était la marraine d’un de mes enfants. gardait ses stances. Il se déplaçait à cheval pour faire sa tournée. J’allais "hez l’un. d’aller visiter ces gens. mais le géreur. de me sser prendre en main mes affaires. Il fallait bien aider le sort et faire sortir de l’argent de quelque part. mes amis. donnant un conseil à celle-ci pour soigner son enfant. les dépenses avec eux. il me le disait en cachette. même en étant madame l’économe. je ne pouvais faire bande à part. on me rencontrait sur les champs de canne. Nous vivions tous ensemble sur la même habitation. et moi-même marraine de plusieurs. j ’étais. mangeait son me en salade. indiquant à celle-là comment entretenir sa case. qui triment sur les champs. il ne m’a attaquée -ectement. Ça. elle est partie vendre.veux fréquenter ceux qui coupent la canne. Ils étaient pareils à moi. un de mes enfants le parrain d’un autre. Jamais. d’ailleurs. car je n’étais pas du tout d’accord avec lui. allant vérifier ^ son économe était bien à son poste.. Mes voisins. il se plaignait à mes commères : . comme ça.. Joseph urait dû s’en apercevoir. mais pas la paye. Comme sa femme avait des malheurs. mais était bien obligé de me laisser agir. je cultivais mon jardin au lieu de payer un jardinier et. madame l’économe ne tenait pas son rang! Je fréquentais n’importe qui. mon panier sur la tête.Léonora ne m’a rien dit. peut-on se sentir plus ou moins qu’un autre? Nous sommes tous de la même chair. Et Joseph aurait voulu m’interdire de parler à tout ce monde. lui. et voilà sur les champs de canne.

quand j’ai perdu un de mes enfàntsj dire à Joseph qu’il était à son service. Elle était ainsi sous sa . et nous seulement deuxième. le remi en place. Si mon mari était malade. mot je n’ai jamais pénétré dans sa maison. C’est comme 5 ça que je l’ai trouvée en arrivant sur l’habitation.parler. une fois rentrée chez elle. com1 beaucoup d’autres. femmes qu’il voulait et ne s’en privait pas. Joseph avait son orgueil. un point c’est tout. elle venait l’attendre sous ma galerie. domination. travail. Elle venait sous ma galerie. Il aurait pu. le géreur lui rendait une petite visita Il est aussi venu à la maison. Elle sourirait beaucoup car son mari était un grand cavaleur. Elle avait été institutrice. mais depuis son mariage le monsieur lui interdisait d’aller travailler. . Son nouveau métier : faire des enfants. II était abominable avec elle. mais. c’était trav. prêt à l’aider. Mais Joseph était à cheval sur les règles. quand le monsieur la laissait toute seule. Tu as ta cia j ’ai la mienne. mais gardait aussi son rang. avait toutes les . Mais n’était pas un homme que fréquentait Joseph. Parfois. Ils étaient en première classe. choisir son chef comme parrain d’un de enfants. Je ne sais pas ce qui se passai.

Je demande comment ils avaient été épargnés? Un jour. venez consulter avec moi. la famille. les amis. guérisseur. de « machann kakoué » (mar- ids de croyances). passé me visiter. le mal sur moi. Chaque personne qui débarquait à la maison poussait "h dans le même sens : j ’étais montée par un esprit. Elles sont me corps et chemise avec nous. une voisine entreprit ph: . » Ces histoires de « kenbwa ». Vous ne pouvez pas la mourir comme ça. Les voisins. i pati a pyé Ma maladie est arrivée à cheval et est repartie à pied Pétais enceinte et je me mourais. tous me conseillaient : « Seulement. envoie quelqu’un regarder tes affaires. Ses parents non plus. donna les mêmes ils. il ne sera pas facile de nous en libérer. Il "que à votre femme. Il faut la défendre. Il est sur elle. tu devrais aller consulter. de mes compères. ma vie devint vraiment épouvantable. 159 . séancier . faire une séance* Si tu ne peux pas bouger. Là. seph ne croyait pas aux gadèdzafè. comme elles sont ancrées en nous! Le père ste a raison. Je connais un bon "fè. comme venais de subir une forte crise. Un bon gadèdzafè trouvera qui f a envoyé le mal et pourra te délier. et personne en Guadeloupe peut se vanter de ne pas avoir un petit carré dans la tête pé par ces choses. en 1953. quand s’abattit sur moi cette terrible maladie. Ne vous a-t-on pas dit? Il y a un esprit dans cette maison. seul un habile sorcier pouvait chasser la malé- . Chapitre VIII Maladi an mwen vin a chouval. Man Joseph.

en gélules. Il me prescrivit des remèdes. mais comme j’avais déjà de l’asthme et donc souvent de fortes oppressions. Rien n’y fit. Crise sur crise.diction qu’une personne malintentionnée m’avait expédiée. » Mon frère aîné vint me voir. Je continuais à étouffer. Chaque fois. Je suivis sesBp conseils. ® remontant vers ma gorge. pas mauvais. on venait l’appeler. et elle avait payé pour me faire expédier un esprit qui me rongerait le corps. lui dit-il. Ma commère l’emmena près d’un kenbwazè fameux. avec cet enfant qui s’agitait dans mon corps. Effrayé par mon état. il demanda à une de 160 .®^ à chaque crise. ce n’était pas le bon. Pourtant.® : . tout le monde me disait que je n’avais encore jamais subi des étoufle- ments de cette force. je ne peux®P rien faire pour elle avant sa délivrance. m’étoufferait. j ’avalais des médicaments en gouttes. en ® pilules. enragée. ® On indiqua à Joseph un gadèdzafè à Vieux-Habitants. il fit appeler S un médecin. en piqûres. i : Joseph n’obtint jamais de rendez-vous. Chaque jour que le Bon Dieu fait. Pourquoi? Ils étaient tombés justement sur le sorcier qui travaillait contre moi! Mon compère avait quitté sa femme. de® l’autre côté des montagnes : .®’ Il croyait qu’on venait lui annoncer : « Ta femme est morte. et l’enfanÇ®? se tint plus tranquille dans mon ventre. son cœur sautait. Il ne voulait même plus aller travailler puisque. prétendait i que c’était à cause de moi. ma foi.hj® s’est démené pendant ma maladie! C’est pour ça que je pardonne bien des misères qu’il m’a fait endurer après. Cette année-là fut terrible. qu’elle mange beaucoup de tamarins:® Il n’avait pas fait de séance ni même parlé d’esprit qui mçj® montait. que seul l’esprit du mal pouvait provoquer ' de telles crises. Celle-ci. ». j Un autre de mes compères vint à la rescousse : la fille d’une de 1 ses voisines avait reçu un don et travaillait très. Je fus moins oppressée. Il fallait «aller prévoir». Donnez-lui du jus de cor*® rossol37 et de tamarin sur. Celui-ci les flanqua dehors. simplement prescrit des jus de fruits. je ne m ’étais pas . J’en vis un « autre.Ah! monsieur. j ’étais au courant. un autre encore. très bien. mais il lui fallut attendre qu’elle fixe un jour favorable. N É B sachant plus comment s’en sortir. occupée de ces tourments qu’elle me promettait. Joseph ne savait où^® donner de la tête. Joseph i se déplaça. Elle criait ça partout. Joseph céda. votre femme est enceinte. de jour * comme de nuit. Finalement.

un très bon docteur qui devait me soigner longtemps. «Bèl antèrman pa paradi» (un bel enterrement n’est pas le paradis). Je ne voyais plus rien. tremblait à l’idée que j’aurais pu mourir et ne pas avoir d’enterrement. Toute ma famille avait eu très peur. Il me désirait debout. je ne peux rester éternelle­ ment sur son compte. Une nuit. Jamais la crise n’avait été aussi forte. suis restée trois mois. pas même à mes enfants.. Si j ’étais morte. Et Joseph qui aime la bombance. d’étouffement. j ’ai cru mourir. A cette époque. Dans les moments d’apaisement. Les trois autres sont restés avec leur sœur aînée au Lamentin. Quand je sentais venir une crise. de malaises. et cet orgueil-là. N’est-ce pas là qu’on nous ïerre tous? Quoi qu’il en soit. nous n’irons pas à l’église. je tombai chez Le docteur Nyambi. elle n’était pas mariée. Ma mère venait souvent me voir. qui est coupée en deux! Je suis descendue avec mes deux derniers enfants. Elle avait honte d’avouer à sa patronne que sa sœur vivait en concubinage. l’église refusait de célébrer les enterrements des femmes enceintes ou mortes en couches qui n’étaient pas mariées. peut-être jusqu’à mon accouchement. Et ma maison. je m’inquiétais : . 161 .Je suis chez ma sœur. Unetelle est morte. J’eus de la chance.sœurs si je pouvais venir passer quelques jours chez elle. nous nous entendions très bien. enterrez-moi avec ou sans cérémonie. je ne peux faire aucune économie. je jae souciais bien peu de ça : V .Si je meurs. ma famille se mit en tête de forcer Joseph. Ma sœur. Il me fit couler du sang et réussit à arrêter la crise. le père de mes enfants. trois mois d’oppression. je ne l’ai pas. je m’allongeais sur une chaise pliante. ça ne échangera rien. mais nous nous retrouverons au cimetière. J’y. mais elle a déjà dix enfants. les gens n’auraient pas vu mon corps passer par l’église. " Chacun a son orgueil. Je ne respirais plus. elle me soigne comme à l’hôpital. Il ne voulait pas se Pînàrier avec une femme sur son lit de mort. On me transporta chez un médecin.. Je souffrais. ne pensais à rien. n’entendais plus rien. Tout ça entraîne des dépenses. et même si Joseph nous apporte des provisions. à m’épouser. à moi. nous nous entendons bien. qui travaillait chez une femme blanche. Moi.

s .. n’a vécu que cinq mois.Après lui avoir envoyé la maladie. L’air de mon pays.D’accord. qu’elle ait au moins un bel» enterrement. et Joseph non plus. nous nous sommes mariés. Man Alphonsine. Mais» ce n’est pas une cérémonie. » Et il m’a écoutée. les gens s’en soucieraient» moins.Ah ah! elle est allée «prévoir» contre la maîtresse. j .Ce n’est pas tout à fait avec lui que je me suis mariée. S’il n’y avait de mariage que» devant les hommes. pour garder le champ libre. Pendant ma longue absence.Je lui ai dit : « Joseph. Je ne mourus pas et mis au monde mon sixième enfant Le jour du baptême. Depuis le temps que vous vivez en concubinage. Cet enfant. Il avait été nourri dans mon ventre avec une tonne de médicaments. 9 Ce sont la famille et les amis qui nous ont poussés. une de mes vieilles amies bien comme il fa u t» Mmc Alphonsine. M■ Je lui rappelai aussi comment Joseph. L’autre jour j encore. pour remplacer les cloches absentes. mais. j’épousais Joseph. elle l’a expédiée à Capesterre. une belle noce avec beaux habite» bons plats. mais ça ne me faisait ni chaud ni froid 11 Je n’étais pas trop disposée pour le mariage. saoul comme cochon» n’avait pu aller se présenter à la visite médicale avant le mariage» Il avait envoyé un copain passer la radio à sa place. qui tient. «an» * Le Vendredi saint. J’allais mieux.. et pas devant Dieu. \ Eh oui! j’étais mariée. .à côté de lui. tu » peux bien lui passer l’anneau. qui m’avait fait tant souffrir. les annoncent les offices au son des crécelles (« raras »). .. 162 .. Tous ces remèdes que j’avais ingurgités l’ont tué. puisque je retournais mariée. Je remontai chez moi au Lamentin. Léonora peut mourir. j Sainte Expédie n’avait pas tellement bien travaillé. se vantait du rôle qu’elle avait joué auprès dJ Joseph : 9 . les soins du bon docteur Nyambi m’avaient apporté un grand soulagement. champagne. qui font un couple solide. les langues avaient battu la campagne comme raras en semaine sainte *. celle-ci lui a rendu coup pour coup. l’Église n’aurait pas la» place qu’elle occupe dans la société. u M mariage sert surtout à l’Église. il faut que tu » fasses quelque chose pour elle.

Veau ne le charrie pas. celle réservée à monsieur l’économe. C’est vrai. Jou mayé la sa sé té moi. j ’étais guérie. ce qui doit vous pa ka chayé-i. Une de mes tantes en est morte. sa ki la pou ou. un honneur. btre maison. Je [bouffirais tellement. l’avais attrapée. Et an chayé. protège-toi. Les amis m’avaient prévenue : -NSi tu vas au Lamentin. ni finir nos jours ensemble.Moi. j ’ai épousé son ombre. Je leur faisais honte en refusant. Ma ^maladie? Une maladie de famille. une crise m’a prise. traîné cette maladie pendant dix-huit ans. en leur annonçant la naissance de l’enfant. Déjà. E mwen. l’oppression me reprit de plus 1belle. L’esprit mauvais de la maison était de nouveau sur moi. Et si j’avais offert à Dieu une seule petite branche de fleurs pour obtenir la grâce du mariage. leur promit de m’épouser le jour du baptême. Joseph refusa de se déplacer : ! . peu de temps après. bonheur à coups de pied pour ' ramasser le malheur à deux ^ mains. Les gens de cette une sont renommés. Je venais d’accoucher. En quittant Capesterre pour m’installer au Lamentin. épouser un homme qui ne tient même pas debout! Incapable de respect quand il vient dans nia famille. Jamais! Mes parents ne voulaient pas m’entendre. Moi. Les de ma sœur ont aussi de l’asthme. je l’aurais regretté. j ’en ai charrié sur mon dos! kouri dèyè bonnè akoudpyé pou Le jour du mariage. j ’avais irtt bébé. à chaque visite chez ma soeur. Ka ou vlé fe. Je ! rappelai à Joseph la promesse qu’il avait faite au gadèdzafè de f Vieux-Habitants d’aller le consulter après ma délivrance. mon père parlait des ^ crises de son grand-père. C’est peut-être pourquoi nous n’avons pu nous entendre. ils crièrent : « Woulo! » Pas moi. Ils ne tnt pas. ils sont forts en sorcellerie. se trou­ 163 . pou chayé arriver. dans ma commune natale. f :- | Dès mon retour au Lamentin. mayè èvè lonbraj a-i ». j ’ai traîné. On offrait à leur fille le mariage.Il ne t’a pas guérie quand tu étais enceinte. à vingt-deux ans. Joseph arrivait plein de rhum. qu’est-ce qu’il ^pourrait pour toi maintenant? F Alors. Je refusais de le voir : . dlo Que voulez-vous. Quand Joseph. j ’ai chassé le ranmasé malè a dé men.

et du Fils et du Saint-Esprit. au nom de Jésus. . Tous ces va-et-vient m’ont fait faire une grosse imprudence *. C’était comme si on m’avait envoyé une « délégation ». Je retournais laver et repartais pour accueillir les enfants à leur retour de l’école. parfois. qui que tu sois.Mon Dieu. Je relevais de couches et passer ainsi du chaud des réchauds à charbon au froid de la rivière a rappelé sur moi la maladie. prenait le Recueib des quarante-quatre prières pour les nécessités de ta vie : « Mal. je remontais encore. ou peut-être pas. mais. car elle® était assez âgée. au fond de la mer. puis je montais jusqu’au canal laver mon linge. après avoir nettoyé ma maison. il vaut mieux ne pas savoir. sur la terre et jusque dans les enfers. je descendais à la maison. quelque chose qui avait fondu sur moi pour me clouer à terre et m’empêcher de jamais remonter sur ma bête. je demandais aux voisines de jeter un œil sur le bébé. Peut-être était-ce ça. Elle cherchait toüW ce qu’elle pouvait faire. quel que soit n nature ou ton principe. Le matin. présente.?ja Tousa ou pa konnèt pi gran pasé Tout ce que tu ne connais-WM ou. En tout cas. Jésus-Christ.. chaque fois que* j’accouchais. d’où que tu viennes. en chaud au froid. 164 . Ma mère priait : 'i . cette créature de Dieu ici présente. L’heure venue de faire cuire le repas. Je fus terrassée. elle était là. sauvez mon enfant! j Elle suppliait aussi saint Antoine de Padoue. c’était la première fois que je voyais quelqu’un souffrir et se débattre comme ça. Même si son travail n ’était pas impeccable.. de quitter* Léonora. passer quelques jours avec moi. Je te l’ordonne. » J| Elle essayait vraiment de m’aider. avec toute sa conscience. je t’ordonne. Après le déjeuner. te dêpasm3 dit le proverbe.vait non loin du canal. Elle voulait même aller à la rivière laves® mon linge. je me dis que Joseph a eu bien raison de refuser® une deuxième visite au gadèdzafè de Vieux-Habitants. Elle aussi voyait dans cette® maladie quelque chose de pas naturel. à qui tou® obéit au ciel. auf nom du Père. * Nom d’une maladie contractée dans ces circonstances. .JB Aujourd’hui. délivrez mon enfant. Elle venait. est plus grand que toi.

et lui n’en faire qu’à sa tête. il trouve toujours quelque chose de nouveau. A grand tapage. déjà. mais après l’école.. je n’avais qu’un ménage de rien du tout. Quand un gadcdzafè se met à chercher pour toi. Il aurait pu voir. ^Depuis longtemps.. ^ s’èst trouvée enceinte. C’était ça. sa vaisselle de luxe avec assiettes en porcelaine. les yeux furetant partout pour empêcher qu’on mange la canne du Blanc. à ceux de ton mari. Nous étions voisines sur l’habitation. des I enfants qui allaient à l’école. qu’un sort allait faire échouer ma fille a son examen. V ses verres à vin. et elle avait déjà menacé de s’occuper de moi. Moi. de tes enfants. avec la loi et le tribunal. ils s’étaient séparés. pendant mon sommeil. surveiller f les cannes et les bœufs qui dépassaient les lisières. son travail. elle était en bagarre avec son mari. Elle ^ voulait le plier à ses quatre volontés. et plein d’enfants. et qui. des timbales en fer. Le ménage a cassé. Nous étions fâchées. Nous voisinions quand même et nous nous appelions commère. une de mes bonnes petites Frivolités. 165 . sa plaque de cuivre bien en vue. Quatre fois. Elle étalait ses j meubles de salon. Son mari était garde. par exemple.Une nuit. et peut-être qu’aujourd’hui encore je serais entre ses s. Une belle séance que le monsieur lui avait faite là! Le gadèdzafè aurait sûrement orienté mon esprit vers la femme de mon compère. Tu dois monter et descendre tout le temps et dépenser beaucoup d’argent. ét elle a mis ça sur mon dos. Il s’attaque à tes malheurs. Peut-être Lucie serait-elle revenue comme cette malhèu- reuse que sa mère avait envoyé consulter. après la séance. Nous logions dans le même type de case en bois à deux pièces et galerie. Il se promenait sur l’habitation. le garde des cannes. ■ des kouis en calebasse. la seule porte où frapper pour que tes enfants ne connaissent pas la canne et la misère. mais ^ elle jouait à la grande dame par rapport à moi. La cinquième fois fut la bonne. . à déverser dans ses mains tout mon argent. Elle me prédisait les pires maux. Elle s’était mise dans la tête que j ’avais détruit son foyer. Je ne courais pas après les bèl bèbèl *. qu’elle îait cause de tous mes malheurs. Il aurait suffi de quelques paroles du gadèdzafè pour me faire entrer rofondément dans la tête que cette femme me travaillait. Il m’aurait persuadé de me idre.

mais pas celle- . Je nous voyais toutes les deux. ne comprenant rien à cette maladie. sans même dormir en chemise de coton rouge qui. Un rêve me l’avait ordonné. tamarin des Indes. crottes de poules. Aussitôt la provision épuisée. Joseph doit être écœuré. ma pauvre. qui d’habitude était froid. La crise pouvait me prendre la journée. plus tu t’enfonces dans maladie. . Pour le deuxième bain. On l’entend alors gémir de ses « méchancetés». Son n’a vraiment pas le temps de faire des houles dans ses po Tout file chez les médecins et pour les remèdes. je te r tant bien que mal.Léonora. poule dans un morceau de toile. vint me visiter.N’oublie pas la composition du bain. m’accrochais aux docteurs aussi bien qu’à la «m et cine-feuille» de chez nous. venue me réconforter. nouvelle en- nouvelle visite chez le médecin. dit-on. L’eau de cologne était celle dont je me servais pour le bébé. Elle me répétait : . il finit par se retourner contre celui ou celle qui l’a expédié. prenais tel sir© tel cachet. dès 1 lendemain. Quand on se bat ainsi contre le mal. Tout le monde criait «Hosanna!». éloigne les esprits. Je ne voulais pas rester couchée. devint chaud. Elles étaient froides. toute tremblante. ma sœur enferma les crottes de. Elle disparut. i Ainsi. j’étais debout. la nuit. je préparai le remède. disait-elle. Dix-huit ans d’une vie. . Mon co r' devait se tenir droit. brûlant comme les «wôchgalèt» (galets) en plein midi. metfr un pull-over pour réchauffer mon corps transi. Plus tu te couches. Dès le matin. Je me suis même baignée dans du piment! Je cherchais tout ce qui pouvait me procurer un soulagement .commères. glacé même. me frottant le corps. J’ai bien des choses à reprocher à Joseph. morte récemment. jour après jour. mettant les mains sur tête. et tout mon corps. Pourquoi? Je ne sais pas trop. Tout ça par la volonté. elle s'occupait de moi. dix-huit ans de lutte contre la maladie et la souffrance. j’arrivais à résister. Je me baignai là-dedans quand même. Je souffrais tellement que j ’étaisï prête à suivre tous les conseils. Je me fis apporter des crottes de poule fraîches. Léonora: eau de cologne «Val Fleuri». Je me levais. à obtenir un legep mieux. Une dame. Bourrée de médicaments. sut mettre le sur un des piquants d’oursin enfoncés dans ma chair : . me baignant. M.

Il m’a dit : « Frotte ça avec du grésil. Des trous! Des trous! Si j ’étais u’un à croire aux sorciers. je me suis réveillée un jour avec la plante des pieds criblée de trous. Il prenait soin de moi comme d’une poupée bénie et ne se ménageait pas. à Pointe-à-Pitre. Pas de bureaux dans les communes à cette époque. Quand elle eut fini elle □rla encore : ’ . elle reprit : : . Comme je n’étais pas trop empressée. 5 “ Regardez Léonora. Pendant toute cette attente. Ses trahisons ont sûrement aggravé mon état. Je suis allée consulter un ami. Tu ne me □Mis pas? /. Si tu voulais toucher ton aigent.C’est moi qui vais t’embrasser. comme fait. j ’y avais droit. Elle le mange depuis si longtemps. mais alors pas du tout. au pied. j ’aurais dit : c’est une sorcellerie 167 . tu guériras. toute courte. : bien je suis la grand-mère de ton papa. Je n’avais jamais vu tant de trous une plante de pied. se pencha sur moi île me dit : .. ce sont les plumes de son oreiller qui l’étouffent. Je t’ai indiqué un ’de. j ’ai rêvé.. Une petite dame blanche. » La nuit. Quelqu’un que je ne connais­ sais pas. surtout de nos maladies et de comment nous avions trouvé la guérison. Je venais de me marier. Et elle me donna plusieurs baisers. . on avait le temps de faire des rencontres. tu devais te débrouiller pour arriver à Pointe-à-Pitre dans les 4 heures du matin. C’est au moment de mes plus fortes crises qu’on installa la Sécurité sociale en Guadeloupe. . Nous parlions beaucoup. mais si blanche. .Non. sur les quais.Moi. pour donner son argent si cela pouvait m ’apporter un petit répit.Embrasse-moi.Tu es malade.Oui. mais n ont pas causé la maladie comme des mauvaises langues se plaisaient à le vendre sur la place publique. s’avançait vers moi. comme si elle était mangée. fais-le. Va au port. Ils ouvraient à 8 heures et fermaient à 16 heures. Savonne soigneusement ton pied. lui pardonne beaucoup car il n’a jamais rechigné pour me soigner. Achète un savon eu. commençait l’une. mme dit. J’ai pns peur.

Les trous ont disparu.. ceux du docteur. Malyenmé! ] Ayayay! j . pour mjl guérir. Ma peau. Tout récemment. J’ai beaucoup dépensé.Vous aviez raison.Tant pis pour ceux qui ne tiennent pas leurs promesses^ reprit enfin la dame. ni en bien ni en mal. ma chère et bonne dame. je prends les remèdes razyé ** donnés par le séancier et. Elle n’avait pas! donné ce qu’elle avait promis à la déesse. j ’ai vendu une paire de bœufs potirj acheter tout ce qu’il fallait pour la cérémonie : les coqs. je n’avais pas beaucoup d’argent.. je me suis fait faire une séance. je ne sais pas ce que c’était. Quelqu’un me conseilla ] Malyenmé. poursuivait cette autre. En sortant du temple dèi Chanji. Ma ‘ fille. attention. obéissait à tout ce que lui ordonnait le bandit. « on vré nich a poulboua ». mais ma fille esll libre.Et moi. je vais vous expliquer* comment j ’ai pu sortir ma fille des griffes d’un kenbouazè qui l’avait envoûtée. ] .. à Capesterre. Avais-je marché sur quelque chose? Je ne peux rien dire. celui qu’on vend en barre. 168 . Mais. J'ai savonné. Tout le monde voulait! raconter une vengeance de Malyenmé. Maintenant. . aucun sorcier ne voulait] travailler pour moi. Je suis allée consulter. avec une raie blanche au milieu. j’ai lavé le pied. le boire et le manger pour les invités qutfl j ’avais amenés dans un car loué depuis l’Anse-Bertrand jusqu’i l Chanji. surtout pour avoir un enfant quand on est branany *J ou pour guérir des maladies. Je n’ai fait qu’acheter un morceau de savon bleu.qu'on m’a faite! Jusqu’à présent.Moi. elle s’est fait écraser par un camion. Æ .Malyenmé! Il faut se méfier de la déesse des Indiens. les cabris! pour les sacrifices. ** Médecine populaire à base de plantes. Elle est] très bonne. l’autre était trop fort. stérile. e j plus. une! jeune fille de dix-huit ans avait obtenu une grâce. le jour comme la nuit. Il lui avait fait boire une « composition ». moi. tout ça me fait peur.. les amis! si tu nei tiens pas tes promesses. une vraie termitière. Pour connaître la cause de mil maladie. I La pauvre dame n’avait plus la parole. J Que de paroles tombaient des bouches! J’étais là et je n’eM * Bréhaigne. J . la colère de Malyenmé ne pardonne] pas. J’hésitai.

Tu t’amuses à refoutre la maladie dans ton corps. de ne pouvoir presque rien faire chez moi. Ma maladie. je ne peux laisser les enfants tout faire. me : donne de l’argent. Je n’entrai pas dans l’eau et lavai dans un grand baquet. qu’est-ce que je l’aime. bien. mon petit Didi. ma fille aînée avait pris en main le foyer. m’avait conseillé d’acheter une pompe à la pharmacie. Les gens croient que " Marc est mon chouchou car. Je lis bien obligée d’accepter celles que tu trouves. eu un faible pour Didi.Mais Joseph. peu à peu. certaines ne sont pas propres. tu vas laver. Il pouvait ■me couillonner et. Ça ne pouvait durer éternel­ lement. Je voulais vraiment m’en sortir. elles lavent à moitié. moi aussi. J’en avais assez de traîner. Heureusement. je l’avais attrapée dans la rivière. Une dame. Elle allait à l’école et faisait en même temps marcher la : maison. j’ai lait reculer la maladie. Une petite pompe aspirante dans laquelle on mettait un liquide. reprenant mon corps en main. perdais pas une. allant laver à la rivière avec ses frères et sœurs. entretient ses frères et sœurs. Et les femmes que tu m’envoies pour laver mon linge. Ils ont ir école. elle m’a tellement aidée. Je la s*' bénis cette enfant. je faisais expérience sur expérience. Cette pompe m’a bien soulagée et m’a aussi épargné de nombreuses visites chez le docteur. 169 . Un jour. on ne la vendrait pas dans les pharmacies. il r me redonnait courage dans mon malheur. Les gens étaient effrayés de me voir m’activer comme ça : . qui vit maintenant en France. de ma maladie.Fais attention. il me nourrit. Au retour. Joseph nous attendait : p . Je parlais. en même temps. Je décidais de ^prendre mes précautions. J’écoutais. mais j’ai toujours . Dés que j ’étouffais. mais elles ne “nt pas à mon goût. celui-là! Entre tous *vos enfants.Si elle était mauvaise. avec un mot. un a toujours la préférence. . dont j’avais fait connaissance ce jour-là. et j ’aspirais. je partis à la rivière avec les enfants. . On m’indiquait recettes et moyens pour que je m’en sorte. un sourire. ^laissant les enfants rincer le linge que j’allai ensuite étendre sur Jes grosses pierres rondes. Léonora. Son frère Dominique ’ aussi. j’ouvrais toute grande ma bouche et je pompais. cette pompe me paraît dange­ reuse.Ah! très bien. M’en fous pour toi! . C’est ainsi que. étant professeur.

les crises on disparu. oubliant les conseils du docteur. je me sentais mieux. cet Indien de Londres venu s’établir en Guadeloupe. le soleil ou le vent qui soulevait le sable. et ils ont divorcé. Il avait autant de femmes que de cannes. Venue à cheval. je devrai faire attention. Il avait raison. Il avait épou une demoiselle de Capesterre. Mon trop-plein de sang évacué. J’étais heureuse et. Pouvais-je rester longtemps au soleil? Me baigner dans la mer? En rivière? Que fallait-il éviter? . toutes ces femmes avaient dû passer par les caprices de Joseph. ou de la fumée. je suis allée voir ma sœur. et les crises reprennent. mais elle a un faux pas. une piqûre. Une poussière avalée. Je commençais à reprendre le gouvernail de mon corps. Le docteur Nyambi me soignait.Madame. je sens l’oppression q me remonte à la gorge. Il n’y a pas très longtemps. je me suis roulée dans l’eau tant que j ’ai pu. toute ma vie. restent long­ temps dans l’eau. « Sé Bondyé Sènyè a yo». me répondait-il. il savait ce qu’il devait faire : une saignée. Une chance. c’était le bon docteur Nyambi. Je ne sais s’il faut accuser l’eau. . mais pas comme les bien portants qui plongent et nagent. J ’ai rencontré une de mes nièces. Je sais que. et je lui posais plein de questions. Depuis le temps qu’il me soigne. l’asthme est une maladie bien ennuyeuse. m’a accompagnée chez le médecin de garde. Joseph. un moment d’inattention. En fait. ma maladie est repartie à pied. Ma nièce m’à prise dans sa voiture. Quand j respire de la poussière. docteur elle aussi. et nous sommes descen­ dues jusqu’à la mer pour nous baigner. mais. Vous pouvez vous baigner. grâce à Dieu. mais une crise m’a attaquée. 1 « Docteur Nyambi! » Les gens de Capesterre prononcent nom comme celui d’un dieu.

A l’école. qui ne connaîtra ni la canne ni la banane. Chapitre IX Apatoudi menné koulèv lêkôl sé fè-i sizé asi ban ki mèt Il ne suffit pas d ’amener la couleuvre à l’école. dans un hôtel.. par Ikemple. pour être son maître. à la prostitution. Devenir quelqu’un qui manie la plume. Jacques R oumain. jalousies. je ne vois pas ce que les maîtresses lancent aux paresseux. qui ne se perd jamais. Tu travailles. Tu sers d’abord au salon. il n’y a presque plus de bœufs ni de terre à cultiver. et tu sais pourquoi? Parce que chaque Nègre pendant son existence y fait un nœud : c'est le travail qu'il a accompli. fouiller la terre. Gouverneurs de la rosée. c'est un fil qui ne se casse pas. C’est ainsi qu’ils envoient nos jeunes à la drogue. couper ïa canne! Aujourd’hui. voilà l’idéal. les pires menaces pleuvent sur ta tête : * .. Ils devraient trouver du travail en sortant de l’école. puis dans Les ihambres. Dans ton foyer. l’utilité de l'homme sur cette terre. Même avec ton bac. pour ceux qui peinent durement sous le chaud soleil.Tu iras garder les bœufs. c’est tout d’école est aussi cause de bien des discordes dans les familles. Seule solution : partir pour la France. qui se fripent à travailler la terre. Si tu n’apprends pas bien. et c'est ça qui rend la vie vivante dans les siècles des siècles. les maîtres n’enseignent pas l’effort ni l’admiration pour ceux qui travaillent de leurs mains. il faut arriver à la faire asseoir La vie. mais l’école n’est pas là pour ça. tu ne peux garder les bœufs ou fouiller la terre. Elle veut te faire parler français. plusieurs de tes enfants réussissent 171 .

Tu ne peux subvenir aux besoins de ta sœur. tu essaies de le. tu la dépasses. Lucie. Il est vrai que j’avais été bien inspirée de lui retirer Lucie. Ma mère croyait dur comme fer à toutes ces histoires de sorciers et craignait pour sa petite chérie. Rien n’était trop beau ni trop cher pour sa fifille: chapeaux.. robes imprimées. cachée par l’énorme paquet de livres. Elle ne veut pas comprendre que ce n’est pas toi qui as les diplômes ni le mandat. elle trouve normal que tu la prennes en charge. Quelle mauvaise éducation! Ma mère n’était comme ça avec aucun de ses petits-enfants. elle les raflait tous. C’est ainsi qu’ils voient. mais le mandat leur appartient. Pour eux. tu es fière de lui. Si elle a un problème quelconque. une fois.. si petite. Ta sœur n’en a aucun.. l’école. elle t’en veut. tu le chéris plus à cause de ça. te donnent un petit argent pour vivre. bien sûr. que dès que tu lui demandais un petit service. Les autres sont jaloux. c’est important. Lucie. son nom claquait à chaque instant. me disait-elle. Première partout. premier prix de ceci. premier prix de calcul. que tu ne me l’as pas laissée à Carangaise. Tes enfants ont réussi. ait de bonnes notes. tu es donc plus qu’elle. Il fallait la voir descendre les marches de l’estrade. Un autre désagrément causé par l’école. elle lui demandait de balayer devant la porte. Il était temps. . Elle adorait la gosse et ne lui faisait rien faire à la maison. les autres disent que toi. il suffisait que l’enfant pleurniche en disant qu’elle était lasse pour que ma mère se lève aussitôt et fasse elle-même le travail. Elle devient jalouse. S’il arrive que l’un apprenne bien. Le jour dé la distribu­ tion des prix. Premier prix de français. et peut-être ont-ils raison : inconsciemment. la haine s’installe dans son cœur. c’est-à-dire rien. Si.c oluent. J’ai eu un mal fou à la redresser.. Lucie tenait une place à part dans son cœur. tissus à fleurs. Ma fille aînée cravachait dur à l’école. elle me la pourrissait. la zizanie entre les enfants. Sa grand-mère défaillait de bonheur. premier prix de cela. si maigre qu’on l’appelait «Zègèlèt». elle aurait fait des jaloux. Tes enfants. La petite demoiselle avait tellement pris l’habitude de n’en faire qu’à sa tête. elle se 172 .Heureusement. pousser pour qu’il réussisse. On lui aurait barré la route avec quelque « kenbwa » ! Dieu t’a bien inspirée de me la reprendre et de l’emmener avec toi. Insister aurait été pour elle martyriser sa petite-fille. Tu as fait plusieurs nstituteurs.

Il ne supportait pas ça. j’ai vraiment un don. Je ne dirais jamais que ma mère n’a rien fait pour moi. voilà la clé. A l’école. si maigre. déjà. En fait. dit-on. il inventait je ne sais quels jeux.Si je ne suis arrivé nulle part. il n’a pas connu ce qu’on appelle échec.. A tout bout de champ. Ma deuxième fille a échoué trois fois au brevet élémen­ taire. Celle-ci apprenait bien. je n’ai jamais eu un enfant qui aime jouer autant que Marc.. qui n’a guère réussi dans la vie. Ma sorcellerie s’est usée après le succès de trois de mes enfants. il y a de la sorcellerie là-dessous. En sixième.. Depuis le certificat d’études jusqu’à la terminale et l’Université. On fait les enfants.. Ce n’est pas normal. celui tout simplement de reconnaître que chaque personne a son intelligence et sa volonté : le succès dépend aussi de ce que l’on veut dans la vie. elle fourrait son nez dans les affaires de tous les enfants de sa classe et d’ailleurs. elle aussi. le dit lui-même : . J’ai traité tous mes enfants de la même manière. Un de mes fils. un 173 . ensuite en apprentissage pour devenir peintre en bâtiment. cette enfant. on m’a attribué des « dons ». est professeur. Même tout seul. ce que tu désires vraiment. Je n’ignorais plus rien de sa vie de famille : Isabelle avait attrapé un treize en calcul. il partait s’amuser. elle s’est trouvée avec l’enfant de mon compère. celle-là n’était pas forte. ou peut-être bien qu’une force supérieure à la mienne me barrait? Qu’est-ce que je n’ai pas entendu! J’ai beaucoup ri. Tu lui as jeté un sort. Chaque enfant naît avec son intelligence et suit la coulée qu’il doit suivre.mourait effectivement. mais pas leur tempérament. élevée ainsi dans du coton. Ceux de la voisine sont nuls. J’avais <( la main ». Après le cours moyen. Alors là. n’en parlons pas! Tes enfants marchent bien à l’école. Marc. Ma fille Émilienne voulait bien arriver. Et le voilà professeur.Mon Dieu. rire avec ses copains. je l’avais envoyé pendant deux ans à l’école à Pointe-à-Pitre. ce n’est pas faute de soins. Ma sœur riait et se moquait de moi: . Eh bien. Il a tout lâché et s’est fait embaucher à l’usine. lui. elle va être emportée par le vent à la moindre averse! Quant à la zizanie entre voisins. mais elle est trop cancanière. Ernest. si petite. Ce que tu veux. Pendant longtemps. je n’avais plus de pouvoirs.

Je lui achèterai un transport en une nouvelle année. c’est la faute du Mal! avec cette manie de courir les femmes. il lui montre comment les hommes savent seraient renvoyés.Émilienne. métier. à Roubaix. chaud. qui me cause tant de soucis. je n’en entendais cette France-là n’était pas encore un tel endroit de perdition. si Pour Justin.Non. le Mal. Ici. J ’espère qu’il viendra en quand elle me téléphone.P. Je me laissai faire et elle échoua à nouveau. Deux ans "y a José. d’un métier à donner à chaque enfant. Je ne me méfiais pas de la France. J’étais décidée à ne plus payer d’école pour ceux qui le mettre sur les rails. je suis « chômeur». reste tranquille. Arrivée jusque-là. il a obtenu un C. la petite Noire. Comme si tout le monde devait Les Guadeloupéens n’avaient pas commencé à voyager en devenir instituteur ou professeur! Pour moi. c’est la vaisselle que tu fais. je l’ai poussé à le succès. Justin. Son jeune fière était déjà en sixiè: ridée. j ’ai eu peur que. Inquiète comme un loquet dans une porte neuve. il est monté à Paris. n’était pas d’accord avec ce départ. si rétif. Il disait: . l’espagnol. on a dit qu’on s’était « occupé de moi ». mais elle avait l’esprit retourné au pays. Quant à Viviane. elle veut devenir hôtesse. Après son service militaire. dans une usine. Une 174 175 . et. tu ne peux garder Émilienne à la maison. Pourquoi? manipuler à sa façon. je sois pas aussi agitée! uche de l’argent. Elle était trop sur le dos des autres. un point c’est tout. voilà son nou ê. mon mari. Un jour.P. Le Bumidom39lui envoya des papiers pour le faire r Celui-là. on lui a fait du mal pour de bon. tout ce qui peut arriver. aussi. hop! la voilà au bord en France. elle bougeait tout le Dominique l’a rejoint.Je ne suis pas à la charge de Justin. Même en faisant la vaisselle. il est temps pour elle de savoir où elle va moi et sur mes enfants. n’était pas encore chaud. si mal ses jambes. il faudra qu’elle se décide à choisir sa je ne pouvais plus rien contre cette force qui s’était abattue . jamais parler. Pou* i Mal. A cette époque. Mesurer les rues it jour et nuit. Alors. occupe mon Après son service militaire. Je C. il te pour la France. courir les filles. paie-lui . Après plusieurs stages. au lieu de privée.Maman. tard. par orgueil peut-être. Il travaille Guadeloupéen passe son bac. un verre. elle roule pour le bac. il désirait le commença à murmurer que j ’avais perdu le « don ». l’oreille à tout ce qu’elle raconte. Elle échoua. c’est le Mal la cause. Il restera ici. Je lui tn r a-t-il tellement d’échecs dans ce programme? Évidemment. me fait tourner le sang. Je lui écrivais de rentrer. Comme C. Je ne faisais plus d’instituteurs.. Il avait obtenu le certificat d’études son lit. J’essayais de la calmer : rien savoir: . plus de place. qu’il dev . qu’aujourd’hui. il travaillait à l’usine de Darboussier. un autre. partir devait donc entrer en cinquième. ce fut peut-être un bi< ju’un a un travail et le perd. et est secrétaire dans l’armée.. A les entendre. Il travaille dans un hôpital. irrespectueux envers moi et ses frères aînés. ‘'Tupêche de respirer. elle change tout le temps passer par la sixième. le petit dernier. .quatorze en géographie. une place d’apprenti chez un tourneur à Fouillole. je n’étais pas aussi « évoli ara trouver un sorcier plus fort que celui de ton ennemi.. étudier l’anglais. ce gosse. elle se Blancs. et pas de travail. il faudrait que chaque partir. peindre le ciel. il est resté temps : elle lavait une assiette.P. de secrétariat. Elle a fini par attraper Ensuite. où il n’y a que des de la rue. Ce question d’un travail. Un endroit très dur. chaud. La tête vraiment dure. il ne voulait précipitait au moindre bruit.A. Elle prépara un Joseph. il est simplement masse comme maintenant. Justin ne partira pas. Mon fils Marc me dit : cavaler. elle vit en France. ai la Martinique. Enfin. a épousé une Blanche et n’est encore jamais Émilienne aurait pu réussir à l’école. etc. J’avais payé trois ans d’école lui-même était un coureur de jupons. Les notes d’Émilienne. Quand j ’ai voulu l’inscrire. c’est le bac.e. sans quoi mon fils ne serait pas parti. commun. Je ne prête prétendu qu’il n’y avait plus de place en cinquième. Elle est restée la mêmi rois qu’il donne à manger aux malades. Aujourd’hui.A. C’est là qu’on Il ne craignait pas que son fils se perde en France. "t attrape le baccalauréat. trop occupé.. elle me raconte des cancans et me * Vacances et me racontera comment il v it tordre de rire comme jadis avec ses histoires de classe. la dernière de mes filles.A. Man Joseph. refusa d ’aller à l’école.

La France lui apparaissait comme un endroit pour cacher 11 mauvaise conduite de sa fille. C’est la faute à quelqu’un jaloux de ta réussite. Tu as dix doigts. j’a i ® autre fils qui boit beaucoup. Marie. Le cœur ne peut souffrir de ce mm les yeux ne voient pas. marche sans faire attention. Elle est là-basi de l’autre côté de l’eau. est enceinte. mes yeux ne seront pas témoins de ma honte.. comme mon Ti-Jo. si ce monsieur y trouve du travail. C’est la maîtresse de son mari qui lui a envoyé quelque chose pour tuer son bébé. Alors. que faire avec Ti-Jo? L’expédier en France. au moins.commerçante voit sa clientèle diminuer. Sa sœur me répète à longueur . comme c’est la mode à présent. l’éliminer. c’est qu’un autre commerçant. Elle fait faillite et ferme boutique. Je ne peux plus supporter de la! voir mal agir devant moi.J fl .En France. glisse. D’ailleurs. Je ne voudrais pas le voir aller là-bas. ne l’y enverras-tu pas* 11 te casse la tête. Si un seul parmi tes dix doigts sent m a u lH 176 . Si j ’avais le prix du billet»! j ’enverrais ma fille en France.J fH J’ai répondu oui. jeune mariée. se fôS B emporter par elles. ici. parce qu’il ne fait rien pour réussir à l’école et se conduit mal? J’ai entendu une dame dire : . la jalousie est la sœur de la sorcellerie. sort du droit chemin. tombe et fait une fausse-couche.® journée : . tu as beau dire tout ce que tu veux siu® | France. La mauvaise volonté de l’enfant. c’est que la lotion « menné-vini » qui les attirait n’agit plus. kè pa’a fè mal. très jaloux. 11 ne faut pas tout mettre: sur le dos du Mal. m En plus du petit dernier qui me procure tous ces tracas. ce n’est qu’en France qu’il pourra se corriger® Et une voisine : j® . a payé un sorcier pour qu’il lui tende des chausse-trapes. ses capacités comptent pour beaucoup.C’est l’argent qui me manque. Un cache-défauts. Un de tes enfants n’étudie pas à l’école.. j Sa zyé pa voué. mais ce n’était pas une réponse du cœur&H ne suis pas décidée car je sais tout ce qui se passe en F rÉ H contre les Noirs. Et p u i^B serait baisser la tête devant les difficultés de la vie. Si elle va en France. .Man Joseph.

f. je sens un léger mieux.C’est toi. tête éclate! Il est parti. Il s’est mis à hurler: . j’accroche des “"rs d’hibiscus. mais. tu parles trop. on me disait : . Il rentre dans ses quinze ans : aucune amélioration. . c’est le mauvais âge. . Je l’accepte. J’en ai assez. il avait fait :4que chose pour moi sans que je le lui demande. J ’ai uvé mon petit arbre tout frais fleuri. bon. Est-ce qu’il sent ça et se rebiffe? Je ne sais trop comment m’y prendre. Une dure épreuve quand cela vous arrive. de temps en temps.étais vraiment contente. Je m’in­ terroge. Nous aimerions. peux-tu te dire. Hier tatin. bien sûr. l’enfant courait à sa fantaisie. quelquefois de bons geste. et le traitent différemment des autres. comme s’il . allait chez l’un. Aux extrémités. Si parmi tes enfants un n’est pas bon. la plupart du temps. n’était pas leur enfant. peut-être a-t-il un problème? Depuis tout petit. Il avait ■iili les hibiscus tout juste après son bruyant départ de sa 'bre.Patientez. tu n’as pas le droit de le rejeter. je veux le tenir plus serré. Mon José est vraiment désobéissant. Pour l’école. Dans le salon. j’ai planté dans un pot une branche orte pour figurer un petit arbre. Ti-Jo. Le père n’était pas au foyer. passer une toile mouillée par terre. l’âge de ses « affaires ». v* Avec Ti-Jo. C’est très joli. qui as si joliment arrangé l’arbre? > Oui. Il deviendrait de plus en plus mau­ vais. envahit mon corps de façon intolérable. Je suis pourtant sûre qu’il ne faut pas agir comme certaines mères qui gardent l’enfant auprès d’elles. j’en sais quelque chose. je me bats avec lui. Pour la première fois. mais ça se fane très vite.Rouy! Je ne suis pas disponible. Merci >Jo. • Quand il avait douze ans. parfois. devant ses méchan­ cetés. qu’ils soient tous dans le droit chemin. Je ne t’avais rien demandé et tu l’as très bien garni. je lui ai dit de nettoyer sa chambre. puisque je suis dans l’Évangile et que je sais qu’il n’y a pas de résurrection sans Vendredi saint. à la maison. je vais le jeter? Tu le peux? Non. Cependant. Maintenant. son . mais c’est forcé qu’au moins l’un d’entre eux te fasse de la peine. je lui avais un peu lâché la bride. de ranger ses affaires. il est rient insupportable. chez l’autre. la douleur.

M enseignants prennent parti pour les élèves. A l’enfant de savoir ce qu’il a envie d’entreprehl dre. s’ils n’eril tendaient pas grand-chose à l’école. élèves et m a i » dans une école qui marche mal. en cinquième. alors il le fait tomber. | C’est difficile. l’école est là. Une seule chose le passionner dessiner. les maîtjji disent « non ». Ils aimeraient que parÉ 9 * Ceux qui ne sont pas rattachés à une centrale française. n’est attentif à rien de rien. S. créés en 1977 et partisans de l’indépendance.P.I. l’empêche ffl continuer à étudier.- dans leur tête avant d’arriver. se monij insolent.E. Maintenant. même s’ils n’étaient pas instruits. quand je regarde les architectes d’ici. Il voudrait devenir architecte. a une idée] de ce qu’il voudrait devenir. Rares sont les enseignants qui essaient un petit quelque chose. |f i sentent qu’ils ne peuvent pas rester comme ça. Il dessine comme pas possible. mais le professeur Æ l’aime pas. L’enfant est capable. le présent et l’avenir. pour que celui-ci lui barre la route. fô nou L ’école des Français n’est pas changé-i ! bonne pour nous. qui se permet­ tent un petit coup de langue créole. Ti-Jo y va. sans y travailler. il faut la chan­ ger. maintenant. 178 . Il se peut que Ti-Jo ait retenu lej mot « architecte » sans trop savoir. Ils en ont mis. je- vois qu’ils ont fait un gros écolage. au moins. disent qu’ils të| aident. ils n’ont pas le droit d’aller jusqfljj contrôler tout dans une famille. En attendant. Ces gens d’école sont paÿÉ pour faire leur travail. elle ne bouge pas. Seulement. WÊ Beaucoup d’enseignants ne sont pas d’accord non plus.AG. A quinze ans. les maîtres. Ti-Jo ne fait aucun effort. Les syndicats guadeloupéens * crient aujourd’hui : Lékôl a yo pa bon pou nou.G.ü S. pouvaient choisir pour leura enfants : celui-ci fera ceci. celle-là ira là. Ils peuvent aussi leur faire faire n’importe quelle bêtise^|] suffit qu’un enfant tienne tête à un instituteur. de décider de son futur métier. Il faut pourtant envoyer ses enfants quelque part.frère le professeur aussi. il est tout bonnement en retard. de prévoir l’avenir de ses enfanté Avant. mais lui. les parents. des choses. à nous.

faire une grève.! jNous sommes descendus jusqu’à Pointe-à-Pitre. Moi. Après. les bourses du premier trimestre n’étaient toujours pas payées.T. Nous j jo u s demandions pourquoi ils avaient besoin de nous. le troisième trimestre était déjà bien engagé. Nous nous sommes rassemblés pour .E. je n’étais pas entièrement d’accord.E. fit bientôt appel aux parents pour un autre problème. les parents furent convoqués au C. Il vous accorde une bourse. La bourse sert à aider les parents à payer le transport des enfants. élèves. plus une horrible odeur nous lontait dans le nez. Les enfants eux-mêmes ont décidé d’aller réclamer leur argent. s’il faut se battre pour ce petit aigent. Il avait rassemblé ses élèves dans la cour rnr d’un tambour et leur faisait jouer du gwoka.T.. Des )fesseurs nous attendaient à la grille. à acheter quelques livres.. ^Peut-être ai-je une mauvaise réaction. Il ne peut jouer au généreux et me tenir au collet. je me suis dit : je n’irai plus. ils ne pouvaient même s aller aux cabinets. ils font appel aux parents. m’obliger à venir pleurer pour obtenir mon dû. Peut-être sont-ils à la recherche d’une méthode pour agir contre tout ce qui cloche dans l’école? Dès qu’il y a une action â mener. Un îfesseur était malade. C’est ce l’on voulait nous montrer : depuis x temps. du Lamentin. Ils ont demandé aux parents de les soutenir. Au C. tout juste. J’aime bien le et peut-être avait-il inventé une nouvelle activité pour ses res. Quand il s’agit d’argent à réclamer. J’y suis allée. Une autre fois. autant qu’il le garde. l’accord. Ils nous ont fait traverser cour. une réaction d’orgueil. enfin. que le gouvernement vous doit. Tout le monde prit 179 .her dans la rue en criant : Envoyez l’eau! Envoyez l’eau au C. maîtres ne fassent qu’un seul. devant les du vice-rectorat. enfants vivaient dans la malpropreté. car la somme n’est pas trop forte. bien serré. Là. nous devons rester très « véyatifs » (vigilants) et bien réfléchir avant de nous lancer. Nous approchions des cabinets.T. qu’il la paye en temps voulu. Si tÿes jeunes veulent lutter pour leurs bourses.E. J’ai souvent participé : pour une meilleure nourriture à la cantine. Plus nous avancions. l’eau était coupée. Mais on le savait malade de la tête. Alors. pour le paiement des bourses. je ne vais plus courir derrière l’argent de l’admi- ition.

Syndicat ratta< mouvement indépendantiste. Une chose est sûre. il nous faut rester ensemble. si tu as dit des choses intéressantes. Des enseignants. Surtout si la section du syndicat S. il lui arrivait de partir trois mois de suite en congé et terrorisait collègues et élèves à chacune de ses réapparitions. si nous voulons gagner. si tu t’es expliquée en créoled tu trouveras toujours quelqu’un pour rouspéter et d’autres pool trouver que ça ne compte pas. pression sur le vice-rectorat. parents. * du bourg mène l’action. A une réunion. Il regroupe tous les personnels de l’Éduca nationale. on parla de son cas. Nous devions tous aller porter le papier au vice-recteur. Ce ne sont plus les seigneurs tout-puissants d’autrefois. s’exprimer en créole! Pour qui nous prennent-* ils? Des animaux? Moi-même. Hélas. sans élèves près de lui. je n’aime pas du tout leur genre. je ne m’adresse pas en créole àj mes cabris! /f Dans ces réunions de parents d’élèves. pêcheurs sont devenus enseignants.G. Même . Ils ressorti­ rent les mains vides : pas moyen de ceci. Bien que le problème ne concerne pas mes enfants. des filles d’ouvriers agricoles. 180 . Les paroles valables doivent sonner en français. On les a coi * Syndicat général de l’éducation en Guadeloupe. le créole dérange. et qu’ils ne poussent plus surêj les mêmes arbres. élèves unis font une force pour faire. écoutez-les. mais pour ceux de leur village. et ne sont pas même d’accord quand les autres s’agitent.Regardez-les. pas moyen de cela. j .G. J Les gens osent. Tous les gens présents signèrent une demande. Ils font la classe. Seuls quelques parents vinrent à Pointe-à-Pitre au rendez-vous. De plus. maintenant. Trois parents furent reçus. Enseignants. IN faut dire qu’ils sont plus nombreux.E. Je me suis désintéressée de l’affaire et ne sais comment elle s’est terminée. ils se sent quelqu’un. mais de lui donner une indemnité ou de lui trouver une place dans un bureau. beaucoup de parents ne veulent se mêler de rien. j’étais là pour faire force. Des fils. ils ne sont pas deven «monsieur» ou «m adam e» pour autant. Enseignants tout seuls. Le vice-rectorat ne s’inquiétait de rien.peur. parents tout seuls ne peuvent rien. Il ne s’agissait pas de jeter ce maître à la rue. critiquer ouvertement les institué teurs.

enfants. ça ne prend plus. on les a vu grandir dans la misère. il commence à s’intéresser à son corps. Il dit bonjour dans la rue. Ce genre de discours. Elle n’a jamais le temps de parler à personne. va! Toutes les mères sont fières de voir leurs enfants propres. . qu’il lui fallait courir au fond du jardin pour aller aux cabinets. Si. Maintenant. même de dire bonjour. prends ton livre. Tire-au-flanc Iquefois. on décèle la bonne graine. grandir dans le droit chemin. i se pose des questions sur les enfants : que se passe-t-il dans n cœur? S’il est fainéant. qu’est-ce qui le rend ainsi? Est-il à aise dans son corps? Les parents d’autrefois ne s’occupaient e du malaise des enfants. se montre dédaigneux. quand il a l’âge d’aller à l’école.Je ne suis pas la fille d’à côté. il a l’école en tête. .Va faire ta toilette. Voilà un enfant que la mère ne sera pas obligée de serrer dans un étau. Il commence à apprendre à lire. Dès les premières années. se conduire bien. passer un balai dans la maison ou étendre le linge avant de partir en classe! Ils n’étaient pas moins feignants qu’au- “ urd’hui. prépare-toi. S’il prend un bon départ. malades non. seulement. elle ne nous connaît plus. Ils restent « pitit à Man Bayadin» ou à «M an Grégwa». . de suivre les dations de ta mère. ceux-ci n’étaient pas souvent malades. de ne pas . Combien d’enfants se faisaient houspiller parce qu’ils ne se levaient pas assez tôt pour laver la vaisselle. c’est l’heure de l’école. de lui dicter sa conduite : . elle lave la vaisselle et se dépêche avant d’aller %l’école. elle est déjà levée. Plus tard.Bouche close et au boulot.. il vient lui-même vous demander de lui faire sa toilette. maman.. bien sûr. me répond-on à la maison. le nouveau promu fait des manières. d’éviter les imprudences. Aristocrate. je suis Émilienne. A condition. 'ailleurs. à savoir se tenir. 11 aurait fait beau voir que je réplique à ma mère «je ne suis pas la fille d’à côté» quand elle me donnait un tel exemple. réussir. gare à lui: . les parents ne discutaient pas. par malheur.Regardez la petite Myriam. elle est institutrice maintenant. Elle ne se souvient pas d’où elle est sortie.Regarde la fille de Man Unetelle. elle a sorti les assiettes.

La grippe? La fièvre? Un bon thé de paroka et de fleurs de sonnettes. pasflj douche.Pourquoi tu ne fais pas de thé le soir comme chez mémé .manger des quénettes. passe-les sous tes b r j j presse-les bien dans tes mains pour sortir tout le jus. courir. alors que tu viens de courir. de ne pas t’appuyer sur un mur froid quand tu sues. mais pour tous lesq Guadeloupéens. aucune de ces facilités p o u r® tenir propre. s’occuper del son corps reste très important. ce grand 3 1 tonneau en bois qui nous servait de baignoire. Dans cette cité où j’habite. Ceux qui n’avaient pas de baquet. Ti-Jo pénètre dans la douche. et ressort les pieds secs. mais ne pas se laver a8i moins les pieds avant d’aller se coucher! Cochon! Sur les deux habitations où j ’ai vécu avant d’arriver ici. chaque maison a m douche. éviter surtout d’attraper des blesses40. venue de Paris en vacances chez moi. Je n’en ai pas perdu l’habitude: tous les soirs. tu savais qu’il ne fallait pas bêtiser avec ton corps. la propreté protège l’enfant des* maladies. de chiendent pour te rafraîchir avant une purge. Les dents devenaient blanches. d’après moi. revenir en sueur et aller dormir sans 3n laver. tu étais éduqué dans ce sens. et frotte|9 chochotte. j ’ai dû engager une bataille avec Ti-Jo poül l’amener à tenir son corps propre. de thé-pays pour le foie. Une peau propre ne laissera pas passer n’importe] quelle infection. astiquées avec des femttH d’agoman. écrasaientJwH feuilles dans un grand « koui » (demi-calebasse). Même pour un garçon. Joseph. de citronnelle pour la digestion. pas de gant de toilette. On entretenait la santé avec des plantes : thé de sémèncontra. ouvfij le robinet. le1 faisait remarquer à sa mère : • . Ma petite-fille. je prépare un thé (infusion) à to­ maison. des sapotilles quand tu as chaud. Il n’a pas fait sa toilette?? Comment peut-il avoir tant de défauts? Les garçons ne lavent pajÉ tout le temps leur « kôk » ou leur derrière. Ma mère m’expliquait : :îB | . etc.Prends des feuilles de rose-cayenne. Eh bien. de pourpier contre les vers. de corrossol pour bien dormir. jouer. je dors bien après? '-I Les gens changent. et voilà la toux arrêtée. Dès ton plus jeune âge. Un enfant ne peut aller M l’école.. 1 En numéro un.. Cette « médecine-feuille » nous réussissait. Debout suriuM 182 . du plus riche au plus malheureux. les mœurs évoluent.

peigner. avant d’aller au lit. Ses enfants. je ne mettais pas de culotte la nuit et. Mon fils qui vit en France a une Blanche. Est-ce parce que notre sexe à nous. je suis de très ^Jfrès leur toilette. lave les visages. dormaient moi dans mon lit. De toute façon. chochotte. femmes. depuis quelques j’ai adopté la coutume. on s’aspergeait les jambes et les pieds. derrière. un enfant devait déjà savoir faire sa petite toilette. avant d’aller à l’école. . Pour chasser les mauvaises sueurs. quand ils se sentent devenir grands. c’est la sœur aînée qui. les mains. puisant avec un pot à lait condensé de l’eau dans le fut placé devant la porte. garçons comme filles. Le matin. la maladie. Certains petits garçons. les petites filles ne donnent pas sans culotte. puis on se faisait couler l’eau sur le corps. la peau doit être toujours propre. J’ai demandé à la fille : îrquoi ne mets-tu pas ta culotte pour dormir? man m’a dit qu’il ne fallait pas. Si la mère part trop tôt au travail. ' Jene vois pas pourquoi on exige plus des filles que des garçons ■pour la toilette. au réveil. on se frottait. dans chaque Et le matin. et aussi tous les trous du corps. la maman. Le soir. de vérifier si tous les trous sont propres.roche ou un morceau de planche. sort les haillons pleins de pipi du lit des bébés. a répondu Viviane. ne veulent plus se laisser contrôler par la ■maman. les enfants qui allaient chercher de l’eau à la source remontaient tout baignés d’avoir joué avec l’eau. nez. alors que les garçons n’ont *pas de problèmes s’ils ne le lavent pas? ^ Quand mes petits-enfants viennent chez moi. Us en profitent pour ne plus se laver du tout. c’est débarbouiller. Je me demande si les enfants de donnent avec une culotte. on la prenait à la rivière. Toutes les mères soignent la toilette de leurs enfants. laver sa culotte. La grande baignade. A toi la maman d’entreprendre le grand nettoyage du soir. A trois ans. sa première parole à sa mère fut : man. fait la toilette des petits. grand-mère et Tati ont dit de dormir avec une 183 . oreilles. changer la petite portée pour dormir. ^débouche à rintérieur de notre ventre. tour en France. venus en vacances. « Est-ce que tu t’es lavé "les nieds? » est une parole qu’on entend chaque soir.

la plus grande. il ne !sociétés. On allait en sans culotte. ce mot-là est avaient de grandes robes.devienne une habi*"J*s faire entrer dans un costume qu’elle a taillé pour elle. sans pourtant les frapper. la vie. te tient la main ensemble. dans la tête des enfants. les mornes leur font peur! ^ Mais ils n’ont pas l’habitude. «petite princesse». ses conseillers généraux. Un gosse qui * voler. c’est celle qui veut pourra continuer. ne portaient pas de culotte du tout. la société a rendu les gens comme ça. c’est un Tentends dire que nous avons de nouveaux problèmes dans la oreiller. Il existe toutes sortes pour lui. Je suis arrivée à lui gendarmes. un père répétait tout le temps à son fils : « Ne t’approche pas Je ne sais pas d’où vient cette habitude ni comment je fus prise des femmes. c’était une assemblée pour un mariage. le laisser tèbè “ jce». une sale affaire? faut l’aimer. me recommandait ma mère. Il n’y a pas de mal à ça. son kiki serré dans l’autre main. sa main triturant i üe. mais sont 184 185 . Je vois des mères société rencontrer du monde. Société. Tout ce qui dit: «N e touche pas ta petite chatte. a bon dos. leur sexe la n u it Comme si ça changeait quelque chose! Avec ou un baptême. C’est dont il ne puisse plus se passer. quand j ’emmène les miens dans ma famille. c’était zéro. avec la langue. télé. Dans un film d’eau. Plus tard. d’autres qui tètent leur ^Maintenant des livres pornos en Guadeloupe qu’il faut se mettre doigt. les femmes ont des problèmes qui l’avait empêché d’aimer. . Un mauvais coup. et s’accrou­ qu’avant. la société. Pour d’autres. c’est un plaisir La société. société. mais je ne peux plus m’en passer. ïe. le découvrir. Avec les tout-petits. s’en occuper. * Gâteux. Va savoir quand? Pourquoi? peux pas aller avec cette robe en société. dès qu’il abordait une femme.» Nous étions élevés arrive. en ces habitudes. une fête de gens d’un même métier. celle-là. les coups peuvent le rendre handicapé.. mais ne veut plus dire la même chose relever un pan de sa robe. ce sont les hommes. qu’on entend parler de cette société-là. pour moi. Nous allions à la rivière ensemble. Je suis à mon aise. C est depuis la «dissidence». c’est de sa faute? Elle gouverne ta tête. ne leur parle pas. ’le qui organise tout avec ses mairies. filles et garçons. Il continue de plus iment elle marche. tu ne elles ont dû adopter la culotte. c’est la faute des Nos mères. Il faut voir le spectacle le soir dans son lit! Ui ' époque où des Guadeloupéens sont partis aider le général de langue longue comme ça hors de la bouche. une serviette dont ils se caressent le nez avec un coin. ils ne peuvent pas s’endormir. il ne faut pas que ça . ce père ne me sens pas nue. surtout à l’égard des enfants. J’ai fait ce que j’ai pu avec les miens pour qu’ils ne gardent ^Aujourd’hui. Ma belle-fille doit être bien embarrassée avec elle maintenant. elles. l’envelopper autour d’elle.. Car il a besoin d’un chiffon. pir pour pisser derrière la cuisine. C’est un combat avec le mon­ un enfer. La plus importante. mais pas question d’abandonner ma culotte. des problèmes que les anciens ne connaissaient pas. Je ne suis pas pour les combats Aujourd’hui. et je me souviens avoir vu ma mère dans toutes les bouches. chiffon. ils ne savent pas. s’ils font des bêtises. " % violences. » Devenu dedans. ne t’approche pas. comme maintenant livres pornos l’avaient poussé à voler! Ce n’est parce qu’on vend Il y a des enfants qui touchent leur kiki. ils se font traiter de « petit bébé. quand tu agis? Un garçon condamné pour vol expliquait que les sans penser à ces histoires de sexe. sieur qui veut la déchirer. Ti-Jo tétait sa langue et son doigt. demeuré. ils ne veulent même pas aller charrier un bouche deux fois avant de sortir tes paroles. Alors. fait. c’est la faute de la société. tué pour l’avoir mis dans quand elles dorment en culotte. une société. iP#* oomme le Mal. je grand. on chante partout que si ça ne tourne pas rond nocturnes. On ne peut pas taper changement d’air » à Carangaise. il faut retenir ton bras et ba Regardez-moi ça. s’amuser.Tiens-toi bien en société. Et pourtant. ils ont bien envie de courir les mornes. Nous devons chercher à comprendre abandonner le doigt. ont toujours existé. d’autres encore qui font les deux à la fois. Atroci- Retirez-le-leur. ils font ce qu’ils ont envie de faire. Jamais ma mère ne m’a C’est la société. Mais il va aller à l’école. il l’a tué. mais je le regrette. son école. faire n’importe quoi! suce son doigt. avec l’évolution. A présent. Elles [parents. donner pour ça des coups à leurs enfants! Son propre corps. Soi-disant 1e port de la culotte empêche les enfants de toucher # Pour nous.

on n » peut l’employer à l’intérieur d’une famille. prenne® parfois exemple sur leurs petits camarades.Cette enfant est une grande femme. copains. D’autres accomplissent leurs tâches naturellement. Je lui ai dit : j . qu’il faut en I abuser. Tout dépend de la mentalité ' de la famille. mes enfants ne peineront jamais autant que j ’ai peiné. vous serez critiquée: vjÉH Pavez mal élevé. se donner tant de mal! Ça se fatigue aussi. On entend par-là : . pas les parents. D’autres feront la vaisselle p o u la voisine.Elle exploite ses enfants. j pourtant. Je ne peux pas voir ça. C’est un trop* grand mot pour moi. Par-dessus le marché. U n» mère vous dira toujours qu’un enfant doit apprendre à faire le|l choses. Jfl L’autorité d’une mère est normale. Même s’il veut diifl «tirer profit». apprendre à travailler. On entend par-ci .Laisse-les respirer. un mot à la mode. monteront et descendrai toute la sainte et bonne journée pour elle. j Je ne suis pas tout à fait d’accord avec ce mot « exploiter». . mais elle tfëj l’exploite pas pour autant. Certains enfaïïM ne voient jamais tout seuls ce qu’il y a à faire. les temps ont changé. il faut le retenir avec du travail. il faut tout leufl dire. 1 Marc me faisait aussi remarquer : 1 . travailler sans cesse. aller voir ses . Cej sont les capitalistes qui exploitent. un enfant! Ce n’est pas parce qu’ils doivent aider leurs parents. quand un enfant ne veut rien fairëffW 186 . Entre la mère et l’enfant. D’autres encore peuvent travailler qu’en bande. . ils doivent! travailler. elle doit travail. mais « exploiter ». Certains. rendre des services à la maison. plus ils sèl durciront et plus leur cœur sera dur envers toi. comme notre mot créole « profitasyon». ils font une tête long™ comme ça. des enfants. plus tu seras dure avec eux. iront faire ses commissions. e lfl combat cette mentalité. j . Rentrés chez euÿjW leur mère leur demande un service. c’est de votre faute. D’après moi. Une de mes voisines est comme ça avec ses enfants.Celui-là aime trop traîner dans les rues.incapables de rapporter de l’eau.i 1er. Et puis. ÎM y a autre chose que « l’exploitation capitaliste ». non. vous vous y prenez m al» Peut-être. on les fait toujours trimer. tient la corde serrée. S’il est fainéant. Je dirai : « ce n’est p É une manière d’agir avec un enfant ».

C’est une question de mentalité. En général. on ne Beut y poser ni pied ni patte. Pour l’enfant. ce sont des garçons. giour m’aider à la maison. PSoulevez un coin. il refuse de prendre la relève. j’ai une crise d’oppression (asthme). Ah oui! avec José. quel calvaire! Je ne suis pas seule dans mon cas.K. avant de partir chaque matin. J’ai une rotevision . il a déjà le refus en lui. des O. Je préfère fermer la porte pour ne pas voir le désordre. Arrive le temps du cadet. jamais envie d’aider sa famille. il FMagazines pour adolescents très vendus en Guadeloupe. et des Girl * partout. Et défense d’y toucher! B pbs enfants sont toujours dehors. Il se lève et lave la vaisselle. en sortant d’une réunion. je parle pour rien! . le couvre-lit bien tiré. des journaux partout Bfoarpillcs. si vous voyiez l’état de la chambre de mes garçons : comme après un cyclone.. il sait qu’il doit laver la vaisselle.. Même son Mit : de loin. F*Mon petit José ne veut comprendre aucune langue. c’est la même chose : avant d’aller à l’école. P^Quant à la chambre de mon autre fils.Ce n’est pas de la blague. Toi. messieurs-dames. pas même Isecoués. ne les « exploite » jpas. C’est comme s’il M û t tout seul quand il est en famille. En sortant de là. Il sait mais ne fait pas pour autant. je ne sais où. Ce n’est pas du tout le genre à s’asseoir sur une chaise et à p ire marcher tout son monde à la baguette : F . on pourrait croire qu’il est fait. et je le fais.Toi. le grand monsieur. il ne rechigne pas à la tâche.Et encore toi. Si tu voyais la chambre de mes trois grandes filles! Le lit jamais Hait. Léonora. je sais ce que j ’ai à faire. Je me bats avec eux depuis mon installation dans cette cité. c’est la croix et la bannière. tout marche bien avec le premier. Des livres. Quand je puis lasse de voir sa chambre sens dessus dessous. José ne la regarde jamais avec nous. du linge sale par terre. j ’ai envie d’en manger. va me chercher un verre d’eau. 18 7 . Hier. les draps sont tout froissés. va me Ramasser des mangues. Alors. le petit dernier. Zéro. et ils sont jeunes. tu penses! F Cette femme n’est pas dure avec ses enfants. Quand on en a un comme ça. avec ses frères et sœurs. pas de problème. je mets un peu id’prdre. je me plaignais : ’ . j ’ai soif. Tout est pourtant bien organisé: moi-même.

Celui-ci a ses jours de vaisselle. il lave mais ne comptez pas sur lui pour récuj^H 188 . je vais repasser du linge chez ma fille Lucie. Si je veux lui confier un autre petit travail S .est vrai beaucoup plus âgés que lui. je vais chez Man Bigaro. il est le seul à | l montrer si rebelle. Moi.Je vais chez Rémi. A vrai dire. Il j | H bien qu’il fasse quelque chose à la maison. 2 Donc. J’essaie de lui parler. Je n’aurah jamais accepté que ma fille fasse ça à son âge. et j’ai dû lui donner une limite pour rentrer. l’interdisait. c’est différent. je ne m’occupe pas du règlement.Maman. Il la fait. Je ne vais pas deveniij soupçonneuse avec ma fille! Avec José. en fait. tout le temp|l On dirait qu’il est en lutte continuelle. Il est si dur avec moi. Le mardi. il s’en va. Tous les soirs. Joseph. et rien d’autre. . je faisjH vaisselle.C’est la vaisselle que j ’ai à faire. Il me dit simplement : j . Quand ma télé était ea panne. Je ne suis pas comme ça. Mais c’est son ton.M Pour les tâches du ménage. il a fallu enççjfl discuter pour fixer les jours de chacun. n’aurais-je pas pu l’en empêcher. Viviane me disait : . c’est le tourJB Ti-Jo. ce serait penser à mal. de tous mes enfants. Ce n’est pas bien. Il se raidit et ne veut rien écouter. mais ne ™ jamais plus loin. mon mari. elle est plus propre. C’est dur tout de même d’avoir une télé chez soi et de devoir attendre son fils jusqu’à 11 heures du soir car il est parti regarder son film chez les autres. on pose des interdictions. Rémi est son camarade d’école. quand j’ai vraiment besoin de lui pour une autre ch çw à moi. Il préfère rejoindre ses amis et regarder la télé avec d’autres enfants. je préfère ça. alors il a son to u ïH vaisselle. Je supporte très difficilement J me dis et je lui dis que. J Ê Quand l’emploi du temps de Viviane a changé. vraiment solide. Ah non! Peut-être. la vaisselle! Il est solide ce gamin. c’est mon travail. Marc les a réparties entre V ivian et José. c’est voSm qui me l’avez donné. ça ne devrait pas me poser | j | problème. mais on ne peut empêcher une fille de dix-neuf ans d’aller regarder la télé à deux maisons de là. il 3 fait que hocher la tête en ayant l’air de dire « cause toujours j comme si j ’avais déjà trop parlé. mais j ’ai plutôt honte de mes plats et de mes can ^H Pour laver. SiJ9 rentre avant José. mais je la laissais aller. J’ai été élevée dans la clarté et la vérité. A un certain âge. C’est une heure tardive pour un jeune garçon.

mais quand vous avez fait cuire des haricots rouges.. on devrait s’y mirer! Viviane. il faut frotter.astiquer. souvent. et la vaisselle retombe sur moi.. Celui-ci. a un empêchement. Et le cul de mes canaris. Que de problèmes dans une maison! Il faut savoir faire glisser sa barque sur les eaux de la vie. . Zip! un petit coup de Jex. quelquefois. elle doit négocier un arrangement avec José. ne respecte pas les conditions. ça attache.

faire la cuisine. finit tragiquement. Mon mari m’en a tant fait voir. s’accepter l’un l’autre naturellement. il te poursuis pour te séduire que tu peux découvrir qui il est. Ça n’a rien à voir avec l’amour. n’était plus le même homme. parler. tu subis. accepter de te laisser monter quand l’envie lui en prend. Tu as des enfants. l’amour peut renaître. Parfois. il. ça tournait au vinaigre. déjà femme. un bal masqué qui. il est le Bon Dieu. Un jour. parfois. tu sens que tu vis dans une maison. «Sa té ka siri». on bari boutèy krazé Le mariage? Une remorque de misères. à qui tu as affaire. et rien m s’améliore. S’aimer. quand il m’épousa après notre sixième enfant. comme chez moi. m’a tellement dégoûtée. es là pour t’occuper d’eux. il se dévoile. nettoyer la maison. l’homme. Tu es là. . Celui qui prétend le contraire est parfait. Au bout de quelques années de vie en ménage avec Joseph. Qui peut me montrer o est écrit qu’un homme peut avoir plusieurs femmes? La loi . après avoir diminué. c’est désirer. Ton amour change selon ce' que tu trouves devant toi. Chapitre X Mayé? On ralé mizè. ni quand. tu supportes tout. Personne ne me fera croire que l’amour ne rétrécit pas. qu’il n’y a plus entre nous de repris? d’amour possible. Aussi. Lorsqu’il vit avec toi. je n’étais pas tellement enthousiaste. femme. alors. 1 un baril plein de tessons de bouteilles Ce n’est pas quand un homme vient te visiter chez papa-' maman pour faire sa cour. et qu’il n’y a plus rien entre vous. Pour qu’il puisse renaître. le mariage! Un baril de tessons de bouteilles dans lequel la femme est piégée et se blesse à tous 1# coups. 1 Quel sac d’embrouilles. avec monsieur. toi. discuter peur dès qu’un problème se présente. le dégoût ne doit pas avoir pris sa place.

jon peut toujours les sortir après -. plus il te persécute. en donne une seule. Elles supportent tout et ne vont rien raconter à personne. Les Nègres. d’autres se ! rongent en dedans. Je dis ce que je dis. mais. De toute façon. elles vous disent le lendemain en montrant leurs r bosses : «Je suis tombée. me ■JÉyorer. ta famille. r Un jour. Blanc . Je suis 191 .. j ’aurais pu dire. ma femme par-là. dès le lendemain matin. c’est ma femme par-ci. chacun rend fâ l’autre ses misères. Au contraire. quand tes ■ p i s sont là. ■ tiéun homme n’a de meilleure femme que toi. Certains ont une façon de vivre libre. Ce sont des bêtises. foutre des coups à sa femme blanche. dès leur départ. un homme est un homme. plutôt une façon de vivre. Pas même un comportement. toutes les catégories d’hommes se disputent et se bagarrent. et toi. M Je ne supporte pas les hypocrites. Ah! quand on est en société. en général. Alors. J’ai vu. Pourquoi irais-je cacher les abomi­ nations de mon mari. Nègres. je ne veux ■ p us que tu me félicites devant les gens pour. c’est l’égalité. Certains racontent que chez les Blancs ça ne se passe pas comme dans les ménages de Nègres. pourquoi toujours affirmer que les Blancs sont ci. à Prise-d’Eau. Tout cela sème le trouble dans les foyers. En Guadeloupe. plus il a de femmes dehors. un homme devrait respecter la femme qui tient son foyer.il y a des choses qu’il faut garder pour soi. » Pourquoi toutes ces cachotteries? : Moi. ' Battues le soir.. je la gmontre à tous. Si on regarde bien. un monsieur blanc . ou noir. Rqu’est-ce que tu me donnes en retour? Tu me fais du tort. Mais je suis là à t’aimer. Ce n’est pas une affaire de race. si lorsqu’il m’offre une armoire. I Cest vrai. les Nègres Sont ça? Toujours Nègres. un seul homme ne se gêne pas pour avoir jusqu’à cinq femmes! Ça les arrange. je lui ai fait la remarque : r£ “ ® je te faisais des méchancetés. et chaque homme a un ■comportement à lui. Nègres. ne sont pas les plus mauvais. tu ■cherches à m’humilier. comme il y a plus de femmes que d’hommes. Les gens ne réfléchissent pas et disent n’importe quoi. Je connais des femmes qu’on assassine à la maison. je ne ferais pas une chose pareille ! Je ne mets pas tout sur la place du marché . Non. j ’aime raconter. marié ou en ménage. quand il y gavait des histoires à la maison. j ’ouvrais gueule toute grande.

Ah! ma pauvre. .. ton cœur te fait mal. Si celui-ci prend une autre j femme. Alors.La ou sôti la. wM Certaines femmes rendent coup pour coup: tu prends J 192 . tu deviens comme un bébé devant eux. Le ver est! dans la prune-mombin et va agrandir son trou. par malheur. sa peine est encore plus forte.une femme libre. Joseph était sur I Fernande. tu dois être sûre. ce matin. on t'a renvoyé moi. on ne vowqj| ban mwen. ils ne s’embêtaient pas. Ils te mangent ta volonté. elle ne peut pas être d’accord. chérissant sa liberté. de dominos. JŒ l’accueilles avec ces mots que disent toutes les épouses : 11 . dans les fonds.- à la source des embrouilles. Toute femme aime son mari.. tout accepter sans se battre? C’est j ça. ne pas déclencher le scandai® dès qu’une « amie » vient t’avertir que ton mari a une maîtresdj Déjà. plus de toi. sé voyé yo voyé ou . Une - femme devrait tout supporter. quand j’allais travailler. l’argent que le monsieur rapporte à la maisonî est maigre. à ne pas chercher d’histoires. Et pall moyen de causer. qu’il revienne! d’une partie de dés. qu’il faut affronter : * . tu souffres..L à d'où tu viens. ne peut s’ouvrir à personne de sa honte. iis sont! contents. elle ne sait pas se maîtriser. ou de chez une femme... tous les hommes n’introduisent pas du désordre dans? leur ménage. ta fierté. Dans nos disputes. ton mari sortait de chez la Suzelle. la « dévoration » des hommes. et personne ne m’empê­ chera d’être libre. j . Bien sûr.. et il ne faut pas tout leur mettre sur le dos et rien sur’ le nôtre à nous. Quand. je résistais. Joseph devenait enragé. on trouve une femme que le mari ai dehors. Cette petite phrase. Toutes ces paroles qui montent et descendent. ils sont les maîtres. le bâton se m e® parler français et les tôles à chanter. tu as du mal à faire marcher le ménage. quand tu n’en peux plus. 1 Tu as de l’amour pour ton mari. avant le lever du soleil. Pourtant.J’ai vu ton mari hier soir avec Armandia. Jj Avant de réagir. C’est une question d’honneur pour moi.Près du manguier. tu as intérêt® tenir ta bouche fermée. les femmes. les hommes ne peuvent la supportera® « d ’où tu viens» suffit à déchaîner l’orage. plus souvent que rarement. Là.

Mon nom traîne les rues et les chemins de terre. si le cœur m’en dit. En fait. Cet Hpuieur du nom pousse les hommes mariés à divorcer à la ■oindre anicroche. à enlever leur nom à la femme. je prends un homme. mon pmari parle de moi avec respect : | ~ Je suis certain que ma femme n’a pas eu d’autre homme. un homme peut avoir cinquante femmes. M. ce n’est pas lui que tu Mçshonores. faire comme lui. surtout pour Bpaucun enfant mâle ne puisse le porter. et qui se vexe si sa femme prend un autre pomme. ayant B p enfant avec un autre homme que leur mari. F Et voilà. Fouyapen. pendant qu’il ' mène cette vie sale. Dans un village. C’est lui qui brise le ménage. Encore aujourd’hui. se débrouillent pour sortir de ce « manjé- kochon ». Moi. en découvrant que leur femme leur fait porter ce que les bœufs portent. Dans ce genre de vie. ligotée. de bôbô * sans pour cela la haïr. Iqu’aucun autre ne l’a chevauchée après moi. déshonoré. il croit t’avoir achetée. et supportent la situation. D’autres traitent la femme de salope. vont le déclarer ■ p s leur nom de jeune fille. B . ■Personnellement. il n’admettra jamais que sa femme fasse comme lui. non. On rencontre toutes sortes d’hommes. » En ■ppousant. petits plats. Il f se sentirait dégradé. Ylan-Ylan. « mofouazé » (métamorpho­ s e ) en lui-même. Mais arrive un moment où le mari ouvre les yeux. je serais gênée. Certains. je suis d’accord avec les femmes qui. ils l’apprendraient un jour. et tout et tout. Et le respect dû à mes enfants! Même si j’arrivais à me cacher d’eux. Même s’il vit ailleurs. Je ne suis pas du tout d’accord avec ces femmes. Une de mes nièces par alliance ne tituée. suis ici. M"* Fouya- Kipn est avec M. Mais. séparé depuis longtemps. il ne m u t supporter d’entendre : « La femme de X vit avec Y. qu’on se sépare. 193 . Que p K -o n dire de la famille Fouyapen? B p f n’en finissent pas de dévider toute leur génération. Ht plus elles ont d’hommes au-dehors. Une fois séparés. je peux chercher un compagnon. qui p a dormir dehors. femme. Tu n’es plus toi. plus elles cajolent celui du dedans : caresses. les langues marchent vite et les oreilles ■sont toujours déployées en trompette. c’est son nom. Si l’homme a une maîtresse qu’il ne veut pas quitter. voler celles pies autres.

Ce n’est pas par rapport à toi que je ne vais pas courir J’aurais pu faire n’importe quoi de mon corps. 11 faut être fort dans cette société pour ne pas mdW devant l’envie. Elles expliquent souvent ça en se plaignant des insuffisances de leur mari.J’ai du respect pour moi-même. voilà une bien chaude' lapine. Je ne suis paSS moins femme qu’une autre. on lui en demanda la raison : j . Ne j » vendre son corps pour se procurer de belles choses. A-t-elle le sang trop chaud? Désire-t-elle celui-ci et pas celui-là? Ces affaires sont bien compliquées et pleines de coins et de recoins. J ’en connais une. Je ne suis pas passée par là. J » Une de mes amies est venue me raconter une triste h t s l » arrivée à sa fille.. m En revanche il y a des femmes qui affirment : 3 . vendre sa viande. mais elle n’en veut pas et va courir ailleurs. Ces femmes-là vendent leur viande parce que leurs mm Ë ne peuvent pas leur donner tout ce qu’elles désirent. J | Je ne sais pas trop. Un véritable marché a f j corps. je suis mariée. de l’aigêm Comme on dit ici. répondit-elle. c’est pourquoi je ne donne pas son nom à l’enfant. il pourrait même trop.J’ai peur du monsieur.* respecter pour elle-même. Depuis longtemps. me permettre d’en parler à fond.. Quelles tentations quand tu vas à P o in te-à-P jj que tu vois tant de choses dont tu as besoin. D’autant plus que les intéressées ne s’étendent pas trop sur leurs expériences. mais je sens qu’une femme doit s’a im e r. Un iéfrigérijÉjH neuf pour remplacer ton vieux qui tombe tout le temps en p à | » par exemple. Elle n’aimait pas cet h°*SjJB et ne voulait pas coucher avec lui. Elle n’était pas encore divorcée qu’elle eut un enfant. je ne peux . à j elle. Vrai? Pas vrai? Je ne peux rien dire. un bougre lui courait a p f |» lui promettait monts et merveilles. A la mairie. c’est une question d’honneur. des meubles..si je suis mariée avec quelqu’un. il y a aussi des femmes qui ne peuvent voir un homme sans lui sauter dessus. Ils se sont séparés.. j ’ai du respect pour m sj enfants. E lle s * vendent pour acheter des voitures. des vêteme n * des bêtises. ce n’est pas son mari qui ne peut pas. Pour dire vrai. J’ai toujours dit à Joseph : J . par exemple. Elle lui donna son nom. Elle a eu des malheurs e t » 194 . Une seule chose^ on constate: cette femme est chaude. mais j ’aime mon corps.s’entendait plus avec son mari. j Moi.

Mais avec d’autres femmes à l’extérieur. au bal. et même si tu sais. tu ne peux pas intervenir. On ne peut guère faire confiance aux hommes. 195 . C’est normal.. j ’étais à la Boucan : des amis. en plus. les choses restent cachées. qui avait continué à la suivre en secret. finis les mensonges. ma belle. jouer dominos. gfis dans une bordée. L’important. Si Joseph avait vécu en vraie vérité avec moi. tu ne le sauras jamais. mais comment je me ^brouille pour gagner de l’argent en plus pour entretenir mes "îtresses. je ne suis pas rentré hier soir. Le monsieur. puisque l’homme doit jouer à 'he-cache. peut-être. D lui dit : . il peut sortir. » Quelle ne fut pas sa surprise déçue quand. c’est la confiance : kontré. Une nuit. après l’avoir prise. inachevées. t’explique : Léonora. qu’est-ce qu’elle a pleuré! Et regretté d’avoir cédé comme ça. nous nous mines trouvés pris. manti fini Quand les yeux se rencontrent. Vivre. en pensant : « Depuis le temps qu'il me poursuit. . comment allons-nous faire pour joindre les deux bouts? Je gagne tant. surtout en ce qui concerne 1argent. mais tout le :-de voit qu’il dort chez toi. tu ne peux rien dire. pour une mortalité. Quand.Nous avons eu tous les deux du plaisir. organiser toute une maffia pour s’en sortir : . il me donnera sûrement “ un bon petit de quoi” . la vérité ne peut pas ister dans un foyer. Un homme a le droit de pauser. h est pas obligé de te faire l’amour tous les soirs. il peut même lier de rentrer. tombée dans une vraie misère.. il aurait dit : . n’est-ce pas ça dont nous avions besoin? La malheureuse. aller au pour assister à un combat de coqs. lui fit à nouveau des offres. à un léwoz. Nous n’avons pas vu passer l’heure.. pourvu qu’il t’en parle. ça n’a pas d’importance. mettons tant de côté pour les coups durs.. Le samedi. secrètes. c est avoir un mari qui rentre normalement à la maison. Elle céda pour sortir du trou. Tu ne sais pas tout.: *: Je t’apporte toute ma quinzaine. . Léonora. les relations entre le bougre et toi prennent l’eau comme une vieille barge au fond percé toujours prête à chavirer.Voilà. le type ne lui donna pas un centime.

de « l’eau d’alliance » ou de la lotion « maîtresse des hommes ». Femme. Si c’est l’homme. Il avait non seulement des femmes dehors. Il savait conduire son corps lui-même. de plaisir. cette vid d’amour et d’entente. Depuis le matin. ce sont des bains défatigants. tout le foyer est bouleversé. plus nombreux quel ceux qui marchent droit. c’est un seul monter et descendre dans la maison. de bois d’Inde qui sent si bon. Quand le mari sort du travail. ne buvant pas ce qu’il savait lui faire du mal. mes yeux et les yeux de Joseph ne se sont plus. . Certains traitent ces bains de feuilles de « bains de sorcières ». quelques gouttes d’alcali. t’apporte sa quinzaine. Tu peux ajouter du sel. ils sont nombreux. enfants sont aux abois. montre une vie de foyer et d’amour. eux. Ceux dont le ménage e$É bancal. tu as fais chauffer au soleil une bassine d’eau. pour moi. Je n’ai jamais mis dans les bains de Joseph du « viens à moi ». te donne les alloca­ tions. Le mari de ma sœur Lélina. Tu as écrasé dedans des roses-cayenne. un jour. prend soin d’elle comme d’un bébé. il faut le remettre sur pied pour qu’il reparte. tu es là à l’attendre. la rentrée scolaire approche. Et puis. Par exemple. l’homme court l’emmener chez le médecin. c’est lui montrer qu’on l’aime. mais Joseph était un mauvais malade. ne sont heureux que lorsqu’ils ont réussfj 196 . et. « é ni on latilyé ». voilà un homme qu’on pouvait remettre debout. Une preuve d’amour aussi est de bien traiter sa famille quand elle vient le visiter. prête à le recevoir. Et il en fait de même pour la tienne. même si l’homme cultive ailleurs une autre fleur. Tu lui as préparé son «bain de feuillages». Voilà tout ce qui. Tant que la parole n’est pas morte entre un mari et sa femme. rencontrés. quand un problème se présente. des feuilles de corrossol. Les préparer pour son mari. Ils étaient jaloux. Pour moi. les femmes ont toujours été présentes pour soigner leurs hommes. le ménage marche. Ils n’avaient jamais connu. C’est le mari qui gagne le pain du ménage. vous vous asseyez pour réfléchir : comment faire face et réussir à envoyer tous les enfants à l’école? Si la femme est malade. Dans ma famille. prenant sans rechigner les remèdes préparés par sa femme. mais des : amis qui surveillaient l’évolution de notre ménage et le pous-i saient à la détruire. vous vous consultez et décidez ensemble. de contentement. J’ai vécu ces années d’accord. L’homme travaille.

ces «bons amis». On sent qui dirige. sans sa famille. qui tient le gui­ don. Nous avions un foyer..Ce soir nous sortons. n’avait jamais fait à ma mère un tel affront : aller dormir. Je fus bien obligée d’ouvrir les yeux. Cette fille était mariée. elle sait mener sa maison. Joseph avait engagé une w femme pour être présente à mes côtés. laver. Demande à ta femme la permission de nous accompagner. plus de causerie. w Son mari vint à mourir.Mes amis disent que tu me gouvernes. Il faisait bien une petite ^ échappée de temps en temps. ça passait inaperçu.. = à un mariage. Plus grave encore. Le bruit avait commencé à courir qu’elle couchait avec Joseph. s’occuper w d e tout dans la maison. il m’a menacée : . et son mari. Ils commencent par dire au • mari : . gare à toi! A partir de ce moment.Ta femme est une maîtresse femme. à briser. Ils essaient de le ridiculiser : . Joseph avait toujours eu des femmes dehors. je n’étais pas préparée à une telle situation. Sa maison devint libre et Joseph sauta y sur l’occasion pour aller dormir chez elle. Si tu as peur. elle ne viendra plus.Tu as introduit quelqu’un dans notre maison. Ainsi ont-ils fait avec Joseph. me disant qu’il allait à une veillée. nous donnions ensemble. H f Cest tout ce qu’il a trouvé à me répondre. B j . repasser. et à ne rentrer que le lendemain matin. mais. ■ r ' Depuis longtemps les langues marchaient dans le secteur : nous 197 . B Quand j ’étais tellement malade. à défoncer celui des autres. Il ne rentrait qu’au matin. j ’irai à ta place. Dormir dehors! Je ne sais comment font les autres femmes pour le supporter. en semaine. soi-disant • p o u r m’aider. prendre soin du ménage. et peut-être avait-il # passé cette nuit-là chez une femme. Plus de discussion. Résultat. moi. Mon père. c’était des coups de sabre dans l’eau. mais il ne découchait pas B vraiment. un homme pourtant dur et autoritaire. piqué au vif dans son orgueil. Je n’y croyais pas.Si tu le veux. et tu es avec cette Hÿersonne! ■ F ’ . il s’est mis à sortir le soir. il ne faisait qu’entrer et sortir de la maison. sous un autre toit.

justement. il voulait me faire l’amour. 198 . vivre une telle situation? Non et non. j ’étai| obligée d’y passer. Que les hommes sont durs! Heureusement. se fermait. » ] Puis Joseph me laissa seule la nuit. de ne pas cherchll d’histoires. il ne me restait que la séparation ou la mort. je mJ trouvais par terre. Là. je fus vraiment « dékalé ».étions deux konbôch *. De temps en temps. parfois Joseph repartait tout saoul chez la fille.. H * Femme en rivalité sexuelle avec une autre. accepter un homme dans cet état. Une malheureuse comme moi. Je me répétais .. ces cancaniers voient que je m’entends bien avec Artémise.Joseph.*® Avec elle. Je n’y prenais aucun plaisir. souvent saoul. ils sonl jaloux. donnant mille petites excuses : j . « Ces mauvais esprits.' nous. raide. Être jeune et sentir mourir son corps. Artémiz é misyé Jozèf. Tout mon- corps se révoltait. en pleine forme. je suis fatiguée. A peine avais-je ouvert la bouche. demain. des paroles M « comprendre si tu veux » : m . zafè a yo Entre Artémise et Joseph. On parle de fc maigres « comme des chattes à Konbôch ». L’amour n’étail plus là entre nous. qui? a déjà fait tant d’enfants. nous nous partagions Joseph. jetée du lit par un coup de pied.. raide. tout ce qui me maintenait encore debout dans mon malheur. et on chantait : . Quand je m|| refusais ainsi. Ils nous font bien déguster et puis s’en vont. Je lui lançais bien quelques piques. :m Que sais-je encore. nous laissant là. ça y va ka mâché rèd. on dirait qu’ils meurent plus tôt que les femmes. je perdis mon équilibre. 1 J’essayais de l’amadouer. Au train où Joseph me menait.Ah là là! ces femmes «couteaux à deux lames» qui voiij cajolent d’une main et vous tuent de l’autre en prenant votnl mari. femmes.. pis. j ’essayais de rester calme. quel calvaire! Il ne rentrait qu’au petit jour. que Joseph l'a fait sortit des champs de canne et la paye pour être à mon service. c’était comme un meurtre d’amour. rèd.. il me faut être debout avant que le jour séi lève. J’étais peut-être la seule à n’avoir pas encore fourré ça dans ma tête.. Il me répugnait et.1 à ces moments.

je suis capable de lancer de pleins paniers de très belles injures. essaie de garder ton sang-froid. me vexer. plus je criais. ne t’occupe pas de lui. Je ne m’en privais pas. Je ne pouvais pas. plus je me fâchais. II refusait de discuter. n’essayait pas de se réconcilier avec moi.C’est un thé qu’Artémise lui a fait boire. Elle se parfume sûrement avec la lotion « viens à moi »...Mais non. On me disait aussi : . j ’envoyais mes coups de langue. Quand il rentre.. 'rends-m oi m on m ari An ké pwan pannyé kobèy an Je prendrai m on panier-corbeille ‘-mwen lisya A dalisya ké dcsann Bémaho Je descendrai à Baie-M ahault isya Adalisya ké alé aka an gadèdzafe J 'ira i chez un gadèdzajè Adalisya ké alé aka man Rovélas J ’irai chez M a n Rovélas isya A dalisya ka di-ou. ni à la chanson que chantait Anmann : Tu m ’as pris mon mari.. Quand je suis énervée. Je ne pouvais accueillir Joseph par des coups de bâton. pas du tout comme moi. tu m e rendras mon iwen m ari isya A dalisya Rovélas gadé pou mwen M a n Rovélas a regardé mes affaires sya A dalisya sôti aka man Rovélas Je su is sortie de chez M a n Rovélas sya A dalisya 199 . Joseph est un homme très calme. J’ai le sang chaud. tu m e le rendras grâce à deux sous de précipité. Une de mes amies me conseillait : . tiens son linge prêt. ne lui dis rien. même pour tenter de le reconquérir. Tu dois aller consulter si tu veux récupérer ton homme. C’est à Joseph que j’en voulais. Jamais elle ne m’a répondu ni fait quoi que ce soit pour m’attaquer. ne reconnaissait pas ses torts. Pour rien. et repartait le lendemain soir coucher chez sa bourelle. Léonora.Adalisya. -Adalisya ban mari an mwen . ' Je ne crois pas à ces « yo yo di ». je ne pouvais vraiment pas. ou ké ban mari an Je te le dis. Donne-lui son café. Plus il découchait.

Adalisya Adalisya Mari an ka pilé Adalisya M o n m ari pile Adalisya Adalisya Adalisya * Bâton lélé. J ’ai acheté quatre sous de «re­ vint viens-moi » Adalisya Adalisya An mété tousa an kannari la J 'a i tout m is dans le canari Adalisya Adalisya Mwen alé anba plas mâché Je suis allée sur la place du mar­ ché Adalisya Adalisya Mwen achté on bâton lélé J 'a i acheté un bâton lélé * Adalisya Adalisya Mwen désann akaz an mwen Je suis redescendue chez moi Adalisya Adalisya An pwan bâton lélé an mwen J ’a i pris m on bâton lélé A dalisya Adalisya ---------- Mwen mété mwen a lélé kannari J ’a i touillé dans le canari ht . J ’a i entendu « bim. Adalisya Adalisya Mwen alé adan on boutik grési Je suis allée dans une épicerie Adalisya Adalisya ---------------^ . ou bois-lélé. touiller un liquide. bim. bim » bim! » . .Mwen pwan chimen Dèstélan J 'a i pris la route de Destréllan Adalisya Adalisya Mwen désann an vil Pouentapit Je suis descendue à Pointe-à- Pitre Adalisya Adalisya Mwen antre adan on kenkalri Je su is entrée dans une quincaille­ rie Adalisya Adalisya Mwen achté on kannari J ’ai acheté un canari .. j F» Mwen gannyé toua chandèl pou J 'a i acheté trois chandelles poür dé sou deux sous Adalisya Adalisya Mwen mété tousa an kannari la J ’ai tout m is dans le canari Adalisya Adalisya Mwen alé adan yon formasi Je suis allée dans une pharmacie Adalisya Adalisya An gannyé kat sou présipité J ’ai acheté quatre sous de préci­ pité Adalisya A dalisya Mwen gannyé kat sou menné. bim. Adalisya Adalisya Mwen ka antann «bim. bout de bois du cacaoyer dont l'extrémité i trident est utilisée pour « lélé ». .

rester trois. l’amour s’en va et le dégoût prend sa place. Alors. au matin. Où aller? Chez une parente? Même si elle te reçoit bien. tu peux te réfugier chez ta sœur. tu es toujours occupée par les travaux de la maison. à la dérive. Toi. » Abandonnée. il y a des femmes qui savent accrocher un homme et se le garder. pas gênante. partir.Il ne pouira pas s’en délivrer. boire. tout ce qu’il fait. mais t’installer pour de bon dans son foyer. vient le jour où tu te dis : « Je dois partir. ou ké ban mari an Je te le dis. tu as tes enfants. A un moment. Bien sûr. An ka tann «anmwé! Alasa. Comment payer la location d’une case? Avec quoi 201 .Tu n as pas de toit> pas de travail. c’est de te prendre à la va-vite quand l’envie lui en vient. malgré la fatigue. Alors au fil des jours. tu me rendras mon mwen mari Adalisya Adalisya Obou toua jou mari an mwen Au bout de trois jours. avant de quitter ta maison. le café n’est pas déjà là. chercher un endroit où je puisse vivre. et une charretée d’enfants. Le sentiment de ces voleuses d’hommes-pour ton mari est bien différent du tien. J’entends «A moi! A l’assas- sen!» sin!» Adalisya Adalisya An ka di-ou. mon mari vmi est revenu Adalisya Adalisya Dès qu’un homme commence à négliger son foyer pour fréquenter assidûment une autre femme. dedans. Il dort dehors. Le soir. dormir. Ton homme se trouve pris en elle. si elle fait tout pour que tu te sentes à l’aise. Elles font l’amour avec lui comme jamais toi tu ne le feras. te confier. Cette femme Ta bellement ligoté. tu ' pourrais être disponible. quatre jours à manger. on accuse la sorcelle­ rie: . des années. Elle couche avec lui dans toutes sortes de positions. il te faut réfléchir profondé- . à l’attendre. tout chaud.ent. n’en pouvant plus. même à midi! Toujours prête. à leur manière. non. j ’ai voulu boucler ma mallette. mais là. « magoté » dans un gros concombre. à n’importe quelle heure. seulement. à subir sa grogne quand. Tu vas lui parler. et toi tu es là. à manger ton oreiller la nuit.

Déjà. après mon premier ménage. Il faut organiser son départ. pas du tout du tout. quand je jette un œil amer sur ma vie. Si je m’en délivrais. je sens qu’il voudrait bien faire la reprise.acheter le pain. ce n’est vraiment pas cette idée que j’avais en tête. je ne ferais pas une troisième tournée. le riz? Prendre un autre homme? Après avoir tant enduré. mais quand le dégoût a pris la place de l’amour. je découvre que j ’ai bien fait de ne pas céder à cette envie de partir. l’huile. je ne voulais pas rentrer sous un autre homme. . J’avais quand même accepté Joseph. Maintenant. il n’y a plus de reprise possible. Ce que Joseph n’a pas su faire quand il m’a quittée. Car c’est lui qui m’a quittée. Aujourd’hui.

Dans le temps. Chacun venait pour ses petites affaires : demander à Jésus dé Nazareth de lui délier les pieds attachés par le pouvoir d’un ennemi. en l’église de Saint-Louis de la ville de Basseterre. Chapitre XI Pawôl a Jézikri vin fe kô èvè vi an mwen L ’Êvangile entre dans ma vie Vous remontre le procureur en ladite île qu’il m ’est parvenu par la rumeur publique que Dimanche dernier. les Noirs se révoltent contre les Blancs et en cela vengent Dieu. les choses ont changé. Depuis rarrivée du père Céleste. aurait monté en chaire et prêché. en se servant des passages les plus saints et les plus sacrés de la religion. prononcés dans la chaire de vérité par un religieux en qui les esclaves mettent toute leur confiance. Mgr Oually. quand nous allions à la messe. jésuite. n'inspirent à ces mêmes esclaves des sentiments de révolte et de sédition contre leurs maîtres. paroisse des esclaves. lors de la première messe. ou même invoquer tel saint pour que malheur arrive au voisin. 8 mai 1733. avait réoiga- 203 . et en fait il n’y a pas si longtemps. remercier pour une grâce obtenue. il aurait prononcé ces paroles : « Que les hommes se révoltent contre Dieu. Lettre du procureur de la Guadeloupe au juge de l’île. le premier évêque noir de la Guadeloupe. Qu’il est à craindre que ces discours. Qu’ayant fait rouler sa prédication sur l’invention de la Sainte Croix. environ les dix heures du matin. Marée. le P. et que le temps n’est pas loin ». le prêtre parlait tout seul.

i Montagne.: et la seule chose que nous ayons obtenue de monseigneur. on l’avait envoyé à Sainte-Rose. Céleste était aumônier d’un mouvement de jeunes.C’est un prophète qu’on nous a envoyé! Nous connaissions la parole des prophètes. mais ça n’a pas marché. car à ce moment le créole n’était ] pas encore entré dans l’Église . Notre secteur s’est trouvé comprendre le : Lamentin. réveillez-vous. le M. et chaque i secteur devait en faire un compte rendu. et il n’y a plus de jeunes pour1 faire ce métier. à cet endroit. le centre. le père Céleste l’a tout de suite choisie pour y dire la i messe.R.en français. Seul notre secteur 1 fonctionne. : nous disions : j . c’est un ordre. il faut aimer Dieu. Sur le chemin. le Lamentin aussi. 1 D’autres secteurs étaient prévus pour toute la Guadeloupe. Les gens croyaient’ entendre Jésus-Christ. Baie-Mahault avait son prêtre. Il faut aimer Dieu.ne ressemblait pas à ce que nous avions entendu. aussi. je ne peux pasl 204 .C Nous l’avions déjà vu dans des groupes au Lamentin et à Grosse-Montagne. Et bientôt ce sera pis: ils: vieillissent. mais pas du tout. et celui de Cadet.nisé le pays en secteurs. Pourquoi? A cause du manque de prêtres. peut-être parce que là habitait une famille^ toujours très active à l’église. quand nous nous en retournions. Paul a dit cela.Paul a dit ceci. Cadet. mais un secteur. C’est tout \ de même une force pour nous. Il prêchait contre la rancune. Donc.. Le père Céleste nous a rapidement étonnés : sa façon de dire la messe. Cette petite chapelle près de l’usine de Grosse. on manquait de prêtres. et cette même' parole. partent à la retraite. puis Baie-Mahault. nous la retrouvions dans sa bouche. mais il i est parti. du I dehors. les chapelles de ! Grosse-Montagne et de Castel. Un plan était organisé. Les autres prêtres ne nous aiment pas. c’est un travail. d’accord. il y a beaucoup de jeunes et. Et qu’est-ce qu’on nous critique! Du dedans. Peut-être parce que. la vengeance. une grande commune. si c’est ta croyance.J. c’est j qu’il n’ait jamais dit que notre travail n’était pas bon. L’évêque rêvait d’une 1 sorte de fédération. de prêcher . j Sa prédication n’était pas une prédication en l’air comme celle] des prêtres qui vous rappellent : ] .. et ça au moment de l’arrivée du i père Céleste.

De le voir pleurer comme ça nous a fait un drôle d’effet. mais ils étaient surpris et peut-être restaient là. mais pas tout le monde. sa demeure n’était pas encore « ornée ». à la messe. Un abbé. à nous pousser à de petites actions. quelque chose enfin pour qu’il puisse donner à cette famille de Grande-Terre. des ignames. elle invite chez 205 . Mais où se réunir? Ce n’est pas tout le monde qui pouvait ou voulait offrir sa maison. Que d’histoires! Pour l’une. c’est d’attirer la bénédiction sur son foyer. Un dimanche. pas assez belle. des patates douces. à calculer : que va dire le mari? me faudra-t-il acheter? Le père Céleste. Même si l’on appelle sa maison «tôl sanblé» (assemblage de tôles).. dans un petit trou de campagne. Nous nous sommes posé plein de questions. pleurer devant nous. sa prédication. Il nous apprenait à tout partager. les plus avancés. il nous a raconté qu’il avait vu. Une autre se moque de ça. il n’y avait même pas assez de chaises. toi. il nous a demandé si nous allions rester comme ça longtemps : il vient. nous parler si simplement. t’empêcher. entre eux. pour étudier la Bible. les gens aiment donner. et elle n’aurait pas aimé entendre : . et s’en va. Le groupe de . devait penser : pas un seul dans tout ce monde pour proposer même quelques bananes! Ça lui a fait de la peine et il s’est mis à pleurer. il s’est mis à pleurer. Si nous ne connaissons pas la Bible. seulement ceux qui voulaient faire un travail. de petites actions de partage.. des gens qui n’avaient rien à manger. Alors. Vous trouvez ça bien? Ne ' peut-on faire autre chose ensemble? Ceux qui sont décidés à aller plus loin pourraient se réunir par quartier.Nous avons fait une réunion chez Unetelle. à Anse-Bertrand. ce qui lui importe. Mais comment me faire aimer Dieu si tu me donnes un ordre et pas d’explications? Lui. C’était un homme comme nous. A vrai dire. nous ne pouvons vivre dignement. C’est ainsi qu’il a commencé avec nous. faisait sentir tous ces problèmes de croyance de manière différente et tu comprenais mieux. lui. Céleste. Grosse-Montagne a été le premier d’accord. alors! Tout a chaviré dans nos têtes. Quand il a vu que personne ne disait mot. disait-il. nous n’avions jamais vu ça. 11 nous a demandé si nous pouvions apporter des bananes vertes. d’y croire. Nous avons répondu oui. il dit sa messe. Très peu de temps après son arrivée dans la paroisse. Silence.

Quand on vient raconter des problème concernant. nous n’étions pas habitués à faire travailler nos cervelles. Et. deux o| trois d’entre nous prenaient la parole. comme maintenant. Chacun apportait à feuille. qui ses enfants. Les choses de la vie né sortaient pas encore. et. nous n’avons pas eu trop dfe problèmes. à cause d’une vieille fâcherie. la réponse à toutes les questions | trouvait dans le Livre. Les Alexis. qüîl sœur. propose une autre. mais d’autres q| vous font aller très loin. on se lâche encore plus. répondre al problèmes de notre vie en Guadeloupe. pourtant. on n’ose pas aller chercher un voisin. ne voulaient pas en sortir. Nous nous sommes tout naturellement retrouvés chez eux. Il y a des textes i l’Évangile qui ne parlent pas du tout de la vie. Si nous retrouvons toujours les mêmes personnes. qui son mari. la fille des Alexis : elle avait l’habitude. il n| avait pas à se tracasser. Nous devions comprendre ce qu’il y avait dans le texte pour répondre aux questions. et elle a fini avec ça. on n’avance pas. et beaucouj étaient heureux comme ça. dès le début. chacun apportait sa Bible. Mais peut-être est-elle fâchée avec ses voisins et ne peut les inviter. après. alors que celui-ci attend l’invitation. Pour notre première réunion. c’était difficile. Il fallait ouvrir sa Bibll regarder dans sa Bible. Quelquefois. les plus hardis. Céleste nous avait distribué des feuilles avec un texte de l’Évangile et des questions.elle la réunion. ils avaient offert leur maison pour tout ce qui concernait l’Église. Il nous fallait chercher. il devient vivant.Venez chez moi. réunion de quartier veut dire réunion avec les gens qui habitent auprès de vous. n’avaient pas la langue trop lourde en français! Surtout Adèle. D’après eux. qui soi-même. il entre dans| 206 . ■! Presque tout portait sur la Bible. Nous étions une trentaine. comra! institutrice. chercher dans sa Bible. étaient d’accord avec le père Céleste dès le début. Ils restaient accrochés à leur Bibll plongeaient dedans. Au début. ceux des alentours. Et. Au lieu de marcher vers une réconciliation. trois fois. et que nous essayons de les résoudre avec Jésus-Chra l’Évangile ne reste pas un livre. 1 Nous avions bientôt vu qu’il était difficile de ne pas s’écartl du texte si nous voulions étudier la réalité du pays. des «gens de bien» du coin. il va raconter « on ne m’a pas invité ». elle disparaît . ceux qdj comme moi.

elle [fréquente les réunions de la Bible. Quelquefois. mais les autres aussi. elle est complice de p a frère. je suis intervenue pour arrêter un scandale. nous avons tellement de choses à discuter que nous sommes encore là à minuit. obscur. connue pour être toujours en zizanie avec Pierre ou gPaul. Quand nous avons commencé. Comme ça pour rchaque groupe. f Le dimanche à la messe. sans être vraiment avec nous. Quand ça devient trop confus. Après. distribue la feuille. Nous venons chercher aide. et la vie jaillit.Vous voyez cette femme. que nous avons fait le tour des questions. il fait lire le texte et appelle les questions. Parfois. Quand tout le monde s’est exprimé. M Un jour. à Grosse-Montagne. p jn e femme. Nous avons bien pataugé. vie. B lP ai dit non : 207 . il y en | a qui exagèrent : ils ne viennent pas aux réunions mais pro­ fitent de toutes les discussions. il dit quelque chose. pour l’insulter : B k . ils écoutent C’est déjà un premier pas. [ C’est bien vrai. Tous doivent parler. Puis. le rapporteur du groupe prend la ^parole pour dire ce que nous avons trouvé. elle veut voler ma terre. Et nous avons commencé à [6 heures! [ Pawôl a Nèg pa ni bout. Celui-ci choisit un texte avec des questions. paroles sans ï fin. qu’elle soit verte ou mûre. elle a Bait irruption à la messe. nous faisons jaillir la vie. avait un différend avec son frère à propos d’une terre. l’animateur apporte son grain de sel.. eh bien.. Paroles deNègres. Parfois. tout le monde peut parler. nous bouclons le sac et terminons par des chants ou des prières sortis de nous-mêmes. soutien. Lors de la réunion. de tous les problèmes soulevés fdans les réunions de quartier pour lancer dans l’église même peurs histoires personnelles et insulter les animateurs. pom m e sa belle-sœur était maman-catéchiste et animatrice. Le rôle de l’animateur. à l’église. ce n’était pas si clair pour tout le monde. elle fait l’instruction religieuse. dans notre vie. c’est de faire sortir la parole. Il est là pour faire participer tout un groupe. des gens viennent assister. certains ont été formés comme animateurs. Chacun apporte ce qu’il sait : que son mot soit clair.

prendre la parole au moment où le prêtre lit l’Évangile : . d’aller à l’église au bourg du Lamentin. jamais je n’ai vendu cette terre.Ce n’est pas vrai. appellent notre église l’église à scandales. Ces personnes n’ont aucun lien avec nous. qui en veut à sa voisine qui lui a refusé un franc ou un peu de nourriture : . j’ai été demander à ma voisine un petit pot de riz. -m Dans les réunions de quartier. elle ne m’a rien donné.Jésus-Christ dit : « Tu ne m’as pas donné à boire. ne connaissent pas la vie que nous menons. et. que vais-je devenir? i . Viens débattre de ton problème en réunion de quartier* ne porte pas le scandale dans l’église. l’ignoraient ouvraient tout grand les yeux et les oreilles. tous peuvent s’exprimer.. par exemple..Mon père. les gens parlent de « cancans ». ou à Capesterre.Ils m’ont vendu une terre.. longue. i On ne pouvait donner raison ni à l’un ni à l’autre. l’église à créoles.Ces paroles n’ont pas leur place à l’église. 3 Simplement parce que nous prenons la parole à l’église. maintenant. sans jamais avoir participé aux réunions. ce jour-là.. si tu viens ici avec tes histoires de terre. alors j qu’elles-mêmes viennent y mettre le désordre.. cette* femme l’occupe illégalement! i Un vrai remue-ménage à l’intérieur de l’église : ceux qui étaient au courant de l’affaire donnaient leurs commentaires. Et. en ■ créole. elles ne font que dire ! du mal de nous. On appelle déjà Grosse-Montagne l’église à cancans. et puis. qui prennent l’Évangile comme couverture? Vous ne pouvez pas vous permettre. une planche. pourtant. hier soir. I . ne nous aident pas. Doit-on accepter ces gens qui ne fréquentent l’église que quand ils ont un ennui à y apporter. . ils viennent arracher une tôle. ils veulent me la reprendre. les cancans ne sont pas prêts de finir. Jésus-Christ a dit aimez-vous les uns des autres. Les deux partis étaient présents et chacun racontait à sa manière. Au contraire. vous interpellez quelqu’un : . que nous essayons de partager nos difficultés de vie pour voir comment les résoudre. D’ailleurs. ceux qui. une nouvelle affaire de terre a surgi. LéI célébration fut longue.. Ils démontent ma maison sur moi! Chaque jour.As-tu aidé ta sœur comme le Christ le demande? Et une autre. quel sens aura cette parole? Aucun. tous* 208 . : Un dimanche. à la messe. » et vous.

Puisque tu es là. la personne visée. Les affaires de sorcellerie sont les plus dures à résoudre. ce qu’a fait Jésus-Christ. nous lui avons dit : . Un jour. de rester chez elle. nous avons aussitôt tendance à lui laisser la direction des opérations. beaucoup de choses restent cachées. expose son problème devant le groupe. J’ai expliqué ^comment et pourquoi je l’avais fait taire. que je n’étais pas d’accord du tout. s’est posé le problème de cette femme que j’avais interrompue à la messe. Étudier un texte d’Évangile. A l’une de ces réunions d’animateurs. ce ne sont pas les murs. enfin. chacun voulait prendre parti. de plus instruit que nous. voyez ce qu’elle lui fait! Les parents s’en sont mêlés. l’avait retourné. En Guadeloupe. et obtenir consolation. Céleste participe à nos réunions de quartier. c’est. J’étais d’accord avec lui. du tout. tout d’abord. je peux seulement vous apporter des éclaircissements. puisque c’est aujourd’hui que nous vivons. trouver ce que nous avons à faire aujourd’hui. de régler ses affaires ailleurs qu’à 'église. Elle avait soi-disant pris un balai. Quelquefois. ensuite. C’est d’après cette lecture que chacun donne son témoignage. mais jamais pour les diriger. Heureusement. La solution est souvent difficile à trouver car nous ne sommes pas encore assez sincères. chercher ce que le texte nous dit. L’église. leur peine. mène la discussion. n’a pas répondu. mis un chapeau sur la tête du balai et profitait d’une maladie de l’homme pour faire ses sortilèges et provoquer des crises de folie. soyez témoins de la méchanceté de cette femme. . c’est l’église de Jésus-Christ. Il y a bien 209 . pour moi. Elle a pu ensuite se réconcilier avec son voisin. qui était présente. avec qui elle était fâchée.Faites vos affaires vous-mêmes. avec ces gens qui viennent à l’église pour y apporter la discorde. nous avons une maladie : si nous faisons quelque chose et qu’apparaît quelqu’un d’important. c’est l’assemblée du pie. nous ne nous livrons pas tout entiers.Soyez témoins. aide. Au lieu de secourir son voisin malade. il faut la respecter. Il nous a répondu : . Une femme accusait sa voisine de rendre fou son mari. J’avais dit à cette femme de ne plus venir. peuvent porter leur souffrance.

n’y va pas. nous avons appris à animer une réunion. En refermant le livre. quelle que soit la personne qui vienne étaler ses histoires. j L’esprit de cette femme était déchiré. • Il n’est pas question de dire aux gens : « Ce que tu as dit là n’est pas bon». dans les réunions.. elle était obsédée. une dame nous a avoué combien elle avait lutté pouf ne pas aller voir un « machann kakoué » (guérisseur). et « N’y va pai! Vas-y» se battent dans ma tête. la prochaine fois. en même temps. Il dit : . il baissa la tête. jf lis les paroles qui me sont destinées. après avoir lu le texte. Pour celui-là. ou dans le quartier. Les uns prennent parti pour. Allez et ne péchez plus. Je crois en Jésus-Christ. laisser quelqu’un parler et ensuite demander la parole avant de la prendre. Pour un autre. Un soir.Il faut que je me déplace. comment partager. comment ne pas parler tous à la fois. j ’ai donc du respect pour son église.Que personne ne la condamne. c’est ça qui crée le scandale. je ne savais pas dialoguer. Il nous donna l’exemple de Marie-Madeleine : quand on amena Marie-Madeleine à Jésus-Christ pour qu’il la lapide. progressivement. c’est autre chose. j ’étais comme ça aussi. que j’aille consulter. Personne n’osa bouger. d’autres contre. demande de quelle manière if nous parle. il faudra la laisser parler sans l'interrompre. |j prends ma Bible. Ensuite. car c’est alors que la polémique s’installe.. je ferml les yeux et laisse mon pouce choisir la page. Je tombe malade. Moi. C’est ainsi que. avant de se baisser. ce que j’entends ici. à la fin. Non. Je reste poursuivie par cette idée. Ça mar­ chait très mal chez elle. Elle croyait que tou! 210 1 . La Bible ouverte. Mais. les esprits s’enflamment. Le père Pelage nous a expliqué que. : .. Je fais un signe de croix sur la tranche. qui vous étouffe. où l’on ne peut dire n’importe quoi. Ça peut être une histoire entre voisins. et. trouvez potir lui répondre une parole de Jésus-Christ. Lui couper la parole. me dit non. Un jour. i d’autres lieux aussi qu’on respecte. j ’interviens pour donner mon avis. il dit : .Que ceux qui n’ont pas de péché la lapident. et il nous le décrit. il se baissa et se mit à écrire par terre. Quand l’animateur. Une chose dont on a du mal à parler d’habitude. Laissez-la parler. je sui presque guérie. le texte évoque un problème qu’il a chez lui.

Elle pouvait même en mourir. Si elle était restée chez elle. elle a découvert que nous abordions ces problèmes que l’on cache d’ordinaire. alors. soit avec son mari. c’était l’épître. nous l’acceptions comme ça. Et. Il y a des gens qui se servent de la Bible pour faire toutes sortes de manigances. toi. surtout. mais beaucoup se contentaient d’écouter. un savoir qu’ils pour­ raient utiliser à leur manière. qu’il ne faut pas divulguer. Le dimanche. l’Évangile. tous mes enfants devaient aller à la esse. Une force faite de petits morceaux de force rajoutés. je passais cvant tous les saints. elle aurait toujours son problème dans la tête. pourtant. créer le désordre. mais nous a-t-elle aidés à Jevenir parfaits. et je ne veux même pas parler de la messe en latin. je les priais. mais en français. on aurait pu mourir « tèbè » (idiots). On lui avait expédié un esprit pour lui faire du mal.. de l’attention de tous au pro­ blème de chacun et. Mais quelle connaissance avions- nous de tout cela? Bien sûr. l’Église ne nous a jamais poussés au mal. puis on nous montrait ce que Dieu avait envoyé faire aux Apôtres et comment ils s’étaient divisés en plusieurs partis. Dans nos réunions de quartier. un missel. la poursui­ vre. Ils se sont vite aperçus qu’ils ne trouveraient pas ça chez nous. car s’il avait fallu continuer en latin. Quelques-uns même fréquentaient nos réunions pour essayer d’acquérir une connaissance. Et. de l’Évangile où nous cherchons ensemble. ceux qui avaient leur livre suivaient. on ne pouvait tout comprendre. ce n’est pas dans l’Évangile que vous trouverez ça. même si nous le voulions? Nous étions dans “e église. Le prêtre lisait une épître. rien de grave ne nous arrivait. pourtant. Comme j’allais à la messe. les prêtres lisaient comme ils le devaient. et. C’est peut-être pour empêcher ces pratiques qu’auparavant on n’avait pas le droit de posséder une Bible. Pour aller à la messe. comme tout le monde : 211 . Même avec un gros missel. Au contraire. tu suivais comme tu pouvais. On nous lisait d’abord l’Ancien Testament. étaient dus à la sorcellerie. soit avec un de ses enfants. mais seulement au Christ qui est à l’entrée de ise. J’avais des difficultés avec mon mari. Je savais qu’il ne fallait pas s’adresser à Lcun d’eux..les ennuis de son foyer. pas d’Évangile. cela nous donnait force pour résister.

. elle transmet à son fils. envoyez-moi la lumière. nous lui avons demandé poui quoi il provoquait ainsi la colère des Lamentinois. ça ne corn] pas. elle a dit à son fils : « Ils n’y a plus de vin. Il pleurait. .Ni moun ki di: ban yonn. elle aurait elle-même changé l’eau en vin.Grand saint Antoine.L ’abbé a été briser le Bon Dieu! . et il a commencé retirer la statue de saint Michel. donne2-. Nous. 1 éclairez-moi. il a voulu montrer qu’on ne pas adorer des images. Il nous répondu qu’un jour. sans s’arrêter ni 212 . Au Lamentin. Chérubin Céleste n’a jamais dit : « Les saints. I Après. ne m’apportait rien. on est venu nous expliquer que tout passe par Jésus- Christ. les gens se sont fâchés tout sec : . On peut demander quelque chose à la Sainte Vierge.Cet abbé est foui Ça ne se fait pas. La messe.. quand le père Céleste a enlevé les statues de l’église du bourg. mais' prêchaient pour eux seuls. «Pourquoi. tous leurs sermons coulaient sur m comme de l’eau sur une feuille de malanga. Vierge Marie. de l’Êglise. quand la Vierge a vu qu’il n’y avait plus de vin.Quelqu’un a dit. qu’i pied des statues on trouvait des lettres pleines de menaces où oi implorait Satan plutôt que Dieu. j’ai même cru qu’on lui faire du mal. que Lui seul est tout-puissant. accordez-moi ceci. il a surpris un garçon qui regardait la grande statue de saint Michel terrassant dragon..m’m un. mais j ’avais tellement 1 de difficultés.Labé la ay krazé Bondyé! . . et je croyais que la Vierge réglerait mes problèmes. . » Si elle avait été le maître. même Dieu fait atrocités aux Noirs? » Ça l’a bouleversé. en rentrant à l’église. On ne peut pas dire les prêtres ne vous parlaient pas de la foi. 1 Je ne les implorais pas pour faire le mal. Jusqu’à aujourd’hui. animateurs de quartier. certains lui en veulei encore. Pendant les noces de Cana. que le] fleurs placées sur l’autel disparaissaient sitôt la messe finie. disait-il.Labé la fou! Sa pa ka fêt. avant. » Mais quand il a vu qu’on avait volé le cierge pascal. J’ai eu très peur pour le père Céleste.

. vous êtes un saint et moi un pécheur.Mon Dieu. mais très peu. en public. mais avaient peur de parler d’eux-mêmes. mais je crois qu’ils répétaient derrière la petite fenêtre les mêmes « bwi-bwi » (fiitilités) qu’ils confessaient à tous. que quelqu’un lit et commente. je me suis dit. Ibrisez tous ses membres. les prêtres ne font plus leur petite messe comme autrefois. il pourra user avec moi.. 213 . faites éclater la foudre et déchaînez la -tempête et la discorde chez X. moi chrétienne. chacun dénonce ses péchés. c’est de toi qu’il s’agit. m’aider à y voir plus clair.. *pour aller tuer une poule noire dans un quatre-chemins? » r Diront-ils : « J’ai récité dehors. Ils nous expliquent. étaient sincères et disaient des choses vraies. je me suis disputée. Maintenant. Lorsque j’ai eu toutes ces difficultés ls mon foyer. plus nous comprenons. pénétrer. avouer : « Je me suis levée à 4 heures du matin. allons voir un prêtre.. je vous unvoque et vous prends pour mon singulier défenseur. Se confesser de cette manière. qu’ils l’ont injuriée? Oseront-ils . Certains. nous faisons la « célébration pénitentielle ». bouleversez |son esprit. Ainsi soit-il. tournez-moi sa tête. la célébration pénitentielle m’aide beaucoup plus e l’ancienne confession. A la place de la confession. et plus nous avançons dans la connaissance. Mais ça n’a pas marché pour tout le monde. chavirez. On choisit un texte sur le péché. plus nous grandissons. Ensuite. de ce que tu as fait. On ne trouvait rien à l’église pour nous aider à avancer. pour qu’il les conseille. je vous envoie chez X. la réconciliation. à midi. Ou bien ils parlaient de leur voisine. tu ne peux aller te confesser pour ta voisine! C’était une seule salade. » Pour moi. Dans notre secteur. qu’ils se sont fâchés avec leur voisine. vous qui avez le pouvoir de ^bouleverser la terre. partez. il y a un enrichissement de la foi. «O grand saint Bouleverse. je conviens que c’est dur.. et nous chantons le chant du pardon où nous demandons pardon à Dieu publiquement. bouleversez sa tête. Ceux qui ne voulaient pas se confesser en public pouvaient aller rejoindre le prêtre. Iront-ils confier au prêtre. pourtant. partez. bouleversez son cœur. à vivre la foi. mais si tu vas te confesser. la prière à saint Boule- averse : .. pardonnez-moi. par exemple. j ’ai donné des coups à mes enfants. Les gens disaient plein de bêtises : .

mais il a pris j le parti de l’homme. une denrée d< humains. croyais que la matière même de l’hostie était quelque chose ( sacré.. et lui seul a fe droit de consacrer. ne pas faire’ d’histoires. prenez et buvez. temps de Jésus. Nous nous? réunissons. ma fille. abbé. ceux qui croient que nous ne donnons pas de vraie hosties consacrées. récitez un deuxième chapelet pour votre pénitence.Mon père. qu’elle n’était pas faite avec de la farine. . .Mais il n’y a aucun problème. Allez en paix. j Ce genre de célébration a fait fuir beaucoup de monde. d particulier. ce n’est pas sa présence qui donne le réconfort.? c’est une question de foi. je devais accepter. et. le monsieur ne parlait pas créole).Est-ce qu’il donne à manger à vos enfants? . Le prêtre n’est pas indispensable. bien sûr. . au moment où il allait donner son co* il a pris du pain et a dit : « Ceci est mon corps. . il i peut découcher. quij célèbre. . . Et voilà. le pain est consacré comme hostie. lui ai-je dit (en français. Le prêtre n’a pas dit ça exactement. Un frère peut te parler aussi bien qu’un. Ils n’ont rien compris. un frère ou une sœur. je n’avais rien compris. C’est le père Céleste qui nous a expliqué : le pai habituel n’a rien. Pour moi. du riz. faites j votre acte de contrition.Oui. Moi-même. mon père. et nous les déposonl sur la table. ils ont 214 . Moi. que notre célébration n’est pas valable. celui-ci a une autre formation.» . Ils ne peuvent donc pas s’en servir pour! sorcellerie. apporte la parole et la communion. Ils disent aussi que nous partageons du pain et p| l’hostie. mais quand le prêtre le dépose sur l’autel e | bénit. et c’est l’un d’entre nous. ce pourrait être un morceau d’igname. prenez et mair ceci est mon sang. Il laisse toujours des hosties consacrées darç le tabernacle pour la célébration de la foi. Lorsque Jésus réuni avec ses disciples. alors. et ils ne sont pas d’accord non plus avec ce que nous appelons «célébration de la foi». » Il n’a pas dit : « Ceci l’hostie. simplement. pourvu qu’un homme donne à manger à ses enfants. Ce n’est pas tous les prêtres de Guadeloupe qui font la célébration pénitentielle. le pays produisait du blé. je suis venue parce que mon mari dort dehors.

ils sont consacrés. Si tu te sens digne. elle a besoin de ^distribuer sa peine. Personne ne W u rra arrêter la magie et la sorcellerie. On ne sait pas trop ce qu’il y a dedans. elle nous emmène en pèlerinage. elle nous fait nous baigner. ce n est pas prêt de finir. Si nous avons envie K aller en pèlerinage. Il y a très longtemps. Et si nous étions ■ptraînés dans une histoire de gadèdzafè? W Et c’est vrai.. elle donne du pain. mais sans trop d’illusions. En pèlerinage. c’étaient des gâteaux. Beaucoup refu- «saient : ■ ~ Je ne prends pas la peine d’autrui pour l’emporter chez F D’autres raflaient trois ou quatre morceaux : t . les gâteaux. Et si tu prends toi-même tout en étant indigne. pain. nous coupons un quart de pain en petits morceaux. Après la communion et avant la sortie de la messe. certains ne viennent à l’église que pour accomplir B p que le gadèdzafè leur a ordonné. surtout si c’est un fidèle qui l’a apporté. et même les pèlerinages. 11 vous demandait d’apporter deux oü trois pains. Il partageait ainsi vos peines qui se trouvaient supportées par tous. Les gens en semaient par igorbeilles pendant la messe. Vous alliez trouver le curé p o u t lui raconter vos peines. en Guadelou­ pe. f D’autres fois. J’expliquais l’autre jour à B h e dame : 215 . Je lutte contre ces pratiques. F . Bientôt. suivant en cela les paroles de Jésus « Prenez et mangez ». il partageait vos pains. ils ont utilisé de la farine - France (froment) pour fabriquer l’hostie. Ceux qui veulent prendre du pain en prennent. ce n ’est pas toi qui prends.Madame Unetelle a ses peines. nous irons tout seuls. mais c’est comme le >■pain. tu te condamnes toi-même. Nous n’irons plus. A Grosse-Montagne. Après» comme le pain se rassit. à la messe. La sorcellerie. nous ne donnons pas l’hostie.. nous oblige à (toutes sortes de choses. Nous. le pain représentait autre chose. les gens n’aiment pas tellement prendre le pain. Si c’est moi qui donne.Laissez-moi emporter du pain pour mes enfants. En général. il est apparu à tous que le gÿain. prends et mange. Il les mettait sur l’autel. ceux qui veulent l’hostie prennent l’hostie. tout ça ne servait wqu’une seule personne. je Bonne des conseils. des tgâteaux. c’est elle qui conduit la prière p o u t le long du chemin.

Arrivé là. que d’enfants à la chapelle de Jarry41. Si tu étais venue de bon cœur. au Lamentin. Je lui suis tombé? dessus et l’ai forcée à se rendre à la chapelle. Si elle n’a pas réussi. Tu te dis : comment a-t-il deviné puisque j’ai acheté mes affaires en cachette? Et tu vas faire ce qu’il dit. tous ces chichis. et soi baccalauréat. mon lit date de nanni-nannan *. il t’annonce que quelqu’un te fait des méchancetés et il ajoute toujours : c’est par jalousie. mais c’est une sorte de supersti­ tion. je lui ai demandé d’aller prié au pied de la Vierge des Abymes. pas de grâces. il t’aurait donné brevet Voyez-vous ça! C’est prendre Dieu pour une revendeuse à qui tu viens. mal. Moi. m’a fait remarquer qu’on n’était pas obligé d’aller à l’église pour demander une grâce à Dieu. . je vous l’avais bien dit. question. par exemple. marcher derrière le Bon Dieu pour obtenir ce dont on a besoin. elle l’a eu du premier coup. Pour ma dernière j’ai dit: pas de pèlerinage. Ce n’est pas mauvais. Marie» tout au long du chemin. tu te sens la tête remplie de mauvais esprits. c’est prier. c’est terminé. j ’aï transformé ma maison.Ah. et mon armoire a les deux portes du milieu abîmées. . Tu vas chez un kenbouazè. boire de l’eau. c’est pour cela. pas de demanc d’aucune sorte. mais je savais qu’elle venait de changer son ménage. d’ouvrir l’église à 5 heures du mâtiné * Fort longtemps. comme au temps Sorin. Lucie. d’acheter un million de meubles. » Te voilà prise. et elle a échoué à l’examen. apporter du coco pour qu’elle! donne du savon en échange.Oui. D’ailleurs. Sa tante s’esl fâchée : . qui avait déjà unë formation. ^ Ma fille devait passer le brevet. des « Je vous salue. A l’époque des examens. mais a-t-on besoin d’acheter un million de meubles? Je dis non.Dieu t’a punie parce que tu n’avais pas envie d’aller l’église. Elle a essayé plusieurs fois sans succès. c’est qu’elle ni devait pas réussir. « N ’avez-vous rien acheté pour l’année nouvelle? . ah! voilà. On dit que les gens sont jaloux. mauvais. contre son gré. Aussitôt.Tu vas mal. on ne fait pas le. Elle y est ailée. se baigner. ( Je ne sais pas si elle a compris. .

pourtant. tout ce qui s’est fait On discute. c’est Dieu.. les vannes s’ouvrent. bananes vertes. céleri.On aurait dit que Man Molière n’attendait que ça. B . B ~ Commère. les autres expliquent tout ce qu’ils savent. oranges.. et deux person­ n es ennemies de génération en génération non plus. maigrissait. Quelqu’un parle et dit : . Nous travaillons pour les réconciliations. c’est une grande fatigue. nos tpartages d’Évangile ont réussi ce miracle. Alors. nous travaillons autrement. A ce moment. e t parfois. depuis des temps et des temps. la fille Louidor s’approcha d’elle. papayes. Achète trois ■bouteilles de Quintonine pour en boire chaque matin. on est venu me dire de me réconcilier B e c toi. et elles continuèrent à 217 .Untel est lâché avec moi. A la fin d’une de Bios réunions. Ça f avait été très loin. Elle se ■précipita dans les bras de la Louidor et l’embrassa. réconcilions-nous. La famille Molière était pfâchée avec la famille Louidor. que nous prenons Jésus-Christ pour f modèle. aucun ne t’a guérie. maigrissait. dit-on. jusqu’au tribunal. f'.Commère. f Deux montagnes ne se rencontrent pas. B N ous nous sommes tous mis à rire. tout ce qui s’est dit. radis.. C’est une de ses descendantes qui fit le premier pas pour lia réconciliation. Eh bien. cherchant la guérison. et. tu l’as toujours. lui souhaita le Ésbonjour. Us t’indiquent tel saint ou tel autre à implorer pour te délivrer d’un maléfice. Dans les réunions de quartier. écrase ensemble carottes.Tu as déjà passé beaucoup de médecins. poi­ nteaux. tomates. demandant pardon à Dieu et à tous ceux à rqui elle avait fait du mal. mais je ne sais pas pourquoi. je sais que tu ne me hais pas puisque le bol rouge B ue ma grand-mère avait offert à la tienne. en rêve. Elle priait ^beaucoup à l’église.. premier de l’an pour permettre aux gens qui se battent devant la porte de dire « Bondyé! bonjou! » avant tout le monde et d’obtenir ainsi une grâce spéciale. assez chaudement mais puisque nous som- | mes en réunion de quartier. et. Ce sont les gadèdzafè qui vous envoient faire toutes ces choses à l’église. Une Louidor avait gagné le procès. (Moi. ce n’est pas lui le sorcier. Ils veulent se servir de Dieu pour tromper les gens. pendant «huit jours. je vois que ta maladie. embrassons-nous. pour empêcher une voisine d’avoir barre sur toi. et lui dit : g . f M1"6Molière était malade. il gagne comme ça beaucoup d’argent. et bois le jus tout cru.

En tant qu’animatrice de quartier. n’est pas votre faute. elle m'a donné un remède. deux bords ne s’expliquaient pas comment cela avait pu se produire. je suis sauvée. IÇ q J U U tO ÿ W u v o l E WÜ v . Merci. V o u s fréquentez 1 réunions de quartier. Dès que vous ne souhaitez plus le bonjour à quelquun. Deux dimanches après. vous cherchez la réconciliation. la vieille Mw Mo­ lière rendit grâces à Dieu : . Elle seule < responsable: Vous n’avez pas à la poursuivre continuellement l’aborder chaque fois que vous la voyez pour lui donner em d’être bien avec vous. que vous rencontrez toi les jours. vous avez quelque chose contre lui. elle ne se réconciliera pas aveel cette fille! ~. Il arrive. pourtant. T . Mais vous. bloqué sur vous-même et sur cette personne. ce n’est pas drôle. Aujourd’hui. H se peut que jamais elle ne se réconcilie. que l’un veuille se réconcilier et que l’autre' refuse. Il y en a qui trouvent ça tout naturel. j Et ça ne s’est pas fait. Je me suis réconciliée avec ma commère. mais difficile à sui­ vre. refuse votre main tendue. Je me suis montrée obéissante à Dieu. vous sentez que vous ne pouvez en reï là. et c’est d’eux qu’est venu le refus : . c’est leur affaire. Être fâché a\ quelqu’un qui habite près de chez vous. quelle belle parole. Les parents aes. après trois ou quatre jours. f . . j’ai accepté le bonjour de mon ennemie. les parents étaient présents. Alors. et certains étaient furieux. Si elle vous rejette. vous fait une démarche. vous avez fait le premier pas. vous avez peut-être plus de connaissant vous portez la parole. vous la 1 venir à votre rencontre et vous saluer. . Elle n’aimait pas assez son prochain. peut-être que. Ils ne disent plus bonjoi ils ne vous parlent plus. c’est simple bonjour.Jamais. L’amour du prochain. je ne peux me permï 218 . Je n’ai même pas encore fini de le boire et me voilà guérie.Depuis longtemps je traînais chez tous les médecins sans trouver la guérison. Une fois. jamais cela ne se fera. refuse catégoriquement. à la messe. mon Dieu. Il faut le temps faire son chemin. c’est v( affaire. elle peut vous embrasser. demain. c < grave. aussi.converser.L Cette réconciliation avait beaucoup étonné. Votre démarche vers elle est déjà un u témoignage.

Quant au père Céleste. Allez raconter vos histoires à l’église. Mais voilà que par je ne sais quel miracle. Jésus-Christ nous occupaient. nous avons commencé à parler de nos difficultés. Petit à petit. messieurs rouspétaient aussi parce que les réunions finis- Krient tard. mais pas à fond. . Oh! ce n’est pas toujours facile de faire sortir la parole. cela est venu tomber dans les oreilles des maris: Ils ont vu rouge. en revanche. de nos souffrances. c’est pour trouver de l’aide. Je ne suis pas encore au point. Personne ne pourra p ’empêcher d’aller à ces réunions. il n’a pas intérêt à piéter 219 . Tout ce qu’elles veulent. La plus grande des ^sorcelleries. Je ne veux plus voir tout. et je t’obéirais. non pour faire des cancans. la vie ne sort pas comme ça. et ça marchait bien. ah! tu transportes mon ménage dans tes réunions de quartier. Ce qu’il fait là p est pas bon du tout. cest la Bible. ■ “ Cet abbé mérite qu’on lui casse la gueule. nous en parlons. seuls Dieu. de porter la parole. . ma maison n’est pas l’église. Je t’interdis d’y remettre les pieds. je comprendrais. avaient des difficultés pour se ■rencontrer. Toutes g s femmes sont des malparlantes. î . Nous débattons de tout ça.Elle suit Jésus-Chnst! Dis-moi plutôt que tu suis Céleste. Ils ne se rendent pas compte que si nous nous confions les secrets de nos foyers. avec mes pèisins. Je t’interdis d’ouvrir cette chose-là (la Bible) chez moi! Une femme s’est montrée vraiment brave avec son mari : . “ Si j’allais danser le léwoz. conseiller les réconciliations.Ah. H vous a prises avec. C’est ainsi qu’on voit la vraie foi. Nous avons alors créé un seul groupe qui se retrou- Bput tantôt chez l’un. dans nos réunions. k ~ préfère le suivre que tes amis. c’est le Christ que je suis. Mais dans ces réunions. . Si quelque problème personnel se rattache au texte de l’Évangile que nous étudions. Nous nous réunissions chez moi. J’avais formé un groupe dans mon quartier. le ‘mari à vous toutes. je me dois d’avancer. . mais aujourd’hui encore. Mais voilà que mon M a ri dit : -Ie ue veux plus de réunions chez moi. il met le désordre dans les ménages. c’est Üvoir ce qui se passe chez la voisine. Au commencement. tantôt chez l’autre. Les «utiles groupes. si moi-même je reste fâchée avec quelqu'un. en donnant seule­ ment quelques détails.

il ne souffla mot à Joseph de son habitude de découcher. alors que son rôle n’est pas de faire ldi morale? Je ne sais. père Céleste. nous avons beaucoup avancé! Aujourd’hui. Joseph n’avait pas paru à la maison. vous partez. ou avec ' des camarades. depuis trois jours. je ne pensais pas du tout à une séparation. ! Certains pensent que ces assemblées ne servent plus à grand! chose. 220 .devant ma porte* Madame va raconter à l’abbé comment je lui fais l’amour. elle les ressasse. ça ira loin.Mais non. reste à la i maison. j Oui. le père Céleste passa un jour voir Joseph. ils ne sont d’aucun côté. son corps est ] fermé. Est-ce une lassitude? Est-ce la faute de! l’animateur qui prêche trop. Une femme ne peut accepter un homme si elle n’en a pas | envie. mon cœur se fermait. Votre femme. Il me dit : . Et quand le cœur d’une femme n’est j pas ouvert. elle. et son coeur ] se ferme. c$fl n’est pas à cause d’autres réunions qu’ils ne viennent plus. Le père Céleste avait essayé d’expliquer ça à mon mari. il vous arrive peut-être de lui donner une calotte. ah! ■ Tout ça parce que je m’étais confiée au père Céleste. Vous allez au travail. j Tous les foyers du secteur étaient en ébullition. Une espèce de silence! s’installe dans nos réunions. c’est bien dans la cité 0 |H * Voir la note 5. Il sait s’y prendre. vous faites des blagues.Monsieur Joseph. lui dit-il. . quand vous vous querellez avec votre femme. son corps ne peut s’ouvrir. Pas devant lui. Peut-être les gens en ont-ils assez de parler ou bien! d’entendre toujours les mêmes choses. je peux tenir. après. je ne retrouve plus le même enthousiasme. ils ne! vont pas ailleurs non plus. lui expliquant que. Les gens retirent leurs corps *. vous riez. mais devant^ moi. On organise les gens ailleurs. Une fois la scène finie.Il faut vous séparer. la mêmdj exaltation. Les misères qu’elle a subies. mais nous avons! tenu bon et. vous vous amusez et tout ça vous sort de la tête. Les choses ne s’arrangeant pas. A ce moment. . S’il y a uofl endroit où les gens ne bougent pas. grâce â nos réunions. C’est ça. et J celui-ci avait bien mal pris la chose. Je ne suis pas d’accord. mais je constate que les réunions de quartier faiblissent.

mais. pour ce que cette parole leur fait. Ils disent connaître déjà " tout ce qu’on peut raconter dans l’Eglise et qu’ils ont autre chose *à faire. Et puis. 1 Même pour les enfants qui suivent l’instruction religieuse. ils n’étaient pas prêts pour un tel travail. Parce qu’enfin. beaucoup vous suivent f et. syndiqués à l’U. ils ne . I Tout ça.Ah. entendre pour . une parole est f lancée sur le maire. a été crucifié. rester là à écouter. l’Église telle que nous la vivons au Lamentin. Je ■crois qu’un certain nombre de personnes doivent rester dans l’Église. a fait naître les apôtres qui ont continué ^. comprendre pour avoir envie d’agir.A. je perdrai mon travail. ce sont des prétextes. rien du tout. En fait. enroulés comme des couleuvres. si vous entreprenez quelque chose. comprendre. pour rien au monde. pas de lutte. "son travail. Ils sont indécrottables. alors que je ne f suis pas prêt. L’une des participantes travaille à la cantine.Si le maire apprend que je vais dans des réunions où l’on dit | du mal de lui. mais il ne vous mettra pas à la porte pour ça. l’Église de Jésus-Christ. il y a la politique! En Guade­ loupe. * Abandonnent. Pas de réunion. chez eux. ' Moi aussi. retirent leurs pieds *. se déplacent pas. ne pensant qu’à changer de meubles ou de voiture. souvent pour une question de [ politique. qui continuaient à ' travailler avec nous. ils se mettent eux-mêmes dans [ cette situation. plus ils en veulent. notre foi est incarnée. C’est une manière de cacher leur «je ne viens plus ». ne viennent plus. Ceux-là ont peur pour leur travail. et à l’U. ils ne sont pas disponibles pour la parole de Dieu. Nous sommes croyants. très vite. 221 . pour ce qu’elle peut leur faire faire.. Non! » 5 D’autres. écouter pour entendre. cet homme qui est venu sur la terre. Ils doivent se dire : 5 « Moi. pas de messe. Ils sont là. un maire ne va pas entrer dans tous ces I détails. j ’ai tellement à faire. j’habite.P. je pourrais laisser tomber. ni d’ailleurs pour la nouvelle messe. | elle ne viendra plus : f . surtout. ah! vous fréquentez les réunions du père Céleste. Plus ils en ont.G. en réunion de quartier. Il peut vous rencontrer et vous dire : . pour continuer l’Église. nous pourrons l’abandonner. Par exemple.T.

que . m .. j . 3 ..Ils sont contre notre façon de dire la messe. n’auriez-vous pasj amené vos maris à l’église? Seuls deux ou trois hommes assistent à la messe. mais d’autres se sonjl mises à répliquer : 3 .D’habitude. cette fois. je préfère me taire. 1 Fâchées. les langues n’étaient pas arrachées.. Pensez à tous ceux qui sont morts pendant renterremeni Vous. un de nos abbés.Si on ne vous a pas encore arraché la barbe. à propos de la mort de Mgr Romero l’évêque au Salvador. mais ça fait deuxfois que® m’entends reprocher de ne rien faire. Je ne sais comment les syndicats acceptent maintenant ceux qui restent actifs dans l’Église. 9 222 . A la création de l’U.. êtes-vous^ apôtres? ? Il critiquait. lançait Berka. l’on tue chaque jour et dont le nom restera inconnu. dans notre secteur. Ceux qui l’ont délaissée et font un travail pour le peuple. on discute beaucoup. ils râlent 3 .Pourquoi l’a-t-on su? Parce que. Vous n’êtes même pas capables d’évangéliser votrej famille.A. critiquait. ça ne posait aucun problème. . c’est un évêque que l’on a assassiné. Pensez à tous ces paysans qu’on a tués. Nous pouvons nous unir. et on agit. « qui ne s’est point dérobé et ne fut point confondu ». c’est la bataille. C’en est trop. A l’église. entreprendre des actions ensemble. le père Berka Pélage. à qui on avait arraché la barbe. torturé. J Là. un des rares hommes de la communauté s’est levé : j | . on vous é arraché votre langue. C’est êtjS conscient qui compte.On a beau préparer tout le manger à l’avance.Amener nos maris! C’est déjà un exploit pour nous M venir. II ne faut pas qu’ils comprennent que. J . . nous aussi.Chaque dimanche. nous allons quitter l’Église.T..Ils appellent notre église l’église à cancans. parlait du prophète Isaïe qu’on avait battu.l Ah! c’était chaud. Jésus-Christ les voit.Vous pouvez vous mettre en colère. elle provoque tellement d’histoires! H n’y a pas si longtemps. Nous n’abordons pas dans toutes nos rencontres cette question de l’indépendance. Si vous étiez apôtres. s’est mis à envoyer des paroles enflammées dans l’église : . vo j n’acceptez pas de recevoir la vérité et vous ne faites rien. certaines se sont tues. . vexées.

autour de nous. plongeant dans le problème de l’indépendance : . il doit comprendre aussi que tous ne sauront courir. nous tous sommes conscients de la gravité de la situation. II s’est mis à discuter de plus belle. les yeux s’ouvrent. comme cet homme.Écoute. ils sont. je crois qu’il cherche à former des petits pupes de personnes solides et actives. nous ne sommes pas trop inquiets. il oulait attirer les gens à l’église. là seulement. pas besoin de faire monter ta tension. Ils ont leur foyer. de Baie-Mahault. les gens ne prennent pas comme ça de tels engage­ ments. ceux de Lamentin.Nous tous avons déjà vu ce qui ne va pas. Quand de telles paroles tombent dans notre chapelle de Grosse- Montagne. aucun meeting où ils pourraient entendre des paroles pour l’indépen­ dance. Ne le prends pas mal. Nous ne sommes pas encore comme les chrétiens du Salvador. Ils ne sont dans aucun syndicat. pourrais-je aller ainsi où je veux? Serais-je assise. nous lancer dans n’importe quoi sans réfléchir. elles ne s’adressent pas spécialement à toi ni à nous. à raconter ma vie? Il m’aurait fallu obéir à mon * D’accord. si j ’étais ^toujours avec Joseph. mais jèsi à Cadet et à Baie-Mahault Ainsi. \ Je suis intervenue : . Ils sont à l’église. compère. Et puis. Maintenant. s’ils viennent à dire : vous n’avez pas 223 . de Cadet. nous précipiter dans une indépendance qui sera peut-être pis que ce que nous vivons aujourd’hui? Quand nous assisterons à des massacres. pour cela. nous tous voyons que les Blancs rentrent de plus en plus en Guadeloupe. Moi-même. il allait chercher dehors pour amener dedans. nous mettrons-nous aussi à tuer? Beaucoup. habitués à Ter et à témoigner. et. Si les partisans de l’indépendance veulent la religion par terre. les oreilles entendent. ouvrir à tous 1’ « église des ^livres ». nous serons là. Allons-nous. et plus Nombreux sont ceux qui se rendent compte que le père Céleste se situe dans la ligne de chrétienté. Tous ceux du secteur sont concernés. se posent ces questions. si demain des événements rs surviennent en Guadeloupe. Il a changé aussi un peu sa méthode : avant. Nous tous avons des enfants qui ne trouvent pas de travail. ne participent à aucune réunion. Si Chérubin a raison de vouloir faire courir les fidèles derrière lui pour la libération de l’homme.

il y a du tira® Nous voulons avancer. noH 224 . tâjH nous découvrons une tâche plus urgente. Quand une nouvelle personne arrive quelque part. Il est pour l’indépendance de la Guadeloupe» d’accord. M Personnellement. j ’ai réfléchi là-dessus et me suis reiifl compte que le défaut n’était pas la vitesse. J | Mais sa tête c’est sa tête. ainsi. mais pas n’importe quelle politique. Il devient de plus en plus radical» Chérubin Céleste. Et lorsque les yeux s’ou- vrent. vous les embêterez. il y avait du bon et mauvais. c’est de la politique. pas la/ politique pour prendre une place de maire.Dans tel groupe. si on l’examine bien. ouvrir nos yeux. de donner votre avis avec liberté. puis nous a demandé si nous voulions agir : les réunions d # quartier sont nées et. Nous lançons une action. il veut aller trop v it» prendre sur son dos trop de choses à la fois. qu’il avance avec nous et nous avec 1™ mais pas trop vite. souvent. Et même s’ils vous font taire.Dans le peuple qui suivait Jésus. t u f l tueras à la tâche. puis la deuxième pour une troisième. nûH n’arrivons à rien de sérieux. la politique à élections. Quand il ne peut pas faire avec n d fl tout ce qu’il veut. mais le d f l l d ’embrasser trop de choses à la fois. dans votre petit groupe. tu n’es pas Jésus. tu es un homme. c’est de la politique. vous qui. Céleste est venu ouvrir la Bible pour nous. De toutes nos entrepris® deux ou trois périssent toujours. les gens s’en apercevront : . les réunions de quartier intriguaient. et. mais je dois dire que. Les prêtres ne nous enseignaient pas ça. qui a su* s’y prendre avec nous. Bien sûr. Tant que nous serons vivants. petit à petit. fais attention. tout ce qu’il pense juste de faire. Les gens criaient à la politique. Nous lui disons® . Untel parlait. elle ne peut pas entrer comme ça. vous n’avez pas le droit de critiquer. mais la politique de la foi. m Nous n’acceptons pas tout ce qu’il nous propose. il a su faire entrer en nous cet® parole qui l’habite profondément. avez pris l’habitude de vous exprimer sur tout. Nous laissons tom bejS première. que se passe-t-il? Les prêches de Céleste faisaient du bruit. Les disais» sions sont quelquefois dures.le droit de parler. nous éclairer. il y a une manière pour s’implanter. Céleste a commencé à nous expliquer l’Évan­ gile. La Bible. n’est-ce pas de la politique que l’on fait? Céleste est vraiment un homme intelligent et sensible.

Berka s’occupe plus des messes et des baptêmes et . Ce sont ceux-là mêmes qui viennent manger chez toi qui donnent leur argent à manger aux capitalistes des magasins. dire son chapelet. lui demander secours. Berka met un peu de beurre. le prêtre ntait : t . et ainsi il nous fait découvrir plein de choses. Même s’ils étaient fâchés Vec quelqu’un. Chérubin ne pourrait être libre d’aller partout dehors. Il les met dans une situation d’Église qu’ils n’ont jamais connue. c’est vrai. donnez-vous la paix.Mon Dieu. mais il faut connaître avant de se lancer dans la charité. Le père Céleste vit avec les pauvres.. c’était tout. Chérubin de la vie du secteur. Céleste s’est parfois trouvé pris.. le malheur est grand dans notre pays. Chérubin. car dans l’action nous pouvons être entraînés à de mauvaises choses. . ne pas s’arrêter aux larmes de ceux qui crient misère. On dit dans la paroisse que Céleste est plus engagé que Berka. Et beaucoup de ~r. et le père Pélage a déjà progressé. ils' rentraient à l’église is lui dire bonjour. Nous t’avons prévenu : ' . voilà ce qu’ils pratiquaient. du début £ la fin. Maintenant. mais il ne voit pas tout. sec. ils allaient communier. Chacun a sa méthode de travail. à tout mettre en question. nous nous ■nous la main. mais nous ne devons pas être si pressés.Ouais. Allons à petits pas et cherchons à tout examiner. un peu g’huile. beaucoup sont venus lui porter leur malheur. Leur formation est différente : Berka Pélage est entré très jeune au séminaire. Elle est ' plus lente. "arler au Seigneur de ses petites affaires. Voyant que c’était un homme sensible à la souffrance. je l’aime beaucoup. donnez-nous la paix. les pauvres sont nombreux. mais ils sont d’accord. Avant. 11 ne disait pas : — Frères et sœurs. Si Berka ne s’occupait pas de faire marcher F l’église. Ce n’est pas parce qu’il parle plus r souvent le français que sa méthode est plus mauvaise. ils ont combiné ça entre eux. un peu de saindoux.s ne le suivent plus. Aller à la messe. déclencherons des actions. car il analyse bien. C’est vrai. nous nous embrassons. Le père Pélage semble peut-être plus dur. allumer ses petites :ugies. Céleste était déjà grand quand il a voulu se /aire abbé. qu’est-ce qu’il est direct.

Ils avaient besoin! d’un service. Maintenant. mais en quel sens? Je les aimais! comme ça.il faujfl dire qu’on m’en a fait voir -.]B marchait avec lui. Pourtant.Jésus a dit je vous donne ma paix. depuis l’arrivée du père Céleste. donnez-vous la paix. 9 Évidemment. | Quelles étaient mes habitudes? Je ne peux pas dire que jej n’aimais pas mes frères et sœurs. 9 Je peux me dire : tu as changé. en le mettant en pratique. puisgH Pierre lui-même est tombé trois fois. aussi. Que ceux qui veulent j donner donnent.Donnez-vous la paix. c’est lui. d’une chose. pas d’obligation : . demain. 1 J’ai fait moi-même l’expérience de ce qu’elles m’ont apporté. Mais simplement : ] . je ne suis pas encore parvenu* jusqu’où je pourrais aller. évitent de s’asseoir auprès d’une personne avec laquelle ils sont en froid. je la leur donnais! Mais dès qu’ils prononçaient une parole de travers sur moi. je te donne la main ou je t’embrasse. je le leur rendais. qui peut Æ mépriser. j Personne ne nous a jamais forcés à embrasser n’importe qui. nous insistons tellement sur les réconci-J liations dans nos réunions de quartier. comme on les oblige. A l’église de Prise-d’Eau. Je ne possédais pas encore cette connaissance* quand tu fais le bien à quelqu’un. Je n’ôterai jamais de moi le mot de pécheur. et il suivait Jésus.. je sais que quand tu fais. je n’arrive pas toujours à me dominer . je vous laisse ma paix. sans savoir comment ni pourquoi. Jusqu’à ma mort je v | B changer. le père Lasserre a dû lui-même descendre parmi les fidèles pour les amener à se donner la paix/ Ils n’obéissaient pas quand il lançait. Alors les gens. Léonora. du haut de sa chaire : ..Frères et sœurs. mais il te reste enc<B beaucoup de chemin à parcourir. je suis une pécheresse. depuis ma rencod^B 226 . JH Un changement s’est opéré dans ma vie. il ne faut paa attendre à ce que l’on fesse pour toi. et réciproquement. A Grosse- Montagne. j ’ai acquis u 3 autre connaissance de la foi. . Voilà pourquoi. je ne suis p B Jésus. il partageait avec lui. j|3 gémissais déjà. < Il n’obligeait personne à donner la paix comme on nous a | appris à le faire : je suis près de toi à l’église. et cela en travaillant chaqiS évangile.

femmes. c’est moi qui parle. une autre vie. peut-être ne serions- nous pas séparés aujourd’hui. Car les gens peuvent dire ce qu’ils veulent. Je commence à me comprendre moi-même et à entrevoir un autre type de vie. Participer aux réunions de quartier représente déjà un exploit. mais ce mal a peut-être permis de me trouver comme un témoin dans l’Église. j ’ai du respect pour ce que je fais. dans ton foyer. tu es freinée. mon mari. et moi avions eu une autre relation. surtout à nous. Pour agir. L’Évangile me fait parler. l’autre répondrait « Coupez ». de parents d ’élèves. Quand l’un dirait «Hachez». Mon ménage a mal tourné. il te faut faire des efforts. Je n’avais pas cette lucidité d’aujourd’hui. je sais ce que je suis. qui y sommes les plus nombreuses. je crois. moi. en réunion de quartier. . Si Joseph. partout. Ces réunions de quartier nous ont apporté à tous quelque chose. surtout si. oui. l’ambiance que tu trouveras là peut t’aider. Si tu surmontes ces obstacles. l’Évangile est entré en moi. faire battre leur langue. à l’église. Pour toujours. maintenant.avec Céleste. Au lieu d ’écouter sans rien dire.

mais il ne serait pas l'être de l’homme s'il ne portait en soi la folie comme la limite de la liberté. toujoflï dans le droit chemin. toujours des bonnes choses. leur folie. Chapitre X II Nou tout. pour beaucoup Léonora a une folie d’Évangile. Elle s’est mise à le raconter. avait vu la Sainte Vierge en rêve et 1É1 avait parlé.^ on dit de toi que tu as telle ou telle folie. On peut appeler ça une sorte de folie. On Fa appelée toquéeg Encore aujourd’hui. mais pas q | celles qui mènent à l’asile. il y a place pour la folie. non seulement ne peut pas être compris sans la folie. Et c’est vrai que plus PÉvangiîi entre dans ma vie. tu passeras pour folle. même si je ne sais pas nager et quej| risque ma propre vie. une idée bien ancrée dans la tête. dans ta vie. 9 Entre ce qui arrive dans la vie. que tu vis avec passion. mais s® le laisse dans l’eau et lui tourne le dos. la lutte pcfl 228 . Jacques Lacan*' Dès que tu te comportes. Tout simplement. j| Mon fils aîné et sa bande. c’est ma peur qui mètjji pas l’Évangile. si tu parles de suivre les enseignements m l’Évangile. tu as uig idéal. plus je découvre des choses à faire. Les saints ont tous été traités de fous! Bernadette. par exemple. plus il m|j faut avancer. ■ il y a place pour la folie l L ’être de Vhomme. Ainsi. L’Évangile te condujB t’amène à faire ceci ou cela. ni on koudbôdalo pou nou fè En chacun de nous. Si j ’aperçois un enfant en train de se noÆ et que je vole à son secours. que tu agis. et ce que tu désinS ou ne désires pas. en chacun |1 nous. à eux. c’est l’Évangile qui parle en moi.

Tu t’es jetée tête et cœur dans l’amour. Ta tête s’en va. répondent . Pourtant. monsieur. tu peux faire ^ Commune où se trouve le premier hôpital psychiatrique de Guade* ipe. . Il te courtise. Ils éparpillent leurs idées dans le peuple. Oui. il suffit que tu portes ton regard sur une personne. sur la terre! Une des plus répandues est la folie d’amour. elle s’est emparée de toi. chef. ton esprit ne fait que partir. et il te laisse. toute la nuit. sont bien obéissants. j* Parfois. J’ai toujours ‘ entendu dire qu’elle ne se guérissait pas. C’est ce qu’on appelle une |blie d’amour. ceux-là ne peuvent devenir fous. Les gens disent que nous cherchons le chemin de l’asile et nous souhaitent d’aller prendre pension là-bas. Si ton esprit de bien te quitte. 229 . Tous ces fous. les gens disent : seuls des fous peuvent se risquer ainsi pour des idées. tu penses à elle. car nous réfléchissons. ne marchent pas comme la société voudrait qu’ils marchent. tu ne touches |E |cune aide. ne veulent rien entendre. il y a du bon et du vrai dans ce qu’ils expliquent et font. I On peut aussi rendre quelqu’un fou par jeu. tu as des enfants à élever.1l’indépendance peut les mener à monter les marches du tribunal. fous de changement. Que de ■ psons peuvent déconnecter les fils de notre cerveau et nous Hpettre la tête à l’envers! M fTu ne travailles pas. plus on va vouloir les expédier en prison. Ceux qui sont d’accord avec tout. Oui. refusent de faire travailler leur cervelle. Toi. Oui fous. Et voilà que cette -personne ne te regarde même pas. B f II n’y a pas que des fous ou des folles par amour. ton rcœur s’enflamme. On devient fou sans ' savoir comment. Un homme peut te ■faire croire qu’il t’aime. je sais reconnaître celui ou celle qui est tombé fou par amour. patron ». ce n’est pas ce qui manque. mais moi. K u te retrouves trompée et abandonnée. maintenant. te tourne le dos si tu veux lui parler. Toi et moi. à [ Saint-Claude *. Plus ils avancent. plus ils parlent. toujours : « Oui. ta tête est prise. ■ Des sortes de folie. tu tombes |mopreuse„. nous sommes folles. Toute la journée. Ils crient contre ceux qui essaient de changer quelque chose. qu’ils le soient d’Évangile ou de politique. comme ta tête est entièrement occupée par elle. te charme.

la mémoire s’embrouille. le mauvais ange. Ils: deviennent fous. entre dans ta tête et tu n’es plus dans le sens du bien.! Comme moi. et veulent courir plus loin que leur cervelle ne le permet. beaucoup d’autres. ça commence.. mais si tu laisses s’évader ton bon ange. l’esprit du mal. il a voulu» dépasser ses limites. Le père Céleste a une montagne sur les épaul^H il peut être exténué.n’importe quoi. Leur bon ange s’en est allé. comme l’on dit ici. de bon. J’entends parler d’un cas. que certains sont nés pour être fous... mais pas devenir fo u . tu es quel-- qu’un de vivant. Tout ce qui était en eux de bien. foire médecin. Bien sûr. réfléchir tout le temps comme ça < 8 paf! un plomb saute.. Je ne veux pas dire que c’est la faute du parti communiste. Et il y en a d’autres.] Chercher à trop savoir. ton esprit du bien. tu laisses tout aller et tu te fous dans la boisson. Voilà encore une sorte de folie. qui n’avait jamais^ raté un examen. d’un autre. Étudier. Certains étudient trop . mais ce garçon était toujours en réflexion* toujours à faire marcher son esprit. Là. quand tu milites. prennent énormément de tâches. Je réagis comme ça. Si l’esprit du mal prend sa place dans ton corps.» Il y en a pourtant qui $ 9 donnent à fond. Souvent. je veuiB toujours aller plus loin. chacun choisit son parti. mort de fatigue. En quatrième année. élever tes enfants. La folie n’est pas loi™ Toutes les bêtises sont possibles. ils le . Je connais un garçon qui. il a perdu la boule. ni que militer soit une mauvaise chose. il y a la vieillesse qui® s’installe. tout c o n n a îti» prendre un chemin de falaise. je® prends. on entend: «Untel est devenu fou. à trop avaler de connaissances peut? conduire à la folie. Ça peut allé» jusqu’à perdre le contrôle de soi-même. je prends.|H croire. Il était allé chercher quelque] chose de trop fort pour son corps. après son bac. on s’est beaucoup servi de lui. Il travaillait et militait en même temps. mais à force de travailler. il s’est mis avec le parti communiste. C’est l’esprit du bien qui te porte à vouloir travailler. les pousser à aller de Pavant dans la société. On n e j devient pas forcément fou. Le rhum devient ton maître. et ne deviejH nent jamais fous. tu n’as plus goût à rien. On dit que la tête mène le corps. perdent. Et la carcasse ne suit pas. Celui-ci ne l’a pas supporté. mais on peut perdre la mémoire.. aller plus loin que personne.. de mener de front plusieurs® activités. Ça peut arriver à n’importe qui. Un brillant garçon. est parti en France se.^^B 230 .

231 . un fetît temps pour aider ma voisine. Ces lettres qu’il s’envoyait à lui-même l’ont rendu visible. Je m’explique comme ça sa folie. Ici. un petit temps pour faire telle glose. C’est qu’il avait besoin d’une place supérieure à la sienne. S’il lui est arrivé malheur. il la prenait avec grande cérémonie pour bien se faire voir de tous. Quand le facteur lui remettait sa lettre. qu’ils voulaient prendre la place de Dieu? Regardez l’histoire de l’homme invisible. je ne peux m’arrêter pour dire bonjour. il a tout fait pour qu’on le remarque.. en Guadeloupe. Je ne sais comment c’est arrivé. je sais pourquoi. et c’est lui qui paie. jamais. Un petit temps pour aller visiter ma famille...Je suis pressée. Sa folie n’était pas bien méchante. d’aller voir les parents. Il a dû en souffrir très fort. c’est peut-être le [temps lui-même qui nous échappe. pour faire un petit causer en chemin. je n’ai pas le temps. peut-on dire qu’ils cherchaient la connaissance totale. On raconte qu’un jour un de ses voisins vint le surprendre quand il décachetait l’enveloppe. Il me faut prouver le temps. se rendait invisible. Alors il s’est mis à s’écrire. les gens ont toujours une explication: « Ma chère. plus le temps ^d’aller rendre visite.. On ne le voyait même pas. non. telle chose. on lui a fait du mal. je dis : « Je n’ai pas le temps ». D avait écrit sur sa lettre : « Cher moi-même. pendant son absence. Chaque personne que je rencontre me dit : . moi. » Ou bien : « Ses ascendants ont fait le mal. L’apprenti voulait prendre la place de son maître. g&ors. il voulait se mettre dans le monde. ou militantes. personne ne prenait un petit causer avec lui. J’ai connu un garçon qui avait une folie douce. Alors. » Je cherche à m’organiser pour libérer du Bemps. Dans le hameau où il habitait... c’est bien -sa faute. Si tu ne reçois pas de lettre. ■ Si nous n’avons plus le temps de ne rien faire. Il suivait bien tout ce qu’il faisait et. Quelqu’un lui en voulait. une folie des temps d’aujourd’hui. ses voisins recevaient beaucoup de lettres et lui. Il n’avait de contact avec personne. mais nous ne disposons p u s du temps comme avant. tu n’es pas dans le monde. » Mais ceux qui savent la véritable cause de la folie ne parleront jamais comme ça. du mouvement patriotique tom­ bent dans la folie.. fe' Lorsque. » Le pauvre. je fais un retour en arrière et je décide : « Non.. si des militants. On lui a envoyé ça.

il tomba malade. au lieu de se changer pour aller visiter amis. jaloux. Maintenant. Jamais. le monsieur ng participait à rien avec les autres. Quand il parvint à ramasser assez d argent pouri la voiture. tu es éreinté. A chaque visite. on fonce dans son jardin. il est allé consulter les « marJ chands de croyances ». une voiture. car. sur les tréteaux des Syriens de la rue Frébault41! Nous tous nous aimons les belles choses. Pas question de dire je suis lasse. manger. famille ou connaissances. tu t’es tué au travaild tu es écrasé comme un bâton de papaye sous une roue dej charrette. voilà ses seules! activités. il fallait aller au jardin. Un ami de mon mari et sa femme travaillaient de 6 heures du matin à 1 heure dans la canne du Blanc. je me repose. Les mantikakwè l’ont persuadé que c’était| son cousin germain. montrait très actif jfl . nous dirigions notre vie. des automobiles. il pressait sa femme. Ils s’esquintaient ainsi pour mettre de l’argent de côté et s’acheter. arrête-toi. sans nous laisser diriger par elle* comme aujourd’hui. A peine rentrés. mettions notre manger sur le feu. la femme préparait à manger pendant que l’homme se reposait dans sa berceuse. nous faisions notre toilette.Ne vois-tu pas comme il construit une belle maison. il n’offrait un bout d ’igname en fin de récolte ou ne vous proposait une liqueur m jour de fête. tout le monde pleure : le temps nous manque! Et sûrement aussi l’argent. dès le travail fini. Le soir. disait j | sorcier. qui avait envoyé le mal sur lujl Maintenant. il travaillait pour payer les gadèdzafè. enfermé dans sa petite case avec sa femme et J ses trois enfants. Il faut bien de la volonté pour ne rien acheter de toutes ces marchandises étalées dans les vitrines des magasins. Au lieu d’aller trouver un médecial qui lui aurait dit : « Mon cher. mais c’est dangereux cet. Il m 232 . ça peut conduire à l’asile. Est-ce une question de lassitude? Nous gardions un temps pour ? vivre. Les yeux sont des mendiants. Travailler. Il fallait toujours achetai de quoi faire de nouveaux «kenbwa» car le cousin. sortir des pièces de- canne du Blanc pour foncer dans 'son jardin. se. amour des bèlbèbèl. l’argent des économies fondait. travailler. Nous avions donc du temps. nous nous allongions pour une petite sieste. Si nous voulions nous reposer un peu. Et chiche avec ça! Toujours tout seul. Notre journée de travail gagnée. repose-toi ». puis nous prenions le chemin qui mène au bord de la mer. L’assiette avalée.

^Théodore travaillait la terre d’un Blanc. avec tout le monde. n y a très longtemps. après avoir mangé tout . les faisant charroyer jusqu’à l’usine. J’en sais quelque chose. aimés. il est presque . le secret n’existe pas. et il n’avait jamais confié à une personne qu’il consultait un gadèd­ zafè. Aujourd’hui. bien que. j ’ai "vécu une telle situation. H II y a quelques années. dans ces cas-là. a eu peur que son cüent ne passe entre ses mains. ^ voulait pas que tu achètes une grosse voiture. Sa tête est partie pour de bon et il a échoué à l’asile. passait. en colonage ou en ^location. les feuillages que tu ramènes à la maison. ça n’existait pas encore43.. Tous étaient d’accord pour reconnaître qu’il s’était lui-même rendu fou à travailler comme un esclave pour s’acheter des choses trop chères pour sa v situation. hébété. . Il ne parlait plus que de lui : ! . Le fou vivait dans sa famille. Bien sûr. A force de prendre des médicaments. mais. il t’a barré la route. on voit bien que tu ne les a pas achetés à la pharmacie. qualité des remèdes que tu prends. sa bouche s’est mise de travers. elles n’étaient pas portées à son crédit. chaque village supportait ses fous. C’est dire si Bpèpoque de la récolte était attendue! Alors.. un de mes firères est devenu fou. Il a conseillé à sa femme d’aller consulter un médecin. il n’avait pas publié des bans pour dire qu’il avait envie d’une grosse voiture. A sa sortie de l’hôpital. Partout où il . Pas question de l’expédier à l’asile. dans le village. c’est lui qui fait fondre mon argent comme le sucre dans le café. mais il a retrouvé un brin de santé. je ne sais plus très bien. On remarque la . il voyait ce cousin. feçoupant ses cannes tout seul. impossible de garder son fou chez soi. Le gadèdzafè. que tu ne suis pas les conseils d’un médecin. i D’ailleurs. il travaillait dur. prenait des commissions à crédit à la boutique. Kàmvées là.Le seul moyen de m’en sortir. Il devait de l’argent à l’usine. Tout le monde parlait de son cas. c’est de le tuer. contemplant la grande maison en ciment armé que le cousin avait construite en face de sa petite case en bois. disait-il. C’est lui que m ’a envoyé ce mal. souvent. mais enregis­ 233 . Je vais lui couper la tête! ^ Il a piqué une crise et on l’a envoyé à l’hôpital. Le pauvre bougre commença à perdre la tête. il restait là. son argent. les gens mélangent les deux traitements. Ils ? étaient tolérés.

lui ai-je dit. Une première fois. le fou. La cousine a répondu présent et lui a sauté dessus. tu f l || parles sur ce ton. Comment payer les dettes à l’usine? Et le crédit . il partait rendre visite à la famille.Ah! lui dit-il. JB Théodore n’avait plus qu’un seul mot à la bouche : argem| argent. Un jour. A la elle s’énerva et lui rendit la pareille. .Regardez. M . c est une parente proche. son état s’est amélioré. Il brisait. La récolte finie. A Saint-Claude. Maman le dorlotait. Il la provoquait pour se battre avec elle. Il se savait malade ’ et en parlait à ma mère. L’autre avait tout empoché depuis long­ temps. J . c’est moi.Xu es au courant. lui j servait à boire. écrasait tout ce q u || pouvait. petit à petit. Elle l’a amené chez nous. Sa petite femme s est trouvée bien embarrassée avec lui. à la boutique? Il avait compté sur sa récolte. à la maison. a commencé à faire des dégâts. prenait plein de précautions. Pourquoi? Tu devrais me tolérer. puis il est devenu fou. Il j a eu le temps de récupérer deux chars de cannes et de les faire | mettre à son nom. <3m l’a fait travailler comme ferrailleur. il se rendit chez une de mes sœurs qui habitait Ifl bourg. tu dois essayer de lel calmer avant d’agir. Quand il arrive excité comme ça. à manger. Il nous donna à tous de l’argent en disant : j . il s’est rendu chez une cousine qui a sa maison sur la terre maternelle —nous lui avons donné une portion de terre pour déposer sa case et une autre pour cultiver. En définitive. tu sais bien que Théodore esta malade. mains sur la tête. qui vous distribue des sous! Pour voir s’il s’améliorait. Ne 1|8 rends-tu pas compte dans quel état je suis? 11 Dans la famille. Que s’est-il passé alors? Il a commencé à tourner en rond.trées sous le nom du Blanc. tout ce qu’il voulait. il acheta un billet de loterie et gagna des millions. à lui « conter mépris ». Son bon ange l’avait définitivement quitté. personne ne voulait admettre que la folie avaffl enfoncé ses griffes si profond en lui. déversant sur lui des torrenjjj d’injures. Le médecin a décidé d e » 234 . J| Un autre jour. ma mère fuw obligée de l’emmener à l’asile. Théodore est rentré chez elle. Nous lui avons reproché son comportement. mais elle refusait de l’écouter. Théodore alla - toucher son argent. Elle lui était volée. Il commença à l’insulter. il étajl ailleurs. toi qui es soi-disant une femme de bien.

Sa sortie aurait-elle posé des problèmes à sa famille? Guérit-on vraiment de la folie. De temps en temps. tu . il prenne son coutelas et lui en foute un bon coup. pas même de quoi acheter du pain! Comment une tête peut-elle résister? Il paraît que. une folie d’amour pour l’argent? Avec tout ce qu’il avait subi. et nombreux. Certains font peur et les gens disent : « Celui-ci est vraiment pas bien. Il ne dit rien à personne. qu’il ait fait une chose grave. enragés. l’entasser sur les chariots. U devait être libéré le jeudi. P°ur enfermer quelqu’un à l’asile. C’est arrivé à une de mes connaissan­ ts. à planter la canne. avec tout ce qui se passe jjàüjourd’hui. laisser sortir et a signé son exeat. On peut aussi essayer de rendre folle une personne. Personnellement. n’était-il pas obligé de devenir enragé. un clou lui entra dans le pied. cachant son mal. » Pourtant. je peux dire que nous sommes tous en liberté provisoire. j Souvent. comme mon frère. farouche et toujours prête à la riposte. Les fous sont partout. et surtout d’une folie d’argent. qu’un autre s’est Iriais à boire et^part tout seul dans les fonds faire ses « macaque- ries » (singeries). L’un emmerde Tautre. tout seul avec ta femme. des gens qu’on porte à l’asile. Autoritaire. tu apprends qu’Untel a gassé tout dans une maison. Un coup de folie l’a pris. mais pas des fous dangereux. B n’est pas fou. exprès pour mouvoir la faire enfermer. fou à enfermer? Travailler. l’argent qui te libérera de tes dettes. exaspéré. Le mercredi. des histoires surgissent entre voisins. il est en liberté provisoire. mais. le tisonne. tout joyeux. elle ne s’en îfcse pas conter. On ira peut-être chercher les gendarmes. l’engrayer^ la débarrasser des herbes-guinées qui vous coupent les mains. On n’enferme pas Quelqu’un pour un coup de folie. il faut qu’il soit vraiment menaçant. l’attacher par paquets. la dépailler. pas le docteur. dans son atelier. vas toucher le fruit de ton travail. celle-là. il y a davantage de fous comme mon fière. envoie ses cabris dévorer ses salades jusqu’à ce ^ue. je n’ai jamais mis les pieds là-haut. ne se t pas. maintenant. quand. La gangrène eut le temps de tomber sur lui et il mourut le soir même. sur ce qui se fait. la charrier jusqu’à l’usine. tu ne reçois pas un sou. une femme à la tête bien sur les épaules et rusée comme "Ampère Lapin. et puis. Le mot « honneur » est pour elle plus 235 . car il voulait sortir le lendemain. elle ne transige pas. Sur la tradition. la couper.

des bananes.. de mettre une robe convenable. une de ses amies.important que tout. On la fourre dans une voiture dans l’état où on l’a trouvée. dit-elle. | Après ce choc. Elle. tous là. Alors. Un acte signé par une folle n’est pal valable. Ils lui faisaient vivre à l’avance 1 propre mort. elle se douche à l’eau minérale! Une des nièces héritières accourt et l’embarque de force pour l’asile. Amélise part dans une maison de repos Û refaire un peu la santé.. elle va mieux. la prit chez elle pendant sa maladij Maintenant. de la canne. des cives. Elle s’est moquée d’eux : J . mais il s’en est fallu de peu qu’ils la rendent folle pour le restant de ses jours. Vous auriez pu vous y prendre autrement. la voilà toute rajeunie q l retourne chez elle. vêtue d’une robe de maison. neveux et nièces. alors que les autres héritiers aimeraient bien établir un lotissement. Après un mois.! vous voulez me faire signer. Trop c’est trop. ils ont monté un complot pour lui faire perdre la raison. mais je ne vous croyai pas à ce point noyés dans le néant. Elle craqua pour de bon. l’autre lâche ses bœufs dans son jardin où ils saccagent tout. ass| comme pour une veillée. Elle tombe malade. Pour i l éviter de retourner à l’asile. sa tension monte à vingt! Pour son malheur. Principale héritière d’une terre de famille. Elle crie.Je vous savais pas très intelligents. ameute les populations. des ignames. à son chevet pour essayer de lui faire signer ce fameux papier. Ses premières vacances depuis au moins cinquante ans. employer 8 force. l’eau est coupée dans le secteur. ce jour-Ià. elle refuse de vendre. les bandits. 3 236 . quelle honte! Dès le lendemain. Vous dites que je suis folle.. Et rien ne peut la convaincre de signer. Scandale dans le quartier! Amélise est folle. un certificat médical en poche. . si fière. Cela surtout lui fait un choc. se présenter devant les médecins dépeignée. tempête.. L’un fonce sur elle avec sa voiture comme s’il voulait l’écraser. de se coiffer. La terre est là pour planter des malangas. Elle a très chaud et va à la boutique acheter de l’eau minérale en bouteille pour se doucher. Ils l’attendaient. ils étaient tous. rien n’y fait. Amélise n’a pas même le temps de se préparer. des pois d’angole. ils continuent leur manège. pas du béton. qui avait suivi S près tout le manège.Pas de forêt de béton sur la terre de nos ancêtres..

Après avoir réfléchi. un homme racontait que s’il avait cru. À l’église. de vous regarder. on lui fourre quelque chose dans la tête. Si X est en affaire avec toi. Je connais une fille atteinte de ce mal. Sa famille raconte qu’on lui a jeté un sort. qu’un «gwonég noué» qu’elle avait dédaigné a envoyé un esprit sur elle. Et pourtant tout le monde savait que ce tonneau ambulant lein de rhum devait un jour rester au fond de la mer. leurs -fants suffisent.. et tu vas te fracasser. il aurait. Elle a une folie douce mais sait tout de même ce qu’elle fait. on voit que leur tête est déboîtée. à l’église. été consulter un gadèdzafè. Personne. rie peut se ànter d’avoir des enfants sages. Quand ça la prend. jl triomphera : . ce qu’il y a vraiment derrière ces histoires de Mal. La vie elle-même rend les ïfants rebelles. à l’avance. tu perds le ^contrôle de ton corps. pour rendre quelqu’un fou. Tous ses enfants sont à l’Assistance publique. mensonges de menteurs! Le Mal a bon dos. tu penses à cela. A leurs gestes. il lui en faut un. bien propre. Tu te dis. il s’est observé au volant II a vu qu’en faisant davantage attention. et ça le mange tout entier. un pêcheur s’est noyé alors qu’il plongeait pour vider des nasses qui ne lui appartenaient pas. . lui. E’ie s’habille bien. Elle choisit les autos conduites par des Blancs et monte dedans. C’est avec des exemples comme ça que nous montrons.ui oseraient s’en approcher. il arrivait à supprimer ces petits accidents. ip’est l’esprit malin que X m’a envoyé. et se plante au bord de la route. bien sûr. tu as peur. * Pas besoin d’esprit malin pour rendre les mères folles. tu rencontres ce que tu t’attends à trouver. Je la crois plutôt folle des hommes. ne menacent personne. elle n’arrête pas n’importe quelle voiture ni n’importe quel homme. le Mal existe. dès que tu prends le volant. à ce mal que l’on peut envoyer sur l’autre. Je crois plutôt que. au temps d’aujourd’hui'. Personne n’a plus touché à sa pêche. tieore l’autre jour. On dit qu’elle est folle d’amour. 237 . et quand. Le légitime propriétaire alla raconter partout que ses nasses étaient « proté­ gées » et que l’esprit gardien réserverait le même sort à tous ceux . à chaque petit accrochage avec sa voiture. bien astiquée. Si le gadèdzafè t’a prédit un accident. Oui. Quand une mère met au monde dix enfants.Je l’avais bien dit qu’il se casserait la gueule en voiture ï « Manti a mantè». tu penses. Ceux qui sont pris de folie douce ne sont pas dangereux. Attention. à leur façon de sourire.

braillait. le Mal. ses fils.. nou étions quatre sœurs et cinq frères. je vai vouloir que Lucie. Même si tu ne crois pas. Des gen vivent là très vieux. Si elle n’accepte pas que le deuxième soit différent du premier. elle n’aurait pas véc jusqu’à quatre-vingt-trois ans. le Mal pour les autres. A sa suite.. Le vieux criait. Ernest. etc. j9 Jésus-Christ nous donne l’exemple. ce n’est pas ce morceau de l | 9 sur lequel on l’a crucifié. car chaque enfant nà sous une étoile et accomplit son destin. 9 Jésus-Christ nous a tellement aimés qu’il a donné sa vie pdj® nous. je n’arriverai à rien. Si tu empruntes un autre chemin. c’est tout ce qu’il a souffert p o u | 9 autres. comment tel être existe. beaucoup qui s’arrêtent. tu 9 peux dire le Bien a été mis pour moi. en toute chose. ou alors dans un asile. Et même folle.. c’est le Mal. et quelques-uns J 9 238 . Il y e | 9 qui commencent. Chez mes parents. tous ceux qui l’écoutent. On l’a cloué là pour lui dire : voilà ta place. Encore un à qui « on » avait envoyé le Mal. k troisième du deuxième. Une sorte de folie aussi. Je deviendn folle. Dieu est le père de tq ® dit souvent le père Pélage. toi q u i 9 croyais le plus fort. son fils est allé le chercher. c’est une question de foi. La croix. Le père d’une amie y est enfermé depii cinquante ans. puisque Dieu. tu trouves® Diable. et aura vitj assez d’eux. repousser les limites humaines. elle est foutue. Cest peut-être pourquoi on p § 9 de la folie de la croix. se dépasser. S Le Bien. Si mi mère avait voulu nous rendre semblables. D H a créé le Bien. Je fais toujou® intervenir la croyance.® ne l’a pas gardé longtemps.c’est dix sentiments différents que la société accueille. Alors. la maison marche grâce à lui. mais nous parlons de L ® Nous cherchons : comment telle chose a pu se faire et pas te® autre. Sortis d’une seule. Une maman doit voie clair là-dessus pour pouvoir s’accommoder de chacun. Pas un pareil à l’autre. c’est le Bien. D ifl aime tous ses enfants. des croyants comme des incroyai® Nous. débordée. certains v eu l|9 s’oublier. mon fils aîné est tout pour moi : c’est lui le pèr| la mère nourricière. A toi de n ed ® prendre le chemin du Mal. Au moment | réveil de la Soufrière. notre volcan. A la maison. Joseph soient comme lui? Dans ce cat il me faudra travailler à les faire lui ressembler. tonitruam dans la cité. n’avons jamais vu Dieu. et le Diable. ils sont tous dissemblables. Nous sommes plus forts que toi. Ses parents touchent sa retraite.

et s’il est possible pour nous d’arriver à sortir de cette société. Je me demande si c’est la Guadeloupe toute seule qui est malade comme ça.craquent et sont enfermés à l’asile. de la changer. plus il y en a. Plus nous allons. avant que nos têtes tournent toutes à l’envers. .

les Quadeloupéens aiment sa. Je n'ai pas te droit de Im fouler aux pieds. ^ Hector Poui A entendre certains Quadeloupéens. Qu’est-ce que la langue française a à voir avec la boi éducation? Un enfant bien éduqué est un enfant qui écoute grandes personnes. sé lang an mwen. dans le respect et dans l’honneur. c'est elle qm méfait porte-parole. une maladie qui rend fou . lang Pourquoi les Nègres méprisentl yo konnét palé. 240 . An pé di sa lèd : ou pa konnèt paie Que c'est laid! Tu ne sais fwansé. Je voudrais comprendre pourq loupéyen enmé palé fwansé kon. on maladi ka rann moun brak L'amour du français. c’est enlever un bourgeon à l Humanité. dit bonjour et grandit comme ses s’efforcent de Félever. An pa i dwa mété-y anba plat a pyé an-mwen. un enfant bien éduqué un enfant qui parle toujours le français. F6 ou brak menm pou ou rété Hfaut être cinglé pour rester ■ adan on sitiyasyon konsa. sé-yî ki ka di kimoun ki ka palé dèyè mwen. Chapitre X lïï Enmé palé fwansé. parler le français. Pouki Nèg ka méprizé kréyôl. An té vlé konprann pouki Gwad. Ma charge à moi. An pa dwa lése-yo toufé-y pas toufé on lang sé dôbou- jonné Limanité. parler le français et tu veux. une situation pareille. car étouffer une langue. c'est ma langue. créole. je n'ai pas le droit de la laisseù étouffer. une langue qu'ils sc parler. sé fwansé ou vlé palé. le français. Chaj an mwen sé mwen.

les Gaulois wpar-ci. Dans nos livres d’école. en vétiver*. Enchaîner. si tu ne connais pas le français. dodo. Est-ce sur les bancs de l’école qu’on attrape cette maladie? Je le crois bien. tout simplement. c’est toi. et je les répétais avec plaisir. u-ne ’ bo-bi-ne. Nous ne voyions jamais de Nègres dans les livres. pas du tout. on te considère comme un être inachevé. nous choquait pas. be bi.. P Graminée dont la racine est utilisée en parfumerie et la tige tressée ûour faire des sacs et des paniers. ça existe alors! On entendait «la rivière La HRose ». « La Lézarde ». dans le livre. 241 .. un sac en cuir ' sûr le dos. Tu y allais pour ça. la chose la plus importante. un dessin. Maintenant. C’était réciter. B Maintenant. Valérie qui va à i l’école. Nous. W* A l’école. tu reconnais un papa. Pour nous. livre de ma petite-fille. les Caraïbes se frottaient le corps avec felu roukou. bo. une maman. Et ça n’a guère changé. je découvre : tiens! ce que je récitais en [ g é o g r a p h i e locale. A évoquer cela. « La Sarcelle ». ils l n’étaient pas là. je vois clair. mais allez savoir qu’elles Boulaient en Guadeloupe! « Guiyono ». mais alors là. Quant à les S ituer dans une commune! Tout ça restait pour nous un mystère. Il ne serait pas venu à l’idée de demander à ma maman : .Pourquoi. les Gaulois par-là. je voyage. c’était t d’apprendre le français. on ne nous expliquait rien. papa. la dame est blanche? Je ne pouvais absolument pas poser cette question. on ne voyait aucun portrait de Nègre.. que je m’aperçois que je ne m’étais pas rendu compte de ça : toutes les personnes qu’on voyait dans nos livres étaient blanches.. « Bayarjan ». et je me révolte quand dans le . [ Pas de maman ni de papa noirs. Ils te montraient une pipe. i mais sans voir que c’est une dame. ils ne pouvaient pas nous le dire. un petit 'panier. je me rends compte que nous ne ^réfléchissons pas du tout là-dessus. avec ses livres et son petit fière. à remuer tous f ces souvenirs d’enfance et de ma vie. déchaîner.. Tu sais que c’est une photo. ne pas voir de Guadeloupéens dans nos livres ne . ils t’appellent Valérie. C’est aujourd’hui. un monsieur blanc! Et ils ne nous disaient pas : voici un Blanc. Aujourd’hui. sans rien comprendre. nous n’avons pas de cartable en cuir! Nous ‘allons à l’école avec un sac en toile. ces noms me S e mblaient étranges. De mon temps. C’est grave. ba.

si tu ne récites pas tes prières avant ® t’endormir. qui refusaient® fouet et s’enfuyaient des habitations.Un Nègre marron s’est échappé! Enfants des écoles. 1 L’esclavage. j e ® fâchais quand des garçons venaient lui faire la causette en créo® Je me disais : ce n’est pas une fréquentation pour elle.Je ne suis pas d’accord du tout. J’ai entendu parler d’ « es. enragé comme s’il allait manger saj belle-mère: | . aveuglée. et. debout. 1 Cet homme vivait peut-être avec une femme blanche? De quoi! avait-il peur? Si tu n’as pas toi-même subi toutes ces atrocités. Un monsieur s’est levé.. moi-même. voilà son travail. Tu apprenais 1 tout de même quelque chose. Et pourquoi donc? j Il y a quelque temps. ça s’est réellement passé. qui. ces rencontres. Toujours cacheçj cacher notre histoire! jj Si je ne savais rien de l’esclavage. je ne peux pas! rayer l’esclavage. des assassins. je sel® pire que bon nombre de Guadeloupéens. des brigand® de mauvaises personnes qui s’étaient échappés de la prison ® dont.j claves blancs» dans l’histoire de France. ces boulever® mènts de ces dernières années. si je n’avais pas fait attention. ma fille aînée. Quand Lucie. Mais même si je le veux. La maîtresse ne donnait aucune explication : te faire tenir) tranquille et parler le français. On n’a pas idée de faire venir! des gens pour leur ressasser toutes ces souffrances d’un temps! déjà dépassé. des voleurs. était à l’école. je suis allée à une conférence où l’oal racontait tout ce que les Nègres avaient enduré pendant l’escla-j vage. on ne connaissait pas. ® Il n’y a pas longtemps que j’ai appris qui étaient les v r® Nègres marrons : des Nègres rebelles. On nous cachait tantj de choses. rentrez tout droit chez vous.. C’est vrai® ne mens pas. être d ® 242 . On entendait : ® . le Nègre marron viendra te prendre et t’emporté® dans les bois. je croyais être très renseigné» sur les Nègres marrons. On nous a fait évoluer à to ® vitesse.Si tu n’es pas sage. tul n’est pas obligé de haïr. ne musardez pas en route!® Les Nègres marrons. on nous menaçait : ® . ces conférences. attecn tion. mais ton esprit n’était pas déployé J pour savoir au juste où tu étais. tu étais. enfant. Je l’ai appris grâce à toi™ ces réunions. Ça ne peut que susciter la haine contre le$| Blancs.

parlé par des Nègres non ÎS. je voulais bien qu’elle converse avec d’autres personnes. parler français qui disent aux autres qu'ils n’en ont pas besoin. on gason pé palé kréyôl. D’un autre côté. Maintenant. je me rends compte que c’était "bête de penser comme ça. des voisines. Sa pa bon si li vlé fè on unefille. En faisant un pas en arrière. Je ne voyais pas clair du tout. De telles pensées n’auraient jamais dû prendre racine dans ma tête.Un garçon peut parler créole. par exemple.Pourquoi parles-tu ce créole pay­ pfonsa pou timoun la? Palé fwansé san à cet enfant? Parle-luifrançais -i trapé bon labitid pou-i pour qu’il prenne de bonnes habi­ ib réponn on gran moun an tudes. Je ne possède rien. les parents. créole pur. non. les mères. . on ne la laissait par parler avec n’importe quel petit Nègre. les grands-parents se fâchent : Sé moun ki ja konnèt palé . mais que je connaissais. Gwokréyôl. authentique. '. Nous toutes.Je suis déjà malheureuse comme " . de moindre valeur que ces garçons peut-être. et ceux qui doivent reculer recu­ lent.An ja maléré kon lapyè. faire un bon mariage. 243 . an pa . pour qu'il arrive à une situa­ tion. mais je le pensais. ~Pouki ou ka palé gwo * kréyôl . beaucoup sont choqués quand on s’adresse en créole à un enfant Et quand il igit d’un instituteur. 51 ba-i. ï non. j ’ai appris que ceux qui doivent avancer avancent. gwo nèg. une jeune fille arrivée dans la classe du baccalauréat.Ce sont ceux qui savent déjà *fwansé ki ka di lézèt pa bizouen-i. « ils» nous ont pris comme dans une boîte à crabes. Il fwansé pou voué si li ka trapé on faut que mon enfant parlefrançais sitiyasyon. même si elle lui a parlé en créole. avions cette attitude. Avec cette histoire de français. En ce temps-là. fo timoun an mwen palé les pierres. Tannée du bac et se laisser conter fleurette par des garçons qui ne savent même pas parler fiançais! Je ne lui disais pas. Encore aujourd’hui. soit capable de répondre en menm si moun la palé français à une grande personne. Ça l’empêcherait de mayé.

En Guadeloupe. ni d’écrire.) » 244 . Les gens parlaient peu. ni de parler le français. le tribunal. dire au micro. participent au comment taire de l’Évangile. on se moque trd|| de ceux qui parlent mal le français..Je t’aime comme un gligli perché sur une branche à zabdïB sec.! l’Évangile nous inspire. Mon Dieu. tous ces gens qui ne savent pas dire «pain cuit» en français et qui voudraient interdire le créole.. surtout à l’église. i Le père Céleste nous a raconté une discussion qu'il avait eue avec sa marraine : . ta mère. prêcher en créole pour un prêtre. ça ne s’est pas fait en un jour.Jj . t’a élevé dans les bois de «Kalakaz». que d’y faire résonner le créole. mon kèr a fait bidimbad. Chérubin. Et elle n’est pas la seule à penser ainsi. c’était dérespecter le Bon Dieu que de prêcher en créole. défendent à leurs enfants de parler créole. et même très loin. lui disait-elle. onj roulait en français. M On trouve des mademoiselles «je te vire» parce que sera grand-père avait dit un jour à une belle : . sur les hauteurs de i Trois-Riviéres. c’est< triste.Comment. même ceux qui n’étaient capables ni lire.La première fois que je te vire. Ceux-là sont déjà pris. on leur a fait perdre tout ce-qui était déjà à eux. Ceux qui ne savent ni lire ni écrire sont les plus acharnés ! contre le créole. détestent le créole! On leur a donné le français à parler. voilà la langue qu’il faut parler. Au début. ce serait dérespecter aussi l’école. ce que. L’idée était que tous. en créole. à « Dèyè Bwa». Et patati et patata. tu| fais attention puisque tu sais que toute ta descendance peu® hériter de tes fautes._ Qu’est-ce que cette histoire de créole dans la maison de Dieu? Pour elle. Pour beaucoup. mais elle s’adressait à toi en français! Elle t’a envoyé à l’école. î fidèles. venir dans l’église. même ceux qui avaient quelque chose à dire. dans nos réunions de quartier. Ils sont malades j d’amour du français! Voilà pourquoi. . Avant d’ouvrir ta bouche. Ne voilà-t-il pas que j ’apprends que tu parles et fais parler créole à reglise!. ligotés.® Des monsieur « Gligli » : È . (Je t’aime comme un oiseau perché sur un avoca™ desséché. et pour nous.

tu ne trouves pas. Tu peux t’exprimer. de migan. toutes tes idées bortent librement. tu ne le peux. c’est une méthode qu’il a choisie pour mieux faire passer les paroles hdu Christ. En adoptant notre langue. plat de diverses « racines » cuites ensemble. le Christ a dit cela. et les autres ne te ^comprennent pas. elle fait li|cQle en français. Comme ils applaudissent d’ailleurs aux phrases françaises qui sonnent bien même s’ils ne comprennent pas ce qu’elles veulent dire. Quand j ’allais écouter les conférences électorales. tu t’embrouil- gles. et aussi que certains qui ne parlent pas très bien le français ont honte. ce qui m’in­ téressait. de s’entendre demander l’heure comme ça: . sa famille l’a élevée en français. Le texte est déjà écrit. Qu’est-ce que j ’ai pu rire en entendant ce candidat pester contre les communistes : . Je trouve ça beau. Je faisais un effort pour les fourrer dans ma mémoire afin d’en faire profiter les absents. on ne pouvait aller très loin. on ne pouvait pas dire grand-chose. en français. Elle avait p Miganné. Tu n’arrives pas à dire ce que tu ressens. rigolant de toutes leurs fautes. Tu ^cherches quels mots employer. 245 . est institutrice. on répétait : le Christ a dit ceci. pour quelques-uns.Mademoiselle. parle ton créole! p Les animateurs ont compris ça. En ^créole. et tu fais parler le texte. c’est autre chose. Adèle. Plutôt que de patauger ainsi en français ËjgUganné *. Le parti comminis a kouyé ça! (a tué ça!). pouvez-vous me mettre en contact direct avec la marche palpitante du temps? Chérubin savait tout cela. moi. mais. par exemple. il feur a fallu un effort. c’étaient les mots que les orateurs employaient. On a voulu un dispensaire pou panser le bobo de la malade. Le parti comminis a roukouvé ça! Et cet autre qui se trouvait «constipé» devant l’état de la mairie et du monument aux morts! Même ceux qui ne sont pas forts du tout en français aiment rire des bêtises des autres. 1 Lorsqu’on commentait l’Évangile en français.On a voulu faire un marché pou vendu le pois boukousou qui a porté beaucoup cette année. Si tu veux vraiment Expliquer les effets du texte sur toi. Je me moquais d’eux.

Dites ce que vous avez à dire en créole. Quand elle a vu les difficultés des gens en réunion. mais en créole. 246 . ils n’ont fait qj® parler créole! J® Il n’avait rien écouté. ce n’est pas ejl français qu’il faut leur parler.T. elle a conseillé : ■ . et personnel aujourd’hui n’utiliserait notre langue dans les réunions. mais quant à faire une intervention! à prendre la parole en public en créole « toulongalé » (tout au] long du discours). je n’étais pas encore tellement dans® coup. J’étais chez une amie.G.A. à La Rosière. les prem ier se sont dit : m « Nous nous adressons à des ouvriers agricoles qui ne savenl ni lire ni écrire. et aussi la musique.T. en 71. quai® quelqu’un est venu raconter le meeting : j® . petit à petit. Elle s’y est misé d’elle-même. cette histoire de créole! Je critique souvent Chérubin car il entre.Une bande de petits Nègres! J’avais compris qu’ils venaiei® dire quelque chose d’important. jamais Chéj rubin n’aurait osé faire entrer le créole à l’église. pas question. impossible de lui demander de se lancer en créole d’un coup. il faut connaître la méthode pour arranger des paroles qui sonnent^ bellement. » 3 Ils sont venus devant l’usine expliquer leur affaires. mais je laissais traîner mes oreilles et cherchais à savoir ® qui se passait. jj A cette époque. nous les répétons..P. Ainsi. par exemple. Elle a fait cet effort.Je ne suis pas musicienne. U. et elle enchaînait en créole. Il y en a dans le livre.l’habitude d’aller à la messe en français. je n’ai pas appris la musique. Une jeune responsable de lafl chorale l’a bien dit à Céleste : J . j Sans l’apparition des syndicats U. qu’ils composent des chants en créolé Mais ça ne se fait pas comme ça. : Union des paysans de la Guadeloupe. rien entendu. *.A. Il ne suffit pas de trouver les mots en créole. Il veut. nous les chantons. on nous lesj a appris. S’ils sont syndiqués chez nous.P. ils pourro® bien nous comprendre.G. Quel problème. des chants pour l’église! Il fauf être doué. J Nous parlions comme ça. Il ne savait pas s i^ n syndicalistes avaient parlé du prix de la tonne de canne o u 9 * U. Les gens de l’U. je t’en fous. parfois. je ni! peux pas composer des chants. en conflit avec les jeunes à cause de­ çà.

je suis allée à l’école. Le français. E nou touvé l'ont apporté et nous avons foncé pri. participer à un partage d’Évangile et à une messe en )Ie est un grand bouleversement. le père Céleste. c'est notre éperon natu­ an vant a man man nou. dans le ventre de notre ibennyé adan. je ne sais pas ce qu’il dans les tréfonds de cette langue. pas facile ^accepter un changement. Sôti ou sôti. Ils n’avaient jamais vu ça. Yo pôté-i parler à la maison. à lise. Dès tann palé a kaz a-ou. et. ['interdiction de couper la canne au mètre. nou rel Déjà. Ils nous bèf a tchou fon. nou è nau enki varé adan-i c'est un habit d'emprunt. leurs revendications. j ’arrivais à répéter des mots sans trébucher. on sait ce les mots de la Bible veulent dire. Quant aux chants en latin. je parle le français. nulle part en Guadeloupe! Et aurtant : Kréyôl sé zépon natirèl an nou. A force itude. Cette idée a beaucoup avancé. dedans comme un taureau efflan­ qué. de nombreuses actions. Moi. en qu’homme. les travailleurs de la canne avaient pu exprimer eux-mêmes. A la de ça. nous l'entendons îsé sé on lenj prêté. Le créole. a dû se dire : Pourquoi ï? Pourquoi ne pas utiliser le créole à l’église. parler créole. m’aurait demandé leur sens : zéro. sé sa mère. qui vivait au milieu des petits riculteurs et des ouvriers agricoles. dans nos partages évangile. il n’avait retenu Qu’une chose: «Une bande de petits Nègres venus faire les [rouillons. peignait en créole : 247 . dans leur langue. j ’étais la reine aux prières des morts. qui avait mené avec eux. Pour ceux qui se baignent dans le îçais. On dit que je lis bien. c’est la langue des pauvres44. Certains ne voulaient rien entendre et trouvaient ça inadmis- le. notre naissance. Nous nous sommes trouvés pris. mais je ne le pas dans tous ses tours et contours. je ne comprenais iuis que le père Céleste explique tout en créole. mais à pas de «môlôkoy» ortue) : quand on t’a enfoncé une chose dans la tête. nous baignons dedans. » Pour la première fois. Le créole.

. dans son français bien à elle. et moi-même marchons en créole avec tout monde. c* impossible. dans ma jeunesse. Je prétends que le créole n’a aucu mauvaise influence sur nous. laudate. elle ri. deux parts. Les anciens con saient le créole.. chasse. puis il s* séparé d’eux. Ils n’étaient pas empê comme aujourd’hui dans ces affaires de langue. II se fâchait : . Il s’était mis en 1 de les élever uniquement en français. tu me barres. Ils ne se posai pas de questions. etc. dlo glasé (de l’eau glacée). Même si grande personne s’adressait à l’une d’elles en créole. miziré kôd (mesurez la corde). . elle dit comme ça d’envo) piment pour elle. » . Dé bouche de ses filles sortait un drôle de « migan ». maman n’aurait dit à son enfant : .Maman est en bas le fond.Ce n’est pas la première fois que j ’attrape barbe avec toi. miséricorde.Man Joseph. Vouloir éduquer enfants dans cette langue paraissait une chose bizarre. ne t’assis pas par terre. Jamais. Un cousin de Carangaise avait deux filles. Elle n’aime pas utiliser le créole avec de si petits enfan Marc. me dit l’un. je me rends compte que les enfan d’aujourd’hui ne sont pas plus avancés que moi hier. retirer le linge mouillé sur toi. Elle s’adresse à lui français. Et puis.La pluie. comment faire Jésus fendu en deux? Il prenait « séparé d’eux » au sens créole : fendre en deux. A peine ouvrait-il la que tout le monde riait. Ils comprennent pas le français. un point c’est tout. tout le temps. L’autre jour ils devaient illustrer un dessin la parole : « Jésus était avec ses disciples. Ma fille Lucie a un fils de quatre ans. donnant à la l d’énormes coups de roche : . dait en français. se sentaient libres. crois sé dé ti honte tu me fais honte! Mon cousin ne connaissait pas le français. « Maman-catéchisme ». la manie du «parler français» a gagné du t~ 248 .Je te défends de parler créole! Cette mode n’avait pas encore débarqué. son frère. Ave Maria devenait lavé lari la (lavez la rue). je ne peux pas dessiner ça.

qui habite en France. Si elle avait fait l’étonnée. Lorsque je me trouve \ avec mon fils Justin et sa femme. B&ur père. r je pense. partout. ï en français. c’est le feréole. même si elles ne ^savent pas parler français. et mes enfants w&ssi. Il ne leur Refendait pas de parler créole. Moi pas. Je t he parle pas français à la maison. Il parlait créole avec Joseph et s’adressait à moi en gfrancais. mon genre de vie. lui. Ma fille. Je lui ai répondu en créole. Il faut respecter la ^personne qui est en face de toi. Elle pourrait s’imaginer que je dis du mal d’elle. je n’ai pas changé. Quand je rencontre des « gens à ► français ». rajoutant des fautes là où : il n’y en a pas. Avec les derniers. J’ai conservé mes habitudes. mais je ne me suis .Maman.Jé tè déjà dit komsa sè la peigne qu’on dit. •' . dans une grande f indifférence. je m’adresse à eux en français.Ne parlez pas le créole. Avions-nous ^habitude. Je n’ai jamais suivi cette méthode. pour corriger les devoirs k ou la façon de parler. Les mères qui veulent tout diriger sans se jvrendre compte qu’elles ne sont pas à la hauteur de leurs enfants sont une vraie plaie. J’ai été élevée dans le créole. mais il s’est toujours adressé à eux B p français. .[ Moi-même. Ainsi me respectait le géreur de l’habitation. Il ja épousé une Blanche qui ne comprend pas notre langue. dans la rue. à la petite école ou à la grande 249 . Je contrôle tant bien que mal le français. [' corrigeant ce qu’il ne faut pas corriger. et très vite d’ailleurs la gangue française a disparu de chez moi. avait attrapé la maladie du français. où ça ti a déposé lè peigne? . à la boutique. qu’il aillent à l’école ou non. p Avec les amis. je ne sais plus ni quand ni comment. j’échange avec lui en français. Plies enfants ne peuvent me reprocher d’avoir eu de telles idées. Elles interviennent à tort et à travers. ça va vous empêcher d’apprendre le |& nçais. à la maison. de prendre des causers en français?» H Je ne vois réellement pas comment il me serait possible ^ d ’affirmer : je ne veux pas entendre parler créole! Maintenant. je m’y suis mise avec mes enfants. m’a téléphoné l’autre jour. i|je lui aurais dit : « Ma fille. jamais mêlée dans les histoires d’école. Elles interdisent le créole dans leur maison. nfes parents serinent à leurs enfants : K ' .

je ne suis pasW institutrice. et j’ai fait tout ce que j’ai pu pour les envoyer à l’école. cela nuit aux enfants. Et comment réagir? Il n’y avait personi® pour nous aider à regarder ce qu’il fallait regarder.Je n’ai jamais parlé français à mes enfants à la maison. On entendait parler de grands Nègn® comme Félix Eboué. et il tombe. agricole! Extraordinaire! Tous mes enfants ont fait ce qu’ils. moi. ^ Je n’ai donc pas de problèmes dans cette affaire. Tu peu® aussi le tuer. et quand le père Céleste s’est mis au créole» j’ai dit bravo! m L’emploi du créole a beaucoup changé notre façon de vivre® entre nous. debout. surtout mon beau- frère. changé. et ne s’exprimaient pas. c’est de leur faute. Aujourd’hui. mais « ils » l’avaient tuée. avaient à faire. Les petites gens o i » tellement de choses à dire. mais il est aveugle. Je me rends compte que notfljy langue créole a une belle valeur. Il s’exprimait si bien en français. un zombi. de la faute à leur fainéantise. Ils avaient tous le pouvoir d’aller loin. c’est la m ode* Les instituteurs vous embêtent avec ça. Grâce a » créole. dans les réunions de parents par exemple. Ceux qui n’ont pas poursuivi leurs études. aveugle d » l’esprit. JE Voilà ce qu’on appelle tuer quelqu’un sans qu’il se rend® compte qu’on le tue. Les Guadeloupéens cherchent à savo® maintenant qui ils sont. et il est là. et ça ne les a pas empêchés d’apprendre le français. parler créole. Ils crient : w . par exemple. ils osent prendre la parole. Je dis : « Je suis guadeloupéenne. découvrir t » qu’il fallait découvrir. ils ne peuvent rédiger ® leurs devoirs en français correct! m Ils voient le problème à leur façon.Trop de créole. que d’histoires autour du créole. présent W lui-même. mais. l’enfant d’une ouvrière. je dis ce que je pense. d’o ü |B suis sortie. Les balcons dey ses yeux sont largement ouverts. » Sur ma catjH d’identité. partout où je me trouve. métis il n’est pas là. je témoigne : \ . W Il y a plusieurs façons de tuer quelqu’un: tu peux le tu d » physiquement. lui porter un coup mortel. parle» français. et. les rapports entre un instituteur et un ouvrier agricole de la communauté. comme une belle-mère qui a reconnu ses enfanjH 250 . C’est une femme ajflE m’a reconnue. I! est mort. il y a « nationalité française ». Je ne sais pas encore qui je suis. à leurs mauvaises fréquentations. Qu’est-il? Rien. J’ai ai même un' qui étonnait tout le monde sur l’habitation.

«assimilation». c’est notre seule vraie patrie. Depuis que je m’intéresse aux nouveaux mouvements. surtout celles qui. je ne peux pas répondre le contraire. 251 . ^mêrne si ce n’est qu’un billet de cent francs que je reçois par *mois.Oh là là! Avec soixante-dix francs et sept enfants. vous avez un garçon qui vous donne à 'manger. c’était : F . Évidem­ ment. fait capituler ton intelli­ gence. ne pouvaient toucher les allocations familiales. que vous le laissez tomber. Si la France lionne maintenant. Quant à cet argent qui vient trouver les gens sans qu’ils aient à travailler et tombe dans leurs mains comme une mangue bien mûre.C’est normal. Quand vous prenez en change un enfant. vous lui donnez à boire et à manger. il bouleverse cœur. On me répond : L .Man Joseph. j ’ai découvert l’impor­ tance de savoir «qui on est». je réponds : . les femmes qui touchaient l’indemnité femme seule Phele criaient pas sur les toits.. l’argent braguette ». Il n’y a pas si longtemps. Puis le bruit s’est répandu. tout le monde sort du ventre de sa mère. j’essaie d’expliquer où tout ça peut nous mener. donnera-t-elle toujours? & Pour la rentrée scolaire.Sans la France nous ne pourrions vivre. Chaque Rfemme célibataire remplit sa demande. Quand on me dit : . esprit. Ce n’est pourtant pas parce que les allocations vous %rangent bien qu’il faut rester à attendre comme ça. mais la France dirige tout. Tout le monde rouspé- *tait: u . vous. Cet argent gagné sans suer détruit ton équilibre. on a reçu soixante-dix ^francs. ne !*travaillant pas. la “chanson a changé. Parfois. vous avez une fille institutrice. Ou alors ça veut dire que vous le lâchez. F Eh oui! ils ont raison. chavire les têtes. Quand la prime est passée à quatre cent cinquante francs. que ^peux-tu faire? Ils peuvent garder leur argent..Alléluia! Vive maman France! F Au début. je ne pouvais me dire ni guadelou- péenne ni française. Je ne savais pas réellement ce que voulait dire «départementalisation». une autre qui travaille en ^France. « d ’où nous venons». la deuxième fois un peu plus. la première fois.

l’argent. Les enfants pris en charge par le- gouvernement . tes calebasses? Aujourd’hui. Ils ont commencé à nous déshabituer de tout ce que no avions. à pétrole. le gouvernement français nous tient- par là. dans le peuple.On timoun andikapé. ont fait dans notre tête. bien sûr. Les allocations familiales. Beaucoup sont pris. tout le mauvais travail que les poux-de-bois. Chérubin lui-même insiste beaucoup trop sur ces histoi d* « assistés » et de « mendiants ».. de là à « déchirer leur charité ». mettre leur honneur en pi dans des réunions publiques. Au lieu d’élever des poules. Nous sommes au siècle de l’électricité. réchaud à charbon de bois qui donne si bon goût au poi grillé.. nous délayons de la purée-mim Nous ne nous efforçons plus pour obtenir notre nourri Pourquoi ne plus faire à manger comme avant? Nous m précipitons nous-mêmes dans leurs manières. pas des malhei 252 . de nos objets. nous les achetons prêtes à cuire. Timoun a laloua. . c’est au^ nyéla on bénédiksyon adan on jourd’hui une bénédiction dard* kaz. de le répéter qu’elles sont des « assistées ». Ces femmes ont tort. paroles qui nous déshonorent. la Sécurité sociale.J est normal d’avoir un frigidaire. nous* femmes. qui le voient déguerpir par la fenêtre quand le contrôleur des « couche toute. Avant de nous juger les uns autres. A force de les mépriser. une maison. mais pourquoi ne conserver tes potiches en terre qui gardent l’eau si fraîche.. il nous faut comprendre comment nous en so arrivés là. de les t de les plumer nous-mêmes.Il n’y a pas de meilleur mari qui té. L’argent. sé kon.. Paroles qui font mal. tout ce dont nous avons besoin pour vivre. seule » passe. Dans les cuisines. termites. il sème la division dans les familles... on fera d’elles des « mei diantes ». d’accord. Quel genre d’enfants vont nous faire les «femmes seules»? Des enfants à qui l’on cache le nom de leur père.Pa ni pi bon mari pasé lasékiri.Un enfant handicapé. Je parle de ceux qui peuvent se pa vivres et marchandises dans le Monoprix. n le voulons tout préparé. d’agir ainsi.Lajan bragèt. lieu de planter des ignames. on trouve réchauds à gaz.

Man Joseph. Et à cause d’eüx. J’ai fait la mienne bien avant. tu ne danses plus au krythme de ton tambour. elle vient de faire sa «demande. on met le téléphone chez la ■Pécile. Toutes ces choses qui s’étalent dans les magasins. ce n’est pas possible. Une fois que rtu as goûté à toutes ces choses nouvelles. elles sont entrées en Guadeloupe pour les fonctionnaires. il te donne toujours Iquelque argent. «Ttains triomphaient : 253 - .. j’arrivais dans ma cité.Ma chère.. J’aurais dû tenir ma langue. Est-ce qu’une attacheuse. tu veux les limiter. Et. sans penser à mal. J ’étais bien embêtée.. R i Je parlais pour parler. Dire que je ne peux faire de mal à personne. c’est du raisin. ce sont les fonctionnaires qui l’ont lancée. R. L’administration connaît le montant de sa paye. qui prennent leur plaisir à acheter à pleins bras. du jus de poire. une nourriture équilibrée comme en mange un fils ou une fille de fonctionnaire? Jamais. de s’habiller comme lui. R . toi qui ne fais pas partie du lot. Le malheureux doit acheter au ■même prix. p-Ce jour-Ià. il n’y a qu’un mois que M11* C. mais sur leur musique. a déposé bai demande? Je vais vérifier les dossiers. Petit argent. R . Je ne vais pas m’abîmer p i santé pour essayer de l’avoir avant mon tour.Mais oui. qui est Kichée avec les deux.. t’apporte parfois un kilo de « pommes-France ». grand prix. qui }gagne de temps en temps une journée sur l’habitation. Il y a des gens qui «tendent depuis cinq ans..* pourtant. Le fonctionnaire a un mois qui tombe.Revenant d’une visite médicale. peut i donner à ses enfants du lait. madame. R — Comment. les malheureux souffrent. et ne voilà-t-il pas que Bp type venu poser le téléphone m’a entendue et s’est approché de bous. elle sait alors à quel prix fixer le kilo de viande. de parler comme lui. la Cécile n’a pas obtenu son téléphone.f Cette manie de manger comme le Blanc. de la viande.. régulier. mais quand blême. Une de kjies voisines m’accroche : p . celle qui est coincée entre les deux familles.Cécile? B . ISi tu vas à l’hôpital. Si tu as un enfant fonctionnaire. viens voir. D’autres Rans la cité ont eu la priorité.

mon mar^ est fonctionnaire. une pour m ® sieur. La femme élève des cochons. des poules. petite malheureuse. interdiction aux parents d d ® déplacer. Des familles de « gwokyap » : in s tH teurs. ils sont là pour la m o i® pour l’esbroufe. leurs meubles. tia essaies de te mettre à ma hauteur. Peut-être une fois. Tout ce travail pour changer de salon! Porter son arg® au Blanc dans sa boutique! -® Ses fauteuils lui piquaient le derrière. avoir tout ce qu’on a. à la nouvelle année. c’est leur maison.Bien fait pour elle. lapins. leur famille. disait-elle. Tous vivent pour la galerie. m pour appeler qui? Quel toupet! 4 De quelle hauteur parlait-elle. aucun partage. je suis une personne. une pour madame. le mandat du mari. im Dans presque chaque famille. cette folie de posséder ai de se concurrencer entre voisins. elle veut! imiter les fonctionnaires. ® Dans un des foyers. elle n’a pu réprimer son contentement eif apprenant que le fonctionnaire de mari avait eu un accident 41 voiture. Elle a la folie des grandeurs. « tikyap ». moi! \ Au ton de cette femme. En attendant. Un jour. Rien en communauté.® qu’ils me font rire! Ils se saignent pour paraître. c’est m â |H 254 . Leur corp» leurs amis. Mes quatres petits fauteuils. ■j Voilà où nous mène. attention! interdict® aux enfants de s’asseoir dessus. coupe l’herbe au b o rd . d’ailleutw comment le garder quand on habite dans une cité? C’est cancaraj et compagnie. deux voitures. tu ne me ressemble! pas. . Personne n’en est plus heure™ au contraire. on sentait qu’elle voulait dire àl l’autre: :Ij . Et. de celle de son mandat? Des! paroles aussi mauvaises sèment la division. mais. Parce que fonctionnaire. on inviter® famille à les essayer. tu demandes le téléphone. tu n’es pas un être humain. Toi. mais elle s’esïj mise à la haïr..® routes.Pour moi. courir derrière nous et faire tout ce* qu’on fait. fonctionnaires. Un marin-pêcheur mène un train de fo ® tionnaire grâce à tous ses filons. Elle a a d ® quatre gros machins rembourrés. Les gens ont perdu le sens de la vie. je peü^j m’acheter ce que je veux. Je suis fonctionnaire. en Guadeloupe. Non seulement Cécile s’est fâchée avec son aristocrate de voisine.. je peux faire mettre le téléphone. un fonctionna® tombe chaque mois. 'j ® Très peu pour moi. ramasse les restes de repas.

Mes six chaises ne lui convenaient pas. depuis le temps que ce pays est indépendant! Tout ce les Haïtiens supportent. mais ils disent non à l’indépen­ dance. ils seront à vos côtés. avec toutes leurs traites à payer. au feu de bois entre trois pierres. Elle a voulu me meubler un petit salon : une table basse et quatre fauteuils en bois. rajoute ce que tu veux. Ils vivent mal. .. tout va de travers. ils ignorent ce trouveront au bout du chemin.Si ça ne te plaît pas. rien ne marche au d’accord. Il nous faut pourtant ôter nos pieds de ces mauvais vieux ailiers. ce n’est pas mais l’indépendance. Avec l’indépendance. même lorsqu’il s’agit de vie de tous les jours? id la société qui distribue l’eau au Lamentin faisait mal ïnettant à sec nos robinets. a chaltouné? nous éclairer à la torche? 'our poser des questions. Comment les faire bouger s’ils ne . sont sûrs de ce qu’ils ont.t pas. au charbon de bois. ma fille.. ils n’en veulent pas. chabon. quand nous avons vu que 255 . ne vont pas aux réunions. Mais la majorité des Guadeloupéens ne veut pas tendre parler de l’indépendance. ne vont pas aux réunions. il y a deux ans. Comment voulez-vous que ces gens-là. Même ceux qui ont nvie de s’approcher de cette idée restent assis. D’accord. mais ils ïtent pas les réponses. tout de même. devrons-nous le subir aussi? Les se posent plein de questions. Ils servent de cheval à tous les enfants qui passent. sans ■oir trop où aller se mettre ni quoi faire. sèl ôbô lanmè. Tout le monde a le droit de s’y asseoir et de les déplacer. ïnt-ils. ils posent des questions. et les partis de l’indépendance eux-mêmes tiennent lfeurs affaires secrètes.qui me les a offerts quand elle est venue en vacances. et notre situation. Et Comment pourraient-ils le savoir? Ils ne sortent pas. installés dans leur situation. timides. chercher notre sel dans la mer. On ne peut pas vouloir entrer dans quelque sans en connaître le a et le b. ké rétouné Retournerons-nous i wôch a difé. veuillent mettre la main à la pâte pour changer la Guadeloupe? Pour quelques actions. Regardez Haïti. mais ils vivent. sans même savoir ce que c’est.

nous nous mettons discuter du problème de l’indépendance. en réunion comme à la messe. mais pas avec n’importe qui. aussi? . je rencontre uncN connaissance et."’ comme une catastrophe. mais personne n’avait bougé. Elle se mêle à notre conversa-^ tion : H .3 aussi. ils envoient leurs gosses aux colonies de vacances qu’il organise. se querel- 1er? Et les mauvaises paroles. Angélina. qui n’ont encore rien compris et ne veulent pas comprendre.la mairie prenait une taxe énorme sur les factures. Discuter avec des gens qui ne réfléchissent pas.Vous voulez l’indépendance. paroles d’ironie méchante. ressortent1 n’importe où. Moi- même. j ’allumerai du bois po faire cuire mon fruit à pain. à la fête de la Rosière. je la prépare. j ’achète du gaz. Demain. nous n’obtiendrons pas l’indépendance. . En revanche. une autre - connaissance. Si l’on décide qu’il faut obligatoirement sur les champs de canne. ça les arrange.. - Vous. Trois personnes seulement de ma cité sont venues avec nous. il faut parler. seulement son portrait! Alors. les employés.Est-ce que tu te prépares à souffrir. très dur. Ce sera dur. Ça. Paroles non assisesj paroles sans aucun sens véritable. c’est se les mettre à dos. ils ont peur de l’abbé qui fait de la politique à l’intérieur de l’église. se créer des ennuis. Aujourd’hui. Comment ne pas s’échauffer. c’est la même chose. et de quoi? Vivre sous la France ou sous l’indépejj| dance. Après. je suis toutes les manifestations. c’est une autre affaire. les gens ii lés qui ont élevé leurs enfants dans du coton. paroles de travers. qui ont perdu. ma fille. Il $ a quelques mois. 256 . Avec un vote. Évidemment. j ’ai du charbon à maison. eux. paroles que tout le monde n’est pas capable d’accepter. j’ai un réchaud!! gaz. je fais attention à qui je parle. nous avons ' manifesté. qu’attendez-vous pour la pren*^ dre? . Mais les faire prendre le chemin de l’indépendance. tout le monde était content de ne plus payer la redevance communale. vous voyez l’indépendance comme une espérance. Pour le foyer rural chrétien.Souffrir. était derrière nous.. Certains pensent qu’il suffira de voter. expliquer. on se débrouillera toujours. qui ne participent à rien et sont résolument contre. c’est le charbon. S’il faut allumer un feu de bois. j’irai donner journée sans souffrir.Ça ne se fait pas comme ça. sans le faire exprès. Ils ne viendront pas.

leur permettre de *ler.Au lieu de tomber sous la coupe du tan nou rété anba Blan. Alors. l’indépendance ne me gênera pas. de dire tout ce qu’ils ont au fond de la tête : « Je ne veux i l’indépendance pour telle chose ou telle autre.Tu peux faire confiance aux Nègres pour diriger le pays? Regarde comme ils se comportent dès qu’ils travaillent dans un bureau. la moitié confisquée. Leur laissera-t-on tous leurs biens? leur salaire? leur traite? Et la liberté? Moi. à otre ménage? Je me souviens qu’à Capesterre. Ltre hectares. mais s’ils devaient comme ça gagner leur journée. Va leur demander un renseigne­ ment pour voir. tu ne seras plus libre. leurs habitudes. Je ne suis installée dans rien... connaître les. je crois qu’il faut chercher tout ce qui effraie.Maman. tu ne pourras plus faire ceci. quelqu’un ’avait prévenue : . Ils sont ‘inquiets. 257 . si tu votes pour les communistes. ils partageront tout . ils s’amusent à couper. » . partout où tu passes.goût de l’effort. Même les jeunes qui sont aujourd’hui d’accord et participent aux coups de main. Ils te feront signer des tiers. . Je crois que les Nègres n’ont pas confiance en eux-mêmes.Léonora. tu ne parles que de l’Evangile de politique. au temps ou Lacavé. le emmuniste. ‘urs qui empêchent de lutter. Si ce sont lès communistes qui dirigent la Guadeloupe. tu ne pourras ais aller en France voir tes enfants.Comment voulez-vous qu’on s’attaque à vos meubles. . écouter les gens. un cochon. sentiront peut-être leur dos. elle-même. s’ils sont au gouvernement! Les Nègres mangeront les Nègres. ils en prennent une. à attacher. si vous avez deux radios. gagnait beaucoup de voix aux élections.s On raconte tellement de choses. il vaut mieux rester sous celle du Blanc. J’essaie d’expliquer: .. Je n’ai plus de jardin. alors ils ne peuvent faire confiance à d’autres Nègres. me reproche parfois : . je ne sais s’ils tiendraient le coup. dans la cité. Ils ont déjà leurs affaires. c’est sûr. Nègre. mais je sais élever des poules. ni Ma fille Viviane. quatre chaises. ils en prennent deux. ils veulent savoir. Ils ne se sentent plus. Olyé nou wantré anba Nèg vomé...

J jl France nous envoûte. pour un conseiller générauM es dans la loi du gouvernement. i|uH histoire que je découvre à peine. S’ils ne vont pas à l’église le dimanche. nous pilonnent. Quel gouvernement mettront-ils pour remplacer celui des Français? Comment s’y prendront-ils? S’il ne faut pas faire trop de sentiment. pas nous. nos pensées.Jffl ce sont les députés. la Guadeloupe a fiait monter là-bas trois députés R . Je peux mourir demain.P|B « Sans la France pas de riz.45. Q 9 nous dit de voter pour un président de la République? Qui faitJB propagande: «Vous êtes français. Je suis croyante. Mais je n’en parle pas encore assez! Dès qu’un événement se’ produit. Bien qu’informée un brin. j ’ai la foi. Je ne veux pas dire que je suis meilleure que les militants de l’U. et je pousse les autres à réagir. Chacun sÆ qu’ici on peut tuer quelqu’un sans approcher son corps. Il ne faut pas rejeter leur foi. ce sont les jeunes qui resteront dans la souffrance. Je commence à voir clair e tjj comprendre comment ils nous ont tués.P. c’est elle qui mène ncM vie. ils se sont emparés M 258 . pasJH Sécurité sociale. nous enlève nos manières. croyants. pris de bas jusqu e |l haut. à soixante ans passés. Ils croient en la libération^ de la Guadeloupe. Depuis que tu votes pour un président de la RépubliqjH depuis que tu votes pour un député. pas d’argent. c’est parce qu’ « Ils » nous écrasent. tout doucement. sans nous toucher. Cette foi les fait lutter et les soutient. les sénateurs guaœn loupéens qui font les commissions. je n’arrive pas à découvrir ce qu il y a au fond du cœur de ceux qui mènent la lutte pour 1 indépen­ dance. pas d’allocations ». Les gens avaijffl peur. pas moyen de dire que tu J 9 pas français.G. les conseillers généraux. les chrétiens de la communauté. Avec cette histoire de vote. à petit feu. Qu’est-ce qui nous appartient? La Franceil commencé à nous prendre avec le vote. eux aussi sont des . je donne mon avis.L. criaient-ils. Eux aussi sont ces « yo ». pas de travail. « Ils » nous ont tu ê || je n’ai vu ni quand ni comment. « Yo ». nous sommes obligés de reconnaître que la Fra^B commande tout ici. ils font un plus grand travail que nous. D’ailleurs. Ils oni raison. à nous voler notre histoire de peuple. il faut voter?» ^ M En 78. -. q # la vie tourne à l’envers aujourd’hui. La France possède notre corps. au moment d é jà départementalisation. Même si nous arrivons à entreprendre quelque petites choses. trop de violence n’est pas bon non plus. c’est vrai.

tout contents. quand je veux sortir. va. _rtir des pattes du colon. tous les chrétiens en pâtiront. qui luttons pour la libération du peuple. Contrôler oses et gens. Une fois arrivé en France. demain. Si elle te dit « efface l’Egüse ». les prêtres auront toujours le droit de dire la messe. » Jn seul peuple. M* Oually. ni à ceux qui nous critiquent.L. Moi. Et ce n’est pas le jour où une chose ^accomplit que tu dois réagir. a paru. ^scseule organisation» commande: voilà ce qu’il faut dire' à ce qu’il faut faire. Cet après-midi. quand les indépendantistes dirigeront le pays. ce n’est pas bon du tout. notre petit grain de cale se trouve noyé dans une ribambelle d’aspirines blanches. Les Guadeloupéens savent dire non. il n’y a pas d’Egüse. continue à ne vouloir donner raison ni à nous. d’accord. je ne sais pas encore si. nous n’avons pas vu le lasso qui commençait à nous serrer le cou. je fais marcher ma cervelle : comment est-ce ble? Une seule personne sera responsable de tout? Mais usîeurs groupes travaillent pour l’indépendance! S’il n’y a ’une seule organisation. Si notre évêque. Je me suis dit : « Si c’est ça. je us venue chez toi.L. c’est au fur et à mesure qu’elle s’organise. mais ne pas lâcher notre jps dans n’importe quoi. doucement de notre tête. » Cependant. Demain.P. Un seul chemin : l’indépendance. à nous ligoter. Je ne sais . elle disait : seul peuple. négatif! Qu’est-ce qui se cache dans le corsage de l’indépendance? ^and l’U. __ attendant. j ’ai appris la vraie vérité sur les députés. Si. Un seul chemin. bien sûr.G. les indépendantistes ne feront pas tout ce qu’ils oudront en Guadeloupe. En allant à des réunions. Mais cette affaire d’une seule organi- on>qu’est-ce que ça peut vouloir dire? Je dois leur poser la «éstion. Une seule nisation : FU. on vient me Mander «O ù vas-tu?». quand viendra l’indépendance. Qu’est-ce que ça veut dire? it-être seront-ils obligés de voir autrement. Le vote est venu avec la carte d’identité de citoyen français et là. je ne vois pas pourquoi j’irais voter pour élire un de ces messieurs.G.P. nous entrerons is dans l’indépendance. je suis libre. tu effaces se. A ce moment-Ià.

elle.pas si cela a provoqué des soupçons. pour moi. dans une veillée. Les têtes de maintenant ne sont ph mêmes que celles d’autrefois. 260 . Dans un mariage. Il net faut redevenir guadeloupéens.. ce sont eux qui aujourd’hui réclament le défendent le créole. Ils ont perdu ce rire énorme. Seule une pet partie des. toutes sortes de vieilles chansons. oh! Atten*j tion! » Le père Céleste change tout le temps ses méthodes de travail. mais dans un mariage? Je ne crois pas d’ail qu’aux temps anciens il en était ainsi. dès que j’entends cette musique. S’ils sentent de la résistance. l’indépendance. c’est une veilléej silence. ah! Oh. bien que les gens ne fassent guère de veillées comme avant. Nous. sait bien que si presque toute la Guadeloupe est dans l’I l’Eglise. ils seront bien obi de changer de tactique. le triangle. Moi aussi. c’est tout d’abord parler langue. n’est pas pour l’indépendance. on ne j< que du gwoka. Ceux qui ont été élevés sans tambour. eh bien. j’ai commencé à refaire.. Ils ne vet pas non plus du gwoka. Leur rire est retenu. de se dire: «Ah. Je vois pas comment La France tire de nous plein de prof puisqu’elle a installé chez nous toutes ses affaires. Elles sont déshabituées du tambour. le créole. petit. chrétiens s’est engagée sur le chemin de la libératit Certains pensent que c’est pour bientôt. ne n’avons plus grand-chose qui soit vraiment nôtre. Je suis d’accord pour que. et on danse le drille* La coquette fi-la jalou nou. tout mon corps se en branle. peut-être ce qui nous est resté de plus impoi avec nos veillées mortuaires. fermé. il l’accordéon. Être guadeloupéen. il rés trop fort pour nos têtes. Moi. mais on n’entend pi tellement parler de ça ces temps-ci. et je ne pourrais pas parler comme ça si je ne milit pas. le chacha. i guadeloupéenne. On ne peut plus danser toute la nuit au tambour. à la manière des Blancs. je veux parle jeunes. Il doit se préparer aut chose. on chante des chans créoles. C’est pourqt nous recherchons aujourd’hui ce que nous avons perdu. S’ils la font.

f. Jodijou zô ka voyé douvan. . zôt té sav zafé a surveillant les vagues. partout. L'école. fout zôt ja pran Tonnerre! on vous en a déjà fait r fè» voir. ' zôt certains que la lune changerait de . dans votre petit coin. . ~ =' Lékôl. gwoka. Zô té la. créole. ^ An ka mété pon moun odéfi fé zôt Je mets au défi quiconque de vous pé. ka véyé lanm. vous êtes miens. faire taire. Kréyôl. Vmen zôt té la an biskankwen mais vous étiez là. J Kréyôl. Téglise vous avaient ex­ communiés. ti la a zôt Vous étiez là. légliz té èskonminyé zôt. quartier. v fè kon fè trasé. gwoka. supporter comme c'est pas possi­ ble.. vous foncez droit de­ vant. zôt té sav lalin ka chanjé katyé. Aujourd'hui. camouflés ' toupatou ka véyé jé a zôt. menm. en train de veiller. biten an mwen Gwoka.

s’étaient réunies au Lamentin. Mais l’homme est aussi un non.. nous étions inquiets: d rouges partout. En plus. Frantz La grève dans la canne durait déjà depuis un mois et d< négociations étaient rompues. mépris de l’homme. le maître des habitations et de l’i Grosse-Montagne.S. émue. ils avaient fait venir des sabote coupeurs haïtiens. briser la grève. Après la lecture du pa l’Évangile sur Lazare. S. silencieuse. toutes ces supportées pour rien! Le dimanche 1er mars.R. les sections chrétiennes de Grosse-Montagne. affaiblir enc les travailleurs. A l’exploitation de l’homme. Chapitre X ÎV L avi ob en lan m ô : a fô s rèté san m an jé. Les gens du syndicat qui n l’action étaient désespérés. En ce mois de mars 1975.. nous sentions que ça allait très nous nous interrogions: toutes ces luttes.. autour des champs de canne. pour démarrer la récolte. Sur les hab les Haïtiens travaillaient sous l’œil des C. Non à l’indignité t me. beaucoup se sont écriés : . Oui à la vir ^ : l'amour. Tous. La i nautê était là. P è S élès m été-i an t y o dé Le père Chérubin CôlesU entreprend un jeûne illimtù et se met entre la vie et la mot L'homme est un oui. Les usiniers laissaient la grèv la pourriture. Au de ce qu’il y a de plus humain dans i la liberté. Certain nous avaient reçu l’ordre par huissier d’enlever leurs cas< les terres de M. Oui à la générosité.

Il y a sans doute un moyen de faire revivre ces gens qui sont dans la misère. Alexis convoqua la réunion. Il fallait rassembler très vite tous membres de la communauté chrétienne. Le “1 e Céleste est arrivé.Avec Jésus-Christ. Il était déjà passé chez moi. il démobilisait déjà les tires. leuse.Mais c’est nous-mêmes qui sommes en train de pourrir.Sûrement. Alexis déclarer : . Nous sommes allés chercher M. j ’étais chez Rosita à discuter de tout ça. à trente-cinq ans. était *fille la plus obéissante que je connaisse. sa fille Adèle. Nous étions tous d’accord. nous étions ragaillar­ dis. ecucoup répondirent à l’appel. Je n’en croyais pas mes oreilles. . puisqu’il a fait lever Lazare de son tombeau. et la voilà qui osait s’élever contre son père! Elle ‘t enfin pris sa responsabilité de grande personne. ce morceau d’Évangile nous avait mis debout Avant de nous séparer. Sa fille Adèle lui dit : . Nous sommes partis de cette situation de Lazare. à nous. et M.Vous ne réussirez pas. Deux jours après. Nous sommes engloutis jusqu’au cou dans cette situation.. . désespérés. même si nous ne sommes pas sûrs de réussir. les animateurs.Papa. Alexis. il nous t essayer. nous sommes capables de sortir de là. M. Pour­ rons-nous nous en déprendre? . elle com- ■nçait à vaincre sa peur. Quel ne fut pas mon étonnement ‘entendre M.r pourrir cette situation. A la fin de la réunion. nous avons promis de nous réunir dans la semaine pour chercher ensemble ce que nous pouvions faire. Nous étions saisis. et avons fait notre otite réunion chez Louise. car Jésus-Christ a pu ressusciter un homme qui était déjà pourri depuis longtemps. Il avait besoin nous parler. Adèle. f Le père Céleste s’inquiétait : nous ne pouvions rester inactifs. ' Lui qui était en tête pour commencer. Tous avons décidé d’aller chez le maire pour lui dire que ~e les gens qui voulaient travailler ne le pouvaient pas : ils eut peur des gardes mobiles qui encerclaient les champs de 5. Il devait venir avec nous sur les habitations pour constater iême ce qui s’y passait. . . Étienne. 263 . de cette mort transformée en vie. bien élevée et tout.

eh bien. ils nous ont dit que deux personnes seuler pouvaient entrer.G. . Il envoya quelqu’un auprès du des gardes mobiles. S. Dagonia. ne voulons simplement faire un constat. La politique* était entrée dans l’Église... il peut aller se cacher.. Enfin. La radio dit qu’il n’y a de gardes mobiles sur les champs de canne. Arrivés à la maison du maire. Nous avons frappé. de la largeur d’i voiture. et que. je démissfc nerai. * Au sens restreint qu’on lui donne en Guadeloupe de polit électoraliste. Il a téléphoné à son adjoint pour lui demander de rejoindre. M. l’instituteur Toribio. le secrétaire général de l’U. Dagonia menaçait : . pour un lâche. Arrivés au petit pont de Ravine-Chaude. mais nous ne voulions pas entrer dans la politique. C’est mon habit tion. déclara : . premier problèr C’est par là qu’il faut passer pour pénétrer à Douillard.Nous ne sommes pas venus faire du désordre.. Les gardes ont été chercher M. Nous sommes vent] constater qu’il y en a. Le père Céleste était en colère et comment à s’énerver. .. S.. d’un chariot. Chicaté.Ouais.Vous ne me laissez pas entrer.Vous prenez un incapable pour aller sur les pièces de cannej Dagonia n’y connaît rien. Il ne voulait rien savoir. dans l’église. gens de Cadet. il fallait envoyer le plus possible de gens chez lui. Nous sommes partis.Personne n’entrera sur mon habitation. Rien qu’à entendre le nom du maire. il est apparu. une délégation voulant l’emmener sur les champs canne. 264 . le docteur et ceux de l’ancien maire. lançait un autre. Noi lui avons raconté tout ce qui s’était passé: il fallait qu’: vienne. S... une habitations de M. une propriété privée. nous somme passés par-derrière. il y avait affrontement entre les partisans de Dagonia. le ton comment çait à monter. de Gros- se-Montagne. de Castel.P. Le pont est étroit. ne croyait pas à notre action : . Mme Plaisance criait que Dagonia était un homme lâche. Il faut dire que déjà avant.

ceux qui sont venus.. S. Dagonia faisait son homme. à •^r de son estomac toutes les injures les plus sales. !. Au mot «mesdames». Passer le pont paraissait de plus en plus difficile. et découvrir que propre frère va chercher les gens pour les emmener au travail. ce sont eux qui doivent entrer. elle devait entrer.Ton frère n’est pas toi. ne te fais pas trop de Vivais sang. M. tu n’entreras pas. Nous avons commencé à discuter avec eux. il se mit à déverser sur nous toute sa bile.. Il n’était pas question qu’une partie d’entre nous pénètre sur l’habitation et que l’autre reste dehors.. mais tenir ferme. S’il n’y a que des Haïtiens t seuls. Nous sommes une délégation. accomplir sa mission. je is d’accord pour couper la canne. Ils ne savaient même pas exactement bien on leur paierait la journée. Pendant tout ce temps-là. S. rute des Haïtiens! . -fout à coup. Quand il nous a vus. dit Céleste. communauté chrétienne.Moi. venir en délégation. Des gens du Lamentin devaient joindre à nous. parler de démis­ sion! .On est venu nous chercher. ce jour-là. la visite est terminée. Germaine a aperçu son fière. lui disais-je. lu homme qui transportait de la canne passait par là. ce bougre de frère a couru dire aux ‘“ïtiens d’aller se cacher. à faire du e: 265 . est arrivé : . S. S’ils viennent travailler. Le cœur de cette malheureuse s’arrachait : faire partie de . •un arriva à expliquer : . je veux entrer! cria un homme qui se trouvait là. discuter. nous avons causé. Ils ne sont pas là. Un autre ajouta qu’ils n’avaient pas de Sécurité sociale. a alors accepté : . ils les ont fait évacuer.. Il fallait discuter. Enfin. V «Ses» travailleurs! Nous n’avons trouvé là que des Haïtiens. c’est fini. à noter leur nom. mais ne touchez à aucun des mes travailleurs. .Mesdames. ils ont caché les gardes mobiles. Un petit détachement restait seul visible.. de ne pas donner leur nom. je ne travaillerai pas.. Les plus Hdes sont restés là. La délégation était venue constater quelque chose.Entrez.. Le père Céleste en rassemble quelques-uns. Il faisait le chien pour M.Non... pas "allocations familiales.

et il n’était pas venu. Notre actioi n’avait pas abouti à grand-chose. On fit encore une grande réunion à la chapelle de tji Montagne. putains. Adèle et moi. une action.G. paroles par-là. et que M. mette fin' conditions injustes et illégales qui lui ont permis de déclencr‘ coupe grâce à l’inconscience ou la complicité de nos respor* . il commencer un jeûne illimité. femmes. comme un rat qui s est fait arra- cher les couilles par le cyclone de 1928.. P£ par-ci. . regar- gadé yo! Yo ochan kon rat ki pèd dez-les! Elles sontf aux abois grenn a-i an siklôn 28. Nous ne voyions pas trop comment aller plu loin. Nous comptions sur M. nous avons tenu une réunion..Farnn a labé.. Pendant deux ou trois jours. 1 D’ailleurs. Le père Céleste nous a demande qu’on décidait. Lui. Il y avait des gens d’un peu par cette réunion. S.. mais il pressé et est reparti aussitôt. nous sommes allés chez Dagonia. dans la communauté.. pour faire retirer les gartfcj mobiles. les femmes sont devant. car ü ne pouvait «témoigne l’Évangile sans combattre pour la justice».Je jeûnerai jusqu’à ce que les négociations syndicales nent (ce qui signifie pour moi qu’on aura reconnu d travailleurs un partenaire avec qui on discute et non un qui obéit aux ordres du maître). Chacun donnait son avis : je ci. Tout le monde parlait à tort et à travers. l’évêque aussi était là. Le père Céleste avait convoqué les mouvei de jeunes. nous étions à 1? poste.. l’U. ^ * Le lendemain. Eh oui! A part Dagonia et Céleste. Il a téléphoné ai Préfet . Alexis.Femmes à curé.. Chérubin nous a fait part de sa de( après la célébration pénitentielle du samedi 22 mars. il avait déjà son idée. on ne les a plus vus sur le| habitations. J’ai déroulé tout ce que nous avions fait jusqu’à pt d’où nous étions partis. fanm bouzen. l’U. Les gens étaient dans la politique. je ferai ca. puisque les gardes mobile n’avaient fait qu’une éclipse.T. A la fin de la réunion. les hommes sont rares comme des Nègres aux yeux bleus. Et puis. . ils ont réapparu. s En rentrant.P. Mais aucune proposition d’action vraie sortait. Chaque fois que nous entreprenons.A. toutes sortes de choses. nous n’étions que des..Adèle avait l’écouteur -.

Chérubin! ' II répondit que depuis des siècles de colonialisme en Guade­ loupe.. intervenait pour dire ce qu’il pensait Quant à moi.-U. de gardes.C. de permanents. Adèle et moi. Chacun. Va-t’en savoir. un peu troublé.A. ^ Nous nc pouvons pas entrer sur les champs de canne. on pourrait le tuer. Enfin. Je refuse à l’avance tout soin tant que les conditions precedentes ne sont pas réalisées. avaient pas de carte de Sécurité sociale. Nous étions obligés de l’accepter ^et de respecter ses volontés. on m’aurait demandé ce qu’on appelle une grève de là faim. On nous avait signalé là des gens qui avaient recom- sncé à couper la canne. il nous a bien venus de ne laisser personne venir contrôler sa santé car on 'errait lui faire n’importe quelle piqûre.T. Une fille s’écria : . Il voulait donner sa vie de lui-même pour que les pauvres d’ici et d’ailleurs entrent dans le chemin de la libération. Ce fut un grand jour.changer d avis.P. des syndicats U. Notre premier débrayage* s’est passé à Paul.C’est un suicide.. Si l’un * Intervention. Quant à Chérubin. c’était sa mère. ils ont mence à s’organiser.i son jeûne.C. Très vite. la J. plus habitués à ce genre de choses. ce sont les gens des mouvements de jeunes. La seule personne qui aurait pu lui faire renoncer . "tion à l’extérieur. Je ne pouvais imaginer toute l’oiganisation que cela demandait Céleste lui-même ne savait pas qu’il fallait un médecin pour s’occuper de lui.J. Ils ont désigné des équipes : équipes de secouristes. qui ont pris ça main. pas loin de la apelle. L’action de Céleste avait permis à tout monde de se rencontrer..O. on nous prenait nos vies. on nous prenait notre vie de peuple.R. Nous nous sommes tous rassemblés : ix de la communauté chrétienne. disait-il. politiques. et “ syndicats. en général massive (au cours d’une grève).G. il avait pris sa décision. C’est quand quelqu’un ne mange pas. et elle était déjà morte . du M. tout fut organisé.. certains membres de la communauté se lontraient un peu inquiets. Ils n’étaient pas ouvriers agricoles. 267 . bref.. nous veillions sur tout. Avant le départ. Il n’était pas question de le faire . de grévistes tous expliquer à ceux qui travaillent encore le sens de leur action pour |U8 se joignent à eux. Cependant.. L’assemblée était en effervescence Tout le monde parlait à la fois.

on suivait en brandissant des zanma. il ne fallait pas travailler.Nous ne faisons rien! Ah oui! N’est-ce pas grâce à la communauté chrétienne que la grève est repartie? C’était vrai. Alors nous avons mis les chariot^ devant et avons annoncé que nous montions chez M. * Grande remorque tirée par un tracteur et pouvant contenir deux à tonnes de canne. faire masse pour les obliger à débrayer.J™ sont entrés dans le bureau de M. Adèle est allée là pour nouâ Ils ont discuté longtemps. . à droite.. La parole prise ne tenait plus.Je comprends. A peine arrivés.. j Nous sommes arrivés devant l’usine de Grosse-Montagne. s’il doit aller à l’hôpital. De plus.. mais bien avec nous. faisant dévirer les® chariots*. disait : . ne voilà-t-il pas que ceux du syndicat voulaient faire entrer tout le monde sur la plantation! On était déjà divisés. s d’entre nous est blessé. Il paraît que M. j ’avais fai» tellement d’allées et venues. S.. qu’il avait consultés et dont il avait obtenu l’accord. le syndicat n’était plus raide au marteau. Un seul riposta : il ne voulait pas sortir de la pièce de canne.j Derrière. Moi. on va lui ^ demander ce qu’il faisait là. on nous accusait de ne vouloir rien faire. ils ont été se cacher. tous ces gens s’avancer vers eux. ils se sont mis à courir gauche. je comprends. n’était pas contente.A. Il n’y avait pas de gardes mobiles ce jour-là. Nous nous étions bien mis d’accord : nous allions aider les travailleurs. que je tombais en faiblesse. Adèle.. qui était venue malgré l’opposition de ses parents. On leur a dit que puisque le prix de journée| n’était pas fixé. Les conducteurs dç| chariot étaient d’accord avec nous. monter et descendre. Cependant. chrétiens. Quand ceux qui travaillaient ont vu ce grande cortège. j ’étais tellement fatiguée. S. S. nous sommes restés là.T. abandonnant le travail. les patrons avaient laissé pourrir la grève. mais avec d’autresl on a pu discuter. descendre s i monter. Il ne fallait pas non plus croire aux «gestes macaques» du préfet. Chérubin n’avait pas décidé son action avec l’U.|| premier grand départ. 268 . Ce fut le départ. | Certains avaient peur. la force des ouvriers agricoles et des paysans mollissait.

et ce sont eux qui amenaient les saboteurs dans leurs g. la grève de la faim de ce père K$leste! Ça. les gens surgis des quatre coins de l’horizon. Certains. de plaisanteries. Dès 5 i heures du matin.. que H & blagues. On a commencé alors à se rendre compte qu’il ne fallait pas agir seulement sur M.. l’église ppleine à craquer. Il en fallait de l’organisation ! K . à Grosse- Montagne. de devinettes étaient lancées tout au ■ |n g du chemin. pour partir en débrayage.. ils surgissaient des cannes et criaient : & *• Halte là! Débrayez! IL Et. B p p it d’arriver au point chaud. Que de choses. Chaque soir. Céleste les avait fait appeler. Alors. I&. Le soir n’était pas fait pour dormir: c’était la messe.. ont débarqué les conseillers généraux. Mais quelle joie! Quand on partait en débrayage. les képis rouges se sont organisés aussi. nous avons continué. à 3 heures.. boire avec nous. débrayage. pour dormir dans l’église. Pendant Ipue les képis rouges barraient tout. distribués partout. les grands messieurs. s’amuser. S. Alors. dit le président du conseil général. S. quand il a vu ça. nous n’avons rien vu venir. Comment oublier cette histoire. même. tous les matins. Jpuand les travailleurs se mettaient en place et levaient leurs «coutelas. chanter. Comme je n’étais pas présente.Diable! Il n’y a pas moyen avec eux! wk. L’affaire s’est agrandie. fcpeux du syndicat allaient se cacher dans les pièces de canne. pas encore. Céleste choisissait les paroles de rÉvangile. à 6 f.. 269 . rire. dormaient là.. et il disparut.M. je ne peux dire comment la discussion s’est déroulée. dans toutes les églises. on s’est levés encore plus tôt qu’eux. que de gens on a vu défiler dans cette église! Un jour. Des tracts sont sortis. ils étaient déjà à l’intérieur. là où Lia coupe devait démarrer. la messe était célébrée. je ne le risque pas. j’ai apporté trois matelas.heures! Seulement. les grosses têtes. Nous avons commencé à nous organiser pour protéger Céleste. toutes les entrées des habitations étaient [ gardées. partir en débrayage. Il y avait du bon. \ Débrayage.camions. il y avait du Kpauvais. « Nous voici ». a levé ses bras en l’air en disant: ||i . La grève de la faim secouait toute la Guadeloupe. ils expliquaient pourquoi il ne fallait pas Ipravailler.. En fait. ■manger. Moi-même. Qu’est-ce qu’on pouvait causer. à chaque fois. Et «ceux qui venaient proposer leur aide et restaient parler.

J ni sur les conditions de travail.R. pas de coups. On expliquait plus largement pourquoi il fallait cesser le travail : on n’avait pu négocier ni sur le prix de la tonne de canne. ce serait une honte de travailler sous l’oeil des gardé!] mobiles. le préfet. quand on voyait frapper des gens.R. Toute la Guadeloupe défilait là. Pour aujourd’hui. donnez rien à manger à l’usine. De toute façon. ce sera la faute® M.Il faut qu’il s’arrête. Aussi. nous1 disions non.. Combat ouvrier envoyait ses gars sur les champs de canne avant nous pour foutre1 des coups à ceux qui travaillaient. elle apporta du café pour le père Céleste. refusa catégoriquement II fallait respecter « jeûne. a D’un autre côté. il y avait des gens qui étaient partis pour briser cette belle organisation. qui l’aura tué pour réussir dans ses propres affaires® * Organisation politique d’obédience trostkyste. 270 . un meeting était organisé sur le lieu même. Si le père Céleste meurt. Quand vous allez faire débrayer quelqu’un. mai! jusqu’ici ils n’ont jamais été pour la violence.C. ça faisait onze jours que Céleste ne mangeai pas. Pas m l petit trou de Grande-Terre que je ne connaisse. Ces messieurs ne doivent p li continuer à faire de nous ce qu’ils veulent. I La coupe était presque partout arrêtée. disait-elle. < à cet homme. ils n’étaient pas partis pour la violence. qui en étaient jaloux. disait-on. Le letilH main. on tenait bon à f l chapelle. une grande dame. Q Après chaque débrayage. Pas un bout de canne coupé! Pas une usine qui crache saj fumée! I Nous avons battu toute la campagne de Grande-Terre. On allait partouj dire aux colons.J.C. votre travail c’est de lui expliquer les choses. On commençait à dire : I . i l du M. pas de lui flanquer des coups. aux petits planteurs : ne coupez pas la canne. Seulement. Comme si m pouvait nous faire peur. défendait c f l position. L’infirmière. On n’a pas le droit de dépasser neuf 'I l dix jours de grève de la faim. je ne sais pas quelle idée ils ont dans la tête. En 1975. ni sur le prix de journée. Nous qui ne sommes^ pas pour la violence. nous étions toujours présenté et ceux des mouvements et des syndicats étaient d’accord avec- nous. Et M. t o u t l qu’il a trouvé : nous envoyer ses petits soldats. I Une femme de grande allure.J. «Le père Céleste peut mourir».

Si ça n’allait pas. Colette à Baie-Mahault. Beaucoup avaient vraiment peur que Céleste meure. on nous a même pris pour des témoins de Jéhovah parce l ’on allait dans les coins les plus reculés. il pouvait tenir. au Moule. réellement. ■ Il continuait donc son jeûne. Ils voulaient lui donner à manger en tapinois. Adèle prenait la rôle partout. beaucoup parmi nous n’osaient pas prendre la irole. on ne devait pas le soigner.T. cela. à Pointe-à-Pitre. Au début. . et ça. nous voulons porter un message afin d’aider un tre qui fait la grève de la faim pour « qu’on reconnaisse dans travailleur un partenaire avec qui on discute et non un esclave ‘ obéit aux ordres du maître ». et nous. il coui lionne le peuple. de tous vos ments. très intelligent. me dit-il. L’U. d’accord avec toutes les lois n’en suivant aucune. Suzette à Petit-Bourg.mène son propre mouvement pour sa gloire personnelle. Et il n’a jamais dit à personne qu’il voulait manger. Je me *ens d’un gars. à Basse-Terre. il déciderait lui-même. j ’ai parlé dans des meetings à Duzer-Sainte- se. etc. savait mieux que nous repérer ces sortes . Un jour. Il va alors tout raconter à « l’autre ». A Basse- ie. de me dire si. Il fait comme s’il est avec vous. vous lui racontez ce qui se passe. c’était très mauvais.A. au cas où il tomberait. Si on venait à constater que le père Céleste avait de la nourriture dans son corps. Un comité de ütien s’est constitué là. semant des tracts dans lue maison. vous nde ceci. Chérubin m’a appelée. Si vous êtes un couillon. Moi-même. tes gens de Basse-Terre nous ont bien aidés. ions-nous. L’autre ainsi au courant de tout ce que vous faites. par­ mi. Lui porter à manger n’était pas bon du tout. c’était être contre lui.a avait des partisans partout. Je lui ai demandé comment il se sentait. Nous ne sommes ni adventistes ni témoins de Jéhovah. on aurait dit : ce n’est pas la grève de la faim qu’il fait. C’est dans cette ‘e qu’habitent le préfet et plein de fonctionnaires. mais il fallait se méfier. avec les syndicats. de ne pas me mentir. ils sont tôt aristocrates et ne sortent pas facilement de leurs belles ‘ ons pour aller marcher dans les rues. notre travail d’explication dans toute la Guadeloupe. Céleste avait pris tout seul sa décision de son «jeûne illimité ». et il y eut une grande manifestation me on n’en avait jamais vu à Basse-Terre.

nous avons surpris ufl jeune homme auprès du père Céleste. Il ne s’agit pas de faiblir.A. L U. A partir de ce moment. La chose est compliquée. Quand la première voiture stoppait.. ça crée du désordre dans nos affaires. Même pour les gens du syndicat. où se tenait Cék fut protégé: feuilles de tôle à l’extérieur. pour le tuer.. c’est mauvais. on voulait faire saut* chapelle. Seul le chauffeur de a première voiture était au courant.Si vous donnez tant d’argent pour tuer ce prêtre. Nous nous sommes alors organisés pour nous Ai ^ L ’accès de la petite pièce près du chœur.. ils donnèrent des coups à deux gars très rétifs..de « mako» (mouchards). d’autres non. Il s’est m parler : . vous êtes venus dire : « Arrêtez! » Certains comprennent pourquoi. nous avons fait un seul bloc. les autres suivaient.. Il le regardait fixement. le lendemain matin. A l’heure de la messe. le débrayage se passait bien : ni coups ni bagarres. barricades de 1UI> p i u i v g v * 1 V U » « V U ' l’intérieur. mais il né faut pas donner des coups non plus. A chapelle même.. tous les bruits circulaient» tête du père Céleste était mise à prix... soupçons par-là. il faut la démêler. tous ceux qui étaient du complot se sont mis dénoncer l’un l’autre. J ai vu le visage du Céleste. pourquoi courir après deux ou trois qui vont se cacher^: Ça. si nous avions décidé le soir d’aller en débrayage à Morne-à-FEau. un jour. Si beaucoup viennent av^ nous.... Par exemple. Nous avons besoin d hor comme lui en Guadeloupe... Soupçons par-ci. les gens avaient besoin de voir le père Céleste. . je peux être sauvé. Combat ouvrier était là avant nous.. Je ne peux pas faire ça. que de tracas! Un jour. nous a expliqué : puisqu’il y a des gens qui veulent saboter cette action. On est allé trouver l’homme qui leur ai promis une très grosse somme pour la tête de Céleste .Si je renonce.. c’est vaut beaucoup plus cher que ça. Pourtant. r. la foule se pressait de parts. On né savait plus à l’avance le nom du lieu du débrayage.. On m’a donné de 1ar beaucoup d’argent. nous descendions tous. On dis 272 . Alors.. Moi.. il avait les yeux hagards. c’était les problèmes qu’on rencontrait dehors.. d’un air bizarre. En sortant. je prendrais de 1ï pour tuer un prêtre? Je ne ferai jamais cette folie.. il faut nous organiser autrement.. A ceux qui travaillent. D’habitude.

Puis il partait sur l’esclavage : : . Il faut reconnaître qu’on a trouvé beaucoup d’hommes pour dormir là tous les soirs. Ça permettait aux propriétaires fonciers. rien à réclamer. après avoir protégé la petite pièce de Céleste. > Et voilà Chicaté. la récolte est ouverte. on disait non. Ainsi. Plus les jours passaient. Parfois. » Tu n’avais rien à ^demander.Je ne suis pas quelqu’un qui est allé à l’école. avec son gros rire. des jeux de mots.T. Dieu est un père juste. mal logé. II avait ses mots à lui pour parler de notre misère. Comme ça j ’ai vu que les prêtres étaient les défenseurs des ropriétaires fonciers.A. J’ai besoin de tant de coupeurs demain matin. r poisonnaient l’eau. Xe prix de la journée est affiché près de la maison du géreur. i! est fatigué. Des hommes se relevaient quart par quart pour monter la garde. II devait être malin pour arriver " vivre. Lè salaire était établi. de développer l’exploitation. aucune organi- ption pour le mener au combat. pendant l’esclavage. les -?^ves menaient beaucoup de luttes : ils brûlaient la canne. plus les idées nous venaient. tuaient les troupeaux. entre nous pour savoir qui laisser entrer. Ah! c’était bien organisé. malin comme Compère Lapin. pour payer le petit trou où te logeait le maître. comment un travailleur pouvait se défendre? Pas de syndicat. Quel homme. de martyriser l’es­ 273 . son état s’aggrave. Vous savez que. au maître . et le prêtre pour te faire dire ce que tu !S fait. Certains étaient capables de rester éveillés toute la nuit pour ne rien perdre des contes. nous avons pensé à placer des lumières tout autour de la chapelle. 1habitation. de la misère des travailleurs : . mes amis! Un vrai maître de la nuit. tu devais couper chaque jour dix-sept paquets de canne ?gratis! Mal payé. Et. puis- qu’en sortant ils se retrouvaient à l’intérieur de Féglise. supporte tout ce =en te fait. est-ce qu’on pouvait râler? Dire quelque chose? Le patron décidait : « Bon.Il y a seulement cinq ans. c’étaient les prêtres et les gendarmes. racontant les mille et une #ses de Compère Lapin. le prix de la tonne de canne aussi. De toute façon. il ne peut pas se lever. les premières choses qu’on avait fait rentrer en uadeloupe. Avec les Nègres Afrique. reste à ta place. C’est depuis la “cation de l’U. des histoires que racontait Chicaté. Les gendarmes ~jir te conduire en prison. volé par la boutique. ceux qu’on laissait entrer n’auraient rien pu faire. que j ’ai approfondi le problème de l’escla- age. pour te dénoncer au gendarme: ne fais pas de crdre.

A voir tant et tant de gens rassembl s’est écrié : . voyé limyè asi Mon Dieu mon Dieu. pour moi. Je ne vois aucune personne Guadeloupe qui donnerait sa vie comme ça. je glorifie Chérubin. leur vie. ce n’est pas lui que til aides. au commem le père Céleste pouvait se lever et célébrer la messe. quand même. er nou pou nou voué ola nou yé.. ça m’aurait donné des forces. est intervenu avec sa grève de la faim. s’est tout de suite mis à ses trousses. Chérubin veut donner aujourd’hui sa vie pour les travaille de la canne. Il les connaît bien. ils verraient que le père Céleste fait comme Jésus. ne. a essayé de monter les gens contre lui pour les détourner de réunions de quartier. S. faisait pas grand bien. sans manger. a fait un acte de bienfaisance. trois fois maudits! Chérubin. bonnes : Mondyé Mondyé. je prends ce qu’il y a de là-dedans.Si j’avais vu ça avant. Ils étaient là pour faire entent paroles qui sortaient de leur cœur. Ne pouvant donner de l’argent. nous la lumière pour que voyions où nous en somt 274 . Les gens parli parlent. Un soir. et c’est tout. quelle que soit ta condition.. Si qui sont contre lisaient la Bible. leurs paroles. quel bonheur de partager avec ces milliers de Gi loupéens la prière universelle. il a cherché en quel sens il pouvait les aider. Cest avec eux qu’il a conscience de la pauvreté des malheureux. rester debout. je dis que ceux qui font ça soi maudits. à eux. C’est pourquoi je reconnais qu’il fait un acte «pitoyable» devant Dieu. Quel bonheur de préparer la messe en composants les en créole. Le prêtre était toujours là pour le maintenir à genoi Quand le père Céleste est venu desservir la chapelle Grosse-Montagne. moi aussi. je reconnais tout' qu’il a fait. en réunissant les ge pour réfléchir sur leur sort. c’était quand. aller et venir comme ça. M. Je lis la Bible. Depuis longtemps. Moi. Dieu te dit. Lui. il s’est malgré sa faiblesse. aide te prochain. mais Dieu. ils vienne lui raconter leurs souffrances. et quand tu aides ton prochain.clave. Moi. il s’est mis entre la vie et la me Le plus beau.

Évi­ demment. personne ne faisait la différence. plus la vie de Céleste en danger.Oui. et voilà que je me sentais faible. nous répondions : . A ceux qui disaient ça. les gens . té ni moun a misyélimè x pas de partisans de M. Ensuite. j ’étais entraînée une histoire aussi exaltante. à nous. té ansanm é nou té fo. Tous nous té ka goumé ansanm.venus là prenaient la ‘ parole. mais c’est la vie qu’ils sont venu chercher aussi. le maire y. on sèl pèp ki té a Grosmon. plus elle durait. Les Haïtiens prennent notre tra­ Fo nou fouté yo kou. a misyélimè y. Pas de partisans de M. Chacun s’organisait pour préparer la messe à sa façon. Je savais bien qu’il ut lutter pour que la grève des travailleurs de la canne itinue. étions ensemble. il n’y în. la faiblesse. pas de la peur. D’ailleurs. jamais je ne cru. les Haïtiens travaillent à notre place.. Tout moun té ansanm. Je ne connais pas le fond de leur cœur. mauvaises aussi : Ayisyen ka pwan travay an nou. tous nous atta­ quions ensemble. pa té ni Il n'y avait pas d’adultes. mais nous nous sommes trouvés partager quelque |chose que nous n’avions jamais connu : le sentiment profond ’être un peuple.Nous formions un seul peuple iy. mais. étudiait l’Évangile. tout à Grosse-Montagne. dans • cette situation exceptionnelle. et nous étions forts. A la messe. Pour la première fois de ma vie. chrétiens ou pas chrétiens. 275 . Il faut leur flanquer des coups. Et nous nous mettions à chanter. D’un autre côté. . ni gôch ni douât Il n’y avait ni gauche ni droite. je la vivais. on commençait par dire ce que l’Évangile vnous apportait. je m’interrogeais : « Où en sommes-nous? » « Ar- ms-nous à en sortir? » J ’étais inquiète. ils n’étaient pas au courant de ce partage d’Évangile •entre nous. telquefois. ^Imaginer que j ’aurais à vivre un tel événement. J’avais des à lancer dans cette action. vail. le maire x. nous étions unis. ça n’avait pas d’importance. té ni gwan moun. té ni. Ma vie. avait pas d’enfants.

il nous a tous réveillés : . dans cette action. une grande faim le prit II a ap~ Laurette.Ah. ] On disait bien d’autres choses encore sur nous. je me suis senti bien. je vais lui demander à manger. je me suis vu passer. Il me disait . C’est à vous de bloquer l’usine. Je faisais de la propagande.Venez chanter. j Il m’a promis d’essayer de faire quelque chose.Regardez cette femme. a enjambé les gens qui donnaient devant sa s’est agenouillé devant le Saint-Sacrement. que nous étions aux abois. les femmesj de la communauté. Je ne sais pas exactement à combien de jours jeûne il en était. . toujours : il ne faut pas que Céleste meure. Le jour où les! C. dans la nuit. je j parlais. c’est pour ça que j’étais en lutte. Il leur a fait signe : . Il s’est levé.Alors. Il avait vu toutes sortes de choses. j ’ai telleme faim.. . venez rendre grâces au Seigneur. Il s’ dit : « Je vais faire partir Laurette car si elle reste là. A 4 heures du matin. je parlais.. on disait : j . ont fondu sur nous. Ils m’emmenaient. vous ne faites rien? C’est pour l’usine qu’il y a encore! des gens qui coupent la canne. j’ai rencontré un gars qui travaillait àj l’usine. Man Joseph. il fallait que j ’y aille. : De me voir m’agiter ainsi.Vous ne pouvez pas comprendre. . Il nous a prév.Qu’est-ce qui t ’arrive? lui ont-ils demandé. à la façon dont elle mène son corps partout à la fois. Des jeunes s’étaient réveillés l’ont vu marcher. l’infirmière. Si l’usine ne marchait pas. » Cet homme m’a raconté comment. Je lui ai dit : j .Ne partez pas en débrayage. Le soir. Mais dans ma tête. là nous étions vraiment aux abo: Je me souviens très bien de la vision qu’avait eue Céleste la nuit d’avant. J’ai pensé : je suis sa u v é gagnerai la bataille.S. pour lui demander un peu d’eau. ne sortez pas aujourd’hui . Mon rôle à moi. Par exemple. Je suis venu remercf Seigneur. il s’était mourir. de bêtes à Man Ibè voulaient le prendre et l’emporter. Il voulait nous avoir tous autour de lui. C’est vrai. c’était d’aller partout. le monsieur ne ferait pas couper et la canne resterait sur pied.R. elle mourra avant cet abbé-là. Après le cauche subitement.

Nous étions tous unis dans la même foi.Ils sont venus chercher le père Céleste. que des Guadelou- îs de toutes les communes se rassemblaient ici. et qui arrivaient de France. pendant un meeting à Fécoîe de La Rosière. i y avait tout de même un problème. encercler la chapelle. Alexis commença à pleurer : . ils se sont écriés : .S. Cest donc trois jours après que le père Céleste a vécu ce fcauchemar de la mort et nous a interdit de sortir. sont arrivés dans la matinée. en chantant Solidarité. les C.R.Céleste est vraiment inspiré par Dieu. ! P. On commençait à ne pas se sentir trop bien là-dedans. Et. on a formé une chaîne. qu’il se passera quelque chose de grave ce jour-là. >nia. Les uns voulaient rester enfermés et continuer la réunion. de dire la messe. que le préfet avait fait demander en renfort. effectivement.R. Quand les gens bnt vu les C. Ils sont en bleu. bras dans bras. H faut dire qu’on s’y attendait un peu car.S. ce fut la panique. casser la lutte.R. sont venus idre le père Céleste. S’il était au courant. Des nouveaux.R. trois jours avant. Je pense que c’était aussi pour nous )ger de la chapelle. un plein boeing.R. nous isoler. et tu vois que c’est bien ça. M. par un hélicoptère qui nous rasait tête. : mais on n’avait pas peur. sont écartés. nous étaient tombés dessus. Ils ont encerclé fTêcole. pourquoi ne s’est-il pas trouvé ît la chapelle? ît un instant. On entendait : Où sont nos représentants? Où est le maire? Il n’aurait qu’à 277 .S. jusqu’à la chapelle. d’autres étaient pour le départ. les C. qu’est-ce que tu peux penser ? Tout le monde avait la même idée : les C. Et j’ai eu la même réaction. mes frèresl Les C.R. on ùt continué. et nous sommes passés.S. profondément. le maire. et nous sommes sortis très calmes. des C. est-ce pour cela que tout se serait ï? On avait l’habitude de se réunir. suivis pendant un kilomètre. Depuis la veille.S. il nous a dit de ne pas ir et regardez ce qui arrive. Même si les étaient partis avec lui. Quand quelqu’un vous dit de ne sortir. avec le casque et le bouclier. C’est à cause de ïte que nous dormions dans la chapelle.S. et nous ne sommes pas là pour le protéger! Alors. savait que les képis rouges devaient monter à Grosse- îtagne.

elles nous ont lâchés. qu£É gauche. ne bouge pas. ils sont trop serrés.R. nous rentrons de l’autre.N’y va pas. trois. ■V. : Heureusement qu’il n’était pas là. perdent leurs souliers. deux. Il paraît qdj» préfet a dit : « Si le petit Nègre à écharpe se montre.Je suis une Blanche comme vous. Un jeu™ garçon trébuche. ils sortent. mais ses collaborateurs. » Ils nous bourrent d’un côté. fendez-lui le cul.R. Nous nous sommes . lui dS <üt: S . Sauf sœur Philippe et sœur Mai celle. c’était meilleur pour nous. il faut s’éparpiller. J ■’ . Mais eux. A Pintérieurj de la chapelle. nous n'avions peur de rien. Ils nous? poussent par là. Mais là. IÉ sœur Philippe s’interpose : «J . au lieu de l’aider. foutez-lui ® lacrymogènes. après cettfj affaire. Alors. mais. quand un| bombe lacrymogène éclate. j| Où était Dagonia? On est allé le chercher. » •J 278 . tuez-moi. Nous aurions eu un! défenseur. Les C. Nous n’aurions pas eu' l’impression d’avoir fait quelque chose. ne va nulle part. lui foutent des coups de crosse.t Nou pa té pè ayen Nous n'avions peur de rien J nou tout té ménasé nous étions tous menacés i vi an nou té an danjé notre vie était en danger \ nou pa té pè sé képiwouj la nous n'avions pas peur des képis- rouges j nou pa té pè zyé sanginè a yo de leurs yeux sanguinaires | nou pa té pè fizi a yo de leur fusils '■ nou pa té pè hak. qui à droite. défendus nous-mêmes. les bombes lacrymogènes pètent. tuez-moi avajj eux! 11 Quelle maîtresse femme cette petite bonne soeur-là. et les képis rouges partiraient.S.Dispersez-vous! Dispersez-vous! 4 Un. on ne peut plus respirer.S. Les gens qi| l’entouraient ne voulaient pas qu’il quitte sa maison. nous? ont fait subir. Les gens tombent. nous faisons par là. malgré toutes les atrocités que les C. nous nous sommes défendus sans 3 armes.se présenter et dire : « Je suis monsieur le maire ». lai dedans. * . Les auttfi religieuses aüssi se sont montrées courageuses. Normalement. C’est wj brave bougre.

quand Dagonia a débarqué. Quand la nouvelle s’est répandue. •mais impossible de l’atteindre. fMême lui ne savait rien. les ï yeux fermés. bloquaient les routes. Ils sont partis à la poursuite de l’ambulance. nous étions restés bouclés Hjievant la chapelle. Sa commune était en danger. ils étaient saisis. et il a dit aux | C. rien de rien.S.. qu’est-ce qu’il a | pris. | Dagonia est entré dans la chapelle. Ils n’ont fait que reculer de devant I la porte de l’église. personne ne pouvait passer. Les grenades lacrymogènes continuaient à Mfeuvoir. W Pour en revenir à notre maire.Vous êtes venu chercher votre malade? Eh bien. allongé sur le brancard.R. L’hélicoptère f a suivi l’ambulance jusqu’à Saint-Claude. en ont enjambé. pendant que les C. ■ g Nous.R. là.Où est ton écharpe? Où est ton écharpe? F Le docteur Dagonia a sorti son écharpe.S... des habitations.R. ce signe qu’on lui avait ■remis pour nous représenter comme maire. les gens clamaient : W ' . mais alors. il était déjà I passé dans une autre voiture. pour venir B lcher leurs bombes jusqu’à Bergnolles! Ils poursuivaient les gens 279 .R.S. F Quand ils ont vu apparaître Céleste. mais elle était Epie. au départ de l’ambulance. Mains sur la tête. [ défendaient l’accès de la chapelle. je ne trouve pas qu’il ait fait •quelque chose d’extraordinaire. Seuls l’infirmière et un autre compa- Rgnon étaient au courant. I mais elle était déjà loin. Et ils avaient coupé les fils télépho- Bhiques et électriques. pas Pde problèmes.R. Ceux qui accompagnaient Céleste i n’avaient pas traîné : le chapeau enfoncé sur la tête. Et il ne savait même pas où l’on emmenait Céleste. I Ds n’ont rien compris. ce lut un seul cri de •désespoir. Arrivé au presbytère du Lamentin. le pauvre! Les gens lui criaient : r . partez avec t lui. affolement. n’ont vu que du feu. f il avait encore une fois changé. Les C. : F . les C. Les C.£ Effectivement.Au secours! A l’assassin! Ils ont enlevé le père Céleste! p . a fait reculer l’ambulance et | y a enfourné Céleste sur un brancard. Les plus malins sont arrivés par les bois.S. tout le monde fonçait vers la chapelle.Je suis venu chercher mon malade.S. | . notre «petit Nègre à échaipe» a accompli son f devori. ■ par les champs de canne.Panique.

L’unité défaite un moment par la bataille fut vite recréée. heureusement pas de morts.Vous pouvez y aller.] l’usine de M.. tout m’appar­ tient par ici. sont restés un bon moment. à Grosse-Montagne. Quand ils ont com­ mencé à foutre le camp.Allez chez vous! '\J Personne n’a bougé. leur avait dit : . messieurs! Il fallait nous voir. beaucoup de blessés. Ils jetaient par terre avec rage la pierre qu’ils tenaient à la main. photo en main. ' M.T. actuellement scrétairç|j général de l’U. Nous ne pouvions pas dire que nous avions gagné. Les C. Ce jour-là. et : nous étions très nombreux. répétait ces paro­ les: .Nous sommes chez nous. avait demandé à un gosse de lui montrer un nommé Rozan.T. Tous les dirigeants de rU.T. i A la radio et à FR3. Il y a eu des i incidents provoqués par les « forces de l’ordre ». 280 . dans toutes les cases autour de la chapelle.. C est vous qui n’êtes pas chez vous.. venir nous dire d’aller chez nous! Je hurlais : .G. l’évêque.S. i Ça. pour j disperser ceux qui manifestaient devant l’usine. .R.dans les maisons.R. S. nous qui avions peur des gendarmes avant. Les syndicalistes. S. Si noüs avions becqueté un seul C. on a dû en maîtriser plusieurs pour les empêcher de se battre avec les képis rouges. On avait envoyé Rozan Mounien * se cacher car un gradé.S..R. ont été se cacher puisque ce sont eux que le préfet voulait. les forces de l’ordre! Mais pas unj _________ 4 * Un des fondateurs et dirigeants de l’U. A-t-on jamais vu une chose pareille.. Le préfet avait fait appel aux C.Dispersez-vous! Rentrez chez vous! Charles-Gabriel. Dagonia ont pris la parole.A.A. le maire de Sainte-Rose. on disait qu’il y avait la guerre à ] Grosse-Montagne. Tout ça c’est chez moi. Pourquoi? Parce que nous avons gardé notre sang-froid. elles étaient venues. je suis sûre que tout Grosse-Montagne aurait été mis à feu j et à sang.S.G. nous nous sommes rassemblés de nouveau. une guerre déclenchée par un certain nombre j de travailleurs de la canne qui voulaient entrer de force dans .. mais nous n’avions pas perdu le combat.

sa maison. toi aussi! . cassé les portes. ils te débobineront les événements. Une autre femme a pu aussi intervenir. J’ai profité d’une éclaircie. II fut forcé d’accepter. nous fit savoir qu’il poursuivait son jeûne et nous demandait de tenir bon.Il faut que tu prennes tout ce que nous dirons. tu ne prends rien. Chicaté a parlé surtout des revendications. tous les Quadeloupéens ont appris la vérité sur Grosse-Montagne. c’était extraor­ dinaire. Tout à coup. l’après-midi. et.Je n’ai pas pu venir plus tôt.Vous savez. Il n’était pas à l’aise.Ce n’est pas notre affaire..R. Même si ça n’a duré que dix minutes. L’après-midi même.journaliste pour venir aux nouvelles et informer vraiment la population. Nous lui avons répondu d’accord. on en aperçut un dans la foule.Alors. 281 . C’était la première fois qu’un événement avait lieu ici et qu’on le donnait tel qu’il s’était passé. tu arrives quand tous les débats sont finis. à ceux qui savent. . le nombre de participants diminuait. Une femme a pu raconter comment les C. du prix de la tonne de canne. un journaliste de FR 3. les syndicalistes deman­ daient la reprise des négociations. au fil des jours. mais. à 6 heures. et le soir. mais à une condition : . Nous avons continué à nous réunir dans la chapelle. Ce qui fut fait. Il a aussi raconté comment. Racontez-moi tout. un miracle même. On n’avait jamais entendu une chose pareille à la radio en Guadeloupe! Chérubin. les paysans pauvres ne pouvaient plus vivre. Le préfet fit une déclaration disant que chacun devait prendre ses responsabilités. tout de suite. Donne le micro. Nous n’avons pas eu le temps de tout dire. Il te faut prendre des gens pour parler en direct. sinon. Fous le camp. On s'en prit à lui : . à célébrer la messe. Ceux qui avaient vécu les événements les racontaient eux-mêmes. ils n’acceptent pas n’importe quoi. avaient tout bouleversé chez elle..S. brisé ses affaires. du salaire de l’ouvrier agricole qui doit être le même que celui de l’ouvrier de l’usine. . comme ça. avec cette affaire de la canne à la richesse. les routes étaient barrées. dans ce métier. une fois arrivé à destination.

une fois la grève finie. et surtout 1 0 travailleurs de la canne. dans les fonds. . pliaient au presbytère. Il avait gagné. un bal au gwoka éclata dans l’église : . Les réunions se multi-. Le préfet a envoyé ses C. le gwoka appelait tout le - monde : "i . tout le monde était content. il ne voulait pas de négociations. maire? Ça ne lui va pas du tout. . de cet événement que nous avions vécu. ' mais on n’en finissait pas de parler de ce geste. scandait-on. chacun a repris place. * Après la grève de la faim. pour que le peuple vive. avait poussés à Faction.Préfê mako.Céleste. c’est pour dénoncer tout ce qui n’est pas bon et lè* fairer rentrer dans la justice. Le père- Céleste avait repris toutes ses activités. il avaif entrepris sa grève pour forcer les usiniers à négocier. il a été forcé de les reprendre. nous avait rendus plus exigeants. tout té" monde s’était démené.S. pa$ plus celle de maire que celle de député ou de conseiller généra^ Sa politique. Céleste voulait qu’on discute avec les travailleurs comme avec • des hommes. Alors. Plusieurs m’ont interpellée: ■% . avait: pénétré en profondeur dans tous les détails de notre vie. préfê mante. Céleste les avait défendus. puisque le père Céleste faisait sa grève pour que les négociations reprennent.Céleste pose sa candidature. pour qu’oÉ arrête de prendre les Nègres pour des chiens. nous avons besoin de lui comme ' maire. mais un point très important de 1 gagné tout de même. ] elles ont repris. ^ On ne peut pas dire qu’ils ont tout lâché. les négociations. les difficultés se sont multipliée^ Pendant la grève.Venez tous célébrer la victoire! Enfin. mais l’Évangile nous. qui ont failli tuer des gens. On disait de plu| belle: j «Ce n’est plus la messe. et qui nous a tant apporté. Cet homme. à l’église du Lamentin. ? Certains pensaient que Céleste allait poser sa candidature contre Dagonia. Le nom de i Chérubin sonnait dans toutes les bouches: ■! . ouais! : Sur les mornes. eh bien. Sa grève de la faim était terminée. A cette nouvelle. une petite victoire.R. est-ce vrai? j . c’est de la politique! » « 282 . oh non! Sa politique n’est pas une politique pour prendre une place.Voilà un homme qui a voulu se sacrifier pour le peuple.

pourquoi il a fini sur r la croix. comprennent pas.. ce n’est pas n’importe qui. . f 1975. il faut avoir quelque chose avec soi. Il est pour la libération de son pays. au sérieux la vie de Jésus qu’il essaie de suivre. je parle. .. et -pour lutter ainsi. mais ceux qui sont en plein dans l’Évangile marchent à ses côtés. Je me souviens d’un enterrement où Céleste avait parlé. C’est ça pour moi prendre ses responsabilités de chré- %n. Il est entré dans l’Évangile. lutter contre les injustices. ou alors je me tais. mais le maire du Lamentin. mais si je parle.. Je ne peux pas dire ce qu’il a en lui. Je me souviendrai toujours de cette année-là. mais il a quelque chose. comme dans les lemps anciens. . C’est ce qui lui donne son courage pour lutter ' contre toutes les forces d’injustice. essayer d’aller jusqu’au bout de l’Évangile pour changer cette vie qu’ « ils » nous ont faite. parlé. quel a été le rôle des pharisiens. M. nous n’étions pas choqués. C’est un homme de foi. Il a pris au sérieux son sacerdoce. que de détails il a : donnés! Il nous a demandé ce que nous faisions pour notre peuple. sa sensibilité à ia misère des [malheureux. membres de la communauté. Les gens le critiquent beaucoup. rentré profondément. pour qu’il puisse vivre dans son pays et non émigrer en France. j ’ai compris en quel sens nous sommes français.. L’Évangile %’a ouvert les oreilles et les yeux. Tout ce qui s’est passé pendant cette grève m’a fait beaucoup avancer. Dagonia. vous ne mettez pas de l’eau dans votre bouche quand vous prêchez. Chérubin prend l’Évangile comme il est dans le Livre. ne sont pas encore d’accord. est allé le voir et lui a dit : 1 . Chérubin Céleste.Vous allez fort. mais pas de n’importe quelle manière. comment il à agi pour le faire vivre. Nous. Il n’ira pas se faire tuer dans une action sans chance de réussite. f dit comment Jésus a pris sur lui toute la souffrance de son peuple.En effet.

était farouchement contre nos réunions de qt contre ce genre de messe que Céleste célébrait dans cette cl à quelque mètres de son usine.. 284 . J’avais. et la cor nauté avait décidé d’écrire une espèce de pétition réel justice pour les travailleurs. Lors d’une précédente grève. une jeune du M. prenit parole. Ma fille avait signé. les casser pour sortir de notre situai^ d’esclave. quant à moi.RJ. donné mon n< jeune fille.chaque année l’UI devait lutter -. enrageait de voir la femme de son écoi participer aux actions du père Chérubin Céleste... S. M.. M. le père Céleste nous avait réunis.. mais ce t lâches* Man Une paysanne guadeloui Je n’oublierai jamais 1975.-] demanda si j ’étais divorcée. C’est pour ça aussi qu’il est venu fourrer son nez mon ménage. J ’ai compris pourquoi dès le début. en 1973 . J’ai senti vraiment dans ma tête et dans mon corps coi l’Évangile pouvait nous aider à nous libérer de toutes les coi qui nous attachent. année de mes plus grandes j< comme de ma plus grande souffrance.. le patronf mon mari.C. S. les pauvres. où nous. men sa ou ka lagé L ’essentiel dans la vie n ’est pas ce que retiens dans le creux de ta main. Chapitre X V Yo ba Jozèf biyé palapenn é i kasé èvè mwen Joseph perd son travail et me quitte Sa i ka konté piplis apa sa ou ka kenbé an plat a men a-ou. Au moment de signer.

il était parti pour lui casser les reins. Moi. je continuais à mener mes tions. je pouvais participer. était en affaires avec Joseph. S. Il ulait se débarrasser de lui et cherchait à mettre ça sur mon dos. ais moi-même failli être prise là-dedans.Madame de Brigotte est line sainte femme. Il découvrit que c’était la fille de la femme de son économe.. je ne vois pas qu’est-ce que je viens faire là-dedans. L’un d’eux. je vis à Lamoisse. M. avait des mako partout qui lui apportaient tous nos tracts. organisait de petites réunions pour égrener des chapelets. . nous ne parlions pas en l’air. elle vit chez elle. . Vous vous rendez compte! Alors là. voici i son nom et sa signature! . je ne suis pas divorcée. S.. éplucha toute la liste. à messe. Jo- ' eph. et elle a eux enfants! Ça se gâtait pour de bon. lui. Le dimanche. mais qu’il valait mieux ne pas mettre mon nom.. sans m’occuper ni de Joseph ni de M. regardez. elle est très active dans les unions de quartier.. . Le père Céleste expliqua à tous qu’à cause du patron de mon mari.. une Martiniquaise blanche.. pas avec moi. c’est pour dire le rosaire.Ta femme suit le père Céleste.'Encore une fois. nous parlions ouverte­ ment des riches que nous connaissions. Joseph. Joseph. n’a pas vu plus loin. Ma belle-fille est mariée. et moi.Monsieur S.. Si elle vivait encore chez moi. Il chercha à savoir qui était cette Mme Lucie B. S. tu dois empêcher ça. la pétition.. Si elle réunit des "s autour d’elle.Non. mais je préfère mettre ce nom-là. institutrice.. oseph s’est défendu : . M. Si elles portaient sur es riches. "ûph. Moi. Elle s’appelle Mme B. je n’ai rien à voir avec la signature de ma belle-fille. Joseph. mais elle est mariée.Votre belle-fille a signé contre moi. n vérité. M.. elle a deux enfants. bien sûr. lui donna. elle prend la parole à l’église pour me "'tiquer. alliée au maître “j.Qu’est-ce que ma femme fait de plus que Mme de Brigotte? . nous nous posions des questions. mon mari. S. pas pour la 'tique. le patron de mon mari l’attaqua : ' .. M. yfme de Brigotte. sans ça tu auras des “uis avec moi. il m’est tombé dessus : 285 . qui était à la réunion..

pas de Sécurité sociale. Toutél elles devaient y passer. je voyais bien ce qui clochait. de ses enfantai avait autant de femmes que de cannes sur l’habitation. il Le rhum a perdu Joseph. dormant sur une chaise. à coupS hacher. Le compère le remplaçait Joseph était trop saoul pouq comprendre son manège : il voulait la place. de monter et descendre autour du père Céleste.Papa. jusquf dans la n u it Ils le trouvèrent dans la boutique de la soeur i f compère. Les bouteilles vidées. | Un jour. Son compère lui en donnait encore dans les. champs. arrête de t'agiter. le rhum et les femmes. et les mil partaient sec.. 4 Moi. réveille-toi. Joseph? Pas plus qu’un a m Évidemment. papa. Il emportait ses provision^ quelques chopines. M. faire trimer les autres. If . J . . Tu ne vois pas le tort que tu me causes. Allez plutôt dire à votre mère de se t e || tranquille. les enfants ont vu que ça ne pouvait plus durer.. partait au travail avec un bon deux ou trois verres de rhum dans le corps. il est sur toj dos. dans son travail. Joseph! J’avais beau parler. de l’aigent. dès le matin. j’avais des problèmes. Si tu n’as plus de travail. Joseph partait boire dans les* boutiques. Ses wm l’entraînaient II ne se souciait plus de son foyer. rien de la sienne. Je t’interdis de fréquenter ses réunions. tu m’empêches d’aller gagner une seule journée. dans son foyer. je n’ai pas d’allocations. ça chauffait quelquefois. | | sont partis chercher leur père. partout sur l’habitation. Avec ses amis. son patron maudit lui avait fourré dans le crâne Léonora.Devant Dieu. 9 286 . Joseph. comment pourrais-je faire une pareille bêtise? Si j'avais un métier. j’aurais pu vouloir me venger de toutes tes abominations en te faisant perdre ton travail. Depuis un bout de temps. que ferons-nous? Réfléchis un peu. Tu veux que je perde ma place? . il était commeji enfant.Léonora.Regardez ces petits « doudou » (chéris) qui ont peur qu’ol me foute dehors. il était le maître. Jj On dit que les hommes boivent parce qu’ils ont des problèmes Moi. mais.. c’est toi qui gagnes le pain du ménage. mais tu m’as amenée ici. te cherche. S. le père Céleste. Tout était de leur faute. une véritable toupie à fouer qu’ils ont fait virevdS jusqu’à ce qu’il se retrouve dehors. rien en main.

là. j ’étais en plein dans le mouvement.. l’accuse. Avec Joseph. a envoyé en l’air toutes les bonnes raisons de Joseph. Chicaté se e‘'*n. qui avait obtenu du travail pour les ouvriers. Non.. Ah! monsieur le patron. il parlait. l’aperçut il mit ses deux mains sur la 28 7 . et à boire aux ts. de sa famille.. Quand M. contre sa femme et ses enfants. S. nous pouvons réfléchir et nous défendre. Avec ses amis. Ils lui ont fait prendre un huissier. il aurait été trouver Chicaté. Il a quand même obtenu un peu plus d’argent. tu essaies de prendre la défense de ta famille.. S. craignait comme le Diable ’éau bénite. Cest avec deux amis aussi qu’il alla toucher ses indemnités.. Lui seul avait droit à la parole. tu t’y accroches. S.. Joseph. fait ■payer la ristourne aux petits planteurs.. un avocat. celui que M.. Il ne fallait rien me dire. Au tribunal. Joseph recevait sa lettre de licenciement Céleste faisait sa grève de la faim. Chicaté était un petit Nègre qui ne connaissait rien dans affaire. s’en prit à.ta. la tête bourrée par M. de ton foyer.P. l’avocat. sûrement bien payé par le patron pour le défendre. écoutait leurs mauvais conseils pour venir faire du désordre à la maison. Quand quelqu’un avait un problème et se rendait auprès de Chicaté. je n’étais au courant de rien. M... S’il avait écouté les conseils de mon fils Marc.. huissiers..G. une deuxième fois. nous ne sommes plus tout à fait au temps de l’esclavage. pas de dialogue. tu es fort Tu as réussi à licencier cet homme de son travail et. moi et me quitta. S. sauf Chicaté. Toi.. Pendant ce temps. M. Chicaté. celui-ci se déplaçait et it voir le géreur ou le patron en personne. ses camarades lui ont dit fde refuser... puisque je parlais trop. qui séparaient les esclaves de leurs femmes et de leurs enfants. Comme l’argent paraissait trop maigre. tu as pu penser qu’il agissait comme les anciens maîtres. Ils sont allé le prévenir. Un année. le responsable de 1TJ. Une fois le syndicat "cé contre celui-ci aurait été obligé de compter le ombre de billets qu’il fallait pour vingt-cinq ans de travail. fit appel et Joseph dépensa tout ce qu’il avait obtenu en “lus à payer encore une fois avocats. tu vas au moins lui parler. avait convoqué à l’usine tous les petits mteurs. S. Pour sph. Si « misyé la » te dresse contre ta femme. En 1975. Joseph.

c’est à moi qu’il faut parler. alors. il avait dot® dehors. M.. Uot malédiction doit peser sur cet homme. mais pas des vraies. Après. Je ne désir® ni Joseph ni personne d’autre. Pendant quinze ans. Depuis la fin de 1974.Tu as passé toute la nuit chez ta maîtresse. si vous avez quelque chose à dire aux planteurs. mais de la viande » Pointe-à-Pitre. et tu v ie n s® faire l’amour pour me montrer que tu es mon maître.M. JM Il m’avait quittée en mars 1975. Jl . Joseph voulut lutter tout seul contre M.. vingt-cinq ans à sortir des champs de canne 5 heures du soir. ils en ont besoin. S. Nous avie® encore des relations.. » Je ifn ai envoyés trois ou quatre fois. Les planteurs ne viendront jamais vous voir si je ne suis pas là. j U plaça l’argent de ses indemnités dans une boucherie. à entendre les cris et les réclamations des travailleurs. qu’il revendait au poids. | Joseph n’achetait pas lui-même de bœufs. Joseph était toujours saoul. dix ans après notre séparâû® 288 . ne rentrant que le soir de temps en temps. je ne t’ai pas fait appeler. une « loge ». à compter. Un vrai dégoût pour le corps® Joseph.Chicaté. S. on lui versa quinze mille francs. . De plus. Des histoires circulaient sur cette loge et celles d’à côté. Il se procura toutes Jifl balances nécessaires. Je lui faisais des scèfl® je ne voulais plus l’accepter en moi. Il ne faut pas rêver.. mais pas de glacière.® n’habitait plus à la maison. avec ça. alors la viande $’a l || mait. loua une voiture et prit la route pour essayer dfl placer sa viande. les autres commençaient leurs affilié res. Elle avait le temps de pourrir en chemin. Personne n’arrivait à vendre là. jamais vous n’arriverez à leur monter la tête contre le syndicat. je me suis dit : « D ot peut refuser de la viande à ses enfants. vérifier. Joseph confia la loge à umj de ses copains. et bien mal placée. Pas une boutique. m Comme il ne me donnait plus un sou. seulement. .. sauf un certain Eusèbe... Le dégoût avait chassé l’am oü® pris possession de la place.. Finalement. je n’ai pas besoin de toi ici. Quand il avait liquidé toutes ses maiv chandises. S. Encore aujourd’hui. une petite cabane avec une planche poiré comptoir. Pour vingt-cinq ans de travail sur une habitation. |B personne n’en voulait.. ah nQOT Mon corps et mon sang s’étaient mis à refroidir.

pas de vail. on se dit bonjour. Tu me pousses dehors. il faisait de petits va-et-vient. pas de maison. J’étais d’accord. Aristide! Ça va. découchait. Et pour ^com m ent va la vie? ' Dès qu’il avait échangé deux mots avec quelqu’un. avait eu son témoin. . mais pas toi.Me manquer. N’étions-nous pas déjà séparés? Il ne faisait plus attention à moi. Léonora. Toseph espérait que. personne ne peut dire si le mari ~:1 là. Tu as combien je vais te manquer. Tu vas connaître vie des chiens. toi? Peut-être que je connaîtrai la misère. Ton absence m’est \ J’en ai fini avec toi. venait la coller contre la mienne. I té vlé voué ki té an té kay fè ba-i. Au début. on s’embrasse. Il débarquait très tôt. prenant ses aises. Je sentais aussi qu’il m’épiait : comment je prenais son départ? >ce que je pleurais? Il était tellement orgueilleux. . Au bout d’un ornent.Bien le bonjour. Jo. Marc faisait ses études en . Joseph n’habite plus Lamoisse. se lavait la figure. et la santé? ?■. mais je vSuis de glace et ne sens aucun désir. Il encore. II voulait voir quel visage j'allais men an pa jen pwan hotè a-i. je répondais : M. tu le regretteras. sans un sou. il s’asseyait devant fia porte un bon moment. définitivement. lui montrer. comme je ne le suppliais pas de revenir. je tiens. je suis là. Je suivais ses singeries sans rien lui dire. Dieu merci! vant de s’en aller. La nuit. il avait déposé quatre cents francs sur le lit arqué sur un morceau de papier «pour votre existence». Il emporta ses affaires et je restai dans la maison de l’usine. je serais obligée de plier. je devais me débrouiller pour moi et mes deux derniers. il insista pour reprise : . i . Tu n’as pas d’aigent.Comment va M. mais je n’ai jamais pris sa hauteur. b Je ne me suis jamais occupée de lui. quand je le rencontre. Alors. ce petit quatre cents francs. Si quelqu’un venait le demander.->■ Tu n’es rien sans moi. Joseph le premier a proposé la séparation. Tout ça dépend de moi. jamais. que snt me manquera. et je n’éprouvais plus rien pour lui. il s’en allait. et sans me faire bile.

Je n’avais pas l’habitude de vendre des légumes et des racines. Sylvère. j’en ai eu assez de me fatiguer à laver pour ce monsieur. Tu te débrouilleras ailleurs. je prévoyais une part pour Joseph. mais je n’étais pas inquiète.. pour ton linge et tes repas. il surgit au milieu de la nuit pour surveiller. Je montrai le tas de linge sale : . Mon seul trésor. comme pour le reste. Et qu’est-ce qu’il salissait! Comme exprès. Je lui lavais aussi son linge. il me gronda : . Je le dis clairement à Joseph quand. ils croyaient aussi que je lui avait fait perdre son travail. un jardin. _ Il ramassa ses petites affaires qui traînaient encore chez ne et partit définitivement pour son nouveau chez-lui. pourquoi ne m’as-tu pas écrit pour me mett courant de tes malheurs avec papa? 290 .Maman. je ne m’occupais plus de mon mari. Joseph me le défendait. J’allais pouvoir voir venir. j i Quand Marc revint de France. puisqu’il n’était pas encore parti totalement. son service militaire. . Comme il K racontait partout. J’expliquai tout en détail. Ils vinrent me visiter. .1 mari.\ Mes parents avaient appris le départ de Joseph. Quand. Joseph arriva pour se changer. tu viens pour rien. je n ai aucune idee remplacer. Seulement. Un de mes frères me donna cent francs. Lorsque je faisais cuire à manger.Ne t’en fais pas. . pour qu’il ne moisisse pas. J ai rassemblé le linge sale qu’il avait apporté et l’ai suspendu aux clous de notre chambre. linge souillé d’homme saoul. . depuis longtemps.Ce n’est pas pour que tu ailles acheter du savon pour laver! linge des autres. Un jour. plus question de lui laisser chaque jour sa part de manger. m’arrête. que je ne prenais plus soin de: ses affaires. Il nè resuit plus qu’à m’organiser pour vivre avec mes enfants. fini. commet en avait l’habitude. Dominique travaillait à - l’usine de Grosse-Montagne et me rapportait une petite monnaie. Il avait raison.Regardez la quantité de linge qu’il m’apporte à laver. pendant la grève de la père Céleste. '■fi France. Et si ce monsieur ne te donne rien. rien de propre! Il tempêta mais ramassa son linge sale en un clin d’oeil et disparut La femme à qui il le porta à laver fit courir le bruit que.

H ■ purra venir à la maison. . Maintenant. m ’étais livrée à des tonnes d’activités. quelle que soit l’heure à laquelle il rentre. cinq ans après. Nous mangions tous à table mais ^parfois. par exemple. tu préparais tes examens. je fais ce que je veux. J ’étais mariée. je me sens bien dans mon corps. je le soignerai. J’avais évolué pendant tout ce temps. mais une femme libre. Je sais que beaucoup me critiquent. je ^reparais le repas et chacun se servait en sortant de l’école ou du “travail. pourquoi? Pour jouer la comédie aux yeux des ■populations? Montrer que j’avais récupéré mon mari? Je n’étais ■pas pour ce genre de choses. regain d’amour. Je ne suis plus là-dedans. les ■priions ont soif. La vie que menait Joseph n’a jamais ■ été ma vie. Joseph a voulu faire la reprise. . chez les nouveaux mariés. je sais diriger ma vie. sans personne pour le servir? par les enfants n’y étaient pas disposés non plus. . d’accord _ avec la vie que j’ai maintenant choisie.~fVous voyez Joseph là-dedans. lui porter son café. de ■presses. à leurs corps. enfermée là-dedans avec lui. sans desordre. nous nous étions organisés avec les enfants: plus ^personne au service de l’autre. ! La reprise. Depuis cette séparation. ils n’ont pas le temps de s’intéresser à autre ■tiiose qu’à eux. obligée de Passer par lui. Et j ’avais de nouvelles rai- [ sons. je n étais toujours pas disposée. c’est le père de mes enfants. quand j’allais en réunion. Faire l’amour devient la seule occupation. je ne l’ai pas vécue comme un échec personnel plutôt comme un échec d’alliance. ~ ne voulais pas te troubler. Ma séparation. s’il rentre! Je m’étais débarrassée de toutes ces mœurs d ’esclave. Un échec de notre vie à deux* pas de notre vie à tous deux. Moi. Alors. je me sens autre. sans ressources. . ■ r J e reste bien avec mon mari. je suis d’accord avec moi-même. quand. Depuis 8011 départ. il trouvera un endroit pour coucher. Joseph aurait-il accepté la femme que j’étais : devenue? Je ne me voyais pas. correctement. et pas disponible non plus. je suis bien. comme avant. le jeudi. Nous nous disons bonjour S’il K m b e malade. et Joseph ‘nétait pas homme à puiser son manger dans le canari. Qui dit ■fernise en ménage dit reprise d’amour. koehon pa ni bouè ». «Mayé ■Bouvo. je suis une femme sans argent. garder son couvert mis et son repas au chaud pour qu’il puisse ^manger.

Moi.il courait tous les jupons et nombre femmes qui passaient devant ma porte. de femme qu’on fait danser à sa guise. dans la bouche. même s’il fait les yeux doux et veut que je le caresse.Tu n’es pas une femme. mais je m’aime et me respecte. Les gens de la communauté chrétienne seraient bien heureux j d’annoncer : « Man Joseph est retournée avec son mari. à chaque dispute. Renélise. Par parce qu’ellM était avec Joseph . J’ai fermé la porte de mon corps.Mais Joseph. i Comment oublier tous ces mots. voilà avec quels mots il m fl détruisait. je me sens jeune et. petit à petit. au* long des années. \ mais une vie dans la mort. m . Renélise sait» faire l’amour. elle. Renélise ça. Quand la donne a été si ■ mauvaise. blaguer. Se remettre à vivre avec un homme pour se ranger. A 1 soixante ans. me terrasser. une fille qijjl « vend sa viande ». Renélise ci. un goût de j choses nouvelles. ai subi bien des misères. Il osait me comparer avec sa maîtresse. Il n’a pas su l’apprécier. krizokal pou lô (du b rilla n t p o u r d e l ’or). Des mots «blesse» pou|fl m’atteindre au plus profond. tu n’arrives pas à la cheville des êtres qu’on appellèjl femmes. Pas d’un seul coup. S J’ai beaucoup souffert à cause de cette fille. la mort de soi. c’est retrouver une vie à deux. Renélise.. nous avons fait onze enfants. Bal fini. j parce qu’on atteint un certain âge. ces mots poignards qui m el tailladaient le corps et l’âme. vyolon an sak (le b a l f in iÀ ra n g e z le s vio lo n s). | Et puis. avaient dû siifH Joseph -. rire. Joseph avait rencontré une femme de bonne qualité. » Ils le i désirent. mais elle avait trompé ma confiance. je veux vivre. me faire vraiment des illusions. On peut dire de moi que j ’aime parler. personne ne me traitera de « toupiafouèt ». -JjH 292 .mais pas dans mon lit. on ne peut te compter parmi lesjj femmes. des choses trop graves se sont passées entre Joseph et | moi. s’arrêtant pour mjjfl demander un peu d’eau en revenant du travail. voilà une femme. -m . Elles ont tué l’amour. Ht j’ai gardé la position.. faire la ritournelle serait prendre kaka poul pou zé (les c ro tte s d e p o u le s p o u r d e s œufs). Des blessements des mots. J’ai vécu bien des malheurs. Étais-je uaeM femme à ce moment-là? « Je n’étais pas une femme ».

chacun cherchant pourquoi l’autre lui en veut. Quand quelqu’un te retire son bonjour. je la vis devant moi. Elle a : tout de suite compris et a disparu de mon foyer. Joseph avait possédé tant de fem- . fc Je vais partout porter la parole de Jésus-Christ. elle s’adressait à moi. Je n’avais pas pris au sérieux l'avertis­ sement. Ma fille Émilienne Bfcen revenait pas : 293 . On m’avait prévenue. Si je restais muette. je découvrais que ma place. je ne peux entretenir la haine dans mon cœur. J’aurais dû lui dire : . elle me lavait mon linge. Je ne veux plus voir tes pieds fouler le sol de ma maison. 1 Renélise est restée longtemps en moi. le calvaire. F Un jour. sur le chemin de la messe. de mon jhcorps. vivait en bonne harmonie avec tous. mais préférant mourir que d’aller demander . mais j’ai répondu. Ça peut être mauvais ? cette coutume. Renélise est entrée p t m’a saluée : « Bonjour. Je ne pouvais être présente. « à la Ëlongueur du temps». RpËt c’est parti. nous nous parlons. telle une épine d’acacia idans une blessure profonde. repassait. J’étais malade. et c’est sur le dos de celle-là que je m’embarquais. était la maîtresse attitrée de mon mari. la souffrance r-rétrécissent. je me trouvais chez Man Léonteî. On aurait dit qu’elle n’attendait que BU Depuis. les douleurs. madame! » Elle n’a pas dit bonjour au lierre. car bien souvent des gens se brouillent à cause f d’un bonjour non dit (peut-être l’un d’entre eux était-il simple- f. Je me suis simplement arrangée pour me fâcher avec elle. Tu peux partir et rester chez toi. elle tenait ma place au foyer. il y a quelque chose derrière. et moi aussi. Subitement.une explication. Il est arrivé un moment où j’ai laissé tomber cette tefille Je l’ai lâchée. dans ma maison.ment distrait) et restent en froid. et puis. Et puis.Renélise. C’était dur. Mes enfants f aimaient. A toi de comprendre quoi. en allant à la messe. elle l’avait prise aussi dans le lit! J’ai reçu un choc. l’ai ôtée de moi-même. petit à petit. Je ne pouvais croire qu’une femme qui allait et venait sur mon plancher. de mon esprit. Nous H m e s même arrivées à nous embrasser. Je n’étais pas encore la femme due je suis devenue. je sais que tu es avec Joseph. On s’est retiré le bonjour. Je l’écartai d’un gl* ôte-toi de mon chemin » plein de mépris. à la tasse. Un matin.mes. je ne ■portais pas témoignage.

- Comment, maman, ce n’est pas vrai, tu embrasses Man
Renélise!
Joseph, lui, était furieux :
- Je ne te comprendrai jamais, Léonora, c’est maintenant que i
je ne suis plus avec Renélise que tu vas la trouver. Tu fais ça i
exprès pour m’emmerder, parce qu’elle a pris un autre mari, j
Je ne suis pas devenue son amie, mais je suis bien avec elle,
sincèrement Bien, comme avec ces gens que l’on va visiter s’il
leur arrive quelque chose, mais qu’on ne fréquente pas; commet
ceux chez qui l’on va passer la journée quand l’envie vous en
prend, chez qui l’on fait le va-et-vient. j
De la peine, du chagrin, j’en avais eu. Sa relation avec .
m’avait dévorée. Malgré cela, je ne la porte pas dans moi
comme une ennemie. Peut-être parce que entre nous il
jamais eu de paroles de mépris. Nous nous sommes récoi
silencieusement comme nous nous étions fâchées. Sans ir
sans scandale. Chacune s’était retirée, avait suivi sa rout
chercher à nuire à l’autre. Sa route de femme.

... chimen fanm plen chouk ... chemin semé d'em
aboua, chadron, tout kalité zôti, d ’oursins, d’orties, de poil
poual agraté... ter...'

Depuis 1976, j ’habite dans une cité de petites maisons
duelles. Moi qui ai vécu si longtemps sur une habitation,
change. Pourtant, je constate que les femmes, avec tou
facilités de la cité - maisons en dur, eau courante e
quelques-unes voiture et téléphone - ne sont pas plus heu
Même celles qui sortent avec leur mari bras dessus, bras c
ne sont pas libres de leurs mouvements. Les maris impose
d’interdictions : défense de parler aux autres hommes de
défense de voisiner, défense de sortir toute seule, défens
défense de...
Quand je regarde loin, loin derrière moi, je me dis : « IV
tu n’as pas eu une enfance heureuse, tes deux ménages n’
pas tellement réussis, qu’est-ce qui te reste? Il me rest
honneur et la fierté d’avoir tout supporté pour élev(
enfants. Et un bonheur tout nouveau, celui de me garder
pour moi-même.
La belle vie, maintenant, pour moi? Difficile à dire puis
294

mère n’en a jamais fini avec ses enfants, « piquez le nez, les yeux
pleurent». Tout de même, je me sens bien, je ne suis plus
malade. En tant que personne active de la communauté chrétien­
ne, je vois la vie d’une autre façon. Chaque jour, je fais des
découvertes, je m’instruis, j ’apprends à mieux connaître mon
pays, mes semblables, moi-même. Je suis de toutes les sorties, de
toutes les fêtes. Je m’amuse.
Je suis une femme d’un bon âge, mais je ne vois pas comme
certains la lutte, la lutte, rien que la lutte. Tu ne peux prendre ta
vie pour la passer à danser, mais tu dois t’amuser. Lutter, oui, je
suis d’accord, mais s’amuser aussi, attraper la vie à pleines
brassées.

'1

Postface

« Récupérons la parole qu'ils nous ont arrachée
et clam ons nos différences puisque c'est d e cela
qu'il s ’a g it »
Jeanne H y v ra rd .

L’essentiel, disait Jean-Paul Sartre, n’est pas ce qu’on fait de
nous, mais ce que nous faisons de ce qu’on a fait de nous.
• De la «crucifixion de l’Afrique», de ce grand crime contre
l’humanité qu’était l’esclavage, les Africains "déportés dans le
[, Nouveau Monde ont dû pour survivre s’adapter à ce nouvel
^ espace, y accrocher leurs dieux et leurs coutumes. L’urgence de
répondre à des conditions de vie et de mort qu’ils n’avaient pas
. choisies, voulues, désirées, mais avec lesquelles ils ont dû se
^battre quotidiennement, jointe à la nécessité de connaître le code
^culturel de la société esclavagiste ont été mobilisés pour une
: organisation collective en fonction du passé et du présent, pour
; créer une langue, le créole, élaborer un rapport propre au corps,
conférer, par une volonté de cohésion et d’unité, un sens à
pce monde imposé, donner naissance à une culture, la culture
[populaire guadeloupéenne.
% C’est dans cette culture que Léonora a puisé des forces pour
i s’affronter à la vie et élever ses treize enfants. Ses rêves, ses
; inquiétudes, ses espoirs, son effort pour se réapproprier l’histoire
rejoignent ceux de milliers de Guadeloupéens obscurs et anony­
m es dont la volonté de survivre a fait la Guadeloupe.
t Cette histoire enfouie, oubliée, jamais étudiée, cette histoire
qui m’a toujours passionnée, c’est celle que j ’ai retrouvée dans la
?vie, dans les paroles d’Anmann de Léonora.
Cette histoire, c’est celle, aussi, que j’ai en partie vécue enfant,
|qui m’a profondément marquée et qui peut-être m’a poussée à
treprendre des études de linguistique, d’ethnologie, de sociolo-

P qui m’a donné le goût pour l’observation, le questionnement
297

du langage le plus quotidien, le plus riche peut-être en significa­
tion.
Jamais, en écoutant Léonora, je ne me suis sentie étrangère,^
absente de ses interrogations, de ses doutes, de ses recherches^
Une grande part de ce qu’elle me disait répondait en moi,
résonnait dans mon corps, faisait resurgir des sensations
oubliées.
Mon père était le fils d’un grand planteur, ma mère, une
ouvrière agricole sur l’habitation de mon grand-père. Si j ’ai pu
prolonger mes études accrochée à la branche paternelle, c’est-
toujours sur la branche maternelle que je me suis sentie à l’aisé
Je n’ai gardé de relations vraies qu’avec cette partie de mi
famille, paysans pauvres, n’ayant pour la plupart pas fréquenté
l’école. ji
Lorsque Léonora évoque le gérant de l’habitation, je revois
celui qui nous interdisait de passer devant la maison du maître, I
fallait faire un détour de six kilomètres pour aller à la sourc
chercher de l’eau. Quand je devins bachelière, toute ma familll
côté maman, sur qui rejaillissait cet honneur, obtint droit dfl
passage. . .II
Ainsi a pu naître cette complicité entre Léonora et moi, ainsi
ai-je pu l’aider à poursuivre ses interrogations et traduire, sa|I
trop la trahir, j ’espère, du créole en fiançais, le récit de J n
pratiques. Æ
Car Léonora cherche, cherche à comprendre ce qui lui es!
arrivé, pourquoi telle chose et pas telle autre? Et pourquoi aijc|
fait ça, ai-je pensé ça? Et tout d’abord qui suis-je? Qu’e stj!
qu’un Guadeloupéen? Ce Nègre devenu citoyen français, comffl
le dit sa carte d’identité? Comment s’exprime aujourd’hui,"!
travers ce que disent et pensent les gens de la langue créole, ($1
l’avenir politique de la Guadeloupe, le désir d’être guadeloui
péen? Jfl
Ne faut-il pas d’abord être, être un homme, une femme, vm
personne? Récupérer ce corps volé par le maître, agressé pafjra
France assimilatrice? A quoi se raccrocher, sur quoi s’appuyai
pour faire advenir la part profonde de notre être, celle-là mêffla
qui nous glisse entre les doigts, n’est pas encore là? ComnKjffl
vaincre la nuit coloniale et faire briller le soleil pour no|9
mêmes, Guadeloupéens? Il faudra sans doute débusquer le n |9
réinventer des gestes oubliés, la résistance et le combat. jB

298

Et si l’on cessait de se voir avec le regard de l’autre, du
colonisateur? Si l’on essayait de retrouver notre propre histoire?
Si le « Nèg mawon » n’était plus un épouvantail pour les enfants,
une menace pour la virginité des jeunes filles, mais un héros de la
résistance, plus vivant que Jeanne d’Arc, Schœlcher ou de
Gaulle...?
Il faut se poser des questions sur tout, sur tous. La France a
façonné notre esprit, s’est emparée de nous dès l’école, nous
imposant sa langue, son monde, nous arrachant à tout ce qui
nous a fait pour nous remodeler à son image. Méfions-nous de
nous-mêmes. Qui pense? Qui parle? Est-ce vraiment moi?
Personne, aucun colonisé, ne peut échapper totalement à cette
I aliénation, à cette zombification.
Et, pourtant, malgré tous les moyens employés (école, église,
armée, etc.), la majorité des paysans et ouvriers gaudeloupéens
pense et parle en créole, mange ignames et fruits à pain, danse et
enterre ses morts au son du gwoka.
' C’est qu’il y a quelque chose de fort, de profond, de solide dans
Jcette culture, quelque chose de fondamental que le colonialisme
l'n’a pas encore trouvé, et qui a permis et permet aux hommes et
aux femmes de Guadeloupe de résister à une violence de plus de
siècles, et de s’engager dans les luttes qui se mènent
ujourd’hui pour libérer la Guadeloupe du joug colonial.
Peut-être que Léonora nous aidera, nous, Antillais, à trouver ce
quelque chose, à nous réconcilier avec cette part maudite de
nous-mêmes, à espérer au sens où Emst Bloch parle d’une
^espérance initiée, éprouvée», d’une espérance «qui tire son
futur, son surgissement, de ce qui est profondément ancré en
rnous, qui fonde notre démarche la tête haute»,
f Léonora aidera peut-être, aussi, les autres à comprendre que la
Guadeloupe n’est pas « un lambeau de la France palpitant sous
les tropiques », comme le disait le général de Gaulle, mais une
Urre d’une insolente beauté, blessée, opprimée, écarteléè.
Du fond de cette terre, une femme, une paysanne, prend la
^parole pour clamer sa différence et ses contradictions, celles de
dout un peuple. Un peuple assoiffé d’avenir humain, de justice,
“* dépendance et de dignité.
D an y B ébel-G isler.

.

301 . ne pouvait ^accomplir que dans ces veillées où l’esprit. Le retour en Afrique. 'Car chaque habitation est un petit État avec ses lois. Le récit transcrit ici souligne à point l’imaginaire était et est encore un mode de résistance. aidé par le son du tambour la voix du conteur. tellement souhaité. Domaine foncier comprenant les terres cultivées. le vent » à cause des odeurs. itement derrière. les ts du propriétaire et des travailleurs. les ateliers. la et le moulin à cannes. les magasins à sucre et à rhum. située sur une ce qui lui confère à la fois fraîcheur et poste d’observation. le fixe sur la plantation d’où il ne pourra sortir transgressant la loi. effet. les « cases à Nègres ». S’étendant sur des centaines d’hectares. plus loin. Si. des « habitations vivrières ». 1*« habitation sucrière » a supplanté les autres et façonné le paysage de la Guadeloupe. sa . puis à vapeur. et a entraîné la oh du paysage écologique et humain. on comprend. en général. une sité vitale pour ne pas se laisiser déposséder totalement de son être de son identité. définitif. sa justice. Paysanne guadeloupéenne âgée de quatre-vingt-dix-huit lorsque j'ai recueilli ce récit inédit du retour imaginaire des esclaves Afrique. de la mort Habitation. Enfin. NOTES ( 1. Anmann. tout a été organisé autour de la culture de la canne. Le Caraïbe éliminé. moteur» du système colonial antillais. en raison des énor- profits qu’elle rapportait. Anmann a vécu. comme Léonora. en lisière des ips de canne. aux es de la colonisation. Elle avait épousé un «Africain» dont les parents furent les derniers esclaves ravis à 1*Afrique après l’abolition et îportés clandestinement aux Antilles. le )n fait venir le Nègre. partait rejoindre les ancêtres. dans la région du îentin. se sont implantées des «habitations ». en devenant un Nègre marron. Un autre type de était celui. qu’il a fallu défricher. d’abord à vent. très vite. la maison du maître.

qui dehors. Souvefl|j la mère mange plus tard. rien. est encore pro­ priété privée d’un «maître». ou peu de chose. dans la maison.. le crapaud-? buffle monstrueux. chacune avec son usine à sucre. en premierl a droit aux meilleurs morceaux. plus rarement. c’est le déjeumM Le soir. Elle était réservÉI aux jours de fête. ' De plus. Des six cent vingt habitations... Au fil des temps. péenne. apparaissent des bêtes fantastiques. correspondant de corps en frandjM désigne la personne tout entière. M S’asseoir autour d’une table. Ji Le « manger » se compose le plus souvent d’un seul plat. . construisant ses cases. mulâtres et Noirs. Au sein de ces microsociétés. trois dont unei seule. ChacuflJI son coin préféré pour déguster son repas. ou la Bête à Man Ibè. c’est le « didiko ». de retour des champs. Là aussi va s’organiser la résistance. mariage. Les jours ordinaira! la mère sert à chacun sa portion dans son assiette. communion. viennent ensuite les enfants. le moi : lfl| 302 . vont se nouer les rapports sociaux entre maîtres blancs et esclaves noirs. forgeant ses outils. Manger à table. combien l’organisation de la vie sur l’habitation a gardé sa structure coloniale. auquel on a ajouté pour « donner du goût » un peupla viande salée (bœuf ou porc). Corps. les cases des travailleurs dont il faut payer le loyer en cannes coupées. petit déjevfl bien consistant. I l Les travailleurs prennent en général un café clair avant de partir. de la morue salée ou du poisson. baptême. JH 5. en famille. les habitations se sont regroupées. et. Bête à Mon îbé. que comptait la Guadeloupe. animal effrayant à la fbrnj| indéterminée et capable de dévorer n’importe quel imprudent. à base d é fi ou de « racines ». Vers 3 heures. le géreur à cheval. produisant ses vivres. en taureau ou oiseau de nuit (voir aussi note 8. se créer la culture populaire guadelou. en 1839. soixante-cinq ans). 3. en 1985. il ne reste plus en 1961 que treize sucreries. Le récit de Léonora va nous montrer combien ces rapports sont ' restés vivants. comme Compère Lapin ou Compère Tigre. certains humains sont réputés capables de se « mofwazé » (métamorphoser) en chien. qui sous la galeriel qui. les maîtres ont • laissé la place à des sociétés sucrières. e || une coutume importée récemment en Guadeloupe. celle de Grosse-Montagne dont parle Léonora. La tradition populaire et les contes antillais^ renferment un bestiaire important Mis à part les animaux tradition­ nels. vcnl 4 ou 5 heures du matin. Le père. Jj 4. quand le reste de la famille est parti. Le lexème ko en créole. pour prendre ses repas. rigidement hiérarchisées. « Apprendre à manger à table et à parler fiança|9 voilà les deux choses les plus difficiles pour un GuadeloupéenÆ (paysanne. soukounyan). Noirs et Indiens. en général maléfiques : le cheval à trois pattes. L'habitation vivait sur elle-même. Le maître tout-puissant. A 10 heures.

installés là depuis un millénaire et qui nous ont laissé. Les Caraïbes. Manioc. qui désignent des types de case. comme Carbet. L’homme n’est pas composé d’une âme et d’un corps. si « son corps le mène ou s’il mène son corps ». ■râpées et séchées. S’informer de la santé de quelqu’un. coui. qui servait d’arme de *chasse et de guerre aux Caraïbes. hamac. A Capesterre existe la *|lus importante coopérative de la Guadeloupe pour la fabrication et la vente de larine et de cassaves. ajoupa. aux ancêtres. . mais combattu et subverü par l’imaginaire et le symbolique. etc. travail long et pénible. est habité et traversé par les forces spirituelles qui font d’un homme un corps réel et vivant et non pas un cadavre (squelette). en une chaîne symbolique qui intègre les rapports à la maladie.va-t’en. en Dominique. porteurs de cette histoire inscrite dans le corps et dans la langue créole où gît la mémoire d’un monde imposé et subi. L’expression kenbè kô (tenir son corps) signifie se contrôler. Quand ces forces vives vous lâchent. Lorsqu’on dit kô. Le manioc. Cest un petit arbuste dont on mange les racines. 6.récipient fabriqué dans une demi-calebasse. avaient peu à peu "Supplanté en Martinique. nommé tantôt kô. on évoque en même temps l’ensemble des rapports qui lient l’individu à sa famille. On retrouve dans la langue créole un certain nombre de mots caraïbes. ne vous soit pas enlevé. Ils accueillent pourtant avec cordialité les premiers m 303 . cuite. c’est lui demander « comment va son corps ». nourriture de base des Caraïbes.ton corps = toi. à la vie. Boutou. elle "se déguste en galettes. Les Caraïbes vont les exterminer. vous commencez à péricliter car ce sont elles qui « tiennent» le corps en vie. puis en Guadeloupe les ftrawaks. woté kô a ou . Son corps perçu. aux vivants comme aux morts. mélangée aussi bien aux viandes qu’aux légumes ou poissons. ^' 7. principe essentiel de la vie psychologique. contrôler sa vie psychologique pour que vivent en équilibre les bons et les mauvais esprits qui la dirigent. à la nature. veiller à ce que votre «gros bon ange ». ou cassaves. le témoignage d’une civilisation Pjpàffînée. Rapports noués au sein de la violence esclavagiste. aux esprits. les Caraïbes ont B lindant plus d’un siècle maintenu les conquérants espagnols â l’écart K p leurs îles. souvent fourrées de noix de coco Peu d’agriculteurs cultivent encore le manioc et s’attellent à la fabrication de la farine. réduites en une farine à gros grains. tantôt kadav. elle est . BIrConsidérés comme de farouches antropophages. par Pfeur art de la poterie notamment. ne conservant vivantes que ■Ës femmes. à la mort. kô a ou . kô an mwen = mon corps = moi. Crue. parfois sculptée. jouait encore il y a quelques années un rôle important dans l’aUmentation des Quadeloupéens. peuple guerrier venu du continent américain. Sorte de massue.

F r a n ç a is d é b a rq u é s e n 1 6 3 5 , m a is s e r é v o lt e n t q u a n d c e u x - c i v e u le n t !
le s r é d u ir e e n e s c la v a g e . A u b o u t d e tr e n te a n s d ’ u n e g u e r r e im p ito y a ­
b le , ils s o n t to u s m a s s a c ré s . L e s q u e lq u e s s u r v iv a n ts s ’ e n fu ie n t v e r s la
D o m in iq u e e t S a in t- V in c e n t. U n t r a it é d e p a ix e s t s ig n é . I ls a c c e p te n t
d e r é s id e r d a n s c e s île s o ù a u c u n e n a tio n e u ro p é e n n e n e d o it v e n ir le s
t r o u b le r . L e u r s d e s c e n d a n ts y v iv e n t e n c o re a u jo u r d ’ h u i. j

8. Soukounyan. Volant ou soukounyan, m ot d ’ o r ig in e a fr ic a in e
d é s ig n a n t u n ê tr e h u m a in tr a n s fo r m é e n b o u le d e fe u .
L a n u it , n o u s d i t la t r a d it io n o r a le , c e r ta in e s p e rs o n n e s , le p lu s :
s o u v e n t d e s fe m m e s â g é e s , o n t le p o u v o ir d e q u it t e r le u r p e a u e t d e se
tr a n s fo r m e r e n b o u le d e fe u p o u r a lle r s u c e r le s a n g d e le u r s v ic tim e s . I l
f a u t c o n n a îtr e la « fo r m u le » , c e s e c re t é ta n t a c q u is s o it p a r h é rita g e ,
s o it p a r u n p a c te p a s s é a v e c le D ia b le .
I l y a p lu s ie u r s m o y e n s d e n e u tr a lis e r u n s o u k o u n y a n . L e s c is e a u x :
o u v e r ts e n fo r m e d e c r o ix y jo u e n t "u n g r a n d r ô le . L e p lu s s im p le e s t j
e n c o re de tr o u v e r sa p e a u , to u jo u r s s o ig n e u s e m e n t c a c h é e , e t d ’ y
s a u p o u d r e r d u s e l e t d u p im e n t L e s o u k o u n y a n , n e p o u v a n t r é in té g r e r
s o n e n v e lo p p e c h a m e lle , m o u r r a à l ’ a u b e . ,
P re s q u e c h a q u e A n t illa is v o u s d i t a v o ir a p e rç u , une n u it un
soukounyan a u -d e s s u s d e s a r b re s ou ra s a n t u n cham p de canne à
s u c re .

9. Persillette. L ’ h is t o ir e de P e r s ille tte a é té p u b lié e en c r é o le par ;
H e n r i B e r n a r d , a v e c d e s illu s t r a t io n s de l ’ a u te u r ( é d itio n s P ré s e n c e :
C a r a ïb e , 1 9 8 1 ). j

10. Chabin. C om m e l ’ é c r iv a it Jack B e r th e lo t e n 1 9 8 1 , « d é f in ir '
q u e lq u ’ u n , c ’ e s t d ’a b o r d e t to u t d e s u ite le s itu e r d a n s la gam m e-
c h r o m a tiq u e f a it e d e s in n o m b r a b le s n u a n c e s e n tr e le b la n c e t le n o u *®
a v e c s e s p o in te s fo r te s , s e s a rê te s e t s e s s e u ils ... L a c o u le u r e s t v é c u e J
c o m m e fr o n t iè r e , c liv a g e » . t
D ’ o ù to u te u n e s é r ie d e d é n o m in a tio n s c la s s a n t le s in d iv id u s p a r le ?
m é tis s a g e d e le u r s o r ig in e s . S i m ulâtre o u m étis s o n t d e s a p p e lla tio n s
c o u r a n te s , i l fa u t s a v o ir q u ’ u n chabin e s t u n e s o r te d e m é tis à p e a u e t & J
câpre, le p r o d u it
c h e v e u x d o ré s , u n d ’ u n e m u lâ tr e s s e e t d u n N è g r e b ien ® ®
n o ir , q u ’ u n quarteron e s t is s u d ’ u n
J
m u lâ tr e e t d ’ u n e B la n c h e , e t q u im ^ |
e n fa n t p o chapé a le t e in t c la ir ( il é c h a p p a it a in s i à la c o n d itio n
d ’ e s c la v e ), J
11. Indiens, L o r s q u ’ e n 1 8 4 8 l ’ e s c la v a g e e s t d é f in it iv e m e n t a b o li au x j j
A n t ille s fr a n ç a is e s , l ’ é c o n o m ie d e p la n t a t io n s e tr o u v e m enacée.
n o u v e a u x lib r e s s o n t p e u e n c lin s , m ê m e c o n tr e s a la ir e , à c o n tin u e r agi
t r a v a ille r p o u r le u r s a n c ie n s m a îtr e s . L a m a in - d ’ œ u v re m a n q u e s u r I j n
c h a m p s d e c a n n e . D e s a p p e ls s o n t f a it s e n d ir e c t io n d u P o r tu g a l e t o f t jf l
l ’ A fr iq u e , s a n s s u c c è s . L e s c o lo n s s e to u r n e n t a lo r s v e r s l ’ In d e , im m e n s ®
r é s e r v o ir h u m a in . P a r l ’ in te r m é d ia ir e d e s c o m p to ir s fr a n ç a is , p u is g râ ce J
à une c o n v e n tio n fr a n c o - a n g la is e , ce sont p lu s de q u a r a n te r a ir a f l
In d ie n s q u i s o n t d é b a rq u é s e n G u a d e lo u p e e n tr e 1 8 5 4 e t 1 8 8 9 . I ls s o n ®

304

: sous contrat limité, mais à peine dix milie d’entre eux seront rapatriés.
Us appartiennent à la caste la plus basse, celle des intouchables. Ils vont
prendre sur les habitations, aussi bien dans les cases que sur les champs,
la place des esclaves. Certains de ceux-ci continuent à travailler. Un
contact s’établit, une communication s’instaure. Très vite, les Indiens
parlent le créole et, malgré un mépris souvent affiché pour les
« coolis », les « malabars », s’amorce un certain métissage, surtout Hana
les régions à plus faible densité indienne. Là où leur communauté est
- J>len regroupée (Saint-François, Moule, Capesterre), les Indiens gardent
leurs particularités, leurs coutumes, leur religion, leur culture (voir note
13). D’abord relégués au plus bas de l’échelle sociale, ils sont
aujourd’hui mieux considérés car, par le biais de l’école, certains
d entre eux sont « arrivés » médecins, professeurs, avocats. Ils ont cessé
d être des « coolis » pour devenir guadeloupéens.
1 2 . Lolo. L e lo lo e s t u n e b o u tiq u e é p ic e r ie - b a z a r - b u v e tte o ù l ’ o n
v e n d u n p e u d e t o u t . D e fa ib le d im e n s io n , le lo lo s e t ie n t e n g é n é ra l
d a n s u n e c a s e e n b o is d ’ u n e s e u le p iè c e , fe r m é e p a r u n c o m p to ir . O n y
tr o u v e le s d e n ré e s d e p r e m iè r e n é c e s s ité : le r iz , l ’ h u ile , le s u c r e , la
■ morue, la viande salée, le saindoux, les allumettes, les épices, aussi bien
t que de la ficelle, des clous, des images pieuses.
T r è s n o m b r e u x à la c a m p a g n e , le s lo lo s te n d e n t à d is p a r a îtr e e n v ille ,
- tu é s p a r le s g ra n d e s s u r fa c e s . I ls s u b s is te n t n é a n m o in s c a r i ls c o n tin u e n t
à jo u e r u n r ô le im p o r t a n t d a n s le s y s tè m e é c o n o m iq u e e n p la c e : i ls f o n t
c r é d it. C h a q u e fa m ille a s o n c a r n e t, e t le s d é p e n s e s s o n t ré g lé e s e n f i n
d e q u m p in e , la paye to u c h é e . Q u e lq u e fo is , le s d e tte s s ’a c c u m u le n t
ju s q u ’ à la r é c o lte d e la c a n n e , s e u l m o m e n t o ù u n p e u d ’ a r g e n t f r a is
; « it r e a u fo y e r .
^ ^Ce sont en général des femmes qui tiennent les lolos. Certaines sont
r illettrées et emploient un système ingénieux de marques pour connaître
. au centime près la dette de leurs clients.
1 3 . Maliêmen. Mariammam e s t d a n s le s u d d e l ’ In d e la d é e s s e d e la
. v a r io le . E lle p r o tè g e d e s é p id é m ie s . C e s t la d iv in it é la p lu s p o p u la ir e e t
la p lu s r e d o u té e e n G u a d e lo u p e .
La religion est l’élément culturel qui a le mieux résisté à la
' transplantation de la population indienne en Guadeloupe, en majorité
t ^ ux rï*es privés familiaux s’ajoutent de grandes cérémonies
publiques auxquelles participent d’ailleurs de nombreux Noirs. Ces
cérémonies sont, en général, offertes en remerciement de grâces
obtenues. Les offrandes sont importantes : bijoux, tissus brodés, fleurs
naturelles et artificielles; nourriture : riz en abondance, œufs, lait, huile;
k animaux pour le sacrifice - coqs et cabris mâles.
^ ,vUne procession s’organise autour du Temple, au son du tambour et
kws cymbales. On offre à la déesse, végétarienne, le riz bouilli, le lait, les
de coco. Les animaux sacrifiés sont pour Madévilen ou Madoura
le dieu guerrier gardien du temple et de la déesse. Si la tête de
*1animal n’est pas tranchée d’un seul coup, c’est que le dieu n’est pas

305

content du sacrifice. Les animaux sont ensuite mangés au cours d’un
grand banquet, servi sur des feuilles de bananier.
Les cérémonies sont souvent précédées par une nuit de danse. Les
danseurs, tous des hommes, sont habillés de costumes « de lumière »,
de couleurs vives, parfois rehaussés de morceaux de miroirs et meme
d’ampoules électriques dans la coiffure. La danse est en général la
représentation mimée d’une ancienne légende. Un chœur d’hommes,
des tambours et des cymbales accompagnent les danseurs.
Si la population indienne, tout en gardant des éléments culturels
importants comme la religion et la danse, s’est bien intégrée à la vie
guadeloupéenne, elle a su y imprimer sa marque. Les dieux indiens, en
particulier Maliémen, sont considérés comme extrêmement puissants,
et de nombreux Noirs y ont recours. Leur participation aux cérémonies
n’est pas seulement de curiosité ou l’occasion de ripailles. Bien que e
plus souvent catholiques, ils s’adressent quand même à celui ou celle
qu’ils croient le plus efficace pour résoudre leurs problèmes. Certaines
coutumes indiennes ont aussi été totalement récupérées et le colombo
de cabri, par exemple, est devenu un plat national guadeloupéen.
14. Kristai Billes. Le jeu de kristal est très populaire en Guadeloupe
Réservé aujourd’hui aux jeunes garçons, il intéressait encore les adultes
il y a trente ans. Plusieurs jeux de billes sont à l’honneur (triangle, larèl,
padkochon), tous régis par des règles strictes et un code d’honneur
intransigeant. 7
Les billes peuvent être en terre cuite, en verre (perlouz), en agate, eu
acier (récupérées sur des roulements) ou, simplement, de petits cailloux
polis par la rivière ou, encore, des kannik (graines d’arbre bien rondes)^
Elles sont lancées en « roulade », en « bombe » ou encore en « zmgé
c’est-à-dire expédiées d’une détente du pouce dans le creux de l’index <
replié. Les joueurs les plus forts, les vizè (viseurs), jouissent d’un grand *
prestige et sont très entourés quand ils participent à une partie, chacun^
s’efforçant d’imiter leurs gestes et de percer leurs secrets.
15. Robe matador. Le costume créole n’est plus guère porté e
Guadeloupe que par des femmes âgées ou à l’occasion de fêtes et de-
cérémonies. H consiste en une robe de madras agrémentée de dentelles*?
relevée d’un côté sur un jupon brodé. La robe peut être remplacée par?
une jupe et un boléro, toujours de madras, avec corsage et jupon?
ouvragés. ,
Un élément important du costume est la coiffure. Un mouchoir
madras, à grands carreaux de couleurs vives, est noué suivant un tr *
compliqué (cœur à prendre, déjà pris, en main mais dispom
etc.). . ^
Les bijoux d’or sont indispensables à la toilette de sortie : zanno
(boucles d’oreilles), «collier-choux» aux grains gros comme des pois,
bracelets porte-bonheur, broches, etc.
La robe matador, la plus riche, est réservée aux grandes occasi

306

16. Léwoz. Le lêwoz ou swarê léwoz est une tradition culturelle
encore vivace dans les campagnes de Guadeloupe.
Au temps de l’esclavage, chaque samedi soir sur l’habitation, les
Nègres se rassemblaient pour danser au son de la voix, du tambour, des
battements de mains. C’était la « bamboula » qui durait toute la
I, nuit.
Léwoz est le nom d’un des sept rythmes principaux du gwokci, la
musique populaire guadeloupéenne, directement issue de l’Afrique. Le
^samedi soir, surtout pendant la récolte, des léwoz sont convoqués
devant un lolo (voir note 12) ou la maison d’Untel ou Untel. La soirée
se déroulé suivant un cérémonial bien précis, auquel tout le monde
: participe.
S installent d’abord les deux boulayè, â cheval sur leur ka (tambour)
i au son grave. Ils sont chargés de répéter tout au long du morceau la
f meme phrase musicale qui donne le rythme choisi (graj, woulé léwoz
padjanbèl, kaladja, menndé, toumblak). Vient ensuite le makè ou chèf
tanbouyè, qui, lui, est assis sur un petit banc et tient son tambour
■debout, entre ses jambes. II va tirer de son instrument des sons
beaucoup plus aigus et variés que les boulayè et dérouler la véritable
mélodie, frappant le tambour des mains, du pied, du coude. Les
musiciens en place, le chanté, entouré des répondè, peut lancer le jeu,
entamer le dialogue avec les autres assistants qui participent en battant
des mains, en reprenant le refrain,
i Les autres personnages importants du léwoz sont les danseurs qui se
relaient à l’intérieur du cercle, se lançant de véritables défis. La
;succession des rythmes au cours du léwoz obéit à un certain ordre
immuable, et, à chaque rythme, correspondent certains pas de danse.
chanteur, véritable maître du jeu, lance une phrase clé qui est
-reprise par les répondè et toute l’assistance. A partir de cette phrase,
-il va improviser, brodant sur l’actualité, sur un événement, sur tel
-personnage, souvent avec humour par des paroles à double sens.
A partir de cette musique populaire, essentiellement paysanne, une
; recherche se développe actuellement. Aux tambours et à la voix
"viennent s’adjoindre chacha, flûte, guitare, et même saxophone et
; trompette d harmonie. Des disques sont gravés, des concerts sont
^donnés. D’autres groupes poursuivent dans une voie plus traditionnel-
le- Le gwoka, le léwoz qui semblaient relégués dans les fonds de la
campagne reprennent droit de cité. On peut rapprocher ce renouveau
m celui de la langue créole, de cette recherche d’identité culturelle qui
fort celle du peuple guadeloupéen d’aujouixl’hui.
t
k 17* Simon Laigle. J’ai retrouvé ce conteur dont parle Léonora avec
yanf d’admiration. J’ai assisté à des veillées oû il menait le jeu, ai
‘enregistré ses paroles et peux ainsi restituer directement ces récits
^mythologiques métamoiphosés par cet homme qui ne se dit pas poète,
|inais dont « la poesie jaillit de son cœur comme une source inépuisa-
* » dès qu’il vous parle.

307

18. Delgrès. Simon Laigle fait ici allusion à une des pages tragique
de l’histoire de la Guadeloupe.
Envoyé par Bonaparte, premier consul, le général Richepanse débar-'
que à la Guadeloupe le 6 mai 1802. Il a pour mission de rétabli?
l’esclavage aboli par la République en 1793. Le chef de bataillon
Delgrès, un mulâtre venu de Martinique, et le capitaine Ignace, un
ancien Nègre marron, désertent l’armée française et prennent la tête
de la révolte. Après de nombreux combats, Delgrès est repoussé à-
Matouba, sur les flancs de la Soufrière. Retranché là avec trois cents dè
ses compagnons, il repousse plusieurs assauts. Voyant la situation*
désespérée, ces hommes et ces femmes décident de périr avec leurs;
ennemis. Au cri de « Vivre libre ou mourir! » ils laissent pénétrer les-
troupes de Richepanse dans le fort et le font sauter. Le 17juillet 1802,
un arrêté rétablit l’esclavage. Il faudra attendre 1848 pour son abolition
définitive.
19. Zombi. Du mot nzumbi, spectre, revenant, employé
Angola.
Dans la tradition, le zombi est un mort ressuscité par un sorcier
le mettre à son service. Véritable mort-vivant, le zombi a perdu toi
personnalité, toute volonté et obéit aux ordres de son maître,
raconte qu’en Haïti des propriétaires terriens faisaient travailler
hordes de zombis pour n’avoir pas à payer de main-d’œuvre sur
champs de canne. Par extension, on donne en Guadeloupe le noi
zombi aux esprits en général.
Aujourd’hui, le concept de « zombification » tend à remplacer
certains auteurs celui d’aliénation culturelle si typique des
colonisées.
20. Mokozonbi, Homme juché sur de très hautes échasses, cacj:
par un long pantalon. Ce déguisement traditionnel du carnaval gi
loupéen est réservé à quelques spécialistes. Il faut, en effet, être
entraîné pour déambuler, danser, sauter des heures durant sans qi
ses échasses qui peuvent atteindre deux mètres de haut. Ils sont
applaudis dans les défilés, mais ces géants, couverts d’étoffes mi
lores, inspirent quelque terreur aux enfants.
21. Mare-Gaillard. Société mutualiste « d’assurance-enter
Le particulier souscrit un contrat qui lui certifie un enterrement de
ou telle classe, quelle que soit la date de sa mort. Il paye ainsi à l’a\
et par mensualités la qualité des obsèques qu’il s’est lui-même chc
Cette coutume est très répandue en Guadeloupe et la société"
rissante.
22. Coup de main. Le «coup de main» ou «convoi», ai
Haïti «koumbit», repose sur la forte tradition de solidarité issi
l’esclavage. Pour défricher une terre, planter ou couper la
construire une case, famille et voisins se rassemblent et travaillent i
ensemble, généralement au son du tambour et des chansoi
308

bénéficiaire du coup de main offre le repas et le rhum. A charge de
revanche, bien sûr. Cette coutume qui tendait à se perdre a été remise à
l’honneur par le syndicat nationaliste U.T.A., et de grands convois sont
actuellement organisés par le M.U.F.L.N.G. (Mouvement d’unification
des forces de libération nationale en Guadeloupe) pour planter la canne
sur les terres occupées (1 200 habitants en 1985) et relancer l’agriculture
de résistance, notamment une culture nouvelle» le riz; «planter
aujourd’hui pour manger demain ».
23. Yo. Le pronom personnel yo, ils, tient une grande place dans la
.symbolique sociale en Guadeloupe. 11 désigne cet indéfini responsable
de tous les maux. Yo peut être le gouvernement, la France, l'adminis­
tration, les élus locaux, tous ces gens-là qui vous accablent et sur
lesquels on n’a aucune prise. La vie augmente, c’est yo, l’eau est coupée,
l’électricité en panne, c’est yo, ta délinquance se développe, qu’atten-
k dent tous les yo pour prendre des mesures...
I 24. Poiriers. Les colons débarquant en Guadeloupe eurent à nommer
ferla flore locale. Certaines plantes conservèrent leur nom caraïbe (ma-
fe nioc, ananas, igname, cacao» etc.). A d’autres, à cause d'une vague
^ressemblance, fut attribué un nom fiançais. Ainsi ce «poirier» qui
Bramais ne porta aucun fruit, cette qualité de banane nommée «figue»
pou les groseilles, fraises, framboises, abricots, châtaignes, qui n’ont
ipqu’un très lointain rapport (d’aspect, de couleur, de consistance) avec
gteleurs homonymes français.
P 25. Pointe-à-Pitre. Plus importante ville de la Guadeloupe, placée à
pla jonction des deux fies de la Grande- et de la Basse-Terre, capitale
Rtcommerciale (Basse-Terre étant la capitale administrative),
f Par Pointe-à-Pitre transitent toutes les marchandises de la Guadelou-
I; pe, à l’importation comme à l’exportation.
P : Fondée en 1759 par les Anglais qui occupaient alors l’île, Pointe-
pà-Pitre va se développer sous la domination française à partir de 1763.
a|La ville s’agrandit autour de son port, gagnant sur la mer et les
(Marécages (ce qui explique les fréquentes inondations). Les dernières
«décennies ont vu la ville s’étendre considérablement, la dotant dans sa
^périphérie de cités d’H.L.M. et de tours de béton. La vieille ville avec
lises maisons de bois à galeries, son marché, ses boutiques ouvertes
R|ui débordent sur les trottoirs, a peu changé. De nombreux bidon-
Killes cernent la cité malgré les efforts de la municipalité pour les
wéduire. Haïtiens, Dominicains, Guadeloupéens sans travail les occupent
P» Pointe-à-Pitre, ville calme qui se vide et s’endort dès 7 heures du soir,
■connaît maintenant, avec la montée constante du chômage, une
Kprtame insécurité (cambriolages, vols à la roulotte, à l’amché, etc.).
y §6; Marie-Galante. Petite île (149 km2, 16 000 habitants). Dépen-,
Klance dé la Guadeloupe, à trente kilomètres de celle-ci, dans l’océan
■Atlantique. De même structure géologique que la Grande-Terre,
■Marie-Galante, île sèche, se consacre très tôt à la culture de la canne.
HpTbrcelée en petites propriétés familiales, on l’appelait jadis l’île aux

sa langue. absorbe toute la1 production de canne de l’île. Snow-bali Glace pilée arrosée de sirop parfumé au choix (ment grenadine.). Boudin chaud. sa grande expérience des hoi permettent souvent d’être de bon conseil.) et offerte dans de petits gobelets de carton. peui presque exclusivement de Blancs descendant de Normands. Boisson caraïbe fabriquée avec du bois de mabi (arbre)« une herbe nommée tibranda. Ceux-ci sont remplacés à la fin du XIXe siècle par quatre usines. le gadèdzafè est dénommé séancier (guéris machannkakouè (marchand de croyances). très épicé. 29. américains qui multiplient études et publications sur cette microsociété.* 28. grog rocher de onze kilomètres sur deux situé à huit kilomètres de l’extrêniî pointe est de la Grande-Terre. une feuille de chou. devant la maison ennemi. assemblage de toutes sortes de choses devant être déposé i tel ou tel endroit pour agir (un carrefour. grillé. Aujourd’hui. le gouvernement français de commémorer avec éclat le 300e anniversaire du dél 310 . petit archipel à dix kilomètres des côtes de la Basse-Terre. sociologues. Selon qu’il ou elle (de nombreuses femmes ext ce métier) travaille de la main droite en invoquant Dieu pour régler! problèmes de santé. ou de la main gauche en invoquant le Diable. La population de Marie-Galante est beaucoup moins métissée que celle de Guadeloupe. elle a aussi mieux conservé ses traditions. l’aider à d’une situation embrouillée. Une carotte. branche de céleri. Le Gadèdzafè. de cœur. un navet. est une personne investie d’un pouvoir magique chez qi va en consultation. Bouquet à soupe. C’est une mine pour les ethnologues. Le gadèdzafè s’occupe surtout des problèmes psyc giques et son écoute très fine. Du fait de son isolement. et qui doit sa prospérité à son statut de port franc. etc. Saint-Martin. Saint-Barthélemy. 27. Les autres dépendances de la Guadeloupe sont Les Saintes. Maïs moulu. La Désirade. sel talent. Le 28 juin 1905. etc. orgeat. mantimantè (vendeur! mensonges) ou kenbwazè. n’a qu’un lôirif rapport avec le boudin fiançais. canadiens. Kilibibi. île du Nord. mélangé à du sucre brun et vendu cornets. devenue ! paradis des milliardaires. Tricentenaire. que la France partage avec Pays-Bas. Contrairement au kenbwazè qui fabrique^ kenbwa. Cacahouettes. une tranche de potiron réunis en forme de bouqi Pistaches grillées. quelle est la personne qui lui veut du mal et coi s’en protéger. à Grande-Anse. Gadèdzafè. une seule. sa culture. son sérieux. Mabi. lui dire si ses ennuis proviennent d’un s qu’on lui a jeté. d’affaires de son client. musicologues français.cent moulins. littéralement «qui regarde dans affaires ». Le boudin créole.

par le Quentin. La Guadeloupe du Tricentenaire. ment en Guadeloupe. amenant à son bord deux cents personnalités de la politique. costumés en soldats du roi. La population est conviée à les accueillir avec allégresse. des forces françaises qui pre­ naient possession de l’île. Qui firent l’Histoire Prions. Un millier de personnes font .P. 1 IV Sur la Soufrière Prions vers la terre Prions face au ciel : Où donnent là-bas Que notre prière Nos morts de la guerre Monte à PÊterael! Tombés aüx combats. Les invités visitent plusieurs communes. L’événement est célébré à la fois à Paris par un fastueux bal-spectacle à l’Opéra et en Guadeloupe où le paquebot Colombie accoste. La coloration chrétienne de cet anniversaire est consacrée par la * messe du tricentenaire ». naître Sonnent dans nos bourgs. océans. La population est invitée à participer à cet événement de «haute portée chrétienne et française». Des humbles soldats Sous le ciel immense. l’ascension. des arts et du spectacle. le volcan de l’île. Cantique du Tricentenaire Refrain Depuis trois cents ans. in VI r Prions pour la France Prions pour la gloire Prions. 30. Et qu’on ne sait pas. n V Prions sur ces roches Frions pour ce prêtre Pendant qu’alentour Qui fut Richelieu Les voix de nos cloches Il fit ici. gages de succès De rester chrétiens et fiançais. Une grand-messe est célébrée à la cathédrale de Basse-Terre. le 28 juin 1635. Le curé de Pointe-à-Pitre recommande de se vêtir du costume local. Plusieurs ouvrages furent publiés à l’occasion du Tricentenaire. Les Étapes de la Guadeloupe religieuse. qui se tient au sommet de la Soufrière. passent de réceptions en banquets. La France et son Dieu. chrétiens et Français Sur la Soufrière. les marins de VÉmile-Bertin et de VAuda­ cieux défilent place de la Victoire. ayant pris accès Jurons par ces noms. R. du gouverneur Bouge. monts géants. 311 . Près de deux mille personnes participent au congrès catholique du Tricentenai­ re. etc.

récoltes. Au Roi de la Paixï X Que sa main protège Peuple et gouverneur Que sa grâce allège De tous le labeur. détruisant cheptel. De Nègre marron (Nègmawon) on a fait le marronner (jnawonnê\ partir. Cher à notre cœur. certaines colonies. ciant de complicités à l’intérieur des habitations. faisant s’évader femmes et enfants. s’ der. Que la douce Reine Reine de la mer. De nos montagnards. après de véritables . 1 31. plusieurs milliers d’esclaves se réfugièrent mornes où l’on retrouve encore. leur pui: devint telle que l’Angleterre et la Hollande. VII XI Pour ces militaires Prions dans la brise Ces marins adroits Pour le bon Pasteur Ces missionnaires Chef de notre Église Porteurs de la Croix. usines et maisons. mal répression féroce qui s’abattait sur ceux qui étaient repris (tort mutilations. le nombre des Nègres marrons augmei s’organisèrent en villages. à l’abri des recherches. II. leur abandonnai partie du territoire (voir Petit Traité sur le gouvernement des t. aller se cacher. culturelles et aller vivre soit soit en groupe dans les bois. A l’époque de l’esclavage étaient appelés Nègres marrons (de 1* gnol cimarron) les Noirs qui s’enfuyaient des habitations pour éc aux contraintes physiques. VIII XII Pour ceux qui peinèrent Prions sur la croupe Obscurs pionniers Palais des brouillards Pour ceux qui tombèrent Pour le chef de troupe Ici les premiers. retournées à l’état sauvage. Abymes. IX XIII Saluons l'Étoile. Marronner. durent traiter et reconnaître leur indépendance. 166-177). exécutions). ils entreprire actions de guérilla. comme à la Jamaïque ou au Surinam. morales. Chrétiens et Français Qui guida leur voile Un jour tous nous mène Vers ce lieu désert. 312 . En Guadeloupe. p. Peu à peu. de leurs cultures. prendre la fuite.

mahicaristes. militants indépendantistes du M. iNègre marron est devenu un symbole de la résistance à l’oppression. Êofficiellement. Les Quadeloupéens sont îment invités à se mettre au travail. de croque-mitaine pour les enfants et les jeunes filles qui voulaient ^sortir le soir. la jeunesse î. un individu dangereux capable des pires méfaits. mécontentait beaucoup. disait-on. isolées du du monde. un sauvage. L’idéo- rest celle de Vichy : travail. en fait priment ise individuelle. Temps Sorin. gouverneur de la jupe de 194Ô à 1943. on exalte la vertu. patrie. Depuis quelques années en Guadeloupe. gouvernement d’Haïti lui a même érigé une statue. la débrouillardise. grand amateur. le gouvernement de Sorin obtint le des usiniers et des propriétaires fonciers qui continuaient à 313 . . il faut apporter les iioix de coco d’où l’on extrait &D’où ce dicton bay koko pou savon (donner son coco pour du qui joue sur le mot koko. Cette image a continué de s’imposer au cours des siècles. Le Nègre marron servait d’épouvan- 3tail. désignant aussi le sexe de la femme. En Guadeloupe. placé sous l’autorité directe de l’amiral commandant en chef des forces françaises de l’Atlantique- qui réside en Martinique. (Mouvement populaire pour la Guadeloupe indépendante) recherchés par la police ont pris les et se proclament eux-mêmes Nègmawon. La Guadeloupe et la Martinique. Tout récemment* avec la montée des idées nationalistes. Témoins de Jéhovah. Leur succès est cependant limité. le troc et le trafic. famille. et l’Église catholique dans l’île une nette prépondérance. Adventistes. Du nom de Constant Sorin. les religions ^multiplient. détérioration de la vie économique et sociale). témoins de Jéhovah. la Légion (association d’anciens combattants) créée. les offrent ici un refuge et des réponses toutes faites aux questions îtielles. Robert allégeance au maréchal Pétain et va s’employer à soustraire les les à une éventuelle occupation anglo-américaine. le it de savon en étant. Si Ton peut du savon. impose à la Guadeloupe un régime d’arbitraire policier. l’influence notamment du Canada et des États-Unis. Il y parviendra d’un blocus total. apôtres l’amour infini. pentecôtistes. le sens civique.Comme dans tous les pays où l’angoisse du lendemain est très forte i chère. etc.I. Tous | élus sont destitués et remplacés par des maires et conseillers îipaux nommés. France vaincue ayant signé l’armistice avec l’Allemagne.P. Ce retournement sym- pjHque est caractéristique de la réappropriation culturelle qui s’opère îment. 32. Un impôt est levé sur les restées en friche.G. Les évadés de prison étaient traités de Nègres marrons. vont devoir se suffire à elles-mêmes. chômage.: Le Nègre marron était présenté par le maître comme un bandit. Les francs-maçons sont poursuivis.

L’Union des travailleurs agricoles. F.A. La femme vivant avec un homme ayant eu un enfant hors mariage devait. 34. des hommes répondant à l’appel du général de Gaulle. pour rejoindre les françaises libres. C’est la « dissidence ». ils gagnent Pile de la Dominique.T.' s’imposer par son dynamisme.). Corrossol. Préparée par un travail sur le terrain. des actions sont organisées : inscriptions. De plus en plus. D’emblée. elles favorisent le sommeil. elle proclame qu’« il ne peut y avoir de mation véritable de la situation des ouvriers et des paysans transformation radicale de l’ensemble de la société guadeloui D’abord rejetée par les patrons et les autres syndicats.. Certains veulent continuer la lutte. « relever sa conversion ». L’Église aussi se inconditionnellement et devint même l’un des plus solides piliers d’v régime qui faisait continuellement référence à la religion. On en i un jus délicieux.T. la naissance de PU. 36. le succès des grèves qu’elle l’importance des renvendications qu’elle fait triompher. les conseillers généraux divisés. sa vie durant. Dès juillet 1940. etc. Relever sa conversion. S’embarquant dans des de pêcheurs. premier syndicat proprement guadeloupéen. qui pousse st arbuste touffu. défilés.A. U.O.. Tamarin. fondée en 1970.E. estime de deux mille à cinq mille le nombre des Antillais échappèrent ainsi au régime de Vichy. Petit arbre qui donne un gros fruit à la peau hér de pointes et à la chair tendre et pulpeuse. La dissidence.. PU.A. aucun comr avec les hommes. Les autres syndicats sente à l’époque en Guadeloupe sont des sections des grandes cent françaises (C. F. Le <<temps Sorin » fut une dure époque pour la Guadeloupe. de la radio.F. qt employé en tisane pour les femmes enceintes.D. va bouleverser lé syndical. Elle aujourd’hui le seul syndicat représentatif des travailleurs agricoles^ 37.détenir le véritable pouvoir économique. T. et se consomme blet ou se fait macérer dans du i 314 . 35. Des groupes de résistants^ forment.T.. c’est-à- faire pénitence et jurer de ne plus avoir.. On en tire un jus excef Le tamarin des Indes est un fruit plus sucré. si elle voulait à nom s’approcher de la Sainte Table. très parfumée. attaques gendarmerie. Les feuilles du cotrossolier ont des vertus curatri tisane. Il pourtant cité en exemple par ceux qui veulent prouver la capacité Guadeloupéens à se passer de l’aide extérieure. Le régime imposé par Sorin fut bien loin de tous les Guadeloupéens. fruit d’un grand arbre.N. C.G. Le fruit se présente comme une cosse renfermant de deux à noyaux enrobés d’une pulpe acidulée. T. possession anglaise. Il s’agit du tamarin sûr..

pour ^ se protéger de tous les sorts qu’on peut vous jeter. \ 38. Suivant l’importance du . soit par des fidèles ayant une grâce à demander. La blesse i soigne par le « frotteur de blesse ». on organise le transfert (seul un jp et aller est payé). en 1939. \ 40. on sent que quelque chose a bougé dans son corps : on a pris une blesse.39. » . pour une guérison.La France. De sérieuses recherches médicales sont entreprises * depuis peu dans ce domaine. On trouve fréquem- ît dans ces chapelles des objets ou des écrits soigneusement hnulés. travail. ? Il existe aux Antilles toute une médecine traditionnelle à base de plantes. Un organe s’est déplacé. en V^UCde faciliter rémigration des jeunes Antillais vers la métropole : Vs « Contribuer à la solution des problèmes démographiques existant îs les DOM. été. contre un ennemi et. à sainte Radegonde gardienne de cimetière. dans les boutiques comme • sur les marchés. Ce système fonctionnera jusqu’à ces dernières iées où la crise de l’emploi devait freiner quelque peu cette orragie de jeunes Antillais. pv. Ce livre. très usitée. aider l’implanta- en métropole de travailleurs volontaires.-'41. 315 . pour donner un de ces nombreux «punch aux fruits» guadelou- f péens. un mouvement violent. La Guadeloupe est riche en lieux de pèlerinage réputés pour telle ou telle occasion (examen. une chute.) répondant à toutes les difficultés de ^existence. agir sur l’enfant qui naîtra difforme. Bumidom.. surtout. qui ont été déposés là le plus souvent pour nuire à trui. Blesse. le corps est « démonté ». à cette époque. Chapelle de Jarry. etc. qui est réputé capable de déceler ’titgàne atteint et de le remettre en place. Ort peut aussi acheter des prières «à la pièce». Recueil de quarante-quatre prières pour les nécessités de la vie: f Petit livret de soixante pages rassemblant des textes de prières (au ^Sacré-Cœur de Jésus. vendu partout en Guadeloupe.. pour retrouver un 'f objet perdu. aussi. provoquer fausse-couche et. un effort fop grand. là blesse peut tuer. a besoin de main-d’œuvre. «l’estomac s’est ouvert». pour telle ou telle circonstance. Les pèlerinages sont organisés soit à dates fixes. à Notre-Dame de Lourdes. les Antilles : ::ident un trop-plein de chômeurs. Les femmes enceintes redoutent particulière­ ment les blesses qui peuvent « faire descendre la matrice ». «la ‘ce est tombée ». a connu depuis sa parution. . /. Réduire l’incidence de la surpopulation des Antilles le marché de l’emploi et dans le domaine social. procès. un nombre incalculable d’éditions. Prières pour le travail.). Un coup. un vœu à accomplir. mariage. Le Bureau pour le développement des migrations intéressant les DOM fat créé en 1963 par le gouvernement français. pour unir deux cœurs.

C’était saisissant. dans un langage commun. ce qui a. 3 Installés en Guadeloupe quelquefois depuis deux générations. enfin. ÆÊ « Nul doute pour moi.T. au cours des grandes grèves qui mobilisent les travailleurs* de la Guadeloupe dans le secteur de la canne et du bâtiment. il «J’eus l’impression qu’un peuple de pauvres.. j ■H 42. Ceux de * Guadeloupe ont tout naturellement fait venir leur famille. Le créole. dénonçant les abus* revendiquant les droits des travailleurs.. il comprenait six pavillons. L’hôpital ÿ j commencé à recevoir des Guadeloupéens et à être utilisé à plein à partifj de 1954. vibrant à certains moments. au Lamentin. À Orient ont obligé bon nombre de Libanais à s’expatrier. langue des pauvres. souriait ou éclataua de rire à d’autres. l’asile abritait essentiellement desjj malades venus des colonies de Martinique et de Guyane. Hôpital psychiatrique. j’eus envie de m’exprimer pour dire aussi que j’é tU d’accord. buts de pèlerinage. pensionnaires. clamait leur expérience de vif* pour dire non à un autre monde l’écrasant en place économique* politique. Jusqu’aux années 1940-1946. ce que je fis. L’hôpital psychiatrique de Saint-Claude a 1 été fondé en 1876. se dressai!! unanime. exposant la situation. En 1890. Ainsi de fa 1 chapelle de Jarry dont les apôtres de Pamour infini ont fait un de leurs . Certains de ces lieux ont été récupérés par des sectes. Le premier de ces meetings auquela j’assistai fut celui de l’U. culturelle. D’abord colporteurs.A. . ! pour une mère. Æ « Impression d’unité profonde. Ce traitement est attesté par ce dicton Vométan ay pléré douvan lapôt simityè ki douvan lazil (Il vaut mieux. La \ plupart des magasins sont tenus par des Syriens et des Libanais.j 43. Impression de dignité. Les contestations étaient effectivement à tous J » niveaux dans les « discours ». quatre pour les1 personnes sans ressources et deux pour les gens fortunés. ils se- sont peu à peu fixés en boutique. au-delà de la vie partagée. J ’é t t i S | venu pour écouter. || 44. à l’école de Grosse-Montagne. étaient gardés par des militaires et soumis à rude épreuve. Une foule dense de deux mü|9 personnes attentives.JjB « En 1971. les . j’eufti l’occasion d’assister et de participer à des meetings où les travailïeufSj prenaient la parole en créole.^* 316 . très peu nombreux. . Au début. date de la création de l’hôpital Coïson en Martinique. l’instrument de cette communion profonde. Une foule de travailleurs en accord profond avec cen hommes de leur condition. Les événements récents du Moyen-. considérablement augmenté la colonie. pleurer devant la porte du cimetière que devant celle de'J l’asile). à Ldi Rosière. Rue FrébaulU Principale rue commerçante de Pointe-â-Pitre. enfermés surtout pour leur compor* tement agressif (coups et blessures). QuelqjM chose de souterrain semblait remonter. ceux-ci sont spécialisés dans le commerce des tissus.

se définit non comme un parti politique. d'apporter une informa­ tion en des domaines économiques et sociopolitiques jusque-là réservés au français. Ces soirées sont très populaires et piassemblent les gens des campagnes d’un certain âge. . janvier 1981). Union des paysans pauvres.G. 1 46. de refus d’asservissement à un monde économique.L. 1* décembre p 1978). montant des entrailles de ces hommes. U. Quadrille.P. Union générale des travailleurs guadelou­ péens. Elle s’affirme aujourd’hui. après l’implantation pendant les années 70 des syndicats proprement guadeloupéens (Union des travailleurs agricoles. De toutes ces danses. afin qu’ils puissent danser à plusieurs à la fois et sauter autant p-qu’ils en ont envie» (père Labat).L. L’U. 1972). « Nous sommes entrés dans la période de l’union et de l’organisation ! politique du peuple guadeloupéen autour des ouvriers et des paysans» . la courante. au gwoka. Le fait. le passe-pied pet autres. politique et culturel qui l’a toujours fait. notamment après l’organisation en P 1985 de la conférence des dernières colonies françaises. seule le Isquadrille a survécu. il exprimait d’une manière extraordinaire l’agressivité et l’humour. et des «bals à quadrille». fut le créole. Contrairement paux « soirées léwoz ». M. ont lieu presque chaque samedi dans l’une ou l’autre des pcommunes de la Guadeloupe. de personnalité propre.{Ja Ka Ta. Pour faire perdre aux esclaves « l’idée de leurs danses l'infâmes ». D’abord. L’Union populaire pour la libération de la Guadeloupe est apparue en 1978. mais comme une union désireuse de permettre à «tous les | patriotes guadeloupéens de toutes les couches sociales de s’intégrer dans f la lutte de libération nationale » (déclaration politique. comme le r leader du mouvement indépendantiste guadeloupéen. Syndicat général de l’Éducation en Guadeloupe).P. Ensuite. tout en nous informant Le créole se révélait à moi comme une langue parfaitement capable de véhiculer un message. cette tradition n’est pas reprise par les pjeunes ni par le mouvement nationaliste qui voit dans le quadrille une psurvivance de l’imposition culturelle française esclavagiste. les ^ maîtres tentent de leur apprendre « le menuet. Le créole s’impose à moi comme une langue revendicative fondamentale d’identité collective. tels que C. 45. G. pleines de «postures indécentes et tout à fait lascives». c’est une contestation fondamentale » (père f Chérubin Céleste. organisés par des ^«sociétés ». il permettait une compréhension claire de la situation.

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.......... une maladie qui nous rend fo u s ....... pour être son maître....... les grandes personnes des grandes personnes 11 IL Sur le chemin de l’école....... T ab le d es m atières Des vies dont l’espace est l’H istoire............. Le carnaval me ramène à la campagnè.. En chacun de nous il y a place pour la folie 228 [........... 113 VII...................... Joseph perd son travail et me q u itte .. L’amour du français..... 88 VI................................ 262 §CV............... Il ne suffit pas d’amener la couleuvre à l’école. la terre des ancêtres. il faut arriver à la faire asseoir ...... 190 XI. La terre maternelle............................... Mes plus belles fêtes.. ............ 171 X............ Ma maladie est arrivée à cheval et est repartie à p ie d ... un baril plein de tessons de bouteilles.............................. Le mariage... 240 Le père Chérubin Céleste entreprend un jeûne illi­ mité et se met entre la vie et la m o rt .... Madame l’économe met son panier sur la tête et part sur les ch em in s......................... 7 ï.............. L’Évangile entre dans ma v i e ..... 135 VIII................. 284 297 ........... 80 V.. un morceau de soi qu’on ne peut pas vendre .... ........................ 203 XII......... En temps longtemps les enfants étaient des enfants........... 34 III... 54 IV. 159 IX... Cousine Amélya m’apprend à ne pas baisser la tête devant la v i e .................. les veillées pour les morts ................ une remorque de misères.......

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Cet ouvrage a été réalisé sur Système Cameron la S O C IÉ T É N O U V E L L E F IR M IN -D ID O T Mesnil-sur-ÏEstrée pour le compte des Éditions Seghers le 16 octobre 1985 .

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