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DANY BÉBEL-GISLER

LÉONORA
L’histoire enfouie
de la
Guadeloupe

M ém oire vive
SEGHERS

©Éditions Seghers, Paris, 1985
ISBN 2-221-04831-8

Des vies dont l’espace est l’histoire

Sété léstravay. I
Cétait Vesclavage. 1
Les Blancs de ce temps-là étaient tellement méchants. Ils en
ont fait voir aux Nègres!
Prendre ces hommes-là chez eux, les enchaîner, leur faire
traverser la mer, les mener ici, au travail.
Au travail sans rien leur expliquer, sans dire il faut faire
comme ci ou comme ça...
N’est-ce pas de la vraie méchanceté?
Ht si un Nègre ne marchait pas bien... On plantait le poteau.
_.ii attachait l’homme. Et c’était le fouet.
Voilà comment les Blancs de ce temps-là traitaient les
“ègres.
A Bréfort, juste avant le bourg du Lamentin *, il y a un chemin
ui descend à main droite, près du grand abricotier. On mettait le
~:gre dans un tonneau tapissé de clous, on le faisait rouler
qu’au fond de la ravine, on l’arrosait de pétrole et on mettait le
sur lui. L’abricotier est tombé, mais la souche est restée. Il y a
trou dedans. C’est là qu’on brûlait les Nègres,
t e Blancs de ce temps-là en ont brûlé, des Nègres!
*Un jour, à Lamoisse, un grand Nègre est pris. On piante le
ieau devant la maison du géreur, une grande maison avec haut
bas. La femme du Blanc est en haut, sur sa galerie. On attache
nomme au poteau pour le fouet. Chaque coup qui est porté à
omme, c’est la femme du Blanc, là-haut, qui l’attrape. Elle

* Commune où habite Léonora.

pleure, crie au secours, elle est cinglée, marquée, en sang. Et
l’homme en bas est tout net.
Ces Africains connaissaient des choses.

Lé détoua voué sa konsa yo di : Quelques-uns, ayant vu toutes ces
atrocités, se sont dit :
- Oh oh! Yo tiré nou an péyi an - Oh oh! fis nous ont enlevés de
nou. notre pays.
Yo anchenné nou. Ils nous ont enchaînés.
Yo menné nous isi. Ils nous ont amenés ici,
Yo fè nou travay. Ils nous ont fait travailler. j j
Yo pa èspliké nou ka pou nou Ils ne nous expliquent pas com-l \
fè. ment faire.
Yo ka enki asasiné nou akoudf- Ils nous assassinent à coups de
wèt. fouet. {;
Yo ka piké nou, yo ka brilé nou. Ils nous piquent, ils nous brûlentÀ
Sôsyé la di yo : Le sorcier leur dit:
- Ében yo ké voué. Préparé zôt, i Ils vont voir. Préparez-vous, nouà
lè pou nou alé; partirons, il est temps.
- Kaman nou ké fè? - Comment pourrons-nous fairetl
- Toutalè an ké di zôt Zôt tout - Je vous le dis, préparez-vous, j I
paré zôt.
- Nou pé ké jen woutouné an - Nous ne pourronsjamais retour* j
Afrik. ner en Afrique.
Sé an batiman nou vini. C’est en bateau que nous somme j
venus. j:
Apa asi lanmè nou ké mâché. Pyé Ce n'est pas avec nos pieds fait
annou, sé pou alé an labou. pour la boue que nous marcheron j*.
sur la mer. * \
- Toutalè an ké vin. Paré zôt. - Préparez-vous, je reviens tout
l’heure.
Nèg la anni alé an poulayé à poul Le Nègre est allé dans le poulaiüè \
a Blan la. du Blanc.
I wouvè poulayé la. I pwan dé Il a pris deux œufs.
zé.
- I di yo : an nou alé. - Je vous le dis, partons.
An pati rèté, an pati alé. Une partie l’a suivi, une partie
restée.
Yo alé anhôo pon Boukan la Ils sont allés sur le pont Mofo
moun té ka pwan piwôg pou alé La Boucan, là où les gens pi
Lapwent. nent la pirogue pour aller à
Pointe.
- Apa èvè pyé annou nou ké alé - Ce n’est pas avec nos pieds
asi lanmé. nous marcherons sur la mer.
Afriken la té sav zafè a-i. L ’Africain savait.

Lè yo rivé anba pon la, i fè sôsyé Ils sont descendus sous le pont. Il a
a-i èvè zé la. fait son sorcier a cassé les deux
œufs.
On batiraan parèt, flap! Un grand bâtiment est apparu.
Yo pati, yo alé an Afirik Ils sont partis>ils sont retournés en
Afrique.
Anmann * *.
Paysanne guadeloupéenne
de quatre-vingt-dix-huit ans.

On trouvera les notes appelées par un chiffre en fin de volume.

MWEN SÊ GWADLOUPÊYEN MOI, GUADELOVPEEN

Mwcn sé timoun enkyèt a on lilèt Moi, je suis l'enfant inquiet d’une
inkyèt petite île inquiète.
On ti lilèt ki vwè parèt é diparèt Une petite île qui a vu paraître et
disparaître
- syèk dèyè syèk - - siècle après siècle -
disparèt é parèt disparaître et apparaître
fanm é nonm zôt senné kon ban des femmes et des hommes que
pisyèt vous avez péché à la senne tel un
ban d'alevins,
fanm é nonm zôt dékatyé fanmi a des femmes et des hommes dont
yo vous avez êcartelé les familles,
fanm é nonm zôt vann anba des femmes et des hommes que
laplas a lankan kon bèsyo vous avez vendus à l'encan sur la
place, comme des bestiaux,
fanm é nonm zôt maké kon des femmes et des hommes que
bèsyo vous avez marqués comme des bes­
tiaux, attachés comme des bes­
tiaux, ;
fanm é nonm ki trimé kon bèt des femmes et des hommes qui ont
anba fwèt a zôt Met. trimé comme des bêtes sous votn
fouet à vous, Maître.
Sé fôs a bwa a yo ki mofwazé gran C'est la force de leurs bras qui on
bwa an jaden - ba zôt Mèt - métamorphosé la forêt en jardin -
pour vous, Maître -
E zôt fè fôs a yo sèvi-yo foséyè Et avec leur propre force votts le
pou yo-menm, Mèt! avez fait creuser leurs tombeau)
Maître!
Apré sa / Après cela
kijan fe ou vlé fè mwen kwè ! comment voulez-vous me fai
j croire
mwen sé vou ! que moi c’est vous,
vou sé mwen? \q u e vous c'est moi?
Mwen tala! Moi, cet enfantdà!
Sonny R u p a i r e (tr a d u c tio n D . B êbel -G isi

10

Il nous a éduqués comme un homme de son temps devait éduquer ses enfants. Papa n’avait pas beaucoup d’instruction. timoun té timoun. madères. aidant maman à fabriquer la farine de manioc qu’elle allait vendre en ville. C’est juste à ce moment que . Il s’est mis à boire. Au contraire. le respect des anciens et des grandes personnes. il cherchait plutôt à us embêter. Et 'm père. il n’allait pas ous faire la conversation. Je n’ai pas nu de vie familiale heureuse chez nous. on_pcre revenait de cette histoire de la guerre . Chapitre premier Antanlontan. Il avait massedés gaz. manioc. L’ambiance de la maison n’était pas très drôle. et il valait mieux trouver un endroit où se mettre à abri. le . à Pointe-à-Pitre. malangas.14-18. dans la commune de Capesterre- Belle-Eau. Quand je suis née. ignames. dictame. pois d’angole. la discipline. Ma mère n’était pas ureuse. élevant des poules. dans le petit hameau qu’on appelle Carangaise. mais c’était un grand travailleur. les grandes personnes des grandes personnes Il est déjà bien haut le cocotier que mes parents ont planté là où le cordon de mon nombril est enterré. Cultivateur. C’est là que j’ai été élevée avec mes frères et sœurs. en Guadeloupe. il travaillait sur l’habitation Longueteau2comme coupeur de canne à sucre et plantait dans son jardin toutes sortes de vivres. etc. cinq garçons et quatre filles. suis venue au monde. après la guerre. Nous avons poussé là-dedans. C’est la mère. des cochons. ma mère ne menait pas une vie bien gaie. dans l’ordre. granmoun té granmoun En temps longtemps les enfants étaient des enfants. quand il avait rempli son corps de rhum. et papa à récolter la canne sur les terres u’il avait en colonage. elle ne pouvait pas s’asseoir et causer avec nous.

on se recroque-. Dans les cas graves seulement. Ils déchiraient exprès leurs cahiers et venaient dire à mon père : . J Habitant tout près de l’école. même dans une vie de malheur. villait. nous n’avions pas non plus le droit de les séparer. mais la maison n’était pas gaie. Ils récoltaient les sous. les coups. nous. nous mangions à notre faim. il jouais à la «pichine» (osselets). c’est que mon père nej plaisantait pas quand on ne suivait pas ses commandements. nous allions à l’école. 1 * Poteau central d’une case. on était un peu au courant. sachant combien il était sévère et bourru. 12 . mais tout ce que je peux dire. On ne pouvait pas leur rentrer dedans. qui se trouvaient lff parfois dès 7 heures du matin. dans notre petit coin. les enfants. il exigeait que je parte de I maison au dernier son de la cloche. allez acheter vos cahiers et sortez de devant ma porte. Alors. en Guadeloupe. ces traîtres. pour nous amuser. arrête! » ou « Papa. les grandes personnes. Même si papa m’interdisaj certains jeux. nous buvions. au «passe-palet» (saut| mouton). à toutes sortes de jeux. Ça. elle aime et soigne toujours ses enfants. et maman ne nous mettait pas au courant de ses problèmes. surtout le soir. Alors. Mon père n’aimait pas les histoires.Tenez. à la ronde.« poto-mitan * » du foyer. voilà cinq sous. ne pouvions savoir ce qui se disait dans leur discussion. une fois à l’école. Mais jamais les enfants n’auraient osé intervenir pour dire par exemple : « Maman. nous cherchaient querelle. Ainsi je n’ai jamais pu m’amuser dans lai cour de l’école comme mes camarades. Lorsque maman et papa parlaient entre eux. et que je ne traîne pas a| retour. les enfants étaient des enfants.Regardez ce que vos enfants nous ont fait. et même. . eux. Je ne sais pas pour les au familles. Je me rattrapais à la récréation. et nous. on recevait double ration. des grandes personnes. En ce temps-là. arrête! » Nous n’avions aucun droit. Nous en invention! des choses. ça se passait chez nous. Nous étions dans notre petit coin. je faisais comme tout I monde. Il nous défendait de nous battre avec les autres enfants. Et pas la peine d’essayer de discuter. Nous avons été élevés ensemble. s’il y avait bagarre.

Alors là. courir. je fus prise de panique. celles qui ont mûri cachées sous les feuilles au pied de f arbre. Je pouvais rencontrer la Dia­ blesse. mais quand un enfant faisait une bêtise. très très loin des champs de canne où je devais ramasser des herbes grasses. I Papa nous donnait une bonne correction. Ça allait encore. après l’école. l’arbre-maison des esprits et des morts. Elles pouvaient me faire perdre mon chemin et m’emmener avec elles. prenait une liane Lqu’elle avait cachée. à débouter le morne. était située au bord de la route. Je ne pouvais pas ne pas avoir peur puisqu’il faisait nuit. Si je : ne l’avais pas reconnue. certaines mères n’ont pas Lie courage de voir les pères secouer trop fort un enfant Avant. j ’ai suivi quand même une bande qui allait décrocher les mangues à coups de caillou et découvrir. porsque le père arrivait. la Bête à Man Ibè3. Maman avait ses [méthodes à elle. J’ai pu oublier bien des choses. Mon père. ^ Mon père était raide avec nous. il faisait déjà nuit. m’a envoyée chercher à manger pour les cochons. elle tattendait qu’on revienne et qu’on soit au lit. lit. Je suis rentrée à 6 heures. n’importe quoi aurait pu m’aniver. J ’avais peur. 13 . Les mères avaient la direction quand les pères étaient absents. Les esprits vous enlèveront. On pouvait lui échapper. laisser les jardins et s’engager dans les bois. les mango kabanné *. ne sortez pas la nuit. jamais. Dans ma tête. Je tremblais de peur. une dame me confiait qu’elle ne pupportait plus du tout les enfants d’aujourd’hui parce que. j’ai rencontré une dame que je connaissais. fermant les yeux pour ne pas voir l’immense fromager. pour me punir. lorsqu’elle avait élevé ses enfants. les Nègres marrons vous prendront. Un soir. » Mon corps tremblait vraiment. mais pas celle-là. et on se réveillait sous les coups. se cacher. les pères menaient tout. Notre maison. Puis il a fallu prendre le sentier. Je * De « Kabann » : couche. une case en bois de plusieurs pièces. de pon temps. ils filaient doux. je ' l’aurais prise pour un esprit. Heureusement. dans les fonds. t Pas plus tard qu’hier. résonnaient ces paroles : « Enfants. Les pères étaient vraiment | sévères dans ce temps-là. Maintenant. il fallait le lui dire et il prenait la relève. Je passai d’abord devant trois mai­ sons. sur le bord de la route. A 6 heures du soir! Je n’oublierai pas cela. Je me suis mise à courir.

mais la façon dont les aînés se comportaient et sa façon d’être sont deux choses différentes. j Pour les enfants d’aujourd’hui. Jamais. même aux petits enfants que je rencontre sur la route. je dis souvent bonjour. Autrefois. qui vit en France. Moi. A présent. depuis le bas jusqu’en haut. « Je vais chez celle-là ». Ça ne lui a pas fait plaisir. S’il le faut. je n’ai fait que donner un petit bonjour^ sans m’arrêter à toutes les cases. tout le long du chemin c’était. A Carangaise. C’est que le bonjour est une chose importante en Guadeloupe. Je vaisj leur faire voir que je suis là. C’est là ' que j ’ai été élevée. alors je connais tout le monde. mais je sens qu’ils sont gênés. moi-même. quand tu sortais avec ta mère. chez mes parents. et je ne vois pas comment je vais en venir à bout. qu’il faut comprendre qu’on ne peut élever les enfants d’aujourd’hui comme ceux d’hier. Ils tombaient en crise : i i . quand je voyage avec elle. est venue en congé en Guadeloupe. Les gens n’aiment plus guère crier bonjour. même si votre mère était fâchée avec elle. Ne pas dire bonjour Ü tout le monde n’indique pas forcément que vous êtes aristocrate? Pourtant. j ’en profite pour prendre un taxi qui me dépose chez ma sœur. par exemple. que d’histoires! Ma fille Emilienne. Je l’ai emmenée voir les parents. D’ailleurs. Pas question non plus de ne pas saluer une grande personne. Mais la route est longue depuis^ l’arrêt du transport en commun jusqu’à la maison de mes-. chacun connaît l’importance du bonjour. après. les maisons se succèdent le long de la route. je ne sais vraiment pas ce que 1# bonjour représente. comme le temps évolue. On a vite fait de vous coller cette étiquette. En Guadelou-i pe. moi qui ai bien éduqué mes premiers enfants. on traite d’aristocrates les gens qui ne disent pas bonjour. Il n’est pas forcément plus mal élevé. je ne sais pas ce que ça veut dire. je vais souhaiter 1^ bonjour aux gens d’alentour. j’ai là maintenant un petit de treize ans. à ceux qui habitent tout près. rentrer dans sa carapace. à la messe à Prise-d’Eau. mais.lui ai répondu qu’il faut aller comme le temps va. pas question de dire : « Je vais chez celui-ci ». . de maison enj maison. elle te faisait dire bonjour aussi. « Bonjour. Et voilà déjà ma fille dans tous ses états! Depuis ce jour. ils n’auraient bougé comme ça. Unetelle! » Mes enfants avaienj les nerfs à vif. Quand j’allais. si elle disait bonjour à quelqu’un. Avec Emilienne. parents. il fallait rester ensemble. Untel! >» « Bonjour.

Une amie présente était choquée : . monsieur. qui ne répond pas aux remontrances. Autrefois. il faudrait les forcer. . le jour et la nuit. quand ta mère était fâchée avec quelqu’un. mais j ’ai déjà remarqué qu’ils n’aiment pas saluer. enfant. toi. A ta place. Bonjour. car les enfants eux-mêmes pouvaient avoir entendu les parents dire des choses sur une voisine et avoir peur d’aller jouer devant sa porte. dès que mes parents me faisaient signe de dire bonjour. Je recevais des coups. ils les embrassent. j’obéissais. Les affaires des grandes personnes ne regardaient pas les enfants. de te fâcher avec lui.Maman aime dire bonjour.Je vais laver la vaisselle. je sais. EUe sait qu’elle doit laver la vaisselle. Moi. je lui donnerais une raclée! . Maman souhaite le bonjour à tout le monde! Je les ai élevés comme ça. à l’extérieur.Personne ne me parlerait sur ce ton chez moi. que ce n’est pas sa vaisselle. Ils ne sont pas tellement avenants. Je ne le fais pas. je rouspétais quand même. dans la famille. Les miens. madame! » Quant à embrasser. Pourtant. Je lui avait dit d’aller laver sa vaisselle. mais ils n’iront pas embrasser quelqu’un pour vous faire plaisir. cette réponse est une mauvaise réaction. les enfants d’aujourd’hui. tu n’avais pas le droit.Je sais. Ce n’est pas ma vaisselle. je ne pouvais pas me taire. car les gens n’ont pas besoin de voir que je dois obliger un enfant à dire: «Bonjour. En principe. mais n’accepte pas qu’on lui parle de sa vaisselle comme si c’était la 15 . qui dit bonjour et respecte les grandes personnes. un enfant bien éduqué est un enfant qui marche comme sa famille Pa élevé. Certains leur donnent une bonne éducation au foyer. ce n’est pas ma maison. Il y aura toujours des gens qui éduquent mal leurs enfants. alors là! Leurs amis. Quand j ’en­ tends comment les enfants nous répondent aujourd’hui! Moi- même. Ce n’est pas parce que je suis en froid avec une voisine que je chasserai son enfant s’il vient jouer avec les miens. Mais c’est vrai qu’elle n’a pas encore son ménage. Certaines personnes le font. Elle m’a répliqué : . Pour moi. jamais je n’aurais répondu à ma mère sur le ton que ma dernière fille a employé avec moi. mais. ils se comportent mal.

nous mangions à table4 seulement les jours de fête. allions tout nus pêcher des écrevisses. Pour respecter les gens dans la rue. ils ne respectent pas normalement les grandes personnes. prenait tout son temps pour sucer et croquer chaque arête de poisson. cela. Je ne peux pas la battre pour ça. bonne éducation ». c’est une question d’enfant. que si un enfant voit venir un adulte. il faut qu’il sache manger à table correcte-^ ment.sienne. c’est à la façon de manger qu’on juge si les gens sont bien ou mal éduqués. je n’ai jamais vu mal 16 . » 4 Alors. Ça. on se déshabillait devant les mamans. Il n’y avait pas la cuiller à droite. Si c’est ça qu’on appelle «éducation». De mon temps. On a beau leur donner une bonne éducation. et encore! Chacun partait avec son assiette et allait s’asseoir où il ^ voulait. je me suis adaptée. disent n’importe quoi à la face des adultes. toujours sur la même marche du perron. Je crois que nos parents étaient plus libres de leur corps et voulaient î que nous soyons à l’aise. Les enfants. enfants et grandes personnes mangeaient comme ils voulaient. Maintenant on vous dit : « Et si votre enfant se trouve < un jour en société. que nous mangions comme bon nous I semblait. A la maison. Ma mère. mais] je n’ai jamais vu ma mère se déshabiller. ça se fait plus. | C’est comme de les laisser courir tout nus jusqu’à dix ans. Manquer de respect à une grande personne. moi. Je pense. c’est lui désobéir. Chez nous.^ mais mes enfants savent se tenir dans le monde. maintenant. Ma foi. Nous. respecter la famille. la fourchette à gauche.je ne parle pas de ma jeunesse -. il faut déjà savoir respecter les parents à l’intérieur du foyer. C’est quand ils vous aperçoivent qu’ils débitent leurs grossièretés. quand nous allions nous laver à la rivière^ maman nous enlevait tout. je ne dis pas de gros mots. elle ne m’a pas « dérespectée ». Je ne sais où j ’ai appris moi-même. ceci. surtout à présent . Maintenant. Tout le monde a dans la bouche «bonne éducation. il n’y en avait pas du tout. La seule « bonne éducation » : respecter les grandes personnes. c’est du respect : la dame arrive. contrôler les paroles qui sortent de sa bouche. faisions tout tout| nus. qu’il a un mot sale à lancer à ses amis. Elle mangeait avec ses doigts. son ! assiette sur les genoux. Nous jouions tout nus dans laf rivière. lancer des gros mots devant elle. ce n’est pas le moment pour le sortir.

On ne connaissait pas les maillots de bain. jeunes de maintenant apprennent tout avec leurs amis. Même quand elles ont eu leurs i règles. on leur donnait un « en-bas ». je ne leur ai rien dit. Les enfants n'osaient pas poser de questions. un jour. ta mère te prenait à part pour t’expliquer que tu n’étais plus une gamine. Je ne sais si c’était une maladie ou si l’on m’avait jeté un sort.Maman. les serviettes hygiéniques jetables n’existaient pas). Nous le portions l’après-midi à rinstruction religieuse. mais il n’y avait pas d’échange. on savait qu’elle n’était plus une enfant A partir de ce moment. le lavait. quand elle a eu ses règles. mère nue. à . le mettait à sécher. J’étouffais. au bord de la rivière. Je me suis fait rappeler à l’ordre par une voisine qui avait tout entendu : 17 . Il y a très peu de temps que certains parents dialoguent avec leurs enfants. il fallait cacher son corps. mais entièrement nue. nus. elle nous déshabillait. avec leurs parents ou même tout seuls. piqué une crise de colère. Alors. Ma seconde fille est plutôt molle. Le jeudi. Elle n’a jamais su véritable- ment laver ses culottes. prenait notre linge. Quand les filles grandis­ saient et que leurs seins pointaient déjà. pas tous. Je n'ai jamais ouvert la bouche pour leur parler des relations avec les hommes.Eh bien. une petite culotte. oui. je ne posais aucune question. entre camarades. tu as tes règles. Les . ? Elle ne voyait pas ses règles venir. Je ne veux pas dire qu’ils ne parlaient pas avec leurs parents. C’est vrai. j’ai . Les seins à l’air. pas de dialogue. J’ai trois filles. et à l’école le vendredi. j ’étais très grosse. La plus grande les a eues assez tard. comment prendra-t-elle soin de ses morceaux de toile (en ce temps-là. Moi. Après les premières règles. et je me disais : une tW ant aussi malpropre. Il devait être sec pour le retour. Jusqu’à dix. j’ai du sang dans ma culotte! h . Et encore. Elle avait onze ans. dix-sept ans. je ne leur ai rien dit. que tu pouvais tomber f enceinte et faire un entant. elle m’a appelée : . J’avais dix-sept ans mais ne demandais pas comment on peut tomber enceinte. beaucoup d ’enfants n’ont jamais S causé avec leur maman. Ils savent ■ ce"que signifient les règles. Quand on voyait une fille se baigner avec une vieille robe. onze ans. et. j ’ai eu mes règles très tard. Et je lui ai donné sa préparation. garçons et filles se baignaient ensemble. jamais.

On pouvait coucher avec utn garçon sans savoir qu’il risquait de vous mettre enceinte. près Son fils. j ’étais inquiète. mais je ne surveille guère ça chez mes enfants.. Les enfants peuvent m’avoir. Ils pourraient tromper ma confiance parce que. Ils pensaient que leur. Je ne l’imaginais pas enceinte. Je ne suis pas comme certaines mères qui contrôlent chaque mois les règles de leurs filles. rien qu’un mois de retard. je ne lui ai rien dit. par ces temps éclaires. et les mamans en sont fières. a*j nous. qu’est-ce qu elle-j savait? Les anciens étaient très secrets. ils nous envoyaient faire des bêtises. 18 . Ma fille aura sans doute une autre vision des choses. ils vont jusqu’à faire de l’éducation^ sexuelle à l’école. mais ia ^ mienne me vient directement de la génération de ma mère. et de très . . Seule une de mes filles m’a posé un petit problème : elle sortait avec un garçon et est restée un mois sans avoir ses règles. Avait-elle pris un refroidissement en allant laver à la rivière? Je ne savais pas. Des gens m’ont conseillé une infusion de fleurs de doudou*. elles. toi. les gens ne laissent pas leur corpss aller à la dérive. les règles sont venues. . voir venir les règles de leur fille. Pas tout à fait puisqu’avec leurs cachotteries. . Une de mes voisines surveille déjà sa fille qui n’a même pas encore ses règles. rapportent les enfants à la • maison. toutes les mères n’ont qu’une envie. Ensuite. elle n’a plus eu de problème. jusqu’à son mariage. mais je suis comme ça. Les filles. Les garçons engrossent les filles. c’est lui qui sait pourquoi il l’a faite car. C’est bon pour «faire venir» et peut aussi vous faire avorter. et. Je remarque que ma dernière fille a ses règles par ses culottes qui au lavage. tu râles! Tu n’as pas honte? J’étais tellement fâchée que je n’ai rien répondu. Ce j n’est pas de la blague. maintenant! Est-ce qu’on nous racontait. . Mais ce n’était rien. et ça ne me trotte pas tout le temps dans j la tête. je ne les ai jamais embêtés avec ça. ce qui se passe entre un homme et une femme? Quand un^ jeune fille se mariait ou se mettait en ménage. Je conservais par-devers moi mon inquiétude. normalement. principe était bon. et. Je leur dis souvent : si quelqu’un fait une bêtise. lâchent quelque chose.Comment. moi. Elle la suit depuis bien longtemps. Oj £ * Petit arbuste ornemental à fleurs rouges ou jaunes. Ils n’ont jamais été spécialement vicieux. elle s’en fout.

l’huile se sépara. Devant un tel rendement.Tu as appris avec tante. . à la première coloration blanche. Mais comment nous en empêcher f quand la cuisine est en bambous (à claire-voie). j ’élevai la voix et f écartai d’un geste: ■r . Elle avait peur qu’on aille divulguer ses secrets de fabrication.Pour me tourner mon huile. on ne savait rien. moi aussi. les écraser avec un pilon. décortiquer les graines. qu’on aille raconter comment elle s’y prenait. toi. rien qu’un poban (flacon) pour essayer . ni de te poster devant elle quand elle était f occupée à fabriquer quelque chose. n entendait rien. l’avions aidée à éplucher les graines. J’ajoutai le petit morceau de savon. Quant à savoir déceler le point de cuisson exact pour enlever l’écume et ensuite faire refroidir. Et réussi à faire un litre.Quelle enfant comparaison! Tu veux essayer. je réussirai. pourquoi ne pas savoir fabriquer l’huile? Après avoir surveillé pendant des mois. je n’avais pas le secret. je ne quittais pas des yeux le chaudron. j’avais gagné. mais dès que nous. qu’est-ce que tu connaissais. leurs petites choses. enfants. et que l’huile se séparait nette­ ment. gare à toi! Tu recevras autant de coups de hane qu’il y a de? cosses dans cette montagne de carapate! ' Eplucher. L’huile de carapate * qui î empêche nos cheveux crépus de devenir secs. ma * ntmesj16 fabriquée avec les graines du ricin (appelée «carapate» aux 19 . Elle ne J voulait pas qu’on regarde. elle nous [ chassait.Laisse-moi faire. Je me cachais et l suivais attentivement toutes les opérations. mais. Mais si tu fais tourner l’huile. je demandai à ma mere de me laisser faire. réellement vrai? En plus. ça non! Où as-tu appris à faire de l huile? f . | Une de mes tantes s’y connaissait vraiment. j ’en avais l’habitude. Puisque je savais eplucher les graines. je me suis écriée : « Voilà l’huile! » Ma mère se mit à me r disputer : j ’allais faire tourner l’huile. Oubliant tout le respect r qu on doit aux grandes personnes. tu n’avais pas le droit de regarder une grande personne les yeux dans les yeux. De petites camarades plus vicieuses que toi faisaient leur petit commerce. fis refroidir. d’accord. J’avais bien observé que ma tante mettait à un certain ^ moment un morceau de savon. mais quand? Au premier bouillon. maman. Tout excitée.

Aux filles de faire la vaisselle. dans les fonds» Les jours de pluie. enfants. de préparer le repas. En rentrant de l’école. J’avais tenu tête à ma mère. les laver. le soir. Et nous non plus. I Notre plus rude tâche était la corvée d’eau : chaque matin. . ensuite. mais je dis que ce ne doit pas être par la peur. taillait des trous dansï la pente pour caler ses pieds.mère n’en croyait pas ses yeux. aveé» tes doigts de pied. je l’aidais à râper pendant que leîjB plus grands s’occupaient de l’arrachage. Après. c’était faire son travail. et chaque soir. Chacun avait ses ruses pour tenter d’éviter ce momem glissant. à y réfléchir. une glissade. mais. Il y avait. faire attention à chaque pas. Certains parents terrorisent les enfants. je n’avais pas eu peur. de faire la toilette des plus petits. on ne nous respectait pas. qui s’arrachait par plaques. C’était dur. s’asseoir pour apprendre ses leçons. c’était notre travail. elle me confia la confection de l’huile. et il ne nous serait jamais venu à ndjflL de le refuser. elle n’en fit plus elle-même. Pas question de ramener un seauj vide. de s’occuper du cochon. La corvée était un peu! adoucie car nous partions en bande. Léonil. il te fallait agripper la boue. jusqu’à présent. au sommet.. bien sûr. en allant au travail le matin. C’est vrai. A partir de ce jour. Aux# garçons d’aider au jardin. du plus grand au plus petit. chacun. Dès l’âge de six ans. je pense que c’était surtout la peur. responsable d’une tâche précise. Ils apportaient les sacs d B racines et se mettaient à les éplucher. c’est pour­ quoi on en rencontre beaucoup qui ne peuvent pas s’exprimer. ce qui nous menait. et toute l’eau rendue à la terre! Il n’y ï avait plus qu’à recommencer. ils n’ont pas la parole. et. à celle de M. mais. beaucoup de respect pour nos parents. et. en général. nous allions à la I source de Man Yoyo. Jusqu’à sa mort. On était organisé «de souris en souris». nous n’avions pas la parole. d’aller laver le linge au bord de la rivière. et que nous. de balayer la terre battue devant la I porte. Il y a une façon de se ^ faire respecter par les enfants. « puis. ma mère m’emmenait avec elle à la p la tin ^ K manioc6. arrivée#. il fallai» 20 . l’autre cherchait un chemin J® travers les buissons. Le matin. garçon ou fille. JÈL Certains jeudis. quelles acrobaties! Le seau en équilibre sur l â ï tête. I avant d’aller à l’école. parfois. c’était la peur.. mais nous étions habitués. le travail de la maison. L’un.

à surveiller quand la farine est sèche. dans la chaleur. se reposer et repartir travailler dans son jardin l’après-midi. d ’autres avaient allumé le feu sous la platine et enfournaient du bois bien sec. laver. le « kakapan- riyol ». . les enfants. De « graj ». on remuait. les anciens. on profitait du feu pour faire cuire les cassaves. j’ai élevé mes premiers enfants comme eux m’avaient élevée. Demander pour ça l’aide d’un homme. Rester comme ça. enfants. un coup à gauche. Mon père était un homme tellement autoritaire et sévère que les * Râper. Nom donné à l’un des rythmes du gwoka et à la danse qu’on exécutait en râpant le manioc. hommes. trouver le repas prêt. une fois rentré. Ma mère. toute la famille. c’était pour nous. Les paquets étaient lourds. et le plus pénible aussi. C’était la règle. Notre éducation fut une perpétuelle privation. Il faut avoir le tour de main. Sa responsabilité. Faire à manger. était responsable de la maison. dans un fond. Je ne l’ai jamais vu laver une assiette. Jamais papa ne nous a démandé un coup de main quand il travaillait pour le Blanc. remuait. dans les champs de canne de 6 heures du matin à 1 heure. on étendait le manioc râpé fin fin. d’accord pour travailler notre terre. mais ce ne fut pas si mauvais que ça. repasser. Sur la platine brûlante. et. grager *. et tout ce qui restait sur la platine. ce serait un crime! Les femmes faisaient tout. ça c’était l’afïaire des femmes et des filles. femmes. : Au moment de la récolte de la canne. était mobilisée pour aider papa. Ça chauffait dur. et presser pour faire sortir tout le jus empoisonné: Pendant ce temps. un coup à droite. Après. 21 .la laisser brûler. Il fallait charrier les paquets de canne depuis notre champ. les fourmis rouges nous mordaient le cou. juste pour ne pas. jusqu’au bord du chemin. C’était le plus difficile. à lui. Avec une grande spatule en bois. comme toutes les femmes. c’était d’aller gagner sa journée sur l’habitation du Blanc. Moi aussi. le « mèt a mannyok ». J’appelle ça une privation. Mes parents nous élevaient selon les règles de mes grands-parents. râpe artisanale en bois ou en tôle. mais nous étions d’accord. Ça n’aurait pu se faire. la pente était raide. une règle stricte que papa appliquait à la lettre.

sous le gros manguier près de chez Man Léonille. vieux comme jeunes. ma sœur aussi. C’était un vieux monsieur qui disait la prière. Jamais je ne manquais H veillées au clair de lune.Madanm la ka vini. après la prière. l’entends encore raconter « Persillette » comme si c’éti aujourd’hui. Nous étions vraiment contents de sortir tous les soirs. : Que c’était beau! C’est la seule vie de bonne liberté que j’ai eue ■ enfant et dont je me souvienne... é sa.. je me revois dans la ronde sous la lune. Un peu plus tard. M. mais j’étais dans la ronde. re. écoutions des contes. Heureusement. Chacune des nuits où la lune brillait. devant.Mme Fiyolê au bord de la riviè. Je gardais les oreilles et les yeux bi ouverts pour ne rien perdre des contes dits par M. moi ça. Armé d’un « boutou » fait de deux fichus de madras nattés serré. Nous faisions une grande ronde. On l’appelait Papa Yen.! rivière Sêré sa. de nous retrouver avec Papa Yen.autres enfants du voisinage avaient peur de lui et ne venaient pas jouer devant notre porte. on se rencontrait tous les jours à la prière du soir. parents comme enfants. si c’était ma mère. jouions au « boutou7». Fistibal réunissait filles et garçons.Bwa sék! « Tout le monde.. . je devais être assez grande déjà. mais je me rappelle notre joie. et ça. de jouer. II réunissait tous les enfants à 6 heures. par-derrière. cachez ça pafij douvan kon déyé. cachez ça. i 'i i Tap.. Je ne me souviens pas de ce qu’il nous apprenait comme prières. Je ne sais pas si mon père m’avait envoyée là. en forme de bâton.. séré sa. nous tous. cachez. séré sa.Tim tim! . te frappait. nous chantions.. cachez-moi ça.Man Fiyolé au bord de la .Madame arrive. ou si je volais la permission.. Fistibal. Tu rentrais au centre et le chant se’ poursuivait: 'j . le boutou. là.. Papa Yen se plantait au milieu de la : grande ronde et lançait le chant : j . mon père nous permettait d’aller. car. parents comme enfan 22 . séré sa .

qui était curieuse. ' . Elle avait vu dans son potager tout plein de persil.Toc! toc! toc! Elle cogne plus fort : .. par malheur. Le court-bouillon était dans sa tête et descen­ dait déjà dans son ventre. ce n’est pas un court-bouillon. avec leur cochon. dans la commune de Trois-Rivières. la petite fille au grand courage : . Elle cogne douce­ ment : . derrière le Morne Savon.La nuit commence à tomber. tu la croisais sur le chemin. coqs. Man Didine. Justement le frère de Pè Jofrèt. prépare ail. Un soir. Man Didine a faim. Pourquoi attendre le lendemain? Man Didine écaille le poisson. le pêcheur. . Man Didine était enceinte. avait apporté un beau vivaneau bien rose. Rouy! Pas dé persil.. vite.Toc! Toc! Toc! Elle appelle : . Un peu plus loin. Elle se décide à s’approcher et à frapper chez sa voisine. ! Personne ne répond. personne ne la fréquentait. Un court-bouillon sans persil. comme toutes les femmes.Yé krik! . leurs trois cabris et leurs sept poules. personne ne connaissait son nom. aussi. silence! Venez et asseyez-vous. piments. Man Didine a peur. ne voisinait avec personne. Elle avait des yeux de sorcière qui te brûlaient le corps. quand celle-ci était de sortie. Quand.Yé krak! Tout au bout du hameau de La Plaine. oignons. On l’appelait « la vieille femme ».Il y a du mondé? ».et vous. cives. Elle ne sortait jamais. son mari. était déjà allée rôder du côté de chez la vieille femme. Vous savez comment sont les femmes enceintes. un grand fromager cachait la case d’une vieille femme. cochons. Elle se dit : 23 .Il y a du monde? . Man Didine et Pè Jofrèt. poules. tu tournais la tête. mais tellement envie. chiens. II lui fallait ce persil. ouvrez vos oreilles. Penvie lui prit d’un petit court-bouillon de poisson. fermez votre bouche. voici Thistoire des tribulations de Persillette. vivaient.

raide comme un piquet. elle voit devant elle la vieille femme. Man Didine a tellement peur. Et elle s’en retourne chez elle.Yé krak! . tu l’as promis. tu l’appelleras Persillette. Je serai sa marraine.L’enfant que tu portes.. C’est là que la vraie histoire de Persillette commence. Elle' n’était même pas sortie du ventre de sa mère. la pauvrette. haut. » Et voilà Man Didine qui s’avance dans le potager.Que fais-tu chez moi? Tu es venue voler! Man Didine sent son bébé se retourner dans son ventre. . tu as arraché mon persil. Et j’ai payé.Sept jours après la septième année de vie de cette enfant. elfe devra franchir la porte de ma case pour habiter avec moi. juste trois brins de persil pour mon court-bouillon. . surtout. Au moment où elle se redresse. un sou. Allons cueillir trois brins de persil. « chodo » (lait aux œufs) et un gâteau haut. d’accord. Elle tremble comme une feuille d’acacia. . Elle rentre chez elle en pleurant. Elle glissé sa main sous la tête de Persillette et dit : ..Non. va-t’en. comme elle est bien honnête. Afin que tu te souviennes toujours de ce que tu as fait ce soir. Je ne veux pas la déranger. Man Didine mit au monde une petite fille. . Et maintenant.Je n’ai rien pris. elle dépose un sou à côté pour payer la marchandise. disparaissant derrière le mager. 24 . Elle arrache trois brins de persil et. que le malheur était déjà sur elle. Vous êtes tous liés par ce serment. .Je ne veux pas de ton argent. . c’est lui que je veux. la cour ne dort pas. Le jour du baptême^ flap! la vieille femme apparaît pour nommer l’enfant. . gj mère.« Peut-être que ma voisine dort déjà. Elle dit d’accord. Tu as pénétré chez moi. Tu vas me payer. des liqueurs et.La cour dort? Yé krik! . Toi. Man Didine et Pè Jofrèt avaient préparé plein de bon choses pour fêter le baptême : des jus. les bras croisés sur sa robe sans couleur. la mâchoire serrée. Man Didine se sauve. les yeux brillants comme du feu. haut de s étages. Son envie de court-bouillon est passée.

Persillette s assied sur la racine d’un gros manguier. tout ça n’est rien. devient belle petite fille. Qui donc fut bien content? Les enfants. fermée à clé. de s’amuser. Gare que la nuit vous surprenne dans le bois! 5Devant l’école. dit Pè Jofrèt. . Persillette savait déjà reconnaître un 0 et un /. une boîte -t en or. Elle tourne et retourne ça dans sa tête: comment échapper à la vieille femme? Les sept ans de Persillette approchaient. de l’autre côté de la forêt on apercevait l’école.Yé krak! Finalement. Chaque matin. Mais personne n’avait plus envie de rire. Persillette a un peu peur de quitter son papa. Il lui porte le petit panier où Man Didine a mis son déjeuner : deux bananes vertes. c’est la première fois qu’elle voit tant d’enfants rassemblés. Elle reprend le chemin de la maison avec Noémie. On l’envoya à l’éco­ le. Il fallait descendre le morne. elle y pense. un morceau de poisson. elle sent quelque chose sous ses doigts. et la maîtresse n’a pas l’air très aimable. Si tu savais ce oui t’attend! . mais. tout en parlant. Persillette tire. tu rentreras avec Noémie. Pour le premier jour. Pè Jofrèt accompagne Persillette. sa maman la cale serrée entre ses genoux et tresse deux longues nattes avec ses cheveux bien démêlés. Ils ont tout mangé. et finit par sortir du trou une boîte. elles font une petite halte pour souffler. Curieuse. Là. la maîtresse n’était pas si méchante et. Persillette grandit. L’école était loin. chaque jour. puis le bras. ni même de boire ou de manger. Tout au fond du trou. une grossetorange. à s’en faire péter le ventre. Ne traînez pas en route. pousse. En haut du morne. tire encore. tout bu à eux tout seuls. à la fin de la journée.Ce soir.. et seulement là-bas. Elle n’a jamais parlé à Persillette de ce qui s’était passé avant sa naissance. juste à côté. Noémie pousse un cri : 25 . elle voit un trou dans le tronc de l’arbre..Yé krik! . dans la forêt. Sans y penser. comme toutes les petites filles. elle y plonge la main. Ah! Persillette. en remonter un autre. qui habite près de chez nous.

elle raconte sa journée à l’école. J’irai chez marraine. Ses parents ne savaient pas comment lui annoncer la nouvelle. Elle replace la boîte et court. Elle est essoufflée. mais n’ayez pas peur. toute droite. Les seules fois où elle a rencontré sa marraine. cellë pour l’école et celle pour la maison.Maman. .Remets ça tout de suite dans son trou! Et elle se sauve. Man Didine pleure. . moi aussi. Persillette promet. maman! Je ne veux pas. maman. prend ses trois robes. Elle ne veut pas quitter ses parents qu’elle aime tant. Arrive le septième jour après les sept ans. voici ce que j’ai promis. Comme celle des chiens morts au bord des cheminé Elle avance vers la case en se bouchant le nez. La vieille femrijf est là. de la marraine. . l’histoire du persil. Ce sont des choses à sorciers et à diables. son linge de nuit ses petites culottes. son cœur bat fort: boum boudoum! boum boudoum! . ne pleurez plus. J 26 .Persillette.. Persillette pleure. maman. . mais ne dit mot de la boîte en or. papa. avec ses yeux rouges. Persillette. tout..Hélas! ma fille. elle aussi. Un peu plus loin. tu sais combien nous t’aimons.Persillette. Elle embrasse bien fort ses parents et part vers le bout du chemin. Et Man Didine raconte à Persillette pourquoi elle s’appelle Persillette. debout. Persillette eu froid dans tout son corps.Oh non. Bientôt arriva l’anniversaire de ses sept ans. la courageuse petite Persillette.Ma fille. . je reviendrai. mais elle ne veut pas rester toute seule en arrière.. tout. Persillette sèche ses yeux la première. maman! . ma fille. Noémie l’a attendue. Pè Jofrèt pleure. celle pour la messe. . sans ça malheur t’arrivera. Elle attache tout ça dans le grand carré de madras de Man Didine. Persillette n’y comprend rien. En arrivant chez Man Didine et Pè Jofrèt. ne ramasse jamais ce qui traîne dans les bois ou sur les chemins.Oui. la vieille femme l’a regardée longtemps. Et ne dis rien à personne. 1 Elle n’est même pas arrivée au fromager qu’elle sent une odeuf abominable.. je trouverai un moyen. il faut nous séparer. L’or surtout.

. La marraine la pousse vers une caisse bourrée de chiffons sales. l’encens. Elle se déshabille. réfléchissait: «Cette marraine est vraiment bizarre. je prends un peu de fraîcheur. Elle sert à Persillette un [ plein coui ** d’un mélange qui sent très. Elle a faim. Elle rentre à la maison. la chandelle. Il faut que je trouve le moyen de filer d’ici sans faire d’ennuis à maman. deux goyaves.Persillette.Son cœur se soulève. .) .. Persillette. auprès de sa marraine. n’as-tu pas sommeil? . Aux poutres sont pendus des oiseaux morts. qu’y a-t-il dans mon coui? De la viande ou du f poisson? ' . sur le seuil de la case. marraine.. ma fille. Persillette vide son coui dans les buissons et part dans la forêt. (C’était du rat et de la chauve-souris. » Le dixième seau rempli. sors et va me chercher dix seaux d’eau à la source. derrière la case. c’est des ignames ou des malan- gas? . La vieille femme plonge une énorme louche dans le canari * posé sur I les trois pierres du foyer. un gros iguane. ma fille. de la bonne viande pour te rendre i forte.) Dès que la marraine rentre dans la case. des pommes-roses. Son ventre cesse de se plaindre.De bonnes racines. La case est toute sombre. elle a faim. (C’était les restes du repas du cochon. * Faitout ** Demi-calebasse servant de plat.Non. Persillette est lasse. Elle ne peut vraiment pas manger ça. pour prendre le frais. Dans un coin. Persillette.Je t’attendais. Maintenant. . viens! Elle fait entrer Persillette. Elle trouve des zikak. pour te faire grossir. très fort.. une tête de squelette la regarde. passe son linge de nuit et vient s’asseoir. devant la porte. se lave bien propre. des crapauds séchés. La pauvrette va s’asseoir sur une pierre. Ça sent les feuilles pourries.Marraine.De la viande. avec la viande. elle cherche. tout en charriant les seaux d’eau.Voici ta couche. . 27 . . Persillette veut se sauver. Tu mangeras après.Marraine. il fait chaud sous les tôles. Pourquoi te bouches-tu le nez? Tu n’aimes pas l’odeur de ton dîner? Allons. les portes sont fermées.

Bien cachée derrière ses chiffons. D’un coup elle se redresse. Elle doit lui apporter le cœur d’un enfant. Alors.. ne veux-tu pas dormir? . s’éteint et. Persillette s’endort. La marraine avait besoin de faire ses affaires. Persillette voit sa marraine se lever. et qui était l’enfant. Elle rentre dans la case. s’envole et file par la fente de la porte. Il lui donnera après. Le lendemain.. Je regarde en haut. marraine.Persillette. Elle voulait faire dormir Persillette. endorme-toi! Persillette. je regarde en bas. . Elle se pose doucement sur le plancher. elle tremble mais veut tout voir. prononce des paroles. La robe de la vieille femme devient toute molle. elle ne peut dormir. je l’ai vu. dans sa caisse. il fait trop chaud dans la case. un bruit l’a réveillée.Je l’ai vu. Persillette est terrorisée. .. je ne m’endorme pas. il se passe de drôles de choses. La vieille femme est debout. et s’endort. se couche sur son tas de chiffons.Il y a longtemps qu’aucun enfant n’est mort dans la corn* mune. . dans le ciel. une grosse boule de feu! . boit le liquide et tombe par terre. je ne vois personne. épuisée. . sa peau elle-même se détache de son corps et reste par terre.Il va sucer le sang. Ce . la boule de feu revient. piquer les gens.. endorme-toi! Persillette répond en chantant : . Alors s’élève une boule de feu qui tournoie.Persillette. Elle se met à chanter : . Sur le plancher. bim! Persillette fait semblant de dormir.Peut-être le soukounyan a fait une promesse au Diable.Papa m’a expliqué.. .Mais qui est-ce? Comment on peut faire ça? . son sang s’était glacé.Non. tous les enfants parlent d’un soukou- nyan *.. Elle venait de comprendre qui était le soukounyan.Persillette. elle remplit un poban avec un liquide rouge. marraine. c’est une personne « engagée » avec te Diable. bientôt. . Que va-t-il se passer maintenant? Vers 3 heures du matin. Persillette ne disait rien. roule vers la peau restée à terre.Non. endorme-toi! Persillette endorme-toi! Les yeux de Persillette se ferment. à l’école. elle fait de grands gestes.

Sur le chemin du retour. s’il venait voler nos cœurs! Rentrée chez s i marraine. Elle saute de sa caisse et fouille la case. Elle remue des pommades. Le repas préparé par la vieille femme sent encore plus mauvais que celui d’hier. le vide dans sa bouche et récite : .. vertes. ... il y a longtemps. il s’est caché dehors. quand même! Il n’y a pas moyen de l’attraper? . Persillette! Réveille-toi! . La marraine lève le poban. Il a prononcé des paroles. longtemps. j ’ai peur. des poudres jaunes. Ce soir. Elle ouvre un œil. bien sûr.Wadika! Wadiko! La griffe du Malin est la dent du vilain. Elle mange un petit morceau de pain sec que lui a donné Noémie. se tranforme en boule de feu et s’envole dans le ciel. Les paroles du soukounyan quand il se transforme. Les yeux de Persillette se fer­ ment.. Personne ne les connaît. La vieille femme reste longtemps dehors. Elle s’endort Attention. Elle va chercher de l’eau. elle n’a pas tellement bien étudié à l’école.La nuit. donne à manger au cochon. mais il y a tellement de pots. Elle n’a qu’une pièce. Persillette fait son travail comme si de rien n’était. Persillette a entendu. perd sa peau.Yé krak! Blink! fait la bouteille en heurtant le poban. vole.jour-là. bien décidée à ne pas laisser prendre son cœur. n Persillette a bien écouté. Quand le soleil s’est montré le soukounyan est tombé. . Le soukounyan est passé au-dessus de lui. elle ne veut pas s’endormir... longtemps. Persillette. mais il faut connaître. bien retenu.C’est ça le secret. faites que je vole! Elle tombe par terre. a tracé une croix par terre et a planté en plein milieu une paire de ciseaux. balaie devant la porte..Si. pour veiller à la croisée des chemins.Quelles paroles il a dites? . bien entendu. perd sa robe.Et comment est-ce qu’il a fait? . n’est pas grande. Elle attend. elle questionne Noémie : . de bouteilles et de barils. Mon Tonton m’a raconté qu’il connaissait un homme qui avait réussi.Cette histoire de soukounyan. de boîtes.Yé krik! . Elle cherchait comment échapper à sa marraine. On a juste trouvé un paquet de viande brûlée.. 29 . Wadika! Wadiko! Vole. elle le jette et va se coucher.

qui court. . toc! ouvrez! . des feuilles séchées. un diable paraît. flap! la voilà dehors. ouvrez! . le vampi­ risme. En faisant vite.Mon Dieu Seigneur la Vierge Marie Joachim Sainte-Anne! Persillette! Un malheur est arrivé? . fait le signe de la croix et asperge le Diable eir criant : . elle aura lé temps de revenir avant sa marraine. on dirait de la peau d’homme. en bas. violettes. elle trouve un petit rouleau attaché par un ruban.Qui ça.Yé krik! . quel papier? D’abord ce n’est pas du papier. Persillette. en chemise. elle lui ôtera lê^ cœur des entrailles et l’offrira à Belzébuth. maman.Moi. rouges comme du sang. votre fille. tout au fond. Persillette voudrait comprendre ce qui est écrit. elle empoigne sa bouteille' d’eau bénite. mais elle ne sait pas lire.Qui frappe ainsi la nuit? Qui est là? . prince des ténèbres. j . toute la case tremble. ma fille. cherche. des os. .Un papier. Elle détache le nœud. Il lit : \ « Au troisième jour de la pleine lune du mois de novembre. l’engagée reçoit d’ores et déjà à la signature du présent pacte. à ce que tu ne^ connais pas.Va-t’en. pieds nus. Vous voyez qu’il faut étudier à l’école.. les feuilles de tôle s’agitent sur le toit. serrant le rouleau dans son poing. l’engagée soussignée sacrifiera une petite fille.N’aie pas peur.. Persillette cherche. Man Didine ne lait ni une ni deux. | Pè Jofrèt a déjà chaussé ses lunettes. Je veux savoir ce qui est écrit. c’est juste un papier que j ’ai trouvé chez marraine. deux signatures. moi? . A peine ce dernier mot prononcé.C’est moi. Sur une peau jaune. à la porte. des lettres noires. Ne touche pas. Là. Flip.Yé krak! Persillette réfléchit et se décide : elle va demander à ses parents de lire pour elle l’écriture mystérieuse. En échange.Toc. le cinquième pouvoir des forces de l’enfer. et. petits fainéants 1 . elle soulève le matelas. tout noir et tout nu. Satan. un grand vent se met à souffler. au feu étemel! j 30 .rouges.

je dois rentrer chez ma parraine. Et une barrière de feu s’élève devant Persillette.Il n’est pas à moi. \ Elle jette Persillette sur la table et lève son grand couteau. Et là. se tient la tête à deux mains. bien éveillée. un homme n’est pas haut comme un cocotier. le Diable. Près du fromager. .Monsieur le Diable. un homme n’a pas les pieds fourchus comme un âne. . un homme n’a pas les yeux comme des braises rouges. Le Diable l’attendait Persillette essaie de faire comme si elle ne le voit pas et tente de se glisser à côté. elle voit quelqu’un. Il avait entendu son nom. Le feu. Le Diable barre tout le chemin. Persillette se serre contre sa maman. Comment m’en sortir? » Elle . marraine! La vieille femme l’attrape par les cheveux. Tout le monde tremble chez Man Didine. Le feu l’entoure. misérable! Me vais te tuer tout de suite. Le Diable s’avance pour saisir le rouleau. Elle doit pourtant partir» il est presque minuit. Tu as pris mon «engagement». Je mettrai ton cœur à confire dans un l bocal de sang de crapaud. .Donne-moi ce parchemin. il était venu. . Je l’offrirai au Diable à la pleine luue. Persillette se dit : « Je suis prise.Si tu ne me le donnes pas.Bonsoir. | Persillette n’est pas d’accord. qu’est-ce qu’elle voit? Malheur! Devant la case. La pauvrette recule. laissez-moi passer. s’il vous plaît. Ay! Persillette. tout disparaît. Elle ne va pas se laisser tuer comme 31 . Elle s’approche et s’aperçoit alors qu’elle n’a pas affaire à un chrétien vivant . un homme n’a pas de cornes comme un boeuf. tu ne passeras pas. Le Diable disparaît. s’approche : . Où l’as-tu caché. qu’as-tu fais? Que va-t-il t’arriver mainte­ nant? . bien debout. Elle jette le pacte dans les flammes. wap! .Persillette peut enfin passer le fromager. . Pè Jofrèt. Persillette veut courir.Yé krak! .Où étais-tu à cette heure de la nuit? Tu as fouillé sous mon f lit. au beau mitan du chemin.Yé krik! . la vieille femme l’attend. Elle referme le petit rouleau avec son ruban et sort dans la nuit. tombé assis sur son lit.

. cours. Elle est là. Elle se tortille. Persillette aperçoit une lumière. va te cacher.Wadika! Wadiko! Soukounyan. la forêt gronde. arracher son cœur. Elle ! tombe. dans tout son j corps. Elle a de plus en plusmal. \ Persillette réagit : | . Persillette est précipitée dans un gouffre. j La terre se fend. la forêt se calmera. soukounyan. les acacias tremblotent. les bambous claquent. elle 1 n’étouffera plus. tout ■ recommence. la vengeance du soukou- nyan est terrible! Soudain. tourne. les gommiers gémissent. elle. elle tourne. « Mon. la tête en haut. tu ne m’auras pas! f Le soukounyan crie sa rage.Rien à foire. il se précipitera sur elle pour sucer son sang. glisse au bas de la table.. v Courir ne sert à rien. Tombe.Retire le couteau! Retire le couteau! D’où vient cette voix? N’est-ce pas le soukounyan qui veut la tromper? Le couteau retiré. ses boyaux font des nœuds dans son ventre. Le soukounyan hurle. . tout près. sa gorge est bouchée.ça. devante 32 . Sa tête s’arrête de tourner. se libère en laissant quelques cheveux dans la main de la vieille femme. Toute la forêt s'agite.. ne peut plus respirer.Flap! j Tout bruit s’arrête. Alors. bondit vers la porte et disparaît dans la forêt. j Non. Dieu Seigneur la Vierge Marie! » Elle n’en peut plus. Persillette! Non! I Persillette recule. la tête en bas. Elle trace par terre une croix. | Persillette résiste. Persillette sent que. une lumière rouge qui fonce vers elle. il faut se battre. Elle avance? de nouveau la main vers le couteau. tu dois tomber! j Et voilà le soukounyan qui tourne autour de sa tête avec un I bruit de cyclone. et crie : . il se fait une grande lumière^ et la bête à sept têtes apparaît. C'est la boule de feu! Persillette s’arrête. Cours. i tombe. plante le couteau en plein mitan. Persillette. lui arrache le couteau. elle va mourir! Une petite voix lui dit : . je suis ton maître. Elle dit tant pis. retombe sur ses pieds.Retire le couteau! Retire le couteau! C’est vrai. si elle retire le couteau. Elle avance la main vers lecouteau.. Persillette.

Elle entend toujours : .. pour gagner contre le Diable. et. piquée. A droite. retombe et. ses yeux pleurent. à gauche. contre la bête à Man Ibè. abandonnée comme une robe sale. noircie. Elle Pavait bien mérité. Les diables. les diables. Persillette mettait le feu à la maison du Diable et était délivrée pour de bon. la vaillante petite négresse9. près. C’est le jour! Persillette est épuisée. Elle a gagné la ba­ taille. la forêt redevient tranquille. La forêt grouille de diables. crachant le feu par ses sept gueules. comme des mangoustes dans une pièce de canne abandonnée.» Le conte n’était pas fini. en bas. Man Didine et Pè Jofrèt. la course du soukounyan se ralentit. Chez la marraine. Elle s’est battue une nouvelle nuit contre les esprits.. puante. mordue. on retrouva la peau de la vieille femme. encore plus vite. encore plus près. droite comme un piquet. se relève. volant de travers comme un homme plein de rhum. Il s’éloigne de Persillette.Persillette. Il tombe. tout son corps lui fait mal. sur le plancher de la case. les dragons. Le soleil allume la cime des arbres. elle étouffe. tout près. Elle se trouvait dans le tronc du manguier. pincée. Le soukounyan tourne autour d’elle. là où Persillette avait découvert la boîte en or. son corps est comme frotté au piment. . Bientôt. les monstres disparaissent.. Persillette put retourner chez ses parents. Persillette est brûlée. en Pair. Persillette est soulevée de terre.Retire le couteau! Retire le couteau! Elle tient bon. devait détruire sa niche. Elle peut maintenant retirer le couteau. A la fin. les ^dragons. arrivent les monstres. Persillette. Elle se lève et marche jusqu’à Pendroit où est tombé le soukou­ nyan : elle trouve un paquet de viande brûlée. derrière. blip! s’éteint. décidée à se battre jusqu’au bout. Vite. plus vite.

Cette*) forêt de bâtons était une bénédiction pour les enfants qui allaient y remplir leur ventre.G. Même les cocotiers. ce n'est pas que les enfants quadeloupéens fassent en « dessin libre» des maisons avec des cheminées fumant et girouette. le temps du terrible cyclone qui a ravagé la Guadeloupe. tous les tombés à terre lors de la bourrasque nous nourrissaient. Chapitre II Asi chiraen zckôlyé Sur le chemin de l’êcole Ce qui est aberrant. Les cannes avaient perdu leurÉ «zanm a» (feuilles). Le maire organisa dd distributions. Gérard L a u r ie t t e . avait résisté au vent. de la 34 . » corrossols jonchaient le sol. La nôtre.E. Très vite. les bananes. ils ont pourri. et les vivres ont manqué. seules leurs tiges restaient plantées. mangues.P. fruits à pain. Le toit en tôle de notre maison. avait été emporté. Philosophie de l’enseignement \ des écoles A. les bananiers rampaient à terre j comme des lianes de patate douce. c'est qu’ils fassent toujours des profils de tête avec des nez droits et longs. en « bois-de-nord » très solide. abattus coupaient les chemins. Chaque famille avait droit à du riz. les arbres à pain avaient été déracinés. 1928. les fruits à pain. Une chance car la plupart des cases du village étaient complètement par terre. Partout dans le pays. la désolation. des lèvres petites et des mentons pointus. Les premiers jours. de l’huile. une grande case de quatre pièces avec galerie. protégée par des bardeaux. Les arbres. l’année où je suis entrée à l’école.

et je suis allée là pour préparer mon certificat d’études: D’autres élèves. une de chaque côté. Lorsque tu y es entrée tard. avec des fenêtres à jalousie. deux portes derrière. Pourquoi m’avait-on choisie? Peut-être simplement une question de mois : j ’allais avoir quatorze ans au mois de novembre. Et toi. en 1919.. sa robe déchirée dans le combat. Ta mère. Tu n’as pu en sucer tout le jus ni vivre la fraternité avec les autres enfants. pouvait revenir à 6 heures du soir sans une miette de morue ni un grain de riz. 35 . beaucoup plus grande. et la maîtresse se tenait au milieu. Tous lès enfants des environs venaient dans cette école du haut Carangaise. ton âge te rattrape. j’avais neuf ans. On avait ôté lâ cloison pour faire une seule pièce au lieu de deux. que tu respires. signalait une vieille case en bois que la commune avait louée pour ouvrir cette école. un toit de tôle qui chauffait comme un four sous le soleil et résonnait comme un tambour sous la pluie. Mes souvenirs d’école m’apparaissent comme dans un brouil­ lard. * Arbre qui produit des grappes de petites prunes jaunes parfumées qui sont très appréciées pour les faire macérer dans du rhum. s’occupant des deux niveaux. Une petite case ordinaire. on construisit une école neuve. Pour vivre l’école. ma première école. Une allée étroite séparait les petits des plus grands.. la vie reprit normalement. et il fallait attendre la place d’un qui sortait ou qu’on renvoyait parce qu’il rétait trop âgé. Ma famille aurait bien voulu m’y envoyer plus tôt. restèrent dans l’école du haut. L’année suivante. avec seulement. Un grand pied de mombin * resté debout au bord du chemin. Il fallait aller au bourg avec un bon. Pour moi. nous empêchant d’entendre les paroles de la maîtresse. et à neuf ans ce n’est pas de bonne heure. Petit à petit. partie à 5 heures du matin. à me jalouser. nées. toute petite. deux portes devant. Les gens reconstrui­ saient les maisons et replantaient. Peu après le passage du cyclone. en bas. la marche n’était pas bien longue. je suis entrée à l’école. comme moi. mais l’école était petite. Elles se mirent à me détester. morue. l’école ne peut t’avoir laissé des souvenirs bien nets. et que tu en es sortie tôt. même si elle criait. la case de mes parents se trouvait tout à côté. en prime. pendant ce temps. l’odeur de l’école dans la maison. il faut que tes frères et sœurs aînés s’y intéressent.

Ils ne pouvaient pas faire les dépenses et préféraient garder des bras à la maison. En 1930. envoyez- le à l’école. Certains parents comprenaient qu’apprendre à l’école pouvait servir à quelque chose. à changer de condition. Quand. Plus tard. Elle venait avertir la maîtresse : «Vous ne verrez plus la petite. De leur temps. Elle profite de moi parce que je suis malade et ne vais pas î l’école. madame. Elle lait semblant de travailler. tu n’y allais pas. On n’en faisait pas une histoire comme aujourd’hui.Cest dommage. chez moi. veux-tu la remplacer? Ma mère avait-elle quelque idée en tête? Comprenait-elle l’importance de l’école? Elle me défendait car ma sœur Lise n’acceptait pas toujours de bon cœur d’accomplir ma tâche tandis que j ’ëtudiais. Beaucoup de personnes de mon âge reprochent maintenant à leurs parents : . il peut réussir. Lise. et Lise. j ’apprenais à lire dans le « premier livret ». tu préférais me faire nettoyer la maison. le manioc. Ta mère avait besoin de toi pour travailler au champ. faire ses devoirs. manquait souvent la classe. je ne pouvais échapper aux corvées ménagères. petite. aucune importance. Dé . je cachais ma fainéantise sous le prétexte dés leçons.Laissez Léonora apprendre tranquillement ses leçons.» C’était tout. il deviendra un monsieur. ne le gardez pas avec vous. ma mère disait : . . les choses avaient commencé à changer. pour garder un petit frère. Les maîtres disaient aux parents des enfants intelligents .Je ne sais ni lire ni écrire. tu manquais la classe. ni beaucoup d’enfants dans les écoles. à entrer dans une situation. Pas de problèmes non plus quand tu étais absent. elle va maintenant m’aider. m’occuper des petits. de santé fragile. ça me fait de la peine. il n’y avait pas beaucoup d’écoles à la campagne. à évoluer. plutôt que de m’envoyer à l’école. Eux-mêmes ne connaissaient que la canne. mes leçons devenant plus importantes. « Léonora est une fainéante. Tu y allais. c’est de ta faute. Isidore est très capable. » Effectivement. D’ailleurs. la misère. Ni mon père ni ma mère notaient allés à l’école. les parents n’étaient pas très chauds pour donner de l’instruction à leurs enfants.

tous mes frères et sœurs, je suis la seule à être arrivée aussi loin à
l’école. J’étais la dernière-née. Eux n’ont suivi chacun qu'un ou
: deux ans d’écolage.
Deux mois avant l’examen du certificat d’études, plus question
j pour moi d’aller chercher l’eau à la source ni de mettre le manger
i sur le feu. En plus du café clairet que je prenais chaque matin
avec de la cassave, ma mère me donnait un grand bol de lait, et,
le dimanche, après mon père, le deuxième meilleur morceau de
viande, la moelle de bœuf, était pour moi. Il fallait me fortifier,
«nourrir ma cervelle» avec des escargots, des écrevisses, du
chodo, avec toutes ces bonnes choses réservées d ’habitude aux
jours de mariage, de communion ou de baptême.
La classe commençait à 7 h 30. Dès que I aiguille de l’horloge
■ montait vers 8 heures, tu restais dehors, punie, mise au soleil
parce qu’avant de partir tu avais dû aller chercher de l’eau,
accomplir toutes tes tâches de la maison. Je ne me suis jamais
trouvée en retard. Une chance, car les coups pleuvaient et c’était
terrible de rester toute une matinée agenouillée au soleil.
• De mon temps, les maîtres et maîtresses d ’école étaient de
vrais dictateurs et nous terrorisaient. Il fallait leur demander la
| permission pour tout. Si tu avais envie d’aller aux cabinets, tu
devais attendre qu’un élève rentre pour sortir à ton tour. Jamais
i deux dehors en même temps. Des fois, quand l’autre prenait tdut
\ son temps, tu ne pouvais te retenir et, à ta grande honte, tu faisais
sous toi. Tu prenais la volée.

I La première année, je n’étais pas tellement intéressée par ce qui
se passait dans les salles de classe. La maîtresse ne parlait pas ma
langue, le créole, je ne pouvais rien dire, rien discuter, rien faire.
Et j ’avais peur, peur des coups. Mfe Clairon était renommée pour
• avoir inventé cette méthode de correction des fautes : autant de
: fautes, autant de coups de bâton, sur le plat de la main, ou sur les
, os du poing fermé. Et pas question de se plaindre à la maison. Les
• parents eux-mêmes, en menant leurs enfants à l’école, les con­
fiaient à la maîtresse en disant r
- Voici mon enfant. S’il ne vous obéit pas, s’il n’apprend pas
. correctement, battez-le. S’il résiste, dites-le-moi, il en prendra
■ encore avec moi.
Personne n’avait envie de raconter le soir que la maîtresse
vous avait battue dans la journée. Aujourd’hui, la mode a
J changé : des parents viennent insulter le maître s’il a touché un
37

enfant. Il arrivait aussi à une mère de famille de séparer deux
enfants qui se battaient en donnant à chacun, le sien et l’autre,
une gifle ou un coup de ceinture de cuir. Tout le monde trouvait
ça normal et la félicitait. L’autre jour, j ’ai assisté à une empoi­
gnade entre un père, qui avait ainsi mis fin à un combat de
gosses, et la mère du deuxième enfant. Elle hurlait :
- Vous n’avez pas honte, cogner sur un enfant qui n ’est pas à
vous! Ça ne se fait plus! Je vais vous citer devant le tribunal, ça
ira loin, la loi vous condamnera. Personne n’a le droit de toucher
à mon enfant, personne!
Et des scènes pareilles se voient aujourd’hui à la porte des
écoles! Tant que j’y suis restée, je n’ai jamais entendu personne
dire un mot de travers à la maîtresse, ou même demander une
explication. C’était un « Bonjour, monsieur! », « Bonjour, made­
moiselle! » vite fait quand on les croisait sur le chemin. Aucun
échange de paroles, mais il valait mieux ne pas oublier le salut. H
me semble qu’il existait un respect, une sorte de sentiment que la
maîtresse était différente de nous, plus grande, d’une autre
espèce. Enfant, je me demandais si tout le monde, les maîtresses,
les prêtres, les religieuses, les gendarmes, faisaient pipi, caca, s’ils
mangeaient les mêmes choses que nous, s’ils avaient des gens
pour faire leur toilette. Partout, ils se montraient supérieurs à
nous, aux gens que nous connaissions. Quand un prêtre ou une
bonne sœur étaient annoncés dans le village, c’était un événe­
ment. Il fallait se tenir sage, ne pas courir, ne pas crier, ne pas
rire, seulement leur sourire bien gentiment. Avec leur grande
robe noire, leur capote blanche serrée à la tête et descendant sur
les épaules, c’était le Bon Dieu qui s’avancait.
Il n’y avait pas alors, comme aujourd’hui, un tas de Blancs qui
faisaient la classe, mais les instituteurs n’étaient pas vraiment
noirs noirs. J’ai d’abord eu comme maîtresse une mulâtresse, MBe
Clairon, puis une chabine ]0, blanche comme un de nos petits
Blancs-pays *. On l’appelait « la chatte ». Elle parlait petit, petit...
Sa voix sortait comme un petit filet d’eau. Après la mulâtresse et
la chabine, ce fut un mulâtre à gros ventre, M. Petibas. Je n’en ai
pas connu d’autres. Les maîtres ne changeaient pas tout le temps.
Maintenant, c’est un vrai défilé.

* Blanc-pays, ou encore Blanc-créole, Blanc né aux Antilles par opposi­
tion au Blanc né en France et dénommé métropolitain.

38

Pour entrer en classe, pour aller en récréation, pour sortir, il
fallait se mettre en rang et chanter. Une, deux, une, deux, la
compagnie des pieds nus s’avançait. A l’école du haut, seules
deux ou trois paires de pieds chaussés se remarquaient. Chez les
grands, le nombre des pieds souliétés augmentait. Les parents qui
le pouvaient achetaient une paire de chaussures à bon marché.
Chez nous, nous portions des souliers seulement pour la grande
rentrée. Après, ils étaient rangés et ne servaient que lors de
circonstances particulières : la messe le dimanche, les enterre­
ments, les fêtes de la commune aussi. Ils devaient rester lisses et
brillants, comme neufs, pendant longtemps. Pas question d’ache­
ter deux paires, et là même paire ne pouvait servir pour aller à
l’école. Même pour descendre à la messe nous portions tous,
petits comme grands, nos souliers à la main ou sur l’épaule,
attachés par les lacets, pendant l’un devant, l’autre derrière.
Arrivés à la source du Pérou, proche de l’église, nous choisissions
un petit coin pour nous laver les pieds et enfiler nos chaussures.
Une paire, bien soignée, durait un an, deux ans. Il faut dire que
les souliers étaient plus solides que ceux d’aujourd’hui, qui ne
valent rien. Pourtant, plus question d’envoyer tes enfants à
l’école pieds nus. Est-ce l’école qui oblige les parents ou ceux-ci
qui se font une obligation, je ne sais pas, mais il te faut trouver
quelque chose pour habiller tous les pieds de la famille. Mes
enfants ont porté toutes les catégories possibles de cache-pieds :
chaussures fermées, sandales, « mika », « pépa ». Même si tu « ne
peux pas », si tu n’as pas un sou, tu peux quand même offrir à tes
enfants des «pépa», les sandales les moins chères de toutes.
«Pépa»: je ne peux pas acheter de vrais souliers, voilà d’où
vient ce nom.
Tu chausses, tu habilles tes enfants selon ta situation. C’est
d’après la tête que tu tailles le corsage. En principe, car mainte­
nant ce sont les enfants qui prennent le commandement. J’ai
beau dire à ma fille, qui est en seconde :
- Garde cette belle robe pour aller à la messe.
- Non, maman, quelle affaire de mettre des robes en réserve.
Pour moi, la messe, l’école, c’est pareil. Je veux me faire belle
quand ça me plaît.
Elle exagère, une robe le matin, une autre l’après-midi! Quant
aux souliers! Ce sont les enfants qui décident du modèle. Ils
veulent celui-ci, iis ne veulent pas celui-là. A vous de vous
39

arranger avec le prix. C’est la révolution des enfants. Et les
parents qui laissent aller, qui suivent. L’enfant demande, ils
donnent, ils ne savent plus dire non. A voir ces fillettes bien
pomponnées dans leur robe neuve courir au lycée sur leurs hauts
talons, on se demande ce que leurs parents les envoient chercher,
de l'instruction ou un homme? Peut-être qu’ils ne pensent pas à
mal et sont seulement fiers d’un enfant coquet et propre. Et
peut-être aussi que ces petites jeunesses aiment parader devant,
les copains et copines, montrer par leurs habits qu’elles sont d’un7
grade supérieur, qu’elles peuvent se permettre trois, quatre robes
dans la même semaine, fréquenter des endroits où d’autres ne
vont pas. Celles qui ne possèdent que deux, trois robes pour toute
l’année les lavent, les réparent, les repassent avec soin, sont
affectées. Elles ont ou des parents plus pauvres, ou des parents
plus fermes : « Je peux te donner tant, je te donnerai tant. » Je
suis d’accord pour qu’une fille cherche à se rendre toujours plus
belle, fasse attention à sa toilette, mais il ne faut pas exagérer ni
chercher à humilier ceux qui n’ont pas les mêmes moyens.
Dans ma classe, seuls trois élèves venaient souliétés. Une
petite demoiselle mulâtresse et deux Indiens11 du haut Carangai-
se. Ils étaient élevés comme ça, des chaussures aux pieds en toute
occasion. Le jeudi, nous descendions en bande à l’instruction
religieuse, au bourg. Tous nu-pieds, c’était la règle. Nos amis
indiens et Florinette, la mulâtresse, devaient s’y soumettre. Ils se
déchaussaient, cachaient leurs souliers dans un champ de canne
pour les reprendre au retour et rentrer chez leurs parents comme
ils en étaient partis.
Au retour, nous cueillions sur le bord de la route toutes sortes
de fruits : goyaves, pommes surettes, pommes malaca, mangions
de la canne, des abricots. Au sommet du Morne Manbo habitait
une très vieille femme très très propre. Je ne me souviens plus de-
son nom, mais vois encore son lit, une « couche montée » très
haute, recouverte de draps en sacs de «farine France». Sa
vaisselle brillait comme le soleil. Nous faisions halte chez elle
pour boire de l’eau avant de rentrer chez nos parents, le ventre
« doudoumso », la peau tendue comme celle d’un tambour.
La cantine n’existait pas. A midi, les écoliers faisaient réchauf- -
fer leur marmite. Florinette, un peu aristocrate, n’aimait pas se i
montrer avec une gamelle. Elle demandait à l’une d’entre nous de ­
là porter en disant : ^
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- Restez avec moi, je vous donnerai ma part.
De sa grosse gamelle, elle sortait des ignames avec de la viande
en sauce, de la salade de choux. Quand il y avait des écrevisses,
sa mère lui avait réservé trois ou quatre beaux « rois-sous » avec
des bananes jaunes. Jamais de fruit à pain, qui se refroidit trop
vite, mais des maiangas, madères, adô...
Nous, nos parents ne pouvaient nous donner qu’un peu de café
clair et une cassave, le matin avant de partir, et, comme repas de
midi, un morceau de pain à l’huile, un bout de fruit à pain rôti.
Florinette nous laissait sa gamelle. Elle disait avoir déjà tellement
mangé de viande qu’elle en était écœurée. Elle voulait du pain
avec une mesure d’huile à l’intérieur, comme les autres. Elle
courait à un petit lolo 12 près de l’école pour en acheter.
Avant de partir pour l’école, elle avait déjà, nous racontait-elle,
mangé du pain et bu du lait. Sa sœur et elle pouvaient acheter
tout ce qu’elles voulaient dans plusieurs boutiques où leur papa
avait ouvert un crédit. Elles en profitaient pour prendre plein de
bonnes choses. Florinette partageait avec nous : jambon, saucis­
son, tout ce que nos parents ne pouvaient nous offrir. Elle
grignotait une bouchée par-ci, par-là, elle n’avait plus faim, elle
avait trop mangé chez elle. , ,
Quant à mes amis indiens, ils n’appartenaient pas à la catégorie
des Indiens pauvres, méprisés, qui vivaient sur l’habitation. Le
,père était géreur, la mère tenait une boutique, et les enfants nousi
en faisaient tous profiter. Presque chaque jour, ils nous appor­
taient du « manger France » : fromage, bèurré blanc étalé sur du
pain massif, des « douceurs » aussi, pipilit, bonbons moussache,
doucelettes, sucres à coco, popotes à fruit à pain, et surtout ces
bonbons enveloppés à la menthe, au citron... Ils dévalisaient la
boutique pour gaver leurs amis. Ainsi, ils s’en faisaient beaucoup,
des amis. Nous, enfants de travailleurs agricoles, qui n’avions
rien, allions toujours à leur rencontre. Je ne veux pas dire qu’ils
empêchaient les méchancetés habituelles contre les Indiens en
remplissant nos bouches car, de toute façon, nous les aimions
bien.
Pourtant, les Indiens étaient mal considérés dans la commune,
-mais ceux-ci habitaient sur la hauteur, sur la même rangée que les
«gwokyap» de Nègres (Nègres riches), comme les Bolo. Ils
s’entendaient bien et se fréquentaient. Les vrais Indiens, déshé­
rités, ceux qu’on appelait « kouli Malaba », «Teïta», travail­
41

laient et vivaient sur l’habitation, à Cambrefort et à Changi.
Quand ils sont rassemblés en grand nombre dans un endroit, ça
fait toujours des histoires.
Pour le « Maliémen lî », leur grande fête religieuse, les Indiens
invitaient tout le monde, sans distinction de peau, à partager le
Colombo de cabri servi sur des feuilles de bananier. Quand la
Toussaint approchait, les Indiens organisaient leurs danses sur
l’habitation. Je trouvais ça beau et comique à la fois, comme le
carnaval. Près de la maison du géreur, ils accrochaient longtemps
à l’avance leur drapeau dans un manguier. Le jour venu, les
Indiens débarquaient de partout, des gens, des gens, comme pour
une manifestation. Tous les Nègres qui le voulaient étaient
invités aussi. Il y avait à manger pour tous : colombo de cabn,
moltani, du riz à volonté, tout ça avec tellement de piment!
Maman! Du feu! Ils dansaient toute la nuit. J’aimais les regarder
dans leurs magnifiques costumes de toutes les couleurs, qui
brillent. Ils ressemblent à des soleils avec leur immense coiffure
en rond pleine de petits morceaux de miroir. A minuit, on allait
chercher Maldévilen. Maldévilen, un homme qui était resté
enfermé dans une case une pleine semaine, sans voir personne,
sans rien manger. Les chanteurs, les tambours, les cymbales se ■
taisaient. Les gens chuchotaient : « Maldévilen arrive. » Il s avan-
çait, éclairé par des porteurs de flambeaux. Son costume était i
tout de lumière. Il entrait dans la ronde et dansait, tournait, ’
tournait. A un moment, on lui apportait un coq blanc. Il portait
le cou de la bête à sa bouche et, d’un coup de dent sec, le coupait
et buvait le sang. Ça, je n’aimais pas trop.
Je suis entrée un jour dans la maison de mes amis. Une de
leurs sœurs était morte en couches. Beaucoup de monde se
pressait autour de la défunte. Je fus très déconcertée. Je ne
comprenais rien aux lamentations. Je ne pouvais dire si la mère j
pleurait, chantait ou riait j
- Viktorin, pitit an mwen! Han, - Victorine, mon enfant! Hay,
han, ay manman! hay, maman! æ

Elle se balançait d’avant en arrière. J
- Ay manman, ay manman!
Mais pas une goutte d’eau ne sortait de ses yeux.
J
1
- Tu es morte, où tu vas tu seras heureuse, je n'ai plus de soucm
à me faire pour toi... j
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on t’enseigne le français grammatical : propositions relatives. elle prétendait : . 43 . Sa mère vint lui apporter de l’eau. par exemple. un seul micmac. Petit à petit. il était gentil avec tous. II y avait encore Daniel Feltan. quand dire « vous ». indicatif. c’était une autre affaire! Moi. elle parlait en chantant. Pour une naissance. des biscuits. Personne était là pour corriger nos fautes. Bouche toujours pointue. l’orthographe. mal. au contraire. ils pleurent : un nouveau-né. Au début.. toutes sortes de bonnes choses. Un peu mou. à leur arrivée à l’école. le Diable et ses cornes. Les maîtres la firent s’en retourner avec son panier. Elle parlait. elle se fit punir pour je ne sais quoi. Tu pouvais faire une dictée sans fautes. Nos trois amis étaient à peu près les seuls de la classe à parler le français chez eux. subordonnées. le créole était interdit. et on dit que je lis bien. élevé dans du coton. subjonctif. Bravo. Seuls les maîtres. la grammaire. du pain. Un soir. Pour expli­ quer les mots. pour s’adresser à la maîtresse. une bouche de plus à nourrir. seul le français existait. mais est-ce que je comprends ce qui se passe dans le texte? J ’ai souvent récité sans savoir ce que je récitais.Je ne comprends pas le créole. la petite demoiselle Billon. La plupart d’entre nous. mais le parler. Tu devais parler le français. tu ne comprenais rien aux paroles de la maîtresse. en riant. mais va essayer de parler. parce que dans la cour de récréation on n’entendait guère le français voler. ne connais­ saient pas un mot de français. On m’a expliqué après que c’est ainsi que les Indiens célèbrent la mort. Je me demande de quelle langue il s’agissait! Nous n’étions vraiment pas dans le sens de la grammaire. discutant en « français ». Une autre était différente de nous. bien. En classe. dont le père était boulanger et la mère institutrice. 10! J’avais appris par cœur des mots à la queue leu leu. de son air hautain. quand dire «tu». puisque nous ne parlions pas par routine. en te décrochant la mâchoire à coups de roche. J’étais prise d’un fou rire J’ai dû sortir de la case. tu apprenais à lire en fiançais. de la langue. un petit mulâtre « palo » (falot). Selon nous!. les prêtres. Dans leur école. Entre camarades.. par habitude^ mais seulement obligés. Bien sûr. on faisait les fiers. tu ne sauras pas où placer tes mots. Nous le faisions parler créole. A l’école. je ne faisais guère de fautes.

Enfant. On ne s’intéressait pas aux mêmes choses. Ils crochetaient un bout de fil de fer pour conduire la roue et déboulaient sur la route dans un bruit de ferraille. un doigt se mettait à saigner. Les filles préféraient des jeux plus calmes : sauter à la corde avec des lianes de mahault. ils plantaient. Les toupies étaient sculptées au couteau. Tous attendaient : est-ce que la toupie allait ronfler fort et longtemps? Se tenir bien en équilibre? Il valait mieux s’écarter du lanceur. Pendant ce temps.les religieuses. Nos enfants. et. On n’avait pal de «poupée magasin». on pouvait aller s’amuser où l’on voulait. les polissaient avec un morceau de bouteille cassée. H en fallait des voyages avant que les barils et les chaudières (chaudrons) soient remplis! Corvée de bois pour faire cuire le manger de toute la journée. Enrouler la ficelle autour de la tête prenait du temps. c’était dangereux : s’il ratait son coup. mais. on avait intérêt à courir chez soi. Ils chipaient les cercles de fer de tous les barils de viande salée ou de biscuits qu’ils rencontraient. Cette langue était beaucoup moins répandue que maintenant. la toupie pouvait vous arriver sur le nez. Celui qui rapportait le plus gros fagot était félicité. organisaient des cour­ ses. et on les habillait : chaussures ^ 44 J . bien au milieu* un clou à la tête ronde dans la pointe. mais la qualité aussi comptait. qui tient le feu longtemps. La journée nous appartenait. et pour la fabrication et pour le coup de fouet. même à Noël. pas d’école. s’arrêtaient pour jouer au « kristal » (billes) M. les garçons partaient d’un côté. Avant. bien sûr. Souvent. Les garçons étaient toujours d’accord pour aller à la boutique. et pas du « bois de Négresse » ou du bois de canne brûlée. je n’ai pas le souvenir d’avoir connu une seule grande personne qui sache le français. A la fin. les filles de l’autre. Les garçons les grattaient. la maman attendait ses commissions. Il y avait des champions. ou un coup de fouet vous cingler les mollets. Après le balayage. jouer à la « popote ». qui flambent bien. Ils se rencontraient en chemin. souvent. Il fallait du bon. bien rondes avec une petite tête. La toupie n’était pas non plus un jeu de filles. Le jeudi. dans du bois très dur. mais trop vite. en toile. on les fabriquait nous-mêmes. Les garçons couraient derrière leur «roulette». dès que l’heure du retour du père approchait. il y avait le travail de la maison : corvée d’eau à la source. les «gens de bien» pratiquaient le français.

des feuilles de manguier pour la morue. Le plus souvent. ** Mesure. On avait transformé en maison cette énorme cuvette en fonte qui avait servi à préparer la farine de manioc. va chercher l’eau à la source. et ne t’amuse pas à faire des glissades sur le morne! Les filles revenaient chargées : des « popotes à fruit à pain » pour le pain. du sable pour le sucre. des tapis. . Les fleurs de rose-cayenne écrasées. Leur mère avait aussi cousu de minuscules sacs en jute pleins de riz. des assiettes en terre rouge comme celles des parents. mais toutes petites. Gilberte. aux beaux cheveux et aux yeux bleus. mouchoir noué sur la tête. des potiches. L’arbre du voyageur retient la pluie entre ses branches. On allait la récolter dans des cornets de feuilles de madère et elle restait bien fraîche. . enfant gâtée. Un bâton de goyavier planté derrière soutenait les « murs » de feuilles de cocotier tressées. cousine. courez à la boutique m’acheter une demi- livre de morue. Je n’avais jamais vu ça : des marmites. on avait récupéré une platine abandonnée. Nos Négresses de chiffon étaient « matrones ». Près de la case d’une. les oreillers. filles et garçons se rejoignaient. Elles représentaient les grand-mères. c’était l’huile. . chapeaux de paille bakoua *. un grand frère l’avait fabriqué. voir note 12. Pendant les grandes vacances. avec des flèches de canne. Nous étions bien à l’abri à l’intérieur avec notre petit ménage : boîte à biscuits ronde pour la table. bambous découpés pour les chaises.jonc tressé.Toi. des «graines-l’église » pour les pois. Pour le grand jeu de « papa-maman ». Chaque pou­ pée avait son lit. v * Plante dont les longues feuilles. Une de nos amies. — — . pour de vrai. séchées et tressées. Nous faisions le matelas. les draps. mes cousines de la ville mon­ taient à Carangaise avec tout pour faire la cuisine. un poban d’huile. de - ~'v ■ . 45 . des sacs. deux hannetons. une chopine de riz et de pois-yeux-noirs. un roki ** de rhum. servent à fabriquer des chapeaux. N’oubliez pas le pain.Suzelle. robes cousues dans des rognures de tissu récupérées sous la table. J’aimais jouer à la maman pour donner des ordres : . se faisait acheter par sa mère des poupées venues de France. Gérard. C’étaient nos « bébés ».

Le trou repéré. Les crabes que tu ne mangeais pas tout de suite. beaucoup se sauvent. on prenait les feuilles larges et rondes des arbres à raisin. nous nous servions de notre imagination. les bananes. de canne. Ils aiment beaucoup les patates douces. coquillages. Plac! la roche tombait. les rabatteurs descendent le courant. non seulement pour manger. amis. voisins. Le crabe sortait de son trou et. un appât : un morceau d’orange grosse-peau. dit-on. pour manger. de haricots rouges. assem­ blées avec des touches * de cocotier. Pas besoin de jouets achetés dans les. on installait au-dessus une grosse roche plate maintenue en équilibre par un petit bout de bois. Bien sûr. ceux qui ont les pattes pleines de poils et qui sont meilleurs pour la santé. de fruit à pain. les goyaves. calebas­ ses. de lentilles. Les crabes. Pendant les vacances^ cousins. on organisait des festins! Et nos pêches aux écrevisses! Toute une organisation... Les feuilles de manguier. Nous avions tout sous la main. confortablement installé dans un goyavier. donnaient des robes magni­ fiques. le piment. 46 . tous nous étions réunis. affolées. Ensuite. un panier coincé entre les jambes et essaient de ne laisser échapper aucune des écrevisses qui. Près du bout de bois. Chaque * Nervures des feuilles du cocotier. lui bloquant les pattes ou couvrant le trou. de giromon. les crabes de terre délogés de leurs trous. la canne. tu les lâchais dans un baril pour les engraisser. faisant du bruit. Avec ce qu’on trouvait sur place. il faut attendre presque une heure et. D’abord rassembler des « niches à poulboua » (nids de termites) et les semer dans la rivière sur un bon kilomètre.sucre. se précipitent vers eux. mais pour nous déguiser : plumes d’oiseaux. Les autres sont en bas. et non des crabes noirs à barbe. l’empêchant de rentrer dans sa maison. les pois-canne. Tu avais simplement attendu. Pour nos chapeaux chic. Je parle des crabes blancs de terre. Nous étions tous des enfants de familles pauvres. magasins. noix de coco. cousines. Il n’y avait plus qu’à faire la tournée avec un panier. nous les prenions au « boulet ». feuillages. battant l’eau avec des branches. mais il y en a toujours assez pour les faire rôtir et permettre à chacun de rapporter une part chez lui. à la fraîche. bousculait la baguette. les oiseaux pris à la glu ou tués au «jeu de pomme » par les garçons (lance-pierres).

.Tu n’avais pas d’huile de cara- Vouazin machè.Ki jan lavi la yé jôdi la konpè? . des dictées.Comment vas.. on grimpait dans sa case et on s’interpellait : .Ou pa téni luil karapat alô? . fo pa lésé ronm vin hier soir? Compère. Timouü A peine un œil fermé qu’il fallait la soufè èvè dan tout lannuit.Mâché mapôv. ou byen . lavouazin. compère? Ou tris kon fes a moun mô.Comment va la vie. A mon beau château. c'est aujourd’hui ta fête.Ma pauvre amie. Quelle sacrée bande nous formions! Nous adorions jouer les parents.. des chansons apprises à l’école en faisant la ronde : Petit papa. voisine. La maîtresse nous donnait des problèmes. et des coups pour nos fautes. wouvé lôt. L’une d’entre nous était choisie comme maîtresse.Ka ou fè. ouvrir Vautre. Les autres s’asseyaient bien sagement. nous jouions aussi à l’école. il ne faut pas mèt a ko a-ou.. Ka ki Tu es triste comme les fesses d ’un rivé-ou? Ou néyé an ronm yè cadavre. Konpè. une mère douèt jen manké sa.groupe choisissait un arbre. ma tanti reli relo. . sans pourtant les dérespecter. on mamman pa pate? Ma chère voisine. laisser le rhum te faire la loi. 47 . apa ti gaz ti . ne doit jamais en manquer. H a souffert des dents toute la nuit. . un petit bâton blanc pour écrire dessus. tu t ’es noyé dans le rhum soua. Bien sûr. et cette autre que nous faisait répéter le père Bimbaum : Que mon Alsace est belle avec ses frais vallons l ’été mûrit chez elle-ê-le blés vignes et houblons Yo hé! blés vignes et houblons. Ou à l’instruction religieuse : J ’irai revoir ma Normandie C ’est le pays qui m ’a donné le jour. parler comme eux. un gros manguier aux branches solides. mon petit der­ dènyé bouden la ban mwen! Sété nier m ’a fait tellement de misères! fèmé on zyé. comme maison* De bon matin. une feuille de bananier comme cahier. as-tu dômi? bien dormi? . Nous terminions par des chansons.

c’est la lumière. c’était un vrai certificat. était celui dont la mabonne supportait le plus haut. revêtues de leur plus belle dans sa langue : robe m atadorIS.. J’avais été une bonne élève l’heure de la communion arrivait. il te prenait longues et à grande collerette de dentelle. qui me gâtait tant. chodo. le jour du baptême. Sa mère lui Les familles qui n’avaient pas quelque parent qui résidait au cousait de belles robes. et que nous connaissions. Yuhé. tant pis pour moi. Petibas. Ça nous a vraiment marquées. mes enfants? L’instruc­ décorée de broderie anglaise. j’ai quitté l’école. Le père de Florinette mettait à la l’était. Quand tu le rencontrais. tout ce dont on plaisir à les dénatter pour les recoiffer. même s’ils connaissaient sur qui la maîtresse comptait pour lui ramener le certificat toutes les pages du catéchisme. pour la toujours à bord de sa charrette et te faisait un brin de morale : communion. Pour recevoir écrire et faisait de la politique. tion. Il était très gentil. disposition de ses voisins sa charrette pour les conduire au bourg Florinette était la seule mulâtresse de notre classe. Le lendemain. champagne. Il était très connu dans Le lendemain du neuvième jour de la retraite. le plateau en bois. par la peur des coups. Il aimait tellement Florinette qu’il la prenait de mes anciennes camarades de classe. parcouru de frissons. C’était un monsieur. paralysés d’études. c’était la communion. cinq. Celles-ci. le corps J’ai ramassé un échec. Elle a souffert à l’école. nous amenait chez lui. Son père. une de chaque côté de la tête. passé et parlé des atrocités que M. qui la persécutait.Ce qui donnait à peu près ça quand il voulait nous faire chanter l’église par les mabonnes *. une robe à manches# n’avait pas peur des prêtres. selon la grosseur tiennent l’enfant. J’ai renoncé complètement à l’école. ou chez la personne qui nous avait prises en pension. Le M. en oigandi. bien sûr. Le lundi. On disait qu’il était libéral et l’absolution. Il savait lire et confession et l’absolution. tions et ne communiaient pas. blanc. beaucoup échouaient. L’autre jour. les emmenait â l’hospice ou les lieu le repas de communion. le « tray ». étaient incapables de répondre aux ques­ J’avais raté de peu. Le mardi. un diplôme. . et le plus fier. le repas redevenait simple. le Dos Aîsos manayditchen gâteau posé bien droit sur la tête. était marié à une belle capresse **. poulet rôti. soit avec les neuf jours de la retraite. terminées par un joli nœud permettre à elles seules les frais d ’une location partageaient avec de ruban. la bourse des familles. boutonnées dans le dos bourg louaient une chambre ou vous mettaient en pension pour de haut eri bas. Les mères qui ne pouvaient se deux. punch au coco et. 48 49 . un mulâtre très avait besoin. Il ramassai^ au bord des louée. Pêche d’écrevisses. Il donnait la moitié d’un catéchisme à apprendre. ceux qui ne savaient pas : une pluie de calottes! A dix ans. des robes tablier. le père Leroux remplaça le père Calotte. on s’habillait tout de blanc. Elles apportaient matelas. Une couronne de fleurs de soie. Petibas avait fait subir à La première communion était un grand événement dans les Florinette. comme pour les mariées. En ce temps-là. la famille nettoyait la chambre. Nous avons évoqué le sur ses genoux et la faisait manger dans son assiette. Le gâteau avait été présenté à la porte ** Voir note 10. Ils se mettaient à trembler. avai chemins tous les malheureux. mais mon amie Florinette. quand A quatorze ans. unlèt mixennotgèn. Je me jour et la nuit. après la# le village et apprécié de tous. gâteau fouet * Femmes qui. accompagnent la marraine et Un gâteau de quatre. Nous enviions beaucoup ses cheveux lisses et prenions une autre.Avez-vous bien étudié vos leçons. lit. nous souviens de tout. retenait le voile. table. faisaient la haie de chaque côté du porche. j’ai rencontré à Pointe-à-Pitre une donnait à manger.. Les communiants défilaient unièt mixennotgèn entre ces deux rangées de gâteaux. blanc. elle aurait dû aller loin dans les études. une autre robe plus belle encore. celui devant lui. L’année suivante. Cè jour-Ià. Elle était coiffée soit avec une natte. enfin. ne l’oubliez pas. Dans la chambré# Il était au service de tous les hommes. jusqu’à dix étages. a vu ses études barrées par la faute du maître. elle Dieu que le père Bimbaum était méchant! On tremblait tous retournait chez elle. Intelligente comme elle familles et dans le village. mé hèvè feutck unnbandèl calé par la «torche» de madras.

j’étais toujours la première en dictée et en lecture. Jusqu’à la classe de fin d’études. Le maître tapait de toutes ses forces. Et pendant que toi. cousu des vêtements. alors que l’alphabet. Il n’avait pas le droit. Petibas. Une sorte de sauvagerie roulait dans l’école. disaient-elles. trente jours de punition. Pas d’explication. de mélanger la politique à son enseignement! Dans la classe.. à n’être lâchée que vers 8 heures du soir.\ tiques. deux cents fois une règle de grammaire ou de calcul.Gilbert va me procurer des histoires avec tous ces chapelets sans croix qu'il me ramène à la maison. Petibas ne l’envoya pas. il te faut réfléchir pour trouver. Tu pouvais attraper jusqu’à quinze. lavé des bobos qui puaient.Élève X. Petibas n’était pas du même bord que lui en politique. le « mettez-vous à genoux derrière le tableau » ne se faisait pas attendre. mais répondait à l'appel des champions en mathéma. la maman de Florinette. avec ses vingt en - calcul. les élevait. et tu sortais très tard de l’école. Là. retournait sa colère contre son élève Florinette. disait-elle. elle a eu des difficultés en lecture. levez-vous et récitez-moi la leçon. Elle devait se présenter à l'examen du 1 certificat d'études. Elle se mettait en colère. non en esclavage mais en liberté. déposait dans la cuisine. pourtant. Florinette la plus forte en calcul. marquer son corps. Elle en a pansé des plaies. 50 .. mais lui. tu étais punie. dans la classe. M. On lui fit faire après tous les devoirs. cet homme. Même faible en français. elle arrivait. tu ne fais que te souvenir. pour sa femme. Il gâtait beaucoup ses deux filles et . n'est-ce pas de la sauvagerie? A la maison. pas question de se plaindre. Il avait le cœur sur la main. Tu ne savais pas. Ils se disputaient tout le temps pour leurs propres affaires. avec une lanière de cuir à manche. Lever - la robe d’une enfant. la fouetter sur les fesses. Les coups pleuvaient pour les fautes d’orthographe dans les compositions. Ces paroles tombaient dans un silence. sur le dos ou le plat j de nos mains. le maître allait courir après la maîtresse derrière l’école. lui faisant supporter mille misères. tu bafouillais. à se rattraper. elle aurait dû passer. tu recopiais cent. et allait leur acheter du linge. ronchonnait : . Petibas était très sévère! . tout l'opposé de mon père qui effrayait les enfants. Il devint son tourmenteur.

bégayer à la fin des phrases.. Il se moquait de Florinette. grand de huit ans à peine.. à vous. capables de réussir.Le maître vous bat? Eh bien. sa voix tremble.Quelle mauvaise période de ma vie j ’ai passée avec ce maître. vous criez... . Mademoiselle. elle levait le doigt toujours la première.Mademoiselle. Enlevé par le bouc qui résiste etVentraîne. quel supplice pour notre petite mulâtresse! Le Petit Palêmon. Certains enfants.Mademoiselle. Mademoiselle. plus il l’asticotait. Quand le maître passa. Un garçon se vengea.. ce n’est pas une prière. ce n’était jamais bon. En calcul mental. Allons écouter Dorvaî et sa jolie voix. pourquoi ce soupir? Mademoiselle. vous ne chantez pas la messe. ils ne levaient pas le doigt de peur de recevoir des coups à la moindre faute. avec des lettres doubles à faire sonner.. il lui tombait dessus : . vous ne récitez pas. il monta dans un manguier au bord de la route. il n’èn corrigeait que la moitié : elle obtenait dix au lieu de vingt. . elle était arrivée à lire correctement un morceau.. poursui­ vez. des r tantôt à faire rouler. 51 .Dorval. comme dans « accom­ pagnèrent ». Elle continue d’une voix plus ferme : . Et les récitations. étaient tellement terrori­ sés que.. nous attendons. Elle pouvait prendre tous les tons. par hasard. il la savait faible en lecture : ... Petibas en voulait vraiment à Florinette.A travers le jardin et brusquement recule. même s’ils savaient leur leçon. . Si. Mademoiselle. il faillite l’assommer et disparut de l’école.. Petibasvallait jusqu’à donner des coups de pied aux élèves. En revanche. A peine avait-elle commencé : Le Petit Palémon. et jamais il ne l’interrogeait. il lui faisait reprendre les mots difficiles à prononcer.. Mademoiselle.Mademoiselle. Tous les efforts qu’elle pouvait faire ne servaient à rien. me disait encore l’autre jour Florinette.. pourquoi ces « ainsi soit-il » à la fin de chaque phrase?. lui faisait perdre le fil. Lorsqu’elle hésitait.. tantôt à laisser tranquilles comme dans « accompa­ gner ». Elle essaie de contrôler sa peur et sa colère. Elle craque. il a ses raisons. Chargé d’un sac plein de pierres. reprenez. Ses devoirs. ' i . Plus elle s’appliquait.

Debout sur le banc. Elle donne la solution en une ligne.A genoux! Son père lui avait dit de toujours lever le doigt quand elle savait. il lui arrache son cahier. Une institutrice vient lui demander ce qu’elle . mademoiselle. elle continue à lever le doigt. . ça va à peu près. je ne comprends rien. Non. Elle lui explique : elle seule a résolu un problème. fait là. De sa rangée. déchiffrez le pro­ blème. Dieu était avec elle ce jour-là. dehors. Elle agite son cahier: . Un jour. D’après moi.Le Petit Palémon. . Elle pouvait y i passer toute une matinée. la poursuit de plus belle. . Il calotte si fort le premier du rang que tous les autres chavirent et s’écroulent par grappes.Reprenez. Personne n’est arrivé à résoudre le pro­ blème. ce coin derrière le tableau.Vous aurez tous quinze jours de punition. . foutez-vous debout sur le banc. Elle se ressaisit. à genoux sous le soleil. Il ne corrige pas. Elle déchiffre en trois lignes. La : 52 .L’école n’est pas une vallée des pleurs.Je ne comprends rien à vos opérations. grand de huit ans à peine. A peine agenouillée dans la cour. la récréation sonne. ... Lui. Florinette lève le doigt : . .Monsieur. leçon de calcul. Il hurle : . au tableau. Elle le connaissait.Vous n’avez pas honte de vous laisser doubler par cette Dorval! Allez.Monsieur. et elle s’effondre en larmes. mademoiselle. et résolvez les deux problèmes.Mais vous me poursuivez. Aucun élève n’avait encore trouvé la solution. monsieur! Fou de rage. Il va vérifier les cahiers de ceux qui n’ont pas su trouver. Elle déchiffre en six lignes. . Quant à vous. A genoux derrière le tableau. mademoiselle. il faudrait lui donner 20 sur 20. à suivre de là toutes les leçons. et que je n’entende rien. j’ai trouvé. Le résultat est juste. L’eau commence à couler de ses yeux. celle des élèves n’allant pas à l’examen.

qui était également directeur. que nous-mêmes.maîtresse alla raconter ça aux autres maîtres. Il était tellement déchaîné que son pantalon tomba. Il lui a barré la route. il fait le coq. personne ne rit. Ils avaient aussi peur de Petibas. Et . Ce Petibas a marqué Florinette à vie. . Mais ils ne lui firent aucune remarque. tout ça à cause de la politique. Un matin. il ôta sa ceinture potir frapper un élève au milieu de la cour. Avec un simple brevet élémentaire. Us étaient tous furieux contre Petibas. ni maîtres ni' élèves. Eh bien.Un vrai prétentieux. . et qu’il se retrouva en caleçon. ce petit mulâtre.

54 . les blagues de tel autre. De génération en géné­ ration. que M"* Isidore. s’était tellement arraché la mâchoire qu’il lui en était resté un tic de «bouche demie». „ Autrefois. J ’aime cette relation à la mort où plaisir et joie n’ont pas mission d’en oublier follement l’abomina­ ble invincibilité. Chapitre III Pli bèl moman an viv. on se racontait les faux pas d’Untel. avait demandé un «hamac à tétés». On connaissait l’histoire de chaque famille. tan a véyé Mes plus belles fêtes. où plaisir et joie s’épanouis­ sent au contraire dans une vision directe de la mort :fête et festin funèbres ont lieu devant un cadavre. les gens ne bougeaient pas comme à présent. sans rien faire. Pierre Goldman. était resté infirme parce qu’il s’était baigné un Vendredi saint. L'ordinaire mésaventure d’Archibald Rapoport. les veillées pour les morts Sachez aussi qu'en ces pays on veille les morts au cours de fêtes qu’animent les paroles voluptueuses et viriles du tambour. la couturière. de la ripaille. qu’enfin tel autre. où les amis du défunt Vhonorent d ’une oraison qui scande la douleur mortuaire dans les ardeurs allègres du rhum et de la danse. je savais que le grand-père de Man Honoré. vieille demoiselle montée en graine. Dès mon jeune âge. jour où l’on doit rester tranquille chez soi. en voulant parler le français. que Gueule- Pointue devait son surnom à sa manie de parier français. disparu depuis longtemps. 1977. allant acheter un soutien-gorge à Pointe-à-Pitre.

quand je suis dans une veillée. c’est moi la première qui ouvre la ronde. accourez tous. Venez tous! Le soir. et. criant : . à la veillée. les musiciens. les chanteurs. dit-on. là où les chiens. aboient par la queue. Les jeux de mots me passionnaient.Réveillez-vous. Devant la porte de la maison du mort. Ainsi. De grands chanteurs. la plus belle fête. le plus grand événement. de Baie-Mahault. A chaque enterrement. enfin. et nous sommes arrivés à un endroit où . et même d’Anse-Bertrand. les éclairs. devinettes. tout se gardait de l’histoire dé chacun. tu complétais ton apprentissage. Untel est mort. Pas de voiture pour transporter les gens à l’église.Un jour. Un crieur faisait d’abord pleurer sa conque de lambi. et ôn l’entendait jusqu’aux villages voisins. aujourd’hui encore. Dans le village même. Le tambour résonnait. tous ceux1qui pouvaient tenir debout étaient présents. les contes obscènes et. ceux que je préférais. mon père et moi. les charpentiers venaient le fabriquer sur place. ' \ - v La veillée pour un mort. Les hommes retroussaient les jambes de pantalon. on marchait jusqu’à l’église du bourg pour retourner au village faire la mise en terre. j ’en fabriquais moi-même. que ceux qui ont un cheval. jeux de mots. le « circulaire » passait. Le mort était porté sur une civière et tous le suivaient à pied. les contes des zombis et de la Diablesse. un autre deux planches. Nous avons marché. de grands danseurs de léwz 16 venus s’affronter aux meilleurs. les femmes empoignaient le bas de leur robe. Du temps de mon enfance. les gens allaient enterrer leurs morts. . tout le monde était au courant. montent sur leur âne. Celui-ci apportait une bouteille de rhum. montent sur leur mère. nous étions en voyage. les contes pour faire rire où jaillissent blagues. Parfois. découvrant haut le mollet. C’étâit partir avec le corps depuis chez le maître du mort jusqu’à l’église et au cimetière. grâce "aux veillées pour les morts. venus quelquefois de loin. celui-là un paquet de bougies. marché. Que ceux qui ont un âne. oeux de Capesterre. Même sous l’orage. Dès que quelqu’un mourait. dans le village. montent sur leur cheval. c’était la plus grande rencontre. on n’achetait pas de cercueil. de Mome-à-l’eau. que ceux qui n’ont ni âne ni cheval. on entendait toutes sortes de contes: les contes de compère Lapin et compère Zamba. on retrouvait les conteurs.

cherchent. ça. certains diseurs les insultent : . A Carangaise. Terres qui se faisaient face : j’étais sur le pont de la Gabarre. pourtant. de la Bible. Il nous parlait du roi Tila. pas comme les petites devinettes : * Une des parties de la Guadeloupe appelée aussi Basse-Terre séparée de la Grande-Terre par la rivière Salée. Quand ils répondent à côté. crapaud à barbe. il faut un certain ton. et quelle chair nous avons mangée? Alors les gens cherchent..deux terres se faisaient face. Peut-être : qu’il ne savait pas lui-même ce que tout cela voulait dire. » La devinette est lancée.Erreur. c’est cela. il posait des questions sur la Bible. je tâte l’ambiance : s’il n’y a que des hommes qui content. j . Nous sommes restés là et avons mangé chair qui n’était pas née là où deux terres se faisaient face. toutes les petites filles jouaient aux jeux de mots. Je n’aime pas ça. surtout si je suis la seule femme. Mais ici. l’histoire. je peux j dire : « Ce n’est pas dans mon jeu.. il y en a d’autres qui demandent La main! » • Mais vous les laissez chercher et enfin vous donnez la réponse : . De grands jeux de mots. Pourriez-vous me dire où nous étions. aux devinettes. je ne méprise pas les gens ainsi. Je me souviens de M. ça n’a pas dû être pareil.Chair qui n’était pas née. enfin. Pour entrer dans le jeu on doit dire : « Je demande la main. sur Moïse. tout dépend de leurs façons. je ne demande pas la main à toutes les veillées. Moi. c’est la mythologie. entre la Grande-Terre et la Guadeloupe proprement dite *. c’est ceci. ils crient : « Ne nous | fais pas souffrir. Il nous disait: attention. » Alors.. Les gens cherchent. Nibolot. donnent des réponses. des rois de France. un jeu de mots. trop intéressant pour se lancer des insultes. un grand conteur qui fabriquait des jeux de mots tirés de. Si ce n’est pas bon. c’est un œuf. je suis une des rares femmes à dire des jeux de mots aux veillées. C’est trop beau.. nez à morve. Avant d’entrer dans le jeu. à Grosse- Montagne. » L’assistance répond : « Accordé. Ici. J’aime les jeux de mots. jambe à crasse. Pour que je participe. anoli à bretelles. Il y en a qui ne viennent aux veillées que pour dire des blagues obscènes.

Ouvrez grands vos oreilles et vos yeux! i Krik. 57 . J’étais l’oiseau aimé des poètes et des dieux. les exploits admirables des héros de l’Antiquité. . L s Ou celles connues de tous : \ . la. quel plaisir il prend à les faire sonner! Et comme il entre bellement dans un jeu.. f Après ça. le garçon.Je ne suis ni roi ni reine. Élée tomba dans la mer Rouge et se i noya. nommée Élée.:. Quel amour il a pour les mots. Ce - sont eux qui m’ont confié la mission de venir ce soir vous raconter leurs prouesses. au Lamentin.Tabliyé dèyè do? Zong. Qui suis-je? Eh bien.Tablier derrière le dos? L ’on- gle- y . je ne puis baisser la tête. fille.De Veau suspendue? Une noix de coco. Ça demandait tout un travail pour les inventer. tous les dieux et demi-dieux de la mythologie. le mouton est m ort En mémoire de cette belle action. qui pour se présenter. . En parcourant la mère patrie. . tout simplement.. ma mère m’a enfanté dans le couloir de la mythologie.Dlo d ou bout? Kann.Avez-vous entendu parler de la Toison d’or? Alors. écoutez : la Toison d’or était un mouton de Béotie. Frisos est sauvé par le mouton et déposé en Colchique. . j’ai entendu quelqu’un d’aussi fort que M. pour les retenir. l’autre. . je fais trembler les hommes? . .Le Rhum. au plus haut vous trouverez mon deuxième. j ’ai été élevé avec Hercule.Dlo pann? Koko.Je suis né dans le balcon de la mythologie.Trouvez quel est mon nom? En montant et en descendant la gamme. Nibolot. Krak. des poètes. Si-Mont l’Aigle 17. il s’appelle Simon Laigle. qui pour raconter : . Il s’enfuit en Colchique avec deux enfants sur son dos. la parole. j ’étais l’emblème de Napoléon Ier. Il est spécia­ lisé dans la mytho. .De Veau debout? La canne. Lb mois dernier. La tradition ne s’est pas perdue. . L’un. Il fallait les dire en français. vous trouverez mon premier. Jason. nommé Frisos. et être capable de donner toutes les explications en créole. i les divinités ont transformé la cabèche du mouton en toison d’or.

Il arrivèrent à prendre Troie grâce à Ulysse. la magicienne Médée. » C’est-à-dire qu’il a tué tellement d’intendants que toute sa maison est remplie de sang. jaillit de mon coeur comme un source inépuisable. Castor et Pollux. femme. Tel Job. était à Diolcos. . Fils qui s’entremêlèrent. A son arrivée à la maison. mais ne tomba pas raide mort. la guerre de Troie qui vit se diviser les fils de Pelé et- d’Agamemnon. s’est mis à chanter sur sa lyre et la mythologie dit que les arbres des forêts se déracinaient et venaient exécuter une danse aux pieds d’Orphée quand il chantait. Prenons maintenant un petit repos. il trouva tous lesj « intendants » pour épouser sa femme. Voilà. Et c’est ce Dragons aussi qui causa la guerre de Troie. on put entrer dans la terre où la cabèche de ce mouton était. des hommes forts. époux de Pénélope. Il blessa le Dragon. Quand il rentra chez lui. Alors Agamemnon a cherché tous les Grecs pour qu ils puissent combattre les Troyens autour des remparts de Troie. Le centaure Chiron savait que cette cabèche de mouton. qui avait forgé un cheval de bois. Il éleva des hommes. est venue lancer dans la gueule du Dragon le contenu de la fiole qu’elle possédait. qui étaient déjà trempées dans le sang de l’Hydre de Leme.Elle fut gardée dans le bois sacré de Colchique par un dragon à sept têtes. qui était transformée en or. Quand il réussit à repousser tous les intendants qui voulaient courtiser sa. la guerre de Troie chantée par Muse. et je rentre mainte-' nant dans une maison de deuil. je peux dire : « Nu. Médée. Orphée. le roi Ménélas était le roi de Diolcos. Je ne suis pas poète. Ulysse était le fils de Laërte. Donc. Hercule banda ses armes et ses flèches. le plus rusé parmi les Grecs. le plus grand musicien de l’Antiquité. Il éleva Hercule. Cet homme fut le dernier^ survivant des Grecs dans la guerre de Troie. il dit : « Mon départ était un festin. en les nourrissant avec de la moelle de lion. et il les envoya à la conquête de la Toison d’or sur un bateau nommé Argo. mais la poésie jaillit. ses passagers étaient des Argonautes. Donc. Bon. il fut reconnu par son vieux chien et son fils Télémaque. Jason. Arrivés à Diolcos.J’ai bien parlé. dans le bois sacré de Colchique. Il resta vingt ansj dans la mer. Je n’ai connu d’autre école que celle de hommes et des crépuscules. père de Télémaque. Ce Dragon avait tellement de force qu’il tomba. les frères jumeaux.. à son tour. Alors Jason conquit la Toison d’or. Pourquoi? Parce que Pâris a enlevé Hélène que possédait le roi Ménélas. je su 58 .

» Ça. » 59 . Il continua ses atrocités. roi Tila. nu. je retournerai au sein de la terre. mais souvenez-vous toujours.Erreur! Poltron garçon de Tartanson à Colson! . et me remplit de contentement.Qui peut me dire le nom de ce grand roi qui était le fléau de : Dieu et qui pouvait proclamer : « Où mon cheval passe.Erreur. et nous. il contemplait la mer.f J°JJi du de ma mère. Sans moi vous ne seriez qu’une bande de vers! Demeurez tels que vous êtes. mais en vers bien sonnés si tu réponds à côté : . Simon Laigle t’asticote. Le plus grand poète que l’histoire a connu. mendiant que i tu es. Quelque chose s’est réveillé en lui. Quand il est lancé. pour t’obliger à faire travailler ta cervelle. le l|®ng des innocents ne s’efface jamais. tu veux me tuer pour faire fplaisir à ton peuple. pour reveiller la cour quand elle s’endort. Le roi Tila. ça sonne bien. plus moyen de l’arrêter. Chaque conteur a sa manière pour poser ses questions. Il faut dire qu’il aime ça. C’est beau. même si d’autres demandent la main. chacun il donna un poignard. l’herbe ne poussera jamais? » Il s’agit tout simplement du roi Tila.Erreur! Retirez-vous de devant moi. béni soit le nom de I Etemel. et le soleil regardait le vieillard qui se meurt La nuit succède au jour. Reculez derrière les bœufs! Et il est déjà reparti : . le sang des innocents laisse lie s traces. sans mépris. roi Tila. l'Éternel m’a ôté. Il était réellement un bandit pour f feire cela. Il alla trouver son fière pour le Mtuer. c’est de la poésie. Il a pu voir un jour un vieux berger qui rentrait son troupeau. quand il a perdu sa fille Léopoldine « en mer au coins d’un voyage ». Il l’a traduit. la première chose qu’il fit : faire battre ses deux fils. Voilà ce qu’il a dit : « Le vieillard regardait le soleil qui se couche. J’aime tellement sa petite phrase. tu diras à Mireille de laver les bouteilles à son réveil! . » Ah oui! le bougre est vraiment fort. Il contemplait la nature. suspect. et le soleil se couchait. L Eternel m'a donné. Il était parti de France pour se réfugier à Jersey et Guemesey. c’est « Vitôrigo » (Victor Hugo). A . nous 1avons bouquiné. Celui-ci lui dit: «Roi Tila. de nos jours.

comprennent. Et ces deux femmes vaillantes moururent 60 . noojj resterons au fort.. Et pourtant il y eut un homme.Que ceux qui peuvent compren­ dre. Delgrès savait que le fort allait sauter.Non. et il dit à son maître : « Seigneur. mon fils! Tu mangeais à ta faim. Erreur. ton maître te traitait humaine­ ment. Tui es mon oiseau préféré. Je ne te retiens plus. Dioudji. konprann. oiseau du désert. Dioudji. et poursuis l’histoire! Un homme qui battit le roi Tila en 1417. Réveille-toi. » - / . . l’esclave que son maître aimait bien. . . C’était Mérové. je reste auprès de vous.Sa ki konprann. un homme. Et un oiseau. répondit encore Dioudji. il ne lui faisait pas voir de la misère.Non. » Dioudji s enalla mais. il le battit dans le champ de Catalonique et donna son nom à la première race des Mérovingiens. J’ai oublié leur nom. . et qui s’est fait sauter à Matouba avec trois* : cents hommes. te dis-je.^ I plus deux femmes. un jour. en pleurs. Oui. ne peut oublier les arbres. L’une s’appelait Léonine. Dioudji.. Va. mais je te libère. conteur intelligent. il se dit que ce jeune bougre ne pouvait plus rester esclave et il décida de le lâcher.. Non. le vainqueur de Tila. .Cette histoire d’esclave.Et voici maintenant l’histoire de Dioudji. mais toutes deuxf ! attendaient un enfant. Le poète avait mis dans la bouche du maître ces paroles : « Cest tej désert qui t’appelle. répondirent toutes les deux. Dioudji ne voulait rien entendre à cela. L’histoire dit qu’il y avait trois cents hommes. Sache que tout ce qui : m’appartient sera à toi. dit encore Simon Laigle. la forêt. retourne dans le désert qui t’appelle. .Ouvrez les yeux et les oreilles. mais tu vivais dans une cage dorée. Il sortit de son cœur les plus belles paroles pour convaincre ce| deux femmes de partir. wouvè zorèy.. car son maître était bon avec lui et était allé jusqu’à le considérer comme son garçon.Wouvè zyé. Un maître avait acheté Dioudji. . dans la plus belle des cages dorées. retourna..Va-t’en. je veux rester près de vous. enceinte juin qu’au menton de Delgrès. J’ai essayé vainement de te faire comprendre que tu n’es plus un esclave.. retourne auprès des tiens. Le trouvant bien doux et patient. me fait f penser à Delgrès'8. .. retourne au désert. et. seigneur. ce Nègre devenu colonel dans l’armée ■ française en 1802. .

. » Les histoires. jusqu’au lever du jour. Mais si c’est toujours le même qui lit. les contes. répondit Schœlcher. Nous ne pouvons être réunis et ne pas chanter. les boissons. on fait des prières. certains disent : «Je veux Unetelle pour diriger mes prières. on n’allait pas au travail. dire des blagues. au début des veillées. responsable de la veillée et de l’ordonnancement des ■obsèques. on restait avec le maître du mort * pour l’aider à nettoyer la maison. avec Delgrès. Mais. Trois cent deux personnes sautèrent donc à Matouba. On me demandait souvent. Ce n’est pas tout le monde qui peut faire ça. Alors. Victor Schœlcher: «O ù vas-tu? lui demanda sa femme avant son départ pour la Guadeloupe. on passait toute la nuit. on est recueilli. » En général. Écoutez aussi la parole de ce grand homme qui nous a délivrés de l’esclavage. il est appelé de maison en maison. applaudir aux exploits des lutteurs. le tambour. Avant. c’est la vie qui prend le dessus. le lendemain matin. les jeux de mots peuvent comme ça s’enchaîner jusqu’au matin. c est quelqu un qui sait bien lire. Nous ne pouvons être dans une veillée et rester silencieux. Mais une fois les prières finies. à sa famille. et. petit à petit. . c est la vie du mort qu’on célèbre par les chants. Alors. les premiers à partir sont parfois certains parents. hélas! les gens ne restent plus dans les veillées comme avant. Capesterre est une commune évoluée. et j ’étais obligée d’aller diriger les prières. Il faut dire qu’ils tiennent compagnie au mort. on a commencé à faire passer le livre pour mettre d’autres personnes dans le bain de la prière. rire. tous membres de la grande femille. des danseurs. Ça. c était les parents. et nulle considération ne saurait m’arrêter. il faut lire les prières tout le temps. Maintenant. Avant de mourir.J’ai une mission à remplir. J’étais reine de la prière dans mon village. à faire à manger. la nourriture. les devinettes. il faut être choisi. les autres n’évoluent pas.. C’est là qu’on peut voir qu’à présent la famille n’est plus Parent du défunt. beaucoup de gens sont allés à l’école et savent lire le français. Bien sûr. Il faut briser le silence de la mort. etc.

Tout ça. et ça me fait de la peine : voir les parents rester à deux ou trois quand tout le monde est ■ parti avant même 2 heures du matin pour aller dormir. frère. je veux seulement les jeux de mots. nous vivons dans un temps où la mort n’est plus à toi. qui sont etijji haut dans la société. Nous avons dans la tradition oÆ racisme-là. Il n’y a plus comme avant ce grand partage de la vie et de la mort. par un parent quelconque. D’après moi. C’est pourquoi il ne faut pas regarder seulement cette question des patrons qui font pression. quand ils disent « p r a de veillée devant ma porte ». » 11 Pour moi. Je ne veux pas qu’on batte dû*! tambour. enfants. c’est vrai. ce sont des choses de “ gens de bien”. A la campagne. Ils savent que le patron peut prendre une sanction contre eux. dans la grande classe. mais aussi la mentalité des gens qui a changé. mais. tu ne peux pas rester là et manquer ton travaiL l Deuxièmement. tu es pris. nous allions souvent au travail. je me dis : les gens travaillent. les gens sont encore pareils. ils ne ’ peuvent annoncer au patron : « J’étais dans une veillée » s’il ne ! s’agit pas de la mort d’un parent proche. Père. et. il faudrait | chercher à expliquer ce changement. et ceci de deux façons. Certains sont dans laj petite classe. d’un autre côté. la causerie toute la nuit. tu dois ramasser tes forces. même si c’est un parent proche. les gens d’aujourd’hui ont aussi de la fainéantise dans le corps. Je ne sais pas. luttes de danseuiS 62 . Nous aussi. l’église refusait de faire l’enterrement pour 1@H morts qui avaient eu une veillée avec chants. mère. Ils disent qu’ils ne veulent pas de scandale^ devant leur porte. ils sont devenus plus personnels. Premièrement. Autour de moi. Les* jeux de mots. S A Petit-Canal. sœur. le racisme des gens qui ont de l’argent. Ou alors. on continue f toujours à faire de grandes veillées. c’est du racisme. si tu habites loin. si tu fais l’école ou si tu travailles dans un bureau. Je l’ai constaté dans plusieurs veillées. ont un pied dans la» grande. après avoir passé une nuit blanche. il te faut de l’argent pour te I déplacer. c’est tout. mais. ça ne me fera rien car toufj ça c’est posé. Ils veulent jouer à l’aristocrate. D’un côté. qu’on chante. Tout ça compte. Ils ont toujours envie de dormir. on ne peut pas faire de veillée. j ’entends : « Si demain je j meurs. quand je réfléchis. c’est que les parents j ne sont pas d’accord. mais je me demande si. je ne veux pas de désordre.aussi large qu’autrefois. Si ta famille est cassée comme ça. devant la 1 mort.

on récure les planchers. En allant chercher de l’eau. il n’y a pas beaucoup de travail. mais aussi pour le village. pour tous. Il faut surtout aller chercher de l’eau pour remplir les barils. Un voisin apporte le café. parents comme voisins. maintenant. parce qu’au fond notre façon de voir la mort n’a pas tellement changé^ Bien sûr. » Et toute la collectivité est là. maintenant.Courez pour aller chercher de l’eau! K Une autre appelait ses enfants : Petit lézard familier très commun aux Antilles. nous. c’était un grand scandale. comme l’anoli * qui change de couleur et reste toujours anoli. on recouvre les lits. Avant. des bougies. les membres de la famille en avant pour s’activer. la grande mode. tout doit être propre. de la nourriture. s’évanouissaient. On dirait que certains veulent pleurer comme les Blancs. on plaisante toujours avec la mort. un désastre. Celle-ci était envahie par tous les gens du village qui dirigeaient les opérations. On balaie la maison. mais ça vient tout doucement. des feuilles de corrosol. le corps raide. droits comme des piquets. La mort était ressentie comme une grande perte pour la famille. Les gens criaient. il n’y a plus toutes ces manifestations de la douleur. la mort. c’est tou­ jours la mort. car. Ça a évolué petit à petit. Ici. Ma mère nous appe­ lait: ■' . plutôt. Ce n’est pas encore aussi solide qu’autrefois. la mort. Tous les enfants dévalaient les mornes. à Grosse-Montagne. membres de la communauté chrétienne. Chez certaines personnes. c’est l’eau courante. Chez d’autres. et. et sur le dos du maître du mort.au bâton et tambours. parce qu’il ne sait pas avec quel argent il va acheter les planches du cercueil. Le maître du mort n’était même plus responsable de la maison. Nous. on peut entendre : « Le maître du mort pleure comme ça. un autre le rhum. avec un petit mouchoir. 63 . on leur mettait des grains de sel sur les pieds. Cest la façon de réagir devant elle qui change. l’électricité. c’est seulement à l’occasion d’une mort' qu’un peu d’ordre est mis. l’Église n’agissait pas comme ça. Je parle de la campagne et non de la ville. C’était vraiment une catastrophe pour tous. nous essayons de faire revivre cette solidarité devant la vie et la mort. pleuraient telle­ ment! On les ranimait avec de l’éther ou. A Capesterre. Tout le monde était dans l’affolement.

Ça nous vient des ancêtres. Moi aussi. Si elles n’avaient pas le temps de le faire blanchir au soleil toute la journée. cet amour pour leur corps* Une fois la toilette du mort finie. Elles la lavaient le soir. une vieille robe. les Guadeloupéens. Il en fallait. c’est vrai. tu prends soin de lui. Nous. et l’on enterrait les feuillage^ Maintenant. Après le départ du corps. Que ce soit un homme ou une femme. On a toujours vu les anciens faire comme ça. Les grand-mères repassaient même la vieille robe qu’elles mettaient pour dormir. Mais c’est un rite. On pourrait laver le corps dix mille fois avec toutes sortes de plantes. elle était toujours nette. pour faire de la magie et de la sorcellerie. ou encore quand son sang a tourné. le lendemain matin. c’est la propreté du dedans. à l’habiller. la repassaient avec un fer chaude sur le charbon de bois. je lave les morts. afin qu’il ne garde aucune odeur de crasse. Tout en le baignant. Maintenant. frotte bien avec le basilic tous les petits N coins. on recouvrait son sexe. s’est caillé. ce n’est pas ce qui le rendra propre à l’intérieur. elles faisaient bouillir le linge. Les femmes pouvaient posséder une seule robe. il doit être propre pour aller rejoindre Dieu.Lave-lui bien les trous de nez. Il te faut sortir propre de ta case. mais j ’ai appris maintenant que. de l’eau. on doit jeter l’eau du mort tout de suite car on L vole. on continue à laver le mort. l’odeur de sa maladie parfois. on le déshabillait. Des gens qui n’avaient pas comme nous toutes les facilités et. alors. dit-on. la faisaient sécher près du foyer. à le poudrer. étaient toujours propres. on disait des blagues : . Elles ont toujours fait ça.Courez pour aller chercher de l’eau! Tous les enfants étaient mis en branle pour transporter l’eau. même si tu vas entrer dans les entrailles de la Terre.. on la déversai dans un coin précis du jardin. les dents. toujours avec respect. l’eau du bain avec les feuil1' était placée sous le lit. et même de l’Afrique. avec des souliers usés. Je ne sai 64 . . les gens ne repassent plus tout le linge. pour baigner le mort! On allongeait le corps par terre sur un sac. pourtant. Nos ancêtres étaient nés avec cet amour de la propreté. ce qui compte.. mais tu ne peux y aller sale. Quelle honte quand le mort dégage une mauvaise odeur. qu’il ne vienne pas grigner devant toi la nuit. et qu’il lâche de l’eau toute sale. sommes propres par nature. Ce n’est que par temps de choléra qu’une telle chose peut se faire. Tu vas sous terre. Tu aimes ton corps.

les morts ont un réel pouvoir. dit-on. et jusqu’à la fermeture du cercueil.. pas qui a découvert ça. Pendant la veillée. Que de choses cachées elle met dehors! L’autre jour. les pieds. On entend : j ’ai rêvé de tel parent. c’est une affaire importante. Ils vous disent : oui. j’ai entendu une femme qui expliquait à f tout un groupe venu prendre le frais devant sa porte tout ce que f les morts avaient fait pour elle. La femme de l’homme qui était mort s’est mise à hurler et à demander pardon à son mari : . les membres de la famille se relaient auprès du mort pour empêcher une « expédi­ tion ». pendant que j’étais avec toi. il faut que tu saches que j ’ai eu d’autres hommes. Si pour certains les morts. doit aussi être le sien. pojur beaucoup.. vêtu de ses propres habits. Il n’a pas vu la personne même. mais il l’a l. oui.bien reconnue. son billet de passage pour la mort payé. mais ils ne sont pas arrivés à la faire taire. mais je me suis arrêtée pour l’écouter car c’était 65 . ce qui se fait d’habitude quand on a peur du mort et qu’on craint qu’il revienne vous tourmenter. Les parents du mari avaient honte. des cheveux. Paul. Pourtant. Un autre aura rêvé d’un ami.. il y a les bons et * les mauvais esprits. Si l’on met dans le cercueil un linge ou un objet appartenant à un vivant. Il a vu que c’était lui. elle avait enjambé le corps. dans la cuvette placée sous le lit. sont morts. ce n’est plus l’eau du mort qu’on met. il m’a donné la recette d’un thé de feuilles pourm e [ guérir. et le voilà « expé­ dié ». les gens croient que les morts ont un pouvoir. cela. C’est sérieux. ils ne sont pas morts. mais. leur mère. Ici. en même temps que le cadavre. même s’ils ont enterré leur père. Ces derniers ont vécu en méchants et ï continuent à faire le mal après leur m ort Bons ou mauvais. un vrai scandale. c’est F cet ami qui lui parlait. f ' H n’y a pas longtemps. lors des adieux avant le départ pour l’église. Lé linge qui est placé dans le cercueil. Je ne m’intéresse pas beaucoup à f'ces histoires. la mort. celui-ci "pourrit. avant de partir de l’autre côté.. Ta fille Lucinde n’est pas ta fille. un objet personnel appartenant à votre ennemi. il m’a ^ dit ceci. Le mort repose sur son lit. pour soutenir la tête. On pourrait glisser un petit papier écrit. et c’est fini.Paul. les } morts ont du pouvoir. il s’est passé un événement qui m’a étonnée. le corps. mais de l’eau propre. Il ne doit pas emporter dans sa tombe quelque chose qui appartienne à un vivant.

. Voiià pourquoi je ne peux pas dire que les morts n’ont pas de pouvoir. Je suis allée 66 . elle est morte! Je me suis évanouie.Bety. dam jou. croient aux rêves. tanto.Malade. ils ne l’ont pas prise à l’école. Les vingt et une cases à quatre pièces avaient été emportées par le raz de marée. trois jours. « Les morts ont-ils un pouvoir? » se demandait Man Bety. les yeux égarés. acheter des légumes pour préparer la soupe des accouchées.. tu verras. . Ceux qui l’avaient volée n’en profiteraient pas. an toua revenait. laissant le terrain à nu.Man Bety. to pèd tout biten a to. ma sœur. dans Pointe-à-Pitre. Tu rêves de quelqu’un. ta sœur est malade. Je ne . et bien disparu. an toua jou. Ah! mon Dieu. Ne laisse à personne d’autre le soin de coudre ma robe. d’autres pas.. Tu iras chercher ma cousine Andrée. le cyclone de 1928 passait et ravageait tous ses biens. me disait tout le temps : .Quand je mourrai. Vista. me rendre chez Andrée. Ma sœur.sais pas moi-même. tu as perdu tout ce qui te pèd tout Tanto tanto. bientôt. j ’étais allée faire des commissions à Pointe-à-Pitre. Et puis j ’ai. parfois. une de nos « grangrèk savann » . J’ai failli mourir moi-même.. Je ne peux dire ni oui ni non. elle vient te donner une prédiction. tanto. Leur instruction. et elle se réalise. d’autres. Voilà une chose qu’on ne peut pas contrôler. Certaines personnes disent qu’ils les reverront. qui était bonne couturière. et. To . Trois jours plus tard. Je sens pourtant qu’il y a des choses que je ne peux pas discuter. Bientôt. marché. c’est impossible! Je l’ai laissée en train d’accoucher.Lusla. d’autres qu’ont disparu. une seule idée en tête. Le jour de ses couches. Ainsi.Lusia.. d’une personne que tu as connue. mon parrain est apparu à ma mère le lendemain de sa mort. mais dans la vie et auprès des Anciens. encore.comme on appelle ici ces gens pleins de sagesse et de science. je ne veux pas être enterrée dans n’importe quelle robe. On vient me chercher r . pour la consoler de n’avoir pu toucher son héritage. Elle n’était pas là.

Je fis enterrer et l’enfant et la délivrance. devant la porte. Ma sœur vint me parler. Alors. et ma sœur fut libérée. tante Hélène a oublié de me délivrer. lui dit-elle. i ka Siméis m'a faite me va à merveil­ fè mwen tèlman byen. il me faut monter à Chartreux pour l’allaiter. dans ce * Placenta. prends-les avec toi. mes huit enfants. vêtue d’une robe que M® Siméis lui avait faite. elle accoucha la délivrance. . . me convient parfaitement. en rêve.Vous mettrez cette robe-là sous sa tête. une de ses bonnes amies. Mon père aussi avait demandé d’être enterré à Baie-Mahault. 67 . Le soir. . Cesse de te faire du bizouen chaléré kô a-ou. Mais quel travail vous m’avez donné! Mon enfant.Et puis. Wôb la . D’un coup. je somnolais.emprunter de l’argent à un de mes amis. Ma sœur était déjà exposée. Bon. vous auriez dû me le laisser. Je suis obligée de comprendre que les morts ont du pouvoir. comme oreiller. sortir de la maison. j ’ai enterré le bébé là où ma mère enterrait ses fausses couches. sur la terre de ses ancêtres. Men an mauvais sang.Ban di-ou on biten.Claudette. il y a quelque chose. ma chérie. la combinaison. c’est cousine Andrée qui lui fera sa robe. le sien et celui de son enfant mort-né. Dis-lui d’enlever la délivrance *. . reprit-elle. ^doi je dis. au pied du cocotier. C’est bon. Chaque fois que je répète ces paroles. à la veillée. je ne veux pas m’en aller avec. et j’ai acheté du tissu pour la robe. Tous les jours. Elle avait fait une grosse hémorragie et était morte avec la délivrance. mwen la. huit pitit an qu’une chose. adultes comme enfants étaient là à pleurer. ou pa le. ma sœur rendit visite à M"* Claude. qui tenait une boutique d’orfèvrerie. Bon. Je ne te demande ka di ou on sèl biten. enki pran yo pou ou. tu sais quelque chose. A la maison. dis-je en sanglotant. tout ce qu’on a fait pour moi est à mon goût. Quelques jours après son enterrement au bourg du Lamentin. je tressaille. la robe que Man Man Siméis fè ban mwen la. tout ce qu’il fallait. Il fallait le mettre près de moi.Écoute bien. pleurer. J’appelai tante Hélène. Je ne pouvais supporter de voir deux cercueils.

Elles vous disent je mourrai tel jour. Marraine. Pour élever ses enfants. J’avais défait son goût.Zut! On n'enterre plus les gens à moun an bitasyon. comme pour l’enfant de ma sœur. Avant. à la Toussaint. Quelque chose comme une puissance existe. Ses enfants étaient toujours bien mt| tirés à quatre épingles. et tous prient Dieu pour moi. peur de toutes ces choses qu’ils font. ce n'est plus la mode. quand une personne souffrait longtemps avant de mourir. et elles meurent le jour dit.Je suis à l’aise où je suis. Ça me gêne. . mais le regrettais et le regrette encore. ce sont les actes qui comptent. Nous disions simplement: les gens meurent Parfois. J’ai l’esprit tranquille. Et je l’ai enterré au bourg. Une seule chose. chaque année. posa le fera repasser et s’exclama : j 68 . je peux en témoigner. il traînait avec sa mort sans arriver à mourir. sa ja pasé dimôd téré . la campagne. el| lavait et repassait aussi. et pas ces histoires d’aller à la messe. Je suis bien entouré. un peu inquiète. Il est venu me tranquilliser : . Je n’ai jamais couru après monsieur l’abbé. les langues per­ verses allaient bon train. Le monde s’habitue. nous ne connaissions pas le nom des maladies. Le pauvre. A sa mort. par exemple. La mort est une chose humaine qu’on ne peut arriver à contrôler. C’était une habile couturière et une fine brodeuse. qui n’est qu’un homme comme moi. chè. Bety. on fête les morts comme dans l’ancien temps. Quelqu’un qui a un cancer. Je n’ai fait que du bien sur la Terre. qui tisse ensemble vivants et morts. elle envoya un de ses garçon? chez son père lui demander un peu d’argent pour le repas du soi| L’enfant tardait à revenir. je m’ennuie un peu au bourg. il laisse toute sa chair se dessécher sur lui.Ay. C’est arrivé à ma marraine et à mon père. Comme je te le disais de mon vivant. Un jour. Ma marraine ne s’entendait pas bien avec son homme et venait souvent chez ma mère qui l’aidait un peu. Ce que je trouve extraordinaire est que certaines personnes savent à l’avance quand elles vont mourir. c’est quelqu’un qui a fait le mal. Ça ne fait pas très longtemps que les gens n’ont plus peur des morts. On disait: regardez comme il souffre.cimetière où. Je l’avais fait. j ’ai bien vécu. Je né sais pas trop. je me suis dit : .

elle n’est pas terminée.Monte le voir. c’est délicat. je lui ai donné à téter avant de . faites-la bien bouillir et blanchir. Nettoie à fond le pavillon de mes oreilles. s’il te plaît. on ne sait jamais.. vois-tu. Vonette allaitait. Quand Amélise arriva. la très belle nappe brodée et ajourée que je faisais pour la chapelle de Baie-Mahault. le choc pouvait lui faire passer son lait.Quelle histoire de mort c’est ça? Te laver les cheveux avec un refroidissement! Pour attraper une maladie alors. c’est de vous laisser à charge tout ce tracas pour m’enterrer. . je vais mourir.Tu dois bien me peigner. La nappe que j ’ai brodée pour Élise. gratte fort. maman lui fît boire un thé d’écorce de grains de café. . Dieu bon. Ce qui m’embête le plus.Je te dis que je vais mourir.Vonette. .Envoie-la chercher. i x Ma marraine savait qu’elle allait mourir dans un instant.Ne te donne pas tant de mal. . Elle insista : 69 .Avec ce bourreau de mari. refusait de mourir devant elle. . ne laisse aucune pellicule. ne déparle pas! . ton enfant doit pleurer. et fais-en une robe pour m’enterrer. commère. .. Allez me chercher ma sœur Amélise. ma fille. . Sitôt qu’elle arriva à la maison.jenir. .En voilà des paroles! lui répondit ma mère. marraine tomba toute chaude dans la ravine. pour laisser ainsi mes enfants. faites attention qu’on ne dise du mal de vous.Commère. .Mais non. Je n’ai plus assez de force pour m’occuper de cette nappe. elle avait sué. Vonette. lave-la bien propre. je n’ai pas encore envie de mourir. Je vais aller voir. Sur le chemin. Je ne veux pas mourir avec toute cette crasse de maladie sur moi. Le Bon Dieu ne voulait pas que je lui offre ce qu’avec tant d’amour et de foi j’avais fait.Mais arrête. cousine. . Et elle continua d’une voix pleine de tristesse : . Marraine. Décrasse-moi la tête.Écoute. blanchis-la. lui appliqua des feuilles de « guéri-tout ». marraine lui dit : .Dire que je vais mourir sans revoir mon enfant. . marraine. . qu’elle me lave les cheveux. Je vous en supplie. ' . Un petit enfaiît de vingt-six jours. Elle avait repassé. qui sentait cela.

Allez chercher tous les voisins. Il n’était pas si malade que ça. Sur ce morceau. car demain. Va et. Il était malade et souffrait du genou. Mon père sut aussi qu’il allait mourir. Et elle mourut. va voir ton bébé. il se leva et annonça : . il me demanda d’aller lui cueillir des oranges. La mort est dans mes yeux. à dire des blagues*" à parler des élections municipales qui devaient avoir lieu le dimanche. .lui fit plaisir et lui apporta deux belles oranges.Malade comme tu es. AÜj ce n’est pas de la blague.Elle n’aura pas le temps d’arriver. et il en mangea. Je ne veux pas mourir encore.avait-elle aperçu un signe sur sa figure? . et ne me dis pas que tu iras tout à l’heure. . tu vas me préparer pour aujourd’hui une de ces douceurs que tu sais si bien faire. il te fera trop d’histoires. A un certain moment. Je n’aimerais p i que tu vives avec ton beau-frère. elle dit : . II dit à celle-ci : . mais ne l’appelez pas. tu installÉ ras une petite boutique pour gagner ta vie. si on envoyait chercher les parents installés sur la terre au haut du chemin? Je voudrais leur demander dé faire un échange avec toi. s 70 . je vais à l’hôpital. les: voisins. Le bourreau de mari ne m’a pas envoyé mes enfants. Un samedi. Je veux les voir avant de passer. Tu leur donnerais un peu plus de terrai des fonds pour moins sur la route. je me meurs. Allez me les chercher.Vonette. il resta là à bavarder. comme ça.Bety.Joséphine. Maman . demande à Man Ragondier de me prêter sa berceuse. Avec ses camarades. Il ne nous avait pas encore dit qu’il allait mourir. Pour aujourd’hui même. Je veux voir mes enfants. papa. en passant. dire que demain je ne serai plus lai Bety. tu veux manger des oranges froides? C’est être trop vorace.Lundi. Le soir. je ne serai pas là. Il fit appeler ses amis. il m’appela: . Ma tante lui fit des doucelettes au coco. sa sœur.Est-ce toi qui vas les manger? Je ne voulais pas lui donner. ma tante. Je vais les attendre assise dans la berceuse. Vonette partie. va me chercher tous les enfants de ta sœur ainsi qui cousin Mano. .

le secoua un peu. . pour prier ma mort. Il embrassa tendrement tous les enfants.Papa. je ne leur 71 .Je vais à l’hôpital. cousin Mano. papa? . 3 heures du matin! Il fait encore noir et la cuisine est dehors. dans la nuit. . Va me chercher ta sœur. il và vous laisser. Fais appeler son fiancé et fixe avec lui une date pour le mariage. Dis-leur de venir voir comment on meurt de belle mort sur son lit. J’ai eu du mal à réveiller ma sœur. Normal. veille bien sur ma deuxième fille. les enfants.laisses mourir. Si le misyé ne se décide pas. vers 3 heures du mâtin. je n’aurais pas le temps de le boire.Pas ta mère.Tu n’as qu’à te faire servir par ta femme. Je partis la peur au ventre. les femmes enceintes ont le coips si lourd. Odilia et Andréa. Une enfant qui sera une femme bien debout. mon père me réveilla et me demanda de lui faire un peu de café. un fort caractère. tu ne veux pas passer un peu de café pour moi? C’est ce que je demande à ma fille avant de mourir. Quant aux demoiselles Odilia et Andréa. disait-on. Fais-moi un peu de café. . ma sœur mettait au monde une petite fille.Oh! Tu me. Je ne bougeais pas et restais silencieuse.Tu me laisses mourir sans mon café? Je ne comprenais rien à ces paroles de mort. Ma sœur était enceinte et attendait pour bientôt son sixième enfant. . je me décidai : .Il est trop tard. Deux semaines après. Qu’elles apportent aussi leur «ange conduc- ». l’embrassa et dit : . en temps habituel. . je ne verrai pas cette petite. . il part pour l’hôpital demain. je vais te faire ton café. toi. passant la main dans leurs cheveux. Et toi.Embrassez fort Papa Mine. entoura son ventre de ses deux bras. comment lui annoncer la mort de mon père dans son état de fragilité. fais le foutre le camp d’ici. Quand il commença à faire moins noir dehors. Le dimanche. sans la tuer elle-même? Elle finit par se lever et vint. Et puis. ma fille. Elles avaient dit que j ’étais un ■malfaiteur. énergique. Mon père la fit s’approcher.Me lever à cette heure de la nuit pour te faire du café! M’obliger à aller dehors! Tu veux que les zombis19 m’emportent. un mort l'avait secouée.

ou il se renversait ' par terre. nous ne nous enten­ dions pas.Non. . I Man Bety raconte si bien que je n’ai pas vu l’heure passer. Mon père les accueillit avec un large sourire. Je croyais que ce n était pàï vrai. Les morts n’ont pas de pouvoir. . . Manzèl. sur mon lit. J’entendais encore mon père : « Va me faire du café.Encore une blague de ton père que tu me chantes là. En finissant ces paroles.Odilia. qu’est-ce qui vous prend. Ma cousine et moi nous pleurons à chaudes larmes.C’est mon père qui m’envoie. remettre tel femme en perdition dans le droit chemin. . Ma mère. . maintenant.. mon père est mort! . . de ma belle mort. Pour comprendre. je le jetais.Vous m ’avez réveillée. zéro. je voudrais. » Et jê ne lui avais pas accordé ce plaisir. a une heure pareille? . Elles firent le déplacement.. Les Anciens nous apprenaient qu’avant de boire ou de manger quelque chose.Avant. boire le café fait par ma fille. quant à elle. j . Cest vrai. elle ne] comprenait pas. tu sauras si j’étais un malfaiteur.adressais pas la parole. il mourut d’un coup.Anmoué. . je vais mourir. Il vous fait dire : venez voir comment meurent les gens dont on dit qu’ils ont fait le mal. Depuis longtemps. je croyais à tout cela. Chaque fois que j’en faisais. on dit tellement de choses sur les morts. K| nourriture t’échappait des mains. nous agrippant l’une à l’autre. crié. Je ne peux plus continuer à être d accord avec vous. je suis pourtant intervenue : j . Si tu ne respectais pas ce commandement. \ Je suis restée au moins deux mois à ne pas pouvoir boire ae j café. Nous avons pleuré. je ne peux p dire que les morts fassent quoi que ce soit pour moi. il fallait donner aux morts leur part. était restée froide. anmoué! Accourez. Venez aussi pour lui lire la prière des agonisants. Moi. tellemei d’histoires circulent sur leurs pouvoirs : faire trouver du trava sauver tel enfant de mauvaises fréquentations.. . A la fin. il t’a dit de venir et d’amener Andréa.. Je ne pet 72 . avant de mourir.

Je n’ai jamais eu peur des morts. à manger. je me demande comment il pourrait agir sur moi m effrayer. je sais que cette personne est morte. et elle a très peur. surtout à ceux que la mort bouleverse II ! ne faut pas les empêcher de pleurer. mais je ^ n ai pas cette sensibilité pour un mort. mon §èrè et ma sœur. nous mourrons. parce tue ma mère vivait dans le malheur. Je connais des gens h qui ont tellement peur des morts qu’après avoir été visiter une n personne morte. et que nous nous rejoindrons. Ma voisine. quand maman est Jlttorte. je peux les voir me donner quelque chose en rêve. L’homme n a pas été créé pour vivre éternellement sur cette terre. et elle . ma mère. s’ils m’apparaissaient en revende dire : ce sont eux. je peux pleurer sa mort. mais ce n’est peut-être pas eux. ils ont un pouvoir. Je peux me désoler pour . c’est une famille que j’aimais bien. j’ai la foi et ma Voyance est toujours là. malade. Une autre ^encore était restée à Carangaise. Elle avait à boire. Moi. En l’appelant i ’est une grande grâce que Dieu lui a faite. C est comme pour ma mère : j’habitais ici. mais il faut te faire une raison. Alors. par exemple. avec moi. » Dans ma f croyance à moi.J’ai déjà perdu mon père. il lui fallait gagner sa vie. une de mes sœurs ■à Pomte-à-Pitre. que je mourrai un jour. une autre au bourg de Capesterre. mais je n’ai pas été désolée. Je me dis : « C’est quelqu’un avec qui j ’avais de bonnes relations. beaucoup de parents. Il ne me viendrait pas à l’idée. C’est cette ‘ croyance que m’a donnée l’Évangile. quelqu’un que je viens de voir . j ai souffert de sa mort. et si cette personne est morte. Mais une personne déjà âgée. je pleure avec eux. bien vivant et que je retrouve mort. Nous avons été créés. Alors. mais je ne me désole . même s’ils se couvrent des pieds à la tête. c’est son corps qui est mort. et ceux qui s’occupaient d’elle. ne savaient où donner de la tête. : Je suis toujours prête à aller consoler ceux qui en ont besoin à r leur redonner courage. cette ’ Personne te manque. qui souffre. mais la vue d’un cadavre ne m’impressionne pas.avait a sa charge ma mère malade. P35 dire c*. je pense à eux. je me r demande comment elle fera si un de ses proches vient à mourir? Elle ne peut participer à aucune veillée car ensuite elle voit le mort toute la nuit devant elle.. ils n’arrivent pas à dormir. Je ne sais pas pourquoi. Bien sûr. quelqu’un mort dans un accident. II nous faut passer par là. tu souffres. pais elle restait là. C’est elle qui m’inspire quand 73 . à souffrir. Quant à moi.

JB C’est drôle. en suivant respectueusement les règles® le mort ne reviendra pas les embêter. je ne vais pas déposer le mort. ceux qui soÉH venus seulement pour l’enlèvement du corps. » Il a invoqué un mort au cimetière et âH envoyé son esprit sur lui. après l’enterrement. j . Quand un malade ne guérit pas. je me retrouve à la maison du mort pour encourager une nouvelle fois les parents. le mort restera sur toi. me rendre compte comment ils ont accepté la mort.Je m’arrête ici car moi. * Man Joseph. en racontant ça. Il va rester là. s’ils ont un malade chez eux. j On a laissé le cadavre au cimetière. je descends de la voiture qui nous ramène du cimetière avant d’arriver devant la porte de la maison du mort. certains disent pendant! les neuf jours de la prière. chez le maître du mort. jettent l’eau du b a il* J’ai toujours vu faire cela sans jamais pouvoir poser de q u |9 tions. il a utilisé la sorcellerie contre lui. Mais presque tout le monde. mettent les draps dehors. retourne dans la famille. dans sa maison. où l’onJ refait une veillée. l’enfant pourrait naître «les yeux en l’air» (révulsés). on ramène l’esprit du mort j chez lui.après l'enterrement. 9 74 . pour «déposer le mort». Quand je ne connais pas trop bien la famille. leur raconter comme tout s’est bien passé au cimetière. . leur tirer les pieds la nuiM leur faire peur quand ils doivent sortir le soir. pourquoi. et s’en aller la nuit du vénéré. les femmes enceintes ne doivent pas rendre visite à un 1 mort. 9 Moi. qui . le mort est su® moi. W lui a envoyé un mort. on dit : « Untel à ll fait à Untel une méchanceté. je ne crois pas qu’en sortant du cimetière. interdisent qu’on aille les visiter au retour du cimetière. De même. Comment peut-on « déposer le mort » puisqu’on l’a déjà déposé au cimetière? Est-ce que le mort est sur vous? Peut-être bien. après l’enterrement. puisqu’il y a des gens. Si les vivantfl ont bien tout fait pour lui. Je ne crois pas non plus qu’on puisse « envoyer un mort ® sur quelqu’un. Comme les gens savent que je suis une grande blagueuse. ils ne prennent pas ça au sérieux. D’autres pensent qu’il ne peut partir qu’après la ! messe donnée en son honneur le quarantième jour. je me rends compte que t i n ancêtres nous ont laissé toutes ces coutumes sans explication!» Par exemple.Je dis : . dès le corps parafl défont les lits. que j ’aime beaucoup plaisanter.

Personnellement. r j’ai observé beaucoup. d’entre nous reprennent ces gestes sans avoir toutes les clés. le bougre a expliqué que ces hommes se peignaient en noir pour représenter les Nègres d’Afrique. enfant. Ces grands diables tout nus. Le journaliste lui a demandé si elle connaissait la signification de ces masques. pourquoi. pour certains Quadeloupéens. à l’époque du Mardi gras. ils n’avaient pas le droit de | poser des questions aux grandes personnes. vous suivez tout avec vos deux yeux. le corps passé au noir luisant. ' vous êtes là. De toutes ces mille et une choses que pratiquaient les ancêtres. mokozonbi20. Avant. et puis quelqu’un a né l’exemple. Pour être secrets. Mais vous. Si vous savez : retenir les choses. C’est pourquoi. j ’ai vu faire. une vieille personne parlait de tout ce que la Guadeloupe a perdu: masques à Congo. j’ai ri! Alors c’était ça: au carnaval. il y a autre chose. j’allais me cacher sous le lit quand. Je n’avais pas la vraie connaissance. les masques à Congo passaient. que la terre tombe sur leur estomac! Pour i. Moi. Je ne savais pas leur importance ni ce qu’ils représentaient. masques à cornes. j’ai fait aussi. ce serait utile de savoir le sens de tout ça. étaient secrets.nt pas. ■ aujourd’hui. ils . il y a plein de choses sur lesquelles je m’interroge encore. on se déguise en Nègre! On se met tout nu. qui se peignent : en noir.Par exemple. mais sans rien savoir. les caveaux n’existaient pas. disent-ils. Il faudra toujours creuser la terre pour y plonger mon ïs. et pour devenir un vrai Africain. La plupart . déjà noirs de peau. Certaines personnes savent. Pourquoi tant de Quadelou­ péens ont-ils si peur du fromager. et je découvre qu’elles avaient une signification. mais que ça se faisait. je m’en e. Un jour. rien •ifest plus important que posséder un caveau de famille. m ’ont toujours terrorisée. sans linge. Des Noirs. comme c’est drôle! i Je repasse en moi toutes ces coutumes. on ne connaît et ne comprend que très peu. Quant aux enfants. on se barbouille de noir. masques de la mort. Ils ne ' . des « masques à Congo » qui défilent encore au carnaval. caveau ou pas. il fallait avoir les 75 . un vrai Congo. peur de tout ce qui nous vient du temps où nous étions esclaves? Enfant. Elle a répondu que non. Pourtant. . Ce n’était pas n’importe qui. vous pouvez raconter après : j’ai vu ça. Les anciens faisaient leurs affaires sans rien dire. à la radio. Alors. J’ai ri. juste en cachant son sexe.

l’argent de son cercueil. devenir une vraie personne.. lu » c’est comme un dépôt. Elle a fait ce caveau comme a peut-être l’auraient fiait les gens de son temps pour qui la terre ! avait beaucoup d’importance. Ils voudraient une belle case j pour épater leurs amis. maintenant. il faut bien le dire. de la cérémonie.moyens.. Le fossoyeur jette tout. rien. j Même si mourir. nible sans problème. celui qui est sur ta propriêtH 76 . Il y en a qui veulent derrière leur dos beaucoup de j voitures. La première chose qu’on vous dit : « Mon Mare-Gaillard est payé21. dans les cimetières éiffl bourg. » J Lorsque ma mère a construit son caveau avec l’argent de la ^ terre de sa cousine. c’est quelque chose de très dur. *4 J’ai entendu donner une autre raison de cet amour d er| caveaux. on ne fait pa$j attention. les os sont perdus. j longtemps. il ne reste plus un os. Les gens ne veulent pas « perdre leurs os ». Reposer dans un caveau montre que vous êtes une « personne de bien ». ce n’était sûrement pas par vantardise. Ses parents n’auront pas à mettre les mains • sur la tête ni à implorer quiconque. Un autre a voulu l’imiter. les esclaves de petites cases. -Æ Dans ton cimetière. On déterre un mort. Elle 4 n’a jamais eu des idées de grandeur. de vraies maisons. De la$j personne. Va-t*en savoir à qui il appartient! Le caveau. il n’y a plus de respect. Les maîtres habitaient de belles et grandes maisons. Un os sort de là. tous tes os restent là. ] soi-disant. être en haut. vous disent : « A ma mort. je me dis que l’importance que les petits attachent au caveau doit venir du temps de l’esclavage. » La personne est tranquil­ le. ni | fleurs ni couronnes. Ils ont peur-l d’être déterrés. en famille. une mort convenable. plus gros. plus rien. N’est-ce pas dans la mort qu’on cherche à rattraper ce qu’on n’a pu avoir de son vivant? Chacun veut prendre sa j revanche. Certains. Le fossoyeur est payés au mois. ici on vit avec cette idée et chacun se prépare à l’avance. rien. Les orgueilleux désirent. Si tu n’as pas i de caveau. puis un autre encore. Et. il tombe là ou ailleurs. Les caveaux sont devenus plus grands. une grande case pour loger tous les | parents qui viendront de loin et resteront là pendant les neuf j jours de prière. En réfléchissant. tu es moins que rien. Une fois to m ijl il est tombé. des voitures à louer pour aller chercher les gens dans toutes les sections sera dispo. qui ont jf dû beaucoup souffrir dans leur vie.. se séparer des siens. pour ne pas rater ça. d ’autres des fleurs et de la musique.

tu remettais tous les os bien en place. les ont sur les bras depuis la naissance. très souvent. on porte le deuil pendant trois ans. c’est la mère. Untel est mort en dernier. deux ans de gros deuil. D’ailleurs. à boire ensemble. Bien sûr. étiquettés: «o s à Untel». par exemple. un an de demi-deuil.Vois comme ses dents sont restées blanches. quelques papas qui prennent les enfants dans leurs bras et leur donnent le biberon. ils ont poussé. En plus. chez moi.. Pourtant. un an de gros deuil. Je comprends que les gens ne veulent pas qu’on méprise ce qui reste de leur corps. je vois. et vous le portez pendant neuf *tois.Et les cheveux d’Unetelle. l’enfant n’a pas quatre semaines 77 . la mère a trop de travail et les envoie promener. se lèvent la nuit. les mères n’ont pas la meilleure place. Ils se retrouvaient là à manger ensemble. . tout en noir. il y en a quelques-uns . C’est une chose à laquelle nous devons réfléchir. des os sont installés dans des vitrines.. «os à Untel». Maintenant. dans un musée. . ses os sont plus frais. mais je ne peux pas vraiment en parler car. Si nous regardons bien. six mois. et qu’elle n’ait jamais la priorité sur l’homme? Com­ ment se fait-il que seulement dans le deuil elle passe la premiè­ re? Une maman compte plus qu’un papa. ceux qui fouillaient avaient un lien de famille ou simplement d’amitié avec le mort. . trois ans de deuil.sont les mamans qui font les enfants. Les os ont bien une valeur puisque j’ai vu dans un livre d’histoire qu’en France. L’homme ne fait que vous ïiettre le gosse dans le ventre. alors qu’on ne lui donne pas cette même place dans les affaires de la vie. mais. mais je me demande pourquoi on accorde à la femme la meilleure place dans le deuil. Comment se fait-il que la femme ait droit à un plus grand honneur. parlant avec respect dès morts qu’ils avaient connus. quand tu déterrais un mort. ce . nous constatons que ite la vraie valeur. un père n’est pas une mère. c’est vrai.tout jeter . pour un père. L’homme a peur des bébés jusqu’à s cinq. je n’ai jamais vu ça.il ne faut pas .qui participent à l’éducation des enfants et s’occu­ pent d’eux quand. dans la société. deux seulement pour l’homme. Je m’interroge sur cette autre coutume que nous ont laissée les anciens : comment expliquer que. Après. pour une mère. un an de demi-deuil.Regardez.

Après une telle catastrophe. lui donnent la meillëjjM Avec un père. sa tête coiffée d’un foulard noir. la mère des autres enfants. Joseph. Lucie et eux sont frères et sœurs « côté maman » puisqu’ils n’ont pas le même père. leur mère a supportée pour eux. au moment de la mort. Je l’expliquais l’autre jour à une j dame que j’ai rencontrée dans un coup de m ain22.La robe noire n’est rien. Alors. je comprendrais. On peut compter sur une sœur «côté maman». ménage ta santé. une telle perte. l’emmener chez quelqu’un. La famille côté maman compte beaucoup plus.qu’il vous faut aller travailler. j J’ai beaucoup souffert pour élever mes enfants. mais je ne suis ] pas d’accord pour qu’à ma mort. le soleil. Par exemple. ellej f l toujours là. vous débrouiller avant de partir pour tout préparer. Avec une mère tu es tranqufflM Elle te donne la force. et. la mori* d’une mère. Si tu travaillais dans un bureau avec l’air frais sufl ton cou. Elle m’a diïl qu’elle avait perdu sa mère il y a peu de temps. et la robèj noire pour sortir. le père est comme une pièce rapportée. l’orage. j ’ai une fille de mon premier ménage. ne malmène pas trc® ton corps. jB J’ai l’impression que les enfants ont vu toute la peine qiÉB depuis leur naissance. son père. en ville. mais elle pense tout le temps à cet enfant qui n’est pas avec elle. courir le reprendre. Le noir pour moi n’est rien. ils se tuent sous ce soleil à j porter deux ans de gros deuil. Mais tu es ouvrière agricole et c’est M soleil qui te mange. Sous la pluie. aller à la messe. il faut ramasser tes forces pour vivre. Ce so jn eux qui. Alors. Les autres enfants disent. Mais si j ’étais la mère de Lucie. et une autre femme. 78 . Nous avons toutes été élevées à nous méfier des hommes. alors : qu’avec une sœur « côté papa ». élever un enfant! Dans la famille. on n’est jamais sûr. Je lui ai répondu : ï . ils diraient : nous ne sommes pas « embranchés » puisque nous ne sommes pas sortis du même ventre. rien n’est assuré. qu’elle ne pouvait! faire autrement. Que de souffrances pour la mère. Elle portait! une robe noire. mets une robe légèflÉl bleue ou violette pour aller dans les champs de canne. La maman travaille. c’est ce qui se passe dans ton cœurl qui compte. Tu respectes ton deui® en n’allant ni au bal ni au cinéma. quand il n’y a pas à la maison un aîné pour le garder. c’est I dans le cœur que tout se passe.

ta sœur n’est pas là. . ma mère m’a bercée avec. Guadeloupéens. Je ne sais pas trop. papa n'est pas là. Pitit dodo. mères. . pour endormir nos enfants . Maman toute seule reste dam la zè. le faire des Anciens. sésé pa Dors mon petit. nous. leur vision du monde sont enracinés en nous. grand-mère la chantait. nous. y Cette chanson. la. misère. Sé manman tousèl ki dan lami. Sé manman tousèl ki dan lanba. Et qu’est-ce que nous chantons.Maman toute seule reste dans ra. le bon comme le mauvais. et moi je la chante toujours. mais je crois que le dire. papapa la. Et c’est tout ça qui nous a fabriqués. „ Vembarras.

sé on moso a kô a-ou. c’est comme vendre ton père ou ta mère. La terre des ancêtres. c’est délier la famille puisque ce qui la rassemblait n’existe plus. vous ne pouvez pas faire sortir le pays de Venfant. Chapitre IV Tè. la terre des ancêtres. apporte la paix. Tous ensemble. rappeler par ui signe. ils forment un grand corps. Il faut pourtant savoir comment acheter. si une petite villa est construite. i Être obligé de vendre la terre des parents. jusqu’au petit doigt. Comme les doigts à la paume de la main. les autres sont venus. une marque. James Baldwin. et dans quel sens. ne pas reconnaître qu’ils t’ont enfanté. Chacun prend son argent et personne ne connaît plus personne : l’un va peut-être voyager. l’autre acheter ailleurs et construire une maison. après. Elle fait la part des choses. tu ne dois pas la vendre. la vente est la seule solution. Vendre la terre des ancêtres. Vendre la terre que t’a laissée ton père ou ta mère. par malheur. C’est faire comme le maître qui vendait un esclave en lui faisant perdre tout ce qu’il chérissait. Si un égoïste veut tout garder pour lui. Et aussi. Si. tè a granfanmi. les membres de la famille sont unis à la terre. Le pouce était déjà là. tu vends. c’est pour certains . tè a manman. avec le sang hypocrite qui coule dans les veines des enfants d’aujourd’hui. un morceau de soi qu’on ne peut pas vendre Vous pouvez faire sortir Venfant du pays. Sa pa ka vann La terre maternelle. parfois. il vaut mieux vendre. tu réfléchiras et tu t’écrieras : «Q u’ai-je fait?» Mais ce qui est fait est déjà fait et bien fait Pourtant. sans rien céder aux autres. d’où vient ce bien. tu ne peux.

l’avons poussée à vendre cette terre car un de mes frères la voulait pour lui seul. à elle. Si je vends. Ce frère s’était déjà mal conduit avec notre mère. tu peux la vendre. c’est une chaise coupée en deux qu’on sépare pour donner un bout à l’un. du bien d’une cousine. ceux qui se battent pour réclamer ce qui leur revient. Le tribunal avait déjà parlé dans cette affaire. je ne peux plus dire ça. quelque chose qui se brise dans les liens de famille. tu fais voir qu’il est à toi. Ton voisin. Avec l’argent. II y a ceux qui abandonnent leur part. la bagarre va se déclencher. tu mets quelqu’un dessus. si c’est par peur de l’affronter que tu as loué (ou vendu. Beaucoup. Nous nous sommes dits : il faut faire quelque chose de cet argent. C’est à toi qu’il en veut. Je parle. c’est sacré. il y en a qui vendent). On ne pourrait pas accuser ma mère de jeter l’argent par la fenêtre. Leur nom ne doit pas traîner devant la loi. Ils disent: «La terre dévore les gens. qui ne se battent pas. » Je suis d’accord avec eux. S’il y a un jugement du tribunal. elle l’avait reçue. souvent sans résultat. celle que vous avez reçue en héritage. Nous nous sommes dit : quand notre mère mourra. Même si tu ne peux pas le cultiver toi-même. toujours en affaire avec lui. La loi t’a attribué un morceau de terre. mais toi. L’idée d’un caveau est venue. La terre des ancêtres. Ma mère a vendu à un de ses filleuls. Pour moi. toute seule. de la terre maternelle ou paternelle. Ma mère avait hérité. Elle n’a pas pris cette décision toute seule. Grâce à la terre laissée par la cousine. Ils se respectent. prenez-la pour vous. Quand je vais à Carangaise. Mon frère a continué à la poursuivre. Tu seras . elle pouvait la vendre. Elle devient « la terre à Untel». le ^problème est toujours là. Alors. je dis : je monte sur la terre de ma mère. bien sûr. faire une donation à un des . qui voulait tout pour lui. On la lui avait donnée. les enfants. sur la terre de mon père. le couteau s’en mêlent parfois. Ce qu’elle a fait. Nous. de leur vivant. un bout à l’autre. qui occupe « sa » terre. ne voit pas le locataire. elle a construit son caveau. par peur. le fusil. mais que de discordes elle crée dans les familles et avec le voisinage! La hache. Certains pouvaient. ne veulent pas entendre parler de problèmes d’héritage. connaître la honte. C’était donc sa terre. elle a pu faire construire son caveau. Ça ne tiendra jamais debout. le souvenir des ancêtres. c’est plutôt une souffrance. Si un cousin te laisse une terre.

petit à petit. Si tu veux agir selon le droit.enfants.Partager cette terre! Depuis le temps que je la travaille. Cela entraîne la discorde.Ne viens pas sur ma terre. même ceux des enfants qui se sont souciés du vieux père. peut-être le plus malheureux. le bougre ne voudrait même pas qu’elle pose le pied sur « sa » terre. Il était resté avec ma mère jusqu’à sa j mort. un citron. Quand il y a j plusieurs enfants. Ou bien on la partage. maintenant que vous voulez me chasser! répondrait-il. Les ennuis ? commencent. D’ailleurs. On la lui a laissée. on laisse courir. Ils ont laissé la terre à cultiver à un seul d’entre I eux. et lui. les autres héritiers interviennent : 1 . ma sœur et moi. le petit j dernier. Un seul. ou bien on te l’enlève. pourquoi vendre? Chacun peut prendre un petit morceau pour son propre compte ou un seul s’en occuper en entier. Si tu es fatigué. Comme chacun était parti de son côté. . Ou bien que l’un d’entre nous ■ prenne ta place. habitant Capesterre. il fait ce qu’il veut. mais d’autres ne donnaient rien à personne. elle descend le prendre chez mon frère. n’avait rien à lui. mais s’il lui manque une orange. Une de mes soeurs. nous pourrions lui dire : . tu tombes dans les cancans de loi et de justice. a son jardin. tes parents te l’ont laissée sans que tu peines pour ça. à cultiver cette terre. Mais s’il veut vendre. Nous ne voulons nous fâcher avec lui pour une question de terre.C’est la terre de notre mère. \ Mes frères et sœurs possédaient déjà du bien. Tu n’as pas : acheté cette terre. prend tout. nous pouvons louer. peuvent avoir plein de j désagréments. qui ont gardé un lien avec lui. loue à quelqu’un qui sait travailler. laissant libre l’héritage. Tu sens dans ton cœur que tu te trouves dans une situation que tu n’as pas voulue. Maintenant. 82 . tu ne veux pas empêcher les autres de vivre. Ma mère est morte. C’est si vrai que s’il trouve là l’un d’entre nous. D’après ce qu’elle m’a dit. Elle nous a laissé une terre. Si nous étions mauvaises. il pique sa crise et va bougonner derrière son dos sans oser prononcer en face les vraies paroles : . c’est i lui qui a tout en main. et que lui seul était rei à Capesterre avec maman. pour lui permettre de vivre. Alors. Alors.Nous ne vendons pas. aucun n’a le droit de vendre. . un coco. venu sans sa permission. c’est.

quelques ares à celui-là. il prend la part des autres. Alors» pour obtenir une part. » Une fois rentré dans l’affaire. Il savait dire : « Là est ma limite. et il n’y a pas de lien de mariage pour prouver tes droits. Deux hommes en costume de ville et souliers fermés arrivent et l’interpellent : .Voici un papier décrivant votre terre. on plante des poteaux en ciment. là on trouvera la crasse du charbon et le morceau de fer. Si l’immortelle se trouvait arrachée. Mon amie n’est pas une personne à signer sans lire. pour borner les terres. Ils n’ont pas fait redélimiter leurs terres? Il rognera quelques ares à celui-ci. Les gens du temps longtemps étaient plus malins. ‘ . de ceux qui ne se sont pas dérangés. elle doit accepter sans discuter. j ’étais avec une de mes amies dans son jardin. cela veut dire : « Je suis le plus grand des voleurs. » Les anciens ne convoitaient pas le bien des autres. J’ai vu ces messieurs au travail. . dans les fonds. Leur point de vue était sérieux. Tout est bien ^délimité. Chaque fois qu’ils plantaient un pied d’immortelle. seul celui à qui les anciens avaient transmis la connaissance ne pouvait se laisser démonter par plus instruit que lui. par quelqu’un ou par un cyclone. seul un jugement de loi peut prouver qu’Unetelle est ta mère. quel déshonneur! Dès qu’il est question de terre. arpenté. Elle .examine 4es papiers. à cueillir des pois-de-bois. Être obligé de monter les marches du tribunal. C’est plus ou moins bien fait. mais tu ne portes pas le nom. Une autre source de désordre : tu peux être héritier. mais n’allez pas toucher à ce qui leur appartenait! Maintenant. Voulez-vous signer pour la bonne règle. là il faut fouiller. honnête. méfiance! Quand l’un des héritiers dit : « Je suis plus qualifié que vous pour rechercher les tenants et aboutissants de cette terre ». au courant de tout. Un matin.Mais vous me volez trois ares. Et lakandas (le cadastre) s’en mêle! Il suffit que ses agents viennent dire à une personne « voilà les limites de cette terre ».Non. Leur connaissance était fondée sur des preuves. ils enterraient sous les racines du charbon et un morceau de fer rouillé. madame. messieurs. Un pied d’immortelle marquait la limite de leur / terre. on ne vous vole rien du tout. 83 .

C’est le canal qui les a pris. à redélimiter. que de renseignements il te fournit! Le genre de la terre. mon amie le savait. la ravine. . Usait-on sur les actes de décès. lâ où elle se trouve. mais pour rien. je ne sais qui. vous a donné les limites de ma terre. Tout ce que je peux signer. Savoir ce qu’est un are. J’ai toujours su où il : passait. Un titre ancien de propriété. Ces messieurs de l’administration sont terribles. Un are. c’est trois cents mètres carrés. c’aurait été chez mon voisin. t . alors que vous n’en avez pas besoin. vous devez faire arpenter. Elle ne se laissait pas faire. Alors. puisque tu peux y voir marqués les métiers de ta famille : Untel était marchand. tous. c’est dix mètres sur dix mètres.Moi? J’ai mon acte de propriété.Le canal n’a jamais mangé de mon côté.Alors. et elle ressort chez moi.. que vous connaissez très bien vos affaires. arpentez. Qui es.. il faut connaître aussi un brin de système métrique. m’expliquait mon amie.Quelqu’un. . pas reconnus. preuve que personnes avaient acheté cette terre. . et même s’ils savent lire. sa grandeur. et surtout. Si elle avait dû prendre quelque chose. ! génération en génération. Il l’a détournée sur sa terre. gratis. c’est ma terre ». Si vous voulez arpenter. pas mariés. l’un près de l’autre. je ne signerai pas pour la capacité. un autre faisait le charpentier. . j Beaucoup de gens se font avoir. I anciens ne faisaient guère de cimetières dans le bourg. « Mort et enterré ladite propriété ». vous me direz où sont passés les trois : ares. c’est la rivière du Lamentin.Alors. arpentez. Ils avaient beau dire : . Ainsi étaient les anciens titres dé propriété. mariés. Je n’ai pas besoin de faire réviser ma terre.Messieurs. Ils ne savent pas lire. enfants recon*. Et pour ceux qui avaient 84 . ils étaient enterrés là où ils avaù vécu. vous êtes deux arpenteurs. combien il a de mètres. ça ne disparaît pas comme ça. il te donne des connaissances. Ils vous font un tas de tracasseries pour vous forcer à réarpenter. . trois ares. à quelle race de personne tu appartiens. Toutes les générations. Les cimetières montraient aussi à qui appartenait la terre. c’est la ravine. c’est « oui. nus. C’est vous qui voulez connaître.

Les « sections » n’existaient pas comme aujourd’hui. Le soir de l’illumination. entretenir le cimetière. Quelquefois. pas de respect Cette femme.. ce qui lui donne un point de repère. nous sommes allées poser des bougies. je crois. le hameau de Plaisir. qui avait eu maille à partir avec lakandas. n’a jamais laissé tomber ses morts. Dès qu’on voyait ces sortes de fleurs. qui 85 . A une Toussaint. le premier membre de la famille enterré sur sa terre avait droit à un manguier. pour savoir si la terre était maternelle ou paternelle. Ils ne font que planter. on lisait : « né dans la maison maternelle ou paternelle » et « mort dans la maison maternelle ou paternelle. indiquait un lieu de respect. Les ancêtres avaient mis cet arbre en terre en signe de respect pour la famille. la fête des morts. on savait que des gens étaient enterrés là. Les gens. dans un endroit qu’elle ne connaissait pas trop bien. Comme ça. je l’ai accompagnée dans sa tournée. au lieu d’un manguier ou d’un arbre à pain.. des sandragons signalaient le cimetiè­ re. n’ont plus aucun respect pour les morts. S’ils plantaient un cocotier pour marquer une naissance. au hameau de. Maintenant. L’arbre servait de repère. Pas de nettoyage. un mort. Il nous a fallu passer partout : un jour pour désherber. A côté de chez moi il y en a un qui doit bien avoir deux cents ans puisqu’il a été planté en 1700 et quelques. et le nom du hameau te donnait quelque chose de définitif pour rechercher une terre.mis au monde dans ce même lieu. les herbes poussent. elle a repéré la place des tombes. Grâce au manguier. Nos ancêtres avaient une autre habitude. Sur chacune d’elles. C’est marqué sur le titre de propriété. planté par un cousin. maintenant. Cette même amie. pour laisser un souvenir. Les tombes qui sont sur ses terres sont encore mieux entretenues que celles du cimetière public. près des maisons. Pourquoi un manguier? Un manguier tient longtemps. Évidemment. une naissance. un cimetière. Partie un jour à la recherche d’un de ces cimetières. ». elle s’est trouvée dans un champ de canne. au bourg. des arbustes violets. on plante ces fleurs partout. un autre pour « propter ». elle. les descendants pouvaient savoir d’où ils venaient et prévoir leurs affaires. des fleurs. si tu ne nettoies pas. laisser paître leurs animaux sur les tombes. possède de nombreuses propriétés de famille. On disait le hameau de La Rose Blanche. Les gens auraient dû conserver cette coutume.

Si tufl tiens tes tombes propres. Au dernier endroit. quand W propriétaire actuel le permet. le samedi ou le dimanche. l’un passant chercher l’autre. Il n’y a pas tellement longtemps. et nous retrouvons toujours les mêmes espèces. tout comme une veillée habituelle pour un mort. lef morts sont là avec toi. du tambour. d’où est-il sorti? Nous l’avons trouvé là. avec à boire. Chacun cherche où se trouve son bien sans penser à l’ancêtre qui s’est sacrifié. qui à Bergnoles. et allait visiter « ses morts ». quarante-deux ans. qu’on mettait dans une" fosse. des jeux. lever*. Il y a peu de temps. Même si nous appelons le mort un «disparu». il ne savait pas de quoi demain ! serait fait pour ses enfants. à chaque Toussaint. des chansons. * Les tombes ne sont souvent que de petits monticules de terre qu&j pluie a vite fait d’affaisser et qu’il faut périodiquement réformer. Il y a ceux que les ancêtres o |9 plantés. toute la famille venue. Sommes-nous capables de comprendre vraimeM « disparu »? Prenons un arbre. Tu romprais le lien. sur ton terrain. Certains descendants pourtant. à manger. alors le « lie n lj reste. les tombes de leurs ancêtres. L’arbrelS pain. qui n’a pas voulu vendre car.1 des ouvriers agricoles des habitations. Lorsque tu as un cimetière sur ta propriété. toute la nuit. une veillée était organisée. si tu y plantes des fleurs. vous êtes ensemble. par exemple. ne voir que ce que tu peux tirer la terre et ne pas respecter le cimetière. « levçg ** Palmiers à huile. soHj| souvenir est là. disait-il. sc rencontrait. ' Depuis quarante. Les denndés **.à Chabert. Les gens du voisinage s’étaient rassemblés. Tout ça. leurs descendants peuvent venir. même si la terre est tombée dans des mains étrangères. 86 . c’est terminé. soit de Pointe-à-Pitre. Le’ manguier. aussi. Toi. ça se faisait encore. fjâjl ne dois pas te montrer égoïste. lui. continuent à entretenir les tombes. Aujourd’hui. «yo (ils)23» ont mis* opposition à l’enterrement des gens sur leur propriété. soit d’un autre côté. ces veil­ lées de la Toussaint ont tendance à disparaître. même si les nouveaux propriétaires^ ont dressé des clôtures. les tombes anciennes restent en place. nous avonf| toujours su qu’il y avait des arbres à pain. tu es avec eux. Je veux^ parler de ceux qui possèdent la terre et non des colons parti aires. Aujourd’hui. Chacun pour soi.

mûrs. tous ces fruits. à y regarder de plus près.enveloppées l’une dans l’autre. Quand tu viens au monde. gommiers rouges. ■loin des sentiers où quelqu’un pourrait passer. sa racine est toujours là.. ton corps retourne bien sûr à la terre. De la naissance à ■% mort. une fois à terre. l’homme. cocotiers. tu n’auras plus de châtaignes. fromagers. sa racine ne repousse pas. filaos. tu peux confondre le fruit à pain et le fruit du châtaignier. l’arbre à pain se reproduit par la racine. le fruit tombe et l’arbre pousse. meurt. Même si Farbre paraît mort. Dans la nature. nous sommes reliés à elle.) Les gens vont au plus facile car. Là où est le cocotier. Si le pied meurt.. £ Quand tu meurs. avec .la terre. ils ne sont plus du tout les mêmes. et tous ont une grande importance pour nous. tous ces arbres. Ton souvenir restera aussi longtemps que vivra le cocotier. Verts tous les deux. et c’est ' encore au pied d’un arbre qu’on va jeter l’eau du bain du mort. êtres vivants. f-Nous tous. C’est elle qui nous fait vivre. le cyclone de 1966 l’a cassé. l e châtaignier. un fruit à pain qui. Arbres à pain. Le fruit à pain pourrit. ils s’écrasent par terre. nonm sé fouyapen. ronds comme un ballon. quand. » (La femme. et porte encore. on voit le lien. mais Farbre est là. poi­ riers24 immenses. la vie et la mort sont . Tu peux te dire : je ne sais quel ancêtre Fa planté. une châtaigne qui donne d’autres châtaignes. Le proverbe dit: « Fanm sé chateny. mais nous communi­ quons avec eux. elle court partout et donne plein de pousses nouvelles. Celui de ma sœur. Il te faut des graines pour refaire un arbre. . Le mien est f toujours là. là est la terre où tu as pris naissance. chez les humains. Il faut un cyclone violent pour déraciner un cocotier. manguiers. avons donc un lien avec les morts. personne ne sait d’où ils viennent. Si tu ne connais pas. ne vont pas Fune sans l’autre. De la graine à Farbre. corrossoliers. Farbre à cacao aussi. le fruit du châtaignier s’ouvre et Tes châtaignes s’en échappent par dizaines. on te détache de ta mère pour te relier à la terre en plantant le cordon de ton nombril en même temps qu’un cocotier.

j Je dis toujours à mes enfants : " . Pluie et Vent sur Télumée Miracle. la misère est une vague sans fin. dût-il s'ajuster des êchasses. Maman lui dit : j . 1972. elle a fait l’école et a ét| présentée au certificat. Moi. où j’avais eu la chance d’aller.. afin qu'il ne te ' conduise pas. ^ Ma mère allait vendre sa farine de manioc à Pointe-à-Pitre2^ Une de ses clientes y tenait boutique. j et sa voix se faisait insolite.. mais le cheval ne doit pas te conduire. Elle ne pouvait pas. et je n’en avais pal envie non plus. si tu enfourches un cheval. chuchotait-elle. c’est grâce à ce départ pour la ville.J’ai une fille bien intelligente. à peine sortie de l’école. Ce- n’était pas si mauvais que ça puisque. grand-m ère e t m oi.. les enfants. . Elle vient de quitter. ï garde ses brides bien en main.. si j ’ai reçu une certaine' éducation.Votre temps est un temps bien doux et agréable pour vous. Ma petite braise. J’avais tout juste quatorze ans et je venais de rater de près le certificat d’études..B a r t . N’avez-vous pa| besoin de quelqu’un pour travailler avec vous? i 88 . Chapitre V Kouzin Amélya ka aprann mwen pa détlé douvan lavi Cousine Amélya m ’apprend à ne pas baisser la tête devant la vie « N ous n'avions p a s bougé. j ’ai j dû quitter la maison de mes parents pour aller travailler.. si grand que soit ! le mal. c'est toi qui dois conduire le cheval Simone S c h w a r t z . . Derrière une peine il y a une • autre peine. l'homme doit sefaire encore plus grand. La maîtresse voulait que ma mère me paii une autre année d’école.

Tu es mon enfant. Si un de tes enfants. à Pointe-à-Pitre. Pèssentiel était la petite paye qu’ils rapportaient. connaissent déjà son nom. Tout se passait entre nous-mêmes. En ce temps-là.. et encore. . tu es petite. » Si tu ne sais pas faire ça. Ils n’allaient pas chercher ailleurs parrains et marraines pour leurs enfants. donné la clé de la serrure. mais. Autrefois. Être arrivée à ce niveau d’instruction. Ceci n’est pas faire connaissance comme par exemple avec un étranger qui entrerait chez moi et à qui je dirais : « Je vous présente Manzèl Dani. les employeurs profitaient des enfants. pas d’un coup. Chaque fois que quelqu’un venait chez cousine Amélya. ma petite cousine. Au contraire. mais tu n’es plus une enfant.parente. j’ai vu ça beaucoup plus tard.Maxime. et tu restes sans savoir quoi dire ni quoi faire : la honte m’installe.. . Tout le monde connaissait tout le monde. par exemple. Elles étaient quatre sœurs qui habitaient la même maison. dans leur commune natale. et j’allais loger chez des cousines. Tu n’as que 14 ans. et se trouver dans une maison où l’on reçoit beaucoup. eux. Et elle m’a tout appris. pour les parents. Moi-même. revient au pays. ça n’avait aucune importance. viens dire bonjour à ton Tonton. mais je ne sais ni comment ni pourquoi. parti depuis quelque temps. il n’y avait pas d’occasion de faire connaissance. me dit-elle. de dire : « Je te présente Untel ».. Ma mère me conduisit chez cette dame pour travailler. les gens restaient entre eux. On ne t’a pas. faubourg Bébian. le certificat raté à deux points. ils n’avaient pas l’habitude.Voici ma petite nièce. Comment arriver jusqu’au certificat et ne pas savoir se présenter à quelqu’un. tu ne peux pas lui présenter les geps puisque. Ils ne recevaient pas beaucoup d’étrangers. c’est que ni l’école ni tes parents ne te font appris. c’est cousine Amélya qui m’a adoptée. J’avais suivi toutes mes classes. faire connaissance.. tu diras : . une petite . 89 . mais quelque chose manquait dans cette école. le corps tout ficelé lorsque l’on vous présente : . recevoir? J’étais vraiment godiche! Et on ne peut pas dire que c’est de la faute des parents.

Cette '■ robe de maison. Je n’oublierai jamais ce manque dans mon éducation. je pleurais.. de mettre ma robe de j sortie pour aller travailler.6. mais je ne savais pas comment m’y prendre. j Amélya allait choisir avec moi tout ce dont j ’avais besoin. Tu dois apprendrlB Elle était intéressante cette fille-là. ce n’est pas ainsi que les gens font 1 Je ne peux pas dire que j ’étais furieuse de ces observations. et les pleurs jaillissaient. Vous apprendre à. elle.Quand tu sors du travail. Elle n’avait pas le» connaissances d’une personne instruite. elle n’avait que moi en charge. quatorze® ans à acheter vos affaires vous-même.Ce n’est pas comme ceci. prenait d H paye et m’achetait ce qu’il lui plaisait d’acheter.. je commençais à répondre : . mon enfant.Non. 1 Quand il m’arrivait de vouloir changer. ce n’est pas comme ça. 7 enfants à la maison. comme maman. ElîeÉ me montrait du tissu. 5. tu ne dois pas aller dans la rue avec. quand elle m’avait mise au travail. lui donner ton nom.elle me le présentait. J’avais bien d’autres «trous».. peut-être ta profession. Elle me montrait aussi comment m’habiller : . J’apprenais à «faire connaissance». entendu dire : « Untel a fait connaissance avec Untel ». mais elle achetait à ma plac&j Un jour elle me dit : M . Avec une j « robe-case » sur ton dos. il faut passer une autre robe. je vais à la fête. l’endroit où tu habites. tu ne pouvais pas dire : 1 . comment engager la présentation.Tu dois choisir tes affaires toi-même. mais elle savait te la is s é prendre tes responsabilités. tout ce qui te concerne. Je ne pouvais pas supportef-3 d’être obligée de faire à sa manière. un chapeau. » Ma mère. Et j’ai appris : faire connaissance avec quelqu’un. je suis de Capesterre. Évidemment quand on a. lui dire bonjour. je. Cousine Amélya pouvait me prêter attention. J’avais l’impression qu’elle sej montrait dure avec moi. C’est très important. le nom de ta commune d’origine.Je vais à la messe. Je me souvienM 90 . c’est une autre affaire que de s’en voir confier un tout seul. J mais j ’avais une maladie. J’avais entendu le mot.Je m’appelle Léonora.. cousine Amélya me rappelait à j l’ordre : j . Elle me prenait i des mains le linge que je lavais : . Peu à peu. c’est savoir se présenter à cette personne.

tu n’as jamais rencontré la chance dans ton travail.des bonbons à la menthe. Que d’additions! Il fallait savoir très bien compter. pourtant. c’est pour la campagne. Et. Elle ne voulait pas me laisser mon salaire. et encore. ce n’était pas une grosse somme. je travaillais comme un zombi. nous sortons.Écoute. Tantante. C’est là que je dois aller chercher une promise. Je ne voyais qu’un petit bout d’une petite paye. l’enfant travaille maintenant. qu’elle m’apporta à la fin de mon premier mois. . on a voulu me faire dénoncer les autres! Le matin. une limonade. mais surtout pour t’entortiller des compliments : . une vraie épicerie. J ’aimais bien servir les clients. Amélya surveillait tout du coin de l’œil. bourrée de marchandises du sol jusqu’au plancher de l’étage. mais continua à piocher dedans. Pour sortir. je devenais une jeune fille. Elle finit par accepter. mais une petite robe boutonnée dans le dos. la dame était contente.encore de la petite robe ouverte derrière. » Cette mauvaise chance a commencé dès le jour où ma mère m’a placée chez cette dame. il lui faut de l’argent pour acheter ses petites affaires. Une grande boutique. il me fallait être au Bas-de-la-Source à 7 heures. Un jour.Regarde-moi cette beauté! Où as-tu pris cette jolie peau de Sapotille? De quelle commune viens-tu? Là où le soleil ne chauffe r~s trop fort. bien net. mais je vendais aussi au comptoir. il fallait m’habiller en demoiselle. n’allait jamais bien loin. Maintenant que je réfléchis. en plus. celle qui coûte très cher. A 7 heures du soir. J’étais une sorte de comptable. elle habite en ville. 91 .. de faire les notes. car beau­ coup de jeunes gens entraient pour acheter une cigarette Job. je me dis : « Ma fille. après mes douze heures de travail. Et pas question de rendez-vous à la !e. boutonnée tout au long du dos. Je ne faisais pas d’erreurs. pour les enfants! Ma mère était dans tous ses états. Et quel débit! Nous vendions beaucoup à crédit Pétais chargée de tenir le cahier. mais dans cette boutique. et. Ça aurait pu donner quelque chose.. Pas besoin d’acheter de la toile extra. de rire. pour ouvrir la boutique. elle sort avec nous. bien propre. Là seulement j ’avais l’occasion de me détendre. elle s’adressa à ma mère : . N Amélya l’avait senti. Chaque quinzaine les clients apportaient leurs carnets. je devenais demoiselle.

tu vas lui refiler des marchandises. Tu n’as pas le temps de lier amitié. Ne va pas te fourrer dans des histoires pareilles. pensait la patronne. elld envoya chercher ma mère : | 92 . tous te disent un mot gentil. Sa place favorite : le tiroir-caisse.j’étais morte de fatigue. J’en ai vu défiler des employées. Toutes les trois minutes. femmes. elle surveillait.. Pour mieux nous espionner. ne pas trop leur parler : si tu causes avec l’un d’eux. Je devais lui dire qui volait. volait tout de bon vrai. Le soir. Quelquefois. Adélaïde. d’autres fois quelqu’un qu’elle connaissait. ça ne peut se faire en bavardant. une dame-jeanne de rhum. elle venait enlever les grosses pièces et mettre de la petite monnaie. Surveiller. Une voleuse finie. Tu es encore tro| jeune.. une marmite de saindoux. Il faut dire qu’avec moi travaillait une autre fille. Mais tu n’es pas un bœuf. éviter d’être trop familière avec les clients. f . Un œil sur toi. un litre d’huile. tu rencontres une cliente en ville. refilés. saisis. tu n’es pas bête. c’était là son vrai travail. En un clin d’ceil. La dame voyait ses marchandises disparaître sans attraper personne. l’autre sur lés marchandises et l’argent qui rentrait. compter. e| comment. passés. hommes seuls qui font eux-mêmes leurs courses. au-dessus de la boutique. Elle me chargea de la surprendre et de venir la prévenir. bavarder avec toi : .Ah. qui ne volait pas. venait acheter au comptoir. Vendre. Pourtant. sa seule occupation. te lancent une plaisanterie. 1 Quand Man Bibis s’aperçut que je ne dénonçais personne. Elles apparaissent et disparaissent plus vite que l’eau dans un trou à crabe. . c’est vraiment le dernier endroit où venir travailler. des kilos de riz. attention! Tu ne t’es encore jamais trouvée mêlée à des situations de ce genre. me dit-elle. avec qui elle s’était entendue. Mais il fallait faire attention. mon enfant! chez Man Bibis. ils se retrouvaient pour partager. Des fois. elle vient te dire bonjour. elle partait avec des marchandises. Il n’y avait rien dans la boutique qu’elle ne volait pas. jeunes. elle avait percé un trou dans le plancher de son appartement. c’est ton complice.Ma fille. Adélaïde volait.g J’allais tout raconter à cousine Amélya. Elle se doutait du manège d’Adélaïde. et les clients. écrasée comme un tronc de papayer sous une roue de charrette.

Ils te traitaient comme une bête de somme. je me souviens très bien de ma troisième place : une grande boutique avec deux ou trois employés. employée comme moi. en fait.Le travail baisse. elle Renvoyait les employées. je ne peux plus garder ta fille* Cousine Amélya me chercha partout du travail. Je restais presque toute la journée dans une espèce de dépôt. elle les paiera. je ne sais plus très bien pourquoi. Tout l’argent de la boîte. je dois payer la boîte. Je retiendrai sur la paye de tous les employés. La patronne trouve les cadavres.Cette enfant ne touche pas aux affaires des autres. Elle n’a jamais rien pris de ce qui ne lui appartenait pas. Est-ce que j’étais trop bonne. x. c’est à moi seule qu’elle prit l’argent. je me disais : <<Cousine Amélya saura dire à la dame que je ne suis pas une voleuse. les autres employés envahissent mon domaine. comme si la maison lui appartenait Moi.D’accord. elle engageait. Si elle a mangé des biscuits. Un jour que je lavais tranquillement mes bouteilles. mais alors tous doivent payer. c’est elle qui menait les choses tambour battant. à rincer dans une grande cuve. . Là encore. je n’ai pas eu de chance. Cousine Amélya était en rage : 93 . ils avaient volé dans la boutique une boîte de biscuits. Elle était gérante. un enfant qui travaille. J’ai volé des biscuits. Qui d’autre a pu manger ces biscuits? J’ai beau me défendre : . J’étais jeune. je faisais mon travail. Ils riaient. mais. » . ou je ne sais quoi? *. Je suis seule dans le coin. . Par contre. de toute façon. tout le monde paiera.Je suis certaine de n’avoir pas mangé ces biscuits. La dame qui la tenait n’en était pas la vraie maîtresse. Ils mangent tout et abandonnent boîte et papiers. Rien n’y fait. Je me trouvai une nouvelle fois dehors. Est-ce que j’avais enfin trouvé une bonne place? Patatras! Une i grosse roche sur ma route. Une fille travaillait à la boutique. mais. En fin de compte. j ’obéissais. Pas de sentiment avec les employés. Elle finit par en trouver dans une autre boutique. tout le monde était content. Mon tra­ vail? Laver les bouteilles à vin et à rhum. ces gens-là ne regardaient pas ? si tu étais un enfant. Je l’emmenai avec moi le lende­ main. Dans ma tête. ou trop molle. les affaires vont mal.

te toucher. \ A Pointe-à-Pitre. Cousine Amélya envoya cher. des traîtrises. Moi. je me dis : « Mais c’est Julie. et§ surtout. Un jour. nous vivions toutes dans la même pièce. ce qui est mal. Avec les règles. ma| fille. ça devierftl sérieux. cette fille qui travaillait avec moi. Elle alla faire du scandale à la boutique : . je l’ai revue à Baie-Mahault. je devenais très grosse. et. » J’étais partie la tête haute. Mais la connaissance. . elle ne travaillera plus chez vous. mais j ’étais partie. El même à laver. Dès qu’il me vit.Cette enfant n’est pas une enfant qui vole. il m’a sortie ! de cette situation de mort. j ’apprenais la vie. Né| laisse plus les garçons jouer avec toi. jouer un mauvais tour à quelqu’un pour s’amuser. folle. en voyant] ma culotte sale. Ce sont tes règles. écoute-moi bien. j ’avais dix-sept ans et pas encore de règles. cette folle ne peut pas être elle.Mais. I Le docteur Chartol m’a donné de bons remèdes. Je ne suis pas tellement sûre que ce soit elle. Vous l’avez trompée. J’allais au bord de la rivière avél maman. -Jj Ainsi. Amélya. pourtant. Plus de travail. il pensa que j ’étais i enceinte. mais faire des coups par en dessous. Léonora.Tu ne resteras pas un instant de plus chez cette femme. elle n’a jamais vu ses règles. surtout. ses sœurs et moi.' cher le docteur Chartol. je peux dirS 94 . chaque fois que je la rencontre. m’a édira quée pour que je connaisse ce qui est bien. à repasser. Je ne peu» pas dire que c’est ma mère qui m’a appris toutes ces choses. i J’enflais. je vous dis que sur la terre. Ma mère n’avait rien pu m’expliquer. » Je vois la personne et en même temps je pense : « Mon Dieu Seigneur. fait passer pour voleuse. cousine Thérèse. garde-t’en bien! La fille qui m’avait trompée. . que personne ne fasse ce qu’il veut avec moi. docteur. on peut prendre des colères. je savais donc laver. Je n’étais pas comme presque toutes les i filles d’ici qui voient leurs règles à neuf-dix ans. Tu peux tombes enceinte si tu parles avec eux. s’écria : J . Je me suis trouvée malade. Cousine Amélya. tu n’es plus une petite fille. lui dit Amélya.Ayayay! Ta culotte est tachée de sang. Viens avec moi.

Elles ont fini tout de même par se marier.mise en ménage avec lui et a fini son temps comme ça. à reconnaître les chiffres. â se calciner. Moi. les ynornes. On m’appelait son petit toutou. elles ne savaient ni lire ni écrire. Sur le tard. Elles ont décidé de se former. un frère nommé Cholo et un de leurs neveux. pas ÈNgrande du tout. elles avaient loué une petite case. que je la tiens de cette cousine. Thérèse. plus de faubourg. la voie du chemin de fer à charrier les cannes. à chaque surprise de la vie. Leur père ne les avait pas mises à l’école. une est restée seule. en plus d’Amélya et de moi. c’était pour moi entrer dans le déroulement de leur vie. entourée de beaucoup pd’autres cases. mais elle gavait marié ses deux sœurs. Elle s’est . la couturière. Elles ont pris le parti d’aller s’établir à Pointe-à-Pitre. Sur les quatre. en faisant très ■attention. habitaient Suzanne. vous étiez dans le faubourg. Un peu plus haut. une Marie-Galantaise avait débarqué en Guadeloupe pour venir vivre avec un vieux bougre à Goyave. Le canal F traversé. Mes cousines se sont faites elles-mêmes. et un faubourg qui (ressemblait tellement à la campagne! Il fallait voir ça quand la kpluie se mettait à tomber. Amélya. Des trois soeurs je la préférais : partout où elle allait. Aucun homme n’était à son goût. il fallait passer sur un bout de planche. Victoria. à se dessécher. je suivais derrière. nous dormions ensemble dans une maison de bois. à se flétrir comme une aubergine à l’étal d’une revendeuse. A la saison d’hivernage. Elles ne trouvaient aucun homme digne d’elles. s’abandonner aux plaisirs de la ville. de s’éduquer elles-mêmes : elles ont trouvé le moyen de prendre des leçons dans une petite école payante. Elles n’étaient pas venues à Pointe-à-Pitre pour lâcher leur corps. même la petite. et de quelle manière. l’aînée. Leur mère. au nom caché de Foufouyi. A la maison. Venir s’établir avec elles. qu’on appelait « zingzing » (libellule) à cause du balancement gracieux de ses hanches. Sous la conduite de la sœur aînée.. mais réussissaient à trouver toutes seules ce qu’il fallait faire. Elles n’étaient pas instruites. Le canal débordait. Pour atteindre la Rlue Bébian.. au fond d’une cour. Tous. un homme est venu lui parler. celle que j ’aimais le plus. les bois. je les aidais à marquer leur nom. Elle est restée longtemps là. T Le boulevard Hanne séparait la ville des faubourgs. appelée Térézine. l’eau du morne des Abymes 95 .

dévalait et se mêlait aux eaux de la mer côté Dino *. dérouler les jambes de leurs pantalons. remettre leurs chaussures. A la campagne. tu te fais recevoir : . Au moindre orage. Ce M. Sans points de repère.A moi. je me noie! . Le faubourg se transformait en océan.Venez nous sauver! Pas question d’aller au travail. tout ton manger. On payait par quinzaine. Je ne me souviens pas de toutes les boutiques du faubourg. il te fallait sauver tes affaires.. les planches étaient emportées.Vin sové nou! . on trouvait de tout. ton sac déjà plein de morue et de riz. je les revois très bien. ce n’est pas la même chanson.Tu as déjà toutes tes provisions. Dans sa boutique épicerie-bazar-buvette. Des hommes se faisaient payer pour te prendre. située juste à l’entrée de la ville. Pour moi. te transporter et te déposer hors du faubourg. c’était une grande boutique. Tu ne pouvais tout acheter en plein centre. un gros Nègre tout noir qui permettait à tous les mouillés qui sortaient de l’eau de venir s’essuyer les pieds. devant la boutique de M. Fostin était le plus important commerçant du coin.. Jamais ils ne faisaient attention aux commissions que vous aviez déjà à la main en entrant chez eux. au secours. Fostin. Nous achetions notre manger dans les petits lolos du faubourg. Pour passer. te faire enjamber le canal. sur le trottoir. Allez acheter vos allumettes là d’où vous venez. il te fallait un endroit pour faire tes commissions à crédit. manmzèl! Les commerçants ne devraient pas faire ça. Fostin. pour acheter du sel ou des allumettes. an ka nêyé! . te porter. tordre leurs jupons. . De partout les gens appelaient au secours : . mais tout de même un lolo par rapport aux Monoprix d’aujourd’hui. à part quelques denrées que nous prenions chez Fostin ou en ville. Si tu arrives dans une boutique. des fûts flottaient à la dérive. Ils tiennent * Faubourg populaire de Pointe-â-Pitre construit sur un remblayage de la mer et particulièrement sujet à inondation. mais celles de Manman Atoua et de M. tu ne peux pas le faire cuire alors tu viens chercher du feu chez moi. tu risquais de disparaître dans le canal. Des matelas. des lits.An moué. jamais ils ne refusaient de vous vendre. ' tu avais intérêt à connaître les lieux.

morue salée ou poisson frais. si je suis cliente chez Man Calixte et qu’elle manque de ce dont j’ai besoin. queue ou gueule de cochon. on achetait aux marchandes aux pieds poudrés *. Ainsi.. malades et enfants. Le soir. capitaines. En ville. kilibibi tout frais moulu.. jamais de viande fraîche: salaisons. ou bien pois rouges et farine de manioc.. Quand j’entendais le matin . .Voilà mon mabi. de sorbets au coco. je n’aurais pas le droit d’aller chez Man Bruno.. balarous. achetez mon lait tout chaud! Ce jour-ïà. de la soupe aux pieds de veau. les ambulantes. Parfois. le panier sur la tête. petites pissiettes pour la friture. avec du pain. Les marchandes de lait. de « bouquets à soupe » passaient l’après-midi. orphies pour frire. surtout. Il faut dire qu’il y a tellement de boutiques. boudin chaud. malangas. Chacun arrive à gagner l’argent de son pain.. frèch. bien frais. celles qui n’attendent pas le client mais se déplacent beaucoup.. une grande timbale de chocolat au lait parfumé à la vanille et à la cannelle.. snow-ball27. de bœuf.boutique pour vendre. boudin. le plus souvent. Chacune avait son heure. marinades. pistaches grillées.Achetez mon lait bouilli. viande roussie avec quelques carottes. nous achetions gâteaux. et proches les unes des autres. tout frais frêch. madères. Vivaneaux. 97 . nous nous passions cette douceur le dimanche. Je savais qu’il n’était pas loin de 6 heures. grandes-gueules pour les courts-bouillons. et viande.Mi mabi an mwen. on ne connaît pas ça. . un chodo ou encore. En plus.. patates douces. Le lait. Quand nous avions touché notre quinzaine.. La marchande criait : . y avaient droit.. en rentrant du travail. bananes vertes apportées le plus souvent par ma mère qui les tirait de son jardin.. je devrais me priver? Non! Refusée. frèch. et sa chanson. le déjeuner aussi était spécial : riz aux pois rouges. En semaine. Le soir. cette maladie du « tout pour moi ». ignames. avec des racines.. Je n’ai jamais connu les « entrées » comme certaines personnes * Par la poussière des chemins.

quand ma mère ou un autre parent descendait à Pointe-à-Pitre. Moi. des combinards qui ne veulent pas payer. un lit pliant pour le frère d Amélya. Quel que soit le nombre des pièces de la- maison. l’autre le poisson. je participais à la mise.en font maintenant. on l’achetait par « k a » ou « demi-ka » (marmite à . Sur la place du marché à Man Reyo. pas j de danger. les marchands d’Anse-Bertrand venaient vendre en charrette à bœufs leur bon petit bois de campêche. les cases jouent de l’accordéon avec leurs pans . je ne versais pas d’argent. et la chambré n’était plus individuelle. et quand tu avais décidé. le - petit neveu.de lui. l’entente régnait. jamais. on y ajoutait une paillasse. le midi et le soir. nous dormions les ? quatre filles sur le grand lit. j * Grand arbre porteur de fruits non comestibles. saindoux). et encore J moins à butane : du charbon de bois. dit-on. Alors là. Nous décidions ensemble des provisions à faire. je mangeais tous les jours avec elles. Je ne sais vraiment pas quand cette mode a débarqué en Guadeloupe. quand il y avait de l’argent «an : agouba » (en supplément). Ça m’a vraiment frappée. Les jours gras. pas de réchaud à pétrole. Pour faire bouillir tout ça. ma mère fournissait les légumes. j Nous partagions tout. et l’une mettait le riz. Pas question de « chambre individuelle » comme maintenant Même chez mes parents. Chacune misait ce qu’elle pouvait. ma mère avait sa chambre avec mon père. tu te couchais là. Là. % 98 . c’était autre chose. sur un petit divan de bois. nous allions sur la place à charbon. La maison était grande. cette vie de ■ famille. au t bout du boulevard. chaque enfant avait sa couche et son coin pour dormit Filles et garçons n’étaient pas séparés. En général. ] Le soir. dans la cuisine. et leurs cloisons. Il fallait bien s’arranger. installés sous les gros salbiyé *. et-- parfois à huit. un matelas. Tu choisissais près de qui tu voulais dormir. nous n’étions i pas malheureux. Mais ce n’était pas ce qu on appelle^ aujourd’hui une chambre individuelle. Nous dormions à six dans une seule pièce. Arrivait quelqu’un de taH famille. Serrés les uns contre les autres. Nous en achetions un sac ' entier. à j la maison. il y a des tireurs de plans. . Partout. Quand j ’ai travaillé à la limonaderie. chacun i trouvait son coin. neuf. à côté. près1* .

plus il y a d’argent. elle a son certificat. toutes. J Je ne sais plus quel était l’emploi du neveu. pas de fonctionnaires. mettait table et chaises en place. couvert de haillons « décherpillés » et te demander place ' à ta table pour éprouver ton amour du prochain. Chez Amélya. Nous causions tous § ensemble. Elle m’avait trouvé du travail dans cette boutique. à l’époque. Elles com­ mençaient à 8 heures. je devais obéir aux commandements de ma mère.. ta main fermée. Un petit gâté. pour respirer. Mais. Après.. les gros zouzoum de fonctionnaires qui retournent au pays plein de mépris n’arrangent pas les choses. au lit. comme partout d’ailleurs. elle me lavait deux ou trois petites affaires. Chez Amélya. réservant toujours une part au cas où quelqu’un arriverait à l’improviste. se levait tôt pour avoir le temps de faire beaucoup de choses. Avec moi. après le dîner. Plus | souvent que rarement. s’aidaient mutuellement. buvait un peu. Les grandes personnes de leurs affaires. toutes nous tombions de fatigue. je n’aimais pas la couture. un peu maniaque. La dernière levée faisait le lit. qui peut t’apparaître ^ déguisé. Il traînaillait sur les quais pour essayer de glaner un petit argent en charroyant . celui-là! Nous vivions tous en sympathie. Amélya. Foufouyi et Victoria cousaient chez un tailleur. Avec ce que tu gagnais. les autre portaient sur le dos. dehors. j’ai bien regretté. directement. même si l’argent n’était pas bien r gros. mais on sentait un vrai esprit de famille. Ou alors une petite j pose devant la porte. j ’aurais dû apprendre. Ils s’occupaient l’un de l’autre. très propre. Amélya et Térézine étaient employées à la même limonaderie. il peut t’arriver bien des malheurs. J Dans le monde d’aujourd’hui. tu vivais. arrivée jusqu’au '■ certificat d’études. Ils étaient toute une bande: ceux qui avaient des brouettes charroyaient en brouette. même si j ’étais une enfant de la ville. Jésus. D’ailleurs. î Le soir. Parfois. qu’elles appelaient Cholo. ou de celles du 99 . des marchandises ou les bagages des passagers quand un bateau ‘ accostait. Elles avaient proposé à ma > mère de me prendre en apprentissage. m Elles étaient fières et pleines de contentement. Elles me présentaient à tout le monde : . Peut-être J même le pauvre d’entre les pauvres. En plus. mes cousines ne se sentaient plus. moins les gens sont solidaires.Cette enfant est allée à l’école. Le frère. Si ton cœur reste sec. On ne peut pas dire qu’il n’y avait aucune mésentente. nous partions travailler. là je | devais aller.

je faisais ma toilette. nos diman.. Le repas était prévu depuis la veille. Amélya devait passer par I’églisÉN avant de se rendre au travail. aussi. passer devant chaque saint. Mais je crois que mes cousines avaient peur de sortir une fois la nuit tombée. Il fallait un événement. me sont fermées. Cholo.. j’étais là. je marchais? derrière. Amélya m’emmenait dire « Bondié. chaque matin que Dieu fait. buvais ma timbale deM café. Je n’étais pas étom 100 . Il restait là à lui parler devant tout le monde et quand l’heure de partir arrivait.. on nous voyait monter et descendre notre rue. normalement. Je ne demandais rien. Parfois..Sainte Vierge Marie. éloignez de moi tous les pièges. D’ail­ leurs. à 8 heures.Grand saint Pierre. plus personne dans les rues. ■ puisque les gens du faubourg fréquentaient le cinéma plutôt le ' dimanche après-midi. monde nous n’aurions raté la messe du dimanche. On ne le réveillait pas. Elles doivent se faire. Descendre en ville pour aller au cinéma en soirée était toute une expédition. pourtant. ils devaient bien faire ce genre de chose quelque part. Je ne faisais pas trop attention à ce genre de conversation. grand saint Paul. i Premiers gestes en se levant. le fiancé de Térézine venait faire sa cour. vous qui avez 1 pouvoir de lier et de délier. Nous. Elle aimait ça. daignez poser les yeux sur votre enfant. à MassabieHe ou à Grande-Église. comme le passage du film La Passion du Christ à « La Renaissance » pour nous décider. le frère. D’autres soirs encore. Trop jeune pour y participer. Et encore. Pour rien au . Pas facile. entreprendre une petite marche. dans son petit coin. et en route pour l’église. je ne faisais rien.. se préparer pour la messe.voisin. Elle demandait peut-être une grâce à un saint. . nous devions \ trouver des personnes qui remonteraient avec nous. Et. il se levait et l’embrassait sur le front. pourtant. elle était dans la religion. ouvrez pour moi toutes les portes q. Et.? ches étaient réglés.. Je ne comprenais pas grand-chose aux gestes d’AmélyaK Je la voyais prier Dieu. nous n’y allions guère. dormait dans la"’ cuisine. lui parler : comme à une personne : ^ . je prenais le frais tant qu’on ne me demandait pas de m’écarter. bonjou! » Levée à 4 heures*^ pour avoir le temps d’aller chercher de l’eau à la fontaine et d$| laver mon petit linge. Moi. essayait^ d’attirer la miséricorde de la Vierge Marie. Pas question de mamours ni de caresses.

nous avions des potiches en terre cuite. ni pris le « grand bain démarré » à minuit. coupé en deux et mis à l’abri du soleil . Pas d’eau courante au faubourg Bébian. regardez ce qu’est devenu cet endroit où les pauvres allaient se baigner. après la messe. invoquer les saints en choisissant dans le Recueil des quarante-quatre prières pour les nécessités de la vie celles faites pour trouver un travail : «Grand saint Simon-Pierre.le soleil les fendait -.tout le monde passait devant les saints. on trouvait alors beaucoup de barils. et vêtue de neuf. Juste là où ils ont construit leur « Marina les pieds dans l’eau ». en pleine forme. j ’ai suivi la route qu’on m’avait montrée. faites entrer chez moi un travail. » Le dimanche. Pendant que la lessive séchait sur des fils tendus d’un côté à l’autre de notre cour. D’abord. quand j ’ai connu la peine et les souffrances. sous l’église de Massabielle. Bas- du-Fort était le plus près. Plus tard. je ne parle plus de « bain démarré ». Le premier de l’an doit te trouver. grande lessive. prendre notre «bain démarré». Maintenant. notre petite limonade et des feuillages choisis pour nous frotter dans l’eau. Un baril en bois. Et de l’eau. il ne l’éliminerait pas. il en fallait. moi aussi. de clous de girofle. Ce bain de feuilles devait éliminer tout ce qui pouvait l’être. Pour la table. nous servait de baignoire et de bac à linge. Je suis allée. Heureusement. le 31 décembre.Regardez tout ce tintouin. nous partions à pied vers la mer. la tradition. je n’y crois plus. . Impossible pour eux maintenant d’arriver jusqu’à la mer! Nous emportions des sardines. en fer ou en bois.. Je n’ai jamais pourtant emporté dans La mer de queue de morue. toutes les plaques de remerciements. comme Notre-Seigneur Jésus- Christ est entré dans votre barque. faites que ma maison se remplisse de travail et d’argent. nous défier les membres.. on organisait un va-et-vient à la fontaine pour remplir nos grands barils en fer. J’avais vu. Il fallait bien chasser toutes les mauvaisetés entrées dans notre corps. disent les gens. L’eau à boire était conservée dans une grande jarre. je l’ai fait. c’était la coutume. De la même manière que Notre-Seigneur Jésus-Christ a rempli votre barque de poissons par la pêche miraculeuse. Mais pour l’avoir fait. "propre. dans la grotte de l’immaculée Conception. On y accrochait un pot en fer-blanc à anse. quand j ’ai perdu mon emploi. Ce qu’il ne pouvait éliminer. des souliers au 101 .

on ne le crie pas sur les toits. autour de la place du marché. active la manœu­ vre. Très souvent. plus rare. grande maladie. les différentes sortes de feuillages pour les bains de mer ou à la maison. Nous - nous allongions sur un banc dehors.Ma fille. Une voisine me disait l’autre jour que jamais elle ne se couchait sur son lit dans la journée. un baptême. lui ai-je répondu. Je plie le premier drap. mon mari. Elle qui dirigeait sa vie au lieu de se faire diriger par elle. les gens ne vivent pas comme ça. le lit a beau être fait. Soi-disant. nous recevions ou allions chez des amis. Cherche à délier tes membres. Quelle que soit la distance. Je ne reconnaissais plus mon Amélya. de mes difficultés avec Joseph. quand on va consulter un gadèd­ zafè.Ma chère. Amélya est venue me voir : . si je dois? me reposer. Le dimanche. un « séancier » pour ta maladie. les gens se sentent plus à Taise en faisant la si: 102 . les soucis? Quand j ’habitais chez elle. sur une toile placée par terre'* dans la maison. alors. un jour. dans la joie. elles ne rataient pas un pèlerinage ni un chemin de croix aux Abymes. ou. qui m’avait . un mariage. appris à ne jamais dételer. agréable. ne t’endors pas sur tes rotules. Toutes ces superstitions avaient beaucoup de significations pour les gens. Ça. voilà qu’elle baissait la tête! Peut-être: l’âge. dit-on. la vie s’écoulait douce.. La vie lui avait fait prendre une autre allure. ses sœurs et elle étaient honorablement connues. nous étions invi­ tées à des fiançailles. en avant sur nos deux pieds! Évidemment. Je suis sûre pourtant qu’Amélya ne l’avait jamais fait. Ici. Amélya et ses sœurs achetaient. mais je ne les ai jamais entendu dire qu’elles allaient consulter un « gadèdzafè28». Ces jours-là. au moment de ma. nous laissionsÀ passer la grosse chaleur avant de nous mettre en route. chose. on ne se repose guère suri un lit déjà fait. porter un autre regard sur les choses. va consulter un « manti kakouè» pour tes affaires avec Joseph. en Guadeloupe. Beaucoup de gens l’appréciaient. que les vagues de la mer pour te laver des mauvaises choses ramassées pendant Tannée et te faire repartir tout vaillant. je m’étends dessus. Ou peut-être s’était-elle laissé conseiller par d’autres. j .. et voilà installée. Et puis. dans le courant d’air entre deux portes. sur le lit.chapeau. Rien de mieux. même si on risquait de se perdre en route.

nous allions faire un petit tour place de la Victoire. ensemble. Moi. les bords s’affaissent. Là et pas autre part. A Pointe-à-Pitre aussi. par terre. : Un bateau. Nous. à cette occasion. le dimanche. nous ne restions pas trop longtemps. A midi. symboliquement important. Le «Tricentenaire29». pourquoi m’en priver? Si je n’aime pas que les enfants viennent sur mon lit. Bien plus d’une maman. Une messe avait été célébrée à La /Soufrière. c’est la fête du Tricente­ naire. se promener sous les énormes manguiers. qu’est-ce que ça voulait dire? Je ne le savais pas. Léonora. rempli de personnes d’importance. entre les massifs de fleurs de toutes les couleurs. parées de leur collier grain d’or.. mais quand j ’ai un bon lit.. et nous devions retrouver le chemin du faubourg Bébian. notre campagne. nous mettions notre nez dehors. Nous courions toutes les communes. Les gosses de riches se pavanaient au bras de leurs bonnes vêtues de leur plus beau jupon cancan *. coiffez vos plus beaux madras. nous partions dès le matin : fête de Goyave. tu vas voir de belles choses sur la place de la Victoire. Je venais d’arriver en ville. mon enfant. et cousine Amélya peut-être non plus. le « bois saint Jean ». Bien habillées. bien sûr. fête de Capesterre. Cousine Amélya ! me dit: . Les fêtes aussi nous attiraient. habillait beaux ses enfants.. Avant 7 heures. où je suis je prends sommeil. ce n’est pas que je ne veuille pas dormir par terre. avec mes parents. La fête du Moule tombait à la Saint-Jean : on y faisait de grands feux. en ville. C’est là qu’il fallait se montrer. les cloches ont carillonné dans toute la /Guadeloupe.Mettez vos plus belles robes matador. à force de s’appuyer dessus. * Partie du costume traditionnel antillais. seulement. était arrivé de France. voir note 15. Manti a mantè! (Mensonge de menteur!) Ils ne veulent pas défaire leur couche si bien lissée. Lorsque nous n’étions pas en visite. où habitait une soeur d’Amélya. le Colombie.Habille-toi. c’était l’endroit. c’est que mon matelas est en coton-pays. la nuit tombe. faites honneur à ceux qui viennent visiter votre rpays. Je ne me souviens pas du « cantique du . Nous y restions toute la semaine. 103 . bien astiquées.. Elle savait ce que lui avait dit le curé de Pointe-à-Pitre : .

tu peux direj bonjour. et si. diriger m 3 vie à Pointe-à-Pitre.. Mais tu es en ville. nousi ne sortions pas détachées. me racontait tout de la vie. Elle prenait son temps pour me parler. mais tiens-toi à l’écart de leurs affaires. la place de la Victoire était bondée. i montés sur deux bâtons. à ces gens qui vivent très libnB 104 . ils essayaient de vous attraper pour vous piquer avec des aiguilles. tu i 9 pouvais pas dire : je ne savais pas. je me sauvais.j une ville qui a sa réputation. 3Ê J’avais commencé à rencontrer des gens.. tu tcX fais des camarades. nous étions toujours ensemble. pour regarder passer le défilé des soldats en costumes anciens. dans ton travail. des feux d’artifice. Ils étaient immenses. Cett|B femme buvait. Dans le voisinage. j ’étais étourdie. qui m’en prcsentai^M d’autres. Et puis des jeux. Normalement. il Elle avait raison. Moi qui sortais de ma campagne. terrorisée. e » m’expliquait comment faire. à Pointe-à-Pitre. i Amélya. là. jusque sur les arbres. Enveloppés dans un drap blanc des pieds à la j tête. elle fit des remontrances : JH . tu es une fille de famille. des géants. ma fille. comment me débrouiller.. des gens partout. ntâg donnait certains faits.Fais attention.Pas besoin de te fâcher avec Man X. En plus. J’ai entendu dire que l’un d’eux avait saisi une femme : et l’avait piquée jusqu’au sang. Ils dansaient.Tricentenaire30» sauf des paroles qui terminaient le refrain: I « Jurons de rester chrétiens et français. Cette affaire a même été devant le tribunal. demain. Dans notre cour vivait une femme. déclencher le scandale. on ne pouvait me faire j sortir de la maison. Pas besoin d’être en bisbille avec toi pour fairçjaj éclater la noix de coco. Les gens criaient : « Voilà les masques! » J’avais très peur. Elle avait la manière pour se tenir à distance. Au i passage des « masques-à-la-mort ». » 1 L’après-midi. ses sœurs et moi. des amis. AmélyaJ m’indiquait comment agir avec tel ou telle : M . t u ï ne dois pas fréquenter n’importe qui. ou M. surtout des - « Moko-zonbi ». Elle t’aidai^jM découvrir où tu en étais. Les jours de carnaval. Ma cousine n’appréciait pas du tout Içjjl scandaleuses. et quand ils se baissaient vers vous pour j ramasser l’argent qu’on leur lançait. des femmes qui étaient déjà dans les affaires de la vtâB Cousine Amélya connaissait bien ce genre de personnes. on se mettait au bord du chemin. Y. tu te faisais piéger. ameuter toute J H cour avec ses cris.

kon ou té ka Pointe-à-Pitre. et que leur mère n’en savait rien. 105 . avançant dressé comme un coq de combat. elle introduisait son [ homme dans la maison. toutes les mères travaillaient... les mains dans les poches. Beaucoup plus tard. à kon ou té ka ganmé. je travaillai dans un champ de canne à Capesterre. pas loin de l’endroit où les gens allaient vider aCurs "seaux hygiéniques. mais. Plus moyen de rien cacher. * Pointe-à-Pitre a tellement de recoins. parfois. Un jour. Les hommes de la ville ont ^ beaucoup de possibilités de rencontres et plus d’un tour pour ^attirer les petites jeunesses : . Se promener toute seule dans la grande ville n’était pas toujours facile. mais ne te jette pas dans leurs bras.Ou ka sonjé lé ou té Lapouent .Viens près du chemin de fer. Comment voulez-vous que la mère I rapprenne si personne ne va le lui raconter? La seule manière : la ■ fille apporte un gros ventre. Psit ! » mais tu ne regardais même pas. Alors. Je le revois avec son petit panama blanc sur la tête. Par exemple. Je t'appelais «Psit! grad an miven.Te souviens-tu comment. les filles r avaient des relations avec les hommes beaucoup plus tôt qu’à la 1 campagne. Je ne tournai pas la tête ni pour regarder ni pour l’insulter. au bout de la rue Bébian. ' mère. mais Fdans notre faubourg. un terrain vague très mal fréquenté. II fréquentait une femme qui habitait un peu plus bas que chez nous. comme tu marchais en faisant Psit!» Ou pa té ka menm pran des manières. Je connaissais une : fille. Peut-être pas en ville. un garçon essaya d’attirer mon attention : « Psit! Psitî » Il sifflait dans mon dos. je me suis souvenue de lui. sitôt sa mère partie pour le travail. il faut bien qu’elle gagne sa vie. Je * Se promener. à Pointe-à-Pitre. après les dernières vises du faubourg. viens derrière l’usine. Les enfants F Vont à l’école. J’allais sur mes quinze ans. la vie! J’étais méfiante car je pensais que. Et dire que je me suis mariée avec le frère de ce monsieur. tu faisais l'élégan­ fè dyèz. Je ne te dis pas de ne pas parler avec eux. de lieux isolés et dange- ^reux. An té ka kriyé ou « Psit! te. ils « marronnent3i » pour aller ^driver* près du chemin de fer. C’est drôle. Et la . Ce sont des gens qui vivent en concubinage. un homme vint me trouver : .

Ils ne sont pas malheureux. passer^® l’église demander à Dieu de jeter un regard sur vous. Moi. Il y a peu de temps.Un garçon me parle. Les gens ne vous disent jamais tout. elle était mon amie. il m’a demandé ceci. qui avait des® histoires avec sa famille à cause d’un témoin de Jéhovah qui® habitait de l’autre côté de la rue. nuit des temps.. ce n’était pas parce qu’elle é ta l» témoin de Jéhovah que je ne lui parlais pas. je défilai® à Pointe-à-Pitre. Une. Je ne suis pas restée très longtemps à l’école. 106 .Maman travaille tard le soir. je n’éjÉ® pas mécontente. Même si je les reconnais^ je ne m’approche pas de toutes. Nous étions jeunes. Je ne l’ai jamais revue. * Année cannelle. Je n’avais pas le temps. A la boutique. Chacune prêchait l’autre® une scène continuelle. Aussi. E li® voulait à son tour faire entrer sa mère chez les Jéhovah. Je n’en étais pas arrivée jusque-là avec elle. en particulier. J’aimais bien la voir. e t :® travail. je ne m’étais pas fait tellement d’amies à Pointé® à-Pitre. Je m’occupe de mes frères et sœurs. Nous parlions simplement. jusqu’au soir. et comment elle trompait sa mère : . quand je quittai ce travail éreintant. sauf s’ils sont pris dans une histoire et demandent votre aide : . La manifestation passa derrière l’école du Dubou-* chage. J’allais les visiter. lui raconter pourquoi j ’étais partie de Carangaise. J’en 1 rencontre encore quelques-unes aujourd’hui. J’avais aussi d’autres amies de mon âge. et 1 ® mère récupérer sa fille pour sa religion. sans toujours lest reconnaître.. ® La mère de cette fille était adventiste depuis l’année can® nelle *. je n’y ai jamais pénétré moi-même. Levée de bonne heure. Le témoin de Jéhovah32 avait converti la Suzelle. Nous vivions l’u n ® près de l’autre. mais elle ne me racontait pas tout..ne suis pas bien au courant. mais je sais me débrouiller. trente.. n o t® mangions même l’une après l’autre pour ne pas abandonnera® comptoir. I mais une fille que je rencontrais en allant au travail m’expliquait 1 ça. J’ai reconnu cette fille et suis allée lui dire bonjou® A dire vrai. il veut me faire cela. pas de parlotes. comment ma mère m’avait mise dans un petit travail. et cela fait vingt. qua-1 rante ans que l’une n’a pas revu l’autre.

nous faisait accélérer la cadence : « Blokoto. flâner. mais j ’avais eu tant de malheurs dans mes places précédentes qu’elle devait se sentir rassurée de m’avoir auprès d’elle. Un it malheureux. à sécher. il pu se payer une camionnette et s’est mis à vendre dans les La maison Doktové n’avait qu’une seule machine. Dans une Traîner. » Laver. les autres rinçaient. Le patron ^prenait sa décision : la limonade ne se vend plus? Renvoyons. sans chômer. blokoto. voukoum. Amélya me fit embaucher là où elle-même travaillait. Sa limona­ derie venait d’ouvrir.. la surveillante des laveuses de bouteilles. Repos.. « voulait faire du profit. mais nous. 107 .. les mains dans l’eau toute la journée. Je lavais des bouteilles toute la sainte et bonne journée.La limonade ne se vend plus. La limonaderie ouvrait ses portes à 7 heures. Reprise à 2 heures. Une vieille bonne femme. Le travail était dur. Plus tard. Mais dès que la vieille s’absentait un instant.. j ’étais sur le porreau.. le patron. Encore une fois. Le maître de la limonaderie travaillait lui aussi. on renvoyait simplement les Jgens. enfiler la bouteille sur une tige de fer. elle va me mettre en faillite. Les mains voltigeaient. il débutait et n’avait pas beaucoup d’argent.. mais la place était bonne. ■ Avec Amélya et Térézine. une brouette. les hommes à la fabrication et au ^transport. En ce temps-là. Il livrait tui-même les caisses en ville rts une petite charrette à une roue. je passai chez Doktové. Et voilà que Vacher a commencé à renvoyer du monde! Il pleurait : . j ’ai de frais. chez Vacher. de verser d’indemnités. liberté à 5 heures.. Nous étions à deux ou trois autour de barils pleins de bouteilles à ras bord. une grande limonaderie. profiter de. nous ne connaissions rien. Je ne crois pas qu’elle voulait me surveiller. Pas question d’avertir. voukoum. C’est maintenant que nous entendons • le mot «profit». pendre du bon temps. Les unes lavaient. Cinq ou six personnes : les Memmes aux bouteilles. jusqu’à midi.. d’autres encore charriaient 3e l’eau. plus de musique du tout. il embauchait. II le Mallait bien. rincer. les employés. Nous cocagnions * un brin. quoi. Il se mit à fabriquer de la glace.

calées avec de la paille de canne. Rose à la grenadine. moun pé ni dé tête. avec sa brouette. Pour rendre plus clair le sirop. On peut papa. la gamine. J’étais la plus petite. mon enfant. on ajoutait un morceau de charbon de bois.Pleure. j ’écoutais. - Dépose pour moi cette caisse de bouteilles vides chez Doktové. Et que ce soit propre! Pas une larme au séchage! Si ce n’est pas net. les rires et les clap-clap des langu: démarraient. s Mon travail à moi. lagé ko pitit. Toute nuit j’ai fait la pleureuse : . mais on a une man. manman ou mô. D’ou sortait ce goût? Mystère. Dès que tu te reposais un instant. laisse-toi aller. pleurefrappe-i tèt. blanche à Panis et à la pomme. La cadence était rapide. Dès que vingt-quatre étaient remplies. ne livrait pas à la campagne. C’était bi intéressant. . le patron criait que tu ne faisais rien. Nous mettions en caisses de vingt-quatre bouteilles. men yo ni on sèl man. La blanche à la pomme était notre préférée. * Sucre de canne brun. non raffiné.. verte à la menthe. : j ’écoutais. en pression.Hier soir. pleure.. rouge à la groseille. chacun contenant une essence différente : la limonade prenait sa couleur. pléré. à l’orange. Refroidi. emballées. une nouvelle la veille à communiquer. pléré. je tue! . blanche.Pléré. Elle avait un petit goût de banane et était blanche. mélangeant sirop et eau sous gaz.énorme marmite en aluminium. pléré. timoun. Un homme s’occupait de la mise en bouteilles. . ma voisine est morte. Doktové. un tintouin chez le Manuel! Il criait à sa bouj se : bats-moi si tu veux. introduisez un morceau <3 papier pour frotter! Je ne veux pas voir ces bouteilles pleurei Dès qu’il s’en allait. on fondait le sucre de l’usine *. pour changer: laver les bouteilles. maman.1] et n’oublie pas de me les rapporter pleines au retour. Les commerçants qui ne pouvaient pas se h déplacer donnaient commission aux chauffeurs des cars . Chacune avait son cancan à sortir. il était versé dans des récipients. Peut-être l’essence venait-elle de France. deux papas. ou de la pharmacie. elles étaient saisies. . konnyé man est morte. mes oreilles grandes ouvertes. .Je n’ai plus de voix ce matin. mais si tu vas le dire à tes amies. Les casiers n’existaient pas.

mais une « à cœur ».La fille X. mais fourrer fès a makak pa jé.C'est bien vrai. Il y avait le choix : groseille. pas . voile et couronne. l’une reprenait l’autre : . une femme de bien. elle s’est mariée en blanc. si on donne aux enfants leur yo ka manjé-i maman à manger. pendant le travail. et tout. Parfois. Attention à ne pas se blesser. elle meurt. jé sé jé. 109 . i ka si on donne à une mère ses enfants mô à manger.Samedi. menthe. on remplissait notre corps de limonade. il ne nous donnait rien. Jésus Marie Joachim sainte Anne! Que de beaux habits! Et pas de « sousoun- klérant » (tissu brillant pour doublure). Pu nom de la liane de la patate douce qui court en tous sens sur le sol : ar publique. ils la mangent. Chez Vacher.ême une petite bouteille. Je crois que c’est la :mière boisson qu’on achetait pour offrir chez soi. Et toutes les femmes de reprendre en cœur : . Il y avait une telle quantité de bouteilles dans le baril. Pas une petite comme les bouteilles à vin. si yo ba manman manjé pitit. . mé fouré bouaan .. nous avions droit à une prime : une bouteille de limonade. La limonade s’est toujours bien vendue.Jouer. Il devait se dire : «Elles en boivent assez derrière mon dos. . mais les mains ne chômaient pas.Tout. Parfois. Elles s’entrechoquaient avec un bruit infernal et pouvaient se casser. on arrivait à en sortir une un soir de ^Semaine. Surtout aux :mes et aux jeunes filles. j ’ai vu le mariage à Grande-Église.Ne dis pas ça! Je connais Man Y. enceinte jusqu’au menton! Radio Bois-Patate * fonctionnait à pleins gaz. si yo ba pitit manjé manman yo.C’est bien yrai. Pas une personne à faire un tel scandale.. . c'est jouer. De toute façon. ce n'est plus jouer. nous couper les mains. . » . un bâton dans les fesses d'un sin­ ge. Le samedi.

Elles prendront un petit punch au coco. d’où vient-il ce goût des Nègres pour le champagne? Je ne peux pas le dire. je préfère le mousseux. du Quinquina. je ne vois pas de différence. Un vrai médicaments Après un accouchement. le Paub Bréan. il nous faut düf champagne. Les hommes sont faits d’une autre chair que les femmes alors? Pour la boisson. qu’ih saoule moins. aux quénettes. Même dans la communauté chrétienne quand nous organisons un « souper dansant ». On dit que le champagne est meilleur pour la santé. j ’ai vu de la limonade. tous ces gens méchants qui m’avaient du mal! Heureusement. qu’il redonne des forces. pourtant. je rencontrais quelqu’un ou quelqu’un * La Guadeloupe est le plus gros importateur de champagne du moi par tête d’habitant. toutes sortes de parfums. une opération. qui travaille en France. un jus. . un champagne. . une chance : ml amis de la campagne. tu n’es vraiment personne. la blanche et le Coca-Cola. du vin. Il y a des hommes qui ne boi vent pas du tout. mais. et des femmes qui aiment le rhum. on boive plus de champagne qu’en France *? Eh oui. du rhum. Toutes places où j’étais passée. 1 De temps en temps. J’ai bien vu ça quand ma fille Émilienne. une petite boisson. EL. Pour le premier anniversaire de mon petit-fils. Mais jamais de rhum aux jeunes filles. Comment se fait-il qu’ici. Maintenant. et que tu n’as pas à la main une bouteille de champagne. Un machin si cher! Et nous courons tous aprêd comme des fous! Je n’étais vraiment pas chanceuse pour le travail. Le rhum. D’autres n’en boivent jamais.Si tu vas chez quelqu’un. Pâli de fête sans champagne. je me suis dis : une année. je n’en suis pas folle. dans cette malchance. la première bière à la mode en Guadeloupe. un état de faiblesse.anis. en Guadeloupe. c’est pour les hommes. Maintenant. il n’y en a que pour le champagne. on ne fabrique plus que la rose. je suis prise là-dedans aussi. Pour offrir. était en vacances ici. moi qui ne connaissais même pas son nom. me dit-ellè. Mes cousines achetaient aussi de temps en temps une petite bouteille de boisson. Chez Amélya. de la bière La Meuse.

mais il te manque quelque chose. Chez Amélya. tous ceux qui m’entouraient étaient plus âgés que moi. ma vie change.. c’est la fête. Je me suis fait embaucher une attacheuse. .Pour une fois. c’était laver..Tu pourras faire ci. viens danser. laver les bouteilles. avec des gens que j ’aimais. et ces échappées à la campagne. chez elle comme au travail. et une mère n’est jamais trop âgée pour son enfant. tu arrives à attraper tout ça. je ne peux pas. tchoukou. faire ça. Où tu te trouves. tout le monde t’attend là-haut..ne. ils venaient me voir spécialement : . nous organisons un bal. Malheureusement. Je ne savais guère danser .J’habite la ville. je travaille. c’est le carnaval. Si tu faiblis.. je vivais en famille. à Carangaise seulement je me sens sur mon territoire. m’ont donné une envie très forte : quitter Pointe-à-Pitre où je n’avais rencontré que misère et méchanceté.. Parfois. comme nous. le lieu où tu es née. mais je me suis tellement amusée! Alors. On dit que c’est une chose marquée pour toujours dans les plus petits coins de ton corps. mon corps même est différent. gagner de l’argent. aller vivre dans n’importe quelle commune de la Grande ou de la Basse-Terre. personne ne t’aide. . en ville. 111 ..avec papa ce n’était jamais le moment d’aller au bal -. assis ou debout l’un à côté de l’autre. Dès que j ’y pose le pied. viens. . où tu as poussé.Léonora. Un jour. je vois les choses d’une autre façon. Mes amis me pressaient : . avec cousine Amélya et toutes les sœurs. ta première communion. remonte avec nous.. et. ne suis pas redescendue en ville. retourner au pays. je ne me sentais pas dans une ambiance de jeunesse. je suis remontée. Il te faut travailler. tu travailleras sur les champs de —p. tchoukou. J’ai retrouvé la gaieté. l’ambiance du travail s les champs. Au travail. Un jour. ce n’est pas la même chose qu’à la campagne. Et puis..Léonora. fait ton écolage. J’ai senti qu’ils avaient envie que je sois là. cependant.. tu es obligée de vivre. mes amis d’enfance retrouvés. c’est vrai. même si l’on est gentil avec toi. Amélya était comme une mère. les blagues lancées pour ne pas sentir la fatigue le soleil qui vous troue la tête. Pour moi. je suis revenue de plus en plus souvent. Je peux me trouver n’importe où. avec eux. même.qui était descendu en ville.

.. Tu prann sé mwen ké vin rédé-ou crois que je vais t'aider au­ jôdla. Ou jourd'hui.Gadé mamnzèl la. Tandé! nes.Ka ou fè Entèl? Lavi ka menné.. .Qu'as-tu fais hier soir pour man avanni. Ou kon. attache tes can­ las konnyéla.. Attache. paraître si lasse? . Tu es lasse maintenant! Écoutez ça! Ah oui! C’est seulement quand je suis retournée à Carangaise que j ’ai retrouvé toute ma vitalité.Regardez cette demoiselle. comment va? La vie te ou? Ou ka menné-i? mène? Ou est-ce toi gui la mène? .Unetelle.Ka ou fè yé osoua? Ou si tel. Maré jouné kann a-ou.

j ’ai retrouvé ma commune. Pas n’importe quel bal. mes amis. pendant le carnaval. certai­ nes se sont mariées. J’ai commencé à fréquenter Alexandre. mon amoureux. Graziella. au carnaval. Il fallait être une vraie jeune fille. Si. jusqu’à la . je suis en plein dans la vie de mon pays. Au carnaval de cette année-là. chacune a trouvé son chacun : moi. Bertille. par hasard. le bouquet allait se poser sur l’un ou l’autre. . le bal des femmes. le bal du roi et de la reine. une « femme à tétés tombés» se glissait dans le bal des jeunes filles.Au cours du bal. J’ai donc quitté la ville en 1940.Une de mes amies m’avait invitée à son bal. La navette Pointe-à-Pitre Capesterre devenait plus fréquente. Dans toute notre bande de filles.. C’est vrai. n’attendant même pas la ' cérémonie du bouquet. La ville est abandonnée. les mamans retiraient leurs filles de la salle. pendant tout le "val. La règle était stricte. Dès que tu avais enfanté. j’en avais assez de la ville. Tout le monde n’était pas invité â ces bals. même si tu n’étais pas mariée. . Grâce aux fêtes. carnaval. Noël. je suis heureuse. Tous les prétextes étaient bons : fête de la commune. Chapitre VI Afôs tounéviré pou Kannaval. une reine et un roi étaient élus pour le ^prochain samedi. Je suis chez moi avec ma famille. ce bal t’était interdit. Il y avait pour toi le « bal à tétés tombés ». d’autres pas. an déviré an bitasyon Le carnaval me ramène à la campagne C’est sur l’âge de mon premier enfant que je calcule l’année de mon retour au village : René est né en 1941. et je ne l’ai pas eu tout de suite.. des mères. Et me voilà en train d’amarrer les cannes. Et ainsi. de samedi en samedi.

donnaient une participation pour les musiciens.Untel n’a pas épousé Unetelle. Seuls les hommes. ne faisaient que - dire : . eux. Au cours de la réunion. Le cavalier élu roi donnait à la reine l’argent pour acheter les boissons. A eux maintenant d’organiser le prochain bal. la soupe. s’il était sérieux.J Une chaise pour la fille. A la reine de préparer le chodo. « Je suis vierge. à bien réfléchir. Les invités ne payaient rien. les gâteaux. il y avait une raison. il demandait à faire son entrée dans la famille. pourtant. je crois. Et. Il m ’a parlé. Ça com . on pouvait la mettre dehors. une chaise pour une personne de la famille. le bougre là. Je me considérais comme adulte. j ’ai rencontré un garçon. Tu étais assise là. et crac! comme ça. mais. Attention. Il faut- dire qu’il demandait des garanties. La reine devait accepter de danser avec tous les invités. le café. Pas d’histoire de bague en ce temps-là. le garçon n’épousait pas. Parfois. aucun garçon ne m’a touchée ». Les gens. pas pour faire l’amour.Je vous recevrai avec votre famille. pure. Pourtant. En cas de refus. celui-ci était déjà prêt : le bouquet de la dame au cavalier.^ Les intéressés la connaissaient. Le roi et la reine faisaient toutes les dépenses. tout était acheté po« le mariage. quel crime! Que d’histoires! Que de bruit! Quelle honte pour toute la parenté! Le coup était déjà rude pour elle. et^ le mépris du voisinage venait causer une peine encore plus forte. A minuit. J’avais vingt ans. 1' dire par exemple : . La mère avait honte et se taisait. de choisir les invités. les parents se posaient des ques. il était préférable d’avouer la vérité. si le mariage n’avait pas lieu. une chaise pour le garçon. Elle va le poser sur celui qu’elle a choisi comme roi. je n’étais pas une grande personne : je n’avais pas de commerce avec les hommes. Il déposait d’abord une lettre à laquelle le père répon­ dait : . les liqueurs. Dès qu’un garçon avait abordé une fille. Le garçon était alors autorisé à venir te visiter. Tu pouvais le couillonner. Quand un garçon était reçu dans une famille puis disparaissait . sans se marier. Lors de ma visite pour le carnaval.î tions: .Que fait votre fils? A-t-il un bon métier? Les fiançailles étaient conclues.

Ce jour-là. nous partagions tout. un petit «zyé ' dou». Nous nous étions rencontrés dans un bal. les demoiselles restaient assises sur un banc. Entre les danses. mais. Il sortait. chaque cavalier avait sa cavalière et la fille ne payait pas. mes parents ne pouvaient pas trop se mêler de mes affaires d’amour. Comment 'être sûr. alors. quel honneur! Ça ne s’est pas passé comme ça pour moi. et repartaient très tôt. et. je gagnais ma vie. vous commencez à parler. Par respect pour leur maison. avant de porter cette fameuse lettre. le dérespectait. mais la mère surveillait! Un petit clin d’œil. n’importe quel garçon pouvait inviter à danser n’importe quelle fille. Dans ces bals. de nos idées. il ne m’a jamais dit : . pas besoin de beaucoup de mots. et lui était avec un grand Nègre noir qu’il faisait passer pour son frère. Le garçon écrit sa lettre. sans se toucher. Je n’étais plus sur le compte de mon père. Nous travaillions ensemble sur les champs de canne. Pourtant. Mon père l’a accepté dans les règles. l’amour avance.Qui vous a permis de mettre les jambes en croix dans ma maison? Et voilà mon père qui tire les pieds du jeune homme. Chacun choisit sa chacune. dès que la musique commençait. lui comme coupeur. une amie m’accompagnait. les parents se mettent 115 . les garçons debout . chacun enlaçait sa chacune avant qu’un autre puisse l’approcher. Nous causions. j’avais dépassé mes vingt ans.Je vais me marier avec toi. quand il était saoul. Je lui disais de ne pas faire attention. tellement pour eux. les jambes croisées : . Assis l’un près de l’autre. et. Peut-être avaient-elles un amoureux dans la k salle. j ’ai présenté le garçon que j ’avais rencontré au carnaval. Vous dansez très serrés et tout démarre. il était assis. qu’ils étaient capables de faire un drame s’ils découvraient la supercherie. Nous nous aimions. Un jour. Celui-ci arrivait. Dès la première rencontre. mais il buvait beaucoup. que la fille ous aime? J’ai vu des mariages se conclure sans que l’amour soit au rendez-vous. rien d’autre ne pouvait avoir lieu avant la lettre. devant elles. mon père sortait. une fille vierge. Pouvoir procla­ mer : « Ma femme était pure ». mon père rentrait. J’habitais en ville. il faisait plein de misères à mon fiancé. de parole en parole. En principe. moi comme attacheuse. Les filles qui n’en étaient pas encore au « chacun-chacune » venaient accompagnées de leur mère. nous parlions de nos affaires à nous. Après.

que va-t-elle être? Hier. On ne lgj voyait pas s’en aller par la grande porte. mais l’amour pas plus présent. un baril plein de tessons de bouteilles. Une case était séparée en deux : une pièce pour dormir. la maman alj|| rendre visite aux mariés. puis six. la fille la chambre à coucher. quitté mes parents pour m’installer. un. Si la virginité de la jeune épousée éüg prouvée. nous avons tout mis eif commun. Un lit. salle à manger. tout. tout esf déjà prêt pour la séparation. prévoyant que son ménage ne marchera pas. Elle s’était mariée. et la mère en profitera pour mêler sa bouche dans tous les secrets du couple. les mariés partaient à minuit. lê nombre augmentait avec les enfants. Je vois ça toujours. des familles qui forcent la fille à épouser un garçon qu’elle n’aime pas. J 116 . nous nous marions. Les gens se marient-ils plus par amour aujourd’hui? Je ne vois guère de changement. très bien. matelas. les mots de « chambre ». les difficultés moins étalées sur la place publique. aujourd’hui. l’homme félicitait la mère. Le lendemain des noces. c’était pour de bon. Lorsque j’ai. Ça ne tient pas. Il durait peut-être un peu plus longtemps car la femme était plus soumise. près de sa maman.Si la bouteille est toujours bouchée!. elle tenait. elle appelera au secours. je vais marier ma fille avec lui. Je t’aime.Le bouchon de champagne va sauter ce soir! . l’honneur de la mère en dépendait. - Maintenant. Si la fille né travaille pas. Même si la femme avait épousé un feignant . parfois. la fille est obligée d’accepter. quatre chaises. il travaille bien.. une table. comme c’est la modi aujourd’hui. n’exis* taient même pas. « salon ». Que peut-elle faire? Ramasser sa volonté et prendre son bord. va construire sa case: sur la terre familiale. Petit à petit. pas du tout.et Dieu sait s’il y en a sur la terre de Guadeloupe! -. Ils disparaissaient. Les mères. qu’on se marie ou se mette en ménage. tu m’aimes. * Le jour de la noce. le mariage reste le plus souvent un « bari boutèy krazé ». D’ailleurs. On sait qui a acheté quoi : le garçon apporte le salon. La virginité d’une fille était chose d’importance. La vie dans le foyer.d’accord. Les plaisanteries ne les épaN gnaient pas : Tj| . quitter la maison? Une autre. une autre servait de salon. ont des idées : ce jeune homme est le Fils de mon compère. A la moindre difficulté. sa mère lui offre le lit et l’armoire.

Le fiancé. Il avait une lettre d’Alexandre. Je ne voulais pas laisser maman dans une telle situation. à cause de mon père. sans explications. défoncer la porte de la case. Normalement. Une de mes tantes venait de mourir. déjà. mes serviettes hygiéniques en toile. Nous sommes retournés dans notre maison. Je ne pouvais plus rester à la maison. avec ses histoires de gaz avalés pendant la guerre de 14. je ne sais qui l’a rempli. Le premier est mort tout de suite. Ma mère. nous nous sommes sauvés. f Alexandre et moi avons pris « notre particulier » à l’ïlet-Pérou. tournait et virait. Là. traitant ma mère de receleuse. il ne vit plus le petit sac pendu. Volée sur volée.. nous injurier. le temps de 5. lui. Nous sommes restés quelque temps ensemble.. mariage! Mon père eut le temps de mourir avant la naissance de l’enfant. L’enfant qui avait créé tous ces ennuis n’a vécu que six jours. Que faites-vous? Quelles sont vos intentions? Il ne pouvait pas dire : Ma fille m’a rapporté un gros ventre. Vous avez eu votre entrée chez moi. Un jour. Nous allions tous les deux gagner notre journée dans la 5 canne. Deux sont vivants. avant de les laver. les enfants. une fille et un Égarcon.Monsieur. mon père surveillait le petit sac. moi. j ’ai accouché. En plus. A [pause d’une autre femme. adieu. Nous avons déménagé et abandonné à mon père « sa» maison. où je mettais. Il est resté tout seul. Je me suis trouvée enceinte. Fille enceinte. c’est au père d’appeler le monsieur : . il se mit à me foutre des coups. accroché à un clou. Papa ne l’entendait pas de cette oreille et venait faire du scandale. papa nous cassait les pieds. P Alexandre n’était pas un très bon choix. chaque mois. Ma mère a décidé de partir. Sans rien dire. IÎ finit par prendre une vraie crise. il l’avait autorisé à venir faire sa cour à la maison. Sans paroles. Ça n’a pas tenu. quand le malheur arrive. il était souvent saoul. le F deuxième à six mois. Et mon mariage ne se fit pas. J’étais enceinte. Sa maison était libre. faire quatre enfants. me casser un balai sur le dos. jeter toutes mes affaires dehors. il n’y avait pas d’autre moyen. Depuis longtemps. ma fille est enceinte. ■ une petite case louée où nous avons transporté nos petites ^ affaires. Je n’aurai pas cru qu’un aussi beau 117 . tous.

souvent partager notre case. écoute.l Quand je suis revenue. devenue une personne de la ville pendant sept ans. qu’ils vont voir si la ville t’ai changée. Je voulais rentrer chez ma mère.garçon puisse être si mal élevé.Maman. jj Pour moi. les affaires ne marchaienti pas trop fort.. Ils t’observenjj bien : va-t-elle saluer Untel? Rendre visite à Unetelle. qui était! son amie mais n’a pas réussi. elle aussi. Amélya! était quelqu’un de la ville. Moi. je vivais en ville.. je vivais.Léonora. Ma mère dut venir me soigner. je viens de quitter la ville.. 1 Cousine Amélya venait. si tu es devenue « aristocrate ». nous devons partager ce que nous avons acheté à deux pour monter notre ménage. je n’avais nullement l’idée de prendre un- autre homme. Un jour. jl 118 . maintenant. mais. à attacher comme les! copines. Certaines semaines. Je dois gagner mon pain. Les yeux et les langues s’agfël tent.. Je ne suis pas rentrée au pays pour m’asseoir. Il le voulait de peur qu’un beau-père commande un jour à son fils. je ne travailla plus. I J’étais. Ce voyou ne l’avait jamais montré. on ne m’a pas considérée comme une! étrangère. sa vulgarité ressortait. d’accord. avec ma grande sœur et ma i fille en bas âge. dont tu leur parles. si tu méprises ceux quîi travaillent la terre. Ma mère en était malade : . si nous devons nous séparer. Le dimanche. î Ensuite.. Le monsieur a couru derrière moi : . Il injuriait mes parents. il était parti dormir chez cette autre femme. au soir. C’est selon la façon dont tu! abordes les gens. tu me donnes cela. Je déposai mes affaires chez une sœur et partis chez ma mère avec mes enfants. Je décidai : je lève l’ancre. mais. c’est à moi. et encore cela. toi qui vends en boutique. elle retournait à Pointe-à-Pitre. Je n’ai fait qu’y aller. son patron limonadier. elle venait gagner sa vie dans la! canne. peindre le dlffl ferrer les chiens. Ce que j ’ai acheté après. je m’en foutais pas mal des affaires. et ça grâce à mon attitude. je le garde. je travaillais.. je buvais. sitôt arrivée. moi. j’en étais malade. Moi. je mel suis retrouvée sur les pièces de canne. il est venu faire du scandale jusqu’à ce qu’il emmène ' le garçon.j Chez Vacher. Et si tu prends ceci. je mangeais. J’étais chez ma mère.

. Si. de nos voisins. Nous riions tellement qu’il m’arrivait d’étouffer. tu prépares ta cambuse. un gros fagot de bois mort calé sur la tête. Tu travaillais raide. sur une pierre. pour faire comme tout le monde. poser des plants. je me suis jetée dans le courant. Quand ce n’était pas l’époque de la coupe. les oreilles. les yeux. il nous prenait l’envie souvent de sauter dans l’eau pour nous rafraîchir. * Petite crabes rouges. trop de toutes sortes de f choses qu’ils lâchent là-dedans. 119 . Le soleil chauffait sur les pierres. 3 heures. Je toussais. Des cannes B.encore laver. mais l’eau n’est plus bonne. Si une dame n’avait pas été là. puis tu peux faire ce que tu veux : rendre visite à ta famille. je me serais noyée. quand c’est la saison. c’est dans la rivière que j ’allais laver mes \ enfants. c’est terminé. mais. Parfois. déterrer des crabes ou. mais à 2 heures.. nous sommes allées travailler sur les habitations comme ouvrières agricoles. tu manges. Avec une de mes sœurs. nous allions en bande laver au bord de la rivière. on nous envoyait mettre du fumier. Elle m’a tendu la main. toutes minces. et nous étions toutes dans l’eau! La peur que j'avais eue ne m’a pas gâché le plaisir d’aller laver la rivière. finie la journée. zéro. noyée pour de bon.. de nos mères. tu es libre. Maintenant. Ils ont gâté notre eau. courir après les touloulous *. la bouche. Chacune choisissait sa place parmi les grosses roches noires dans le courant : les bombées pour battre le linge. Personne n’avait rien vu. les plates pour le frotter. nous remontions chez nous. Certaines gens vont f. Une attacheuse devait monter dix-sept piles de canne dans sa journée. Ragaillardies par un bon bain. je ■ crachais. une autre main. Pour nous Lforcer à acheter des machines à laver? Quand je suis arrivée à Grosse-Montagne. Malheureusement. j ’avais de l’eau dans le nez. la gorge. et m’a halée hors de l’eau. plus possible. ils attraperaient des Ijÿiala^ies. et les langues encore plus vite : nous parlions de tout. Je n’étais pas bien forte pour nager.H. rejoindre tes amis au bord de la mer pour pêcher des palourdes. en rentrant. dépailler. Les mains claquaient. tu ne trouves pas ton repas tout cuit par tes parents. de notre enfance. Je mis longtemps pour reprendre mon souffle. Qu’est-ce qui est arrivé f à l’eau dé nos rivières? Trop de produits.

n’ont pas besoin d’invitation. à charge de revanche® Les hommes. j .Ne serait-ce pas parce que son mari. riant. c’était un seul remue-ménage. Le premier réveillé interpellait son voisin : . | Toute la matinée du dimanche était ainsi occupée.Si c’était moi. .on ne les chaussait qu’une fois arrivés à l’église-. trouves encore chez certains de la rancune.. Vingt ans après. eux. j Presque chaque semaine. les parents ne devaient! oublier personne. tu in v i9 les amis à le grager avec toi. 9 Ces fêtes étaient les grandes occasions de réunion avec JjB coups de main. PresdW 120 . mais n’oublie pas de rentrer ta chemise dans ton pantalon quand tu arriveras au bourg! Sur le chemin du retour.. ne compte pas sur ma bouche pour implorer la Sainte Vierge pour toi. un mariage. il y a de l’embrouille. la messe va commencer sans toi! Nous descendions ensemble. grande sortie : tous ceux qui croyaient en Dieu partaient à pied pour la messe. Tout le village va chercher la raison : M . bien entendu. Nous sortions de notre campagne pour aller à l’église du bourg. qui travaille comme u|J sur les champs de canne. veux t’établir et bâtir ta case. Peut-être l’effet du sermon? On s’arrêtait souvent chez l’un ou chez l’autre pour prendre des nouvelles..Pourquoi Unetelle n’était pas à la fête? jfl . Très tôt le matin. ou son géreur. O n savait que le directeur de l’usine. les cassaves.Cours. Le dimanche. mais si ta voisine. Personne de leur monde. les convois : tu as récolté ton manioc. je n’aurais pas accepté qu’on me fasse une telffl honte! Æ . j ’étais invitée à une fête. allons voir \ si elle n’est pas malade.lB demandes l’aide des bras du voisinage. on était plus sérieux. un baptême.. baptise son enfant et ne t’appelle pa&|i la fête. Pour de$| fiançailles. défricher une pièce de terre. cours. à faire la farine. nos souliers à la main . Philémon.Rosélise. 9 Les cancans ne sont pas près de s’arrêter. ne t’inviterait p | i au mariage de sa fille. Ils ne pardonneréfM jamais l’afiront de n’avoir pas été invités.La tante Rosalie n’a pas paru à la messe ce matin.Debout. se moquant des retardataires qui couraient pour rattraper la troupe : . lançant des plaisanteries.

en a goûté. P * Sorin nous a fait manger des spaghettis à grandes feuilles. Il a fallu se débrouiller. une rumeur : B r .. les gens ont commencé à Marier. c’était une abomination. pendant que nous on mai- Rg’ grit le gouverneur rit w Les gens du marché noir ont débarqué dans les campagnes. plus de ceci. Manzèl Eléonore. Il faut croire que le mariage n’était pas ? tellement utile pour nous. » I II a bloqué la vente du sel. feuilles. ici. plus de savon. à donner de la voix : fc . il est venu nous fendre les reins. Nous nous sommes trouvés séparés. j ’ai entendu dire : I . avec les Allemands... Un jour. ■jés images. il courait après les autres femmes. \. l’amour n’a pas continué. Peut-être vendait-elle trop cher? Quand 121 . Je vais cacher le sel. surtout. la Ip^cristine du curé. Et puis. d’un coup. Personne n’a su Bpurquoi on l’a arrêtée. aller « faire I son sel » au bord de la mer. je ne savais rien des affaires de ce gouver- ! neur Sorin.«An tan Soren». le mettre t en réserve. llMais attention! pour un rien: la geôle. il m’aimait. plus de cela. Alexandre était de ceux-là. Partout. pandan nou ka à manger des spaghettis à grandes |%iégri gouvènè là ka ri. ils se retrouvent à la buvette.Il n’y a plus de sel. avec ses ■Lmarins de la Jeanne d’Arc et leurs fusils! fe r Et puis. jh»mme on disait alors dans la chanson pour parler des bananes ËJjrouvènè kondanné nou manjé Le gouverneur nous a condamnés péspagéti a gran fèy. et boucler les gadèdzafè. Mettre une femme en Brison! Elle tenait un petit magasin pour vendre des chapelets. il a trouvé du «sèl a sosyé» dans un | quatre-chemins (quelqu’un l’avait déposé là pour conjurer les f esprits). que nous appelons \ ^époque où il y avait la guerre en France. c’est qu’il y en a trop. c’est comme ca. elle aussi. nous étions au temps Sorin3î.Ce gouverneur. toutes sortes de choses de la religion. et il a dit : « Si l’on gaspille le sel à le semer à la croisée | des chemins. plus de pétrole. Ht. Nous n’étions pas mariés. heureusement. \ J’étais jeune encore. Les temps étaient difficiles pour tout le ( monde. Pour tous ceux qui la Kpnnaissaient. chaque soir. plus kphuile. Je l’aimais. à jouer aux dominos autour d’une chopine de tafia.Sorin est passé. nous nous aimions tous les deux.

rien. Si encore® j’avais demandé au boucher de la viande à crédit. Il ne me restait qu’à boire l’eau de mes yeux.Demain. j ’aurai pu® comprendre. j’en avais envie. elle me faisait cuire deux petites® bananes vertes. Je me suis levée à 4 heures du matin et suis partie pour \ Cambrefort. J’ai attendu. .Alors. Certaines personnégR possédaient quelques provisions et vous trouviez toujours l’u n tB 122 . je me suis fait voir du monsieur. qui travaillait dans les planta*® tions. tout avait disparu.. vous ne m’avez même pas donné une livre de viande J à soupe! il J’ai pleuré pour de la viande. m’en rapportait aussi. il était déjà vendu pour les gros messieurs. Nous courions tous après la nourriture. Mon homme. Nous détet-jg rions les cràbes. sans huile. Je J jurais de ne plus retourner chez cet homme. net. ® Nous habitions chez Man Toloman. pas bu de café. J’ai dit au mon. Et je® relevais de couches! Pour le bébé. Un jour. tu ne pouvais en garder que la moitié. je viendrai chez toi chercher de la viande en douce. je venais d’accoucher. Je mangeais des bananes aux® bananes. Je l’ai arrêté sur le chemin : ' . Et puis. J’avais faim. Je n’en® pouvais plus. Je voyais tous ces morceaux de viande f devant moi. j ’attendais. un ami. un bon dix kilomètres. comme on les avait baptisées aussi à l’époque. Nous connaissions un monsieur qui faisait le boucher.. « ti® Soren ». ne faisait plus confiance à personne. elle ne connaissait plus ni Blanc ni Noir. Tu tuais un cochon. samedi. Tu allais à Sainte- Marie chercher du poisson : quand tu arrivais. A mon arrivée. Je n’avais rien mangé avant de partir. je me suis rendue compte que le billot à Jj viande était propre. je savais qu’il devait tuer un bœuf. fouillions les palourdes. sans rien. C’était assez loin. Dans les champs. J’attendais. avoir de l’aigent bien vivant et voir tous ces J quartiers de bœuf défiler devant soi sans en attraper le moindre 1 petit morceau.Je m’occupe de toi tout à l’heure. quitte à ne plus® jamais manger de viande. pas de lait. ® Quand elle rentrait du travail. mon argent à la main. des vrais « ti bandi». mais là.elle est sortie. nous ramassions® toutes sortes d’herbes que nous mettions à bouillir.J sieur : jt . Nous battions à ® la canne pour faire du sirop. C’était un bon bougre.

Un vyékô *. de la farine de manioc. ne pouvaient utiliser tous leurs tickets. et nous nous en servions comme d’une lampe. Dans notre village. un bâton à la main. i. En un instant. Rien sans un bon. Sorin avait taxé toutes les marchandises et surveillait la contrebande. Avec cette affaire. Celui-ci s’éteindra ce soir. un homme pouvait prévoir la mort. du vinaigre que l’on fabriquait avec la cabosse (fruit du cacaoyer). Quand il est parti.ou l’autre pour vous donner trois grains de sel. Pour un mariage. papa est mort! Les petites cases. collées les unes contre les autres. on nous annonça la répartition **. J'enten­ dis crier : . C’était plus juste. Quand il se levait. tant de bouteilles d’huile. C’était mon voisin. pas vraiment. Il a fait aux Guadeloupéens tellement de méchancetés. étaient toutes dans l’obscurité.Celui-ci ne verra pas son quatrième jour.. toujours assis devant sa porte. Même les tissus étaient contrôlés. les enfants en bas âge. ** Système de cartes d’alimentation. Enfin. Un matin. Il mourra jeudi. Les voisins avaient tous ën même temps apporté leur petit ï>out de caoutchouc. faire la queue des heures et des heures. le caoutchouc allumé te donnait de la lumière. les vieillards mouraient vite. puisque tu n’étais pas libre. les yeux le suivaient avec inquiétude. un petit pot d’huile de coco. Tant de personnes dans la famille.. tu ne pouvais acheter convenablement dans les boutiques. Il fallait se battre pour le ravitaillement. de beurre de cacao contre des cassaves. tant de kilos de viande. Il passait lentement devant les cases : . nous les malheureux qui ne pouvions acheter du pétrole en contrebande. tant de sel. Ils les vendaient. Nous allions sur la plage ramasser de vieux bouts rejetés par la mer. accourez. on chantait dans les rues : ! * Vieillard. Posé sur une feuille de tôle. que de problèmes! Tu obtenais un bon pour un drap.Accourez. Comme ça tu arrivais à vivre. Pourtant. faute d’argent. la case du mort s’éclaira. on a commencé â respirer un peu mieux. 123 . Certaines familles. Sorin était détesté. devint lumineuse. Il mourut à la fin de l’après-midi. au son de caisse.

la 1 coque pour tailler les cuillers. soudant avec du plomb récupéré sur de vieux. Un temps de souffrance mais aussi de travail et ' d’invention. Je ne sais pas comment ils se débrouillaient là-bas. vive les Alliés Sorcn tonbé pou létèmité Sorin est tombé pour l'éternité Péyi an nou la dou Notre pays est doux Gouvènè ké régrété-i Le gouverneur le regrettera Soren mô é antéré Sorin est mort et enterré Konplis a-i ka pléré Ses complices pleurent Yo ka régrété Ils regrettent Milyon la i pa séparé. nous n’étions pas encore Français. «dépar. surtout à i cette époque. quelle histoire! La guerre. chanson disait : « Avant nous étions “ asi boukèt ” » (assis sur un âne).. les brosses. les millions qu'il n’a pas partagés. » i Nous ne savions pas ce que voulait dire « assimilé ». et allaient défendre leur patrie. j Cafetières. 3¥ Nous avons appris à tout utiliser. il nous fallait vivre. Ils disaient qu’ils étaient contre le chef de Sorin qui était en France. bien longtemps après. et jusqu’à maintenant. » Après la guerre. les bols. qui le sait vraiment? î ■ Après. la noix de coco pour l’huile et î le savon. le maréchal Pétain. demi-pot*# roquille en un tour de main. timbales. 124 . personne ne possédait de radio. les fourchettes. Ce « temps Sorin ». Radio Bois-Patate diffusait les nouvelles: «D e Gaulle fait appeler les hommes.Viv Dêgôl viv Lézalyé Vive de Gaulle. maintenant nous sommes “ asi milé ” (assis sur un mulet). des boîtes de - conserve.. assiettes. Ils prenaient de petits canots pour aller rejoindre de Gaulle à La Dominique. Les ferblantiers fabriquaient pot. La . Ils réparaient votre cuvette ou votre?# pot de chambre. chaspann * pour puiser l’eau dans i la jarre étaient faits en terre ou avec des pots à lait. les hommes qui partaient pour la dissidence34.» * Pot en fer-blanc. mais nous appartenions quand même à la France. Les J ustensiles de ménage des pauvres étaient remis à l’honneur. la parche du coco pour faire les paillasses. nous avons vu l’importance du ■ « temps Sorin ». Et. et « débouya pa péché ». chopine.■ tement ». Nous n’avions rien. Il faut le rejoindre à Londres pour défendre la patrie. bien obligés de chercher à se débrouiller. je crois. pourtant. On parlait beaucoup de De Gaulle. A Carangaise. nous nous sommes trouvés « assimilés ».

Ils étaient forcés. mais je tiens en réserve mon réchaud à charbon de bois. monté sur un cheval blanc. Ça nous donnait de l’ombre.. Les jeunes du M. ** évoquaient le temps Sorin. des sacs. Ça. Peut-être aussi qu’on leur a désappris de compter sur eux-mêmes. Je ne parle pas de l’allée de palmistes à la sortie du bourg sur laquelle le général de Gaulle a défilé.. certains vous disent que.C.C. je crois. tu allais l’acheter à une autre qui se faisait ainsi un peu d’argent. c’est grâce au temps Sorin. chaussés de kovadis. je ne le savais pas. Moi. tout le monde travaillait de ses mains. Pour un mariage. Je donne. des sacs en vétiver.R. faits de vieux pneus récupérés. Je ne jette rien car je ne sais ce qui peut survenir. la paille de canne tressée des chapeaux. des tapis. puisqu’il n’ont pas conti­ nué. Nous avions fabriqué pour ma sœur un beau chapeau en satin et son cavalier portait un canotier en paille de canne cousu avec du fil tiré des sacs de farine ou des lanières de karata *. qui allions quelquefois jusqu’à Basse-Terre ou Pointe-à-Pitre. des jeunes du M. Aujourd’hui encore. Pour nous. les paysans marchaient à pied. . Je me sers de gaz butane. ce temps où l’on avait fait pousser des pommes de terre à Matouba. ** Mouvement rural de la jeunesse chrétienne.R. des tuyaux. Le fruit à pain séché donnait la farine. Il faut bien faire vendre les Prisunic! A moi.accus. ton temps étant pris dans la canne. Ce que tu ne pouvais fabriquer toi-même. s’ils fabriquent des tapis. quand il est venu en Guadeloupe. * Sisal.J. je crois qu’ils n’ont rien appris du tout. ce temps où les voitures marchaient avec de l’essence mélangée à du rhum. ce temps des fruits à pain tout secs m’a appris une chose : n’avoir peur d’aucune misère sur la terre.. ils se sont débrouillés.J. mon réchaud à pétrole.. Je suis prête devant n’importe quel mauvais coup. Je peux manger de tout. de l’ail à Trois-Rivières. Sorin avait fait planter des arbres le long des grandes routes. L’autre jour. Dans ma cité. elle était plantée avant. mais je ne souffre pas quand le camion n’a pas livré la boutique. La bouteille de butane est là. affirmaient qu’alors les Guadeloupéens avaient appris à compter sur eux-mêmes. ces sandales en lanières à semelles de bois ou de michelins. c’est chez moi que les voisins viennent chercher du pétrole quand il y a une panne d’électricité. Ainsi notre belle allée de filaos et de flamboyants dans notre commune. à une assemblée.

Nous. N’empêche qu’on les entend souvent ici. Touarivyè pa té ni dola Trois-Rivières ne connaissait pas on ti sou té ka sifi le dollar. qu’ils n’ont peut-être pas connu comme moi les temps durs. je pense qu’ils ne sont pas prévoyants. tan dé plézi. nous voilà. Je ne suis pas d’accord avec ces paroles de dédain. normale­ ment. c’était Pétain. En temps Sorin. parlent de Sorin comme d’un homme juste : ses règles. c’était le bon temps. Alors. il foutait Nègre comme Blanc à la geôle. Le sauveur de la France. tan dé bonnè temps de plaisir. Le Nègre méprise le Nègre. Celui qui avait droit à trois kilos n’en obtenait pas cinq. en cas de contrebande. toutbiten chalviré la vie a tourné. Ce que nous devons rechercher: l’accord entre nous. Alors. ton frère. Certains vieux. temps de bonheur. sèl èspoua nou fini tout est à l’envers. Aujourd’hui. Tu es seul. rien de normal. qui ont oublié toutes ces misères.mais. 1 il va nous sauver : Tan an nou sété bon tan Notre temps. Aprézan la lavi touné un petit sou suffisait.. C’est de l’histoire. On faisait chanter aux enfants des écoles. nous pourrons vivre bien. il y a des choses qui nous sont restées cachées. disent les anciens.Maréchal. en montant le drapeau chaque matin : . et ceux qui avaient un filon et de l’argent obtenaient plus de vivres. c’est vrai. de marché noir. Les Nègres sont mauvais. étaient les mêmes pour tout le monde. il nous faudrait un homme fort comme Sorin pour faire marcher le pays. c’est la faute du Nègre. Paroles contre nous-mêmes. nous sauver. Paroles que tout ça. Le chef de Sorin.. Vous demandez l’indépendance? Les Nègres vont commander aux Nègres alors? Si le Nègre ne sent pas le fouet sur sa peau. dix tickets. ont fait marcher les Nègres à coups de fouet. Et. Les Blancs. Les Blancs aussi ont leur histoire. ils chantaient : Notre seul espoir. Nègres. en moi-même. Mais. c'est de Gaulle. Jénéral Dègôl ké sové nou. de mépris pour le Nègre. en dessous. Notre seul espoir: le général de Gaulle qui viendra:. Tu as dix enfants. il ne fait rien. sa loi. Certes. un ticket. ne marchons que si on nous fouette. 1 126 . A la moindre anicroche. Ces gens en sont toujours à l’esclavage. mais elle n’apparaît pas comme celle des Nègres.

première victoire. j’étais majeure. triomphant à chaque vote. Après un tel affront. par exemple. Mais il était costaud. Je ne sais ï pas comment ça se fait. allons lui annoncer notre victoire. Quand Lacavé venait à Carangaise. faire tamponner leur carte. à rester fâchés jusqu’à leur mort. Il a tenu en poste jusqu’à sa mort. qui était l’homme. Chacun en profitait pour régler des comptes person­ nels. ne pouvait être pour lui. ils se vengeaient du maire mais ne perdaient pas leur crédit. elle t’en voudra toute sa vie. sa petite valise. faisant voler ses longs cheveux d’Indien. je suis restée son supporter fidèle. L’un. ses partisans organisèrent un défilé : le défilé des «boua-boua». à cette époque. Autour du maire. et déposaient une enveloppe vide. je me suis mise dans les affaires d’élections. des casseroles. les gens arrivaient à se taper dessus. Pour élire les députés. je pouvais voter. La procession s’arrêtait devant les portes des partisans pour ou contre.. on entendait par­ tout : «Vive Paulo! » Tout le monde. n’avait pas obtenu la place qu’il : souhaitait à la mairie. veillant à ce qu’il ne soit pas renversé. cette élection. le parti communiste dominait Capesterre. Première élection. Comme ça. Paul Lacavé représentait le parti communiste et. l’affaire était encore plus chaude. Ils décidaient s de ne plus voter pour le maire. Les gens criaient. passait dans toutes les sections. envoyé par les patrons de l’usine Marquisat. Paulo fut élu maire. la troupe a grossi. disait-on. Le pantin représentant le docteur Moutou était le plus réussi : son portrait craché. Avec sa grande robe blanche. un travail pour sa femme ou un neveu. Chaque candidat faisait sa campagne. pourtant. je crois. Aussitôt. Même à l’intérieur d’une famille. mais ils faisaient comme si. Mon premier vote : envoyer Paul Lacavé à la mairie. est contre Lacavé. Moi-même. Après le temps Sorin.. ces combines arrivaient toujours à se ^savoir. l’autre.. et les cancans reprenaient à chaque élection. Lacavé était opposé à un Indien nommé Moutou. Le ■jour du vote. Ce n’était pas une mince histoire. à gauche. Il faut dire que les deux partis ne se faisaient pas de cadeau.. La 127 . cognaient sur des pots en fer-blanc. en musique. ils allaient pointer sur la liste. il tournait la tête à droite. le logement qu’il demandait. La cousine X. chantaient. le r troisième. Bien sûr. certains le lâchaient comme un crabe ses pinces ou un anoli sa queue. y était respecté.

Il s’est avancé vers les gardes mobiles : . Nous* avons envoyé chercher le maire. rentrés dans leurs coquilles.Vive Paulo! Vive Lacavé! Le battu et ses partisans. nous appelons «étrangers» tous ceux dont le nombril n’est pas enterré s Capesterre. froids comme la glace. On libéra le cochon qui se mit à courir. . armée de casseroles. Les tambours aussi étaient de sortie. pez-le! Il fallait voir et entendre ça. Lacavé fut proclamé élu.On ne laissera pas faire ça. 128 . Toute la population était dehors. Il a pris la tête de la commune à un moment grave. Une seule cavalcade. en aluminium. de toutes les habitations : j . ne sais pas si un autre maire aurait fait ce que Lacavé a osé ce jour-là. Des gens descendaient de partout. Ici. Le lendemain matin. je crois. Nous nous sommes tous rassemblés pour foncer dans le corps de ces étrangers s’ils osaient pénétrer sur les champs. Noi n’avons besoin de personne pour couper la canne. enfermé dans la prison pour y passer la nuit. Je i . prenant possession de toutes les rues du bourg. des gens de Sainte- Rose. en 45. Il est apparu avec son écharpr autour du ventre. Je vis au Lamentin depuis plus de trente ans. Il posa sa candidature. de tout ce qui pouvait faire du i bruit. je me rappelle très bien que.Nous avons suffisamment de travailleurs à Capesterre. se terraient dans leurs maisons. Mon peuple réclame son salaire. Les patrons sont allés chercher des étrangers. de réci­ pients en fer-blanc.Un cochon vient de s’évader de prison! Attrapez-le! Attra. Tout était arrêté. j ’y suis toujours une « étrangère ». grève! ^^ Qui avons-nous trouvé devant nous? Les gardes mobiles. Tj que satisfaction n’est pas donnée. Je ne me souviens plus du nom de son adversaire. pas une canne ne sera cou* par personne.population de Capesterre voulait envoyer Paulo en France • comme député. Personne ne coupait ni n’attachait. j Paul Lacavé est resté presque quarante ans maire de Capester-1 re. .. pour couper la canne à notre place. on ne laissera pas briser la . un cochon avait été. le soir des résultats. alors qu’était déclenchée une grande grève dans la canne. . pour le ridiculiser. en revanche. Capesterre flambait! . de pots. un juste prix pour sa journée de travail.

c’est la course au million. l’argent était rare. bien cachée. A partir de ce jour. . le niveau de l’homme monte et descend. Aujourd’hui. et les temps ont bien changé. A charge de revanche quand viendrait le samedi de ton cochon à toi. ça n’existait pas. soit un ami te ferait parvenir un morceau. La vie change. Lacavé s’est écrié : . et nous n’étions pas malheureux. à Carangaise. 129 . m’expliquait un homme.Woulo! (bravo) Vive Pauloï Ça devenait mauvais.C’est l’argent qui fait qu’aujourd’hui les hommes ne se supportent plus les uns les autres. Même chose pour le manioc. En ce temps-là. Nous avons commencé à crier : . C’était la victoire. on l’appelle Capesterre-Belle-Eau. voilà ce qu’on connaissait. Et il poursuivait : L’argent déposé en banque. Je ne sais pas ce qui se serait passé si les roches avaient commencé à voler. Nous n’achetions jamais. toujours la même. La vie est là. Tu savais que soit ton compère. rentre-dedans. La ligne des gardes mobiles s’est avancée sur Lacavé. tous "ceux qui étaient venus aider avaient droit à leur mesure de farine. Dans ma famille. et changent toutes choses. Je crois plutôt que ce sont les gens qui chan­ gent. soit un cousin. de viande de cochon.Ne touchez pas à mon peuple! Tchouyé mwen! Tuez-moi! Il s’est tenu devant les gardes mobiles. les travailleurs ne pouvaient rester longtemps maîtres de leur corps. c’est l’évolution. Si tu arrivais à faire une petite réserve.Pa touché pèp an mwen! . Finie la vie de solidarité. dit-on. Presque chaque samedi. toutes ces caisses à argent. Capesterre est devenue «Capesterre- la-vaillante ». Chacun pour soi. tu étais réveillé par les hurlements d’un cochon mené à la mort. ferme et sans peur. c’était pour y puiser en cas de maladie. dans. Maintenant. Le jour de grage. comme je Fai vu après à Grosse-Montagne. II n’a fait qu’ôter son écharpe bleu blanc rouge pour la tendre en travers de leur route. par exemple. coups de roches. Bagarre.

de dictame *. avec un pot d’eau claire ou teintée de café. les franges de cassave restées dans la platine. tu peux te manger sans crainte. Les écrevisses se vendent cent cinquante francs le kilo. Ceux faits à la maison. ils pouvaient ramasser le « kakapannyôl ». en plus d’une bonne cassave au coco. ces vers qui empoisonnent nos rivières et donnent cette terrible maladie. écrevisse. 130 . un bosoko entier dans l’estomac. les assiettes étince­ laient Quand quelqu’un revenait avec son panier plein de crabes. Impossible de voir ça aujourd’hui. Aujourd’hui. plantions nos ignames que nous pouvions échanger contre du poisson. une fois traitée. l’autre chez les Nadir. et voila la peau de ton ventre tendue jusqu’à midi.. Tout ce que tu sots de là. J’aimais cette vie d’entraide et de solidarité. ni instruites. il paraît que c’est dans cet escargot que se développe le ver qui donne la biîharziose. H tient moins bien le corps car il est fabriqué avec de la farine blanche de France. ou de la cendre de bois. dans le canari. Chacun sa tournée: un jour chez Man Ta ta. de la viande. Plus moyen de manger des « kanklo ».. à la traversée ou encore au «Bois fermé». loin derrière Lamoisse où se trouve ce profond étang sombre. Chaque famille entretenait son petit carré de manioc. le « donbré » a remplacé le bosoko. ni « fonctionnaires » ou employées de bureau. Pour laver la vaisselle. Nous n’étions ni riches. les «bosoko» étaient très épais et bien nourrissants.à des cassaves. Maintenant. Nous faisions aussi beaucoup de choses nous-mêmes. Les enfants voulaient participer à tous les coups de main car. fabri­ quions notre charbon de bois. poisson grande-écaille. pourtant... donne une farine utilisée dans l’alimentation des nourrissons (sorte de maïzena). pour pêcher des écrevisses ou se baigner en rivière7 il faut monter dans la montagne. même si elles sont- nourries de bilharzie. Un petit bout de bosoko le matin. et. ou une pêche d’écrevisses. Tu devenais solide de corps et de tempérament. pas question d’acheter du savon : frottées avec des feuilles de soleil. Nous aimions tellement ces gâteaux de manioc. on nous citait en exemple : * Plante dont la racine. Un scieur. il en offrait toujours aux voisins. Mes sœurs et moi rendions service à tous. les massacreurs de la nature ne sont pas encore passés. tenait la forme toute une journée. Là.

Grager le manioc. à devenir indifférents à leur prochain. Tu n’as même plus besoin d’argent vivant. dans un bureau. Ils prenaient des haillons. Unetelle dort sur une paillasse. plus tu achètes. et non sur ce que nous possédions. fabriquaient une belle couche. il y a et y aura toujours de la discorde et de la jalousie. tu n’es rien. à Carangaise. n’avaient pas les moyens de commander un matelas en coton. tu payes par traites. Argent ou pas. les chaises. toujours où il faut.Moi j ’ai un matelas. il n’était pas rare de trouver une personne bien intentionnée pour aller vérifier en tâtant s’il s’agissait d’un matelas ou d’une paillasse. Il est vrai que maintenant. Nous étions ainsi. et. fonctionnaire. zéro. si belle qu’on pouvait croire à un épais matelas sur le lit. Malheureusement. Plus tu en as.. pour entendre : . enseignant. depuis ton plus jeune âge. comme elle fait le bien. mes sœurs et moi. nettoyer la maison des morts. quand ils se mettaient en ménage. sur ce que nous faisions. L’amour me pousse vers les autres. J’aime agir. Il pousse les gens à se tenir à distance. les autres sont jaloux. essayant d’aider les gens. Nous étions jugées. Quand tu allais la visiter. quel beau parti! Voilà pourquoi tous les parents se saignent pour faire des instituteurs. et pourquoi pas le lit et l’armoire? Ça compte tellement ce que les gens possèdent : . Tout s’achète. au bon moment pour aider ceux qui en ont besoin. elle t’offrait tout ce qu’elle possédait. Personne ne vint plus chez elle. plus tu montes en grade. vivait une dame au bon coeur. elle fut abandonnée peu à peu par sa famille et son 131 . on t’apprend à peser un homme d’après les biens qu’il possède. un vrai matelas en coton. l’argent seul compte.Ces trois sœurs sont partout. laver le linge des malades. Adieu cette solidarité de voisinage. tu signes des papiers. La vie ne peut plus marcher convenablement. rien ne nous faisait peur. Tu travailles dans la canne. plus tu es considéré. te « conter mépris ». Bien des jeunes. tu es déjà de qualité différente. . cette entente dans les familles. Pas loin de notre case. je l’ai vue. quelquefois avec une certaine brusquerie.. d’aller vers eux. Et si tu réussis. puis arrivait un moment où il lui fallait t’adresser des paroles blessantes. Alors. la table.Regardez Léonora comme elle est affable. Ce n’est pas pour recevoir un billet de satisfaction. tu changes tes meubles : les fauteuils. et je suis restée comme ça. Maintenant.

et. En face habitait une femme aussi cancannière qu’elle. C’est ainsi que l’a trouvée" Paul Lacavé.J’ai rencontré mon compère. le maire de la commune. jalouse des services pour un mort.Sylviane. qui sont venus se mettre à ton service. A peine avait-elle crié : . d’autres encore accouraient avec balais et chiffons. se quereller. lui dit-il. lui montrer que tous nou$| avons besoin des autres. Tu es bien heureuse de les trouver là.Regardez-moi ça. Elle était affalée dans une berceuse. Le père. Notre bonne dame d’en face. vint à mourir. tous ces gens qui s’étaienï précipités.Ayayay! Aristophane est mort! que sa maison fut pleine. peut-être voulaient-ils se faire bien voir pour obteniii ensuite quelque faveur? I Je ne m’étais pas rendu compte de ça sur le moment. n’avait rien à faire. mais son garçoil fréquentait une grande école. elle. aurait pi dire: . Elle criait derrière] sa fenêtre : I . si ce n’est pas malheureux. la maison était à nous. pas une mouche ne] bourdonnerait à mes côtés. | A l’époque. . ce qu’ils venaient d’apprendre sué Untel ou Untel.. comme morte. une de ses filles était institutrice. voici ce qu’il m’a raconté.voisinage. Aujourd’hui. et. Il attendait le soir.il l’autre travaillait dans un hôpital. une fois seul au lit avec sa femme. je me demande si elle n’avait pas ses raisons. mainte­ nant. L’homme qui était mort était pêcheur. surtout. Je crois qu’il voulait lui donner une leçon. regarde tous ces gens qui t’entourent. Les enfants n’entendaient rien. homme aimé et respecté.] Non. Personne d’autre. tables. Ils n’allaient pas répéter partout^ devant tout le monde. je l’avais traitée de jalouse. il la mettait au courant. Son mari. Les uns charriaient de l’eau dans des seaux. une des plus grandes de la région. Le| gens savaient garder un secret. son parent. il était alliancé à 1| famille Lacavé. les autres portaient chaises. tombée dans la nuit. rentrant à la maison. bancs dehors. elle aussi. La femme du mort. aimant faire du scandale. s’il le jugeait utile. était enragée devant toute cette agitation. Il se passait d’ailleurs un tas de choses que tu ne soupçonnais pas. tout ce tintouin] autour de cette chipie! Si c’était moi. Paul Lacavé était le maire de Capesterre. Alors. Comme disaient les anciens : 1 132 . à elle si scandaleuse.] qui aimait tant dire du mal d’autrui.

je suis rentrée en moi-même pour réfléchir. on apprendrait bien des secrets. M. me trouver embringuée dans ces affaires d’homme et de femme. Qu’est-ce qui m’avait ainsi dégoûtée? Avec mon premier homme. Tous ils m’embrassaient. je travaillais. d’accord.Pawôl lendi pa pawôl dimanch. Je n’étais amoureuse d’aucun d’eux.. à cette poque. endurant les pires souf­ frances. Je ne veux pas non. de monsieur qui veut tout diriger dans la maison. Je suis “e jeune femme. Joseph. Je ne sais si je les connaissais trop. plaisanter. J’étais arrivée à me dépatouiller ’une situation boiteuse. on entendrait bien des plaintes. J’étais chez ma mère.. Un deuxième homme est venu me parler. Tous les garçons «cherchaient ma compagnie. si nous avions eu des disputes de gosses. C’était à qui m’offrirait une îoisson. je pouvais donner à boire et à manger à mes enfants. je m’étais sentie vivre. karantré. m’appelaient «Abo». Plaintes de femmes battues. An bouch fêmé mouch pa parfois garder la bouche fermée. vivre ma liberté. Et puis. Je ne voulais plus me trouver sous le commandement d’un homme. je ne me voyais en ménage ni avec Pierre ni avec Paul. humiliées. Il aurait suffi qu’un homme vienne me parler pour qu’on dise : 133 . Il vaut mieux fëmé.. Je ne pouvais donc pas quitter la maison de ma mère pour prendre mon «chez moi». Il fallait me voir. si j ’étais habituée à eux depuis l’enfance. D’autant plus que étais gaie. j ’avais pris un mauvais départ. des gâteaux.. Moi-même. Pour s’amuser. Paroles du lundi ne sont pas paro- Vométan dépafoua bouch rèté les du dimanche. Si les savanes et le bois des cases pouvaient parler. Je n’avais aucune envie de me remettre en ménage. En bouche fermée. le surveillant sur l’habitation où je travaillais comme attacheuse. qui vous oblige à rester là à l’attendre 'usqu’à n’importe quelle heure. j ’aimais rire. Sortie des pattes d’Alexandre. plus aller 'installer toute seule dans une maison pour que Les femmes ennent m’accuser d’attirer leurs maris. dans ce petit hameau où je suis née. plaisanter. Plus de problème de mari. mais je ne les aimais pas d’amour. Une femme de vingt-six ans ne peut rester ute sa vie chez sa mère. les mouches n’entrent pas. profiter de la vie. j ’avais eu ma dose. je n’allais pas me fourrer dans une utre.

Les femmes au sexe pieuvre sont pi fô pasé Dyab. Joseph m’a couru après longtemps. m’attendait comme la terre sèche attend l’eau du ciel. Ses manières me plaisaient. . plus fortes que Dieu. Joseph venait d’être nommé économe sur une habitation. me pressant de plus en plus. Nous avons installé notre foyer. disait-il. Fanm c 'est une femme au sexe pieuvre. j’ai fini par accepter. Je voulais qu’on me respecte. Il était très amoureux de moi. dans la commune du Lamentin. puis des jumeaux. pour ne plus rester chez maman. Je devais rester quatre ans à Carangaise. plus fortes que Diable. le temps de faire avec Joseph un enfant. . a kokot chatou pi fô pas Bondyé. Léonora vole les maris.Regardez. J’allais devenir madame l’économe. Alors je déménageai et quittai pour la deuxième fois mon pays. et. Je refusais cette vie-là. sé on fanm a kokot chatou.

à partir de ce moment. sa journée finie. ils ne retireraient pas un sol de profit de toutes leurs peines. . Un véritable combat avec la Sîe pour élever mes treize enfants dans l’honneur et le respect. Joseph m’avait fait la ' leçon : je n’étais plus une petite attacheuse sur les champs de ■çanne du Blanc. Mais ce qui rend leur travail le plus pénible et le plusfâcheux. madame l’économe.. Chapitre VII Man lékonôm ka mété pannyé asi tèt Madame l ’économe met son panier sur la tête et part sur les chemins Les planteurs tirent de leurs Nègres tout le service qu'ils peuvent. Des années de souffrances et de luttes pour Jfehir mon ménage coûte que coûte. P ère D u t e r t r e . mais sur l’habitation. 1952 : pour la deuxième fois je laissai derrière moi ma famille. Pas question non plus d’aller travailler à Tusine. libre de courir. 135 . s Avant même de quitter Carangaise. est bien vivante dans ma mémoire. car ils savent bien que toutes leurs sueurs vont au profit de leurs maîtres. Tu es « madame ». Je la revois très clairement et aucune tache ne grouille le miroir. je pourrais l’aider à planter sur des terres qui lui appartiendraient. tout le monde m’appeîlait Man Joseph. Certes. personne ne connaissait mon ’ nom.ma commune. j’avais une position à ^tenir. à mon avis. Ma vie. se jeter dans la „ tijer avec ses copines. et que. c'est Vinfructuosité de ce travail. Histoire générale des Antilles habitées par les Français.. 1654. il ne leur en reviendra jamais rien. je devenais une dame. A mon arrivée au Lamentin. quand ils amas­ seraient des montagnes d’or.

donc tu es mariée. Je ne l’étais pas. Quand je me suis liée d’amitié
avec quelques personnes, je leur ai donné mon nom de jeune
fille. Pourquoi me cacher? Pour moi, le mariage n’est pas un
honneur. C’est l’Église qui a apporté ici cette affaire. Autrefois, les
Nègres se mettaient en ménage sans passer devant monsieur l’abbé.
Alors ils ont inventé plein de tracasseries pour humilier, vexer,
embêter ceux qui ne se mariaient pas. Interdiction aux non-
mariés de communier, à moins que tu relèves ta conversion 35 et
laisses tomber les affaires de la chair. Jour spécial pour baptiser
les enfants des parents vivant en concubinage. Enterrement
dernière catégorie : le corps simplement bénit devant la porte de
l’église... Et puis, on s’est rendu compte que les femmes qui
communiaient n’étaient pas plus fidèles parce que mariées,
qu’elles menaient la vie, l’alliance au doigt. -
Alors, pour moi, être mariée ou non, quelle différence? Mes
soucis étaient bien plus graves, Joseph me faisait pousser des
cheveux blancs. Au début, à Capesterre, tout allait bien, Joseph
me désirait très fort, j ’avais un certain amour pour lui. Et puis,
les tracas ont commencé, les mêmes que j ’avais connus dans mon i
premier ménage avec Alexandre.
Je ne peux pas dire que Joseph ne rapportait pas sa paye à la
maison, il me donnait l’argent nécessaire pour élever mes
enfants, mais il était tout le temps dehors à courir les femmes, et ’
ça, je ne pouvais le supporter. Je souffrais aussi du manque de vie
de famille : le père, la mère, les enfants, tous réunis. Déjà, avec
mon premier homme, je ne l’avais pas trouvée, et je retombais ■
dans ce que je ne voulais pas. Il faut croire que quand quelque *
chose doit arriver, elle arrive. D’ailleurs, il ne faut pas rêver en i
plein soleil de midi, ni prendre pour argent comptant tout ce que ■
l’homme te raconte avant de te ferrer.
En plus de sa passion pour les femmes, plus grave encore^
Joseph, depuis notre installation au Lamentin, s’était mis à boire. 4
Que de fois je me suis dit : « Léonora, pars avant qu’il ne soit '
trop tard, laisse cet homme.» Mais comment faire avec six
enfants que j ’avais déjà sur les bras? C’est à eux que je devais
penser d’abord, à leur instruction, à leur avenir.
Les mères font les enfants, leur donnent la vie, et la plupart du ^
temps ce sont elles qui les aident à devenir des hommes. Si h '
miens ont réussi, sont arrivés jusqu’où ils sont arrivés dans !
société - j’ai fait un instituteur, un professeur de sciencef
136

naturelles et peut-être un autre professeur car ma dernière fille
qui est au lycée travaille très bien -, ce n’est pas grâce à leur père.
Il me donnait tout l’argent de sa quinzaine, mais à moi de
couper, hacher, multiplier, diviser, pour le faire durer deux
semaines. A moi de laver, coudre, repasser, cuisiner, faire tout le
travail de la maison sans rechigner. A moi de m’occuper des
enfants, de veiller à ce qu’ils partent propres pour l’école,
apprennent leurs leçons, prennent le droit chemin dans la vie.
Jamais mon mari ne m’a aidée, n’a touché à quelque chose
dans la maison. Dès qu’il se levait, il fallait faire le café, le sucrer,
le verser, lui présenter. Après, c’était remplir un koui d’eau pour
qu’il se lave la figure, lui tendre ses vêtements, lui préparer son
casse-croûte... A son retour du travail, vers 14 ou 15 heures, le
couvert était mis, le repas chaud. Le soir, même s’il rentrait à
minuit, 1 heure, 2 heures du matin, je devais me lever pour lui
servir à manger. Je faisais avec lui comme j ’avais vu faire ma
mère avec mon père. Je lui avais donné cette habitude, et, quand
j’ai voulu m’en dégager, ça a été très dur. Je lui ai fait comprendre
un jour qu’une femme ne pouvait pas se lever comme ça, à
minuit, pour donner à manger à un homme.
- Si tu arrives pendant que les enfants sont encore en train
d’apprendre leurs leçons, là, c’est tout naturel pour moi de te
servir. Mais une malheureuse comme moi, à mon âge, qui a fait
treize enfants, qui a tant travaillé, m’obliger à me lever la nuit
pour te servir, ça, c’est une méchanceté. Si tu continues ainsi, ça
deviendra très grave, les enfants s’en mêleront.
Pour moi, c’est une véritable abomination, cette coutume.
Certains hommes, quand ils rentrent très tard et que leur femme
dort déjà, se débrouilllent tout seuls. Question de caractère. Pour
presque tous, la femme est leur esclave, leur domestique toujours
là à leur service. Une « esclave de maison », qui bourrique toute
la journée, sans connaître la fatigue.
C’est dans ce sens que nous ont éduquées nos mères : il n’était
guère question d’amour, plutôt d’obéissance. Dans le ménage,
l’homme commande, va travailler, la femme est soumise. C’est la
ligne de conduite. Les hommes veulent prendre mot pour mot la
Bible. Quand Adam et Eve ont fait leur comédie, le Bon Dieu les
a chassés du paradis en disant : « Toi, l’homme, tu travailleras à
la sueur de ton front, tu rapporteras l’argent. Toi, la femme, tu
resteras à la maison. »
137

S’il y a an endroit ou tu sues toute l’eau de ton corps, c’est bien
dans un champ de canne. Suer eau et sang, avoir la tête qui se
fend sous le soleil, trimer dur, ça, c’est la canne.
Au pipirit chantant*, Joseph devait déjà être debout pour
accueillir tes travailleurs qui venaient de très loin vendre leur
journée, les rassembler avec ceux logés sur l’habitation, attribuer
à chacun une tâche, un lieu, une pièce de canne. Suivant la force
et le talent des coupeurs, il les groupait par deux ou trois,
accompagnés des attacheuses.
En ce temps-là, la journée se comptait en paquets de canne. Le
coupeur coupait. La canne à son pied, d’abord, puis sa tête, les
feuilles, les « zanma », qui servent à lier les paquets, enfin la tige
en deux ou trois morceaux, pour faire des bouts d’au moins un
mètre. Derrière le coupeur, l’attacheuse assemblait douze bouts,
les amarrait ensemble avec deux zanma, et montait les piles. :
Chaque pile devait avoir vingt-cinq paquets. j
Le nombre de piles à monter dans la journée dépendait de l’âge i
de la canne. Pour les cannes plantées dans l’année, tendres et ■
faciles à couper : quatorze piles. Pour celles de l’année précéden- ■
te, les deuxièmes rejetons: neuf piles. Pour les troisièmes^
rejetons : huit piles. Pour les quatrièmes : sept piles. Les coupeurs!
les plus habiles arrivaient, avec ce système, à abattre tant dei
cannes qu’ils touchaient une journée et demie ou deux. Les il
patrons se sont vite rendu compte de l’affaire. Ils ont monté la|
tâche de la journée à seize piles. Les moins forts n’arrivaient plus !
alors à gagner une journée entière. Personne ne dépassait
norme.
Les coupeurs rapides avaient fini leur journée à 10 heures,
autres à 11 heures, midi. Pas d’heure fixe pour se reposer ou pourf
manger. Chacun arrangeait son temps à sa volonté. Certains!
achetaient leur didiko ** aux marchandes ambulantes intallées en!
lisière des champs, d’autres avaient apporté leur petit mangeri
rassis et ne se payaient qu’une limonade ou une bière, Ils|
n’avaient pas dans la poche les vingt-cinq centimes d’un donkjt|
ou même les cinq centimes d’une marinade. D’autres enc0i$j
n’aimaient pas manger en travaillant et attendaient d’avoir fii||
leur tâche pour se restaurer. j|

* Onomatopée désignant le chant de l’oiseau qui annonce le jour,.
** Casse-croûte, repas pris à 10 heures par les ouvriers et les paysi
138

Les cannes coupées, attachées, mises en piles, tu ne pouvais
pourtant pas encore partir. Il fallait attendre la vérification de
l’économe : y avait-il bien le nombre de bouts dans un paquet?
Les piles n’étaient-elles pas gonflées pour faire croire à un grand
nombre de paquets? Combien de piles? Tout ça c’était le travail
de Joseph. Il devait s’occuper de quatre-vingt-dix coupeurs, à lui
tout seul. À partir de 10 heures, la cavalcade :
- Monsieur Joseph, j ’ai fini, venez compter pour moi.
r - Non, par ici, Monsieur Joseph, j-ai fini avant lui!
- Non, c’est moi!
- Non, c’est moi!
Après ce contrôle, le nom du coupeur et de l’attacheuse
marqués sur le carnet avec la tâche accomplie, Joseph s’occupait
encore de faire charger les paquets de canne sur les charrettes à
bœufs qui pénétraient dans les champs. Les charrettes repartaient
ensuite au bord du chemin où attendaient les camions. Les
paquets voltigeaient de mains en main pour bourrer les gros
Titans *. Plus ils se remplissaient, plus le travail devenait raide.
On dressait une échelle le long du camion, un homme se plaçait
en son milieu, adossé à la canne. L’homme qui était dans la
charrette lui lançait un paquet. L’autre le renvoyait, par-dessus sa
tête, à un troisième, debout sur le tas, qui déliait les zanma et
tassait les cannes au mieux. Le plus mal loti était l’homme sur
échelle. Il se fatiguait les bras, les jambes, mais aussi recevait en
pluie, sur la tête, le cou, toutes les fourmis rouges qui lâchaient
prise, dérangées dans leur repas. Furieuses et effrayées, elles
‘ uaient ferme.
Les travailleurs, trouvant que Joseph ne venait pas assez vite
vérifier leur compte de piles, le critiquaient beaucoup:
- Regardez cet économe, il veut tout faire lui-même. Il nous
fait attendre midi alors qu’on a fini depuis 10 heures! Il ne veut
*“ s engager un aide. Il prend tout le travail pour lui!
: Ils ne voyaient pas que c’était le patron qui faisait des
nomies sur son dos et tuait son économe.
La mécanisation est venue plus tard. Ils ont commencé, en
ande-Terre d’abord, à ramasser la canne avec des « kanodè »
eloader), des espèces de grues qui saisissent les cannes avec
^grandes griffes en fer et la mettent directement dans les

• Énormes semi-remorques transportant la canne.

camions. C’est la coupe « à la surtace ». u n aonne au uavamcui
quatre rangs de canne à couper sur quatre-vingt ou quatre-
vingt-dix mètres.
Évidemment, ça semble plus facile. Pas de paquets a faire, pas
de piles à monter, pas de contrôles à attendre. Tu coupes ta
distance, et ta journée est finie. Eh oui! encore faut-il pouvoir.
Quatre-vingt-dix mètres de cannes, sur quatre rangs, ça fait dix à
douze tonnes! Tous n’y arrivaient pas, loin de là. Si tu voulais
gagner ta journée, il fallait couper, couper, sans penser à nen
d’autre qu’à ne pas te blesser avec ton sabre si bien «filé». Les
fourmis te piquent, connais pas! La pluie te trempe, connais pas!
Le soleil te brûle, connais pas! Coupe... coupe...
Les plus faibles, les femmes, car elles aussi avaient pris le sabre;
- on n’avait plus besoin d’elles comme attacheuses -, n’avaient, à.
midi coupé que vingt ou trente mètres. Elles étaient payées en ;
conséquence. Les femmes se faisaient un petit argent en plus
comme «kanodèz» en allant glaner, après le passage de M
machine, les cannes oubliées pour les remettre en tas et permettre
au «kanodè» de les saisir. Joseph, lui, était un peu soulagé. Plus
besoin de vérifier, compter. Il mesurait le nombre de mètres avec
son grand compas de bois, et c’était fini. . f
Premier sur les champs pour organiser le travail, il en était il
dernier parti. II devait encore après aller joindre le géreur pour lui
remettre le bilan de la journée. Quand il rentrait à la maison, *
enfants étaient depuis longtemps partis pour l’école. Jamais ils
mangeaient ensemble. a .
Ils y allaient tous, maintenant, à l’école, et cela coûtait oe
en plus cher au ménage. Pour essayer de le maintenir à
Joseph a pris en colonage un peu plus de deux hectares de te
l’un à Chouchou, l’autre à Castrade. Au début, ça nous a
aidés. Même après avoir payé les ouvriers pour la coupe
rente à l’usine, la canne nous rapportait un bon peu.
Quand l’usine commença à payer la canne non à la tonne
« à la richesse », le revenu est descendu sous zéro. Un bien ,
un mal, qui a montré aux paysans leur situation, comme"
s’enfoncaient dans la misère, qui les a poussés à agir. La « ca
la richesse » a mis tout dehors, a créé le désordre, a ou »
yeux à beaucoup, et à moi aussi.
Personne n’en voulait, pas même les élus du conseil gèi
qui avaient voté contre. Ça s’est fait quand même. No

Plaque ce sont les usiniers et leur bande qui décident de tout.
Quand la canne arrive à l’usine, on prend des échantillons pour
1analyser et trouver sa richesse en sucre. C’est l’usinier lui-même
qui calcule ça, et il peut payer la canne le prix qu’il veut. Quand
la canne attend trop longtemps devant la porte de l’usine elle
sèche, et sa richesse tombe. Le patron utilise d’abord ses propres
cannes, celles de ses plantations, et le petit planteur fait la queue.
Lorsqu il peut livrer, on lui dit que sa canne ne vaut rien.
Etait-ce pour se venger de monsieur l’économe? Les char-
royeurs s’arrangeaient pour venir ramasser la canne de Joseph en
dernier. Elle séchait sur place, ne faisant plus, quand on la
mesurait, que cinq, sept de richesse, alors que celle de l’usine était
toujours cotée à dix, douze. Joseph s’est trouvé piégé, comme
beaucoup de petits planteurs.
La première année, l’usine a acheté la canne la moitié à la
nchesse, la moitié au poids. Et avec une richesse favorable pour
tous. Les planteurs étaient pris dans la nasse. Ils ont vite compris.
■L aDnée dernière, on a payé à certains une richesse de deux alors
' que d’habitude c’est entre neuf et douze. C’est du vol! Ils ont
découvert que, avec ce système, après avoir payé les engrais, les
; P ^ i t s de désherbage, le transport, les dettes au Crédit agricole
au heu de toucher de l’argent de l’usine, ils restaient lui en devoir!
>Et comment calculer leur revenu, alors qu’ils ne savent pas s’ils
• vont toucher et combien?
Avant, ils coupaient tant de tonnes, tant de tonnes étaient
payées, même si l’usine volait quelques quintaux. Us pouvaient
vi^voir, demander le juste crédit. Aujourd’hui, en portant la
*T“ne à l’usine, ils lui font un cadeau. S’ils ont dû employer
Uelques ouvriers pour la coupe, ils sont souvent obligés de
gendre un bœuf pour les payer...
. Ça a commencé à barder, à s’agiter dans le secteur. Le travail
Ja canne, c est pas pour les feignants. Labourer, sillonner,
“ ter, sarcler, dépailler, engrayer, couper, attacher, charroyer!
la canne à la richesse, c’était comme labourer la mer! Total :
T. Et personne pour défendre les paysans. Il y avait bien la
G.T., qui allait causer avec les patrons sans transmettre les
indications des ouvriers ni même demander leur avis aux
;f sans. Elle revenait annoncer cinq centimes d’augmentation
^ la jpumée de travail ou cinq centimes sur une tonne de canne
je année, la grève partait comme ça, d’un coup, mais elle ne

141

faisant reprendre j les bonnes habitudes: coups de main. Voisins et amis ® réunissaient pour construire une case.Ce soir. le gouvernement.Est-ce que vous êtes contents? Combien gagnez-vous pour j une journée? Vous pouvez vivre avec ça? Vous travaillez sous le j soleil. . venait leur dire : j l . Blagues que tout ça! Rien n’était changé et le paysan s’enfon­ cait encore plus dans sa misère. ils calculaient combien ils dépensaient pourl produire une tonne de canne. Ils disaient : \ .durait pas. dix. défricher une terre. 'j ® Avant. Pourquoi ce n’est pas pareil pour la canne? | En même temps. dans toutes les sections du LamentiiS de Sainte-Rose. P o u r® récolte de la canne. Il y avait toujours quelqu’un. Ils ne voyaij® que la somme qu’ils touchaient à la fin de la récolte. comme Chicaté. qui prenait la tête. c’était déma. Nous pouvons reprendre le travail. douze enfants. et j revenait : j . huit. Les travailleurs ont commencé à se rendre compte que les ■ députés. que l’Union des travailleurs agricoles36 fut créÉ® Les coups de main ont toujours existé. C’est juste. Des cultivateurs. Ils étaie® sûrs de couper leurs cannes.Nous avons gagné! Nous avons obtenu tant d’augmentation. Les parents® regroupaient avec leurs six. sous la pluie. vous touchez moins que les manœuvres de J l’usine qui graissent les machines à l’abri des tôles. ConraB mon père et ma mère. pour coupetj attacher. nous chercherons ensemble comme® nous en sortir. les désherbants. nous mettrons nos forces en commun. après beaucoup <É9 discussions.Nous n’avons pas de temps à perdre. ça? J Avec les planteurs. et aussi ■ deux ou trois « intellectuels » se sont mis à visiter les planteurs. Us ne calculaient pas non plus ce qu’j® avaient dû payer pour les engrais.A. C’est comme ça. ça se passait plutôt en famille. il y a réunion. L’U. ils ne comptaient pas le prix de leur traviaM ni celui de leur famille. certains Guadeloupéens.T. les travailleurs auraient répondu : . de réunions. jamais un petit planteur ni un ouvrier. ils organisaient l’entraide. charroyer la canne. La « canne® la richesse » les a forcés à ouvrir les yeux.Toutes les marchandises sont payées d’après ce qu’elles ont 1 coûté à fabriquer. convois. allait trouver le patron.' gogie et compagnie. Ils ne voyaient pas plus loin. | . ] les ouvriers.

passait devant chaque porte pour donner les informations. Chacun tirant fort le bout de la chaîne. on brûle la canne. tous en grève. Chicaté et les autres ne dormaient ni la nuit le jour.. Chicaté expli­ quait: . Maintenant. toute la poussière de charbon entre dans notre corps. barrant une route ici. dans les champs comme à l’usine.A. Pas un bout de carme n’était coupé. quand l’U.. ils ouvraient grand les oreilles. Au début. Le travail s’est sur toutes les propriétés de M. Ils avaient compris la qualité du fer jue l’U. ils étaient )ut à la fois. Qu’irions-nous faire sur les champs? Demain matin. Le Blanc a ouvert la récolte sans dire combien la journée sera payée.La récolte durait six mois. presque tous les travailleurs se trouvaient dans les pièces de canne. de soutenir les petits planteurs en ne coupant pas la canne du Blanc avant que le prix de la tonne de canne soit annoncé. Et Chicaté. a lancé sa grève. six mois de travail. Les travailleurs ont répondu présents. les gens étaient inquiets. Le lendemain. pas une usine crachait la fumée. sans dire combien la canne sera payée. avec la mécanisation. surveillant les saboteurs là. Un homme peut-il nourrir sa famille en travaillant trois mois dans une année? Et quel travail! Pour que les machines coupent plus vite. gjgt les patrons envoyaient leurs saboteurs pour semer la division ître planteurs et ouvriers.A. En 1971. venait sur l’habitation. Maintenant.T.. dire aux ouvriers agricoles de ne pas travailler sans prix fixé. puis dans toute la îloupe. Comme des « klendendeng » (lucioles). forgeait et ne voulaient pas le laisser refroidir. Les patrons ne voulaient pas parler avec |JA . îdre sa force. elle raidit de plus en plus. Je ne vois pas pourquoi nous ne resterions pas chez nous demain. 143 . c’est trois mois qu’on nous offre. S. «Demain matin. très dur. ses paroles étaient lçjà entrées dans beaucoup d’oreilles et les écailles tombaient des îux. Ce syndicat ne ^parlait vraiment pas comme les autres. n’allons pas travailler. disait-il. )pant aux képis rouges * qui grouillaient comme des petits grève durait. c’était dur. le vieil homme. Ils disaient : ]Nom donné par les Quadeloupéens aux forces de Tordre. personne dans les champs».T.

Et il l’a fait.il fallait payer le crédit à lai boutique . me conf une de mes commères.La bande à PU. .Ce syndicat n’est pas représentatif. c’est un groupuscule d’irresponsables. commère. peut faire ce qu’elle veut. A\ l’argent de la quinzaine que me portait mon mari. et ce que les autres obtit dront après la grève. Certains ne tenaient pas le coup . L’année suivante. et. Chaque jour. les caisses du syndicat étaient vides. faire la grève. je travaille. Comme me disais-je. Honte toi! J’étais furieuse. quelle! blague! Si quelqu’un veut m’empêcher d’aller travailler.et repartaient travailler. . des lieux de débrayage. Le père Chérubin Céleste. je donnf chacun un petit de quoi. mais il n’était pas contr devait être présent sur les lieux.T. . 144 .J. du riz. Un des bougres qui l’aidait dans son travail d’écoiK alla le dénoncer au géreur : . îl devenait curé du Lamen- tin. Les grévistes essayaient de collecter des petits quelque chose pour aider ceux qui n’avaient rien : surtout des vivres. Aujourd’hui cinquante centimes à famille pour payer la cantine.. je l’aurai aussi.R. me disait un de ceux-là. et se tournait^ pouces. en secret. en plus. mon mai devait pas être au courant. II recueillait de l’argent et de la nourriture auprès de ceux qui pouvaient ou voulaient donner. je m’informais de ce qui allait sf passer. D’autres n’étaient carrément] pas d’accord. .A.T. Mes problèmes commençaient avec les gensi l’habitation. au moins un enfant pourra manger à midi. venait de se créer.Man Joseph. L’U. partageais comme je pouvais. tu ne veux pas te mettre avec cet qui luttent et tu attends pour toucher la ristourne.C. Joseph reste inactif. un prêtre guadeloupéen qui s’intéressait aux ouvriers de la canne . je lui| fous des coups. il y allait. J’aidais comme je pouvais.A. . il ne fait pas pression sur les oui pour qu’ils reprennent le travail.est venu lui aussi porter son soutien. car les gens lavaient langue sur le dos de madame l’économe. Joseph ne suivait pas la grève.Comment ça.il était aumônier du M. demain à telle autre.M.

Il fl’envova au Morne Bellevue poster une voiture pour barrer la x grévistes et laisser passer ceux qui voulaient travailler. quand je suis derrière ton dos.. et tous les autres avec lui. très sec.. M... son corps est devenu rouge comme une écrevisse cuite. il s’est mis à suer. Allez à Petit-Bourg. grévistes. tout L ie long du chemin. ni par piles. M. Joseph.Monsieur S. Goyave. qu’ils étaient heureux quand on venait les faire r! Une vraie fête. Joseph i mission et fit travailler tout le monde. r était avec lui. S.. Il a vu Joseph et ne s’est pas occupé de lui. tu arrives à des choses. fit semblant de ^battre la campagne.. mais .. Ce n’était que gardes mobiles. vous pour me trouver des coupeurs. fait débrayer « ses » travailleurs. et M. |$fêtait rendu compte qu’il ne pouvait pas compter sur lui. a débarqué avec d’autres pour faire débrayer. Lotelier. Joseph! pour la semaine prochaine. M. Ça n’allait pas se passer comme ça. était eux deux fois. Il est apparu en personne devant notre porte : . débrouillez- . Il est entré sur l’habitation. Il avait réussi à recruter quelques coupeurs et avait planté Joseph avec eux. a fait surveiller Joseph de près. recruté des gens pour briser la grève. ne le lâchant pas d’une semelle. ni avec les grévistes.. mais «an pangal» ■te comment). En plus. S. J’y assistais de loin car je ne pouvais me sur la pièce de canne. Attention.Coniment se fait-il? Vous avez laissé Lotelier entrer sur mon habitation! . Il revint bredouille.. et vite jusqu’à une certaine heure. Le travail s’est arrêté. pour la grève. ns travailleurs n’osaient pas arrêter d’eux-mêmes. Dès que les grévistes apparais­ 145 . Il avait déjà droit à une sanction pour avoir laissé passer les grévistes. Un gréviste. S. S. la quantité de personnes qu’il y avait là! C’est moi seul qui aurais pu les empêcher d’entrer alors? F Joseph avait répondu très. yfjmporte où. mais ramenez-moi du monde. Drôle de travail : :oupe « à la surface».. t. et la journée était payée. il n’avait jamais. Qu’est-ce que Joseph pouvait faire? Il partit. Le géreur félicita vois.. Quand le maître a appris qu’on avait pénétré sur « son » habitation. comme les autres ^économes.. Il n’était d’accord ni avec M.

T. comme l’aval fait mon père et moi-même pendant dix ans à Capesterre. Certains avaient peur.A. S. les géreurs étaient allés chercher des ouvriers sur la Grande-Terre. nous brûlerons les cannes. bouffaient la poussière. Joseph et son patron. depuis la création de l’U. H ne pouvait plus faire tout ce qu’il voulait. Quand l’U.Venez avec nous. protégés par d gardes mobiles. solidarité. était obligé surveiller. barrait la route. même avec les ké rouges.. sans s’occuper de ri sans réclamer. pas pour lui. On racontait tellement de choses sur ce nouveau syndicat. Même si la vie devenait de plus en plus rude et ma positioi l’habitation délicate.A. acceptant toutes les décisions patron : vous couperez par piles. qu’il battait ceux qui ne marchaient pas avec lui. n’ont pas encore o1 un bon prix pour la tonne de canne. sans discuter. mais pour eux.T réussit à réunir petits planteurs et ouvriers agricoles.Qu’arrive-t-il? Quelles nouvelles? D’où venez-vous? .Le syndicat est venu derrière nous. Une grande troupe de grévistes a débarqu Quand les saboteurs ont vu qu’ils étaient. ils coupaient par piles. nous avons besoin de coupeurs. beaucoup moins nombreux. ils rebroussaient chemin. Je me rendais compte que beaucoup de choses changeaient l’habitation.T. A maintenant les coupeurs tous d’accord pour arrêter le travi les petits planteurs sont en souffrance. travailleurs arrivaient.T les hommes comme Chicaté qui ont mis debout ce syndicat. Ils ne disaient jamais dans quelle affaire ils les embringuaient. comme un seul homme. Avant. ils ont sauté dans les cages et ont couru dans les bois. je suivais tout ça avec contentement Joseph. Quelquefois. à surface. ils coupaient à la surface. tous les travailleurs. le torchon brûlai . Ah! ça bougeait. je dis bravo pour l’U. Assemblées. La grève bouleversait tout. réu discussions dans tous les coins. M. On débraye. lâchaient le coutelas au même moment Quel beau spectacle! J’interrogeais tous ceux qui passaient devant chez moi : . que les marchandises augmentaient en boutique et que le prix de la journée restait le même.saient.. quelques ouvriers coupaient. A Cadoux. jusqu’aux Grands-Fonds-du-Moule : .. c’était moins rose. leur expliquait que le syndicat demandait un salaire convenable. l’U. entraide. gagnaient leur petite journée dans pièces de canne du Blanc et repartaient.

La quinzaine tombée. // wen. Je ne savais rien des conditions de ce prêt. mais il n’était pas homme à se rapprocher de sa femme. calculer. De quinzaine en quinzaine. perdant de sa richesse. île. Daprè-i. Il n’avait plus un sou. Joseph s’éloignait de moi. ti masko Jozèf té ka ban Joseph me menait en bateau. Son patron s’était porté garant. quel échauffe-tête! J’es- bien d’économiser. qu’il me fallait quémander chaque jour que fait pour allumer le feu. Je réglais le riz. à s’asseoir près d’elle pour parler sérieusement. et moi de rlui. les pois secs. Il lui fallait des sous pour donner à toutes ses femmes. Seulement. J Pour assurer la rentrée des enfants. la farine de France. ? Tout au long des années. il n’a pu rembourser quand il le fallait. Enfin. recompter. il a mis le compte de Joseph dans les mains d’un huissier et lui a pris sa canne. pour essayer de résoudre avec _elle les difficultés de la vie. il s'est trouvé pris à son propre piège. c’est tout. récolter sa canne? Elle séchait sur pied. Je sentais Joseph tracassé. à réclamer. qui étaient maintenant dans les grandes classes. le pain. la morue. les salaisons. Comment payer les gens pour couper. donnais à chaque enfant de i payer son transport pour l’école. i té vlé fè mwen voulait me faire prendre le jus du dlo mannyok pou lèt. avant des quinze jours. de mettre un petit argent de côté. Il ne pouvait tout de même pas abandonner le travail du Blanc pour s’occuper de ses cannes! Le patron n’a pas hésité. Kôd a manioc (poison) pour du lait. Il me donnait l’argent. Les maré yanm. répartir. Joseph avait demandé un prêt à la caisse agricole. l’aigent était sur la table. à crédit à la boutique. é Jozèf touvé-i lianes de l’igname attachent l'igname. Il faut dire aussi qu’il avait emprunté plus qu’il ne me l’avait dit. me débrouillais pour faire face aux dépenses courantes. 147 . on ne l’a pas avec de la petite monnaie! Toujours sur le dos des hommes. pter. ma cagnotte se trouvait toujours à sec. Et ce genre de femme. je mentirais si je disais qu’il me donnait l’argent au d’une gaule. je connaissais tous ses ennuis.

les mères veulent un avenir pouii| leurs enfants. les grands et gros® livres. Bien avant le mois d’octobre. comment vivre sur une seule petite . elle® courent partout pour arriver à réunir l’indispensable. Après. j’ai toujours donné de l’importance à ces questiqiM d’école. . Cest qu’il ne suffit pas d’expédierÉ® enfants à l’école. Le tambour passait pour annoncer aux familles j des travailleurs d’aller à la mairie prendre leur carte. je préparais la rentrée. Puis. On touchait \ ensuite à la perception. convenablâH Alors c’est laver le soir. au bourg. au C. tu n’y vas pas.J de Pointe-à-Pitre.Lucie ne va pas bien du tout. Avec ma petite quinzaine. payer le : médecin. du tissu pour fai|H leurs habits.. l’autre quitte le C. Chacun porte un linge ne|H pour la rentrée. Je voudrais aller chercher le docteur. ma | petite allocation. Je respirais un peu mieux quand l’allocation tombait le jour de la paye. à nous. c’est bien.Comment ça pas d’argent? Je t’ai donné toute ma quinzaine! Il ne voyait que ça. a La rentrée scolaire. Lorsque la rentré® approche.. sa quinzaine! Avec tant d’enfants à l’école. Tu vas à l’école. ce n’est pas le moment de « kalanjé » (traînasser). et on est coincé. coudre. un fonctionnaire au mois qui tombe. ils a ont commencé à changer d’école.. des souliers. ils doivent rester propres. Tant que les enfants sont allés à l’école primaire à La Rosière. acheter à manger. les manfouben. que j ’avais trois sous. enfin s’activer pour q u ei^H enfants attrapent dix sur dix quand on les examine des pieds 148 .. mais je n’ai pas d’argent..E. ® Moi. les mèresî Quelques-unes. n’importe comment. j ’achetais un petit sac pour celui-ci.G. Il faut payer la demi-pension. pas trop chers. tu a » veux pas y aller. on emprunte sur la récolte à venir. Alors. Ainsi elles ont été élevées. vitement pressé pour que ce soit lendemain matin. je devais faire appel à Joseph : * . pour le lycée. elle a la fièvre. 1 au cours préparatoire.E.. quinzaine? Habiller les enfants. que de cheveux blancs elle nous fai® pousser. Celui qui était au cours moyen J passe en sixième. ils n’avaient besoin que j de petits livrets. ainsjS elles élèvent. des marchandises si chères. je pouvais assurer la rentrée de chacun. des crayons de couleurs.M. Quinzaine et allocation ne suffisent plus. n s s’occupent pas de leurs enfants. repasser. au C. Normalement. Elles se tuent à la tâche pour en faire un maîtres d’école.. u |H ardoise pour celui-là. Lorsqu’un enfant tombait malade. on vend® un boeuf..

pension : elle mangeait.partait le plus loin. 149 . il doit avoir tout ce qu’il lui faut - fenfin. sale. il nous faut d’abord prévoir l’argent pour l’enfant qui va à Pointe-à-Pitre. Puis. Je connais bien peu de maris qui aident leur femme à résoudre les problèmes de la rentrée. Les maîtresses. leur donnent naissance et les font devenir des hommes. ensuite pour celui qui va au bourg. Les mères qui ont de la fierté. à côté. parfois. les gens ont la critique rapide : . c’est un manque de respect. les fruits à pain. cela”. il me manque ceci. Je voyais ça comme ça : l’argent allait d’abord à celui qui . d’argent pour payer tous les jours son ‘sport.à lui en premier. Ici. Ce n’était pas exactement . il a besoin de bons souliers. mais ne laissez pas votre enfant avec un linge déchiré. Tu urras venir me dire: “ Maman. font appeler les parents pour leur signaler la tenue trop négligée de leur enfant : . ma fille aînée ''rit le va-et-vient Pôinte-à-Pitre-Grosse-Montagne. Sur elles tout repose. se décarcassent pour tenir la position. ' Cest vrai. l’école va rouvrir. comment allons-nous nous organiser avec tous nos petits? Je lui aurais répondu : . A ce moment si difficile. en Guadeloupe. les féculents tels que les vertes. et jeafin pour ceux qui sont à l’école près de l’habitation. Aux enfants. pas besoin d’habit neuf. Toi. tu es à l’école à La Rosière. j’expliquais pourquoi : « Marc [va au lycée à Pointe-à-Pitre.Léonora. j’aurais aimé que Joseph s’assoie près de moi et me dise : .tête sur le chemin de l’école. ignames. je n’arrivais jamais à tout lui donner .Eh bien. de linge. Elles font les enfants. Man Unetelle ne s’occupe pas de sa fille.Ce n’est pas une tenue d’école. la maîtresse m’a demandé pporter telle chose. dormait chez cette amie à qui “voyais chaque semaine un sac de racines *. même avec dix. je l’ai chez une de mes connaissances.:mble une solution. non repassé. malan- „ Légumes à tubercules et. douze enfants.Regarde. Il rentre en seconde. Au début. on trouvera . par extension. » Je ne pouvais pas payer de pension. elle porte la même robe à sueur qu’hier. de ucoup de livres. Emilienne.

sur l’habitation. du poisse" frit et. plein de bonnes choses. ' Avec tous ces gosses à l’école. car je n’av0* pas de licence pour le rhum. Je n’a pas prévenu mon mari. Mon commerce marchait biv surtout à crédit. clients défilaient. Elle vendait. ? Un garçon à qui j ’avais rendu service m’aidait à transpoi: dans sa charrette les bouteilles de bière et de limonade. mais en cachette. aussi. ça se vend toujours. Orgueilleux comme il l’était. . Je n’étais pas la se J marchande. Nous causions.Pourquoi ne fais-tu pas comme moi? Tu sais cuisiner. ils ont disparu. mais il y a toujours trois ou quatre jours « sans ». une poule. fruit à pain. le jour de la paye. des « donldt ». Il faudrait que je trouve un moyen pour faire rentrer à la maison un supplément Mon mari est économe. Je vendais de la limonade. des sandwichs à la chiquetaille de morue bien pimentés. passaient obligatoirement devant ma porte. de la bière. je * Beignets à la morue très pimentés. . J’ai réfléchi. une marchande. . devant l’usine. Tant qu’il y eut de la canne à couper dans les alentours. il me l’interdit. notre chère boisson. Les travailleurs. des marinades. j ’ai mon panier sur la tête et suis partie sur les chemins. d’une femme très i intéressante. J’ai ouvert chez moi une petite boutique sans comptoir. la vie augmentait. des akras *. ma maison. j ’ajoutais une petite monnaie.gas. je n’y arrive plus. Le tour de mon fils venu. Quand je le pouvais. mais pas l'argent du foyer. J. Le manger. Chaque fin de quinzaine. Tout cela coûtait. Alors.. montais jusqu’à l’habitation avec mon cahier pour toucher m argent. et il revenait tous les soirs. de la viande lorsqu’on tuait un cochon. La maison de l’économe. la demi-pension existait. ils achetaient leur didiko sur place. je ne peux travailler dans les champs de canne. entre j femmes. était située à un carrefour.Je ne sais pas si la paye est trop courte ou si la quinzaine est trop longue. Quand ils ont attaqué les pièces dans les fo de l’autre côté de la rivière. qu’ils se rendent en haut vers Joula ou en bas vers Lamoisse. J’avais fait la connaissance.

quelques gouttes de vinaigre et la pâte était e pour monter toute la nuit. J’avais frit la morue la veille. Lorsque avais des sardines. Pour une madame l’économe. je la découpais en :ts carrés de cinq centimètres. je mélangeais leur chair au " ent pour les sandwichs.Une femme comme ça.. » C’était bien moi. à cette époque! Le Bon Dieu "était sûrement avec moi. un canari ^ÿitout) sur le feu par-là. et j’aurais fait n’importe quoi. Joseph tombait en crise et voulait que j’arrête.maison. un peu d’eau. ' Tout ce que je suis arrivée à faire. leur instruction. Le canari en ait trois. Je me levais avant le soleil pour être prête à recevoir mes premiers clients. et préparé la pâte des donkits : un de farine de France. madame l’économe. Comme ça. Plongés dans l’huile bouillante. icun devenait une grosse boule croustillante. Je préparais d’abord le café du monsieur. A la fin. Joseph t’a reconnue dans une pièce de canne. les donkits. Dès que les travailleurs m’apercevaient. une bonne parole. Alors. pour partir à :cle le matin. tout partait en un %clin d’œil. tout ça lbattu. je vais vendre dans les champs. Ils disaient : . Man Joseph par-là. du maquereau. Sa crise n’était pas mon problème. la morue frite.. Ils tent encore comment l’argent de mon petit commerce leur a 151 . c’était Man Joseph par-ci. Dès que quelqu’un m’avait payée. J’avais pour chacun un sourire. très peu de levure. chaque enfant avait droit à sa petite pièce. Les donkits rapportaient un bon bénéfice. une poêle à frire par-ci. Le matin. je m’activais. Il a sauté en l’air. Les enfants. » II ne m’aurait pas laissée. et il fallait pourtant que je me libère. qui défiais mon mari. puisque j’étais prise dans les fers. elle ne joue pas l’aristocrate! . c’était chose sacrée. Il marmonnait : « Ce n’est pas possible. Une commère un jour vint m’avertir : . mais pour aider le sort.Léonora. Je retournais le panier vide. ce n’est pas Léonora. pouvais pas lui dire : « Joseph. je déposais simplement iigent sur l’étagère de la cuisine. et ensuite. je ne m’en sortais pas. Ils venaient boire de l’eau à la . Joseph! J’ai continué mon commerce. un seul Man Joseph. Pas pour me montrer plus forte que lui. Ils étaient toujours heureux de me voir. Les marinades. je les connaissais. une plaisanterie. il n’y en a pas deux.

mais. j ’ai pris la relève. serrant contre lui un sac rempj® d’argent. l’argent de la canne.fait du bien. ChaquB arrivant avait droit à une plaisanterie : -Mm . et la marchandise me restait sur les bras. un jour. Mon dernier client de passage parti.® conduit par un chauffeur.Messieurs-dames. Je voulais les coincer le jour de la paye. Je balayais. j ’en faisais porter à ma sœur à Pointe-j à-Pitre. pas trop. puisque ce sont les vacances. regardezIjBM égal pyèt égal modan èvè poch a ventre de Jo. de passer du chaud au froid. le monsieur n’étant pas d’accord avec mon travail. gadé vant a Jo. Les enfants ont voulu m’aider : ji . vers 6 heures. et comment aussi. c’était® pour eux. Mot d'origine caraïbe. ils allaient toucher leur argent. faisais cuire à manger. ne dirait-on pasmH ré? poche d'une raie? * Petite cabane en planches ou en tôles. ils se servaient derrière mon dos. nous irons vendre à ta j . je ’ i suis tombée malade. Je crois qu’ils avaient senti que tout ce que je faisais. l’argent de to u ^ H ces journées passées à souffrir sous la pluie ou le soleil. Bien pe|H d’argent. En® attendant « l’agent payeur ».Maman. je n’ai vraiment pas pu aller vendre. je me précipitais. les rires éclataient pour un riètjjB Tous étaient joyeux.Mésyézédanm. X Remise sur pied. parfois. Au lieu de la jeter.Debout. 6 h 30. Ils partaient avec ce que* j’avais préparé. À force de monter et descendre. Quelques personnes seulement passaient acheter. j ’en 1. à ne plus me donner ce qu’ils mew devaient. qui arrivait de l’usine en voiture. le petit chabin : j . mais leur argent. 152 . J’entendai|B appeler leur nom. J’ai tenu. leur a permis d’aller longtemps à l’école. Emilienne réveillait Ernest. donnais aux voisins. Ils avaient envoyé quelqu'un® d’autre toucher la quinzaine à leur place! H J’aimais ces samedis de paye. pour aller vendre! j Ernest a toujours été un peu fainéant. les blagues partaient. c’était la fête sur f habitation* Tous les travailleurs se rassemblaient devant un ajoupa *. et hop! à la rivière pour laver le linge. Mais il est arrivé un® moment où j ’ai été découragée : les gens avaient commencé j ® jouer à cache-cache avec moi. Je devais me démener pour que tout soit impeccable à la maison. i . je filais sur les champs de canne pour ne revenir qu’à 10 heures.

Attirés par l’odeur de l’argent. l’un d’eux ne trouvait pas son ' compte. A l’appel de leur nom. des canaris. chattes bleues et jaunes.. riant aux compliments qui les saluaient. Marchands venus en voiture avec de la vaisselle. l’autre lundi à Mer­ de. Les hommes plaisantaient aussi entre eux sur les femmes qui s’étaient faites belles. les travailleurs s’approchaient ■ pour toucher leur argent. . des tissus : du « drill » pour les pantalons d’homme. des chapeaux : chapeaux panama. C’était robes propres et repassées.Oui. boucles d’oreilles. tu as travaillé lundi. Pas question de porter ce jour-là les vieux habits de travail. de poissons: vivaneaux roses... capitaines.. pipilits. Mar­ chandes de gâteaux : tourments d’amour. . L’un après l’autre. .Ht quel autre jour? . II lui manquait une journée. j’ai fait neuf journées. kilibibi. comme pour sortir. j ’ai été couper à Jaula.. Marchands de légumes.Vendredi. n'est-ce pas là que les grenndé? singes jouent aux dés? Il valait mieux rire au lieu de penser que la maigre paye peut-être ne suffirait pas à couvrir le crédit à la boutique. chapeaux à ' voilette pour les enterrements. . se faisant admirer. L’économe restait debout. de « sik » (bonbons). Souvent. d’épices. . son carnet à la main. des pots de terre rouge. il s’installait derrière une table avec le fr géreur.Vizé tou a né a konpè an mwen. Joseph intervenait. sans se presser. "mardi? S. monsieur Joseph.. de cives. 153 .Oui. elles répondaient sec à un homme un peu trop hardi qui se retrouvait alors à son tour la cible de ses camara­ des. de viande de bœuf.Et les trous de nez de mon ou té jen di sé la makak ka joué compère. marchands et marchandes débarquaient par charretées.Voyons. du madras pour les dames.Mercredi? ‘à: Oui. tu as travaillé tel jour. orphies au long bec. Parfois. f ' L’agent payeur arrivé. elles se déplaçaient en ondulant..Tu dis qu’il te manque de l’argent? . il était responsable : . cornets à la crème. L’appel commençait. Tout un vrai magasin. douslèt... têtes coiffées d’un madras noué. .

c’est gagné! Les hommes fabriquaient eux-mêmes leurs boules. en ciment. L’homme était en rage : il avait peiné toute une journée. de l’argent. Ça pouvait aller jusqu’à la bagarre. donnant lieu à d’importants pon^ 154 . et l’économe avait oublié de la marquer à son nom! On ne joue pas comme ça avec le salaire des gens! Chaque sou compte. A ce tarif. le ton montait. rien à boire. S’ils n’arrivaient pas à tomber d’accord. Pas de bonne odeur de viande roussie ce soir-là comme dans les autres cases où la paye était rentrée. était posée sur le sol. Les jours de paye. ses enfants autour d’elle. un étroit couloir. placé à une bonne distance. Aux dés? Au loto? A ce fameux jeu de bing-biling qu’on pratiquait avec des billes d’acier récupérées sur des roulements de voiture ou des machines de distillerie? Jeunes comme vieux étaient acharnés. Sa femme avait eu le malheur de lui dire : « Touche-moi ma paye. Devant chaque porte. Chaque joueur avait sa boîte à lika. Le drôle avait tout joué. les jours de paye! . même autour des pits à coqs *. percée de petites portes. Un fin tireur pouvait gagner d’un coup plusieurs? pièces. Une planche en bois. le plus souvent. Et si j’avais un mari qui rapportait toute sa paye à la maison. Le joueur. faisait rouler une boule pour qu’elle pénètre par une des portes. Quand elle touchait une pièce. soit il le payait tout de suite. 4 s’en échangeait. même la paye de la femme y passait. ce n’était pas le cas de tous. Un autre jeu. rien à manger. Je me souviens de Feraand. Il revint les mains vides. Chaque joueur envoyait sa bille. Parfois. qu’on ne voit plus. un ouvrier sur l’habitation. j ’en sais quelque chose. on traçait un triangle dans lequel chaque joueur déposait une pièce. Si mon mari voyait que l’homme avait raison. Bien des hommes jouaient et rentraient sans un sou. » Elle l’attendait sur le pas de la porte. s’il ne l’aimait pas trop. * Enceintes circulaires dans lesquelles ont lieu les combats de distraction très prisée en Guadeloupe. Certains misaient des pièces de un franc. d’autres s’en mêlaient. faisaient du désordre. ils apparaissaient devant les maisons.. Ils les polissaient et les repolissaient pour les rendre parfaitement rondes et douces à la main. ces grosses pièces de cinq centimes qui ont disparu. il faisait reporter l’argent sur la quinzaine suivante. c’est le lika. « biling! » il l’empochait. soit. Rentré. la paye avait vite fondu. Par terre.

. la voix du chanteur s’élevait : Mwen kontré Lolo J ’ai rencontré Lolo Lolo ka balansé an lari la. que les léwoz sont des bals à « vyé Nèg ». au coucher du soleil. Lolo qui chaloupait dans la rue.. Le maître de la case devait prévoir à boire et à manger. Le léwoz avait lieu devant une maison. les fesses. les boula qui allaient garder la cadence tout au long du morceau. Certains Guadeloupéens aristocrates déclarent qu’ils n’aiment pas le tambour.. Le plus hardi se décidait à entrer dans le cercle : la danse était lancée. ou bien : Kenbé rèd. » De toute façon. mais dès qu’ils entendent les «boum! boudoum! » du gwoka. Le rythme était donné. puis le makè.. ne mollis pas Pa moli douvan misyé la Ne mollis pas devant le maître Misyè la ka kenbé fouèt la. c’était à qui serait le plus fort. la nouvelle passait : « Ce soir. il y a léwoz chez Untel. Le danseur essayait d’embarrasser le makè par des pas de plus en plus compliqués. Les gens se rapprochaient. sec. qui un chapelet de boudin. Chacun apportait. frè Tiens bon. tout le monde frappait dans ses mains. mais le danseur ne devait pas 155 . Ces samedis-Ià voyaient les léwoz les plus chauds. les tambours entraient dans la danse.. commençait à agiter les épaules. Radio Bois-patate fonctionnait : de bouche à oreille. les jambes. qui une bouteille de rhum. Le maître qui tient le fouet. ceux qui n’étaient pas au courant depuis le matin accouraient dès que le tambour commençait à résonner. Les deux graves d’abord. Avant que la musique commence. formant la ronde. Les répondè répondaient au chanteur. nous échangions les dernières nouvelles de l’habita­ tion. frère Kenbé rèd.. pendant que boulayè et makè réglaient la peau de leur tambour à petits coups de marteau sur les cercles de serrage. dans telle ou telle boutique de rhabitation. Le tambour était obligé de suivre. Les tanbouyê faisaient des essais plus sérieux. sitou pa moli Tiens bon. Entre le makè avec son tambour et le danseur avec tout son corps. ils sont attirés comme un colibri par une fleur d’hibiscus. Tout à coup.

Alors. Il en courait. A ! Rosière. Il le prenait par la main. elle te faisait courir. laissant apparaître un beau jupon brodé. tu ne travailles pas. Tu prenais la route. et. un rythme chaud. il valait mieux fumer pour ne pas être pris! Mais la Diablesse s’est vengée. Un samedi soir. elle chantait. et c’est dommage. La Diablesse t’avait fait marcher derrière un léwoz fantôme. si l’on regardait bien. Maintenant. Un autre danseur venait bientôt remplacer lej premier. une jolie tête coiffée d’un grand foulard. il ne savent plus danser comme les anciens. Elle ne pouvait plus ven! danser. nous n’étions plus de la même cia que les coupeurs.perdre la cadence. ils suivaient de près ses pas de danse. les hommes ont commencé à faire attention. La Diablesse! Une belle femme à la' peau claire. Monsieur l’économe n’aimait pas que je voisine avec „ gens de l’habitation. des anneaux d’or aux oreilles. le léwoz semblait à La Rosière. Et comme ça jusqu’au matin. tu es chez toi. D’après lui. une longue robe relevée sur le côté. couchait même avec lui. mais. Depuis mon arrivée au Lamentin. le malheureux ne trouvait plus dans ses bras qu’un paquet d’os.. allo dans ce léwoz. s’ils découvraient à là place d’un de ses pieds le sabot d’âne fourchu.. des histoires sur les léwoz. Au matin. le faisait tournoyer et le renvoyait. comme de Prise-d’Eau à Baimbridge.. belle comme la Sainte Vierge. le sabot d’un âne qui remplaçait l’un de ses pieds. ça toute la nuit.. Elle ne supportait pas la fumée de cigarette. Alors. A lui maintenant de prouver qu’il n’était pas un « pied lourd». à surveiller les léwoz et à tresser des fouets de lianes de mahault. A la pleine lune. ils la chassaient à coups de fouet. tu entendais tambour battre. chaud. Pour rentrer seul la nuit.Tu as ta maison. ni que je fréquente les ouvrières agrico' des environs. c’étai tous les samedis. Toujours au moins un des hommes qui se trouvait là tentait sa chance. Les militants de l’indépe dance en organisent quelquefois dans la région. Elle dansait. La Diablesse partait avec lui. Tu te disais. Le tambour t’appelait à Chartreux. les jeunes manquent d’entraînement. je n’allais plus guère dans * léwoz. les léwoz se font rares. les attacheuses : . Quan ' apparaissait une femme inconnue. la Diablesse venait y danser. Avant. et . des gens chanter. personne. la lune éclairant ton chemi Arrivé à Baimbridge. aussi. et comrr. loin.

Roger-VioUet.) . {Ph. Pointe-à-Pitre : marchande de grabiots coco râpé au sirop de canne.

( Ph.) Pointe-à-Pitre: le marché du port. Pointe-à-Pitre: marchands de charbon de bois.) . Archives départementales de fa Guadeloupe. Roger-Viollet. (Ph.

{Ph. 1(Ph.) Plantation de la canne.) Chargement de la canne sur une charrette i U --- . Récolte du manioc. Archives départemen taies de fa Guadeloupe. Archives départem enta les de la Guadeloupe.

L'usine de Grosse-Montagne au Lamentin. .

LArchives .) lessive f ia rivière. Tamisage de la farine de manioc. i ft Jean-Pierre.

.

Archives départementales le la Guadeloupe. Pointe-à-Pitre dévastée après le cyclone de 1928 . {Ph.) .

Il fallait bien aider le sort et faire sortir de l’argent de quelque part. Comment. Ils étaient pareils à moi. semaient de l’engrais u du fumier. madame l’économe ne tenait pas son rang! Je fréquentais n’importe qui.veux fréquenter ceux qui coupent la canne. Jamais. mangeait son me en salade. C’était le patron de Joseph qui devait l’appeler mon- ~ur. il se plaignait à mes commères : . de me sser prendre en main mes affaires. lui. Nous vivions tous ensemble sur la même habitation. peut-on se sentir plus ou moins qu’un autre? Nous sommes tous de la même chair. Comme sa femme avait des malheurs. je serai toujours pareille à eux. 1 où les travailleurs coupaient. même en étant madame l’économe. mon panier sur la tête. mais était bien obligé de me laisser agir. allant vérifier ^ son économe était bien à son poste. Et Joseph aurait voulu m’interdire de parler à tout ce monde.. à pied derrière les latilyé *. mes amis. J’allais "hez l’un. gardait ses stances. pas devant les gens. pis que tout. chez l’autre. de les recevoir chez moi! Vraiment.. Il se rongeait les sangs. au milieu des ouvriers que je rige. les dépenses avec eux. un de mes enfants le parrain d’un autre. je ne pouvais faire bande à part.. Il aurait peut-être préféré que fréquente la femme du géreur. ma femme! La honte est sur moi! Je ne me suis pas occupée de lui. Les enfants '-andissaient. Joseph urait dû s’en apercevoir. ceux que je rencontrais tous les jours travail­ laient à la plantation. L’une était la marraine d’un de mes enfants. j ’étais. d’aller visiter ces gens. il me le disait en cachette. j’ai eu l’occasion de lui * Latilyé (de «l’atelier») : groupe de travailleurs se livrant ensemble et même moment à la même occupation. mais pas la paye.. indiquant à celle-là comment entretenir sa case. et moi-même marraine de plusieurs. mais le géreur. comme ça. d’ailleurs. sarclaient. je cultivais mon jardin au lieu de payer un jardinier et. on me rencontrait sur les champs de canne. Elle. et j ’en avais de la peine. Il se déplaçait à cheval pour faire sa tournée.Léonora ne m’a rien dit. je ne te comprends pas. car je n’étais pas du tout d’accord avec lui. Mes voisins. et voilà sur les champs de canne. 157 . elle est partie vendre. qui triment sur les champs. il ne m’a attaquée -ectement. donnant un conseil à celle-ci pour soigner son enfant. Ça.

. elle venait l’attendre sous ma galerie. Son nouveau métier : faire des enfants. avait toutes les . Parfois. Mais n’était pas un homme que fréquentait Joseph. Il aurait pu. le géreur lui rendait une petite visita Il est aussi venu à la maison. domination. c’était trav. Elle avait été institutrice.parler. femmes qu’il voulait et ne s’en privait pas. Elle sourirait beaucoup car son mari était un grand cavaleur. et nous seulement deuxième. Mais Joseph était à cheval sur les règles. com1 beaucoup d’autres. mot je n’ai jamais pénétré dans sa maison. quand j’ai perdu un de mes enfàntsj dire à Joseph qu’il était à son service. choisir son chef comme parrain d’un de enfants. Joseph avait son orgueil. Si mon mari était malade. mais depuis son mariage le monsieur lui interdisait d’aller travailler. une fois rentrée chez elle. Ils étaient en première classe. II était abominable avec elle. travail. mais. le remi en place. Elle était ainsi sous sa . Je ne sais pas ce qui se passai. quand le monsieur la laissait toute seule. prêt à l’aider. un point c’est tout. C’est comme 5 ça que je l’ai trouvée en arrivant sur l’habitation. mais gardait aussi son rang. Tu as ta cia j ’ai la mienne. Elle venait sous ma galerie.

le mal sur moi. guérisseur. Je demande comment ils avaient été épargnés? Un jour. i pati a pyé Ma maladie est arrivée à cheval et est repartie à pied Pétais enceinte et je me mourais. faire une séance* Si tu ne peux pas bouger. Ne vous a-t-on pas dit? Il y a un esprit dans cette maison. Il "que à votre femme. seph ne croyait pas aux gadèdzafè. Elles sont me corps et chemise avec nous. 159 . il ne sera pas facile de nous en libérer. Chapitre VIII Maladi an mwen vin a chouval. Chaque personne qui débarquait à la maison poussait "h dans le même sens : j ’étais montée par un esprit. séancier . envoie quelqu’un regarder tes affaires. une voisine entreprit ph: . seul un habile sorcier pouvait chasser la malé- . ma vie devint vraiment épouvantable. Man Joseph. Vous ne pouvez pas la mourir comme ça. les amis. venez consulter avec moi. Ses parents non plus. tu devrais aller consulter. passé me visiter. comme elles sont ancrées en nous! Le père ste a raison. de « machann kakoué » (mar- ids de croyances). » Ces histoires de « kenbwa ». Les voisins. donna les mêmes ils. de mes compères. en 1953. Là. Je connais un bon "fè. la famille. comme venais de subir une forte crise. Un bon gadèdzafè trouvera qui f a envoyé le mal et pourra te délier. et personne en Guadeloupe peut se vanter de ne pas avoir un petit carré dans la tête pé par ces choses. Il est sur elle. tous me conseillaient : « Seulement. quand s’abattit sur moi cette terrible maladie. Il faut la défendre.

hj® s’est démené pendant ma maladie! C’est pour ça que je pardonne bien des misères qu’il m’a fait endurer après. j ’étais au courant. pas mauvais. » Mon frère aîné vint me voir. en ® pilules. Celle-ci. de® l’autre côté des montagnes : . Cette année-là fut terrible. prétendait i que c’était à cause de moi. Pourtant. son cœur sautait. et elle avait payé pour me faire expédier un esprit qui me rongerait le corps. ce n’était pas le bon. avec cet enfant qui s’agitait dans mon corps. Chaque fois. il fit appeler S un médecin. Je suivis sesBp conseils. Donnez-lui du jus de cor*® rossol37 et de tamarin sur. en gélules. Ma commère l’emmena près d’un kenbwazè fameux. ma foi. Joseph ne savait où^® donner de la tête. en piqûres. Finalement. Joseph céda. et l’enfanÇ®? se tint plus tranquille dans mon ventre. qu’elle mange beaucoup de tamarins:® Il n’avait pas fait de séance ni même parlé d’esprit qui mçj® montait. ® On indiqua à Joseph un gadèdzafè à Vieux-Habitants.®^ à chaque crise. lui dit-il. Effrayé par mon état.® : . très bien. i : Joseph n’obtint jamais de rendez-vous.Ah! monsieur.diction qu’une personne malintentionnée m’avait expédiée. Il ne voulait même plus aller travailler puisque. mais il lui fallut attendre qu’elle fixe un jour favorable. Crise sur crise. tout le monde me disait que je n’avais encore jamais subi des étoufle- ments de cette force. m’étoufferait. Chaque jour que le Bon Dieu fait. simplement prescrit des jus de fruits. Pourquoi? Ils étaient tombés justement sur le sorcier qui travaillait contre moi! Mon compère avait quitté sa femme.®’ Il croyait qu’on venait lui annoncer : « Ta femme est morte. Il fallait «aller prévoir». je ne peux®P rien faire pour elle avant sa délivrance. je ne m ’étais pas . Je continuais à étouffer. un autre encore. occupée de ces tourments qu’elle me promettait. il demanda à une de 160 . mais comme j’avais déjà de l’asthme et donc souvent de fortes oppressions. Celui-ci les flanqua dehors. j ’avalais des médicaments en gouttes. on venait l’appeler. Rien n’y fit. votre femme est enceinte. Il me prescrivit des remèdes. N É B sachant plus comment s’en sortir. que seul l’esprit du mal pouvait provoquer ' de telles crises. J’en vis un « autre. enragée. de jour * comme de nuit. j Un autre de mes compères vint à la rescousse : la fille d’une de 1 ses voisines avait reçu un don et travaillait très. ». Je fus moins oppressée. Joseph i se déplaça. Elle criait ça partout. ® remontant vers ma gorge.

Si j ’étais morte. nous n’irons pas à l’église. A cette époque. Il me fit couler du sang et réussit à arrêter la crise. ma famille se mit en tête de forcer Joseph. suis restée trois mois. je ne l’ai pas. mais elle a déjà dix enfants. J’eus de la chance. n’entendais plus rien. le père de mes enfants. Tout ça entraîne des dépenses. 161 . les gens n’auraient pas vu mon corps passer par l’église.. N’est-ce pas là qu’on nous ïerre tous? Quoi qu’il en soit. " Chacun a son orgueil. tremblait à l’idée que j’aurais pu mourir et ne pas avoir d’enterrement. Moi. mais nous nous retrouverons au cimetière. je m’allongeais sur une chaise pliante. je ne peux faire aucune économie. à moi. je m’inquiétais : . Les trois autres sont restés avec leur sœur aînée au Lamentin. Je ne respirais plus. je jae souciais bien peu de ça : V . trois mois d’oppression. Jamais la crise n’avait été aussi forte. et même si Joseph nous apporte des provisions. enterrez-moi avec ou sans cérémonie. et cet orgueil-là. de malaises. Je souffrais. «Bèl antèrman pa paradi» (un bel enterrement n’est pas le paradis). qui travaillait chez une femme blanche. Unetelle est morte. nous nous entendons bien. je tombai chez Le docteur Nyambi. ne pensais à rien. Et ma maison. Toute ma famille avait eu très peur. à m’épouser. j ’ai cru mourir. Il me désirait debout. Ma sœur.. Une nuit. un très bon docteur qui devait me soigner longtemps. Elle avait honte d’avouer à sa patronne que sa sœur vivait en concubinage. Ma mère venait souvent me voir. nous nous entendions très bien. Il ne voulait pas se Pînàrier avec une femme sur son lit de mort. ça ne échangera rien.Je suis chez ma sœur. elle n’était pas mariée. elle me soigne comme à l’hôpital. d’étouffement. Quand je sentais venir une crise. peut-être jusqu’à mon accouchement.sœurs si je pouvais venir passer quelques jours chez elle. Dans les moments d’apaisement. J’y. On me transporta chez un médecin. pas même à mes enfants. Je ne voyais plus rien. Et Joseph qui aime la bombance. l’église refusait de célébrer les enterrements des femmes enceintes ou mortes en couches qui n’étaient pas mariées. qui est coupée en deux! Je suis descendue avec mes deux derniers enfants. je ne peux rester éternelle­ ment sur son compte.Si je meurs.

champagne. n’a vécu que cinq mois. pour garder le champ libre. pour remplacer les cloches absentes. mais ça ne me faisait ni chaud ni froid 11 Je n’étais pas trop disposée pour le mariage.Ah ah! elle est allée «prévoir» contre la maîtresse.. et pas devant Dieu. j . les annoncent les offices au son des crécelles (« raras »). une de mes vieilles amies bien comme il fa u t» Mmc Alphonsine. L’autre jour j encore. 162 . nous nous sommes mariés. . Tous ces remèdes que j’avais ingurgités l’ont tué. 9 Ce sont la famille et les amis qui nous ont poussés. qui font un couple solide. qui tient.Ce n’est pas tout à fait avec lui que je me suis mariée. j Sainte Expédie n’avait pas tellement bien travaillé. et Joseph non plus. les langues avaient battu la campagne comme raras en semaine sainte *. les gens s’en soucieraient» moins.. Mais» ce n’est pas une cérémonie. s . qui m’avait fait tant souffrir. \ Eh oui! j’étais mariée. Pendant ma longue absence. M■ Je lui rappelai aussi comment Joseph. tu » peux bien lui passer l’anneau. une belle noce avec beaux habite» bons plats. Cet enfant.Après lui avoir envoyé la maladie. qu’elle ait au moins un bel» enterrement. celle-ci lui a rendu coup pour coup. . J’allais mieux. Depuis le temps que vous vivez en concubinage. Il avait été nourri dans mon ventre avec une tonne de médicaments. S’il n’y avait de mariage que» devant les hommes. l’Église n’aurait pas la» place qu’elle occupe dans la société. Man Alphonsine. Je ne mourus pas et mis au monde mon sixième enfant Le jour du baptême. j’épousais Joseph. L’air de mon pays. elle l’a expédiée à Capesterre.à côté de lui.. » Et il m’a écoutée.Je lui ai dit : « Joseph. se vantait du rôle qu’elle avait joué auprès dJ Joseph : 9 . les soins du bon docteur Nyambi m’avaient apporté un grand soulagement. il faut que tu » fasses quelque chose pour elle. puisque je retournais mariée. Léonora peut mourir. mais. u M mariage sert surtout à l’Église. «an» * Le Vendredi saint..D’accord. saoul comme cochon» n’avait pu aller se présenter à la visite médicale avant le mariage» Il avait envoyé un copain passer la radio à sa place. Je remontai chez moi au Lamentin.

Une de mes tantes en est morte.Moi. Ils ne tnt pas. Je refusais de le voir : . celle réservée à monsieur l’économe. j ’étais guérie. Ma ^maladie? Une maladie de famille. j ’ai traîné. j ’ai chassé le ranmasé malè a dé men. Je ! rappelai à Joseph la promesse qu’il avait faite au gadèdzafè de f Vieux-Habitants d’aller le consulter après ma délivrance. Joseph arrivait plein de rhum. mon père parlait des ^ crises de son grand-père. sa ki la pou ou. L’esprit mauvais de la maison était de nouveau sur moi. btre maison. Et si j’avais offert à Dieu une seule petite branche de fleurs pour obtenir la grâce du mariage. ni finir nos jours ensemble. à vingt-deux ans. Veau ne le charrie pas. se trou­ 163 . ils crièrent : « Woulo! » Pas moi. peu de temps après. pou chayé arriver. En quittant Capesterre pour m’installer au Lamentin. f :- | Dès mon retour au Lamentin. bonheur à coups de pied pour ' ramasser le malheur à deux ^ mains. à chaque visite chez ma soeur. Quand Joseph. traîné cette maladie pendant dix-huit ans. dans ma commune natale. leur promit de m’épouser le jour du baptême. Jamais! Mes parents ne voulaient pas m’entendre. Déjà. E mwen. dlo Que voulez-vous. l’avais attrapée. Je leur faisais honte en refusant. épouser un homme qui ne tient même pas debout! Incapable de respect quand il vient dans nia famille. ils sont forts en sorcellerie. ce qui doit vous pa ka chayé-i. en leur annonçant la naissance de l’enfant. mayè èvè lonbraj a-i ». Moi. une crise m’a prise. C’est peut-être pourquoi nous n’avons pu nous entendre. Je venais d’accoucher. protège-toi. Ka ou vlé fe. Les amis m’avaient prévenue : -NSi tu vas au Lamentin. j ’avais irtt bébé. Les gens de cette une sont renommés. On offrait à leur fille le mariage. un honneur. l’oppression me reprit de plus 1belle. Joseph refusa de se déplacer : ! . Et an chayé. C’est vrai. Les de ma sœur ont aussi de l’asthme. j ’ai épousé son ombre.Il ne t’a pas guérie quand tu étais enceinte. je l’aurais regretté. Je [bouffirais tellement. Jou mayé la sa sé té moi. j ’en ai charrié sur mon dos! kouri dèyè bonnè akoudpyé pou Le jour du mariage. qu’est-ce qu’il ^pourrait pour toi maintenant? F Alors.

je demandais aux voisines de jeter un œil sur le bébé. Elle aussi voyait dans cette® maladie quelque chose de pas naturel. L’heure venue de faire cuire le repas. prenait le Recueib des quarante-quatre prières pour les nécessités de ta vie : « Mal.?ja Tousa ou pa konnèt pi gran pasé Tout ce que tu ne connais-WM ou. au nom de Jésus. délivrez mon enfant. ou peut-être pas. auf nom du Père. quel que soit n nature ou ton principe. elle était là. Même si son travail n ’était pas impeccable.. je remontais encore. Tous ces va-et-vient m’ont fait faire une grosse imprudence *. Elle voulait même aller à la rivière laves® mon linge. sauvez mon enfant! j Elle suppliait aussi saint Antoine de Padoue. après avoir nettoyé ma maison. qui que tu sois.Mon Dieu. Je fus terrassée. car elle® était assez âgée. je descendais à la maison. puis je montais jusqu’au canal laver mon linge. Le matin. cette créature de Dieu ici présente. Elle cherchait toüW ce qu’elle pouvait faire. Je retournais laver et repartais pour accueillir les enfants à leur retour de l’école. présente. » J| Elle essayait vraiment de m’aider. mais. chaque fois que* j’accouchais. en chaud au froid. sur la terre et jusque dans les enfers. te dêpasm3 dit le proverbe. de quitter* Léonora. Elle venait. En tout cas. c’était la première fois que je voyais quelqu’un souffrir et se débattre comme ça. C’était comme si on m’avait envoyé une « délégation ».vait non loin du canal. est plus grand que toi. Je relevais de couches et passer ainsi du chaud des réchauds à charbon au froid de la rivière a rappelé sur moi la maladie. je me dis que Joseph a eu bien raison de refuser® une deuxième visite au gadèdzafè de Vieux-Habitants. 164 . . Jésus-Christ. Je te l’ordonne. Ma mère priait : 'i .. * Nom d’une maladie contractée dans ces circonstances. à qui tou® obéit au ciel. . quelque chose qui avait fondu sur moi pour me clouer à terre et m’empêcher de jamais remonter sur ma bête. passer quelques jours avec moi. d’où que tu viennes. au fond de la mer.JB Aujourd’hui. je t’ordonne. avec toute sa conscience. parfois. Peut-être était-ce ça. il vaut mieux ne pas savoir. et du Fils et du Saint-Esprit. Après le déjeuner.

^ s’èst trouvée enceinte. ^Depuis longtemps. une de mes bonnes petites Frivolités. Il aurait suffi de quelques paroles du gadèdzafè pour me faire entrer rofondément dans la tête que cette femme me travaillait. Elle s’était mise dans la tête que j ’avais détruit son foyer. de tes enfants. à ceux de ton mari. . des I enfants qui allaient à l’école. son travail. A grand tapage. Nous étions fâchées. le garde des cannes. je n’avais qu’un ménage de rien du tout. et plein d’enfants. La cinquième fois fut la bonne. Il m’aurait persuadé de me idre. Nous étions voisines sur l’habitation. Nous logions dans le même type de case en bois à deux pièces et galerie. et elle avait déjà menacé de s’occuper de moi.. sa vaisselle de luxe avec assiettes en porcelaine. et lui n’en faire qu’à sa tête. Moi. à déverser dans ses mains tout mon argent. la seule porte où frapper pour que tes enfants ne connaissent pas la canne et la misère. ils s’étaient séparés. V ses verres à vin. Nous voisinions quand même et nous nous appelions commère. sa plaque de cuivre bien en vue. Elle étalait ses j meubles de salon. par exemple. Il aurait pu voir. il trouve toujours quelque chose de nouveau. Quand un gadcdzafè se met à chercher pour toi. Quatre fois. surveiller f les cannes et les bœufs qui dépassaient les lisières.. 165 . Elle ^ voulait le plier à ses quatre volontés. Une belle séance que le monsieur lui avait faite là! Le gadèdzafè aurait sûrement orienté mon esprit vers la femme de mon compère. Le ménage a cassé. qu’elle îait cause de tous mes malheurs. les yeux furetant partout pour empêcher qu’on mange la canne du Blanc. mais après l’école. Peut-être Lucie serait-elle revenue comme cette malhèu- reuse que sa mère avait envoyé consulter. déjà. avec la loi et le tribunal. Elle me prédisait les pires maux. mais ^ elle jouait à la grande dame par rapport à moi. Son mari était garde. et peut-être qu’aujourd’hui encore je serais entre ses s. C’était ça. pendant mon sommeil. des timbales en fer. qu’un sort allait faire échouer ma fille a son examen. ■ des kouis en calebasse. Tu dois monter et descendre tout le temps et dépenser beaucoup d’argent. Il se promenait sur l’habitation. ét elle a mis ça sur mon dos. après la séance. et qui.Une nuit. Il s’attaque à tes malheurs. Je ne courais pas après les bèl bèbèl *. elle était en bagarre avec son mari.

L’eau de cologne était celle dont je me servais pour le bébé.N’oublie pas la composition du bain. Je souffrais tellement que j ’étaisï prête à suivre tous les conseils. Quand on se bat ainsi contre le mal. à obtenir un legep mieux. disait-elle. morte récemment. j’étais debout. Dix-huit ans d’une vie. Son n’a vraiment pas le temps de faire des houles dans ses po Tout file chez les médecins et pour les remèdes. Elles étaient froides. ne comprenant rien à cette maladie. Une dame. mettant les mains sur tête. Dès le matin. metfr un pull-over pour réchauffer mon corps transi. Pour le deuxième bain. Tout ça par la volonté. jour après jour. glacé même. Léonora: eau de cologne «Val Fleuri». me frottant le corps. sut mettre le sur un des piquants d’oursin enfoncés dans ma chair : . Je me suis même baignée dans du piment! Je cherchais tout ce qui pouvait me procurer un soulagement . devint chaud.Léonora. Je ne voulais pas rester couchée. crottes de poules. je préparai le remède. toute tremblante. Un rêve me l’avait ordonné. Pourquoi? Je ne sais pas trop. Aussitôt la provision épuisée. j’arrivais à résister. éloigne les esprits. et tout mon corps. elle s'occupait de moi. i Ainsi. Tout le monde criait «Hosanna!». . Elle disparut. Bourrée de médicaments. M. dès 1 lendemain. Elle me répétait : . plus tu t’enfonces dans maladie. vint me visiter. Je me fis apporter des crottes de poule fraîches. nouvelle en- nouvelle visite chez le médecin. m’accrochais aux docteurs aussi bien qu’à la «m et cine-feuille» de chez nous. ma sœur enferma les crottes de. J’ai bien des choses à reprocher à Joseph.commères. Je me baignai là-dedans quand même. dit-on. Plus tu te couches. la nuit. qui d’habitude était froid. prenais tel sir© tel cachet. tamarin des Indes. mais pas celle- . sans même dormir en chemise de coton rouge qui. ma pauvre. il finit par se retourner contre celui ou celle qui l’a expédié. La crise pouvait me prendre la journée. Je nous voyais toutes les deux. venue me réconforter. dix-huit ans de lutte contre la maladie et la souffrance. On l’entend alors gémir de ses « méchancetés». Joseph doit être écœuré. . Je me levais. Mon co r' devait se tenir droit. je te r tant bien que mal. me baignant. poule dans un morceau de toile. brûlant comme les «wôchgalèt» (galets) en plein midi.

mais alors pas du tout. Une petite dame blanche. Quand elle eut fini elle □rla encore : ’ . . Achète un savon eu. se pencha sur moi île me dit : . Comme je n’étais pas trop empressée.Tu es malade. Ils ouvraient à 8 heures et fermaient à 16 heures. j ’aurais dit : c’est une sorcellerie 167 . je me suis réveillée un jour avec la plante des pieds criblée de trous. Si tu voulais toucher ton aigent. mais si blanche. Et elle me donna plusieurs baisers. Des trous! Des trous! Si j ’étais u’un à croire aux sorciers. comme fait. J’ai pns peur.Embrasse-moi. : bien je suis la grand-mère de ton papa. Savonne soigneusement ton pied.. 5 “ Regardez Léonora. Je suis allée consulter un ami.Oui. Pendant toute cette attente. commençait l’une. ce sont les plumes de son oreiller qui l’étouffent. tu devais te débrouiller pour arriver à Pointe-à-Pitre dans les 4 heures du matin. Quelqu’un que je ne connais­ sais pas.C’est moi qui vais t’embrasser.Non. au pied.Moi. on avait le temps de faire des rencontres. fais-le. à Pointe-à-Pitre. lui pardonne beaucoup car il n’a jamais rechigné pour me soigner. Ses trahisons ont sûrement aggravé mon état. s’avançait vers moi. sur les quais. pour donner son argent si cela pouvait m ’apporter un petit répit. Je n’avais jamais vu tant de trous une plante de pied. j ’y avais droit. j ’ai rêvé. Nous parlions beaucoup. » La nuit. . tu guériras. Elle le mange depuis si longtemps. mme dit. Il prenait soin de moi comme d’une poupée bénie et ne se ménageait pas. Je t’ai indiqué un ’de. .. Va au port. Il m’a dit : « Frotte ça avec du grésil. elle reprit : : . Tu ne me □Mis pas? /. surtout de nos maladies et de comment nous avions trouvé la guérison. comme si elle était mangée. C’est au moment de mes plus fortes crises qu’on installa la Sécurité sociale en Guadeloupe. Je venais de me marier. toute courte. Pas de bureaux dans les communes à cette époque. mais n ont pas causé la maladie comme des mauvaises langues se plaisaient à le vendre sur la place publique.

Il lui avait fait boire une « composition ». ** Médecine populaire à base de plantes. les amis! si tu nei tiens pas tes promesses. l’autre était trop fort. Ma peau. poursuivait cette autre.Et moi. ma chère et bonne dame. J’ai beaucoup dépensé. Elle n’avait pas! donné ce qu’elle avait promis à la déesse. Je suis allée consulter. elle s’est fait écraser par un camion. je n’avais pas beaucoup d’argent. la colère de Malyenmé ne pardonne] pas. J . surtout pour avoir un enfant quand on est branany *J ou pour guérir des maladies. stérile.Tant pis pour ceux qui ne tiennent pas leurs promesses^ reprit enfin la dame. Quelqu’un me conseilla ] Malyenmé.. ] . . je ne sais pas ce que c’était.. une! jeune fille de dix-huit ans avait obtenu une grâce.. j ’ai vendu une paire de bœufs potirj acheter tout ce qu’il fallait pour la cérémonie : les coqs. moi. « on vré nich a poulboua ». Maintenant. I La pauvre dame n’avait plus la parole. Ma ‘ fille. à Capesterre. celui qu’on vend en barre. 168 . Tout le monde voulait! raconter une vengeance de Malyenmé. J Que de paroles tombaient des bouches! J’étais là et je n’eM * Bréhaigne. je prends les remèdes razyé ** donnés par le séancier et. Les trous ont disparu. Avais-je marché sur quelque chose? Je ne peux rien dire. le jour comme la nuit. avec une raie blanche au milieu. aucun sorcier ne voulait] travailler pour moi. j’ai lavé le pied. les cabris! pour les sacrifices. une vraie termitière. En sortant du temple dèi Chanji. je vais vous expliquer* comment j ’ai pu sortir ma fille des griffes d’un kenbouazè qui l’avait envoûtée. Pour connaître la cause de mil maladie.qu'on m’a faite! Jusqu’à présent. e j plus. tout ça me fait peur. le boire et le manger pour les invités qutfl j ’avais amenés dans un car loué depuis l’Anse-Bertrand jusqu’i l Chanji. Elle est] très bonne.Moi. ni en bien ni en mal.. J’hésitai. mais ma fille esll libre. Æ . attention. je me suis fait faire une séance. ceux du docteur. Tout récemment.Vous aviez raison. Malyenmé! ] Ayayay! j . Je n’ai fait qu’acheter un morceau de savon bleu.Malyenmé! Il faut se méfier de la déesse des Indiens. J'ai savonné. pour mjl guérir. obéissait à tout ce que lui ordonnait le bandit. Mais.

Si elle était mauvaise.Ah! très bien. Tu t’amuses à refoutre la maladie dans ton corps. Dés que j ’étouffais. il r me redonnait courage dans mon malheur. Un jour. qui vit maintenant en France. peu à peu. eu un faible pour Didi. je faisais expérience sur expérience. Il pouvait ■me couillonner et. Au retour. en même temps. perdais pas une. Ils ont ir école. reprenant mon corps en main. M’en fous pour toi! . et j ’aspirais. me : donne de l’argent. tu vas laver. mais elles ne “nt pas à mon goût. qu’est-ce que je l’aime. j’ouvrais toute grande ma bouche et je pompais.Mais Joseph. on ne la vendrait pas dans les pharmacies. celui-là! Entre tous *vos enfants. bien. Je parlais. Heureusement. étant professeur. mon petit Didi. Les gens étaient effrayés de me voir m’activer comme ça : . Une petite pompe aspirante dans laquelle on mettait un liquide. entretient ses frères et sœurs. Cette pompe m’a bien soulagée et m’a aussi épargné de nombreuses visites chez le docteur. je partis à la rivière avec les enfants. ma fille aînée avait pris en main le foyer. j’ai lait reculer la maladie. certaines ne sont pas propres. . je ne peux laisser les enfants tout faire. Je n’entrai pas dans l’eau et lavai dans un grand baquet. moi aussi. Les gens croient que " Marc est mon chouchou car. Elle allait à l’école et faisait en même temps marcher la : maison. 169 . elles lavent à moitié. C’est ainsi que. cette pompe me paraît dange­ reuse. Je lis bien obligée d’accepter celles que tu trouves.Fais attention. allant laver à la rivière avec ses frères et sœurs. de ma maladie. je l’avais attrapée dans la rivière. il me nourrit. un a toujours la préférence. avec un mot. Une dame. de ne pouvoir presque rien faire chez moi. Je décidais de ^prendre mes précautions. On m’indiquait recettes et moyens pour que je m’en sorte. Je la s*' bénis cette enfant. mais j’ai toujours . J’écoutais. Je voulais vraiment m’en sortir. m’avait conseillé d’acheter une pompe à la pharmacie. elle m’a tellement aidée. un sourire. dont j’avais fait connaissance ce jour-là. Et les femmes que tu m’envoies pour laver mon linge. . Ma maladie. J’en avais assez de traîner. Léonora. ^laissant les enfants rincer le linge que j’allai ensuite étendre sur Jes grosses pierres rondes. Joseph nous attendait : p . Son frère Dominique ’ aussi. Ça ne pouvait durer éternel­ lement.

restent long­ temps dans l’eau. Quand j respire de la poussière. une piqûre. cet Indien de Londres venu s’établir en Guadeloupe. l’asthme est une maladie bien ennuyeuse. Mon trop-plein de sang évacué. mais pas comme les bien portants qui plongent et nagent. Il avait raison. « Sé Bondyé Sènyè a yo». J ’ai rencontré une de mes nièces. les crises on disparu. Une poussière avalée. mais. grâce à Dieu. Depuis le temps qu’il me soigne. le soleil ou le vent qui soulevait le sable. ma maladie est repartie à pied. Il avait autant de femmes que de cannes. Le docteur Nyambi me soignait. et nous sommes descen­ dues jusqu’à la mer pour nous baigner. il savait ce qu’il devait faire : une saignée. c’était le bon docteur Nyambi. toutes ces femmes avaient dû passer par les caprices de Joseph. En fait. me répondait-il. je devrai faire attention. mais elle a un faux pas. . 1 « Docteur Nyambi! » Les gens de Capesterre prononcent nom comme celui d’un dieu. m’a accompagnée chez le médecin de garde. toute ma vie. Une chance. docteur elle aussi. un moment d’inattention. Pouvais-je rester longtemps au soleil? Me baigner dans la mer? En rivière? Que fallait-il éviter? . et ils ont divorcé. Je sais que. et je lui posais plein de questions. Joseph. Ma nièce m’à prise dans sa voiture. J’étais heureuse et. Venue à cheval.Madame. ou de la fumée. Vous pouvez vous baigner. et les crises reprennent. je me suis roulée dans l’eau tant que j ’ai pu. je sens l’oppression q me remonte à la gorge. je me sentais mieux. oubliant les conseils du docteur. Je ne sais s’il faut accuser l’eau. Je commençais à reprendre le gouvernail de mon corps. mais une crise m’a attaquée. je suis allée voir ma sœur. Il n’y a pas très longtemps. Il avait épou une demoiselle de Capesterre.

et c'est ça qui rend la vie vivante dans les siècles des siècles. c'est un fil qui ne se casse pas.Tu iras garder les bœufs. Chapitre IX Apatoudi menné koulèv lêkôl sé fè-i sizé asi ban ki mèt Il ne suffit pas d ’amener la couleuvre à l’école. Tu travailles. pour être son maître. l’utilité de l'homme sur cette terre. à la prostitution. Dans ton foyer. les pires menaces pleuvent sur ta tête : * . et tu sais pourquoi? Parce que chaque Nègre pendant son existence y fait un nœud : c'est le travail qu'il a accompli. qui se fripent à travailler la terre. les maîtres n’enseignent pas l’effort ni l’admiration pour ceux qui travaillent de leurs mains. tu ne peux garder les bœufs ou fouiller la terre. il faut arriver à la faire asseoir La vie. Même avec ton bac. Seule solution : partir pour la France. pour ceux qui peinent durement sous le chaud soleil. qui ne connaîtra ni la canne ni la banane. fouiller la terre. qui ne se perd jamais. C’est ainsi qu’ils envoient nos jeunes à la drogue. Elle veut te faire parler français. jalousies. voilà l’idéal. mais l’école n’est pas là pour ça. puis dans Les ihambres. couper ïa canne! Aujourd’hui. c’est tout d’école est aussi cause de bien des discordes dans les familles. je ne vois pas ce que les maîtresses lancent aux paresseux. il n’y a presque plus de bœufs ni de terre à cultiver. Jacques R oumain. Tu sers d’abord au salon. plusieurs de tes enfants réussissent 171 . Si tu n’apprends pas bien. par Ikemple.. Gouverneurs de la rosée. Ils devraient trouver du travail en sortant de l’école.. A l’école. Devenir quelqu’un qui manie la plume. dans un hôtel.

pousser pour qu’il réussisse. Ma mère croyait dur comme fer à toutes ces histoires de sorciers et craignait pour sa petite chérie. Lucie tenait une place à part dans son cœur. Elle devient jalouse. la zizanie entre les enfants. que dès que tu lui demandais un petit service.c oluent. Si elle a un problème quelconque. mais le mandat leur appartient. Ma fille aînée cravachait dur à l’école. une fois. premier prix de calcul. si petite. On lui aurait barré la route avec quelque « kenbwa » ! Dieu t’a bien inspirée de me la reprendre et de l’emmener avec toi. te donnent un petit argent pour vivre.Heureusement. Première partout. Un autre désagrément causé par l’école. elle aurait fait des jaloux. Elle adorait la gosse et ne lui faisait rien faire à la maison. . tu la dépasses. Il était temps. elle trouve normal que tu la prennes en charge. Il est vrai que j’avais été bien inspirée de lui retirer Lucie. Tes enfants. Tu as fait plusieurs nstituteurs. Les autres sont jaloux. Quelle mauvaise éducation! Ma mère n’était comme ça avec aucun de ses petits-enfants. il suffisait que l’enfant pleurniche en disant qu’elle était lasse pour que ma mère se lève aussitôt et fasse elle-même le travail. J’ai eu un mal fou à la redresser. Pour eux. tissus à fleurs. elle se 172 . La petite demoiselle avait tellement pris l’habitude de n’en faire qu’à sa tête. Tu ne peux subvenir aux besoins de ta sœur. tu essaies de le. ait de bonnes notes. me disait-elle. tu es fière de lui. C’est ainsi qu’ils voient.. Tes enfants ont réussi. premier prix de cela.. tu le chéris plus à cause de ça. c’est-à-dire rien. Lucie. Rien n’était trop beau ni trop cher pour sa fifille: chapeaux. Elle ne veut pas comprendre que ce n’est pas toi qui as les diplômes ni le mandat. Le jour dé la distribu­ tion des prix. son nom claquait à chaque instant. robes imprimées.. et peut-être ont-ils raison : inconsciemment. Lucie. si maigre qu’on l’appelait «Zègèlèt». elle lui demandait de balayer devant la porte. les autres disent que toi. elle les raflait tous. Si. c’est important. que tu ne me l’as pas laissée à Carangaise. S’il arrive que l’un apprenne bien. tu es donc plus qu’elle. Sa grand-mère défaillait de bonheur. la haine s’installe dans son cœur. bien sûr.. Premier prix de français. Ta sœur n’en a aucun. elle t’en veut. Il fallait la voir descendre les marches de l’estrade. premier prix de ceci. l’école. Insister aurait été pour elle martyriser sa petite-fille. cachée par l’énorme paquet de livres. elle me la pourrissait.

J’ai traité tous mes enfants de la même manière. Un de mes fils. dit-on. Alors là. Eh bien.. Ceux de la voisine sont nuls. Ernest. Ma sœur riait et se moquait de moi: . Et le voilà professeur. déjà. Ma deuxième fille a échoué trois fois au brevet élémen­ taire. Pendant longtemps. si maigre. A tout bout de champ.. Tu lui as jeté un sort. elle fourrait son nez dans les affaires de tous les enfants de sa classe et d’ailleurs.Si je ne suis arrivé nulle part. n’en parlons pas! Tes enfants marchent bien à l’école. élevée ainsi dans du coton. Ce que tu veux.mourait effectivement. Depuis le certificat d’études jusqu’à la terminale et l’Université. Je ne dirais jamais que ma mère n’a rien fait pour moi. ce que tu désires vraiment. elle s’est trouvée avec l’enfant de mon compère. je n’ai jamais eu un enfant qui aime jouer autant que Marc. mais pas leur tempérament. si petite. Ce n’est pas normal. j’ai vraiment un don. celle-là n’était pas forte. ou peut-être bien qu’une force supérieure à la mienne me barrait? Qu’est-ce que je n’ai pas entendu! J’ai beaucoup ri. ensuite en apprentissage pour devenir peintre en bâtiment. En sixième. voilà la clé.. on m’a attribué des « dons ». Il ne supportait pas ça. le dit lui-même : . Ma sorcellerie s’est usée après le succès de trois de mes enfants. rire avec ses copains. mais elle est trop cancanière. elle va être emportée par le vent à la moindre averse! Quant à la zizanie entre voisins. qui n’a guère réussi dans la vie. Après le cours moyen. J’avais <( la main ».Mon Dieu. un 173 . il n’a pas connu ce qu’on appelle échec. Marc. A l’école. On fait les enfants. Même tout seul. cette enfant.. ce n’est pas faute de soins. Celle-ci apprenait bien. il inventait je ne sais quels jeux. Chaque enfant naît avec son intelligence et suit la coulée qu’il doit suivre. je n’avais plus de pouvoirs. il partait s’amuser. est professeur. je l’avais envoyé pendant deux ans à l’école à Pointe-à-Pitre. En fait. elle aussi. Je n’ignorais plus rien de sa vie de famille : Isabelle avait attrapé un treize en calcul. il y a de la sorcellerie là-dessous. lui. Ma fille Émilienne voulait bien arriver. celui tout simplement de reconnaître que chaque personne a son intelligence et sa volonté : le succès dépend aussi de ce que l’on veut dans la vie. Il a tout lâché et s’est fait embaucher à l’usine.

j ’ai eu peur que. Un endroit très dur. aussi. J’étais décidée à ne plus payer d’école pour ceux qui le mettre sur les rails. l’espagnol. Même en faisant la vaisselle. le Mal. "t attrape le baccalauréat.Non. tu ne peux garder Émilienne à la maison. métier. peindre le ciel. Je ne me méfiais pas de la France. Je C.. Justin ne partira pas.e.P. trop occupé. Aujourd’hui. ce fut peut-être un bi< ju’un a un travail et le perd. Alors. je sois pas aussi agitée! uche de l’argent. chaud. courir les filles. ce gosse. une place d’apprenti chez un tourneur à Fouillole. Ici. Mesurer les rues it jour et nuit. c’est le bac. si rétif. jamais parler.. elle me raconte des cancans et me * Vacances et me racontera comment il v it tordre de rire comme jadis avec ses histoires de classe. A cette époque. elle se Blancs. il faudra qu’elle se décide à choisir sa je ne pouvais plus rien contre cette force qui s’était abattue . la dernière de mes filles. le petit dernier. J’avais payé trois ans d’école lui-même était un coureur de jupons. Comme si tout le monde devait Les Guadeloupéens n’avaient pas commencé à voyager en devenir instituteur ou professeur! Pour moi. Les notes d’Émilienne. il faudrait que chaque partir. je n’étais pas aussi « évoli ara trouver un sorcier plus fort que celui de ton ennemi. c’est la faute du Mal! avec cette manie de courir les femmes. n’était pas encore chaud. et. elle veut devenir hôtesse. on a dit qu’on s’était « occupé de moi ». je l’ai poussé à le succès.. me fait tourner le sang.quatorze en géographie. . il a obtenu un C. ‘'Tupêche de respirer.Émilienne. la petite Noire. J’essayais de la calmer : rien savoir: .Maman. je n’en entendais cette France-là n’était pas encore un tel endroit de perdition. et est secrétaire dans l’armée. je suis « chômeur». il est monté à Paris.P. c’est la vaisselle que tu fais. plus de place. Il disait: . si mal ses jambes. Un jour. partir devait donc entrer en cinquième. qu’il dev . Deux ans "y a José. sans quoi mon fils ne serait pas parti. Une 174 175 . Après son service militaire. Quand j ’ai voulu l’inscrire.A. refusa d ’aller à l’école.P. elle vit en France. ai la Martinique. Il restera ici. commun. Elle a fini par attraper Ensuite. Mon fils Marc me dit : cavaler. Je me laissai faire et elle échoua à nouveau. il te pour la France. voilà son nou ê. mon mari. Je lui achèterai un transport en une nouvelle année. Je lui tn r a-t-il tellement d’échecs dans ce programme? Évidemment. il est simplement masse comme maintenant. il lui montre comment les hommes savent seraient renvoyés. on lui a fait du mal pour de bon. d’un métier à donner à chaque enfant. mais elle avait l’esprit retourné au pays. n’était pas d’accord avec ce départ. Man Joseph. un point c’est tout. Elle était trop sur le dos des autres. Comme C. Enfin. Je ne faisais plus d’instituteurs. par orgueil peut-être. Après plusieurs stages. au lieu de privée. Elle prépara un Joseph. de secrétariat. elle bougeait tout le Dominique l’a rejoint. Pourquoi? manipuler à sa façon. un autre.. il ne voulait précipitait au moindre bruit. Pou* i Mal. et pas de travail.A. Il travaille Guadeloupéen passe son bac. Quant à Viviane. Son jeune fière était déjà en sixiè: ridée. un verre. Elle est restée la mêmi rois qu’il donne à manger aux malades. Il avait obtenu le certificat d’études son lit. qu’aujourd’hui. dans une usine. etc. elle change tout le temps passer par la sixième. J ’espère qu’il viendra en quand elle me téléphone. hop! la voilà au bord en France. tard. c’est le Mal la cause. irrespectueux envers moi et ses frères aînés. il travaillait à l’usine de Darboussier. il est temps pour elle de savoir où elle va moi et sur mes enfants. où il n’y a que des de la rue. Je lui écrivais de rentrer. Le Bumidom39lui envoya des papiers pour le faire r Celui-là. chaud. Justin. tout ce qui peut arriver. étudier l’anglais.Je ne suis pas à la charge de Justin. occupe mon Après son service militaire. paie-lui . Elle échoua. l’oreille à tout ce qu’elle raconte. si Pour Justin. à Roubaix. reste tranquille. La tête vraiment dure. qui me cause tant de soucis. il désirait le commença à murmurer que j ’avais perdu le « don ». a épousé une Blanche et n’est encore jamais Émilienne aurait pu réussir à l’école.A. C’est là qu’on Il ne craignait pas que son fils se perde en France. A les entendre. elle roule pour le bac. Arrivée jusque-là. Ce question d’un travail. Inquiète comme un loquet dans une porte neuve. il est resté temps : elle lavait une assiette. Il travaille dans un hôpital. Je ne prête prétendu qu’il n’y avait plus de place en cinquième.

se fôS B emporter par elles. la jalousie est la sœur de la sorcellerie. Marie. c’est qu’un autre commerçant. C’est la maîtresse de son mari qui lui a envoyé quelque chose pour tuer son bébé. Et p u i^B serait baisser la tête devant les difficultés de la vie. parce qu’il ne fait rien pour réussir à l’école et se conduit mal? J’ai entendu une dame dire : . mes yeux ne seront pas témoins de ma honte. Elle fait faillite et ferme boutique.. comme mon Ti-Jo. ici. tu as beau dire tout ce que tu veux siu® | France.Man Joseph. ce n’est qu’en France qu’il pourra se corriger® Et une voisine : j® . a payé un sorcier pour qu’il lui tende des chausse-trapes. sort du droit chemin. Si j ’avais le prix du billet»! j ’enverrais ma fille en France. m En plus du petit dernier qui me procure tous ces tracas. marche sans faire attention. Un de tes enfants n’étudie pas à l’école. si ce monsieur y trouve du travail. Alors. très jaloux. D’ailleurs..J fl . kè pa’a fè mal. Je ne peux plus supporter de la! voir mal agir devant moi. La mauvaise volonté de l’enfant. ses capacités comptent pour beaucoup.En France. Si elle va en France. mais ce n’était pas une réponse du cœur&H ne suis pas décidée car je sais tout ce qui se passe en F rÉ H contre les Noirs. jeune mariée. j Sa zyé pa voué.® journée : .C’est l’argent qui me manque.commerçante voit sa clientèle diminuer. Un cache-défauts. Le cœur ne peut souffrir de ce mm les yeux ne voient pas. 11 ne faut pas tout mettre: sur le dos du Mal. La France lui apparaissait comme un endroit pour cacher 11 mauvaise conduite de sa fille. . tombe et fait une fausse-couche. que faire avec Ti-Jo? L’expédier en France. ne l’y enverras-tu pas* 11 te casse la tête. est enceinte. Elle est là-basi de l’autre côté de l’eau. Je ne voudrais pas le voir aller là-bas.J fH J’ai répondu oui. c’est que la lotion « menné-vini » qui les attirait n’agit plus. l’éliminer. au moins. j’a i ® autre fils qui boit beaucoup. Si un seul parmi tes dix doigts sent m a u lH 176 . C’est la faute à quelqu’un jaloux de ta réussite. Sa sœur me répète à longueur . Tu as dix doigts. glisse. comme c’est la mode à présent.

peux-tu te dire. l’enfant courait à sa fantaisie. quelquefois de bons geste. c’est le mauvais âge. j’accroche des “"rs d’hibiscus. chez l’autre. Le père n’était pas au foyer.étais vraiment contente. de temps en temps. l’âge de ses « affaires ».Patientez. je me bats avec lui. Il rentre dans ses quinze ans : aucune amélioration. tu parles trop. mais c’est forcé qu’au moins l’un d’entre eux te fasse de la peine. J’en ai assez. j’en sais quelque chose. Je suis pourtant sûre qu’il ne faut pas agir comme certaines mères qui gardent l’enfant auprès d’elles. à la maison. J ’ai uvé mon petit arbre tout frais fleuri. . Pour la première fois. mais ça se fane très vite. Cependant. tu n’as pas le droit de le rejeter. f. • Quand il avait douze ans. il est rient insupportable. Ti-Jo. bon. C’est très joli. Maintenant. je vais le jeter? Tu le peux? Non. peut-être a-t-il un problème? Depuis tout petit. Nous aimerions. Mon José est vraiment désobéissant. Merci >Jo. j’ai planté dans un pot une branche orte pour figurer un petit arbre. tête éclate! Il est parti. je sens un léger mieux. Il deviendrait de plus en plus mau­ vais. bien sûr. Il s’est mis à hurler: . je lui avais un peu lâché la bride. Une dure épreuve quand cela vous arrive. de ranger ses affaires. v* Avec Ti-Jo. qu’ils soient tous dans le droit chemin. n’était pas leur enfant. . je veux le tenir plus serré. la douleur. mais. je lui ai dit de nettoyer sa chambre. qui as si joliment arrangé l’arbre? > Oui. et le traitent différemment des autres. la plupart du temps. Il avait ■iili les hibiscus tout juste après son bruyant départ de sa 'bre.C’est toi. il avait fait :4que chose pour moi sans que je le lui demande. Je ne t’avais rien demandé et tu l’as très bien garni.Rouy! Je ne suis pas disponible. comme s’il . puisque je suis dans l’Évangile et que je sais qu’il n’y a pas de résurrection sans Vendredi saint. Pour l’école. passer une toile mouillée par terre. on me disait : . Hier tatin. envahit mon corps de façon intolérable. devant ses méchan­ cetés. Aux extrémités. parfois. Est-ce qu’il sent ça et se rebiffe? Je ne sais trop comment m’y prendre. Si parmi tes enfants un n’est pas bon. allait chez l’un. Je l’accepte. son . Je m’in­ terroge. Dans le salon.

au moins. En attendant. disent qu’ils të| aident. mais le professeur Æ l’aime pas. Ces gens d’école sont paÿÉ pour faire leur travail. en cinquième. des choses.ü S. les maîtres. Il faut pourtant envoyer ses enfants quelque part. 178 . à nous.frère le professeur aussi. sans y travailler. maintenant. il faut la chan­ ger.G. Ils en ont mis. Les syndicats guadeloupéens * crient aujourd’hui : Lékôl a yo pa bon pou nou. alors il le fait tomber. | C’est difficile. Il voudrait devenir architecte. je- vois qu’ils ont fait un gros écolage. Ils aimeraient que parÉ 9 * Ceux qui ne sont pas rattachés à une centrale française. les parents. de décider de son futur métier. élèves et m a i » dans une école qui marche mal. l’école est là.- dans leur tête avant d’arriver. il est tout bonnement en retard.E. Il se peut que Ti-Jo ait retenu lej mot « architecte » sans trop savoir. A l’enfant de savoir ce qu’il a envie d’entreprehl dre. mais lui. pour que celui-ci lui barre la route. S. Ti-Jo ne fait aucun effort. les maîtjji disent « non ». Ti-Jo y va. qui se permet­ tent un petit coup de langue créole. Rares sont les enseignants qui essaient un petit quelque chose. celle-là ira là. WÊ Beaucoup d’enseignants ne sont pas d’accord non plus. a une idée] de ce qu’il voudrait devenir. fô nou L ’école des Français n’est pas changé-i ! bonne pour nous. A quinze ans. |f i sentent qu’ils ne peuvent pas rester comme ça. l’empêche ffl continuer à étudier. M enseignants prennent parti pour les élèves. Seulement.I. Ils peuvent aussi leur faire faire n’importe quelle bêtise^|] suffit qu’un enfant tienne tête à un instituteur. créés en 1977 et partisans de l’indépendance. ils n’ont pas le droit d’aller jusqfljj contrôler tout dans une famille. Une seule chose le passionner dessiner.P. de prévoir l’avenir de ses enfanté Avant. quand je regarde les architectes d’ici. même s’ils n’étaient pas instruits. Il dessine comme pas possible. se monij insolent. elle ne bouge pas. pouvaient choisir pour leura enfants : celui-ci fera ceci. n’est attentif à rien de rien. L’enfant est capable. s’ils n’eril tendaient pas grand-chose à l’école. Maintenant. le présent et l’avenir.AG.

enfin. Alors. je n’étais pas entièrement d’accord. Un îfesseur était malade. que le gouvernement vous doit. J’y suis allée. Quand il s’agit d’argent à réclamer. Ils ont demandé aux parents de les soutenir. car la somme n’est pas trop forte. Tout le monde prit 179 . je ne vais plus courir derrière l’argent de l’admi- ition. La bourse sert à aider les parents à payer le transport des enfants. élèves. C’est ce l’on voulait nous montrer : depuis x temps.! jNous sommes descendus jusqu’à Pointe-à-Pitre. du Lamentin.E.T. nous devons rester très « véyatifs » (vigilants) et bien réfléchir avant de nous lancer. bien serré. maîtres ne fassent qu’un seul.E. plus une horrible odeur nous lontait dans le nez. l’accord. une réaction d’orgueil.. Des )fesseurs nous attendaient à la grille. pour le paiement des bourses. ils ne pouvaient même s aller aux cabinets. Nous j jo u s demandions pourquoi ils avaient besoin de nous. s’il faut se battre pour ce petit aigent. ils font appel aux parents.T. Une autre fois.E. J’aime bien le et peut-être avait-il inventé une nouvelle activité pour ses res. Nous approchions des cabinets. Au C. l’eau était coupée. à acheter quelques livres.T. Il avait rassemblé ses élèves dans la cour rnr d’un tambour et leur faisait jouer du gwoka. J’ai souvent participé : pour une meilleure nourriture à la cantine.her dans la rue en criant : Envoyez l’eau! Envoyez l’eau au C. tout juste. autant qu’il le garde. Là. Les enfants eux-mêmes ont décidé d’aller réclamer leur argent. qu’il la paye en temps voulu. fit bientôt appel aux parents pour un autre problème. Il vous accorde une bourse. devant les du vice-rectorat. les parents furent convoqués au C. ^Peut-être ai-je une mauvaise réaction. Nous nous sommes rassemblés pour . Moi. Si tÿes jeunes veulent lutter pour leurs bourses. Ils nous ont fait traverser cour. Il ne peut jouer au généreux et me tenir au collet. les bourses du premier trimestre n’étaient toujours pas payées. faire une grève. le troisième trimestre était déjà bien engagé. Mais on le savait malade de la tête. Peut-être sont-ils à la recherche d’une méthode pour agir contre tout ce qui cloche dans l’école? Dès qu’il y a une action â mener. je me suis dit : je n’irai plus. enfants vivaient dans la malpropreté. Après. m’obliger à venir pleurer pour obtenir mon dû.. Plus nous avancions.

beaucoup de parents ne veulent se mêler de rien. Les paroles valables doivent sonner en français. pêcheurs sont devenus enseignants. J Les gens osent. Enseignants. le créole dérange. * du bourg mène l’action. Seuls quelques parents vinrent à Pointe-à-Pitre au rendez-vous. parents tout seuls ne peuvent rien. mais de lui donner une indemnité ou de lui trouver une place dans un bureau. Syndicat ratta< mouvement indépendantiste. 180 . on parla de son cas. Le vice-rectorat ne s’inquiétait de rien. A une réunion. si nous voulons gagner. Des fils. parents. j . critiquer ouvertement les institué teurs. Hélas. sans élèves près de lui. ils ne sont pas deven «monsieur» ou «m adam e» pour autant. Ils font la classe. De plus. élèves unis font une force pour faire. Il ne s’agissait pas de jeter ce maître à la rue. Même . pression sur le vice-rectorat. Je me suis désintéressée de l’affaire et ne sais comment elle s’est terminée. si tu as dit des choses intéressantes. si tu t’es expliquée en créoled tu trouveras toujours quelqu’un pour rouspéter et d’autres pool trouver que ça ne compte pas. Ce ne sont plus les seigneurs tout-puissants d’autrefois. je n’aime pas du tout leur genre. Des enseignants. s’exprimer en créole! Pour qui nous prennent-* ils? Des animaux? Moi-même. Tous les gens présents signèrent une demande. il nous faut rester ensemble. Ils ressorti­ rent les mains vides : pas moyen de ceci. Nous devions tous aller porter le papier au vice-recteur. On les a coi * Syndicat général de l’éducation en Guadeloupe. Surtout si la section du syndicat S. mais pour ceux de leur village. Bien que le problème ne concerne pas mes enfants. Une chose est sûre. Enseignants tout seuls. j’étais là pour faire force. et qu’ils ne poussent plus surêj les mêmes arbres. et ne sont pas même d’accord quand les autres s’agitent.G. écoutez-les. Il regroupe tous les personnels de l’Éduca nationale. Trois parents furent reçus. il lui arrivait de partir trois mois de suite en congé et terrorisait collègues et élèves à chacune de ses réapparitions. IN faut dire qu’ils sont plus nombreux.Regardez-les. ils se sent quelqu’un.G.E. pas moyen de cela.peur. des filles d’ouvriers agricoles. je ne m’adresse pas en créole àj mes cabris! /f Dans ces réunions de parents d’élèves. maintenant.

ça ne prend plus..Va faire ta toilette. Ils restent « pitit à Man Bayadin» ou à «M an Grégwa». qu’est-ce qui le rend ainsi? Est-il à aise dans son corps? Les parents d’autrefois ne s’occupaient e du malaise des enfants. Maintenant. Elle n’a jamais le temps de parler à personne.Bouche close et au boulot. il vient lui-même vous demander de lui faire sa toilette. me répond-on à la maison. i se pose des questions sur les enfants : que se passe-t-il dans n cœur? S’il est fainéant. même de dire bonjour. grandir dans le droit chemin. Aristocrate.Regarde la fille de Man Unetelle. elle a sorti les assiettes. Plus tard. Si. les parents ne discutaient pas. quand il a l’âge d’aller à l’école. 11 aurait fait beau voir que je réplique à ma mère «je ne suis pas la fille d’à côté» quand elle me donnait un tel exemple. Voilà un enfant que la mère ne sera pas obligée de serrer dans un étau. gare à lui: . Ce genre de discours. S’il prend un bon départ. ceux-ci n’étaient pas souvent malades. à savoir se tenir. on les a vu grandir dans la misère. elle est institutrice maintenant. va! Toutes les mères sont fières de voir leurs enfants propres. A condition.Je ne suis pas la fille d’à côté. on décèle la bonne graine. . Il dit bonjour dans la rue. de suivre les dations de ta mère. 'ailleurs. se montre dédaigneux. par malheur. le nouveau promu fait des manières. Dès les premières années. je suis Émilienne. réussir. passer un balai dans la maison ou étendre le linge avant de partir en classe! Ils n’étaient pas moins feignants qu’au- “ urd’hui. Combien d’enfants se faisaient houspiller parce qu’ils ne se levaient pas assez tôt pour laver la vaisselle. se conduire bien. bien sûr. de ne pas . seulement. prends ton livre. elle lave la vaisselle et se dépêche avant d’aller %l’école. qu’il lui fallait courir au fond du jardin pour aller aux cabinets. elle ne nous connaît plus. Tire-au-flanc Iquefois. c’est l’heure de l’école. . d’éviter les imprudences. Il commence à apprendre à lire.. il commence à s’intéresser à son corps. elle est déjà levée. malades non. maman. Elle ne se souvient pas d’où elle est sortie. prépare-toi. de lui dicter sa conduite : . .enfants.Regardez la petite Myriam. il a l’école en tête.

Joseph. des sapotilles quand tu as chaud. de ne pas t’appuyer sur un mur froid quand tu sues. de thé-pays pour le foie.. pas de gant de toilette. les mœurs évoluent. jouer. je prépare un thé (infusion) à to­ maison. je dors bien après? '-I Les gens changent. tu étais éduqué dans ce sens. tu savais qu’il ne fallait pas bêtiser avec ton corps. Eh bien.manger des quénettes. Dès ton plus jeune âge.. ce grand 3 1 tonneau en bois qui nous servait de baignoire. 1 En numéro un. revenir en sueur et aller dormir sans 3n laver. j ’ai dû engager une bataille avec Ti-Jo poül l’amener à tenir son corps propre.Prends des feuilles de rose-cayenne. Ma petite-fille. Ma mère m’expliquait : :îB | . Cette « médecine-feuille » nous réussissait. écrasaientJwH feuilles dans un grand « koui » (demi-calebasse). courir. passe-les sous tes b r j j presse-les bien dans tes mains pour sortir tout le jus. Dans cette cité où j’habite. la propreté protège l’enfant des* maladies. s’occuper del son corps reste très important. Ceux qui n’avaient pas de baquet. pasflj douche. de chiendent pour te rafraîchir avant une purge. et ressort les pieds secs. On entretenait la santé avec des plantes : thé de sémèncontra. alors que tu viens de courir. Même pour un garçon. le1 faisait remarquer à sa mère : • . d’après moi. et frotte|9 chochotte. de corrossol pour bien dormir. du plus riche au plus malheureux.Pourquoi tu ne fais pas de thé le soir comme chez mémé . astiquées avec des femttH d’agoman. mais ne pas se laver a8i moins les pieds avant d’aller se coucher! Cochon! Sur les deux habitations où j ’ai vécu avant d’arriver ici. et voilà la toux arrêtée. La grippe? La fièvre? Un bon thé de paroka et de fleurs de sonnettes. Une peau propre ne laissera pas passer n’importe] quelle infection. venue de Paris en vacances chez moi. Debout suriuM 182 . Je n’en ai pas perdu l’habitude: tous les soirs. etc. Il n’a pas fait sa toilette?? Comment peut-il avoir tant de défauts? Les garçons ne lavent pajÉ tout le temps leur « kôk » ou leur derrière. aucune de ces facilités p o u r® tenir propre. chaque maison a m douche. Ti-Jo pénètre dans la douche. ouvfij le robinet. Les dents devenaient blanches. de pourpier contre les vers. mais pour tous lesq Guadeloupéens. de citronnelle pour la digestion. Un enfant ne peut aller M l’école. éviter surtout d’attraper des blesses40.

^débouche à rintérieur de notre ventre. dans chaque Et le matin. oreilles.roche ou un morceau de planche. . J’ai demandé à la fille : îrquoi ne mets-tu pas ta culotte pour dormir? man m’a dit qu’il ne fallait pas. Ses enfants. avant d’aller au lit. Est-ce parce que notre sexe à nous. les enfants qui allaient chercher de l’eau à la source remontaient tout baignés d’avoir joué avec l’eau. puis on se faisait couler l’eau sur le corps. c’est la sœur aînée qui. on s’aspergeait les jambes et les pieds. depuis quelques j’ai adopté la coutume. je ne mettais pas de culotte la nuit et. ne veulent plus se laisser contrôler par la ■maman. et aussi tous les trous du corps. Toutes les mères soignent la toilette de leurs enfants. Mon fils qui vit en France a une Blanche. les petites filles ne donnent pas sans culotte. les mains. Le matin. nez. venus en vacances. de vérifier si tous les trous sont propres. laver sa culotte. Le soir. lave les visages. la maman. grand-mère et Tati ont dit de dormir avec une 183 . avant d’aller à l’école. puisant avec un pot à lait condensé de l’eau dans le fut placé devant la porte. A trois ans. dormaient moi dans mon lit. Certains petits garçons. A toi la maman d’entreprendre le grand nettoyage du soir. garçons comme filles. c’est débarbouiller. on se frottait. sort les haillons pleins de pipi du lit des bébés. De toute façon. chochotte. femmes. Pour chasser les mauvaises sueurs. La grande baignade. sa première parole à sa mère fut : man. Us en profitent pour ne plus se laver du tout. la peau doit être toujours propre. alors que les garçons n’ont *pas de problèmes s’ils ne le lavent pas? ^ Quand mes petits-enfants viennent chez moi. ' Jene vois pas pourquoi on exige plus des filles que des garçons ■pour la toilette. derrière. Je me demande si les enfants de donnent avec une culotte. un enfant devait déjà savoir faire sa petite toilette. fait la toilette des petits. changer la petite portée pour dormir. tour en France. je suis de très ^Jfrès leur toilette. a répondu Viviane. la maladie. au réveil. peigner. on la prenait à la rivière. Si la mère part trop tôt au travail. « Est-ce que tu t’es lavé "les nieds? » est une parole qu’on entend chaque soir. quand ils se sentent devenir grands.

ne t’approche pas. Nous devons chercher à comprendre abandonner le doigt. «petite princesse». " % violences. une fête de gens d’un même métier. un père répétait tout le temps à son fils : « Ne t’approche pas Je ne sais pas d’où vient cette habitude ni comment je fus prise des femmes. la société. me recommandait ma mère. Je suis arrivée à lui gendarmes. Mais il va aller à l’école. celle-là. ce mot-là est avaient de grandes robes. il faut retenir ton bras et ba Regardez-moi ça. s’en occuper. iP#* oomme le Mal. il ne !sociétés. C est depuis la «dissidence».. Nous allions à la rivière ensemble. mais sont 184 185 . ce père ne me sens pas nue. Elles [parents.. d’autres encore qui font les deux à la fois. avec la langue. les femmes ont des problèmes qui l’avait empêché d’aimer. sa main triturant i üe. Il faut voir le spectacle le soir dans son lit! Ui ' époque où des Guadeloupéens sont partis aider le général de langue longue comme ça hors de la bouche. * Gâteux. ne leur parle pas. Je suis à mon aise. ils ont bien envie de courir les mornes. C’est dont il ne puisse plus se passer. mais je le regrette. sans pourtant les frapper. dès qu’il abordait une femme. leur sexe la n u it Comme si ça changeait quelque chose! Avec ou un baptême. dans la tête des enfants. il ne faut pas que ça . le découvrir. c’était zéro. c’est la faute des Nos mères. c’est un plaisir La société. le laisser tèbè “ jce». Je vois des mères société rencontrer du monde. ils se font traiter de « petit bébé. Soi-disant 1e port de la culotte empêche les enfants de toucher # Pour nous. Alors. avec l’évolution. les coups peuvent le rendre handicapé. faire n’importe quoi! suce son doigt. on chante partout que si ça ne tourne pas rond nocturnes. Société. » Devenu dedans. On ne peut pas taper changement d’air » à Carangaise.Tiens-toi bien en société. télé. s’ils font des bêtises. Et pourtant. demeuré. J’ai fait ce que j’ai pu avec les miens pour qu’ils ne gardent ^Aujourd’hui. son école. la plus grande. tué pour l’avoir mis dans quand elles dorment en culotte. ne portaient pas de culotte du tout. pour moi. une société. mais je ne peux plus m’en passer. mais pas question d’abandonner ma culotte. c’est un Tentends dire que nous avons de nouveaux problèmes dans la oreiller. son kiki serré dans l’autre main. c’était une assemblée pour un mariage. Plus tard. c’est de sa faute? Elle gouverne ta tête. tu ne elles ont dû adopter la culotte. filles et garçons. et je me souviens avoir vu ma mère dans toutes les bouches. qu’on entend parler de cette société-là. Ti-Jo tétait sa langue et son doigt. ses conseillers généraux. Va savoir quand? Pourquoi? peux pas aller avec cette robe en société. c’est la faute de la société. ils ne savent pas. en ces habitudes. mais ne veut plus dire la même chose relever un pan de sa robe. Tout ce qui dit: «N e touche pas ta petite chatte. ils ne veulent même pas aller charrier un bouche deux fois avant de sortir tes paroles. s’amuser. d’autres qui tètent leur ^Maintenant des livres pornos en Guadeloupe qu’il faut se mettre doigt. La plus importante. . comme maintenant livres pornos l’avaient poussé à voler! Ce n’est parce qu’on vend Il y a des enfants qui touchent leur kiki. ïe. Il continue de plus iment elle marche. Il n’y a pas de mal à ça. une serviette dont ils se caressent le nez avec un coin. Je ne suis pas pour les combats Aujourd’hui. il l’a tué. ils ne peuvent pas s’endormir. ’le qui organise tout avec ses mairies. te tient la main ensemble. Avec les tout-petits. a bon dos. la vie. fait. On allait en sans culotte. Un mauvais coup. C’est un combat avec le mon­ un enfer. société. je grand. Dans un film d’eau. elles. sieur qui veut la déchirer. chiffon. A présent. ce sont les hommes. surtout à l’égard des enfants. c’est celle qui veut pourra continuer. Ma belle-fille doit être bien embarrassée avec elle maintenant.» Nous étions élevés arrive. Jamais ma mère ne m’a C’est la société. une sale affaire? faut l’aimer. l’envelopper autour d’elle. quand tu agis? Un garçon condamné pour vol expliquait que les sans penser à ces histoires de sexe. et s’accrou­ qu’avant. la société a rendu les gens comme ça. ils font ce qu’ils ont envie de faire. quand j ’emmène les miens dans ma famille. les mornes leur font peur! ^ Mais ils n’ont pas l’habitude. donner pour ça des coups à leurs enfants! Son propre corps. pir pour pisser derrière la cuisine. Pour d’autres.devienne une habi*"J*s faire entrer dans un costume qu’elle a taillé pour elle. Atroci- Retirez-le-leur. Un gosse qui * voler. des problèmes que les anciens ne connaissaient pas. Car il a besoin d’un chiffon. Il existe toutes sortes pour lui. ont toujours existé.

Une de mes voisines est comme ça avec ses enfants. j pourtant. Je ne peux pas voir ça. un enfant! Ce n’est pas parce qu’ils doivent aider leurs parents. on n » peut l’employer à l’intérieur d’une famille. Certains enfaïïM ne voient jamais tout seuls ce qu’il y a à faire. . ils font une tête long™ comme ça. j Je ne suis pas tout à fait d’accord avec ce mot « exploiter». prenne® parfois exemple sur leurs petits camarades. plus ils sèl durciront et plus leur cœur sera dur envers toi. D’autres encore peuvent travailler qu’en bande. elle doit travail. qu’il faut en I abuser. pas les parents. comme notre mot créole « profitasyon». Je lui ai dit : j .i 1er. Jfl L’autorité d’une mère est normale.Laisse-les respirer. monteront et descendrai toute la sainte et bonne journée pour elle. aller voir ses . Cej sont les capitalistes qui exploitent. D’après moi.incapables de rapporter de l’eau. apprendre à travailler. 1 Marc me faisait aussi remarquer : 1 . il faut le retenir avec du travail. copains. vous vous y prenez m al» Peut-être. les temps ont changé. D’autres accomplissent leurs tâches naturellement. Certains.Elle exploite ses enfants. Même s’il veut diifl «tirer profit». mais elle tfëj l’exploite pas pour autant. U n» mère vous dira toujours qu’un enfant doit apprendre à faire le|l choses. c’est de votre faute. des enfants. . se donner tant de mal! Ça se fatigue aussi. Rentrés chez euÿjW leur mère leur demande un service. mais « exploiter ». tient la corde serrée. Par-dessus le marché. quand un enfant ne veut rien fairëffW 186 . vous serez critiquée: vjÉH Pavez mal élevé. travailler sans cesse. mes enfants ne peineront jamais autant que j ’ai peiné. ils doivent! travailler. On entend par-ci . rendre des services à la maison. e lfl combat cette mentalité. Tout dépend de la mentalité ' de la famille. il faut tout leufl dire. plus tu seras dure avec eux. On entend par-là : . on les fait toujours trimer. iront faire ses commissions. non. un mot à la mode. S’il est fainéant.Celui-là aime trop traîner dans les rues. Je dirai : « ce n’est p É une manière d’agir avec un enfant ».Cette enfant est une grande femme. Et puis. C’est un trop* grand mot pour moi. D’autres feront la vaisselle p o u la voisine. Entre la mère et l’enfant. j . ÎM y a autre chose que « l’exploitation capitaliste ».

C’est comme s’il M û t tout seul quand il est en famille. et ils sont jeunes. pas même Isecoués. ce sont des garçons. Pour l’enfant. le couvre-lit bien tiré. Alors.. tout marche bien avec le premier. Quand je puis lasse de voir sa chambre sens dessus dessous. Je me bats avec eux depuis mon installation dans cette cité. P^Quant à la chambre de mon autre fils. Il se lève et lave la vaisselle. Il sait mais ne fait pas pour autant. giour m’aider à la maison. j ’ai soif. J’ai une rotevision . va me chercher un verre d’eau. avant de partir chaque matin. Arrive le temps du cadet. Et défense d’y toucher! B pbs enfants sont toujours dehors.Et encore toi. jamais envie d’aider sa famille. on ne Beut y poser ni pied ni patte. Ce n’est pas du tout le genre à s’asseoir sur une chaise et à p ire marcher tout son monde à la baguette : F . Ah oui! avec José. je parle pour rien! . F*Mon petit José ne veut comprendre aucune langue. des journaux partout Bfoarpillcs. ne les « exploite » jpas. c’est la même chose : avant d’aller à l’école. PSoulevez un coin. si vous voyiez l’état de la chambre de mes garçons : comme après un cyclone. va me Ramasser des mangues. je ne sais où.. des O. pas de problème. quel calvaire! Je ne suis pas seule dans mon cas. Même son Mit : de loin. messieurs-dames. j’ai une crise d’oppression (asthme). j ’ai envie d’en manger. Je préfère fermer la porte pour ne pas voir le désordre. Zéro. avec ses frères et sœurs. il ne rechigne pas à la tâche. les draps sont tout froissés.Ce n’est pas de la blague. il sait qu’il doit laver la vaisselle. c’est la croix et la bannière. il refuse de prendre la relève. et je le fais. je mets un peu id’prdre. Quand on en a un comme ça. et des Girl * partout. Des livres. En sortant de là. il a déjà le refus en lui. le grand monsieur. En général. Tout est pourtant bien organisé: moi-même. Toi. C’est une question de mentalité. Hier. le petit dernier. en sortant d’une réunion. on pourrait croire qu’il est fait. je me plaignais : ’ .K. Léonora. 18 7 . Si tu voyais la chambre de mes trois grandes filles! Le lit jamais Hait. tu penses! F Cette femme n’est pas dure avec ses enfants. du linge sale par terre. José ne la regarde jamais avec nous. je sais ce que j ’ai à faire.Toi. il FMagazines pour adolescents très vendus en Guadeloupe.

et rien d’autre. Viviane me disait : . . mon mari. A un certain âge. vraiment solide. Ah non! Peut-être. Quand ma télé était ea panne. J’ai été élevée dans la clarté et la vérité. Tous les soirs. quand j’ai vraiment besoin de lui pour une autre ch çw à moi. il est le seul à | l montrer si rebelle. Rémi est son camarade d’école. mais j ’ai plutôt honte de mes plats et de mes can ^H Pour laver.Maman. Mais c’est son ton. mais ne ™ jamais plus loin. c’est le tourJB Ti-Jo. je vais repasser du linge chez ma fille Lucie. Il j | H bien qu’il fasse quelque chose à la maison.est vrai beaucoup plus âgés que lui. Celui-ci a ses jours de vaisselle. SiJ9 rentre avant José. Moi. Il préfère rejoindre ses amis et regarder la télé avec d’autres enfants. de tous mes enfants. Si je veux lui confier un autre petit travail S . c’est mon travail. je faisjH vaisselle. Je ne suis pas comme ça. Joseph. Je n’aurah jamais accepté que ma fille fasse ça à son âge. Ce n’est pas bien. il 3 fait que hocher la tête en ayant l’air de dire « cause toujours j comme si j ’avais déjà trop parlé. C’est une heure tardive pour un jeune garçon. n’aurais-je pas pu l’en empêcher. il s’en va. la vaisselle! Il est solide ce gamin. alors il a son to u ïH vaisselle. Je ne vais pas deveniij soupçonneuse avec ma fille! Avec José. mais je la laissais aller. on pose des interdictions. l’interdisait. elle est plus propre.M Pour les tâches du ménage. c’est voSm qui me l’avez donné. Le mardi. et j’ai dû lui donner une limite pour rentrer. Je supporte très difficilement J me dis et je lui dis que. je préfère ça. J’essaie de lui parler. Il est si dur avec moi. je vais chez Man Bigaro. 2 Donc. mais on ne peut empêcher une fille de dix-neuf ans d’aller regarder la télé à deux maisons de là. J Ê Quand l’emploi du temps de Viviane a changé. Il me dit simplement : j . ce serait penser à mal. Il la fait. Il se raidit et ne veut rien écouter.C’est la vaisselle que j ’ai à faire. Marc les a réparties entre V ivian et José. il a fallu enççjfl discuter pour fixer les jours de chacun. en fait. je ne m’occupe pas du règlement. c’est différent. ça ne devrait pas me poser | j | problème.Je vais chez Rémi. tout le temp|l On dirait qu’il est en lutte continuelle. A vrai dire. il lave mais ne comptez pas sur lui pour récuj^H 188 . C’est dur tout de même d’avoir une télé chez soi et de devoir attendre son fils jusqu’à 11 heures du soir car il est parti regarder son film chez les autres.

ne respecte pas les conditions. Celui-ci. quelquefois. mais quand vous avez fait cuire des haricots rouges.. Et le cul de mes canaris. elle doit négocier un arrangement avec José. il faut frotter. souvent. Zip! un petit coup de Jex.. et la vaisselle retombe sur moi. ça attache. Que de problèmes dans une maison! Il faut savoir faire glisser sa barque sur les eaux de la vie.astiquer. on devrait s’y mirer! Viviane. a un empêchement. .

après avoir diminué. Parfois. quand il m’épousa après notre sixième enfant. Celui qui prétend le contraire est parfait. comme chez moi. le mariage! Un baril de tessons de bouteilles dans lequel la femme est piégée et se blesse à tous 1# coups. femme. faire la cuisine. Ton amour change selon ce' que tu trouves devant toi. Ça n’a rien à voir avec l’amour. il est le Bon Dieu. et qu’il n’y a plus rien entre vous. tu subis. accepter de te laisser monter quand l’envie lui en prend. S’aimer. Pour qu’il puisse renaître. l’homme. Chapitre X Mayé? On ralé mizè. Lorsqu’il vit avec toi. Tu as des enfants. il se dévoile. s’accepter l’un l’autre naturellement. on bari boutèy krazé Le mariage? Une remorque de misères. ni quand. m’a tellement dégoûtée. Aussi. Un jour. avec monsieur. parler. parfois. il te poursuis pour te séduire que tu peux découvrir qui il est. Au bout de quelques années de vie en ménage avec Joseph. 1 Quel sac d’embrouilles. es là pour t’occuper d’eux. l’amour peut renaître. Qui peut me montrer o est écrit qu’un homme peut avoir plusieurs femmes? La loi . finit tragiquement. à qui tu as affaire. tu supportes tout. toi. . n’était plus le même homme. qu’il n’y a plus entre nous de repris? d’amour possible. alors. Tu es là. un bal masqué qui. 1 un baril plein de tessons de bouteilles Ce n’est pas quand un homme vient te visiter chez papa-' maman pour faire sa cour. le dégoût ne doit pas avoir pris sa place. il. Personne ne me fera croire que l’amour ne rétrécit pas. discuter peur dès qu’un problème se présente. je n’étais pas tellement enthousiaste. et rien m s’améliore. ça tournait au vinaigre. tu sens que tu vis dans une maison. déjà femme. «Sa té ka siri». nettoyer la maison. Mon mari m’en a tant fait voir. c’est désirer.

quand tes ■ p i s sont là. j ’aime raconter.il y a des choses qu’il faut garder pour soi. je ne veux ■ p us que tu me félicites devant les gens pour. Ce n’est pas une affaire de race. Blanc . foutre des coups à sa femme blanche. plutôt une façon de vivre. c’est l’égalité. Nègres. Les Nègres. Les gens ne réfléchissent pas et disent n’importe quoi. Nègres. En Guadeloupe. j ’ouvrais gueule toute grande. dès le lendemain matin. ou noir. plus il te persécute. I Cest vrai. Si on regarde bien. ma femme par-là. Certains racontent que chez les Blancs ça ne se passe pas comme dans les ménages de Nègres. Non. c’est ma femme par-ci. De toute façon. ne sont pas les plus mauvais. Certains ont une façon de vivre libre. Pas même un comportement. en donne une seule. quand il y gavait des histoires à la maison. Rqu’est-ce que tu me donnes en retour? Tu me fais du tort. Ah! quand on est en société. Je suis 191 . d’autres se ! rongent en dedans. Tout cela sème le trouble dans les foyers. ta famille. jon peut toujours les sortir après -. et chaque homme a un ■comportement à lui. elles vous disent le lendemain en montrant leurs r bosses : «Je suis tombée. Au contraire. un homme devrait respecter la femme qui tient son foyer. r Un jour. si lorsqu’il m’offre une armoire. M Je ne supporte pas les hypocrites. Je connais des femmes qu’on assassine à la maison. un monsieur blanc . je lui ai fait la remarque : r£ “ ® je te faisais des méchancetés. je ne ferais pas une chose pareille ! Je ne mets pas tout sur la place du marché . plus il a de femmes dehors. J’ai vu. ' Battues le soir. un seul homme ne se gêne pas pour avoir jusqu’à cinq femmes! Ça les arrange. je la gmontre à tous. un homme est un homme. Elles supportent tout et ne vont rien raconter à personne... marié ou en ménage. tu ■cherches à m’humilier. comme il y a plus de femmes que d’hommes. en général. j ’aurais pu dire. dès leur départ. Mais je suis là à t’aimer. toutes les catégories d’hommes se disputent et se bagarrent. les Nègres Sont ça? Toujours Nègres. et toi. pourquoi toujours affirmer que les Blancs sont ci. à Prise-d’Eau. ■ tiéun homme n’a de meilleure femme que toi. Ce sont des bêtises. chacun rend fâ l’autre ses misères. me ■JÉyorer. » Pourquoi toutes ces cachotteries? : Moi. mais. Alors. Je dis ce que je dis. Pourquoi irais-je cacher les abomi­ nations de mon mari.

une femme libre. on trouve une femme que le mari ai dehors. Jj Avant de réagir. Ils te mangent ta volonté. Bien sûr. sé voyé yo voyé ou . C’est une question d’honneur pour moi. Joseph était sur I Fernande. tu as du mal à faire marcher le ménage. ne peut s’ouvrir à personne de sa honte. . Quand. wM Certaines femmes rendent coup pour coup: tu prends J 192 . l’argent que le monsieur rapporte à la maisonî est maigre. par malheur. tu deviens comme un bébé devant eux.. Pourtant..Ah! ma pauvre. Dans nos disputes. Là. tu souffres. Une - femme devrait tout supporter. j . tu dois être sûre. et personne ne m’empê­ chera d’être libre.. tu as intérêt® tenir ta bouche fermée. on ne vowqj| ban mwen. elle ne sait pas se maîtriser. ton mari sortait de chez la Suzelle. plus de toi. sa peine est encore plus forte.- à la source des embrouilles. ne pas déclencher le scandai® dès qu’une « amie » vient t’avertir que ton mari a une maîtresdj Déjà. on t'a renvoyé moi. ta fierté. Si celui-ci prend une autre j femme. la « dévoration » des hommes. le bâton se m e® parler français et les tôles à chanter. qu’il faut affronter : * . Et pall moyen de causer. ils ne s’embêtaient pas..J’ai vu ton mari hier soir avec Armandia. Le ver est! dans la prune-mombin et va agrandir son trou. dans les fonds. je résistais. quand j’allais travailler..Près du manguier. Cette petite phrase. et il ne faut pas tout leur mettre sur le dos et rien sur’ le nôtre à nous. ou de chez une femme. les femmes. JŒ l’accueilles avec ces mots que disent toutes les épouses : 11 . à ne pas chercher d’histoires. avant le lever du soleil. 1 Tu as de l’amour pour ton mari. Alors.. ce matin. tous les hommes n’introduisent pas du désordre dans? leur ménage. tout accepter sans se battre? C’est j ça. Toute femme aime son mari.La ou sôti la. iis sont! contents. elle ne peut pas être d’accord. ils sont les maîtres. chérissant sa liberté.L à d'où tu viens. ton cœur te fait mal. les hommes ne peuvent la supportera® « d ’où tu viens» suffit à déchaîner l’orage. Joseph devenait enragé. de dominos. qu’il revienne! d’une partie de dés. plus souvent que rarement. quand tu n’en peux plus. Toutes ces paroles qui montent et descendent.

Fouyapen. en découvrant que leur femme leur fait porter ce que les bœufs portent. M. mon pmari parle de moi avec respect : | ~ Je suis certain que ma femme n’a pas eu d’autre homme. ayant B p enfant avec un autre homme que leur mari. B . Iqu’aucun autre ne l’a chevauchée après moi. à enlever leur nom à la femme. se débrouillent pour sortir de ce « manjé- kochon ». ligotée. je prends un homme. Dans ce genre de vie. Ht plus elles ont d’hommes au-dehors. femme. Dans un village. je peux chercher un compagnon. Cet Hpuieur du nom pousse les hommes mariés à divorcer à la ■oindre anicroche. vont le déclarer ■ p s leur nom de jeune fille. « mofouazé » (métamorpho­ s e ) en lui-même. ce n’est pas lui que tu Mçshonores.Mon nom traîne les rues et les chemins de terre. qu’on se sépare. non. plus elles cajolent celui du dedans : caresses. Même s’il vit ailleurs. suis ici. qui p a dormir dehors. Une de mes nièces par alliance ne tituée. Une fois séparés. petits plats. D’autres traitent la femme de salope. Je ne suis pas du tout d’accord avec ces femmes. Et le respect dû à mes enfants! Même si j’arrivais à me cacher d’eux. On rencontre toutes sortes d’hommes. il croit t’avoir achetée. il n’admettra jamais que sa femme fasse comme lui. Que p K -o n dire de la famille Fouyapen? B p f n’en finissent pas de dévider toute leur génération. séparé depuis longtemps. Moi. les langues marchent vite et les oreilles ■sont toujours déployées en trompette. de bôbô * sans pour cela la haïr. ■Personnellement. un homme peut avoir cinquante femmes. C’est lui qui brise le ménage. Encore aujourd’hui. surtout pour Bpaucun enfant mâle ne puisse le porter. et supportent la situation. ils l’apprendraient un jour. Mais arrive un moment où le mari ouvre les yeux. Tu n’es plus toi. 193 . Si l’homme a une maîtresse qu’il ne veut pas quitter. déshonoré. pendant qu’il ' mène cette vie sale. voler celles pies autres. si le cœur m’en dit. c’est son nom. Certains. et qui se vexe si sa femme prend un autre pomme. je suis d’accord avec les femmes qui. et tout et tout. Il f se sentirait dégradé. il ne m u t supporter d’entendre : « La femme de X vit avec Y. Mais. F Et voilà. » En ■ppousant. Ylan-Ylan. M"* Fouya- Kipn est avec M. En fait. faire comme lui. je serais gênée.

je ne peux . j Moi. Ils se sont séparés. on lui en demanda la raison : j . mais j ’aime mon corps. je suis mariée. Ces femmes-là vendent leur viande parce que leurs mm Ë ne peuvent pas leur donner tout ce qu’elles désirent. J’ai toujours dit à Joseph : J ..si je suis mariée avec quelqu’un. à j elle. j ’ai du respect pour m sj enfants. ce n’est pas son mari qui ne peut pas.J’ai du respect pour moi-même. Je ne suis paSS moins femme qu’une autre. Vrai? Pas vrai? Je ne peux rien dire. il pourrait même trop.* respecter pour elle-même. Pour dire vrai. un bougre lui courait a p f |» lui promettait monts et merveilles. A-t-elle le sang trop chaud? Désire-t-elle celui-ci et pas celui-là? Ces affaires sont bien compliquées et pleines de coins et de recoins. 11 faut être fort dans cette société pour ne pas mdW devant l’envie. m En revanche il y a des femmes qui affirment : 3 . Elle a eu des malheurs e t » 194 . J » Une de mes amies est venue me raconter une triste h t s l » arrivée à sa fille. Elle lui donna son nom. Ce n’est pas par rapport à toi que je ne vais pas courir J’aurais pu faire n’importe quoi de mon corps. Ne j » vendre son corps pour se procurer de belles choses. des meubles. voilà une bien chaude' lapine. Depuis longtemps. Une seule chose^ on constate: cette femme est chaude.J’ai peur du monsieur. J | Je ne sais pas trop. Je ne suis pas passée par là. Quelles tentations quand tu vas à P o in te-à-P jj que tu vois tant de choses dont tu as besoin. Elle n’était pas encore divorcée qu’elle eut un enfant. Un iéfrigérijÉjH neuf pour remplacer ton vieux qui tombe tout le temps en p à | » par exemple..s’entendait plus avec son mari. répondit-elle. par exemple. c’est pourquoi je ne donne pas son nom à l’enfant. mais elle n’en veut pas et va courir ailleurs. vendre sa viande. A la mairie. de l’aigêm Comme on dit ici. Elles expliquent souvent ça en se plaignant des insuffisances de leur mari. Elle n’aimait pas cet h°*SjJB et ne voulait pas coucher avec lui. D’autant plus que les intéressées ne s’étendent pas trop sur leurs expériences. me permettre d’en parler à fond.. mais je sens qu’une femme doit s’a im e r.. Un véritable marché a f j corps. il y a aussi des femmes qui ne peuvent voir un homme sans lui sauter dessus. E lle s * vendent pour acheter des voitures. J ’en connais une. des vêteme n * des bêtises. c’est une question d’honneur.

les choses restent cachées. mais comment je me ^brouille pour gagner de l’argent en plus pour entretenir mes "îtresses. inachevées. comment allons-nous faire pour joindre les deux bouts? Je gagne tant.Mais avec d’autres femmes à l’extérieur. » Quelle ne fut pas sa surprise déçue quand. les relations entre le bougre et toi prennent l’eau comme une vieille barge au fond percé toujours prête à chavirer. Une nuit.. à un léwoz. mais tout le :-de voit qu’il dort chez toi. il peut sortir.. . jouer dominos.: *: Je t’apporte toute ma quinzaine. Si Joseph avait vécu en vraie vérité avec moi.Nous avons eu tous les deux du plaisir. surtout en ce qui concerne 1argent. je ne suis pas rentré hier soir. peut-être. aller au pour assister à un combat de coqs.. gfis dans une bordée. c est avoir un mari qui rentre normalement à la maison. On ne peut guère faire confiance aux hommes. tu ne le sauras jamais. Nous n’avons pas vu passer l’heure. et même si tu sais. L’important. en plus. t’explique : Léonora. C’est normal. puisque l’homme doit jouer à 'he-cache. il me donnera sûrement “ un bon petit de quoi” . tu ne peux rien dire. mettons tant de côté pour les coups durs. Quand. Léonora. au bal. organiser toute une maffia pour s’en sortir : . Elle céda pour sortir du trou. pourvu qu’il t’en parle. c’est la confiance : kontré. il aurait dit : . qu’est-ce qu’elle a pleuré! Et regretté d’avoir cédé comme ça. j ’étais à la Boucan : des amis. lui fit à nouveau des offres. Un homme a le droit de pauser. Vivre.. qui avait continué à la suivre en secret. Tu ne sais pas tout. ma belle. h est pas obligé de te faire l’amour tous les soirs. D lui dit : . nous nous mines trouvés pris. ça n’a pas d’importance. secrètes.Voilà. il peut même lier de rentrer. après l’avoir prise. Le samedi. pour une mortalité. manti fini Quand les yeux se rencontrent. Le monsieur. . finis les mensonges. le type ne lui donna pas un centime. tombée dans une vraie misère. en pensant : « Depuis le temps qu'il me poursuit. la vérité ne peut pas ister dans un foyer. tu ne peux pas intervenir. 195 . n’est-ce pas ça dont nous avions besoin? La malheureuse.

prête à le recevoir. rencontrés. pour moi. eux. vous vous asseyez pour réfléchir : comment faire face et réussir à envoyer tous les enfants à l’école? Si la femme est malade. même si l’homme cultive ailleurs une autre fleur. Il avait non seulement des femmes dehors. L’homme travaille. Tu lui as préparé son «bain de feuillages». ce sont des bains défatigants. ne sont heureux que lorsqu’ils ont réussfj 196 . mais des : amis qui surveillaient l’évolution de notre ménage et le pous-i saient à la détruire. Et il en fait de même pour la tienne. Certains traitent ces bains de feuilles de « bains de sorcières ». mes yeux et les yeux de Joseph ne se sont plus. mais Joseph était un mauvais malade. Je n’ai jamais mis dans les bains de Joseph du « viens à moi ». Quand le mari sort du travail. ne buvant pas ce qu’il savait lui faire du mal. le ménage marche. Et puis. de plaisir. te donne les alloca­ tions. Tant que la parole n’est pas morte entre un mari et sa femme. prenant sans rechigner les remèdes préparés par sa femme. Femme. c’est lui montrer qu’on l’aime. quelques gouttes d’alcali. et. il faut le remettre sur pied pour qu’il reparte. C’est le mari qui gagne le pain du ménage. cette vid d’amour et d’entente. Ceux dont le ménage e$É bancal. Dans ma famille. Une preuve d’amour aussi est de bien traiter sa famille quand elle vient le visiter. la rentrée scolaire approche. Voilà tout ce qui. tout le foyer est bouleversé. c’est un seul monter et descendre dans la maison. de contentement. plus nombreux quel ceux qui marchent droit. de « l’eau d’alliance » ou de la lotion « maîtresse des hommes ». « é ni on latilyé ». voilà un homme qu’on pouvait remettre debout. prend soin d’elle comme d’un bébé. un jour. Ils étaient jaloux. des feuilles de corrossol. Par exemple. Si c’est l’homme. tu as fais chauffer au soleil une bassine d’eau. Le mari de ma sœur Lélina. tu es là à l’attendre. . Pour moi. montre une vie de foyer et d’amour. de bois d’Inde qui sent si bon. l’homme court l’emmener chez le médecin. ils sont nombreux. Ils n’avaient jamais connu. quand un problème se présente. J’ai vécu ces années d’accord. t’apporte sa quinzaine. Depuis le matin. Les préparer pour son mari. les femmes ont toujours été présentes pour soigner leurs hommes. enfants sont aux abois. Tu peux ajouter du sel. Il savait conduire son corps lui-même. vous vous consultez et décidez ensemble. Tu as écrasé dedans des roses-cayenne.

Dormir dehors! Je ne sais comment font les autres femmes pour le supporter. Le bruit avait commencé à courir qu’elle couchait avec Joseph. il m’a menacée : . Ils commencent par dire au • mari : .. B Quand j ’étais tellement malade. il ne faisait qu’entrer et sortir de la maison. j ’irai à ta place. repasser. Mon père. Cette fille était mariée. Je n’y croyais pas. sans sa famille. ces «bons amis».. elle sait mener sa maison. c’était des coups de sabre dans l’eau. piqué au vif dans son orgueil. Nous avions un foyer. Joseph avait engagé une w femme pour être présente à mes côtés. On sent qui dirige.Ta femme est une maîtresse femme. mais. B j . gare à toi! A partir de ce moment. et tu es avec cette Hÿersonne! ■ F ’ .Ce soir nous sortons. et peut-être avait-il # passé cette nuit-là chez une femme. Joseph avait toujours eu des femmes dehors. s’occuper w d e tout dans la maison. Demande à ta femme la permission de nous accompagner. w Son mari vint à mourir. ça passait inaperçu. prendre soin du ménage. à briser. Plus grave encore. à défoncer celui des autres. Si tu as peur. je n’étais pas préparée à une telle situation. Il faisait bien une petite ^ échappée de temps en temps. Plus de discussion. qui tient le gui­ don. H f Cest tout ce qu’il a trouvé à me répondre. Il ne rentrait qu’au matin. = à un mariage. soi-disant • p o u r m’aider.Mes amis disent que tu me gouvernes. mais il ne découchait pas B vraiment. n’avait jamais fait à ma mère un tel affront : aller dormir.Tu as introduit quelqu’un dans notre maison. en semaine. plus de causerie. nous donnions ensemble. Sa maison devint libre et Joseph sauta y sur l’occasion pour aller dormir chez elle. et à ne rentrer que le lendemain matin. et son mari. laver. sous un autre toit. me disant qu’il allait à une veillée. moi. ■ r ' Depuis longtemps les langues marchaient dans le secteur : nous 197 . un homme pourtant dur et autoritaire. il s’est mis à sortir le soir. Je fus bien obligée d’ouvrir les yeux. elle ne viendra plus. Résultat. Ils essaient de le ridiculiser : .Si tu le veux. Ainsi ont-ils fait avec Joseph.

Je n’y prenais aucun plaisir. Je lui lançais bien quelques piques. demain. zafè a yo Entre Artémise et Joseph. De temps en temps. 1 J’essayais de l’amadouer. je mJ trouvais par terre.. :m Que sais-je encore. Tout mon- corps se révoltait. Je me répétais . de ne pas cherchll d’histoires. qui? a déjà fait tant d’enfants. On parle de fc maigres « comme des chattes à Konbôch ». j ’essayais de rester calme... Ils nous font bien déguster et puis s’en vont. H * Femme en rivalité sexuelle avec une autre. je perdis mon équilibre. je fus vraiment « dékalé ». Il me répugnait et. souvent saoul. » ] Puis Joseph me laissa seule la nuit. je suis fatiguée.. femmes. j ’étai| obligée d’y passer. Là. « Ces mauvais esprits. des paroles M « comprendre si tu veux » : m . Une malheureuse comme moi. Au train où Joseph me menait. Quand je m|| refusais ainsi. il voulait me faire l’amour. ils sonl jaloux. ces cancaniers voient que je m’entends bien avec Artémise. nous nous partagions Joseph. Artémiz é misyé Jozèf. parfois Joseph repartait tout saoul chez la fille.Ah là là! ces femmes «couteaux à deux lames» qui voiij cajolent d’une main et vous tuent de l’autre en prenant votnl mari. ça y va ka mâché rèd.1 à ces moments. 198 . J’étais peut-être la seule à n’avoir pas encore fourré ça dans ma tête. c’était comme un meurtre d’amour.. L’amour n’étail plus là entre nous.Joseph. quel calvaire! Il ne rentrait qu’au petit jour. donnant mille petites excuses : j .*® Avec elle. Être jeune et sentir mourir son corps. vivre une telle situation? Non et non. se fermait. on dirait qu’ils meurent plus tôt que les femmes.. pis.' nous. tout ce qui me maintenait encore debout dans mon malheur. en pleine forme. rèd. jetée du lit par un coup de pied. nous laissant là. et on chantait : . il me faut être debout avant que le jour séi lève.étions deux konbôch *. il ne me restait que la séparation ou la mort. raide. accepter un homme dans cet état. justement. raide. Que les hommes sont durs! Heureusement. A peine avais-je ouvert la bouche. que Joseph l'a fait sortit des champs de canne et la paye pour être à mon service.

pas du tout comme moi. plus je criais. C’est à Joseph que j’en voulais. Une de mes amies me conseillait : . ne lui dis rien. ne t’occupe pas de lui. Quand je suis énervée. 'rends-m oi m on m ari An ké pwan pannyé kobèy an Je prendrai m on panier-corbeille ‘-mwen lisya A dalisya ké dcsann Bémaho Je descendrai à Baie-M ahault isya Adalisya ké alé aka an gadèdzafe J 'ira i chez un gadèdzajè Adalisya ké alé aka man Rovélas J ’irai chez M a n Rovélas isya A dalisya ka di-ou. On me disait aussi : . tu m e le rendras grâce à deux sous de précipité. essaie de garder ton sang-froid. ne reconnaissait pas ses torts. -Adalisya ban mari an mwen .C’est un thé qu’Artémise lui a fait boire. Jamais elle ne m’a répondu ni fait quoi que ce soit pour m’attaquer. Plus il découchait. je suis capable de lancer de pleins paniers de très belles injures.. Je ne pouvais pas. et repartait le lendemain soir coucher chez sa bourelle.. Donne-lui son café. Elle se parfume sûrement avec la lotion « viens à moi ». ou ké ban mari an Je te le dis. n’essayait pas de se réconcilier avec moi. Pour rien.Mais non. j ’envoyais mes coups de langue. Léonora. Joseph est un homme très calme. ' Je ne crois pas à ces « yo yo di ». Je ne m’en privais pas.Adalisya. Quand il rentre. tiens son linge prêt. Je ne pouvais accueillir Joseph par des coups de bâton. Tu dois aller consulter si tu veux récupérer ton homme. J’ai le sang chaud.. même pour tenter de le reconquérir. II refusait de discuter. tu m e rendras mon iwen m ari isya A dalisya Rovélas gadé pou mwen M a n Rovélas a regardé mes affaires sya A dalisya sôti aka man Rovélas Je su is sortie de chez M a n Rovélas sya A dalisya 199 . je ne pouvais vraiment pas. ni à la chanson que chantait Anmann : Tu m ’as pris mon mari. me vexer.. plus je me fâchais.

J ’a i entendu « bim. . touiller un liquide. bim. Adalisya Adalisya Mari an ka pilé Adalisya M o n m ari pile Adalisya Adalisya Adalisya * Bâton lélé.Mwen pwan chimen Dèstélan J 'a i pris la route de Destréllan Adalisya Adalisya Mwen désann an vil Pouentapit Je suis descendue à Pointe-à- Pitre Adalisya Adalisya Mwen antre adan on kenkalri Je su is entrée dans une quincaille­ rie Adalisya Adalisya Mwen achté on kannari J ’ai acheté un canari . Adalisya Adalisya Mwen ka antann «bim. bim. j F» Mwen gannyé toua chandèl pou J 'a i acheté trois chandelles poür dé sou deux sous Adalisya Adalisya Mwen mété tousa an kannari la J ’ai tout m is dans le canari Adalisya Adalisya Mwen alé adan yon formasi Je suis allée dans une pharmacie Adalisya Adalisya An gannyé kat sou présipité J ’ai acheté quatre sous de préci­ pité Adalisya A dalisya Mwen gannyé kat sou menné. ou bois-lélé. Adalisya Adalisya Mwen alé adan on boutik grési Je suis allée dans une épicerie Adalisya Adalisya ---------------^ .. bim » bim! » . bout de bois du cacaoyer dont l'extrémité i trident est utilisée pour « lélé ». . J ’ai acheté quatre sous de «re­ vint viens-moi » Adalisya Adalisya An mété tousa an kannari la J 'a i tout m is dans le canari Adalisya Adalisya Mwen alé anba plas mâché Je suis allée sur la place du mar­ ché Adalisya Adalisya Mwen achté on bâton lélé J 'a i acheté un bâton lélé * Adalisya Adalisya Mwen désann akaz an mwen Je suis redescendue chez moi Adalisya Adalisya An pwan bâton lélé an mwen J ’a i pris m on bâton lélé A dalisya Adalisya ---------- Mwen mété mwen a lélé kannari J ’a i touillé dans le canari ht .

mais là. à manger ton oreiller la nuit. quatre jours à manger. partir. mais t’installer pour de bon dans son foyer. A un moment. même à midi! Toujours prête. Comment payer la location d’une case? Avec quoi 201 . le café n’est pas déjà là. seulement. à subir sa grogne quand. avant de quitter ta maison. j ’ai voulu boucler ma mallette. » Abandonnée. au matin. boire. dedans. J’entends «A moi! A l’assas- sen!» sin!» Adalisya Adalisya An ka di-ou. Ton homme se trouve pris en elle. Où aller? Chez une parente? Même si elle te reçoit bien. à leur manière. tout chaud. tu me rendras mon mwen mari Adalisya Adalisya Obou toua jou mari an mwen Au bout de trois jours. à l’attendre. tout ce qu’il fait.Tu n as pas de toit> pas de travail. à n’importe quelle heure. dormir. Toi. An ka tann «anmwé! Alasa. mon mari vmi est revenu Adalisya Adalisya Dès qu’un homme commence à négliger son foyer pour fréquenter assidûment une autre femme.ent. il y a des femmes qui savent accrocher un homme et se le garder. des années. pas gênante. Cette femme Ta bellement ligoté. l’amour s’en va et le dégoût prend sa place. « magoté » dans un gros concombre. Le sentiment de ces voleuses d’hommes-pour ton mari est bien différent du tien. non. te confier.Il ne pouira pas s’en délivrer. si elle fait tout pour que tu te sentes à l’aise. il te faut réfléchir profondé- . tu ' pourrais être disponible. on accuse la sorcelle­ rie: . tu peux te réfugier chez ta sœur. tu as tes enfants. n’en pouvant plus. Tu vas lui parler. malgré la fatigue. rester trois. Elles font l’amour avec lui comme jamais toi tu ne le feras. ou ké ban mari an Je te le dis. Il dort dehors. c’est de te prendre à la va-vite quand l’envie lui en vient. vient le jour où tu te dis : « Je dois partir. Alors. Le soir. Elle couche avec lui dans toutes sortes de positions. à la dérive. et toi tu es là. chercher un endroit où je puisse vivre. Bien sûr. tu es toujours occupée par les travaux de la maison. Alors au fil des jours. et une charretée d’enfants.

Maintenant. quand je jette un œil amer sur ma vie. je ne ferais pas une troisième tournée. le riz? Prendre un autre homme? Après avoir tant enduré. ce n’est vraiment pas cette idée que j’avais en tête. Si je m’en délivrais. Aujourd’hui. je découvre que j ’ai bien fait de ne pas céder à cette envie de partir. Car c’est lui qui m’a quittée. Déjà. J’avais quand même accepté Joseph. il n’y a plus de reprise possible. pas du tout du tout.acheter le pain. je sens qu’il voudrait bien faire la reprise. l’huile. après mon premier ménage. mais quand le dégoût a pris la place de l’amour. Ce que Joseph n’a pas su faire quand il m’a quittée. Il faut organiser son départ. . je ne voulais pas rentrer sous un autre homme.

avait réoiga- 203 . 8 mai 1733. et en fait il n’y a pas si longtemps. lors de la première messe. les Noirs se révoltent contre les Blancs et en cela vengent Dieu. le P. Chapitre XI Pawôl a Jézikri vin fe kô èvè vi an mwen L ’Êvangile entre dans ma vie Vous remontre le procureur en ladite île qu’il m ’est parvenu par la rumeur publique que Dimanche dernier. jésuite. n'inspirent à ces mêmes esclaves des sentiments de révolte et de sédition contre leurs maîtres. Chacun venait pour ses petites affaires : demander à Jésus dé Nazareth de lui délier les pieds attachés par le pouvoir d’un ennemi. en l’église de Saint-Louis de la ville de Basseterre. quand nous allions à la messe. Dans le temps. les choses ont changé. le prêtre parlait tout seul. il aurait prononcé ces paroles : « Que les hommes se révoltent contre Dieu. Mgr Oually. remercier pour une grâce obtenue. environ les dix heures du matin. ou même invoquer tel saint pour que malheur arrive au voisin. Depuis rarrivée du père Céleste. et que le temps n’est pas loin ». le premier évêque noir de la Guadeloupe. Qu’ayant fait rouler sa prédication sur l’invention de la Sainte Croix. aurait monté en chaire et prêché. paroisse des esclaves. Lettre du procureur de la Guadeloupe au juge de l’île. Qu’il est à craindre que ces discours. en se servant des passages les plus saints et les plus sacrés de la religion. Marée. prononcés dans la chaire de vérité par un religieux en qui les esclaves mettent toute leur confiance.

je ne peux pasl 204 . peut-être parce que là habitait une famille^ toujours très active à l’église.. et ça au moment de l’arrivée du i père Céleste. Il faut aimer Dieu. C’est tout \ de même une force pour nous. une grande commune. réveillez-vous. Il prêchait contre la rancune. Céleste était aumônier d’un mouvement de jeunes. le M. 1 D’autres secteurs étaient prévus pour toute la Guadeloupe. Paul a dit cela. mais il i est parti. et cette même' parole. nous la retrouvions dans sa bouche. on l’avait envoyé à Sainte-Rose. le père Céleste l’a tout de suite choisie pour y dire la i messe. Cadet. Baie-Mahault avait son prêtre. la vengeance.R. puis Baie-Mahault. Peut-être parce que. Donc.C’est un prophète qu’on nous a envoyé! Nous connaissions la parole des prophètes.i Montagne.. Les gens croyaient’ entendre Jésus-Christ. Sur le chemin. à cet endroit. le Lamentin aussi. Le père Céleste nous a rapidement étonnés : sa façon de dire la messe.nisé le pays en secteurs. Notre secteur s’est trouvé comprendre le : Lamentin. de prêcher . on manquait de prêtres. c’est un travail. Cette petite chapelle près de l’usine de Grosse.: et la seule chose que nous ayons obtenue de monseigneur. Et qu’est-ce qu’on nous critique! Du dedans. partent à la retraite. Un plan était organisé. j Sa prédication n’était pas une prédication en l’air comme celle] des prêtres qui vous rappellent : ] . Et bientôt ce sera pis: ils: vieillissent. : nous disions : j .ne ressemblait pas à ce que nous avions entendu.C Nous l’avions déjà vu dans des groupes au Lamentin et à Grosse-Montagne.Paul a dit ceci. il faut aimer Dieu. et il n’y a plus de jeunes pour1 faire ce métier. si c’est ta croyance. du I dehors. et chaque i secteur devait en faire un compte rendu. c’est un ordre. aussi. le centre. Seul notre secteur 1 fonctionne. Les autres prêtres ne nous aiment pas. Pourquoi? A cause du manque de prêtres. mais pas du tout. quand nous nous en retournions. et celui de Cadet. car à ce moment le créole n’était ] pas encore entré dans l’Église . il y a beaucoup de jeunes et. d’accord. mais ça n’a pas marché. mais un secteur.en français. L’évêque rêvait d’une 1 sorte de fédération.J. les chapelles de ! Grosse-Montagne et de Castel. c’est j qu’il n’ait jamais dit que notre travail n’était pas bon.

Silence. A vrai dire.Nous avons fait une réunion chez Unetelle. devait penser : pas un seul dans tout ce monde pour proposer même quelques bananes! Ça lui a fait de la peine et il s’est mis à pleurer. Mais où se réunir? Ce n’est pas tout le monde qui pouvait ou voulait offrir sa maison. seulement ceux qui voulaient faire un travail. Mais comment me faire aimer Dieu si tu me donnes un ordre et pas d’explications? Lui. C’était un homme comme nous. Une autre se moque de ça. Vous trouvez ça bien? Ne ' peut-on faire autre chose ensemble? Ceux qui sont décidés à aller plus loin pourraient se réunir par quartier. et s’en va. alors! Tout a chaviré dans nos têtes. à Anse-Bertrand. de petites actions de partage.. Nous nous sommes posé plein de questions. dans un petit trou de campagne. disait-il. pleurer devant nous. Même si l’on appelle sa maison «tôl sanblé» (assemblage de tôles). des gens qui n’avaient rien à manger. Très peu de temps après son arrivée dans la paroisse. Un dimanche. nous n’avions jamais vu ça. d’y croire. des patates douces. lui. Il nous apprenait à tout partager. il nous a demandé si nous allions rester comme ça longtemps : il vient. C’est ainsi qu’il a commencé avec nous. elle invite chez 205 . nous ne pouvons vivre dignement. ce qui lui importe. Céleste. il s’est mis à pleurer. Si nous ne connaissons pas la Bible. mais ils étaient surpris et peut-être restaient là. De le voir pleurer comme ça nous a fait un drôle d’effet. Un abbé. il n’y avait même pas assez de chaises. à calculer : que va dire le mari? me faudra-t-il acheter? Le père Céleste. nous parler si simplement. pour étudier la Bible. faisait sentir tous ces problèmes de croyance de manière différente et tu comprenais mieux. Grosse-Montagne a été le premier d’accord. à la messe. 11 nous a demandé si nous pouvions apporter des bananes vertes.. Le groupe de . entre eux. pas assez belle. mais pas tout le monde. quelque chose enfin pour qu’il puisse donner à cette famille de Grande-Terre. c’est d’attirer la bénédiction sur son foyer. toi. des ignames. à nous pousser à de petites actions. sa demeure n’était pas encore « ornée ». Quand il a vu que personne ne disait mot. il nous a raconté qu’il avait vu. sa prédication. Que d’histoires! Pour l’une. les gens aiment donner. il dit sa messe. Alors. les plus avancés. et elle n’aurait pas aimé entendre : . Nous avons répondu oui. t’empêcher.

comme maintenant. ils avaient offert leur maison pour tout ce qui concernait l’Église. Et. nous n’avons pas eu trop dfe problèmes. Ils restaient accrochés à leur Bibll plongeaient dedans. qüîl sœur. elle disparaît . Au début. on n’ose pas aller chercher un voisin. qui ses enfants. qui son mari. propose une autre. des «gens de bien» du coin. chacun apportait sa Bible. Céleste nous avait distribué des feuilles avec un texte de l’Évangile et des questions. Il y a des textes i l’Évangile qui ne parlent pas du tout de la vie. ceux qdj comme moi. ceux des alentours. n’avaient pas la langue trop lourde en français! Surtout Adèle. mais d’autres q| vous font aller très loin. ■! Presque tout portait sur la Bible. comra! institutrice. et que nous essayons de les résoudre avec Jésus-Chra l’Évangile ne reste pas un livre. et beaucouj étaient heureux comme ça. D’après eux. Quand on vient raconter des problème concernant. Nous nous sommes tout naturellement retrouvés chez eux. Et. Les choses de la vie né sortaient pas encore. Les Alexis. il entre dans| 206 . étaient d’accord avec le père Céleste dès le début. c’était difficile. 1 Nous avions bientôt vu qu’il était difficile de ne pas s’écartl du texte si nous voulions étudier la réalité du pays. il va raconter « on ne m’a pas invité ».Venez chez moi. on se lâche encore plus. après. Au lieu de marcher vers une réconciliation. réunion de quartier veut dire réunion avec les gens qui habitent auprès de vous. chercher dans sa Bible. Chacun apportait à feuille. Il nous fallait chercher. Mais peut-être est-elle fâchée avec ses voisins et ne peut les inviter. dès le début. Si nous retrouvons toujours les mêmes personnes. on n’avance pas. et. et elle a fini avec ça. Quelquefois. deux o| trois d’entre nous prenaient la parole. Pour notre première réunion. pourtant. nous n’étions pas habitués à faire travailler nos cervelles.elle la réunion. les plus hardis. ne voulaient pas en sortir. trois fois. alors que celui-ci attend l’invitation. à cause d’une vieille fâcherie. répondre al problèmes de notre vie en Guadeloupe. il n| avait pas à se tracasser. Nous devions comprendre ce qu’il y avait dans le texte pour répondre aux questions. il devient vivant. qui soi-même. Il fallait ouvrir sa Bibll regarder dans sa Bible. la fille des Alexis : elle avait l’habitude. la réponse à toutes les questions | trouvait dans le Livre. Nous étions une trentaine.

eh bien. Il est là pour faire participer tout un groupe. c’est de faire sortir la parole. soutien.. à l’église. pom m e sa belle-sœur était maman-catéchiste et animatrice. elle veut voler ma terre. le rapporteur du groupe prend la ^parole pour dire ce que nous avons trouvé. que nous avons fait le tour des questions. Chacun apporte ce qu’il sait : que son mot soit clair. nous faisons jaillir la vie. Le rôle de l’animateur. elle a Bait irruption à la messe. ils écoutent C’est déjà un premier pas. je suis intervenue pour arrêter un scandale. nous bouclons le sac et terminons par des chants ou des prières sortis de nous-mêmes. dans notre vie. Lors de la réunion. sans être vraiment avec nous. de tous les problèmes soulevés fdans les réunions de quartier pour lancer dans l’église même peurs histoires personnelles et insulter les animateurs. elle est complice de p a frère. Paroles deNègres. elle fait l’instruction religieuse. Tous doivent parler. Parfois. distribue la feuille. des gens viennent assister. [ C’est bien vrai. pour l’insulter : B k . il fait lire le texte et appelle les questions. B lP ai dit non : 207 . Quand ça devient trop confus. Quand nous avons commencé.Vous voyez cette femme. Quelquefois. elle [fréquente les réunions de la Bible. Comme ça pour rchaque groupe. ce n’était pas si clair pour tout le monde. qu’elle soit verte ou mûre. Nous avons bien pataugé. p jn e femme. mais les autres aussi. vie. Nous venons chercher aide. nous avons tellement de choses à discuter que nous sommes encore là à minuit. Puis. obscur.. Celui-ci choisit un texte avec des questions. il dit quelque chose. M Un jour. l’animateur apporte son grain de sel. avait un différend avec son frère à propos d’une terre. Parfois. connue pour être toujours en zizanie avec Pierre ou gPaul. Après. à Grosse-Montagne. et la vie jaillit. Quand tout le monde s’est exprimé. il y en | a qui exagèrent : ils ne viennent pas aux réunions mais pro­ fitent de toutes les discussions. tout le monde peut parler. Et nous avons commencé à [6 heures! [ Pawôl a Nèg pa ni bout. paroles sans ï fin. f Le dimanche à la messe. certains ont été formés comme animateurs.

. alors j qu’elles-mêmes viennent y mettre le désordre. une planche. » et vous. l’ignoraient ouvraient tout grand les yeux et les oreilles. tous* 208 . ils veulent me la reprendre.Mon père.Ces paroles n’ont pas leur place à l’église. Ces personnes n’ont aucun lien avec nous. pourtant. une nouvelle affaire de terre a surgi. LéI célébration fut longue. d’aller à l’église au bourg du Lamentin. . quel sens aura cette parole? Aucun.. à la messe. Au contraire. que nous essayons de partager nos difficultés de vie pour voir comment les résoudre. ils viennent arracher une tôle. que vais-je devenir? i . Doit-on accepter ces gens qui ne fréquentent l’église que quand ils ont un ennui à y apporter. I . vous interpellez quelqu’un : . hier soir.Ce n’est pas vrai.. sans jamais avoir participé aux réunions. On appelle déjà Grosse-Montagne l’église à cancans. l’église à créoles. -m Dans les réunions de quartier. ne connaissent pas la vie que nous menons. Et. Viens débattre de ton problème en réunion de quartier* ne porte pas le scandale dans l’église. longue. D’ailleurs. ce jour-là. Ils démontent ma maison sur moi! Chaque jour. et puis. 3 Simplement parce que nous prenons la parole à l’église. i On ne pouvait donner raison ni à l’un ni à l’autre. ou à Capesterre.Jésus-Christ dit : « Tu ne m’as pas donné à boire. jamais je n’ai vendu cette terre. Jésus-Christ a dit aimez-vous les uns des autres. tous peuvent s’exprimer. qui en veut à sa voisine qui lui a refusé un franc ou un peu de nourriture : . par exemple. qui prennent l’Évangile comme couverture? Vous ne pouvez pas vous permettre. et. si tu viens ici avec tes histoires de terre. elle ne m’a rien donné. les gens parlent de « cancans ». en ■ créole. appellent notre église l’église à scandales... ne nous aident pas.Ils m’ont vendu une terre. : Un dimanche. les cancans ne sont pas prêts de finir. maintenant.. prendre la parole au moment où le prêtre lit l’Évangile : . cette* femme l’occupe illégalement! i Un vrai remue-ménage à l’intérieur de l’église : ceux qui étaient au courant de l’affaire donnaient leurs commentaires. j’ai été demander à ma voisine un petit pot de riz. elles ne font que dire ! du mal de nous. ceux qui. Les deux partis étaient présents et chacun racontait à sa manière.As-tu aidé ta sœur comme le Christ le demande? Et une autre.

enfin. tout d’abord. la personne visée. de régler ses affaires ailleurs qu’à 'église. Une femme accusait sa voisine de rendre fou son mari. L’église. Elle avait soi-disant pris un balai.Faites vos affaires vous-mêmes. J’étais d’accord avec lui. l’avait retourné. soyez témoins de la méchanceté de cette femme. nous ne nous livrons pas tout entiers. ce qu’a fait Jésus-Christ. mène la discussion. Au lieu de secourir son voisin malade. nous avons aussitôt tendance à lui laisser la direction des opérations. leur peine. Il y a bien 209 . il faut la respecter. La solution est souvent difficile à trouver car nous ne sommes pas encore assez sincères. Heureusement. c’est l’église de Jésus-Christ. et obtenir consolation. Il nous a répondu : . c’est l’assemblée du pie. de rester chez elle. que je n’étais pas d’accord du tout. En Guadeloupe. puisque c’est aujourd’hui que nous vivons. mais jamais pour les diriger. C’est d’après cette lecture que chacun donne son témoignage. du tout. n’a pas répondu. Étudier un texte d’Évangile. ensuite. J’ai expliqué ^comment et pourquoi je l’avais fait taire. J’avais dit à cette femme de ne plus venir. Elle a pu ensuite se réconcilier avec son voisin. Les affaires de sorcellerie sont les plus dures à résoudre. peuvent porter leur souffrance. expose son problème devant le groupe. c’est. trouver ce que nous avons à faire aujourd’hui. avec ces gens qui viennent à l’église pour y apporter la discorde. pour moi. je peux seulement vous apporter des éclaircissements.Soyez témoins. s’est posé le problème de cette femme que j’avais interrompue à la messe. A l’une de ces réunions d’animateurs. aide.Puisque tu es là. mis un chapeau sur la tête du balai et profitait d’une maladie de l’homme pour faire ses sortilèges et provoquer des crises de folie. chercher ce que le texte nous dit. qui était présente. de plus instruit que nous. beaucoup de choses restent cachées. Un jour. Céleste participe à nos réunions de quartier. voyez ce qu’elle lui fait! Les parents s’en sont mêlés. avec qui elle était fâchée. nous avons une maladie : si nous faisons quelque chose et qu’apparaît quelqu’un d’important. Quelquefois. chacun voulait prendre parti. . nous lui avons dit : . ce ne sont pas les murs.

Je crois en Jésus-Christ.Il faut que je me déplace. Il nous donna l’exemple de Marie-Madeleine : quand on amena Marie-Madeleine à Jésus-Christ pour qu’il la lapide. car c’est alors que la polémique s’installe. Je fais un signe de croix sur la tranche. ou dans le quartier. il baissa la tête. n’y va pas. demande de quelle manière if nous parle.. j ’ai donc du respect pour son église. j ’interviens pour donner mon avis. me dit non. comment ne pas parler tous à la fois. Il dit : . Ensuite. • Il n’est pas question de dire aux gens : « Ce que tu as dit là n’est pas bon». Allez et ne péchez plus. que j’aille consulter.Que ceux qui n’ont pas de péché la lapident. qui vous étouffe. Une chose dont on a du mal à parler d’habitude. La Bible ouverte.. et il nous le décrit. Lui couper la parole. Ça mar­ chait très mal chez elle. une dame nous a avoué combien elle avait lutté pouf ne pas aller voir un « machann kakoué » (guérisseur). En refermant le livre. Pour un autre. C’est ainsi que. je sui presque guérie. Laissez-la parler.. et « N’y va pai! Vas-y» se battent dans ma tête. Je reste poursuivie par cette idée. Le père Pelage nous a expliqué que. comment partager. il dit : . Elle croyait que tou! 210 1 . Un jour. Un soir. |j prends ma Bible. j ’étais comme ça aussi. nous avons appris à animer une réunion. après avoir lu le texte. Personne n’osa bouger. en même temps. quelle que soit la personne qui vienne étaler ses histoires. où l’on ne peut dire n’importe quoi. progressivement. dans les réunions. c’est autre chose. Moi. et. Quand l’animateur. le texte évoque un problème qu’il a chez lui. jf lis les paroles qui me sont destinées. laisser quelqu’un parler et ensuite demander la parole avant de la prendre. la prochaine fois. c’est ça qui crée le scandale. les esprits s’enflamment. il se baissa et se mit à écrire par terre. j L’esprit de cette femme était déchiré. : . d’autres contre. Mais. Je tombe malade.Que personne ne la condamne. i d’autres lieux aussi qu’on respecte. je ferml les yeux et laisse mon pouce choisir la page. Non. elle était obsédée. Ça peut être une histoire entre voisins. Les uns prennent parti pour. ce que j’entends ici. à la fin. avant de se baisser. trouvez potir lui répondre une parole de Jésus-Christ. je ne savais pas dialoguer. Pour celui-là. il faudra la laisser parler sans l'interrompre.

étaient dus à la sorcellerie. nous l’acceptions comme ça. on ne pouvait tout comprendre. on aurait pu mourir « tèbè » (idiots). je les priais. c’était l’épître. Je savais qu’il ne fallait pas s’adresser à Lcun d’eux. toi. pas d’Évangile. ce n’est pas dans l’Évangile que vous trouverez ça. la poursui­ vre. Le dimanche. On nous lisait d’abord l’Ancien Testament.. même si nous le voulions? Nous étions dans “e église. Si elle était restée chez elle. ceux qui avaient leur livre suivaient. tu suivais comme tu pouvais. alors. mais nous a-t-elle aidés à Jevenir parfaits. On lui avait expédié un esprit pour lui faire du mal. Une force faite de petits morceaux de force rajoutés. pourtant. créer le désordre. Ils se sont vite aperçus qu’ils ne trouveraient pas ça chez nous. Et. Et. puis on nous montrait ce que Dieu avait envoyé faire aux Apôtres et comment ils s’étaient divisés en plusieurs partis. soit avec un de ses enfants. pourtant. C’est peut-être pour empêcher ces pratiques qu’auparavant on n’avait pas le droit de posséder une Bible. un missel. Pour aller à la messe. Dans nos réunions de quartier. de l’attention de tous au pro­ blème de chacun et. de l’Évangile où nous cherchons ensemble. rien de grave ne nous arrivait. comme tout le monde : 211 . l’Église ne nous a jamais poussés au mal. Elle pouvait même en mourir.. mais en français. mais seulement au Christ qui est à l’entrée de ise. Comme j’allais à la messe. soit avec son mari. surtout. Il y a des gens qui se servent de la Bible pour faire toutes sortes de manigances. elle aurait toujours son problème dans la tête. mais beaucoup se contentaient d’écouter. tous mes enfants devaient aller à la esse. les prêtres lisaient comme ils le devaient. Même avec un gros missel. Mais quelle connaissance avions- nous de tout cela? Bien sûr. et je ne veux même pas parler de la messe en latin. car s’il avait fallu continuer en latin. qu’il ne faut pas divulguer. Le prêtre lisait une épître. J’avais des difficultés avec mon mari. je passais cvant tous les saints. cela nous donnait force pour résister. l’Évangile. et. elle a découvert que nous abordions ces problèmes que l’on cache d’ordinaire. Au contraire.les ennuis de son foyer. un savoir qu’ils pour­ raient utiliser à leur manière. Quelques-uns même fréquentaient nos réunions pour essayer d’acquérir une connaissance.

. Vierge Marie. La messe. Chérubin Céleste n’a jamais dit : « Les saints. les gens se sont fâchés tout sec : .L ’abbé a été briser le Bon Dieu! . 1 éclairez-moi. certains lui en veulei encore. quand le père Céleste a enlevé les statues de l’église du bourg. sans s’arrêter ni 212 . disait-il. Au Lamentin. elle aurait elle-même changé l’eau en vin.Labé la ay krazé Bondyé! . il a voulu montrer qu’on ne pas adorer des images.Grand saint Antoine. donne2-. tous leurs sermons coulaient sur m comme de l’eau sur une feuille de malanga. quand la Vierge a vu qu’il n’y avait plus de vin.. elle a dit à son fils : « Ils n’y a plus de vin. » Mais quand il a vu qu’on avait volé le cierge pascal. ça ne corn] pas. mais' prêchaient pour eux seuls. on est venu nous expliquer que tout passe par Jésus- Christ. et il a commencé retirer la statue de saint Michel. Jusqu’à aujourd’hui. j’ai même cru qu’on lui faire du mal. que Lui seul est tout-puissant.. «Pourquoi. Il nous répondu qu’un jour. et je croyais que la Vierge réglerait mes problèmes. . » Si elle avait été le maître. . Pendant les noces de Cana. On peut demander quelque chose à la Sainte Vierge. avant. même Dieu fait atrocités aux Noirs? » Ça l’a bouleversé. Nous. mais j ’avais tellement 1 de difficultés. . elle transmet à son fils. en rentrant à l’église. 1 Je ne les implorais pas pour faire le mal. de l’Êglise.Labé la fou! Sa pa ka fêt. envoyez-moi la lumière.Ni moun ki di: ban yonn. nous lui avons demandé poui quoi il provoquait ainsi la colère des Lamentinois. J’ai eu très peur pour le père Céleste. il a surpris un garçon qui regardait la grande statue de saint Michel terrassant dragon.Quelqu’un a dit.Cet abbé est foui Ça ne se fait pas. I Après. accordez-moi ceci.m’m un. qu’i pied des statues on trouvait des lettres pleines de menaces où oi implorait Satan plutôt que Dieu. que le] fleurs placées sur l’autel disparaissaient sitôt la messe finie. On ne peut pas dire les prêtres ne vous parlaient pas de la foi. animateurs de quartier. ne m’apportait rien. Il pleurait.

*pour aller tuer une poule noire dans un quatre-chemins? » r Diront-ils : « J’ai récité dehors. avouer : « Je me suis levée à 4 heures du matin. A la place de la confession. m’aider à y voir plus clair. je vous unvoque et vous prends pour mon singulier défenseur.. mais je crois qu’ils répétaient derrière la petite fenêtre les mêmes « bwi-bwi » (fiitilités) qu’ils confessaient à tous. vous qui avez le pouvoir de ^bouleverser la terre. Lorsque j’ai eu toutes ces difficultés ls mon foyer. en public. Ou bien ils parlaient de leur voisine. pour qu’il les conseille. Ils nous expliquent. Iront-ils confier au prêtre. » Pour moi. partez. il y a un enrichissement de la foi. bouleversez |son esprit. Maintenant. je conviens que c’est dur. vous êtes un saint et moi un pécheur. faites éclater la foudre et déchaînez la -tempête et la discorde chez X. je vous envoie chez X.. On choisit un texte sur le péché. les prêtres ne font plus leur petite messe comme autrefois. pénétrer. et nous chantons le chant du pardon où nous demandons pardon à Dieu publiquement. Mais ça n’a pas marché pour tout le monde. 213 . à vivre la foi.. Ainsi soit-il. chavirez. mais avaient peur de parler d’eux-mêmes. par exemple. chacun dénonce ses péchés.. la célébration pénitentielle m’aide beaucoup plus e l’ancienne confession. tournez-moi sa tête. j ’ai donné des coups à mes enfants. Ibrisez tous ses membres. On ne trouvait rien à l’église pour nous aider à avancer. bouleversez sa tête. Se confesser de cette manière. pardonnez-moi. «O grand saint Bouleverse. de ce que tu as fait. qu’ils l’ont injuriée? Oseront-ils . qu’ils se sont fâchés avec leur voisine. moi chrétienne. que quelqu’un lit et commente. à midi. la réconciliation. c’est de toi qu’il s’agit.Mon Dieu. Ensuite. étaient sincères et disaient des choses vraies. bouleversez son cœur.. je me suis disputée. plus nous comprenons. je me suis dit. plus nous grandissons. Dans notre secteur. partez. nous faisons la « célébration pénitentielle ». la prière à saint Boule- averse : . allons voir un prêtre.. pourtant. Certains. tu ne peux aller te confesser pour ta voisine! C’était une seule salade. Les gens disaient plein de bêtises : . il pourra user avec moi. Ceux qui ne voulaient pas se confesser en public pouvaient aller rejoindre le prêtre. et plus nous avançons dans la connaissance. mais très peu. mais si tu vas te confesser.

Le prêtre n’a pas dit ça exactement. . que notre célébration n’est pas valable. . un frère ou une sœur. Lorsque Jésus réuni avec ses disciples. et nous les déposonl sur la table. et c’est l’un d’entre nous. et ils ne sont pas d’accord non plus avec ce que nous appelons «célébration de la foi». au moment où il allait donner son co* il a pris du pain et a dit : « Ceci est mon corps. pourvu qu’un homme donne à manger à ses enfants. Moi-même. quij célèbre. ce pourrait être un morceau d’igname. Un frère peut te parler aussi bien qu’un. le pain est consacré comme hostie. une denrée d< humains.. mais quand le prêtre le dépose sur l’autel e | bénit. le pays produisait du blé. Le prêtre n’est pas indispensable. du riz. d particulier. . bien sûr. mon père. Il laisse toujours des hosties consacrées darç le tabernacle pour la célébration de la foi. . qu’elle n’était pas faite avec de la farine.» . ce n’est pas sa présence qui donne le réconfort. ne pas faire’ d’histoires. je devais accepter. le monsieur ne parlait pas créole). et lui seul a fe droit de consacrer. Ils disent aussi que nous partageons du pain et p| l’hostie.Est-ce qu’il donne à manger à vos enfants? . ma fille. simplement. Moi. » Il n’a pas dit : « Ceci l’hostie. prenez et buvez. mais il a pris j le parti de l’homme. apporte la parole et la communion. C’est le père Céleste qui nous a expliqué : le pai habituel n’a rien. Ce n’est pas tous les prêtres de Guadeloupe qui font la célébration pénitentielle. abbé. je suis venue parce que mon mari dort dehors. je n’avais rien compris. . récitez un deuxième chapelet pour votre pénitence. temps de Jésus. lui ai-je dit (en français. prenez et mair ceci est mon sang. Pour moi. il i peut découcher.Mon père.Mais il n’y a aucun problème.Oui. faites j votre acte de contrition. Ils ne peuvent donc pas s’en servir pour! sorcellerie. . ceux qui croient que nous ne donnons pas de vraie hosties consacrées. Nous nous? réunissons. et. j Ce genre de célébration a fait fuir beaucoup de monde. celui-ci a une autre formation. Ils n’ont rien compris. alors. Et voilà. ils ont 214 . croyais que la matière même de l’hostie était quelque chose ( sacré. Allez en paix.? c’est une question de foi.

Madame Unetelle a ses peines. Je lutte contre ces pratiques.Laissez-moi emporter du pain pour mes enfants. les gens n’aiment pas tellement prendre le pain. le pain représentait autre chose. certains ne viennent à l’église que pour accomplir B p que le gadèdzafè leur a ordonné. Beaucoup refu- «saient : ■ ~ Je ne prends pas la peine d’autrui pour l’emporter chez F D’autres raflaient trois ou quatre morceaux : t . il partageait vos pains. Après» comme le pain se rassit. nous coupons un quart de pain en petits morceaux.. Si nous avons envie K aller en pèlerinage. je Bonne des conseils. Ceux qui veulent prendre du pain en prennent. nous ne donnons pas l’hostie. c’étaient des gâteaux. Il y a très longtemps. elle a besoin de ^distribuer sa peine. En pèlerinage. mais sans trop d’illusions. ils sont consacrés. En général. nous irons tout seuls. mais c’est comme le >■pain. Bientôt. elle nous fait nous baigner. pain. ce n est pas prêt de finir. en Guadelou­ pe. tout ça ne servait wqu’une seule personne. ce n ’est pas toi qui prends. f D’autres fois. Si tu te sens digne. Il partageait ainsi vos peines qui se trouvaient supportées par tous. J’expliquais l’autre jour à B h e dame : 215 . Et si nous étions ■ptraînés dans une histoire de gadèdzafè? W Et c’est vrai. A Grosse-Montagne. 11 vous demandait d’apporter deux oü trois pains. c’est elle qui conduit la prière p o u t le long du chemin. Si c’est moi qui donne. Les gens en semaient par igorbeilles pendant la messe. On ne sait pas trop ce qu’il y a dedans. nous oblige à (toutes sortes de choses. suivant en cela les paroles de Jésus « Prenez et mangez ». des tgâteaux. Nous n’irons plus. ils ont utilisé de la farine - France (froment) pour fabriquer l’hostie.. La sorcellerie. Il les mettait sur l’autel. surtout si c’est un fidèle qui l’a apporté. et même les pèlerinages. il est apparu à tous que le gÿain. F . Vous alliez trouver le curé p o u t lui raconter vos peines. prends et mange. Nous. tu te condamnes toi-même. elle nous emmène en pèlerinage. Personne ne W u rra arrêter la magie et la sorcellerie. Après la communion et avant la sortie de la messe. les gâteaux. à la messe. Et si tu prends toi-même tout en étant indigne. elle donne du pain. ceux qui veulent l’hostie prennent l’hostie.

et soi baccalauréat. mais a-t-on besoin d’acheter un million de meubles? Je dis non. se baigner. Moi. pas de grâces. contre son gré.Oui. et elle a échoué à l’examen. Pour ma dernière j’ai dit: pas de pèlerinage. mauvais. elle l’a eu du premier coup. je vous l’avais bien dit. « N ’avez-vous rien acheté pour l’année nouvelle? . Lucie.Ah. ah! voilà. apporter du coco pour qu’elle! donne du savon en échange. c’est prier. ( Je ne sais pas si elle a compris. Elle a essayé plusieurs fois sans succès. m’a fait remarquer qu’on n’était pas obligé d’aller à l’église pour demander une grâce à Dieu. mon lit date de nanni-nannan *. qui avait déjà unë formation. il t’annonce que quelqu’un te fait des méchancetés et il ajoute toujours : c’est par jalousie. par exemple. Marie» tout au long du chemin.Dieu t’a punie parce que tu n’avais pas envie d’aller l’église. c’est terminé. pas de demanc d’aucune sorte. Je lui suis tombé? dessus et l’ai forcée à se rendre à la chapelle. tous ces chichis. . Si tu étais venue de bon cœur. des « Je vous salue. » Te voilà prise. que d’enfants à la chapelle de Jarry41. On dit que les gens sont jaloux. Elle y est ailée. tu te sens la tête remplie de mauvais esprits. j ’aï transformé ma maison. Tu vas chez un kenbouazè. c’est qu’elle ni devait pas réussir. Ce n’est pas mauvais. et mon armoire a les deux portes du milieu abîmées. je lui ai demandé d’aller prié au pied de la Vierge des Abymes. d’ouvrir l’église à 5 heures du mâtiné * Fort longtemps. Tu te dis : comment a-t-il deviné puisque j’ai acheté mes affaires en cachette? Et tu vas faire ce qu’il dit. A l’époque des examens. il t’aurait donné brevet Voyez-vous ça! C’est prendre Dieu pour une revendeuse à qui tu viens. Arrivé là. boire de l’eau. D’ailleurs. mais c’est une sorte de supersti­ tion. au Lamentin. marcher derrière le Bon Dieu pour obtenir ce dont on a besoin. on ne fait pas le. Aussitôt. d’acheter un million de meubles. c’est pour cela. . Sa tante s’esl fâchée : . comme au temps Sorin. ^ Ma fille devait passer le brevet. mais je savais qu’elle venait de changer son ménage. . question. Si elle n’a pas réussi.Tu vas mal. mal.

et. A la fin d’une de Bios réunions. oranges. que nous prenons Jésus-Christ pour f modèle. tout ce qui s’est dit. aucun ne t’a guérie. et deux person­ n es ennemies de génération en génération non plus. tomates. embrassons-nous. Ils veulent se servir de Dieu pour tromper les gens. jusqu’au tribunal. Elle priait ^beaucoup à l’église.On aurait dit que Man Molière n’attendait que ça. en rêve. papayes. les vannes s’ouvrent. on est venu me dire de me réconcilier B e c toi. demandant pardon à Dieu et à tous ceux à rqui elle avait fait du mal. La famille Molière était pfâchée avec la famille Louidor. Alors. Eh bien. Quelqu’un parle et dit : . Dans les réunions de quartier. et bois le jus tout cru. nos tpartages d’Évangile ont réussi ce miracle. Une Louidor avait gagné le procès. maigrissait. mais je ne sais pas pourquoi. pourtant. c’est une grande fatigue. et. Elle se ■précipita dans les bras de la Louidor et l’embrassa. bananes vertes. assez chaudement mais puisque nous som- | mes en réunion de quartier.. réconcilions-nous. dit-on. f Deux montagnes ne se rencontrent pas. et lui dit : g . B . je vois que ta maladie. premier de l’an pour permettre aux gens qui se battent devant la porte de dire « Bondyé! bonjou! » avant tout le monde et d’obtenir ainsi une grâce spéciale. les autres expliquent tout ce qu’ils savent. et elles continuèrent à 217 . f M1"6Molière était malade. pendant «huit jours. la fille Louidor s’approcha d’elle. Us t’indiquent tel saint ou tel autre à implorer pour te délivrer d’un maléfice. Ce sont les gadèdzafè qui vous envoient faire toutes ces choses à l’église. cherchant la guérison.. Nous travaillons pour les réconciliations.. lui souhaita le Ésbonjour. ce n’est pas lui le sorcier. depuis des temps et des temps. B ~ Commère. Achète trois ■bouteilles de Quintonine pour en boire chaque matin. il gagne comme ça beaucoup d’argent.Untel est lâché avec moi.Tu as déjà passé beaucoup de médecins. Ça f avait été très loin. pour empêcher une voisine d’avoir barre sur toi. céleri. B N ous nous sommes tous mis à rire. c’est Dieu. C’est une de ses descendantes qui fit le premier pas pour lia réconciliation. maigrissait.Commère. (Moi. tout ce qui s’est fait On discute. f'. nous travaillons autrement. poi­ nteaux. e t parfois. je sais que tu ne me hais pas puisque le bol rouge B ue ma grand-mère avait offert à la tienne.. radis. tu l’as toujours. écrase ensemble carottes. A ce moment.

deux bords ne s’expliquaient pas comment cela avait pu se produire. Votre démarche vers elle est déjà un u témoignage. vous avez quelque chose contre lui. vous avez peut-être plus de connaissant vous portez la parole. En tant qu’animatrice de quartier. Elle n’aimait pas assez son prochain. j’ai accepté le bonjour de mon ennemie. pourtant. Je me suis réconciliée avec ma commère.Depuis longtemps je traînais chez tous les médecins sans trouver la guérison. vous fait une démarche. c’est simple bonjour. à la messe. vous avez fait le premier pas. vous la 1 venir à votre rencontre et vous saluer. H se peut que jamais elle ne se réconcilie. refuse votre main tendue. Ils ne disent plus bonjoi ils ne vous parlent plus. mais difficile à sui­ vre. elle ne se réconciliera pas aveel cette fille! ~. Si elle vous rejette. f . j Et ça ne s’est pas fait. Il arrive. n’est pas votre faute. vous cherchez la réconciliation. Dès que vous ne souhaitez plus le bonjour à quelquun. Il y en a qui trouvent ça tout naturel. Mais vous. Alors. Elle seule < responsable: Vous n’avez pas à la poursuivre continuellement l’aborder chaque fois que vous la voyez pour lui donner em d’être bien avec vous. Une fois. c < grave. je suis sauvée. après trois ou quatre jours. Il faut le temps faire son chemin. ce n’est pas drôle. que l’un veuille se réconcilier et que l’autre' refuse. demain. Être fâché a\ quelqu’un qui habite près de chez vous. peut-être que. et certains étaient furieux. elle peut vous embrasser. aussi. IÇ q J U U tO ÿ W u v o l E WÜ v . mon Dieu. Aujourd’hui. Merci. que vous rencontrez toi les jours. Je n’ai même pas encore fini de le boire et me voilà guérie. elle m'a donné un remède. bloqué sur vous-même et sur cette personne. . T . je ne peux me permï 218 . la vieille Mw Mo­ lière rendit grâces à Dieu : .Jamais. L’amour du prochain. . et c’est d’eux qu’est venu le refus : . refuse catégoriquement. quelle belle parole. les parents étaient présents. V o u s fréquentez 1 réunions de quartier. Je me suis montrée obéissante à Dieu. Les parents aes.converser. vous sentez que vous ne pouvez en reï là. c’est v( affaire. jamais cela ne se fera.L Cette réconciliation avait beaucoup étonné. c’est leur affaire. Deux dimanches après.

Quant au père Céleste. et ça marchait bien. c’est pour trouver de l’aide. J’avais formé un groupe dans mon quartier. La plus grande des ^sorcelleries. C’est ainsi qu’on voit la vraie foi. Mais voilà que mon M a ri dit : -Ie ue veux plus de réunions chez moi. en donnant seule­ ment quelques détails. Les «utiles groupes. Je t’interdis d’ouvrir cette chose-là (la Bible) chez moi! Une femme s’est montrée vraiment brave avec son mari : . si moi-même je reste fâchée avec quelqu'un. Mais voilà que par je ne sais quel miracle. . nous en parlons. le ‘mari à vous toutes. Oh! ce n’est pas toujours facile de faire sortir la parole.Elle suit Jésus-Chnst! Dis-moi plutôt que tu suis Céleste. Personne ne pourra p ’empêcher d’aller à ces réunions. ah! tu transportes mon ménage dans tes réunions de quartier. Nous nous réunissions chez moi. Au commencement. il met le désordre dans les ménages. . messieurs rouspétaient aussi parce que les réunions finis- Krient tard. de porter la parole. Petit à petit. Je ne veux plus voir tout. nous avons commencé à parler de nos difficultés. H vous a prises avec. ma maison n’est pas l’église. avec mes pèisins. la vie ne sort pas comme ça. cela est venu tomber dans les oreilles des maris: Ils ont vu rouge. Tout ce qu’elles veulent. “ Si j’allais danser le léwoz. î . mais aujourd’hui encore. de nos souffrances. ■ “ Cet abbé mérite qu’on lui casse la gueule. mais pas à fond. c’est le Christ que je suis. conseiller les réconciliations. je comprendrais. k ~ préfère le suivre que tes amis. Allez raconter vos histoires à l’église. dans nos réunions. Nous avons alors créé un seul groupe qui se retrou- Bput tantôt chez l’un. Mais dans ces réunions. Ce qu’il fait là p est pas bon du tout. cest la Bible. . avaient des difficultés pour se ■rencontrer. Nous débattons de tout ça.Ah. je me dois d’avancer. Je t’interdis d’y remettre les pieds. tantôt chez l’autre. et je t’obéirais. seuls Dieu. Jésus-Christ nous occupaient. Je ne suis pas encore au point. Si quelque problème personnel se rattache au texte de l’Évangile que nous étudions. il n’a pas intérêt à piéter 219 . . en revanche. Toutes g s femmes sont des malparlantes. Ils ne se rendent pas compte que si nous nous confions les secrets de nos foyers. c’est Üvoir ce qui se passe chez la voisine. non pour faire des cancans.

vous riez. Une femme ne peut accepter un homme si elle n’en a pas | envie. il ne souffla mot à Joseph de son habitude de découcher. elle. et son coeur ] se ferme. ils ne sont d’aucun côté. son corps ne peut s’ouvrir. lui dit-il. je peux tenir. Une fois la scène finie. vous vous amusez et tout ça vous sort de la tête. Je ne suis pas d’accord. A ce moment. C’est ça. Est-ce une lassitude? Est-ce la faute de! l’animateur qui prêche trop. la mêmdj exaltation. son corps est ] fermé.Il faut vous séparer. alors que son rôle n’est pas de faire ldi morale? Je ne sais. Votre femme. quand vous vous querellez avec votre femme. depuis trois jours. Une espèce de silence! s’installe dans nos réunions. ah! ■ Tout ça parce que je m’étais confiée au père Céleste. nous avons beaucoup avancé! Aujourd’hui. le père Céleste passa un jour voir Joseph. lui expliquant que. S’il y a uofl endroit où les gens ne bougent pas. je ne retrouve plus le même enthousiasme. il vous arrive peut-être de lui donner une calotte. Peut-être les gens en ont-ils assez de parler ou bien! d’entendre toujours les mêmes choses. . grâce â nos réunions. mais nous avons! tenu bon et.Monsieur Joseph. ! Certains pensent que ces assemblées ne servent plus à grand! chose. elle les ressasse. ça ira loin. Vous allez au travail. mon cœur se fermait. Les misères qu’elle a subies. mais devant^ moi. après. Les gens retirent leurs corps *. 220 . j Oui. père Céleste. je ne pensais pas du tout à une séparation. Et quand le cœur d’une femme n’est j pas ouvert. . Joseph n’avait pas paru à la maison. mais je constate que les réunions de quartier faiblissent. ou avec ' des camarades. vous faites des blagues. Pas devant lui. Le père Céleste avait essayé d’expliquer ça à mon mari. Les choses ne s’arrangeant pas. ils ne! vont pas ailleurs non plus. c$fl n’est pas à cause d’autres réunions qu’ils ne viennent plus.Mais non.devant ma porte* Madame va raconter à l’abbé comment je lui fais l’amour. c’est bien dans la cité 0 |H * Voir la note 5. Il me dit : . et J celui-ci avait bien mal pris la chose. On organise les gens ailleurs. vous partez. j Tous les foyers du secteur étaient en ébullition. reste à la i maison. Il sait s’y prendre.

cet homme qui est venu sur la terre. je pourrais laisser tomber. Ils doivent se dire : 5 « Moi. nous pourrons l’abandonner. ils se mettent eux-mêmes dans [ cette situation. Ceux-là ont peur pour leur travail. l’Église de Jésus-Christ. comprendre.. notre foi est incarnée. Plus ils en ont. a fait naître les apôtres qui ont continué ^. je perdrai mon travail. | elle ne viendra plus : f . et à l’U. L’une des participantes travaille à la cantine. Et puis. ils n’étaient pas prêts pour un tel travail. un maire ne va pas entrer dans tous ces I détails. retirent leurs pieds *. pour rien au monde. Il peut vous rencontrer et vous dire : . entendre pour . souvent pour une question de [ politique. pour continuer l’Église. Non! » 5 D’autres. pas de messe. C’est une manière de cacher leur «je ne viens plus ». ' Moi aussi.Ah. qui continuaient à ' travailler avec nous. ni d’ailleurs pour la nouvelle messe. comprendre pour avoir envie d’agir. Pas de réunion. ce sont des prétextes. * Abandonnent. Parce qu’enfin. il y a la politique! En Guade­ loupe. ils ne . pour ce que cette parole leur fait.A. pour ce qu’elle peut leur faire faire. surtout. écouter pour entendre. se déplacent pas. syndiqués à l’U.T. 221 . une parole est f lancée sur le maire. mais il ne vous mettra pas à la porte pour ça. Par exemple. En fait. plus ils en veulent. chez eux. très vite.P. ne viennent plus. si vous entreprenez quelque chose. rien du tout. en réunion de quartier. beaucoup vous suivent f et. 1 Même pour les enfants qui suivent l’instruction religieuse. ne pensant qu’à changer de meubles ou de voiture. ils ne sont pas disponibles pour la parole de Dieu. Ils sont là. Nous sommes croyants.G. j ’ai tellement à faire. j’habite. alors que je ne f suis pas prêt. rester là à écouter. a été crucifié. enroulés comme des couleuvres. "son travail.Si le maire apprend que je vais dans des réunions où l’on dit | du mal de lui. Ils sont indécrottables. mais. ah! vous fréquentez les réunions du père Céleste. pas de lutte. l’Église telle que nous la vivons au Lamentin. Je ■crois qu’un certain nombre de personnes doivent rester dans l’Église. Ils disent connaître déjà " tout ce qu’on peut raconter dans l’Eglise et qu’ils ont autre chose *à faire. I Tout ça.

D’habitude.T.On a beau préparer tout le manger à l’avance. C’en est trop. on vous é arraché votre langue. cette fois. lançait Berka.Chaque dimanche. vo j n’acceptez pas de recevoir la vérité et vous ne faites rien. C’est êtjS conscient qui compte. les langues n’étaient pas arrachées. Je ne sais comment les syndicats acceptent maintenant ceux qui restent actifs dans l’Église. et on agit. vexées. Nous pouvons nous unir. m . 9 222 . . j .. à propos de la mort de Mgr Romero l’évêque au Salvador. le père Berka Pélage. elle provoque tellement d’histoires! H n’y a pas si longtemps. « qui ne s’est point dérobé et ne fut point confondu ».A. n’auriez-vous pasj amené vos maris à l’église? Seuls deux ou trois hommes assistent à la messe. l’on tue chaque jour et dont le nom restera inconnu. Ceux qui l’ont délaissée et font un travail pour le peuple. Si vous étiez apôtres. nous allons quitter l’Église. entreprendre des actions ensemble. Nous n’abordons pas dans toutes nos rencontres cette question de l’indépendance. que . c’est un évêque que l’on a assassiné. dans notre secteur. un des rares hommes de la communauté s’est levé : j | . nous aussi. on discute beaucoup. torturé. Pensez à tous ces paysans qu’on a tués. J Là. Vous n’êtes même pas capables d’évangéliser votrej famille.Ils sont contre notre façon de dire la messe.Si on ne vous a pas encore arraché la barbe.. J . critiquait. je préfère me taire.l Ah! c’était chaud. certaines se sont tues.Pourquoi l’a-t-on su? Parce que. .. II ne faut pas qu’ils comprennent que. A la création de l’U. Jésus-Christ les voit.Vous pouvez vous mettre en colère.. ça ne posait aucun problème.Ils appellent notre église l’église à cancans. 1 Fâchées. s’est mis à envoyer des paroles enflammées dans l’église : . ils râlent 3 . êtes-vous^ apôtres? ? Il critiquait. mais ça fait deuxfois que® m’entends reprocher de ne rien faire. mais d’autres se sonjl mises à répliquer : 3 . à qui on avait arraché la barbe. A l’église. un de nos abbés. .Amener nos maris! C’est déjà un exploit pour nous M venir.. parlait du prophète Isaïe qu’on avait battu. c’est la bataille. 3 . Pensez à tous ceux qui sont morts pendant renterremeni Vous.

nous ne sommes pas trop inquiets. nous tous sommes conscients de la gravité de la situation. les yeux s’ouvrent. mais jèsi à Cadet et à Baie-Mahault Ainsi. ouvrir à tous 1’ « église des ^livres ». pourrais-je aller ainsi où je veux? Serais-je assise. II s’est mis à discuter de plus belle. nous serons là. Ils ne sont dans aucun syndicat. autour de nous. pas besoin de faire monter ta tension. à raconter ma vie? Il m’aurait fallu obéir à mon * D’accord. si demain des événements rs surviennent en Guadeloupe. ne participent à aucune réunion. il allait chercher dehors pour amener dedans. ils sont. s’ils viennent à dire : vous n’avez pas 223 . Ils ont leur foyer. de Baie-Mahault. pour cela. comme cet homme. nous mettrons-nous aussi à tuer? Beaucoup. elles ne s’adressent pas spécialement à toi ni à nous. il doit comprendre aussi que tous ne sauront courir. nous précipiter dans une indépendance qui sera peut-être pis que ce que nous vivons aujourd’hui? Quand nous assisterons à des massacres. Et puis. Il a changé aussi un peu sa méthode : avant. Si les partisans de l’indépendance veulent la religion par terre. Quand de telles paroles tombent dans notre chapelle de Grosse- Montagne.Nous tous avons déjà vu ce qui ne va pas. nous tous voyons que les Blancs rentrent de plus en plus en Guadeloupe. il oulait attirer les gens à l’église. se posent ces questions. là seulement. Ils sont à l’église. ceux de Lamentin.Écoute. je crois qu’il cherche à former des petits pupes de personnes solides et actives. Tous ceux du secteur sont concernés. aucun meeting où ils pourraient entendre des paroles pour l’indépen­ dance. nous lancer dans n’importe quoi sans réfléchir. Si Chérubin a raison de vouloir faire courir les fidèles derrière lui pour la libération de l’homme. Nous tous avons des enfants qui ne trouvent pas de travail. Maintenant. Ne le prends pas mal. habitués à Ter et à témoigner. Nous ne sommes pas encore comme les chrétiens du Salvador. Moi-même. compère. et. \ Je suis intervenue : . les oreilles entendent. les gens ne prennent pas comme ça de tels engage­ ments. de Cadet. et plus Nombreux sont ceux qui se rendent compte que le père Céleste se situe dans la ligne de chrétienté. Allons-nous. plongeant dans le problème de l’indépendance : . si j ’étais ^toujours avec Joseph.

mais le d f l l d ’embrasser trop de choses à la fois. tu es un homme.Dans le peuple qui suivait Jésus. Et lorsque les yeux s’ou- vrent. vous les embêterez. t u f l tueras à la tâche. Nous lui disons® . avez pris l’habitude de vous exprimer sur tout. c’est de la politique. tout ce qu’il pense juste de faire. La Bible. J | Mais sa tête c’est sa tête. Les prêtres ne nous enseignaient pas ça. elle ne peut pas entrer comme ça. Il devient de plus en plus radical» Chérubin Céleste. De toutes nos entrepris® deux ou trois périssent toujours. nûH n’arrivons à rien de sérieux. les réunions de quartier intriguaient. mais je dois dire que. dans votre petit groupe. que se passe-t-il? Les prêches de Céleste faisaient du bruit. pas la/ politique pour prendre une place de maire. Bien sûr. il y avait du bon et mauvais. Quand il ne peut pas faire avec n d fl tout ce qu’il veut. et.le droit de parler. Et même s’ils vous font taire. fais attention. Nous lançons une action. vous qui. mais pas n’importe quelle politique. Les gens criaient à la politique. il veut aller trop v it» prendre sur son dos trop de choses à la fois. de donner votre avis avec liberté. il y a une manière pour s’implanter. puis la deuxième pour une troisième. Quand une nouvelle personne arrive quelque part. Les disais» sions sont quelquefois dures. souvent. m Nous n’acceptons pas tout ce qu’il nous propose. c’est de la politique. Untel parlait. qu’il avance avec nous et nous avec 1™ mais pas trop vite. noH 224 . mais la politique de la foi. il a su faire entrer en nous cet® parole qui l’habite profondément. qui a su* s’y prendre avec nous. ainsi. tâjH nous découvrons une tâche plus urgente. il y a du tira® Nous voulons avancer.Dans tel groupe. tu n’es pas Jésus. Il est pour l’indépendance de la Guadeloupe» d’accord. Céleste a commencé à nous expliquer l’Évan­ gile. les gens s’en apercevront : . la politique à élections. M Personnellement. nous éclairer. ouvrir nos yeux. si on l’examine bien. j ’ai réfléchi là-dessus et me suis reiifl compte que le défaut n’était pas la vitesse. vous n’avez pas le droit de critiquer. petit à petit. puis nous a demandé si nous voulions agir : les réunions d # quartier sont nées et. Céleste est venu ouvrir la Bible pour nous. Nous laissons tom bejS première. n’est-ce pas de la politique que l’on fait? Céleste est vraiment un homme intelligent et sensible. Tant que nous serons vivants.

Ce n’est pas parce qu’il parle plus r souvent le français que sa méthode est plus mauvaise. ne pas s’arrêter aux larmes de ceux qui crient misère. donnez-vous la paix. c’est vrai. Allons à petits pas et cherchons à tout examiner. Il les met dans une situation d’Église qu’ils n’ont jamais connue. mais nous ne devons pas être si pressés.s ne le suivent plus. les pauvres sont nombreux. ils ont combiné ça entre eux. mais ils sont d’accord. déclencherons des actions.. ils allaient communier. C’est vrai. Berka s’occupe plus des messes et des baptêmes et . et ainsi il nous fait découvrir plein de choses. nous nous embrassons. à tout mettre en question. "arler au Seigneur de ses petites affaires. le malheur est grand dans notre pays. Céleste était déjà grand quand il a voulu se /aire abbé. Ce sont ceux-là mêmes qui viennent manger chez toi qui donnent leur argent à manger aux capitalistes des magasins. lui demander secours. Et beaucoup de ~r. donnez-nous la paix.Ouais. Voyant que c’était un homme sensible à la souffrance. du début £ la fin. qu’est-ce qu’il est direct.. ils' rentraient à l’église is lui dire bonjour. car dans l’action nous pouvons être entraînés à de mauvaises choses. mais il faut connaître avant de se lancer dans la charité. Berka met un peu de beurre. allumer ses petites :ugies. Le père Pélage semble peut-être plus dur. car il analyse bien. voilà ce qu’ils pratiquaient. Aller à la messe. je l’aime beaucoup. . Le père Céleste vit avec les pauvres. et le père Pélage a déjà progressé. mais il ne voit pas tout. un peu de saindoux.Mon Dieu. Avant. Chérubin de la vie du secteur. 11 ne disait pas : — Frères et sœurs. le prêtre ntait : t . Nous t’avons prévenu : ' . On dit dans la paroisse que Céleste est plus engagé que Berka. un peu g’huile. Même s’ils étaient fâchés Vec quelqu’un. c’était tout. Si Berka ne s’occupait pas de faire marcher F l’église. Chacun a sa méthode de travail. Maintenant. Chérubin. dire son chapelet. Céleste s’est parfois trouvé pris. beaucoup sont venus lui porter leur malheur. Elle est ' plus lente. Chérubin ne pourrait être libre d’aller partout dehors. nous nous ■nous la main. sec. Leur formation est différente : Berka Pélage est entré très jeune au séminaire.

9 Je peux me dire : tu as changé. < Il n’obligeait personne à donner la paix comme on nous a | appris à le faire : je suis près de toi à l’église. je le leur rendais. demain. .il faujfl dire qu’on m’en a fait voir -.Frères et sœurs. je sais que quand tu fais. Léonora. il ne faut paa attendre à ce que l’on fesse pour toi. Voilà pourquoi. | Quelles étaient mes habitudes? Je ne peux pas dire que jej n’aimais pas mes frères et sœurs. 1 J’ai fait moi-même l’expérience de ce qu’elles m’ont apporté. comme on les oblige. je ne suis p B Jésus. aussi. JH Un changement s’est opéré dans ma vie. A l’église de Prise-d’Eau. Jusqu’à ma mort je v | B changer. c’est lui. Je ne possédais pas encore cette connaissance* quand tu fais le bien à quelqu’un. et cela en travaillant chaqiS évangile. en le mettant en pratique. je n’arrive pas toujours à me dominer . et réciproquement. j ’ai acquis u 3 autre connaissance de la foi. Je n’ôterai jamais de moi le mot de pécheur. je la leur donnais! Mais dès qu’ils prononçaient une parole de travers sur moi.Donnez-vous la paix.]B marchait avec lui. pas d’obligation : . évitent de s’asseoir auprès d’une personne avec laquelle ils sont en froid. Maintenant. nous insistons tellement sur les réconci-J liations dans nos réunions de quartier. mais en quel sens? Je les aimais! comme ça. et il suivait Jésus.. je te donne la main ou je t’embrasse.. je vous laisse ma paix. mais il te reste enc<B beaucoup de chemin à parcourir. sans savoir comment ni pourquoi. le père Lasserre a dû lui-même descendre parmi les fidèles pour les amener à se donner la paix/ Ils n’obéissaient pas quand il lançait. depuis ma rencod^B 226 . Alors les gens. Pourtant. d’une chose. j Personne ne nous a jamais forcés à embrasser n’importe qui. du haut de sa chaire : . Que ceux qui veulent j donner donnent. depuis l’arrivée du père Céleste. qui peut Æ mépriser. Ils avaient besoin! d’un service. A Grosse- Montagne.Jésus a dit je vous donne ma paix. puisgH Pierre lui-même est tombé trois fois. je suis une pécheresse. j|3 gémissais déjà. je ne suis pas encore parvenu* jusqu’où je pourrais aller. il partageait avec lui. 9 Évidemment. Mais simplement : ] . donnez-vous la paix.

Je n’avais pas cette lucidité d’aujourd’hui. partout. c’est moi qui parle. moi. femmes. Pour toujours. oui. Mon ménage a mal tourné. faire battre leur langue. Si tu surmontes ces obstacles. l’autre répondrait « Coupez ». surtout si. qui y sommes les plus nombreuses. j ’ai du respect pour ce que je fais. et moi avions eu une autre relation. je sais ce que je suis. Ces réunions de quartier nous ont apporté à tous quelque chose. mon mari. tu es freinée. dans ton foyer. une autre vie. Car les gens peuvent dire ce qu’ils veulent. Participer aux réunions de quartier représente déjà un exploit. Quand l’un dirait «Hachez». Je commence à me comprendre moi-même et à entrevoir un autre type de vie. mais ce mal a peut-être permis de me trouver comme un témoin dans l’Église. Pour agir. il te faut faire des efforts.avec Céleste. en réunion de quartier. surtout à nous. . l’ambiance que tu trouveras là peut t’aider. Au lieu d ’écouter sans rien dire. peut-être ne serions- nous pas séparés aujourd’hui. l’Évangile est entré en moi. de parents d ’élèves. L’Évangile me fait parler. Si Joseph. à l’église. je crois. maintenant.

même si je ne sais pas nager et quej| risque ma propre vie. c’est ma peur qui mètjji pas l’Évangile. dans ta vie. par exemple. que tu agis. toujours des bonnes choses. On Fa appelée toquéeg Encore aujourd’hui. On peut appeler ça une sorte de folie. Chapitre X II Nou tout. 9 Entre ce qui arrive dans la vie. plus je découvre des choses à faire. c’est l’Évangile qui parle en moi. une idée bien ancrée dans la tête. mais s® le laisse dans l’eau et lui tourne le dos. en chacun |1 nous. ■ il y a place pour la folie l L ’être de Vhomme. j| Mon fils aîné et sa bande. si tu parles de suivre les enseignements m l’Évangile. tu as uig idéal. Elle s’est mise à le raconter. leur folie. la lutte pcfl 228 . Les saints ont tous été traités de fous! Bernadette. toujoflï dans le droit chemin. Jacques Lacan*' Dès que tu te comportes. plus il m|j faut avancer. Et c’est vrai que plus PÉvangiîi entre dans ma vie. L’Évangile te condujB t’amène à faire ceci ou cela. Ainsi.^ on dit de toi que tu as telle ou telle folie. il y a place pour la folie. mais il ne serait pas l'être de l’homme s'il ne portait en soi la folie comme la limite de la liberté. pour beaucoup Léonora a une folie d’Évangile. tu passeras pour folle. que tu vis avec passion. Si j ’aperçois un enfant en train de se noÆ et que je vole à son secours. non seulement ne peut pas être compris sans la folie. ni on koudbôdalo pou nou fè En chacun de nous. Tout simplement. et ce que tu désinS ou ne désires pas. avait vu la Sainte Vierge en rêve et 1É1 avait parlé. mais pas q | celles qui mènent à l’asile. à eux.

il y a du bon et du vrai dans ce qu’ils expliquent et font. Oui. Les gens disent que nous cherchons le chemin de l’asile et nous souhaitent d’aller prendre pension là-bas. plus ils parlent. 229 . tu tombes |mopreuse„. à [ Saint-Claude *. tu ne touches |E |cune aide. qu’ils le soient d’Évangile ou de politique. Oui. Si ton esprit de bien te quitte. mais moi. B f II n’y a pas que des fous ou des folles par amour. ton esprit ne fait que partir. Un homme peut te ■faire croire qu’il t’aime. ceux-là ne peuvent devenir fous. te tourne le dos si tu veux lui parler. ne veulent rien entendre. te charme. Que de ■ psons peuvent déconnecter les fils de notre cerveau et nous Hpettre la tête à l’envers! M fTu ne travailles pas. Tous ces fous. Oui fous. plus on va vouloir les expédier en prison. J’ai toujours ‘ entendu dire qu’elle ne se guérissait pas. Tu t’es jetée tête et cœur dans l’amour. sur la terre! Une des plus répandues est la folie d’amour. Plus ils avancent. Toi. monsieur. elle s’est emparée de toi. refusent de faire travailler leur cervelle. fous de changement. Ils crient contre ceux qui essaient de changer quelque chose. ce n’est pas ce qui manque. patron ». Ta tête s’en va. . il suffit que tu portes ton regard sur une personne. tu peux faire ^ Commune où se trouve le premier hôpital psychiatrique de Guade* ipe. I On peut aussi rendre quelqu’un fou par jeu. K u te retrouves trompée et abandonnée. C’est ce qu’on appelle une |blie d’amour. Il te courtise. ton rcœur s’enflamme. Toi et moi. nous sommes folles. Toute la journée. répondent . Ils éparpillent leurs idées dans le peuple. ne marchent pas comme la société voudrait qu’ils marchent. Pourtant. les gens disent : seuls des fous peuvent se risquer ainsi pour des idées. ■ Des sortes de folie. toute la nuit. tu as des enfants à élever. car nous réfléchissons. chef. Et voilà que cette -personne ne te regarde même pas. j* Parfois. je sais reconnaître celui ou celle qui est tombé fou par amour. maintenant. tu penses à elle. toujours : « Oui. ta tête est prise. On devient fou sans ' savoir comment.1l’indépendance peut les mener à monter les marches du tribunal. Ceux qui sont d’accord avec tout. et il te laisse. sont bien obéissants. comme ta tête est entièrement occupée par elle.

est parti en France se. Le rhum devient ton maître. je prends. il a perdu la boule.. de bon. élever tes enfants. Il était allé chercher quelque] chose de trop fort pour son corps. comme l’on dit ici. d’un autre.|H croire. Je connais un garçon qui. mais à force de travailler. il a voulu» dépasser ses limites. tu laisses tout aller et tu te fous dans la boisson. Leur bon ange s’en est allé. et ne deviejH nent jamais fous. beaucoup d’autres. ils le . Celui-ci ne l’a pas supporté. ton esprit du bien. J’entends parler d’un cas. Le père Céleste a une montagne sur les épaul^H il peut être exténué. je veuiB toujours aller plus loin. entre dans ta tête et tu n’es plus dans le sens du bien. perdent. ni que militer soit une mauvaise chose. Souvent. réfléchir tout le temps comme ça < 8 paf! un plomb saute.» Il y en a pourtant qui $ 9 donnent à fond. Et il y en a d’autres. La folie n’est pas loi™ Toutes les bêtises sont possibles.. Bien sûr. que certains sont nés pour être fous. tu es quel-- qu’un de vivant. il s’est mis avec le parti communiste. tu n’as plus goût à rien. aller plus loin que personne. C’est l’esprit du bien qui te porte à vouloir travailler. Tout ce qui était en eux de bien. On dit que la tête mène le corps. On n e j devient pas forcément fou.. Je réagis comme ça. Certains étudient trop . Il travaillait et militait en même temps. En quatrième année. la mémoire s’embrouille.n’importe quoi.. quand tu milites. on s’est beaucoup servi de lui. mais on peut perdre la mémoire. à trop avaler de connaissances peut? conduire à la folie.. le mauvais ange. tout c o n n a îti» prendre un chemin de falaise. ça commence. Et la carcasse ne suit pas. on entend: «Untel est devenu fou. Là. l’esprit du mal.^^B 230 . après son bac.. de mener de front plusieurs® activités. Ils: deviennent fous. Étudier. Un brillant garçon. qui n’avait jamais^ raté un examen. prennent énormément de tâches. foire médecin. mais pas devenir fo u . chacun choisit son parti. Si l’esprit du mal prend sa place dans ton corps. et veulent courir plus loin que leur cervelle ne le permet. il y a la vieillesse qui® s’installe.! Comme moi. Voilà encore une sorte de folie. je® prends. Je ne veux pas dire que c’est la faute du parti communiste. mais si tu laisses s’évader ton bon ange. Ça peut arriver à n’importe qui. mort de fatigue. les pousser à aller de Pavant dans la société. Ça peut allé» jusqu’à perdre le contrôle de soi-même. mais ce garçon était toujours en réflexion* toujours à faire marcher son esprit.] Chercher à trop savoir.

il la prenait avec grande cérémonie pour bien se faire voir de tous. Chaque personne que je rencontre me dit : . un fetît temps pour aider ma voisine. telle chose. On lui a envoyé ça. » Le pauvre. Si tu ne reçois pas de lettre. g&ors. d’aller voir les parents. Ici. je sais pourquoi. du mouvement patriotique tom­ bent dans la folie. D avait écrit sur sa lettre : « Cher moi-même. non. Quand le facteur lui remettait sa lettre. Il n’avait de contact avec personne. » Mais ceux qui savent la véritable cause de la folie ne parleront jamais comme ça. » Ou bien : « Ses ascendants ont fait le mal.. pendant son absence.. je dis : « Je n’ai pas le temps ». Je m’explique comme ça sa folie. fe' Lorsque. je n’ai pas le temps. Quelqu’un lui en voulait. Ces lettres qu’il s’envoyait à lui-même l’ont rendu visible. C’est qu’il avait besoin d’une place supérieure à la sienne. ■ Si nous n’avons plus le temps de ne rien faire. un petit temps pour faire telle glose. ou militantes. Il suivait bien tout ce qu’il faisait et. jamais. moi. si des militants. On raconte qu’un jour un de ses voisins vint le surprendre quand il décachetait l’enveloppe..Je suis pressée. Un petit temps pour aller visiter ma famille. 231 .. mais nous ne disposons p u s du temps comme avant. c’est peut-être le [temps lui-même qui nous échappe. en Guadeloupe. On ne le voyait même pas. on lui a fait du mal. ses voisins recevaient beaucoup de lettres et lui. c’est bien -sa faute. je ne peux m’arrêter pour dire bonjour. Il me faut prouver le temps. S’il lui est arrivé malheur. tu n’es pas dans le monde. et c’est lui qui paie. je fais un retour en arrière et je décide : « Non. une folie des temps d’aujourd’hui. se rendait invisible. » Je cherche à m’organiser pour libérer du Bemps. il a tout fait pour qu’on le remarque.. plus le temps ^d’aller rendre visite. Je ne sais comment c’est arrivé.. Alors. Alors il s’est mis à s’écrire. Sa folie n’était pas bien méchante. pour faire un petit causer en chemin. il voulait se mettre dans le monde. Il a dû en souffrir très fort.. J’ai connu un garçon qui avait une folie douce. peut-on dire qu’ils cherchaient la connaissance totale. personne ne prenait un petit causer avec lui. les gens ont toujours une explication: « Ma chère. L’apprenti voulait prendre la place de son maître. Dans le hameau où il habitait. qu’ils voulaient prendre la place de Dieu? Regardez l’histoire de l’homme invisible..

puis nous prenions le chemin qui mène au bord de la mer. Il m 232 . Ils s’esquintaient ainsi pour mettre de l’argent de côté et s’acheter. A peine rentrés. qui avait envoyé le mal sur lujl Maintenant. le monsieur ng participait à rien avec les autres. sortir des pièces de- canne du Blanc pour foncer dans 'son jardin. Notre journée de travail gagnée. tout le monde pleure : le temps nous manque! Et sûrement aussi l’argent. Nous avions donc du temps. Un ami de mon mari et sa femme travaillaient de 6 heures du matin à 1 heure dans la canne du Blanc. on fonce dans son jardin. Les yeux sont des mendiants. je me repose. il fallait aller au jardin. dès le travail fini. des automobiles. Et chiche avec ça! Toujours tout seul. Les mantikakwè l’ont persuadé que c’était| son cousin germain. Quand il parvint à ramasser assez d argent pouri la voiture. Travailler. nous dirigions notre vie. Est-ce une question de lassitude? Nous gardions un temps pour ? vivre. il travaillait pour payer les gadèdzafè. famille ou connaissances. mettions notre manger sur le feu. manger. Pas question de dire je suis lasse.Ne vois-tu pas comme il construit une belle maison. une voiture. sans nous laisser diriger par elle* comme aujourd’hui. montrait très actif jfl . Maintenant. arrête-toi. L’assiette avalée. A chaque visite. il n’offrait un bout d ’igname en fin de récolte ou ne vous proposait une liqueur m jour de fête. car. amour des bèlbèbèl. nous nous allongions pour une petite sieste. tu es éreinté. mais c’est dangereux cet. repose-toi ». ça peut conduire à l’asile. il est allé consulter les « marJ chands de croyances ». se. Au lieu d’aller trouver un médecial qui lui aurait dit : « Mon cher. il pressait sa femme. Si nous voulions nous reposer un peu. disait j | sorcier. tu t’es tué au travaild tu es écrasé comme un bâton de papaye sous une roue dej charrette. Il fallait toujours achetai de quoi faire de nouveaux «kenbwa» car le cousin. voilà ses seules! activités. nous faisions notre toilette. sur les tréteaux des Syriens de la rue Frébault41! Nous tous nous aimons les belles choses. la femme préparait à manger pendant que l’homme se reposait dans sa berceuse. enfermé dans sa petite case avec sa femme et J ses trois enfants. Jamais. il tomba malade. l’argent des économies fondait. travailler. jaloux. Le soir. Il faut bien de la volonté pour ne rien acheter de toutes ces marchandises étalées dans les vitrines des magasins. au lieu de se changer pour aller visiter amis.

il t’a barré la route. disait-il. souvent. impossible de garder son fou chez soi. il est presque .. il restait là. ça n’existait pas encore43. c’est lui qui fait fondre mon argent comme le sucre dans le café. a eu peur que son cüent ne passe entre ses mains. prenait des commissions à crédit à la boutique. un de mes firères est devenu fou. en colonage ou en ^location.Le seul moyen de m’en sortir. chaque village supportait ses fous. Sa tête est partie pour de bon et il a échoué à l’asile. mais. Aujourd’hui. Je vais lui couper la tête! ^ Il a piqué une crise et on l’a envoyé à l’hôpital. J’en sais quelque chose. contemplant la grande maison en ciment armé que le cousin avait construite en face de sa petite case en bois. mais il a retrouvé un brin de santé. j ’ai "vécu une telle situation. Le pauvre bougre commença à perdre la tête. feçoupant ses cannes tout seul. et il n’avait jamais confié à une personne qu’il consultait un gadèd­ zafè. elles n’étaient pas portées à son crédit. Kàmvées là. on voit bien que tu ne les a pas achetés à la pharmacie. Il ne parlait plus que de lui : ! . que tu ne suis pas les conseils d’un médecin. je ne sais plus très bien. Tout le monde parlait de son cas. C’est dire si Bpèpoque de la récolte était attendue! Alors. il n’avait pas publié des bans pour dire qu’il avait envie d’une grosse voiture. Bien sûr. il travaillait dur. les feuillages que tu ramènes à la maison. Partout où il . après avoir mangé tout . passait. A sa sortie de l’hôpital. H II y a quelques années. les gens mélangent les deux traitements. Il a conseillé à sa femme d’aller consulter un médecin. avec tout le monde. Ils ? étaient tolérés. C’est lui que m ’a envoyé ce mal. le secret n’existe pas. les faisant charroyer jusqu’à l’usine. ^Théodore travaillait la terre d’un Blanc. dans ces cas-là. il voyait ce cousin. n y a très longtemps. ^ voulait pas que tu achètes une grosse voiture. Il devait de l’argent à l’usine. i D’ailleurs. . Le fou vivait dans sa famille. Pas question de l’expédier à l’asile. mais enregis­ 233 . sa bouche s’est mise de travers. Tous étaient d’accord pour reconnaître qu’il s’était lui-même rendu fou à travailler comme un esclave pour s’acheter des choses trop chères pour sa v situation. dans le village. Le gadèdzafè. son argent. On remarque la . hébété. c’est de le tuer.. qualité des remèdes que tu prends. bien que. A force de prendre des médicaments. aimés.

Une première fois. le fou. déversant sur lui des torrenjjj d’injures. à lui « conter mépris ». mains sur la tête. J . à la maison. tu dois essayer de lel calmer avant d’agir. Ne 1|8 rends-tu pas compte dans quel état je suis? 11 Dans la famille. Elle lui était volée. L’autre avait tout empoché depuis long­ temps. A la elle s’énerva et lui rendit la pareille. Comment payer les dettes à l’usine? Et le crédit . Théodore est rentré chez elle. A Saint-Claude. Sa petite femme s est trouvée bien embarrassée avec lui. <3m l’a fait travailler comme ferrailleur. Maman le dorlotait. . écrasait tout ce q u || pouvait. à manger. il se rendit chez une de mes sœurs qui habitait Ifl bourg. tu f l || parles sur ce ton. Pourquoi? Tu devrais me tolérer. tout ce qu’il voulait. son état s’est amélioré. Il brisait. c’est moi. Que s’est-il passé alors? Il a commencé à tourner en rond. a commencé à faire des dégâts. M . J| Un autre jour. JB Théodore n’avait plus qu’un seul mot à la bouche : argem| argent. il s’est rendu chez une cousine qui a sa maison sur la terre maternelle —nous lui avons donné une portion de terre pour déposer sa case et une autre pour cultiver. Nous lui avons reproché son comportement. prenait plein de précautions. il étajl ailleurs. il acheta un billet de loterie et gagna des millions. Son bon ange l’avait définitivement quitté. lui j servait à boire. Il nous donna à tous de l’argent en disant : j . à la boutique? Il avait compté sur sa récolte. puis il est devenu fou. qui vous distribue des sous! Pour voir s’il s’améliorait. Un jour.Ah! lui dit-il. il partait rendre visite à la famille. Théodore alla - toucher son argent. Le médecin a décidé d e » 234 .Regardez. Il j a eu le temps de récupérer deux chars de cannes et de les faire | mettre à son nom. Il la provoquait pour se battre avec elle. Elle l’a amené chez nous. personne ne voulait admettre que la folie avaffl enfoncé ses griffes si profond en lui. lui ai-je dit. La récolte finie. ma mère fuw obligée de l’emmener à l’asile. Il se savait malade ’ et en parlait à ma mère. tu sais bien que Théodore esta malade. En définitive. c est une parente proche. mais elle refusait de l’écouter. toi qui es soi-disant une femme de bien.Xu es au courant. Quand il arrive excité comme ça. La cousine a répondu présent et lui a sauté dessus. Il commença à l’insulter.trées sous le nom du Blanc. petit à petit.

il faut qu’il soit vraiment menaçant. » Pourtant. dans son atelier. des gens qu’on porte à l’asile. l’entasser sur les chariots. elle ne transige pas. tu . l’argent qui te libérera de tes dettes. une femme à la tête bien sur les épaules et rusée comme "Ampère Lapin. fou à enfermer? Travailler. On peut aussi essayer de rendre folle une personne. C’est arrivé à une de mes connaissan­ ts. Les fous sont partout. maintenant. envoie ses cabris dévorer ses salades jusqu’à ce ^ue. tu ne reçois pas un sou. tout joyeux. cachant son mal. la dépailler. exaspéré. mais pas des fous dangereux. l’attacher par paquets. exprès pour mouvoir la faire enfermer. P°ur enfermer quelqu’un à l’asile. laisser sortir et a signé son exeat. j Souvent. et puis. celle-là. il prenne son coutelas et lui en foute un bon coup. L’un emmerde Tautre. tout seul avec ta femme. une folie d’amour pour l’argent? Avec tout ce qu’il avait subi. Le mot « honneur » est pour elle plus 235 . Sur la tradition. je n’ai jamais mis les pieds là-haut. un clou lui entra dans le pied. comme mon frère. je peux dire que nous sommes tous en liberté provisoire. tu apprends qu’Untel a gassé tout dans une maison. pas même de quoi acheter du pain! Comment une tête peut-elle résister? Il paraît que. Il ne dit rien à personne. vas toucher le fruit de ton travail. qu’un autre s’est Iriais à boire et^part tout seul dans les fonds faire ses « macaque- ries » (singeries). On n’enferme pas Quelqu’un pour un coup de folie. et surtout d’une folie d’argent. la charrier jusqu’à l’usine. B n’est pas fou. avec tout ce qui se passe jjàüjourd’hui. On ira peut-être chercher les gendarmes. des histoires surgissent entre voisins. La gangrène eut le temps de tomber sur lui et il mourut le soir même. Certains font peur et les gens disent : « Celui-ci est vraiment pas bien. l’engrayer^ la débarrasser des herbes-guinées qui vous coupent les mains. U devait être libéré le jeudi. il est en liberté provisoire. Autoritaire. sur ce qui se fait. farouche et toujours prête à la riposte. elle ne s’en îfcse pas conter. mais. la couper. Un coup de folie l’a pris. quand. qu’il ait fait une chose grave. De temps en temps. n’était-il pas obligé de devenir enragé. et nombreux. il y a davantage de fous comme mon fière. Personnellement. Sa sortie aurait-elle posé des problèmes à sa famille? Guérit-on vraiment de la folie. car il voulait sortir le lendemain. le tisonne. pas le docteur. à planter la canne. ne se t pas. enragés. Le mercredi.

On la fourre dans une voiture dans l’état où on l’a trouvée. elle va mieux. Vous dites que je suis folle. des cives.! vous voulez me faire signer. . employer 8 force. ass| comme pour une veillée. alors que les autres héritiers aimeraient bien établir un lotissement. des pois d’angole. L’un fonce sur elle avec sa voiture comme s’il voulait l’écraser. Après un mois. de la canne. Un acte signé par une folle n’est pal valable. 3 236 . Principale héritière d’une terre de famille. mais il s’en est fallu de peu qu’ils la rendent folle pour le restant de ses jours.important que tout. Ils lui faisaient vivre à l’avance 1 propre mort. la prit chez elle pendant sa maladij Maintenant. Pour i l éviter de retourner à l’asile. à son chevet pour essayer de lui faire signer ce fameux papier. Scandale dans le quartier! Amélise est folle. Alors. Amélise part dans une maison de repos Û refaire un peu la santé. Trop c’est trop.. de se coiffer. un certificat médical en poche. des bananes. dit-elle. l’autre lâche ses bœufs dans son jardin où ils saccagent tout. Elle a très chaud et va à la boutique acheter de l’eau minérale en bouteille pour se doucher. elle se douche à l’eau minérale! Une des nièces héritières accourt et l’embarque de force pour l’asile. ce jour-Ià. tous là.Je vous savais pas très intelligents. se présenter devant les médecins dépeignée. si fière. vêtue d’une robe de maison. Vous auriez pu vous y prendre autrement. les bandits. tempête. ils étaient tous. ils ont monté un complot pour lui faire perdre la raison. Elle craqua pour de bon.Pas de forêt de béton sur la terre de nos ancêtres. quelle honte! Dès le lendemain. Elle s’est moquée d’eux : J . des ignames. la voilà toute rajeunie q l retourne chez elle. Ils l’attendaient. neveux et nièces. Ses premières vacances depuis au moins cinquante ans. Elle crie. La terre est là pour planter des malangas. qui avait suivi S près tout le manège.. rien n’y fait. Cela surtout lui fait un choc. | Après ce choc. elle refuse de vendre. mais je ne vous croyai pas à ce point noyés dans le néant. Amélise n’a pas même le temps de se préparer. l’eau est coupée dans le secteur.. pas du béton. ils continuent leur manège. de mettre une robe convenable. Et rien ne peut la convaincre de signer.. une de ses amies. Elle.. sa tension monte à vingt! Pour son malheur. ameute les populations. Elle tombe malade.

le Mal existe. Si X est en affaire avec toi. E’ie s’habille bien. bien propre.Je l’avais bien dit qu’il se casserait la gueule en voiture ï « Manti a mantè». qu’un «gwonég noué» qu’elle avait dédaigné a envoyé un esprit sur elle. à leur façon de sourire. Tous ses enfants sont à l’Assistance publique. été consulter un gadèdzafè. un homme racontait que s’il avait cru. mensonges de menteurs! Le Mal a bon dos. on voit que leur tête est déboîtée. Quand une mère met au monde dix enfants. tu penses à cela. Je connais une fille atteinte de ce mal. Je la crois plutôt folle des hommes. tu rencontres ce que tu t’attends à trouver. A leurs gestes. bien sûr. À l’église. Sa famille raconte qu’on lui a jeté un sort. Ceux qui sont pris de folie douce ne sont pas dangereux. . on lui fourre quelque chose dans la tête. tu perds le ^contrôle de ton corps. ce qu’il y a vraiment derrière ces histoires de Mal. lui. Oui. Le légitime propriétaire alla raconter partout que ses nasses étaient « proté­ gées » et que l’esprit gardien réserverait le même sort à tous ceux . pour rendre quelqu’un fou. Elle choisit les autos conduites par des Blancs et monte dedans. Tu te dis. elle n’arrête pas n’importe quelle voiture ni n’importe quel homme. tieore l’autre jour. rie peut se ànter d’avoir des enfants sages. On dit qu’elle est folle d’amour. au temps d’aujourd’hui'. à l’église. il s’est observé au volant II a vu qu’en faisant davantage attention. La vie elle-même rend les ïfants rebelles. il arrivait à supprimer ces petits accidents. leurs -fants suffisent. C’est avec des exemples comme ça que nous montrons. de vous regarder. à ce mal que l’on peut envoyer sur l’autre. Elle a une folie douce mais sait tout de même ce qu’elle fait. Si le gadèdzafè t’a prédit un accident. un pêcheur s’est noyé alors qu’il plongeait pour vider des nasses qui ne lui appartenaient pas. Après avoir réfléchi. et tu vas te fracasser. jl triomphera : . il aurait. et se plante au bord de la route. Personne n’a plus touché à sa pêche. et ça le mange tout entier. Personne. bien astiquée. Attention. Je crois plutôt que. Et pourtant tout le monde savait que ce tonneau ambulant lein de rhum devait un jour rester au fond de la mer. à chaque petit accrochage avec sa voiture. ne menacent personne. * Pas besoin d’esprit malin pour rendre les mères folles. Quand ça la prend.ui oseraient s’en approcher.. tu as peur. tu penses. 237 . à l’avance. et quand. ip’est l’esprit malin que X m’a envoyé. dès que tu prends le volant. il lui en faut un.

des croyants comme des incroyai® Nous. Chez mes parents. et le Diable. et quelques-uns J 9 238 . c’est le Bien. certains v eu l|9 s’oublier. son fils est allé le chercher. S Le Bien. tu trouves® Diable. n’avons jamais vu Dieu. en toute chose. elle est foutue. La croix. comment tel être existe. Joseph soient comme lui? Dans ce cat il me faudra travailler à les faire lui ressembler. Au moment | réveil de la Soufrière. et aura vitj assez d’eux. Une sorte de folie aussi. Sortis d’une seule. braillait. A la maison. c’est le Mal. A sa suite. tu 9 peux dire le Bien a été mis pour moi.® ne l’a pas gardé longtemps. ou alors dans un asile. Si mi mère avait voulu nous rendre semblables. k troisième du deuxième. je n’arriverai à rien. car chaque enfant nà sous une étoile et accomplit son destin. Si tu empruntes un autre chemin. 9 Jésus-Christ nous a tellement aimés qu’il a donné sa vie pdj® nous. Nous sommes plus forts que toi. je vai vouloir que Lucie... Ernest. tonitruam dans la cité. Si elle n’accepte pas que le deuxième soit différent du premier. mais nous parlons de L ® Nous cherchons : comment telle chose a pu se faire et pas te® autre. Et même folle. débordée. Encore un à qui « on » avait envoyé le Mal. elle n’aurait pas véc jusqu’à quatre-vingt-trois ans. la maison marche grâce à lui. Des gen vivent là très vieux. D H a créé le Bien. ils sont tous dissemblables. Je fais toujou® intervenir la croyance. A toi de n ed ® prendre le chemin du Mal. tous ceux qui l’écoutent. c’est tout ce qu’il a souffert p o u | 9 autres. Le vieux criait. j9 Jésus-Christ nous donne l’exemple. beaucoup qui s’arrêtent. nou étions quatre sœurs et cinq frères. Il y e | 9 qui commencent. c’est une question de foi. Une maman doit voie clair là-dessus pour pouvoir s’accommoder de chacun. Dieu est le père de tq ® dit souvent le père Pélage. notre volcan. Cest peut-être pourquoi on p § 9 de la folie de la croix. toi q u i 9 croyais le plus fort. ses fils. mon fils aîné est tout pour moi : c’est lui le pèr| la mère nourricière. puisque Dieu. Ses parents touchent sa retraite. Alors. Même si tu ne crois pas. Pas un pareil à l’autre. Je deviendn folle. D ifl aime tous ses enfants. repousser les limites humaines. se dépasser.. ce n’est pas ce morceau de l | 9 sur lequel on l’a crucifié. On l’a cloué là pour lui dire : voilà ta place. etc. le Mal. Le père d’une amie y est enfermé depii cinquante ans. le Mal pour les autres.c’est dix sentiments différents que la société accueille.

Plus nous allons. . et s’il est possible pour nous d’arriver à sortir de cette société. avant que nos têtes tournent toutes à l’envers. plus il y en a.craquent et sont enfermés à l’asile. de la changer. Je me demande si c’est la Guadeloupe toute seule qui est malade comme ça.

dit bonjour et grandit comme ses s’efforcent de Félever. c'est ma langue. c'est elle qm méfait porte-parole. An té vlé konprann pouki Gwad. 240 . Ma charge à moi. parler le français. car étouffer une langue. An pa dwa lése-yo toufé-y pas toufé on lang sé dôbou- jonné Limanité. Je voudrais comprendre pourq loupéyen enmé palé fwansé kon. créole. ^ Hector Poui A entendre certains Quadeloupéens. sé fwansé ou vlé palé. Pouki Nèg ka méprizé kréyôl. sé lang an mwen. une langue qu'ils sc parler. lang Pourquoi les Nègres méprisentl yo konnét palé. parler le français et tu veux. c’est enlever un bourgeon à l Humanité. une situation pareille. je n'ai pas le droit de la laisseù étouffer. F6 ou brak menm pou ou rété Hfaut être cinglé pour rester ■ adan on sitiyasyon konsa. sé-yî ki ka di kimoun ki ka palé dèyè mwen. Je n'ai pas te droit de Im fouler aux pieds. on maladi ka rann moun brak L'amour du français. un enfant bien éduqué un enfant qui parle toujours le français. An pa i dwa mété-y anba plat a pyé an-mwen. le français. An pé di sa lèd : ou pa konnèt paie Que c'est laid! Tu ne sais fwansé. dans le respect et dans l’honneur. Chapitre X lïï Enmé palé fwansé. les Quadeloupéens aiment sa. une maladie qui rend fou . Chaj an mwen sé mwen. Qu’est-ce que la langue française a à voir avec la boi éducation? Un enfant bien éduqué est un enfant qui écoute grandes personnes.

la dame est blanche? Je ne pouvais absolument pas poser cette question. un dessin.. on ne nous expliquait rien. Maintenant. Tu sais que c’est une photo. déchaîner. ne pas voir de Guadeloupéens dans nos livres ne . u-ne ’ bo-bi-ne. Et ça n’a guère changé. P Graminée dont la racine est utilisée en parfumerie et la tige tressée ûour faire des sacs et des paniers. un petit 'panier. De mon temps. avec ses livres et son petit fière. be bi. c’est toi. les Caraïbes se frottaient le corps avec felu roukou. ça existe alors! On entendait «la rivière La HRose ». Valérie qui va à i l’école. ces noms me S e mblaient étranges. mais allez savoir qu’elles Boulaient en Guadeloupe! « Guiyono ».. i mais sans voir que c’est une dame. Enchaîner. ils l n’étaient pas là. C’est grave. dodo. la chose la plus importante. je me rends compte que nous ne ^réfléchissons pas du tout là-dessus. les Gaulois par-là. que je m’aperçois que je ne m’étais pas rendu compte de ça : toutes les personnes qu’on voyait dans nos livres étaient blanches. je vois clair. on te considère comme un être inachevé. C’était réciter. B Maintenant. Ils te montraient une pipe. Tu y allais pour ça.. pas du tout. un sac en cuir ' sûr le dos. W* A l’école. sans rien comprendre. « La Lézarde ». bo. une maman. nous n’avons pas de cartable en cuir! Nous ‘allons à l’école avec un sac en toile. à remuer tous f ces souvenirs d’enfance et de ma vie. papa. et je les répétais avec plaisir. A évoquer cela. « Bayarjan ». Nous. ils t’appellent Valérie. ils ne pouvaient pas nous le dire. c’était t d’apprendre le français. on ne voyait aucun portrait de Nègre. mais alors là. nous choquait pas. dans le livre. et je me révolte quand dans le . Pour nous. 241 . [ Pas de maman ni de papa noirs.. Est-ce sur les bancs de l’école qu’on attrape cette maladie? Je le crois bien. « La Sarcelle ». les Gaulois wpar-ci. livre de ma petite-fille.Pourquoi. je voyage. tout simplement. C’est aujourd’hui. si tu ne connais pas le français.. Quant à les S ituer dans une commune! Tout ça restait pour nous un mystère. Il ne serait pas venu à l’idée de demander à ma maman : . tu reconnais un papa. Aujourd’hui. je découvre : tiens! ce que je récitais en [ g é o g r a p h i e locale. Nous ne voyions jamais de Nègres dans les livres. un monsieur blanc! Et ils ne nous disaient pas : voici un Blanc. ba. Dans nos livres d’école. en vétiver*.

j e ® fâchais quand des garçons venaient lui faire la causette en créo® Je me disais : ce n’est pas une fréquentation pour elle. ® Il n’y a pas longtemps que j’ai appris qui étaient les v r® Nègres marrons : des Nègres rebelles. tul n’est pas obligé de haïr. J’ai entendu parler d’ « es. La maîtresse ne donnait aucune explication : te faire tenir) tranquille et parler le français. qui refusaient® fouet et s’enfuyaient des habitations. tu étais. Tu apprenais 1 tout de même quelque chose. et. aveuglée. debout. enragé comme s’il allait manger saj belle-mère: | . Je l’ai appris grâce à toi™ ces réunions. ces boulever® mènts de ces dernières années. je ne peux pas! rayer l’esclavage. Un monsieur s’est levé. je sel® pire que bon nombre de Guadeloupéens. être d ® 242 . C’est vrai® ne mens pas. Toujours cacheçj cacher notre histoire! jj Si je ne savais rien de l’esclavage. On n’a pas idée de faire venir! des gens pour leur ressasser toutes ces souffrances d’un temps! déjà dépassé. ces rencontres. Mais même si je le veux. Quand Lucie. on ne connaissait pas. si tu ne récites pas tes prières avant ® t’endormir. voilà son travail. des voleurs. ces conférences. je croyais être très renseigné» sur les Nègres marrons. attecn tion. moi-même. Ça ne peut que susciter la haine contre le$| Blancs. le Nègre marron viendra te prendre et t’emporté® dans les bois. ma fille aînée. était à l’école. si je n’avais pas fait attention. rentrez tout droit chez vous.Si tu n’es pas sage. Et pourquoi donc? j Il y a quelque temps. 1 L’esclavage.. enfant. qui. des assassins.Je ne suis pas d’accord du tout. On entendait : ® . On nous a fait évoluer à to ® vitesse. mais ton esprit n’était pas déployé J pour savoir au juste où tu étais. ça s’est réellement passé. 1 Cet homme vivait peut-être avec une femme blanche? De quoi! avait-il peur? Si tu n’as pas toi-même subi toutes ces atrocités.Un Nègre marron s’est échappé! Enfants des écoles. On nous cachait tantj de choses. ne musardez pas en route!® Les Nègres marrons.. on nous menaçait : ® . je suis allée à une conférence où l’oal racontait tout ce que les Nègres avaient enduré pendant l’escla-j vage.j claves blancs» dans l’histoire de France. des brigand® de mauvaises personnes qui s’étaient échappés de la prison ® dont.

j ’ai appris que ceux qui doivent avancer avancent. les mères. Je ne voyais pas clair du tout. par exemple. parler français qui disent aux autres qu'ils n’en ont pas besoin. parlé par des Nègres non ÎS. authentique. des voisines. Maintenant. ~Pouki ou ka palé gwo * kréyôl . Tannée du bac et se laisser conter fleurette par des garçons qui ne savent même pas parler fiançais! Je ne lui disais pas.Pourquoi parles-tu ce créole pay­ pfonsa pou timoun la? Palé fwansé san à cet enfant? Parle-luifrançais -i trapé bon labitid pou-i pour qu’il prenne de bonnes habi­ ib réponn on gran moun an tudes. De telles pensées n’auraient jamais dû prendre racine dans ma tête. faire un bon mariage. . Ça l’empêcherait de mayé. on ne la laissait par parler avec n’importe quel petit Nègre. En faisant un pas en arrière. « ils» nous ont pris comme dans une boîte à crabes. une jeune fille arrivée dans la classe du baccalauréat.Ce sont ceux qui savent déjà *fwansé ki ka di lézèt pa bizouen-i. 51 ba-i. mais je le pensais. ï non. les parents. Avec cette histoire de français. même si elle lui a parlé en créole. les grands-parents se fâchent : Sé moun ki ja konnèt palé . mais que je connaissais. non.Un garçon peut parler créole. Sa pa bon si li vlé fè on unefille. avions cette attitude. Je ne possède rien. gwo nèg. '. Nous toutes. Encore aujourd’hui. En ce temps-là. je me rends compte que c’était "bête de penser comme ça. créole pur. beaucoup sont choqués quand on s’adresse en créole à un enfant Et quand il igit d’un instituteur. Gwokréyôl. et ceux qui doivent reculer recu­ lent.An ja maléré kon lapyè. Il fwansé pou voué si li ka trapé on faut que mon enfant parlefrançais sitiyasyon.Je suis déjà malheureuse comme " . on gason pé palé kréyôl. fo timoun an mwen palé les pierres. D’un autre côté. je voulais bien qu’elle converse avec d’autres personnes. de moindre valeur que ces garçons peut-être. an pa . pour qu'il arrive à une situa­ tion. soit capable de répondre en menm si moun la palé français à une grande personne. 243 .

prêcher en créole pour un prêtre.! l’Évangile nous inspire. tu| fais attention puisque tu sais que toute ta descendance peu® hériter de tes fautes. M On trouve des mademoiselles «je te vire» parce que sera grand-père avait dit un jour à une belle : . surtout à l’église. tous ces gens qui ne savent pas dire «pain cuit» en français et qui voudraient interdire le créole. ce serait dérespecter aussi l’école.. sur les hauteurs de i Trois-Riviéres. même ceux qui n’étaient capables ni lire.La première fois que je te vire. Au début. Ceux qui ne savent ni lire ni écrire sont les plus acharnés ! contre le créole. Mon Dieu.Comment. ta mère. Chérubin.® Des monsieur « Gligli » : È . le tribunal. (Je t’aime comme un oiseau perché sur un avoca™ desséché. En Guadeloupe. onj roulait en français. détestent le créole! On leur a donné le français à parler. ce que. dire au micro._ Qu’est-ce que cette histoire de créole dans la maison de Dieu? Pour elle. même ceux qui avaient quelque chose à dire. ligotés. Avant d’ouvrir ta bouche. Et patati et patata.) » 244 . Ils sont malades j d’amour du français! Voilà pourquoi. mon kèr a fait bidimbad. î fidèles. voilà la langue qu’il faut parler. . Les gens parlaient peu. défendent à leurs enfants de parler créole. Et elle n’est pas la seule à penser ainsi. ni de parler le français. que d’y faire résonner le créole. ni d’écrire. mais elle s’adressait à toi en français! Elle t’a envoyé à l’école. c’est< triste. ça ne s’est pas fait en un jour. lui disait-elle. Pour beaucoup.Jj . on leur a fait perdre tout ce-qui était déjà à eux. on se moque trd|| de ceux qui parlent mal le français. et pour nous. venir dans l’église.. et même très loin. à « Dèyè Bwa». participent au comment taire de l’Évangile. Ne voilà-t-il pas que j ’apprends que tu parles et fais parler créole à reglise!. t’a élevé dans les bois de «Kalakaz». i Le père Céleste nous a raconté une discussion qu'il avait eue avec sa marraine : . en créole. Ceux-là sont déjà pris.Je t’aime comme un gligli perché sur une branche à zabdïB sec. dans nos réunions de quartier. c’était dérespecter le Bon Dieu que de prêcher en créole. L’idée était que tous.

On a voulu faire un marché pou vendu le pois boukousou qui a porté beaucoup cette année. et les autres ne te ^comprennent pas. mais. ce qui m’in­ téressait. on ne pouvait aller très loin. Comme ils applaudissent d’ailleurs aux phrases françaises qui sonnent bien même s’ils ne comprennent pas ce qu’elles veulent dire. c’étaient les mots que les orateurs employaient. Qu’est-ce que j ’ai pu rire en entendant ce candidat pester contre les communistes : . pour quelques-uns. Le parti comminis a roukouvé ça! Et cet autre qui se trouvait «constipé» devant l’état de la mairie et du monument aux morts! Même ceux qui ne sont pas forts du tout en français aiment rire des bêtises des autres. Si tu veux vraiment Expliquer les effets du texte sur toi. et tu fais parler le texte. on ne pouvait pas dire grand-chose. sa famille l’a élevée en français. Je faisais un effort pour les fourrer dans ma mémoire afin d’en faire profiter les absents. moi. tu ne trouves pas. en français. toutes tes idées bortent librement. 1 Lorsqu’on commentait l’Évangile en français. En adoptant notre langue. Tu ^cherches quels mots employer. par exemple. et aussi que certains qui ne parlent pas très bien le français ont honte. elle fait li|cQle en français. rigolant de toutes leurs fautes. Je trouve ça beau. On a voulu un dispensaire pou panser le bobo de la malade. Elle avait p Miganné. c’est une méthode qu’il a choisie pour mieux faire passer les paroles hdu Christ. Quand j ’allais écouter les conférences électorales. tu t’embrouil- gles. c’est autre chose. Le texte est déjà écrit. pouvez-vous me mettre en contact direct avec la marche palpitante du temps? Chérubin savait tout cela. il feur a fallu un effort. Le parti comminis a kouyé ça! (a tué ça!). de s’entendre demander l’heure comme ça: . est institutrice. on répétait : le Christ a dit ceci. le Christ a dit cela. tu ne le peux. plat de diverses « racines » cuites ensemble. Plutôt que de patauger ainsi en français ËjgUganné *. 245 . Tu n’arrives pas à dire ce que tu ressens. parle ton créole! p Les animateurs ont compris ça. Tu peux t’exprimer. de migan. En ^créole. Adèle. Je me moquais d’eux.Mademoiselle.

ce n’est pas ejl français qu’il faut leur parler. j Sans l’apparition des syndicats U. 246 . jj A cette époque. il faut connaître la méthode pour arranger des paroles qui sonnent^ bellement. par exemple. Il ne suffit pas de trouver les mots en créole. Il veut.Dites ce que vous avez à dire en créole. » 3 Ils sont venus devant l’usine expliquer leur affaires. cette histoire de créole! Je critique souvent Chérubin car il entre. et personnel aujourd’hui n’utiliserait notre langue dans les réunions. *.G. jamais Chéj rubin n’aurait osé faire entrer le créole à l’église. je n’étais pas encore tellement dans® coup. nous les chantons. parfois. quai® quelqu’un est venu raconter le meeting : j® .. Quel problème. J Nous parlions comme ça. U. impossible de lui demander de se lancer en créole d’un coup. Ainsi.Je ne suis pas musicienne.T. Une jeune responsable de lafl chorale l’a bien dit à Céleste : J . en 71. Quand elle a vu les difficultés des gens en réunion. je t’en fous. Elle a fait cet effort. des chants pour l’église! Il fauf être doué.A.Une bande de petits Nègres! J’avais compris qu’ils venaiei® dire quelque chose d’important. Il ne savait pas s i^ n syndicalistes avaient parlé du prix de la tonne de canne o u 9 * U.A.G. Les gens de l’U. ils n’ont fait qj® parler créole! J® Il n’avait rien écouté. je n’ai pas appris la musique. Il y en a dans le livre. mais en créole. nous les répétons. et elle enchaînait en créole. mais quant à faire une intervention! à prendre la parole en public en créole « toulongalé » (tout au] long du discours). Elle s’y est misé d’elle-même.T. J’étais chez une amie. qu’ils composent des chants en créolé Mais ça ne se fait pas comme ça.P. à La Rosière. S’ils sont syndiqués chez nous. mais je laissais traîner mes oreilles et cherchais à savoir ® qui se passait. en conflit avec les jeunes à cause de­ çà. : Union des paysans de la Guadeloupe.l’habitude d’aller à la messe en français. elle a conseillé : ■ . on nous lesj a appris. je ni! peux pas composer des chants. pas question. ils pourro® bien nous comprendre. les prem ier se sont dit : m « Nous nous adressons à des ouvriers agricoles qui ne savenl ni lire ni écrire.P. petit à petit. rien entendu. et aussi la musique.

j ’arrivais à répéter des mots sans trébucher. de nombreuses actions. Pour ceux qui se baignent dans le îçais. participer à un partage d’Évangile et à une messe en )Ie est un grand bouleversement. » Pour la première fois. m’aurait demandé leur sens : zéro. en qu’homme. ['interdiction de couper la canne au mètre. nulle part en Guadeloupe! Et aurtant : Kréyôl sé zépon natirèl an nou. dans le ventre de notre ibennyé adan. je suis allée à l’école. mais à pas de «môlôkoy» ortue) : quand on t’a enfoncé une chose dans la tête. E nou touvé l'ont apporté et nous avons foncé pri. leurs revendications. on sait ce les mots de la Bible veulent dire. dedans comme un taureau efflan­ qué. Dès tann palé a kaz a-ou. à lise. je ne comprenais iuis que le père Céleste explique tout en créole. il n’avait retenu Qu’une chose: «Une bande de petits Nègres venus faire les [rouillons. le père Céleste. nous l'entendons îsé sé on lenj prêté. qui avait mené avec eux. Yo pôté-i parler à la maison. dans nos partages évangile. Moi. Cette idée a beaucoup avancé. A force itude. Certains ne voulaient rien entendre et trouvaient ça inadmis- le. parler créole. et. Le créole. nou rel Déjà. c'est notre éperon natu­ an vant a man man nou. Quant aux chants en latin. A la de ça. je parle le français. nou è nau enki varé adan-i c'est un habit d'emprunt. je ne sais pas ce qu’il dans les tréfonds de cette langue. sé sa mère. Le français. a dû se dire : Pourquoi ï? Pourquoi ne pas utiliser le créole à l’église. Le créole. mais je ne le pas dans tous ses tours et contours. j ’étais la reine aux prières des morts. qui vivait au milieu des petits riculteurs et des ouvriers agricoles. dans leur langue. c’est la langue des pauvres44. nous baignons dedans. Nous nous sommes trouvés pris. Ils n’avaient jamais vu ça. pas facile ^accepter un changement. les travailleurs de la canne avaient pu exprimer eux-mêmes. Sôti ou sôti. notre naissance. peignait en créole : 247 . Ils nous bèf a tchou fon. On dit que je lis bien.

etc. dans son français bien à elle. Il s’était mis en 1 de les élever uniquement en français. elle dit comme ça d’envo) piment pour elle. Même si grande personne s’adressait à l’une d’elles en créole. Ils ne se posai pas de questions. et moi-même marchons en créole avec tout monde. Ils n’étaient pas empê comme aujourd’hui dans ces affaires de langue. » . tu me barres. Elle n’aime pas utiliser le créole avec de si petits enfan Marc. tout le temps. chasse.. puis il s* séparé d’eux. L’autre jour ils devaient illustrer un dessin la parole : « Jésus était avec ses disciples. Je prétends que le créole n’a aucu mauvaise influence sur nous. A peine ouvrait-il la que tout le monde riait. deux parts.Ce n’est pas la première fois que j ’attrape barbe avec toi. Vouloir éduquer enfants dans cette langue paraissait une chose bizarre. miziré kôd (mesurez la corde). un point c’est tout.Maman est en bas le fond. ne t’assis pas par terre. « Maman-catéchisme »..Man Joseph. donnant à la l d’énormes coups de roche : . se sentaient libres. comment faire Jésus fendu en deux? Il prenait « séparé d’eux » au sens créole : fendre en deux. Et puis. dlo glasé (de l’eau glacée). retirer le linge mouillé sur toi. dans ma jeunesse. II se fâchait : . c* impossible. Ma fille Lucie a un fils de quatre ans. Jamais. laudate.La pluie. Ave Maria devenait lavé lari la (lavez la rue). je ne peux pas dessiner ça. son frère. Les anciens con saient le créole. me dit l’un. crois sé dé ti honte tu me fais honte! Mon cousin ne connaissait pas le français. elle ri. dait en français. je me rends compte que les enfan d’aujourd’hui ne sont pas plus avancés que moi hier. miséricorde. Ils comprennent pas le français. Elle s’adresse à lui français. Dé bouche de ses filles sortait un drôle de « migan ». maman n’aurait dit à son enfant : .Je te défends de parler créole! Cette mode n’avait pas encore débarqué. la manie du «parler français» a gagné du t~ 248 . Un cousin de Carangaise avait deux filles. .

où ça ti a déposé lè peigne? . Les mères qui veulent tout diriger sans se jvrendre compte qu’elles ne sont pas à la hauteur de leurs enfants sont une vraie plaie. rajoutant des fautes là où : il n’y en a pas. qu’il aillent à l’école ou non. et mes enfants w&ssi. nfes parents serinent à leurs enfants : K ' . •' . Elle pourrait s’imaginer que je dis du mal d’elle. [' corrigeant ce qu’il ne faut pas corriger. je n’ai pas changé. pour corriger les devoirs k ou la façon de parler. Je lui ai répondu en créole. qui habite en France. Je contrôle tant bien que mal le français. ï en français. Je n’ai jamais suivi cette méthode. je ne sais plus ni quand ni comment. Je t he parle pas français à la maison. Moi pas. de prendre des causers en français?» H Je ne vois réellement pas comment il me serait possible ^ d ’affirmer : je ne veux pas entendre parler créole! Maintenant. dans la rue. à la maison. même si elles ne ^savent pas parler français. p Avec les amis. Il ne leur Refendait pas de parler créole. mon genre de vie. et très vite d’ailleurs la gangue française a disparu de chez moi. . c’est le feréole. dans une grande f indifférence. je m’y suis mise avec mes enfants. Il faut respecter la ^personne qui est en face de toi. Avec les derniers. B&ur père.[ Moi-même. Il parlait créole avec Joseph et s’adressait à moi en gfrancais. à la boutique. jamais mêlée dans les histoires d’école. Elles interdisent le créole dans leur maison.Ne parlez pas le créole. Lorsque je me trouve \ avec mon fils Justin et sa femme. ça va vous empêcher d’apprendre le |& nçais. j’échange avec lui en français.Maman. i|je lui aurais dit : « Ma fille. à la petite école ou à la grande 249 . mais il s’est toujours adressé à eux B p français. J’ai été élevée dans le créole. Ma fille.Jé tè déjà dit komsa sè la peigne qu’on dit. m’a téléphoné l’autre jour. lui. J’ai conservé mes habitudes. Il ja épousé une Blanche qui ne comprend pas notre langue. Ainsi me respectait le géreur de l’habitation. r je pense. avait attrapé la maladie du français. je m’adresse à eux en français. Quand je rencontre des « gens à ► français ». Si elle avait fait l’étonnée. partout. mais je ne me suis . Plies enfants ne peuvent me reprocher d’avoir eu de telles idées. Avions-nous ^habitude. Elles interviennent à tort et à travers.

J’ai ai même un' qui étonnait tout le monde sur l’habitation. Il s’exprimait si bien en français. à leurs mauvaises fréquentations. avaient à faire. mais « ils » l’avaient tuée. Grâce a » créole. » Sur ma catjH d’identité. c’est de leur faute. je ne suis pasW institutrice. mais. d’o ü |B suis sortie. et. moi. JE Voilà ce qu’on appelle tuer quelqu’un sans qu’il se rend® compte qu’on le tue. lui porter un coup mortel. que d’histoires autour du créole. comme une belle-mère qui a reconnu ses enfanjH 250 . je témoigne : \ . Ils avaient tous le pouvoir d’aller loin. Les balcons dey ses yeux sont largement ouverts. Qu’est-il? Rien. c’est la m ode* Les instituteurs vous embêtent avec ça. Tu peu® aussi le tuer. et il tombe. les rapports entre un instituteur et un ouvrier agricole de la communauté. et ne s’exprimaient pas. I! est mort. cela nuit aux enfants. mais il est aveugle. changé.Je n’ai jamais parlé français à mes enfants à la maison. présent W lui-même. debout. parler créole. C’est une femme ajflE m’a reconnue. par exemple. W Il y a plusieurs façons de tuer quelqu’un: tu peux le tu d » physiquement. il y a « nationalité française ». Je dis : « Je suis guadeloupéenne. l’enfant d’une ouvrière. On entendait parler de grands Nègn® comme Félix Eboué. Je ne sais pas encore qui je suis. et j’ai fait tout ce que j’ai pu pour les envoyer à l’école. Les petites gens o i » tellement de choses à dire.Trop de créole. agricole! Extraordinaire! Tous mes enfants ont fait ce qu’ils. de la faute à leur fainéantise. Ceux qui n’ont pas poursuivi leurs études. un zombi. et ça ne les a pas empêchés d’apprendre le français. et quand le père Céleste s’est mis au créole» j’ai dit bravo! m L’emploi du créole a beaucoup changé notre façon de vivre® entre nous. et il est là. Et comment réagir? Il n’y avait personi® pour nous aider à regarder ce qu’il fallait regarder. dans les réunions de parents par exemple. partout où je me trouve. je dis ce que je pense. métis il n’est pas là. surtout mon beau- frère. aveugle d » l’esprit. Les Guadeloupéens cherchent à savo® maintenant qui ils sont. parle» français. Aujourd’hui. ils ne peuvent rédiger ® leurs devoirs en français correct! m Ils voient le problème à leur façon. ^ Je n’ai donc pas de problèmes dans cette affaire. Ils crient : w . découvrir t » qu’il fallait découvrir. Je me rends compte que notfljy langue créole a une belle valeur. ils osent prendre la parole.

ne pouvaient toucher les allocations familiales. Depuis que je m’intéresse aux nouveaux mouvements. on a reçu soixante-dix ^francs. les femmes qui touchaient l’indemnité femme seule Phele criaient pas sur les toits. Parfois. « d ’où nous venons». c’était : F . j’essaie d’expliquer où tout ça peut nous mener. Ou alors ça veut dire que vous le lâchez. j ’ai découvert l’impor­ tance de savoir «qui on est». Quand la prime est passée à quatre cent cinquante francs. Quand on me dit : . Chaque Rfemme célibataire remplit sa demande. la “chanson a changé. Quant à cet argent qui vient trouver les gens sans qu’ils aient à travailler et tombe dans leurs mains comme une mangue bien mûre. Puis le bruit s’est répandu. Si la France lionne maintenant. Ce n’est pourtant pas parce que les allocations vous %rangent bien qu’il faut rester à attendre comme ça. Je ne savais pas réellement ce que voulait dire «départementalisation». la première fois. Quand vous prenez en change un enfant. tout le monde sort du ventre de sa mère.. vous avez un garçon qui vous donne à 'manger. une autre qui travaille en ^France. l’argent braguette ». donnera-t-elle toujours? & Pour la rentrée scolaire.Man Joseph. 251 . que ^peux-tu faire? Ils peuvent garder leur argent. la deuxième fois un peu plus.Sans la France nous ne pourrions vivre. je ne peux pas répondre le contraire. que vous le laissez tomber. Évidem­ ment.Alléluia! Vive maman France! F Au début. ne !*travaillant pas. mais la France dirige tout. je réponds : . chavire les têtes. F Eh oui! ils ont raison. Cet argent gagné sans suer détruit ton équilibre. vous avez une fille institutrice. On me répond : L . vous lui donnez à boire et à manger. Tout le monde rouspé- *tait: u . «assimilation». c’est notre seule vraie patrie. je ne pouvais me dire ni guadelou- péenne ni française. il bouleverse cœur. vous..Oh là là! Avec soixante-dix francs et sept enfants. Il n’y a pas si longtemps. surtout celles qui. fait capituler ton intelli­ gence. ^mêrne si ce n’est qu’un billet de cent francs que je reçois par *mois. esprit.C’est normal.

lieu de planter des ignames..Il n’y a pas de meilleur mari qui té. Avant de nous juger les uns autres.Un enfant handicapé. bien sûr.. mettre leur honneur en pi dans des réunions publiques. tes calebasses? Aujourd’hui. il nous faut comprendre comment nous en so arrivés là.. termites. Ils ont commencé à nous déshabituer de tout ce que no avions. le gouvernement français nous tient- par là.Lajan bragèt. réchaud à charbon de bois qui donne si bon goût au poi grillé. d’accord.. Les allocations familiales. de là à « déchirer leur charité ». mais pourquoi ne conserver tes potiches en terre qui gardent l’eau si fraîche.On timoun andikapé. Quel genre d’enfants vont nous faire les «femmes seules»? Des enfants à qui l’on cache le nom de leur père. Dans les cuisines. il sème la division dans les familles. seule » passe. Ces femmes ont tort. on fera d’elles des « mei diantes ». Nous sommes au siècle de l’électricité. ont fait dans notre tête. nous* femmes. à pétrole. une maison. de nos objets.. Les enfants pris en charge par le- gouvernement . A force de les mépriser. Paroles qui font mal. qui le voient déguerpir par la fenêtre quand le contrôleur des « couche toute. dans le peuple. paroles qui nous déshonorent. de les t de les plumer nous-mêmes. n le voulons tout préparé. d’agir ainsi.. tout le mauvais travail que les poux-de-bois. nous les achetons prêtes à cuire. tout ce dont nous avons besoin pour vivre. Timoun a laloua. la Sécurité sociale. c’est au^ nyéla on bénédiksyon adan on jourd’hui une bénédiction dard* kaz.Pa ni pi bon mari pasé lasékiri. Chérubin lui-même insiste beaucoup trop sur ces histoi d* « assistés » et de « mendiants ». on trouve réchauds à gaz. . L’argent. pas des malhei 252 . nous délayons de la purée-mim Nous ne nous efforçons plus pour obtenir notre nourri Pourquoi ne plus faire à manger comme avant? Nous m précipitons nous-mêmes dans leurs manières. Au lieu d’élever des poules. de le répéter qu’elles sont des « assistées ».J est normal d’avoir un frigidaire. Je parle de ceux qui peuvent se pa vivres et marchandises dans le Monoprix. l’argent. sé kon. Beaucoup sont pris.

c’est du raisin. D’autres Rans la cité ont eu la priorité. J ’étais bien embêtée. Est-ce qu’une attacheuse. t’apporte parfois un kilo de « pommes-France ». ce sont les fonctionnaires qui l’ont lancée. J’aurais dû tenir ma langue.. elle vient de faire sa «demande. Petit argent. les malheureux souffrent. viens voir.. peut i donner à ses enfants du lait. il n’y a qu’un mois que M11* C..Man Joseph. on met le téléphone chez la ■Pécile. toi qui ne fais pas partie du lot. Dire que je ne peux faire de mal à personne. de s’habiller comme lui.Mais oui.Cécile? B . elles sont entrées en Guadeloupe pour les fonctionnaires. Toutes ces choses qui s’étalent dans les magasins.Revenant d’une visite médicale. elle sait alors à quel prix fixer le kilo de viande. Et. tu veux les limiter. «Ttains triomphaient : 253 - . qui }gagne de temps en temps une journée sur l’habitation. a déposé bai demande? Je vais vérifier les dossiers. du jus de poire. mais sur leur musique. la Cécile n’a pas obtenu son téléphone. ISi tu vas à l’hôpital. R . R . qui prennent leur plaisir à acheter à pleins bras. Une de kjies voisines m’accroche : p .. Une fois que rtu as goûté à toutes ces choses nouvelles. madame. et ne voilà-t-il pas que Bp type venu poser le téléphone m’a entendue et s’est approché de bous. ce n’est pas possible. Et à cause d’eüx. grand prix. mais quand blême. il te donne toujours Iquelque argent. de la viande. Le malheureux doit acheter au ■même prix.* pourtant. qui est Kichée avec les deux. régulier. p-Ce jour-Ià. Je ne vais pas m’abîmer p i santé pour essayer de l’avoir avant mon tour.Ma chère. R. tu ne danses plus au krythme de ton tambour. J’ai fait la mienne bien avant. Si tu as un enfant fonctionnaire.f Cette manie de manger comme le Blanc.. L’administration connaît le montant de sa paye. Il y a des gens qui «tendent depuis cinq ans. j’arrivais dans ma cité. sans penser à mal. Le fonctionnaire a un mois qui tombe.. R i Je parlais pour parler. R — Comment. une nourriture équilibrée comme en mange un fils ou une fille de fonctionnaire? Jamais. celle qui est coincée entre les deux familles. de parler comme lui.

coupe l’herbe au b o rd . En attendant. mais. ■j Voilà où nous mène.Pour moi. Elle a a d ® quatre gros machins rembourrés. de celle de son mandat? Des! paroles aussi mauvaises sèment la division. Elle a la folie des grandeurs. aucun partage. Toi. tu n’es pas un être humain. leurs meubles. Tous vivent pour la galerie. tu ne me ressemble! pas. Et. leur famille.Bien fait pour elle. je suis une personne. d’ailleutw comment le garder quand on habite dans une cité? C’est cancaraj et compagnie. en Guadeloupe. Leur corp» leurs amis. le mandat du mari. ® Dans un des foyers. ils sont là pour la m o i® pour l’esbroufe. Non seulement Cécile s’est fâchée avec son aristocrate de voisine. im Dans presque chaque famille. « tikyap ». Un jour.. elle veut! imiter les fonctionnaires. Mes quatres petits fauteuils. on sentait qu’elle voulait dire àl l’autre: :Ij . je peü^j m’acheter ce que je veux. La femme élève des cochons. Tout ce travail pour changer de salon! Porter son arg® au Blanc dans sa boutique! -® Ses fauteuils lui piquaient le derrière. cette folie de posséder ai de se concurrencer entre voisins. Des familles de « gwokyap » : in s tH teurs. 'j ® Très peu pour moi. Parce que fonctionnaire. Peut-être une fois. une pour madame. attention! interdict® aux enfants de s’asseoir dessus. . à la nouvelle année. Les gens ont perdu le sens de la vie. courir derrière nous et faire tout ce* qu’on fait. ramasse les restes de repas. je peux faire mettre le téléphone. mais elle s’esïj mise à la haïr.® qu’ils me font rire! Ils se saignent pour paraître. m pour appeler qui? Quel toupet! 4 De quelle hauteur parlait-elle. fonctionnaires. interdiction aux parents d d ® déplacer.® routes. lapins. c’est leur maison. on inviter® famille à les essayer. deux voitures. tia essaies de te mettre à ma hauteur. Je suis fonctionnaire. petite malheureuse. c’est m â |H 254 . disait-elle. Un marin-pêcheur mène un train de fo ® tionnaire grâce à tous ses filons. avoir tout ce qu’on a. un fonctionna® tombe chaque mois. moi! \ Au ton de cette femme. tu demandes le téléphone.. Personne n’en est plus heure™ au contraire. mon mar^ est fonctionnaire. Rien en communauté. une pour m ® sieur. elle n’a pu réprimer son contentement eif apprenant que le fonctionnaire de mari avait eu un accident 41 voiture. des poules.

Ils servent de cheval à tous les enfants qui passent. ké rétouné Retournerons-nous i wôch a difé. Tout le monde a le droit de s’y asseoir et de les déplacer. avec toutes leurs traites à payer. ils posent des questions. Ils vivent mal.t pas. veuillent mettre la main à la pâte pour changer la Guadeloupe? Pour quelques actions. ils seront à vos côtés. rajoute ce que tu veux. On ne peut pas vouloir entrer dans quelque sans en connaître le a et le b. mais ils ïtent pas les réponses. Et Comment pourraient-ils le savoir? Ils ne sortent pas. timides. devrons-nous le subir aussi? Les se posent plein de questions. et les partis de l’indépendance eux-mêmes tiennent lfeurs affaires secrètes. ïnt-ils. tout va de travers..Si ça ne te plaît pas. sèl ôbô lanmè. . mais ils disent non à l’indépen­ dance. Il nous faut pourtant ôter nos pieds de ces mauvais vieux ailiers. rien ne marche au d’accord. sans ■oir trop où aller se mettre ni quoi faire. mais ils vivent. installés dans leur situation. ne vont pas aux réunions. au charbon de bois. ma fille. ils ignorent ce trouveront au bout du chemin. Elle a voulu me meubler un petit salon : une table basse et quatre fauteuils en bois. ne vont pas aux réunions. D’accord. Même ceux qui ont nvie de s’approcher de cette idée restent assis. Mes six chaises ne lui convenaient pas. ce n’est pas mais l’indépendance.. ils n’en veulent pas. sans même savoir ce que c’est. Avec l’indépendance. tout de même. même lorsqu’il s’agit de vie de tous les jours? id la société qui distribue l’eau au Lamentin faisait mal ïnettant à sec nos robinets. Comment les faire bouger s’ils ne . chercher notre sel dans la mer. depuis le temps que ce pays est indépendant! Tout ce les Haïtiens supportent. sont sûrs de ce qu’ils ont. a chaltouné? nous éclairer à la torche? 'our poser des questions. et notre situation. Comment voulez-vous que ces gens-là. quand nous avons vu que 255 . il y a deux ans. chabon. au feu de bois entre trois pierres.qui me les a offerts quand elle est venue en vacances. Mais la majorité des Guadeloupéens ne veut pas tendre parler de l’indépendance. Regardez Haïti.

Avec un vote. qui n’ont encore rien compris et ne veulent pas comprendre. Angélina. paroles que tout le monde n’est pas capable d’accepter. c’est se les mettre à dos. Si l’on décide qu’il faut obligatoirement sur les champs de canne. une autre - connaissance.Ça ne se fait pas comme ça. paroles de travers. Il $ a quelques mois."’ comme une catastrophe. ça les arrange. - Vous. nous n’obtiendrons pas l’indépendance. sans le faire exprès.Est-ce que tu te prépares à souffrir. c’est la même chose. ma fille. à la fête de la Rosière. expliquer. . j’irai donner journée sans souffrir.. Après. il faut parler. mais personne n’avait bougé. Certains pensent qu’il suffira de voter. vous voyez l’indépendance comme une espérance. ils ont peur de l’abbé qui fait de la politique à l’intérieur de l’église. aussi? . je rencontre uncN connaissance et. Mais les faire prendre le chemin de l’indépendance.. ils envoient leurs gosses aux colonies de vacances qu’il organise. paroles d’ironie méchante. Comment ne pas s’échauffer. seulement son portrait! Alors. nous avons ' manifesté. ressortent1 n’importe où. et de quoi? Vivre sous la France ou sous l’indépejj| dance. j ’allumerai du bois po faire cuire mon fruit à pain. mais pas avec n’importe qui. qu’attendez-vous pour la pren*^ dre? . Discuter avec des gens qui ne réfléchissent pas. je fais attention à qui je parle. 256 . Ils ne viendront pas. les employés. Trois personnes seulement de ma cité sont venues avec nous. qui ne participent à rien et sont résolument contre. qui ont perdu.Vous voulez l’indépendance. Ce sera dur. Paroles non assisesj paroles sans aucun sens véritable. je la prépare. en réunion comme à la messe. très dur. tout le monde était content de ne plus payer la redevance communale. Moi- même. Évidemment.3 aussi. Pour le foyer rural chrétien. on se débrouillera toujours. les gens ii lés qui ont élevé leurs enfants dans du coton. se créer des ennuis. c’est une autre affaire. c’est le charbon. j’ai un réchaud!! gaz. j ’achète du gaz. j ’ai du charbon à maison. En revanche.la mairie prenait une taxe énorme sur les factures.Souffrir. se querel- 1er? Et les mauvaises paroles. Elle se mêle à notre conversa-^ tion : H . Demain. eux. était derrière nous. nous nous mettons discuter du problème de l’indépendance. Aujourd’hui. Ça. S’il faut allumer un feu de bois. je suis toutes les manifestations.

quatre chaises. elle-même. tu ne pourras plus faire ceci.Léonora. l’indépendance ne me gênera pas. Nègre.Maman. ils en prennent une. connaître les. ‘urs qui empêchent de lutter. la moitié confisquée.Au lieu de tomber sous la coupe du tan nou rété anba Blan.. partout où tu passes.Comment voulez-vous qu’on s’attaque à vos meubles.. sentiront peut-être leur dos. Si ce sont lès communistes qui dirigent la Guadeloupe. Ils sont ‘inquiets. Je crois que les Nègres n’ont pas confiance en eux-mêmes. je ne sais s’ils tiendraient le coup. Ils ont déjà leurs affaires. si tu votes pour les communistes. leur permettre de *ler.. ils partageront tout . Olyé nou wantré anba Nèg vomé. à otre ménage? Je me souviens qu’à Capesterre. de dire tout ce qu’ils ont au fond de la tête : « Je ne veux i l’indépendance pour telle chose ou telle autre. il vaut mieux rester sous celle du Blanc. un cochon.. ni Ma fille Viviane. tu ne seras plus libre. quelqu’un ’avait prévenue : . dans la cité. Ltre hectares. Je ne suis installée dans rien. Ils te feront signer des tiers. Va leur demander un renseigne­ ment pour voir. je crois qu’il faut chercher tout ce qui effraie. Leur laissera-t-on tous leurs biens? leur salaire? leur traite? Et la liberté? Moi. c’est sûr. ils veulent savoir. si vous avez deux radios. J’essaie d’expliquer: . Alors. me reproche parfois : . 257 . » . à attacher. . ils s’amusent à couper. tu ne pourras ais aller en France voir tes enfants. s’ils sont au gouvernement! Les Nègres mangeront les Nègres. tu ne parles que de l’Evangile de politique.. alors ils ne peuvent faire confiance à d’autres Nègres. gagnait beaucoup de voix aux élections. mais s’ils devaient comme ça gagner leur journée. le emmuniste.Tu peux faire confiance aux Nègres pour diriger le pays? Regarde comme ils se comportent dès qu’ils travaillent dans un bureau.goût de l’effort. au temps ou Lacavé. . Même les jeunes qui sont aujourd’hui d’accord et participent aux coups de main. ils en prennent deux. leurs habitudes.s On raconte tellement de choses. mais je sais élever des poules. Je n’ai plus de jardin. Ils ne se sentent plus. écouter les gens.

J jl France nous envoûte. ils font un plus grand travail que nous. Mais je n’en parle pas encore assez! Dès qu’un événement se’ produit. Je peux mourir demain. à petit feu. je n’arrive pas à découvrir ce qu il y a au fond du cœur de ceux qui mènent la lutte pour 1 indépen­ dance. nous pilonnent. -. D’ailleurs. « Ils » nous ont tu ê || je n’ai vu ni quand ni comment. ils se sont emparés M 258 . et je pousse les autres à réagir. à nous voler notre histoire de peuple. Je suis croyante. La France possède notre corps. sans nous toucher. Q 9 nous dit de voter pour un président de la République? Qui faitJB propagande: «Vous êtes français. Bien qu’informée un brin. Il ne faut pas rejeter leur foi. Cette foi les fait lutter et les soutient. il faut voter?» ^ M En 78. Les gens avaijffl peur. j ’ai la foi. c’est parce qu’ « Ils » nous écrasent. c’est elle qui mène ncM vie. Avec cette histoire de vote. Même si nous arrivons à entreprendre quelque petites choses. nos pensées. nous enlève nos manières. Depuis que tu votes pour un président de la RépubliqjH depuis que tu votes pour un député. les conseillers généraux. Ils croient en la libération^ de la Guadeloupe. au moment d é jà départementalisation. ce sont les jeunes qui resteront dans la souffrance.G. Chacun sÆ qu’ici on peut tuer quelqu’un sans approcher son corps. pas d’argent. criaient-ils. pas moyen de dire que tu J 9 pas français. pas de travail. pasJH Sécurité sociale. i|uH histoire que je découvre à peine. Qu’est-ce qui nous appartient? La Franceil commencé à nous prendre avec le vote. à soixante ans passés.Jffl ce sont les députés. trop de violence n’est pas bon non plus. je donne mon avis. tout doucement. Eux aussi sont ces « yo ». c’est vrai. Je ne veux pas dire que je suis meilleure que les militants de l’U.L. S’ils ne vont pas à l’église le dimanche. Ils oni raison. croyants.45. les sénateurs guaœn loupéens qui font les commissions. « Yo ».P|B « Sans la France pas de riz. les chrétiens de la communauté. q # la vie tourne à l’envers aujourd’hui.P. pris de bas jusqu e |l haut. nous sommes obligés de reconnaître que la Fra^B commande tout ici. pas d’allocations ». Quel gouvernement mettront-ils pour remplacer celui des Français? Comment s’y prendront-ils? S’il ne faut pas faire trop de sentiment. la Guadeloupe a fiait monter là-bas trois députés R . Je commence à voir clair e tjj comprendre comment ils nous ont tués. eux aussi sont des . pour un conseiller générauM es dans la loi du gouvernement. pas nous.

notre petit grain de cale se trouve noyé dans une ribambelle d’aspirines blanches. A ce moment-Ià. continue à ne vouloir donner raison ni à nous. Un seul chemin. tu effaces se. j ’ai appris la vraie vérité sur les députés. quand les indépendantistes dirigeront le pays. ni à ceux qui nous critiquent.P. _rtir des pattes du colon. tous les chrétiens en pâtiront. Si. a paru. Le vote est venu avec la carte d’identité de citoyen français et là. Et ce n’est pas le jour où une chose ^accomplit que tu dois réagir. Mais cette affaire d’une seule organi- on>qu’est-ce que ça peut vouloir dire? Je dois leur poser la «éstion. je ne sais pas encore si. je suis libre. quand je veux sortir. Les Guadeloupéens savent dire non. ^scseule organisation» commande: voilà ce qu’il faut dire' à ce qu’il faut faire. » Cependant.G. mais ne pas lâcher notre jps dans n’importe quoi. il n’y a pas d’Egüse.L. les indépendantistes ne feront pas tout ce qu’ils oudront en Guadeloupe. demain.G.L. je fais marcher ma cervelle : comment est-ce ble? Une seule personne sera responsable de tout? Mais usîeurs groupes travaillent pour l’indépendance! S’il n’y a ’une seule organisation. Je me suis dit : « Si c’est ça. Moi. bien sûr. c’est au fur et à mesure qu’elle s’organise. Contrôler oses et gens. M* Oually. à nous ligoter. Qu’est-ce que ça veut dire? it-être seront-ils obligés de voir autrement.P. » Jn seul peuple. les prêtres auront toujours le droit de dire la messe. Un seul chemin : l’indépendance. va. Demain. tout contents. elle disait : seul peuple. doucement de notre tête. En allant à des réunions. je us venue chez toi. __ attendant. négatif! Qu’est-ce qui se cache dans le corsage de l’indépendance? ^and l’U. Une fois arrivé en France. nous entrerons is dans l’indépendance. d’accord. Une seule nisation : FU. Je ne sais . ce n’est pas bon du tout. Cet après-midi. je ne vois pas pourquoi j’irais voter pour élire un de ces messieurs. qui luttons pour la libération du peuple. Si elle te dit « efface l’Egüse ». quand viendra l’indépendance. on vient me Mander «O ù vas-tu?». nous n’avons pas vu le lasso qui commençait à nous serrer le cou. Si notre évêque.

. 260 . C’est pourqt nous recherchons aujourd’hui ce que nous avons perdu. le triangle. Moi. dans une veillée. c’est tout d’abord parler langue. i guadeloupéenne. Ils ne vet pas non plus du gwoka. peut-être ce qui nous est resté de plus impoi avec nos veillées mortuaires. Je vois pas comment La France tire de nous plein de prof puisqu’elle a installé chez nous toutes ses affaires. Être guadeloupéen. et on danse le drille* La coquette fi-la jalou nou. n’est pas pour l’indépendance. ce sont eux qui aujourd’hui réclament le défendent le créole.pas si cela a provoqué des soupçons. On ne peut plus danser toute la nuit au tambour. tout mon corps se en branle. bien que les gens ne fassent guère de veillées comme avant. eh bien. mais on n’entend pi tellement parler de ça ces temps-ci.. ne n’avons plus grand-chose qui soit vraiment nôtre. on ne j< que du gwoka. il rés trop fort pour nos têtes. l’indépendance. pour moi. de se dire: «Ah. S’ils la font. Dans un mariage. Je suis d’accord pour que. toutes sortes de vieilles chansons. Il net faut redevenir guadeloupéens. le créole. mais dans un mariage? Je ne crois pas d’ail qu’aux temps anciens il en était ainsi. à la manière des Blancs. Seule une pet partie des. Elles sont déshabituées du tambour. elle. S’ils sentent de la résistance. Les têtes de maintenant ne sont ph mêmes que celles d’autrefois. j’ai commencé à refaire. Nous. sait bien que si presque toute la Guadeloupe est dans l’I l’Eglise. ah! Oh. petit. et je ne pourrais pas parler comme ça si je ne milit pas. Il doit se préparer aut chose. ils seront bien obi de changer de tactique. on chante des chans créoles. Ceux qui ont été élevés sans tambour. il l’accordéon. je veux parle jeunes. fermé. chrétiens s’est engagée sur le chemin de la libératit Certains pensent que c’est pour bientôt. le chacha. dès que j’entends cette musique. oh! Atten*j tion! » Le père Céleste change tout le temps ses méthodes de travail. Moi aussi. c’est une veilléej silence. Ils ont perdu ce rire énorme. Leur rire est retenu.

créole. ' zôt certains que la lune changerait de . fout zôt ja pran Tonnerre! on vous en a déjà fait r fè» voir. Kréyôl. dans votre petit coin. J Kréyôl. L'école. faire taire. v fè kon fè trasé. Jodijou zô ka voyé douvan. Téglise vous avaient ex­ communiés. Vmen zôt té la an biskankwen mais vous étiez là. zôt té sav zafé a surveillant les vagues. . ka véyé lanm. menm. légliz té èskonminyé zôt. Zô té la. vous êtes miens. ~ =' Lékôl. zôt té sav lalin ka chanjé katyé. ti la a zôt Vous étiez là. partout. biten an mwen Gwoka. ^ An ka mété pon moun odéfi fé zôt Je mets au défi quiconque de vous pé.. gwoka. camouflés ' toupatou ka véyé jé a zôt. gwoka. quartier. en train de veiller. f. Aujourd'hui. vous foncez droit de­ vant. . supporter comme c'est pas possi­ ble.

La i nautê était là. toutes ces supportées pour rien! Le dimanche 1er mars. Mais l’homme est aussi un non. A l’exploitation de l’homme. nous sentions que ça allait très nous nous interrogions: toutes ces luttes. Sur les hab les Haïtiens travaillaient sous l’œil des C.S. Au de ce qu’il y a de plus humain dans i la liberté.R. émue. autour des champs de canne. le maître des habitations et de l’i Grosse-Montagne. Les usiniers laissaient la grèv la pourriture. Les gens du syndicat qui n l’action étaient désespérés. mépris de l’homme. les sections chrétiennes de Grosse-Montagne. briser la grève. Tous.. Oui à la vir ^ : l'amour. ils avaient fait venir des sabote coupeurs haïtiens. silencieuse.. pour démarrer la récolte. Non à l’indignité t me. nous étions inquiets: d rouges partout. Après la lecture du pa l’Évangile sur Lazare. S. Chapitre X ÎV L avi ob en lan m ô : a fô s rèté san m an jé. Oui à la générosité. Certain nous avaient reçu l’ordre par huissier d’enlever leurs cas< les terres de M. En ce mois de mars 1975. En plus. affaiblir enc les travailleurs.. Frantz La grève dans la canne durait déjà depuis un mois et d< négociations étaient rompues. s’étaient réunies au Lamentin. P è S élès m été-i an t y o dé Le père Chérubin CôlesU entreprend un jeûne illimtù et se met entre la vie et la mot L'homme est un oui. beaucoup se sont écriés : .

r pourrir cette situation. 263 . sa fille Adèle.Sûrement. Nous sommes engloutis jusqu’au cou dans cette situation. M.Papa. . Nous sommes partis de cette situation de Lazare. Le “1 e Céleste est arrivé. Nous étions tous d’accord. Sa fille Adèle lui dit : .Mais c’est nous-mêmes qui sommes en train de pourrir. Deux jours après.Il y a sans doute un moyen de faire revivre ces gens qui sont dans la misère. leuse.Vous ne réussirez pas. nous avons promis de nous réunir dans la semaine pour chercher ensemble ce que nous pouvions faire. . à nous. Alexis. j ’étais chez Rosita à discuter de tout ça. les animateurs. nous sommes capables de sortir de là. . ' Lui qui était en tête pour commencer. nous étions ragaillar­ dis. bien élevée et tout. et la voilà qui osait s’élever contre son père! Elle ‘t enfin pris sa responsabilité de grande personne. Il devait venir avec nous sur les habitations pour constater iême ce qui s’y passait. Il avait besoin nous parler. Tous avons décidé d’aller chez le maire pour lui dire que ~e les gens qui voulaient travailler ne le pouvaient pas : ils eut peur des gardes mobiles qui encerclaient les champs de 5. Il fallait rassembler très vite tous membres de la communauté chrétienne. et M. A la fin de la réunion. et avons fait notre otite réunion chez Louise. désespérés. ce morceau d’Évangile nous avait mis debout Avant de nous séparer. elle com- ■nçait à vaincre sa peur. Étienne. Il était déjà passé chez moi. Quel ne fut pas mon étonnement ‘entendre M. de cette mort transformée en vie. Nous sommes allés chercher M. il démobilisait déjà les tires.Avec Jésus-Christ. f Le père Céleste s’inquiétait : nous ne pouvions rester inactifs. car Jésus-Christ a pu ressusciter un homme qui était déjà pourri depuis longtemps. il nous t essayer. était *fille la plus obéissante que je connaisse. à trente-cinq ans. Alexis convoqua la réunion. Je n’en croyais pas mes oreilles. Nous étions saisis. Alexis déclarer : . Pour­ rons-nous nous en déprendre? . même si nous ne sommes pas sûrs de réussir.. Adèle. . puisqu’il a fait lever Lazare de son tombeau. ecucoup répondirent à l’appel.

Il envoya quelqu’un auprès du des gardes mobiles. Il ne voulait rien savoir. l’instituteur Toribio. Le pont est étroit. il y avait affrontement entre les partisans de Dagonia. Dagonia. dans l’église. Dagonia menaçait : . le docteur et ceux de l’ancien maire.. Arrivés à la maison du maire.P. Nous avons frappé. Enfin.. le ton comment çait à monter. * Au sens restreint qu’on lui donne en Guadeloupe de polit électoraliste. je démissfc nerai..Personne n’entrera sur mon habitation. une habitations de M. une délégation voulant l’emmener sur les champs canne. M. Les gardes ont été chercher M. une propriété privée. ils nous ont dit que deux personnes seuler pouvaient entrer. Nous sommes vent] constater qu’il y en a. Chicaté. La politique* était entrée dans l’Église. S.. eh bien. Rien qu’à entendre le nom du maire. 264 . Le père Céleste était en colère et comment à s’énerver. et que. déclara : . Il a téléphoné à son adjoint pour lui demander de rejoindre.. d’un chariot.. le secrétaire général de l’U. Arrivés au petit pont de Ravine-Chaude. il peut aller se cacher. . Nous sommes partis.Ouais.G. Mme Plaisance criait que Dagonia était un homme lâche. de la largeur d’i voiture. lançait un autre. Il faut dire que déjà avant.. pour un lâche.. S. de Gros- se-Montagne. gens de Cadet. La radio dit qu’il n’y a de gardes mobiles sur les champs de canne. il est apparu. . mais nous ne voulions pas entrer dans la politique. ne voulons simplement faire un constat. ne croyait pas à notre action : . C’est mon habit tion.Vous prenez un incapable pour aller sur les pièces de cannej Dagonia n’y connaît rien. S. il fallait envoyer le plus possible de gens chez lui.Vous ne me laissez pas entrer. premier problèr C’est par là qu’il faut passer pour pénétrer à Douillard.Nous ne sommes pas venus faire du désordre. Noi lui avons raconté tout ce qui s’était passé: il fallait qu’: vienne. de Castel. nous somme passés par-derrière.

Ils ne savaient même pas exactement bien on leur paierait la journée. Les plus Hdes sont restés là. ce jour-là. lui disais-je. La délégation était venue constater quelque chose. discuter. tu n’entreras pas. Au mot «mesdames». S’il n’y a que des Haïtiens t seuls. je ne travaillerai pas.Moi. Le cœur de cette malheureuse s’arrachait : faire partie de . pas "allocations familiales. ne te fais pas trop de Vivais sang.. -fout à coup.. Pendant tout ce temps-là. parler de démis­ sion! . la visite est terminée. rute des Haïtiens! . Enfin.. à •^r de son estomac toutes les injures les plus sales.. Il faisait le chien pour M.Mesdames. a alors accepté : .Non. V «Ses» travailleurs! Nous n’avons trouvé là que des Haïtiens. Le père Céleste en rassemble quelques-uns. Il fallait discuter. Des gens du Lamentin devaient joindre à nous. Un autre ajouta qu’ils n’avaient pas de Sécurité sociale. Dagonia faisait son homme. communauté chrétienne.. Nous avons commencé à discuter avec eux. de ne pas donner leur nom. c’est fini. ce sont eux qui doivent entrer.. mais ne touchez à aucun des mes travailleurs. Quand il nous a vus. S.Entrez. ce bougre de frère a couru dire aux ‘“ïtiens d’aller se cacher. et découvrir que propre frère va chercher les gens pour les emmener au travail. ils ont caché les gardes mobiles.. !.On est venu nous chercher. à faire du e: 265 . S. venir en délégation. •un arriva à expliquer : . M. est arrivé : .Ton frère n’est pas toi. Ils ne sont pas là. mais tenir ferme. Nous sommes une délégation. S. S’ils viennent travailler. accomplir sa mission.. je is d’accord pour couper la canne. lu homme qui transportait de la canne passait par là. je veux entrer! cria un homme qui se trouvait là.. Passer le pont paraissait de plus en plus difficile. il se mit à déverser sur nous toute sa bile. ils les ont fait évacuer. . Germaine a aperçu son fière. à noter leur nom. Un petit détachement restait seul visible. elle devait entrer. nous avons causé. Il n’était pas question qu’une partie d’entre nous pénètre sur l’habitation et que l’autre reste dehors. ceux qui sont venus. dit Céleste.

Je jeûnerai jusqu’à ce que les négociations syndicales nent (ce qui signifie pour moi qu’on aura reconnu d travailleurs un partenaire avec qui on discute et non un qui obéit aux ordres du maître). . Mais aucune proposition d’action vraie sortait. les hommes sont rares comme des Nègres aux yeux bleus. Le père Céleste nous a demande qu’on décidait. pour faire retirer les gartfcj mobiles. mais il pressé et est reparti aussitôt.G. Nous comptions sur M. Chérubin nous a fait part de sa de( après la célébration pénitentielle du samedi 22 mars.. Alexis. Pendant deux ou trois jours. S. Le père Céleste avait convoqué les mouvei de jeunes.. Les gens étaient dans la politique. mette fin' conditions injustes et illégales qui lui ont permis de déclencr‘ coupe grâce à l’inconscience ou la complicité de nos respor* .. je ferai ca. Tout le monde parlait à tort et à travers. A la fin de la réunion. J’ai déroulé tout ce que nous avions fait jusqu’à pt d’où nous étions partis. Et puis. Adèle et moi. femmes. dans la communauté. comme un rat qui s est fait arra- cher les couilles par le cyclone de 1928. ils ont réapparu. On fit encore une grande réunion à la chapelle de tji Montagne.. il avait déjà son idée.. puisque les gardes mobile n’avaient fait qu’une éclipse. . Notre actioi n’avait pas abouti à grand-chose. toutes sortes de choses. et il n’était pas venu. car ü ne pouvait «témoigne l’Évangile sans combattre pour la justice». il commencer un jeûne illimité. s En rentrant. une action. nous n’étions que des. l’U. P£ par-ci. putains. et que M.Femmes à curé. nous étions à 1? poste.Farnn a labé..Adèle avait l’écouteur -. Nous ne voyions pas trop comment aller plu loin.A. Chacun donnait son avis : je ci. fanm bouzen.. les femmes sont devant. 1 D’ailleurs.T. on ne les a plus vus sur le| habitations.P. nous sommes allés chez Dagonia. Il y avait des gens d’un peu par cette réunion. paroles par-là. regar- gadé yo! Yo ochan kon rat ki pèd dez-les! Elles sontf aux abois grenn a-i an siklôn 28. Chaque fois que nous entreprenons.. ^ * Le lendemain. Il a téléphoné ai Préfet . Eh oui! A part Dagonia et Céleste. nous avons tenu une réunion. l’évêque aussi était là. l’U. Lui.

un peu troublé.-U.i son jeûne. avaient pas de carte de Sécurité sociale. Ce fut un grand jour. en général massive (au cours d’une grève). Très vite. Adèle et moi...changer d avis.R. on nous prenait notre vie de peuple. qui ont pris ça main. de gardes. tout fut organisé. C’est quand quelqu’un ne mange pas. Va-t’en savoir. pas loin de la apelle. de grévistes tous expliquer à ceux qui travaillent encore le sens de leur action pour |U8 se joignent à eux. Il voulait donner sa vie de lui-même pour que les pauvres d’ici et d’ailleurs entrent dans le chemin de la libération. Chacun. Si l’un * Intervention.T. Une fille s’écria : . c’était sa mère.. "tion à l’extérieur. il nous a bien venus de ne laisser personne venir contrôler sa santé car on 'errait lui faire n’importe quelle piqûre. et “ syndicats. Il n’était pas question de le faire . ils ont mence à s’organiser.. nous veillions sur tout. Enfin. intervenait pour dire ce qu’il pensait Quant à moi. et elle était déjà morte . Cependant.J.G. disait-il. Quant à Chérubin.. 267 . ^ Nous nc pouvons pas entrer sur les champs de canne. la J. Nous nous sommes tous rassemblés : ix de la communauté chrétienne. plus habitués à ce genre de choses. L’action de Céleste avait permis à tout monde de se rencontrer.O. On nous avait signalé là des gens qui avaient recom- sncé à couper la canne. Ils n’étaient pas ouvriers agricoles. bref. Avant le départ. La seule personne qui aurait pu lui faire renoncer .A. il avait pris sa décision. Je ne pouvais imaginer toute l’oiganisation que cela demandait Céleste lui-même ne savait pas qu’il fallait un médecin pour s’occuper de lui. certains membres de la communauté se lontraient un peu inquiets.P. Je refuse à l’avance tout soin tant que les conditions precedentes ne sont pas réalisées.C. de permanents. on m’aurait demandé ce qu’on appelle une grève de là faim. du M.. politiques. on pourrait le tuer. Nous étions obligés de l’accepter ^et de respecter ses volontés. Notre premier débrayage* s’est passé à Paul. des syndicats U. Chérubin! ' II répondit que depuis des siècles de colonialisme en Guade­ loupe. L’assemblée était en effervescence Tout le monde parlait à la fois.C’est un suicide. on nous prenait nos vies. Ils ont désigné des équipes : équipes de secouristes.C. ce sont les gens des mouvements de jeunes.

De plus. le syndicat n’était plus raide au marteau. Il ne fallait pas non plus croire aux «gestes macaques» du préfet. qu’il avait consultés et dont il avait obtenu l’accord. monter et descendre. * Grande remorque tirée par un tracteur et pouvant contenir deux à tonnes de canne. La parole prise ne tenait plus. on va lui ^ demander ce qu’il faisait là. Adèle. 268 . Quand ceux qui travaillaient ont vu ce grande cortège. on suivait en brandissant des zanma.J™ sont entrés dans le bureau de M. Un seul riposta : il ne voulait pas sortir de la pièce de canne. faisant dévirer les® chariots*.|| premier grand départ. Adèle est allée là pour nouâ Ils ont discuté longtemps. qui était venue malgré l’opposition de ses parents. Moi. la force des ouvriers agricoles et des paysans mollissait. Il paraît que M. ils ont été se cacher. Alors nous avons mis les chariot^ devant et avons annoncé que nous montions chez M.. S. abandonnant le travail. descendre s i monter.. ils se sont mis à courir gauche. je comprends. à droite. Les conducteurs dç| chariot étaient d’accord avec nous. n’était pas contente. Nous nous étions bien mis d’accord : nous allions aider les travailleurs. On leur a dit que puisque le prix de journée| n’était pas fixé. chrétiens.A. ne voilà-t-il pas que ceux du syndicat voulaient faire entrer tout le monde sur la plantation! On était déjà divisés. s’il doit aller à l’hôpital. | Certains avaient peur. Il n’y avait pas de gardes mobiles ce jour-là. s d’entre nous est blessé. tous ces gens s’avancer vers eux. que je tombais en faiblesse. il ne fallait pas travailler. nous sommes restés là.. j ’étais tellement fatiguée. les patrons avaient laissé pourrir la grève.j Derrière. A peine arrivés. disait : .Je comprends. faire masse pour les obliger à débrayer.. Chérubin n’avait pas décidé son action avec l’U. . Cependant. on nous accusait de ne vouloir rien faire.T.Nous ne faisons rien! Ah oui! N’est-ce pas grâce à la communauté chrétienne que la grève est repartie? C’était vrai. S.. S. j ’avais fai» tellement d’allées et venues. Ce fut le départ. mais avec d’autresl on a pu discuter. mais bien avec nous. j Nous sommes arrivés devant l’usine de Grosse-Montagne.

chanter. Alors. « Nous voici ». nous n’avons rien vu venir. de devinettes étaient lancées tout au ■ |n g du chemin. on s’est levés encore plus tôt qu’eux. je ne peux dire comment la discussion s’est déroulée. Pendant Ipue les képis rouges barraient tout. ont débarqué les conseillers généraux. B p p it d’arriver au point chaud. la grève de la faim de ce père K$leste! Ça. pour partir en débrayage. ■manger. les képis rouges se sont organisés aussi. que de gens on a vu défiler dans cette église! Un jour. que H & blagues. distribués partout.camions. la messe était célébrée. \ Débrayage. j’ai apporté trois matelas. Mais quelle joie! Quand on partait en débrayage.. Il y avait du bon... rire. dans toutes les églises. Dès 5 i heures du matin.M. je ne le risque pas.heures! Seulement. les grands messieurs. il y avait du Kpauvais. Que de choses. pour dormir dans l’église. Céleste choisissait les paroles de rÉvangile. les gens surgis des quatre coins de l’horizon. l’église ppleine à craquer. toutes les entrées des habitations étaient [ gardées. boire avec nous. fcpeux du syndicat allaient se cacher dans les pièces de canne. Il en fallait de l’organisation ! K . La grève de la faim secouait toute la Guadeloupe. les grosses têtes. à 6 f. et ce sont eux qui amenaient les saboteurs dans leurs g. Qu’est-ce qu’on pouvait causer. à 3 heures. Comme je n’étais pas présente.. Moi-même. et il disparut. de plaisanteries. Certains. pas encore.. On a commencé alors à se rendre compte qu’il ne fallait pas agir seulement sur M. là où Lia coupe devait démarrer. à chaque fois. tous les matins. a levé ses bras en l’air en disant: ||i .. Des tracts sont sortis. L’affaire s’est agrandie. ils étaient déjà à l’intérieur. Et «ceux qui venaient proposer leur aide et restaient parler. partir en débrayage. 269 . Comment oublier cette histoire. s’amuser. Chaque soir. à Grosse- Montagne. Jpuand les travailleurs se mettaient en place et levaient leurs «coutelas. nous avons continué. Nous avons commencé à nous organiser pour protéger Céleste. dit le président du conseil général. I&. S. ils surgissaient des cannes et criaient : & *• Halte là! Débrayez! IL Et.Diable! Il n’y a pas moyen avec eux! wk. Céleste les avait fait appeler. ils expliquaient pourquoi il ne fallait pas Ipravailler.. quand il a vu ça. dormaient là. Le soir n’était pas fait pour dormir: c’était la messe. Alors. En fait. S. débrayage. même..

on tenait bon à f l chapelle. Si le père Céleste meurt. Toute la Guadeloupe défilait là. pas de lui flanquer des coups. disait-on. 270 . Pas m l petit trou de Grande-Terre que je ne connaisse. ça faisait onze jours que Céleste ne mangeai pas. qui en étaient jaloux. I La coupe était presque partout arrêtée. une grande dame. pas de coups. mai! jusqu’ici ils n’ont jamais été pour la violence. Seulement. nous1 disions non.R. aux petits planteurs : ne coupez pas la canne. «Le père Céleste peut mourir». t o u t l qu’il a trouvé : nous envoyer ses petits soldats. Et M. il y avait des gens qui étaient partis pour briser cette belle organisation. qui l’aura tué pour réussir dans ses propres affaires® * Organisation politique d’obédience trostkyste. Aussi. nous étions toujours présenté et ceux des mouvements et des syndicats étaient d’accord avec- nous. Combat ouvrier envoyait ses gars sur les champs de canne avant nous pour foutre1 des coups à ceux qui travaillaient. refusa catégoriquement II fallait respecter « jeûne.C. disait-elle. Nous qui ne sommes^ pas pour la violence. le préfet. Comme si m pouvait nous faire peur. Pour aujourd’hui. Pas un bout de canne coupé! Pas une usine qui crache saj fumée! I Nous avons battu toute la campagne de Grande-Terre. Ces messieurs ne doivent p li continuer à faire de nous ce qu’ils veulent. quand on voyait frapper des gens. En 1975. ce sera la faute® M.Il faut qu’il s’arrête. je ne sais pas quelle idée ils ont dans la tête.R. Quand vous allez faire débrayer quelqu’un. I Une femme de grande allure. On n’a pas le droit de dépasser neuf 'I l dix jours de grève de la faim. De toute façon. L’infirmière. votre travail c’est de lui expliquer les choses. ni sur le prix de journée.J. On commençait à dire : I .. un meeting était organisé sur le lieu même. On expliquait plus largement pourquoi il fallait cesser le travail : on n’avait pu négocier ni sur le prix de la tonne de canne.J.J ni sur les conditions de travail. i l du M.C. elle apporta du café pour le père Céleste. Le letilH main. a D’un autre côté. ce serait une honte de travailler sous l’oeil des gardé!] mobiles. ils n’étaient pas partis pour la violence. défendait c f l position. On allait partouj dire aux colons. < à cet homme. Q Après chaque débrayage. donnez rien à manger à l’usine.

me dit-il. on ne devait pas le soigner.mène son propre mouvement pour sa gloire personnelle. Au début. ■ Il continuait donc son jeûne. j ’ai parlé dans des meetings à Duzer-Sainte- se. ions-nous. Il va alors tout raconter à « l’autre ».A. Lui porter à manger n’était pas bon du tout. nous voulons porter un message afin d’aider un tre qui fait la grève de la faim pour « qu’on reconnaisse dans travailleur un partenaire avec qui on discute et non un esclave ‘ obéit aux ordres du maître ». vous lui racontez ce qui se passe.T. Si on venait à constater que le père Céleste avait de la nourriture dans son corps. Et il n’a jamais dit à personne qu’il voulait manger. on aurait dit : ce n’est pas la grève de la faim qu’il fait. etc. Nous ne sommes ni adventistes ni témoins de Jéhovah. tes gens de Basse-Terre nous ont bien aidés. réellement. il pouvait tenir. à Basse-Terre. L’autre ainsi au courant de tout ce que vous faites. ils sont tôt aristocrates et ne sortent pas facilement de leurs belles ‘ ons pour aller marcher dans les rues. Ils voulaient lui donner à manger en tapinois. Suzette à Petit-Bourg. et il y eut une grande manifestation me on n’en avait jamais vu à Basse-Terre. Un comité de ütien s’est constitué là. cela. c’était être contre lui. d’accord avec toutes les lois n’en suivant aucune. savait mieux que nous repérer ces sortes . Adèle prenait la rôle partout. L’U. très intelligent. c’était très mauvais. et nous. vous nde ceci. de tous vos ments. A Basse- ie. Si vous êtes un couillon. Je lui ai demandé comment il se sentait. mais il fallait se méfier. de me dire si. Un jour. Colette à Baie-Mahault. C’est dans cette ‘e qu’habitent le préfet et plein de fonctionnaires. Si ça n’allait pas.a avait des partisans partout. semant des tracts dans lue maison. notre travail d’explication dans toute la Guadeloupe. avec les syndicats. Il fait comme s’il est avec vous. beaucoup parmi nous n’osaient pas prendre la irole. Moi-même. Beaucoup avaient vraiment peur que Céleste meure. on nous a même pris pour des témoins de Jéhovah parce l ’on allait dans les coins les plus reculés. au Moule. il coui lionne le peuple. Céleste avait pris tout seul sa décision de son «jeûne illimité ». il déciderait lui-même. Chérubin m’a appelée. par­ mi. et ça. de ne pas me mentir. au cas où il tomberait. à Pointe-à-Pitre. . Je me *ens d’un gars.

A l’heure de la messe... Pourtant. tous les bruits circulaient» tête du père Céleste était mise à prix. c’est mauvais. d’un air bizarre. on voulait faire saut* chapelle. La chose est compliquée.. les gens avaient besoin de voir le père Céleste.. Il ne s’agit pas de faiblir. Quand la première voiture stoppait. je peux être sauvé. Soupçons par-ci... On dis 272 . il faut nous organiser autrement.. les autres suivaient. la foule se pressait de parts. pour le tuer. A partir de ce moment. nous descendions tous. Combat ouvrier était là avant nous. On m’a donné de 1ar beaucoup d’argent.. Je ne peux pas faire ça. Même pour les gens du syndicat. Alors.. Moi.de « mako» (mouchards). c’est vaut beaucoup plus cher que ça. d’autres non.. il avait les yeux hagards. où se tenait Cék fut protégé: feuilles de tôle à l’extérieur. barricades de 1UI> p i u i v g v * 1 V U » « V U ' l’intérieur. L U. D’habitude. soupçons par-là. Nous nous sommes alors organisés pour nous Ai ^ L ’accès de la petite pièce près du chœur. On né savait plus à l’avance le nom du lieu du débrayage. Il le regardait fixement.. A ceux qui travaillent. Il s’est m parler : . Si beaucoup viennent av^ nous. le lendemain matin.. J ai vu le visage du Céleste.A. pourquoi courir après deux ou trois qui vont se cacher^: Ça. le débrayage se passait bien : ni coups ni bagarres. que de tracas! Un jour. ils donnèrent des coups à deux gars très rétifs. Par exemple.. si nous avions décidé le soir d’aller en débrayage à Morne-à-FEau. nous avons surpris ufl jeune homme auprès du père Céleste.. un jour.. tous ceux qui étaient du complot se sont mis dénoncer l’un l’autre. mais il né faut pas donner des coups non plus. r. Nous avons besoin d hor comme lui en Guadeloupe... ça crée du désordre dans nos affaires. vous êtes venus dire : « Arrêtez! » Certains comprennent pourquoi. ... nous a expliqué : puisqu’il y a des gens qui veulent saboter cette action.Si vous donnez tant d’argent pour tuer ce prêtre. A chapelle même. nous avons fait un seul bloc.. c’était les problèmes qu’on rencontrait dehors. il faut la démêler. En sortant.. je prendrais de 1ï pour tuer un prêtre? Je ne ferai jamais cette folie. Seul le chauffeur de a première voiture était au courant. On est allé trouver l’homme qui leur ai promis une très grosse somme pour la tête de Céleste .Si je renonce.

tuaient les troupeaux. de la misère des travailleurs : . De toute façon. pour te dénoncer au gendarme: ne fais pas de crdre. des histoires que racontait Chicaté. mal logé. volé par la boutique. les -?^ves menaient beaucoup de luttes : ils brûlaient la canne. Comme ça j ’ai vu que les prêtres étaient les défenseurs des ropriétaires fonciers. supporte tout ce =en te fait. Ah! c’était bien organisé. Ainsi. de martyriser l’es­ 273 . Lè salaire était établi. les premières choses qu’on avait fait rentrer en uadeloupe. de développer l’exploitation. plus les idées nous venaient. Certains étaient capables de rester éveillés toute la nuit pour ne rien perdre des contes. » Tu n’avais rien à ^demander. pour payer le petit trou où te logeait le maître. reste à ta place. Xe prix de la journée est affiché près de la maison du géreur. Plus les jours passaient. ceux qu’on laissait entrer n’auraient rien pu faire. Et. que j ’ai approfondi le problème de l’escla- age. Dieu est un père juste. mes amis! Un vrai maître de la nuit. 1habitation. II devait être malin pour arriver " vivre. nous avons pensé à placer des lumières tout autour de la chapelle. au maître . pendant l’esclavage. Vous savez que.Il y a seulement cinq ans. avec son gros rire. Quel homme. i! est fatigué.Je ne suis pas quelqu’un qui est allé à l’école. rien à réclamer.T. Ça permettait aux propriétaires fonciers. on disait non. C’est depuis la “cation de l’U. Parfois. Les gendarmes ~jir te conduire en prison. et le prêtre pour te faire dire ce que tu !S fait. Il faut reconnaître qu’on a trouvé beaucoup d’hommes pour dormir là tous les soirs. aucune organi- ption pour le mener au combat.A. > Et voilà Chicaté. il ne peut pas se lever. II avait ses mots à lui pour parler de notre misère. r poisonnaient l’eau. comment un travailleur pouvait se défendre? Pas de syndicat. entre nous pour savoir qui laisser entrer. Des hommes se relevaient quart par quart pour monter la garde. le prix de la tonne de canne aussi. racontant les mille et une #ses de Compère Lapin. après avoir protégé la petite pièce de Céleste. malin comme Compère Lapin. tu devais couper chaque jour dix-sept paquets de canne ?gratis! Mal payé. c’étaient les prêtres et les gendarmes. la récolte est ouverte. Puis il partait sur l’esclavage : : . son état s’aggrave. Avec les Nègres Afrique. des jeux de mots. puis- qu’en sortant ils se retrouvaient à l’intérieur de Féglise. est-ce qu’on pouvait râler? Dire quelque chose? Le patron décidait : « Bon. J’ai besoin de tant de coupeurs demain matin.

a essayé de monter les gens contre lui pour les détourner de réunions de quartier.Si j’avais vu ça avant. Je lis la Bible. Ils étaient là pour faire entent paroles qui sortaient de leur cœur. faisait pas grand bien. est intervenu avec sa grève de la faim. il s’est malgré sa faiblesse. sans manger. ils verraient que le père Céleste fait comme Jésus. moi aussi. leurs paroles. nous la lumière pour que voyions où nous en somt 274 . Il les connaît bien. Chérubin veut donner aujourd’hui sa vie pour les travaille de la canne. s’est tout de suite mis à ses trousses. je prends ce qu’il y a de là-dedans. M. a fait un acte de bienfaisance. c’était quand. voyé limyè asi Mon Dieu mon Dieu.. ils vienne lui raconter leurs souffrances.clave. Les gens parli parlent. Si qui sont contre lisaient la Bible. S. Depuis longtemps. au commem le père Céleste pouvait se lever et célébrer la messe. je reconnais tout' qu’il a fait. je glorifie Chérubin. quand même. quelle que soit ta condition. ça m’aurait donné des forces. pour moi. et c’est tout. en réunissant les ge pour réfléchir sur leur sort. je dis que ceux qui font ça soi maudits. et quand tu aides ton prochain. Le prêtre était toujours là pour le maintenir à genoi Quand le père Céleste est venu desservir la chapelle Grosse-Montagne.. aller et venir comme ça. aide te prochain. ne. Un soir. Dieu te dit. bonnes : Mondyé Mondyé. ce n’est pas lui que til aides. C’est pourquoi je reconnais qu’il fait un acte «pitoyable» devant Dieu. quel bonheur de partager avec ces milliers de Gi loupéens la prière universelle. rester debout. Je ne vois aucune personne Guadeloupe qui donnerait sa vie comme ça. Lui. A voir tant et tant de gens rassembl s’est écrié : . Quel bonheur de préparer la messe en composants les en créole. Moi. Ne pouvant donner de l’argent. trois fois maudits! Chérubin. leur vie. il a cherché en quel sens il pouvait les aider. Cest avec eux qu’il a conscience de la pauvreté des malheureux. er nou pou nou voué ola nou yé. mais Dieu. il s’est mis entre la vie et la me Le plus beau. à eux. Moi.

tout à Grosse-Montagne. et nous étions forts.. Les Haïtiens prennent notre tra­ Fo nou fouté yo kou. 275 . Et nous nous mettions à chanter. mais c’est la vie qu’ils sont venu chercher aussi. Pas de partisans de M. il n’y în. a misyélimè y.Oui. les Haïtiens travaillent à notre place. étudiait l’Évangile. ni gôch ni douât Il n’y avait ni gauche ni droite. Ma vie. plus elle durait. le maire x. Tous nous té ka goumé ansanm. et voilà que je me sentais faible. le maire y.venus là prenaient la ‘ parole. té ni. D’un autre côté.Nous formions un seul peuple iy. personne ne faisait la différence. A ceux qui disaient ça. j ’étais entraînée une histoire aussi exaltante. té ansanm é nou té fo. la faiblesse. mais nous nous sommes trouvés partager quelque |chose que nous n’avions jamais connu : le sentiment profond ’être un peuple. étions ensemble. on sèl pèp ki té a Grosmon. D’ailleurs. on commençait par dire ce que l’Évangile vnous apportait. je m’interrogeais : « Où en sommes-nous? » « Ar- ms-nous à en sortir? » J ’étais inquiète. nous répondions : . Pour la première fois de ma vie. Ensuite. chrétiens ou pas chrétiens. pas de la peur. avait pas d’enfants. tous nous atta­ quions ensemble. ça n’avait pas d’importance. vail. Je savais bien qu’il ut lutter pour que la grève des travailleurs de la canne itinue. J’avais des à lancer dans cette action. à nous. dans • cette situation exceptionnelle. telquefois. ils n’étaient pas au courant de ce partage d’Évangile •entre nous. ^Imaginer que j ’aurais à vivre un tel événement. plus la vie de Céleste en danger. Chacun s’organisait pour préparer la messe à sa façon. les gens . Je ne connais pas le fond de leur cœur. jamais je ne cru. Évi­ demment. té ni gwan moun. Tout moun té ansanm. je la vivais. nous étions unis. . mauvaises aussi : Ayisyen ka pwan travay an nou. pa té ni Il n'y avait pas d’adultes. Il faut leur flanquer des coups. A la messe. té ni moun a misyélimè x pas de partisans de M. mais.

les femmesj de la communauté. ne sortez pas aujourd’hui . le monsieur ne ferait pas couper et la canne resterait sur pied. j’ai rencontré un gars qui travaillait àj l’usine. toujours : il ne faut pas que Céleste meure. Si l’usine ne marchait pas. A 4 heures du matin. Le soir. il nous a tous réveillés : . Man Joseph. Le jour où les! C. j Il m’a promis d’essayer de faire quelque chose. : De me voir m’agiter ainsi. Ils m’emmenaient. dans la nuit.R.Regardez cette femme. . c’était d’aller partout. C’est vrai. j ’ai telleme faim. Il leur a fait signe : . pour lui demander un peu d’eau. que nous étions aux abois. Je faisais de la propagande. . de bêtes à Man Ibè voulaient le prendre et l’emporter. je vais lui demander à manger. il fallait que j ’y aille. Des jeunes s’étaient réveillés l’ont vu marcher. Je suis venu remercf Seigneur. Je lui ai dit : j . Mais dans ma tête. je me suis vu passer. une grande faim le prit II a ap~ Laurette. je parlais.Qu’est-ce qui t ’arrive? lui ont-ils demandé... on disait : j . venez rendre grâces au Seigneur.Venez chanter. ] On disait bien d’autres choses encore sur nous. » Cet homme m’a raconté comment. Mon rôle à moi. c’est pour ça que j’étais en lutte. Il me disait .Vous ne pouvez pas comprendre. Après le cauche subitement. il s’était mourir.S. dans cette action. Il avait vu toutes sortes de choses. a enjambé les gens qui donnaient devant sa s’est agenouillé devant le Saint-Sacrement. ont fondu sur nous. vous ne faites rien? C’est pour l’usine qu’il y a encore! des gens qui coupent la canne. Il s’est levé. l’infirmière. elle mourra avant cet abbé-là. J’ai pensé : je suis sa u v é gagnerai la bataille.Alors. Il s’ dit : « Je vais faire partir Laurette car si elle reste là. je me suis senti bien. à la façon dont elle mène son corps partout à la fois. . Je ne sais pas exactement à combien de jours jeûne il en était.Ne partez pas en débrayage. Par exemple. je j parlais. là nous étions vraiment aux abo: Je me souviens très bien de la vision qu’avait eue Céleste la nuit d’avant.Ah. Il nous a prév. Il voulait nous avoir tous autour de lui. C’est à vous de bloquer l’usine.

Nous étions tous unis dans la même foi. on a formé une chaîne. casser la lutte.S. avec le casque et le bouclier.S. C’est à cause de ïte que nous dormions dans la chapelle. sont arrivés dans la matinée. Quand quelqu’un vous dit de ne sortir. le maire. Des nouveaux. Depuis la veille. Cest donc trois jours après que le père Céleste a vécu ce fcauchemar de la mort et nous a interdit de sortir. les C.R. est-ce pour cela que tout se serait ï? On avait l’habitude de se réunir. les C. de dire la messe. Les uns voulaient rester enfermés et continuer la réunion.S.R. en chantant Solidarité. et qui arrivaient de France. qu’il se passera quelque chose de grave ce jour-là. Ils ont encerclé fTêcole. trois jours avant.S. profondément. qu’est-ce que tu peux penser ? Tout le monde avait la même idée : les C. un plein boeing.S. On entendait : Où sont nos représentants? Où est le maire? Il n’aurait qu’à 277 . et nous ne sommes pas là pour le protéger! Alors.Ils sont venus chercher le père Céleste.Céleste est vraiment inspiré par Dieu. savait que les képis rouges devaient monter à Grosse- îtagne. suivis pendant un kilomètre. Même si les étaient partis avec lui. nous isoler. ! P. Quand les gens bnt vu les C.R. Je pense que c’était aussi pour nous )ger de la chapelle. sont écartés. >nia. On commençait à ne pas se sentir trop bien là-dedans. S’il était au courant. encercler la chapelle. ce fut la panique. des C. il nous a dit de ne pas ir et regardez ce qui arrive. et tu vois que c’est bien ça. Ils sont en bleu. on ùt continué. d’autres étaient pour le départ. : mais on n’avait pas peur. i y avait tout de même un problème. M.R. pourquoi ne s’est-il pas trouvé ît la chapelle? ît un instant. Et j’ai eu la même réaction.R. et nous sommes passés. H faut dire qu’on s’y attendait un peu car. que le préfet avait fait demander en renfort. Et. pendant un meeting à Fécoîe de La Rosière. nous étaient tombés dessus.R. bras dans bras. effectivement. et nous sommes sortis très calmes. jusqu’à la chapelle. mes frèresl Les C. Alexis commença à pleurer : . que des Guadelou- îs de toutes les communes se rassemblaient ici. ils se sont écriés : .S. sont venus idre le père Céleste. par un hélicoptère qui nous rasait tête.

N’y va pas. et les képis rouges partiraient. tuez-moi avajj eux! 11 Quelle maîtresse femme cette petite bonne soeur-là. qu£É gauche. j| Où était Dagonia? On est allé le chercher. Les gens qi| l’entouraient ne voulaient pas qu’il quitte sa maison. fendez-lui le cul. * . Nous nous sommes . » Ils nous bourrent d’un côté. ■V. Normalement. Nous aurions eu un! défenseur. nous rentrons de l’autre. A Pintérieurj de la chapelle. tuez-moi. Il paraît qdj» préfet a dit : « Si le petit Nègre à écharpe se montre.t Nou pa té pè ayen Nous n'avions peur de rien J nou tout té ménasé nous étions tous menacés i vi an nou té an danjé notre vie était en danger \ nou pa té pè sé képiwouj la nous n'avions pas peur des képis- rouges j nou pa té pè zyé sanginè a yo de leurs yeux sanguinaires | nou pa té pè fizi a yo de leur fusils '■ nou pa té pè hak. défendus nous-mêmes. mais.se présenter et dire : « Je suis monsieur le maire ». quand un| bombe lacrymogène éclate. Les C. Les auttfi religieuses aüssi se sont montrées courageuses. C’est wj brave bougre. ne bouge pas. lui foutent des coups de crosse. Nous n’aurions pas eu' l’impression d’avoir fait quelque chose. malgré toutes les atrocités que les C. trois. nous? ont fait subir. ne va nulle part. Un jeu™ garçon trébuche. perdent leurs souliers. J ■’ . Mais là. ils sortent. qui à droite. au lieu de l’aider. après cettfj affaire. nous n'avions peur de rien.Je suis une Blanche comme vous. on ne peut plus respirer. foutez-lui ® lacrymogènes. deux. lui dS <üt: S .R.S. nous faisons par là. nous nous sommes défendus sans 3 armes.R. Les gens tombent. lai dedans. ils sont trop serrés. Ils nous? poussent par là. Mais eux. elles nous ont lâchés.S. » •J 278 . c’était meilleur pour nous. il faut s’éparpiller. mais ses collaborateurs. Sauf sœur Philippe et sœur Mai celle.Dispersez-vous! Dispersez-vous! 4 Un. IÉ sœur Philippe s’interpose : «J . Alors. les bombes lacrymogènes pètent. : Heureusement qu’il n’était pas là.

tout le monde fonçait vers la chapelle. | . Les plus malins sont arrivés par les bois. : F . bloquaient les routes. Ils sont partis à la poursuite de l’ambulance. I mais elle était déjà loin. le pauvre! Les gens lui criaient : r . ce lut un seul cri de •désespoir.R.S. pas Pde problèmes.Panique. les gens clamaient : W ' . des habitations. I Ds n’ont rien compris. ils étaient saisis. Seuls l’infirmière et un autre compa- Rgnon étaient au courant. les C. Mains sur la tête. mais elle était Epie. f il avait encore une fois changé. affolement. partez avec t lui. là. au départ de l’ambulance. | Dagonia est entré dans la chapelle.Je suis venu chercher mon malade. je ne trouve pas qu’il ait fait •quelque chose d’extraordinaire.£ Effectivement.Vous êtes venu chercher votre malade? Eh bien. notre «petit Nègre à échaipe» a accompli son f devori..Au secours! A l’assassin! Ils ont enlevé le père Céleste! p . rien de rien. ce signe qu’on lui avait ■remis pour nous représenter comme maire. Sa commune était en danger. en ont enjambé..Où est ton écharpe? Où est ton écharpe? F Le docteur Dagonia a sorti son écharpe. Ceux qui accompagnaient Céleste i n’avaient pas traîné : le chapeau enfoncé sur la tête. F Quand ils ont vu apparaître Céleste. ■ g Nous. Les C. Et il ne savait même pas où l’on emmenait Céleste. pendant que les C. Et ils avaient coupé les fils télépho- Bhiques et électriques. [ défendaient l’accès de la chapelle.R. Arrivé au presbytère du Lamentin. •mais impossible de l’atteindre. Quand la nouvelle s’est répandue.. Ils n’ont fait que reculer de devant I la porte de l’église. et il a dit aux | C. a fait reculer l’ambulance et | y a enfourné Céleste sur un brancard.S. qu’est-ce qu’il a | pris.R. W Pour en revenir à notre maire. L’hélicoptère f a suivi l’ambulance jusqu’à Saint-Claude. allongé sur le brancard.S. fMême lui ne savait rien. les ï yeux fermés.R. quand Dagonia a débarqué. ■ par les champs de canne. nous étions restés bouclés Hjievant la chapelle. n’ont vu que du feu. personne ne pouvait passer.S. Les C. mais alors. pour venir B lcher leurs bombes jusqu’à Bergnolles! Ils poursuivaient les gens 279 . il était déjà I passé dans une autre voiture.R. Les grenades lacrymogènes continuaient à Mfeuvoir.S.

..A. sont restés un bon moment. nous qui avions peur des gendarmes avant. L’unité défaite un moment par la bataille fut vite recréée. S. tout m’appar­ tient par ici.Allez chez vous! '\J Personne n’a bougé. Il y a eu des i incidents provoqués par les « forces de l’ordre ». Ils jetaient par terre avec rage la pierre qu’ils tenaient à la main. Les syndicalistes. avait demandé à un gosse de lui montrer un nommé Rozan. on a dû en maîtriser plusieurs pour les empêcher de se battre avec les képis rouges. je suis sûre que tout Grosse-Montagne aurait été mis à feu j et à sang.. l’évêque. photo en main. Ce jour-là.S. pour j disperser ceux qui manifestaient devant l’usine.. Nous ne pouvions pas dire que nous avions gagné. et : nous étions très nombreux. les forces de l’ordre! Mais pas unj _________ 4 * Un des fondateurs et dirigeants de l’U. beaucoup de blessés. elles étaient venues.T. leur avait dit : .Nous sommes chez nous. Quand ils ont com­ mencé à foutre le camp. C est vous qui n’êtes pas chez vous. Dagonia ont pris la parole.R. Si noüs avions becqueté un seul C.Dispersez-vous! Rentrez chez vous! Charles-Gabriel. Tous les dirigeants de rU.T.Vous pouvez y aller. Tout ça c’est chez moi.S. 280 . heureusement pas de morts. Le préfet avait fait appel aux C. dans toutes les cases autour de la chapelle. .R. répétait ces paro­ les: . i A la radio et à FR3. Pourquoi? Parce que nous avons gardé notre sang-froid. le maire de Sainte-Rose.G.A. i Ça. venir nous dire d’aller chez nous! Je hurlais : . Les C. ont été se cacher puisque ce sont eux que le préfet voulait.T.dans les maisons. messieurs! Il fallait nous voir.S. S. on disait qu’il y avait la guerre à ] Grosse-Montagne. A-t-on jamais vu une chose pareille. actuellement scrétairç|j général de l’U. ' M. On avait envoyé Rozan Mounien * se cacher car un gradé.. à Grosse-Montagne.R. mais nous n’avions pas perdu le combat.G.] l’usine de M. nous nous sommes rassemblés de nouveau. une guerre déclenchée par un certain nombre j de travailleurs de la canne qui voulaient entrer de force dans ..

comme ça. Racontez-moi tout. tu ne prends rien.Vous savez. les syndicalistes deman­ daient la reprise des négociations. une fois arrivé à destination. Il te faut prendre des gens pour parler en direct. . Il n’était pas à l’aise.. Donne le micro. on en aperçut un dans la foule. tu arrives quand tous les débats sont finis. brisé ses affaires. On n’avait jamais entendu une chose pareille à la radio en Guadeloupe! Chérubin. avaient tout bouleversé chez elle. du prix de la tonne de canne. Fous le camp. tous les Quadeloupéens ont appris la vérité sur Grosse-Montagne. Même si ça n’a duré que dix minutes.Alors. Nous avons continué à nous réunir dans la chapelle. dans ce métier. les routes étaient barrées. tout de suite.Je n’ai pas pu venir plus tôt. On s'en prit à lui : . Le préfet fit une déclaration disant que chacun devait prendre ses responsabilités. à célébrer la messe. L’après-midi même. et. un miracle même. sinon. un journaliste de FR 3. Ceux qui avaient vécu les événements les racontaient eux-mêmes.journaliste pour venir aux nouvelles et informer vraiment la population.S. mais. Nous lui avons répondu d’accord. c’était extraor­ dinaire. l’après-midi.Il faut que tu prennes tout ce que nous dirons. à ceux qui savent. les paysans pauvres ne pouvaient plus vivre. J’ai profité d’une éclaircie. Une femme a pu raconter comment les C. Tout à coup.Ce n’est pas notre affaire. C’était la première fois qu’un événement avait lieu ici et qu’on le donnait tel qu’il s’était passé. à 6 heures. Chicaté a parlé surtout des revendications. 281 . ils n’acceptent pas n’importe quoi.R. mais à une condition : . avec cette affaire de la canne à la richesse. sa maison. nous fit savoir qu’il poursuivait son jeûne et nous demandait de tenir bon. II fut forcé d’accepter.. Nous n’avons pas eu le temps de tout dire. cassé les portes. et le soir. . le nombre de participants diminuait. toi aussi! . Il a aussi raconté comment. ils te débobineront les événements. au fil des jours. Ce qui fut fait. Une autre femme a pu aussi intervenir. du salaire de l’ouvrier agricole qui doit être le même que celui de l’ouvrier de l’usine.

le gwoka appelait tout le - monde : "i . Cet homme. Le préfet a envoyé ses C. et surtout 1 0 travailleurs de la canne. c’est pour dénoncer tout ce qui n’est pas bon et lè* fairer rentrer dans la justice. pa$ plus celle de maire que celle de député ou de conseiller généra^ Sa politique. préfê mante. On disait de plu| belle: j «Ce n’est plus la messe. c’est de la politique! » « 282 .Céleste. dans les fonds. il a été forcé de les reprendre. Sa grève de la faim était terminée. les difficultés se sont multipliée^ Pendant la grève. est-ce vrai? j . il ne voulait pas de négociations. mais l’Évangile nous. tout le monde était content. il avaif entrepris sa grève pour forcer les usiniers à négocier. nous avait rendus plus exigeants. * Après la grève de la faim.Préfê mako. une fois la grève finie. Les réunions se multi-. ? Certains pensaient que Céleste allait poser sa candidature contre Dagonia. les négociations. oh non! Sa politique n’est pas une politique pour prendre une place.R. pour que le peuple vive. une petite victoire. Céleste voulait qu’on discute avec les travailleurs comme avec • des hommes. ' mais on n’en finissait pas de parler de ce geste. et qui nous a tant apporté. A cette nouvelle. chacun a repris place. ouais! : Sur les mornes. de cet événement que nous avions vécu. Le père- Céleste avait repris toutes ses activités. qui ont failli tuer des gens.Céleste pose sa candidature. mais un point très important de 1 gagné tout de même.Venez tous célébrer la victoire! Enfin. eh bien. avait poussés à Faction. . Plusieurs m’ont interpellée: ■% .Voilà un homme qui a voulu se sacrifier pour le peuple. . avait: pénétré en profondeur dans tous les détails de notre vie. nous avons besoin de lui comme ' maire. Il avait gagné. ] elles ont repris. scandait-on. Céleste les avait défendus. Le nom de i Chérubin sonnait dans toutes les bouches: ■! .S. à l’église du Lamentin. tout té" monde s’était démené. ^ On ne peut pas dire qu’ils ont tout lâché. un bal au gwoka éclata dans l’église : . puisque le père Céleste faisait sa grève pour que les négociations reprennent. pour qu’oÉ arrête de prendre les Nègres pour des chiens. Alors. maire? Ça ne lui va pas du tout. pliaient au presbytère.

. C’est ça pour moi prendre ses responsabilités de chré- %n. vous ne mettez pas de l’eau dans votre bouche quand vous prêchez. sa sensibilité à ia misère des [malheureux. L’Évangile %’a ouvert les oreilles et les yeux. mais le maire du Lamentin. comprennent pas. C’est ce qui lui donne son courage pour lutter ' contre toutes les forces d’injustice. quel a été le rôle des pharisiens. je parle. est allé le voir et lui a dit : 1 . il faut avoir quelque chose avec soi. et -pour lutter ainsi. j ’ai compris en quel sens nous sommes français.En effet. Il n’ira pas se faire tuer dans une action sans chance de réussite.. M. Il est entré dans l’Évangile.. au sérieux la vie de Jésus qu’il essaie de suivre. que de détails il a : donnés! Il nous a demandé ce que nous faisions pour notre peuple. essayer d’aller jusqu’au bout de l’Évangile pour changer cette vie qu’ « ils » nous ont faite. ce n’est pas n’importe qui.. Chérubin Céleste. mais si je parle. nous n’étions pas choqués. comme dans les lemps anciens. ou alors je me tais. rentré profondément. C’est un homme de foi. Je ne peux pas dire ce qu’il a en lui. Il est pour la libération de son pays. Les gens le critiquent beaucoup. membres de la communauté. Nous. Je me souviendrai toujours de cette année-là. pour qu’il puisse vivre dans son pays et non émigrer en France. mais pas de n’importe quelle manière. Tout ce qui s’est passé pendant cette grève m’a fait beaucoup avancer. comment il à agi pour le faire vivre. mais ceux qui sont en plein dans l’Évangile marchent à ses côtés. pourquoi il a fini sur r la croix.Vous allez fort.. parlé. ne sont pas encore d’accord. . Je me souviens d’un enterrement où Céleste avait parlé. lutter contre les injustices. f 1975. Dagonia. f dit comment Jésus a pris sur lui toute la souffrance de son peuple. mais il a quelque chose. Il a pris au sérieux son sacerdoce. . Chérubin prend l’Évangile comme il est dans le Livre.

J’ai senti vraiment dans ma tête et dans mon corps coi l’Évangile pouvait nous aider à nous libérer de toutes les coi qui nous attachent. S. S. Ma fille avait signé.. Au moment de signer. année de mes plus grandes j< comme de ma plus grande souffrance.C. où nous.. et la cor nauté avait décidé d’écrire une espèce de pétition réel justice pour les travailleurs. Lors d’une précédente grève. mais ce t lâches* Man Une paysanne guadeloui Je n’oublierai jamais 1975.. men sa ou ka lagé L ’essentiel dans la vie n ’est pas ce que retiens dans le creux de ta main. M.. C’est pour ça aussi qu’il est venu fourrer son nez mon ménage. le père Céleste nous avait réunis. le patronf mon mari.chaque année l’UI devait lutter -. enrageait de voir la femme de son écoi participer aux actions du père Chérubin Céleste. M. 284 .RJ. une jeune du M. les casser pour sortir de notre situai^ d’esclave. J ’ai compris pourquoi dès le début. quant à moi. J’avais.. était farouchement contre nos réunions de qt contre ce genre de messe que Céleste célébrait dans cette cl à quelque mètres de son usine. Chapitre X V Yo ba Jozèf biyé palapenn é i kasé èvè mwen Joseph perd son travail et me quitte Sa i ka konté piplis apa sa ou ka kenbé an plat a men a-ou. en 1973 . prenit parole.. donné mon n< jeune fille. les pauvres.-] demanda si j ’étais divorcée.

elle vit chez elle. S. mais elle est mariée.Madame de Brigotte est line sainte femme. Moi. Si elle vivait encore chez moi. Joseph.Non. mon mari. n’a pas vu plus loin. L’un d’eux. je pouvais participer.. la pétition. tu dois empêcher ça. sans m’occuper ni de Joseph ni de M. M.. et elle a eux enfants! Ça se gâtait pour de bon. était en affaires avec Joseph. Il ulait se débarrasser de lui et cherchait à mettre ça sur mon dos. pas avec moi. Si elle réunit des "s autour d’elle. lui. Vous vous rendez compte! Alors là. je ne suis pas divorcée.. elle prend la parole à l’église pour me "'tiquer. alliée au maître “j. elle a deux enfants. mais qu’il valait mieux ne pas mettre mon nom. ais moi-même failli être prise là-dedans. yfme de Brigotte. S... une Martiniquaise blanche. S.. il était parti pour lui casser les reins. nous ne parlions pas en l’air. M. avait des mako partout qui lui apportaient tous nos tracts. nous nous posions des questions. Il chercha à savoir qui était cette Mme Lucie B. et moi. n vérité. Si elles portaient sur es riches.. je ne vois pas qu’est-ce que je viens faire là-dedans. Joseph. Le dimanche. Elle s’appelle Mme B. regardez. M. éplucha toute la liste. je continuais à mener mes tions.'Encore une fois. le patron de mon mari l’attaqua : ' . il m’est tombé dessus : 285 . M. c’est pour dire le rosaire.. . à messe. oseph s’est défendu : .Ta femme suit le père Céleste. mais je préfère mettre ce nom-là.Votre belle-fille a signé contre moi. sans ça tu auras des “uis avec moi. . Joseph. voici i son nom et sa signature! . "ûph.. . Moi. institutrice. Le père Céleste expliqua à tous qu’à cause du patron de mon mari. Jo- ' eph. organisait de petites réunions pour égrener des chapelets.. elle est très active dans les unions de quartier. pas pour la 'tique.. je n’ai rien à voir avec la signature de ma belle-fille. S. nous parlions ouverte­ ment des riches que nous connaissions..Qu’est-ce que ma femme fait de plus que Mme de Brigotte? . Il découvrit que c’était la fille de la femme de son économe. lui donna. qui était à la réunion. je vis à Lamoisse. bien sûr. Ma belle-fille est mariée.Monsieur S.

le rhum et les femmes. son patron maudit lui avait fourré dans le crâne Léonora. | Un jour. jusquf dans la n u it Ils le trouvèrent dans la boutique de la soeur i f compère. il Le rhum a perdu Joseph. c’est toi qui gagnes le pain du ménage. 9 286 .Papa. te cherche. le père Céleste. Jj On dit que les hommes boivent parce qu’ils ont des problèmes Moi.. dès le matin. Son compère lui en donnait encore dans les. Joseph partait boire dans les* boutiques. J . il était commeji enfant. S. M. dans son travail. les enfants ont vu que ça ne pouvait plus durer. comment pourrais-je faire une pareille bêtise? Si j'avais un métier. partout sur l’habitation.. | | sont partis chercher leur père.Regardez ces petits « doudou » (chéris) qui ont peur qu’ol me foute dehors. Allez plutôt dire à votre mère de se t e || tranquille. Les bouteilles vidées. il est sur toj dos. à coupS hacher. j’aurais pu vouloir me venger de toutes tes abominations en te faisant perdre ton travail. arrête de t'agiter. j’avais des problèmes. dans son foyer. rien en main. Toutél elles devaient y passer. dormant sur une chaise. Tout était de leur faute. Je t’interdis de fréquenter ses réunions. de monter et descendre autour du père Céleste. Le compère le remplaçait Joseph était trop saoul pouq comprendre son manège : il voulait la place. pas de Sécurité sociale. rien de la sienne. je n’ai pas d’allocations. Si tu n’as plus de travail. Joseph? Pas plus qu’un a m Évidemment. tu m’empêches d’aller gagner une seule journée. If . Avec ses amis. papa. mais tu m’as amenée ici. Tu ne vois pas le tort que tu me causes. Joseph. Joseph! J’avais beau parler. je voyais bien ce qui clochait. mais. 4 Moi.Léonora. Il emportait ses provision^ quelques chopines. il était le maître.. Ses wm l’entraînaient II ne se souciait plus de son foyer. une véritable toupie à fouer qu’ils ont fait virevdS jusqu’à ce qu’il se retrouve dehors. Tu veux que je perde ma place? . ça chauffait quelquefois. champs. faire trimer les autres. de ses enfantai avait autant de femmes que de cannes sur l’habitation. que ferons-nous? Réfléchis un peu. et les mil partaient sec. . Depuis un bout de temps. partait au travail avec un bon deux ou trois verres de rhum dans le corps. réveille-toi. de l’aigent.Devant Dieu.

tu essaies de prendre la défense de ta famille. écoutait leurs mauvais conseils pour venir faire du désordre à la maison. Comme l’argent paraissait trop maigre. S. nous pouvons réfléchir et nous défendre... le responsable de 1TJ. tu es fort Tu as réussi à licencier cet homme de son travail et. puisque je parlais trop.. qui avait obtenu du travail pour les ouvriers.. un avocat. Pendant ce temps. Non.. Un année. Ils lui ont fait prendre un huissier. a envoyé en l’air toutes les bonnes raisons de Joseph. je n’étais au courant de rien. Il a quand même obtenu un peu plus d’argent. tu t’y accroches. ses camarades lui ont dit fde refuser. nous ne sommes plus tout à fait au temps de l’esclavage. Chicaté se e‘'*n... de sa famille.P. moi et me quitta. fit appel et Joseph dépensa tout ce qu’il avait obtenu en “lus à payer encore une fois avocats. S’il avait écouté les conseils de mon fils Marc. qui séparaient les esclaves de leurs femmes et de leurs enfants.. Ah! monsieur le patron.. l’avocat. tu as pu penser qu’il agissait comme les anciens maîtres. s’en prit à. M. Quand M.. là. craignait comme le Diable ’éau bénite. S. En 1975.. Il ne fallait rien me dire. contre sa femme et ses enfants.G. S. huissiers. sauf Chicaté. Joseph. Au tribunal. Avec ses amis. avait convoqué à l’usine tous les petits mteurs. l’accuse. j ’étais en plein dans le mouvement. Toi. M.. celui-ci se déplaçait et it voir le géreur ou le patron en personne. l’aperçut il mit ses deux mains sur la 28 7 . Lui seul avait droit à la parole. S. Quand quelqu’un avait un problème et se rendait auprès de Chicaté. Ils sont allé le prévenir. il parlait. pas de dialogue. Cest avec deux amis aussi qu’il alla toucher ses indemnités. S. Avec Joseph. Joseph. la tête bourrée par M. sûrement bien payé par le patron pour le défendre. une deuxième fois. fait ■payer la ristourne aux petits planteurs. Si « misyé la » te dresse contre ta femme.ta. de ton foyer. et à boire aux ts. Chicaté était un petit Nègre qui ne connaissait rien dans affaire. celui que M.. Chicaté. Une fois le syndicat "cé contre celui-ci aurait été obligé de compter le ombre de billets qu’il fallait pour vingt-cinq ans de travail. il aurait été trouver Chicaté.. Pour sph.. Joseph recevait sa lettre de licenciement Céleste faisait sa grève de la faim. tu vas au moins lui parler.

si vous avez quelque chose à dire aux planteurs. dix ans après notre séparâû® 288 . . Il se procura toutes Jifl balances nécessaires. alors. Depuis la fin de 1974.® n’habitait plus à la maison. et bien mal placée. il avait dot® dehors... alors la viande $’a l || mait. M. avec ça. une petite cabane avec une planche poiré comptoir. on lui versa quinze mille francs. Je lui faisais des scèfl® je ne voulais plus l’accepter en moi. je ne t’ai pas fait appeler. mais pas de glacière. Pour vingt-cinq ans de travail sur une habitation. | Joseph n’achetait pas lui-même de bœufs. Après. Des histoires circulaient sur cette loge et celles d’à côté.Chicaté. j U plaça l’argent de ses indemnités dans une boucherie. De plus. Un vrai dégoût pour le corps® Joseph. vérifier. JM Il m’avait quittée en mars 1975. Nous avie® encore des relations. S. je n’ai pas besoin de toi ici. sauf un certain Eusèbe. ah nQOT Mon corps et mon sang s’étaient mis à refroidir.. ils en ont besoin. seulement..Tu as passé toute la nuit chez ta maîtresse. mais pas des vraies. S. Pas une boutique. |B personne n’en voulait. et tu v ie n s® faire l’amour pour me montrer que tu es mon maître.. Pendant quinze ans. Finalement. m Comme il ne me donnait plus un sou. qu’il revendait au poids. Les planteurs ne viendront jamais vous voir si je ne suis pas là. je me suis dit : « D ot peut refuser de la viande à ses enfants.. » Je ifn ai envoyés trois ou quatre fois. Joseph était toujours saoul. S. Jl . ne rentrant que le soir de temps en temps. Je ne désir® ni Joseph ni personne d’autre. Joseph confia la loge à umj de ses copains. Joseph voulut lutter tout seul contre M. loua une voiture et prit la route pour essayer dfl placer sa viande. Uot malédiction doit peser sur cet homme. Elle avait le temps de pourrir en chemin.. c’est à moi qu’il faut parler. Le dégoût avait chassé l’am oü® pris possession de la place. . une « loge ». vingt-cinq ans à sortir des champs de canne 5 heures du soir. Quand il avait liquidé toutes ses maiv chandises. à entendre les cris et les réclamations des travailleurs. jamais vous n’arriverez à leur monter la tête contre le syndicat. Personne n’arrivait à vendre là.. Il ne faut pas rêver.M. Encore aujourd’hui. les autres commençaient leurs affilié res. mais de la viande » Pointe-à-Pitre. à compter..

Comment va M. il avait déposé quatre cents francs sur le lit arqué sur un morceau de papier «pour votre existence». toi? Peut-être que je connaîtrai la misère. se lavait la figure. et sans me faire bile. il insista pour reprise : . Ton absence m’est \ J’en ai fini avec toi. et je n’éprouvais plus rien pour lui. que snt me manquera. . avait eu son témoin. je tiens. mais je vSuis de glace et ne sens aucun désir. venait la coller contre la mienne. Marc faisait ses études en . tu le regretteras. Aristide! Ça va. Tu n’as pas d’aigent. N’étions-nous pas déjà séparés? Il ne faisait plus attention à moi. La nuit. J’étais d’accord. Il débarquait très tôt. Léonora. Tu me pousses dehors. Je suivais ses singeries sans rien lui dire. il s’en allait. découchait. Dieu merci! vant de s’en aller. je suis là. il faisait de petits va-et-vient. définitivement. Et pour ^com m ent va la vie? ' Dès qu’il avait échangé deux mots avec quelqu’un. mais je n’ai jamais pris sa hauteur. Joseph le premier a proposé la séparation. Il encore. je devais me débrouiller pour moi et mes deux derniers. prenant ses aises. . i . sans un sou. et la santé? ?■. Au bout d’un ornent. je répondais : M. Je sentais aussi qu’il m’épiait : comment je prenais son départ? >ce que je pleurais? Il était tellement orgueilleux. Si quelqu’un venait le demander.Me manquer. Jo. mais pas toi. Tu as combien je vais te manquer. Tu vas connaître vie des chiens. Toseph espérait que. quand je le rencontre. comme je ne le suppliais pas de revenir. on se dit bonjour. on s’embrasse. b Je ne me suis jamais occupée de lui. Tout ça dépend de moi.Bien le bonjour. je serais obligée de plier. Joseph n’habite plus Lamoisse. Au début. jamais.->■ Tu n’es rien sans moi. ce petit quatre cents francs. Alors. personne ne peut dire si le mari ~:1 là. II voulait voir quel visage j'allais men an pa jen pwan hotè a-i. pas de maison. pas de vail. I té vlé voué ki té an té kay fè ba-i. il s’asseyait devant fia porte un bon moment. Il emporta ses affaires et je restai dans la maison de l’usine. lui montrer.

un jardin.Maman. . mais je n’étais pas inquiète. Un de mes frères me donna cent francs. ils croyaient aussi que je lui avait fait perdre son travail. Et si ce monsieur ne te donne rien. '■fi France. tu viens pour rien. Un jour. j’en ai eu assez de me fatiguer à laver pour ce monsieur. pendant la grève de la père Céleste. . Tu te débrouilleras ailleurs. il surgit au milieu de la nuit pour surveiller. depuis longtemps. Dominique travaillait à - l’usine de Grosse-Montagne et me rapportait une petite monnaie. Je montrai le tas de linge sale : . Joseph me le défendait.Ne t’en fais pas.1 mari. . il me gronda : . Joseph arriva pour se changer. linge souillé d’homme saoul.. J’allais pouvoir voir venir. pourquoi ne m’as-tu pas écrit pour me mett courant de tes malheurs avec papa? 290 . fini. puisqu’il n’était pas encore parti totalement.Regardez la quantité de linge qu’il m’apporte à laver. J ai rassemblé le linge sale qu’il avait apporté et l’ai suspendu aux clous de notre chambre. Comme il K racontait partout. que je ne prenais plus soin de: ses affaires. plus question de lui laisser chaque jour sa part de manger. Et qu’est-ce qu’il salissait! Comme exprès.Ce n’est pas pour que tu ailles acheter du savon pour laver! linge des autres. _ Il ramassa ses petites affaires qui traînaient encore chez ne et partit définitivement pour son nouveau chez-lui. commet en avait l’habitude. . je ne m’occupais plus de mon mari. Ils vinrent me visiter. Je le dis clairement à Joseph quand. Quand. m’arrête. pour ton linge et tes repas.\ Mes parents avaient appris le départ de Joseph. Mon seul trésor. Il avait raison. pour qu’il ne moisisse pas. je prévoyais une part pour Joseph. comme pour le reste. Sylvère. Je lui lavais aussi son linge. Lorsque je faisais cuire à manger. son service militaire. rien de propre! Il tempêta mais ramassa son linge sale en un clin d’oeil et disparut La femme à qui il le porta à laver fit courir le bruit que. J’expliquai tout en détail. je n ai aucune idee remplacer. Seulement. Je n’avais pas l’habitude de vendre des légumes et des racines. Il nè resuit plus qu’à m’organiser pour vivre avec mes enfants. j i Quand Marc revint de France.

de ■presses. pourquoi? Pour jouer la comédie aux yeux des ■populations? Montrer que j’avais récupéré mon mari? Je n’étais ■pas pour ce genre de choses. les ■priions ont soif. Un échec de notre vie à deux* pas de notre vie à tous deux. il trouvera un endroit pour coucher. regain d’amour. sans personne pour le servir? par les enfants n’y étaient pas disposés non plus. Je ne suis plus là-dedans. je sais diriger ma vie. je me sens autre. sans desordre. Nous mangions tous à table mais ^parfois. ~ ne voulais pas te troubler. Nous nous disons bonjour S’il K m b e malade. Maintenant. Faire l’amour devient la seule occupation. le jeudi. quand. . lui porter son café. tu préparais tes examens. s’il rentre! Je m’étais débarrassée de toutes ces mœurs d ’esclave. koehon pa ni bouè ». sans ressources. Joseph a voulu faire la reprise. je n étais toujours pas disposée. ! La reprise. J ’étais mariée. «Mayé ■Bouvo. Qui dit ■fernise en ménage dit reprise d’amour. Je sais que beaucoup me critiquent. Joseph aurait-il accepté la femme que j’étais : devenue? Je ne me voyais pas. . je me sens bien dans mon corps. quand j’allais en réunion. comme avant. Depuis 8011 départ. je fais ce que je veux. je ^reparais le repas et chacun se servait en sortant de l’école ou du “travail. . je suis bien. m ’étais livrée à des tonnes d’activités. mais une femme libre. correctement. Ma séparation. et Joseph ‘nétait pas homme à puiser son manger dans le canari. J’avais évolué pendant tout ce temps. Moi. c’est le père de mes enfants. je ne l’ai pas vécue comme un échec personnel plutôt comme un échec d’alliance. La vie que menait Joseph n’a jamais ■ été ma vie. Et j ’avais de nouvelles rai- [ sons. garder son couvert mis et son repas au chaud pour qu’il puisse ^manger. quelle que soit l’heure à laquelle il rentre. je le soignerai. par exemple. cinq ans après. chez les nouveaux mariés. enfermée là-dedans avec lui. obligée de Passer par lui. ■ r J e reste bien avec mon mari. H ■ purra venir à la maison. Alors. à leurs corps. . je suis une femme sans argent. nous nous étions organisés avec les enfants: plus ^personne au service de l’autre.~fVous voyez Joseph là-dedans. je suis d’accord avec moi-même. et pas disponible non plus. ils n’ont pas le temps de s’intéresser à autre ■tiiose qu’à eux. Depuis cette séparation. d’accord _ avec la vie que j’ai maintenant choisie.

Renélise sait» faire l’amour. dans la bouche. krizokal pou lô (du b rilla n t p o u r d e l ’or). Ht j’ai gardé la position. blaguer.mais pas dans mon lit. petit à petit. Des blessements des mots. Renélise.. on ne peut te compter parmi lesjj femmes. Renélise ci.Mais Joseph. Renélise ça. je veux vivre. J’ai fermé la porte de mon corps. On peut dire de moi que j ’aime parler. Renélise. de femme qu’on fait danser à sa guise. m . Des mots «blesse» pou|fl m’atteindre au plus profond. c’est retrouver une vie à deux. une fille qijjl « vend sa viande ». personne ne me traitera de « toupiafouèt ». » Ils le i désirent. Bal fini. Pas d’un seul coup. Quand la donne a été si ■ mauvaise. Joseph avait rencontré une femme de bonne qualité.. la mort de soi. Il osait me comparer avec sa maîtresse. Par parce qu’ellM était avec Joseph . Moi. -JjH 292 . vyolon an sak (le b a l f in iÀ ra n g e z le s vio lo n s). mais elle avait trompé ma confiance. au* long des années. je me sens jeune et.il courait tous les jupons et nombre femmes qui passaient devant ma porte. me faire vraiment des illusions. tu n’arrives pas à la cheville des êtres qu’on appellèjl femmes. i Comment oublier tous ces mots. ces mots poignards qui m el tailladaient le corps et l’âme. J’ai vécu bien des malheurs. | Et puis. des choses trop graves se sont passées entre Joseph et | moi. rire. avaient dû siifH Joseph -. ai subi bien des misères. à chaque dispute. A 1 soixante ans. Il n’a pas su l’apprécier. même s’il fait les yeux doux et veut que je le caresse. -m . j parce qu’on atteint un certain âge. s’arrêtant pour mjjfl demander un peu d’eau en revenant du travail. nous avons fait onze enfants. mais je m’aime et me respecte. S J’ai beaucoup souffert à cause de cette fille. elle. un goût de j choses nouvelles. \ mais une vie dans la mort. Les gens de la communauté chrétienne seraient bien heureux j d’annoncer : « Man Joseph est retournée avec son mari. Étais-je uaeM femme à ce moment-là? « Je n’étais pas une femme ».Tu n’es pas une femme. voilà une femme. me terrasser. Se remettre à vivre avec un homme pour se ranger. voilà avec quels mots il m fl détruisait. faire la ritournelle serait prendre kaka poul pou zé (les c ro tte s d e p o u le s p o u r d e s œufs). Elles ont tué l’amour.

Je n’avais pas pris au sérieux l'avertis­ sement. Elle a : tout de suite compris et a disparu de mon foyer. Renélise est entrée p t m’a saluée : « Bonjour. Je l’écartai d’un gl* ôte-toi de mon chemin » plein de mépris. et c’est sur le dos de celle-là que je m’embarquais. elle me lavait mon linge. sur le chemin de la messe. le calvaire. mais préférant mourir que d’aller demander .ment distrait) et restent en froid. Ça peut être mauvais ? cette coutume. C’était dur. Mes enfants f aimaient. la souffrance r-rétrécissent.Renélise. 1 Renélise est restée longtemps en moi. était la maîtresse attitrée de mon mari. Joseph avait possédé tant de fem- . J’étais malade. On aurait dit qu’elle n’attendait que BU Depuis. On m’avait prévenue. Si je restais muette. RpËt c’est parti. et puis. Tu peux partir et rester chez toi. J’aurais dû lui dire : . fc Je vais partout porter la parole de Jésus-Christ. elle l’avait prise aussi dans le lit! J’ai reçu un choc. de mon jhcorps. nous nous parlons. je découvrais que ma place. il y a quelque chose derrière. les douleurs. chacun cherchant pourquoi l’autre lui en veut. Je n’étais pas encore la femme due je suis devenue. et moi aussi. F Un jour. je ne ■portais pas témoignage. madame! » Elle n’a pas dit bonjour au lierre.mes. Nous H m e s même arrivées à nous embrasser. elle tenait ma place au foyer. Je me suis simplement arrangée pour me fâcher avec elle. On s’est retiré le bonjour. telle une épine d’acacia idans une blessure profonde. petit à petit. je la vis devant moi. dans ma maison. je ne peux entretenir la haine dans mon cœur. A toi de comprendre quoi. repassait. à la tasse. je sais que tu es avec Joseph. Ma fille Émilienne Bfcen revenait pas : 293 . en allant à la messe. Quand quelqu’un te retire son bonjour. Il est arrivé un moment où j’ai laissé tomber cette tefille Je l’ai lâchée. l’ai ôtée de moi-même. car bien souvent des gens se brouillent à cause f d’un bonjour non dit (peut-être l’un d’entre eux était-il simple- f. de mon esprit. Je ne veux plus voir tes pieds fouler le sol de ma maison. mais j’ai répondu. Et puis. Un matin. Je ne pouvais être présente. vivait en bonne harmonie avec tous. elle s’adressait à moi. je me trouvais chez Man Léonteî.une explication. Subitement. « à la Ëlongueur du temps». Je ne pouvais croire qu’une femme qui allait et venait sur mon plancher.

- Comment, maman, ce n’est pas vrai, tu embrasses Man
Renélise!
Joseph, lui, était furieux :
- Je ne te comprendrai jamais, Léonora, c’est maintenant que i
je ne suis plus avec Renélise que tu vas la trouver. Tu fais ça i
exprès pour m’emmerder, parce qu’elle a pris un autre mari, j
Je ne suis pas devenue son amie, mais je suis bien avec elle,
sincèrement Bien, comme avec ces gens que l’on va visiter s’il
leur arrive quelque chose, mais qu’on ne fréquente pas; commet
ceux chez qui l’on va passer la journée quand l’envie vous en
prend, chez qui l’on fait le va-et-vient. j
De la peine, du chagrin, j’en avais eu. Sa relation avec .
m’avait dévorée. Malgré cela, je ne la porte pas dans moi
comme une ennemie. Peut-être parce que entre nous il
jamais eu de paroles de mépris. Nous nous sommes récoi
silencieusement comme nous nous étions fâchées. Sans ir
sans scandale. Chacune s’était retirée, avait suivi sa rout
chercher à nuire à l’autre. Sa route de femme.

... chimen fanm plen chouk ... chemin semé d'em
aboua, chadron, tout kalité zôti, d ’oursins, d’orties, de poil
poual agraté... ter...'

Depuis 1976, j ’habite dans une cité de petites maisons
duelles. Moi qui ai vécu si longtemps sur une habitation,
change. Pourtant, je constate que les femmes, avec tou
facilités de la cité - maisons en dur, eau courante e
quelques-unes voiture et téléphone - ne sont pas plus heu
Même celles qui sortent avec leur mari bras dessus, bras c
ne sont pas libres de leurs mouvements. Les maris impose
d’interdictions : défense de parler aux autres hommes de
défense de voisiner, défense de sortir toute seule, défens
défense de...
Quand je regarde loin, loin derrière moi, je me dis : « IV
tu n’as pas eu une enfance heureuse, tes deux ménages n’
pas tellement réussis, qu’est-ce qui te reste? Il me rest
honneur et la fierté d’avoir tout supporté pour élev(
enfants. Et un bonheur tout nouveau, celui de me garder
pour moi-même.
La belle vie, maintenant, pour moi? Difficile à dire puis
294

mère n’en a jamais fini avec ses enfants, « piquez le nez, les yeux
pleurent». Tout de même, je me sens bien, je ne suis plus
malade. En tant que personne active de la communauté chrétien­
ne, je vois la vie d’une autre façon. Chaque jour, je fais des
découvertes, je m’instruis, j ’apprends à mieux connaître mon
pays, mes semblables, moi-même. Je suis de toutes les sorties, de
toutes les fêtes. Je m’amuse.
Je suis une femme d’un bon âge, mais je ne vois pas comme
certains la lutte, la lutte, rien que la lutte. Tu ne peux prendre ta
vie pour la passer à danser, mais tu dois t’amuser. Lutter, oui, je
suis d’accord, mais s’amuser aussi, attraper la vie à pleines
brassées.

'1

Postface

« Récupérons la parole qu'ils nous ont arrachée
et clam ons nos différences puisque c'est d e cela
qu'il s ’a g it »
Jeanne H y v ra rd .

L’essentiel, disait Jean-Paul Sartre, n’est pas ce qu’on fait de
nous, mais ce que nous faisons de ce qu’on a fait de nous.
• De la «crucifixion de l’Afrique», de ce grand crime contre
l’humanité qu’était l’esclavage, les Africains "déportés dans le
[, Nouveau Monde ont dû pour survivre s’adapter à ce nouvel
^ espace, y accrocher leurs dieux et leurs coutumes. L’urgence de
répondre à des conditions de vie et de mort qu’ils n’avaient pas
. choisies, voulues, désirées, mais avec lesquelles ils ont dû se
^battre quotidiennement, jointe à la nécessité de connaître le code
^culturel de la société esclavagiste ont été mobilisés pour une
: organisation collective en fonction du passé et du présent, pour
; créer une langue, le créole, élaborer un rapport propre au corps,
conférer, par une volonté de cohésion et d’unité, un sens à
pce monde imposé, donner naissance à une culture, la culture
[populaire guadeloupéenne.
% C’est dans cette culture que Léonora a puisé des forces pour
i s’affronter à la vie et élever ses treize enfants. Ses rêves, ses
; inquiétudes, ses espoirs, son effort pour se réapproprier l’histoire
rejoignent ceux de milliers de Guadeloupéens obscurs et anony­
m es dont la volonté de survivre a fait la Guadeloupe.
t Cette histoire enfouie, oubliée, jamais étudiée, cette histoire
qui m’a toujours passionnée, c’est celle que j ’ai retrouvée dans la
?vie, dans les paroles d’Anmann de Léonora.
Cette histoire, c’est celle, aussi, que j’ai en partie vécue enfant,
|qui m’a profondément marquée et qui peut-être m’a poussée à
treprendre des études de linguistique, d’ethnologie, de sociolo-

P qui m’a donné le goût pour l’observation, le questionnement
297

du langage le plus quotidien, le plus riche peut-être en significa­
tion.
Jamais, en écoutant Léonora, je ne me suis sentie étrangère,^
absente de ses interrogations, de ses doutes, de ses recherches^
Une grande part de ce qu’elle me disait répondait en moi,
résonnait dans mon corps, faisait resurgir des sensations
oubliées.
Mon père était le fils d’un grand planteur, ma mère, une
ouvrière agricole sur l’habitation de mon grand-père. Si j ’ai pu
prolonger mes études accrochée à la branche paternelle, c’est-
toujours sur la branche maternelle que je me suis sentie à l’aisé
Je n’ai gardé de relations vraies qu’avec cette partie de mi
famille, paysans pauvres, n’ayant pour la plupart pas fréquenté
l’école. ji
Lorsque Léonora évoque le gérant de l’habitation, je revois
celui qui nous interdisait de passer devant la maison du maître, I
fallait faire un détour de six kilomètres pour aller à la sourc
chercher de l’eau. Quand je devins bachelière, toute ma familll
côté maman, sur qui rejaillissait cet honneur, obtint droit dfl
passage. . .II
Ainsi a pu naître cette complicité entre Léonora et moi, ainsi
ai-je pu l’aider à poursuivre ses interrogations et traduire, sa|I
trop la trahir, j ’espère, du créole en fiançais, le récit de J n
pratiques. Æ
Car Léonora cherche, cherche à comprendre ce qui lui es!
arrivé, pourquoi telle chose et pas telle autre? Et pourquoi aijc|
fait ça, ai-je pensé ça? Et tout d’abord qui suis-je? Qu’e stj!
qu’un Guadeloupéen? Ce Nègre devenu citoyen français, comffl
le dit sa carte d’identité? Comment s’exprime aujourd’hui,"!
travers ce que disent et pensent les gens de la langue créole, ($1
l’avenir politique de la Guadeloupe, le désir d’être guadeloui
péen? Jfl
Ne faut-il pas d’abord être, être un homme, une femme, vm
personne? Récupérer ce corps volé par le maître, agressé pafjra
France assimilatrice? A quoi se raccrocher, sur quoi s’appuyai
pour faire advenir la part profonde de notre être, celle-là mêffla
qui nous glisse entre les doigts, n’est pas encore là? ComnKjffl
vaincre la nuit coloniale et faire briller le soleil pour no|9
mêmes, Guadeloupéens? Il faudra sans doute débusquer le n |9
réinventer des gestes oubliés, la résistance et le combat. jB

298

Et si l’on cessait de se voir avec le regard de l’autre, du
colonisateur? Si l’on essayait de retrouver notre propre histoire?
Si le « Nèg mawon » n’était plus un épouvantail pour les enfants,
une menace pour la virginité des jeunes filles, mais un héros de la
résistance, plus vivant que Jeanne d’Arc, Schœlcher ou de
Gaulle...?
Il faut se poser des questions sur tout, sur tous. La France a
façonné notre esprit, s’est emparée de nous dès l’école, nous
imposant sa langue, son monde, nous arrachant à tout ce qui
nous a fait pour nous remodeler à son image. Méfions-nous de
nous-mêmes. Qui pense? Qui parle? Est-ce vraiment moi?
Personne, aucun colonisé, ne peut échapper totalement à cette
I aliénation, à cette zombification.
Et, pourtant, malgré tous les moyens employés (école, église,
armée, etc.), la majorité des paysans et ouvriers gaudeloupéens
pense et parle en créole, mange ignames et fruits à pain, danse et
enterre ses morts au son du gwoka.
' C’est qu’il y a quelque chose de fort, de profond, de solide dans
Jcette culture, quelque chose de fondamental que le colonialisme
l'n’a pas encore trouvé, et qui a permis et permet aux hommes et
aux femmes de Guadeloupe de résister à une violence de plus de
siècles, et de s’engager dans les luttes qui se mènent
ujourd’hui pour libérer la Guadeloupe du joug colonial.
Peut-être que Léonora nous aidera, nous, Antillais, à trouver ce
quelque chose, à nous réconcilier avec cette part maudite de
nous-mêmes, à espérer au sens où Emst Bloch parle d’une
^espérance initiée, éprouvée», d’une espérance «qui tire son
futur, son surgissement, de ce qui est profondément ancré en
rnous, qui fonde notre démarche la tête haute»,
f Léonora aidera peut-être, aussi, les autres à comprendre que la
Guadeloupe n’est pas « un lambeau de la France palpitant sous
les tropiques », comme le disait le général de Gaulle, mais une
Urre d’une insolente beauté, blessée, opprimée, écarteléè.
Du fond de cette terre, une femme, une paysanne, prend la
^parole pour clamer sa différence et ses contradictions, celles de
dout un peuple. Un peuple assoiffé d’avenir humain, de justice,
“* dépendance et de dignité.
D an y B ébel-G isler.

.

moteur» du système colonial antillais. et a entraîné la oh du paysage écologique et humain. S’étendant sur des centaines d’hectares. qu’il a fallu défricher. les ateliers. en devenant un Nègre marron. se sont implantées des «habitations ». Anmann. en lisière des ips de canne. on comprend. ne pouvait ^accomplir que dans ces veillées où l’esprit. les « cases à Nègres ». Anmann a vécu. Elle avait épousé un «Africain» dont les parents furent les derniers esclaves ravis à 1*Afrique après l’abolition et îportés clandestinement aux Antilles. puis à vapeur. Paysanne guadeloupéenne âgée de quatre-vingt-dix-huit lorsque j'ai recueilli ce récit inédit du retour imaginaire des esclaves Afrique. Enfin. située sur une ce qui lui confère à la fois fraîcheur et poste d’observation. Un autre type de était celui. plus loin. dans la région du îentin. comme Léonora. tellement souhaité. définitif. en raison des énor- profits qu’elle rapportait. 301 . partait rejoindre les ancêtres. NOTES ( 1. Si. la et le moulin à cannes. très vite. itement derrière. les magasins à sucre et à rhum. Le récit transcrit ici souligne à point l’imaginaire était et est encore un mode de résistance. d’abord à vent. la maison du maître. le fixe sur la plantation d’où il ne pourra sortir transgressant la loi. aux es de la colonisation. aidé par le son du tambour la voix du conteur. 1*« habitation sucrière » a supplanté les autres et façonné le paysage de la Guadeloupe. Domaine foncier comprenant les terres cultivées. sa . en général. Le retour en Afrique. le vent » à cause des odeurs. 'Car chaque habitation est un petit État avec ses lois. Le Caraïbe éliminé. de la mort Habitation. les ts du propriétaire et des travailleurs. sa justice. tout a été organisé autour de la culture de la canne. une sité vitale pour ne pas se laisiser déposséder totalement de son être de son identité. le )n fait venir le Nègre. effet. des « habitations vivrières ».

en général maléfiques : le cheval à trois pattes. baptême. Ji Le « manger » se compose le plus souvent d’un seul plat. certains humains sont réputés capables de se « mofwazé » (métamorphoser) en chien. animal effrayant à la fbrnj| indéterminée et capable de dévorer n’importe quel imprudent. apparaissent des bêtes fantastiques.. ou la Bête à Man Ibè. il ne reste plus en 1961 que treize sucreries. Le maître tout-puissant. Bête à Mon îbé. Des six cent vingt habitations. comme Compère Lapin ou Compère Tigre. péenne. que comptait la Guadeloupe. L'habitation vivait sur elle-même. produisant ses vivres. mariage. rigidement hiérarchisées. La tradition populaire et les contes antillais^ renferment un bestiaire important Mis à part les animaux tradition­ nels. I l Les travailleurs prennent en général un café clair avant de partir. Au fil des temps. Le récit de Léonora va nous montrer combien ces rapports sont ' restés vivants. viennent ensuite les enfants. e || une coutume importée récemment en Guadeloupe. plus rarement. les habitations se sont regroupées. Au sein de ces microsociétés. de retour des champs. petit déjevfl bien consistant.. « Apprendre à manger à table et à parler fiança|9 voilà les deux choses les plus difficiles pour un GuadeloupéenÆ (paysanne. Noirs et Indiens. auquel on a ajouté pour « donner du goût » un peupla viande salée (bœuf ou porc). mulâtres et Noirs. à base d é fi ou de « racines ». de la morue salée ou du poisson. Manger à table. dans la maison. quand le reste de la famille est parti. Elle était réservÉI aux jours de fête. M S’asseoir autour d’une table. et. qui sous la galeriel qui. forgeant ses outils. rien. c’est le déjeumM Le soir. est encore pro­ priété privée d’un «maître». Jj 4. ChacuflJI son coin préféré pour déguster son repas. les maîtres ont • laissé la place à des sociétés sucrières. celle de Grosse-Montagne dont parle Léonora. vont se nouer les rapports sociaux entre maîtres blancs et esclaves noirs. se créer la culture populaire guadelou. en premierl a droit aux meilleurs morceaux. en famille. Souvefl|j la mère mange plus tard. qui dehors. le crapaud-? buffle monstrueux. Vers 3 heures. c’est le « didiko ». ' De plus. le géreur à cheval. construisant ses cases. soixante-cinq ans). chacune avec son usine à sucre. A 10 heures. correspondant de corps en frandjM désigne la personne tout entière. en 1839. Le père. Là aussi va s’organiser la résistance.. . Le lexème ko en créole. JH 5. ou peu de chose. soukounyan). pour prendre ses repas. en 1985. Corps. combien l’organisation de la vie sur l’habitation a gardé sa structure coloniale. trois dont unei seule. en taureau ou oiseau de nuit (voir aussi note 8. Les jours ordinaira! la mère sert à chacun sa portion dans son assiette. vcnl 4 ou 5 heures du matin. 3. les cases des travailleurs dont il faut payer le loyer en cannes coupées. communion. le moi : lfl| 302 .

■râpées et séchées. Crue. coui.va-t’en. aux esprits. hamac. elle "se déguste en galettes. aux ancêtres. 6. Sorte de massue. L’homme n’est pas composé d’une âme et d’un corps. en une chaîne symbolique qui intègre les rapports à la maladie. Son corps perçu. BIrConsidérés comme de farouches antropophages. contrôler sa vie psychologique pour que vivent en équilibre les bons et les mauvais esprits qui la dirigent. woté kô a ou . Le manioc. ou cassaves. vous commencez à péricliter car ce sont elles qui « tiennent» le corps en vie. en Dominique. si « son corps le mène ou s’il mène son corps ». veiller à ce que votre «gros bon ange ». ajoupa. principe essentiel de la vie psychologique. à la mort. Boutou. elle est . kô a ou . souvent fourrées de noix de coco Peu d’agriculteurs cultivent encore le manioc et s’attellent à la fabrication de la farine. aux vivants comme aux morts.ton corps = toi. le témoignage d’une civilisation Pjpàffînée. avaient peu à peu "Supplanté en Martinique. les Caraïbes ont B lindant plus d’un siècle maintenu les conquérants espagnols â l’écart K p leurs îles. S’informer de la santé de quelqu’un. tantôt kadav. installés là depuis un millénaire et qui nous ont laissé. parfois sculptée. Ils accueillent pourtant avec cordialité les premiers m 303 . nourriture de base des Caraïbes. Lorsqu’on dit kô. nommé tantôt kô. on évoque en même temps l’ensemble des rapports qui lient l’individu à sa famille. c’est lui demander « comment va son corps ». etc. ne conservant vivantes que ■Ës femmes. puis en Guadeloupe les ftrawaks. qui désignent des types de case. porteurs de cette histoire inscrite dans le corps et dans la langue créole où gît la mémoire d’un monde imposé et subi. A Capesterre existe la *|lus importante coopérative de la Guadeloupe pour la fabrication et la vente de larine et de cassaves. L’expression kenbè kô (tenir son corps) signifie se contrôler. Les Caraïbes. mais combattu et subverü par l’imaginaire et le symbolique. Les Caraïbes vont les exterminer. ne vous soit pas enlevé. jouait encore il y a quelques années un rôle important dans l’aUmentation des Quadeloupéens. est habité et traversé par les forces spirituelles qui font d’un homme un corps réel et vivant et non pas un cadavre (squelette). réduites en une farine à gros grains. mélangée aussi bien aux viandes qu’aux légumes ou poissons. à la vie. Manioc. comme Carbet. . Quand ces forces vives vous lâchent. cuite. par Pfeur art de la poterie notamment. kô an mwen = mon corps = moi.récipient fabriqué dans une demi-calebasse. qui servait d’arme de *chasse et de guerre aux Caraïbes. Cest un petit arbuste dont on mange les racines. On retrouve dans la langue créole un certain nombre de mots caraïbes. à la nature. peuple guerrier venu du continent américain. ^' 7. travail long et pénible. Rapports noués au sein de la violence esclavagiste.

F r a n ç a is d é b a rq u é s e n 1 6 3 5 , m a is s e r é v o lt e n t q u a n d c e u x - c i v e u le n t !
le s r é d u ir e e n e s c la v a g e . A u b o u t d e tr e n te a n s d ’ u n e g u e r r e im p ito y a ­
b le , ils s o n t to u s m a s s a c ré s . L e s q u e lq u e s s u r v iv a n ts s ’ e n fu ie n t v e r s la
D o m in iq u e e t S a in t- V in c e n t. U n t r a it é d e p a ix e s t s ig n é . I ls a c c e p te n t
d e r é s id e r d a n s c e s île s o ù a u c u n e n a tio n e u ro p é e n n e n e d o it v e n ir le s
t r o u b le r . L e u r s d e s c e n d a n ts y v iv e n t e n c o re a u jo u r d ’ h u i. j

8. Soukounyan. Volant ou soukounyan, m ot d ’ o r ig in e a fr ic a in e
d é s ig n a n t u n ê tr e h u m a in tr a n s fo r m é e n b o u le d e fe u .
L a n u it , n o u s d i t la t r a d it io n o r a le , c e r ta in e s p e rs o n n e s , le p lu s :
s o u v e n t d e s fe m m e s â g é e s , o n t le p o u v o ir d e q u it t e r le u r p e a u e t d e se
tr a n s fo r m e r e n b o u le d e fe u p o u r a lle r s u c e r le s a n g d e le u r s v ic tim e s . I l
f a u t c o n n a îtr e la « fo r m u le » , c e s e c re t é ta n t a c q u is s o it p a r h é rita g e ,
s o it p a r u n p a c te p a s s é a v e c le D ia b le .
I l y a p lu s ie u r s m o y e n s d e n e u tr a lis e r u n s o u k o u n y a n . L e s c is e a u x :
o u v e r ts e n fo r m e d e c r o ix y jo u e n t "u n g r a n d r ô le . L e p lu s s im p le e s t j
e n c o re de tr o u v e r sa p e a u , to u jo u r s s o ig n e u s e m e n t c a c h é e , e t d ’ y
s a u p o u d r e r d u s e l e t d u p im e n t L e s o u k o u n y a n , n e p o u v a n t r é in té g r e r
s o n e n v e lo p p e c h a m e lle , m o u r r a à l ’ a u b e . ,
P re s q u e c h a q u e A n t illa is v o u s d i t a v o ir a p e rç u , une n u it un
soukounyan a u -d e s s u s d e s a r b re s ou ra s a n t u n cham p de canne à
s u c re .

9. Persillette. L ’ h is t o ir e de P e r s ille tte a é té p u b lié e en c r é o le par ;
H e n r i B e r n a r d , a v e c d e s illu s t r a t io n s de l ’ a u te u r ( é d itio n s P ré s e n c e :
C a r a ïb e , 1 9 8 1 ). j

10. Chabin. C om m e l ’ é c r iv a it Jack B e r th e lo t e n 1 9 8 1 , « d é f in ir '
q u e lq u ’ u n , c ’ e s t d ’a b o r d e t to u t d e s u ite le s itu e r d a n s la gam m e-
c h r o m a tiq u e f a it e d e s in n o m b r a b le s n u a n c e s e n tr e le b la n c e t le n o u *®
a v e c s e s p o in te s fo r te s , s e s a rê te s e t s e s s e u ils ... L a c o u le u r e s t v é c u e J
c o m m e fr o n t iè r e , c liv a g e » . t
D ’ o ù to u te u n e s é r ie d e d é n o m in a tio n s c la s s a n t le s in d iv id u s p a r le ?
m é tis s a g e d e le u r s o r ig in e s . S i m ulâtre o u m étis s o n t d e s a p p e lla tio n s
c o u r a n te s , i l fa u t s a v o ir q u ’ u n chabin e s t u n e s o r te d e m é tis à p e a u e t & J
câpre, le p r o d u it
c h e v e u x d o ré s , u n d ’ u n e m u lâ tr e s s e e t d u n N è g r e b ien ® ®
n o ir , q u ’ u n quarteron e s t is s u d ’ u n
J
m u lâ tr e e t d ’ u n e B la n c h e , e t q u im ^ |
e n fa n t p o chapé a le t e in t c la ir ( il é c h a p p a it a in s i à la c o n d itio n
d ’ e s c la v e ), J
11. Indiens, L o r s q u ’ e n 1 8 4 8 l ’ e s c la v a g e e s t d é f in it iv e m e n t a b o li au x j j
A n t ille s fr a n ç a is e s , l ’ é c o n o m ie d e p la n t a t io n s e tr o u v e m enacée.
n o u v e a u x lib r e s s o n t p e u e n c lin s , m ê m e c o n tr e s a la ir e , à c o n tin u e r agi
t r a v a ille r p o u r le u r s a n c ie n s m a îtr e s . L a m a in - d ’ œ u v re m a n q u e s u r I j n
c h a m p s d e c a n n e . D e s a p p e ls s o n t f a it s e n d ir e c t io n d u P o r tu g a l e t o f t jf l
l ’ A fr iq u e , s a n s s u c c è s . L e s c o lo n s s e to u r n e n t a lo r s v e r s l ’ In d e , im m e n s ®
r é s e r v o ir h u m a in . P a r l ’ in te r m é d ia ir e d e s c o m p to ir s fr a n ç a is , p u is g râ ce J
à une c o n v e n tio n fr a n c o - a n g la is e , ce sont p lu s de q u a r a n te r a ir a f l
In d ie n s q u i s o n t d é b a rq u é s e n G u a d e lo u p e e n tr e 1 8 5 4 e t 1 8 8 9 . I ls s o n ®

304

: sous contrat limité, mais à peine dix milie d’entre eux seront rapatriés.
Us appartiennent à la caste la plus basse, celle des intouchables. Ils vont
prendre sur les habitations, aussi bien dans les cases que sur les champs,
la place des esclaves. Certains de ceux-ci continuent à travailler. Un
contact s’établit, une communication s’instaure. Très vite, les Indiens
parlent le créole et, malgré un mépris souvent affiché pour les
« coolis », les « malabars », s’amorce un certain métissage, surtout Hana
les régions à plus faible densité indienne. Là où leur communauté est
- J>len regroupée (Saint-François, Moule, Capesterre), les Indiens gardent
leurs particularités, leurs coutumes, leur religion, leur culture (voir note
13). D’abord relégués au plus bas de l’échelle sociale, ils sont
aujourd’hui mieux considérés car, par le biais de l’école, certains
d entre eux sont « arrivés » médecins, professeurs, avocats. Ils ont cessé
d être des « coolis » pour devenir guadeloupéens.
1 2 . Lolo. L e lo lo e s t u n e b o u tiq u e é p ic e r ie - b a z a r - b u v e tte o ù l ’ o n
v e n d u n p e u d e t o u t . D e fa ib le d im e n s io n , le lo lo s e t ie n t e n g é n é ra l
d a n s u n e c a s e e n b o is d ’ u n e s e u le p iè c e , fe r m é e p a r u n c o m p to ir . O n y
tr o u v e le s d e n ré e s d e p r e m iè r e n é c e s s ité : le r iz , l ’ h u ile , le s u c r e , la
■ morue, la viande salée, le saindoux, les allumettes, les épices, aussi bien
t que de la ficelle, des clous, des images pieuses.
T r è s n o m b r e u x à la c a m p a g n e , le s lo lo s te n d e n t à d is p a r a îtr e e n v ille ,
- tu é s p a r le s g ra n d e s s u r fa c e s . I ls s u b s is te n t n é a n m o in s c a r i ls c o n tin u e n t
à jo u e r u n r ô le im p o r t a n t d a n s le s y s tè m e é c o n o m iq u e e n p la c e : i ls f o n t
c r é d it. C h a q u e fa m ille a s o n c a r n e t, e t le s d é p e n s e s s o n t ré g lé e s e n f i n
d e q u m p in e , la paye to u c h é e . Q u e lq u e fo is , le s d e tte s s ’a c c u m u le n t
ju s q u ’ à la r é c o lte d e la c a n n e , s e u l m o m e n t o ù u n p e u d ’ a r g e n t f r a is
; « it r e a u fo y e r .
^ ^Ce sont en général des femmes qui tiennent les lolos. Certaines sont
r illettrées et emploient un système ingénieux de marques pour connaître
. au centime près la dette de leurs clients.
1 3 . Maliêmen. Mariammam e s t d a n s le s u d d e l ’ In d e la d é e s s e d e la
. v a r io le . E lle p r o tè g e d e s é p id é m ie s . C e s t la d iv in it é la p lu s p o p u la ir e e t
la p lu s r e d o u té e e n G u a d e lo u p e .
La religion est l’élément culturel qui a le mieux résisté à la
' transplantation de la population indienne en Guadeloupe, en majorité
t ^ ux rï*es privés familiaux s’ajoutent de grandes cérémonies
publiques auxquelles participent d’ailleurs de nombreux Noirs. Ces
cérémonies sont, en général, offertes en remerciement de grâces
obtenues. Les offrandes sont importantes : bijoux, tissus brodés, fleurs
naturelles et artificielles; nourriture : riz en abondance, œufs, lait, huile;
k animaux pour le sacrifice - coqs et cabris mâles.
^ ,vUne procession s’organise autour du Temple, au son du tambour et
kws cymbales. On offre à la déesse, végétarienne, le riz bouilli, le lait, les
de coco. Les animaux sacrifiés sont pour Madévilen ou Madoura
le dieu guerrier gardien du temple et de la déesse. Si la tête de
*1animal n’est pas tranchée d’un seul coup, c’est que le dieu n’est pas

305

content du sacrifice. Les animaux sont ensuite mangés au cours d’un
grand banquet, servi sur des feuilles de bananier.
Les cérémonies sont souvent précédées par une nuit de danse. Les
danseurs, tous des hommes, sont habillés de costumes « de lumière »,
de couleurs vives, parfois rehaussés de morceaux de miroirs et meme
d’ampoules électriques dans la coiffure. La danse est en général la
représentation mimée d’une ancienne légende. Un chœur d’hommes,
des tambours et des cymbales accompagnent les danseurs.
Si la population indienne, tout en gardant des éléments culturels
importants comme la religion et la danse, s’est bien intégrée à la vie
guadeloupéenne, elle a su y imprimer sa marque. Les dieux indiens, en
particulier Maliémen, sont considérés comme extrêmement puissants,
et de nombreux Noirs y ont recours. Leur participation aux cérémonies
n’est pas seulement de curiosité ou l’occasion de ripailles. Bien que e
plus souvent catholiques, ils s’adressent quand même à celui ou celle
qu’ils croient le plus efficace pour résoudre leurs problèmes. Certaines
coutumes indiennes ont aussi été totalement récupérées et le colombo
de cabri, par exemple, est devenu un plat national guadeloupéen.
14. Kristai Billes. Le jeu de kristal est très populaire en Guadeloupe
Réservé aujourd’hui aux jeunes garçons, il intéressait encore les adultes
il y a trente ans. Plusieurs jeux de billes sont à l’honneur (triangle, larèl,
padkochon), tous régis par des règles strictes et un code d’honneur
intransigeant. 7
Les billes peuvent être en terre cuite, en verre (perlouz), en agate, eu
acier (récupérées sur des roulements) ou, simplement, de petits cailloux
polis par la rivière ou, encore, des kannik (graines d’arbre bien rondes)^
Elles sont lancées en « roulade », en « bombe » ou encore en « zmgé
c’est-à-dire expédiées d’une détente du pouce dans le creux de l’index <
replié. Les joueurs les plus forts, les vizè (viseurs), jouissent d’un grand *
prestige et sont très entourés quand ils participent à une partie, chacun^
s’efforçant d’imiter leurs gestes et de percer leurs secrets.
15. Robe matador. Le costume créole n’est plus guère porté e
Guadeloupe que par des femmes âgées ou à l’occasion de fêtes et de-
cérémonies. H consiste en une robe de madras agrémentée de dentelles*?
relevée d’un côté sur un jupon brodé. La robe peut être remplacée par?
une jupe et un boléro, toujours de madras, avec corsage et jupon?
ouvragés. ,
Un élément important du costume est la coiffure. Un mouchoir
madras, à grands carreaux de couleurs vives, est noué suivant un tr *
compliqué (cœur à prendre, déjà pris, en main mais dispom
etc.). . ^
Les bijoux d’or sont indispensables à la toilette de sortie : zanno
(boucles d’oreilles), «collier-choux» aux grains gros comme des pois,
bracelets porte-bonheur, broches, etc.
La robe matador, la plus riche, est réservée aux grandes occasi

306

16. Léwoz. Le lêwoz ou swarê léwoz est une tradition culturelle
encore vivace dans les campagnes de Guadeloupe.
Au temps de l’esclavage, chaque samedi soir sur l’habitation, les
Nègres se rassemblaient pour danser au son de la voix, du tambour, des
battements de mains. C’était la « bamboula » qui durait toute la
I, nuit.
Léwoz est le nom d’un des sept rythmes principaux du gwokci, la
musique populaire guadeloupéenne, directement issue de l’Afrique. Le
^samedi soir, surtout pendant la récolte, des léwoz sont convoqués
devant un lolo (voir note 12) ou la maison d’Untel ou Untel. La soirée
se déroulé suivant un cérémonial bien précis, auquel tout le monde
: participe.
S installent d’abord les deux boulayè, â cheval sur leur ka (tambour)
i au son grave. Ils sont chargés de répéter tout au long du morceau la
f meme phrase musicale qui donne le rythme choisi (graj, woulé léwoz
padjanbèl, kaladja, menndé, toumblak). Vient ensuite le makè ou chèf
tanbouyè, qui, lui, est assis sur un petit banc et tient son tambour
■debout, entre ses jambes. II va tirer de son instrument des sons
beaucoup plus aigus et variés que les boulayè et dérouler la véritable
mélodie, frappant le tambour des mains, du pied, du coude. Les
musiciens en place, le chanté, entouré des répondè, peut lancer le jeu,
entamer le dialogue avec les autres assistants qui participent en battant
des mains, en reprenant le refrain,
i Les autres personnages importants du léwoz sont les danseurs qui se
relaient à l’intérieur du cercle, se lançant de véritables défis. La
;succession des rythmes au cours du léwoz obéit à un certain ordre
immuable, et, à chaque rythme, correspondent certains pas de danse.
chanteur, véritable maître du jeu, lance une phrase clé qui est
-reprise par les répondè et toute l’assistance. A partir de cette phrase,
-il va improviser, brodant sur l’actualité, sur un événement, sur tel
-personnage, souvent avec humour par des paroles à double sens.
A partir de cette musique populaire, essentiellement paysanne, une
; recherche se développe actuellement. Aux tambours et à la voix
"viennent s’adjoindre chacha, flûte, guitare, et même saxophone et
; trompette d harmonie. Des disques sont gravés, des concerts sont
^donnés. D’autres groupes poursuivent dans une voie plus traditionnel-
le- Le gwoka, le léwoz qui semblaient relégués dans les fonds de la
campagne reprennent droit de cité. On peut rapprocher ce renouveau
m celui de la langue créole, de cette recherche d’identité culturelle qui
fort celle du peuple guadeloupéen d’aujouixl’hui.
t
k 17* Simon Laigle. J’ai retrouvé ce conteur dont parle Léonora avec
yanf d’admiration. J’ai assisté à des veillées oû il menait le jeu, ai
‘enregistré ses paroles et peux ainsi restituer directement ces récits
^mythologiques métamoiphosés par cet homme qui ne se dit pas poète,
|inais dont « la poesie jaillit de son cœur comme une source inépuisa-
* » dès qu’il vous parle.

307

18. Delgrès. Simon Laigle fait ici allusion à une des pages tragique
de l’histoire de la Guadeloupe.
Envoyé par Bonaparte, premier consul, le général Richepanse débar-'
que à la Guadeloupe le 6 mai 1802. Il a pour mission de rétabli?
l’esclavage aboli par la République en 1793. Le chef de bataillon
Delgrès, un mulâtre venu de Martinique, et le capitaine Ignace, un
ancien Nègre marron, désertent l’armée française et prennent la tête
de la révolte. Après de nombreux combats, Delgrès est repoussé à-
Matouba, sur les flancs de la Soufrière. Retranché là avec trois cents dè
ses compagnons, il repousse plusieurs assauts. Voyant la situation*
désespérée, ces hommes et ces femmes décident de périr avec leurs;
ennemis. Au cri de « Vivre libre ou mourir! » ils laissent pénétrer les-
troupes de Richepanse dans le fort et le font sauter. Le 17juillet 1802,
un arrêté rétablit l’esclavage. Il faudra attendre 1848 pour son abolition
définitive.
19. Zombi. Du mot nzumbi, spectre, revenant, employé
Angola.
Dans la tradition, le zombi est un mort ressuscité par un sorcier
le mettre à son service. Véritable mort-vivant, le zombi a perdu toi
personnalité, toute volonté et obéit aux ordres de son maître,
raconte qu’en Haïti des propriétaires terriens faisaient travailler
hordes de zombis pour n’avoir pas à payer de main-d’œuvre sur
champs de canne. Par extension, on donne en Guadeloupe le noi
zombi aux esprits en général.
Aujourd’hui, le concept de « zombification » tend à remplacer
certains auteurs celui d’aliénation culturelle si typique des
colonisées.
20. Mokozonbi, Homme juché sur de très hautes échasses, cacj:
par un long pantalon. Ce déguisement traditionnel du carnaval gi
loupéen est réservé à quelques spécialistes. Il faut, en effet, être
entraîné pour déambuler, danser, sauter des heures durant sans qi
ses échasses qui peuvent atteindre deux mètres de haut. Ils sont
applaudis dans les défilés, mais ces géants, couverts d’étoffes mi
lores, inspirent quelque terreur aux enfants.
21. Mare-Gaillard. Société mutualiste « d’assurance-enter
Le particulier souscrit un contrat qui lui certifie un enterrement de
ou telle classe, quelle que soit la date de sa mort. Il paye ainsi à l’a\
et par mensualités la qualité des obsèques qu’il s’est lui-même chc
Cette coutume est très répandue en Guadeloupe et la société"
rissante.
22. Coup de main. Le «coup de main» ou «convoi», ai
Haïti «koumbit», repose sur la forte tradition de solidarité issi
l’esclavage. Pour défricher une terre, planter ou couper la
construire une case, famille et voisins se rassemblent et travaillent i
ensemble, généralement au son du tambour et des chansoi
308

bénéficiaire du coup de main offre le repas et le rhum. A charge de
revanche, bien sûr. Cette coutume qui tendait à se perdre a été remise à
l’honneur par le syndicat nationaliste U.T.A., et de grands convois sont
actuellement organisés par le M.U.F.L.N.G. (Mouvement d’unification
des forces de libération nationale en Guadeloupe) pour planter la canne
sur les terres occupées (1 200 habitants en 1985) et relancer l’agriculture
de résistance, notamment une culture nouvelle» le riz; «planter
aujourd’hui pour manger demain ».
23. Yo. Le pronom personnel yo, ils, tient une grande place dans la
.symbolique sociale en Guadeloupe. 11 désigne cet indéfini responsable
de tous les maux. Yo peut être le gouvernement, la France, l'adminis­
tration, les élus locaux, tous ces gens-là qui vous accablent et sur
lesquels on n’a aucune prise. La vie augmente, c’est yo, l’eau est coupée,
l’électricité en panne, c’est yo, ta délinquance se développe, qu’atten-
k dent tous les yo pour prendre des mesures...
I 24. Poiriers. Les colons débarquant en Guadeloupe eurent à nommer
ferla flore locale. Certaines plantes conservèrent leur nom caraïbe (ma-
fe nioc, ananas, igname, cacao» etc.). A d’autres, à cause d'une vague
^ressemblance, fut attribué un nom fiançais. Ainsi ce «poirier» qui
Bramais ne porta aucun fruit, cette qualité de banane nommée «figue»
pou les groseilles, fraises, framboises, abricots, châtaignes, qui n’ont
ipqu’un très lointain rapport (d’aspect, de couleur, de consistance) avec
gteleurs homonymes français.
P 25. Pointe-à-Pitre. Plus importante ville de la Guadeloupe, placée à
pla jonction des deux fies de la Grande- et de la Basse-Terre, capitale
Rtcommerciale (Basse-Terre étant la capitale administrative),
f Par Pointe-à-Pitre transitent toutes les marchandises de la Guadelou-
I; pe, à l’importation comme à l’exportation.
P : Fondée en 1759 par les Anglais qui occupaient alors l’île, Pointe-
pà-Pitre va se développer sous la domination française à partir de 1763.
a|La ville s’agrandit autour de son port, gagnant sur la mer et les
(Marécages (ce qui explique les fréquentes inondations). Les dernières
«décennies ont vu la ville s’étendre considérablement, la dotant dans sa
^périphérie de cités d’H.L.M. et de tours de béton. La vieille ville avec
lises maisons de bois à galeries, son marché, ses boutiques ouvertes
R|ui débordent sur les trottoirs, a peu changé. De nombreux bidon-
Killes cernent la cité malgré les efforts de la municipalité pour les
wéduire. Haïtiens, Dominicains, Guadeloupéens sans travail les occupent
P» Pointe-à-Pitre, ville calme qui se vide et s’endort dès 7 heures du soir,
■connaît maintenant, avec la montée constante du chômage, une
Kprtame insécurité (cambriolages, vols à la roulotte, à l’amché, etc.).
y §6; Marie-Galante. Petite île (149 km2, 16 000 habitants). Dépen-,
Klance dé la Guadeloupe, à trente kilomètres de celle-ci, dans l’océan
■Atlantique. De même structure géologique que la Grande-Terre,
■Marie-Galante, île sèche, se consacre très tôt à la culture de la canne.
HpTbrcelée en petites propriétés familiales, on l’appelait jadis l’île aux

Cacahouettes. Boudin chaud.cent moulins. Maïs moulu. quelle est la personne qui lui veut du mal et coi s’en protéger. Aujourd’hui. absorbe toute la1 production de canne de l’île. île du Nord. peui presque exclusivement de Blancs descendant de Normands. n’a qu’un lôirif rapport avec le boudin fiançais. sociologues. Saint-Martin. devant la maison ennemi. le gouvernement français de commémorer avec éclat le 300e anniversaire du dél 310 .) et offerte dans de petits gobelets de carton. sa langue. grillé. 27. Une carotte. Le Gadèdzafè. assemblage de toutes sortes de choses devant être déposé i tel ou tel endroit pour agir (un carrefour. Boisson caraïbe fabriquée avec du bois de mabi (arbre)« une herbe nommée tibranda. orgeat. canadiens. Du fait de son isolement. Bouquet à soupe. ou de la main gauche en invoquant le Diable. grog rocher de onze kilomètres sur deux situé à huit kilomètres de l’extrêniî pointe est de la Grande-Terre. Les autres dépendances de la Guadeloupe sont Les Saintes. le gadèdzafè est dénommé séancier (guéris machannkakouè (marchand de croyances).). Le 28 juin 1905. de cœur. La population de Marie-Galante est beaucoup moins métissée que celle de Guadeloupe. Tricentenaire. 29. Le boudin créole. devenue ! paradis des milliardaires. un navet. C’est une mine pour les ethnologues. etc. que la France partage avec Pays-Bas. branche de céleri. très épicé. La Désirade. l’aider à d’une situation embrouillée. et qui doit sa prospérité à son statut de port franc. une feuille de chou. petit archipel à dix kilomètres des côtes de la Basse-Terre. Snow-bali Glace pilée arrosée de sirop parfumé au choix (ment grenadine. Kilibibi. mantimantè (vendeur! mensonges) ou kenbwazè. une tranche de potiron réunis en forme de bouqi Pistaches grillées.* 28. mélangé à du sucre brun et vendu cornets. sa culture. Mabi. américains qui multiplient études et publications sur cette microsociété. elle a aussi mieux conservé ses traditions. musicologues français. etc. sel talent. Saint-Barthélemy. d’affaires de son client. lui dire si ses ennuis proviennent d’un s qu’on lui a jeté. une seule. sa grande expérience des hoi permettent souvent d’être de bon conseil. Gadèdzafè. est une personne investie d’un pouvoir magique chez qi va en consultation. Contrairement au kenbwazè qui fabrique^ kenbwa. Le gadèdzafè s’occupe surtout des problèmes psyc giques et son écoute très fine. Selon qu’il ou elle (de nombreuses femmes ext ce métier) travaille de la main droite en invoquant Dieu pour régler! problèmes de santé. Ceux-ci sont remplacés à la fin du XIXe siècle par quatre usines. littéralement «qui regarde dans affaires ». à Grande-Anse. son sérieux.

des forces françaises qui pre­ naient possession de l’île. n V Prions sur ces roches Frions pour ce prêtre Pendant qu’alentour Qui fut Richelieu Les voix de nos cloches Il fit ici. qui se tient au sommet de la Soufrière. Une grand-messe est célébrée à la cathédrale de Basse-Terre.P. Plusieurs ouvrages furent publiés à l’occasion du Tricentenaire. du gouverneur Bouge. La coloration chrétienne de cet anniversaire est consacrée par la * messe du tricentenaire ». chrétiens et Français Sur la Soufrière. des arts et du spectacle. La France et son Dieu. costumés en soldats du roi. Les invités visitent plusieurs communes. ayant pris accès Jurons par ces noms. gages de succès De rester chrétiens et fiançais. Un millier de personnes font . amenant à son bord deux cents personnalités de la politique. Le curé de Pointe-à-Pitre recommande de se vêtir du costume local. les marins de VÉmile-Bertin et de VAuda­ cieux défilent place de la Victoire. Qui firent l’Histoire Prions. La Guadeloupe du Tricentenaire. La population est conviée à les accueillir avec allégresse. La population est invitée à participer à cet événement de «haute portée chrétienne et française». par le Quentin. 30. le 28 juin 1635. etc. monts géants. R. Les Étapes de la Guadeloupe religieuse. naître Sonnent dans nos bourgs. océans. Et qu’on ne sait pas. Cantique du Tricentenaire Refrain Depuis trois cents ans. 1 IV Sur la Soufrière Prions vers la terre Prions face au ciel : Où donnent là-bas Que notre prière Nos morts de la guerre Monte à PÊterael! Tombés aüx combats. passent de réceptions en banquets. 311 . l’ascension. in VI r Prions pour la France Prions pour la gloire Prions. ment en Guadeloupe. L’événement est célébré à la fois à Paris par un fastueux bal-spectacle à l’Opéra et en Guadeloupe où le paquebot Colombie accoste. Près de deux mille personnes participent au congrès catholique du Tricentenai­ re. le volcan de l’île. Des humbles soldats Sous le ciel immense.

Cher à notre cœur. faisant s’évader femmes et enfants. Que la douce Reine Reine de la mer. Chrétiens et Français Qui guida leur voile Un jour tous nous mène Vers ce lieu désert. leur abandonnai partie du territoire (voir Petit Traité sur le gouvernement des t. p. prendre la fuite. après de véritables . récoltes. s’ der. Peu à peu. leur pui: devint telle que l’Angleterre et la Hollande. de leurs cultures. exécutions). Abymes. VIII XII Pour ceux qui peinèrent Prions sur la croupe Obscurs pionniers Palais des brouillards Pour ceux qui tombèrent Pour le chef de troupe Ici les premiers. Au Roi de la Paixï X Que sa main protège Peuple et gouverneur Que sa grâce allège De tous le labeur. usines et maisons. le nombre des Nègres marrons augmei s’organisèrent en villages. détruisant cheptel. comme à la Jamaïque ou au Surinam. ils entreprire actions de guérilla. 312 . mal répression féroce qui s’abattait sur ceux qui étaient repris (tort mutilations. Marronner. morales. à l’abri des recherches. retournées à l’état sauvage. plusieurs milliers d’esclaves se réfugièrent mornes où l’on retrouve encore. 166-177). ciant de complicités à l’intérieur des habitations. En Guadeloupe. A l’époque de l’esclavage étaient appelés Nègres marrons (de 1* gnol cimarron) les Noirs qui s’enfuyaient des habitations pour éc aux contraintes physiques. aller se cacher. De nos montagnards. durent traiter et reconnaître leur indépendance. certaines colonies. De Nègre marron (Nègmawon) on a fait le marronner (jnawonnê\ partir. VII XI Pour ces militaires Prions dans la brise Ces marins adroits Pour le bon Pasteur Ces missionnaires Chef de notre Église Porteurs de la Croix. II. 1 31. culturelles et aller vivre soit soit en groupe dans les bois. IX XIII Saluons l'Étoile.

le gouvernement de Sorin obtint le des usiniers et des propriétaires fonciers qui continuaient à 313 . etc. L’idéo- rest celle de Vichy : travail. mécontentait beaucoup. et l’Église catholique dans l’île une nette prépondérance. patrie. les religions ^multiplient. Ce retournement sym- pjHque est caractéristique de la réappropriation culturelle qui s’opère îment. grand amateur. il faut apporter les iioix de coco d’où l’on extrait &D’où ce dicton bay koko pou savon (donner son coco pour du qui joue sur le mot koko. Leur succès est cependant limité. famille. France vaincue ayant signé l’armistice avec l’Allemagne. Les Quadeloupéens sont îment invités à se mettre au travail. Cette image a continué de s’imposer au cours des siècles. Du nom de Constant Sorin. placé sous l’autorité directe de l’amiral commandant en chef des forces françaises de l’Atlantique- qui réside en Martinique. témoins de Jéhovah. la débrouillardise. Les francs-maçons sont poursuivis. disait-on. (Mouvement populaire pour la Guadeloupe indépendante) recherchés par la police ont pris les et se proclament eux-mêmes Nègmawon. Tous | élus sont destitués et remplacés par des maires et conseillers îipaux nommés. détérioration de la vie économique et sociale). apôtres l’amour infini. en fait priment ise individuelle. la Légion (association d’anciens combattants) créée. Depuis quelques années en Guadeloupe.I. l’influence notamment du Canada et des États-Unis. mahicaristes. iNègre marron est devenu un symbole de la résistance à l’oppression. le it de savon en étant. impose à la Guadeloupe un régime d’arbitraire policier. chômage. de croque-mitaine pour les enfants et les jeunes filles qui voulaient ^sortir le soir. Robert allégeance au maréchal Pétain et va s’employer à soustraire les les à une éventuelle occupation anglo-américaine. désignant aussi le sexe de la femme. un sauvage. Si Ton peut du savon. la jeunesse î.: Le Nègre marron était présenté par le maître comme un bandit. Témoins de Jéhovah.Comme dans tous les pays où l’angoisse du lendemain est très forte i chère. . Il y parviendra d’un blocus total. gouverneur de la jupe de 194Ô à 1943. Temps Sorin. le troc et le trafic. on exalte la vertu. Adventistes. Êofficiellement. vont devoir se suffire à elles-mêmes. isolées du du monde. Un impôt est levé sur les restées en friche. En Guadeloupe. Tout récemment* avec la montée des idées nationalistes. un individu dangereux capable des pires méfaits.G. le sens civique. Les évadés de prison étaient traités de Nègres marrons. les offrent ici un refuge et des réponses toutes faites aux questions îtielles. pentecôtistes. gouvernement d’Haïti lui a même érigé une statue.P. militants indépendantistes du M. La Guadeloupe et la Martinique. 32. Le Nègre marron servait d’épouvan- 3tail.

La dissidence. Tamarin. Préparée par un travail sur le terrain. Le régime imposé par Sorin fut bien loin de tous les Guadeloupéens. Des groupes de résistants^ forment.A. de la radio. Les autres syndicats sente à l’époque en Guadeloupe sont des sections des grandes cent françaises (C. défilés... pour rejoindre les françaises libres.T. « relever sa conversion ». Certains veulent continuer la lutte. si elle voulait à nom s’approcher de la Sainte Table. T. qui pousse st arbuste touffu. qt employé en tisane pour les femmes enceintes. U. Le <<temps Sorin » fut une dure époque pour la Guadeloupe.A.' s’imposer par son dynamisme.). C’est la « dissidence ». 36. On en tire un jus excef Le tamarin des Indes est un fruit plus sucré. la naissance de PU. Petit arbre qui donne un gros fruit à la peau hér de pointes et à la chair tendre et pulpeuse. ils gagnent Pile de la Dominique. sa vie durant. elles favorisent le sommeil. va bouleverser lé syndical. attaques gendarmerie. possession anglaise.T. La femme vivant avec un homme ayant eu un enfant hors mariage devait. Il s’agit du tamarin sûr.N. le succès des grèves qu’elle l’importance des renvendications qu’elle fait triompher. 34. très parfumée. C. T.. des hommes répondant à l’appel du général de Gaulle. Le fruit se présente comme une cosse renfermant de deux à noyaux enrobés d’une pulpe acidulée. PU. Dès juillet 1940. 35.détenir le véritable pouvoir économique. aucun comr avec les hommes. estime de deux mille à cinq mille le nombre des Antillais échappèrent ainsi au régime de Vichy.. c’est-à- faire pénitence et jurer de ne plus avoir. Elle aujourd’hui le seul syndicat représentatif des travailleurs agricoles^ 37.. Les feuilles du cotrossolier ont des vertus curatri tisane.A. Corrossol.O. L’Union des travailleurs agricoles.D. et se consomme blet ou se fait macérer dans du i 314 . F. On en i un jus délicieux.F. des actions sont organisées : inscriptions.E. Il pourtant cité en exemple par ceux qui veulent prouver la capacité Guadeloupéens à se passer de l’aide extérieure. etc. De plus en plus.G. elle proclame qu’« il ne peut y avoir de mation véritable de la situation des ouvriers et des paysans transformation radicale de l’ensemble de la société guadeloui D’abord rejetée par les patrons et les autres syndicats. les conseillers généraux divisés. fondée en 1970. S’embarquant dans des de pêcheurs.. fruit d’un grand arbre. premier syndicat proprement guadeloupéen. L’Église aussi se inconditionnellement et devint même l’un des plus solides piliers d’v régime qui faisait continuellement référence à la religion. F. D’emblée.T. Relever sa conversion.

Suivant l’importance du . un nombre incalculable d’éditions. Ce système fonctionnera jusqu’à ces dernières iées où la crise de l’emploi devait freiner quelque peu cette orragie de jeunes Antillais. Bumidom. provoquer fausse-couche et. en V^UCde faciliter rémigration des jeunes Antillais vers la métropole : Vs « Contribuer à la solution des problèmes démographiques existant îs les DOM. «la ‘ce est tombée ».-'41. ? Il existe aux Antilles toute une médecine traditionnelle à base de plantes. Le Bureau pour le développement des migrations intéressant les DOM fat créé en 1963 par le gouvernement français. un mouvement violent. les Antilles : ::ident un trop-plein de chômeurs. etc. là blesse peut tuer. un vœu à accomplir.39. travail. procès. Ce livre.. pour telle ou telle circonstance. dans les boutiques comme • sur les marchés. \ 40. aider l’implanta- en métropole de travailleurs volontaires. \ 38. le corps est « démonté ». » . on organise le transfert (seul un jp et aller est payé). pour donner un de ces nombreux «punch aux fruits» guadelou- f péens. pour une guérison. Les femmes enceintes redoutent particulière­ ment les blesses qui peuvent « faire descendre la matrice ». a besoin de main-d’œuvre. La Guadeloupe est riche en lieux de pèlerinage réputés pour telle ou telle occasion (examen. Recueil de quarante-quatre prières pour les nécessités de la vie: f Petit livret de soixante pages rassemblant des textes de prières (au ^Sacré-Cœur de Jésus.. un effort fop grand.La France. soit par des fidèles ayant une grâce à demander. pour unir deux cœurs. été. à sainte Radegonde gardienne de cimetière. une chute. qui est réputé capable de déceler ’titgàne atteint et de le remettre en place. contre un ennemi et. De sérieuses recherches médicales sont entreprises * depuis peu dans ce domaine. à Notre-Dame de Lourdes. pv. très usitée. Chapelle de Jarry. qui ont été déposés là le plus souvent pour nuire à trui. On trouve fréquem- ît dans ces chapelles des objets ou des écrits soigneusement hnulés. aussi. Un coup. surtout. Ort peut aussi acheter des prières «à la pièce». Les pèlerinages sont organisés soit à dates fixes. mariage. Un organe s’est déplacé. /. . 315 . Prières pour le travail.). Blesse. à cette époque. on sent que quelque chose a bougé dans son corps : on a pris une blesse. en 1939. vendu partout en Guadeloupe. pour retrouver un 'f objet perdu. pour ^ se protéger de tous les sorts qu’on peut vous jeter. La blesse i soigne par le « frotteur de blesse ». a connu depuis sa parution. «l’estomac s’est ouvert». Réduire l’incidence de la surpopulation des Antilles le marché de l’emploi et dans le domaine social. agir sur l’enfant qui naîtra difforme.) répondant à toutes les difficultés de ^existence.

date de la création de l’hôpital Coïson en Martinique. Les événements récents du Moyen-. au-delà de la vie partagée. quatre pour les1 personnes sans ressources et deux pour les gens fortunés. les . l’asile abritait essentiellement desjj malades venus des colonies de Martinique et de Guyane. D’abord colporteurs. Au début. culturelle. j’eufti l’occasion d’assister et de participer à des meetings où les travailïeufSj prenaient la parole en créole.A. enfermés surtout pour leur compor* tement agressif (coups et blessures).j 43. L’hôpital ÿ j commencé à recevoir des Guadeloupéens et à être utilisé à plein à partifj de 1954. se dressai!! unanime. exposant la situation. Rue FrébaulU Principale rue commerçante de Pointe-â-Pitre. clamait leur expérience de vif* pour dire non à un autre monde l’écrasant en place économique* politique. Jusqu’aux années 1940-1946. souriait ou éclataua de rire à d’autres. || 44. J ’é t t i S | venu pour écouter. . Ainsi de fa 1 chapelle de Jarry dont les apôtres de Pamour infini ont fait un de leurs . . au cours des grandes grèves qui mobilisent les travailleurs* de la Guadeloupe dans le secteur de la canne et du bâtiment. étaient gardés par des militaires et soumis à rude épreuve. il comprenait six pavillons. ceux-ci sont spécialisés dans le commerce des tissus.. au Lamentin. Une foule de travailleurs en accord profond avec cen hommes de leur condition. À Orient ont obligé bon nombre de Libanais à s’expatrier. à Ldi Rosière.^* 316 .JjB « En 1971. 3 Installés en Guadeloupe quelquefois depuis deux générations. Ceux de * Guadeloupe ont tout naturellement fait venir leur famille. Hôpital psychiatrique. Impression de dignité. Les contestations étaient effectivement à tous J » niveaux dans les « discours ». j ■H 42. ce qui a. Æ « Impression d’unité profonde. Ce traitement est attesté par ce dicton Vométan ay pléré douvan lapôt simityè ki douvan lazil (Il vaut mieux. il «J’eus l’impression qu’un peuple de pauvres. En 1890. Le créole. langue des pauvres. L’hôpital psychiatrique de Saint-Claude a 1 été fondé en 1876. QuelqjM chose de souterrain semblait remonter. C’était saisissant. enfin. La \ plupart des magasins sont tenus par des Syriens et des Libanais. l’instrument de cette communion profonde. ÆÊ « Nul doute pour moi. dans un langage commun. Le premier de ces meetings auquela j’assistai fut celui de l’U. à l’école de Grosse-Montagne. vibrant à certains moments.T. ! pour une mère. pensionnaires. Une foule dense de deux mü|9 personnes attentives. buts de pèlerinage. pleurer devant la porte du cimetière que devant celle de'J l’asile). très peu nombreux. ce que je fis. ils se- sont peu à peu fixés en boutique. j’eus envie de m’exprimer pour dire aussi que j’é tU d’accord. dénonçant les abus* revendiquant les droits des travailleurs. Certains de ces lieux ont été récupérés par des sectes.. considérablement augmenté la colonie.

organisés par des ^«sociétés ». Ensuite.{Ja Ka Ta. afin qu’ils puissent danser à plusieurs à la fois et sauter autant p-qu’ils en ont envie» (père Labat).P. il exprimait d’une manière extraordinaire l’agressivité et l’humour. 1* décembre p 1978). Pour faire perdre aux esclaves « l’idée de leurs danses l'infâmes ». de personnalité propre. 1972). et des «bals à quadrille». d'apporter une informa­ tion en des domaines économiques et sociopolitiques jusque-là réservés au français. Ces soirées sont très populaires et piassemblent les gens des campagnes d’un certain âge. fut le créole. janvier 1981). ont lieu presque chaque samedi dans l’une ou l’autre des pcommunes de la Guadeloupe. L’U. L’Union populaire pour la libération de la Guadeloupe est apparue en 1978. les ^ maîtres tentent de leur apprendre « le menuet. tout en nous informant Le créole se révélait à moi comme une langue parfaitement capable de véhiculer un message. après l’implantation pendant les années 70 des syndicats proprement guadeloupéens (Union des travailleurs agricoles. M. . 1 46. Quadrille. De toutes ces danses. 45.L. le passe-pied pet autres. pleines de «postures indécentes et tout à fait lascives».G. tels que C. D’abord. Union générale des travailleurs guadelou­ péens. U. notamment après l’organisation en P 1985 de la conférence des dernières colonies françaises. « Nous sommes entrés dans la période de l’union et de l’organisation ! politique du peuple guadeloupéen autour des ouvriers et des paysans» . cette tradition n’est pas reprise par les pjeunes ni par le mouvement nationaliste qui voit dans le quadrille une psurvivance de l’imposition culturelle française esclavagiste. il permettait une compréhension claire de la situation. comme le r leader du mouvement indépendantiste guadeloupéen. Contrairement paux « soirées léwoz ».P. la courante. Elle s’affirme aujourd’hui. seule le Isquadrille a survécu. mais comme une union désireuse de permettre à «tous les | patriotes guadeloupéens de toutes les couches sociales de s’intégrer dans f la lutte de libération nationale » (déclaration politique. se définit non comme un parti politique. de refus d’asservissement à un monde économique. Syndicat général de l’Éducation en Guadeloupe). c’est une contestation fondamentale » (père f Chérubin Céleste. au gwoka. politique et culturel qui l’a toujours fait. G. Le créole s’impose à moi comme une langue revendicative fondamentale d’identité collective. Union des paysans pauvres. montant des entrailles de ces hommes. Le fait.L.

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................... un morceau de soi qu’on ne peut pas vendre .. 135 VIII............. 80 V... 34 III................... une remorque de misères................... un baril plein de tessons de bouteilles.......... une maladie qui nous rend fo u s .. Il ne suffit pas d’amener la couleuvre à l’école.......... En chacun de nous il y a place pour la folie 228 [. il faut arriver à la faire asseoir ....... Ma maladie est arrivée à cheval et est repartie à p ie d .............................. La terre maternelle.......................... ..... 262 §CV........................ L’amour du français..... 113 VII.. 240 Le père Chérubin Céleste entreprend un jeûne illi­ mité et se met entre la vie et la m o rt ........ 203 XII. T ab le d es m atières Des vies dont l’espace est l’H istoire....... L’Évangile entre dans ma v i e .. 54 IV. les veillées pour les morts .............. Joseph perd son travail et me q u itte ... Le carnaval me ramène à la campagnè..... les grandes personnes des grandes personnes 11 IL Sur le chemin de l’école. Mes plus belles fêtes.. Le mariage...... 159 IX.... En temps longtemps les enfants étaient des enfants....... 171 X.................... 88 VI..... Madame l’économe met son panier sur la tête et part sur les ch em in s............... 190 XI....... 284 297 .................................................. 7 ï... ........... Cousine Amélya m’apprend à ne pas baisser la tête devant la v i e ......... pour être son maître.............. la terre des ancêtres.................

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Cet ouvrage a été réalisé sur Système Cameron la S O C IÉ T É N O U V E L L E F IR M IN -D ID O T Mesnil-sur-ÏEstrée pour le compte des Éditions Seghers le 16 octobre 1985 .

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