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Yves Lever Vanalyse filmique Boréal : 102 L'ANALYSE FILMIQUE divisions du récit? Indiquenc-ils bien les changements de lieu et de décor, faisant entrer en souplesse dans la suite de Paction? En général, le montage se fait-il oublier (c'est souvent un signe qu’il est bien réussi)? * Quels types de montage, car il y en a toujours plusieurs, sont utilisés & tel moment et dans l'ensemble du film? Narratif? Chronologique (linéaire)? Par attraction (Eisenstein)? Asso- ciatif (par les licux, le theme, des objets)? Paralléle? Alterné? Par leitmotiv? En mosaique? Explicatif? Par multiplication des points de vue sur une action? + Fait-on une bonne utilisation du plan de coupe? Du plan «faire-valoir»? Du flashback? « Dans les flashbacks, le montage et les raccords déterminent- ils bien les différents temps? * Les ellipses semblent-elles naturelles? Servent-clles bien Pévolution du récit? * Quel effec le montage crée-t-il sur le rythme? Qu’est-ce qui crée surtout le rythme: action dans le plan ou bien la suc cession des plans? Le montage est-il en accord avec |’émotion recherchée pour la scene? * Quels rapports spéciaux le montage image-son crée~ * Comment la continuité est-elle assurée? Par image avec son nouveau? Par le son avec des images nouvelles? Par associa- tions de lieux ou d’objets? Par les mouvements des per- © S'il s’agic d’un «film de montage», comment les documents sont-ils groupés? Les rapports entre eux sont-ils bien dégagés? Si mettre en scine est un. regard, monter est un battemenit de coeur. Jean-Luc GoparD LES CODES D'EXPRESSION 103 ——_—_—<— Exercices suggérés |, Chacun des points présentés ici commande un exercice spécial et leur somme revient presque a produire un film! Je suggére que les étudiants aient la possibilité de maniouler des bouts de pellicule de divers formats, de jouer avec des caméras de cinéma et de vidéo pour avoir une connaissance précise du cadrage et de la profondeur de champ, c'abserver le fonctionnement d'un projecteur. Au ninimum, analyse d'affiches et de photos, combinée avec la projection de scquences bien représentatives, pourra donner une idge des divers aspects du traitement. 7. Retrouver et coller dans un cahier approprié des photographies représentant tous les plans de I'échelle et dautres illustrant les postions de caméra, la profendeur de champ et son absence. On peut aussi faire observer comment la bande dessinge, qui ne présentait d'abord que des plans moyens, a intégré ces éléments du dnéma. [2 Les codes sonores Abt Le silence! Cest cela gui ext impressionnant. Luts Bunurt, Las Olvidados fo": lorsqu’il était dit «muct», le cinéma a toujours fait appel A des sons. A vrai dire, sa période la plus bruyante a probablement été celle d’avant la bande sonore. D’sbord, les spectateurs des débuts ne ménageaient ni leurs cris ni leurs commentaires dés les premiers films. Trés souvent, les films eux- mémes montraient des objets suggérant des bruits, ce qui ne manquait pas de provoquer des réactions. Rapidement, un bonimenteur vint doubler le récit des images avec quantité d’ajouts ct d’effets déclamatoires. Puis la musique, du simple piano 2 lorchestre symphonique, se mit & scander le rythme de laction, 4 en préparer ou souligner les meilleurs effets. II a fallu plusieurs années aprés I’invention du parlant (1927) pour que le cinéma découvre le silence... Le son est dit #7 quand sa source est visible sur l’écran et fait partie de la diégése (personnage qui parle; musique qui sort d’un appareil radio). Il est dit «hors champ» (aff) quand la source n'est pas visible ou ne fait pas partie de la diégése (voix d'un narrateur, monologue intérieur, musique d’accompagnement, souvenir). On considérera ici chaque élément de la bande sonore sépa- rément, mais il ne faut jamais oublier que c'est de leur con- (06 L’ANALYSE FILMIQUE jonction que résultent ambiance génézale ct les effets désirds, en plus; @ Vimage. L’écape du mixage, cest-i-dire du dosage de chaque élément sonore avec le récit en images, est l'une des plus impor- tantes lemment, du rapport que chacun entreticnt avec La parole (dialogue, narration, commentaire) La voix humaine est un merveilleux instrument qui, lorsqu’on le contréle bien, peut jouer avec les tons, le debit, le rythme, l’intensité (cris, chuchotements, rectotono, décla- mation...), Elle reste toujours le meilleur interpréte des émotions ou de leur absence, © Quelle est la langue dans laquelle le film est tourné? ¥ trouve- T-on un accent particulier & tel pays? A telle région? A tel groupe special? * Quel est le niveau de langue utilisé? Populaire? Familier? Courant? Soigné? Chatié? Littéraire? Utilise-t-on des mots Wargot? * Lenregistrement rend-il parfaitement les paroles? Sont-elles bien articulées? (Ceci est particuliérement important dans le documentaire.) Si elles ne le sont pas, est-ce intentionnel? * Le dialogue: Y a-t-il beaucoup ou peu de paroles? Est-il trop abondant? Redondant par rapport & l’action? Est- Esc-il acoompagné de mimiques? S'accorde-t-il bien avec ce que l'on sait de la psychologic et de la culture des personnages (un personnage non scolarisé qui parlerait- trop bien...)? Est- il bien rendu vocalement (timbre, accent, prononciation)? La tonalité (forte, faible, murmures) est-elle juste? Suggere-t-il bien Pémorion que Pon veut communiquer dans la scene? Réussit-il a bien rendre I'état émotionnel du personnage? succinet? * Le dialogue est-il crédible? Intéressant? Drdle? Comique? Humoristique? Réaliste? Informatif? Théatral? Litcéraire (le charme tres particulier des film d’Eric Rohmer vient de ce ton presque lictéraire qu'il fait prendre a ses interprétes)? Y a-t-il mélange de plusicurs tonalités? Est-ce commande par le sujet? LES CODES D’EXPRESSION Pour moi, le péché capital d'un scénariste «st, lorsqu'on discute une difficulte, descamorer Le probleme en disant: «Nous justifierons cela par une ligne de dialogue.» Le dialogue doit étre un bruit parmi les autres, un bruit qui sort de la bouche des personages, dont les actions et le regard racontent une histoire visuelle, Atrrep UlircHcoc! » Retrouve-t-on des voix hors champ (narration, commentaires, indications)? Pourquoi les avoir choisies plutét qu’une action ou qu'un catton explicacif? * Sile film est double, de quelle langue 4 quelle langue l’est-il? Pour autant qu’on puisse en juger, la traduction semble-t-elle bonne? A-t-on fait un bon choix des termes, des expressions, des accents, des régionalismes, etc.? Bon choix des voix? Bon synchronisme des levres? * $j le film est sous-titré, la uaduction est-clle bonne? Paroles bien résumécs? Bonne calligraphie? Peut-on facilemenc lire les sous-titres? . Le bruitage * Les bruits de fond sont-ils naturels ou reconstitués? Accentués (bruits de pas, porte qui grince...)? Atténués ou feutrés (bruirs de rues...)? Eliminés? © Des bruits sont-ils créateurs d’ambiance? Sont-ils parasites? Utilisés en vue d’effets particuliers? Font-ils évoluer l’action (des pas sur le toit...)? * Ont-ils une valeur symbolique? Les silences * Quelle est leur durée? Quel est l’effet recherche? Oncils une valeur narrative? * Sinstrent-ils comme un élément de dialogue? Que signifient- ils? 107 108 LIANALYSE FILMIQUE SS ee * Quels sone leurs liens avec les Paroles ou les bruits qu précédent et qui suivent? La musique Ja musique ne devrzit esix que comme totalize © 10M pas ce borner & doubler amplifier les eff viwely cess ce gue jappelle la musique-ambiance Elle doit Participer discrétemen; (@t son action sera a ‘aurant plus réwesie op plus fficace ehétique et dramatique, de lene Nous ne venons pas au cinta Pour entendre de ta musique Nous demandons & celle-oj (pas de nous wexpliguery Jes images mais de leur ajouter une résonance de nature Specifiquement dissemblable.. Nous ne lui demandon: pas d'tiye cexpressives t dinjouter son sensimens 8 celui des personnages on dy realisateur, mais détre adécorativer ep ae joindre sq Propre arabesque a celle que nous propose Véerdn,. Maurice [auapry3 * Est-ce une musique originale, composée spécialement Pour ce film? Ou bien est-elle préexistante? Sj oui, dans quelle Partie du répertoire? * Qui en est Pauteur? Larrangeur? Qui dirige Pinterprétation (chef d'orchestre)? Qui en sont les interprétes? Leur nombre? Le genre d’orchestre? Pourquoi ce choix? Quels types d’instru- Ments a-t-on utilisés? * Quel en est le style? Classique? Folklorique? Rock? Populaire? «Musak»? Rétro? Concréte? Contemporaine? Country? Ce style convient-i] bien a univers du film? Trouve-t-on w ” Gied par Maree! Martin, p. 124, 108 L’ANALYSE FILMIQUE * Quels sont leurs liens avec les paroles ou les bruits qui préctdent ee qui suivent? La musique La musique ne devrait agir que comme totalité et non pas se borner a doubler, @ amplifier les effets visu cleit ce que j'appelle la musique-ambiance. Elle doit participer discrévement (et son action sera dautant plus réussie et plus efficace quelle se fera ensendre mais non écouter) 4 la création de la tonalité générale, esthétique ex dramuatique, de Leuvre. Nous ne venons pas au cinéma pour ensendre de la yusique. Nous demandons a celle-ci dapprofondir en nous une impression visuelle. Nous ne lui demandons pas de nous cexpliquers les images mais de leur ajouter une réonance de nature spécifiquement dissemblable... Nous ne lui demandons pas détre wexpresives et dajouter son sentiment a celui des personnages ou du réalisateur, mais détve edécorativen et de joindre sa propre arabesque 2 celle que nous propose Pécran.. Maurice JAUBERT? * Est-ce une musique originale, compos¢e spécialement pour ce film? Ou bien est-clle préexistante? Si oui, dans quelle partie du répertoire? * Qui en est Pauteur? L’arrangews? Qui dirige linterprétation (chef d’orchestre)? Qui en sont les interprétes? Leur nombre? Le genre d’orchestre? Pourquoi ce choix? Quels types dinstru- ments a-t-on utilisés? © Quel en est le style? Classique? Folklorique? Rock? Populaire? «Musak»? Retro? Concréte? Contemporainc? Country? Ce style convient-il bien & Punivers du film? Trouve-t-on LES CODES D'EXPRESSION plusieurs styles dans le méme film? (Jésus de Montréal)? Pourquoi ce mélange? * Quels sont les principaux effets recherchés ou obtenus*? * Création d’ambiance, d’atmosphére? * Accompagnement, dramatisation d’une action? * Description d'une époque, d'un liew donne? * Rappel d'un événement? * Création de suspense? * Jeu sur les émotions? * Contrepoint & Paction? Redondance? Pléonasme? Distan- ciation? * Leitmotiy d'un théme ou d’un personnage (dans The Good, the Bad, the Usly)? * Information (par une chanson)? * Ajout d’un sens particulier (la Newvidme symphonie de Beethoven dans A Clockwork Orange )? * Monologue intérieur d’un personnage (Rocky)? + La musique prend-elle beaucoup de place? Attire-t-elle trop Tattention du spectateur sur elle? Se fait-elle oublier? Qu’est- ce qui serait différent (émotion, information...) si elle n’exis- tait pas ou si elle était d'un style tout a fait différent? * Cette musique n’est-elle qu’un truc publicitaire pour vendre le film et par la suite beaucoup de disques? * Le film musical: Comédie musicale? Spectacle rock? Opéra? (Ces genres possédent une série de conventions particuliéres et doivent étre analysés avec beaucoup de nuances.) Quel est le type de voix choisi? * Certaines chansons sont-elles utilisées & cause de leur valeur symbolique? (f%niernarionale dans de nombreux films, Phistoire de la France en chansons dans Le bal de Scola, Le Marseillaise qui fut un chant révolutionnaire, traduit en plusieurs langues — on Ventend en hongrois dans Psaume rouge, en chinois dans Amis fntimes et en espagnol dans Familia Orozco du Pérou — avant d’étre hymne national 4 Sur ce sujet, on lira avec intéidt Le Langege cindmatogrephique de Marcel Martin, p. 121-125. 108 110 LIANALYSE FILMIQUE francais.) Quel rapport ont les chansons finales avec le film (que personne n’écouce en quittant la salle)? —_— Exercices suggérés Choisir une séquence de film fortement sonorsée, décrire chaque élément et miner la place quil occupe dans cet univers sonore: en quelque sorte, faire 4 l'envers le travail du mixeur, 2, Visionner une séquence de film sans bande-son et en composer une. 3. Ecourer différentes musiques de film et imaginer des images et des récits correspondants. CINQUIEME PARTIE LE MESSAGE DU FILM Joti toujours prifire la mythologie 2 Ubistoire. ‘Lihistoine est faite de wérités qui deviennent des mensonges; lt mytholagie, de mensonges qui devjennent des verites. Jean Cocteau 20 WANALYSE FILMIQUE Parler de culture, c’est parler avant tout, comme disent les dictionnaires, de ensemble des connaissances acquises. A cette définition trop vague, je préfere celle d’Abraham Moles, aussi générale certes, mais plus opératoire: [La culture est un] ameublement du cerveau des individus: chaque f q personne a le sien, mais on peut parler de la culture d'une civitisarion guelconque, image ginbale du style des mobiliers individuels, dont le catalogue est fait par les grandes institutions de mémoire sociale: bibliorheques, phonothegues, musées, collections, etc.’ ES: Bl a Cette image trts simple d’cameublement» et de «mobilier» suggére trois grandes lignes d’analyse. lly a @abord celle du nombre des meubles. Pour qu'il y ait véritablement culture, il faut un nombre minimal d’ééments d'information que l'on peut quantifier, classifier, comparer, et avec lesquels on peut faire des recoupements. On dira, par exemple, qu’on inventc tant de machines ou de gadgets, qu’on imprime tane de livres, qu’on produit tanc de films ou d’heures de télévision, que tel pourcenrage de ces ceuvres porte sur les sciences, la sociologie, l'aventure sentimentale, etc, Pour notre domaine d’étude, on peut dire qu'il y aura début de culture cinématographique quand on aura vu un certain nombre de films. Ensuite, le terme d’ameublement sous-entend plus qu’un nombre de meubles. Il signifie aussi un arrangement, une orgu- nisation. La, om se met & parler de style, de mode. de code. Comme les meubles qui s’unissent selon divers critéres Whar- monie (un divan, deux faureuils, une rable basse, des lampes forment un mobilier de salon) et qui présentent des caractéris- tiques communes quant aux matériaux employés, aux couleurs et a la forme de construction (on parle de style moderne, futuriste, colonial, canadien, etc.), ainsi les éléments d'information parve- nant au cerveau se regroupent en un systéme de représentations. Celui-ci commande comportements et attitudes, leur sert de 1. Dans Communications, n° 14. 1969, p. 137. 13 Quelques grilles d’analyse et de critique e présence ici quelques-unes seulement des questions de base relatives aux divers types d’analyse critique. Elles illustremt les nombreuses approches possibles. Elles peuvent servir de clés pour entrer dans les différents savoirs qui, & Pocca sion ou de fagon continue, s'intéressent au cinéma. A cette étape-ci, invite le lecteur a s’imaginer dans la peau de divers spécialistes et a se demander, par exemple: Si j'érais un technicien travaillanca temps plein dans le cinéma, qu’est-ce que je dirais de la technique de: tel film? Si j’étais un psychologue, comment évalucrais-je le comportement cle tel personage? Si jérais historien, qu’est-ce qui me frapperait dans la fagon de présenter tel fait historique? Le bur premicr de ces grilles d’analyse reste la description la plus exacte possible du film autant dans son univers symbolique que dans sa présenration matérielle. On doit nécessairement avoir déja effectud le travail des chapitres précédents et il s'agit ici de reprendre certains de ces éléments a la Lumiere de «filtres» nouveaux. Cette description doit s’achever par un certain jugement — inévitable — sur la valeur expressive et significative du film. Certaines grilles invitent d’ailleurs davantage aux juge- ments que d'autres: on peut faire une description sociologique assez neutre, mais il est impossible de rester objectif quand on parle d’esthétique. 4 UANALYSE FILMIQUE Analyse et critique techniques On se met ici dans la peau d'un technicien professionnel du cinéma qui sait trés bien reconnaitre et évalucr le travail dun confiére. On peut utiliser aussi, en partie, les questions fournies dans le chapitre sur Le waitement cinématographique, * Les procédés de tournage sont-ils simples ou élaborés? Le tournage utilise-t-il roures les pessibilités techniques du média ou un grand nombre d’entre elles? * Quel a écé le format du tournage? Convenai-il au sujet? * Quel a été le formar du visionnement? A-til été fait dans de bonnes conditions (bonne copie, bonne mise au point, bonne luminosité, bonnes proportions de la salle, bon angle de vuc, bonne sonorisation, confort des sieges)? Si Pon na vu le film que sur une rable de montage ou sur un écran de télévision, comment cela a-t-il modifié notre perception (voir Amadeus ou tout film en Cinémascope sur le petit écran, c'est perdre entre 10 et 20 % de la largeur de Pimage...)? * Formac 4 Méeran: Est-il d'um bon rapport hauteur-largeur? Respecte-t-il celui du film? * A-con fait un bon choix de pellicule (format, émulsion, grain fin ow gros, trés concrastée ou plus ou moins délavée) par rapport au sujet? * Quel a été le style d’éclairage? Ombre et lumiére, ou ¢ couleurs bien définies? Effers obrenus? Convenance par rapport au sujet? * Quelle est la qualité de Penregistrement sonore? Son réaliste? Bon ¢quilibre entre musique, paroles et bruits? * Dans l'ensemble, peut-on parler de réussite sur le plan vechnique? A cause de quoi surtout? Rien ne sere d'avoir des images eluires st les idées sone floues. Jean-Luc Goparp 116 L'ANALYSE FILMIQUE * Est-ce un «beau» film (en n’oubliant pas qu’un film peut étre tres beau sans étre bon et vice-versa...)? A partir de quoi peut- on prononcer ce jugement? Est-on bien conscient de ses critéres de beaucé appliqués au cinéma? * Est-ce un film qui a intéress¢ — ou qui a déplu — surtout par sa forme ou par son contenu? Par ce qu'il avait 4 dire ou bien par sa manitre de le dire (sans oublicr que les deux sont liés)? Par son sujet? Par ses gadgets? Par ses messages? Par ses effets spéciaux? Dans l’ensemble, est-ce un film ennuyeux ou captivant? Qu’est-ce qui tient de Pun cc de Pautre? * Pourrait-il étre considéré comme une ceuvre d’art? + Fst-ce que je Pappellerais un «chef-d’ceuvren? Sinon, qu’est-ce qui fait que ce n’en est pas un? Qu’est-ce qui aurair pu érre changé pour que le film soit meilleur? Analyse et critique sociologiques Le sociologue s‘intéresse aux faits sociaux humains. Dans la société, il considére les groupes, leur structure et leurs fonctions. Il en analyse les attributs collectifs, que ce soient les liens de parenté ou les éléments de culture partagés; il consicdere tour ce qui les constitue comme faisant partie d’un ensemble, d’un tout. Llapproche sociologique du cinéma comporte deux phases: examiner d’abord le contenu des films pour-en relever et en analyser les fairs sociaux; puis considérer son rapport avec le public qu'il cherche & attirer et avec celui qu'il rejoin effective- ment. a) Par rapport & analyse interne (Ici on se reportera surtout aux chapitres sur Les personnages et sur Les références culturelles.) * Dans quel genre de société et de milieu (comme on dit mitien urbain ou rural, ou encore milien québébois typique) sommes- nous situés? * De quelle culture spécifique (comme on dit culture américaine ou astatignue) est-il question pour les personnages importants? Quels sont les principaux signes de cette culture (langue, cou- tumes, conventions sociales, religions, costumes, etc.)? [18 LYANALYSE FILMIQUE pouvoir, d’autorité, de gouvernement, y compris les événements ligs & la prise ow a l’exercice du pouvoir. L’approche politique du cinéma porte aussi sur deux aspects: d’abord voir comment les films en cux-mémes reflétent les faits liés a Etat ct a son organisation; puis considérer Putilisation réelle ou possible de tel film par une force de pouvoir. Apres les multiples visionnements suivis de rencontres publiques de Un pays sans bon sens, Pierre Perrault faisait remarquer que c'est toujours la safle qui est politique, non le film, car c'est elle sculement qui peut agir sur la place publique. I relativisait ainsi l’expression «film politique» et mettait plutét Paccent sur Peffer politique porentiel de l’ceuvre. 2) Par rapport & Vanalyse interne * Trouvons-nous dans ce film des rétérences politiques explie cites (hommes, actions, institutions, pouvoirs, etc.)? (On se référera ici au chapiue sur Les réferences culturelles.) * Le sujet est-il directement politique? Est-il la reproduction @un événement politique? Est-il rraité dans une perspective directement politique ou & Ja manitve d’un autre genre (policier, espionage, mélodrame)? Sur quoi Paccent est-il mis? Dans quel systtme politique, parmi les plus connus (démo- cratie parlementaire, démocratie «populaire», monarchie, junte militaire), sommes-nous avec ce film? Donne-t-il une idée claire de organisation politique dans laquelle vivent les personnages? Ce systéme influe-t-il sur le cours de d’action? Pouvons-nous facilement imaginer qu'on ait pu tourner ce film dans un autre pays? * Le film trahit-il une intention de dénoncer ou de critiquer un systéme politique, un Etat, une puissance, ete.? * Pouvons-nous déduire une idéologic précise, une vision politique claire de ce qui est exprimé par le film? Pouvons- nous relier cette politique 4 un groupe social déterminé? + Le film présente-t-il ume image juste, vraie, ou déformée, injuste, partiale, etc, de telle race particulitre, de tel groupe ethnique ou de telle nation? Peut-on parler de racisme? | | LE MESSAGE DU FILM ) Pour l'utilisation politique © Ce film serait-il util par tel ou cel parti politique? Par vel pays? * Tel gouvernement ou tel parti politique aurair-il des objec- tions 4 sa diffusion locale ou internationale? * Peur-il choquer telle sensibilité nationale? Par exemple, que pensera de Rocky /V tel leader américain? L’Américain moyen? Les leaders russes? Le citoyen russe ordinaire? Qu’en pense- raient nos premiers ministres (sils voyaient Les ordves, par exemple)? Les politiques pour qui Pon vote? Patrons et ouvtiers auraient-ils la méme opinion sur ce film? * Quels messages politiques principaux et secondaires le film veut-il transmertre aux spectateurs? Correspondent-ils a des idéologies bien acceptées dans le milieu? A des visions sable, comme instrument de propagande, marginales? * Que pouvons-nous dire de la fonction idéologique du cinéma en général? Analyse ct critique économiques Le cinéma est un art, mais aussi une industrie qui manipule des milliards de dollars chaque année. I est oujours intéressant de se demander oi va tout cet argent dépens¢ pour la fabrication et la diffusion des films, et ce que cela représente comme phé- noméne culturel, On peut raremenc connaitre la répartition des sommes 4 chaque poste budgeétaire, mais les magazines popu- laires indiquenc généralement quel a été le budget total ainsi que les salaires des principales vedertes. Pour ce qui touche la’ diffusion, la recette au guichet ( box: office) se répartit A peu prés comme suit au Québec: apres le préléverent de la taxe provinciale de 4 % et de la TPS de 7 %, entre 50 ec 60 % de la recette proprement dire va 4 l'exploitant, environ 15%, au distributeur et le reste, 20 %, au producteur. Les chiffres varient légerement selon les pays, mais, dans tous les cas, Cest 4 Pexploitant que revient la pare la plus large. ls LE MESSAGE DU FILM Analyse et critique esthétiques approche esthérique est ues générale cr trés englobante. On définic souvent T’esthétique comme la science du beau ou encore comme une «philosophic des beaux-artm (Taine). Mais quest-ce qui est beau? S'agic-il seulement du consensus de certains artistes, amateurs et vendeurs de produits artistiques (peinture, musique, sculpture, cinéma, etc.)? Ou bien Toeuvte contient-elle en soi toutes les caractéristiques d’une ceuvre wartis- tiquen? Il est sir que tout jugement est en grande partie sub- jectif: plus on est proche du produit parce qu’on a peiné dessus, plus on est proche de Varcisce ou encore intéressé a vendre, moins on peut évaluer Pccuvre avec neutralité. II reste toutefois que l'ceuvre elle-méme, dans la richesse de ses éléments ec dans leur mise en relation, dans sa structure, dans la nouveauté qu'elle manifeste et dans effet qu’elle cherche 4 produire, posséde une valour intrinséque. Llapproche de Vesthericien est done celle de Pamateur éclairé qui connait ce que le cinéma a produit de plus beau, qui a appris & comparer les films et a déceler les influences et les écoles, et qui peut faire des liens entre tous les arts. + En quoi ce film es:-il une eréation originale? « Qu’est-ce qu’on peur dire sur chacun de ces points parti- culiers: ¢ Plasticité de l'image? © Beauté de la prise de vue (photographic)? * Valeur dramatique? * Organisation de lespace? «© Qualicés er défiuts de Pinterprétarion? Est-ce un film basé surtout sur Pacreur et sur son jeu? * Cohérence et intérét de Thistoire? * Coherence de Porganisation forme-contenu? © Quels sont les moments les plus réussis? A quoi cela tient-il? * Quel esc son style général? Réaliste? Misérabiliste? Fantaisiste? Speetaculaire? Simple? Impressionniste? Romantique? Poé- tique? * Le média du cinéma y est-il utilisé avec originaliré? Conven- tionnellement? Avec inspiration? Banalement? 120 L'ANALYSE FILMIQUE * Combien a cofité la production de ce film? Quels sont les détails du budget pour chaque poste? S'il s’agit d’un film & tres gros budget, qu’est-ce qui a surtout fait monter le cofit? Des effets spéciaux? Le salaire des vedertes? * Que’ teprssence ce budget en comiparaison aved le“bidget moyen dans la production locale? Dans la production inter- nationale? Dans la production de pays d’égale population? Davis la production bellywoodieniie? * Comment ce budget et sa répartition dans les différents éléments ont-ils influé sur la fabrication technique du film? * A-til regu des subventions de I'Etat, sous quelque forme que ce soit? Si oui, cela correspondcil A des mesures culturelles ou économiques bien définies? + A qui ce film profite-t-il financidrement? # Actil eu du suceds en recette au guichet? Avec quels publics? En quels endzoits? * Qui en est le distributeur? Une compagnie locale ou une des major? A-t-il bénéficié d'une campagne de publicité adéquate et d'une promotion satisfaisante? * Qui en est Pexploitane? Un indépendant? Une chatne locale ou mondiale? Qu’est-ce qu’il en code au public pour le voit? Prix ordinaire ou majoré? * On peut aussi faire des liens avec l'ensemble de lindustrie locale et internationale: Comment fonctionne l'industrie du cinéma dans noue pays? Qui en controle les principaux leviers? Comment se répartit la recette au guichet? Quelle place occupent les majors dans ce pays et aident-clles l'indus- trie locale? * Comment ces considérations financitres influent-clles sur le sens de tout film, qu'il soic de production locale ou inter- nationale? * Le cinéma reste-t-il un art 4 la portée de rous? Analyse et cri ue psychologiques Le psychologue s'intéresse 4 la vie mentale des personnes, a leurs representations des -a-dire a leurs ctats de conscienc choses (leur imaginaire), 4 leur me, a leurs sentiments, a tout ce LE MESSAGE DU FILM qui articule et dirige leurs comportements, ce qui inclur, évicem- ment, toutes les déviations, maladies ec dysfonctionnements de cette vie intéricure, L’approche psychologique du cinéma consi- dére done avant tout les personnages (ou les personnes dans le cinéma documentaire) dans leur vie intéricure en relation avec leurs actions. Dans les classifications, certains films se voient ailleurs affublés du genre «drame psychologique» * Avons-nous avec ce film un sujet directement psychologique? Comment interpréter ce genre de film quand on n'est pas psychologue de métier? (Pensons & Shining, & bien des films dépouvante ou 4 des méodzames comme La petite Aurore, Lenfant martyre.) * Le tive renvoie-t-il directement A des phénoménes psycho logiques (Les bleus au ceeur, Lémotion dissonanie, Death Wah)? Fournit-il une clé pour entrer dans l'univers du film? * Quel est le portrait psychologique (caracttre, type de person- nalité) de chaque personage important? A-t-il des compor- tements cohérenrs? Des complexes? Des maladies? A-t-il subi e qu’on peut savoir de sa vie des traumatismes? Qu’es invérieure? Quel sezait le diagnostic d'un psychologue 2 son sujet: sain d’esprit, normal, handicapé mental, débile...? * Quest-ce qui pousse les personnages a agir? Ont-ils les com- portements, les sentiments et les émotions qu'on attend d’eux (un pére agit-il comme un pére, une adolescente, comme une adolescente, etc.)? * Quelles sont les principales caractéristiques psychologiques des relations des personnages entre eux (rapports amour- haine, indifférence, jalousie, etc.)? Qu’apprenons-nous sur la psychologie de la collectivite? * Qu’est-ce que les gestes et les attitudes des personnages révi- lene au sujet de leur imaginaire profond? Reproduisent-ils les grands mythes de Phumanité? Y fonr-ils référence? Quelle place cet imaginaire occupe-t-il dans ce qui les fait agir? L’ART D'ETRE SPECTATEUR justifications et définit les rapports de Phomme avec l’univers. C’est pourquoi, continue Moles, on pourra apprécier la culture par de produit composé des atomes de connaissance possédés par lindividu et enregistrés par sa mémoire et par le nombre d'associations ou de syst¢mes combinatoires dans lequel il est susceptible de le faire entrers. Enfin, l’idée de l’ameublement renvoie aussi & une fonction. On ne choisit pas des meubles seulement pour l'esthétisme (ou pour la mode, ou le tape-a-l'cei]), on les veur surtout pour leur utilité, leur confort et le bien-étre général qu’ils procurent, parce quiils correspondent a plusicurs niveaux de nos besoins. Ils signifienc finalemenc un art de vivre. Dans sa definition socio- logique, Guy Rocher insiste surtout sur cet aspect globalisant: [J un ensemble lié de manitres de penser, de sentir et dagir plus ou moins formalisées qui, érant apprises et parlagées par une pluralité de personnes, servent, d'une manitre a la fois objective ct symbolique, & comstituer ces personnes en une collectivité particulidre et distincre?. Cette insistance sur la dimension collective nous rappelle que l'ameublement du cerveau ne se construit jamais de fagon tout 4 fait subjective et personnelle, quelles que soient la liberté et les démarches conscientes des individus, car, avant de pouvoir modifier ou augmenter son ameublcment, chacun vit d’abord dans des meubles recus. Chacun est tributaire de ses origines familiales, de sa langue, de sa classe sociale, de l'écosysteme dans lequel il €volue. Tout cela forme un écran de références sur lequel viennent se coller tous les nouveaux acquis. Par ailleurs, cet écran peut aussi représenter une obstruction, sur laquelle les messages nouveaux non facilement incégrables «ebondissent sans étre regus, comme peut l’étre la langue inconnue qui n’est que suite incohérente de sons, la page écrite gui n’est que signes noirs pour Pilletcré, la sensibiliré du Francais bien différente de celle de l’Africain ou du Québécois malgré une langue commune, l’univers mental du pauvre et du riche, etc. Parler de culture, finalement, c'est, en plus d’une somme 2. Intradwiton a Ua sociolagie générale, Montréal. HMH. 1969, t. 1, p. 88 21 122 LVANALYSE FILMIQUE Analyse et critique éthiques Léthique, c’est la science de la morale. La morale, cest Vetude de la conduite humaine en relation avec V’idée du bien et du mal. Qu’est-ce qui est bien ou mal? Grande question philo- sophique a laquelle il est impossible d’apporter une réponse absolue er définitive. Le moraliste examine les comportements en regard des valeurs universelles er de celles que sa société privi légie. On trouve roujours et partout un certain systéme de valeurs basé parfois sur ce que les religions fixent comme «sactén, parfois sur des philosophies (bouddhisme), parfois sur une idéo. logie globale (le communisme, la démocratie), parfois sur un humanisme diffus. Le plus souvent, c'est un mélange de tout cela qui anime lcs gens. * Quel est l'ensemble des valeurs (civisme, opportunisme, religion, écologie, loi du talion, etc.) qui commandent les personnages? Quelle est leur «morales? Qu’est-ce qui, aux yeux des personnages importants, est bon ou mauvais? * Comment évaluons-nous, sur le plan des valeurs et de la moralité, les actions et les comporcements? + Anos yeux, les personages importants ont-ils quelque chose a se reprocher? Sont-ils pleinement, ou du moins suffisam- ment, conscients de leurs gestes? * Qurest-ce que, dans son ensemble, le film dégage comme morale? (La morale de cette histoire est que...) De quelles valeurs fait-il la promotion? Qu’est-ce qu'il dénonce? * La censure (le contdle de la création ou de la diffusion par un pouvoir quelconque, par exemple, |’attribution des visas Gexploitation 13 ans et plus ou 18 ans), celle dici et celle illcurs, pourrait-elle y trouver 4 redire? Sur quel plan? Pour quelles scénes? Selon quels crittres? Au fait, a-t-il déja ee censuré? Ou? En tout ou en partie? Pourquoi surtout? Le cinéma mist pas seulement le domaine des créateurs, mais aussi celui dee prophetes LE MESSAGE DU FILM Analyse et critique historiques On peut considérer ici le film comme un «cours d'histoire» que l’on ferait voir et que l’on expliquerair 4 un extraterrestre. On doit étudier le film 4 la fois comme un refler de Vhiscoire (un miroir de quelque chose qui s’est passé), un Aisteréen (unc inter- prétation des faits) et un agent de l'histoire (une manifestation dun désir plus ou moins clair de changer quelque chose)! L approche historique du cinéma comporte deux volets. Il y a @abord celui de Phistorien ordinaire qui analyse les films en fonction de sa science propre, cest-a-dire en tant.que matériau quiil ajoure et confronte 4 cous ceux qu'il évaluc ct examine habituellement. Le second volet est celui de I’historien du cinéma qui tien compte de ce que l'autre fournit, mais qui s'intéresse en plus 4 Phistoire méme du média, c’est-a-dire qu’il en examine l’émer gence, qu'il en décéle et interpréte les grands courants. Il situe chaque film nouveau par rapport 4 ce qui a déja été produit dans son propre pays (diachronie) et par rapport & ce qui se fait ailleurs au méme moment (synchronic). Il ne considére pas seulement les films; mais aussi toutes les sources possibles (archives de production, dossiers, publicité, mémoires, livres, rémoignages, etc.). Sa démarche doit tenir compte des grandes étapes technologiques 4) Selon histoire générale * Quels événements sont montrés, évogués ou symbolisés par la fiction ou par le documentaire? Pourquoi le film présente- t-il ces événements? * Sil ya présentation de faits historiques, correspondent-ils a ce qui est généralement admis dans les livres histoire? Le film conteste-t-il certaines visions historiques? Apposte-t-il des renseignements nouveaux? * Dans le cas du film historique, qu’apprend-on, en plus de sa vision d'une histoire passée, sur les préoccupations sociales ct 1. Dans V'introduction au Cinéma de le Revolution tranquille, de Panoramique 4 Valérie, p. 4-8, je développe le sens de ces approches 123 124 LYANALYSE FILMIQUE esthétiques du moment de son tournage? Par exemple, en plus des événements de la Seconde Guerre mondiale, qu’est-ce que I! était une guerre nous apprend sur l'année 1957, au moment de sa réalisation? Ou bien Tous les matins du monde, sur le début des années 90 en France? Ou encore Dances With Wolves, sur les USA d’aujourd’hui? Comment le film histo- rique interpréte-t-il ce qu’il révéle? Précise-t-il, dés le début, (Le déclin de Vempire américain, Amadeus) Vinterprétation qu’il entend donner aux faits? (C'est aspect Aistorien.) + S'il sagit d'une reconstitution historique (les westerns, les péplums, Gandhi, La Sarrasine), les actions ont-clles éé reconstituées le plus exactement possible? Ou bien a-t-on transpos¢, ou brode, les faits? A-t-on reconstitué avec vérité, ou du moins avec vraisemblance, tous les détails qui caracté- risent I’époque? Y a-t-il des anachronismes? * Sous quels aspects ce film pourrait-i] étre considéré comme un agent de V'histoire? Qu’est-ce que, en l'ayvouant directement (le film militant) ou non, il aimerait contribuer 2 changer chez les spectateurs? A-t-il provoque des événements? A-t-il eu une influence particuliére dans l'histoire de son pays d'origine ou dans un autre pays? 0 ct nest jamais sosalement réussi sit ne derange personne. Manin Rirr film véusst se fonde sur un contens b) Selon Ubistoire dw cinéma * Comment ce film se situe-t-il dans Poaeuvre de ses créareurs (scénariste, réalisateur, producteur, vedertes)? Est-ce un pre- mier ou un dixiéme film pour Pun ou autre? Correspond-il sa carritre ou sa pour chacun 4 ce que représente déj répucation? S’agir-il d’une étape? Instaure-t-il un nouveau style? De nouvelles preoccupations? Aborde-t-il de nouveaux Sujets? LE MESSAGE DU FILM * Comment se situe ce film dans la production nationale? Internationale? Comment se compare-t-il avec d’auttes films: par son budget, ses thémes, son esthétique, ses messages? Quels sont ses points communs et ses divergences avec Vensemble de la production courante? Qu’est-ce qu’il apporte de neuf Linvestissement dans ce film vyalait-il le coup? De quelle sorte de rentabilité (financiére, culturelle) a-t-il bénéficié? * Quelle est la «petite histoirer du film? Anecdotes liges au tournage? Succts ou échec de la diffusion? Presence dans les festivals? Prix remportés? Diffusion locale seulement ou internationale? Censure dans certains pays et effet sur Ia perception du film? On dirait que cet art singulier n'a pas de passé, pas de traces, pas dtpaisseur, comme les ombres impondérables de Lécran. Test grand temps dinventer une critique cindmatographigue en relief. Un peu de perspective historique aiderait & mettre de Vordre dans fa confusion actuelle dune critique cintmatographique sans references permanentes. Anpré Bazin 125 14 Le message du film A chague fois que Von fait un film, on espere faire changer quelque chose. Marcuerite Duras ommeé synthése finale, voici une démarche qui permet Wincégrer l'ensemble des eléments de sens dégagés ou créés par Panalyse systémvatique de V’avanc-film (publicité, scénario}, du film lui-méme et du film off (critique, petite histoire du film). Rappelons d’abord que dans ce guide d’analyse, le mot «messages est utilisé au sens que les théories de la communica- tion lui donnent, Cest-a-dire celui d’élément ou d’ensemble d’déments de communication. Ce terme n’a jamais bonne presse chez les créateurs & cause de la connotation péjorative de propa- gande qu’il a souvent prise, mais il reste incontournable. Je propose de partir-d’un questionnement trés général sur Pensemble du film et orienté d’abord sur ce que j'appelle le «plaisir du film» qui est déja en soi une sorte de message. Ensuite, par V’intégration de toute Pinformation recueillic, il sagit de dégager les principaux thémes et les messages du film entourant ces thémes. Ainsi, on dépassera facilement le niveau du commentaire superficiel du type «c'est le furm ou «j'ai aimé ca», et le jugement final apparaitra plus fondé, Soulignons ici que l’expérience qui consiste a aller voir un film est multiple pour le spectateur curieux d’approcher 128 LANALYSE FILMIQUE différents genres cinématographiques. Le plaisir également peut étre multiple. Ainsi, on peut trouver un film trés beau, mais pas trés bon ni trés intéressant. On peut trouver affreux un film dont le contenu ne laisse pas indifférent (par exemple, Nuit et brouillard, d’Alain Resnais, présente surtout des horreurs, mais c'est un bon film). On peut n’ayoir trouvé un film ni beau ni bon, mais étre content de l’avoir vu parce qu’on y a appris quelque chose sur la production de tel pays mal connu. Rares sont les films qui n’offrent pas un certain plaisir... Quel a été le plaisir du film? * Spontanément, aprés le visionnement, dirions-nous que c'est un beau film? Un bon film? * Etait-ce un film plaisane & voir? A cause de quoi surtout? * Etait-ce un film intéressant? Par quoi surtout? * Quelle sorte de plaisir y ai-je trouvé? Amusement? Satisfaction de ma curiosié? Emotions fortes? Jouissance esthérique? Emoi romantique (belles larmes)? Suspense? Excitation érotique? Peur? Fascination? Stimulation intellectuelle? Sensation d’étre intelligent? ° De toutes les émotions créées par le film, laquelle ai-je preférée? Quelles sctnes m’ont séduit? * Est-ce que j'ai envie de le revoir? A cause de quoi suctour? Est- ce qu’un second visionnement augmenterait mon plaisir? + Aquels moments ai-je été le plus intéressé? Oi ai-je décroche? ° Si je n’ai pas trouvé beaucoup de plaisir 4 visionner ce film, suis-je quand méme content de l’avoir vu? Pourquoi? * Qu’est-ce qui a manqué a ce film pour qu'il me satisfasse pleinement? * Quel plaisir vais-je en retenir? Quels sont le sujet et les themes? + En faisant ressortir 'essentiel des réponses aux questions des chapitres précédents — sans oublier cout ce qui touche le traitement —, comment définirais-je le sujet du film? LE MESSAGE DU FILM * Quels sont les principaux thames (les angles sous lesquels le sujet est abordé)? Les thémes secondaires? Les diverses facettes a travers lesquelles ils sont traités? * Les thémes sontils d'inréré: régional? Universel? + Est-ce que j'aurais souhaicé y voir traiter certains thémes cout aussi pertinents? * Aprés cette analyse, comment est-ce que j’interprete le titre? Pour reprendre Pexpression de Godard disant que le titre est Ja «patric du film», comment puis-je nommer cette «patric? Le cinéma, ce n'est pas seulement s'aseoir dans un fauteuil pour se faire opprimer par dex images: le cinéma doit faire réfléchir. Francesco Rost Quels sont les messages du film? Si je considére tour film a légal d’un message publicicaire ou @un produit culturel offert a la consommation, je peux me demander: * Quelle «marchandise» veut-on me vendre avec ce film? De qui ou de quoi fait-il la «propagandes? Avec quelle efficacité? * Quel est son but? Quel projet filmique représente-t-il? Quel est son «niveau d’ambition» (Boggs)? Arteint-il son but? + Quest-ce qu’on veut «faire changer, selon Vexpression de Duras mise en exergue de ce chapitre? * Quels comportements veur-il faire adopter au public? Quelles idées veut-il Tamener & partager? De quoi essaie-t-il de le convaincre? Avec quel succés? = Qu’est-ce qu'il «prophctisen, comme disait Grierson (voir citation p. 122)? © Ses messages sont-ils universels ou seulement ’intérét local? © Quels seraient les slogans publicitaires que jinventerais pour invicer le public 4 assister a ce film? 129 130 L’ANALYSE FILMIQUE * Pour quelles raisons souhaiterais-je que tel public particulier voie ce film? Est-ce que j’aimerais qu'il soit vu par tous, ott quills soient? A cause de quoi surtout? Quelle est mon évaluation finale de ce film? * Quel est mon jugement d’ensemble sur le film? * A-t-il répondu a mes attentes? * Dvavoir vu ce film a-t-il changé quelque chose dans ma vie? Qu’est-ce que ca m’a apporté? * Que m’en restera-t-il dans six mois? Dans cing ans? * Pour quelles raisons inviterais-je mes amis a aller voir ce film? Qu’est-ce que je dirais pour le leur déconseiller? * Quel serait le «dernier paragraphe» avec lequel je résumerais Varticle que j'écrirais sur lui dans une revue spécialisée? [5 L’analyse du documentaire Al ne s agit pas tellement de copier ce qui s est passé que durriver @ réveler 4 ceux qui voient cette histoire ou ce drame des vévieds qui vont mansfarmer leur vie MicHel. Braul 8 Gi our Panalyse du cinéma documentaire, il faut renir compte pacticuligrement des chapitres 1, 4, et 7 a 14. Mais cette catégorie présente des particularités que les questions suivantes permettront d’observer. On utilisera aussi le chapitre sur les personnages, mais en tenant compte du fait qu’il s’agit plutée de personnes qui sont a la fois clles-mémes, et jouent en méme temps un réle. Jacques Leduc rapporte une anecdote amusante a ce sujet. Au moment ow il courne Le dernier glacier et filme un Amérindien en train de pécher sur la glace, celui-ci lui dit: “Veux-tu qu'on fasse ca comme dans les films d’Arthur [Lamorhe]»? Méme dans le cinéma direct qui se veut le plus pur, il y a toujours mise en scene, choix de moyens d’expression (cadrage, montage, etc.) par un auteur, De sorte que les personnes sur |’écran deviennent avant tout des «métonymies», des «signifiants dans le langage d’un autres, comme Stéphanc-Albert Boulais 'a si bien exprimé dans Le cinéma vécu de lintérieur* 2. P/ 139 et 155. 132, L'ANALYSE FILMIQUE Signalons d’abord une source de confusion fréquente: pour certains films, on parle de cinéma direct plutét que de docu- mentaire, et c'est généralement juste, Mais il faut se rappeler que le cinéma direct n'est qu’une des fagons possibles de faire du documentaire, celle ott le cinéaste tache de s’effacer le plus possible pour laisser parler «directement» les personnes ou la réalité présentées & l’écran. Pour d’aurres types de documen- taires, le réalisareur s’engage davantage lui-méme avec des cartons, un commentaire, une mise en scéne plus évidente, des moyens techniques plus élaborés. Quel est le genre du documentaire? * Le terme documentaire recouvre des réalités bien différentes qui s’expriment en une grande variété de genres, Quel est celui du film ¢tudié? * Relation d'un événement? Enquéte? Reportage? * Biographie? Portrait d'une personne ou d’un groupe? * Montage d’actualités? De plans d’archives? Synthése histo- rique? * Recherche sociologique? Propagande politique? * Message publicitairc? * Film touristique? Travelogue? * Connaissance de la nature? + Recit de voyage? Exploration (Grands exploraveun)? * Information technique? Scientifique? * Essai poétique? « Eté. Quelle est la crédibilité du documentaire? * Qui signe ce documentaire? Quelle crédibilité pouvons-nous accorder au réalisateur et au producteur? Sur quoi se fonde cette crédibilicé? Quels sone les autres principaux noms appa- raissant au générique? * Critique des documents employés: 2 L’ANALYSE FILMIQUE minimale de connaissances, évoquer surtout les instruments de liaison et d'intégration de ces aromes Apres ce détour dans la théoric générale de la culture, on peut maintenant préciser la question & laquelle veut répondre ce chapitre: quel amobilier» le cinéma fournit-il pour Pameu- blement général du cerveau des personnes et des collectivicés? En d'autres termes: qu’est-ce que l'existence du cinéma change dans notre civilisation? A la manitre de McLuhan, affirmant que «le media est le message» (The medium is the message), nous allons considérer d’abord le cinéma comme forme générale, (indé- pendamment des films particuliers), porteuse de sa propre signi- fication et source de stimulations diverses chez le spectateur. Dans cet ouvrage, le terme «messager, souvent ambign & cause de ses connotations morales, est pris simplement au sens que les theories de l'information lui donnent: celui de contenu d’une communication entre un émetteur et un récepreur, d’élément ou densemble d’éléments de signification transmis 4 travers des codes spécifiques. Bien des analyses fort pertinentes ayant deja été publiées sur la question, les quelques pages qui suivent ne prétendent pas a faire preuve d’originalité, mais seulement 3 donner envie de lire les études signalées dans la bibliographie. Tous les autres chapitres montreront comment recueillir et égrer les différents éléments cinématographiques de chaque film (c’est-a-dire les messages des films). Le message du cinéma Le cinéma, pour moi, était un reve en partie. Mais c'est devenu ce qui m’a semblé pouvoir étre une facon de vivre avec une certaine collectivité, de pouvoir minsérer dans cette collectivité-la et despérer ausst que la réciproque soit vraie, cest-d-dire que cette collectivité puisse sinséver en moi par la suite. JEAN Prerre LEFERVR: LE MESSAGE DU FILM + Quels cypes de documents sont utilisés: interviews, photos, événements, conférences de presse, scenes de rue, citations d’aureurs, mémoires des acteurs de I'événement, extraits de fictions, etc.? * Comment ¢valuons-nous ces sources? Fiables? Contes- tables? Vérifiables par d’autres sources? Sur quels critéres ontelles été chaisies? * Quelle fur la technique originale des sources? Celle de leur reproduction? Les documents sont-ils bien datés? Peut-on observer des anachronismes (s'il y a du son dans le film sur la guerre de 1914-1918)? Respecte-t-on la continuiré des plans? * Aton tenu compte de toutes les sources accessibles sur le sujee? Si on en a rejeté, selon quels critéres cela s’est-il fair? * Quelle est la structure de présentation? Celle du montage Quel est le message de ce documentaire? © Quel est le sujet du film? Qu’est-ce qu'il «taconter? Quels sont les sujets et les thémes secondaires? + Le point de vue de quel «personnage» est-il valorisé? Quel points de vue ressortent de la présentation des opinions? * Sur le méme sujet, et pour autant que nous en ayons unc certainc connaissance, quels points de vue aurions-nous per sonnellement valorisés? Ou aimé voir valorists? Ou bien diminués? * A-ton Pimpression qu’on nous a exposé le sujet le plus adéquatement possible? Qu’on ne nous en a pas assez dit? Qu’on a voulu nous cacher quelque chose? + Existe-til d’autres filmis sur le méme sujet? Pouvons-nous les comparer? * Quelle est la part de «fiction » qu’ingvitablement on y trouve? + Finalement, est-il pertinent @’avoir fait ce film? Quel est son intérét historique? 133 134 VANALYSE FILMIQUE Question particuliére * Sil s’agic d’un mélange de documentaire et de fiction, comment I’évaluer? (On en a de multiples exemples au Québec dans les années 80°.) Comment est structurée l’orga- nisation des deux catégories? En quoi Pune esr-elle le complé- ment de l'autre? L’une nuit-elle 4 l'autre? Laquelle s’approche le plus de la vérité du sujet? Qu’est-ce qu’on en retient le plus? 3. Le Cinéma quebécois des années 60, Cinematheque quédécoise/ Musée du cinéma, 1989, p. 60-73. 16 L’analyse du film d’animation ilm de fiction 4 sa maniére, le film d’animation doit, en eis. s‘analyser avec les instruments des chapitres précédents. Méme s'il est fabriqué de toutes pieces et semble se moquer de la réalité sensible, on doit quand méme le considérer comme un evrai films et non comme une catégorie a part. Toutefois, comme le documentaire, il présente des particularités que les questions suivantes mettront en reljef. Quelle est la technique du film? * Puisque la technique de création prend diverses formes, i! faut Wabord se demander quelle a été la technique de base: * Dessin sur pellicule? Le son est-il aussi dessiné? * Dessin sur carton? A l'encre? Au fusain? A la plume? Au crayon de couleur? Au pastel? acétate? * Dessin ou gravure sur + Modelage de plasticine? De glaise? Ecran d’épingles? * Dessin sur photographies? * Collage? * Objets divers (cubes, sable, linoléum, perles, etc.)? + Animation par ordinateur? * Mélange de deux ou de plusicurs techniques? * Association dune technique avec des images documen- taires? 136 LANALYSE FILMIQUE Quelle est la signification de cette technique? ¢ La technique utilisée est-elle originale? Conventionnelle? * Quel intérét cette utilisation présente-t-elle? * Décrire le jeu des formes: le dessin est-il schématique? Stylis¢? Simple? Complexe? Quelles lignes sont privilégiées? Sur quel fond les personnages se meuvent-i * Quelles sont les couleurs privilégi¢es? Comment contribuent- elles & servir le sujet? * De quoi se compose l’univers sonore du film? Est-il local? International? Quel est le message du film? On néglige habituellement ce point dans la critique du film danimation, comme si le créateur n’avait fait que s’amuser et a/avait rien a dire. I] convient d’appliquer ici coutes les questions du chapitre 14, sans oublier que le choix de telle technique est aussi, en soi, un message important. Lunimasion 'ex pas Vart des images qui bougent, mais Lart des mouvemenis dessinés. Ce qui se produit entre les images a beaucoup plus dimportance que ce quon voit sur Vimage. Lianimation est par conséquent Vart de se servir des interstices invisibles enire les images. Norman McLaren

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