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Centre pour la liberté de la presse et de la culture

Beyrouth, le 19 mars 2010

Communiqué de presse
Les responsables de la prison centrale de Damas à « Adra » : davantage
d’harcèlement à l’encontre des détenus politiques devant le silence de la
société civile

Nombre de détenus politiques à la prison centrale de Damas à « Adra » ont


confirmé que les responsables de la prison exercent davantage de pression et
d’harcèlement contre eux, représentant une nouvelle pratique s’ajoutant à la
longue liste de violations perpétrées par lesdites autorités à l’encontre des
détenus et contraires aux chartes et conventions internationales et mondiales.
Le correspondant du centre « Skeyes » à Damas, a souligné à l’issue de sa
discussion avec certains détenus à la prison « Adra », que « l’histoire a
commencé lorsqu’un nombre de détenus politiques ont refusé les visites en
protestation aux conditions lamentables de détention et aux politiques
discriminatoires punitives adoptées contre eux ».
En protestation à la décision du directeur de la prison de porter le costume
des prisonniers criminels, les avocats Mouhanad Al Hussni, président de
l’organisation syrienne pour les droits de l’Homme, Riad Seif et Jabar Al
Choufi, membres du Secrétariat général de la Déclaration Damas, ont refusé
de se rendre à la salle de visite de la prison.
Un avocat syrien a affirmé, sous couvert d’anonymat, que « les détenus
politiques ont demandé de porter des habits civils lors des visites des parents
et proches, vu que ce sont des détenus d’opinion, cependant le directeur de la
prison a rejeté leur demande en déclarant que ce sont des prisonniers
criminels et qu’ils sont contraint à porter les costumes de prison. Sur ce, les
détenus ont répliqué « puisque nous sommes des prisonniers criminels
pourquoi vous nous privez de beaucoup de droits dont jouissent le reste des
prisonniers criminels ? » l’avocat a poursuivi en disant « nombre de détenus
ne pouvaient se rendre à la mosquée de la prison parce que c’est le lieu
adéquat pour la rencontre et le rassemblement, même les détenus non
musulmans se rendaient à la mosquée pour rencontrer le reste des détenus de
la prison ».
En revanche, un des détenus kurdes de la prison « Adra » a confirmé qu’il
rencontre sa famille « en présence d’un officier qui prend note de tout ce qui
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est dit ». Ils ont été également obligés de s’exprimer en arabe ce qui est
difficile pour certaines familles kurdes ne maîtrisant pas la langue arabe.
Le détenu kurde a affirmé « on m’a menacé plusieurs fois de me priver des
visites, si nous continuons à parler kurde, bien que ma femme ne sait pas
l’arabe. Les larmes furent ainsi la seule langue commune entre nous deux ».
Un des détenus politiques a souligné qu’il est cible d’harcèlement continu
par des prisonniers criminels chargés par l’administration pénitentiaire de le
surveiller dans le dortoir». Et d’ajouter « j’étais, avec nombre de détenus
politiques, empêché de consulter les ouvrages de la bibliothèque de la
prison. De même, les livres et journaux en notre possession ont été
confisqués suite aux campagnes d’inspection éclaires menées par les gardes.
Les fenêtres entre les différents dortoirs ont été fermées, rendant presque
impossible la communication entre les détenus ». Et d’ajouter « nous
craignons que ces harcèlements se poursuivent et qu’ils prennent un autre
penchant » tel que fut le cas avec certains collègues qui ont été condamnés
sur la base de calomnie de certains prisonniers criminels, de façon à
augmenter les peines et les charges qui leur sont infligées».
Selon un avocat et un activiste de Damas, sous couvert d’anonymat,
« aucune matière juridique n’oblige le détenu à porter le costume des
prisonniers criminels. L’article 46 du code pénal syrien stipule que le détenu
est condamné à exercer un travail parmi les travaux organisés par
l’administration pénitentiaire en fonction du choix fait en début de détention.
Ils ne peuvent travailler en dehors de la prison sans leur consentement et ne
sont pas contraints à porter le costume consacré aux prisonniers ».
L’avocat Mohanad Al Hussni avait informé le correspondant de « Skeyes » à
Damas de sa situation actuelle en disant : « je suis soumis à une surveillance
continue et victime d’harcèlement des prisonniers criminels. Ils ont
également confisqué la revue koweitienne « Al Arabi » que j’avais et je ne
peux toujours pas profiter de la bibliothèque de la prison ».
Al Hussni a confirmé au correspondant du centre « Skeyes » que « la
situation est pareille pour tous les détenus politiques en terme d’harcèlement
par l’administration pénitentiaire et les prisonniers criminels ».
Selon des sources de défense des droits de l’Homme, l’administration
pénitentiaire de la prison d’Adra exerce une série de sanctions et
d’harcèlement dont l’interdiction des détenus de se réunir seul avec leur
avocat comme le stipule la loi et la constitution syrienne, l’interdiction de se
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rendre à la bibliothèque et de lire, l’interdiction de présenter les épreuves


officielles et de se coucher sur un lit. Outre ces interdictions, les détenus sont
soumis à une surveillance continue par d’autres prisonniers et à des
campagnes d’inspection provocatrices dans leurs cellules, empêchant ainsi
les proches et parents de remettre aux détenus des produits alimentaires.
L’administration pénitentiaire empêche les détenus politiques de profiter et
de participer aux activités telles que les formations linguistiques et autres
activités.

Le 11 mars 2010, l’organisation « Hman Rights Watch » a appelé la Haute


représentante de l’Union Européenne pour les affaires étrangères et la
politique de sécurité commune Catherine Ashton à soulever les questions
des droits de l’Homme avec les responsables syriens durant sa visite à
Damas en mi mars de l’année en cours, et à obtenir des engagements visant à
améliorer la situation de la Syrie en matière de défense des droits de
l’Homme.
L’organisation estime que les Etats-Unis et l’Union européenne n’ont pas
réussi à réaliser des progrès en matière de droits de l’Homme en Syrie
malgré l’ouverture américaine et européenne sur la Syrie.
La directrice de la division Moyen Orient et Afrique du Nord à Human
Rights Watch Sarah Léa Witson a déclaré dans un communiqué, à la veille
de la visite d’Ashton, que les derniers mois « ont prouvé que le fait de
s’adresser à la Syrie sans aborder sa situation en matière des droits de
l’Homme, fait penser que les autorités syriennes peuvent faire ce qu’elles
veulent sans tenir compte des conséquences. Et d’ajouter « le message
adressé à la Syrie faisant savoir que nous ne sommes concernés que par sa
politique extérieure représente le feu vert à la répression ».
Et d’ajouter « alors que les responsables syriens accueillent les diplomates
étrangers dans des salons luxueux, ils emprisonnent toute personne qui ose
s’exprimer ou avancer une critique dans les geôles syriennes ».
La Syrie avait demandé le report de la signature de l’accord d’association
entre la Syrie et l’Union Européenne à cause de son objection formulée
contre un texte de déclaration politique qui sera annexé au texte de
partenariat, appelant à élargir la marge des libertés, de la démocratie, du
pluralisme et du partenariat à l’intérieur, à entreprendre une réforme

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politique, garantir le pluralisme et la liberté d’information et réaliser


davantage de transparence en matière des droits de l’Homme.
La Syrie fait entendre son refus et son désaccord sur cette déclaration
politique, surtout que ce volet ne figure pas dans des accords d’association
semblables avec d’autres pays tels que la Tunisie et la Jordanie.
En revanche, le président de l’Union internationale des avocats Corrado Di
Martini a adressé une lettre au président syrien Bachar Al Assad dans
laquelle il a exprimé l’inquiétude de l’Union sur la situation des avocats
Haytham Al Maleh et Mouhanad Al Hussni, détenus en Syrie sur la base de
leur activité dans le domaine de défense des droits de l’Homme.
« L’Union Internationale dénonce les conditions de poursuite et d’arrestation
des 2 avocats susmentionnés et considère que leur arrestation est arbitraire et
est à l’origine de leur activité en matière de défense des droits de l’Homme.
Sur ce et à la lumière de ce qui a été cité, l’Union internationale estime la
nécessité d’une mise en liberté immédiate et inconditionnelle. L’Union
dénonce également la manière dont Al Hussni a été traité par le syndicat des
avocats syriens et la sanction correctionnelle qui lui a été infligée. De même,
l’Union internationale des avocats a été informée que le procès d’Al Maleh a
été lancé devant le tribunal militaire de Damas ».
Et d’ajouter « nous avons été informés qu’ Al Maleh souffre de maladies
chroniques exigeant une prise continue et régulière de médicaments,
cependant, malheureusement il s’est avéré qu’Al Maleh a été privé de ses
médicaments et qu’il n’a reçu aucun soin médical depuis le 18 février
2010 ».
Le président de l’Union internationale des avocats a précisé que « la
situation et l’état du détenu va à l’encontre des exigences des chartes et
conventions internationales en vigueur qui prohibent tous les traitements
inhumains dans un cas pareil ».
Un activiste et militant syrien, sous couvert d’anonymat, estime que « au
moment où l’avocat Mouhanad Al Hussni est candidat à un prix
international en matière de défense des droits de l’Homme, les autorités
syriennes le gardent en détention à la prison « Adra », et sa poursuite en
justice se poursuit pour accusation de nuire à la dignité de l’Etat, d’affaiblir
le sentiment national, et de diffuser de fausses informations susceptibles
d’affaiblir le moral de la nation… c’est humiliant ».

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Le secrétariat du Prix Martin Ennals des défenseurs des droits de l’Homme,


siégeant à Genève, a annoncé les 4 nominés au prix Martin Ennals 2010 :
Wan Yanhai (Chine), Madame Aida Quilcué (Colombie), Monsieur Daniel
Bekele (Ethiopie) et Monsieur Muhannad Al Hassani (Syrie).
Selon le jury, « ces personnes ont fait preuve d’un courage exceptionnel
dans la lutte pour le respect des droits humains dans leur pays et continuent à
prendre des risques vu leur engagement et leurs activités ».
Le prix Martin Ennals constitue une collaboration unique entre 10
principales organisations internationales et mondiales de défense des droits
de l’Homme. Le jury du prix Martin Ennals est composé de : Amnesty
International, Human Rights Watch, La Fédération Internationale des droits
de l’Homme, l’Organisation Mondiale contre la torture, Front Line, la
Commission internationale des juristes et le Service international pour les
droits de l’Homme.
Le nom du lauréat 2010 sera annoncé le 7 mai prochain à Genève lors d’une
conférence de presse, et le prix sera décerné le 15 octobre lors de la
cérémonie annuelle organisée conjointement par la Fondation Martin Ennals
et la Ville de Genève.
Le Centre « Skeyes » pour la liberté de la presse et de la culture appelle les
organisations internationales et mondiales de défense des droits de l’Homme
à examiner les procédures et mesures continues entreprises par les autorités
et l’administration de la prison Adra et de toutes les prisons syriennes
renfermant des détenus politiques, des écrivains et des journalistes, et à se
mobiliser pour exercer de la pression sur la Syrie pour mettre terme à cette
vague d’arrestation et d’harcèlement sous toutes ses formes. Le centre
« Skeyes » réitère son appel aux autorités syriennes à mettre en liberté tous
les détenus d’opinion en Syrie, et à mettre fin à cette politique d’arrestation
arbitraire des écrivains, journalistes, activistes et hommes de politique.

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