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TRIBUNAL ADMINISTRATIF DE MARSEILLE N° 1604410 REPUBLIQUE FRANGAISE AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS M.. Rapporteur Le Tribunal administratif de Marseille Mme: (1 Formation) Rapporteur public Audience du 21 juin 2017 Lecture du 12 juillet 2017 335-01-03 Vu la procédure suivante : Par une requéte et un mémoire en réponse enregistrés le 26 mai 2016, le 15 juillet 2016 et le 16 juin 2017, M. . représenté par Me demande au tribunal 1°) d’annuler la décision implicite de rejet résultant du silence gardé pendant plus d’un mois par le préfet des Bouches-du-Rhéne sur le recours administratif préalable formé par M. le 4 mars 2016 4 I'encontre d’un refus implicite de délivrance d’une attestation daccuell au 9 décembre 2015, ensemble la décision implicite de rejet résultant du silence gardé pendant plus d’un mois par le maire de la commune d’ Aix-en-Provence a la suite de la demande de délivrance d'une attestation d'accueil de M. pour sa mere, Mme le 9 décembre 2015 ; 2°) d'enjoindre a la commune d’Aix-en-Provence de délivrer une attestation d'accueil dans le délai d’un mois & compter de la décision & intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ; 3°) a défaut, d’enjoindre la commune d’Aix-en-Provence ou au préfet des Bouches- du-Rhéne de réexaminer la demande de délivrance de I’attestation d'accueil dans un délai d’un mois ; 4°) de mettre & la charge de I’Etat et de la commune d’ Aix-en-Provence la somme de 2000 euros & lui verser en application des dispositions de I’article L.761-1 du code de justice administrative. 1N°1604410 2 Il soutient que les décisions attaquées sont entachées d’une erreur de droit dés lors qu’elles sont fondées a tort sur les dispositions du premier alinéa de l'article R. 111-2 du code de la construction et de "habitation qui ne sont pas applicables s’agissant dune demande de validation une attestation d’accuel afin de recevoir un ascendant dans son logement ; = lesdites décisions sont entachées d’une erreur manifeste dappréciation dans la mesure ot! la commune d’ Aix-en-Provence lui a opposé, s’agissant de la superficie de son logement, des conditions plus restrictives que celles exigées en matiére de regroupement familial ; qu’en outre, il a respecté les conditions mentionnées par l'article R. 211-14 du code de entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile lorsqu’il a déposé sa demande de délivrance d'une attestation accueil ; = lesdites décisions méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de homme et des libertés fondamentales. Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2016, le préfet des Bouches-du-Rhéne conclut au rejet de la requéte en faisant valoir qu’aucun moyen soulevé par le requérant n’est fondé. Par un mémoire en défense, enregistré le 14 juin 2017, la commune d’ Aix-en-Provence conelut, & titre principal, au non-lieu & statuer sur la requéte et & l'irrecevabilité des conclusions présentées contre la décision implicite de rejet de la commune d’Aix-en-Provence, et a titre subsidiaire au rejet de la requéte en faisant valoir qu’aucun moyen soulevé par le requérant n'est fondé. Un mémoire en défense, enregistré le 20 juin 2017, présenté pour la commune d’Aix- en-Provence, représentée par Me n’a pas été communiqué. Vu les autres pidees du dossier. Vu: - Pordonnance n°1604413 du juge des référés du Tribunal administratif de Marseille du 20 juin 2016 ; = le décret n°2002-120 du 30 janvier 2002 relatif aux caractéristiques du logement décent pris pour I’application de l'article 187 de la loi n°2000-1208 du 13 décembre 2000 relative a la solidarité et au renouvellement urbains ; = le code de la construction et de habitation ; le code de lentrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ; = le code de justice administrative Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions a i'audience. Les parties ont été régulirement averties du jour de l’audience. ‘A €t6 entendu au cours de l’audience publique le rapport de M. Mahmouti, rapporteur. N°1604410 : 1. Considérant que M. 1 déposé le 9 décembre 2015 une demande dattestation accueil auprés de la mairie d’Aix-en-Provence afin d’héberger & son domicile sa mere, de nationalité marocaine, pour une durée de 82 jours, du 11 janvier 2016 au 1* avril 2016 ; qu’aprés un mois de silence gardé par la mairie d’Aix-en-Provence est née une décision implicite de rejet en application des dispositions de l'article R. 211-16 du code de l’entrée et du séjour des €trangers et du droit d’asile dans sa rédaction alors applicable ; que, le 19 février 2015, M. a adressé un courriel A la mairie d’Aix-en-Provence pour connaitre les motifs du refuus de délivrance qui lui a été implicitement opposé ; que, le 4 mars 2016, il a formé un recours administratif préalable auprés du préfet des Bouches-du-Rhdne afin de contester le refus de délivrance de Mattestation d’accueil sollicitée ; que le préfet des Bouches-du-Rhéne ayant gardé le silence pendant plus d’un mois, une nouvelle décision implicite de rejet est née en application des mémes dispositions précitées ; que M. demande lannulation, dune part, de la décision implicite de rejet née du refus de sa demande de délivrance d’une attestation d’accueil du 9 décembre 2015, et, d’autre part, de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet des Bouches-du-Rhéne sur son recours administratif préalable ; Sur exception de non-lieu et Ia fin de non-recevoir opposées par Ja commune d’Ai en-Provence : 2. Considérant, d’une part, qu'un recours pour excés de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif ; que la décision contestée n’a pas été retirée et a regu exécution ; que, dans ces conditions, exception de non-lieu a statuer opposée en défense par la commune d’ Aix-en-Provence doit étre écartée : 3. Considérant, d’autre part, qu’aux termes de l'article R. 211-17 du code de entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Tout recours contentieux dirigé contre un refus de validation d'une attestation d'accueil doit éire précédé, & peine d'irrecevabilité, d'un recours administratif auprés du préfet territorialement compétent dans un délai de deux mois & compter du refus. Le préfet peut soit rejeter le recours, soit valider V'attestation d'accueil, le eas échéant aprés vérification par VOffice francais de U'immigration et de l'intégration dans les conditions prévues a Varticle L. 211-6. ; qu'il résulte de ces dispositions, qui organisent lexercice obligatoire d'un recours administratif préalable présenté devant le préfet contre la décision du maire refusant de valider une attestation d°hébergement au bénéfice d’un étranger que la décision, expresse ou implicite, par laquelle le préfet rejette un tel recours se substitue & la décision initiale du maire, agissant en tant qu’agent de I’Etat ; que par suite, si M. demande Vannulation de la décision implicite opposée initialement par le maire d’Aix-en- Provence, ces derniéres conclusions sont, comme le fait valoir la commune d’ Aix-en-Provence, irrecevables et doivent étre das lors rejetées ; Sur les conclusions tendant 4 I’annulation dela décision implicite de rejet_de son recours préalable prise par le préfet 4. Considérant qu’aux termes de l'article L. 211-3 du code de I'entrée et du séjour des Strangers et du droit d'asile : « Tout étranger qui déclare vouloir séjourner en France pour une durée n'excédant pas trois mois dans le cadre d'une visite familiale ou privée doit présenter un justificatif d'hébergement. Ce justificatif prend la forme dine attestation d'accueil signée par la ‘personne qui se propose dassurer le logement de 'étranger, ou son représentant légal, et validée par l'autorité administrative. » ; qu’aux termes de l'article L. 211-5 du méme code : « Le 1N°1604410 4 maire peut refuser de valider V'attestation d'accueil dans les cas suivants : 1° L’hébergeant ne peut pas présenter les pieces justificatives requises ; 2° I ressort, soit de la teneur de Vattestation et des piéces justificatives présentées, soit de la vérification effectuée au domicile de Uhébergeant, que 'étranger ne peut étre accueilli dans des conditions normales de logement ; 3° Les mentions portées sur l'attestation sont inexactes ; 4° Les attestations antérieurement signées par l'hébergeant ont fait apparaitre, le cas échéant apres enquéte demandée par V'autorité chargée de valider Vattestation d'accueil aux services de police ou aux unités de gendarmerie, un détournement de la procédure, » ; qu’aux termes de l'article R. 211-14 du méme code : « Le signataire de l'attestation d'accueil doit, pour en obtenir la validation par le maire, se présenter personnellement en mairie, muni d'un des documents mentionnés aux articles R. 211-12 et R. 211-13, d'un document attestant de sa qualité de propriétaire, de locataire ou d'occupant du logement dans lequel il se propose d'héberger le visiteur ainsi que de tout document permettant d'apprécier ses ressources et sa capacité d’héberger 'étranger accueilli dans un logement décent au sens des dispositions réglementaires en vigueur et dans des conditions normales d'occupation. » ; 5. Considérant qu’aux termes de !’article 4 du décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002 relatif aux caractéristiques du logement décent pris pour l’application de l’article 187 de la loi n°2000-1208 du 13 décembre 2000 relative a la solidarité et au renouvellement urbains : « Le logement dispose au moins d'une piece principale ayant soit une surface habitable au moins égale @ 9 metres carrés et une hauteur sous plafond au moins égale & 2,20 metres, soit un volume habitable au moins égal d 20 metres cubes. La surface habitable et le volume habitable sont déterminés conformément aux dispositions des deuxiéme et troisiéme alinéas de l'article R. 111-2 du code de la construction et de I'habitation. » ; qu’aux termes de l'article R.111-2 du code de la construction et de "habitation : « La surface et le volume habitables d'un logement doivent éire de 14 métres carrés et de 33 métres cubes au moins par habitant prévu lors de Tétablissement du programme de construction pour les quatre premiers habitants et de 10 metres carrés et 23 métres cubes au moins par habitant supplémentaire au-del du quatriéme. / La surface habitable d'un logement est la surface de plancher construite, aprés déduction des surfaces occupées par les murs, cloisons, marches et cages d'escaliers, gaines, embrasures de portes et de fenéires ; le volume habitable correspond au total des surfaces habitables ainsi définies multipliges par les hauteurs sous plafond. / It n'est pas tenu compte de la superficie des combles non aménagés, caves, sous-sols, remises, garages, terrasses, loggias, balcons, séchoirs extérieurs au logement, vérandas, volumes vitrés prévus 4 l'article R. 111-10, locaux communs et autres dépendances des logements, ni des parties de locaux d'une hauteur inférieure & 1,80 mitre. >; 6. Considérant que pour rejeter le recours préalable formé par M. contre la décision implicite de refus de sa demande de délivrance d’une attestation d'accueil, le préfet des Bouches-du-Rhéne s'est fondé sur la circonstance que le logement de M. présentait une superficie inférieure @ la superficie nécessaire pour accueillir une personne supplémentaire au sein de son logement ; que, reprenant le motif développé par la commune d’Aix-en-Provence, le préfet des Bouches-du-Rhéne a estimé que « les conditions normales de logement » prévues & Particle L. 211-5 du code de lentrée et du séjour des étrangers et du droit dasile précité s’apprécient au regard des superficies prévues a T'alinga 1 de l'article R. 111-2 du code la construction et de I’habitation précité : que toutefois, l'article L. 211-5 précité n’impose que la justification d’un «logement décent au sens des dispositions réglementaires en vigueur » ; que l'article 4 du décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002 relatif aux caractéristiques du logement décent pris pour l’application de ’article 187 de la loi n° 2000-1208 du 13 décembre 2000 relative & la solidarité et au renouvellement urbains définit les caractéristiques d’un « logement décent » et ne renvoie aux second et troisiéme alinga de N°1604410 5 article R. 111-2 du code de ta construction et de l’habitation que pour fixer la méthode de calcul de la surface habitable et du volume habitable ; qu’il ressort des pices du dossier que le logement de M. comprend un séjour avee coin cuisine, deux chambres et une salle de bain avec WC séparé ; que le logement dune surface de 60 m? est occupé par 4 personnes ; qu’ill n'est pas contesté qu'il comporte en outre une pice principale ayant une surface habitable au moins égale a 9 métres cartés et une hauteur sous plafond au moins égale a 2,20 métres ; que ce logement répond aux exigences de décence d’un logement prévues par le décret susvisé ; que le préfet des Bouches-du-Rhéne, en s’estimant lié par les superficies et le volume habitable prévu & Valinéa 1* de l'article R.111-2 du code de la construction et de I’habitation pour estimer que la superficie du logement de M ne répondait pas a des « conditions normales de logement », a commis une erreur de droit; que, dans ces conditions, M. est fondé & demander l'annulation de la décision implicite de rejet de son recours gracieux contre le refus implicite de délivrance de son attestation d’accueil ; que, sans qu’il soit besoin examiner les autres moyens de la requéte, cette décision doit, pour ce motif, étre annulée ; Sur les conclusions aux fins d°injonction : 7. Considérant que, dans les circonstances de l"espéce, il y a seulement lieu d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhéne de réexaminer la demande de délivrance de [’attestation accueil sollicitée dans un délai d’un mois & compter de Ia notification du présent jugement ; qu'il n'est pas nécessaire d’assortir cette injonction d’une astreinte ; ication de article L.. 761-1 du code de justice administrative : Vay 8. Considérant que, dans les circonstances de I’affaire, il y a lieu de faire application des dispositions de article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre a la charge de PEtat la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. et non compris dans les dépens ; DECIDE Article Is: La décision implicite par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhdne a confirmé le refus opposé par le maire d’Aix-en-Provence a la demande de validation de I'attestation d'accueil présentée par M. est annulée, Article 2 : I] est enjoint au préfet des Bouches-du-Rh6ne de réexaminer la demande d’attestation d'accueil sollicitée dans un délai d’un mois & compter de la notification du présent jugement de M, Article 3: L"Etat versera a M. une somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L, 761-1 du code de justice administrative. Article 4 : Le surplus des conclusions de la requete est rejeté. N°1604410 Article 5 : Le présent jugement sera notifié & M. Rhéne et & la commune d’ Aix-en-Provence. au préfet des Bouches-du- Copie en sera adressée au ministre de Vintérieur et au procureur de la République prés le Tribunal de grand instance d’ Aix-en-Provence. Délibéré aprés 'audience du 21 juin 2017, a laquelle siégeaient : M. président, M. premier conseiller, M. conseiller. Assistés de Mme greffier. Lu en audience publique le 12 juillet 2017. Le rapporteur, signé Le greffier, signé La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhéne en ce qui le conceme ou a tous huissiers de justice a ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir a l'exécution de la présente décision. Pour expédition conforme, Le greftier,