Vous êtes sur la page 1sur 3

Assemblée nationale XV e législature Session extraordinaire de 2016-2017

Séance du mercredi 19 juillet 2017

Modernisation du système de santé

Profession de physicien médical et qualifications professionnelles dans le domaine de la santé

Fonctionnement des ordres des professions de santé

DISCUSSION, APRES ENGAGEMENT DE LA PROCEDURE ACCELEREE, DE TROIS PROJETS DE LOI (DISCUSSION GENERALE COMMUNE)

Article 2

M.

le président. La parole est à M. Éric Alauzet.

M.

Éric Alauzet. Madame la ministre, il est vrai que les professionnels et parfois les patients ont pu

s’inquiéter de l’accès partiel aux professions médicales. Le Gouvernement apporte des assurances sur ce sujet, que vous avez vous-même qualifié de « sensible », puisqu’il prévoit une vérification au cas par cas des compétences des personnes concernées et un contrôle de la pratique sur le terrain.

Je ne doute absolument pas que la priorité du Gouvernement soit de garantir la sécurité des patients et la protection de la santé publique, présentés comme des motifs impérieux d’intérêt général. Je souhaite toutefois vous poser trois questions, madame la ministre.

La première concerne l’identification précise de ces professionnels au moment de leur installation et la lisibilité de leurs compétences. Dans quelle mesure les patients pourront-ils bien les distinguer des autres professionnels ? Prenons l’exemple des acupuncteurs : certains sont médecins et peuvent faire un diagnostic, d’autres non. Il est évidemment impérieux que le patient sache à qui il a affaire et puisse établir une distinction entre ces professionnels. Cela vaut sans doute pour tous les métiers et toutes les compétences auxquelles peut s’appliquer le dispositif d’accès partiel.

Ma deuxième question porte sur l’arbitrage et le contrôle. Le dispositif va requérir du temps et des moyens. On complexifie le système, dans un contexte où l’on cherche à faire des économies. A-t- on la garantie que l’administration disposera des moyens suffisants pour mener ces expertises de façon irréprochable ?

Troisièmement, on ne peut pas tout prévoir et il existe parfois des effets de bords imprévisibles.

M. le président. Il faut conclure, monsieur Alauzet.

M. Éric Alauzet. Je termine. Les 600 personnes qui sont refoulées tous les ans utiliseront des

formations spécifiques prévues dans d’autres pays pour s’engouffrer dans les brèches ouvertes par ces ordonnances. Comment répondre à cette situation ?

Après l’article 2

M.

le président. La parole est à M. Éric Alauzet, pour soutenir l’amendement identique n o 20.

M.

Éric Alauzet. Je vais retirer mon amendement, mais je saisis l’occasion pour demander à

nouveau à Mme la ministre de nous préciser comment ces professionnels à compétences partielles seront véritablement identifiés sans aucune équivoque possible par nos concitoyens quand ceux-ci devront se soigner – pour eux, il s’agit d’un enjeu de sécurité – et comment les professionnels en place participeront à la définition de ces compétences et des conditions d’obtention des agréments.

(L’amendement n o 20 est retiré.)

M. le président. Quel est l’avis de la commission sur ces amendements identiques ?

Mme Élisabeth Toutut-Picard, rapporteure. Ces amendements présentent un enjeu juridique et un enjeu de santé publique.

S’agissant de l’enjeu juridique, la suppression du dispositif relatif à l’accès partiel nous mettrait sous le coup d’un recours en manquement pour défaut de transposition. Il n’est pas possible de déroger par principe à l’accès partiel pour les professions de santé. C’est d’ailleurs en réponse à l’exclusion de l’accès à une profession de santé que la Cour de justice de l’Union européenne a créé cette notion d’accès partiel. Seule l’approche au cas par cas retenue par la France est juridiquement fondée ; je vous renvoie à nos discussions en commission sur ce sujet.

Quant à l’enjeu de santé publique, de nombreux garde-fous existent. Tout d’abord, l’ordonnance précise les possibilités de dérogation, et les modalités d’application réglementaires encadreront fortement l’accès partiel. La ministre a d’ailleurs affirmé devant la commission des affaires sociales et rappelé tout à l’heure qu’il sera possible d’invoquer une raison impérieuse d’intérêt général dès lors que l’autorisation d’un accès partiel fera peser un risque sur la qualité ou la sécurité des soins. Par ailleurs, j’ai obtenu l’assurance que les professions de santé seront consultées sur le projet de décret via le Haut conseil des professions paramédicales Mme la ministre l’a d’ailleurs également confirmé tout à l’heure. Ainsi pourront avoir lieu des échanges qui permettront de préciser le cadre de l’accès partiel. Les critères d’acceptation et de rejet pourront donc être déterminés en amont par les ordres. En aval, enfin, ces derniers seront systématiquement consultés sur toute demande d’accès partiel dans le cadre du régime d’établissement.

Je suis donc défavorable à ces amendements identiques.

M. le président. Quel est l’avis du Gouvernement ?

Mme Agnès Buzyn, ministre. Vous l’avez entendu, l’ordonnance du 19 janvier 2017 transpose en droit interne les règles nouvelles issues de la directive européenne du 20 novembre 2013 concernant l’accès partiel.

L’autorisation d’accès partiel, cela a déjà été dit, sera accordée à l’issue d’un examen au cas par cas permettant de vérifier que les conditions strictes fixées par la directive sont effectivement remplies. L’examen des demandes sera réalisé conformément aux dispositions prévues par l’ordonnance et précisées par un décret en Conseil d’État, en cours de rédaction. Ce décret sera soumis aux ordres professionnels ainsi qu’au Haut conseil des professions paramédicales – en effet, l’accès partiel dont nous parlons aujourd’hui concerne exclusivement les professions paramédicales. À l’issue de cette instruction, l’autorisation d’exercice pourra être refusée pour un motif impérieux d’intérêt général tenant à la protection de la santé publique. Nous veillerons au respect de ces conditions.

Comme j’ai eu l’occasion de vous l’indiquer lors de la présentation commune des projets de loi, les analyses juridiques concordantes réalisées en amont de la rédaction du projet d’ordonnance ont confirmé l’impossibilité, au regard du droit et de la jurisprudence européenne, d’exclure a priori du champ d’application de la directive l’ensemble des professions de santé ou même certaines d’entre elles.

M.

le président. La parole est à M. Éric Alauzet, pour soutenir l’amendement n o 19.

M.

Éric Alauzet. Je retire mon amendement. Je voudrais juste que vous nous expliquiez comment

traiter la question de la maîtrise parfaite, ou quasi parfaite, de la langue française requise par ce métier pour soigner correctement les patients.

(L’amendement n o 19 est retiré.)

M. le président. Quel est l’avis de la commission sur l’amendement n o 22 ?

Mme Élisabeth Toutut-Picard, rapporteure. La question posée par cet amendement est importante et tout à fait légitime. J’y répondrai de deux manières, différentes et complémentaires. Je crains d’abord qu’il n’y ait un malentendu sur le contenu de la directive : celle-ci renforce le contrôle linguistique.

Sur le plan juridique, la rédaction proposée par l’amendement ne respecte pas la rédaction de l’article 53 de la directive : celui-ci, relatif aux connaissances linguistiques, dispose clairement que la vérification du niveau linguistique doit être raisonnable et nécessaire à la profession concernée. Or le dispositif de l’amendement ne le prévoit pas, ce qui pourrait porter préjudice à la profession d’orthophoniste, pour laquelle l’évaluation de la pratique linguistique doit être davantage poussée.

Sur le plan pratique, j’aimerais préciser un peu plus les modalités concrètes de contrôle. La rédaction actuelle de l’article L. 4341-8 fait état d’un séquençage : reconnaissance des qualifications professionnelles, tout d’abord, puis contrôle des connaissances linguistiques. Ce séquençage est conforme à la directive mais il doit être précisé que le double contrôle a lieu de façon quasi simultanée. C’est au sein de la même commission administrative, qui comprend d’ailleurs des orthophonistes, que s’effectue cette double évaluation. Le dossier déposé est pris comme un tout, et c’est sur la base de cet examen que la décision finale est prise par l’autorité administrative. Ce double contrôle est donc préalable à l’autorisation d’exercice.

Cet amendement a été repoussé par la commission ; j’émets un avis défavorable.

M. le président. Quel est l’avis du Gouvernement ?

Mme Agnès Buzyn, ministre. La maîtrise de la langue française fait partie des qualifications professionnelles nécessaires à l’exercice du métier d’orthophoniste. Les commissions d’autorisation d’exercice opèrent d’ores et déjà ce contrôle en faisant procéder à une audition des candidats si elles l’estiment nécessaire. Je ne suis donc pas favorable à l’amendement car il est déjà satisfait.