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: . DE L'ABOLITION DE L'ESCLAVAGE ANCIEN AU MOYEN ÂGE.

LIBRAIRE. RUE DES GRÈS.A. . 7. DURAND.

M DCCG LX. IMPRIMÉ PAR AUTORISATION DE L'EMPEREUR A L'IMPRIMERIE IMPÉRIALE. PODR FAIRE SUITE À L'HISTOIRE DE L'ESCLAVAGE DANS L'ANTIQUITE' DE M. H. MEMBRE DE L'INSTITDT. PAR J. YANOSKI. PARIS. DE L'ABOLITION DE L'ESCLAVAGE ANCIEN AU MOYEN ÂGE. WALLON. . ET DE SA TRANSFORMATION EN SERVITUDE DE LA GLÈBE.

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dans celte œuvre «commune . qui comprend non plus seule- «ment le fait de la transformation. n'esl-il resté que la servitude de u la glèbe ? «Le prix fut décerné. AVERTISSEMENT. » Cette promesse ne sera pas remplie : la mort a frappé Ya noski avant qu'il ait pu mettre en œuvre les matériaux ra- massés pour son livre. l'avertissement portait ces mots : «En 1837. Yanoski publiera « prochainement l'Histoire des races serviles au moyen âge. n'en eus- . ayant entièrement cessé a dans l'Europe occidentale. en 183g. J. tout aussi indépendant. J. au mémoire présenté par «M. M.1a part de chacun put être primitivement distincte. i nous donnons aujourd'hui l'Histoire de l'esclavage dans l'an- « tiquité. en 18^7. tous deux an « ciens élèves de l'école normale. Lorsque parut. \ Histoire de l'esclavage dans l'anti- quité. l'Académie des sciences morales et politiques « avait mis au concours cette double question : « i° Par quelles causes l'esclavage ancien a-t-il été aboli ? « 2° A quelle époque cet esclavage . Yanoski et par l'auteur de cet ouvrage. Le sujet. qui lui eussent permis d'agrandir le cadre de son mémoire. sous sa double forme. Mais ces recherches nouvelles. et ainsi. se prêtait à la division. « Chacune de ces deux parts est devenue l'origine d'un nouveau « travail. mais l'histoire entière de "l'esclavage. comprenant deux «époques.

ce livre. pour la publication des docu- ments destinés à préparer l'Histoire du tiers état. il les garda toujours pour amis. et marque. de M. même sous cette forme som- maire. plus vifs les regrets qu'a laissés après lui le jeune auteur. que l'invasion des Barbares exerça toul d'abord sur l'état de l'esclavage.h AVERTISSEMENT. il savait trouver du temps pour ses propres travaux. sent poinl changé les grandes lignes nijnodifié les résultats. d'un père polonais et d'une mère fran- çaise. méritera sans doulc de fixer l'attention du public. en 1 8^1 à . le servage de la glèbe reste seul. en mettant ce sujet au concours. l'époque où. il obtint successivement d'être attaché en 1837 à M. pour un travail qui devait se publier au nom de l'Académie des sciences morales et politiques. Au milieu de ces soins. Si l'Académie des sciences mo- rales et politiques. affaiblie par le travail. entra à l'école normale en i833. Élève de M. Il put le faire sous les plus illus- tres maîtres. à Lons-le-Saulnier (Jura) . Il rendra. Michelet à l'école normale. né le 9 mars 181 3. Il en sortit en i836 • avec le titre d'agrégé. il faut le dire. Mais sa santé. l'a cru digne d'un haut intérêt. qui est celle qu'elle a couronnée. il suit au delà. Gué- rard à l'école des chartes . ne lui permit poinl d'aller occuper cette chaire. il présentait à l'Académie des sciences morales et politiques le mémoire que nous publions. M. pour chacun d'eux. nous le croyons. travaillaient à l'abolir ou à le transformer. Mignet. et. en général mal comprise. parmi les peu- ples nouveaux. tous ceux qu'il eut jamais pour maîtres. dès l'empire romain. Tel qu'il est. En 183g. on peut le dire à son honneur. l'esclavage ancien ayant cessé. le retenait à Paris : c'est qu'avant d'enseigner il voulait pousser plus loin ses études. il renferme toujours les principales réponses au\ questions posées par l'Académie : il détermine l'influence. . et fut nommé professeur d'histoire à Dijon. l'action des causes qui. Jean Yanoski. Augustin Thierry. Une autre cause encore.

à un petit volume in-12. pendant plusieurs mois. C'est pour rendre cette méthode plus accessible à tous. • m et la même année. En 18/n. ouvrir son cours. il en voyait à l'Académie des inscriptions un autre mémoire qui ob- tint la première médaille dans le concours des antiquités na- tionales: l'histoire des Milices bourgeoises . Il ne se reposait d'un travail que par un autre. Didot un Froissar-t réduit. celle de le suppléer passagèrement au Collège de France. AVERTISSEMENT. déjà ma- lade. qu'il publia chez MM. grande- étude dont il trouvait les préliminaires dans son mémoire ré- cemment couronné . qui va paraître dans le prochain volume du recueil ouvert par l'Académie aux meil- leurs mémoires des Savants étrangers. Mais il avait plus consulté son ardeur que ses forces physiques : sa suppléance avorta par l'excès même du travail qu'il s'imposa pour s'en montrer plus digne. et qui l'acheminait à la publication du livre projeté. Yanoski prit pour sujet de son cours YHistoire des classes populaires en France. En 18/I0 il professa l'histoire au collège Stanislas. où il fut. Il rentra pourtant dans l'enseignement des collèges. Vers ce temps-là il avait aussi pris la place qui lui était ré- servée dans l'enseignement. Sa santé ne se rétablit jamais de celle secousse. puis second professeur d'histoire au collège Henri IV (aujourd'hui Napoléon). Habitué à chercher l'histoire aux sources mêmes. Il vint. avant d'en avoir reçu la récompense. par des coupures cl des points de raccord habilement ménagés. M. dans le plus grand péril. Michelet le choisit entre tous ses élèves pour une mission bien difficile. Il avait inséré dans le National des Lettres sur les Carlovingiens. il voulait les rendre familières aux élèves. où il s'ins- pirait des modèles donnés par Augustin Thierry pour l'époque . et ne descendit de la chaire que pour se faire porter dans son lit. et savait les mettre à leur portée par des extraits soigneusement choisis et rattachés avec art au lexle de ses leçons. en i845 il fui nommé suppléant.

mais ceux-là passeront eux-mêmes. à sa famille et à ses amis . sa patience. la Nouvelle revue encyclopédique. . . de i846 à i848. Ses dernières paroles aux élèves furent celles qu'il leur adressa cette même année à la distribution des prix du Concours général. finit par l'épuiser. presque tout à coup. sa cordialité. Afrique ancienne Syrie ancienne). Il écrivit plusieurs articles dans le Dictionnaire encyclopédique de la France. Le Bas. Son activité lui faisait illusion à lui-même. la netteté de son jugement. Ph. et dirigea. et quand il la dispersait entre tant de publications. avec un corps si faible. tomba dans le domaine de la langue vulgaire et de l'histoire. quand il fut ravi. garderont chèrement sa mémoire. sa bonne humeur dans le travail. sa droiture. il croyait qu'il aurait bien le temps encore de se recueillir pour reprendre et mener à bonne lin le grand travail qu'il avait médité. Tous ceux qui ont connu Yanoski qui ont apprécié . le 1" février i85i. il fit paraître des fragments d'histoire beaucoup plus étendus dans Y Univers pittoresque (Italie ancienne . Il faisait d'autres projets encore. de M. Dès la rentrée de i848 il dut prendre un congé au collège. Tant de travail. mérovingienne. iv AVERTISSEMENT. Il n'usa de sa liberté que pour se livrer avec plus d'ardeur encore à ses occu- pations littéraires. quand le discours. enlevé par une révolution passagère elle- même à l'empire de la rhétorique et du latin . qui ont aimé sa franchise. la saga- cité de son esprit. Que ce livre fixe au moins la trace qu'il a laissée dans la carrière où il pouvait se promettre un si bel avenir.

CHAPITRE PREMIER. L'objet de ce chapitre est de montrer l'influence que ies invasions des Barbares ont exercée sur l'esclavage. — Si l'influence germanique a pu suffire à l'abolition de l'esclavage. il fit même disparaître. les . et nous pouvons signaler. pour un instant. à l'occident de l'Europe. DE L'ABOLITION DE L'ESCLAVAGE ANCIEN AU MOYEN AGE. les résultats de cette étude. Bien loin d'apporter des adoucissements au sort de l'esclave. Nous avons essayé de constater cette influence. L'esclavage chez les Germains avant l'invasion. Le droit barbare (et ici nous de- vons tenir compte. des Wisigoths . sur les terres de l'empire romain. des Burgondes et des Lombards. de la première rédaction des lois) ne se montra point favorable à l'abolition de l'es- clavage. — Droit des Francs. DROIT BARBARE. à l'avance et en deux mots. avant tout. de la déterminer en suivant une à une toutes les différentes lois qui ont été faites par les peuples de race germanique établis.

On les «tue quelquefois. « ses pénates. Nous devons rappeler ici le système qui rapporte l'a- bolition de l'esclavage à V influence germanique . Nous ne nous fondons point ici sur de vaines probabilités. une certaine redevance en blé. changements importants que la civilisation romaine et le christianisme avaient introduits dans l'esclavage. chan gements qui auraient amené infailliblement. 1 «Servis. non par esprit de discipline et de sé- « vérité. là se borne la servitude. 2 CHAPITRE I. ou les punir par «les fers ou un travail forcé. descriptis per familiam minis- . Les « soins intérieurs de la maison appartiennent à la femme «et aux enfants. qu'il régit à son gré. comme on «tue un ennemi. en vêtements. • Rarement ils ont de l'influence dans la maison. » Il devait en être ainsi dans la Germanie. Le maître leur impose. une émancipation générale. à cela près que c'est impunément. non in nostrnm morem . jamais « ils n'en ont dans l'État : j'excepte les nations soumises l « à des rois . Frapper les esclaves. mais sur les lois invariables qui ont dirigé l'humanité dans tous ses âges. mais dans un mouvement de colère. après un temps plus ou moins long. • comme à des fermiers. Chacun a son habitation. -en bétail. Les « affranchis ne sont pas beaucoup au-dessus des esclaves. est chose rare. et qui pré- tend que la servitude de la glèbe au moyen âge a pris ses origines dans les mœurs des Germains. Les partisans de ce système s'appuient généralement sur cepassage de Tacite : « Les autres esclaves (l'auteur vient de « parler des Germains qui ont perdu au jeu leur liberté) ne « sont pas classés comme chez nous et attachés aux différents « emplois du service domestique.

» Pourquoi ces peuplades bar- bares auraient-elles eu. ac vincuiis et opère coercere. et puis. Les Germains. Occidere so- « lent non disciplina et severitatc sed impetu et ira ut inimicum nisi .) 1 « Dominum ac servum nullis educationis deliciis dignoscas. « quod impune. et c'est là que nous trouvons 3 l'esclavage . en temps de paix. injungit. xx. Frumenli « modum dominus. 3 D'abord la servitude de la glèbe doit être l'unique forme de l'esclavage chez les peuples barbares. XXV. Suam quisque sedem . Ibid. » Verberare servum. c'étaient la femme et les enfants qui remplissaient 2 les fonctions domestiques . suos pénates régit. ne ressentaient point les besoins du luxe. dans leurs forêts. » (/</.) '-' «Domus officia uxor ac liberi exsequuntur. DROIT BARBARE. et ser « vus haclenus paret. dans la maison du Ger- main. Tacite dit encore. . i (Id. aut vestis. German. dans le siècle où vivait Tacite.) Il v a deux sortes de servitude la réelle el la personnelle. Ibid. La . exceplis duntaxat iis gen- « tibus quae regnantur. s'abandonnait à une com- plète inaction. » (Tacit. raro aliquocl «momentum in domo. ces innom- brables familiœ employées au service domestique à l'inté- rieur des villes riches et populeuses ? Les Germains n'avaient pas de villes. ut colono. D'autre part. et qu'il ne voulait point cultiver ses terres. Cetera domus officia uxor ac Hberi exsequuntur. en parlant des Ger- mains : « Le maître ne se distingue de l'esclave par aucun l « raffinement d'éducation . . utuntur. Or ce que nous venons de dire s'applique également à i leriis. rarom. aut pecoris. De Mor. Il fallait donc une classe d'individus spécialement affectés à la culture de la terre. . nous savons que le Germain. nunquam in civitate. Libertini non multum supra servos sunt. qui ne se manifestent que dans les so- ciétés civilisées.

parce que le luxe demande le service des esclaves dans « la maison. supposez que. Esprit des lois. liv. tous les peuples barbares.4 CHAPITRE I. x. » C'était donc l'esclave qui labourait. du temps de Ci- cérou. ch. car la servitude dont parle Ta- cite se retrouve nécessairement dans les premiers âges des sociétés. semait et récoltait. parce que les Gaules avaient reçu la civilisation romaine. et leurs enfants font les « travaux domestiques. XV.) 1 Cicer. et elle a dû être commune aux Germains et à tous les autres peuples barbares. Les Gaulois. Les peuples voluptueux ont un esclavage «personnel. ils rendaient à leurs maîtres «une certaine quantité de blé. qui n'avait point participé à cette civi- lisation. . vi. regardaient comme une chose honteuse le travail de la terre : « Galli turpe esse ducunt frumentum manu l « quœrere .» (Montesquieu. ils aient emprunté quelque chose à la civilisation des nations policées. par le contact. nous le répétons. Les peuples simples n'ont « qu'un esclavage réel parce que leurs femmes . DeRepubl III. et il en fut ainsi. Le passage que nous avons cité plus haut ne prouve donc point que la servi- tude de la glèbe au moyen âge ait eu son fondement dans les mœurs des Germains. de bétail ou d'étoffe. Cette espèce «de servitude est encore établie en Hongrie. Au rapport de Tacite. Cet état de choses n'existait plus dans les Gaules à l'époque où vécut Tacite. ils n'a- vaient point d'offices dans la maison. chez toutes les nations non civilisées. en Bohême et dans plu- « sieurs endroits de la basse Allemagne. vous vous aper- « réelle est celle qui attache l'esclave au fonds de la terre : c'est ainsi «qu'étaient les esclaves chez les Germains. Il en fut ainsi dans la vieille Italie et aux origines de la société grecque. mais il existait encore dans la Germanie. Placez ces peuples barbares dans un état social meilleur.

que leurs besoins se sont multipliés. mêlés dans la suite « avec les Romains. . d'autres pour confectionner des objets de luxe en or ou en argent. Il n'y a pas encore un siècle que les Barbares se sont fixés sur les terres de l'empire romain qu'ils ont déjà. 5 cevrez bientôt que leurs goûts se sont modifiés. Un change- ment rapide va s'opérer. « Les « Germains. L'influence de la civilisation romaine sur les mœurs des Germains n'est point un fait sans exemple: ce fait ne s'est point accompli d'une manière fortuite. des esclaves pour ap- porter les mets sur la table. c'est-à-dire des esclaves réels. p. d'autres pour verser le vin. dans leurs maisons. et on a invoqué encore le témoignage de Tacite pour démontrer que cette douceur dans les mœurs avait eu une grande influence sur l'abolition de l'esclavage. Les causes qui amenèrent cette révolution ont été signalées depuis longtemps. connurent des besoins qu'ils avaient ignorés >'jusqu'alors. il est vrai :« Frapper l'esclave ou le punir 1 Gourcy. Ce changement dans leurs < mœurs. joint aux grands domaines qu'ils acquirent dans « les Gaules. 76. ils n'ont que des coloni. Il devait en être ainsi d'après la loi qu'ont suivie dans tous les temps les sociétés humaines. Ta- cite a dit. . dut multiplier considérablement chez eux le « nombre des esclaves l . et firent servir une foule d'esclaves à leur « mollesse ou à leur vanité. dit l'abbé de Gourcy. Ainsi les Germains de Tacite n'ont point d'esclaves domestiques personnels. De l'Etat des personnes en France sous les rois des deux pre- mières races. DROIT BARBARE. dont ils empruntèrent les vices avec « la politesse. » On a parlé souvent aussi de la douceur des peuples ger- mains.

M. et le jour de l'abolition est encore bien éloigné. «ut inimicum. non par manière de discipline et « par sévérité niais par emportement et par colère . il faut compter la substitution progressive de l'esclavage réel à l'esclavage 1 o Verberare servum ac vinculis . IV. » (Tacit. . avec cette différence que c'est impuné- « ment-. l'esclavage existe dans toute sa dureté. comme « un ennemi . . à savoir. l'esclave est une chose et non point une personne. durent saisir assez mal la distinction des co- « Ions et des esclaves : tous les hommes employés à la cul- « ture des terres durent être pour eux des colons. Histoire de l'esclavage dan.) 2 «Occidere soient. 4 H. « Les Germains.6 CHAPITRE I. p. une fois transplantés sur le « sol romain. . ch. xxv. l'antiquité. parmi les chances pos- sibles de l'abolition de l'esclavage ancien (dans le cas où les Barbares n'auraient point envahi l'empire) . German. et opère coercere rarum. non disciplina et severitate . » Nous rappelle- rons ici ce qui a été établi dans l'Histoire de l'esclavage 4 dans l'antiquité . et les < deux classes se confondirent souvent sans doute dans « leurs actions comme dans leurs idées 3 . sans être obligé de satisfaire à la loi qui punit les meurtriers.) 3 Cours d'Iiistoire de la civilisation en France. Ibid. t. » Mais il ajoute : < On le tue quelquefois. t. Guizot a remarqué qu'au moment des invasions l'esclavage devint plus rigoureux. De Mor. III. nisi quod imputie. «par un travail forcé est chose rare [ .» [Ici. » Chez un peuple où le maître tue son esclave (par colère ou autrement) avec impunité. 262 et suiv. et que les adoucisse- ments apportés par la civilisation romaine à cet esclavage disparurent. Wallon. vu. sed impetu et ira. que.

a laissé une forte empreinte dans la ré- daction primitive de leur loi. le tableau que nous allons donner de la lé- gislation barbare suffira pour nous convaincre que les invasions n'ont fait. comme il n'y avait point de mœurs. Eu finissant. et que l'influence germanique sans les autres influences dont nous tiendrons compte plus tard. nous pourrions peut-être appli- quer aux Germains ce que Montesquieu a dit des Romains : « Les Dations simples et qui s'attachent elles-mêmes au tra- « vail ont plus de douceur pour leurs esclaves que celles <> qui y ont renoncé. les Francs se distinguèrent entre tous les Barbares par leur bravoure et par leur cruauté. la loi salique.. qui vivaient au «milieu de leurs esclaves comme au milieu de leurs en o nemis 1 . » Au reste. mais les instruments de leur luxe « et de leur orgueil. \\ . « on eut besoin de lois.. . Mais lorsque les Romains se furent « agrandis. et il en fallut de terribles pour « établir la sûreté de ces maîtres cruels. n'aurait point eu pour résultat l'abolition de l'esclavage ancien. FRANCS. En effet. que leurs esclaves ne furent plus les compa- « gnons de leur travail. . Au moment des invasions. ET PEUPLES BARBARES SOUMIS À LEUR DOMINATION. La dureté. ch. que rendre plus ri- goureux le sort de l'esclave. nous pouvons même dire la férocité de leurs mœurs. 1 Esprit des loi* . DROIT BAKBAKE. 7 personnel. lu. xvn. dans le principe. qui.

est pres- que exclusivement un code pénal. Malgré cette tendance vers les idées d'or- ganisation et d'ordre (et cette tendance leur fut commune avec les autres peuples barbares) . au bœuf et aux autres animaux . Nous le répétons. où l'état de guerre est pour ainsi dire un état normal. par exemple. par leurs frères d'outre-Rhin. dans ces provinces. à prendre ce qui restait de la vieille civilisation. Renouvelés sans cesse. à adopter les traditions laissées par l'empire romain. Gaulois ou Romains. il ne ressemble plus à l'esclavage des derniers temps de l'empire romain. comme l'ont remarqué Bréquigny et M. les Francs furent moins prompts que les Burgondes et les W isigoths. Guizot. le fait de la conquête est cons- taté à chaque page de la loi salique. et il a pris un caractère de dureté et de cruauté que l'on ne trouve que dans les premières sociétés . montre combien furent brusques et violents les changements qui se firent dans l'Europe occidentale après la chute de l'empire romain. On voit à chaque page de cette loi une société dans l'en- fance. et ou tout esclave est un ennemi vaincu. qui cherche à s'organiser sur les débris de la so- ciété antique. avec une extrême rigueur. il a rétrogradé. et les vain- queurs. Quant à l'esclavage chez les Francs. La loi admet en principe que l'esclave est une chose. si nous pouvons nous exprimer ainsi. les premiers conquérants du nord de la Gaule se ressentirent longtemps encore de leur origine barbare. usèrent de leurs droits à l'é- gard des vaincus. elle l'assimile au cheval.8 CHAPITRE I. Les provinces qui s'étendent des bouches du Rhin au cours de la Loire supportèrent pendant près de deux siècles tous les maux d'une véritable invasion.

S 22. les tortures et la mutilation. tit. mais le maître . il le soumettait aux plus épouvantables tortures. « quia pecunia ejus erat 2 . t. caballum « aut bovem.xiv. Le maître disposait de son esclave comme de ses autres valeurs. xi. t. d'après un pareil principe. ap. » ( Lex salica. et il pouvait le tuer parce que c'était sa chose. 422. quelquefois elle impose une amende au coupable. col. 5 Lcx salica. aut quamlibet rem sub al- « terius potestate agnoverit 1 » Qu'on juge. gallic. Le maître répondait pour sa 1 Lex salica. tit. col. tit. 1 1. . qu'il tombe avec elle en esclavage . ap. 4 19. lib. C'est surtout lorsqu'il s'agit de punir l'esclave que la loi se montre rigoureuse et cruelle. rer. il l'échangeait. 2 Ibid. IV. II. etjrancic. La loi est formelle à cet égard : « Si un ingénu épouse une 3 « esclave étrangère. Script. DROIT BARBARE. aut jumentum . XXIX. p. 2. » comme s'exprime ailleurs la législation barbare. Il. 29. tit. combien la législation devait être dure pour l'esclave. II . Elle emploie fré- quemment les coups de fouet et de bâton . lib. Baluze . xxix. II. ce n'était pas l'esclave qui 5 payait. L. Marculf. 5. Ils ne pouvaient s'associer par le mariage. i5i. ap. » La femme libre qui épousait un esclave subissait la même peine 4 . Dans ce dernier cas. t. 9 domestiques : «Si quis servum aut ancillam. tit. « ipse cum ca in servitium inclinctiir. ibid.) 4 Form. La loi salique avait établi dès l'origine une barrière in- surmontable entre les esclaves et les personnes de con- dition libre. Marculf. 3 «Si quis ingenuus ancillam alienam sibi in conjugium sociaverit. Baluze. — Form. le vendait et le transportait où bon lui semblait.

de l'état de l'escla- vage chez les Francs. id est cxxi colaphis. tuera ou vendra un esclave de la valeur de 2 5 «sous. rer. m . 16. ne s'étaient pas montrées 3 plus cruelles que les Francs à l'égard de leurs esclaves . » La loi lui inflige même. « Celui qui vo- « lera. aut ccxl deuarios. pour certains cas. lit. Turou. t. Script. qu'il reçoive cent «vingt coups. ap. mais elle agit moins dans l'intérêt de l'esclave lui-même que dans l'intérêt du maître. tit. . » [Lex sa- lïca. L'esclave soupçonné de vol devait être livré à de cruel- les tortures : «Pour le moindre délit. IV. Certes. vi. fuerit confes- " sus. Sent l. la peine de la castration. antequam torqueatur. qui faciunt sol. xi . avant le supplice. cxx den. à moins qu'il ne se rachète au 2 prix de deux cent quarante deniers .) — [Colaphns est un coup en général. 2. dorsum suum redimat. xliii. c'est le syno- nyme de colpus. p. reddat. la Grèce et Rouie. i. » La loi désigne les différents esclaves 1 «cxx ictus accipiat. tit. et il payait pour le mal qui avait été fait par son esclave comme pour les dégâts commis par son bœuf ou son cheval. et franc. si vero. i46. qui font « trois sous l . si personne ne payait pour eux. (Gregor. chose. 2 et 6 . gai. ap. » 31 . II. qu'il « rachète son dos au prix de cent vingt deniers. ) 3 Les esclaves convaincus d'avoir volé étaient quelquefois con- damnés à la potence. lh Miraculis . On peut juger. il avoue. gallic. La loi prend quelquefois la vie de l'esclave sous sa pro- tection. qui faciunt sol. fuerit con- « fessus. t. d'après les passages qui précèdent. ici .) 4 Lex salicu. et si. aut castretur.) 2 «Si vero infra priora supplicia. » [Ibid. ctfrancic. 10 CHAPITRE 1. sera condamné à payer une somme de î/ioo de- 4 « niers ou 35 sous . xliii. avant la pro- pagation des idées chrétiennes. IV» p.

etc. DROIT BARBARE. une disposition remar- quable : « Si un esclave porte à un autre esclave deux « ou trois coups. La loi des Francs Ripuaires contient. la loi ne doit point s'occuper de si peu « de chose toutefois en considération de . revisée par Charlemagne. elle adopte une nie- 1 Lex salica. Script. gai. secl tamen « propter pacis studium. 3 «Quod si servus servum perçussent.) . qui était 1 préposée aux travaux de ces femmes esclaves . cl. la loi n'a donc point en vue la moralité de l'esclave (nihil est) . 2 Lex salica reformata. ap. II. tous les esclaves qui remplissent dans la maison une fonction domestique (ministérielles). 11 qui sont rangés dans cette classe.t. ce sont : l'esclave chargé des fonctions de surveillant dans la maison du maître (major). tit. Elle intervenait dans les rixes qui s'élevaient entre deux esclaves. la paix publique « celui qui aura frappé payera une amende de quatre de- « niers 3 . qui tue ou qui vend les femmes esclaves (ancillœ) ou la majorissa. La loi sa- lique. celui qui travaille à la vigne (vinilor). xxill . l'or ou le bois (faber ferrarius . ibid. et franc. nihil est. Capit. l'écuyer (stratoi*) . tit. . 209. aurifex. » (Lex Ripuariorum . l'échanson (scanlio) . p. u. à ce sujet. 7. le gardien des écuries (mariscalcas) . l'esclave qui apporte les mets sur la table (in- festor. ap. rer. ajoute à cette nomencla- ture l'esclave employé au moulin (molinarius) et l'esclave 2 des chasses (venator) . . le porcher (porcajius) . 5. Baliue. 33. dapifer) . » En appliquant la peine. tit. II. La loi veillait aussi à ce que l'ordre et la tranquillité régnassent entre les esclaves. les esclaves qui mettent en œuvre le fer. et. carpenlarius) . La même loi s'applique à celui qui vole.

si l'autre a pris « pour époux un colon du roi ou un colon de l'Église. sure de police générale bien plus pour les maîtres que pour les esclaves. La loi des Allemands s'exprimait ainsi : « Si deux sœurs « (sans frère) doivent hériter des biens paternels. une disposition très-curieuse. Afin de mieux faire voir combien était dur l'esclavage chez les Francs après les invasions.t. et una nupserit « sibi coœquali libero. tit. » L'esclave ne pouvait donc. «Si une femme libre «épouse un esclave. nous citerons encore deux textes empruntés aux lois que les rois mérovingiens donnèrent aux peuples qu'ils avaient soumis à leur do- mination. Capit. et ad ipsas hereditas paterna pertingat. post mortem patris afuerint. illi libero nupsit sibi coœquali teneat terrain patris aearum. le roi ou le comte présente à cette femme une épéc et une . Ces deux textes montreront tout à la fois. 12 CHAPITRE I. col. Baluze. 72.) La loi des Ripuaires contient. I. si les parents de la femme supposent à cette cunion. qui ne sont rien à ses yeux. quia sibi coœquali non nup- (isit. c'est-à- « dire un homme qui n'est point son égal par sa condition « n'a point droit à posséder une portion de la terre pater- « nelle 1 . Illa enim quœ illi colono « nupsit. à aucun titre. illaqua. et la différence qui existait chez ces peuples entre l'homme libre et l'esclave. « puis les deux sœurs partageront entre elles tous les « biens meubles. non intret in portionem terras. si l'une « a épousé un homme libre comme elle. Celle qui aura épousé un colon. . alia autem nupserit aut colono régis aut colono «ecclesia?. pos- 1 « Si autem duce sorores absque fratre relicta. » [ Lex Alamanorum . au sujet des mariages contractés entre une femme libre et un esclave.Lvii. res autem alias œqualiter dividanl. et le mépris que l'on avait pour les in- dividus qui étaient retenus par les liens de l'esclavage. celle « qui aura épousé un homme libre prendra toute la terre.

» ( Lex Bajuvariorum . J.» [lbid. « Que tous les frères nés d'un homme « libre et d'une femme libre partagent également les biens « de leur père. I . ces fils ne peuvent prétendre à l'héritage pa- « ternel . col. Capit. Les enfants issus d'un homme libre et d'une esclave ne pouvaient revendiquer aucune portion de l'héritage paternel. 181 et 428. d'après le tableau qui précède. lit. col. si elle prend l'épée. art. si elle prend la «quenouille. 8. ils recevront seulement les choses que leurs frères « (nés d'une femme libre) voudront leur accorder par com- 2 . on compare l'escla- vage. ) 2 «Si vero de ancilla habtierit fdios. Voyez aussi les additions faites à la loi salique sous Louis le Dé- bonnaire en 819. 18. Baluze. 13 séder en propre une portion de terre. xiv. Capit. I. til. col. DROIT BARBARE. art. t. Baluze. mais la loi l'at- teignait dans les enfants nés d'un commerce qu'elle dé- clarait illégitime. t. t. t. s'alliait à un esclave. Capit. Mais si un homme libre a eu des fils d'une «esclave. I. 3 et 6 . S. Baluze. oubliant sa naissance. 607 et 609. tel qu'il était organisé chez les Francs et chez les «quenouille. 2. nisi tantum quantum eis per misericorJiam darc voluerint fra- «tres eorum.» « misération Si. la loi punissait sévèrement la femme qui. Dans ce dernier cas. (Vov. elle tue l'esclave.) 1 Les édits contre les mariages inégaux se reproduisirent longtemps encore dans la législation des Francs. elle la condamnait à perdre la terre. elle devient esclave comme l'époux qu'elle a pris. 43. Baluze . Capit. col. Quelquefois c'était l'homme libre qui oubliait sa naissance. i3o. lviii.) . pas même lors- qu'il était colon du roi ou de l'Eglise et qu'il s'unissait en mariaçe à la fille d'un homme libre l . qui était la partie la plus noble et la plus précieuse de l'héritage paternel. non accipiant portionem inler « fratres.

avec l'esclavage qui existait dans les derniers temps de l'empire romain. ils ne prirent. subissait par des moyens vio- lents une complète transformation. en ce qui con- cerne l'esclavage. car le maître a reçu. L'esclavage. en un mot. les progrès de la civilisation avaient souvent modifié ce qu'il y avait de trop rigoureux dans la lettre de la loi . la loi admet. qui avait pour régénérateurs des hommes non civilisés et remplis de passions désordonnées. Longtemps avant la chute de l'empire. où la société. que le rachat soit nul et que l'esclave reste « sous la puissance du maître. son pécule. on s'apercevra. Quand les Francs et les autres peuples qui avaient envahi l'empire firent quelques emprunts à la loi romaine. Nous citerons un exemple. que les dispositions les plus rigou- reuses. devait être plus dur à une époque où la so- ciété rétrogradait vers la barbarie. qu'à bien des égards l'humanité. chez leurs maîtres barbares. à son « insu . la disposition suivante : « Si un esclave se rachète avec son pécule. mais la chose même de l'es- . non point la somme qui peut compenser pour "lui la perle de l'esclave. La loi romaine avait établi que l'esclave ne pouvait rien posséder en propre. peuples soumis à leur domination. a rétrogradé. et que cet argent était la chose de son maître. des égards ni des ménagements. fruit de son travail et de ses économies. mais au moment des invasions les esclaves n'avaient plus trouvé. ne lui appartenait point. que l'argent.14 CHAPITRE I. En partant de ce prin- cipe. si le « maître a ignoré que l'argent qui lui était payé provenait « du pécule. par une loi nécessaire. comme nous le disions. Certes le sort de l'esclave ne devait pas s'a- méliorer dans ces temps de crise. comme conséquence.

au milieu de mœurs grossières qui étaient le résultat des invasions. Cette disposition si dure qui en- . xv.. Nous la retrouvons aussi dans le code des Wisigoths (V. 1 «Siquis servus de peculio suo fuerit redemptus . dans la compilation d'An- gésise. V. Nous parle- rons ailleurs de l'influence du christianisme. accepit. Baluzc. [. fait un marché illusoire et ne reçoit rien en réalité. et Loc dominus «ejus forte nescierit. » M. col. cette disposition a été adoptée par tous les codes barbares. «sed res servi sui.quia non pretium . et qui comprime tous les efforts qu'il peut faire pour conquérir légitimement. t. puisque déjà cette chose de l'esclave lui appartient de droit. c. 1/1).) . Elle fut longtemps en vigueur. lib. non-seulement chez les Bavarois et les Wisigoths.S9. par sou travail. et on la voit figurer encore. lève à l'esclave un puissant moyen d'émancipation. au e commencement du ix siècle. sa propre liberté et la li- berté de sa famille. 901. (Capit. dum ignorât. Il faut dire ici que. » La loi a voulu dire que le maître. de Savigny a remarqué que cette loi avait été" copiée textuellement par celui qui avait donné des lois aux Bavarois (Dagobert). tit. en rece- vant la chose de l'esclave. mais encore chez les Francs. 7. 3. et que la mission qu'il s'était imposée dans l'empire romain.de domini poteslate non exeat. le christianisme essaya de faire sentir son intervention. il la poursuivit glo- rieusement auprès des vainqueurs barbares. Bien des siècles encore devaient s'écouler depuis l'arrivée des Germains sur les terres de l'empire jusqu'à l'époque où l'Eglise atteignit enfin le but qu'elle s'était proposé. et nous verrons quels obstacles les invasions apportaient à ses efforts pour adoucir l'esclavage. 15 « clave '. ap. ni. DROIT BARBARE.

3 étaient considérables . v. on naissait esclave ou on le devenait.). et une conséquence de la peine. î 2. la dureté du droit primitif sur l'esclavage. WISIGOTHS La loi des Wisigoths. 1.16 CHAPITRE I. maintenait. et faute de la pouvoir payer en argent. iv. 3 II v a des amendes de 20 sous. 1. et la volonté de l'ingénu sanctionnée par la loi. Mais la source la plus abondante de l'esclavage était alors la loi. que la loi nous révèle par ses efforts multipliés à y mettre fin. soit par une obnoxiation volontaire. La loi déterminait parmi les esclaves deux classes fort distinctes. soit par une obnoxiation légale. ni. Ainsi la loi. . de 5o sous. fut rouverte dans le droit des Wisigoths par les coutumes de com- pensations pécuniaires établies chez les Barbares. et quelques lois [VI. Iiv. Si le délit était contre l'Etat. quand le coupable frappé d'une amende était hors d'état de la payer ce qui devait arriver souvent car ces amendes : . Cette dernière source de l'es- clavage. iiv. la composition était au profit du roi. \III. comme les lois que nous avons vues. que Justinien ferma dans son Code. 1. tit. venaient alimenter l'esclavage. 12 (Chine!. le condamné payait 1 Ce paragraphe est de l'auteur de l'Histoire de l'esclavage dans l'an- tiquité. ces rapts de la liberté. Comme dans le droit romain. 1 {Lc. tit. selon la nature même du délit. surtout dans ses parties les plus anciennes. Visig. Ajoutez-y ces vio- lences.v antiqua)] peuvent donner une idée de la valeur de ces sommes. L'escla- 2 vage fut une peine . VI. 2 Cod. et on le devenait. tit.

soit en produits naturels achetés comme en remploi: après tout. La jurisprudence ancienne sur le pécule était toujours 3 en vigueur . I. la propriété du maître ne faisait que changer de forme entre ses mains. i. l'esclave était sa chose. 3 /</. comme dans l'ancien droit. L'influence chrétienne avait apporté quelque adoucisse- ment au droit du mariage. la composition était due à l'offensé ou à ses représentants naturels. et l'esclave pouvait en disposer assez large- ment. le mariage n'étaii 1 l. V. ibid. parce que c'était la chose même de son maître qu'il lui eût donnée comme prix de son rachat 2 . mais il ne pouvait se racheter lui-même. iv. . Le maître lui en laissait comme l'usufruit.).1 (Cliind. 1. mais à la condition de représenter le prix de cette vente. le condamné était leur esclave. i5. Si le délit était contre les personnes. acheter des esclaves. Ut. comme l'esclave de l'ancien Romain. Il pouvait. DROIT BARBARE. V. a Ibid. ou un simple particulier. mais dès lors la loi protégeait son union. i . Si un mariage avait été contracté entre deux esclaves de maîtres différents. liv. soit en espèces. i(i. 17 de sa personne et devenait l'esclave du roi : c'est ainsi que devait se grossir la classe des servi fiscales. Aussi tout ce qu'il pouvait gagner apparte- nait de droit au maître. lit. le consentement du maître. liv. son instrument. et. par la fraude d'un des maîtres et à l'insu du second. à défaut de payement. Que le maître fût le roi. iv.ex aniU/ua . L'esclave devait avoir. pourvu qu'il n'aliénât rien K II pouvait vendre les objets de son pécule. pour se marier.

Autrefois. tit. Cependant. si l'esclave ne lui appartenait pas. de valeur à la parole de ses esclaves ou . au maître de celui qu'elle avait épousé. d'après le sénatus-consulte Clau- dien. comme son conjoint. du moins à la parole 3 de ceux qui exerçaient quelque fonction dans le palais .) 2 Ibid. l'esclave du maître de mauvaise foi deve- nait. iv.18 CHAPITRE I. sine conscientia do- « mini sui. liv. 9 (Chind.hv. la femme libre qui épousait son esclave. pas rompu. la femme était livrée à ses parents ou donnée comme esclave. iv. mais qu'ils fussent partagés entre les maîtres des deux époux. à moins qu'il n'y eût point d'homme libre pour constater le fait 2 Le roi accordait plus . D'après la loi des "Wisigotbs.). 4. consultant plus les droits de la propriété que ceux de la famille. iiv. Après la troisième réci- dive. lit. m. selon la loi ancienne. 1 «Quicunque ancillam suam servo alieno. ni d'appuyer de son témoignage une accusation . était brûlée vive avec lui. V. l'union était toujours rompue. 1. l'esclave de l'autre maître *. Mais la loi avait oublié cette belle maxime de Constantin de ne point diviser les familles : quand l'union avait été légitimement contractée. voulut que les enfants ne demeurassent pas exclusivement du côté de la mère.» [Lex anliqua. uxorem dederit.. J Ibid. II. . II. L'esclave n'avait point le droit d'accuser. . ou même son affranchi. que Justinien abolit. la femme libre devenait es- clave. Chindasuinthe.. mais la peine n'était que le fouet pour tous les deux. 5. tit. 1. 1. Il y avait un cas où le mariage était toujours considéré comme nul c'était celui de l'union d'un esclave avec une : femme libre.

qui. favente Deo gentes . ils ne pouvaient vendre leurs mancipia. nil « tamen oflicit. sous peine de perdre son esclave. de 2 cette charge . si de iilis augeatur insuper nostra acies ad repulsionem * liostium externorum. 9. Quicumque domi residere piacsumpserit « noverit se ad propriœ servi lutis juguni reverti . au même titre que les premiers de la nation l . ii. le maître. 10. Le serf fiscal pouvait toujours être réclamé. sive cornes alque gardingus. s'ils en avaient. seusit Gothus. 19 Les autres esclaves du roi. entraînait quelque composition. ne le dispensait ni lui. nostrae affluant copia bellatorurn . V. scu etiam « quislibet ex servis fiscalibus. indépendamment du supplice cor- porel. vel ctiam manumissus . en l'affranchissant. seu Rô- ti mauus nec non ingenuus quisque. vu. ils n'avaient pas la faveur de cette prescription triennale qui laissait revenir à la liberté ceux qui avaient passé ce terme sur un territoire étranger. les esclaves du fisc (servi fis- cales) étaient privés de certains droits dont les esclaves ordinaires jouissaient.» [Ibid.» (Lex antiqua .) . iiv. du service militaire. ex quo libertatis me- «ruerat personam assumere. si l'esclave. DROIT BARBARE. L'esclave étant la chose de son maître. ruineux il est vrai. Par une sorte de compensation. afin que le nombre des esclaves ou sous-esclaves du roi ne fût point diminué. ni sa postérité.) 2 « Et licet . . tit. qu'à des esclaves comme eux. Ainsi leur droit de vendre était restreint. Iiv. était obligé de la payer. . qui ex familiis fisci per regias auctoritates gra- t tiam nieruerunt libertatis. Par la même raison .l. IX. il avait l'honneur. tit. s'il n'avait son affranchissement signé de la main du roi. En revanche il était plus considéré. Une loi spéciale l'avertissait que le roi. au lieu d'être 1 «Sive sitdux. il était naturel que le maître en répondît. 1. Quand aussi l'esclave commet- tait une faute.

sinon. ac sic postea servus domino reddatur incolumis. dune manière frappante. compositio detur prout visum « fuerit judicanli. dégradé.v antiqna. ut caedem «évadât. s'il était prouvé que sa mort était juste. Mais l'esclave n'était point tellement la chose du maître que sa vie fût complètement entre les mains de celui-ci. » ( Lc. 20 CHAPITRE I. 1. liv. Si l'esclave avait été tué. et « suum servum recipiat. VI . à la place de celui dont il l'avait privé. le meurtrier devenait lui-même esclave du maître. seu quarumcunque personarum. retineat. c'était au maître que revenait la composition du délit 1 . Postea vero si sanari potuerit. extra pu- «blicum judicium. Ainsi la loi cherchait à étendre sa protection jusque sur l'esclave. La loi luttait avec effort contre la violence des maîtres : • Quia saepe prœsumptione crudelium dominorum extra discus- « sionem publicam servorum animae perimuntur. 9. alterum a paris meriti servum ejus domino dare non moretur : Hlum vero de- « bilem suo studio et sumplu ad curandum. tit. L'influence chrétienne se montre. dans la loi qui défend aux 1 « Si quis ingenuus servum alienuru volens debilitaverit. pro eo quod servum alienum vulnerare pra'sumpserit . et privé du droit de porter té- moignage.) . était l'offensé. donec recipiat sanitatem. Insuper autem pro facti temeritate. et de le remettre ensuite à la discrétion du maître. extirpari » decet hanc omnino licentiam et hujus legis ab omni- » bus perenniter adimpleri censuram : scilicet ut nullus «dominorum dominarum. l'offenseur. il était condamué à payer une livre d'or au fisc. » C'était au juge qu'il était réservé de décider si l'esclave méritait la mort. Toutefois celui-ci pouvait être justifié de l'avoir tué sans attendre l'arrêt du juge. quandoquidemoccisor existât. servorum suorum vel an- vel «cillarum. iv. x so- « iidos domino servi persolvat.

Quant à l'esclave lui-même. si ipse aliam libertatis scripturam « coram legilimis testibus manifeste tradicîerit atque .. ita per « eamdem libertatis scripturam definierit. utextempore • conditae scriptorae liber ipse qui est manumissus perma- « neat. l'accusateur était obligé à une composition envers le maître. I. » Mais d'ordinaire l'affranchissement. Le maître avait tou- jours le droit de se réserver certaines conditions. cum in subditis crudelitates suas «exercent 1 . nihil sibi in eo conditionis reservans. Cet affranchissement pouvait être plus ou moins complet. 5. Vf. c'était le libre ' Lcx untiqua. ibid. « Ne imagims Dei plas- « mationem adultèrent. mais au moins les cas étaient limités par la loi 2 . ne se faisait que par la volonté du maître. t. Un.» L'influence romaine avait. sur une fausse accusation. « Qui servo suo « vel ancilloe suœ libertatem donaverit. ' /</. rj. mais si le pacte d'affranchissement était eu règle. i . ici est. 2f maîtres de mutiler leurs esclaves. comme la vente de l'esclave.!. in- troduit la coutume de torturer l'esclave du maître cou- pable. '. tit. il n'y avait plus pour lui de retour sur ce qu'il avait signé. composition qui consistait en un esclave de même valeur. liv. à son tour. hujus modi « libertatem revocari non liceat. l'esclave était soumis à la torture. et présente sacer- « dote vel aliis duobus aut tribus testibus hoc factum esse « constilerit. . i . la loi se chargeait de lui donner sa composition en l'affranchissant: 3 « Ingenuus maneal sub patrocinio domini . Que si. « nullus servum suum vendat invilus ».>. DROIT BARBARE. » L'une des restrictions qu'on pouvait apporter à l'affranchissement.

il ne pouvait non plus épouser une esclave. quelque complet qu'il fût. entre l'homme libre et l'affranchi. la même dis- tance qu'entre l'affranchi et l'esclave. » Mais.ainsi l'affranchi le plus libre redevenait esclave s'il manquait de respect à son patron. 1 oSi millier libcrta servo alieno se conjunxerit ant in matrimonio . Les liens qui l'attachaient à la per- sonne du patron étaient indissolubles. tit. n.5. L'affranchi. Comme l'affranchi ne pouvait épouser une femme ingénue. non plus que l'esclave. de même de l'esclave 2 .\\\. nous l'avons dit. On ne punis- sait que la volonté. le premier. ne pouvait. . . Ses fils mêmes retom- baient dans l'esclavage s'ils essayaient de s'en affranchir. C'étaient deux positions corré- latives. Pour le deuxième cas. VI. il restait toujours quelque chose de ces obligations étroites qui faisaientderesclavelachosedeson maître. pa- « troni videntur esse complentes 1 »I1 en était exactement. usage du pécule : « Qui rnancipium suum per scripturani « liberum faciens constituent fortasse non . épouser sa maîtresse. n. et à plus forte raison . ni l'esclave. et. 1. 1. le témoignage 1 Lcx aiû'iqiw . qu'il était censé ne pouvoir refuser d'exécuter ses ordres. dans ce cas. Il restait encore si complètement sous l'autorité de son maître. la loi nepunissait pas en lui une complicité qu'elle jugeait n'avoir pas été volontaire : « llli non culpabiles erunt qui jura . même quand il ordonnait un crime. liv. 1 lbid. licere ei de pe- « culio suo aliquid judicare. et le mariage était également défendu entre leurs postérités : il y avait. tit.22 CHAPITRE I. 2. sous peine du feu. nous avons une loi ancienne du code des Wisigoths 3 pour . n'avaient d'autre volonté que celle de leur maître. VII. et ni l'affranchi .

Comme les esclaves du fisc et les hommes libres. I.) Ibid. contesletur ei tertio dominus servi. et con- férait ainsi une pleine liberté. ut ab liac conjunctione discedat. III . « Quoslibet de quorumcun- « que libertisaut specialiter de ecclesiasticis dignitas subli- « mavit honoris non erunt ad hominum patroci- 2 « nium reducendi. il poursuivait l'esclave jusqu'en dehors de l'esclavage. bujus i legis forma servetur. et une loi de Wamba. assez marquée par ces lois de mariage. le droit barbare en avait maintenu sur beaucoup d'autres la dureté. liv. » Ainsi. . lit. IV. prasentibus tribus «testibus. 18. (Lex anlù/ua. comme les affranchis du roi étaient privilégiés dans l'exercice des charges qui dépendaient de lui. «sociaverit. I. L'infériorité des affranchis. mais ils étaient repoussés de toutes les charges du palais. i. contentione qualibet haeredis . à. 1 tit. qui interdit la même chose aux affranchis de l'Eglise l . DROIT BARBARE. L'ordination affran- chissait même du patronage du maître séculier. n . 7. 23 de deux conciles de Tolède. jusque dans la condition de l'affranchi. ' Ibid. Seulement. ils avaient le droit et l'obligation du service mili- taire. les affranchis de l'Eglise semblaient l'être aussi dans celles qui dépendaient de l'Eglise. iv. bien que l'influence chrétienne introduise en plusieurs points des modifications importantes à la ri- gueur de l'esclavage. et post trinam commoni- « tionem sit ancilla domini ejus cujus servo se conjunxerit «Similisot de manumissis viris qui se cum ancillis miscuerint. se montrait encore dans l'exercice des autres droits civils ou politiques. ce droit n'était accordé qu'à leurs fils. Ils ne pouvaient porter témoi- gnage non plus que les esclaves. th. V. vu. liv. liv.

Thierry. Les Burgondes regardaient l'esclave comme un des membres de la famille humaine. on en vit une qui se distingua de toutes les autres par son esprit de douceur et de modéra- tion. dans les pays soumis à la domination des Burgondes . que la loi était douce pour les Ro- mains. Etat personnes des en France sous les rois des drus premières races . Hisl. à leur tour. les maux résultant de l'invasion furent moins grands qu'ailleurs. . Elle porta cet esprit dans ses institutions. lettre VI. et qui avait présidé à la rédaction de leur loi. à l'aide de la loi Gombette. . casse un bras. BURGONDES. Ici il suffit de comparer la loi des Burgondes avec les lois des autres peuples barbares. 24 CHAPITRE I. du Droit rom. p. de France. Les esclaves. avec raison. — Aug. à uotre tour. ils le plaçaient quelque- fois sur le même rang que l'homme libre. II. 1 1 1 cl suiv. « Si quelqu'un « dit la loi. et que les vainqueurs eux-mêmes es- sayèrent en quelque sorte de faire oublier aux vaincus les changements violents que la conquête avait nécessai- rement apportés dans la propriété et dans l'état des per- l sonnes . sur Lettres i'Hist. Parmi îes populations barbares qui se fixèrent sur le sol de l'empire romain . nous pouvons affirmer. qu'elle était douce aussi pour l'esclave. que. Les ju- risconsultes et les historiens ont constaté . — L'abbé de Gourcy. éprouvèrent bientôt les effets de l'esprit qui animait toute la nation des Burgondes. ou crève un œil à un ingénu ou « à un esclave. t. Si l'on a avancé. il payera la moitié de la valeur de cet in- 1 Savjgny.

2Ô5. t. xi . il y en a d'autres qui sont exclusivement aussi dans l'intérêt du maître. IV. qui sont exclusivement dans l'intérêt de l'esclave. au préalable. » Dans la loi saliquc. soit pour établir sa culpabilité. i. ap.t. l'esclave prévenu d'un vol était mis. qu'il était homme avant d'être esclave. 3 L'esclave. gai. (lbid. et on payait une compensation pour les tortures de l'esclave. i. soit pour attester son in- nocence. Les mots «et evidenter hoc potuerit adprobare. lit.) . fait violence à une femme ingénue. p. Script. 25 « génu ou de cet esclave 1 » Quand l'esclave avait commis une faute.lS . dit la loi. rcr.» nous ont paru 3 très-remarquables . d'une « manière évidente. si « cette femme porte plainte et quelle puisse prouver. « Si un es- « clave. etjranc. A côté de ces dispositions. 260. on paye au maître de cet 1 Lex Buryund. On a semblé reconnaître que l'esclave faisait partie de la famille humaine. que l'esclave soit 2 « puni de mort . vu. Quand il ne faisait point cet aveu. sans recourir aux for- malités prescrites par la loi des Burgondes. à la torture. Les autres peuples barbares n'avaient point au- tant de respect pour la personne de l'esclave. le fait de la violence. Script. Les dispositions de la loi des Burgondes que nous ve- nons de citer ont été dictées au législateur par un sen- timent de pure humanité. ap. chez les Burgondes. DROIT BARBARE. . tit. tit. p. la preuve était admise à son égard. et franc. <jal. ils se hâtaient de satis- faire leur vengeance ou leur colère. était parfois soumis aux tortures quand il était accusé d'un crime. xxxv. rcr. on le déclarait innocent. et quand ils voulaient le tuer ou le frapper. Si l'on tue un esclave. Il n'était puni qu'après l'aveu du crime. La loi prend garde que l'esclave ne soit puni témérairement. lbid.

et quel- quefois aux esclaves eux-mêmes. et franc. 4. t. 2. p. un mouton. soit au dedans. par son caractère de douceur. « de plus. soit au dehors de « la maison. tit. 260. forme une espèce d'anomalie dans le droit barbare. — Les propriétaires louaient ordinairement dans les villes ceux de leurs esclaves qui travaillaient l'or. 263. 6. un 1 Lex Burgund. xxi.26 CHAPITRE I. « Que le Burgonde et « le Romain soient soumis aux mêmes conditions. ap. » Nous le répétons. « Celui qui tuera un esclave qui travaille l'argent payera « îoo sous. cette fois. 12 sous à titre d'amende. Si quel- « qu'un (Burgonde ou Romain) tue un esclave de choix. Celui qui tuera un « esclave romain ou barbare. et franc. n'a point en vue l'esclave lui-même. gai. payera 3o sous. 1. si elle se montre favorable aux Romains vaincus. La somme donnée pour le meurlre d'un esclave n'est qu'une indem- nité payée à celui qui le possédait. Script.Script. t. x. si cet esclave est laboureur «ou gardeur de pourceaux. En per- dant un esclave. Celui qui «tuera un esclave qui travaille l'or payera i5o sous.2. Celui qui tuera un esclave qui travaille le « fer payera 5o sous. IV. le maître a perdu une valeur. esclave une somme déterminée. mais le maître. cette loi est faite exclusivement dans l'intérêt du propriétaire d'esclaves. IV. gai. ap. [IbiJ. î. 3. La loi. « employé par le maître. « Que l'homme libre (Burgonde «ou Romain) qui aura dérobé un porc. et. rer. 5. qu'il paye 55 sous au maître de l'esclave. l'argent et le fer. p.M.) . Si la loi des Burgondes . Celui qui tuera un esclave qui tra- « vaille le bois (carpentarius) payera ko sous l . elle trace encore ce- pendant une ligne de démarcation bien profonde entre l'homme libre et l'esclave. rer.

et . p. iv. nous devions constater principalement les efforts remarquables que la loi des Burgondes avait faits pour adoucir le sort de l'esclave. Script. ('. car l'es- clave ne possédait rien en propre. lit. Si c'est un esclave qui a commis un pareil vol . 1 Lex liurijund. à une époque de désorgani- sation et de violence. gai. clans cette loi. une chèvre. il comptait . au moment même 2 des invasions . les dispositions qui. entre l'homme libre et l'esclave. 27 «essaim. était loin d'être complètement aboli. 258. chez les Burgondes. et qu'il reçoive trois cents l • coups de bâton . l'esclavage ancien.lie?. se montra douce et modérée. jusqu'à un certain point. et franc. pour les soumeltre à leur domination. ap. » On condamnait quelquefois l'esclave à une amende. au moment où les Francs firent irruption dans les provinces comprises entre la Saône. Il existait donc. concernent les affranchis. et certes. les autres peuples barbares l'affranchi était soumis à des conditions fort dures. Seulement on peut croire que les causes qui amenèrent plus lard l'abolition de l'esclavage ancien dans l'Europe occidentale auraient agi. IV. paye trois fois la valeur de l'objet « volé. rcr. mais c'était le maître qui payait cette amende. Dans l'aperçu rapide que nous ve- nons de tracer. DROIT BARBARE. chez une nation qui. comme preuve de l'extrême douceur de la loi des Burgondes. qu'il «soit livré aux châtiments. le Rhône et les Alpes. 2 On pourrait encore donner. une distinction réelle. 3 et 4. plus efficacement et plus rapidement que chez les autres en- vahisseurs barbares. et même d'avoir subi quelque importante modification. t.

au moment des invasions. rer. 272. » Puis la loi. la parole de l'esclave n'est point admise quand il dénonce ou quand il accuse son maître : « Libertos ori- • ginarios vel servos . t. et cela est en quelque sorte de droit commun. Il lui était fort difficile d'échapper à la sujétion que lui imposait son titre d'affranchi. ( Lex Burtjund. il pouvait aller où bon lui semblait. encore parmi les esclaves dans la maison de son maître. . et il n'y eut point d'autre modification apportée à cette condition qu'une plus grande rigueur et une plus grande dureté. 9 4 . Chez les Burgondes. ap. l'esclavage romain con tinua de subsister. moyennant 12 sous payés au maître. une différence radicale. la distinction entre l'homme libre « qui pretionullo estiinatur 1 ». p. IV. qui étaient le résultat nécessaire de la conquête et des mœurs grossières des envahisseurs. init.) 1 Edictam Theodorici.t. D'abord. : Ibid. Nous répéterons ici ce que nous avons dit ailleurs. occupèrent le nord de l'Italie avant la conquête des Lombards). gai. entre ces deux classes d'individus. . I. LOMBARDS. lvii. 48. et franc. est posée d'une manière nette et tranchée. en s'opposant à toute alliance par le sang entre les hommes libres et les es- claves. et l'esclave. Au moment de leur arrivée en Italie. ap. les Lombards adoptèrent l'esclavage personnel et réel. 28 CHAPITRE I. tit. Dans les premiers édits des rois ostrogoths (les Ostro goths. tel qu'ils le trou- vèrent établi dans les terres qu'ils avaient soumises à leur domination. Script. Canciani. dominos aut palronos suos déférentes « prohibemus audiri -. qui est une chose et qui se vend . établissait. Pour le fait du viol et de l'adultère. comme on sait.

6g. capite feriatur. I. ap. « libertatem suam amittat 3 .. Theod. Muralori. nous la citerons en entier. devenait l'esclave du maître à qui appartenait la femme violée. 65. Voy. p. 218 . 66.) . 1er rcij. . — . contractaient des alliances avec des individus appar- tenant à une classe inférieure. en ce « qui concerne celle qui a été complice de l'esclave. pour la même faute. Mais la loi avait ménagé à l'homme libre un moyen d'échapper à l'esclavage : il donnait deux de ses propres esclaves. et. init. 1. Que « « l'esclave qui ose s'associer par mariage une femme ou • une jeune fille de condition libre perde la vie. Canciani. Canciani. » Le roi Rotharis avait encore donné une loi très-rigoureuse. 1 Leys l. La femme libre qui épousait un es- clave était punie de mort. comme il leur plaira. L'esclave qui usait de violence à l'égard d'une femme libre était puni de mort 1 . Lolhur. qu'elle perde sa liberté. 864. des biens qui 1 uSi servus alienus aut originarius ingenuam virgincm per vîm « corruperit . ap. l'homme libre. l'une pour l'esclave. parce qu'elle entre dans quelques développements. 66. 29 la loi avait deux peines. DROIT BARBARE. med. 67. Antiq. ou bien encore on lui infligeait une punition corporelle.in casa « aliéna ad maritum intraverit et servum maritum tulerit. et d'user. « Si une affranchie épouse « un esclave. Canciani. ap. t. . l'autre pour l'homme libre. 1. Edicl. 64. que « ses parents aient le droit de la tuer. Theod.angohardirœ. mvi. » (Edict. de la vendre hors de « la province. I. » — « Si aldia. La législation lombarde allait plus loin encore : elle sévissait contre les affranchis qui. oubliant le rang qu'ils occupaient dans la hiérarchie so- ciale. Les Lombards adoptèrent les dispositions sévères de la 2 loi des Ostrogoths .

et qui ne doit apparaître que dans des temps de violence et de guerre. colonus. dans l'espace « d'une année. I. pour y être placée parmi les es- 1 « claves . Luilprand. qu'elle soit « amenée à la cour du roi .30 CHAPITRE I. Rolh. 222. » montra non moins cruelle dans les peines qu'elle pro- 1 «Si servus liberam mulierem aut puellam ausus fuerit sibi con- «jugio sociare. ou originaire. IV. il est facile d'apercevoir une législation toute barbare. . Ils sont presque toujours associés dans la loi. habeant parentes potestatem occidendi aut foris pro- (i vinciam trans vende ndi .Leg. tune liceat . incurrat periculum. ipsam in curlem régis ducere et intra pensiles «ancillas constituere.. » On voit combien la loi était sévère à l'égard de ceux qui essayaient de franchir la ligne de démarcation pro- fonde que les mœurs avaient tracée entre l'esclave et l'homme de condition libre. t. Si les parents. si le coupable est esclave « domestique. incendio coneremetur. 6.. ou colon.) — Nous remarquerons ici que le servus et le colonus sont placés sur la même ligne pour le châtiment. ap. — Xoy.originarius. Ibid. il sera con- « damné à payer les dommages 2 La loi des Lombards se . Et si parentes ejus infra anni spacium boc facere distu- « lerint. négligent de punir la coupable. animae sua. qui ne peut appartenir qu'à un peuple grossier et non civilisé. Theod. Dans les châtiments et les supplices qui sont infligés aux coupables. ) 1 «Si servus.) . » (Edict. et de rébus ipsius mulieris faciendi quod « voluerint. « appartenaient a cette femme. il sera bridé. 109.. Canciani. ap. Canciani. l Voy. et illam qure servo fue- « rit consentiens . » (Lex reg. rcq. si c'est « un homme libre qui a commis le crime.. Nous lisons dans un édit du roi Théodoric : « Quand une maison aura été in- « cendiée pour cause d'inimitié. 97.

. 127. on le pendra au-dessus de la fosse « du mort l . t. au taux légal et « avec son pécule. i32. DROIT BAKBAHE. 77. 137-. 31 nonça contre les esclaves qui s'étaient rendus coupables d'un crime. 1 36. Rot h. Nous ne terminerons point ce court aperçu sans citer un texte qui tend à prouver que la violence des invasions et les désordres qui en furent la suite. abandonnés entièrement à la libre disposi- tion du maître. 37. Roth. puis. ap. ou les appliquer aux services de la ville. ap. les amendes nombreuses qui sont pro- noncées. Rothar. nous ordonnons qu'il paye. le prix de l'homme tué. 76. elle le fait moins dans l'intérêt de l'esclave lui-même que dans celui du maître.87S. en esclaves réels . lex reg. en Italie . que d'indemniser le maître pour le 2 dommage qu'il a éprouvé dans sa propriété . «Que tout maître.) 2 Lex reg. . Canciani. « fussent-ils originaires . 1. 1 35. mêmes ceux que la loi avait déjà fixés au sol. dit Théodoric.. pour sa- « tisfaire la vengeance. f. 6 . » Nous devons dire ici que. I. ait le « droit de tirer de ses champs les esclaves rustiques des « deux sexes qu'il possède de corps et en droit légitime. pour les transférer aux lieux de son « domaine.. » (Lex reg. 1 33. Canciani . et 1 Leg. Langoburd. contre le meur- trier de l'esclave. « Si un esclave du roi se rend coupable d'un «meurtre. eurent pour premier résultat de convertir un instant tous les es- claves. i3o. ont moins pour but de satisfaire à la morale et à la justice. Langoburd. «. En effet. i3i. si la loi des Lombards in- tervient pour protéger la vie de l'esclave . dans les édits du roi Rotharis. 1.Et «servus ille super fossam ipsius mortui appendatur. Leg.

les hommes de « ladite condition. » Ainsi le colon.32 CHAPITRE I. inii. l'humanité. comptés dans la famille urbaine. recula d'abord au delà du point qu'avait marqué dans ses progrès le droit civil des Romains. l'esclave de la famille rustique. 1 42 . ap. 1 Edict. Cette perturbation dans la condition des esclaves est importante à signaler. Qu'il soit « permis aux maîtres d'aliéner. à bon droit. elle nous prouve que. I . par contrat. Canciani . pour la question de l'esclavage comme pour les autres questions sociales. . par le fait des invasions. sans aucune portion de la terre. ou de « les céder. pouvait être arraché au champ qu'il cultivait pour être employé dans les fonctions domestiques et devenir membre de la famille urbaine. « Qu'on n'admette aucun litige sur les faits et les arrange- « ments de ce genre. ou de les l « donner . Theod. de les vendre à qui bon semblera. <• qu'ils soient . et sur l'opposition d'origine. t.

le riche séna- teur. entre l'âme de l'esclave et celle du maître il n'y avait point de différence. les maîtres et les esclaves confon- dus assister. dans quelque maison retirée. tous étaient égaux. etc. se répandirent avec une incroyable rapidité dans toutes les parties du monde . ou dans des lieux souterrains. INFLUENCE CHRÉTIENNE APRÈS LES INVASIONS DES BARBARES. apporté de grandes modifications à l'esclavage ancien. devant Dieu. par l'Histoire de l'esclavage clans l'anti- quité. (DD V e AU X e SIECLE. aux cérémonies qui s'ac- complissaient en secret. INFLUENCE CHRETIENNE. On a pu voir. . — Conclusion du chapitre. — Etal de l'esclave ecclésias- tique. Les doctrines nouvelles. quelquefois les filles et les femmes des empereurs venaient prendre place à côté des affranchis et des es- claves dans ces réunions mystérieuses où le prêtre an- nonçait que. 33 CHAPITRE DEUXIEME. on le sait. — L'Église mul- tiplie les affranchissements. avait proclamé qu'aux yeux de Dieu. — Elle constitue la famille de l'esclave. et que la religion du Christ ne reconnaissait ni maîtres ni esclaves. Rachat des captifs par les prêtres et les saints. — L'Eglise admet aux ordres sacrés les esclaves et les lils d'esclaves. que les idées chrétiennes. Le christianisme. dès l'époque des grandes persécutions. Le consulaire. On avait vu. sans distinction . en se propageant avaient . sans détruire d'abord la trop grande iné- galité des conditions.

En résumé . dans les ventes. sans être arrêté par les désordres violents qui. aux termes de l'ancienne loi. elle fit sentir son influence à la lé- gislation elle-même. le christia- nisme avait déjà fait subir à l'esclavage une espèce de transformation. elle lui avait assuré la possession en propre de son pécule. l'esclave cessa d'être une chose pour devenir une personne. Ce pécule. jus utendi et àbntendi. devait amener. dans l'ouvrage cité plus haut. romain. les mœurs introduites par le christianisme répugnaient à l'ap- plication de cette loi. . et. vinrent jeter le trouble dans les pays de l'Europe occidentale . en Orient. il ne sera plus sépaé de sa femme et de ses enfants. Il y a plus : quand la religion chrétienne devint la religion de l'empire. à la suite des invasions. lois étaient empreintes de l'esprit du christianisme. On a vu. là où le christianisme avait pu agir librement. elles répandirent sur la vie de l'esclave bien des adoucissements et des consolations. la loi avait mis le sceau à tout ce qu'elle avait fait jusqu'alors pour l'esclave. à une époque où l'esclavage se re- crutait difficilement.34 CHAPITRE II. en déclarant que. en constituant pour lui la famille . l'émancipation de tous les esclaves. la moralité de l'esclave. eu quelque sorte. L'esclave est res- pecté dans sa vie et dans ses membres. et. les lois de Constantin et des princes ses successeurs qui furent favorables à l'esclave et combien ces . par le fait. à mesure qu'elles firent des prosélytes plus nombreux . Enfin. on pouvait encore user et abuser de l'es- clave comme d'une chose. Si. vers la fin de l'empire romain . et la législation impériale a constitué. après un temps plus ou moins long.

de lui en- lever ce qu'il avait de plus inutile et de plus honteux. et qui remplissaient différentes fonctions dans les jeux scéniques. et le dernier sang qui coula sur l'arène des amphithéâtres fut celui du martyr Télémaque. Les prêtres luttèrent contre la brutalité des envahisseurs 3. On a vu les éloquentes paroles adressées aux maîtres par les Pères de l'Eglise. Eniin il pénétra dans l'intérieur des maisons pour arracher à des emplois vils ou frivoles les innombrables individus qui formaient la plus grande partie de la famille urbaine. la loi. C'est ainsi que le christianisme avait travaillé avec une admirable persévérance à anéantir ce qu'il y avait d'im- moral et de superflu dans l'esclavage. le chris- tianisme n'attaqua point d'abord l'esclavage dans ce qu'il avait de plus vital. pour leur rappeler que dans leurs esclaves ils ne devaient point dégrader l'image de Dieu. il essaya. Il ne laissa sous la puissance du maître que les colons et les hommes em- ployés aux travaux indispensables de la maison. qui s'élança pour arracher le glaive des mains des gladiateurs. et il ré- serva pour d'autres temps une plus large réforme. mais en réalité cette œuvre qui était devenue plus difficile. INFLUENCE CHRETIENNE. Le christianisme fit aussi dis- paraître ces autres esclaves employés sur le théâtre. 35 Mais en dehors de . avant tout. Wallon. par ses doc- trines et par ses prédications. le christianisme. Nous rappellerons ici ce quia été dit dans le livre de M. . ne fut point interrompue. . H. Les invasions des Barbares avaient paru arrêter un ins- tant l'œuvre du christianisme. avait agi sur les mœurs des hommes d'une manière plus efficace. Il abolit ces jeux sanglants où des hommes venaient s'égor- ger pour les plaisirs d'une vile populace.

ils les soumirent à leur ascendant. sans avoir été affranchis. La loi adopta alors. Le spec- tacle de cette intervention. les développe- ments que nous allons donner pourront montrer quel a été le rôle de l'Eglise pendant et après les invasions. et plus tard pour mo- difier et transformer l'esclavage. mais. Au reste . essayaient de prendre un rang dans la hiérarchie ecclésiastique. Us se précipitaient en foule dans les églises. car nous nous sommes proposé de suivre dans ce chapitre e l'influence chrétienne depuis le v siècle jusqu'au x c . et plus d'une fois ils les ren dirent les instruments de leur charité et de leur bienfai- sance. des dispositions sévères contre les esclaves qui. On verra que l'Eglise est restée fidèle à ses premières doc- trines. opprimés avaient cherché un refuge dans le christianisme. est à coup sûr l'un des plus beaux que l'histoire puisse offrir à nos yeux. les esclaves. ils domptèrent leur férocité. Déjà sous l'empire romain . après l'avènement de Cons- tantin.36 CHAPITRE II. Ils usèrent fréquemment du pouvoir qu'ils avaient sur les conquérants pour adoucir. Elle ordonna même qu'on rendît l'esclave qui s'était réfugié au pied des au- tels pour se soustraire à la violence et aux mauvais trai- tements d'un maître. comme plus tard sous les deux premières familles des rois francs. par une admirable restriction. et ils échappaient ainsi à l'esclavage. comme ils avaient lutté jadis contre la corruption raffinée des Romains. demandant et recevant quelquefois les ordres sacrés. . et que son intervention dans les affaires du monde a toujours été active. en ce qui concerne l'escla- vage. puissante et bienfaisante. Ils prirent les Barbares à leur arrivée sur les terres de l'empire.

Tlieod. lv. Le concile d'Epaone dé- " clare que celui qui aura tué son esclave sans le minis- « tère du juge. 34 . sine conscieniia judicis . rendirent un instant à l'esclavage son ancienne rigueur. mais il suppose • expressément que l'esclave tué avait commis un crime «capital 2 . 34. IV. comme nous l'avons dit. Etat îles personnes en France sous la première et la seconde race de nos fois. par l'abbé de Gourcy. pendant deux ans. (an 5 1 7 ) can. INFLUENCE CHRETIENNE 37 elle décida que les prêtres et les clercs pourraient em- ployer leurs bons offices pour apaiser la colère du l maître . ce fut pour l'Eglise une raison d'intervenir plus puis- samment. p. ainsi que les malfai « teurs qui se réfugiaient dans l'église et dans la mai « son de l'évèque. tit. Epaon. et de multiplier les adoucissements qu'elle apportait à l'esclave opprimé. Aarel. Com . 1769. Le « concile de Worms admet cette décision. 5 (43a). t. Labb. des services qu'on ne saurait apprécier aujourd'hui à leur 1 Cod. à l'époque où les envahisseurs de l'empire romain n'avaient encore rien perdu de leur ancienne rudesse. « Le premier concile d'Or- léans ordonna que les esclaves. Voy. Les invasions des Barbares. Coneil. n'en seraient tirés qu'après que celui à i qui on les livrerait aurait juré sur les saints Evangiles • qu'il ne leur ferait aucun mal. Le même concile soumet à une pénitence de sept ans au moins les autres homicides. car». 1 (an 5 1 1) . I. Paris. et elles rendi- rent à la société en général. sera excommunié . 3 . IX. Conc. lib. . et aux esclaves en particu lier.» Les mœurs chrétiennes avaient sans cesse à lutter contre la barbarie des conquérants. . .

une épée nue le menaçait à 1 Voy. bouffi d'orgueil. lib. vinrent chercher un asile chez un prêtre de Reims. Nous citerons quelques exemples qui. on sait com- ment ces deux esclaves fugitifs. si le malheureux voulait pousser un 1 cri ou changer de place. il faisait re- commencer jusqu'à ce que les jambes du serviteur fus- « sent toutes brûlées. jusqu'à ce «qu'il fût éteint. nous aide- ront à saisir les modifications que le christianisme a fait subir à l'esclavage. en met- tant en opposition les mœurs barbares de ces époques reculées et la charité sans borne des prêtres. qui parvint à les soustraire à toutes les recherches et à tromper leur maître par un pieux mensonge l . Il faut parcourir les historiens contempo- rains des premiers temps de la conquête pour comprendre ce qu'il y eut alors de beau et d'héroïque dans le rôle de l'Eglise. . Turon. un cierge allumé pen- • dant son repas. On connait l'histoire de Léon et d'Attale. il lui faisait mettre les jambes à nu. et « commettant des actions détestables. sur l'Histoire de France. — Vov. t. Quand on l'avait rallume. III . insolent. Gregor. • D était rempli de vanité. et le «contraignait d'y serrer le cierge avec force. 3o5 et suiv. comme c'est l'usage. . 38 CHAPITRE II juste valeur. 1 5 . Si un esclave tenait • devant lui. aussi Augustin Thierry Lettre vin. après avoir échappé à ceux qui les poursuivaient. édition de la Société de l'histoire de France. p. • traitant ses subalternes comme s'il oubliait qu'il était « homme: dépassant toutes les bornes de la malice et de « la sottise humaine dans ses cruautés envers les siens. \ ers l'année 076 vivait un homme appelé Rauchiug. I.

« Le prêtre sans défiance crut à la pi I nomme • ru. je ferai en sorte qu'ils res toujours uni-. et ses pleurs excita -ports de joie «de son maître. que ni le jeune homme n'aura épouse la vante d'un autre. Quoiqu'il me peine que tout ceci soit ar- rive sans mon c uenl (nattai ne avec plaisii ette pensée. Cette inclination durait depuis demi • ou plus encore: ils s'unissent et se r-:. Ruuching. • on coupe un arbre. comme il arrive souvent. tiendraient leur pardon. : et me promets en même ten • exempter de toute peine corporelle. puis dans une fosse pratiquée en terre. smfale •dans l'église. avec promesse de leur pardonner..- par moi: au contraire. deui de sa urne et une je • fille. va trouver le prêtre du lieu. dit avec un serment : Ils ne seront jarna. se prirent i l'an . dans :emps. comptant qu'ils ob- . . il tit déposer mme . dont on al at la tête. et on crei. Rauchic. ni celle-ci l'esclave d'un étranger. _. Quelques personnel disaient que. INFL ENCE C H B ETIEN N E l'instant. :iaer- • cia et retourna à sa maison.e.r l'autre. Aussitôt. et le prie de lui rendre sur-le-champ ses deux serviteurs. Alors le prêtre lui dit : Tu sais quel respect on doit avoir • pour les églises de Dieu : tes serviteur? ne te seronl ici - dus que si tu me garantis ta parole nue leur union ne . lauchins l'ayant appris. a avoir hésite 1 iiîrtemps en silence sur ce qu'il devait faire tourne enfin vers & plaçant ses mains soi l'autel .- « tronc avec un coin. par son ordre. profonde de trois ou quatre pieds. et lui rendit les serviteurs. .

même à cette époque de barbarie. Turon. lib V. et les ensevelit ainsi tout vivant?. C'est ainsi que dans ces temps de grandes calamités le christianisme essayait. il accou- « rut précipitamment. Nous devons insister particu- lièrement sur le rachat des esclaves. par l'invasion des Barbares. mil un couvercle par-dessus. Taranne). dans la partie delà Gaule conquise par les Burgondes. un saint prêtre appelé Eptaclius. Quand le prêtre apprit cette nouvelle. Eptadius les rachetait et leur : Yov 'ireg. dans leurs expéditions. par le récit qui précède. La vie de tous ces hommes qui reçurent de la reconnaissance des contemporains le nom de saints est une longue série de bonnes œuvres. ils secouraient les pauvres et les faibles. ils protégeaient les esclaves et quelquefois même ils les rachetaient. Vers l'an 5oo de notre ère vivait. mais la fille était étouffée 1 . séparer. 3 traduction de M. • si elle était morte: il ordonna qu'on jetât l'esclave sur elle. . combien était puis- sante. qui est considéré par tous les légendaires comme une des œuvres les plus mé- ritoires des saints. et qui s'étaient accrus. Quand des Burgondes. et adressant de vifs reproches à cet « homme. de faire disparaître peu àpeu tous les maux sortis de la société antique. Il retira le «jeune homme encore vivant. par son es- prit de justice et de douceur. obtint uvec peine de les découvrir.40 CHAPITRE II. » On voit. remplit la fosse de 'terre. La charité des évêqnes et des prêtres trouvait sans cesse une nouvelle occasion de se manifester. disait-il. Je ne manque «pas. avaient enlevé des captifs. au serment que j'ai fait de ne jamais les . Chaque jour de leur existence était mar- qué par un acte de bienfaisance. l'influence de l'Eglise. à plus d'un égard.

libres et pleins dejoie 1 . Eptadii. ressentit une grand douleur. per eum cum magno gaudio recu- «perata libertate. Quelque tempsaprès. sint reversi. 11 écrivit au roi Sigismond pour obtenir la liberté de ces captifs. Hberavit. Tous les habitants de la ville d'Orange ayant été réduits en captivité. . ap. Deo gratias agentes. t. . Il enleva un grand nombre de captifs. . saint Césaire. 41 rendait la liberté. revinrent dans leursfoyers. » (Vila S. et obtinuit. . Il en ra- 1 «Castrum provincial Lemovicina.utauctûritalemsuam «pro ingenuorum animis daret. p. ctfrancic. Si^isrnundo perepistolani imperans. qui étaient bien au nombre de trois mille. . . Script. Eptadius . L'evèque d'Arles. gallic. III. in quo non • minima cnormitas facla est caplivorum. Eptadii. Le roi n'osa pas rejeter la demande du saint. rer. vendait les objets pré- cieux qu'il avait reçus en don. INFLUENCE CHRETIENNE. à cette nouvelle. qui avaient suivi les vainqueurs en pleurant et en gémissant. . et tous ceux. ibid.) * « Eptadius non parvam mullitudinem. 38 1. Pro quibus vir beatus Epta- • dius ingemiscens et lacrymas fundens.. et • slatim prUtime ingenuitali restituit. La ville fut prise et les vainqueurs entraînèrent à leur suite une multitude d'esclaves. » ( Vita S. data pecunia. dit la légende. effractum est. Il tua le roi Alaric et ravagea les provinces qui étaient soumises aux Goths.) s Ces <v laves axaient été enlevés par les Ostrogotbs (vers 5i 2). 11 arriva une fois que le roi des Bur- eondes fit donner l'assaut à une ville fortifiée du Limou- sin. Césaire ût 3 d'immenses efforls pour les tirer de la servitude . le roi Clovis lit une expédition au midi de la Loire. ad Dominuin more suo pros- • ternilur. et avec l'argent de cette vente il rachetait des esclaves. ut qui vénérant (lentes • et lugentes. Cette fois encore on vit Eptadius racbeter une foule d'esclaves 2 àprix d'argent pour leur rendre leur première liberté .

«captivos. ipse quoque pro redimendis captivis Carcas- «sonam profectus est civitatem. 2 furent rendus à la liberté . III.) 2 «Quod cum audisset (Eusicius) circumquaque respiciens. etfrancic. . il aperçut les captifs que l'armée traînait à sa suite et qui étaient attachés deux à deux comme des chiens. et il pria le roi de lui donner les captifs que les soldats tenaient enchaînés. jubet captivos perquiri. suorumque solatio et ordinatione fecit ad n propria revocare. et les captifs.. affranchirent leurs esclaves par péni- 1 «Et ut eis libertas plenior redderetur. Plus d'une fois à cette époque de nobles Francs. Cœsaru épisc.42 CHAPITRE II. «cernit ligatos. agissant probablement d'après le con- seil des prêtres. ) . Script. . Il fut ému par ce douloureux spectacle. . more canum « binos et binos insimul copulatos. . A son retour il visita saint Eusicius et lui dé- clara que s il avait une faveur à lui demander elle lui se- rait accordée sur-le-cbamp. . yallic. lui ayant été remis. rcr. Supplici prece petit a rege . quos vinctos miuabant satellites.xercitus ducebal captivos. de riches propriétaires. Arclat. Arelatensem in- «greditur civitatem. cheta un grand nombre. afin qu'ils pussent retourner plus facilement chez eux. etc. Le roi ac- cueillit la prière du saint. ibid. Dehinc ad propria reversus.» ( Vita S. Cujus petitioni benigno « favore rex asseutiens. quos regalis e. p. an.» [Vita S. et. mais il en sortit bientôt pour aller délivrer d'autres captifs qui se trouvaient à Carcassonne l . En 53 1 le roi Childebert fit une expédition contre l'Es- pagne. 385. t. . Puis il revint à Arles. il leur fournit des chariots et des montures. iïiisicii confessons . imposuit cum sumptu ju- if mentis et piaustris in via. Le serviteur de Dieu . promena ses regards autour de lui. ayant entendu ces paroles.

On ne pourrait compter tous les captifs qu'il racheta. de Sigebert et de Chilpéric. Reiiedicli. on doit mettre au premier rang saint Germain. son 1 Vita S. gascons. p. assurés qu'ils étaient d'obtenir de lui leur déli- « vrance 2 . Ce prêtre. de nombreuses donations aux lieux saints. bretons. » Parmi les hommes qui brillèrent au via siècle par la charité chrétienne. nous a transmis sur cet homme qui fit tant de bonnes œuvres des récits fort touchants. après leur avoir donné de riches présents : « Dimisit viginti ex servis suis I « liberos. ap. Hispanus. auclore Venantio Fortunato. INFLUENCE CHRETIENNE. sanct. qui a écrit la vie de saint Germain . «J'appelle en témoignage. qui parlait avec tant de force et de hardiesse aux fils et aux petits-fils de Clovis. Ainsi on vit un certain Florus. rer. Burgundio. cum ad nomen beati concurrerent i undique liberandi jugo servitii. Saxo. évêque de Paris. » ( Vita S. et francic. t. Germani e/iisr. espagnols. » Quand le saint n'avait point d'argent pour faire de bonnes œuvres. Le poëte Fortunat. « burgondes accouraient au nom du bienheureux Ger- «main. ce prêtre si puissant était l'ami des pauvres et des esclaves. 43 tence. saxons. III. t. A17. par piété. - 2 « Unde sunt contiguœ génies in testimonium. tous « les esclaves. 22/i. sec.ord S. qui voyait s'évanouir devant lui la férocité de Childebert. scots. de Clotaire. qui jouissait alors d'une grande considération (c'était vers l'année blih). Script. « s'écrie Fortunat.) . a Britto. ou pour faire une action qu'ils croyaient agréable à Dieu. Paris. Il affranchit une fois vingt de ses esclaves. les nations qui nous environnent. in Art. p. Scottus. Mauri abbatis. Wasco. I . 1 . prius eos ditans magnis donis . il était soucieux et triste. gallic. faire.

J 1 1 ni accepisset in manibus. mais que lui-même venait d'échapper 1 aux liens de l'esclavage . 17 leçon. visage était sévère et sa parole était grave. que ceux même qui avaient emmené les captifs lui remirent une partie du prix. II. ayant emmené d'Albi un grand nombre de captifs. il avait cou- tume de dire : «Rendons grâce à la divine clémence. des Francs . 1 «Quod si Dotninus aiiquid per manus sancti dispensandum ali- « cunde dirigeret. p. Continue» sine ambiguitate praesens probabatur effectus.s [Vita S. i5 (édi- tion de la Société de l'hist. en consacrant quelques pages de son histoire au souvenir de Salvius d'Albi. — Salvius mourut en 584. que ce n'était point un étranger qu'il avait racheté. Germani episc. Quod . aussi — e M. met au nombre des bonnes actions de cet évêque le rachat des captifs.) 2 Grégoire de Tours. liv. Salvius le suivit et qu'il les racheta tons. » Alors les rides de son front disparaissaient. son visage s'épanouissait. mox in spiritu prœvidens solitus erat dicere : gratias . Avec l'aide de Dieu . de France). et lui en offrirent une autre partie en présent'2 . à le voir. Hist. toc. t. dit Grégoire de Tours. Paris. Voy. gressupergebatalacrior. Guizot. car « nous pouvons racheter un esclave. Cours d'histoire de la civilisation en France. Grégoire de Tours.kk CHAPITRE II. qui jouissait d'une grande réputation de sainteté dans la dernière moi- e tié du vi siècle. 1. supra citât. sa dé- marche était plus légère et ses paroles respiraient la gaieté. . Vous eussiez dit. S'il arrivait au contraire qu'il eût eu main quelque somme.' agamus divinœ clementiae : nam undc fiât redemptio appropinqua- o vit. lingua fluebat jociuidior : uterederes nbominem pro redimendis aliis se ipsum servitutis vinculo liberan- tdum. vultu florebat se- n renior. resoluta ruga frontis. 11 raconte que le patrice Mummole. III. il se concilia si bien les bonnes grâces du peuple vainqueur.

quelques instants de repos. aux traitements les plus rigoureux mais l'esprit du christia- . « La reine Ingoberge (veuve de Chariberl) était « une femme de grande sagesse qui . de ravages et de meurtres. p. Quand elle sentit que sa fin ap- « prochait. » Après la mort des fils et des petits-fils de Clovis. d'après ses conseils elle lit de grands legs aux « églises. III. et qui pos sédaienf des esclaves. suivaient l'exemple des prêtres et des saints.. tous ceux qui avaient des esclaves dans les maisons ou sur les terres qu'ils possédaient héréditairement ou à titre de bénéfice. Toute- fois l'esclavage ne reçut point alors de modifications sensi- bles. ayant donné la liberté à beau- 1 « coup d'esclaves. . 45 Tous ceux qui étaient riches et puissants. on s'aperçoit qu'à cette époque le vaste empire de Dagobert jouissait d'une assez grande prospérité. xxxi. des Francs. tiv. par chartes d'affranchissement . 1 Grégoire de Tours. IX . les frères essayaient d'assassiner leurs frères. comme par le passé. après tant de guerres. sous le règne de Clotaire II et de son successeur. Puis elle mourut. passait sa vie dans les «veilles et dans la prière. les soumettaient. tous les pays soumis à la domination des Francs goûtèrent. nisme ne cessa point d'intervenir en faveur des opprimés et l'Église compta encore parmi les actions les plus vertueu- ses et qui méritaient devant Dieu une grande récompense le rachat d'un captif ou l'affranchissement d'un esclave. t. 33 1 — Ingoberge mourut en 589. Aussi barbares. elle appela auprès d'elle Grégoire. l'évêque de «Tours. et si l'on consulte les documents contem- porains. aussi cruels que les premiers conqué- rants. INFLUENCE CHRETIENNE. Ilisl. . après ces luttes violentes pendant lesquelles les fds s'armaient contre leurs pères.

Parfois il rachetait en même temps vingt « trente et même cinquante esclaves. mox dato pretio libera- nbat captivum. magna «cum misericordia et festinationc occurrens. qui devint plus tard abbé. « Lors- « qu'il savait. L'orfèvre saint Eloi fit beaucoup pour les esclaves. qui devint le conseiller des rois et qui s'éleva si haut. il accourait en loute hâte pour en payer le prix « et le délivrer. III. comme des trou- 2 « peaux de bêtes . Nonnunquam vero «agmen integrum. et francic. rer. » N'oublions point ici 1 Vita S. utriusque sexus. t. Interdum etiam usque ad viginti ettri^inta. Cet homme. et usque ad centum animas. cum navi egrederen- « tu r. On le vit délivrer pa- « reillemenl des troupes entières (cent personnes à la fois) « au moment où les vaisseaux débarquaient les infortunés « des deux sexes qu'ils avaient enlevés dans les diverses con- trées. ap. n'oublia point que par sa naissance il appartenait aux classes inférieures. mais c'étaient principale- « ment des Saxons. . 2 «Sanc ubicumque venundandum intellexisset mancipium. seu et quin- «quaginta numéro siniui a captivitate redimebat. 495 (vers 617). dit son biographe. qu'on allait vendre un « esclave. clans tous les pays . >< quelquefois même des Maures. Script. Celaient des Romains. Sous le règne de Clotaire II un certain Romaric. des Gaulois. gallic. p. renonça au monde pour aller s'en- fermer dans le monastère de Luxeuil. Il voulut se prépa- rer à la vie du cloître en rendant la liberté à un grand nombre d'esclaves 1 . 46 CHAPITRE II. qu'à cette époque on allait arracher à « leurs demeures. ex diversis gentibus venientes pariter libcrabat. . Il savait combien ces classes étaient malheureuses. des Bretons. et il usa de son crédit et de ses richesses pour améliorer le sort de tous ceux qui souffraient. Romarici abbalis. etqu'on transportait.

nec non el «Maurorum. avait mené d'abord la vie du monde. » ( Vtta S. se tournant vers lui. vaincu par les prières. il se jeta à ses « genoux disant C'est moi qui .etfrancic. Script. in diversa distraheban- «tur. l'autre. du mal que je t'ai «fait. atque Britannorum . L'homme dit qu'il n'ose- « rait point faire unetellechoseàson maître. et mal- « gré lui. qaUic. 553. sed praecipue ex gencre Saxonorum qui abunclc eo tem- «pore. INFLUENCE CHRETIENNE.veluli grèges. il avait lui-même vendu. . peut-être. ap. rase-moi la tète. hl que l'orfèvre saint Eloi. comme «je le mérite. Frappe mon corps de « verges. je t'en conjure. Gallorum. et qu'il appartenait à l'Eglise. Saint Bavon ou Bav. la clémence divine « m'accordera-t-elle mon pardon. : t'ai vendu lié de courroies. lui attacha les pieds à un bâton. si tu fais cela. et "jette-moi en prison. et accorde-moi une prière. lui rasa la « tête. écrite par un contem- porain : «Il vit un jour venir à lui un homme que jadis. a sedihus propriis evulsi. ermite et patron de la ville de Gand. comme on fait aux voleurs.) . Je lis dans sa Vie. III. et. qui fit tant de bien aux pau- vres et aux esclaves. mais l'homme « de Dieu. . de 620 à 63o. s'efforça de l'engager «à faire ce qu'il lui demandait. Etigii . A cette vue il tomba dans un violent « désespoir de ce qu'il avait commis envers cet homme un « si grand crime. qui parlait éloquemment . « et pendant qu'il menait encore la vie du siècle.t. « ne te souviens pas. Contraint enfin. était évêque. p. Il lia les mains à l'homme de Dieu . le conduisit à la « prison publique. les pieds et les mains liés. fit ce qui lui était « ordonné. et l'homme de Dieu y resta plusieurs « Romanorum scilicet. rer. mort au milieu du vn e siècle.

qu'il avait toujours devant les yeux de son esprit. III. de transporter et de vendre hors des 2 frontières du royaume des Francs les esclaves chrétiens . pour acheter des captifs. et libères reiaxavit. et «alios ex ipsis in monasteria intromisit. se trouvait une femme . » Parmi les esclaves tirés de différents pays et amenés dans le royaume des Francs . an- glaise d'origine. 4oo (an 553- 657 ) — M. Elle en fit entrer plusieurs dans les monas- tères. cjallic. Sed niagis et ipsa. e 2 «Et illud commemorandum est. puis elle les ren- voyait libres. « comme un lourd fardeau 1 . quia ad mercedis ejus canudum «pertinet. "jours. captivos plurinios redimere prœcepit. etfrancic. Comme pendantplusieursannéesBathilde exerça sur les affaires de son temps une grande influence. elle rendit à la liberté beaucoup d'esclaves . En souvenir de son premier état . . . qui épousa le roi Clovis II. d'origine anglaise. 573. déplorant jour et nuit les actes d'une vie nion- « daine. p. Elle fit défendre. Devenue reine. quod captivos homines c'nristianos ire probibuit : datasque « pn-eceptiones per singulas regiones. Guizot Cours d'histoire de la civilisation en France. Bathilde (c'était son nom) se rendit célèbre par sa piété et ses bonnes œuvres. Script. Elle choisissait principalement les hommes qui étaient. ut aullus in regno Francorum «captivum bominem penitus transmitterct. 1 7 leçou. Nous ferons remarquer ici que ces édits de la reine Ba- 1 Vie <ie saint Bavon . ap. dit son biographe. l\ . S.48 CHAPITRE II. et elle adoucit le sort de tous ceux qu'elle ne put sauver ou af- franchir. Elle donnait de l'argent. ord. Ben. comme elle. rer. » (Vila sanctœ Dathildis. ) . dato opretio. denutritos secum . t. t. sanct. par divers édits. Act. . p. et pra?cipue de gente sua viros «et puellasquamplures. elle se servit de son pouvoir pour faire en faveur des esclaves de nombreux règlements.

qui . donnaient la liberté à trois esclaves dans chacun de leurs domaines. . Rer. pou- vaient avoir d'immenses résultats. Dr l'Etat des personnes en France sous les rois de la pre- mière race. à la même autorité du chris- tianisme. il les rachetait de ses «propres deniers. ne «souffrait pas qu'on vendît les hommes à l'encan. Au reste. Marc ni fi . La législation de cette époque est tout em- preinte de l'esprit du christianisme 2 Les affranchissements . 52. 096. ni qu'on les retînt en c. II. — Lex salie a reformata xvi. — « Saint Bonet. Batbilde es- sayait par là de mettre fin à un déplorable trafic: on sait qu'à cette époque il y avait dans les Gaules des gens. Duchesne. cette munificence des rois fraucs. p.) 3 M. VII.) 1 On pourraitattribucr aa même esprit. vers l'an 700. les efforts des prê- tres . vers le milieu du vn e siècle. et principalemeDtdes marchands juifs. 49 tbilde en localisant . . VIII. Naudet.» ( I ita sancti Boneli. — L'abbé de Gourcy. pour signaler la nais- sance d'un fils. — Baluze. qui faisaient une es- pèce de traite. et qui vendaient des esclaves chrétiens aux l nations étrangères . t. 684.iptivité.) . si nous pouvons nous exprimer ainsi les esclaves chrétiens dans le royaume des Francs. se multiplient. lib. p. 1. Nous lisons dans de vieilles formules qui appartiennent au vu" siècle : 1 Vales. De l'Etat des personnes en France. p. Capitul. et c'est toujours dans un but religieux 3 qu'ils se font . 3o. lib. 81 et 82. p. nouvelle série. an. 227. I. t. des évêques et de tous ceux qui s'étaient abandonnés aux inspirations de la charité chrétienne avaient porté leurs fruits. et les renvoyait chez eux. «nommé gouverneur de la province de Marseille. des inscriptions et belles-lettres. ( Mémoires de l'Acad. INFLUENCE CHRETIENNE. Déjà. col. XXI .. comme c'était l'usage «dans ce pays. francic. 286. 1. 1089. S'il en savait quelques- «uns qui eussent été vendus malgré ses ordres. (Formai. I.

si fratres sumus. Voy. «restant soumis à Dieu. Marculfi. n oi 32 et 34. 1797. (jullic. Ipse etenim dixit : « Dimitte et dimittelur vobis. reprend la formule. t. par Bose. qui est tout un plaidoyer théologique en faveur de l'affranchissement : « In nomine Dei patris omnipotentis «ejusque filii unigeniti. lu « n'appartiennes par aucune fonction ou redevance ser- « vile. à partir de ce jour. Sirmond. III. Capitul. tib. col. II. et que.. Unde hos servos et ancillas ab omni jugo servitutis absol- « vimus. p. contre notre attente. an. sub nostraejugo « servitutis homines depressos relaxare decernimus. Mémoires pour servira l'histoire de France . — Bahiz. l'esclave devait trouver dans la protection des prêtres la plus précieuse des garanties : « Et si. «Ergo. Script. C'est pourquoi ma « femme et moi . Capital. 1 83. Voy. aussi une formule d'affranchissement de l'an 821. et certes. à titre d'esclave ou d'affranchi à nos . ( Voy. quasi ex debito. 423 et 4 2 4. afin que désormais tu mènes la vie d'un homme • libre comme si tu étais né de parents libres. » (Chartede la seconde moitié du xi" siècle. etc. t. Il. le maître de toutes choses. à la suite de Mar- culfe. et Lind. 657. nous 1 Formul. rer. qui ad hoc incarnari voluit ut eos qui suh «peccatijugodetinebantur in libertatem filiorum adoptaret Qua- « tenus et ipse nobis nostra peccata relaxare dignetur. VI . — Plus tard on retrouve fréquemment ces formules d'affranchissement. t. un peu plus tardive. Et apostolis : Omnes enim fratres estis. à une pareille époque. t. Formul.50 CHAPITRE II. Baluz. héritiers 1 . en vue du salut de notre âme et d'une « récompense éternelle.. ad ser- «vitutem cogère debemus. etfrancic.) . p. >< tous les liens qui te rattachent comme esclave à notre « maison. II. nullum ex fratribus.) En voici une autre.» Puis l'affranchissement était placé sous la protection de Dieu et de l'Eglise. nous brisons. et iterum ipsa veritastestatur:Ne vocemini « magistri. Rodez. « Celui qui affranchit un esclave doit espérer de trouver « un jour récompense auprès de Dieu.

ni pour soutenir de grands intérêts politiques. On se disputait une maison un champ. se partageaient le territoire des Gaules. 72. il soit séparé de la « communion des fidèles l . il en fut toujours ainsi dans les premiers temps de la conquête. et nous • voulons que. des Burgondes ou des Wisigoths partait pour une expédition. Il arriva souvent aussi que. nous consentons à ce • que la colère de Dieu poursuive le coupable. . Quand le chef des Francs. 4. renonçant à soumettre réel- 1 Voy. Toutes ces guerres avaient donc pour but unique le pillage. Dans les premiers temps de la conquête . Nous croyons pouvoir assigner à ce fait la raison suivante. 51 « mêmes. une province avec plus ou moins d'acharnement. une bourgade. quelques-uns de nos héritiers ou toute autre per « sonne essayait de venir a l'encontre de cet affranchisse- « ment et te réduisait en esclavage . il quittait les terres qui lui appartenaient et qu'il avait intérêt à pro- téger et à maintenir dans un état florissant. une ville. les Francs. suivant que les produits du vainqueur pouvaient être plus ou moins grands. Nous le répé- tons. can. V' concile de Tolède . et il s'avan- çait dans un pays qui lui était étranger et ennemi parce qu'il ne lui payait point un tribut en nature ou en ar- gent. les saints n'in- terviennent que rarement dans le rachat des captifs. . dans ces guerres de dévastation. rejeté hors de l'Eglise. comme les Burgondes et les Wisigoths. » A partir de la fin du vn e siècle (et ici nous nous ap- puyons sur le témoignage des légendes). . Ce pays était ravagé impitoyablement dans des guerres terribles qui n'étaient entreprises ni pour vider une question de nationalité . INFLUENCE CHRETIENNE. le vainqueur. .

les choses précieuses. Toutefois l'état social ne s'améliora que lentement. Le seul but de ces . Ensuite ils attaquèrent les Burgondes. en mourant. l'argent. elle envoyait chaque année quelques tonnes d'huile (ce tribut en nature était évalué à cent sons de l'époque) qui étaient destinées à la basilique de Saint-Denis. Quand les premiers chefs de la conquête partagèrent. ce qu'ils possédaient entre tous leurs enfants. Cependant la domination des Francs sur le midi de la Gaule était plutôt fictive que réelle. ils ne les conquirent point non plus. par un léger tribut. C'est alors que l'Eglise. se contentait d'enlever les meubles. usa de tout son crédit moral . par le rachat des captifs. Les grandes villes du midi ne se rattachaient à la Gaule du nord que par un faible lien de sujétion. ne pouvant opposer la force à la force. les grandes misères qui travaillaient la société. lement une province et à s'approprier les immeubles. et principalement beaucoup d'hommes et beaucoup de femmes qui . et .52 CHAPITRE II. ses évêques et tous ceux qu'elle comptait. autant qu'elle put. C'est ainsi que Marseille ne paya longtemps au roi des Francs qu'une contribution modique. au nombre de ses saints. de leur vivant même. mais ils ne les expulsèrent point. plaçant sur la route du dé- vastateur ses prêtres. et ne leur laissèrent que la Septimanie. formaient la plus riche partie du butin. l'or. Les Francs chas- sèrent ainsi les Wisigoths du territoire de la Gaule. ils se les assimilèrent. ils divisèrent irrégulièrement les provinces qui étaient situées au midi de la Loire. adoucit. devenant esclaves par la con- quête. D'abord parmi les vainqueurs ceux qui étaient les plus forts firent disparaître les plus faibles.

et. et parmi les dépouilles et les richesses enlevées par l'un ou par l'autre parti. qui avait existé pendant les v e . on comptait encore une foule d'esclaves. la rédemption des captifs fut proclamée et pratiquée comme une des œuvres les plus chrétiennes et les plus méritoires. dans ces grandes querelles. et il essayait de lui ravir sa part d'héri- tage. le frère faisait la guerre au frère. Les scènes violentes de la première conquête se reproduisirent. n'existait plus comme autrefois entre des envahisseurs qui n'avaient point une même origine. INFLUENCE CHRETIENNE. ils ont aussi . Alors on les vit. La lutte. mais ils se disputaient entre eux les royaumes du nord et les autres provinces du midi payant tribut et non conquises. le roi. nous l'avons dit. 53 partages était de procurer à chacun des héritiers un re- venu à peu près égal. quand l'état de la société devint plus régulier et reposa sur des bases plus fixes. les Francs n'avaient plus à combattre les Burgondes ou les Wisigoths. a succédé un régime plus doux. des villes et des provinces. les rois ne vivent plus pour eux seuls et pour leurs leudes. vi c et vn e siè- cles. pour y exercer la dévastation et la rapine. Au régime violent et désordonné. Le chef su prême. L'Eglise ne cessa point d'intervenir. ne ressemble plus à ces premiers Méro- vingiens qui usaient et abusaient des terres de la conquête comme ils auraient pu le faire à l'égard d'un bien dont la possession n'eût été que passagère. se pré- cipiter alternativement sur le midi de la Gaule et s'arra- cher réciproquement des bourgades. on ne vit plus des chefs de bandes se lancer d'une province sur l'autre. Au vm e siècle . . pendant le cours du vi e et du vn e siè- cle. il est vrai.

54 (.H A PITRE II.

quelquefois eu vue le bien-être de tous; et, ce qui cons-

titue une révolution dans l'état social, c'est que, en rea-
lité, pour la première fois ils gouvernent, ils administrent;

il y a au fond de tous leurs actes une pensée d'ordre et

d'organisation. Des lors il eût été bien difficile à l'officier

revêtu du titre de comte, délégué par le chef suprême et
préposé à une circonscription territoriale de marcher en ,

armes surles terres d'un autre comte qui recevait ,
, comme
lui, du même chef son titre et ses fonctions.

Il y a donc plus de sécurité pour l'habitant desvilleset
des campagnes, et par cette raison aussi l'esclave acquiert
déjà de son côté une espèce de fixité sur le sol. D'autre
part, dans un comté, les terres qui appartiennent à l'Etat

sont nombreuses. Les rois, et plus tard les empereurs,
donneront sur ces terres de nombreux bénéfices à leurs
fidèles. Ils leur confieront, en viager, les meubles et les

immeubles , et parmi les immeubles il faut , à cette époque,
compter les esclaves. L'homme qui a reçu un bénéfice

est responsable des esclaves qui forment une partie de ce
bénéfice, et le comte , à son tour, qui surveille l'ensemble

du comté, est responsable par-devant le roi ou l'empereur
de la manière dont ces biens de l'Etat ou bénéfices sont
gérés et administres. Ainsi, sous ce point de vue encore,
l'esclave, qui suit la nature du champ et de la maison ,

s'attache de plus en plus à la terre.

Quand le christianisme n'a plus de captifs à délivrer
dans l'intérieur des provinces, il porte ses efforts d'un

autre côté, et il a toujours quelques moyens de se rendre
utile à la classe des opprimés. Les prêtres et les saints
e
font comme la reine Bathilde au vn siècle; ils accourent

INFLUENCE CHRETIENNE. 55

sur le rivage de la mer ou sur les marchés de l'empire,
pour acheter et rendre à la liberté les esclaves que des
trafiquants par des ,
moyens odieux ont arrachés aux con-
,

trées les plus lointaines. Ce n'est point tout encore : la

condition de l'esclave déjà fixé au sol ne s'est guère amé-
liorée; il reste toujours soumis à des traitements rigou-
reux, et le maître a conservé sur lui le droit de vie et de
mort. Dans les bénéfices, aussi bien que dans les maisons
et les terres qui sont tenues en franc-alleu , le christianisme
fait sentir sa bienfaisante influence; il continue de multi-
plier les affranchissements, et il les place sous la protec-
tion du droit ecclésiastique; c'est le droit canon qui est

sans cesse invoqué dans 1 immense majorité des chartes
qui font passer l'esclave à l'état d'homme libre 1
.

Ce n'est pas seulement par le rachat des captifs et par
les affranchissements que le principe chrétien s'est ma-
nifesté. Nous devons rechercher l'intervention de ce prin-
cipe là où l'esclavage n'est point détruit, dans cette classe
nombreuse d'individus qui, n'ayant été ni rachetés, ni af-

franchis, restent attachés à la glèbe ou aux offices domes-
tiques sur les bénéfices, les biens allodiaux, ou encore

sur les propriétés ecclésiastiques. Ici se présente un point
important sur lequel nous devons insister.

Nous répétons encore que le christianisme, à son ap-
parition, avait proclamé l'égalité morale de tous, et par là,

en principe, l'abolition de l'esclavage. Mais ce qu'il avait
établi clans ses doctrines, ce qu'il avait admis en théorie.

1
Voy. Script, rer. yallic. etjrancic. t. VI , p. 667 ; voy. aussi les nom-
breuses formules qui se rencontrent dans les autres volumes des His-
toriens de France ; dans Canciani , t. II et III ; dans Bakuc , Capit. ete,

56 CHAPITRE II.

en droit, il ne le reconnul point en fait. Il ne pouvait tout
d'un coup, et sans introduire dans le inonde un immense
désordre, abolir cet esclavage qui était une des bases de
la société. H admit doue cet esclavage, ainsi que nous
l'avons dit plus haut, comme un état de choses nécessaire,
et il se réserva de le faire disparaître entièrement en lui
faisant subir une série de modifications et de transforma-
tions. Le christianisme essaya d'abord, par différents

moyens, de pallier, en quelque sprte, ce qu'il y avait de
triste et même de révoltant dans la contradiction qui exis-
tait entre le droit et le fait. Dans les premiers temps les

prêtres et les évêques avaient eu des esclaves; plus tard
les monastères en eurent aussi un grand nombre sur leurs
terres. L'Eglise traita ces esclaves avec la plus grande dou-
ceur; elle ne leur fit point subir de traitements rigoureux;
elle ne les soumit point à des travaux trop pénibles. Ces
esclaves de l'Eglise menaient une existence heureuse, si on
la compare à celle des autres esclaves. Il arriva de là que
les esclaves du fisc, ceux des hommes nobles et riches
s'enfuirent en foule vers les prêtres et les monastères.

Quand on les admettait dans les familles ecclésiastiques,
ils croyaient, avec raison, qu'une vie douce et pleine de
sécurité leur était désormais assurée.

Le nombre des fugitifs devint si grand, que la loi fut

obligée d'intervenir. Elle força l'Eglise à restituer à leurs
véritables possesseurs les hommes qui accouraient de
toutes parts pour embrasser de leur plein gré cet esclavage

ecclésiastique ,
qui paraissait à plusieurs comme étant de

beaucoup préférable à un entier affranchissement.
Certes le rôle de l'Eglise fut cette fois encore bien grand

il 1 pouvait réclamer son esclave et l'arracher à l'Eglise .) Voy. une multitude d'esclaves à l'avide cruauté de certains maîtres. quand ils avaient des enfants. que la promulgation sans cesse renouvelée. pendant plusieurs siècles. (Cetlc loi rappelait plusieurs ordonnances antérieures. elle admit le principe de la restitution. clans sa propre légis- lation . aussi. 57 et bien généreux. Mais jusqu'ici nous nous sommes borné à émettre des assertions. Si la loi renouvela d'année en année ses dispositions. elle les élevait dans les lettres et leur conférait les ordres sacrés. Le maître ne perdait rien de ses droits . . qu'il ne devait point non plus recevoir les ordres sacrés. Elle accueillait les esclaves .1. nous ne voulons pour preuve de cette persévérance des évoques. l'Eglise. Vers la fin de l'empire romain la loi avait déjà déclaré que l'esclave fugitif qui était venu dans l'Eglise comme dans un asile ne devait point être retenu comme esclave de l'Eglise. se montra non moins persévérante pour dérober. INFLUENCE CHRETIENNE. et pendant plusieurs siècles elle proclama 1 Novel. Si l'Eglise se fût opposée ouvertement à la volonté du maître elle eût attenté à la propriété. lit». aussi Capit. il. pour ainsi dire. Justin. Elle lutta pendant longtemps. Au reste. Baluze . si elle fut persévérante pour em- pêcher la fuite des esclaves et leur admission dans l'Eglise. des lois qui défen- daient aux églises et aux monastères d'accueillir et de re- tenir les esclaves fugitifs.1. non point ouvertement mais eu secret. contre la sévérité des lois. 90 •> . S 38o (compilation d'Angcsise). col. des prêtres et des abbés . à son tour. par une fraude pieuse. c. et il est temps d'aborder l'étude des faits. V. dans son droit canon .V.

58 CHAPITRE II.

en théorie ce principe 1
. Il ne lui restait qu'un moyen
d'adoucir l'esclavage c'était d'éluder cette loi qu'elle-même
, ,

reconnaissait et qu'elle ne pouvait violer ouvertement. La
loi romaine avait déclaré que les prêtres et les clercs

pourraient intercéder auprès des maîtres pour obtenir le
pardon de l'esclave qui s'était enfui, la loi des Francs, et

ici nous devons constater un grand progrès, déclare que
l'impunité est assurée à l'esclave restitué :

« Si un inconnu veut eutrer dans un monastère, on ne
« doit lui donner l'habit des moines qu'après trois ans.

« Et si, pendant ces trois ans, l'esclave , l'affranchi ou le

" colon est réclamé par son maître, qu'il lui soit rendu
« avec tout ce qu'il a apporté , en exigeant toutefois du
« maître le serment de ne point punir le fugitif. S'il n'est

• point réclamé pendant les trois ans, il ne peut plus être
« recherché; seulement on doit restituer au maître ce que
« l'esclave a apporté au couvent 2 .
»

Si la loi prend à l'égard des esclaves qui se réfugient

dans les monastères de telles précautions, c'est que le

nombre de ces fugitifs était grand; les fermes des parti-

culiers devenaient désertes, et les terres abandonnées
restaient sans culture. « Que dorénavant, dit la loi, on ne
«coupe plus les cheveux, qu'on ne donne plus le voile

« qu'au nombre d'esclaves (hommes ou femmes) qui a été

1
Regino, lib. I, c. 3g6 et suiv. — Rurchard, lib. II, c. xxm, xxxi
et xxxn. — Gratianus, 54 Dist. , c. vi et c. vm, De rébus. — Décrétai.

lib. I.tit. 18, — Hincmari
c. 2. Epist. ad Hincmarum , Laudun. episc. —
Labb. Concil. t. VIII, p. 1817.
2
Voy. Capii. lib. V, § 38o (compilation d'Angesise) , Bahue, t. I,

col. go5. — Capit. de Tannée 789, Baluze, t. 1 , col. 232.

.

INFLUENCE CHRETIENNE. 59

• déterminé; et cela afin que les villœ ne soient plus dé-
1
« peuplées et désertes .
»

Ce n'était pas seulement dans les Gaules que les es-

cla\es échappaient à leurs maîtres pour aller se réfugier

dans les églises; il en était ainsi dans tout l'occident. Les
rois francs, après avoir arraché l'Italie aux Lombards, re-

visèrent ou approuvèrent les dispositions de la loi lom-
barde, et l'on voit souvent paraître, dans cette loi revisée,

des articles concernant les esclaves fugitifs 2 .

Ordinairement les articles de la loi étaient adressés

aux évèques. On leur recommandait de ne point accueillir

les esclaves et surtout de ne point les consacrer, à moins
qu'ils n'y fussent autorisés par les maîtres : « De servis

«alienis, ut a nemine recipiautur, neque ab episcopis
••
sacrentur, sine licentia dominorum 3 . » Le maître qui
autorisait son esclave à recevoir les ordres sacrés l'affran-

chissait par le fait.

Toutefois l'esclave qui s'était réfugié dans une église

ne pouvait en être arraché violemment : il ne suffisait

point pour le maître de jurer que l'esclave neserait point
puni, il fallait à la loi d'autres garanties; et nous pouvons
croire que l'esprit du christianisme fut pour beaucoup
dans toutes les précautions qui furent prises par les légis-

lateurs pour déjouer les fraudes de ceux qui essayaient de
tromper l'Eglise. Lnjiscalin, un colon ou bien encore un
esclave proprement dit, n'était point remis immédiate

'
Capil. iib. I , S 106 (compilation d'Augesise), Baluze , 1. 1. col. 725
— Voy. aussi Capit. de l'année 8o5, Baluze, t. l.col. /i 2 3
- Capit. de Pépin, roi d'Italie, 793, Baluze, l. F, col. 536 et suiv.

Ca/nt. île
7g4 , Baluze . t. I , eol. 267.

60 CHAPITRE II.

ment entre les mains de celui qui le réclamait. Pour cons-
tater le droit du réclamant, on conduisait l'esclave là où
il avait habité avant de prendre la fuite, et on s'informait,
sur les lieux, de son état et de sa parenté. Alors seule-
ment, après toutes ces vérifications, l'esclave était res

titué au maître 1 . Parfois le nombre de ceux que loi dé-
signe ordinairement par les noms defugitivi et de peregrini
devint si grand, que l'autorité impériale (sous Charle-
magne, par exemple, en 8o3) fut obligée d'intervenir 2 . On
rencontrait sur les routes, dans les villes, partout enfin,
des hommes qui voyageaient dans mille directions et sans
but avoué. Le chef de l'empire ordonna d'arrêter ces fu-

gilivi et ces peregrini là où ils seraient rencontrés, et de

les interroger, afin qu'on pût connaître leur condition et

le lieu d'où ils sortaient 3 .

Il est vrai que tous ces hommes vagabonds, qui parcou-
raient les différentes provinces de l'empire, n'étaient point

des esclaves fugitifs. 11 y avait beaucoup de petits pro
priétaires ruinés, ou de mercenaires qui, ne trouvant
point à se louer (ils étaient libres du reste par leur nais
sance), allaient en mendiant dans toutes les parties de
l'empire. Pour arrêter ce vagabondage, et afin sans

doute que le mendiant libre put se distinguer de l'es

clave fugitif, Gharlemagne fit l'ordonnance suivante :

« Quant aux mendiants qui courent le pays, nous voulons
« que chacun de nos fidèles nourrisse et entretienne le

1
Capit. de 8o3 , Baluze, 1. 1, col. 400.
2
Id. ibid. t. I, col. 3g3.
.
3
« Ut distringantur, ut scire possimus qui sint aut mule ve

« ncriut. » ( /</. ibid.)

Partout où « l'on rencontrera ces mendiants. et de quo pago sunt. à moins qu'ils ne travaillent de leurs « mains 1 . mais encore dans l'Italie et dans l'Aqui- taine. » Ces ordonnances. esclaves ou hommes libres.) . sans cesse renouvelées. ibid.» [Id. » La législation de Charlemagne fut toujours vigilante pour arrêter le vagabondage et pour surveiller ces nou- veaux venus. depuis les Pyrénées jusqu'à Barcelone. I. t. INFLUENCE CHRETIENNE. « et qu'il ne lui permette pas d'aller mendier. libo. pour nous amener tous les « fugitifs et tous les vagabonds 2 . Similiter direximus missos in Aquilaniam et in Longobardiam «ut omnes fugilivos et adventitios ad noslrum placitum adducant. qui comprenait une partie de l'Espagne. il est défendu de leur « porter secours . . Baluze. col. col. le pagus auquel ils « appartiennent. et domina eorum et qui sunt seniores eo- arum. J. a (Capit. de l'année 806. leurs noms et les hommes de qui ils re- « lèvent. disait l'empereur. 61 • pauvre qui est de son bénéfice ou de sa propre maison. Les missi dominici avaient ordre d'agir avec la plus scrupuleuse attention dans les provinces qu'ils devaient inspecter. et non permittat aticubi ire «mendicando. 1. « Habeant scriplum quanti adventitii sunl in illorum missa- otico.) . . que nos missi. . aient soin de nous « rapporter un écrit qui contienne leur nombre dans la circonscription qu'ils ont inspectée. mettaient de 1 « Ut iinusquisque fidelium nostrorum suum pauperem de «benefîcioaut de propria familia nutriat. non -seulement dans les Gaules. « lorsqu'ils reviendront vers nous . qui changeaient incessamment de résidence. « En ce qui concerne «les nouveaux venus. l\bi. Nous avons envoyé semblablemeut des missi en « Aquitaine et en Lombardie.

mieux informée sur la condition de ceux qui venaient s'offrir à elle. promovere présumai. 1 . t. Un article d'un capitulaire de 806 porte : «Deservo. En 81 1\ la même ordonnance est répétée : «Que « nul évêque n'élève à l'office de clerc l'esclave d'un autre. 1 Capit. 517. 455. Ba- iuze. fuerit ordinatus l . — Voy. ne pouvait s'obstiner à les cacher et à les adopter. col. de l'année 806 . elle prévoit des cas nombreux . « à moins qu'il n'y ait été autorisé par le maître de cet 2 « esclave . t. si. d'après ce qui précède . an. 549 . Mais il est facile d'induire. sine « domini sui voluntate . L'Église néanmoins était autorisée à garder l'esclave dans le cas où le maître lui aurait accordé la li- berté. an. que la loi ordonnait de rendre l'esclave au maître. col. 5i 1. » La loi. parce qu'elles peuvent jeter une vive lumière sur toute ce qui précède.) . c . —Concil. 1 . c. Aurel. » [Capit. quelque temps après. Aurel. devient plus explicite. nesciente do- « mino suo. les disposi- tions des anciens conciles : Concil. puisque nous voyons qu'à l'é- poque même où Charlemagne introduit dans son empire une aussi grande surveillance. Baiuze. I. il renouvelle en même temps aux prêtres la défense de donner asile et de con- férer les ordres sacrés aux esclaves fugitifs. l'ordre dans l'empire et rendaient pins difficile la fuite des esclaves. L'Eglise. et les raisons qu'elle al- lègue doivent être prises en considération . Cependant elle osa bien des fois encore enfreindre la loi.62 CHAPITRE II. V. (circa 8 14) . » C'est évidemment le som- maire d'un autre article plus développé qui n'est point parvenu jusqu'à nous. V1 - * « Ut nullus episcopus ad clericatus ofiicium servum alterius. vin.

il est ordonné que dans . «l'esclave soit autorisé à rester dans les ordres.. graduai amittat quiajuxta sacros «ordines vilis persona manens sacerdotis dignitate manpns jungi non «potest. s'il arrive . » On le voit. in gradu «s permaneat. 63 Nous trouverons dans l'article suivant une espèce de com- mentaire des lois que nous avons citées plus haut. son « esclave et le demande à l'Eglise . Toutes ces or- donnances successives avaient été faites dans l'intérêt des domaines impériaux et des propriétaires qui avaient des bénéfices ou des terres allodiales. mais « dans le cas où le maître persisterait à retenir l'esclave « dans les liens de la servitude. . et postea venions dominus iltius legibus euni adquisierit. en abandonnant le sol qu'ils cultivaient et en pre- 1 «Si vero avus vel pater ab alia patria in aliam migrans. «S'il « arrive qu'un aïeul ou un père. l. parvient à entrer dans les ordres « ecclésiastiques. col.) . in cadem «provincia fiiium genuerit. nous voulons que cet es- « clave perde la dignité ecclésiastique à laquelle il a été «élevé. engendre un fils dans le pays où il est venu s'éta- « blir. Baluzc. après avoir été «élevé dans ce pays. parce qu'une personne qui reste vile ne peut de- « meurer dans les ordres sacrés et s'acquitter dignement « des fonctions du sacerdoce 1 . san- « citum est ut si dominus ejus illi iibertatem dare voluerit. aux termes de la loi . la loi prend de grandes précautions pour arrêter la fuite de l'esclave et pour lui enlever tous les moyens d'échapper à la condition servile. Les esclaves. « le cas où le maître accorderait la liberté à son esclave. et ipse filius utrum servus sit ignora- « verit. 565. d'autre part. si vero. » (Capit. allant d'un pays dans un « autre. que le maître du > père (et du fils aussi) réclame. I. ignorant qu'il est esclave. si ce fils. comme on l'a vu. INFLUENCE CHRÉTIENNE. de l'année 81 0. .

remota qualibet calli- «ditate.) . son élévation aux ordres sacrés étaient environnés d'une multitude de pratiques qui empêchaient les évêques de faire entrer un trop grand nombre d'esclaves dans la hié- rarchie sacerdotale. I. Les évêques. portaient une grave atteinte au 1 « Et coramsaccrdotibiis vclcoram lidelibuslaicis ante cornu «aitaris. Hbertatem consequatur.64 CHAPITRE II nant la fuite. en écartant toute fraude. et tune demum ad gradus ecclesias- «ticos proraoveatur. nous servir à prouver la lutte qui s'engagea du vivant de Gharlemagne. qu'on lui accorde « au préalable la liberté. col. elles avaient un but. sicut in nostraauctoritate continetur. Baluze. devant ceux de nos fidèles qui sont laïques et de- « vant l'autel . laissaient les champs incultes et rendaient les villœ désertes. suivant qu'il est ordonné dans les « actes émanés de notre autorité. t. entre les monastères et le haut clergé. et qui se manifesta avec plus d'énergie sous le règne de Louis le Débonnaire. » Les formalités qu'on devait remplir dans une circons- tance aussi importante n'étaient point illusoires. L'affranchissement de l'esclave. un certain point. après quoi l'esclave sera admis à prendre 1 « les ordres . s'accomplisse devant les « prêtres. s [Cupit. « Quand on trouvera dans les familiœ « de l'Église une personne digne d'être ordonnée . et elles peuvent jusqu'à . La loi avait en vue quelquefois les intérêts de l'Eglise elle-même. 564 et 565.de l'année 816. en ordonnant prêtres les es- claves des monastères. et que « cet affranchissement. et dont « le choix puisse être de quelque utilité. elle veillait à ce que les villœ ecclésiastiques fussent bien entretenues.

devaient compatir plus que tous les autres aux souffrances de l'esclave. Au reste. Quand ils ont des femmes dans leur « famille. on voit aujourd'hui les plus vils esclaves ar- « river aux grandes prél aturcs. alios nobilibus fe- « minis conjungimt. en disant que les esclaves avaient en- vahi l'Eglise et qu'ils occupaient. écrivait ces mots : «Par une coutume dé- «plorable. « parvenus au faîte des grandeurs. sont fiers et arrogants. Ces évêques de basse origine. et ils font épouser aux autres des femmes « de noble extraction. 1 « Time aliquos eorum liberalibus studiis inslruunt. 65 droit de propriété de ces monastères. Ils font «faire aux uns des études qui ne conviennent qu'à des « hommes libres. que les hommes récemment échappés à l'esclavage et qui arri- vaient souvent. Un historien du ix siècle. ut ex vilissimis «servis summi ponlificcs fièrent Turpissimam cognationem eo- « rum a jugo débita servilutis uilunlur eripcre et libertatem iniponere. au sommet de la hiérarchie ecclésiastique. et prnpiiuruos eorum filios nobilium cogunt acci- 5 . A l'époque où nous sommes parvenus. par leur seul mérite. partisan de Louis le Débonnaire. comme évêques. On conçoit facilement. « Ils s'efforcent d'arracher leurs proches au joug d'une ser- vitude légitime et de les faire riches et puissants. mais leurs crimes surpassent en gran- « deur toute leur science 1 . nous ne tombons point dans e l'exagération. le sort de l'esclave était sensiblement amélioré. ils leur donnent pour maris des hommes d'une « naissance distinguée Ces prélats d'origine servile « sont très-savants.les pre- miers rangs de la hiérarchie . Mais ce n'est point ici le lieu d'aborder un pareil sujet. INFLUENCE CHRETIENNE. » On sent percer dans ces pa- 1 oQuia jamdudum Hla pessima consuetudo erat. d'après ce qui précède.

» (Thégan. et qui joua un si grand 833. Script. ap. PU imperat. t. p. VI. » (Tbégan. 368. ils n'ont 1 «jamais été admis aux conseils des princes . Ebo. gallic. quand l'empereur fut déposé. nonconciliarii principum. 78. Script.) — Ces textes suffisent pour réfuter Sismondi. en était fils d'esclave. ap. si active dans la lutte que Louis le Débonnaire eut à soutenir contre ses fils. d'essayer de rendre la liberté à leur proches. t. une condition meilleure. et francic. t. qui prétend que les hommes des classes inférieures n'arrivaient point aux dignités ecclésiastiques. rôles toute la haine d'un partisan de Louis le Débonnaire. et de leur procurer. (Voy. rer. Histoire des Français. et fronde. Ainsi Tbégan fait un crime à ces esclaves qui s'étaient élevés. quand il vit la plu- part de ces évoques .) 1 « Patres tuifueruntpastorescaprar uni. qui s'indigna grandement plus tard. » Depuis longtemps l'Eglise se recrutait parmi les esclaves : elle n'admettait point seulement dans son sein les fugitifs et les hommes sans aveu elle prenait des esclaves . III. archevêque de Reims qui prit une part . . p. p. par mariage ou autrement. Thégan s'emporte contre lui en termes violents. p.) . Lad. fils d'esclaves ou d'origine servile s'arroger les plus grands pouvoirs à l'assemblée de Com- piègne et déposer un empereur. jusqu'à l'épiscopat. 82. par une déplo- rable coutume. rer. dit-il. rôle. qu'elle avait préparés longuement et depuis leur première jeu- nesse aux fonctions du sacerdoce. galUc. . VI. Il. et il lui reproche avec amertume son origine ser- vile : «Tes pères ont gardé les chèvres. Quand les serfs qui cultivaient les terres d'une église ou d'un monastère avaient s père. îooet suiv. et que les prélatures et les titres d'abbés n'étaient obtenus que par les fils il? famille. De gest. 66 CHAPITRE 11. t.

quand il était apte au ministère sacré. mais qu'ils « prennent aussi dans leurs écoles les enfants des hommes 1 « libres . et voyant que. elle l'élevait au sacerdoce. Baluze. la vie ecclésiastique.) —H y avait des prêtres et des évèqnes qui parcouraient tes campagnes et que ta loi appelle rayantes. et souvent. sans la volonté « et la permission du maître. ils leur enseignaient la lecture. une grave atteinte était portée à la propriété de tous. un zèle qui agissait cette fois avec plus de charité que de prudence. t. 1.) 2 «Ut servum alterius nullns sollicitet atl clcricatum velmonachalem «ordinem. sibiquc socicnt. l'écriture et les belles-lettres. avons-nous dit. comme clerc ou comme moine. I. » (Ibid. et la loi fut obligée d'arrêter. les prêtres adoptaient ces enfants. L'Eglise. 222. et l'on ne trouvait guère clans les écoles ecclésiastiques. on alla parfois au- devant de l'esclave. on le sollicita dans la maison ou sur les terres de son maître pour l'engager à fuir et à embrasser. scd etiam inge- «nuorum filios adgregent. une loi disait : « Que les prêtres ne s'attachent pas cxclu- « sivement des enfants de condition servile. de tannée 789. sine voluntate et liccnlia domini sui. 1. 2 37. . col. . au vm e et au ix e siècle. » Ici nous devons constater un nouveau fait. que des fils d'esclaves. par une défense sévère. elle con- 1 « . col. » (Capit. et défense leur fui faite d'ordonner des prêtres. Les prêtres réussirent souvent dans ces tentatives. 67 des enfants. » Cependant l'Eglise sentit que cette manière d'agir était contraire au droit. pour en faire un clerc ou 2 « un moine . . on prit à leur égard des mesures sé- vères.Et non solum servilisconditionisinfanlcs. En l'an 789. On fit plus. . par là. accueillait l'esclave fugitif. « Que nul ne sollicite l'esclave d'un autre. lui donnait asile. INFLUENCE CHRÉTIENNE. 5.

dans l'ac- complissement de ses œuvres de charité. elle comprenait qu'un zèle inconsidéré. 08 CHAPITRE II. « — Ces opinions. La famille de l'esclave fut légalement constituée. Il n'y avait au fond de cette loi au- cune pensée morale. mais nous avons fait observer que le droit romain avait plutôt en vue les intérêts du maître que ceux de l'esclave. au capitulaire qui précède et que nous venons de citer. la promis- cuité qui régnait à Rome et dans toutes les familiœ était une des faces les plus hideuses de l'esclavage antique. essaya de 1 o Admittuntur passim ad ordinem sacrum quibus nulla natalium «nuHamoriim dignitas suflragatur et probariDeo posse creditur «qui domino suo needum probare se potuil. Le droit romain. nous avons déjà eu occasion de le remar- quer. la femme du mari. On sait qu'il n'en était point ainsi avant le christianisme. l'Eglise ne voulait point violer la loi ouvertement. sans rap- peler un des plus grands bienfaits de l'Eglise. aux yeux deshommes.1e père du fils. ont été ajoutées. . pouvait la compromettre elle-même. comme com- mentaire. damna dans ses conciles ceux qui forçaient ainsi les es- claves à quitter leurs maîtres. au lieu de servir les esclaves. et le droit canon décida que les liens qui unissaient un homme et une femme de condition servile étaient indissolubles. . au contraire. empruntées aux décisions des conciles. et elle déclara que c'était violer la sainteté du sacerdoce que d'admettre dans l'Eglise les esclaves fugitifs 1 . qu'on ne séparerait point le frère du frère . On le voit donc. avait établi que dans les partages de biens entre plu- sieurs héritiers on ne prendrait point les esclaves au ha- sard. etc. Nous ne terminerons point ce que nous avions à dire de l'influence du christianisme sur l'esclavage. L'Eglise.

Burcliard . La pensée qui a présidé à la rédaction de cette loi est toute morale. INFLUENCE CHRETIENNE. à son insu. ci-dessus. qui devait améliorer sensiblement le sortde l'esclave et le préparer aune sortede transformation. et elle travailla pour l'esclave encore plus que pour le maître. p. . IX . 1 63 . I. Voy. Rauching.col. Dicluin est. on traçait encore une ligne de démarcation profonde entre l'homme libre et l'homme de condition servile. q. et que le mariage < ait été fait suivant les lois. — Le deuxième concile de Cbâlons disait : «Qu'on ne rompe point les mariages contractés entre esclaves. — Gratiani . etc. « Que les mariages des esclaves ne soient 1 Voy. le mariage que deux de ses esclaves avaient contracté. vin . Les prêtres obtinrent plus tard un ré- sultat plus important encore : ils firent sanctionner par la loi de l'empire le mariage de l'esclave. une loi nou- velle par son esprit. lib.) . 1 65. 38. le chris- tianisme obtenait. etc. à cette époque même. Nous avons emprunté plus haut une anecdote à Grégoire de Tours. fut obligé d'admettre en principe. nous avons vu qu'un des hommes les plus barbares et les plus féroces du e vi siècle. Cabilon. jusque dans les raffinements de sa vengeance . Capit. le ma- riage de l'esclave. 2 . t. «obtenu au préalable l'assentiment de ces maîtres. si nous pouvons nous exprimer ainsi. toute chrétienne. cap. c. » ( Concil. Si dans la société nouvelle. c. xxx. wvi . 69 moraliser. Causa 29. par- 1 devant l'Eglise . qui tenait par tant de points à la société antique. de l'année 762. 166. Baluzc . nous pourrions presque dire d'émancipation. . si les mœurs de la société nouvelle faisaient regarder comme nul le mariage d'un homme libre et d'une femme esclave ou d'une femme libre et d'un homme esclave 2 . . quoi- u qu'ils appartiennent à différents maîtres pourvu toutefois qu'ils aient .

» [ld. xn. I . x. col. ibid. On fonda en quelque sorte des actes de l'état civil.) . aussi Capit. de l'an.) — Loi des Lombards. qui par- couraient périodiquement les provinces étaient chargés de . 1 . Il faut remarquer toutefois que l'esclavage était plus dur sur les marches ou frontières que dans l'intérieur de l'empire. t.) —C est une copie de la décision du concile de Cbàlons . 1 1 66. 752 . col. la lutte incessamment en- '• Juxta evangclium : quos Dcus coojiinxit homo non se- » parct. et à cette partie de l'Italie qui s'éteudait depuis les Alpes jusqu'au duché deBénévent. Saxons même. 35 1 . l'homme ne doit point les sé- « parer 1 . Baluze . tit. Baluzc . I . 174. parce qu'il a été dit dans l'Evangile : «ceux que Dieu a unis. à la Marche d'Espagne. 1. Bavarois) . l'exécution desordoonances émanées de l'autorité suprême. — Voy. niais encore aux provinces d'outre Loire. Les missi dominici. tara nobiles traam ignobiles. par sa publicité même. » ( Voy. en or- donnant la célébration publique du mariage. col. 1 65 . (Capit. 70 CHAPITRE IL « point rompus quand bien même ils appartiennent à des « maîtres différents. « Lit omnes bomines laici publicas nuptias i'aciant. le mariage. Lialuze. avait des témoins nombreux et irré- cusables2 . Ceux qui s'étaient mariés publiquement ne pouvaient rompre faci- lement les liens qu'ils avaient contractés. t. c. S 5.» Il faut cependant que le mariage soit légal et que les maîtres des esclaves aient donné leur assentiment. Ce qui précède ne s'applique pas seulement à la partie de la Gaule conquise d'abord par les Francs. Dans tous ces pays les capi- tulaires avaient force de loi. Sur les frontières. col. . aux populations qui habitaient au delà du Rhin (Frisons. de l'an 8o î . t. I. Allemands proprement dits.

71 gagée contre des peuples barbares alimentait l'esclavage. 2 et 3.) — Voir pour l'esclavage en Italie. I. 1 et 2. Elle racheta les captifs. 2o3. Tandis que. Ibid. les prisonniers de guerre étaient réduits en servitude comme dans les temps de la plus grande barbarie. t.) — Pour ce qui concerne l'empire. etc. dès son point de dé- 1 Baluze. (Capit. 35i. . t. sur les Marches. Récapitulons en quelques mots ce que nous avons dit jusqu'à présent. 35s .Ce capitulaire confirmait les dispositions de la loi des Lombards. et ce que nous disons de l'Italie s'applique également à tous les autres pays de frontières. Baluze. t. INFLUENCE CHRETIENNE. qui peut s'échanger contre d'autres valeurs et se transporter d'un lieu dans un autre. puisque les capi- tulaires gardent sur cette vente un absolu silence. est encore considéré comme pro- priété meuble. c'est dans la compilation d'Angesise. ibid.) Ibid. xu . col. il est fait mention une fois seulement. (Tit. I. Loi Lomb. lib. I. et à lui enlever son premier caractère 1 . J le pour les esclaves. de la vente des esclaves. col. xxx. 3â8. col. t. Ainsi. dans les capilulaires. ibid. elle admit dans son sein les hommes de condition servile.10. e l'esclave est encore fréquemment vendu au ix siècle. l'es- clave. en Italie. en Allemagne et sur les Marches. col. Mais sur les marches comme ailleurs l'Eglise suivit les mêmes règles de conduite. Tout porte à croire que cet article servait uniquement à rappeler une loi antérieure et très-ancienne. col. en un mot elle contribua de toui son pouvoir à adoucir les maux de l'esclavage. les appendices placés à la lin du volume. tit. elle multiplia les affranchissements. xliv. Le christianisme. elle constitua la fam. dans les lois qui régissent l'intérieur de l'empire. 861. la vente de l'esclave est aboiie par le l'ait. 35 1 . V.

et la lon- gueur d'un travail de plusieurs siècles ne lassa point son admirable patience. soit pour remplir dans les maisons les fonc- tions domestiques. elle savait que chaque prisonnier de guerre allait tomber dans l'esclavage. Il fallait préparer de loin l'abolition de l'esclavage par une série de réformes partielles et succes- sives. nous pourrions presque dire d'année en année. avait proclamé qu'il n'y avait. que le nombre des esclaves ne pût s'accroître. part. soit pour cultiver la terre. où la violence et la guerre régnaient sans partage. L'Eglise voulait. qui étaient le prix des luttes sanglantes incessam- ment engagées dans toutes les provinces soumises autre- fois à la domination romaine. à une révolu- tion radicale. avant tout. d'en constater les résultats. 2° Plus tard. se rétablit. L'Église tenta ces réformes. et elle es- saya d'arriver a ses fins par le rachat des captifs. elle ne fut point effrayée par les innombrables obstacles que les mœurs et la bar- barie de l'époque avaient placés sur sa route. Nous avons essayé d'apprécier son œuvre. dès l'abord. ni maîtres. Nous avons suivi de siècle en siècle.72 CHAPITRE II. la marche de l'Eglise. quand le monde se reposa et tenta de se reconstituer sur de nouvelles bases. l'Eglise multiplia les affran- . l'Eglise délivra par son influence et racheta par son argent les captifs. troublé un instant. d'en mesurer la portée. ni esclaves. Mais le christianisme n'avait point tardé à reconnaître que l'esclavage. aux yeux de Dieu. i° Au moment où toute organisation avait disparu . Il ne devait donc point songer. qu'il avait trouvé dans toutes les parties du monde ancien. devait rester pendaut quelque temps encore comme une des bases de la société. quand l'ordre social.

73 chissements. Germanise reyem. les prêtres lurent déclarés par la loi les défenseurs 1 naturels des esclaves . Baluze. ai. 1 Concil. I. t. lib. 2o3. et les laïques imitèrent à l'envi les prêtres et les saints. iv. lib.) Les serfs du roi et de l'Église pou- vaient témoigner en justice. 1 Pour compléter les indications que nous avons déjà données nous . col. 1 . Suess. Baluze. t.ijallic.col.286. dans les biens laïques comme dans ses propres biens. comme nous l'apprennent les articles ajoutés ù la loi salique en 819. V. 3° L'Eglise. rer. 858 . VII . et elle fit statuer que l'esclave chrétien ne serait point transporté au delà des Marches. qu'il ne serait point livré aux infidèles. col. 1. VII p. — Les esclaves de l'Eglise ne pouvaient être tirés de la servitude de l'Eglise. udd. an. (Voy. restaient attachés aux offices domestiques ou à la culture du sol. tit. Elle traita ses esclaves avec la plus grande douceur. Elle intervint dans les ventes. Aussi. cv. elle ne les soumit point à de rigoureux traite- ments . . Capit. pouvons citer encore : Capit. 121 1. et n'exigea point d'eux des travaux trop pénibles. Elle établit dans chaque ville des juges chargés de veiller aux intérêts des hommes de condition servile. Script. Paris. elle entra souvent d'autorité dans la maison d'un maître cruel pour arracher l'esclave aux tortures. Nous devons tenir compte à l'Eglise de tout le bien que l'on fit à son exemple. Synod. pour tant de bien- faits. V.Hincmari epislola cul Ludovicum. Baluze . t. ils ne changeaient de condition cpie pour être affranchis. Elle étendit également sa protection sur les esclaves d'au- trui. I. II . 1. Baluze. qui ne pouvait racheter et affranchir tous les esclaves. ap. etfronde . usa de son autorité pour adoucir le sort de ceux qui . an. INFLUENCE CHRETIENNE. 861 . que Baluze a placé dans le deuxième volume des Capitulaircs. t. 858 . 116. 089 . 02 .Ca/jif. col.

Que cette action a toujours été efficace et bienfaisante . p.74 CHAPITRE II. la famille de l'esclave. elle admit dans son sein les hommes de condition servile. sous l'autorité des lois tempo- relles et spirituelles. s'en affranchir à leur gré. elles furent nombreuses et importantes. et. Que c'est le christianisme qui a tracé entre l'esclavage ancien et l'esclavage qui a subsisté plusieurs siècles encore après la propagation des idées chrétiennes. avaient rempli les fondions les plus viles. elle les proclama dignes du sacerdoce . à cette époque. comme esclaves .) . ils portaient quelque sym- « patbie à ceux qui y étaient plongés. Guizot. Beau- « coup de clercs en étaient sortis. il fut défendu à tout évéque d'ordonner prêtre un bomme « libre sans le consentement du roi. arriver aux plus hautes prélatures 1 . indépendamment des motifs reli- ogieux. dit : «H y avait quelque chose • de plus réel dans les restrictions que subirent à celle époque les pri- vilèges ecclésiastiques. Les clercs étaient exempts du ser- « vice militaire. «à ce titre. en montrant que l'Eglise du vi au viu siècle avait perdu de ses privilèges. 5° L'Eglise fit plus encore. t ( Cours d'histoire de la civilisatioi eu France . Au*si l'Eglise . h° L'Eglise constitua. «apparaît-elle peuplée d'esclaves. 448. t. i 'i leçon. c'était constituer en quelque sorte la moralité clans les familiœ. Nous devons conclure de tout ce qui précède que le christianisme a exercé une immenseaction sur l'esclavage. Par «exemple. i . Comme nous l'avons dit plus haut. etl'on vit ceux qui . qu'elle était moins indépendante. les rois ne voulaient pas que les hommeslibres pussent. c'est surtout parmi ses propres es- «claves. parmi les serfs ou les colons desesdomaines qu'elle se recrute. moins bien traitée que sous les empereurs romains. « et celle circonstance n'est peut-être pas une Je celles qui ont le moins con- « tribué aux efforts de l'Eglise pour améliorer la condition des serfs. ils en connaissaient les misères. une ligne de c c 1 M.

dans la partie de l'Allemagne la plus voisiue delà Gaule et de l'Italie (et cette révolution fut consommée à la fin du ix° siècle et au commencement du x e ) . On peut donc établir qu'au moment même où l'esclave changea de nature. INFLUENCE CHRETIENNE. Il nous reste à rechercher dans les événements politi- ques. qui s'accomplirent duv au X e siècle. 75 démarcation profonde. . où ses droits comme homme furent universellement reconnus dans la Gaule. eu le faisant passer de l'état de chose à l'état de personne. comment et à quelle époque l'esclavage ancien ayant entièrement cessé dans l'Europe occidentale. il n'est resté que la servitude de la glèbe. en un mot. si nous pou- vons nous exprimer ainsi. on peut établir que moralement l'esclavage ancien fut aboli par les seuls bienfaits du christianisme. en reconnaissant à l'esclave des droits dans la société. et dans la cons- e titution des différents Etats. dans le nord de l'Italie et de l'Espagne. en le déclarant homme.

Nous déclarons ici que. ces différents points qui jette- ront parfois une vive lumière sur la constitution et l'abo- lition de l'esclavage. nous avons invoqué sou- vent. Affaiblis- sement du pouvoir — Invasion des Normands. font autorité dans la science. Toutefois nous nous trouvons forcé. — central. Nous ne traiterons point à fond la question de l'état de la propriété dans l'Europe occidentale après les invasions des Barbares. En ce qui touche la propriété des immeubles. el que.76 CHAPITRE III. 11 y avait : i° Les biens possédés à litre héréditaire. Système — Conclusion du féodal. au moins d'une manière incidente. Etat de l'esclavage dans les biens allodiaux et dans les béné- — L'esclave tend de plus en plus fices. chapitre. Nous ne nous étendrons pas davantage sur l'état des personnes libres. sans négliger l'étude des documents originaux. le témoignage des écrivains dont les opi- nions sont universellement adoptées. et qui. parla nature même de notre sujet. nous pouvons établir deux grandes divisions. le propriétaire. CHAPITRE TROISIÈME. RÉVOLUTIONS POLITIQUES QDl ONT SUBSTITUÉ À TOUTE ESPÈCE DE SERVITUDE LA SERVITUDE DE LA GLEBE. à se fixer à la terre. comme pu- blicistes et historiens. — Diminution de des hommes la classe — libres. même dans les premiers temps de la conquête. à toucher. pour les questions qui ne tiennent pas intimement à notre sujet. du v c au e x siècle. .

Cap. gallic. 1 45 .p. Nous nous bornerons à indi- quer les principaux passages des lois qui règlent la succession cbez les différents peuples de l'Occident : Lex salica. — xiv. ap. b~. aussi art. p. et francic. i3o. p. dont on avait la jouissance pleine et en- tière. un. gallic. Ll.ibid. t. p. 5. et norum. 37. 56. t. 73. t. — Lex Ripuario- . 101. t. etc. I. art. ti. lib. 37. Script. 82. rer. 257. — Lex Burgand. Edicta Ostrogoth. qui changeaient de nature suivant la volonté du possesseur. t. etc. Pendant sa vie le possesseur n'avait que l'usufruit de la maison de . Canciani. p. et francic. 1° Les biens que le chef militaire ou roi de la nation conquérante donnait à ceux qui l'environnaient. Après la mort du possesseur ils revenaient à l'Etat ou au domaine royal. p. Cap. IV. et.I . Cap. t. Ces biens se distinguent des premiers en ce qu'ils n'étaient possédés qu'à vie. 1 56. 1. I. reçurent plus tard le nom de biens allodiaux 1 . 88. il ne pouvait 1 Nous n'avons pas besoin de prouver l'existence des biens allodiaux dans les premiers temps de la conquête. IV. — Chihlc. à titre de récompense. . 5y5) Baluze. rum. 3. gallic. tit. Le roi constituait en quelque sorte à son fidèle une rente viagère sur tel ou tel immeuble. si nous pouvons nous servir de ces mots tout mo- dernes.44. I. 260 et 270. rer. 2. Burgonde ou Ro- main. 72. p. S t. 17. IV. Wisigoth . Cap. Script. p. SS 1 et 2. Ces biens. ap. Canciani .— Lex Alama. pouvait transmettre à ses enfants ou à ses collaté- raux. p. p. Voy. I. 59 Baluze. tit. —t. à ses fidèles. ap. t. 34 1. 1 26 . Décret. qu'on pouvait donner ou vendre. quant à l'immeuble lui-même. rer. art 1 et 2. 7. reg. 4o . — Leges Langohardicœ . cl francic. tit. Le fidèle jouissait des revenus de cet im- meuble. berti régis (cire. xiv. Baluze. la terre et des appendices de cette maison et de cette terre qui lui étaient concédées. Baluze. ann. h. G. 1. 8. RÉVOLUTIONS POLITIQUES. Ostrogoth. Script. art. tit. IV. — Lex Wisigoth. I. 26. 77 qu'il fût Franc . Lex Bajuvariorum.

et que le propriétaire était tenu. qui à l'ori- gine avait été un bénéfice. Iiist.78 CHAPITRE III. transformation de cet esclavage en servitude de la glèbe). pour le sujet même qui nous occupe [abolition de l'escla- vage ancien. échangé. VI.Yiv. transformé. bénéfices. jusque vers la fin e du ix siècle. et que la terre. comme fait géné- ral. p. — Montesquieu. Toute- fois il y a cette différence entre les biens purement allo- diaux et les bénéfices concédés à perpétuité. Il est vrai que ces bénéfices tendirent promplement à se dénaturer. ébrancher son fief. Mém. sui- vant l'expression du vieux droit coutumier. mais que cette grande révolution ne s'accom- e plit qu'à la fin du ix siècle *. Nous ferons observer que nous rangeons parmi les biens allodiaux ceux d'entre les bénéfices qui furent concédés à perpétuité tant aux laïques qu'aux ecclésiastiques. se transforma en propriété purement allodiale. que ces bé- néfices suivaient la nature de ce qu'on appela dans les premiers temps la terre scdiqae . I. i3. . les différentes théories sur les bénélices dans : Boulaiuvil- îiers. 1 Voy. Esprit clesiois. ne fui point proclamée dans les premiers temps de la conquête. il était inaliénable dans toute la rigueur du mot. Ces biens ina- liénables et concédés à vie s'appelèrent. C'est ainsi que plus tard. on ne put amoindrir. Il importe ici que nous établissions en peu de mots. au ser- vice militaire. que l'hérédité des bénéfices. i. et il arriva souvent qu'un siècle au plus après la concession à perpétuité le pro- priétaire oublia les obligations qui étaient imposées aux possesseurs des biens de l'Etat. t. dans la loi féodale. être vendu. à l'égard du chef qui lui donnait une terre.

1. Cours de d'histoire la civilisation en France . qui pouvait disposer d'un si grand nombre de terres. etc. lesRornaius possesseurs déterres. leudes ou antrustions. qui le suivaient dans quelque expédi- tion lointaine. IV et Wpassim. Guizot. Il concédait une pro- priété à vie. ils enlevèrent aux pos- sesseurs romains un grand nombre de terres. Le roi . dans les Mémoires de l'Académie des inscrip- tions ci belles-lettres . à per- pétuité aux hommes qui remplissaient dans sa maison un office élevé. C'est ainsi qu'il main- tint l'ancien vasselage germanique. de plus il expropriait fré- quemment.sur l'histoire de France. Observations . Le don du chef. 3. 79 Il existait. I. ils se les partagèreut. et quelquefois. RÉVOLUTIONS POLITIQUES. /|3. Xaudet.ii. 16. et quand un homme mourait sans héritier légitime. nouvelle série. une espèce de vasselage. — M. XXX. Quand les Germains eurent franchi le Rhin et se furent établis dans l'empire. V11F. Le fidèle qui recevait du roi une terre. dès les premiers temps de la conquête. et que l'on appelaityîc/èta». IV. qui vivaient in truste dominica. dans les forêts de la Germa- nie. p. consistait en un cheval ou bien encore en une hache de bataille. — M. 20 . '117 et /122. trouva facilement les moyens de récompenser ceux qui se tenaient auprès de sa personne. Gui- zot. mais le cas était raie. Les anciens chefs germains avaient autour d'eux des hommes dévoués qui les suivaient dans toutes leurs expéditioos. t. — Mably . '10 et suiv. t. p. 45 et suiv. . chez les Barbares qui avaient envahi l'empire. III. 1. liv. Ils se les attachaient en leur donnant des ré- compenses. Le chef des conquérauts possédait en propre un grand nombre de domaines. au vi e siècle. Mémoire sur l'étui des personnes en France sous les rois de lu première rucc . p. il s'emparait de tous ses biens. édition de M.

une disser- tation dans laquelle M. Quelquefois. M. IV. il est vrai. ( Cours d'histoire de la civilisation en France. et . Dans les biens allodiaux. Le roi avait intérêt à n'accorder les bénéfices qu'en viager. /io et suiv. — Voy. p. et il en fut e ainsi jusqu'à la fin du ix siècle. Celui qui recevait une terre du roi ne pouvait l'aliéner. Or l'esclave qui remplissait dans la maison les fonc- tions domestiques ou qui faisait valoir les terres était une 1 M. comme dans les bénéfices. la con- cession ne s'étendait qu'à la vie d'un homme. t. il pouvait récompenser de nouveaux fidèles. dans les bénéfices. H faut remarquer toutefois que. à la mort de l'usufruitier. l'esclave était déjà fixé au sol. mais. un bénéfice. le roi faisait une donation plus large. il n'aliénait point ses domaines. aussi. en ce qui concerne les rois de la première race. en général. il les conservait dans leur intégrité . sur la nature des bénéfices. celui qui avait reçu une terre ou une maison de la munificence royale pou-* vait la transmettre à ses enfants. Mémoire sur l'élal des personnes en France sous les rois de la première race. il devait s'efforcer en même temps de conserver à cette terre toute sa valeur. Celui qui négligeait ou détériorait la propriété qui lui avait été confiée perdait son béné- fice. et il a corrigé ce qu'il y avait de trop absolu dans l'opinion de Mably et de Montesquieu . avait certaines obli- gations à remplir à l'égard du donateur. relativement à l'origine de 1 l'hérédité des fiefs . Naudet a établi ce point.) .80 CHAPITRE III. comme on disait alors. Guizot réfute plusieurs dessystèmes qui avaient été adoptés jusqu'à lui. Naudet. et il lui devait le service. se trouvaient les différentes classes d'esclaves que nous avons énumérées précédemment.

il restait fixé à la terre qui le portait. des esclaves destinés exclusivement à la culture des terres et à faire valoir les nombreuses villœ des propriétaires francs ou romains. les esclaves qui sont donnés aux paroisses demeureront sous la puissance de 6 . Nous développerons plus loin ce point. exercèrent une active surveillance. dans les trois premiers siècle. 81 une partie du bénéfice. s'échangeaient-ils contre une valeur quelconque comme . Daus la vente. les esclaves employés dans la maison du maître à des ouvrages manuels. les terres. qu'il faisait partie de l'immeuble. Disons d'abord quelques mots sur les esclaves des biens allodiaux. dès les premiers temps de la conquête.^ de la con- quête. En l'an 5ii le concile d'Orléans décide que les do- maines. avait donc acquis sur le sol du bénéfice une grande fixité. même dans les biens allodiaux. par exemple à tisser le lin et la laine pour les vêlements. comme dans la donation. les vignes. L'esclave des bénéfices. à fabriquer des armes. des com- missaires royaux. Avant de ci 1er quelques formules très-anciennes. àconfectionnerquelquesobjets d'orfèvrerie. et au vm e et au ix e siècle les missi do- minici. mais comme immeuble. nous le répétons. On ne pouvait le vendre sans di- minuer la valeur de la propriété. etc. nous présenterons plusieurs exemples qui prouvent que. REVOLUTIONS POLITIQUES. se vendaient-ils indépendamment de la terre qu'ils culti- vaient? Nous croyons pouvoir affirmer que. à cet égard. l'esclave était inséparable de la terre qu'il cultivait. qui nous paraît très-important. l'esclave attaché à la glèbe était con- sidéré non point comme meuble. Ces esclaves suivaient-ils la nature du meuble. Il y avait dans les biens allodiaux.

vineis. l'esclave attaché à la terre de la villa est inséparable de l'immeuble.. lit. avec l'assenti- ment de tous ceux qui l'environnaient. Aurel. 653. Evidemment le concile d'Orléans fait allusion par ces mots à la formule ordinaire des donations [cum terris. Vers l'an 658 le roi Clotaire III donna.) . . les bois et les 3 cours d'eau . à sainte Gode- berthe. 578. et francic. » [Testament am Adehe abbatissœ. sur le bien allodial comme sur le bénéfice. Diias quoque villas cum duodecim feminis. mancipiis) . mancipiis. mansis. (/allie. ap.) 3 «Cum domibus. 82 CHAPITRE III. campis. Script. rcr. « pratis .. En 732 une abbesse nommée Adèle fit donation . rer. c. l'évèque 1 . p. t. 5i 1. les manses. ap. t. C'est pourquoi nous invoquerons avec pleine confiance l'autorité de ces vieilles formules. . vineis. On le voit. p. les vignes. qallic. III. Les passages que nous citerons font certainement allusion à des usages antérieurs à l'époque où vécut le rédacteur. Dans les échanges que Ton faisait avec le roi . deux villœ qui appartenaient au fisc et douze femmes qui étaient attachées à ces villœ 2 . les prés. ann. il était 1 Concil. œdificiis. d'une villa qui avait pour nom Palatiolum. xiv. Script. à un monastère situé près de Trêves. etc « ( Vita sanctœGodcbertœ vira. e non seulement pour le vn e siècle. Nous allons rapporter maintenant quelques-unes des formules de Marculfe. avec les maisons. etc. et francic. les esclaves. mais encore pour le vi . les champs. 2 «. formule dans laquelle l'esclave est toujours assimilé à l'immeuble. xv. dit l'acte de donation. Cette villa fut concédée en entier. dans la vente et dans la donation.

il était. Baluze. e! pour la vie seulement. 4i8. )> (Mnrculfi Form. Revenons aux bénéfices. quelle que fût d'ailleurs la nature des travaux qui leur étaient imposés . II. col.) a Ibid. t. mancipiis. col. — Ibid. I. lib. le fermier du fisc. Il. . étaient inaliénables. et qu'ils étaient inséparables de l'immeuble. dès le vi° et le vn e siècle. de dé- 1 « Cum domibus. 420. Il résulte donc de ce qui précède que les innombrables esclaves qui peuplaient les terres allodiales. avons-nous dit. les commissaires royaux ou impériaux qui visitaient les bénéfices recevaient des instructions qui portaient défense expresse aux usufrui- tiers du domaine du fisc d'altérer la nature de ce domaine. REVOLUTIONS POLITIQUES. etc. 83 dit : « 11 nous a donné en échange loute la portion de bien « qu'il avait dans telle villa ou dans tel pagus. Le fisc exerçait dans les bénéfices la plus active surveillance. 390. pour les donations 2 de terres aux églises. pour les ventes . II. Les biens que l'on peut échanger. les esclaves. ibid. 6. Les bénéfices. ibid. les vignes. en quelque sorte. de faire passer dans leur alleu ou patrimoine héréditaire la terre qui ne leur avait été accordée qu'en viager. 19. silvis. etc * » Les mêmes expressions étaient employées pour les échanges de biens entre particuliers. 23. forcément attachés à la glèbe. il pre- nait sur lui la responsabilité de tous les dégâts commis sur la terre qui lui avait été confiée. lib. restaient. Mb. avec les « maisons. devait l'administrer avec le plus grand soin. Celui qui possédait un bénéfice à un titre quelconque. les bois. donner ou vendre sont évidemment des biens allodiaux. vineis. col. 3o. et il payait les dom- mages au roi ou à l'empereur.

Les pres- criptions relatives à la surveillance qu'on devait exercer dans les bénéfices se présentent fréquemment. col. un bois ou un des esclaves qui faisaient partie de ia terre concédée. comme bon lui semble. 2/1/1. lib. col. vel ad aliquem venerabi- ulem locum. col. . l'an 802 . » [Capit. en déclarant que le propriétaire de l'alleu peut user du bien qui lui appartient en propre. de l'an 846. Elles sont ordinairement conçues en ces termes : « Que « nos missi nous fassent connaître la manière dont nos bé- « néfices sont administrés qu'ils nous désignent ceux « qui ont osé abandonner le bénéfice qui leur était confié •> et qui en ont fait leur alleu La surveillance doit <• s'étendre sur tous les bénéfices indistinctement. f. 7"8. vel cuilibet alteri tradere voluerit. . de l'an 8oG. Baluze. — de Ibid. 1 9. 84 CHAPITRE III. 3 «Si quis res suas pro sainte anima? suaj. des abbés.. il déclara que les individus ne pouvaient avoir des bénéfices dans deux royaumes à la fois. ici. On était autorisé par la loi à faire passer son alleu à un parent. » Le législateur a grand soin de distinguer le bénéfice de la terre allodiale.vel propinquo suo. -< légitimant traditionern facere studeat. col. etc. t. II. I . — Ibid. qu'ils ne de- vaient relever que d'un seul seigneur. des abbesses. id. en 817. 364. de Tbicnville. — Voy.) . aussi le Capit. t. aussi Capit. 498. tacher du bénéfice un pré . IV. le Débonnaire. 3 1 . de l'an 812. partagea son empire entre ses enfants. une vigne. mais il voulut en 1 Capit. — Vov. à un individu quel- conque. à une église ou à un monastère 2 Quand Louis . de l'an 789 Baluze t. des comtes et de « nos vassaux. de Charles le Chauve. sur ceux « des évêques. col. afin que nous puissions savoir ce que nous « possédons dans chacune des circonscriptions territoriales « visitées par nos missi 1 . Baluze..

ou bien encore qui essayait de convertir son bénéfice en alleu . qui diminuait le bénéfice en vendant un bois. Capit. mais souvent aussi ses informations portaient sur les es- 1 « Hereditatem autem suam liabeal unustpiisqtie hominum absque « contradictione . lac. de l'an 8 1 5 . une vigne. perdait son bénéfice . in quoeunque regno lioc eum légitime liaberecogno- «rant. 4o6. qui ne surveillait point la culture des terres. p. I. Les infractions aux lois que nous ve- nons de citer étaient punies sévèrement. de l'an 807 . Le fisc entrait dans les plus petits détails relativement 5 à l'état de la propriété donnée en bénéfice . id. Ordinairement celui qui négligeait l'administration de son bénéfice. ap. col. c'est-à- dire de s'approprier un bien dont il n'était que le fer- 3 mier. au mur d'enclos. Script.t. Louis le Débonnaire re- nouvela cette déclaration dans un autre acte de partage 2 qu'il fit en 83y . » [Charta Ludovici Pu. Ce que nous venons de dire s'applique non-seulement aux bénéfices conférés par le roi ou l'empereur. de divisione imperii. coi. au pavé. qui laissait la maison se dégrader. et francic. 1 Capit. ibid. ibid. un champ. VI . rcr. 687. I. 85 même temps qu'on pût avoir des biens allocliaux dans plusieurs royaumes à la fois 1 . 5 /</. — Capil. de l'an 807. disje. mais en- core aux bénéfices donnés par les comtes ou des hommes 4 puissants à des vassaux inférieurs . t. col. I . Il faisait l'in- ventaire des biens. gallic. cit. !\ do. REVOLUTIONS POLITIQUES. col. celui-là.l. 611. Baluze . 5j2. s'il n'y avait pas de répa- rations à faire au loit. il interrogeait les missi pour savoir si la maison était bien entretenue.) * liai iiz. un pré. etc. t. . 1 Capit.

. . « Que nos missi. Baluze. et qu'à ce titre il était inaliénable. I. Nous n'avons pas besoin de répéter ici que l'es- clave des bénéfices faisait partie de l'immeuble. dit le chef de l'empire. dans les provinces qu'il doit inspecter. elle fait plus encore. 11 voulait savoir combien il y avait d'esclaves dans les bénéfices. nos métairies demeurent désertes . la différence qui existait entre l'esclave meuble et l'esclave immeuble. col. Ainsi la loi des bénéfices fixe l'esclave au sol qu'il cultive. prœcipimus ut nullus ex his Iri- 1 Capil. et que chacun •• d'eux. de Tan 806. t. » Il est dit ailleurs : «Nous avons appris comment les « comtes et d'autres hommes qui tiennent de nous des bé- « néfices s'approprient une partie de ces bénéfices. fasse une 1 « liste exacte des individus attachés à ces bénéfices . Ibld. . 4 97. et font « servir sur leurs propres biens les esclaves de nos do- 2 « maines. . col. >> Ces différentes déclarations du pouvoir suprême avaient pour but d'arrêter l'aliénation de l'immeuble en tout ou en partie. de l'an Si 2. dressent avec « le plus grand soin l'état des bénéfices . d'une manière nette et précise. claves qui étaient attachés au bénéfice. Un passage très-curieux servira à confirmer ce que nous avons dit précédemment. afin qu'on ne pût les vendre ou les transporter dans les propriétés allodiales. là. et établira aussi. s Capil. fait par Charlemagne en 806 : «De tradilionibus autem atque venditionibus quae in- « ter pares fieri soient. Nous l'empruntons textuelle- ment à l'acte de partage de l'empire . 80 CHAPITRE III. /|53. elle l'attache à la maison qu'il fait valoir.

III. voc. 73 et 80. D'autre part. . dans le bénéfice comme dans la propriété allodiale étaient placés dans les . at- « QUE SYLVARUM . Caeteris vero liberis hominibus hoc minime interdicendum judica- 2 « virnus . que l'on échangeait et que l'on vendait. que l'es- clave attaché à un domaine quelconque (et nous avons essayé de démontrer que les esclaves. t. ils se dis- tinguaient le plus souvent par une rare habileté dans les 1 « Ccrte casati non tani liberlinœ qnam servilis fuenint conditionis. Casati. Sl*Ve « caeterarum rerum quae hercditatis noinine censenlur. 1. et qu'il était compté parmi les immeubles. imper i. col. hoc est. comme l'or. Pépin et Louis) suscipiat de rc- gno alterius a quolibet homine traditionem seu vendilio- « neni rerum immobiliu. mêmes conditions). les bijoux. an. terrarum. hoc est in ruralibus pos- « sessionibus servubant. suivait la nature des champs. 87 bus fratribus (Charles. ARGENTO. habitant une des casœ de ce domaine.» Charta divis. l'ar- gent. ET GBMMIS. et qui certis casis addicti erant. les armes elles vêlements précieux. de manière à n'en pouvoir douter. vincis. Bakue. vinearum. 444. Il fait entrer dans la classe des casati les esclaves qui sont mentionnés dan. I. avaient une valeur dans le commerce. "dictique videntur servi ii qui intra casam. SERVORUMQUE QUI JAM CASATI SUNT l . REVOLUTIONS POLITIQUES. des vignes et des bois.* les dona- tions de terres : « cum pratis. AG VESTIBUS NEC « non et mancipiis non casatis . ex- « CEPTO AURO. il y avait des esclaves qui comptaient parmi les meubles. Ils habitaient ordinairement la maison du maître. » ( Du Cange. et his speciebus quœ pto- « prie ad negoliatores perlinere noscuntur. mancipiis. Ces esclaves. 806. » On voit. ARMIS.m. ) Du Cange donne une partie du texte que nou3 avons citc\ et déplus il renvoie aux Capitulaires.

Quelques-uns des principaux ser- viteurs de l'empereur. même à l'époque où Charlemagne parlagea l'empire entre ses enfants et promulgua le capi- tulaire de Tbionville.88 CHAPITRE III. du pré. L'empereur ordonna de renvoyer ces esclaves. arts manuels. etc. avaient amené avec eux les esclaves de leurs domaines. du pâturage. . par des causes que nous essayerons de rappeler en peu de mots. I . pascuis. Tant que le pouvoir impérial conserva dans les pro- vinces une action forte et puissante. Les esclaves qui appartenaient aux villœ se fixèrent de plus en plus à la terre. qui avaient reçu des bénéfices et qui vivaient à la cour. qui étaient casuli. col. « silvis . Capit. Nous dirons plus tard pour- quoi nous croyons que. qui furent faits jusqu'au moment où. t. dans les comtés d'où ils avaient 1 été tirés . il est considéré comme partie intégrante de ces immeuble?. il sut faire respecter dans les bénéfices la loi qui rendait l'esclave inaliénable comme la terre elle-même. pratis. des bois. Les mêmes expres- sions se reproduisent invariablement dans tous les actes émanés de l'autorité impériale ou royale. 49D. tous les bénéfices devinrent ' Bahue. les esclaves qui tenaient de la na- ture du meuble étaient peu nombreux dans l'empire. mancipiis utriusque sexl'S » Dans cette for- mule l'esclave demeure toujours inséparable du champ. Quand il donne un domaine en viager ou avec droit de transmission aux héritiers naturels et légitimes. la formule de concession est toujours ainsi conçue : « Concedimus cuidam fideli nostro quas- « dam rcs juris nostri cum terris. et confectionnaient de petits ouvrages de luxe ou de simple curiosité.

!(>q). cette formule : «cum terris mancipiis « utriusque sexus desuper commanentibus. 1. I. — Diplom. nous en indiquerons quelques-unes que nous avons maintenant sous les yeux : Diplomata Ludovici PU. ibid. i43). ap. etc. [ibid. On trouve dans presque toutes les chartes de donations faites à l'abbaye de Saint-Denis sous les Gar- lovingiens. t. 647 et 648. p. Caroli Calvi. 786. pièces justifi- catives. rer. Pérard [Preuves de V Histoire de Bouryoync . ) — Diplom. [Amplis- sima collcct. 802). Lolhar. Histoire de î abbaye de Saint-Denis . p. »( Voy. VIII. Doublet ( Histoire de l'abbaye de Saint-Denis. Queîq uefois l'acte porte simplement ces mots : Je donne telle villa avec ses appartenances « cum pertinentiis suis. ejusd. id. col. ejusd. les vignes. Diplom. ap. Diplom. ibid. p. 5 Voyez Félibien. dans les Preuves de l'Histoire du Languedoc. p. 1" partie. 4/16. roi. ibid. id. 82 . c'est-à-dire jusque dans la seconde moitié e 1 du i\ siècle . ipsumque cum uxore sua et inf'anlibus illorum ad pro- « prium largimurjurepcrpetuali. REVOLUTIONS POLITIQUES. t. p. et la font valoir * commanent et deserviunt. 4 92. Diplom ap. ejusd. Lothariny. /108. p. Doublet. ap. ibid. col. Script. 628. p. Caroli Calvi. vel ad easdem 2 « legaliter pertinentibus . Malien. p. yallic. p. 5î8 et 532). 778). ejusd. Caroli Cali i . etfrancic. Marten. 120). » Ces appartenances sont les prés. ibid. Histoire de l'abbaye de Saint Denis. 563 et 564. p. . rey. . » 1 Nous avons rassemblé un grand nombre de ces formules. Lolhar.Marca [Marca Hispanica. Append. 89 héréditaires. Diplom. ap. ap. ejusd. p. Il y avait même des esclaves attachés à des domaines. » ou bien « cum appenditiis. — Diplom. Mabillon [De re diplomalica. quoique n'y résidant pas. VI. ap. t. «possidet. Diplom. Diplom. p. — On lit dans une donation royale faite à une abbaye : « Mansum 1 unum quem Valentinus nomine Fiscealinus ad desserviendum . t. et les esclaves des deux sexes « mancipia utriusque sexus » qui habitent la villa. 3yg . — Diplom. imper. ibid. les bois.

des abbés ou des comtes. ad Elipand. des Français. Le sol des villes laïques ou ecclésiastiques était couvert d'innom- brables esclaves. cb. les esclaves meubles et im- meubles en serfs de la glèbe. Chaque église. immobilisa com- plètement tous les esclaves. jusqu'à vingt mille esclaves. Sismondi. un abbé ou un comte tenait sous sa puissance.t. s'em- pressaient de s'adresser à ces évêques. Nous allons jeter un coup d'oeil rapide sur la grande e révolution qui. régis Capit. ii. II. quand un évêque. . chaque grand dignitaire de l'empire avait un nombre d'esclaves plus ou moins considérable. pour échapper aux vexations de leurs puissants voisins. Les grandes propriétés ten- daient chaque jour à s'augmenter. II. à ces abbés ou à ces comtes. 3. p. t. Les propriétaires libres qui n'avaient qu'un petit alleu enclavé dans les immenses possessions des évêques. Alcuin avait à lui seul . Hist. dans les terres qu'il tenait de la munificence de Charlemagne. p.. voy. . et qui transforma. dans ses immenses domaines. ecclésiast. epist. Qu'on juge d'après de pareils faits. vers la fin du ix siècle. pour se placer sousleur protection. Baliue. xvil. liv. etc. en plusieurs endroits de son Histoire des Français *. 2 Prœfat.np. a parfaitement établi qu'à partir de Char- lemagne jusqu'à la dissolution de l'empire carlovingien la classe des hommes libres ne cessa de diminuer. XLV. si nous pouvons nous exprimer ainsi. t. 273 etsuiv. jusqu'à 2 vingt mille esclaves . — Voir Fteury. et échapper 3 ainsi aux persécutions qui les menaçaient incessamment . — Pippin. 90 CHAPITRE III. combien devait être petit le nombre des hommes libres. 37. chaque couvent. Hist. 3 Formul.- 1 Sismondi. III. Sinnond.

Les envoyés « impériaux trouvèrent sur leur passage d'innombrahles « opprimés : les uns avaient été dépouillés de leur patri- « moine. III. VIII. « afin qu'on pût les amener en sa présence. qallic. rer. dès le règne de Charlemagne. » (Tl)Cgan. les autres avaient élé réduits en esclavage. Nous lisons le passage suivant dans un an- cien récit (à la date de 81 4) : "En ce temps l'empereur Louis envoya ses délégués dans toutes les parties de son « empire. ( Mém. t.) . Histoire des Français. 222. — Supplément. 564. et francic. Nous sommes autorisés à croire. aut EXPOUATIONE LIBERTATIS. . le nombre des petits propriétaires libres diminua tou- jours de plus en plus. — M. dès le Verner.an. Les « auteurs de tous ces maux étaient les comtes ou leurs lieu- « tenants. les tenanciers des grands propriétaires. 628. Script. et belles-lettres. G9.ram multitudincm oppressorum «aut ABF. L'empereur répara toutesles injustices qui avaient « été commises par les coupables officiers de son père. Sismondi. t.ATIONE PATRIMONH . 752. De l'Etat des personnes en France sous les rois de la première race.) 1 Ce passage peut s'appliquer aux comtes. VI. g ail. Ludovici PU. ap. Il faut le dire aussi ces grands propriétaires eurent fréquemment recours à la violence pour faire entrer dans leurs domaines les petites propriétés 1 . t. (Voy. par ce qui précède. et aux autres la li- 2 « berlé . des inscr. p. 864. — Concil.Pist. ils devaient rechercher avec grand soin les in- -< dividus qui avaient élé victimes de quelque injustice. de l'Acad. 77. 91 Us devinrent souvent ainsi. p. p. concil.an. il • rendit aux uns leur patrimoine.) 2 «Qui egressi invenerunt innume. Dr gest. — Edict. in agro Meld. Naudet. an. « Malgré la surveillance exercée par l'empereur. RÉVOLUTIONS POLITIQUES. que l'immense majorité des esclaves qui habitaient. p. nouvelle série.

Remarquons. 11 en fut ainsi au ix siècle. cherchèrent de bonne heure à se les 1 De gabernatione Dei. quelque chose d'ana- logue à ce qui s'était passé à la chute de l'empire romain. nous le ré- pétons. de coloni pro- prement dits. qu'il y eut . des abbayes et des comtes. et le grand propriétaire d'autre part. qui avaient reçu des bénéfices à vie. suivaient la nature des choses immeubles « rerum immobilium. Nous dirons un peu plus bas comment ces esclaves s'immobilisèrent de plus en plus. en se fixant dans telle ou telle localité. champs) . au moment de la dissolution de l'empire carlovingien .92 CHAPITRE III règne de Charlemagne lui-même. pour surveiller les grandes forêts. devinrent peu à peu des colons forcément attachés à la glèbe. pour devenir les coloni des hommes riches et puis- 1 e sants . ils s'at- tachèrent irrévocablement à la glèbe. qui s'étaient offerts comme tenanciers. craignant une ruine prochaine. puisqu'ils faisaient partie de la classe de ceux que la loi désignait par le nom de servi casati. de pastores. et ces esclaves. étaient comptés parmi les immeubles. en passant . » Pour cultiver tant de terres (vignes. etc. il fallait une multitude d'esclaves. pour faire paître les innombrables trou- peaux. labourant. V. lit). Les fidèles du roi ou de l'empereur. de forestarii. comment. Les petits proprié- taires. s'étaient offerts pour cultiver les terres. Salvien nous raconte que les petits propriétaires. . ensemençant et récoltant. prés. A la seconde ou troisième génération on avait déjà oublié le contrat qui avait été fait entre le petit propriétaire comme homme libre d'une part. les vastes domaines des églises.

qui ordonnaient la rentrée au domaine de toutes les propriétés bénéficiaires aliénées sans le consente- ment du fisc. profitèrent des divisions qui éclatèrent entre les membres de la fa- mille impériale. du relâchement de l'autorité suprême. en autorisant dans toutes les provinces un grand nombre d'aliénations. les propriétés du fisc étaient souvent converties en alleux. Les passages que nous avons donnés tendent à prouver qu'au moment même où l'autorité royale était dans toute sa force. Nous devons remar- quer ici qu'entre le bénéfice donné en viager et le bénéfice . Les fidèles. Mais eux-mêmes avaient déjà porté un coup funeste au système des bénéfices. Après sa mort son fils et ses petits- fils se montrèrent impuissants dans la lutte qu'ils enga- gèrent avec les détenteurs des biens du domaine impérial. Tous les actes que nous avons cités plus haut portant concession de terres avec les esclaves sont des actes de donations à perpétuité et qui permettent à celui qui possède un béné- fice de le transmettre à ses enfants. 93 «approprier. pour s'approprier et transmettre à leurs enfants les biens qu'ils tenaient en viager et dont ils n'étaient que les dépo- sitaires. Les empereurs renouvelèrent souvent les édits de Charlemagne. Nous avons cité les recommandations fréquentes que les rois adres- sèrent à leurs délégués dans les provinces pour faire ren- trer dans le domaine du fisc les biens que les proprié- taires de bénéfices en avaient aliénés. à les convertir en biens allodiaux. et il n'avait réussi qu'à grand'peine à faire exécuter ses ordonnances sans cesse réitérées. Charlemagne avait eu à lulter sans cesse contre les empié- temen Is de ceux qui possédaient les bénéfices . REVOLUTIONS POLITIQUES. qui avaient reçu des bénéfices.

ver. » (Apud Script. à un fidèle. inter diplomat. surtout en ce qui concerne les comtés. solemni do- «natione. Après la mort du fils le bénéfice revenait à l'em- l pereur . jure proprieta- « rio facere decreverit. non -seulement les biens. . comme lieutenant impérial et comme fonctionnaire public. et francic. matériellement parlant. et au fils de ce fidèle. n'est point le nôtre. 263 et suiv. par exemple. nous dirons que le capitulaire de Kiersi (juin 877) 2 consomma la transformation des bénéfices et sanctionna une révolution déjà accomplie. col. pour deux géné- rations seulement. mais encore des prérogatives attachées à la possession de ce bénéfice. et reg. pour le récompenser des bons services de son père. t. donné à perpétuité et transmissible aux héritiers de celui qui l'avait reçu. passim. nous voulons parler du bénéfice donné. . imperat. VIII. Enfin pour ne point nous arrêter sur un sujet qui tout . ita videlicet ut quicquid ab bodierno die et «tempore exinde pro sua utilitale atque commoditale. en facilitant la solution de la question proposée. en un mot il rendait héréditaire Yhonneur du comté. il y avait une espèce d'intermédiaire.) 5 Baluze. mais encore les prérogatives dont son père avait joui et les fonctions qu'il avait exer- cées. Par l'édit de Kiersi l'empereur conférait à titre héréditaire au fils d'un comte. tranferimus. II. VI et t. t. Il est important de constater cette révolution . 1 Voici la formule de la concession d'un bénéfice à perpétuité : « [Beneficium] de nostro jure in jus ac potestatem illius. gallic.94 CHAPITRE III. liberam et firmissiinam in omnibus liabeat po- « testatem faciendi tam donandi quam vendendi. nec « non etiam beredibus rciinquendi. Non-seulement à cette époque on put hériter de la terre du bénéfice et de tout ce qui. s'y rattachait. seu commutandi.

n'avaient plus de rapports entre elles. se rendirent aussi indépendants. 71 et suiv. xiv. 95 Les comles se rendirent indépendants quand ils devinrent 1 inamovibles . en France. un étald'isolement complet? Nous répondrons ici quelques mots à cette question et nous tirerons de cette réponse la conclusion de ce chapitre. comme on l'appela dès lors. 1 Voir les considérations de M. de ces seigneu- ries. Ils firent un contrat par le- quel ils s'engageaient à l'égard de ce grand propriétaire ou seigneur. avait perdu toute action dans les provinces. Comment chacune de ces souverainetés. les unes à l'égard des autres dans . Guizot sur la fusion de la souverai- neté el de la propriété. i° Le pouvoir central. Dans un état bien administré le point de contact entre toutes les localités se trouve au centre. p. Les provinces. Telle fut l'origine de ces innombrables souverainetés que nous retrouvons dans la France féodale. ( Cours d'kist. dès la fin du ix e siècle. à leur tour (et le nombre en était fort restreint). p. I. ch. t. en s'affaiblissant. parce qu'elles n'avaient plus de centre. de la civilis. elles cessèrent aussi de vivre sous les mêmes lois. liv. Quand les provinces ces- sèrent d'être régies par le même pouvoir.) 4 Meyer. REVOLUTIONS POLITIQUES. A l'époque où nous sommes arrivés elles n'avaient plus rien qui leur fût com- mun. . prit-elle une existence indépendante? Par quelles causes se trouvèrent-elles placées. 208. IV. Seulement ils eurent soin de se mettre sous la protection du grand propriétaire qui était dans leur voisinage. à lui rendre certains services en échange de la protection qu'il leur accordait 2 . Les petits pro- priétaires. Esprit des institutions judic.

Pour montrer combien cette dernière cause a été puis- sante. ils massacrent les habi- tants de Nantes dans leur église. des pillages et des dévastations sans nombre. 84i. chef des Normands. 843. les villes. qui ne contient que des dalés. s'empare de la ville de Rouen. Il dévaste les couvents de Zumièges et de Saint- Vandrille. 2° Les invasions des Normands contribuèrent beaucoup à séparer les différents membres du corps social. chacun chercha ses moyens de défense dans ses ressources personnelles . Pillage de Paris parles Normands. ils s'emparent de Saintes et de Bordeaux. . Oschar. Pillage d'Aix-la-Chapelle. Ravages des Normands dans la Frise. Hastings ravage les deux côtés de la Loire et pénètre jusqu'à Amhoise. TABLEAU DES PRINCIPALES INVASIONS DES NORMANDS DEPUIS LE MILIEU e DU IX SIÈCLE JUSQU'EN L'ANNEE 9 11. D'antres Normands remon- tent la Garonne et portent leurs ravages jusqu'à Toulouse. Ce tableau. Dans la même année. devient effrayant quand on songe que cha- cune des expéditions mentionnées entraîna à sa suite des meurtres. depuis le milieu e du ix siècle jusqu'en 911. 84î. les petites localités et les individus. la pille et la brûle. conduits par Ragner. 845.Nouveau débarquement en Bretagne.000 livres pesant d'ar- gent. 844. nous présenterons dans un tableau sommaire les principales expéditions des Normands. et s'isola de plus en plus.06 CHAPITRE III. Le pou- voir central se montrant impuissant pour défendre les provinces. Charles le Chauve leur paye une rançon de 7. Les Normands viennent en Bretagne.

Robert et Eudes sont défaits par les Normands près de Melon. Lothaire lui accorde le comté de Dorstadt. Ils portent ensuite leurs ravages dans les Etats de Louis de Saxe. d'Aix-la-Chapelle . Prise et sac de Bordeaux. Trêves et Aix-la-Chapelle. viennent à Paris pour renouveler leurs pillages. 876. ravage l'île des Bataves. Les Nor- mands de l'île d'Oissel font une incursion à Paris en 861. 07 846. 8^9. patriotes qui se tiennent sur les bords de la Seine et. Ils et sont payés par Charles le Chauve pour combattre leurs com- 861. Les Normands s'emparent de Rouen. Nouvelle incursion. SU1V. 8^7. puis ils recommencent leurs courses et ils partent pour ravager Bordeaux. Pillage de Gand. 860 Les Normands entrent par la Somme et pillent Amiens. 848. . Les Normands pillent Périgueux. REVOLUTIONS POLITIQUES. Us pillent et ruinent la ville de Saintes. Roric. Ils restent pendant une année dans le nord de la France. ravage le nord des États de Charles le Chauve. 88 1 . Les Normands pénètrent dans le Limousin et l'Auvergne sous la con- duite de Pépin II . 863. et Godfried en Alle- magne. 883. Haslings paraît sur les bords de la Seine. 85 1. 866. 880. Les habitants des petites villes et des campagnes se réfugient à Mayence. At- taqués par leurs compatriotes. Les Normands s'établissent à Amiens et mettent en fuite Louis III. ils vont même jusqu'à Cologne et a Bonn. Invasion à Rouen. Les invasions se succèdent sans interruption jusqu'en 865. ils pillent Cambrai. qui veut reconquérir son royaume d'Aquitaine. Us remontent la Garonne et viennent assiéger Bordeaux. 882. Un autre chef. Nouvelle invasion. Les Normands s'avancent dans l'intérieur des terres pour attaquer Beauvais. chaque année. 85o. qui lui accorde un comté sur les bords de la Seine. Les Normands paraissent sur l'Aisne et la Somme. ils leur cèdent la moitié du bu- tin et se réconcilient. Godfried. Cent barques entrent dans la Seine. un chef normand. de Trêves et de Cologne. Les Normands descendent dans la Frise.

Conversion de Rollon. 890. pour se mettre à l'abri des invasions des Normands. Les Normands viennent ravager les bords de l'Oise. de la Seine. . Ils avaient pénétré jusqu'en Champagne. 1 \<>ir Luitprand . 897. en remontant les fleuves. Siège de Paris. de l'Aisne. 888. t. Ainsi tous les maux de l'invasion pesèrent. 891. de l'Oise. pénétraient dans l'intérieur des terres. L'archevêque de Reims Hincmar fait construire de nombreux châteaux (entre antres celui de Mouzon) . sur la plus grande partie de l'an- cien empire de Charlemagne. 900. de la Marne et de la Loire. Mnralori. p. Les Normands s'avancent sur la Meuse. ils surprennent la diète assemblée à Aix-la-Chapelle.lesXormands. mais encore dans le nord de l'Allemagne. Italie. Les ravages des envahisseurs nesebornaientpointauxprovincesextrêmes. non-seulement dans l'an- cien territoire des Gaules. 911. populations s'enfuient à leur approche. Lis Normands Je la Frise viennent s'emparer de Rouen. Ia5. Chroniq. Les Normands remontent la Seine. de la Somme. Prise de Meaux.-. il fait aussi défendre le cours de la Loire. On voit par ce tableau que les invasions des Normands se renouvelèrent chaque année. on les avait vus à Toulouse.98 CHAPITRE III. II. 886. Nouveau siège de Paris. Ils pillaient les bords de la Meuse. pendant un demi-siècle. 889. 885. le. Ber. ap. Les Normands étendent leurs ravages sur la plus grande partie de la Bourgogne. et ils avaient poussé leurs incur- sions jusque dansleLimousin et dans l'Auvergne 1 .

—Voy. 1 58 et suiv. pillaient ou brûlaient tout ce qu'ils rencontraient sur leur passage. p. Muratori. avant que les bénéfices fussent devenus hérédi- taires. II. des troupes s'armèrent pour repousser les Normands. Il ne peut plus. Dissert. de l'an Xfi'i. 1 S36 . à l'égard de la royauté. t. et. RÉVOLUTIONS POLITIQUES. avec leurs vassaux. Plus d'une fois clans leurs courses ils pénétrèrent jusque dans la Savoie. appeler à son aide les fidè- les. en Savoir . et les chefs qui les com- mandaient étaient souvent des hommes qui. . aux environs de Nice : de là et de quelques-unes des sta- tions qu'ils avaient sur les bords de la Méditerranée ils s'élançaient sur les villes et ies campagnes. t. comme les Normands. s'étaient soustraits à toute dépendance. 73o. mais ces troupes éiaient excitées par le seul instinct d'une dé- fense à peu près individuelle. ap. le Piémont et la Suisse.Xovulaisc . ils enlevaient. 1 9 3. Reinaud . part. On ne tint pas compte de cette défense. M. col. en l'iemoni cl en Suisse. Paris. Quelquefois. élevèrent des ehàteaux pour se soustraire aux incursions des dévastateurs. de . 1 Capil. 99 D'aulre part. Les invasions des Normands amenèrent un autre ré- sultat. comtes ou autres. il est vrai. les Sarrasins s'étaienl établis en Provence. et rassem- bler une force armée suffisante. Baluze. X. Les propriétaires de terres allodiales ou de bé- néfices. t. L'édit de Pistes ordonne de raser tous les châteaux qui ont été construits sans la per- mission du roi 1 . cm et suiv. p. 1 f> 7 . Invasions des Sarrasins en France. Pendant ces longues invasions le pouvoir royal se montre impuissant pour arrêter les envahisseurs. 2. 11 traite avec ces envahis- seurs et leur donne de l'argent. p. II. comme autrefois.

A la fin du ix e siècle le négoce de ces choses meubles. Script. » (Lupi. I. vestro beneficio nobis «et vicinis nostris plurimum profuturos. t. 1 H y avait dans les villœ. au- « rifices . les châteaux se multiplièrent. Dans une société ainsi organisée il n'existait aucun commerce. les villœ elles-mêmes se fortifièrent. étaient des objets de luxe aussi bien que les pierres précieuses. Fcrrariensis. quos peritissimos vos habere longe lateque fama vul- _ arit. p. adresse à un certain Louis (en 844) : «Ceterum ves- « tram opinatissimam flagito liberaljtatem. et d'un grand nombre de ces villœ fortifiées sortirent plus tard des cités riches et populeuses. des ou- vriers de différents métiers qui confectionnaient les objets de première nécessité pour le maître et les serfs du domaine.» ( Voy. sous les deux premières races. rer. Baluze. 307. retiatores qui uretia facere bene sciant ad venandum. .abb. On ne recherchait plus guère alors les esclaves meubles qui . abbé de Ferrière. Ces ouvriers étaient serfs eux-mêmes. comme celui des esclaves qui leur étaient assimilés avait entièrement cessé. col.. les riches vêtements et les belles armures. des pierres précieuses. et [rancir. des armes. . Vif . sur les terres des châteaux. Du temps de Charlemagne encore on échan- geait ou on vendait des objets d'orfèvrerie. ap. de riches vêtements. Fabros ferrarios. t. et plus tard. r auri et argenti operibus crudirijubeatis. donne une énumération de ces différents ouvriers : « . se distinguant par quelque talent devenu inutile. de pareils esclaves ne devaient point trouver place dans la société à cette époque de crise et de désorganisation. ut duos nostros famulos a « vestris fabris. argentarios sutores tornatores carpentarios . gallic. — Le capitulaire de Charlemagne. 488. Epist.) . à l'époque de la féodalité. de villis. Capit.) — Nous lisons le passage suivant dans une lettre que Loup. Chacun tirait de son travail ou du travail des siens les vê- tements qui le couvraient et les armes qui servaient à ledé- fendre 1 . .100 CHAPITRE III. .

sous les murs du château ou de l'abbaye. la pauvre et chétive cabane qui. 2°Les esclaves attachés aux domaines du lise. Nous tirons de ce que nous avons dit précédemment la conclusion qui suit : i° Les nombreux esclaves attachés à la culture des terres allodiales. cette classe d'esclaves. Nous avons établi ce fait à l'aide de textes empruntés à la loi ou à des actes privés. Ils devinrent les hommes de corps du seigneur qui commandait à la terre où ils demeuraient. 101 Ou plutôt. Alors ils construisirent. e Il n'y avait donc plus. qui écrivit sous Louis le Débonnaire. REVOLUTIONS POLITIQUES. ils se confondaient avec le pré. avait fini par disparaître. Encore nous avons fait remarquer ailleurs qu'Angesise. Le capitulaire de 806 et un article de la compilation d'Angesise sont à peu près les deux derniers vestiges que nous rencontrions de l'existence des esclaves meubles et vendables. eux et toute leur famille. suivaient. que des esclaves immeubles. à la fin du ix siècle. pendant bien des siècles encore. avait fait entrer dans son recueil une loi très-ancienne réglant les formalités à remplir dans e les ventes d'esclaves (loi certainement antérieure au ix siè- cle). qui cul- . le bois et le champ labourable qui dépendaient de ces villœ. la vigne. probablement dans la seule pensée de compléter sa compilation. qui faisaient valoir les villœ appartenant en propre aux particuliers. diminuant peu à peu. la nature de l'immeuble. disons-le. Ils s'y attachèrent irrévo- cablement. dès les premiers temps de la conquête. devait les emprisonner. Ces esclaves n'avaient d'autre patrie que le sol où ils étaient fixés.

En résumé. 1 Ces concl usions s'appliquent surtout à l'ancienne Gaule et au ter- ritoire qui formait l'empire de Cliarlemagne. affaiblissement du pouvoir central. inva- sions des Normands. dans notre résumé général et dans nos appendices. sur des passages nom- breux des édits et diplômes émanés des rois ou des em- pereurs. formaient. Nous nous sommes également appuyé. étaient également inséparables de l'immeuble. 3° Après avoir établi . nous modifierons. au plus tard. pour démontrer ce fait. nous appelons serfs de la glèbe. dans les premières années du dixième 1 . ce qu'elles auraient de trop absolu pour les pays situés hors de ces limites. en nous servant des paroles mêmes du capitulaire de 806. la classe des esclaves meubles avait complètement disparu. . 11 ne restait donc plus sur le sol de cette multitude de propriétés isolées et indépendantes que ces esclaves immeubles que.102 CHAPITRE III. comme casali. et qui suivaient. 4° En jetant un coup d'œil sur les révolutions qui e s'étaient accomplies dans l'empire pendant le ix siècle : diminution de la classe des hommes libres et des petits propriétaires. vers la fin du neuvième siècle et. nous avons constaté que. l'immense majorité des esclaves. nous avons montré que les esclaves attachés aux domaines publics ou particuliers (biens allocliaux ou bénéfices) . la servitude de la glèbe fut généralement substituée à l'esclavage ancien. dans l'his- toire du moyen âge. une distinction entre les esclaves meubles et les esclaves immeubles. dans l'Europe occidentale. la nature de l'immeuble. tivaienl les villœ transmises eu bénéfices. dans les transformations subies par la société. dès le règne de Gharlemagne.

Mais ce bienfait n'avait rien de général. quelques lois plus humaines avaient pourtant pris leur défense. familia rustica). il était sorti. par la double influence de traitements intolérables ou de plaisirs honteux. Le butin du pirate comme celui du soldat passait dans l'usage public sous la garantie du marchand. et présenté comme un bienfait de la victoire. comme disait un ancien. Mais si leurs devoirs étaient nom- breux. l'abîme dont ils étaient sortis engloutissait d'autres victimes. RESUME ET CONCLUSION GÉNÉRALE. instruments animés du ménage. au gré de ses passions. et l'esclavage durait toujours. L'esclavage. des voix moins égoïstes. ils étaient impérieusement réclamés. qui les abrutissait. se perpétuait dans le monde ancien. par lui-même. et tout au plus au premier rang parmi les animaux domestiques. Au milieu de ce mé- pris général. et par des moyens établis en droit ou acceptés en fait. et par le service de l'Etat et par le service des particuliers. Elle les abandonnait à la discrétion du maître. servi privali. Leur con- dition s'améliorait dans le droit. . soit en ville. Relranchés de la classe des personnes. par la guerre d'où. soit aux champs (servi publiai. né du droit de la force . nul droit n'en compensait pour eux la rigueur. familia urbana. même pour les châtier. en effet. car il fallait des esclaves. la loi les dédaignait. et dans la vie commune ils en trouvaient parfois le terme par l'affranchissement.

asservissement des fonctions libres. Ces causes. il asservit plutôt. et l'esclavage est aboli. Et. ne le renouvelez pas. Ainsi l'Etat remplace l'esclave public par l'homme libre. il affranchit ses fonctions : il les élève au-dessus de l'esclavage. Des causes plus générales.104 RESUME Pour que l'esclavage fût aboli. mais c'est aussi la condition du plus noble de la cité : c'est la con- dition de tous. vinrent transformer l'esclavage et le travail libre avec lui. c'est dans le droit impérial que nous les Avons cherchées d'abord. le droit impérial n'affranchit pas. existait près de l'esclavage. il n'affran- chit pas l'homme. et il ne fallait pas les élever bien haut dans cette misère de l'empire pour qu'elles pussent tenter le plébéien. chacun est attaché au service de l'Etat par le lien de son origine. 11 est esclave par le fait. Le travail libre. il fallait que les besoins qui le rendaient nécessaire pussent être autrement satis- faits. l'Etat n'affranchit pas. et ainsi toute l'action du droit impérial se peut ici définir par deux mots : affranchisse- ment des fonctions serviles. non-seulement à cause de cette classe même des esclaves publics. ce qui im- porte le plus ce n'est pas d'affranchir l'esclave : il meurt. Nous avons insisté sur cette tendance de l'administra- lion romaine. Pour abolir l'esclavage . en effet. agissant sur la société tout entière. et il n'y a point là contradiction. devenu milice. Même dans le service de l'administration qui. occupé des mêmes œuvres et partageant quel- quefois ses fonctions. nous l'avons vu. se ferme à l'esclavage. rappelons-le bien. où l'esclavage ancien se trouve par le . mais ce n'était point sa faible con- currence qui pouvait jamais détruire l'esclavage.

du fisc. comme le curiale à la curie. mais il n'aura point le droit de dis- poser de lui. L'homme libre viendra renouveler cette classe demi-cteinte ou s'ad- joindre à ses travaux. en le reconnaissant dans celte condition nouvelle. née de la misère et de la violence. en assurant la culture des terres. Mais la loi. qui n'avait plus guère d'aliments au dehors. L'homme libre. venait de lui-même à l'erg as tulum. mais encore et surtout parce que nous retrouvions en elle les vraies causes qui déjà cons- tituèrent le servage sous la forme romaine du colonat. 105 fait généralement aboli. L'esclavage. il n'a pas moins besoin d'assurer la base même de cette organi- sation les revenus . Dans ce dépérissement de l'esclavage la loi acceptait l'abus qui sauvait la culture et les revenus du trésor. Une cause nouvelle avait d'ailleurs contribué à étendre cette action du droit. Le maître. lui réserve une partie de ses droits : elle ne lui demande qu'une chose. s'alimentait de la misère publique. et l'esclavage. aura le droit de l'y retenir. que le riche autrefois chassait sur ses terres pour l'enfermer dans sa famille rustique. Si l'empire a besoin d'une organisation toujours agissante. et bientôt la même raison d'Etat ne lui per- mettra pas plus d'aliéner son esclave rustique. cette nouvelle servitude trouve sa sanction dans la loi. Mais dans le service des champs. et si pour cette raison il retient chacun en son lieu. par le fait. ET CONCLUSION GENERALE. comme dans le ser- . lui est. en conséquence. celle que réclame l'intérêt de la culture : qu'il reste attaché à la terre. lui et sa race. as- similé. sans perdre encore le titre qui l'en dislingue. à cette fin il attache le colon à la glèbe. Ainsi. pressé par la faim.

les opprimés de tous les droits. Si nulle autre cause ne vient le com- battre. à le changer dans sa forme. le christianisme le posa. l'esclavage est toujours. en de certaines maisons. Pour abolir entièrement l'esclavage il fallait donc un principe qui ne se bornât pas à le modifier dans ses usages. m. un besoin commun. chose admirable.» Et. le christianisme lui apprit à en faire le sacrifice : « Je suis esclave de César. et « admis. non est servus neque liber. le gentil. Bien que là aussi pénètre l'influence du maître commun pour gêner la liberté du maître particulier. pour les égaler et les unir aux autres en Jésus-Christ. « Non est Judœus. Il le proclame dans ce texte sublime qui relève toutes les conditions inférieures : la femme. dans la communauté « d'espérance de ceux que vous voyez là. Ce principe. l'esclave. 28. disait un «jeune martyr à qui le préfet rappelait avec dédain sa « condition. neque Grae- « eus. au dernier degré de misère.100 RESUME vice de l'Etat. bien que le travail libre fasse concur- rence au dehors . un besoin de luxe. il y avait pourtant encore. en de certaines limites. a Christo ipso libertate « donatus. affranchi par le Christ. mais qui l'attaquât en lui-même et au fond. de véritables esclaves. en révélant à l'esclave sa dignité d'homme et les droits qu'elle lui assurait. et il en était surtout ainsi du service domestique. mais je suis chrétien. — Servus quidem « Caesaris sum. sed christianus. et illins beneficio et gratia ejusdem spei. par son bienfait et sa grâce. dont le droit impérial n'avait guère changé la position. il subsistera. et. cujus ' Galal. non est masculus neque « femina:oinnesenimvosunumestisin Christo 1 . .

il. Des hommes tirés des plus humbles fonctions de l'esclavage furent élevés par elle aux premiers rangs de la hiérarchie céleste. Elle fit un crime des esclaves de sang. Leurs frères mar- cheront sous leur patronage. et proposés à la vénération de tous. » Le christia- nisme descendit dans l'esclavage pour partager ses souf- frances.ev tous ôfxoSov/. dans la milice de celui qui avait voulu être le fils du charpentier. Elle fit un précepte de l'affranchissement. Gaume. Elle necommanda point encore. l\ . p. ap. t. celle des copiâtes. ET CONCLUSION GENERALE.'j. qui enterraient les morts. Mais l'Église ne songea point seulement à régénérer l'es- clave par la foi . de bonne heure elle en prit le nom. av hovXoi tv%m(tiv Ôvtss 2 .otiS kclI rijs aÙTfjs ui/tw xotvoovovvTtxs (pvcreoos oix â^ioi 7ia. qui soignaient les malades dans les pestes d'Alexandrie. une honte des esclaves de débauche ou de luxe. elle tendit à l'affranchir. étaient remplies de clercs.ailsvsp. disait saint Jean Chrysostome repousse . quos vides. militans in terra. et d'abord elle attaqua l'esclavage dans ce qu'il avait de plus immoral. et les saints de bonne heure en donnèrent d'éclatants exemples. pour ennoblir ses travaux. Les esclaves n'en étaient pas moins méprisés encore : « Le roi . de plus superflu. éd. 68.ixbv . Nul ne fut plus réputé vil : les plus humbles corporations. principalement à l'exemple de leurs frères en servitude. et ceux qui avaient le pouvoir de commander ne firent que supprimer les en- 1 Acl< S. Ruinart. Mais l'Eglise aussi fut une milice. p. Justin. «de son armée ses compagnons d'esclavage! » Ba. X in Johannem. 5 Uum. des gladiateurs. celle des parabolani . VIII. . particeps factus 1 .T0LXsyeiv sis rà cri piTÔirehov to fiicrù. 107 « et isti sunt.

à des passions désordonnées. ne pouvaient opposer qu'un faible obstacle à des mœurs gros- sières et cruelles. Quand les Barbares entrèrent dans l'empire . tel qu'ils le trouvèrent établi. l'esclave fut soumis à des souffrances intolérables. Qui donc pouvait apporter remède à ces maux? Les vainqueurs avaient fait des lois à leur usage. mais ces lois. ment des invasions.) . pour cette première partie. empreintes de la dureté de l'époque. Les maux qui pesèrent alors sur les classes inférieures de la société étaient le résultat inévitable de la conquête brusque et violente qui avait été accomplie par les Barbares. pour lui faire remplir auprès de sa personne les fonctions domestiques. (juand il les eut gagnés. il les domina au profit de la partie souffrante de la société. Mais il eut encore à sou- 1 La conclusion. — Mais déjà en Occident de nouveaux désordres avaient rendu son intervention plus nécessaire 1 . e?t de l'auteur delà pre- mière partie du mémoire couronné. ils adop- tèrent l'esclavage réel et personnel .108 RESUME traves du droit qui pouvaient gêner l'application du pré- cepte de l'Église : ce fut surtout l'œuvre de Justinien. Dans ces temps de crise et de misère le christianisme n'abandonna point la cause de l'humanité. ils ne saisirent point les distinctions que le progrès des temps et la législation modifiée par le christianisme avaient introduites dans l'esclavage. Le maître l'arrachait suivant ses caprices à la terre qu'il cultivait. 11 se jeta pour ainsi dire au-devant des Barbares. [Hist. . il les gagna d'abord. Ce fut surtout le colon qui eut à souffrir dans ces changements. dans le premier désordre des invasions. Ils confondirent d'abord tous les esclaves. et. Seulement. de F esclavage dans l'anlûjaité. En général au mo.

il s'était imposée à l'égard de l'esclave. Il travaille sans se lasser. car ils savent que chaque prisonnier est destiné à subir un rigoureux escla- vage. ils les rachètent par centaines et les pavent de leur argent. ils les traitèrent avec douceur. quand les conquérants se disputent entre eux. et sur les terres mêmes des églises et des mo- nastères vivaient de nombreux colons. ET CONCLUSION GENERALE. ils demandent la liberté pour les captifs . quand ils ont délivré les captifs . Puis. ils accourent sur le rivage de la mer. là où des vaisseaux venus des contrées les plus lointaines apportent au commerce d'in- nombrables esclaves. au moment des invasions. D'abord . L'esclave savait bien tout ce que les prêtres et les . dans les temps de vio- lence et de guerre. sous l'empire romain. un sort digne d'envie. les prêtres et les saints suivent le vainqueur. Les abbés et les évêques essayèrent alors d'améliorer le sort de leurs pro- pres esclaves. sans se rebuter. Mais les prêtres et les saints ne pouvaient racheter tous les esclaves. Des hommes qui ont échappé par la fuite aux propriétaires de biens allodiaux. quand ils vident leurs querelles à main armée. pendant longtemps . au fisc. pour tous les autres esclaves. ils ne les sou- mirent point à des travaux trop rigoureux et n'exigèrent point d'eux de trop fortes redevances. Nous l'avons vu poursuivre avec une patience et une charité admirables la glorieuse mission que déjà. ils implorent miséricorde pour les vaincus. accourent en foule et demandent comme une faveur d'être compris dans les familles de l'E- glise. Le sort de l'esclave ecclésiastique fut dès lors. une lutte terrible contre les instincts féroces de ses Barbares néophytes. aux possesseursde bénéfices. 109 tenir.

comme dans l'empire romain contre . car c'est elle qui. Elle modifie l'ancien droit. de chose qu'il était. elle lui a imposé son autorité. ce que M. l'Eglise l'adopte. dit un vieux légendaire. Dans des temps de cala- mité l'Eglise lui avait ouvert ses portes et offert un refuge assuré. dicte et écrit les Capitulaires . Elle alla plus loin encore : celui que la société du siècle a repoussé et rejeté de son sein. Mais l'Eglise ne travaille pas isolément : son esprit s'est communiqué au siècle. [llist. les dispositions de ce droit font un dur contraste avec la loi chrétienne. elle l'avait élevé à la dignité d'homme. elle lui avait re- connu des droits. t. dans la maison d'un maître cruel. pour l'arracher aux tortures. ceux qui l'environnaient lui demandèrent 1 Vov. I. on voit encore intervenir l'ancien droit . dans les grandes assemblées du printemps et de l l'automne. elle lui donne une place dans sa hiérar- chie .) . Disons mieux. «Un homme. l'esclave. ce qui a survécu de la législation romaine. son esprit domine le siècle. et l'homme vil . est jugé digne de remplir les fonctions du plus sacré des ministères. sont devenues la règle de tous. Mais ce n'était pas là le plus grand de ses bieufaits. rendit à la liberté «cent esclaves. à cette époque . les mœurs et les vieilles lois. de France. dès l'avènement des Carlovingiens.3 10 RESUME saints avaient déjà fait pour lui. elle avait pénétré maintes fois. sous Char- lemagne . et le siècle a suivi son exemple. elle avait constitué pour lui ia famille. Elle n'a plus à lutter tout à la fois . Michèle! a dit de l'influence épiscopale et de l'in- fluence de l'Eglise en général sur le gouvernement des Carlovingiens. dans les deux derniers chapitres. Les décisions des conciles. sa loi à elle. Si parfois. le reçoit dans ses rangs.

praetergrcdi non debere 1 . Geraldi. in eadem lege prrestitu- « tum. — Justum . dit-il. lib. Vita S. que nous observions la loi mon- « daine. En jetant les yeux sur le droit de ces peuples et sur les autres documents con- temporains des premiers siècles de l'invasion . le nombre des esclaves attachés à la terre est plus grand que celui des esclaves domestiques. et nous savons que 1 Odonis Cluniac. il lui reste encore à passer par une dernière transformation avant d'arriver à une émancipation complète. inquit. ET CONCLUSION GENERALE. et ideo numerum. Nous pouvons donc affirmer que tout esclavage ancien e a disparu au ix siècle. . lll • pourquoi il n'en affranchissait pas un plus grand nom- « bre : il est juste. et que nous ne dépassions pas le nombre fixé « par la loi. » L'évêque de Paris saint Germain. Mais si l'esclave a reconquis pour toujours sa dignité d'homme. mais le nombre de ces esclaves issus de la civi- lisation romaine a toujours été fort restreint. Ce que Montesquieu a dit s'applique aux peuples barbares qui ont envahi l'empire d'Occident. saint Eloi et la reine Bathilde n'avaient jamais calculé avec la loi humaine le nombre des esclaves qu'ils pouvaient racheter et affran- chir. C'est prin- cipalement dans les cités riches et populeuses que les esclaves domestiques sont nombreux. que les Barbares ont eu des esclaves domes- tiques. A quelle époque s'opéra cette transformation ? Montesquieu a remarqué que. nous voyons. est ut lex mundialis in hoc « observe tur. que l'esclavage est presque tout entier dans la famille rustique. dans les sociétés non ci- vilisées. il est vrai . cité par Savignv. III.

les conquérants germains. mais souvent. les clauses du contrat qui avait lié le fort au faible étaient oubliées. leur li- berté pleine et entière. avaient eu recours à un expédient. dans la classe des esclaves immeubles. Les petits propriétaires libres. quand chacun se rendit indépendant et s'isola.112 RESUME. vivaient de préférence dans leurs maisons de campagne. Sur les terres allodiales comme sur les bénéfices. à la seconde ou à la troisième génération. sur les terres d'un comte ou d'un abbé. où les besoins du luxe ne se faisaient point sentir. qu'il était immeuble comme elle. à peu près tout ce qui avait survécu à l'abolition de l'esclavage ancien. nous le répétons. Ils s'étaient réservé. et le fils du petit pro- priétaire était déjà rangé. laservitudede laglèbe était. L'esclave tendit dès lors à se fixer de plus en plus à la glèbe. car nous avons cons- taté que. en un mot quand la révolution féodale commença. dansl'ancienempire carlovin- gien. le colon suivait la nature de la terre à laquelle il appartenait. il est vrai. les esclaves meubles avaient complètement dis- . où il n'y avait ni com- merce ni industrie. le nombre des esclaves meubles était donc très-restreint. pour échapper à une spo- liation violente. Plus tard les causes qui amenèrent une grande diminu- tion dans la classe des hommes libres eurent aussi pour effet de multiplier le nombre des esclaves immeubles. dans leurs villœ. dans les biens allodiaux comme dans les béné- fices. Dans ces temps là. par une suile de leurs an- ciennes mœurs. Quand l'anéantissement du pouvoir central et les inva- sions des Normands vinrent jeter la société dans de nou- veaux désordres. ils s'étaient mis sous le patronage d'un propriétaire plus riche et plus puissant.

Si les ten- 1 L'histoire de l'esclavage chez les Anglo-Saxons et les Anglo- Normands et dans le pays de Galles. que le christianisme avait jetées dans le monde. Certes ce devait être pour lui un moment plein d'une amère douleur que celui où. ET CONCLUSION GENERALE. comme son mai Ire. La condition du serf sur son sillon était bien dure encore. et nous l'avons fixée à la fin du ix" siècle et au commence- ment du x e '. G5. on ne peut se dé- fendre d'un sentiment de profonde tristesse. la femme de son maître. s'agenouil- ler devant le même autel et recevoir la grande leçon de l'égalité humaine. il venait. Historiens de France. est îe dernier acte qui fasse mention des esclaves meubles. modifieront ce qu'il y a de trop absolu dans cette phrase appliquée à la société tout entière. Sous l'impression de ces doctrines d'égalité et de liberté les serfs se soulevèrent au moyen âge. pour parler le langage des vieilles coutumes. et il songea aux moyens qui pouvaient lui assurer une condition meilleure. 2 car il aurait abrégé le fief' . dans la chapelle du château . le fils de son maître. Soumis à de rudes corvées. 8 . Nous avons essayé de marquer avec précision l'époque où s'était accomplie cette grande révolution. il naissait. Plus d'une fois les idées de liberté. et nos appendices. en 806. Brial. fermentèrent dans son àme. Au reslc le capitulaire donné à Thionville. se mariait et mourait à la même place. à des tailles oppres- sives. En se rappelant les paroles qu'ils prononcèrent alors nous sommes hommes comme ils sont. p. Toutefois ce n'était point là une émancipation com- plète. XIV. . il ne pouvait abandonner la terre de son seigneur. . 113 paru. Préface de D. t.

114 RESUME.
tatives des serfs ont échoué au moyen âge, c'est qu'elles
étaient prématurées, et que le temps n'était pas encore
venu où tous les hommes indistinctement devaient jouir
des bienfaits de l'égalité civile.

SUPPLEMENT.

I.

DE L'ESCLAVAGE CHEZ LES ANGLO-SAXONS
ET LES ANGLO-NORMANDS.

Sources de l'esclavage chez les Anglo-Saxons. — Condition des
esclaves. — Dureté des anciennes lois à leur — Deux
égard.
grandes divisions parmi les esclaves : esclaves meubles, es-
— Adoucissements apportés
claves immeubles. à l'esclavage;

affranchissements — Le christianisme
multipliés. est la

cause de changements. — Conquête de
ces l'Anglelerre par
lesNormands. — Le système avec féodal la servitude de la
c
glèbe (tels qu'ils existent en France) importés, au xi siècle,

par les conquérants.

« C'est un fait établi, dit un des historiens les plus émi-
« nents de l'Angleterre 1 , que la plus grande partie de la
« population anglo-saxonne était réduite en esclavage. Les
« individus si nombreux et si malheureux qu'on appelait
« theow, Ihrœl, menet esne, sont fréquemment mentionnés,
« dans nos anciennes lois et nos vieilles chartes, comme
« étant la propriété d'autrui et ne jouissant d'aucune exis-
« tence politique, d'aucune considération sociale. » Sharon
2
Turner ajoute plus loin : « La classe des esclaves était

1
Sharon Turner's History of thr Anc/lo-Saxons , t. IN , p. io3, 3
e
éd.
Londres, 1820.
2
Ici. ibid. p. 112.

116 SUPPLÉMENT.
« plus nombreuse en Angleterre, sous la domination anglo-
« saxonne, que celle des hommes libres. C'est un fait que
«l'on peut constater dans tous les pays où l'esclavage est

« établi ; la classe des hommes attachés au travail surpasse

« toujours en nombre celle des propriétaires. »

Ces esclaves si nombreux que nous rencontrons chez
les Anglo-Saxons provenaient de plusieurs sources. D'a-
bord, parle fait de l'invasion, un grand nombre de Cam-
briens, qui n'avaient point cherché un asile dans les

montagnes de l'est, avaient été dépossédés de leurs terres,
et plusieurs d'entre eux étaient tombés dans l'esclavage 1
.

La classe despetits propriétaires cambriens, que nous com-
parerions volontiers aux petits propriétaires romains qui
se trouvèrent dans les Gaules après l'invasion des Bar-
bares, tenait le milieu entre la classe des hommes libres

et celle des esclaves. Mais celte classe, que la loi traita avec
une grande dureté peut ,
être considérée à bon droit comme
rentrant, par plusieurs points, dans la grande famille des
esclaves. Ainsi donc nous pouvons compter parmi les

principaux résultats de la conquête l'asservissement de
tous ceux qui , coinmç hommes libres, avaient habité le

sol de l'île de Bretagne avant l'arrivée des Saxons.
Les esclaves anglo-saxons se recrutaient encore par la

vente; on vendait les hommes dans les marchés publics 2 ,

1
JVealh, un esclave, un domestique; horswealh, un palefrenier.

[Gloss. Somneri , ap. Hist. Angl. script, t. It , éd. Selden.) — aSi servus
«waliscus anglicum hominem occidat » (Leg. lnœ, art. 78, Chron.

Johan. Bromton, ibid. t. I, col. 767, etc.) — Voy. Aug. Thierry, Hist.
e
de la conquête de l'Angleterre par les Normands, 5 édition, t. I, p. 125.
- Wilkins, Leg. Anglo-Saxon. p. 12.

le fils ou la fille d'un esclave suivait la condition de son père. il faut lire dans Bède un passage où il est dit que sur une 1 Voir. rachetèrent fréquemment de nom- breux esclaves anglo-saxons. Anglo-Saxon. 5o. exposés dans un marché de Rome. t. p. L'homme qui errait et qui ne pouvait justifier de son état était déclaré fugitif. 3 Wilkins. SUPPLEMENT. 107. III. au vif siècle. On se souvient aussi que saint Eloi et sainte Bathilde. Enfin on était esclave par naissance. Sharon Tumer's Hislory of the An- (jlo-Saxons . fut pendant longtemps le centre d'un grand com- merce d'importation et d'exportation 1 . cl de l'Océan germanique aux montagnes du pays de Galles. Lecj. ibid. On enlevait même des esclaves de toutes les parties des terres conquises par les Saxons. pour les vendre en Irlande 2 Bristol . et. 2 Id. 10G. 117 et le pays qui s'étendait de la Tweed à la merdes Gaules. était la ville affectée à ce commerce. Nous voyons figurer dans les actes d'affranchissement un grand nombre de ces esclaves par naissance. que les marchands venaient déposer sur les côtes de la Gaule. firent naître au pape Grégoire l'idée de convertir au christianisme l'île de Bretagne. On se souvient de ce passage où Bède raconte que de jeunes esclaves anglo- saxons. Si l'on veut se faire une idée de la multitude des es- claves qui couvraient le sol de toutes les propriétés. p. On tombait aussi dans l'esclavage pour avoir commis 3 certains crimes prévus par la loi . . comme tel. il devenait l'es- clave de celui qui le retenait. sur le prix des esclaves. p.

» mais comme il respi- rait et vivait. éd. script. considéré comme chose. — \ oy. le cheval. Angl. p. * et truncetur minimus « digitus °. 29.118 SUPPLEMENT. p. . 860. Leg. Quand la faute était grave. on le mutilait. » 1 Beda. 765 . c'était le maître qui jurait pour lui . Il était réduit à l'état de chose. Hist. 1 . on le châtiait ordinairement en le frappant 5 . sur les plus petits coins de terre se trouvaient toujours un ou plusieurs es- claves. on l'appelait richesse vivante. seule terre concédée par un roi il y avait jusqu'à deux cent cinquante esclaves. lib. Anglo-Saxon. comme le bœuf. IV. 4 Leyes JElJredi (Alfred le Grand). pecus. Wilkins. 6 Loges Edmundi. Hist. p. on coupera le petit doigt du coupable. Tout nous porte à croire que. Il ne pouvait pas non plus se purger par ser- 3 ment. Leg. p. » L'esclave. 1. Ici plus qu'ailleurs le sens de pecunia peut nous montrer la vé- ritable étymologie de ce mot . hommes et femmes compris L. ne pouvait témoigner en justice. s Leges Inœ. ibid. ecclesiast. Selden. ap. Johan. 3 Wilkins. Lemaitre avait sur son esclaveledroitdevie et de mort 4 . 12. — Chron. le Doomsàay-book atteste qu'avant l'arrivée des soldats de Guillaume le Conquérant.b3. Anglo- Saxon. i3. Il faut voir aussi le grand livre de la conquête fait par les Normands. pecunia. « domini pecunia erat 2 . La loi déclare que. dans certains cas. dans les premiers temps de l'invasion saxonne. l'esclave fut soumis aux traitements les plus rigoureux." pecunia viva. Quand l'esclave avait commis une faute. il formait une partie de la richesse de son maître . Bromton . .

Il existait chez les Anglo-Saxons. SUPPLEMENT. A78. io8. cliartul. III. comme chez tous les autres peuples. 2 Dans des carlulaires fort anciens (toujours de l'époque anglo- saxonne). t. Leg. — Wilkins. anglic. p. et on disait. liy Sharon Turner cite un passage de la législation anglo- saxonne qui peut nous montrer combien était dure à une certaine époque la condition des esclaves : « Let every « man knowhis teams of men. esclaves et cinq . t. p. il était attaché et lié comme les animaux domestiques. Gale. deux. Anglo-Saxon. p. tant d'attelages de chevaux ou de 2 bœufs . . t. p.) — Sbaron Turner's Hislory oj thc Anglo-Saxons. d ( fier. 3 lier. 111 . /i8 1 . que l'acheteur donna sept livres en sus pour tous les objets qui se trouvaient sur cette propriété. Les premiers pou vaientètre vendus ou échangés contre d'autres valeurs. script. Gale. comme eux il plaçait sa tête sous le joug. on pouvait les faire sortir de la maison qu'ils habitaient poul- ies transporter dans une au tre province quelquefois au delà . anglic. en faisant l'énumération des biens possédés par un homme. des mers. l\j. » Ainsi l'esclave était assimilé aux chevaux et aux bœufs. script. éd. ofhorses and oxen 1 . éd. et ils suivaient les vicissitudes de la propriété où ils étaient fixés.i paires de bœufs. III. III. IlemingJ. Lessecondsélaient inséparables de la terre qu'ils cultivaient ou qu'ils faisaient valoir. On lit dans un vieux récit 3 qu'une propriété fut vendue pour trente livres. 2° les esclaves immeubles. p. on lit des phrases (elles que celle-ci : « Il y avait sur cette pro- « priété cent moutons cinquante-cinq pourceaux . . et on énu- 1 Sbaron Turner's History oj thc Anglo-Saxons. vol. il a tant d'attelages d'esclaves. deux grandes classes d'esclaves : i°les es- claves meubles . io3.

etc. tandis que l'esclave n'était point admis à se disculper par serment. . à payer cer- taines redevances. Anylo-Saxon. (\oy. p. au contraire. Ces petits propriétaires. script. 12. cette somme. Le christianisme eut de bonne heure. était auto- risé à se purger d'un crime en jurant lui-même et en fai- 3 sant jurer quatre de ses pairs .) 3 Wilkin^.) . Nous pourrions mul- tiplier ici les faits de cette nature. Lcy Anglo-Saxon. qui portaient le nom de coloni. étaient soumis par la loi à certains travaux . ad. s'élevait à douze cents pièces d'argent'2 Une chose . — II cru pro JVeregyldum. la loi faisait payer au meurtrier une somme très -considérable. soit dans des ventes d'immeubles entre particuliers. le colon . 120 SUPPLEMENT. mais ils avaient un rang et une exis- tence politique dans la société anglo-saxonne. le Glossaire de Somner. c'est que. Sclden. les provisions. Quand un colorias était tué. une grande influence sur l'esclavage. Il en prépara de loin 1 Dugdale. et que sur ces terres se trouvaient dix bœufsetdeux esclaves. Il ne faut pas confondre l'esclave forcément attaché à la glèbe avec les cultivateurs libres ou petits propriétaires. epistol. qui distinguait encore le colon de l'esclave proprement dit. le blé. 18. fia. angl. car nous rencontrons de nombreux passages où il est fait mention de la fixité de l'esclave sur le sol. p. d'Hickesius. chez les Saxons. \\ iikius. mère parmi ces objets les esclaves. — Ailleurs 1 il est dit qu'un archevêque anglo-saxon légua quelques terres à un abbé. soit dans des donations faites aux mo- nastères. 3o6. éd. ^oy. de nombreux exemples daus la Disserl. I.Le<7. p. qu'on appelait wera. Hïst. t. Monasticon anglicanum.

et cela pour ne point tuer les âmes que notre « Seigneur Jésus-Christ a rachetées avec son propre sang. 922 -. SUPPLEMENT. 10. Le moine Augustin et ses compagnons avaient à peine touché le sol de l'île de Bretagne. * Le maître qui frappera son «esclave. » Vers e la fin du ix siècle le sort de l'esclave s'était déjà amé- lioré. ap. loi. que les esclaves trou- vèrent déjà dans les prêtres de puissants protecteurs l . Leg. 4 Leg. Bromton.. et surtout chez les . Le maître affranchira pareille- 1 Wilkins. 26 . Elhel- rcdi. I . 5 . » Le même législateur ajoute : « Le maître qui arrache un œil « à son esclave (homme ou femme) doit affranchir im- « médiatement cet esclave. reçut un admirable commentaire : « Nous défendons de transporter les es- « claves chrétiens en pays étranger. I. sera déclaré coupable de meurtre. Anyl. éd. ( Leg. Le christianisme arrêta d'abord l'exportation des esclaves : « Que l'on ne vende point l'esclave hors du pays des An- « glo-Saxons. dit Alfred. . p.. col. païens. . Anglo-Saxon. Hist. Joli. Cliron. Wilkins. t. » Nous devons faire tous nos efforts pour empêcher notre patrie de se déshonorer par ces actions impies 3 « . col. Lcg. la loi avait mis un frein à la cruauté des maîtres en prononçant des peines sévères contre ceux qui tuaient ou mutilaient leurs esclaves. « si l'esclave meurt le jour même où il a été frappé 4 . éd. script. Cliron.» . 121 l'abolition en l'adoucissant. » dit une loi fort anciennne 2 Bientôt celte . 29. Kanuti. Selden. script. sous le règne du Danois Kanut. 902 . /Elfredi. Anglo-Saxon. ap. en le modifiant sans cesse. t. Bromton. Et prohibemus ne quis extra patriam vendatur . Hist. p. Anyl. Joh.) 3 Leg. ap. Selden.

Au reste. p. p. Ici il devient évident que ce jeûne de trois années a été imposé au meurtrier plutôt par l'Eglise que par le roi Edgar. Enfin il estime loi que nous ne devons point passer sous silence. « Le roi a un autre moyen d'exer- « cer sa miséricorde à l'égard des esclaves : quand il ren- « contre un esclave dans la ville et même sur une route. affranchir cet esclave 4 . immédiate. et ille post « faclutn hoc iuscus sil . 3o. Si dentem ei excus- ai serit.. » (Lois d'Edouard continuées par Guillaume Je Conquérant. 90. au moyen de la loi. Léo. Anglo-Saxon. Ainsi les prêtres ouvrirent toujours les portes des églises aux esclaves fugitifs. » (Ley. manumittat ipsum statim. protège l'esclave dans sa vie et dans ses membres. tuerait un esclave non cou- pable. L'esclave était autorisé à posséder un pécule.) Ibld. Il tirait de 1 • Si quis servi sui vel aucilla.ap. car elle nous paraît empreinte de l'es- prit du christianisme. dans certains cas. 2. 201.Elfredi. » Dans les derniers temps de la domination anglo- saxonne le sort de l'esclave s'était sensiblement amélioré. faciatidem.) s Jejunet très armos » [Ibid. p. WilLius. dans sa colère. suœ oculum excusserit.122 SUPPLEMENT. l'influence du christia- nisme se fit sentir d'une manière directe. d'un seul mot. Ibid. Le roi Edgar ordonna que celui qui. 1 uPolest euin solo vcrbo solvere. ) . c'est lui qui. » Il est impossible de méconnaître dans les paroles que nous ve- nons de citer l'intervention toute-puissante du christia- nisme. a il peut. Quelquefois ils entrèrent dans la maison du maître pour arracher l'esclave au travail pen- dant le jour que la religion chrétienne avait consacré au 3 repos . « meut l'esclave auquel il aura cassé une dent 1 . p. serait soumis à un jeûne de trois années 2 .

History oj the Aiujlo- Saxons. 407. ibid. 110 et 1 1 1. 102. en se répandant dans toutes les classes de la société anglo- saxonne. p. pour deux schellings. actes portent fréquem- ment ces formules : J'ai affranchi tel esclave par amour de Dieu ou pour le salut de mon âme 5 On . chanoine d'Exeter. pour l'homme adoucit l'esclavage . Reinold. pour ces affranchissements. par amour de Dieu 6 Ailleurs . U 111. éd. 121. t. crut faire un acte de charité en rendant un esclave à la liberté. le christianisme surtout peut revendiquer une large part dans les affranchissements. une âme (anima). 6 Appendice au Dictionnaire saxon (Sharon Turuer. Newcastle. 137 (2 éd. Hist. t. avaient singulièrement modifié l'esclavage. 2 \ oyez. SUPPLEMENT. p. c'est un abbé 1 Sharon Turners History of Oie Anylo -Saxons. xxn. . 123 sou travail la somme qu'il devait payer à son maître pour jouir de la liberté 1 On lit dans des chartes fort anciennes . L'es- clave avait perdu son ancien caractère . p. dès lors. Calai. p. ' VYanley. Gale. 1810). III. il avait cessé d'être une chose pour devenir un homme. AikjI. — Hickesii Dissertatio epistol. prœfat. e p.). cité par Sharon Turuer. ses enfants et tous ses descendants à un certain Herberdi . acheta. The Antiquities of (lie Anglo-Saxons Church. 3 Voyez le texte que nous avons donné plus haut. Les affranchissements se multiplièrent donc sous l'influence du christianisme 4 Les . III. dont la valeur était grande aux yeux de Dieu 3 Ce respect . Les idées chrétiennes. lit dans un vieux récit qu'Aluric. script. et qu'il les déclara libres dans la ville et hors de la ville. et chacun. 4 Voyez surtout Lingard. que de nombreux esclaves obtinrent leur affranchisse- ment avec l'argent qu'ils possédaient en propre 2 Mais . p. 1 10.

Leg. le mot esclavage est déjà un mot impropre. C'était le christianisme qui avait posé ce principe. et l'ère de l'émancipation avait commencé le jour où l'on avait reconnu qu'aux yeux de Dieu il n'y avait ni maî- tres ni esclaves. elle fut soumise à des travaux péni- bles. comme s'exprime la loi. Certes cette classe d'hom- mes fut en proie. Disons-le. il n'y a plus de ces esclaves anciens réduits à l'état de chose et assimilés aux animaux domestiques. .124 SUPPLEMENT. cependant l'esclavage ancien avait été aboli. de rechercher la pensée qui a dicté une pareille loi. et la classe qui lui était supérieure dans la hiérar- chie sociale lui fit subir maintes fois de rigoureux traite- ments. en Angleterre. Anglo-Saxon. la transfor- mation de l'esclavage ancien en servitude de la glèbe? ' VYilkins. à de cruelles souffrances. nous citerons. Le roi Alfred fit décider daus une witena- gemot que celui qui achèterait un esclave chrétien rendrait la liberté à cet esclave au bout de six ans sans pouvoir ré- clamer une indemnité 1 Certes nous n'avons pas besoin . 29. Sans nous appuyer sur des exemples plus nombreux . il n'y a que des personnes. p. chez les Anglo-Saxons. Il suffit de jeter un coup d'oeil sur ce qui précède pour saisir toute la distance qui sépare. employé pour les ix e et xe siècles. des âmes. comme dernière preuve de l'influence toute bienfaisante du christianisme sur l'esclavage. c'était lui qui. une loi très-ancienne. l'esclavage des temps païens de l'esclavage des temps chré- tiens. A quelle époque s'opéra. pendant bien des siècles encore. en proclamant l'égalité morale de tous. qui affranchit deux Irlandais pour le salut de son âme. avait amené cette grande révolution.

que dorénavant nous pouvons appeler serfs de la glèbe. anciens et nouveaux. 3 «Decretuin est. . et. voy Wilkins. les Normands étaient peu propres aux travaux des champs. Lcges 1) illelmi Conijiiesloris . 2 Voy. inter- «venienle pactione légitima poterant ohlincre. cit. il ne resta en Angleterre que la servitude de la glèbe 1 . l'esclavage ancien ayant été aboli. avaient possédé jadis quelque coin de terre. p. Prœfatio ad Leges WiU. loc. et que Guillaume ne fait que contirmer des règlements antérieurs à la con- quête. mais nous devons dire que l'article où il est fait mention de la vente d'un homme est emprunté à la législation saxonne. SUPPLEMENT. avec le revenu de leurs terres. ils firent cultiver leurs immenses domaines. Concjuest. comme hommes libres . Cette révolution dans la condition des classes in- férieures fut violente et subite. Wilkins.) . mais encore par les Saxons qui . Les soldats de Guillaume s'étaient partagé les terres des Saxons et les hommes qu'elles portaient 2 . dans les lois de Guillaume le Conqué- rant (voy. illis inviolabili jure «concederetur. furent soumis aux mêmes lois. ils payèrent à leur seigneur une redevance plus ou moins forte 3 . . Au reste les colons. quod a dominis suis exigentibus meriti: . 229).) p. et on peut l'attribuer à l'importation du système féodal. Les petites pro priétés furent enclavées dans les fiefs des soldats de la conquête. 125 A l'époque de l'arrivée des Normands (vers la fin du e xi siècle). il est vrai. par leur nature. Tous les colons. Ut. CaHerum auteni nomine successionis a temporihus «subactac gentis nihilsihi vindicarent. Wilkins . des individus qui sont transportés dans les villes pour être vendus sur la place du marché. [Ley. » [Dialoijus de Scaccario . Anglo- Saxon. 21 3. 1 Nous voyons. Gomme. non-seulement par les anciens colons.

était le seigneur des seigneurs.quidisceditaterraunde « est nativus etvenitad alteram. sed redire cogatur.126 SUPPLEMENT. » Nous n'insisterons pas davantage pour démontrer que le système féodal et le servage de la glèbe (tels qu'ils ' Le<j. nec eum.Nativum . et ne lui permettait point d'amoindrir son fief. ut non faciant suum rectum servitium quod • spectat ad terram suam.nullus retineat. Xativi quidis- « cedunt a terra sua non debent cartam falsae nativitatis «quaerere. ils ne pouvaient l'abandonner. 2 25. quam- « diu rectum servitium suum facere possint. à ne point en diminuer le nombre. dans le sys- tème féodal. 11 arrêtait le comte ou le baron qui était son vassal . le seigneur était intéressé à retenir ses serfs. ut faciat servitium « suum taie quod ad eum spectat. Croy- . Un fief n'étant réputé fort et puissant qu'en raison de l'im- mensité des domaines et du grand nombre de serfs qui les faisaient valoir. «nec catalla ejus. qui attache irrévocablement le serf à la glèbe. Nec « licet a domino feodi amovere cultores de terra sua . WiUebni Conquest Wilkins. s'étaient de plus en plus fixés à la terre. faisait sentir son intervention. si domininon faciuntal- « teriuscolonum veniread terram suamjustitiaidfaciat 1 . eu se localisant dans les domaines de tel ou tel seigneur. Nous citerons à ce sujet une loi de Guillaume ie Conquérant. p. Ils apparte- naient à cette terre. le grand su- zerain et celui de qui relevaient tous les fiefs. Quelques-unes des dispositions de cette loi nous ont paru très-remarquables : « Eos qui colunt terram non débet « quis molestare. praelerquam de eorum debito censu. le roi qui. S'il arrivait parfois qu'un seigneur enlevât quelques-uns de ses serfs à la culture de ses domaines. — Hisloria Ingulfi.

Hcr. 88 et suiv. DE L'ESCLAVAGE DANS LE PAYS DE GALLF. et. Nous n'avons eu entre les mains ces deux ouvrages qu'après avoir ré digé la plus grande partie de notre travail . Londres. Gale. pour ne parler ici que de ce qui fait l'objet de notre travail. Toutefois nous devons ajouter que les anciennes lois anglo-saxonnes. Différentes classes d'esclaves. — L'ouvrage de W. angl. II. I. —A quelle époque l'esclavage a été aboli dans le pays de Galles. — Voyez les lois de Guillaume le Conquérant que Selden a données dans les notes qui suivent son édition de ÏHistoria nororum d'Eadmer. etc. tombèrent promptement en désué- tude. enntaining the institiitional Triads of Dywnual Moelnnul. — Colonal. 1823 ) et le recueil intitulé Cambro-Briton (London. . sea Leges JVallicœ cc- clesiasticœ et civiles Hoeli boni et alioram JValliœ principaux. 1730. t. 1 Nous nous sommes servi du recueil de William Wolton. 1820- 1821). in-fol. 127 existaient en France) furent importés en Angleterre au moment de l'invasion des Normands. Probert. — 1 Conclusion du chapitre On sait qu'après une lutte acharnée qui dura un demi- land. — Législation du paya de Galles en ce qui concerne l'esclavage. les édits royaux ne (ont déjà plus mention de la vente de l'esclave un siècle après la conquête. p. — Influence du christianisme sur l'esclavage. ap. contiennent des traductions anglaises des anciennes lois galloises.S. — Domesticité. confirmées par Guillaume le Bâtard et par quelques-uns de ses successeurs. SUPPLEMENT. script. The ancieni laws of Cam- bria. mais nous avons vu que pour ce qui regarde Y esclavage . le livre de Probert cl le Cambro-Briloi' ne modifiaient en rien les résultats que nous avions obtenus. éd. ayant pour titre Cyfreithjev Hywel Dda ac Eraill. (London.

elle y maintint son indépendance. La vieille législation du roi Dywnwal Moelmud avait subi. et conserva pures et intactes ses anciennes ins- titutions. fermant l'accès de ses montagnes aux conquérants. et aussi Analyse critique et littéraire du roman de Brut de Wace. Cambro-Briton . 1. La popula- tion dépossédée se défendit avec courage dans ce der- nier retranchement. une action pareille à celle qu'il avait exercée dans tous les autres pays. les Saxons. qui ha- bitaient le territoire appelé plus tard pays de Galles. refoulèrent peu à peu l'ancienne population dans les montagnes qui sont situées à l'ouest de l'île. Ajoutons encore que les Cambriens. 1 838. même avant l'invasion saxonne. dans la Bretagne. Toutefois. sous la conduite de Guillaume le Conquérant. pour arracher l'Angleterre aux Saxons qui la possédaient. Quant à cette dernière influence. Les Romains qui avaient soumis l'île de Bre- tagne y avaient importé leur civilisation et leurs lois. p. Rouen. p. de nombreuses altérations 1 . 4 7 et 284. et. envahisseurs de la Grande-Bretagne. par M. il sera fa- cile de la constater dans la rédaction du code du roi Hy- wel Dda. par la conquête romaine. Puis vint le christianisme. . les Cambriens qui habi- taient les montagnes de l'Ouest se défendirent encore avec persévérance et avec succès contre ces nouveaux en- vahisseurs. in-8°. 1 Voy. î 1 3 . Quand les Normands vinrent. 1. siècle. plusieurs choses avaient contribué à modifier les institutions des Cambriens. ne se sont point tenus tellement isolés de l'Irlande de l'Ecosse . Leroux de Lincy. . Triades Galloises. . 128 SUPPLEMENT. qui eut. elle se préserva pendant plusieurs siècles de tout contact étranger.

129 delà Gaule et même des Saxons. lib. cap. II. 8. cap. d'une ma- nière précise. lib. éd. villani. cap. ) . Le villicus dominici regii était tiré du sein des villani qui cultivaient le domaine royal 3 Les . Tous ceux qui environnaient le roi ou la reine por- taient un titre qui rappelait quelque fonction domes- tique 1 Toutefois . SUPPLEMENT. après leur mort. p. h'heriotum était de 90 deniers pour le villanus regius. avaient à leur tour sous leur dépendance un certain nombre d'esclaves. 1 66. » [Ibid. et de 60 deniers pour 1 Leges TVallicœ. il y avait une classe d'esclaves qui étaient spécialement attachés à la culture des terres. Wotton. Les Cambriens eurent des esclaves comme tous les autres peuples. xxxvm. Londres. s «Villicus dominici regii e villauis ejus accipictur. il était le chef des villani. p. Cependant. 1. les esclaves attachés à la terre furent moins nom- breux dans le pays de Galles que dans les autres pays. qui était une espèce de relief. L'esclavage était presque tout entier dans la domesti- cité. le fils ou le plus proche héritier payait Yhe- riotam. qu'ils n'aient été soumis quelquefois à l'action des idées étrangères. si nous pouvons nous servir de ce mot . qui formaient dans l'Etat un ordre considéré. les villani (cultivateurs libres) des esclaves qui étaient attachés forcément à la glèbe. I. 1780. Parmi les di- gnitaires de second ordre qui se trouvaient à la cour du roi le villicus dominici regii occupait le troisième rang 2 . 2 Ibid. Au reste la loi distingue. Les biens des cultivateurs libres étaient soumis. . xxv. I. qui étaient plus ou moins élevés. mais qui étaient libres. à une certaine redevance féodale. le sol se prêtant peu à la cul- ture. lib.

) 4 «In terris censualibus TirCrfrif dictisnulla datur eschaeta. ( : « . étaient appelés en gallois Bileinjaid. quand ils mouraient leurs fils ou leurs héritiers conti- nuaient de servir sur la glèbe. et.cap. Quant aux villani proprement dits. mais ne recevaient point 3 la part de terre que leur père avait cultivée . p. u . 1 li. 9. que la loi qualifie du nom de coloni. lib. L'es- clave n'était point soumis à paver Yheriotum.» [Leges Wallicœ . communes « enim erunt illis cum caîteris villanis. TI. tout autre villanus libre l . et les esclaves qui étaient 5 gens de mainmorte . .xn. qui payaient seulement une redevance au seigneur qui leur avait livré des terres. par opposition aux vdlani qenerosi. p.qua rie causa (heriotum) et relevium dici potest. p. xvi . . » (Voy. Il y avait donc. — Voy. 162. Toutefois le plus jeune des enfants était autorisé par la loi à con- server la maison qui avait été habitée par son père. et qui ne lui 4 retournaient pas. ou le relief. ils étaient soumis à de grandes charges et à des travaux très- 2 rudes . fundus «enim mortui villani aequaiiter a praeposilo et cancellario inter caeteros « villanos dividebatur. deux classes d'hommes préposés à la culture des terres : les cultivateurs libres. aussi le glossaire qui est à la fin du volume au mot Ebcdiw heriotum) . lib.) 5 La loi appelle aussi ces esclaves coloni ignobdes. le glossaire qui suit les Leges JVallicee de YVotton. II.) 3 oVillanorum filii in fundos paternos non succèdent. qui cultivaient comme esclaves les terres qui leur étaient confiées par le roi ou par un maître inférieur. pour des biens qui ne lui appartenaient pas. dans le pays de Galles. Ils ne pouvaient rien posséder en propre. (Ibid. car ces biens étaient mainaiortables . cap. au mot Env Ddiffbddedig . Ces esclaves. Entre les cultivateurs libres qui 1 Leges Wallicœ. .130 SUPPLEMENT.

p. pour jouir. 200 et 204 . 162. seulement il « recevait un salaire. dans cette domesticité volontaire . cependant il ne pouvait être forcé de tourner « la meule ou de creuser les fossés. libres par leur condition. xxi. Le caeth gweiniddjawg était un serviteur qui « travaillait indistinctement aux ouvrages domestiques et « rustiques. (Leyes ffalliciv. c'était un esclave qui «était obligé de remplir les fonctions les plus viles 1 . les moyens de se sustenter. d'une vie plus tranquille et plus douce. cap. On trouvait donc. cap. ils s'engageaient au service des nobles et des riches. au mot Caeth. 11 . » Quant au caeth proprement dit. ne pouvait être employé que chez les nobles. p. 9- . 453. cap.» Ces caeth dofaeth. II. il n'avait point été acheté. qu'on appelait aussi caeth «dofaeth. soit pour remplir les offices de la domesticité. dans la vie indépendante. il jouissait de quelque «considération.) i Tbid. lib. lib. ii . L'amende portée contre celui qui avait nui à un dofaclh était de 24 deniers. 131 étaient propriétaires et les esclaves il y avait une classe intermédiaire : c'était celle de ces hommes qui . lib. soit pour travailler aux terres. les- quelles ils payaient un heriotum de i!\ deniers 2 . il>id. dit un commentaire «de la loi. p. V. — Celui qui avait porté dommage à un esclave proprement dit payait une amende de 12 deniers. dans le pays de Galles. lit . SUPPLEMENT. « Il existait plu- « sieurs sortes de caeth (serviteurs). appartenaient vraisemblablement à la classe de ceux que la loi appelait viri pagani et qui habitaient de pauvres cabanes pour . louaient leurs services moyennant une somme d'argent. Comme ils trouvaient à peine. ou mercenaires libres. les deux 1 Voyez le glossaire qui suit les Leges Wallicœ de Wolton . Ce serviteur.

xix. Les colons esclaves étaient répartis entre d'innombrables villœ. II. II. et les étrangers 3 . p. Ces deux esclavages exis- taient simultanément.132 SUPPLEMENT. cale. xn. ib'j. de nourrir les chiens et les chevaux royaux. p. Ils fournissaient la paille pour les lits et le bois à brûler toutes les fois que le roi tenait sa cour au- 1 « Rhandir : codices inter se discrepant de mensura. xxvi. payaient au roi des redevances. cap. La villa habitée par des esclaves ne com- prenait que trois rhandir. maneria servilia. II. — Les villœ habitées par des esclaves sont appelées souvent. la troisième était réservée pour le pâturage. Les coloni dominici construisaient le four et le grenier du roi. i&o et 1&1. cap. dans la loi. 168. lib. Les villœ étaient appelées en gallois taiawetref. 2° le servage forcé de la glèbe. Ils remettaient entre les mains du villicus général le revenu de leurs terres.) 3 Lecjes Wallicœ. trois de ces rhandir étaient cultivées et la quatrième était réservée pour le pâturage. note ad. (Voy. 4 Ibid. Ils étaient obligés. lib. sur chacune des deux premières se tenaient trois esclaves. cap. » (Glossaire à la fin du volume de Wotton. qu'ils fussent libres ou esclaves. au mot Rhandir. et ils les réparaient quand cela devenait nécessaire 4 . neuf fois pendant l'année. 17^. 157. Leyes Wallicœ.) 2 Voy. principales formes de l'esclavage :i° la domesticité forcée. p. Voy. mesure de terre que nous ne pouvons apprécier à sa juste valeur 1 . et ce nom était commun aux villœ libres et aux villœ habi- tées par des esclaves. p. note ad cale. lib. p.La villa habitée par des hommes libres comprenait quatre rhandir. . Telle était l'organisation générale du colonat ou esclavage de la terre 2 . Les villani. et ils étaient soumis à certaines corvées.

V. était traité avec une extrême rigueur. 485. Il peut le tuer comme son bœuf ou comme son cheval. dans les anciennes lois galloises. sans que la demande compte de ce meurtre 3 « Il loi lui . » ( Ibid.) 3 «Si servusalicujusinler famulandum occisus fuerit. des agneaux. lib. 206. p. des chevreaux. que l'on peut tuer « sans que le roi ait le droit de demander une compen- « sation : l'esclave d'abord . tous étaient forcés. parce que le maître a le même « pouvoir sur son esclave que sur une bête de somme. doit pré- « senter un colon avec une hache pour construire les lo- « gements dans les campements royaux. lib. des moutons. III. Ils apportaient le miel et le poisson qui servaient aux usages de la cour. et ils construisaient les logements. » [Ibid. dit encore la loi.) . p. Chacun donnait en outre. sans lumière. les coloni dominici regii étaient seuls exceptés. mais comme une chose : le maître a le même pouvoir sur son esclave que sur sa bête de somme 2 . « Chaque villa servilis. lib. xxv. II . du fromage et du lait. p. 2 « Hero enim eadem est potestas in scrvum ac in jumentum. 133 près d'eux. en- « suite l'homme qui se promène de nuit. 11 . L'esclave. contra herum « lcge non agetur. et en temps de « guerre chaque villa servilis fournira un colon avec une «hache et un cheval pour aider aux transports. dresser 1 « les tentes et élever les retranchements . dit la loi. » Les esclaves étaient soumis encore à d'autres corvées : par exemple. SUPPLEMENT. cap. « y a deux hommes. quand il plaisait au roi. cap. suivant ses moyens. 167. du beurre. de travailler à la construction des châteaux royaux. Il n'était pas considéré comme une personne . 1 Leges JVallicai.

307. lib. de franchises illimitées. cap. celui qui n'a pas atteint sa quatorzième année. dans les affaires delà vie civile qui se faisaient entre hommes libres. II.134 SUPPLEMENT. 5o5. 109. Les biens ecclésiastiques jouissaient dans le pays de Galles. qui en modifia les dispositions les plus cruelles et les plus rigoureuses.) . «dans l'appartement royal 1 . dans le code du roi Hywel Dda. IV.» De plus l'esclave ne pou- vait intervenir. mais leur effet se trouva atté- nué par l'esprit chrétien. p. comme ailleurs. viif et ix siècles dans l'empire carlovingien. p. Ces vieilles lois prirent place . lib. 4 Ibid. Con- férer la prêtrise à l'esclave. (IbiJ. 118. La loi énumère ceux qui ne peuvent servir de témoins. p. c'était lui reconnaître la di- 1 Lcçjes JVallicœ. Les évêques prenaient des esclaves. vin . à la législation la plus ancienne des Cainbriens. II. cap. il est vrai . 3 Ibid. 4 puis les ordonnaient prêtres . peut-être aux règlements de Dywnwal Moelmud. L'Eglise avait agi ainsi aux c e vii . La loi fut obligée d'intervenir pour arrêter la multi- plication des affranchissemen ts qui se faisaient par l'Eglise. si sé- vère pour les esclaves. p. ix. lib. lib. '' Triades foreuses. le fou. ce sont : le muet. elle ajoute Y esclave à cette liste 2 . le sourd. V. tous les malfaiteurs et les excom- muniés. cap. après avoir abandonné leurs maîtres. D'abord l'Eglise est autorisée à ouvrir un asile aux mal- heureux et aux esclaves fugitifs 3 . Nous croyons pouvoir rapporter cette législation . ils les instruisaient. accoururent en grand nombre pour se fixer sur les terres des églises. et les es- claves. iv. comme témoin ou comme garant.

» L'Eglise suivit donc. plus longtemps que dans les autres parties de l'Europe occidentale. i4o3. si le maître permet à quelqu'un de recevoir la « tonsure ecclésiastique. 135 (jnité d'homme. dit la loi. qui lutta avec tant de persévérance. par Aug. SUPPLEMENT. « Il y a trois arts. . c'était le faire passer de l'état de chose à l'état de personne. la même règle de conduite que clans les autres contrées: elle usa de tout l'ascendant qu'elle avait sur les riches et les puissants pour adoucir l'esclavage. e Thierry. que le « fils d'un esclave ne doit point apprendre : i° les arts li- « béraux. On peut trouver la cause de ce fait dans l'isolement de cette petite nation. Lue civilisation plus avancée com- 1 Leyes Wallicœ. 5 1 8 . Wolton. 1730. IV. 3° la «musique (ars musica). 2 1 3 et suivantes. des chan- celiers. dans les montagnes du pays des Cambriens. 2 Histoire de la conquête de i Angleterre par les Normands . 54 i. p. 84. 4 édition. « il ne peut plus le réduire en servitude *. 3o8. i4oi. 53i . car. des comtes. des gardes généraux pour les forêts. Ce ne fut qu'à la fin du xiv siècle que la domina- tion des rois normands parvint à s'établir fortement dans le pays de Galles 3 . p. 54g. dans le pays de Galles. dit une variante de cette « même loi .) Appendice des lois (jalloiscs . t. des connétables. pour maintenir son indépendance et séparer son existence de celle des envahisseurs étran- e gers 2 . (i34o. On y voitalors des baillis royaux. 52a. etc. 2° la fabrication des armes (ars fabrilis). e 3 Ce ne fut que vers te milieu du xiv siècle que le système féodal lut importé par tes Normands dans le pays de Galles. Londres. à un musicien d'exercer son art. des sénéchaux. Cependant l'esclavage se maintint. p. depuis l'arrivée d'Hengist et d'Horsa.

la domes- ticité et le colonat. conclusion. p. le colon cessa d'être attaché forcément à la glèbe. dit Aug. . plus durs qu'en Angleterre pour les fermiers et «les paysans de leurs domaines. «En général. les possesseurs de « grandes terres et de seigneuries dans le pays de Galles «étaient. sans doute. seulement à cette époque. » Nous croyons pouvoir ajouter aux paroles d'Aug. cet esclavage a dû se modifier de bonne heure. pour de- venir fermier. 4 édition. Les deux grandes formes de l'esclavage. « de ce que la conquête des provinces galloises n'ayant été e «achevée que vers le xiv siècle. les nobles y sont plus « nouveaux venus. et probablement sont «encore. Thierry. dans les temps reculés. et s'étant tenus obs- tinément en dehors des progrès communs . se modifièrent d'abord. de la conquête de l'Angleterre par les Normands. et de ce que la langue du peuple indi- « gène est toujours restée entièrement distincte de celle « des conquérants l . il n'y a pas longtemps. mença. un es- clavage analogue à celui qu'on trouve à l'origine de toute société. que les Gallois s'étaut isolés des peuples qui les environnaient. 2 1 2 . IV. comme ailleurs.136 SUPPLEMENT. e t. 1 Hist. Les traitements si durs encore aux- quels sont soumis les paysans gallois témoignent qu'entre l'ancien et le nouvel état social de cette petite nation il ne s'est point écoulé un grand nombre de siècles. Thierry. Cela vient. puis l'esclave domestique disparut entièrement. l'esclavage a dû se maintenir chez eux plus longtemps que dans le reste de l'Angleterre. à s'introduire dans ces montagnes qui étaient demeurées jusqu'alors inacces- sibles. S'il a existé en Ecosse. et.

t. SUPPLEMENT. de la conquête de l'Angleterre par les Normands. comme en Angleterre » et en France. etc. I. classes d'habitants. accolabus. bestiaux. «L'Ecosse « est la partie de l'Europe où le mélange des races qui s'y «sont rencontrées s'est opéré le plus aisément et a laissé « le moins de traces dans la situation respective des dif- férentes. et les antiquaires ont observé que les an- « ciens actes de l'Ecosse n'offrent aucun exemple d'une «vente de l'homme avec la terre. IV. 147. par Aug. p. animalibus et omni pecunia « viva *. manans. . — Pinkerton's Hislory of Scotland t. » 1 Hist. 227. 137 car il est complètement effacé au moyen âge. . Jamais il n'y eut de vilains « ou de paysans serfs dans ce pays. conclusion. Thierry. p. charrues.» « Cum domibus. qu'aucun ne présente « cette formule si ordinaire ailleurs : « avec les bâtiments «et tout le cheptel.

.

en parlant des édits de Théodoric et des lois lombardes combien . pour l'abolir peut-être. et les chaînes qui l'avaient attaché sur les terres ou dans la maison du maitre se resserrèrent. Le coupable n'était plus condamné à mort. d'un côté ou de l'autre. il en est une qui ne disparut point dans les désordres des invasions : nous voulons parler de l'influence chrétienne. Nous avons montre . liberla- . Le roi Rotharic lui-même. sa liberté : «Si aldia aul libéra. qui s'était montré si sévère à cet égard. Reprenons la loi des Lombards. Cette loi. pour un certain" temps. parmi les causes qui avaient agi sur l'esclavage ancien pour le modifier. le droit barbare avait été rigoureux au moment des invasions. Dans sa rigueur elle punit d'abord de la peine capitale celui qui. Cette influence se ma- nifesta d'une manière aussi puissante en Italie que dans les autres contrées de l'Europe occidentale. avons-nous dit. adoucit sa propre législation. ITALIE. in casa aliéna «ad marilum intraveril et servum maritum luleril. avait tracé une ligne profonde entre l'homme libre et l'esclave. Toutefois. Le sort de l'esclave devint plus dur. il perdait seulement. L'esclavage se ressentit de l'état de violence et de désorganisation dans lequel la société se trouva jetée pendant près de deux siècles. essaye de la franchir. APPENDICES.

Nous avons parlé ailleurs de la loi toute chrétienne qui dé- 4 fendait de séparer les esclaves qui s'étaient unis en mariage . en 801. col. peut nous faire comprendre combien était grande la sollicitude de l'Eglise à l'égard des esclaves. 218.» (Baluze. comme dans le reste de l'empire de Cliarle- 1 Leg. in Greg. INous citerons quel- ques exemples. 140 APPENDICES. Et si dominus ejus neglexerit eam re- « plicare ad servitium. sur la conduite qu'il 3 doit tenir à l'égard des colons qu'il possédait en Sicile . Cette loi fut donnée aux Lombards. 35i. I. dans laquelle le pape recommande vive- ment au sous-diacre Pierre de traiter ses colons avec la plus grande douceur et de ne point les soumettre à des redevances intolérables. (Lex rey.) . Rothur. t. tamen débet eam liberam thingare et 2 « sic facere liberam . . Capil. libéra una cum liberis suis el cum omnibus rébus « suis l . Nous ne répéterons point ici ce que nous avons dit de la portée qu'avait eue et que devait avoir une disposition si propre à dé- velopper la moralité de l'esclave. I. opp. 533. . chez les peuples qui vivaient sous la loi lom- barde ou sous la loi romaine. Il. t. Edict. mais au préalable cette esclave devait être affranchie. » Il fut même permis à un homme libre d'épouser une esclave. » Au reste les faits abondent en Italie comme ailleurs pour démontrer que. vadal ubi vo- it luerit. D'abord nous mentionnerons la lettre adressée par le pape Grégoire le Grand au sous-diacre Pierre. le christianisme intervint dans l'esclavage d'une manière toute-puissante. Celte lettre. Voy. " Sancti Grecjorii papœ epist. par Charlemagne. t. * La loi s'était appuyée sur les paroles de l'Evangile : aQuos Deus conjuniit liouio non separet. Langobard. col. sit ei licenlia. « Si quis ancillam suam propriam matrimoniare voluerit sibi ad « uxorem . très-détaillée. Canciani.) " Ibid. rnorluo tamen marito. 2 2 3. « tem suam amittat. En Italie encore.

compo- l « nat. dans les lois du roi Luitprand. ap. I. Les villes lombardes avaient d'immenses banlieues qui étaient possédées et cultivées par des hommes libres. » Certes. etc . quelques siècles plus tard. C'était le christianisme qui. . 2 .anyobard. avait proclamé l'égalité morale de lous. . Déjà. Dans l'Italie du centre. t. la société se fractionna et chaque terre eut son château. le christianisme avait essayé de soustraire l'esclave à la lyrannnie du maître. I. l/il magne. Canciaui. il lui avait ouvert les portes de l'Eglise. . où le système féodal fut importé parles Normands.) 2 Consulat. mais une personne. une civilisation qui fut de bonne heure très-avancée. Canciani . Au moyen âge les effets d'une prospérité toujours croissante en Lombardie. on en saisit à peine les indices dans l'Italie du nord. . qui défend évidemment aux prêtres d'ordonner clercs les esclaves d'autrui : « Si quis ser- « vum alienum sine voluntate domini sui clericaverit . La propriété territoriale se divisa entre un petit nombre d'hommes puissants qui s'étaient isolés et qui vivaient inactifs dans cet ' Leg. firent disparaître promp- tement toutes les formes d'esclavage. par des efforts prolongés et infatigables. ap. APPENDICES. sine voluntate et assensu eorum quorum juri subditi 2 «sunt et potestati. (Luitprand. nullus episcoporum ordinare prsesumal . t. au moyen âge. liegni Siculi . II. ce fut lui aussi qui. là où fleurirent plus tard les populeuses et riches cités de la Lombardie. dès son apparition. et l'avait admis dans les ordres sacrés. et principalement dans l'Italie mé- ridionale. on lit cet article. tira toutes les admi- rables conséquences de ce principe. l'esclave qui était jugé digne de rem- plir les fonctions du sacerdoce n'était plus une chose. Quant au servage de la glèbe. V. III. par les rois normands et par les empereurs d'Allemagne qui gouvernèrent l'Italie méridionale et la Sicile : « Adscripti- «tios. 2/1. » Une disposition semblable fut prise.

142 APPENDICES.
isolement. Comme ces propriétaires ou seigneurs ne faisaient

pas valoir leurs terres par eux-mêmes, ils eurent des hommes
pour les remplacer : ces hommes furent les serfs de la glèbe.
On a remarqué qu'il y a eu ,
jusqu'à des époques assez rap-
prochées de nous, des ventes d'esclaves en Italie. Nous croyons
pouvoir affirmer que ces ventes n'avaient lieu que sur les côtes;

que c'était un trafic honteux, réprouvé par la loi, et qui ne se
faisait que d'une manière clandestine. Celte espèce de traite

commença de bonne heure en Italie; au vm e
et au i\
e
siècle

on vendait des hommes aux Byzantins '; on en vendit plus tard
aux Sarrasins. On sait que le pape Jean XII fut accusé par ses
contemporains d'avoir livré, pour de l'argent, des chrétiens
aux infidèles. Nous trouvons, à ce sujet, un passage curieux
dans les lois données par les rois normands ou royaume de
Sicile : «Qui sciens liberum hotninem vendiderit, hac pœna
«légitima teneatur, ut ex bonis suis, si possibile est, venditus

«redimatur; ipse vero maleficus curia? servus fiât, bonorum
« suorum residuo publicato. Quod si non poterit redimi, pro

« servo tradatur parentibus vendili, bonis suis curiae addictis.
« Quocunque autem casu venditus redeat. . . » Ce passage fait

évidemment allusion à la traite que les hommes de la côte

faisaient avec les trafiquants étrangers.

M. Libri a essayé de prouver que le christianisme, loin de
favoriser l'émancipation des esclaves, ne servit, au contraire,
qu'à rendre l'esclavage beaucoup plus dur. On voit, de prime
abord, ce qu'il y a d'exagéré dans ce principe posé d'une ma-
nière si absolue. M. Libri cite plusieurs exemples de ventes
d'esclaves faites chez les peuples chrétiens de l'Italie. Il faut

remarquer que ces exemples se bornent à trois villes, Venise.

Florence et Lucques. En ce qui concerne Venise, nous dirons

que ses opérations mercantiles la rendirent souvent odieuse aux
1
Les Grecs allaient en Toscane acheter des esclaves cbrétiens. (Vov. M. Li-
bri, Histoire des sciences mathématiques en Italie, t. I, p. 87.)

APPENDICES. 143

peuples de l'Italie eux-mêmes. Quant à Lucques el Florence,
clans les passages cités par M. Libri il n'est point dit que les

esclaves vendus (el ces esclaves, comme il l'a remarqué,
sont des serfs ') fussent transportés en pays étrangers. Il ne se-

rait point difficile de retrouver en France, au moyen âge, des
ventes analogues, qui faisaient passer un serf d'un fief dans

un autre. Ajoutons que M. Libri, afin d'établir son opinion,
a cbercbé ses textes avec trop de soin pour que nous puis-
sions le soupçonner d'en avoir omis quelques-uns. C'est pour-

quoi nous pensons que des faits, qui s'appliquent à Venise, à
Florence el à Lucques seulement, ne prouvent rien pour le
2
reste de l'Italie. M. Libri dit encore que Dante, Boccace, Ban-
dello , Cornazzano parlent souvent de ven'es d'esclaves faites

par les corsaires. Cela rentre dans l'opinion que nous avons
émise plus baut, que les habitants des côtes seulement se li-

vraient à ce bideux trafic, qui était réprouvé par les lois, puni
avec rigueur, et qui n'était autorisé ouvertement qu'à Venise.

II.

ALLEMAGNE.
Ce que nous avons dit, dans nos deux derniers chapitres,
e
sur l'influence du christianisme, du v au X e siècle, et sur les

révolutions politiques qui ont substitué à toutes les espèces de
servitude une servitude unique, le servage de la glèbe, s'ap-

plique à l'Allemagne comme à tous les pays qui ont fait partie
3
de l'ancien empire carlovingien . Toutefois nous avons cru
nécessaire de faire une restriction, et nous avons dit que, dans
1
II ne serait donc point étonnant de rencontrer des serfs a Florence en 1 !i 1 5 ,

et a Lucques en i53ç;.
2
Histoire des sciences mathématiques en Italie, t. II, p. 5o8 et suiv.

* Parmi ces pavs nous rangeons la Saxe, la Frise, ce qui forma plus tard

les grands-duchés de Franconie, de Souabe, de Bavière, et même le margra-
viat d'Autriche.

U4 APPENDICES.
les provinces extrêmes de l'Allemagne, là où les peuples de
race germanique se trouvaient en contact avec les peuples de
race slave , l'esclavage avait du parle
,
seul fait d'une guerre per-

pétuelle, se manifester sous un aspect plus dur, et que les amé-
liorations apportées au sort de l'esclave dans les autres parties

de l'empire n'avaient pu s'introduire sur les marches que len-
tement et difficilement. Celte restriction étant posée, nous per-
sistons à croire que les causes qui amenèrent dans la Gaule
l'abolition de l'esclavage ancien et l'établissement de la servi-

tude de la glèbe agirent également et simultanément en Alle-
magne. Néanmoins nous ne voulons point ici nous contenter
d'une simple assertion. Nous chercherons à appuyer notre
opinion sur de graves autorités , et les preuves que nous four-
nirons seront de plusieurs sortes.
Avant la soumission complète des Saxons, des Frisons, des
Thuringiens, des Allemands proprement dits, des Bavarois,

l'esclavage existait dans tous les pays d'outre-Rhin : c'était l'es-

clavage de la terre ' , l'ancien esclavage dont parle Tacite dans

son livre delà Germanie, et non point la servitude de la glèbe

telle qu'elle exista au moyen âge. L'esclave était une chose et

non point une personne. Au commencement du vm e
siècle le

christianisme fut porté aux peuples d'oulre-Rhin, et , malgré de
nombreux obstacles, il prit un rapide essor. Les expéditions de
Pépin et de Charlemagne, les tentatives de ce dernier pour

introduire dans le pays son administration et sa législation , ai-

dèrent puissamment à la propagation des idées chrétiennes, et

les évèchés elles monastères se multiplièrent sur le sol de l'an-
2
tique Germanie .

1

Le vieux droit germanique appelait l'agriculture opus servile.
- Fondation des évèchés d'Osnabruk en 777; de Minden, en 780 , ; de Se-

ligenstadt (il fut transféré plus tard a Halberstadt) , en 781; de Verden,

en 786; de Brème, en 788; de Paderborn en 796 d'Elze (plus tard, ce , ;

fut l'évèché de Hildesheimï en 79C; de Munster, en 8o5 etc.
. .

Quelques-unes de ces lois 1 Eichorn [Deutsche Staats und licchts Gesvhichlc) a longuement insist' sw l'inQuencc ecclésiastique dans les lois. L45 Les doctrines chrétiennes n'ayant jamais varié suivant les temps on suivant les lieux. Réginon nous a conservé (dans son Recueil des lois de l'Eglise) quelques- unes de ces ordonnances. German. Répéter les articles de ces capitulaires qui sont favorables aux esclaves. sa voit : Pape = roi. Nous devons ajouter seulement que la législation des Carlovingiens fut longtemps en vigueur en Allemagne. quand il a voulu prouver que la société laïque était modelée exactement mm. par leur réu- nion. la so- ciété ecclésiastique. — Parochi r^: centeniers. Mais nous pouvons donner d'autres preuves que cette induction très- légitime. Et d'abord le christianisme intervint. Quelles étaient ces autres lois ecclésiastiques ? C'étaient des ordonnances rendues par les évêques. La loi imposée au pays par les Carlo- vingiens était émanée des prêtres. suivit. — Inspection des ilomuuci r: missi vi- sites pastorales. — Evêques zz. mais encore. sous les empereurs de la maison de Saxe. il est peut-être tombé dans l'exagération . p. en ce qui concerne l'esclavage. Ainsi nous lisons que. etc. les Capitulaires se trouvèrent sur la table avec 2 d'aulre3 collections de lois ecclésiastiques . pour suppléer à ce qu'il y avait d'incomplet dans les Capitulaires. dans leurs tournées pastorales. ce serait faire double emploi. APPENDICES. t. en 952. 10 . — Métropolitains — ducs. Il. nous avons dit ailleurs que la législation des capitulaires était une législation purement ecclésiastique '. plus longtemps peut- être qu'en nul autre pays. ' Concil. nous' sommes porté à croire que le christianisme. comtes. en Allemagne. Quelque- fois aussi les évêques et les abbés faisaient des lois spéciales pour les lieux qu'ils gouvernaient. — Dictes — conciles . Elles ne règlent pas seulement des points de discipline ecclésiastique. elles forment un code civil et un code pénal. 621. d'une manière directe. en Alle- magne. dans une dièle tenue à Franc- fort. la même règle de conduite qu'en France.

Nous devons rappeler un dernier fait. 44. l'influence du christianisme sur les différentes lois qui furent en vigueur dans toute l'Allemagne. p.. où s'étaient maintenus quelques débris du vieux droit romain. et nous citerons. 11 nous reste à prouver que les grands changements politiques du IXe siècle se sont opérés simultanément en France et en Allemagne. et dans le Schivabenspiegel (miroir de Saxe et miroir de Souabe) . celles que l'évèque Burkard donna aux hommes qui dépen- daient de son église '. les évêques. dans le Sachsenspiegel. fit longtemps autorité. dans plusieurs parties de l'Allemagne. depuis Charlemagne (nous exceptons quelques coutumes locales). en Allemagne. . d une manière incontestable. parmi elles. même dans les coutumes locales et dans les lois qui étaient particulières à chaque province. Ici nous emprunterons quel- ques mots à un historien allemand : « Les incursions réitérées « des Slaves et des Normands eurent des suites qui renver- « sèrent entièrement le système politique de Charlemagne. et les chefs indépendants parurent. » ( Codex probat. à une époque fort reculée. comme code civil et code pénal. Il fallait des chefs 1 «Ego Burchardus. Ce * prince ne voulait souffrir aucun chef indépendant. on saisit. — Déjà. lus'. le droit qui régit l'Allemagne pendant tout 2 le moyen âge fut le droit canonique . sont parvenues jusqu'à nous. n" LI . Pour la question qui nous occupe nous ne devons point tenir compte ici de plu- sieurs villes du Midi. ) .. Wormat. quand le pouvoir central se montra « trop faible pour défendre les provinces . avaient fait les plus grands efforts pour mettre en vigueur les Dé- crétâtes d'Isidore. A vrai dire.. Le Miroir de la pénitence (par Burkard) . . 146 APPENDICES. qui élait un livre de droit cano- nique. par exemple. et que leur action a ete la même dans ces deux pavs sur l'état des personnes et de la propriété. . dans plusieurs articles. Nous avons donc montré. l'influence directe du droit canonique. episc. nous le croyons. c'est qu'en Allemagne. Wormatiensis ecclesiae episcopus has jussi scribere «leges.

et le chassèrent du pays \ Nous ne pousserons pas plus loin celte démonstration. dans ces deux pays.ch. III . Futdenses. et les artisans . hist. trad. iv. comme en France un . les mêmes conclusions que pour la France. le servage de la glèbe fut très dur en Allemagne. Réginon rapporte. Nous terminerons en rappelant que. Germon. ad ann. — Voy. p. Il . et qui eussent enfin le commandement «général » L'auteur place à cette époque l'origine des l grands fiefs et l'établissement des duchés . nous avons des textes originaux qui nous montrent que la révolution féo- dale commença même époque à Ja en France et en Allemagne. En effet. Ilisi. ainsi que les juifs. d'Allemagne . appelé Robert. qui avait obtenu ce comté. comtes d'Autriche. que les deux fils laissés par un duc. ne lui succédèrent point dans son duché \ Autre exemple : Les fils de Guillaume et de Engelschalk. t. — Ludcn ( Gcs- chichte des teutschen Volkes) et Pfistcr (llist. durent produire des effets semblables. Pendant longtemps les serfs opprimés ne trou- vèrent point . Wonum. 82. n'ayant pas été mis en possession du comté de leur père. tout au plus. Perte. liv. 876. Au reste. furent comptés pendant longtemps au nombre des 4 serfs . APPENDICES. d'Allemagne . qui don- « liassent des ordres. comme un fait extraordinaire. d'être rangé dans la classe des artisans . 147 • qui veillassent à la conservation de toute la contrée. de M. admettent. en la développant . L'empereur Henri V accrut de beaucoup la prospérité 1 Scbmiilt. en ce qui concerne l'esclavage. sans recourir aux ouvrages modernes. les armes contre Aribo. Nous dirons seulement que nous tirons pour l'Allemagne. 1 Aniuil. parles Ollion et par Henri . l'opinion de Schmîdt. après sa mort leurs parents prirent . 2 Regino ad ann. 884. asile assuré dans les villes . les mêmes causes. car dans les villes le serf fugitif pouvait espérer. ' Les negotiatores et les mercatorcs furent placés. Pasquis). dans les premiers siècles de la féodalité.

et ne peut cesser d'exister sans com- « promettre le salut de l'Etat \ » le Saint. et mettait entre ceux-ci « et les brutes peu ou point de différence. avec raison que l'esclavage ancien . Il v a eu une édition de ce traité eu 1590. dans un juris- consulte allemand qui vivait au xvi e siècle. qui. i663. — Voy. Alors les serfs abandonnèrent les champs pour se réfugier dans les cités. et le servage de la glèbe. après dix ans de séjour. à beaucoup d'égards. . «car si cet esclavage si dur. c'est l'édition men- tionnée par J. existe encore. modéré il est vrai. et une loi leur garantit une li- berté pleine et entière. des villes en honorant les corps de métiers et en abolissant la distinction qui avait existé entre les bourgeois complètement libres et les artisans. Là ils devenaient cultivateurs libres.IliS APPENDICES. 9 . cousidéré comme une clés formes essentielles de la société. un grand nombre de serfs fugitifs. Fabricius. qui donnait aux maîtres le droit a de vie et de mort sur leurs esclaves. mais «présentant. parmi ceux qui cultivaient les terres de la banlieue des villes. Pfeflfel. Toulefois le nombre des serfs ne diminua guère sur les terres de l'Empire. une image de la servitude « ancienne. devait durer longtemps encore en Allemagne. Nous lisons. sans doule. a disparu. dans la catégorie des serfs. jouissant des droits de la cité. ces paroles re- marquables : «On a dit. une (i opinion qu'il ne faut pas prendre dans un sens trop absolu . Gissae . A. cependant « une sorte d'esclavage. 1 Friderici Husani Traclatus de servis seu hominibus propriis . Hist. esl a actuellement aboli chez les chréliens'. d'Allemagne (pé- riode des empereurs franconieDs). Il y eut. p. cl moins dur. C'est là. cependant. in-12. étaient enlevés à toute juridic- tion féodale. ils étaient placés dans la classe des bour- geois externes ou bourgeois des palissades (Ausbiirger) .

Delà. tentaient de leur résister . Plus tard les pays conquis par les Burgondes. U9 III. APPENDICES. Cequirendit l'esclavage plus dur sur les frontières . quand chacun des peu- ples envahisseurs cherchait à prendre place et à se fixer sur le sol. dès lors . et les pro- vinces qui. qu'une masse compacte et homogène. la liberté des captifs. nul ne les inquiétant ds parcourent . il y avait guerre de province à province. sous la conduite de Cambc- 'denus et d'Erpinus. qui formaient la partie la plus précieuse du butin enlevé aux ennemis. c'est que les habitants des Marches étaient incessamment en guerre avec leurs voisins. mais sur les frontières. on enleva un grand nombre d'es- claves. La Gaule ne forma plus. avec des prières ou . faisaient des esclaves sui- 1 tes peuples qui les avoisinaienl . les Allemands ayant euvabi les frontières d'Avanchc. . la force et la violence régnaient sans partage dans les diffé- rentes région s de l'ancien empire d'Occident. à leur tour. principalement sur les bords du Rhin. Tantôt c'étaient des Ostrogoths quj enlevaient des Burgondes. tom- bèrent au pouvoir des Francs. Au moment des invasions. par exemple. enfin. MARCHES DE L'EMPIRE. La guerre n'existait plus à l'intérieur. tantôt des Francs qui enlevaient et Burgondes et Wisigolbs. lanlôt. au moins en apparence. contre ies Alemanni. Les Alemanni. à prix d'argent . tantôt. avaient été occupées par les Wisigolbs. au vu e siècle et au commencement du vm e . s'étendant de la Loire aux Pyrénées (il faut excepter la Septimanie). mais ils subirent de dures ' uEu ces jours-la. Dans les expéditions qui furent faites sur ce point. des Burgondes qui enlevaient des YYisigolhs. Nous avons vu les saints s'empresser d'accourir auprès des barbares vainqueurs pour obtenir. sous le gouvernement des rois francs. Comme nous l'avons dit plus haut. triomphent d'S habitants d'au delà du Jura qui. des Francs qui s'enlevaient entre eux. ils les poursuivent jusqu'au dé « ulés des montagnes cl les accablent.

ni. t. gallic. « Alors elles entendirent ces paroles : Sortez. elles répondirent qu'elles étnient de la familia du saint. et. esclaves du lieu. ap. Ce pays se trouvant tout entier en proie aux « maux de l'invasion. D'un autre côté. p. III. ils reviennent a leurs «demeures avec leur butin et leur proie (vers Gio). Nous lisons dans la Vie de . le passage suivant : «Plus tard. III. Quand Pépin et Cliarlemagne eurent reculé les bornes de l'empire des Francs. 150 APPENDICES. fournirent les captifs. d'avides brigands. et. qui étaient environnées « de leurs enfants Ils leur demandèrent à qui elles apparte- « naient. le tbéàlre de ces guerres de dévastation. u versaient. et ils emmenè- rent ces femmes en cjplivité dans le pays des Francs '. " cinq soldats de Pépin. Pendant toute la durée de la lutte san- glante que Cliarlemagne avait engagée contre les Saxons. fut reporté beau- coup plus loin. qui alimentaient l'esclavage. nous ne « connaissons point le saint que vous nommez. et comptant sur la protection «du saint). étant entrés dans l'oratoire. III. rer. lib. ils les emmenèrent en captivité. parcourant le pagus «d'Àrbon. el francic. ap. II.saint Gall. les Saxons. p. . nous lisons. représailles. Pépin . et le soumettre de nouveau à la domina « tion des Francs. dans de vieux cbroniqueurs contemporains. arrivèrent à la maison de l'homme de Dieu. p. . rer. et tous f ceux qu'ils y trouvèrent (beaucoup s'y étaient réfugiés espé- « ranten la miséricorde de Dieu. Script. envoya une armée nombreuse pour dévaster le a pays des Allemands. sortez.» (Aimoni lib. ayant fait un grand nombre de captifs. la Septimanie et toute la Marcbe d'Espagne ne furent plus qu'une annexe de ce vaste empire. 663 ( en 7/10). xxxvn. 1 Vitœ sancli Galli. 96. t. Les Frisons.) — Voyez aussi Frédégaire ch. gallic. par Wa- lafrid Slrabo. le maire du « palais. des Bava- rois. après les Frisons. des pas- sages tels que ceux-ci : « Captivos tam viros quam feminas se- «le mont Jura remplissant de meurtres et d'incendies tous tes lieux qu'ils tra- . trouvèrent «quelques femmes. Script. etfrancic. quand le pays des Allemands.

De part et d'autre les prisonniers étaient réduits en esclavage. esclave. voc. gallic. p. quand la Saxe elle-même fut soumise et plia sous la loi des Carlovingiens. VV. axXéëos. brev. de mot qui l'exprimât. La différence de race et de religion ren- dait bien dure la condition du Slave asservi. med. d'après les écrivains byzantins [Pro- cope (56a). etfrancic. t. ap. mcd. Vermischle Schriften itbcr die SklavereL . i5. français. csclavo . 1 a Annal. dont le nom. p. (Il parle dus Polonais. t. sklabu. el il dit : « Quicumque . «invenilur. latin. Nous lisons ces mots dans un historien allemand contemporain de ces luttes violentes : « Populus euim more bovis est pascendus et tardi « ritu asini casligandus. est de- venu la qualification propre de l'esclavage dans toutes les lan- 5 gues de l'Europe moderne . rer. Script. gallic. Byzantin. V. italien. et inj. Enfin. V. p.) 5 Voy. 5 Chron. Maurice (582-602). etc. en effet. rer. voc. en re- traçant leur caractère.) — « Multos vinctosSaxo- « nés adduxerunl in Francia (en 782) 2 . aKXaëeiâ . abscissis denlibus punilur. t. et francic . . » — «Hoc anno (8o5) « perrexit domnusKarolus in Saxonia ad Holdislede. et francic. gallic. A. dans leur propre langue. scliuivo. 3 1 ' Ditoiar. Palaviani . du Gange Gloss. cl inj. et qu'ils ne pouvaient sup- 1 Contin. ap Script. V. rer. et sine pœna gravi non potest cum sa- «lute principis tracta ri \ » Le même auteur parle ailleurs des châtiments qu'on infligeait aux Slaves réduits en esclavage. — - \ OJ aussi Creuzer. 151 « cum duxil. et Gloss. en 753 '. ap. » Les Slaves ne figurent que par leur nom dans l'histoire de l'esclavage ancien. APPENDICES. ». slave. . Gall. et multos 3 « barones et mulieres inde abduxil. ^ 1 g. Fredegar. valaquc. Ces peuples. Script.ijrœcil. p. la guerre commença entre les Saxons. espagnol. anglais. dit qu'ils aimaient par-dessus tout la liberté. S. « (11 s'agit ici d'une expédition qui fut faite contre les Saxons par Pépin. . oxXaiëx . GKÀdëos . post Sepluagesimam carnem manducasse . mon. Miciejowski . Léon (886-911)]. gardiens de la Marche pour les fils de Charlemagne. sclavus. n'avaient pas. et les populations slaves.

le servage. la nomenclature des esclaves men- e tionnés dans les actes antérieurs au x siècle. après avoir payé une rançon. les misères de l'esclavage. nous donnerons. comme nous le verrons plus loin. lbid. Les coloni étaient employés sur les terres à divers usages. 1 Hist. ils les connurent par l'effet des invasions étrangères. Ces esclaves meubles disparurent de bonne heure. prit les formes qu'il avait dans les pays d'où il leur était venu (l'Allemagne. et il finit par n'être plus que ce qu'il est resté jusqu'à aujourd'hui. i832. p. en se fixant chez eux. qui étaient immeubles . . leurs adversaires «comme ennemis. Servus et mancïpium sont deux mots généraux qui s'appli- quent à tous les esclaves indistinctement. » Ils connurent cependant.). l'Italie. opposé à colorias. adscriptitii. etc. porter un maître'. Mais l'esclavage. 2° esclaves attachés aux offices domestiques: le mot dont on se sert ordinairement pour les désigner est min. sous la forme de l'esclavage antique. 71. Ils traitaient les captifs avec douceur. ne les ré- a duisaient point en captivité. par les enlèvements de captifs. de la législation slave. Varsovie. pour finir. 72. 152 APPENDICES. et d'abord. dit-il. I. . au con- « traire.les. ou de 2 « vivre en liberté parmi eux . A. i Expeditionalis . p. Nous avons donné plus haut l'étymologie du mol esclave.istcria. Nous pouvons diviser les esclaves en deux grandes classes : i° esclaves attachés à la terre: coloni était le mot le plus géné- ral [inquilini. accolœ. pour en- 3 trer dans la classe des coloni . t. « lis regardaient. signiiie peut-être simplement ministc rialis et 11011 point esclave qui suit le maître à la anerre. mais leur permettaient. de s'en retourner. l'empire grec) . — coloni. tant qu'ils les combattaient sur le champ >< de bataille. à leur tour. dans le plus considérable des Etats de celte race.

x. piraticum — ». et qui étaient rangés au nombre des immeubles ' : Arator. Pistor. aux bénéfices ou à l'Eglise. p. — Infeslor (celui qui apporte les plats sur la table). 337 . — Carpentarius. ces esclaves étaient gouvernés par des juges (judices). le poiré «qui faciunt cervisiam. Les esclaves étaient encore appelés de différents noms. le cidre. — Bubulcus. B. bulicularius). — Molinarius. — Foresliarius. etc. on appelait les esclaves du roi. Baluze t. — Marescalus (chargé de veiller sur les chevaux de luxe). — A une époque fort ancienne. — Yov. ' Eucharii Erhardt Tract. Maqni. — Seneschalus {inspecteur de la suite du prince ou du comte). plus lard . — Sulor. etc. et les esclaves ~ de l'Eglise Klosterleuth . — 3° Ecclesias- ticus. I . — Capital. ( Rothavis ) . avait son industrie particulière pour confectionner les objets néees saires aux individus qui l'habitaient. — Ceux qui faisaient la cervoise. — Porcarius. col. — Burgund. 3. G. i33. — Faber ferrarius. MIMSTERIALES. Kôniysgeeigncte Kw cht . de Villis Karol. i° Regius ou Jiscalinus. — Caprarius. les villœ impériales. pour les femmes esclaves. pomalicum. 153 Chaque villa. sui- vant qu'ils appartenaient au roi . — Ve- nator. qui commandait aux autres esclaves. lit. — dans Aurifex. en Allemagne. Il y a un office correspondant. — Scantio (l'échanson. . ou bien encore Gottcshauss Leuth 1 Nous avons dressé cette liste à l'aide des lois et des autres documents con- temporains. — 2° Bencjïciarius. — Tornator. APPENDICES. sous le nom de majorissa. ou sim- plement major. xi . — Dans les villes impé- riales. 2. Voici les différentes sorlcs d'esclaves qui habitaient les villœ. tit. indépendamment de la culture des champs. — Scutator. Lex sal. 1 34 . et Argenlarius dans celles des grands pro- priétaires. — Lan- yobard. î. — Slrator (l'écuyer). Parmi les ministérielles nous trouvons : mujordomus . 161. de operit raslicoram. — Vinitor. — Reliator « qui relia facere bene sciât ad venandum ». — Accipitaris.

etc.juris Germanici. Deservis hominibns. 1 55 et suiv. serons. — L'abbé de Gourcy. — Les notes de Canciani. Gissae. L'esclave immeuble était appelé aussi casatus. : res mobilis et res immobilis. AFFRANCHIS. 591 et 592 . l'esclave meuble non ca- satus. 573. — Celles des Bénédictins. p. 577. 2* L'esclave affranchi par charte du maître. — Husanus. 108 et 109 et suiv. est fort rare. Wj . Antiq. cusati. . 579. i3o et suiv. t. . IV des Historiens de France. 128 et suiv. Y'uldio (dans la loi lombarde) était un affranchi qui ne res- semblait point au lite . ifAKUMISSI. — M. potestas fscalinas . i° L'esclave affranchi par le denier. t. — Creuzer (ouvrage cité plus haut). comme l'a démontré M. — Jonae Eucharii Erhardt Tractatus de operis rasticorum. Etat des personnes sous les rois de la première race. 154 APPENDICES. 99 et suiv. colonus. 570. p. très-curieux. Fabricius ne mentionne que l'édition de i5qo. De l'Elut des personnes en France soiis les rois de la pre- mière race. suivant la loi romaine. Naudet. i663. etc. . Naudet. 2° L'esclave affranchi dans l'Église. L'abbé de Gourcy a rangé dans cette dernière classe des esclaves appelés gasindi. — Hei- neccius. denarialis: il était égal aux Francs. LIBERTl. dans les Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles-lettres . churtnlarius iabeUaruis. in-12. Ce petit opuscule. voyez du Cange. Indépendamment des documents originaux. Le droit barbare admit la distinction de l'esclave meuble et Je l'esclave immeuble. VIII. nouvelle série. &7Ô . Iwmo.

76 RÉSUMÉ ET CONCLUSION GÉNÉRALE lo3 Supplément. — I. Influence chrétienne après les invasions des bar- e bares. Avertissement. 5 TABLE DES MATIERES. De l'esclavage chez les Anglo-Saxons et les Anglo-Normands . De l'esclavage dans le pays de Galles 127 Appendices. . Révolutions politiques qui ont substitué à toute espèce de servitude la servitude de la glèbe. Marches de l'Empire 1/19 . Italie i3q II. .) 33 Chapitre III. — I. 1 1 II. Chapitre J. . (Du v° au x siècle. Allemagne 1 43 III. Droit Barbare 1 Chapitre II.

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