Vous êtes sur la page 1sur 15

A propos de ce livre

Ceci est une copie numérique d’un ouvrage conservé depuis des générations dans les rayonnages d’une bibliothèque avant d’être numérisé avec
précaution par Google dans le cadre d’un projet visant à permettre aux internautes de découvrir l’ensemble du patrimoine littéraire mondial en
ligne.
Ce livre étant relativement ancien, il n’est plus protégé par la loi sur les droits d’auteur et appartient à présent au domaine public. L’expression
“appartenir au domaine public” signifie que le livre en question n’a jamais été soumis aux droits d’auteur ou que ses droits légaux sont arrivés à
expiration. Les conditions requises pour qu’un livre tombe dans le domaine public peuvent varier d’un pays à l’autre. Les livres libres de droit sont
autant de liens avec le passé. Ils sont les témoins de la richesse de notre histoire, de notre patrimoine culturel et de la connaissance humaine et sont
trop souvent difficilement accessibles au public.
Les notes de bas de page et autres annotations en marge du texte présentes dans le volume original sont reprises dans ce fichier, comme un souvenir
du long chemin parcouru par l’ouvrage depuis la maison d’édition en passant par la bibliothèque pour finalement se retrouver entre vos mains.

Consignes d’utilisation

Google est fier de travailler en partenariat avec des bibliothèques à la numérisation des ouvrages appartenant au domaine public et de les rendre
ainsi accessibles à tous. Ces livres sont en effet la propriété de tous et de toutes et nous sommes tout simplement les gardiens de ce patrimoine.
Il s’agit toutefois d’un projet coûteux. Par conséquent et en vue de poursuivre la diffusion de ces ressources inépuisables, nous avons pris les
dispositions nécessaires afin de prévenir les éventuels abus auxquels pourraient se livrer des sites marchands tiers, notamment en instaurant des
contraintes techniques relatives aux requêtes automatisées.
Nous vous demandons également de:

+ Ne pas utiliser les fichiers à des fins commerciales Nous avons conçu le programme Google Recherche de Livres à l’usage des particuliers.
Nous vous demandons donc d’utiliser uniquement ces fichiers à des fins personnelles. Ils ne sauraient en effet être employés dans un
quelconque but commercial.
+ Ne pas procéder à des requêtes automatisées N’envoyez aucune requête automatisée quelle qu’elle soit au système Google. Si vous effectuez
des recherches concernant les logiciels de traduction, la reconnaissance optique de caractères ou tout autre domaine nécessitant de disposer
d’importantes quantités de texte, n’hésitez pas à nous contacter. Nous encourageons pour la réalisation de ce type de travaux l’utilisation des
ouvrages et documents appartenant au domaine public et serions heureux de vous être utile.
+ Ne pas supprimer l’attribution Le filigrane Google contenu dans chaque fichier est indispensable pour informer les internautes de notre projet
et leur permettre d’accéder à davantage de documents par l’intermédiaire du Programme Google Recherche de Livres. Ne le supprimez en
aucun cas.
+ Rester dans la légalité Quelle que soit l’utilisation que vous comptez faire des fichiers, n’oubliez pas qu’il est de votre responsabilité de
veiller à respecter la loi. Si un ouvrage appartient au domaine public américain, n’en déduisez pas pour autant qu’il en va de même dans
les autres pays. La durée légale des droits d’auteur d’un livre varie d’un pays à l’autre. Nous ne sommes donc pas en mesure de répertorier
les ouvrages dont l’utilisation est autorisée et ceux dont elle ne l’est pas. Ne croyez pas que le simple fait d’afficher un livre sur Google
Recherche de Livres signifie que celui-ci peut être utilisé de quelque façon que ce soit dans le monde entier. La condamnation à laquelle vous
vous exposeriez en cas de violation des droits d’auteur peut être sévère.

À propos du service Google Recherche de Livres

En favorisant la recherche et l’accès à un nombre croissant de livres disponibles dans de nombreuses langues, dont le frano̧ais, Google souhaite
contribuer à promouvoir la diversité culturelle grâce à Google Recherche de Livres. En effet, le Programme Google Recherche de Livres permet
aux internautes de découvrir le patrimoine littéraire mondial, tout en aidant les auteurs et les éditeurs à élargir leur public. Vous pouvez effectuer
des recherches en ligne dans le texte intégral de cet ouvrage à l’adresse http://books.google.com

PAR M. i 1852. DE L'HISTOIRE DE L» PHILOSOPHIE SCOLASTIQUE FT DE SES RAPPORTS AVEC LA QUESTION RELIGIEUSE. ?H O rESSEU R DE PHUOSQPUll: 10 LYCÉE DE MAKCY. FRÉDÉRIC MOR1N. .

. R0UV1LLI itRIK.EXTRAIT DE LA REVUE DU LYONNAIS.

DE L'HISTOIRE DE L» PHILOSOPHIE SCOLASÏIQUE ET DE SIS RAPPORTS AVEC LA QUESTION RELIGIEUSE. si on ne la compare avec les sys tèmes qui l'ont précédée ou suivie ? Les hommes ne sont rien que dans la Société et par la Société . Guillaume de Paris. les grands monuments et les grands docteurs de la scolastique ont été tirés de l'oubli où le dernier siècle les avait laissés. malgré le talent et les recherches de leurs auteurs. Un vague instinct a fait comprendre que ces cinq cents ans d'études et de discussions qui précèdent le Cartésianisme. c'est assez dire que l'on ne (i) Voir les travaux de MM. Hu gues et Richard de Saint-Victor. Saint-Tho mas.. nous sera-t-il permis de le dire? ces travaux. Jourdain. Palru. Montet. Depuis que M. de Rémusat. Des monographies sérieu ses et savantes ont été publiées : ScotErigène. Bacli. Et peut-être faut- il médiocrement s'en étonner. Henri de Gand. Saisset. les mystiques du XIVe et du XVe siècle sont devenus l'objet de travaux intéressants et approfondis (1). etc. n'ont jeté sur le développement des idées au moyen-âge qu'une faible lumière. la portée réelle d'une doctrine. ne peuvent être passés sous silence et comme rayés d'un trait de plu me dans les annales de l'esprit humain. . Gerson. etc. Mais. Comment saisir le sens vrai. Cousin a remis en honneur l'histoire de la phi losophie. Saint-Anselme.

pendant une période donnée. Cousin a insérée en tête de ses Fragments inédits d'Abailard . il ne s'est pas contenté. nous ne craignons pas de le dire. un des plus remarquables. Cependant. malgré sa va • leur. celle qui se présente à nous avec ses deux maîtres illustres. l'histoire entière de la scolastique. sont donc incapables de la faire découvrir . autant elles sont utiles et fécondes. il a insisté avec ► raison sur les grands docteurs du XIIIe siècle. autant elles sont impuissantes et stériles lorsqu'elles viennent avant. 4 peut apprécier. dans le cadre de son ouvrage. un peu exagérée peut-être. il a bien embrassé. la belle Préface que M. Saint-Thomas et Duns Scot . On n'observe bien que lorsqu'on a un point de vue pour observer. comme un des ses devanciers. parce qu'elles manquent d'un critérium pour dis cerner ces principes. Elles ne savent pas même alors constater les principes essentiels qui se trouvent au fond d'un système. que Descartes a organisée . Il est vrai qu'outre ces monographies nous avons des études beaucoup plus profondes et beaucoup plus utiles sur l'histoire de la scolastique : d'une part. il faut remarquer que M. d'autre part. jusqu'à la grande révolution que le XVIe siècle a commencée . n'est que la préface de la vraie scolastique. qui ont une valeur incontestable pour vérifier une loi historique. de nous . le premier surtout. M. que l'on ne peut connaître l'œuvre d'un métaphysicien qu'en la rapportant à l'œuvre générale de la pensée humaine. en se modifiant. Hauréau. l'ou vrage tout récent de M. Les mono graphies. celle qui a régné. sans contredit. lorsqu'elles viennent après une étude comparée des faits et des idées. Ces deux ouvrages. Quant à M. bien plus. que l'Académie des sciences morales et politiques ait depuis longtemps honoré de ses suffrages. et que la philosophie du XIIe siècle. il sera impossible de tenter une histoire de la scolastique sans les étu dier comme on étudie les monuments originaux eux-mêmes. et qui n'a dit son der nier mot que par Leibnitz. Rousselot. Hauréau. Cousin n'a donné dans l'admirable Préface dont nous avons parlé qu'une histoire du XIIe siècle. désormais. sont d'une telle im portance que.

Hauréau ne s'en cache pas . c'est tout simplement. pour aboutir à la né gation de toute métaphysique ! Si le monde marche et marche indépendamment de ces hautes spéculations de philosophie qui. mais . lui donne une sorte d'unité et d'in térêt dramatique. donner une série de monographies. mais elle lui ôte. reste éternellement insoluble. sur les divers systèmes qui se sont succédés . grands ou petits. tant de métaphysique. Cette idée. tant de doctrines oubliées. l'histoire perd fatalement sa signification. dans leur sens intime. Simon et Saisset. fort estimables d'ailleurs. comme l'ont remarqué très- judicieusement MM. la théorie nominaliste n'est pas seulement une erreur . il est no minaliste : il ne voit dans la longue et ardente discussion des Thomistes et des Scotistes que la continuation de la lutte com mencée entre G. n'est pas une véritable histoire . incapable de rien apprendre. on en conviendra. Hauréau. par la victoire définitive du no- minalisme. comme celle de toute philosophie. il a senti que l'his toire qui ne dévoile pas un progrès réel dans des idées qui par tent de tel point pour arriver à tel autre. cinq siècles du rant. et l'étude de la scolastique. à ses yeux. son intérêt philosophique. pendant des siècles. Nous pouvons donc affirmer que. Or . suivant le nominalisme. en grande partie du moins. non seulement on n'a pas fait l'histoire de la philosophie du moyen-age. la révolution phi losophique du XVIe siècle. de Champeaux et Roscelin . Mais. si ces doctrines ne peuvent contenir que des erreurs et si le pro blème éternellement agité par tous les esprits sérieux. il a cherché sérieusement quel fut le résultat de ces longues et vives discussions qui ont tourmenté. la pensée humaine. jusqu'ici. M. qu'importe leur stérile histoire ? Il ne vaut guère la peine. de pénétrer. c'est l'abdication de la méta physique entre les mains d'un scepticisme qui n'ose s'avouer à lui-même. l'agitent sans l'éclairer. le dénoûment de celte lutte. Au point de vue du système préconisé par M. Quoi ! se dit en lui-même le lecteur. est bonne tout au plus à désabuser l'esprit humain du sentiment de sa force et à le distraire de ses ennuis. parfaitement claire et toujours présente dans le cours de l'ouvrage.

bien loin d'être résolu. dont quelques autres. jaloux . répète-t-on. ont fait à l'esprit hu main ses destinées. que l'on a fouillé. si grande qu'elle soit. au contraire. à être clairement comprise. depuis plus de deux siècles. il nous semble que tous les faits se classent. Cette difficulté. n'est peut-être pas insurmontable . dès-lors. lesquels choi sir pour les soumettre à une longue analyse ? où trouver un fil conducteur qui dirige la science dans le labyrinthe de tant d'i dées. si obscur. en un mot. n'a pas même été nettement posé . que toutes les théories s'éclairassent et que l'on peut démêler. Au milieu de tant de docteurs et de principes qui ont régné pendant cinq cents ans. ne sauraient être pesées avec trop de scru pule ! Comment. bien que l'on soit contraint de laisser de côté d'innombrables détails ? Là est la difficulté. s'orienter dans ce monde intellec tuel. et. difficulté contre laquelle on n'a pas assez lutté. sur un préjugé éga lement exploité par les partisans et par les adversaires du Chris tianisme. mais qui doit commencer. dominant toutes les autres. et dans lequel il ne faut omettre aucun élément essentiel. la poussière des bibliothèques. entre tant d'idées. Quel est donc ce but que nous devons poursuivre dans l'his toire de la philosophie au moyen-âge ? Quel est le problème dont elle doit nous donner la solution ? Nous vivons. si vaste. 6 qu'encore on ne s'est pas placé au point de vue d'où on pouvait la comprendre et la faire. sans grands résultats. et c'est peut-être parce qu'on ne l'a pas posé et que. parce que l'on ne pouvait en avoir au premier abord qu'une vague conscience. en se plaçant au point de vue d'un certain but à poursuivre et d'une certaine question à résoudre. après tant de travaux. celles qui n'ont joué qu'un rôle insignifiant et celles qui. Le véritable problême de la nature et de la portée de la scolastique. c'était le dogme catholique devant lequel s'in clinaient respectueusement ses plus illustres docteurs. L'âme du moyen- âge. si différent du nôtre. l'on s'est engagé au hasard dans l'é tude des doctrines. On suppose généralement que la renaissance a fait une scission complète avec le moyen-Age. dont des milliers doivent être négligées.

Oui. de MM. qu'ils n'osent pas appeler . Cette appréciation historique se retrouve perpétuellement au fond des discussions. ou plutôt dans une nouvelle vie. seulement. Quinet. doit l'emporter sur la pensée vieillie de la scolastique. dès-lors. et pour cause. Michelet. Jouffroy. s'il est sage. dans leurs Revues. Auguste Comte. nous allions dire la même histoire. il n'est que trop vrai. ceux. comme un axiome. de ses sentiments. le principe historique de leurs adversaires . si vives et parfois si brillantes. l'huma nité est entrée dans une phase toute nouvelle. de ses actes a été radicalement changée. Ils soutiennent (non sans apparence de raison. depuis la Renaissance. ils proclament que la pensée moderne. ils en tirent des conséquences diamé tralement opposées. puisque la source première de ses idées. s'il est même possible à l'humanité de reculer de douze générations. après avoir fait remarquer cette pré tendue scission entre le moyen-àge et la renaissance. — de faire céder la raison à la foi . c'est-à-dire. A cela. et qu'ils ne ressusciteront pas. date . dans leurs Bibliothè ques. par cela seul qu'elle est la pensée moderne. le principe caché qui fait mou voir le monde depuis le XVIe siècle est tout différent : la raison émancipée a proclamé le libre examen. et. qui se sont agi tées depuis soixante ans entre les Chrétiens et les Incrédules. Seulement. et dès-lors. deman dent. c'est toujours la même thèse. et il est facile de constater que cet argument obtient toujours un succès d'instinct) que le XIXe siècle n'ira pas se suicider pour le bon plaisir de quelques amateurs de l'ogive et de la Légende dorée . Qu'on relise les ouvrages les plus populaires qui ont été publiés contre le catholicisme. — oui. — répondent-ils dans leurs brochures. il ne reste plus qu'à dé clarer qu'il n'y a pas de revenants dans le monde des idées. par exemple. Guizot. invoquée contre les dogmes traditionnels. On les déclare morts dans les esprits . de Flotte. et de revenir aux langes dont elle s'est dépouillée depuis Luther. il n'est que trop vrai. qu'opposent les Croyants ? Ils ont eu la bonté d'âme d'adopter. s'est sous traite à l'influence du dogme traditionnel. on leur creuse une tombe plus ou moins littéraire . des encyclopé dies. les Incrédules.

ressassée. rétrécie par d'emphatiques formules dans M. cette théorie historique a tellement été enseignée. c'est-à-dire où il n'y aura plus de société. ni morale. mêlée à quelque science et à beaucoup de passion dans M. relevée par une vaste érudition dans Balmès. de révolutions en ré volutions. Mais ce divorce. ce nouveau principe vital qui devait présider à l'orga nisation chimérique d'une humanité nouvelle . dans l'ordre philosophique par Descartes. de Montalembert. Les vagues et dan gereuses tendances du XVIe siècle ont été réalisées dans l'ordre religieux par Luther. Donoso Cortès. et c'est ainsi que l'humanité et le Christianisme se sont de plus en plus pro fondément séparés. qu'elle est tombée dans le domaine des lieux-communs les plus vulgaires. sinon cette thèse arrangée de mille manières et ornée de temps à autre de quelques philippiques contre l'es prit humain et contre l'idée de progrès ? Profonde. de théories en théories. dans l'ordre politique par la Révolution française . Veuillot et du Lac. que contiennent-ils. la raison a voulu se passer de la foi. on voit distinc tement s'avancer l'heure où il n'y aura plus ni ordre. lu mineuse jusqu'à travers ses erreurs dans de Maistre. de telle sorte qu'entre la religion du passé qui a cessé d'inspirer les consciences et la religion de l'avenir dont quel ques esprits rêvent encore la ridicule paternité. ni science. 8 funeste. Et quelle preuve plus éclatante à la fois et plus terrible de la nécessité de ce dogme catholique. On la trouve aujourd'hui jusque dans les entrefilets de MM. développée avec une éloquence de rhétorique plus que de pensée dans M. qu'on invoque sans cesse con tre nous et que nous reconnaissons. est-il un bien ou un mal ? n'a-t-il pas été le signal d'un désordre profond qui s'est introduit dans la société et qui menace tous les jours de la dissoudre? En vain cherche-t-on. jusque dans les pamphlets de ce Platon-Polichinelle . Roux-Lavergne. hardie. nul docteur ne l'a encore trouvé . dont on ne se sépare jamais que pour périr ! Nous le demandons à tous ceux qui ont suivi avec l'intérêt qu'ils méritent les travaux des apologistes contemporains. et par un vieux et magnifique reste du génie thomiste et guelfe dans le père Ventura. prêchée.

le dogme religieux est mort » a été le mot d'or dre répété à plaisir dans presque toutes les publications anti catholiques. si la discussion qui tourmente toutes les âmes peut se ra mener à ces termes. à cette époque. de nouveaux progrès dans la décadence . de nouveaux progrès vers la mort ! Or. les belles et intéressantes éludes de M. les déclamations des petits disciples du grand de Maistre. tou tes ces rages de calomnies contre le présent et de défiances contre l'avenir. il est facile de voir combien l'état de la question serait changé dans l'hypothèse où des investigations historiques consciencieuses confirmeraient ce soupçon de M. . 9 qui a si bien 6u mériter la dernière partie du nom qu'il s'est donné et si peu la première. s'est fait (i) Voir. dont un journal. que deviendraient les objections des rationalistes exclusifs et ce lieu commun de l'incrédulité : la foi est l'ennemie irréconciliable du progrès ? Que deviendraient aussi. l'on pourrait réduire au court dialogue sui vant toute la discussion religieuse de notre siècle:—I/humanité ne vit plus du Christianisme. au lieu d'avoir été vaincu au XVIe siècle. comme cette autre formule : « depuis la Renaissance. Oxaoara sur les poètes franciscains. Oza- nam « qu'il y a peut-être entre le moyen-âge et la Renaissance une moindre rupture qu'on ne pense (1). — Oui. contre cette pensée moderne qu'ils accablent de toutes les ma lédictions et de toutes les prophéties de malheur. Oui. a vu se réaliser. soi-disant religieux. — Tant pis pour l'humanité. on arrivait à démontrer par des faits que le principe chrétien. de plus. de leur côté. » Que si. Il est donc incontestable que cette formule : « la Société se meurt depuis la Renaissance » a fait le fond de presque toutes les publications catholiques. pour la con traindre à se suicider ? Que deviendraient toutes ces fureurs con tre la raison et contre ceux qui ont l'impiété de s'en servir. — Elle fait pourtant tous les jours de nouveaux progrès. un de ses plus beaux triomphes et a pénétré dans les âmes et dans la science plus qu'il ne l'avait fait jamais. dans le Correspondant.

le rapport qui existe entre la Renaissance et les siècles qui la pré . si nous voulons savoir si la pensée du moyen-age et la pensée contemporaine vivent de deux vies. au contraire. dès lors. se meuvent sous l'influence du même principe . en le déterminant. et qu'a cherché vainement à calmer la voix du vénérable archevêque de Paris? Qu'on y réfléchisse! Si l'histoire. en définitive. dans'cebut lui-même. si nous voulons connaître quelle est. un moyen de classer les systèmes qu'elle a produits et d'appré cier l'influence relative des idées innombrables qu'elle a éla borées. c'est que le problême a été mal posé. il est facile d'assigner à l'étude de la sco- lastique un but capital. le mou vement politique. le mouvement industriel. ou. le mouvement scientifique. Que résulte-t-il de là? Il en résulte que. c'est que le principe d'où partent à l'envi les deux écoles irréconciliables est essentiellement faux ou inexactement interprété. A ce point de vue. Cela seul nous conduirait déjà à penser que cette prétendue his toire. et la thèse chrétienne. telle qu'on nous la présente de part et d'autre. à toutes les démences de ce livre odieux qu'on appelle: Les libres Penseurs. en un mot. C'est. le mouvement social qui la caractérise. pourrait bien n'être qu'un roman. Oui. est vraie. on est en droit de présumer que le terrain de la discussion a été mal choisi. le mouvement philosophique d'une époque qui. il faut logiquement que la thèse ra tionaliste aboutisse à toutes les excentricités des ouvrages polé miques de M. en un mot. et d'avoir. c'est-à-dire de deux religions différentes. dans sa nature intime. et qui conduisent toutes les deux à des folies. explique. condamnées par tous les esprits tempérants et raisonnables. ou. qu'on nous raconte sur tous les tons. 10 l'écho. Michelet. en présence de ces luttes furieuses et sans dénoue ment possible. si nous voulons nous rendre compte du préjugé historique que nous venons de constater. Quand un problème reçoit deux solu tions qui ne sauraient légitimement triompher l'une de l'autre. ou du moins qu'elle renferme de profondes inexac titudes. depuis le triomphe du christianisme sur le inonde païen.

une conséquence importante. c'est dans l'étude de la scolastique qu'il faut chercher la solution de ce problême qui n'est autre chose. il y a une idée capitale et première qui est la clef de toutes les autres . la notion d'Etre ou de Substance et l'on doit la suivre dans l'intention de résoudre les trois questions suivantes : 1° Les divers systèmes ontologiques qui se succèdent forment- ils une série régulière. que le problême religieux lui-même posé sur son véritable terrain. Mais si l'on ne peut pas sonder toutes les doctrines du moyen-âge et si l'on ne doit pas les prendre une à une isolément . Il est impossible sans doute d'étudier. il y a une différence radicale et qui explique. aux différentes époques de l'histoire. De même que dans la pensée humaine. dans toutes leurs parties. partiellement du moins. et le système de Leibnitz qui voit en elle une force pure. avec une souveraine importance. une monade. nous avons déjà dit qu'elle est parfaitement stérile. il y a une science qui détermine et caractérise toutes les sciences. Une histoire exacte de l'idée d'Être ou de l'ontologie serait donc une véritable histoire de l'esprit humain. de même dans la philosophie. examinés à part de leurs antécédents et de leurs résultats. L'Etre ou la Substance ne sont pas conçus sous la même notion. une progression philosophique. suivre . on peut et l'on doit . ce nous semble . toutes les différences que pré sentent la pensée antique et la pensée moderne. 11 cèdent. nous voulons parler de l'idée d'Etre ou la Substance. une activité simple et impénétrable. à savoir la philosophie. et l'on comprend comment elle doit procéder pour se constituer. Entre le système d'Aristote qui voit dans toute substance un composé de matière et de forme et qui fait découler de ce principe toute une métaphysique et même toute une astronomie. une signification très précise. L'histoire de la scolastique prend dès lors. dans ses développements à travers le moyen-âge. De là. relativement à l'étude de la philosophie scolastique. de telle . Quant à l'étude isolée des différents systèmes. nous l'avons vu . les théories si multiples et si compliquées qui ont paru depuis le XIe sièclejusqu'à la Renaissance.

par une suite admirable de systèmes ontologiques. d'après les faits impartialement constatés. le seul. se continue- t-elle parla Renaissance? De telle sorte que Jordano Bruno. point d'arrivée qui. le dogme traditionnel : nécessité heureuse qui. par une rupture soudaine. entrevue à chaque époque. progressivement enchaînées. quelle serait la portée religieuse et sociale de la solution. Leibnitz. les doctrines nouvelles comprenant celles qui précèdent et les enrichissant d'éléments nouveaux ? 2° Cette série régulière. tout en étant des novateurs comme l'avaient été Albert-le-Grand. sans laquelle le moyen-âge ne consti tuerait pas une époque philosophique. de ce triple problème. ce christianisme dans lequel on s'obstine. si nous apprécions bien la disposition des esprits. quelle est la loi de cette série . il ôterait à la philosophie incrédule son grand argument. de son point de départ au XIe siècle à son point d'arrivée au XVIIe. 12 sorte que le premier explique le second et le second le troisième. au XVIe siècle? ou. le contraignait d'aller en avant. Saint-Thomas. qui puisse exercer sur eux une action décisive. Des cartes. Duns Scot. de part et d'autre. ne serait lui-même qu'une glorieuse étape sur cette longue route d'innovations que la pensée humaine parcourt de puis dix-huit cents ans? Cette force ne serait-elle pas. quelle qu'elle fût. toujours en avant. s'arrête-t-elle. à ne voir qu'un principe d'immo bilité? Ce motif ne serait-il pas la nécessité. au contraire. c'est-à-dire quelle est la force. arrachant sans cesse l'esprit humain à la donnée ontologi que précédemment adoptée et insuffisante. Ockam doivent ce pendant être considérés comme les fils légitimes de la sco- lastique ? 3° S'il y a une série ininterrompue de doctrines régulièrement. Résolu positivement. sans s'arrêter jamais ! On comprend sans doute. quel est le motif qui a conduit l'esprit humain. de sauvegarder contre une doctrine trop étroite et de faire descendre de plus en plus dans une science devenue de plus en plus complète. dès lors. de Gerbert et de Saint-Anselme à Leibnitz . dans un certain monde qui . Et croit-on que ce serait là un mince résultat ? On parle sans cesse aujourd'hui.

si le christianisme vit au jourd'hui plus que jamais dans les âmes et dans le peuple de France. il a besoin de faire cependant. à toutes les décadences. mais qui peut encore grandir . c'est aussi notre conviction profonde et réfléchie que. Qu'on laisse donc de côté. que de jeter l'anathème à sa raison ? Est-ce une démonstration bien rigoureuse ou même bien habile que celle qui suppose que le genre humain. ce n'est point par des histoires de sainte Elisabeth de Hongrie. li vré en proie. développez sa légitime influence qui n'a pas baissé . nous croyons que ce sont elles qui. est-ce un si bon moyen de le ramener à la foi. poussent encore le genre humain à ses destinées. développez. la pensée moderne aimerait mieux périr que d'abdiquer entre les mains de ceux qui l'insultent. enfin. plus il accomplira largement et pacifiquement sa tâche.depuis trois cents ans. nous. 13 tenait hier un langage bien différent. Mais. à moitié cartésien . doit vouer au mépris l'idée de pro grès. tant de précieuses âmes qui ne de mandaient qu'à y venir. à toutes les sottises. de la nécessité de restaurer les croyances religieuses. Ce n'est point par des légendes remises en honneur. ce n'est point par des réimpressions d'un commentateur. en vérité. pour adoucir les épreuves sociales. les institutions ! Fortifiez. éclairez par des considérations capables de toucher les âmes. on n'a fait que l'exaspérer. qu'on ne l'espère pas. ce n'est point par des réhabilitations paradoxales . de nouveaux et rapides progrès. elle ne saurait trop intimément pénétrer les esprits. ce n'est pas nous qui nous y opposerons jamais. les cœurs. à tous les vices. une époque ne se nie pas elle-même . de saint Thomas. un système apologétique qui a dé tourné de la foi tant d'âmes. et augmentez-en le nombre! Plus le XIXe siècle sera chrétien. On a tenté en vain de lui persuader un renoncement impossible à ses découvertes et à sa liberté . Oui. pour se donner le plaisir de se méconnaître dans ses plus glorieuses conquêtes ? Non. Nous estimons. faites sans critique et sans goût. celles qui s'inclinent devant le dogme. principe caché des nobles et saintes aspirations de notre âge tant calomnié. Mais enfin. qu'elles ont be soin de restauration beaucoup moins qu'on ne le suppose . au lieu de s'approcher sans cesse de son idéal.

aux doctrines de la Renaissance . qu'on arrivera à développer la foi religieuse. de toutes les conquêtes humaines? L'étude de la scolastique. mais toujours réel. Et ce n'est pas tout : c'est précisément. s'il était démontré que. en se proposant ce but et en rendant ces services signalés. mêlées à d'absurdes diatribes contre la Renaissance et contre les temps modernes. en un mot. pour parler plus exactement. que ces doctrines se lient. si elles y voyaient la source divine de toutes les grandeurs. Il ne s'agit pas de se prosterner devant le moyen-âge. Du haut de la question religieuse. 14 des mémoires les plus justement flétries et des institutions les plus légitimement exécrées . et sera toujours la discussion capitale. elle peut rapprocher les esprits d'une solution qui concilie autant que possible les écoles enne mies. par une analyse historique des diverses doctrines ontologiques qui se sont succédées à cette époque de transitions. Elle peut ramener les âmes égarées par le scepticisme théologique à une appréciation plus exacte du présent et les intelligences dévoyées par l'incrédu lité rationaliste à une plus saine estime des dogmes éternels du catholicisme. s'il était démontré. nous l'avons déjà re connu. ou. a donc un grand secret à nous livrer : elle peut fournir à la discussion religieuse qui est. c'est-à-dire de cette civilisation moderne dont nous sopimes si fiers. par un rapport intime.— plus même que dans celles-là. les systè- . il y a le catholicisme. dans celles-ci comme dans celles-là. quel progrès n'aurait pas fait la question religieuse? Et combien de nobles intelligences. Ah ! s'il était vrai. un nouveau terrain. aujourd'hui hostiles à des principes qui leur paraissent des germes d'immobilité et de mort ne lui porteraient pas dès demain leur adhésion. En d'autres termes. il s'agit de le comprendre. le dogme chrétien . par des admirations béates des œuvres quelconques du moyen-âge . ce n'est point. s'il était démontré qu'à l'origine de cette pensée. telle que nous l'avons interprêtée. qu'elle devient elle-même capable de se constituer. l'histoire de la notion d'Etre ou de Substance à travers les doc trines du moyen-âge. non pas toujours avoué. en conciliant les légitimes besoins de la pensée humaine.— on retrouve comme principe.