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G aston Leroux

Le MYSTERE de la

Ckambre Jaune

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G aston Leroux

Le MYSTÈRE de la

Chambre Jaune

Texte adapté par Régine Boutégège et Susanna Longo

Rédaction : Domitille Hatuel Conception graphique : Nadia Maestri Mise en page : Emilia Coari Illustrations : Alfredo Belli Recherches iconographiques : Laura Lagomarsino

© 1997 Cideb Editrice, Genova

Nouvelle édition : © 2003 Cideb Editrice, Genova

Tous droits réservés. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle de la présente publication ne peut se faire sans le consentement écrit de l’éditeur.

L’éditeur reste à la disposition des ayants droit pour les éventuelles omissions ou inexactitudes indépendantes de sa volonté.

Pour toute suggestion ou information la rédaction peut être contactée à l’adresse suivante :

rédaction @cideb. it www.cideb.it

CISQ

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TEX TB O O KS AND TEACHING MATERIALS

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j

ISBN 88-530-0065-1

ISBN 88-530-0066-X livre+CD

livre

Imprimé en Italie par Litoprint, Genova.

Sommaire

Chapitre l

Un

crime surnaturel

21

Chapitre 2

Au château du Glandier

28

Chapitre

3

L a

Chambre Jau n e

38

Chapitre 4

Le mystérieux homme vert

46

Chapitre 5

Le presbytère n’a rien perdu de son charme

58

Chapitre

6

L a

Galerie inexplicable

73

Chapitre 7

Le guet-apens !

84

Chapitre 8

C est le garde-chasse !

92

Chapitre 9

Le retour de Rouletabille

102

Chapitre 10

Toute la vérité, rien que la vérité

110

A

C

T

I

V

I

T

É

S

7,

16,

26,

33, 44,

52, 64,

72,

Dossiers

Gaston Leroux

La Selle Époque

Les héros des polars francophones

Ijéros à deux visages

PROJET

INTERNET

n Texte intégralement enregistré.

5

9

66

124

Les exercices qui présentent cette mention préparent aux D ^ Lf=r compétences requises pour l’examen.

Gaston Leroux. Mary Evans Picture Library.

Gaston Leroux, un digne successeur des plus grands auteurs de polars (Paris 1868 - Nice 1927). C’est en 1868 que naît Gaston Leroux à Paris alors que Napoléon III (Louis-N apoléon B onaparte) voit les frontières de la France sérieusement menacées. Les sciences et le positivisme s’imposent dans tous les domaines car les théories d ’Auguste Comte fondées « sur les données de l’expérience » connaissent une large divulgation.

Le XIXème siècle est aussi le siècle de l’avènement d’un nouveau genre littéraire : le roman-feuilleton dont le succès est certainement lié à la toute-puissance de la presse. Même les plus grands écrivains

(Balzac, Z ola

)

publient certains de leurs rom ans dans les

journaux. Les rebondissements, les coups de théâtre, les meurtres et les mystères y abondent. En effet, de Radcliffe (auteur des Mystères d ’Udolphe) à Eugène Sue (célèbre feuilletoniste auteur des Mystères de Paris) ou encore à Conan Doyle (père de Sherlock Holmes), on adore mélanger les ingrédients du roman « noir » à ceux du roman policier, le fantastique parfois se superpose au scientisme. C’est dans ce contexte littéraire que Gaston Leroux fait ses premiers

5

Les M ystères de Paris, affiche anonyme, fin du X IX ème siècle. Départem ent des Arts du spectacle, B.N.F., Paris.

pas dans le monde de la Presse, devenant reporter puis finalement écrivain. Influencé par Edgar Allan Poe, Conan Doyle que nous avons déjà cité, Mary Shelley, Stevenson, Hoffmann et bien d’autres, Leroux s’illustre dans deux filons bien distincts :

- le policier (ou polar) classique reposant sur une enquête menée par un héros (Rouletabille) ou bien illustrant les aventures d ’un antihéros : le forçat évadé Chéri-Bibi (voir les dossiers sur les héros de romans policiers page 66 et l’histoire de Vidocq page 125).

- la littérature fantastique qui emprunte directement les archétypes de ce même genre au XIXème siècle mais qui les renouvelle. La m achine à assassiner est l ’histoire d ’un homme, B énédict Masson, horriblement laid dont le cerveau est implanté dans la tête d ’un automate appelé Gabriel qui peut ainsi déclarer son amour à la jeune Christine. La poupée sanglante modernise l’image du vampire : le Marquis de Coulteray adore sucer le sang de ses victimes. Quant au Fauteuil hanté, il s’agit d’une aventure tout à fait particulière qui laisse planer un mystère que le lecteur ne parviendra pas à résoudre : deux solutions lui sont offertes,

une explication rationnelle semble tout expliquer mais il subsiste un doute laissant la porte ouverte à une autre explication complètement ésotérique. Si la postérité a oublié l’œuvre fantastique de Gaston Leroux, elle a conservé, grâce à la puissance cinématographique et télévisuelle, une admiration toute particulière pour le héros Rouletabille dont les déductions et la perspicacité sont extraordinaires.

Compréhension écrite

DELF H

Lisez cette introduction à Gaston Leroux puis répondez aux

questions.

a.

Gaston Leroux n'a pas toujours été écrivain, quelle est sa première profession ?

b.

Dans quels filons littéraires, ses romans peuvent-ils être classés ?

c.

Quel personnage ayant réellement existé a inspiré Gaston Leroux ?

d.

Comment s'appellent les héros de ses romans ?

e.

Selon vous, quels mots peuvent caractériser les romans de Leroux ?

7

Cochez les bonnes cases.

Il écrit

a.

b.

c.

d.

e.

f.

g-

h.

des romans classiques.

des romans policiers.

des romans fantastiques.

de vampires.

des romans

des romans historiques.

des romans d'espionnage,

des romans épistolaires.

des romans à thèse.

Gaston Leroux est-il fasciné par l'irrationnel ? Répondez à cette question puis donnez deux arguments qui justifient votre

réponse.

La Belle Époque

Sous le terme de « Belle Epoque », on désigne les années de passage du XIXème au XXeme siècle : 35 ans de paix, qui se terminent en 1914, quand la Première Guerre mondiale éclate. Comme pendant toutes les périodes de transition, on oscille entre la nostalgie pour un siècle qui meurt et l’espérance pour un siècle qui naît.

Que fait-on ? Les hommes de science cherchent

le

les artistes expérim entent, monde s’amuse !

et trouvent,

et tout

les architectes bâtissent

On cherche

et on trouve !

Pierre et M arie Curie.

Jamais la recherche scientifique et technologique n ’a connu un tel essor. De 1901 à 1914, les travaux de brillants chercheurs valent à la

onze prix Nobel ! Et

surtout les grandes inventions révolutionnent le mode de vie. Pierre et Marie Curie travaillent sur la radioactivité. En 1898, la découverte du radium leur vaut le prix N obel de physique. Après la mort de son mari, en 1910, Marie Curie continue seule ses travaux, et isole le radium pur. Elle obtient le prix Nobel de

chimie en 1911.

France

9

Pasteur étudie les maladies infectieuses. En 1885, il découvre le vaccin contre la rage. Il l’expérimente pour la première fois sur un jeune berger, atteint de cette terrible maladie. C’est un succès, le jeune garçon guérit. Le début du siècle connaît une véritable révolution dans le domaine des transports. La bicyclette se modernise, et les premières voitures automobiles font leur apparition : les fondateurs des futures grandes marques rivalisent d’ingéniosité : René Panhard, Armand Peugeot, Louis Renault « sortent » leurs premiers modèles. Bien vite, les Français d ’abord incrédules se persuadent que le futur appartient aux automobiles Le cinéma est un autre sujet d’émerveillement. Deux Lyonnais, les frères Louis et Auguste Lumière, inventent le cinématographe.

Cinématographe Lumière (1896), affiche de M arcel Aurolle.

Le 28 décembre 1895 a lieu la première représentation publique, dans les sous-sols du Grand Café à Paris. Les spectateurs rient devant le gag de l’arroseur arrosé, mais ils s’effraient en voyant un train se précipiter vers eux, comme s’il devait sortir de l’écran et les écraser

On expérimente

La vie artistique, dans toutes ses formes d’expression, est en pleine ébullition. En peinture, des m ouvem ents aussi variés que l’impressionnisme, le pointillisme, le fauvisme, l’expressionnisme et le cubisme se développent. Le célèbre tableau de Monet Impression, soleil levant (1872) donne son nom au mouvement.

Impression, soleil levant (1872), de Claude Monet. Musée M armottan, Paris.

u

Les premières toiles impressionnistes, présentées en marge du Salon de 1874, font l’effet d ’une bombe. Elles s’opposent tout à fait au goût officiel alors en vigueur. Les peintres qui appartiennent à ce mouvement : Renoir, Degas, Manet, Cézanne, Pissarro, restituent l’atmosphère colorée et optimiste de la Belle Époque. A uguste Rodin est le sculpteur le plus représentatif. D ’abord incompris et condamné par les puristes, son génie est reconnu à l’occasion de l’Exposition universelle de 1900, qui lui consacre un pavillon entier. Le Baiser, qui suscite un énorme scandale, et Le Penseur, sont ses œuvres les plus célèbres. Compositeurs, poètes et peintres travaillent en symbiose. Tous refusent la théorie académique de « l’art pour l’art » ou du « beau pour le beau », au profit de l’émotion qu’une œuvre d’art doit suggérer et de la sensibilité que celle-ci doit toucher. Les noms des compositeurs Debussy, Ravel, Fauré, sont intimement liés à ceux des poètes Verlaine, Apollinaire et Mallarmé.

On construit

en fer et en verre !

La Belle Époque voit triompher un matériau qui n’a rien de « noble », le fer, souvent uni au verre. Les bouches de métro, en style liberty, qui ornent alors la capitale, sont un exem ple de cette nouvelle architecture.

Entrée du métro à la station Abbesses de Hector Guimar (1900).

Vue générale de VExposition universelle de Paris (1889). Affiche du XIX ème siècle. M usée Carnavalet, Paris.

La Tour Eiffel

Cette tour en fer de 300m de hauteur se dresse sur le Champ-de- Mars. Projetée par l’ingénieur dijonnais Gustave Eiffel, elle est construite à l’occasion de l’Exposition universelle de 1889, pour symboliser la nouvelle ère technologique. Elle a suscité de nombreuses polémiques et elle était destinée à être démontée après l’exposition. Aujourd’hui, la « Grande Dame », que le poète Jean Cocteau a baptisée « Notre-Dame de la rive gauche », symbolise la ville de Paris.

La gare d’Qrsay

Construite pour l ’Exposition universelle de

désaffectée en

guerre, une compagnie théâtrale, avant de tomber dans l’oubli.

1900 cette gare est

1939. Elle va abriter tour à tour des blessés de

u

L’architecte italienne Gae Aulenti donne à ce monument oublié une nouvelle splendeur, en le transformant en un musée prestigieux.

Le Sacré-Cœur

Et on s’amuse

Cette énorme basilique blanche en béton, qui domine la butte Montmartre remonte à la Belle Époque. Elle est née de l ’in itiativ e d ’un groupe de catholiques, qui voulaient ériger un monumental ex-voto pour remercier Jésus d’avoir épargné Paris pendant la guerre franco- allemande de 1870. Les travaux, qui ont duré de 1873 à 1919, ont été financés grâce à une souscription nationale.

À la fin du siècle, les salles de divertissement prolifèrent à Paris :

cafés concerts (caf’ conc’), cabarets, cafés chantants, bals, mais

aussi théâtres et cirques

La plupart des nouveaux cabarets sont concentrés sur la butte Montmartre, mais aussi à Pigalle, sur le Boulevard de Clichy. Certains de ces lieux existent encore aujourd’hui, d ’autres ont disparu. Le « Chat noir », « Le Moulin-Rouge », le « Casino de Paris », l’« Olympia » sont les cabarets les plus célèbres. Quant aux

\4

cafés, il convient de citer le « Café de Flore » à Saint-Germain-des- Prés, et le Fouquet’s sur les Champs-Élysées. Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901) naît à Albi, dans le Sud- Ouest de la France, dans une famille aristocratique. À Paris, il fréquente le quartier de Montmartre. Pour faire connaître ces lieux qu’il affectionne, Toulouse-Lautrec invente l’art de l’affiche. Atteint de malformations physiques graves, il meurt à 37 ans.

OULINROUGE Concert OULINROUGE

OULINROUGE

BAL

TO US Les SOIRS

M oulin Rouge - La Goulue (1891), affiche de Henri de Toulouse-Lautrec.

15

Tournée du Chat N oir ( 1896), Affiche de Steinlen.

« Le Moulin-Rouge » est le cabaret

où La

Goulue et Valentin le Désossé (ce sont des surnom s) tiennent la vedette. Sur scène et sur des m usiques de Jacques O ffenbach, danseurs et danseuses se déchaînent dans un quadrille (ou french cancan) endiablé. La chanteuse Yvette Guilbert crée le genre de la chanson poétique et réaliste.

le plus

célèbre

de P igalle,

E lle

a n im e les

so iré e s

d u

«

C h a t N o ir

»•

Compréhension écrite

Q Lisez attentivement le texte. Mettez en face de chaque phrase le titre de l'œuvre ou de la découverte présentée.

a.

Cette découverte vaut à Pierre et Marie Curie le prix Nobel de physique, c’est

b.

Cette découverte permet de guérir d'une maladie transmise par les chiens ou les renards, c’est

c.

Cette découverte permet de regarder des images sur un écran, c’est

d.

Cette œuvre a été construite lors d'une Exposition universelle

à

Paris, c’e s t

e.

Cette œuvre a révolutionné le monde de la peinture et a donné

son nom à un

mouvement

artistique, c’est

g.

On utilise ce style pour construire les bouches du métro, c’est

Répondez aux questions suivantes.

a.

Ces découvertes et ces œuvres ont toutes été réalisées durant la Belle Epoque, est-ce vrai ou faux ?

b.

Quelle est l'œuvre ou la découverte la plus ancienne ?

c.

Quelle est l'œuvre ou la découverte la plus récente ?

Voici le témoignage d’une personne présente à une première. Découvrez de quoi il s'agit ?

Q

«On était tous au sous-sol, tout à coup, dans la salle, la lumière

s'est éteinte et là

allure sur nous. Nous nous sommes levés et terrorisés nous

sommes sortis

un train a-t-il pu entrer dans un espace aussi petit, ça c'est un

mystère

incroyable mais vrai

un train arrivait à toute

on peut dire qu'on l'a échappé belle ! Comment

! »

c'est de la magie

Dans une agence, on vous propose un voyage organisé à Paris

sur le thèm e "La B elle Époque”. L’accepterez-vous si Répondez en cochant les bonnes réponses.

?

oui non a. Vous désirez visiter EuroDisney. □ □ b. Vous adorez les impressionnistes. □
oui
non
a.
Vous désirez visiter EuroDisney.
b.
Vous adorez les impressionnistes.
c.
Vous voulez visiter la Grande Dame.
d.
Vous voulez visiter Notre-Dame de Paris.
e.
Vous voulez visiter la butte Montmartre.
f.
Vous voulez visiter le Centre Pompidou.
g-
Vous adorez Toulouse-Lautrec.
h.
Vous raffolez des opérettes d'Offenbach.
Y
a-t-il dans la présentation des constructions remontant à
la
Belle Époque, un espace
ayant com plètem ent changé de

vocation ? Expliquez.

17

A

C

T

I

V

I

T

É

S

Au cours de votre lecture

J II faut beaucoup de perspicacité pour résoudre le mystère de la Chambre Jaune. Pour vous aider à découvrir le coupable en même temps que Rouletabille, le héros de notre histoire - ou pourquoi pas avant lui ! - voici un petit tableau, à compléter après la lecture de chaque chapitre.

----------------2----

victime

enquêteur

témoin

suspect

1

2

3

4

5

6

7

8

9

10

Le coupable est

18

activités

Voici les fiches des personnages de l’histoire. Au fur et à mesure de votre lecture, indiquez ce qui vous semble important pour l’enquête.

Mathilde Stangerson Nom Prénom Âge Profession Situation de famille Indices, révélations

Les témoins

Monsieur Stangerson Nom Prénom Âge Profession Situation de famille Rapport avec la victime Mobile possible Alibi Indices contre lu i

Monsieur Darzac Nom Prénom  ge Situation de famille Rapport avec la victime Mobile possible Alibi Indices contre lu i

La victime

et les suspects possibles

19

A

C

T

I

Nom Prénom  ge Profession Situation de famille Rapport avec la victime Alibi Indices contre lui

V

I

T

Le père Jacques

É

S

Les concierges (Bernier et sa femme)

Nom Prénom Âge Profession Situation de famille Rapport avec la victime Mobile possible Alibi Indices contre eux

Enfin, au cours de cette histoire, deux enquêteurs s’affrontent, et rivalisent de perspicacité. Complétez leur fiche.

Les enquêteurs

Frédéric Larsan

Rouletabille

Nom

Nom

Prénom

Prénom

 ge

 ge

Profession

Profession

Qualités

Qualités

Déductions

Déductions

20

Chapitre 1

Un crime surnaturel

T T n matin, plus exactement le 26 octobre 1892, alors que

je parcourais distraitement les lignes de mon journal,

mon regard fut attiré par un gros titre : « Un crime surnaturel ».

Intrigué, je poursuivis ma lecture :

« Un crime affreux vient d ’être commis chez le professeur Stangerson. On a tenté d ’assassiner sa fille. Les m édecins ne répondent pas de sa vie ».

Je connaissais les Stangerson pour leurs recherches sur « La Dissociation de la M atière », je savais que dans le monde des sciences leur réputation était solide et que leur long séjour en

21

Le M Y S T È R E

de la

Chambre Jaune

Am érique leur avait valu une notoriété m ondiale, je fus donc bouleversé. Le journaliste expliquait dans son article comment les premières constatations sur le lieu du crime avaient jeté le trouble parmi les enquêteurs. « D’après les dires du père Jacques, un vieux serviteur de la famille Stangerson », continuait le rédacteur « la jeune femme se trouvait dans une chambre à côté du laboratoire : la Chambre

Jaune. V oilà

d ’a ille u rs le tém oignage q u ’il n o u s a d o n n é,

immédiatement après l’agression ». « Il était environ m inuit et demi, tout à coup on a entendu Mademoiselle crier « Au secours, à l’assassin ! », puis un coup de

revolver et un autre encore mais plus sourd et enfin des bruits de lutte. Vous pensez bien que nous nous sommes précipités vers la

La porte était

fermée de l ’intérieur. On a essayé de l’enfoncer, mais ça a été impossible. Quelques m inutes plus tard, Bernier et sa femme, les concierges, attirés par nos cris nous ont rejoints. On a enfoncé la

porte, à l’intérieur il n ’y avait

sorti. Le spectacle qu’on a découvert était terrible : Mademoiselle était couverte de sang, elle avait une blessure à la tempe, des marques bleues autour du cou, les meubles étaient renversés et sur le mur on a vu des traces de sang laissées par une main. Sur le

plancher, il y avait mon revolver, oui

horrible

mon revolver. C’était

que Mademoiselle. Personne n ’est

Cham bre Jaune, M. Stangerson et m oi-m êm e

Ah, j’oubliais, la seule fenêtre de la chambre, était elle

aussi fermée de l’intérieur et on a retrouvé des traces de pas faites probablement par des sabots un béret 2 et un mouchoir. C’est le

1. sabots : grosses chaussures en bois que portent les paysans, les jardiniers.

2. béret : couvre-chef rond et plat, en laine souple.

22

Le

M Y ST È R E

de la

Chambre Jaune

diable

diable à pouvoir passer à travers les murs ! ! ! » Frédéric Larsan, le fameux inspecteur dont la réputation

plus à faire, mène l’enquête Ma lecture fut interrompue.

La Bête du Bon Dieu a crié toute

la nuit,

il

n ’y

a que

n ’est

le

»

- Eh bien, mon cher Sainclair

- Le crime de la Chambre Jaune ?

- Oui ! Qu’est-ce que vous en pensez ?

Vous avez lu ?

C’était Joseph R ouletabille, un jeune reporter, rédacteur à

l'É poque, doté d ’une in tellig en ce et d ’une sagacité des

surnom dont

on l’avait affublé 1 à cause de sa tête toute ronde. Ce 26 octobre, il

avait l’allure des grands jours ! ! ! Son œil brillait de curiosité. Je l ’avais rencontré lors d ’une autre affaire q u ’il avait réussi à

et depuis ce

élucider bien avant son rival Frédéric Larsan

extraordinaires. Rouletabille,

plus

bien sûr n ’était qu’un

1. dont on l’avait affublé : ici, qu’on lui avait donné.

24

Un crime surnaturel

moment-là, il me considérait un peu comme le père qu’il n ’avait jamais eu car Rouletabille était orphelin. Je souris en pensant que de nouveau, Larsan et mon jeune ami se trouveraient l’un contre l’autre sur une même affaire

- Je suis sûr

que le revolver n ’a pas servi à l’assassin !

- Comment ça, pas servi ? fis-je éberlué. La rapidité de ses conclusions m ’étonnait toujours.

- Non, je pense plutôt qu’il a servi à Mlle Stangerson. Au fait, M. Robert Darzac est déjà arrivé au château.

- Ça a dû être terrible pour lui

la

Sorbonne, lors d ’un procès où je lui avais rendu un grand service.

Son amour pour Mlle Stangerson était légendaire et finalement, à 35 ans, cette dernière avait accepté de l’épouser.

J’avais

connu Robert Darzac, professeur de physique

à

- Que pensez-vous de l’assassin ?

- C’est un homme du monde.

- Mais

et le béret ? et le m ouchoir plein de sang ? et les

traces grossières de pas qu’on a retrouvées ?

-Justem ent, il y a trop d’indices ! C’est une mise en scène

- Vous avez sûrem ent raison

mais avez-vous une idée du

chemin que l’assassin a pu prendre ?

- Bah

ça, je n ’en ai aucune et je me demande comment il a

pu se volatiliser avec la porte et la fenêtre fermées de l’intérieur Allez, mon cher Sainclair, en route pour Épinay-sur-Orge !

25

A

C

T

I

V

I

T

Compréhension écrite

D E L F (Qj Lisez

atten tivem ent ce prem ier ch apitre

questions.

puis

É

S

répondez

1. Que s'est-il passé chez les Stangerson ?

aux

2. Pour quelle raison les Stangerson sont-ils connus ?

3. Qui a donné son témoignage ? Quel rapport y a-t-il entre cette personne et les Stangerson ?

4. Où se trouvait la jeune femme ?

5. Que s'est-il passé avant et après qu'on enfonce la porte ?

Avant

Après

6. Quel était l'état de la chambre ?

7. Qui enquête sur cette affaire ?

26

A

C

T

I

V

Production écrite

I

T

É

S

DELF a Vous écrivez une lettre formelle au détective qui enquête sur cette affaire pour lui apporter votre témoignage. N’oubliez pas : le nom et l'adresse de l'expéditeur, le nom et l'adresse du destinataire, le lieu et la date, l'objet de votre lettre, l'appellation.

Dans le corps de la lettre vous écrivez un résumé du témoignage transcrit dans ce premier chapitre. Vous assurez que vous restez à la disposition de la police. Vous term inez avec la formule de politesse et votre signature.

I

27

Chapitre 2

Au Château du Glandier

é c id é m e n t l ’a ffa ire de la C h am b re Ja u n e n o u s intriguait beaucoup par son côté inexplicable. Durant notre voyage vers le château du Glandier, où l’horrible

D crim e s ’était produit, nous

rencontrâm es M. de M arquet

d ’instruction, et son greffier —Peut-être, avança Rouletabille au cours de la conversation, la

victim e avait-elle les cheveux en bandeaux 2 ? - Pas du tout, fit M. de M arquet, elle avait les cheveux relevés entièrem ent en torsade sur la tête. Le front était découvert. J’ai

1. greffier : officier public préposé au bureau où on garde les actes des procédures.

2. cheveux en bandeaux : coiffure féminine qui serre le front et les tempes.

28

Le

M Y S T È R E

de la

Chambre Jaune

personnellement examiné sa blessure, il n ’y avait pas de sang sur les cheveux

- Ah ! fit Rouletabille déçu. Cela pouvait être une explication.

Sincèrement, cette question ainsi que les réponses données par le juge ne me furent d ’aucune u tilité : je continuais à ne rien comprendre, les propros de Rouletabille me dépassaient toujours

autant.

- Combien y a-t-il de fenêtres ou d’ouvertures dans le pavillon ? demanda Rouletabille.

- Cinq, répondit M. de Marquet. La porte du vestibule est la

seule porte d ’entrée du pavillon, elle s’ouvre avec une clef de l ’intérieur comme de l’extérieur, et il n ’existe que deux clefs :

l’une que le père Jacques garde toujours sur lui, l’autre c’est Mlle

Stangerson qui la possède. Le

tout était parfaitem ent en ordre. Quant aux fenêtres, il y en a quatre : celle de la Cham bre Jaune et les deux fenêtres du laboratoire ont des barreaux. Seul le vestibule a une fenêtre

donnant sur le parc.

jour de la tentative d ’assassinat,

- Alors c’est par celle-ci que l’assassin s’est échappé.

- Comment l’avez-vous deviné ? fit M. de Marquet. En effet on

a retrouvé des traces de sang à l ’intérieur et à l ’extérieur des

Mais, il

y a un détail qui a son importance, les volets étaient fermés de l’intérieur.

répondit soucieux

volets 1 et des traces de pas sur la terre du côté du parc

- Bah, l ’assassin aura eu un com plice Rouletabille.

- Stangerson, le père Jacques et les concierges n ’ont-ils rien vu dans

mais c’est bien bizarre, pourquoi M.

Peut-être, peut-être

1. volets : parties en bois ou en fer qui protègent une fenêtre à l’extérieur.

30

Au Château du Glandier

le vestibule

retrouvé appartenait au père Jacques ?

? Et puis

vous ai-je dit que

le revolver q u ’on a

- Dans sa déclaration le père Jacques, a parlé de deux coups de

revolver, on a retrouvé les balles ?

- Oui, une dans le mur à côté des traces de sang et une autre

dans le plafond

fit

Rouletabille intrigué.

La conversation s’arrêta car nous arrivâmes à destination. Au

château du Glandier, Frédéric Larsan, le célèbre policier auquel

Rouletabille vouait une sincère admiration, nous attendait.

- Mon ami est venu rendre visite à M. Robert Darzac, lui dit-il

en me désignant.

- Je ne l’ai pas encore vu et je ne sais pas où il est, répondit le

policier.

-

T ien s,

tie n s ,

d an s

le

p la fo n d ,

ça

c ’est

in té re s s a n t

- Les concierges nous le diront certainement, fit Rouletabille.

- Les concierges ? Je ne le crois pas.

y

On les

a arrêtés

il

environ une demi-heure

a

- Mais, ce ne sont pas eux les coupables !

- Coupables, peut-être pas, mais qui sait, peut-être complices

- C’est vous qui les avez fait arrêter ?

- Ah ça non

!

que m on am i p a rla it avec le p o lic ie r, je pus

tranquillem ent regarder Frédéric Larsan. Il avait environ une

ch ev eu x

grisonnants lui donnaient un air très distingué. Lèvres fines,

Tout à coup, une voiture apparut et s’arrêta

dans le parc. Un homme élégant vêtu d ’un habit sombre et d ’une

pâleur im pressionnante, en sortit et vers nous.

se dirigea précipitam m ent

regard intelligent

A lors

c in q u a n ta in e

d ’an n ées.

Il

é ta it

assez

beau

et ses

31

>

Le

M Y S T È R E

Je h

Chambre Jaune

-

A lors

R o b ert,

M lle

S ta n g e rso n

v a -t-e lle

m ieu x

?

lu i

demandai-je.

- Oui, fit-il, on la sauvera.

à M. R obert D arzac m ais

quand il sut q u ’il s’agissait d ’un journaliste, il me regarda avec un

air de reproche.

Je p résen tai m on am i R ouletabille

- Je suis pressé

je crains de ne pouvoir vous accom pagner à

la Chambre Jaune.

R o u letab ille

reg ard a

alors

D arzac

d ro it

dans

les

yeux

et

prononça une phrase dénuée 1 de sens :

 

-

Le presbytère n ’a rien perdu

de son charm e, ni le jardin

de

son éclat. Je vis Darzac pâlir davantage, il chancela puis se ressaisit.

-

Bon, allons-y M essieurs !

1. dénuée de sens : sans aucun sens.

32

Compréhension écrite

Voici le résumé du second chapitre en quelques phrases, cochez les bonnes solutions.

1.

a *

CH

narrateur et Rouletabille rencontrent

 

Frédéric Larsan, durant leur voyage.

 

b.

CC ^e narrateur et Larsan rencontrent

 

Rouletabille, durant leur voyage.

 

c.

[C]

Le narrateur et Rouletabille rencontrent le juge M. Marquet, durant leur voyage.

2.

a.

Ils lui posent des questions sur le crime.

b.

CC Rouletabille

lui pose des

questions sur le crime.

c.

Le narrateur

lui pose des

questions sur le crime.

3.

a.

[C]

L'interlocuteur donne des précisions sur les portes, les clefs ouvrant ces portes et les fenêtres.

b.

Q

L'interlocuteur ne veut pas répondre.

c.

L'interlocuteur donne des précisions sur les fenêtres et les barreaux.

4.

a.

Q

Le père Jacques suppose que l’agresseur avait un complice.

b.

Q] Rouletabille

suppose que

l’agresseur avait un complice.

c.

Q] Le narrateur

suppose que

l’agresseur avait un complice.

5.

a.

Q

Au château du Glandier, Larsan les attendait.

b.

Q

Au château du Glandier, Rouletabille les attendait.

c.

Q

Au château du Glandier, Darzac les attendait.

6.

a.

Q

Après une brève conversation, Rouletabille apprend que les concierges ont disparu.

b.

Q

Après une brève conversation, Rouletabille apprend que les concierges ont été arrêtés.

c.

Q

Après une brève conversation, Rouletabille apprend que les concierges ont été tués.

7-

a.

Q Robert Darzac annonce que Mlle Stangerson est tirée d’affaire.

b.

Q

Robert Darzac annonce que Mlle Stangerson a succombé à ses blessures.

c.

Q]

Robert Darzac annonce que Mlle Stangerson restera paralysée.

33

ACTIVITÉS

Répondez aux questions suivantes.

1. Mlle Stangerson avait-elle les cheveux en bandeaux quand elle s'est fait agresser ?

2. Comment s'ouvre la porte du vestibule ?

3. Combien de fenêtres a la Chambre Jaune ?

4. À qui appartient le revolver qu'on a retrouvé ?

5. Quel portrait le narrateur fait-il de Larsan ?

6. Quelle est la réaction de M. Darzac quand il apprend la profession de Rouletabille ?

7. Quelle étrange phrase Rouletabille prononce-t-il ?

Grammaire

L’adjectif verbal, le participe présent et le gérondif

• L’adjectif verbal s’accorde en genre et en nombre avec le nom auquel il se rapporte. Il est formé d’après un verbe et marque un état.

Ses cheveux grisonnants lui donnaient un air distingué.

(cheveux grisonnants = qui sont grisonnants)

Un homme élégant d'une pâleur impressionnante sortit.

(pâleur impressionnante = qui est impressionnante)

• Le participe présent marque une action et est invariable.

Ses cheveux flottant sur ses épaules étaient d’une couleur indéfinissable.

(ses cheveux flottant = ses cheveux qui flottaient)

Sa pâleur, montrant sa fragilité, s’accentua à la vue de cette scène.

(sa pâleur montrant = sa pâleur qui montre)

activités

• Il s’agit d’un gérondif si le participe présent est précédé de la préposition en. Je souris en pensant que de nouveau Larsan et mon jeune ami se trouveraient sur une même affaire.

On doit utiliser le gérondif quand les deux actions sont simultanées et qu’elles ont le même sujet. Mon ami est venu rendre visite à M. Robert Darzac, lui dit-il en me désignant.

Transformez les phrases suivantes selon l’exemple.

Exemple : En expliquant les faits dans son article, le journaliste a commis une grosse imprudence. Q uand il a exp liq u é les fa its dans son article, le journaliste a commis une grosse imprudence.

1. En découvrant son revolver sur le lieu du crime, le concierge sursaute, surpris.

2. En lisant cette nouvelle, le détective a trouvé la solution.

3. En voulant enregistrer la déposition du prévenu, le commissaire a fait tomber le magnétophone.

4. J'ai souri en lui présentant mon ami.

5. Elle a parlé moins fort en voyant le commissaire.

6. Il a pointé son revolver sur la tempe de sa victime en l'entendant crier.

JHLOllVXXXLiO

Accord ou pas d'accord ?

1. C'est une scène terrifiant

.

2. les spectateurs, les bandits pointèrent leur arme sur

Terrifiant

le public.

3. Il est parti, voyant

4. Cette couleur ne te va pas très bien, elle est trop voyant

5. Une forme menaçant

6. Les malfaiteurs, menaçant s'échapper.

7. Résistant

qu'elle ne l'écoutait pas.

se dessinait sur le mur.

.

leurs victimes d'un revolver, ont pu

aux menaces, le directeur de la banque n'a pas voulu

ouvrir le coffre-fort.

8. Il trouva une porte très résistant

.

Production orale

DELf U

Observez les deux documents présentés ci-dessous et répondez aux questions suivantes.

2001

Séi

fluec Roger Hanin, Christian Rauth, Gilbert Cohen.

Jamais au grand

jamais,

Nauarro n'a

Ruec Uéronique

Gene st,

Renaud Mar».

Mo us s Diouf,

e m p lo y é

Un

DDHSS est

de

la

r e tr o u v é

eu autant

de

mort

dans les

 

suspects

pour un

archives

saccagées.

Un

t é m o in

se

crime. Il faut auouer qu'un PDG qui délocalise se fait

présente sp o n ta n ém e n t

;

il

a

d'un coup

bon

uu le m eurtrier

 

nombre d

ennemis

s'enfuir

36

ACTIVITÉS

1 . De quel type de documents s'agit-il ?

|

|

d ’articles de journaux

 

]

de prospectus publicitaires

]

d ’extraits

de romans

]

de lettres formelles

]

d ’extraits

de programmes télévisés

]

de petites annonces

2. Quel type d'informations ces documents veulent-ils donner ?

|

| Ils présentent des critiques de livres.

 

]

Ils présentent des séries télévisées.

|

| Ils présentent des émissions scientifiques.

|

| Ils présentent des dessins animés.

3. Remplissez le tableau suivant.

premier document

date de création

titre

réalisateur

sujet

deuxième document

4. Dites en quelques phrases quels renseignements apportent ces documents.

5. Qu’aimez-vous regarder à la télévision ? Dites pourquoi.

37

Chapitre 3

La Chambre Jaune

l y avait aussi une sorte de m assue dans la Cham bre

I Jaune ! dit Robert Darzac qui avait retrouvé ses couleurs.

de M arquet l’a fait analyser et a découvert des traces

M.

de sang.

- Mais c’est effroyable ! s’écria Rouletabille.

- Ah, au fait je ne vous ai pas encore serré la main

Je compris pourquoi tout à coup Rouletabille voulut donner une poignée de main à Robert Darzac. Le m alheureux fiancé de Mlle Stangerson enleva son gant et montra une main parfaitement

blanche et lisse, sans aucune blessure.

je veux dire Mlle Stangerson a failli être

- Ma fiancée, euh

38

La Chambre Jaune

é tra n g lé e ,

on lu i a assené un coup sur la tête.

- C’est justem ent comme ça que c ’est arrivé, fit une v$ix

derrière notre dos. C’était le père Jacques. Il portait un complet de

velours marron et de gros sabots.

- Mais vous ne devriez pas être là, reprit-il, j’ai reçu l’ordre de

ne faire entrer personne.

- Votre m aîtresse avait-elle les cheveux en bandeaux ?

demanda brusquement Rouletabille.

- Non, non, ce soir-là, Mademoiselle avait les cheveux relevés.

Sincèrem ent, je ne voyais toujours pas

où mon jeune ami

voulait en venir avec ces étranges

insolite qu’il avait dite à Robert Darzac continuait à me trotter

dans la tête : Le presbytère n'a rien perdu de son charme, ni le

phrase

questions ; d ’ailleurs, la

jardin de son éclat.

J’aim erais quand même voir la Chambre Jaune, dem anda

Rouletabille au père Jacques qui ne fit aucune difficulté à nous laisser entrer.

Dans le vestibule, R ouletabille fenêtre.

exam ina attentivem ent la

-

- Les volets étaient fermés à l’heure du crime ?

- Oui et de l ’intérieur, répondit le père Jacques, c’est moi-

même qui les avais fermés avant d ’aller me coucher. Pourtant, je

suis sûr que l’assassin est passé par là ; voyez, il y a des traces de

sang sur la pierre. Et il y a même des pas sur la terre dans le

parc ! Voici le laboratoire !

Rouletabille fourra son nez partout, dans tous les recoins, sur

les étagères, dans les armoires et même dans la cheminée. Je vis

Ü avait trouvé quelque chose : un morceau de papier à moitié brûlé.

39

Le

M Y ST È R E

de la

Chambre Jaune

- M. Darzac, fit-il, conservez-nous cela.

J’y jetai un regard curieux et je pus lire :

La p â le u r de D arzac se fit sp e ctrale et je me dis que

Rouletabille connaissait bien plus de choses qu’il ne disait !

- Impossible de s’enfuir par là, déclara le jeune reporter, le

conduit de cette cheminée est fermé par une grille. Il enleva la poussière de ses vêtements et se dirigea vers la m ystérieuse Chambre Jaune. Il poussa la porte. La pièce était dans un désordre total. Une table ronde, la table de nuit et deux chaises avaient été renversées. Sur le plancher, couvert d ’une

natte 1 jaune, on voyait encore une large tache de sang ainsi que des gouttes qui m enaient tout droit vers le mur où était encore bien visible la trace ensanglantée d ’une main d ’homme.

- Voyez, fis-je, dans l’obscurité l’homme a cru qu’il s’agissait

de la porte, il a voulu la pousser et a laissé cette trace sur le

mur

1. natte : tissu fait de brins végétaux servant de tapis.

40

M

Le M Y ST È R E

de la

Chambre Jaune

- Peut-être, répondit Rouletabille, mais comment expliquez-

vous qu’il n ’y a pas de sang sur la serrure ni sur le verrou ?

- Il aura ouvert la porte avec sa main valide

de mon raisonnement.

répliquai-je, fier

- Il n ’a rien ouvert du to u t ! s ’exclam a le père Jacques.

Rappelez-vous que nous étions quatre derrière la porte et que personne n ’est sorti.

- En tout cas, l’homme doit mesurer environ un mètre quatre-

vingts, voyez à quelle hauteur se trouve l’empreinte. Rouletabille, comme dans le laboratoire, se m it à chercher partout.

- Mon petit, fit le père Jacques, vous vous donnez bien du mal. La police a déjà tout mis sens dessus dessous.

Le reporter regarda attentivement la table de chevet 1, prit un morceau de papier et y plaça délicatement un cheveu blond qu’il avait trouvé sur le coin de cette table et dit au père Jacques.

- C’est v rai, votre m aîtresse n ’av ait pas les cheveux en

bandeaux, j’ai été stupide de croire cela. Puis, il se glissa sous le lit.

- Non, non

- Peut-être le matelas a-t-il un double fond ? demandai-je.

il n ’a pas pu rester caché ici, on l’aurait vu.

mon ami, vous êtes sérieux ? répliqua

Rouletabille en riant. La Chambre Jaune était bel et bien fermée

comme un coffre-fort, une mouche ne pouvait ni rentrer, ni sortir.

- Ah

! ah

! ah

! ah

!

-

Chut, taisez-vous, vous l’entendez ?

C’est

la Bête du Bon

Dieu

C’est le chat de la mère Agénoux, il a m iaulé toute la nuit

quand notre pauvre demoiselle

Ah ! ces cris, c’est sinistre, un

1. table de chevet : table de nuit, petit meuble près d’un lit.

42

La Chambre Jaune

jour, il faudra q u ’on la tue. Mais, ce n ’est pas elle qui a attaqué

notre brave demoiselle, une bête ça ne porte pas de sabots

- Vous ne nous avez pas parlé du béret et du m ouchoir qu ’on a

retrouvés, fit Rouletabille. Le mouchoir, il était à rayures bleues et rouges ?

- Mais, vous êtes un sorcier ? Comment vous avez fait pour

regardait

sorti de sa

poche tout son attirail pour dessiner et découper la forme des em preintes sur le parquet. « Cet in d iv id u est bien étrange » pensa-t-il.

Rouletabille d ’un air étonné surtout depuis q u ’il avait

deviner

?

d em an d a

in c ré d u le

le

père

Jacques

qui

Rouletabille sourit et dem anda au juge d ’instruction qui venait de rentrer :

- Des nouvelles de Mlle Stangerson ?

- Oui, je viens juste de l ’interroger

- Et alors ? demandai-je, vous avez découvert quelque chose ?

Elle a pu nous parler.

43

ACTIVITÉS

Sur les traces de l’assassin

Q Au cours de ce chapitre, l ’enquête progresse

Parmi les dessins

ci-dessous, cochez ceux qui représentent les nouveaux indices.

a n

44

ACTIVITÉS

Pourquoi Rouletabille dit-il : « Votre m aîtresse n’avait pas les cheveux en bandeaux, j’ai été stupide de croire cela ».

Charades.

Mon premier désigne l’ensemble des journaux et du monde du journalisme.

Mon second est un préfixe pour dire «deux».

Dans mon troisième on y plante des fleurs.

Mon tout est le lieu où habite le curé.

Les vélos et les voitures ont mon premier.

Mon second est un article défini.

Mon troisième est un adjectif possessif féminin.

On jouait avec mon troisième dans les cours d ’école.

Mon tout est le nom d ’un personnage de cette histoire.

Mon premier n ’est pas jeune.

Mon seconde est un pronom pluriel.

Mon tout a un chat bien impertinent puisqu’il miaule la nuit.

Mon

Mon second est un synonyme du verbe tomber dans un registre plutôt soutenu.

Mon tout est un indice présent dans ce chapitre.

premier n ’est pas dur.

45

Le mystérieux homme vert

A lors ? fis-je impatient.

ne

elle

aperçut deux ombres dans le parc, autour du pavillon. Elle s ’est

-

La

d e m o is e lle

déjà.

n ’a

rie n

le

ré v é lé soir

que

du

n o u s

connaissions

Sauf que

drame,

un peu

inquiétée

car les travaux

entrepris

par son

père

et par

elle sur

la « Dissociation de la Matière » sont d ’une

im portance

fo n d a m e n tale p o u r l ’av en ir des sciences, c ’est p o u rq u o i elle

avait emporté le revolver du père Jacques. Et en effet, elle avait raison de s ’inquiéter car des papiers ont disparu, M. Stangerson

l

’a constaté

ce m atin

même.

P en d an t la nuit,

Mlle

Stangerson

s

’est réveillée,

il

y avait

un

hom m e

devant

elle,

il

l ’a frappée

46

Le mystérieux homme vert

avec une massue. Elle a crié et le reste vous le savez.

- Cela

ne

nous

avance

sortir maintenant

Nous nous

doigt un petit bosquet :

dirigeâmes

guère,

dit R ouletabille.

vers

le parc.

Rouletabille

Je voudrais

montra

du

le

pavillon. Il a m arché sur le gravier, voilà pourquoi il n ’a pas

laissé

vestibule.

être l ’assassin ? dem anda

Robert Darzac ému. Je voudrais le tuer de mes propres mains !

-

L ’a s s a s s in

est

p a r ti

et

idée

de

p u is

ces

il

a rb re s

est

p o u r

p ar

e n tre r

la

d an s

d ’e m p re in te s

avez une

e n tré

fe n ê tre

du

- Vous

de qui peut

que qu’effectivement, l ’assassin avait bel et bien em prunté ce chemin

p o u r s ’in tr o d u ir e d an s le p a v illo n : (une e m p re in te de pas grossiers, probablement des sabots, juste au-dessous de la fenêtre, là où le gravier finissait, prouvait bien que l ’assassin était entré

par

probablement c’étaient des traces de sabots toutes fraîches.

est allé ju sq u ’au bout du mur, à

avait raison et

Nous

co n statâm es

R o u letab ille

là)

s ’il

y

av a it

en c o re

l ’hom m e

des

trac es

de pas g ro ssie rs,

-

Après

le crime,

cinquante mètres de là, et puis il a sauté la haie et le fossé, juste en face du petit sentier qui conduit à l ’étang.

- Comment savez-vous q u ’il s ’est dirigé vers l’étang

-

Parce

que M. Frédéric

Larsan n ’en

a pas

quitté

?

depuis ce matin.

Effectivem ent, attendait.

le

détective

nous

avait

devancés

les bords,

et

nous

M. Fred, cria Rouletabille, ces pas élégants sur la route sont bien là depuis la découverte du crime ?

- Oui, jeune homme, répondit Fred. Vous voyez, il y a les pas

-

47

Le

M Y S T È R E

de la

Chambre Jaune

qui viennent et les pas qui repartent

- Cet homme devait avoir une bicyclette, les pas grossiers

d is p a ra is s e n t

et

v o ilà

à

côté

des pas élég a n ts, re m a rq u a

Rouletabille

- Alors l ’assassin avait un complice ? demandai-je.

- Non, c’est faux, les deux sortes de pas appartiennent toutes les deux à l ’assassin !

- Bravo, fit en s ’éloignant Frédéric Larsan

Vous êtes fort !

S’aidant de sa canne, il entraîna avec lui Robert Darzac, le père Jacques ainsi que le juge. Je restai un peu en arrière en compagnie de Rouletabille et quelle ne fut pas ma stupeur quand je le vis s’immobiliser et observer les traces de pas sur le sol : la marque des pas de M. Darzac correspondait exactement aux empreintes laissées par les souliers élégants ! Darzac, qui se retourna à ce même instant, sembla défaillir

me fit Rouletabille se

voulant rassurant. Allez n ’y pensez plus, Sainclair, venez, je dois vous montrer quelque chose.

Nous nous dirigeâmes vers l ’auberge du Donjon. L’hôte y était peu aimable, il ne voulut pas nous servir à déjeuner, prétextant q u ’il n ’avait aucune provision.

- Je pense que c’est un brave homme

de la police, lui fit rem arquer

Rouletabille. Mais l ’aubergiste ne modifia nullem ent son attitude qui resta bien hostile.

dit

Rouletabille.

- Nous n ’avons pas de poulet, fit l ’hôte d ’une voix hargneuse 1 et pas même un lapin.

-

Nous

ne

som m es

pas

- Voilà une belle

cheminée

pour

faire rôtir un

poulet,

1. d’une voix hargneuse : d’un ton agressif.

48

Le mystérieux homme vert

Je sais, reprit Rouletabille, on ne trouve plus tous les jours du gibier

-

J’avoue que je ne compris pas ce que Rouletabille voulait dire par là et je remarquai encore une fois que malgré son jeune âge, le

journaliste me devançait de plusieurs longueurs

d ’en tré e s ’o u v rit, u n h o m m e a p p a ru t, il p o rta it u n h a b it de

velours vert ainsi q u ’une casquette de la même couleur. Il pouvait avoir cinquante ans environ et il était remarquablement beau. Je constatai que lui non plus n ’était guère aimé de l ’aubergiste. Il hésita un instant, regarda à l ’intérieur de la salle puis repartit. - Il a bien fait de ne pas entrer aujourd’hui ! s’écria l ’hôte.

La porte

49

Le

M Y ST È R E

de la

Chambre Jaune

- Qui est-ce ? demanda Rouletabille.

- Qui ? L’homme vert ? Vous ne le connaissez pas ? Tant mieux

Sa tête ne me

revient pas. D’ailleurs, personne ne l’aime dans le pays.

de la Bête du Bon Dieu entra

suivie de l ’homme vert qui, cette fois, se décida à franchir le seuil de l ’auberge.

pour vous. Eh bien, c’est le garde de M. Stangerson

La vieille Agénoux, maîtresse

- On ne vous a pas vue depuis huit jours mère Agénoux ! fit

l ’homme vert.

- J’ai été bien malade, il n ’y a eu que la Bête du Bon Dieu pour

me soigner. Elle ne m

’a quitté

ni le jour ni la nuit

- Alors, comment cela se fait-il que la nuit du crime, on ait

entendu sans arrêt le cri de votre chat ? demanda Rouletabille.

- Est-ce que je sais, moi ? Il est resté sur mes genoux toute la

nuit, je vous dis

!

A ce moment,

on entendit des voix et une

dispute,

puis

des

coups comme si on battait quelqu’un.

L’homme vert, inquiet,

se

dirigea vers la porte de la cuisine d ’où provenaient les cris mais

l ’aubergiste qui en sortit s’écria :

c’est ma femme qui a mal aux

- Ce n ’est rien, monsieur le garde

dents

Ce disant, il poussa d ’un geste bourru 1 le garde vers la porte. Puis regardant Rouletabille, il s’écria :

ah ! ah ! ah ! continua-t-il en riant. Maintenant allez-vous en !

- Ne cherchez pas plus loin, le voilà votre assassin !

1. d’un geste bourru : d ’un geste rude,

50

peu aimable.

A

C

T

I

V

I

T

É

S

Compréhension écrite

DELf Q

Les déclarations de Mathilde nous orientent dans quelle direction ? Justifiez votre réponse.

Le

crime

passionnel

Le

crime

crapuleux commis par un v o leu r

DELF El Relisez attentivement le chapitre puis dites qui fait quoi.

D E L F Q j

1. II entre dans l’auberge vêtu d’un habit vert.

Q

2. II veut tuer l’assassin avec ses propres mains.

3. II dit que sa femme a mal aux dents.

4. Q] Il reste toute la nuit à côté de sa patronne.

5. II reste au bord de l’étang durant toute la matinée.

6. II ne veut pas servir le déjeuner.

7. II marche toujours avec une canne.

Q

Q

Q

Q

Q

a. Rouletabille

Darzac

c. Larsan

b.

d. L’aubergiste

e. La Bête du Bon Dieu

f. Le garde-chasse

Répondez aux questions.

1. Qui a écrit un ouvrage intitulé Dissociation de la Matière ?

2. Selon Rouletabille, quel est l’itinéraire de l’assassin ?

3. Qui laisse les mêmes empreintes sur le sol que l’assassin ?

52

ACTIVITÉS

4. Quels rapports y a-t-il entre l’aubergiste et le garde-chasse ?

5. La Bête du Bon Dieu a-t-elle crié la nuit de l’agression de Mlle Stangerson ? Pourquoi ?

! Un nouveau personnage mystérieux apparaît. C’est l ’homme vert. Remplissez sa fiche signalétique.

Nom Prénom Âge Profession Situation de famille Rapport avec la victime Mobile possible Alibi Indices contre lu i

Que sous-entend la phrase de R ouletabille à l ’aubergiste :

« Je sais, on ne trouve plus tous les jours du gibier » ?

La femme de l’aubergiste crie. A-t-elle réellement mal aux dents, ou pensez-vous qu’il y ait une autre raison ? Si oui, laquelle ?

On a entendu miauler le chat de la mère Agénoux toute la nuit, et pourtant elle affirme que cette nuit-là, son chat ne l ’a pas quittée. Quelle explication donnez-vous à cela ?

53

A

C

T

Grammaire

I

V

I

T

É

S

Emploi particulier du futur antérieur

Le futur antérieur peut exprimer une éventualité, une supposition faite dans le passé, on peut le remplacer par peut-être que ou peut-être suivi de l’inversion du verbe et du sujet.

Il aura ouvert la porte avec sa main valide =

Peut-être a-t-il ouvert la porte avec sa main valide.

I Remplacer le futur antérieur avec peut-être suivi de l'inversion, puis de peut-être suivi de que.

Exemple : Elle aura voulu se défendre. Peut-être a-t-elle voulu se défendre. Peut-être qu'elle a voulu se défendre.

1.

Les concierges auront voulu voir ce qui se passait dans le couloir.

2.

Les policiers auront voulu bâcler cette affaire pour protéger un des leurs.

3.

Rouletabille se sera arrêté le long du chemin pour déjeuner.

4.

M. Darzac aura pâli à cause du message mystérieux.

5.

Mlle Stangerson aura eu un malaise en entendant des pas dans le couloir.

6.

L'assassin se sera caché dans cette armoire.

7.

Le père Jacques aura voulu maquiller le crime pour éviter que sa femme ne soit inculpée.

8.

Le narrateur aura cherché, lui aussi, la solution à cette énigme.

54

production orale

P ê l f H

Lisez ce document.

Les Flics

Durée : üh3ü - 2001

D ocum entaire

Nationalité : fra n ça is

Réalisateur : Léon Desclozeaux

RÉSUMÉ

Couleur

Une série qui présente, en cinq épisodes, le travail des services de police du département du Val-de-Marne, en banlieue parisienne. Tourné le plus souvent caméra à l’épaule, Les Flics nous plonge dans l’univers quotidien d’une profession difficile et mal aimée. Les interpellations, les délits, la garde à vue et les insultes : on découvre la routine des interventions et on fait connaissance avec le personnel de l’hôtel de police de Créteil et des commissariats dans les villes alentour. Des commissaires nous expliquent le fonctionnement de la police départementale et l’application de la loi

Présentez ce document en répondant aux questions suivantes.

1. De quel type de document s'agit-il ?

2. De quelle nationalité est ce document ?

3. Quel en est le sujet ?

4. Pensez-vous que ce sujet soit intéressant ?

Description de la photo.

1. Qui sont les personnages sur la photo ? À quoi le voyez-vous ?

2. Comment ces personnages ont-il été photographiés ? Pourquoi ?

3. Quelle impression avez-vous en regardant cette photo ?

55

A C T I V I T É S Détente |f Mots croisés Horizontalement 4.
A
C
T
I
V
I
T
É
S
Détente
|f Mots croisés
Horizontalement
4.
Il rend libre ; attachés.
1.
Nom du héros de cette histoire.
5.
Il espagnol ; déplace, bouge.
2.
Obtenu ; morceau de terre en
pleine mer ; tu existes.
6.
Pronom personnel
complément ; passage
rivière.
d ’une
3.
Louis Blanqui ; arrêt.
7.
Quand on chante seul on dit
4.
Matériau pour faire des
paniers ; porte sans consonne ;
Personne asservie sans TE.
chanter en
; des routes en
ville.
8.
5.
Qui n ’est pas emprisonné ;
nom du détective qui a
toujours une canne.
Nom du chat de la mère
Agénoux ( attention il y a une
préposition différente ! )
9.
Élément du grec qui signifie
6.
Il (aller) ; Edouard Manet ;
élément du latin pour dire en
face, à l’encontre ; Ji à
l’envers.
« égal » ; abréviation de
technologie sans H.
10.
Pire ; deuxième lettre de
l’alphabet.
7.
En devant P ou B ; il a souvent
des crises de croissance.
11.
Article défini ; très vilaine ;
assassiné.
8.
On le dit d’un homme qui
tient à sa toilette ; préposition
devant France.
12.
Tour d’un château ; adjectif
possessif pluriel.
9.
Article indéfini.
10.
Prénom du détective
adversaire de notre héros ;
Tout Terrain.
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
11
12
i i
11.
Oiseaux réputés pour voler
tout ce qui brille
; eu à
■1
l’envers; boisson avalée.
12.
Ils pèsent sur le dos de
quelqu’un quand on est âgé ;
qui ont peur.
■L
J
U■n
n
■■
i
Verticalement
1. Arme à feu ; abréviation de papa.
2. Préposition qui sert à indiquer
une alternative ; ancien nom
de la Thaïlande ; pour.
n n
Il
II 1
n ii
3. Compagnie aérienne précédée
de AIR qui a fait faillite ;
chose en latin.
u UUBI
il
il
il
ii

56

A

C

T

I

V

I

T

É

S

Mots en escalier

La fin d’un mot est le début du mot suivant. Tous les mots ont six lettres.

1.

Dans l’histoire, ce lieu n ’a

rien perdu de son éclat.

2.

On mange hélas la femelle de ce volatile avec Noël et lui, est souvent la victime de la farce.

des marrons à

3.

C’est le contraire de prendre.

4.

Ce Gérard, écrivain français du XIXème siècle, a accordé une importance toute particulière au rêve.

5.

Verbe du 3ème groupe qui signifie avoir un certain mérite.

6.

C’est un « petit » affluent de la Loire.

7.

Quand on n ’est pas en avance.

8.

On le dit d ’un fruit qui n ’est pas précoce.

9.

Abondant, répandu.

10.

Alliance et aussi passage d’un corps solide à l’état liquide.

57

m

i

N

Chapitre 5

Le presbytère n’a rien perdu de son charme

uelques jours plus tard, nous revîm es Frédéric Larsan au château du Glandier. Il semblait un peu secoué car il avait assisté à l ’interrogatoire de M.

Stangerson dont le visage était marqué par une souffrance indicible. Il nous raconta combien le pauvre homme se désespérait de n ’avoir pu aider sa fille alors q u ’elle se faisait agresser pratiquement sous ses yeux ; enfin, il nous fit part du témoignage des concierges qui avaient déclaré s ’être réveillés au second coup de feu tiré par Mlle Stangerson.

- C’est d ’ailleurs, nous dit-il, ce qui a valu leur arrestation. En

effet, comment les croire ? Ils auraient dû être

mais ils étaient au contraire tout habillés. Ils n ’auraient pas eu le

Q

un peu débraillés

58

Le presbytère n’a rien perdu de son charme

à M. Robert Darzac,

lui, il est dans de sales draps 1. Il semble que Mlle Stangerson ne voulait plus l’épouser !

- Ah ça ! fit Rouletabille, c’est encore plus idiot ! Darzac n ’est

pour rien dans cette histoire ! Je pense au contraire que l ’un des

mobiles de l’agression est le vol. Le voleur s’est introduit dans le pavillon l’après-midi puis il s’est caché : on peut supposer alors

j’y ai vu des

traces de son corps sur le plancher. Cela signifie aussi que le

voleur ne voulait pas seulement dérober quelque chose mais q u ’il était venu pour une autre raison.

- Mais cela ne nous dit pas comment cet homme est sorti de la

Chambre Jaune, fis-je très intrigué. Ma remarque tomba dans le vide, Frédéric Larsan amusé par la démonstration du jeune reporter, répliqua presque immédiatement :

q u ’il s’est glissé sous le lit de Mlle Stangerson car

temps d ’enfiler cape, bas et vêtements ! Quant

- Cher ami, ce n ’est pas mal du tout ! Vos déductions sont très

puzzle.

fines. Mais je crois q u ’il m anque des m orceaux à votre

Avez-vous les preuves de ce que vous avancez ?

- Oui, tenez !

Il sortit de sa poche un journal daté du

21 octobre et lut une

annonce :

Il a été perdu hier, dans les grands magasins de la Louve, un réticule de satin noir contenant une clef à tête de cuivre. Une forte récompense sera donnée à qui la retrouvera. Écrire poste restante au bureau 40 :

M.A.T.H.S.N.

1. être dans de sales draps : être dans une situation critique.

59

Le

M Y S T E R E

de la

Chambre Jaune

p o u r

Mathilde puisque c’est ainsi q u ’elle se prénomme et S. N. sont les

lettres du début et de la fin de son nom

Ces

le ttre s

d é s ig n e n t

M lle

S ta n g e rso n

!

: M .A .T.H .

- Et quel est le rapport ? demandai-je un peu abasourdi.

- Le voleur a lu l ’annonce et a compris à qui appartenait la clef

q

ui lu i a d onc servi à s ’in tr o d u ir e d an s le p a v illo n . J ’ai su

q

u ’effectivem ent q u elq u ’un

avait rép o n d u

à l ’annonce

de Mlle

S ta n g e rso n ; j ’ai q u e s tio n n é l ’em p lo y é des p o stes qui a été intrigué par deux faits. C’est un m onsieur assez élégant d ’une

c in q u a n ta in e d ’années p o rta n t un h ab it som bre qui est v enu

p u is,

lorsque cette dernière est venue chercher la lettre, le 23 octobre,

dans

apporter une réponse à

l ’an n o n c e

de

M lle

S tan g erso n ,

elle l ’a froissée dans ses mains d ’un air dépité 1 et l ’a mise son sac.

- Je crois cher ami que vos conjectures sont un peu trop

audacieuses. J’ai moi aussi de nouveaux éléments à notre enquête.

Le mouchoir, le béret et les souliers grossiers appartiennent tous à

une même personne, au

père Jacques

- Le père Jacques, vous plaisantez, vous n ’allez tout de même pas insinuer que le père Jacques

- Non, non, rassurez-vous M. Sainclair, je ne sauterai pas sur

une solution si facile

un familier de la maison et qu’il pouvait librement circuler dans le château sans éveiller le moindre soupçon et s’emparer ainsi des objets qui appartenaient au père Jacques. C’est simple, non ? Et je dirais même qu’il n ’y a qu’une seule personne qui ait pu le faire L’assassin est tout simplement sorti par la porte

Je crois que l’assassin est tout simplement

1. d’un air dépité : déçue et en colère.

60

Le presbytère n'a rien perdu de son charme

- Je p eux facilem en t d ev in er à qui vous faites allusion,

mais si l ’on se souvient des témoignages

n ’y avait

que quatre personnes à vouloir enfoncer la porte de la Chambre Jaune.

répliqua Rouletabille

du père Jacques, de M. Stangerson et des concierges, il

- Les

concierges,

le

l ’assa ssin

père Jacques et M. S tangerson qui

se sont p eu t-ê tre tus p o u r éviter un

c o n n a is s a ie n t

scandale

Mais je dois vous quitter, fit Larsan. Et il partit.

- Je suis de plus en plus confus, je ne comprends rien à tout

cela et vous me cachez quelque chose, dis-je à Rouletabille. Il y a

une m u ltitu d e de questions auxquelles vous n ’avez pas voulu répondre. Comment connaissiez-vous la phrase écrite sur le

Chambre Jaune ? Cela

me fait littéralement enrager

- Vous avez raison, cher Sainclair. Je n ’ai pas été tout à fait

h o n n ête avec vous. Le 23 octobre, en qualité de reporter, j ’ai

S ta n g e rs o n était la th é o r ie de la

l ’in v ité e

« Dissociation de la Matière » sur laquelle elle travaillait avec son père. J’ai été ébloui 1 par la beauté de cette jeune femme blonde

dont le parfum m ’a rappelé un souvenir à la fois douloureux et merveilleux, celui de la mystérieuse Dame en Noir.

d e v a it

morceau de papier q u ’on a retrouvé dans la

assisté

à

u n e

r é c e p

tio n

à l ’É lysée

M lle

d ’h o n n e u r .

E lle

i l l u s t r e r

- Q u’est-ce que vous

- Oui vous avez raison, ne nous égarons pas, le parfum de la

racontez là ?

Dame

Après la réception, je l ’ai aperçue dans les jardins avec son fiancé

M. Robert Darzac et je l ’ai entendue prononcer la phrase qui vous

en Noir est une

autre histoire.

Où en étais-je ? ah oui

1. ébloui : émerveillé, impressionné.

61

Le

M Y S T È R E

de la

Chambre Jaune

rien p erd u de son charm e ni le

jardin de son éclat », je Fai vue pleurer et j’ai aussi vu M. Darzac

se mettre en colère, la supplier puis quelques instants plus tard j’ai entendu distinctement Robert Darzac dem ander à sa fiancée :

« Me faudra-t-il donc commettre un crime pour vous avoir ? » Vous voyez cher ami, j’avais une longueur d ’avance.

a intrigué « Le presbytère n ’a

Je n ’eus

pas le temps de répondre car Frédéric Larsan entra

dans la pièce. - Excusez-moi, j’avais oublié ma canne !

62

A

C

T

I

V

I

T

É

S

Compréhension orale

D E L F Q j Écoutez ce cinquièm e chapitre et sans le relire m ettez la ponctuation aux phrases suivantes : un point (.), un point d’interrogation (?), ou un point d'exclamation (!)

1. En effet, comment les croire _

2. Darzac n'y est pour rien dans cette histoire _

3. Je pense au contraire que l'un des mobiles est le v o l _

4. Mais cela ne nous dit pas comment cet homme est sorti de la Chambre Jaune, fis-je intrigué_

5. Cher ami, ce n ’est pas mal du to u t _

6. Et quel est le rapport _

7. Le voleur a lu l'annonce et a compris à qui appartenait la clef qui lui a donc servi à s'introduire dans le pavillon_

Puis contrôlez sur votre livre.

Production écrite

Q j Regardez la construction des phrases.

a. Exemple : Le presbytère n ’a rien perdu de son charme ni le jardin de son éclat.

Faites des phrases semblables avec les mots suivants.

• ville / mystère / église / beauté

La ville n ’a rien p e r d u

• lac / enchantement / sentier / fraîcheur

• cimetière / tristesse / tombe du poète / mélancolie

• château / austérité / douves / secrets

64

ACTIVITÉS

• roman de Leroux / intérêt / Rouletabille / sagacité

b. Exemple : (À moi) Me faudra-t-il donc commettre un crime pour vous avoir ?

Complétez ces phrases avec un pronom puis terminez-les comme vous le désirez.

 

toi)

faudra-t-il donc

pour

?

lui)

faudra-t-il

donc

pour

?

(A

n o u s )

faudra-t-il donc

pour

?

vous)

faudra-t-il

donc

pour

?

e u x )

faudra-t-il

donc

pour

?

C

o

m

p

r é h

e n

s i o

n

é c r i t e

 

>ELFQj R ou letab ille

et Larsan tirent des co n clu sio n s

différentes. Résumons-les !

Pour Rouletabille

1. mobile du crime est

Le

|

| le vol.

|

]

| l’amour. le vol et autre chose encore.

2. L’ass.assin est entré dans la maison

□ le soir.

^ l ’après-midi.

| [à minuit.

3. Il s’est caché dans

□ l’armoire. [^]dans la cheminée. ^so u slelit.

4. L’assassin avait la clef de Mathilde

com plètem ent

^

parce qu’elle la lui avait donnée.

Q

parce qu’elle l’avait perdue et qu’il l’avait trouvée, parce que M. Stangerson la lui avait donnée.

65

Les héros des polars francophones

En France, l’imagination populaire, déjà profondément marquée au

siècle par les aventures passionnantes de grands bandits

tels que Mandrin ou Cartouche, est prête à accueillir avec enthousiasme l’avènement du roman policier.

du X IX ème siècle

probablement favorisé par l’amélioration des techniques policières

ainsi que par la création de la Préfecture de police sous Napoléon III. Parmi les premiers créateurs de polars, on peut citer Féval, Ponson du

(pour une étude plus approfrondie, consultez les

ouvrages de Régis Messac Le detective novel et Vinfluence de la pensée scientifique et de Boileau-Narcejac Le roman policier).

Voici le portrait de quelques personnages célèbres, certains du X IX ème siècle, d ’autres du siècle dernier.

X V IIIèm e

Celui-ci fait son apparition vers le milieu

Terrail, Gaboriau

Affiche de la version ciném atographique de Cartouche (1964) avec Jean-Paul Belmondo.

1. Roeambole

De Ponson du Terrail (1829-1871).

Le succès de ce héros est tel que la tradition populaire a utilisé son nom pour caractériser les actions les plus extraordinaires de « rocambolesques ». Véritable Me Gyver du Paris du Second Empire (XIXème siècle), il parvient toujours, grâce à son imagination et à son intelligence, à se sortir de situations terriblement compliquées. Bien qu’il soit d’après son créateur, un « maître mystérieux [qui] asservit les hommes aussi bien que les femmes », il lutte souvent contre les forts au service des plus

PONSON OU TERRAIL

«3© Wbutmêi

Rocambole ou Les Drames de Paris publié entre 1857 et 1870.

faibles car il se souvient de son enfance misérable dans un Paris hostile et inhumain. Élégant, raffiné, mais aussi cabotin, il se cache souvent sous des pseudonymes et des grimages le rendant méconnaissable.

2.

Fanfômas

D’après la présentation faite par ses créateurs Marcel Allain (1885- 1969) et Pierre Souvestre (1874-1914), ce maître de l’effroi, apparu dès 1911, est le « roi de l’art du travestissement, [il] incarne tous les personnages qu’il lui plaît d’incarner. Il peut être ou un infâme voyou ou

( c

l

Affiche du film de Paul Féjos, Fantômas (1932).

un gros négociant, ou un riche banquier. Dans ces incarnations, le lecteur doit être trompé et ne pas reconnaître Fantômas. En réalité c’est un homme de 35-40 ans, il est grand, mince, souple et sportif. C’est assurément un homme du monde, il est audacieux et n’a peur de rien, il n’a aucun sens moral. On le voit souvent en tenue de rat d’hôtel portant un collant noir, une cagoule qui ne laisse voir que ses yeux, il porte des gants et des chaussons noirs, mais parfois, il se transforme en « Fantômas gentleman » ; il porte alors un smoking noir et un simple loup de velours noir. Il a comme antagoniste un inspecteur de la Sûreté appelé Juve aidé par son fils spirituel un reporter : Jérôme Fandor qui eux aussi se camouflent et se déguisent ».

y?;

H

t e

3. Le gentleman cambrioleur : Krsène Lupin

De Maurice Leblanc (1864-1941).

Ce gentleman, toujours tiré à quatre épingles, terriblement séduisant, adore les bijoux et les diamants. Cependant, il applique au cambriolage une règle morale très stricte : jamais il ne dépossède la veuve ou l ’orphelin, jamais il ne dépouille les misérables : il s’attaque toujours aux riches et surtout aux êtres dénués de tout scrupule qu’il ridiculise avec humour. Plus tard, il devient même à travers cent mille travestissements et identités diverses l’un des bras droits de la justice.

4. Le commissaire aTaigret

De Georges Simenon (1903-1989).

MAURICE

LE!H \t*C

2 "

50

LES TROIS CRIMES

d W/:se/ie

Couverture du fascicule de l’édition de 1928.

Ce personnage, créé par le romancier belge, n ’a rien du héros « Superman », plutôt banal dans son physique un peu débonnaire, et élucide toujours des mystères terriblement compliqués. Il ne se presse jamais, on ne le voit guère un revolver à la main. Réfléchi, il agit toujours avec circonspection. Son arme la plus puissante est son esprit de déduction : il recueille discrètement les indices, les analyse et finalement les élabore afin de trouver le ou les coupables. Sa vie aussi

(a ?

n ’a rien d ’extraordinaire, elle se déroule tranquillement car il prend le temps d’apprécier de bons plats, de dormir, de bavarder avec sa femme, Mme Maigret qui l’attend patiemment. Il fume toujours une bonne pipe.

Affiche de M aigret voit

rouge

(1963) avec Jean Gabin dans le rôle du commissaire Maigret.

5. Rester Burma

De Léo Malet (1909-1996). C ’est un « privé » qui raconte ses histoires à la prem ière personne dans une langue argotique pleine d ’humour. Il fume la pipe comme Maigret, mais c’est là le seul trait de ressemblance avec le célèbre commissaire, car d’un physique beaucoup plus

avantageux, il sait comment séduire les femmes. Il connaît tout

du monde de la pègre p arisienne ;

clandestins et ceux du turf 1 n ’ont aucun secret pour lui. On le

croirait sans scrupule mais on le découvre terriblement ancré aux valeurs de l ’amitié et de l’honneur. Il mène ses enquêtes seul, aidé par sa secrétaire et « factotum » Hélène qui s’occupe de

les m ilieux des jeux

1. turf : hippisme.

70

6.

San ffntonio

l ’Agence Fiat Lux dont il est propriétaire. Toujours sans le sou et à la recherche de clients, il essaie de s ’arranger comme il le peut, c’est le maître des « combines » et des « martingales 2 ». Son vieil ami et antagoniste appartenant au monde de la police, l’inspecteur Florimond Faroux, n ’est pas à la hauteur de ce détective de choc surnommé Dynamite-Burma.

Affiche de Pas de bavards à la

Muette un épisode de la série télévisée (1991-2000) avec Guy Marchand dans le rôle de Nestor Burma.

De San Antonio pseudonyme de Frédéric Dard (1921-2001). Agent secret, il annonce déjà les héros des « Spy-Stories », c’est-à- dire du roman d’espionnage. Aidé par son fidèle Béru au physique imposant, par Félicie, sa mère et enfin par Marie-Marie qui ressemble étrangement à l’héroïne de Queneau, Zazie, il réduit l’action parfois à un simple jeu verbal où la richesse argotique, l ’humour et la création d ’une nouvelle langue deviennent véritablement les personnages principaux de ces histoires policières.

2. les martingales : calcul des probabilités au jeu.

71

I

Compréhension écrite

d e l f Q Dans le dossier que vous venez de lire, retrouvez les phrases qui pourraient être les réponses aux questions suivantes (attention, plusieurs phrases peuvent convenir !)

D E LF Q

1. Contre qui lutte-t-il ?

2. Comment est-il physiquement ?

3. Quel portrait moral nous en fait-on ?

4. Quel travestissement utilise-t-il ?

5. Qui sont ses victimes ?

6. Qui sont ses collaborateurs ?

Dans les portraits des héros des polars, il y a des détails qui n’ont pas été fournis : cochez les bonnes cases.

1. On présente les enfants des héros.

2. On cite les titres des principaux romans dans lesquels les héros apparaissent.

3. On donne l'âge d'au moins un héros.

4. On donne quelques détails sur la femme d’un héros.

5. On cite uniquement les détectives.

6. On cite pour quelques héros le nom de leurs collaborateurs.

7. Dans la présentation d'un personnage de polar, on souligne l'importance du style de l'auteur.

Q]

Q

Q

Q]

Q

Q

Q

7£

Chapitre 6

mexplicable

arsan prit sa canne et repartit. - Au revoir ! nous cria-t-il, avec un sourire ironique.

L Qu’est-ce que c’est que cette canne qui ne le quitte jamais ? Il

revenons à notre

affaire, me dit Rouletabille. Cher ami, il vous manque d ’ailleurs un autre morceau du puzzle dont je ne voulais pas parler en présence de Fred Larsan.

-

semble y attacher une grande importance ! Bon

- Ah oui et lequel ?

- C’est la galerie inexplicable !

- Qu’entendez-vous par là ?

73

Le

M Y ST È R E

de la

Chambre Jaune

- Voilà : la nuit dernière, la nuit du 29 au 30 octobre, un cri

lugubre me réveille ; c’est le cri de la Bête du Bon Dieu. Je me lève, il fait froid, dehors la pluie s’abat sur la campagne. J’ouvre ma porte : me voici dans la galerie. Derrière moi, une fenêtre est ouverte, celle qui se trouve à l’extrémité de la galerie sur laquelle

donnent nos chambres, celle de Frédéric Larsan et la mienne. Qui donc a laissé cette fenêtre ouverte ? Je me penche au-dehors et je

m ’aperçois qu’on peut sauter de la fenêtre de la terrasse et de là se

laisser glisser dans la cour d ’honneur du château. J’entends à nouveau le cri du chat de la mère Agénoux. Et puis tout redevient silencieux. J’essaie de ne faire aucun bruit. J’arrive au coin de la

galerie à droite. Quelque chose me pousse vers la chambre de

et je

constate qu’il s’agit des pas élégants de l’assassin ! L’assassin est

là, dans le château : il s’est introduit par cette fenêtre ouverte à

l’extrémité de la galerie tournante ; il est passé devant la chambre de Frédéric Larsan, devant la mienne, a tourné à droite dans la

galerie droite et est entré dans la chambre

Mlle Stangerson et sur le sol j’aperçois des marques de pas

de Mlle Stangerson

- Et alors ? que s’est-il passé, qu’avez-vous fait ?

- J’arrive

devant la porte de la chambre de Mlle Stangerson

je

pousse la porte de l’antichambre sans faire de bruit, je vois de

la

lumière mais je n ’entends aucun bruit

- Ne me faites pas languir 1, qu’est-il arrivé ?

- Dans le boudoir, tout est silencieux. Je conclus donc que

l’assassin n ’y est

maintenant à peu près convaincu que Mlle Stangerson ce soir-là, tout comme le soir de son agression, attendait son assassin. Je suis certain qu’elle sait de qui il s’agit et qu’elle ne veut ou peut-

pas entré : j’aurais entendu du bruit ! Je suis

1. ne me faites pas languir : ne me faites pas attendre plus longtem ps.

74

La galerie inexplicable

être ne peut pas parler.

- Et cette galerie inexplicable

vous n ’avez pas expliqué

- Vous êtes bien impatient cher ami ! Je sors de l’antichambre,

je vais à l ’escalier central, je le descends, me voici dans le vestibule. Je me dirige vers la petite pièce où dort le père Jacques. Je le trouve habillé, les yeux grands ouverts. Il me dit qu’il s’est levé parce q u ’il a entendu des pas dans le parc, des pas qui glissaient vers la fenêtre. Puis il a regardé et a vu passer un fantôme noir !

- Un fantôme ?

- Oui, c’est ce qu’il a dit.

- Et alors ?

- Je lui demande de me suivre et nous sortons dans le parc par

une petite porte de derrière. Nous glissons le long du château jusqu’au point qui est juste au-dessous de la chambre de Mlle Stangerson. Je demande au père Jacques de se procurer une échelle. Quand il revient, il est bouleversé parce que l’échelle du débarras a disparu et que quelqu’un s’en est servi pour pénétrer

dans la galerie tournante. En effet je l’aperçois à l’autre extrémité du château. Nous courons à l’échelle. Le père Jacques chuchote 1

quelque chose qui n ’a guère de sens

pour moi. Il me dit

:

- Il n ’est pas là.

- Qui donc ? je lui demande.

- Mais le garde voyons, l’homme en vert !

Il me rappelle que le garde dort dans la petite pièce au rez-de- chaussée à l’extrémité de l’aile droite du château, celle qui a pour plafond la terrasse dont je vous ai parlé. Il me montre la porte entrouverte, la terrasse et la fenêtre. Le cercle semble donc se

1. chuchoter : parler tout bas.

75

Le

Je la'

Chambre Jaune

refermer et mes soupçons se précisent. De nouveau, on entend le cri de la Bête du Bon Dieu

- C’est peut-être un signal ?

- C’est justement ce que j’ai pensé. Je grimpe avec précaution à l’échelle et tout à coup, je le vois !

- Mais vous voyez qui ?

M lle

S ta n g e rso n et il é c rit. J’e n v o ie le p ère Jacq u es ré v e ille r

Il m ’ouvre,

les yeux gonflés de sommeil. Il prend son revolver. Nous nous assurons que toutes les fenêtres sont bien fermées. Il ne peut nous échapper désormais. Je demande à Larsan de se poster à la fenêtre n° 5 sur ce plan, tenez, regardez !

M. Stangerson, quant à moi j’appelle Frédéric Larsan.

-

L ui,

l ’a s s a s s i n

!

Il

est

a s s is

au

p e t i t

b u r e a u

de

4

- Ah oui, je vois.

Ce plan est intéressant

et qui avez-vous mis à la fenêtre n°2 ?

- J’y ai placé le père Jacques.

- Et M. Stangerson ?

- Devant le palier de l ’escalier à côté de

l ’anticham bre de sa fille. Vous voyez, il est cerné 1. Et là, se produit l ’inexplicable !

1. il est cerné : il est encerclé.

76

Le

M Y S T È R E

de la

Chambre Jaune

- Comment ça ?

- Je sors

du château, je cours à

l ’échelle et je grimpe. Me voici

des yeux de

fou. M ais l ’h o m m e m ’a p e r ç o i t et b o n d i t v e rs la p o r te de

l ’antichambre, comme je

Larsan èt le père Jacques. Tout se déroule selon mon plan. Je suis

sû r c e tte fois de l ’a t t r a p e r . C ela va ê tre le ch o c fa ta l ! M. Stangerson, le père Jacques, Frédéric Larsan et moi-même nous nous rencontrons, nous nous heurtons à nous renverser, mais de

l’homme

à la fenêtre. Et je le vois

une tête chevelue, barbue

l ’avais prévu. Je le poursuis. J’appelle

aucune trace !

78

Sur les traces de l’assassin

Q Reprenez le plan de la galerie du premier étage et reconstruisez les faits : l’assassin est assis au bureau de Mlle Stangerson. Toutes les issues de la galerie sont surveillées, mais l’homme disparaît Tracez l’itinéraire de l’assassin et mettez les personnages à leur place.

4

Larsan se place

M. Stangerson se place

Le père Jacques se place

Rouletabille entre dans la chambre de Mathilde par

Quels personnages manquent ?

Q uelle est la solution de la « galerie inexp licab le

m ystérieu x in d iv id u s ’est-il v o la tilisé ? et si oui, com m ent a-t-il fait ?

ce

»

:

79

ACTIVITÉS

Grammaire

Le subjonctif

Tout au long de cette énigme, le subjonctif apparaît illustrant de nombreux cas.

Rappelons que le subjonctif est utilisé :

Dans les principales, pour remplacer l’impératif qui manque à la troisième personne pour exhorter.

Que Larsan émette des hypothèses ! Qu'on fasse venir M. Larsan. (chapitre 9)

 

Dans certaines subordonnées complétives.

Rouletabille était furieux qu'il n'ait point démasqué le coupable, il n'a pas jugé bon que je sois informé.

Après le seul / l’unique / le plus.

 

Il n'y a qu'une seule personne qui ait pu le faire, (chapitre 5)

Après certaines locutions ou conjonctions de subordination bien que / afin que / pour que / jusqu’à ce que / à moins que / sans que / avant que.

À moins que ce soit un binocle de presbyte, (chapitre 7) Je contacterai les autorités pour qu'un mandat international soit

délivré, (chapitre 10)

Après les verbes d ’opinion à la forme négative

et interrogative.

Croyez-vous qu'il soit possible d'appliquer ces théories ?

(chapitre 7)

Après certains verbes impersonnels il faut / il suffit / il est important.

Il faut que je parte

(chapitre 8)

Il fallait que j'aille jusqu'au bout, (chapitre 10)

 

Avec certains verbes qui expriment un ordre : exiger - ordonner - vouloir

J'ordonne qu'il soit tout de suite relâché.

 

Après certains verbes qui expriment un sentiment (la peur, la crainte)

Je crains que l'assassin (ne] revienne.

 

Dans les subordonnées relatives quand elles expriment une intention ou une conséquence, une restriction.

Nous cherchons un détective qui ait envie de collaborer.

80

§J

ACTIVITÉ

S

R elisez

parenthèses (attention à la concordance des temps !).

ce

six ièm e

ch ap itre

p uis

conjuguez

le

verbe

entre

a. Il n'y avait qu'une seule personne qui (prendre) toujours une canne : c'était Larsan !

b. Routabille croyait que l'assassin [être)

c. Frédéric Larsan ne pensait pas que l'assassin (pouvoir) s'échapper.

d. Bien qu'il [ne pas y avoir)

au château.

d’autre ouverture,

l'assassin s'est volatilisé.

e. Le père Jacques crut que quelqu'un [marcher) le parc.

dans

f.

Rouletabille a attendu jusqu’à ce que l’assassin [apparaître)

g.

Il fallait que Rouletabille et Larsan en [avoir) cœur net.

le

D E LF 0

Lisez attentivement le texte suivant.

Les enquêtes d’Éloïse Rome - À cœur ouvert Durée : Q h 5 5

Série Nationalité : française Réalisateur : Denys Granier-Deferre ; Christine Citti est Éloïse Rome

RÉSUMÉ C’est dans le confort bourgeois de son appartement que le professeur Daquin, chirurgien de grand renom, s’apprête à répondre aux questions d’une petite équipe de télévision venue l’interroger sur son art. Mais l’entretien tourne court, car c’est davantage au coffre-fort de l’éminent médecin qu’à sa brillante carrière que s’intéressent vraiment les deux pseudo-journalistes. Sous la menace d’une arme, Daquin est contraint de

leur rem ettre sa collection de statuettes précieuses. Mais il tente soudain un acte désespéré -désarmer l’un des agresseurs- et reçoit un coup mortel

sur le crâne

scrupuleusement les moindres indices et recueille le témoignage d’une certaine Mme Paquelier. Celle-ci se trouvait dans une pièce voisine lors du drame mais prétend n’avoir rien entendu

Appelée sur les lieux du crime, Éloïse Rome relève

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ACTIVITÉS

Répondez aux questions selon le sens du texte.

1. Qu'a pensé M. Daquin quand il a vu les journalistes ?

Il a cru q u e

2. Que voulaient les journalistes ?

Ils voulaient que M. Daquin

3. Que pensait faire M. Daquin en désarmant l'un des agresseurs ?

Il croyait q u e

4. Pourquoi est-il important d'intervenir immédiatement sur le lieu du crime ?

Il est important que

5. Dans quel but Éloïse Rome relève les indices ?

Elle les relève afin que

6. Pourquoi interroge-t-elle Mme Paquelier ?

Éloïse Rome l'interroge pour qu'elle

Complétez la lettre qu’un témoin adresse à Éloïse Rome.

J ^ aAayM,

(Je sAis ^u'kier uous Aoe^c interrogé ^yVlme mA uoisine. é>lle oous a À i d A r i qu'elle

m a is ceU n'est pAs urAi. é>n effet, À l'keure Au crime,, je l> i une

^ui pArUit Auec l'équipe

,

;

uenue »ÔM uin. é'ile e«st même entrée cke*t QuAnM j'Ai , je IVi uue so rtir en ^our^nt.

J A .

lui, en w m e temps ^ u e entendu

(Je n'Ai pAs pu interuenir, cAr je suis p^rAl^sé depuis Mes Années. '"pAr contre, j'Ai immé^iAtement Appelé U police, ^ o s koinmes ont interrogé to u t le won^e ^Ans l'immeuble s a u { moi.

(J'espère oous Aooir été utile Aoec cette MécUrAtion, j'A ttends uotre uisite pour signer mA MécUrAtion.

(Je uous prie Ai croire, ^VlA^Ame, À mes sentiments les plus respectueux:.

E rnest TkomAs

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C

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V

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S

Puis conjuguez les verbes entre parenthèses.

a. Bien que M. Thomas [voir) intervenir.

b. M. Thomas croit que sa voisine [ne pas dire) vérité.

c. Il est étrange que la voisine [connaître) personnes qui ont tué M. Daquin.

d. Il est sûr que M. Thomas [appeler) immédiatement.

e. Quoique les policiers [interroger)

la scène, il n'a pas pu

les

la

la police

tous

les

locataires de l'immeuble, M. Thomas n'a pas reçu leur visite.

f. Peut-être fallait-il que M. Thomas [pouvoir) marcher pour poursuivre les agresseurs !

g. M. Thomas craint que les policiers [ne pas avoir envie)

Détente

d'entendre

ce qu'il a à dire.

Retrouvez dans cette grille les noms des personnages de cette intrigue, quelques indices, les lieux où se déroule la scène. Vous pourrez les lire horizontalement, verticalement et diagonalement. Retrouvez surtout le message que vous a laissé Rouletabille !

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