Vous êtes sur la page 1sur 572
Beautés de l'histoire de la domination des Arabes et des Maures en Espagne et en

Beautés de l'histoire de la domination des Arabes et des Maures en Espagne et en Portugal, ou Abrégé chronologique de [

]

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Marlès, Jules Lacroix de (17 domination des Arabes et des Maures en Espagne et en

Marlès, Jules Lacroix de (17

domination des Arabes et des Maures en Espagne et en Portugal,

ou Abrégé chronologique de l'histoire de ces peuples jusqu'à leur

expulsion de la péninsule

-1850?).

Beautés de l'histoire de la

1824.

par M. Lacroix de Marlès

1/ Les contenus accessibles sur le site Gallica sont pour la plupart des reproductions numériques d'oeuvres tombées dans le domaine public provenant des collections de la BnF. Leur

réutilisation s'inscrit dans le cadre de la loi n°78-753 du 17 juillet 1978 :

- La réutilisation non commerciale de ces contenus est libre et

gratuite dans le respect de la législation en vigueur et notamment du maintien de la mention de source.

- La réutilisation commerciale de ces contenus est payante et fait

l'objet d'une licence. Est entendue par réutilisation commerciale la revente de contenus sous forme de produits élaborés ou de fourniture de service.

2/ Les contenus de Gallica sont la propriété de la BnF au sens de l'article L.2112-1 du code général de la propriété des personnes publiques.

3/ Quelques contenus sont soumis à un régime de réutilisation particulier. Il s'agit :

- des reproductions de documents protégés par un droit d'auteur appartenant à un tiers. Ces documents ne peuvent être réutilisés,

sauf dans le cadre de la copie privée, sans l'autorisation préalable du titulaire des droits. - des reproductions de documents conservés dans les bibliothèques ou autres institutions partenaires. Ceux-ci sont signalés par la mention Source gallica.BnF.fr / Bibliothèque

(ou autre partenaire). L'utilisateur est invité à

municipale de

s'informer auprès de ces bibliothèques de leurs conditions de réutilisation.

4/ Gallica constitue une base de données, dont la BnF est le producteur, protégée au sens des articles L341-1 et suivants du code de la propriété intellectuelle.

5/ Les présentes conditions d'utilisation des contenus de Gallica sont régies par la loi française. En cas de réutilisation prévue dans un autre pays, il appartient à chaque utilisateur de vérifier la conformité de son projet avec le droit de ce pays.

6/ L'utilisateur s'engage à respecter les présentes conditions d'utilisation ainsi que la législation en vigueur, notamment en matière de propriété intellectuelle. En cas de non respect de ces dispositions, il est notamment passible d'une amende prévue par la loi du 17 juillet 1978.

7/ Pour obtenir un document de Gallica en haute définition, contacter utilisationcommerciale@bnf.fr.

BEAUTÉS

DE L'HISTOIRE

DE LA DOMINATION

nr:S

\nlBIS ET DES MAURES

J-\

KSPAGNERrEN

POTSTGAL.

SE ,"ED

AUSSI

A CRUXILLES, chezBRUlSET etCh. FRUGER,

Libraires, rue de la Madeleine, n° 446.

Ouvrages quisetrouventchezlesmêmes.

édit.,ivol.in-i2

in123

3

3

BEAUTÉS

del'histoiregrecque,

édit.,tvo!.in-!2.

4e

in-123

3

vol.in-12.

de France,4e

d'Angleterre,2eédit.,1vol.

deRussie,2e

des

édit.,1vol,

édit.,1

de

Turquie,2eédit.,1vol.in-12.

Pays-Bas,

2e

in-12

in-I2.

4e édit.,1vol. in-i23

3

3

édit.,1vol.in-123

in-123

in-123

de la Suisse, 2Eédit,1 vol.

d'Espagne

Portugal,2e

de

des Croisades,2eédit.,1vol.

Suède,

2e

édit.,1

vol.

-dela

in-12G

G

in-i2G

2

vol.

in-12.- 6

germanique,2vol.

•—d'Italie,2eédit.^2vol.

-dé

-

dela

- de la

des

de

-

Voyages,

édit.

l'Indostao,2vol.in-12.G

in-127

Chine,2vol

Perse,2vol.

2e

in-i2G

ecclésiastique,2vol.in-127

Paris,

2vol.

in-12 3

H

de la Morale chrétienne, 1 vol.

dela

Grècemoderne,

du Nouveau

2vol.in-12,cart.etgrav

vol. in-12,

in-!2

1

Testament,

2e

grav. 4 grav.

•••

par

3

G

0

G

de Buffon,1voL

l'Amérique,

et

de

édit.,2"aLin-12,

nature en France,

Beautés

merveilles de la

Depping,5eédit.,2vol.,grav

du

Monde,parle

in-12,

grav.

chevalier

pour

faire suite

au

grav

Proplar:,

Merveilles

y

édit.,2vol.

précédent,

nombre

Curiosités

par

universelles,

lechevalier dePropiac,2vol.in-12,

7

fi

dograv,1vol.in-12

du ciel,

1

vol. iu-12,

avec un

grand

Merveilles

Frontùrpiee

(1,,

1)/<isytr/'r/- 1'11'0'1'11/'11r-t¡lflll.l1 ,

BEAUTÉS

DE L'HISTOIRE

DE LA DOMINATION

DES

ARABES ET DES MAURES

EN ESPAGNE ET EN PORTUGAL;

CI ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE DE

L'HISTOIRE DE

PEUPLES

NINSULE;

JUSQU'A

LEUR

EXPULSION

DE

LA

CES

PÉ-

CONTENANT

EN

OUTRE

COIiQUÊTES,

DCS riOTICES

GION,

ET

EXACTES

SUR LEURS

LEUR RELI-

CURIEUSES

INTÉRESSANTESjDESTRAITSDIVERS

MOEURS, ARTS, USAGES;

DES

D'AME,

ETC.

ANECDOTES

D'HÉROÏSME, DE

COURAGE, Dli GRANDEUR

PAR M.

LACROIX-DE-MARLÈS.

1824.

AVIS

DU LIBRAIRE-ÉDITEUR.

LE volume que nous donnons aujourd'hui

au public n'est que l'extrait d'un ouvrage

beaucoup plus important de l'auteur, inti- tulé: Histoire de la domination des Arabes

et desMaures en Espagne et en Portugal.

Cette histoire, très-peu

d'une na-

connue,

tion qui a exercé tant d'influence sur les

destinées decepays, parses victoires, parses

mœurs et par curieux et

inléressans,qu'on ne trouve

son génie, est fertile en traits

dans aucun

ce jour, ou qu'onn'y trouve en fort petit

livre publié

France

jusqu'à

en

nombre qu'horriblement

L'ouvrage sera publié

défigurés.

incessamment; il

qui coûte-

formera trois volumes in-8°,

ront 2 l francs.

Néanmoins,

en

se faisant inscrire de

suite pour les trois volumes,

on ne

les

paiera que 18 francs.

Quant à

cet extrait,

il

a

été fait avec

soin par l'auteur lui-même, et nous ne

doutons pas qu'il ne procure une lecture aussi instructive qu'attachante.

BEAUTÉS

DE L'HISTOIRE

DE LA DOMINATION

DES ARABES EN ESPAGNE.

NOTIONS PRÉLIMINAIRES.

Les Arabes ont deux origines et deux époques

principales dans leur histoire.

SAAD-BEN-AHMBD,

dans

Tolède les

écrivain arabe qui

exerça

fonctions de cadi, prétend

que

La

les Arabes ont deux origines distinctes.

première, dit-il, remonte au-delà

des

temps

sieurs

d'Abraham, et elle avait produit plu- tribus fort nombreuses, Themud, Ad,

Tesm et Jadis; mais depuis une infinité de

siècles, ces tribus ont disparu de la

terre

on n'en a conservé que des tradi-

yagues,

il est impossible de recon-

et comme

tions assez

naître aujourd'hui les familles qui en descen-

dent. Dela

seconde origine, qu'on attribue

généralement à Ismael, fils d'Abraham, sont

sorties

deux

principales, Cahtan et

nom de leurs pre-

races

Adnan, ainsi appelléesdu

miers chefs connus.

L'histoire des Arabes se divise aussi en deux

époques, lâge d'ignorance, et les temps de

l'islamisme ou de Mahomet.

iJœurs, habitudes; religion des Arabes avant Mahomet.

LES anciens Arabes étaient

et

éclairés,

peu

mais ils furentguerriers

princes appartenaient à

puissans. Leurs

la racedeCahtan,et

l'empire était héréditaire dans la famille des Homiares; les habitans des villes et les

pas-

Les

teurs composaient le reste de la nation.

premiers cultivaient la terre, et en

perce-

vaient les fruits; ils élevaient de nombreux

ils tiafiquaient dans l'intéiieur

mer

Rouge

d'une

troupeaux;

et avec

l'étranger. La

part, l'Océan et le golfe Persique de l'autre ,

semblaient les inviter au commerce, par la

facilité d'exporter leurs denrées. Les pasteurs

passaient leur vie dans la campagne; et, par- courant en tous sens leurs vastes déserts, ils

plantaient leurs tentes partout ils trou-

vaient une source et des pâturages

leurs

four-

pour

chameaux, dont le lait et la chair leur

nissaient tous leurs alimens. Ils changeaient de place lorsque la source était épuisée, ou

les pâturages dévorés laissaient leurs cha-

que

meaux sans nourriture. Aux approches de

l'hiver, ils se

plus fertiles

champs

de l'iracket de la Chaldée, ou

transportaient dans les

bien ils remonlaient vers les limites de la

Syrie; et ils

passaient la mauvaise saison,

y

attendant le moment de recommencer leurs

courses.

Leur religion était l'idolâtrie; mais chaque

tribu avait un objet particulier deo vénéra-

tion. Celle d'Homiar adorait le soleil, celle

de Canenah adorait la lune. D'autres invo- quaient les étoiles. Mercure et Jupiter avaient

aussi

des sectateurs.

La

révérait une idole placée

tribu de Tzaquif

dans un

temple

nommé Alat, qui s'élevait sur les hauteurs de

Nahla.

Quant à leur science, elle consistait

connaître le

des

leurs

astres

et

cours diverses influences; ils s'exerçaient aussi à

a

prédire les variations du temps,

les si-

par

gnes qu'une longue habitude leur

remarquer

Cela

comme des pronostics

avait fait certains.

devait être ainsi chez des hommes ac-

coutumés à vivretoujours sous le ciel, ex-

posés à l'inclémence

des saisons, et forcés

le besoin et le désir de s'y soustraire à in-

par

terroger chaque jour les astres, les vents et

les nuages.

Les

anciens

Arabes

ont

toujours conservé

leur indépendance.

)

Tous les peuples connus de Rome furent soumis à sa puissanceyFArabe seul, refusant

le joug, sut défendre sa liberté:

protégé

son pays,

la nature, ne fut jamais souillé

par

la présence de l'étranger victorieux.

par

il est vrai, ne renferme point ces

seuls peuvent tenter l'avidité des

L'Arabie,

qui

trésors

conquérans. Riche en parfums délicieux, en

précieux arômes, en plantes balsamiques, elle

fournit assez de biens à la modération, à la

tempérance de ses habitans : c'était trop

pour

peu

des proconsuls. Cependantl'orgueilleuse

blessait la résistance du peu

Rome,que

soumettre; il

se vanter

tenta souvent de le

pas

pasteur,

ne fallait

qu'une nation pût

d'avoir gardé son indé pendance. Mais tous

ses

de

efforts furent vains; et si quelques-uns

ses généraux obtinrent de légersavan-

ce fut sur ces tribus errantes qui rési-

tages,

daient aux confins de la Syrie et de l'Egypte,

et qui dans leurs courses irrégulières s'éten-

daient

quelquefois jusqu'au pied du mont

Amanus,

neure.

éternelle barrière de FAsie-Mi-

Des Arabes aux temps de l'islamisme.

et qui

touchent à l'établissement de l'Islamisme, les

Arabes étaient répartis en tribus indépen-

DANS les temps

moins éloignés,

dont les unes se fixaient à demeure

dantes,

dans

raient dans les anciennes habitudes. Ces tri-

quelque canton, et les autres persévé-

bus étaient souvent en

mêmes, ou contre les peuples voisins. Le

entre elles-

guerre

sujet de ces sanglantes querelles était d'or-

dinaire la possession d'un puils ou d'un pâ-

pour cause

turage; quelquefois elles avaient

un enlèvement

de troupeaux, ou

d'autre

chose semblable;mais les scheiks,

anciens

de la tribu, lesquels à ce titre avaient la prin- cipale autorité, réussissaient communément à

rétablir la paix, ou bien elle était l'ouvrage

ou

d'une tribu neutre. Pour rendre leur

pou-

voir plus respectable et en assurer la durée

contre l'inconstance du peuple, ces scheiks se mettaient sous la protection de la Perse,

ou des

d'Orient.

empereurs

grecs

Les Arabes s'exerçaient à tirer de l'arc, à

- manier la lance et l'épée, à dresser leurs chevaux et à leur faire exécuter les évolutions les plus rapides. Ils se glorifiaient beaucoup

de leur origine, et ne se vantaient

moins

pas

de leur indépendance. Ils s'appliquaient avec un soin extrême à cultiver leur langue, qu'ils

parlaient purement,et

de la poésie.

parmi

eux;

Elle

ils faisaientleurs délices

était en grand honneur

leurs poètes affichaient leurs vers

milieu de la place

publique; et le peuple entier

sur une

au

de ces

poésie.

colonne érigée

juge du mérite

compositions, adjugeait le prix de la

,

L'introduction parmi eux d'une religion

toute

nouvelle changea soudain leurs habi-

tudes, et les transforma de pasteurs

quérans. Les principes de

faisaiènt de la guerre un

en con-

l'islamisme leur

devoir sacré; ila

couraientaux dangers avec une confiance

aveugle, comme l'on s'abandonne à un destin

inévitable,

ils

considéraient dans

la

et

ne

même quele commencement des félicités

mort

éternelles, dont leur dévouement était récom-

pensé. Il semble

des traditions

pourtant

que

qui ont-survécu aux révolutions qu'ils ont éprouvées, ont conservé en tout temps chez

eux le souvenir et le goût de la vie nomade; car après avoir brillépendant plusieurs siècles

sur la scène du monde,

dont la moitié fut

conquise

leurs

ils sont rentrés

par

armes,

dans l'isolement et l'obscurité; et les Arabes

de nos jours, pasteurs,

et libres, d'ignorance.

pauvres

ressem blent aux Arabes de l'âge

Les Arabes, comme nous l'avons dit, étaient

idolâtres; il est

hors de doute qu'aux

pourtant

pratiques du paganisme, ils unissaient des no-

tions confuses du judaïsme et même du chris-

tianisme;-de sorte que

posait d'uïi mélange

leur religion se com-

croyances

adultère de

et d'opinions superstitieuses. Les premiers

ob-

jets de leur culte avaient été le soleil, la lune

etles astres; plus tard, ils durent aux

Égyp-

tiens la connaissance imparfaite des divinités du paganisme. Le temple qu'ils avaient à la

Mecque, et dont ils attribuaient la fondation

à

Ismael

et

à

son

père, était rempli de

statues de pierre, grossièrement taillées, dans chacune desquelles ils honoraient une divinité

particulière. Quand ils étaient obligés de s'é-

loigner de la Mecque, ils emportaient

ces

les

statues; et l'on retrouve parmi les Maures

modernes, qui ont probablement avec

Arabes une origine commune, un reste de

Dans leurs expéditions

pour la

mar-

la te-

cet

usage.

sainte, c'est- à - dire lorsqu'ils

pierre de leur pays,

dans

et ils

guerre chaient contre les chrétiens, ils emportaient

une petite

leurs mains tant que duraient

naient

leurs prières.

Il est encore à supposer que

par

le

les Arabes re-

çurent des Romains,

canal des tribus

errantes qui eurent avec

de contact, une partie de leurs idées reli-

gieuses; qu'ils tirèrent pareillement des Per-

sans, avec lesquels ils eurent de fréquentes

communications, la connaissance du système

des deux principes, qu'ils représentaientsous

la figure du jour et de la nuit. Les Juifs, qui

se répandirent dans l'Arabie après la ruine de

ceux-ci des points

Jérusalem, les chrétiens

les persécutions

l'E-

que

y poussèrent dans les premiers siècles de

glise,

y

apportèrent tour-à-tour leurs dogmes;

les Arabes les admirent tous, et ajoutèrent

par là à la masse de leurs superstitions.

f Dans l'âge d'ignorance, la littérature des

Arabes se bornait à la connaissance de leur

langue; ils écrivaient

et ne se servaient

peu

point de papier; ils gravaient ou burinaient

leurs

sur des os de mouton ou de

des

la

ouvrages

chameau,

monceaux

longue,

toresque,

des

leurs volumes n'étaient que d'os attachés ensemble. Mais

et

à

une langue animée, expressive, pit- une imagination vive et féconde,

passions ardentes comme leur soleil, de-

vaient inspirer aux Arabes le goût

de

la

poésie; et ce qui contribua le plus peut-être

aux rapides progrès de leur prophète-législa-

teur, ce fut la réputation qu'il avoit acquise par

ses vers.

On raconte à ce sujet qu'un Arabe qui,

suivant la coutume du

ses vers,

du Coran apporté

confirmé ce jugement,

temps, avait affiché

et qui, déjà vainqueur de ses'rivaux,

par

le peuple

que

Mahomet fut

ayant

pro-

allait saisir le prix, ayant lu lesecond chapitre

Mahomet, s'écria qu'il

était vaincu. On ajoute

clamé le prince des poëtes.

Mahomet,prophète, guerrier et législateur.

ON

n"

saurait

parler

de

Mahomet fans

un vifsentiment d'admiration

é prouver

cet

pour

par

homme extraordinaire, qui, poussé

son seul génie, entreprit de changer la face

du globe, trouva dans lui-mêmed'inépui-

la mortau

sables ressources, et,

surpris par

pour

si féconds

milieu de sa gloire, laissa

empire avec des et de puissance,

héritage un

de grandeur

germes

que

privés de son influence

la

ils

développèrent d'eux-mêmes sous

se

main de ses successeurs. Prophète, législateur

et soldat à la fois, il se leva seul au milieu des

hordes arabes;

et aussitôt

les arrachant à

leur antique indépendance, il réunit de

gros-

siers pasteurs sous l'étendard d'une religion

nouvelle, enflamma leur

le fana-

courage

par

tisme, et créa des soldats

invincibles. Quel-

ques-tms ont porté plus loin

lui peut-être

que

la science militaire et la fortune des armes.

d'autres auront donné

plus parfaites, des

hommes des lois

aux institutions plus sages:

quel autre, au fond des déserts

sauvages)

lui

au

dans le sixième siècle, réunit comme

laurier des poètes la gloire du législateur et

les palmes guerrières?

Comme les idées du judaïsme étaient le plus

généralement répandues parmi les Arabes,

ce fut aux Juifs

principaux

dogmes;il

que

Mahomet emprunta ses

y joignit celui du fa-

prédestination;

a

tiré le

pas

talisme ou de la

de

que

misme,

n'est:

c'est même

nom d'Isla-

sa religion

autre chose, si ce

résignation entière à la volonté de

qui ne signifie

Dieu

Il

manifestée par son envoyé.

à

croire

que

Mahomet aurait borné

son ambition à ce titre d'envoyé de Dieu, s'il

est

n'avait été poussé à d'autres projets

par les

circonstances qui le favorisèrent. Il faut dire

qu'il eut le mérite, bien grand

temps, d'avoir sainement apprécié ces

stances, et d'avoir

probables de ses entreprises. Peut- être même

pour son

circon-

deviné les résultats

par

ses vues furent d'abord moins vastes qu'on

que

n'est tenté de le croire, en jugeant de ses in-

qu'elles ne

que lui en fournirent l'occasion. Ce dont on ne

tentions

les événemens, et

pur

s'étendirent

qu'à mesure

ces événemens

saurait douter, c'est qu'il ne voulût inspirer

à ses Arabes le goût de la guerre et de la con-

quête; ce qui fait

supposer nécessairement

de faiblesse et de dé-

qu'il avait observé l'état

cadence des peuples voisins, et qu'il en tirait

pour lui le présage du triomphe.

Mort deMahomet; califat d'Orient.

(An deJ.-C.63a.—Del'hégire 11. )

MAHOMET mourut l'an 11 de l'hégire,avant

d'avoir accompli ses desseins; mais l'œuvre

lui, et son

de son génie ne péritpoint

a\ec

esprit, surnageant au-dessus de la

nèbre qui entoura son cercueil, fut

pompe fu-

recueilli

tout entier

par ses successeurs. Sa mort devint

guerres étrangères, car il

pour

l'accoutumer

même le signal des

fallait

occuper

au joug. Les

la nation

scheiks des tribus, que la con-

centration du

pouvoir

dans les mains du

prophète, avait dépouillés de leur autorité,

voulaient rétablir l'ancien gouvernement; Abu-Becre, beau-père de Mahomet, puissant

parmi les Arabes, déjoua leurs projets, et

parvint à se faire élever à l'empire, sous le

nom de calife, ou vicaire du prophète. Aussi-

tôt

il convoqua la nation

envoya

et

des proclama-

par

tions qu'il

dans toutes les provinces

de l'Arabie,

l'enthousiasme qu'elles produi-

sirent amena sous les murs de Médine une

armée nombreuse de cavalerie et d'infanterie.

Ces troupes étaient presque

sans armes, mais elles

sans vêtemens, et

étaient pleines d'ar-

deur et respiraient les com bats. Elles o btinrent

succès:

battusj

de brillans

partout

les Grecs, les Perses furent

et plusieurs villes ouvrirent

leurs portes.

Le calife Omar,

An de J.-C. 634- De l'hég. 13.

OMAR-BEN-ALCHITAF, successeur d'Abu-

Becre, plus puissant et plus heureux encore, renversa la monarchie des Perses, soumit la Syrie, s'emparadeJérusalem,envahitl'Egypte, et malgré tous les efforts des Grecs, se rendit

maître d'Alexandrie. Il

généraux

nommé

eut, il

vrai, des

sur-

est

habiles:Chaifd-ben-Walid,

Mahomet l'épée de Dieu, à cause

par

de sa valeur extraordinaire, et Amru-ben-

Alas, le plus grand capitaine de son siècle.

La prise d'Alexandrie ne fut

moins fa-

pour

les

pas

tale aux sciences qu'elle ne Pétait

Grecs, dont elle

anéantissait le commerce.

Amru, bien qu'il aimât les lettres et la poésie,

ne put sauvt" cette bibliothèque fameuse, dont

on ne saurait trop déplorer la perte; le calife

ordonna de la livrer aux flammes. Omar

était pourtant un prince

mais

il

obéissait

à

et bienfaisant,

d'un

zèle

sage

l'impulsion

aveugle poursa religion, Comme s'il eût voulu dédommager l'Egypte du mal qu'il venait de

lui faire, il entreprit d'unir la mer Rouge à

la Méditerranée,

un large canal, et son

par

général Amru eut

la gloire de terminer co

vaste et utile ouvrage.

Trait d'un général arabe.

LA possession de PEgypte devaitentraîner

tôt ou tard la conquête de l'Afrique. Les suc-

d'Omar

y envoyèrent plusieurs ar-

et ilsy fondèrent

é poques,

Kairoan; mais les divi-

cesseurs

méesàdifférentes

la ville de Kaïrvan ou

sions qui naquirent fréquemment des préten-

tions au califat, rendirent long-temps inutiles

les victoires remportées sur

Cependant, sous le califat d'Yezid, fils et

successeur de Moavie, Ocba ben-Nafe, général

expérimenté, parvint enfin à soumettre tout

les

Africains.

il porta même ses armes jusqu'à Sus,

le

pays;

situésur le rivage occidental de l'Afrique. Là,

poussant son cheval dans les flots de l'océan,

il s'écria:

Dieu de Mahomet, si les profondeurs

de ces eaux n'opposaient à

obstacle invincible, j'irais plus loin encore

mon courage un

por.ter la connaissance de ton saint nom.

Les Arabes achèvent de conquérirVAfrique.

ABDELMELIC-BEN-MERUAN venait de mon-

califes;il

porta des forces

ter sur letrône des

considérables en Afrique

pour en assurer la

boulevard des

conquête. Carlhage, dernier

Grecs, fut prise et ruinée; et sous les débris

de ses remparts s'ensevelit à jàmais leur puis-

sance. La ville de Constantine subit le même

toute la Mauritanie fut conquise, à

sort:

l'exception des places que les Goths possé-

daient sur la côte.

Les Maures crurent retrouver des frère3

dans les Arabes; ils avaient

mêmes mœurs,

pour

la

vie

mêmeshabitudes,même goût

nomade; ils parlaient le même langage. Es-

claves des Grecs après l'avoir été des Cartha-

ginois,

des tfomains

des

Vandales,

ils

et

accueillirentles Arabes comme des libérateurs.

Les Bérébères seuls, tribu puissante et féroce,

se défendaient encore;mais Cahine, leur reine, ayant été vaincue dans une bataille décisive,

tomba au

présence

pouvoir

des Arabes. Conduite

en

du général Hasanben-Naaman,elle

refusa

hauteur les conditions qu'on lui

Hasan la fit alors périr, et

voulut imposer:

avec

sa tête à Abdelmelic.

envoya

Abdelaziz, frère du calife, obtint

de

peu

temps après le gouvernement de l'Afrique, et

le commandement des troupes fut confié à

Muza-ben-Noseir. Celui-ci

soumit plusieurs

provinces du couchant et du midi, et usant

envers les Bérébères de politique plus encore

de force et de violence, et leur persuadant

que

qu'ils étaient issus des Arabes, il se fit des

alliés de tous les habitans du

en

de Zab et de

pays

enrôlamême un grand

Gadam, et il

nombre dans ses troupes.

De Muza-Ben-Noseir, et de ses conquêtes.

An de J.-C. 702. De l'hég. 83.

servicesde Muza méritaient une récom-

il l'obtint du calife, qui lui donna le

LES

pense:

gouvernement de l'Afrique occidentale avec le

titre d'émir d'AImagreb. Muza se montra di-

des faveurs de son maître en remportant

gne

de

nouvelles victoires. Il subjugua toutes les

tribus de Dahara, de Zahra et de Tafilet; il

apaisa des révoltes, battit et dispersa les tri-

bus qui voulurent résister à ses

étendit

armes, les limites de l'empire jusqu'au mont Atlas,

fit partout respecter l'autorité du calife et la

sienne, et confondit en un seul peuple les Lra-

bes et