Vous êtes sur la page 1sur 100
rT Ss, rel URE TTT aay ol N73) AN’ “ET DE RECITS DE CONCERTS , SUPERDE’ | Tl a DANGER ™ LOVETT D its) Pu ag CINEMA Leaman unr compart, sua eat d tag, un cart met asterenain de dus pages, bah ee ou airs Tse 70 80 96 CAHIERS OTE InWVIER 2007 W728 Top Ten 2016 des lecteurs Evénement Les films les plus attendus de 2017 Wonderstruck se Tos Haynes Okja de Bong Joon-ho Amant d'un jour de Philippe Gaeeel The Lost City of Z de James Gray Jeannette de Bruno Dumont Une saison en France de Mahamat-Saleh Haroun Ex libris de Frederick Wiseman Good Time dc Josh ct Bennie Safdic A Gentle Creature de Sergei Lozvivsa Le lion est mort ce soir ie Nobuhiro Sawa Cahier critique The Fits «’Anna Rose Holmer + entreien Neruda de Pablo Lareain + Bette dormant «Ado Acre Le Pare de Damien Manive {a a Land de Damien Chazelle Notes sur d'autres films Journal Bor-ofice: Le Tap Ten face au box-office Rencontre: L'écoute de Bardine Expérimental: Les 20 ans de Abominable Festivals: Roumanie, Tallinn, Belfort News internationales, disparitions Hommage Les prises de vues sont de Raoul Coutard par Thierry Méranger Jamais dire non Encretien avec Raoul Coutard Cinéma retrouvé Cuba, années 60 Documenter une réalité changeante Lile et le monde par Cyril Béghin 7 cinéastes cubains Cinéma retrouvé Des giallos 4 gogo Cauchemars a l'talienne par Vincent Malausa Giallo Cathédrale par Sw Une hist. @ par Stéphane du Mesnildot BD Misfits par Luz ne Delorme yo uiinirucs yy EMTDEWIce <¢ ‘ EL a wr Pad MLD Filnts Shellac présentent 4 Vom, a. Un film de Damien Manivel Sa aS TEAL CAHIERS GINEMA wa.cahiersducinema.com Ridater en chet: Séphane Decne Secrest de econ uaa Trane (8) ise en sage: Charge rot (Rh as Boca ose Nt) dest pr Nels Bane Ieenapaphe: caaira Lucie Ree. Franck Haney {je Begin, Jean Sébten Chau, ‘Stoned Mesnt och Lease, erence Wald, cet Malus, Thery Merron Ar Scnwater Caenpenants ax tat Une Nene et i tn Ot elbert ce maa Vaihe Badn, Asn Sern, Thomas Fre Lu Fler Gufaengon Neha et, Cerin Papal, Or Pare, agus Pere sean rang Rug, Sonten Roney, Lr Tall, Gils rier Chur Change gd AowinisTRATION Responsable anise tance Spe anousrd (3) Save intra: Sophie Ewen (75) Puouce Taa3 159 447578 Desinaton Meda, T0156 82 1206 (rere ao events taux marchands ce aura) AEONNEMENTS (570001 58961 Armes surHelge cee T0361 99 2000. F 0227612252 ‘onenent@caherdicinea cam Sse: eaigaup SA sere sboneret, ase pstt 355, 1225 One Bou. Tosi 2260 9401 Bopave:Esgun Selive Se, Bacon Tower age 20, age 7023 308 Tan atornerents Lan France mevopatane: 53,906 (VA 2.10%); arnge: rus cost RECTION recur dea pulaton: Jone Cu éoions Respnsatle déston: ie Despre Bova 77) 182, rm Cnc Tier 75012 Pars Toi 5343 7575 0143.43 9504 Ces, enre paretises es deur comers Chie dela ie ete de are carespnaart 101 59.48 75 Erol @csnereducnama com pita evar carespraart saci espensabitd ime, a cata Ge 1811382 ee 0S Par 872 193 728. Grae ete Cua et gl parton EDITORIAL Ensemble par Stéphane Delorme nouvelle année est occasion des ‘bonnes résolutions. Partageons avec le lecteur les idées qui nous trottent dans la tte. La premiére, c'est d’explorer davantage 'histoire du cinéma. Les Cahiers se doivent de parler de tout le cinéma, Deux «Cinéma retrouvé» se suivent dans le sommaire de ce numéro (Cuba années 60 et giallo années 70) et la revue va conti- rnuer Te travail d’étude sur des ceuvres ou des périodes plus accentué depuis plusieurs mois (Akira Kurosawa, Frederick Wiseman, Richard Fleischer). Cette envie vient aussi de discussions avec de jeunes lecteurs en demande dhistoire et d’analyse, et du constat que certains films ne sont plus wus, en particulier le Hollywood classique, socle de la cinéphilie, en déshérence auprés de xgénérations choisissant comme noyau les années 60 européennes (Godard, Rohmer, Pasolini) ou bien les années 70 américaines (Scorsese, Kubrick, Lynch) Ce montage Cuba/Giallo est aussi une maniére d’affirmer notre gotit de la variété: on peut difficilement faire plus different gue le rouge politique et le jaune horri- fique. Ce goat est dans 'ADN de la revue a’ André Bazin, qui n’est jamais aussi inté- ressante que quand elle n'est pas sectaire et ne se restreint pas & la défense d’un pré é, des films d'auteur en général, ou d'eun certain type de cinéma», ce qui ne veut rien dire, Lintelligence peut étre par- ‘out:dans un chef-d'ceuvre officiel comme dans un petit film oublié, dans la singula~ rité d'un cinéaste comme dans le génie de Tépoque. Les deux exemples cités ici sont ailleurs deux efforts collectifs: PICAIC forme ou influence les cinéastes nationaux. & partir du documentaire d’actualités; le giallo crée une quelques années oi de petits artisans se mettent d faire des films étincelants. Deux flambée incroyable sur exemples of les cinéastes sont dépassés portés, galvanisés par leur époque~dans Ie giallo est moins le genre qui importe {avec ses «codes et ses «fleuronss) que la pensée collective qui le traverse. CAHIERS DU CINE Faire une revue, c'est aimer faire des ensembles et étre ensemble, Ce mot «ensemble» n'a pas bonne presse aujourd'hui quoi qu’on en pense La mode est plutdt 4 la fragmentation, la segmentation, la spécialisation, ce qui entraine vite le narcissisme et un regard. de taupe, On apprend trop 3 découper des territoires et réclamer des proprié- tés. On apprend trop 3 juger morceau par en perdant de vue ensemble. I faut au contraire prendre de la hauteur et voir que ensemble existe: par exemple qu'une revue, c'est une pelote de fils déroulés mois aprés mois mais qui forment tun ensemble pensé comme tel, Faire une revue, est faire du montage : opérer le grand écart entre la eréation vidéo ultra~ contemporaine sur Internet et un texte fleuve sur Frederick Wiseman, comme dans le numéro de novembre. Pas pour le plaisir du contre-pied, ce qui ne serait qu'une posture, mais au contraire le plaisir satiable de surprendre et d’étre surpris, Le réve pour une revue est d’étourdir. Peu parfois décontenancé, A nous dans les textes de montrer pourquoi c'est la méme chose, pourquoi cela fait ensemble, Cela nous semble important d’insister tant émiet~ tement guette, notamment a l’époque ant les ensembles, dans tous étre le lecteur se sentira- d'Interner, les domaines, ont du mal 3 se constituer. Un vee pour la nouvelle année: que Vagilité des Cahiers nous permette, a nous rédacteurs, 4 vous lecteurs, de traverser es mondes, comme un passe-muraille qui nous fait passer d'une salle 4 l'autre monter, composer, selon notre curiosité, nos trouvailles et notre désir. La seule boussole est le goit et l'exigence critique car il n'existe aucune science 3 laquelle rapporter un savoir. L'idéologie scien- tiste qui fait son come-back totalitaire 1 strictement aucune valeur. Le passage entre les mondes, qui est la fierté de Part et de la pensée, n'est et ne peut étre que poétique.a eR 2017 Elle de Paul Verhoeven 1 2 3. Carol de Todd Haynes 4. 5. 6. 7. 8, 9. 1 Présent dans 66,39°% des lstes, Elle détrone len dela rédaction des Cahiers Toi Erdman, et s'impose au terme d'un vote assez homo- bn, ol les quatre premiers dépassent le seuil des 50%, plus de 200 films ayantét cité. Seuls deux titres different dutop dela rédaction, tous deux asiatiques: les films de HHH et HSS (le seul de laste &n'étre pas passé parla competition du festival de Cannes) supplantent LaLa de a jungle et Le Bois dont les réves sont fats, classés 11* et 20° par les lecteur. Ente les deux se sucé- dent, dans cet ordre: Midnight Special, Just la fin du monde, Dernier train pour Busan, Ce sen- timent de 86, Brooklyn Village, Mademoiselle ‘Nocturama et Mad Love in New York ‘lire vos messages, dant nous vous remercions, année cinéma 2016 vous a semblé aussi riche 4qu’a nous. Comme chaque année, voici un forilege des beaux textes que nous avons requ, Ble de Pau Vrioven TOP TEN DES LECTEURS Toni Erdmann de Maren Ade . Aquarius de Kleber Mendonga Filho . Ma Loute de Bruno Dumont . Julieta de Pedro Almodévar . The Neon Demon de Nicolas Winding Refn . Rester vertical d'Alain Guiraudie . The Assassin de Hou Hsiao-hsien 0. Un jour avec, un jour sans de Hong Sang-soo Elle Paul Verhoeven prouve avec Elle, ai ¢as oi nous I'aurions oublié, ql peut aussi appliquer son ton mordant mais en réalité plein de tendresse et d’humanité a des histoire trés ondinaires, voir tristement banales. Evidemment o¢ film qualifié par certains, 3 tort, de « rape comedy», ne fait pas du viol un motif humour. On ne affichée dans les films de Verhoeven, qui est sombrement drdle est la fagon de la victime—jouée avec brio par une Isabelle Huppert dans une forme olym- pique déstabilise ses amis, qui du coup ne parviennent pas 4 exprimer 'inquié- tude et le chagrin appropriés en de tel 6 CAHIERS DU CINEMA/JANVIER 2017 circonstances. Les réactions de tous ces personnages sont bien sir iréalistes, leur indifférence exagérée—c'est un film de Verhoeven aprés tout. Mai le fait que T'in- capacité (ou le refus?) de la victime & per~ cevoir le viol comme une attaque contre voire méme applaudie, par les hommes de sa vie, révéle de facon cinglante et ori- ginale leur misogynie. La sollicitude qu’ils auraient di exprimer n’était pas du tout basée sur leur respect envers elle, mais sur une simple convention. Elle se révele ainsi I'un des films les plus complexes et l'un des plus adroits de Verhoeven, partant d’un cas singu- lier pour brillamment—et sans méta~ phore grossiére—se rapporter a la société al. Comme toujours chez lui, dans horrible absurdité de la situation se cache une critique acerbe de Pinhu- manité de chacun. Iei c'est aux hommes quill Sattaque, car en effet;« Elle» n’est pas quelqu’un dinsensible: 3 la fin du film, elle réalise enfin qu’on a le droit de jouer, mais qu'll ya un moment of il faut fixer des limites. Elle, et toutes les femmes, sont dignes d'amour et de respect. Et on a beau chercher, Verhoeven n’a jamais suggéré le contraire. Elena Lazic Toni Erdmann Je n'oublierai jamais le «papa» laneé dans un souffle par Ines a son pére avant de se jeter dans ses grands bras poilus, au milieu d'un parc, alors qu'elle n’a qu'une robe de chambre sur les épaules, Peut= tre parce que je ne me suis jamais jeté comme ¢a dans les bras de mon pai Ou parce que je suis incapable d’un tel licher-prise, sauf quand je suis seul dans Ie noir d'une salle de cinéma. En voyant cette scéne de Toni Eximann, j'ai en effet éprouvé cela, un licher-prise ou plutét un grand souffle~pas le dernier mais le tout premier—pareil 4 celui qui envelope ce «papa» dans le film. Un tel soufife il faut que ga vienne de loin, qu'on s'y prépare, et il faut toute une vie pour s'y préparer. La scéne intervient juste aprés un autre sommet du film, comique celui-la, et tout aussi inoubliable, la grande scéne de la naked party. Je n'ai pas de souvenir d'un film récent qui donne autant, avec autant le générosité:la satire la plus réjouissante (ct inédite) de Europe livrée aux tech- niciens aveugles du libéralisme 4 outrance, bardés de novlangue et d'idéologie mor- tifere; les grandes scénes comiques, éti- rant des situations absurdes jusqu’ati bout, Jjusqu’a ce qu'on n’en croie plus nos yeux (et pourtant ¢a repart, ¢a continue!) ; et l'émotion qui tient en un mot, un geste, ct nous donne impression 4 temps, pour nous aussi, de licher tout ce qu'on retient De la coléze, du rire, des larmes. C'est béte A dire, parce qu'on est sotilé par le marketing du cinéma qui matraque des formules niaises du type «on passe du rire aux larmes», Mais ce film, Toni Endmann, ce long film allemand dont on a pu lire ici et lt qu'l n’était pas mis en scéne, alors qu'il lest & chaque seconde, d’une pré- cision étourdissante, il nous fait éprouver tout cela, et d’autres choses encore. Pas un film récent qui m’ait touché comme celui-l3. Ou peuteétre Mic N Moretti. Mia mire, mon pai films avec eux. parce que je sa tainement pris au lieu de les inviter au cinéma, je leur auras dit: je passerai vous voir dimanche, peut-étre lest Karim Adami Carol La passion cinéphilique peut étre maitresse de vie, Lobstination avec laquelle un film s‘insinue dans une vie, 'impossbilité dans Jaquelle nous sommes aprés visionnage de ravaler P’émotion ressentie au rang de petit émoi sans conséquence, tout ceci ne trompe pas. A ce qui nous a traversés au visionnage de Caro, il semble impératif de donner suite. Le film nous y invite en nous livrant sa morale sous une forme idéalement condensée dans la plus belle réplique de année: « We're not ugly people, Harge. » Si Loin du paradis peut apparaitre comme plus strictement mili- tant, c’est parce qu’ici 'mancipation est aja réalisé cempreint les premiers échanges entre Carol (rendons ici hommage au génie de Cate Blanchett, trop évident, et donc trop peu célébré) et Therese, ce n'est pas parce qu'il s‘agit d'une femme avec une autre, ou d'une femme marige et d'une jeune femme plus jeune qu’elle, ou d'une ‘grande bourgeoise et d'une serveuse c'est que les deux femmes dés leur premier rencontre sentent la terre se dérober sous tsi une certaine timidité TOP TEN DES LECTEURS leurs pieds.Tout ce qui chez d'autres aurait été prétexte au didactisme est ici volatilsé. Ne reste que la description d'un amour extraordinairement exigeant et d'une intensité telle que, Therese, momentané- ‘ment terrassée par la violence méme de ect amour devenu bile noire, vomit de tristesse sur le bord de la chaussée. La beauté et la générosité du film (c'est Ja méme chose), cest que cette grice qui habite Carol finit par gagner tous ceux qui Ventourent. Son mari Harge par exemple: béte blessée (et donc dange- reuse), il pourrait refuser la proposition de modeste grandeur que le geste de Carol implique, lorsque, seule face & lui, elle hut offre une paix blanche ;il pourrait donner dans le fascisme domestique ordinaite, la ifler, la menacer, jouer le réle odieux du mari «bafoué», etc. Car le fascisme, c'est publicité éhontée & l'extéricur (le fascste ne connait pas la géne). Et le contraire du fascisme serait donc de ne jamais s'auto- riser la moindre parcelle d'ignominie, de ne jamais tolérer en soi (tant il est vrai que révolution bien ordonnée commence par soi-méme) la moindre trace de laideur. st ce qu’a sans doute pensé Harge lui- méme, puisqu'il étreint Carol et inter- rompt net I'escalade judiciaire. C’est avec de telles scénes que Carol se révéle un merveillews vade-mecum vers l'amour. Vianney Griffaton Ma Loute / Rester vertical Lun vient du Nord, l'autre du Sud, et ils nous livrent de temps 4 autres quelques panacées d’excentrés, Les cinéma d’Akin Guiraudie et de Bruno Dumont sont aux antipodes, mais leurs films nous rappellent ie deux péles opposés chére Patrie. Chacun nous y immerge d'une fagon bien a lui. A 800 kilometres et un siécle d’écart évoluent des per- sonnages dans des paysages marqués. Les Van Peteghem et la famille de pécheurs, Léo et la famille de bergers; il y a I’héte et le visiteur. Guiraudie suit ses person- rages dans la grandeur du Causse Méjean, et c'est le son d’ambiance en stéréo qui donne aux plans leur chair. Dumont filme CAHIERS DU CINEMA/JANVIER 2017 7 la Cate d’Opale, le fantastique travail de bruitage réduisant les personages i de simples pantins ringants. Dans ces décors grandioses ils sont désorientés. Si Ma Loute reste vertical, ce n’est pas le cas des gens qu'l fait traverser, et encore moins des figures d’autorité qui, mor- dant la poussiére & tout bout de champs contrechamps, sessaient & Phorizontalité. Une horizontalité que Léo éprouve sans cesse, de Brest au Poitou, du Poitou au Cause. Nous I’éprouvons avec lui par les longs plans sur son pare-brise offrant 4 notre regard les longs sillons des routes. Léo semblerait presque contraint de pro- fiter de sa liberté lorsqu'il devrait travail- ler, 1d o8 les Van Peteghem se limitent 3 un espace réduit pour leurs vacances. Les corps suivis par Guiraudie nous paraissent trop autonomes, ceux capturés ‘Van Peteghem s’élevant dans les airs sous les yeux ébahis... Tout semble possible, si Cest dans le film. Tout semble pos- sible, comme dans un réve. C'est fan~ tasmagorique mais le réel est 18, comme la joyeuse troupe courant pour rattra- per la corde attachée § la cheville d'un Machin qui s'envole. C’est onirique mais le réveil est li, comme les coups de fusils qui perforent Machin, le font se dégonfler et retourner au sol. Il est si dur de le relever. Pout Léo et Jean-Louis encerclés par cette meute de loup, il est, si dur de ne pas s'abaisser. Uhumain est tun bipéde, ce qui le rend plus fort et plus faible. Et plutdt que binaire il peut étre bi-genre, ou au moins bisexuel. Si l'on se reconnait dans ce que le «bi» nous ren voie, cest que V’on est conscient, et que Yon est humain. Que nous renvoient ces cinéastes? Deux visions d’une France qui se cherche a titons parmi ses habitants, parma ses habitats. En regardane Billy sor= tie d’un autre monde, Ma Loute reve Cil d'autre chose? A quoi pense Marie la bergére quand elle voit Léo? Comment lorsqu’il devrait unir, Pamour les sépare? Si par hasard messieurs Dumont et Guiraudie se retrouvaient autour d'un café pour discuter,j’aimerais bien écouter Ala table d'a cété. Car ‘éoigner du centre permet parfois de mieux le regarder. Adam Khemila ES FILMS LES PLUS ATTENDU ‘Todd Haynes est en montage de son nouveau long métrage aprés Carol (avec Julianne Moore et Michelle Williams): 'adaptation du livre de Brian Selznick ‘Wonderstruck suit deux enfants sourds, Rose et Ben, une vivant en 1927, PC Ae ua eee) De ees Lami Okja Entretien avec Bong En marge du Festival de Busan, nous nous sommes rendus @ Séoul en octobre, ot Bong Joon-ho était en pleine postproduction de son nou- veau film, Okja. Dans un petit immeuble du quartier de Gangnam, entre deux magasins de litere et des cafés pour hispsters, le cinéaste et son Equipe s‘affairent sur les plans truqués de ce film tourné entre la cam- ppagne coréenne, Séoul et New York. Rendez-vous dans la salle de mon- tage, mais, secrets de fabrication et contre de la production obligent, Nous ne verrons aucune image de ce film mettant en scene une petite file et son ami trés particulier, une créature énarme et tres douce qui atti les feux d'une gigantesque multinationae. «Le film pratiquement monté est I, juste & cété de nous, mais vous n’en verre ren », jubile le cinéaste d'un air maliciewx, visiblement tout excité& 'dée de mainte- ni encore un peu son trésor &l'abri des regards. Retrowvailles avec un énie qui nous veut du bien. V.M. Comment Okja est-il né dans votre esprit? En 2010, j'2i eu une vision:alors que je conduisais ma voiture, ‘Jai vu un animal étrange, tés gros, au milieu de la route. Okja, le titre du film, c'est le nom que jai donné § cet animal. De cette image sont nées beaucoup d’idées, tout sest consteuit 4 partir de ce point de départ. Vous étiez dans un état esprit particulier? Jene consomme pas de drogues! Je ne bois pas non plus quand je conduis (rites). C'est ver comme ga 4 mon esprit. Le plus important, dans cette vision, c'est que la créature n’est pas un monstre, Ce n'est pas ce qu’on voit dans un film de monstre: Cest une créature introvert et timide, presque pathétique. Avee tune taille énorme et un visage trés calme... Je ne vois pas Okja comme un monstre, mais comme un animal A quoi ressemble-t-il? C'est une sorte de cochon, ou un hippopotame.Trts gras, trés gros. C'est un peu ambigu.Ily a aussi un c6té lamentin... vous connaise le amentin? C'est un animal qu'on trouve notamment en Floride, ila Yair extrémement timide. Aprés cette vision, j'ai immédiatement contacté le creature designer de The Host,on a commencé i diccuter et 3 ravailler sur le design de Vanimal, 3 partir de dessins Quand avez-vous commencé a écrire le script? A cette époque, j’écrivais le scénario de Snowpierer. Fin 2011, au commencement de la préproduction du film, jai écrit le synopsis d’ Olja. A peine vingt pages, que j'ai fait lire a des lecteurs coréens. Pus il ya eu un premier seénario qui ne fonc~ tionnait pas vraiment, alors j'ai écrit une nouvelle version, qui s'est peaufinge peu 4 peu. n-ho Comment avez-vous rencontré Jon Ronson, vatre coscénariste? Jai vu Frank, le film oti Michael Fassbender porte une éno téte en plastique. C'est une comédie trés noire et trés drd incroyablement sarcastique. Comme j'ai adoré le scénario et les dialogues, j'ai contacté Jon Ronson. I! a &é journaliste en Grande-Bretagne et a écrit plusieurs livres, notamment Les Chivres du Pentagone, qui a &cé adapté au cinéma, Je lui ai envoyé mon scénario pour qu'il travaille sur les personnages américains du film et sur les dialogues en anglais. ya une dimension comique et sarcastique dans Okja? ‘Jai voulu jouer sur un humour trés noir, tes ironique, mais pas seulement: il y a plein de slapstick, des gags ou des actions stupides... Je ne saurais pas le définir, mais je pense que c'est assez fou (rire)! Y attil un lien avec The Host? La eréature est complétement différente. Le film aussi, ailleurs Certains verront sirement des similitudes dans sa dimension de comédie ou de satire, mais la caractérisation de la créature change complétement les enjeux du film. Les premiers articles parus annoncent un film de monstre, mais ce n'est pas le cas. Okja est tun animal tout en réserve, qui n'a aucune connexion avec a béte explosive de The Host. Il a une dimension presque intimiste, trés humaine, qui ne répond pas aux codes d’un blockbuster @action. Le personnage principal est une petite fille corgenne qui vit dans une vallée profonde. Elle n'est jamais allée en ville, elle est toujours restée dans ses montagnes. Elle a grandi avec son ami Okja et elle se retrouve conffontée la ville et 3 un monde qu'elle ne connait pas. La premiere partie du film se déroule entigrement dans les montagnes coréennes. Le nceud principal, C'est la relation émotionnelle trés forte qui unit la petite fille et animal. Mon idée était de montrer ce qu'il peut y avoir de meilleur dans le lien qui unit les humains et les animaux, mais aussi ce qu'il y a de plus atroce. Qu'est ce qui vous a intéressé dans cette histoire d'amitié entre tune petite file et un animal? Ty a cette part de science-fiction et de conte de fes,avec cette créature qui ne ressemble 3 aucune autre, Mais aussi surtout un aspect trés contemporain. La maniére dont on traite les person- nages et l'histoire, avec une empathie trés particuliére, est plus proche d'un film réaliste et contemporain que d'une superpro- duction de science-fiction. C'est un film presque réaliste, pas un. film de fantaisie, avec simplement cet animal un peu éteange. Il suffit de trois ou quatre minutes pour qu'il devienne familicr, pour qu'on le trouve « normal, qu’on y croie. C'est la vraie vie, le vrai monde, pas quelque chose d’incroyable. 1 CAHIERS DU CINEMA/JANVIER 2017 types de plans Ia tellement confiance dans sa créature digitale ‘ouver.Ona qu'il mine les deus, et ga fonctionne. C'est exactemient ce que nous cherchions pour figurer notre créature. Parlez-nous de la dimension internationale du film. rement de I'histoire. Pour Snowpier ait pas mon objectif princi ous les jours. C'est un un fil roduction, qui miintéressait ¢’était ces humain: dans un train comme ¢a qu’o: curs de plein de pays différents. Pour Ok uurrait la méme chose. Ily a 70% de dialogues en tail qui différencierait ces deux est coréenne. Elle ne parle pas beaucoup. I y a beaucoup de e. C'est incroyablement risqué, car le film CAHIERS OU CINEMA/JANVIER 2017 11 choses qui se passent dans les montagnes et qui ne lui donnent pas l'occasion de parler. Tout cela s'intégre & une dimension internationale car la création d’Okja implique des scientifiques américains et beaucoup de personages secondaires. Au centre de Vhistoire, ily a une multinationale lige & la Corée et aux Beats Unis, Une moitié du film a été tournée en Corée, une autre aux Exats-Unis et au Canada, Ga s'est trés bien passé, comme pour Snoupierter, mais la différence fondamentale, c'est Darius Khondji: c’était la premiére fois que je travaillais avec un chef opérateur étranger. Il y a des production designers américains, des producteurs de Plan B Entertainment, de Netflix, et des producteurs coréens eux-mémes différents, qui ont participé financement de The Host, Mother ou Snoupiercer. Cela fait une sacrée mixture, est parfois compliqué, mais aussi trés agréable. La prenve: on a respecté le planning de tournage et il n'y a eu aucun dépassement de budget! Crest la premiére fois que vous filmez New York. “était extraordinaire, sauf pour une chose: le temps. Fin juillet, début aoa, la chaleur est écrasante, ¢a a failli me rendre fou. Je ne connais pas bien la ville, alors je dépendais énormément du chef décorateur Kevin Thompson, qui est un spécialiste de New York [il a travaillé sur plusieurs films tournés 3 New York: Kids, Litle Odessa, Birth, Studio 54... ndlr].Tourner en plein Manhattan, avec cette architecture particuligre, était cout nouveau pour moi, J'aime V'idée qu'on voie dans un méme film les montagnes profondes de la campagne coréenne, Séoul puis New York... Le film se déroule en trois parties au niveau géographique. C’était une premiére pour moi de changer de milieu comme ga lors d’un méme tournage. Esthétiquement, quelle était votre idée directrice? Je pense que la clé visuelle d’Okja repose sur le contraste ‘entre les paysages de montagne et les paysages urbains, entre ta nature et la ville. D'un point de vue technique, on a utilisé Alexa 65 un peu comme si on utilisait une pellicule 70mm. Avec I'Alexa 65, une incroyable masse d’informations peut étre traitée dans le cadre. On a utilisé cette caméra pour donner ‘un maximum de détails dans des plans extrémement larges.. ‘C'est numérique, mais trés proche de la pellicule au niveau du rendu. Avec le grand écran, vous avez parfois tellement informations que c’en est accablant de précision. C'est cette impression que nous avons voulu rendre, notamment dans les plans de nature. C'est & la fois difficile et excitant. On est encore en postproduction pour affiner ¢a. Comment s'est passée la collaboration avec Darius Khondji? Jai va tous les films qu'il a échirés. Je les ai toujours trouvés visuellement audacieux. Personnellement je suis trés nerveux et trés angoissé en ce qui concerne mes propres idées, jai tendance a les garder compressées en moi ou A les liser. Avec Darius, j'ai pu me laisser aller 4 une certaine audace, car c'est naturel pour Jui, I1a-un oeiltrés sensible, une acuité visuelle qui lui permet de voir des couleurs, des textures que d'autres ne voient pas. Sur Je film, son role était extrémement actif. Aviez-vous des influences en téte? Jai peu d'influences extérieures quand je commence un film car je pense que mes sujets sont trop bizarres pour ga. Il n'y a pas beaucoup de points de référence pour un film comme Olja Peut-étre des spig maviese? Babe de George Miller! Mais le cochon st petit (rites)! Princesse Mononoké de Miyazaki? Quel est le budget du film? Je aime pas les gros budgets. Snowpiereer a cotité 40 millions de dollars. J'ai souvent dit & mes amis que ce serait mon plus gros budget et que je ferais désormais des films avec des moyens de plus en plus petits J'ai commencé & envisager Okja comme un film moins cher que Snowpiercer.J'ai dit au producteur qu'il coiiterait 35 ou 37 millions. Mais je n'y connais rien: pendant T'écriture je ne me rendais compte de rien, je ne calcula rien, Le producteur a analysé le scénario et ill'aestimé 4 55 millions. Finalement, le film en a cofité 57. Netflix nous les a donnés. Crest lourd a gérer pour vous? Cela reste raisonnable, on s'en est bien sortis. On a 100 plans truqués avec la créature, ce qui est forcément cher. Filmer a New York est aussi trés cher. Et des acteurs comme Tilda Swinton aussi, Mais j'ai &té complétement libre au niveau du processus de création. Il n'y a pas eu d’interférence, les gens de Netflix m’ont lassé tout seul et m’ont accordé le final cut. Ils se fichent complétement que le film puisse étre classé PG 13. Ils sont presque plus progressistes que moi! Un mot sur la situation du cinéma coréen? Pourriez-vous revenir tourner un film entier ‘Mon prochain film devrait étre de taille plus modeste et tourné en coréen,avec une équipe et des acteurs coréens,Je suis en train crite le scénario.Je n'ai pas analysé la production contempo- rine, mais mon sentiment est qu'll y a d'un cété beaucoup de jeunes cinéastes talentueux, de l'autre des grosses compagnies avec beaucoup d'argent qui font des films commerciaux qui marchent. Ces deux réalités fonctionnent en paralléle, sans se toucher. Ilya des exceptions, comme The Strangers de Na Hong- jin. C’est un cas tr rare, ce n'est pas un film indépendant, ni un blockbuster, c'est vraiment un film intermédiaire. C’est étrange, fort, puissant, avec une énergie vraiment folle qui me rappelle les films coréens du début des années 2000, On ne voit plus ce genre de films, c’est exceptionnel, alors qu'on a beaucoup de jeunes trés dou. La question est de savoir comment l'industrie pourrait les «embrasser Votre statut est devenu énorme et vous réalisez finalement peu de films. Sentez-vous une pression par rapport aux attentes placées en vous? Je veux anéantir ces attentes,s'y soumettre c'est comme devenir ‘un fardeau pour soi-méme, C'est pour cela que jessie d’erine des films étranges, qui échappent un peu 3 tout ¢a. J’espére qu’ Okja est un film assez étrange en ce sens, Mon prochain film en Corée sera encore plus étrange, avec des personages coréens tres spéciaux ! Concernant mon rythme, je prends mon temps. Nous devons dabord finir Okja,on doit tout rendre pour mars 2017, 2017! Cela sonne comme de la science-fiction. 2001 de Kubrick, c'est déji du passé. Et Blade Runner? a se passe en quelle année? 2020? 2040? [En 2019, ndlr.] On est définitivement dans un monde de science-fiction. Enureten réalisé par Vincent Malausa a Seoul, le 14 octobre. 12 CAHIERS DU CINEMA/JANVIER 2017 ‘Cette gamine est déja une star” er t PHILIPPE GARREL Philippe Garrel a tourné L’Amant d'un jour avec sa fille Esther, Louise Chevillate (éleve du Conservatoire) et Eric Caravaca, l'histoire 4'une jeune fenme de 23 ans qui revient chez son pére et rencontre la nouvelle compagne de son pare, du méme age qu'elle. Les premieres photos sont sublimes. Sorte le Ler mars. _ LAMANT D'UN JOUR EST The Lost City of 2, qui retrace I'expéition de Percy Fawcett en Amazonie en 1925, sures traces d'une civilisation disparve, s'est longtemps fat atendre tourné en 2015, annonce en 2016, i devrait fna- lementsortir au pritemps. En janvier dernier, le chef opérateur Darius Khondji nous avait donne de nnmbreuses référence picturales nour la création de la lumnére du film, Cette année, ames Gray nous ‘2 envoyé le scénari du film, une photo et le sto ‘yboard d'une séquence que nous reproduisons ici Vattaque des pirantas. 1, Plan large dire 3 rageau. Is s'apprechent un virege 2. Contrechamp: les embarcations avancent améra 3. Percy et Manley leet es yur: «mais quest-c quel faitla?» Option. La camera panoe de gauche @ rate revelant ia présence un view bateau& vapeur (Option es raceaux vance, plan POY (aon of view) 4, option présédente devient le plan 4. Vue de derciée, enegardant vers le vapeur (Percy & Manley debovt?) Plan large tandis quis appochent Soudain ls ches commencent a voler! 16 CAHIERS DU CINEMA/JANVIER 2017 THUMBNAILS | ROUGHS (Option, Les feces les potrines/les équpements, CAHIERS DU CINEMA/JANVIER 2017 17 a By N/ fe | - 02 GOP'S. QIN whee Lie - COSIN RUSHES BACK OG “Far, at Gc, La caméra panote vers Percy, ds quil tombe 7. Mall séeoule 7p. Ettombe dans eau Option. we sus eau de Moll qui tombe dans left de péche PeU 4 OW. STOWE GUE Noe. Mt N J Option, Le filet tie su les pets de Perey Te. Etentrane dans eau! 8. La caméra la surface de 'eau~Costn se présiite pour les rattraper 9. Percy & Mol se débattent sous eau 18 CAHIERS DU CINEMA/JANVIER 2017 ‘THUMBNAILS / RoUG! ‘97 Option: une forme foe s'agit devant la caméea? 10, Gros plan sur Pery 11 Gros plan sur Mol 12. Des possonsentent dans image! 13. Des pranhas aftaquent Mol Option: Pian sur des pianhasaffamés qui screusent» dans Mall ls queue fétilante 14, Percy esse encore de s'échapper! 15. Une mass de pranhass'attaque & une forme humaine é = 7 - : : Se Seale Option, du sang tourbillonne& la surface de eau es poisson batent a surface avec feu, Crest comme nou des poisons dans une ferme Atruites! ‘CAHIERS DU CINEMA/JANVIER 2017 19 Inarrétable Bruno Dumont, en vedette de notre numéro de janvier 'an dernier avec le tournage de Ma Loute, et qui a depuis enchainé avec celui de Jeannette, flmé cet été sur la Cate d’Opale Le cinéaste adapte Le Mystere de la charité de Jeanne dre de Charles Péguy, évocation de Venfance de Jeanne & la maniére d'un mystére médiéval. Ce n'est pas tout: le film sera chanté-dansé, avec le compositeurélectro-pop Igorr pour la musique et Philippe Decouflé pour les chorégraphies. Bruno Dumont nous a envoyé ce collage aussi intrigant que son projet. 20 CAHIERS cinema ANVIER 21 een = ee a ————— — ee ge Seen mies a) rating, feregorscclteste aursntvécu Jeur vie humaine ao ee oa ee Tea ee ae ee So, Ba onl Peon egjemea Se ee oa ee renee ah Spee === Mg oe coe eee a a eee 2 oe oe a af cies co cue een ua Zédicace qui vouffra. NEMA JAN 2017 21 La France invisible Vendredi 2 décembre: le cinéaste tchadien Mahamat-Saleh Haroun franchit la premiére moitié du tournage d’Une saison en Fran, Vhistoe dl Abbas, un réugié politique (Eriq Ebouany) qui vivote de lieux en lieux, accompagné par Carole (Sandrine Bonnaire), une fleuriste avec qui Abbas partage un passion amoureuse avant de disparaitre avec ses eux enfants « Nous ne sommes pas dans la problématique des sans-papiers, précise immédiatement Haroun. Je veux parler de ces personnes qui dun ‘moment de leur histoire, posent des jalons, consimisent une mémoire et 4 qui Von dit soudainement : est fini.» La scéne du jour est celle de Vexpulsion d’Abbas par un marchand de sommeil, dans une petite maison nichée dans le 15° arrondissement de Paris. C'est le premier film qu’Haroun tourne en France, et e premier pour lequel il est entouré de comédiens profesionnels.Accompagné de quelques files des débuts (Pingénieur du son Dana Farzanehpour et Mathieu Giombini, assistant caméra sur Daratt devenu directeur de la photographie ici),on sent Haroun tel qu’en lui-méme :les, plans s'enchainent dans une ambiance amicale et concentrée, et on ressent instantanément, dans la dur et la tension des cette atmosphere puissante et solennelle, comme bondée violence silencieuse, i familidre de son ceuvre La gravité des situationsc’est une scéne décisive qui va pousser Abbas vers l'errance et le faire disparaitre du film—accentue ambiance feutrée qui régne en cette matinge détendue et enso- leillée. Haroun, toujours trés précis, donne peu d'indications et laisse une relative marge d’invention et autonom dans Vespace sordi cet contrit de cette espace de petit héxel mprovisé qu'une structure verticale et tordue rend ltéralement inhabitable. Sa con en per manence son film impulsent une autorité sans jamais écraser sntration et sa maniére «d’&cout son équipe. Tandis qu’Eriq Ebouaney s'amuse avec Yassine et SHUTTER 172.8 ETT ED] C7 Care i leh Haro re —ses deux enfants dans le film—entre deux prises ste décide de modifier la temporalité d'un plan (on passe de la nuit au jour, le chef opérateur s'exécute immédiatement) ou de recadrer le jeu d'Ibrahim (+on dirait un bout de bois, lui h ditil) pour un plan oi on voit le jeune comédien Scout jorte de sa chambre la scene d’expulsion. Le sens de 'écoute, le silence et la concentration d'un cingaste tons cari sit exactement ce qu’ veut et onside «gui donne peu din que cest aux comédiens de prouver®: relles sont les vertus qui ont eT) LT 22 CAHIERS DU CINEMA/JANVIER 2017 mis Sandrine Bonnaire immédiatement dans la peau de Carole, qui part seule 4 la recherche d’Abbas dans la derniére partie du film. Nous la retrouvons dans un HLM d’Tvry, une semaine plus tard, ors du tournage d'une scéne od, dans Pappartement qu'elle partage briévement avec Abbas, ce dernier apprend la mort d'un de ses amis réfugiés. Latmosphére n'est pas vraim i a comédi ais la complicité qui unit les deux acteurs impose tune atmosphére de grande douceur dans cet espace délicaten décoré et ouvert sur les lumiéres de la ville par 1 gigantesque oup en plans-séquences, rarement en baie vitrée, « Haroun filme be plans serés, ce qui nous donne le luxe du licher-prse, explique la comédienne. Son é on me temps rete il filme jue est ts fine et les comps les visages, une allure, une démarche, un geste, om @ vraiment impression de jouer avec tout ce qu'on est. I cherche quelque chose de ans sone précis on utiles, il n'y a pas de gras ou de recherche de séaurité. Il y a des films on on compose, ot on fait lactic, lui w’aime pas la riche, les foritures ou la séduction. ly a vrai, de tis intdgre tous les i, 5 ‘chez lui une prise de risque qui me rappelle ma premitre décennie, celle de Pialat et de Doillon :je rtrouve dans cette maniére daller a Vessentiel tune frafcheur qui fait que je ne me sens pas actrce. © Haroun a de son cété tiré parti de la présence de comédiens professionnels sur un plan inattendu, celui de la romance amou- reuse. « On trouve ci 3s comédiens amateurs une wérité du moment, mais celle-i se déploie avec plus de fuidité avec des profesionnels ils impriment un tempo ils eévélent quelque chose au cinéast ca ils peuvent pousser les interprétations dans des directions inattendues. Ce qui, ii, sTestrévélé moi auedeld du réit des refgits, c'est Phistore d'amour, 4qui prend une place que je La question politique n’est plus frontae, ele este Pintrigue et pollu espace de tout le monde, “imaginais pas grace ausx deusc comédiens y compris celui de Carole.» Le Paris que traversent ces dimes esseulées n’ évidemment pas touristique est un Paris «qu’on ne voit pas beaucoup dans fe cinéma fiangais», ance—les replis de le marché de Montreuil ixit le cinéaste. Cette recherche de liewx d I'Est parisien, Saint-De poussé Haroun 3 aller 3 Calais pour terminer le film. «Il réé- rit beaucoup en cours de tournage, explique Sandrine Bonnaite. Au départ, le film se finissait avec Abbas seul, puis avec Abbas, moi et enfants, Finalement, nous sommes parts & Calais oe me retrouve seule leur recherche.» Lactualité a une fois de plus rattrapé Haroun, quia connu des situations dramatiques lors de ses tournages au Tehad (Pattaque de N'Djamena en 2006 pendant Daratt, puis celle de 2008 sur le tournage du moyen métrage Expectations) «Nous avons appris le démanatélement de la jungle et ai voul filmer ce liew juste avant qu'il disparaisse complétement : des sacs-poubelle 4 perte de vue, um grand désert, était litéralement apocalyptique », explique-t-il. Une saison dans cette France invisible tele est la promesse faite par ce huitiéme long métrage qui devrait, plus aque jamais, remettre Haroun sur le devant de la scéne trois ans apres Grigrs Vincent Malausa CAHIERS DU CINEMA/JANVIER 2017 23 PTS TS Crest & Paris que Frederick Wiseman monte, seul, son nouveau ocumentaire consacré au réseau de bibliotheques publiques de New York, la New York Public Library, Il nous a envoyé cette image inédite, accompagnée de ce commentaire 24 CAHIERS DUC Ce qu’on woit sur cette photo, c'est un programme de cours aprés 'école dirigé par la Biblioth¢que de New York (la New York Public Library, qui a plusieurs antennes dans différents quartiers de la ville) pour aider les jeunes des quartiers pauvres a avancer dans leurs études. La Biblioth@que de New York aujourd'hui, est bien plus qu'un endroit oti on emp livres. C we d’éducation 3 part entidre. Li il runte les est devenu un cen Sagit d'un programme spécifique qui familiarise de jeunes nnfants du Bronx aux sciences, aux mathématiques, i la pro- grammation. Mais il ya également d’autres ze différentes dans lesquels des professeurs béné- de cette programmes pour des classes d’ nent l'histoire, la littérature, etc. Au-del: nmes sont trés utiles pour les dimensior ative, ces progran parents qui rentrent tard du travail, évitant ainsi a leurs enfants de trainer dans la rue sans aucune surveillance des adultes. Ce qui mintéresse, c'est qu’on y voit des gens qui aident d’autres gens. Ce qui me semble important 3 montrer aujourd'hui, Frederick Wiseman NEWA/JANVIER 2017 Josh et Benny Safdiefinissent le montage de Good Time, d'aprés un soénario de Josh Safdie et Ronald Bronstein, comme leur précédent film ‘Mad Love in New York Un «lm d'amour traterne! » sur deux frees en fuite interprétés par Benny Safdie et... Robert Pattinson. Josh Safe (& gauche) a choisi de nous envoyer cette image ol son frére Benny (@ droite) se retrouve bien amoché. Nous avons tourné dans une vraie prison du Queens, avec des amis ayant des antécédents judiciaites, et des amis de ces amis certains étant sorts de prison quelques semaines seulement avant Je tournage. C en plus tordu! Nous avons engagé danciens gardiens de prison pour interpréter les gardiens. En fait on a carrément recréé Rikers Island [la plus grande prison de New York, ndlr] geait une énergie bizarre, menacante. Cette photo a été prise sur Ie platea des Bloods [l'un des trés gentil et charismatique nommé Jerome. Josh Saftie ait dingue, une sorte d’expérience de Stanford uénéral «3 étoiles» plus céigbres gangs américains]. Un type de la «salle de jour», avec un CAHIERS DU CINEMA/JANVIER 2017 25 SSC RAT a TT Ta Adapté de La Douce ou plutt ibrementinspiré La Femme de la nouvelle de Dostoievsk, le troisitme long métrage de fiction de Sergei Loznitsa est actuellement en postproduction. Uhistoie: Le chauffeur tune femme se rend dans une région reculée de Russie pour avoir des nouvelles de son ‘mari emprisonné, et débarque dans une ville olla vie semble tourer uniquement autour de a prison. Lestat du scénario que nous Le chauffeur 4 envoyé le cinéaste, accompagné une image dela prison tirée du storyboard, correspond la premiere arrivée de heroine en ville Le chauffeur 18.EXT/LA PLACE DEVANT LAGARE/MATIN a Le chauffeur t Q La Femme Le chauffeur LaFemme Le chauffeur Le chauffeur La Femme < Le chauffeur Le chauffeur i b r La Femme Le chauffeur Le chauffeur 16. EXT. /DANS LA VOITURE, DANS LES RUES DE LA PETITE VILLE/MATIN La Femme F Le chauffeur Le chauffeur ee i del 26 CAHIERS DU CINEMA/JANVIER Le 29 aoiit, Nobuhiro Suwa tourne un plan-séquence of Jean- Pierre Léaud marche dans une petite rue de la vieille ville de La Ciotat en parlant des étoiles avec Pauline Etienne. Le dialogue de cette scéne est de I’écrivain et dramaturge Pierre Léaud. Dans cette scene, Jean-Pierre Léaud devient donc le médium d’un texte de son pire: Tout se pase dans le calme et la discrétion indispensables 4 naissance de la poésie: aucun habitant de la rue ne s'est mi apercu qu'une équipe tournait sous ses fenétres en pleine nuit. Léquipe est ts jeune. Tout le monde parle bas, reste concentré personne ne fait «son cinéma» du cinéma. apport de lumiére est réduit au minimum, la scéne est éclairée pour lesentiel par les lampadaires qu’un orage menacant éteint épisodiquement, sans aucune angoisse ni tension de la part de 'équipe. Entre chaque prise, Suwa s‘sole avec ses acteurs et ce qu'il leur mur mure, relayé par un discret traducteur, restera secret Le lendemain, Suwa tourne en plein jour, en forét, 8 qua- rante kilometres de La Ciotat, la continuité dun 'me dialogue, toujours en traveling. Le décor de rue s'est transformé en vosite d'arbres. La forét de la Sainte-Baume est une forét fossile, of Marie-Madeleine, dit-on,a fini ses jours, aprés avoir &té le pre- mier témoin de la résurrection du Chr Des randonneurs attendent gentiment que la prise soit finie pour reprendre leur péripl empruntait leur chemin de balade. Méme en pleine nature, Ie tournage continue 4 ressembler 4 un complot feutré A 16 ans Jean-Pierre Léaud a joué devant la caméra de Jean Cocteau dans Le Testament d’ Orphée.Tout le monde, sur ce tout le protége, Pentoure d’attention et de soins, comme le une assistante leur a raconté ce qu’était ce film qui précieux médium du surgissement de cette poésie fragile que Suwa est visiblement en train de chercher. La jeune femme avec qui le personage de Léaud se proméne est un fantéme, celui d'une femme qu'il a aimée, il y a longtemps, mais Pauline Etienne n'a rien d’un fantéme éthéré et lui préte toute sa vitalité et sa grice malicieuse. A la fin de cette scéne elle abandonne son partenaire qui s‘effondre au sol pendant que la caméra fait un Jong travelling arriére sur Léaud tout petit au bord du chemin, Lacteur, dans ce film, accueille dans sa maison un groupe enfants qui la élue comme décor pour tourner leur propre film. Au Japon, Suwa anime des ateliers avec des enfants et sat comment s'y prendre avec eux, devant et derriére une caméra Mest venu i G e pour encore, tout s'est -asse pendant les mois précédant le cournage choisir et mettre en confiance les enfants, La passé lentement, en douceur et sans accroc Suva est défi en montage de son film i Tokyo, hanté par les -miédiums et les fintémes qu'il a convogués dans la ville més de la naissa e du cinéma, CAHIERS DU CINEMA/JANVIER 2017 27 ESSN TST SS ae er: oman e e So, ines OE ing te teri) GilowsisCatinke Wn, ‘DrsieaceaNtacDtl Sela eC Loyd Crue (1° Féin) ‘Ga Planéle des singes: Suprémalie ‘avec Isabelle Huppert, Kim Min-hee ‘Ready Player One de Steven Spielberg, ieabaPitarch —atavm ewe favo, ‘Seana th mesTORT ean fae Lae tmnt inra Sgt, ‘sar 80 $s lt ean Seong fins ee Fiscal, Tiree Sin abet tom Ban Feiivibalictam Cassini Japon Tied te fotos a fochalae meg ranean Cte ii untae teats Cota eect RGR. casted bers Ema Tampa és fomn Panne Gv ia a ty anette jt laa liniany Te Sef rd ase Tanleuteensan lowtaayisSeeSieiage Tate Fedde cr iste eee, rection iain Monte; sexe Opts Lae Sg art ecCnscsncen Torti, Sac) Gi dab ra mya ie aractie nd Oar Gomer) fai nai (cusstass wars arora Siti Ng Spenn tect No ny Coil lGaat atsot lines stoma Slee Pa dette Piro Zeiaikiaren wiry, Oaumatd Cork Canin aL, Bo fe aon) fea ee a is Spf tea To Fach on ve ics (MMMM sectatletonpet ous ss ioe Song oe Drilnin ena un Saee)”—aesmetenesbakt —_sGumamasitnetne tix — SaursTl Oar we Berceuse pour un sombre mystére Bitter Money de Wang Bing es Gargons sauvages Gaspard Ulliel, Pascal Greggory fcintinj aman nz, ——