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Oraison funèbre d'Henriette d'Angleterre, duchesse d'Orléans / par Bossuet Source gallica.bnf.fr /
Oraison funèbre d'Henriette d'Angleterre, duchesse d'Orléans / par Bossuet Source gallica.bnf.fr /

Oraison funèbre d'Henriette d'Angleterre, duchesse d'Orléans / par Bossuet

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Bossuet, Jacques Bénigne (1627-1704). Oraison funèbre d'Henriette d'Angleterre, duchesse d'Orléans / par
Bossuet, Jacques Bénigne (1627-1704). Oraison funèbre d'Henriette d'Angleterre, duchesse d'Orléans / par

Bossuet, Jacques Bénigne (1627-1704). Oraison funèbre d'Henriette d'Angleterre, duchesse d'Orléans / par Bossuet. 1851.

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ORAISON

FUNÈBRE

DE

HENRIETTE-ANNED'ANGLETERRE

DUCHESSED'ORLÉANS.

1860

Imprimerie Delalain.

ORAISON

HENRIETTE-ANNE

FUNÈBRE

DE

D'ANGLETERRE

DUCHESSE D'ORLÉANS

Prononcée

a Saint-Denis,

le vlngt-unièmo

jour

d'août

1670.

ANALYSE. — Neuf mois après

le

ans,

30 juin

l'oraison

funèbre

avoir prononcé

de la reine d'Angleterre,

Henriette-Anne,

à vingt-six

Bossuet va prononcer

empoisonnée,

celle de sa fille,

duchesse d'Orléans,

peut-être

Cette princesse est morte

au château

de Saint- l'orateur,

Cloud,

1670. Dans cette oraison funèbre,

en présence de l'existence

princesse, n'a pas d'événements remarquables à raconter ; il ne

modeste et infortunée

d'une grande

fait

pas non plus un récit

suivi

de sa vie et ne s'astreint

nulle-

ment à l'ordre chronologique, pour le petit nombre de faits qu'il expose, mais il s'est proposé la démonstration d'une des vérités

les plus importantes du christianisme, et jamais, comme on l'a dit avec vérité, les rois ne reçurent de pareilles leçons ; jamais la philosophie ne s'est exprimée avec autant d'indépendance que la religion parlant ici de leur néant aux puissances du siècle,

par la bouche de l'orateur

chrétien.

EXORDE. — L'exorde

tiré

de la personne

même de l'orateur,

qui va rendre

à la fille

vant elle, à sa mère, s'élever par la citation

lés honneurs

qu'il

est du genre simple, des paroles du texte

rendait

naguère,

mais ne tarde

sacré.

de-

pas à

Le texte est choisi très-naturellement,

comme Bossuet se plaîl

à le

si sensible douleur; elle constitue le fond même du sujet, dans

faire

observer : c'est la seule réflexion

que lui permet

une

lequel l'orateur se propose, ainsi que l'a dit un écrivain de nos

jours,

« de montrer

la misère

de l'homme

sable, et sa grandeur,

PROPOSITIONET

par son côté immortel.

DIVISION, — La proposition

par son côté péris- » est dans les paroles

du texte, dans cette phrase qui en indique les développements :

ce qu'il si nous

donne au monde; mais, au contraire,

« ainsi tout est vain,

en l'homme,

si nous

regardons

tout est important,

considérons ce qu'il

doit

à Dieu. »

ORAISON

FUNÈBRE

DE

LA

DUCHESSE

D'OBLÉANS.

39

CONFIRMATION.

— La confirmation

présente ; 1° la naissance,

la fortune

tout

et les grandes

peuvent

ayant rassemblé dans cette prin-

de celle que Dieu a choisie pour

de l'esprit

qualités

ce qu'elles

faire pour l'anéantir

instruction,

et qu'il

cesse; Bossuet trace le portrait

nous donner une grande

a sauvée par

le

même coup qui nous instruit

portrait

: le tableau de sa mort termine

et la dégradation

son

: on reconnaît l'anéantissement

de tout

notre être dans la mort,

et la sagesse même n'étant

— 2° La grandeur

de l'homme

par

une

secrète

que vanité.

affinité

avec

Dieu : le sceau de Dieu était sur cette princesse, elle était entrée

dans le sein de l'Église

catholique;

sa mort n'a été si terrible,

que par triomphe.

un effet

de la grâce

son

quelle résignation dans ses derniers mo-

était en elle

et

a fait

qui

qui

Quelle piété,

ments ! La grâce,

cette excellente ouvrière,

a renfermé en un

jour

la perfection

d'une longue

vie.

PÉRORAISON. — Cette péroraison

n'est

pas sans analogie

avec

celle qui termine

par

sa simplicité et par les sentiments d'humilité chrétienne dont

elle est remplie : en

à la nôtre ! Quel spectacle la Providence nous a présenté, pour nous enseigner la vanité des choses humaines! que la seule

pensée de la mort nous inspire, avant les derniers instants, une résignation sincère aux ordres de Dieu, et les saintes humilia-

l'oraison

funèbre de la reine d'Angleterre,

pour

son âme,

chrétiens,

priant

songeons

tions

de la pénitence !

Vanitas vanitatum, et omnia vanitas.,

dixit

Eccleslastes,

Vanité

des vanités,

a dit l'Eccléslaste,

et tout est vanité.

(Eccl.,

I.)

vanitas vanitatum,

vanité des vanités,

MONSEIGNEUR

1,

EXORDE.—J'étais

donc

encore destiné

à rendre

ce devoir

funèbre à très-haute et très-puissante princesse Henriette-

Anne

duchesse d'Orléans.

d'Angleterre,

Elle, le même

que j'avais

vue

si attentive,

que je rendais

devoir

à la reine

pendant

sa mère 2, devait

être

si tôt

après le sujet d'un discours

sem-

1. Monseigneur.

Il s'adresse ici au

d'Angleterre

dont

1669.

Condé.

grand

2. Henriette-Anne

était fille de Charles 1er et de

l'oraison

la reine Henriette-Marie, funèbre le 16 novembre

Bossuet avait prononcé

L'EXORDEest tiré

de

la

personne

même de l'orateur.

Il

est

40

ORAISON

FUNÈBRE

et ma triste

voix

y

était

réservée

mois?

à ce déplorable de leurs

vous,

tant

blable,

stère.

nées!

eussiez-vous

en ce lieu,

mini-

0 vanité! L'eùt-el'e

ô néant! il

cru

ô mortels

a

dix

desti-

messieurs, de larmes

ignorants

Et

versait

qu'elle vous y rassembler

pensé,

pendant

si

tôt

dût

pour la pleu-

qu'elle

rer elle-même? Princesse, deux

pleurât

grands

votre

mort?

royaumes,

absence,

et

la

le digne n'était-ce

sans

être

qui

de l'admiration

avec tant plus d'autres

de

objet

pas assez que l'Angleterre

encore

revit

réduite

à pleurer

de joie

pom-

votre

environnée d'un nouvel éclat, n'avait-elle

France,

vous

pes et d'autres

la seule parole

permet, sible douleur. pour y trouver

j'ai

paroles

princesse;

-ait

mon

gré

triomphes

au retour

de gloire

de ce voyage et de si belles

» C'est

me

sen-

sacrés

pour

vous,

fameux1

espérances? « Vanité des vanités,

c'est

d'où vous aviez remporté

qui me reste,

dans un

accident

Aussi

n'ai-je

quelque

pris

tant

et tout

est vanité!

les livres

2 que

et

si

la seule réflexion

une si juste

si étrange,

point

parcouru

texte

à: cette

que je pusse appliquer

et sans

choix

où,

sans

étude

les,premières

que me présente

pour

la vanité assez à

3 dans

hu-

l'Ecclésiaste,

elle

quoique

été si souvent

le

nommée,

seule

ne l'est

encore

Je veux

pas

dessein

déplorer

que je me propose.

toutes

les

mort

faire

un

main

de toutes les grandeurs

tous

seul malheur

,

calamités

voir

du genre

vie,

et dans une

la mort

qui

et le néant

convient

à

par une

humaines.

Ce texte,

les états et à tous les événements

de notre

raison

puisque jamais découvertes,

devient

à mon

lamentable

particulière, les vanités

ni

propre de la terre

sujet, été si clairement

n'ont

si hautement

confondues.

n'est

Non,

nom,

après ce que la vie n'est

les grâces et

nous

venons

qu'un

songe,

de voir, la gloire

la santé n'est

qu'un

qu'une

apparence,

du

mais la pensée ne tarde

personnelles

rappelle

à s'élever,

et

genre

simple;

guère

de ces considérations

par le texte

marquez

l'apostrophe

Bossuet passe

dès les

vite à son sujet,

,

Re-

lignes.

il

passe à

47.

sacré qu'il

premières

cru

de l'interrogation

et

de là à

,

l'eût-elle

comme,

et vous

la prosopopéeprincesse

la note 3,

1.

Ce

voyage fameux.

Voir, plus loin,

que

l'indicatif

page aujourd'hui chose de plus

que

élevé,

soit son la

par

se place.

2. C'est la

seule réflexion

me permet ; on dirait

a quelque

que me permette; cependant positif.

3. le veux

dans un seul malheur.

rend plus grand

Quelque grand encore et plus

de vue où il

Bossuet le

sujet,

manière dont il le considère

et le point

DE

LA

DUCHESSE

D'ORLÉANS.

41

les

vain

vant

l'ait mépriser Mais

image,

chercher

ravilir,

connaissons

vanités

frustrée

ne sont

tout

tout

est

faisons

de-

qui nous

fait

à son

est venu

sans se

rien?

Re-

plaisirs en nous,

Dieu

qu'un

dangereux

amusement; que nous

arrêté

a

le sincère

et

excepté

de nos vanités,

aveu

le jugement

ce que nous sommes.

1? l'homme

ombre?

la vérité

qu'une

Dieu

dis-je n'est-il du ciel

racheter

que ce que Jésus-Christ

a cru n'est-ce

en la terre,

de tout

ce qu'il

pouvoir,

son sang,

qu'un ce triste

notre

erreur

nous

: sans doute

imposait

la

faut

mort

spectacle des publique, nous

de se

humaines

tout

; et l'espérance de cette

à coup

par

princesse, à l'homme

loin 2. Une

poussait trop

avec les impies

que nôtre

sans règle et sans conduite au gré de ses aveugles désirs.

C'est pour cela que l'Ecclésiaste, après avoir commencé son

divin

après en avoir.

mépriser tout entier,

pas permettre

que,

croyant

de peur

jeu règne le hasard,

que j'ai mépris quelque

récitées,

des

disant

il ne marche

vie n'est qu'un

par les paroles

les

du

ouvrage

toutes

enfin

choses

rempli

pages à l'homme

humaines,

veut

et conclut tout son discours

montrer

chose de plus solide,

: « Crains

Dieu

en lui

3, et

1. Mais dis-je

du latin,

:

la vérité? Figure

l'orateur,

de langage qu'on appelle

sur sa

pensée,

Cor-

semble

rection,

la corriger

terre,

par laquelle

et

lui

revenant

donne de nouveaux développements.

pour

sur la terre.

Ainsi,

comme au ciel. »

— En

la

in terris, « en la terre

dans l'oraison

Dominicale

2, Bossuet paraît

s'être

inspiré

par

l'oraison funèbre

de Césaire

de ce magnifique

saint

Grégoire

de

de Nazianze :

passage

delà de la vie, tout nos mérites.

passent

vienne de lui? Quel est ce

est beau, tout est grand ; nos espérances sur-

se sou- en moi?

Qu'est-ce que l'homme,

nouveau mystère

et élevé,

humble

et au ciel.

pour qu'on

qui s'opère

je

j'appartiens

suis petit et grand,

à la terre

je rampe,

ici

mortel

et immortel;

je

à

à son héri-

D'un côté je touche

la terre suis de la

enseveli avec le

chair,-.par

Christ,

tage , devenir fils de Dieu, Dieu

de l'autre suis un

je

touche à Dieu. Si

Il

prendre

même. »

je

pur esprit.

par faut être

part

ressusciter

avec lui,

avec lui

3. Deum time,

et mandata ejus observa ; hoc est enim omnis

42

ORAISON

FUNÈBRE

garde ses commandements,

sache que le Seigneur examinera dans son jugement

car

c'est

là tout

l'homme;

tout

que

nous

1

vain

en

aurons

l'homme,

fait

si

de bien nous

ou

de mal.

» Ainsi ce qu'il

regardons

tout

donne

et

ce

est

au

monde

; mais, considérons

au contraire,

doit

tout

ce qu'il

à Dieu.

est important,

Encore

une

fois

si nous

tout

est

vain

telle;

contemplons le terme où elle aboutit,

faut rendre.

en l'homme,

mais

tout

si nous regardons

tout

le cours

de sa vie mor-

si nous en

qu'il

est précieux,

donc

est important,

et

le compte

Méditons

qui

pourvu

une

à la

vue de cet autel

de l'Ec- l'autre

qui

parole

de

les

aujourd'hui et la dernière

de

2

et

de ce tombeau

l'une

la première

montre

le-néant

clésiaste,

établit

notre

jours

prenne

pleurons

l'homme,

nous

l'on

sa grandeur.

néant,

Que ce tombeau

que cet victime notre

fidèle

autel,

d'un

convainque

offre

prix,

tous

nous

nous

pour en même

si grand

ap- que nous

Voyons

: la princesse et de l'autre.

temps sera un témoin

dignité de l'un

ce qu'une mort

mort

qu'elle a quitté sans peine, afin d'attacher à ce qu'elle a embrassé avec tant d'ardeur,

épurée de tous les sentiments de la, terre, et pleine du ciel

soudaine

Ainsi

lui

a ravi, nous

voyons ce qu'une

sainte

lui

a donné.

apprendrons

à mépriser

ce.

toute notre estime

lorsque

son âme,

où elle touchait, vérités

posées à un si grand l'univers.

la lumière

toute

manifeste.

Voilà

a vu

les

pro-

à traiter,

que j'ai

et que j'ai

et

crues dignes

illustre

d'être

à la plus

assemblée de

prince

CONFIRMATION.

« Nous a loué sans

mourons

prudence cesse au

tous 3,

au

disait

cette

second

livre

ainsi

que nous res-

femme

des Rois,

des eaux qui se perdent sans retour.

dont

l'Écriture et nous allons

la

tombeau,

effet,

» En

et cuncta quse fiunt

sit.

adducet Deus in judicium,.

(Eccl.,

c.

12, v.

13, 14.)

la

qui

siv.e bo-

homo!

sive malumillud

num, 1. Ainsi

discours tout à la fois-.

que sujet même, et que lui offre naturellement

tout est vain

,

: voici la PROPOSITION et

cet autel : antithèses

DIVISION du

naissent du

il

2.

Quece tombeau

la vue des lieux

parle. 3.

—Ici commence la CONFIRMATION.—Omnesmorimur, et quasi

dilabimur

in terram

met

envoyée

revertuntur.

(2 Reg.,

c. 14,

aquse

v. 14.) L'Écriture

femme

quaenon

dans la bouche de

pour

ces paroles

par

Thécua,

prince

Joab à David

fléchir ce

prudente

irrité

contre son fils Absalon , meurtrier

de

son fils aîné Amnon.

DE

LA

DUCHESSE

D'ORLÉANS.

43

tous à des eaux courantes.

les hommes,

fait

un

De quelque

ils

ont

superbe dis- une même

et tra-

semblons

tinction

origine; et cette origine est petite. Leurs années se poussent successivement comme des flots : ils ne cessent de s'écouler;

tant qu'enfin 1, après avoir

versé

que se flattent

tous

de bruit

peu plus

de pays les uns

dans

que les autres,

l'on

ils

vont

tous

ne

reconnaît

un peu plus

ensemble se confondre

plus ni princes, ni rois, ni toutes ces autres qualités superbes

un; abîme

les hommes; sans nom

de même

que ces fleuves

dans

qui distinguent vantés demeurent

céan avec les rivières

et sans gloire,,mêlés

l'es plus inconnues.

Et certainement,

messieurs,

si quelque

chose pouvait

tant

l'O*-

éle-

ver lès hommes

rigine,

solide

terre,

au-dessus

de leur

infirmité

si-l'o-

naturelle;

qui nous

dont

est commune,

entre

ceux

souffrait

distinction

de la même

quelque a formés

et durable aurait-il

qu'y

que Dieu

dans l'univers

Tout

de plus

que la non-seu-

se

distingué

faire

princesse

lement

je parle?

ce que peuvent

mais

d'une;

la naissance

de

l'esprit,

rassemblé

que

des rois,

et la fortune, l'élévation

pour

encore les grandes

princesse,

qualités

trouve

côté que je suive

couvre

plus

plus

plus puissantes tâchent

qu'elles

les rois

puis tant l'univers,

grande

et puis anéanti

les traces

dans la nôtre 2. De quelque

origine,

je ne dé-

de l'éclat

des

3,

la

les

de sa glorieuse

je

et partout

suis ébloui

: je: vois

la maison

de France

et

augustes

couronnes

de tout bien

sans comparaison maisons

de tirer

l'univers,

à qui

je

céder sans envie,

source ;

ont

peuvent

leur

puis-

vois

de-

de

de

de cette

gloire

d'Ecosse 4 , les rois de siècles sur une

plus

encore

d'Angleterre,

qui

régné

nations

des plus belliqueuses

courage

par leur

que par l'autorité

1. Tant

locution

qu'enfin,

un

familière

et vieillie,

mais em-

peu grande justesse.

ployée à propos

prolongée

2.

du

et d'une

Cette comparaison

sujet

devient

une sorte d'allégorie.

la grandeur

précipiter

Rassemblé et puis anéanti,

plus merveilleux

ces éloges

de

antithèses nées du

même

par- humaine ! Il ne semble l'exalter

et

donner

davantage que

qu'il

effet. Comme Bossuet sait se faire

de

plus

pour la

haut dans cet abîme,

sacré : Vanitas

a entr'ouvert

par les paroles

du texte

3. Je vois la maison de France

4;

les

rois

d'Ecosse ;

avait

: sa mère était fille

Tudor,

roi

IV,

dé Henri IV.

fille de Henri VII d'Ecosse. Henriette-

Marguerite

d'Angleterre,

Anne était fille

épousé Jacques

1er, qui

de Charles

était

fils de Jacques ler, de ce

nom en Angleterre

et VIe en Ecosse

44

ORAISON FUNÈBRE

leur sceptre. Mais cette princesse,

l'esprit

de sa maison n'ont pu l'accabler

née sur

le

trône,,avait Les malheurs

jeunesse;

et le coeur plus

hauts

que sa naissance.

dans

sa première

et dès lors on voyait

à la fortune.

en elle une grandeur

avec joie

qui ne devait

rien

arrachée

Nous disions

que le ciel l'avait

comme

pour

sent, Mais pourquoi nous ne pouvons

par miracle

des mains

des ennemis

précieux, en avait

du

inestimable

roi

son père,

pré-

la donner

à la France

: don

1 la possession

si seulement

été plus durable!

ce souvenir

un

vient-il

Hélas !

m'interrompre?

les yeux mêle aussitôt

moment

arrêter

sur la,gloire tout

de la princesse, sans que offusquer de son ombre.

et laisse-nous

la mort O mort!

pour

s'y

éloigne-toi

pour 2 de notre

pen-

la vio-

joie. Souve-

sée,

lence de notre

nez-vous donc, messieurs, de l'admiration

d'Angleterre donnait à toute la cour : votre mémoire vous la

peindra

ceur,

croissait

les années ne.cessaient

et

un

de temps,

tromper,

peu

douleur

par le souvenir

de notre

que la princesse

dou-

Elle

mieux

avec tous ses traits

jamais

et son incomparable

toutes

de

que ne pourront

au milieu

faire

mes paroles. les peuples,

des bénédictions

de

lui

tous

de nouvelles.grâces.

apporter

Aussi

tion,

pagne.

dessus3 de cette princesse.

seule capable, de soutenir

la reine

dont

elle a toujours

sa mère,

vous

par

été la consola-

faisait Anne d'Es-

ne l'aimait

Anne,

pas plus tendrement.que

le savez,

sa piété

messieurs,

Après nous avoir

ne trouvait

rien

au

donné une reine, vertus

royales, 4, elle voulut,

et par ses autres

tante

la réputation

d'une

si illustre

1. Si seulement

Propria

haec si dona fuissent.

(AEn., lib.

VI,

v. 872.)

Mêmes regrets

de la même

exprimés

manière par Virgile

vive

et

et par

sert

Bossuet, dans une occasion semblable.

0 mort!

2.

éloigne-toi entre cette

aussitôt.

de transition

qu'il commence

du style de ce portrait

portrait

de Cromwell,

Là,

c'était

Salluste

et

apostrophe

animée, de la reine

la

, idée du

néant et le portrait

la

à l'énergique

grâce et

délicatesse

concision du

22.

page charme de

Remarquez;

comparez-le dans l'oraison

ou Thucydide,

funèbre de la mère,

ici c'est tout

le

Tite-Live

ou de Xénophon.

rien

3. Ne trouvait

ou d'Autriche

au-dessus. Anne d'Espagne

la femme

voulait

faire de Henriette-Anne

de Louis XIV, mais ce-

lui-ci ne la trouva

4.

Unetante

à son

pas si illustre.

gré. Anne d'Autriche

lippe III,

roi d'Espagne et soeur de Philippe

était

IV,

le

fille

père

de Phi- de Ma-

,

DE LA DUCHESSE D ORLEANS.

ce que l'univers

45

de plus

la

mettre

dans

sa famille

avait

pour grand, princesse le coeur

cherchée de tant

remplir

d'un

premières Que si

de France ,

et,

quoique

pouvait

son

le

second fils, roi

que Philippe Henriette;

1 égale la sagesse,

épousât

dont

d'Angleterre,

un trône,

sût que la princesse

honorer

sa soeur, re-

il

lui

vit

de rois,

la seconde place de France,

peut mettre

que la dignité

avec les

dire

de vous

Je pour-

avec joie

si grand

était

en comparaison

eu raison

royaume

du reste

son rang

du monde.

la distinguait,

j'ai par son mérite.

croyait à Madame

qu'elle

encore plus distinguée

de l'esprit, on avait

rais

des

perfection

encore ajouter, que les sages et les plus expérimentés admi-

raient

plus grandes

les plus matière

vous faire remarquer

ouvrages

qu'elle connaissait

l'on

que su plaire

si bien la beauté

avoir

2 : je

atteint

la

pourrais

sans peine les

de facilité

dans

quand

cet esprit vif

et perçant, et

qui embrassait avec tant

affaires,

pénétrait

secrets intérêts. Mais pourquoi m'étendre sur une

où je

puis

tout

dire

en un

mot?

Le

roi,

dont

Je ju-

gement est une règle toujours,sûre 3, a estimé la capacité de cette princesse et l'a mise par son estime au-dessus de tous

nos éloges. Cependant

n'ont

était,

ses lumières

ni cette

estime 4, ni tous

h sa modestie.

ces grands

Tout

avantages

pu donner

atteinte

éclairée qu'elle

et

jamais 5 à ce que de sa con-

quel

elle n'a point

présumé

éblouie.

grande

avez-vous

de ses connaissances, Rendez

témoignage

a-honorés

princesse

trouvé

plus

ne l'ont

vous que cette

esprit

je dis,

fiance s quel

élevé ? mais

rîe-Thérèse,

Bossuet prononça l'oraison

fut

mariée à Louis XIV le 4

funèbre

funèbre

1660. En 1683,

de Marie-Thérèse. En 1667,

qui

juin

il avait

dernier

mais obligatoire et

concis. 2. Plaire à Madame. Elle venait de donner à Corneille et à Ra-

mais ce

prononcé

l'oraison

d'Anne d'Autriche,

discours n'a pas été

le

coeur

imprimé.

1. Dont

Éloge

peu mérité,

cine le sujet de Bérénice. Elle savait distinguer

marquez

ajouter

conforme

Boileau. Re-

,

la

Prétermission;

je pourrais

rendu

vous faire remarquer

mais pourquoi

,

,

3.

A estimé

hommage

en passant

de

au roi

du siècle. l'opposition

Louis XIV.

entre

ce»

Ce

compliment

est

à l'esprit

tirée

4.

la

transition

Remarquez

brillants

avantages

et la modestie de la reine.

5. Rendez témoignage, apostrophe,

espèce d'obsécration^

46

ORAISONFUNEBRE

esprit avez-vous trouvé plus docile? Plusieurs, dans la crainte d'être trop faciles, se rendent inflexibles à la raison et s'af-

fermissent

contre

elle.

Madame

s'éloignait

toujours

autant

de la présomption que de la faiblesse; également estimable,,

et de ce qu'elle savait trouver

qu'elle

naître,

cette princesse, nouveau genre d'étude et presque inconnu

aux personnes de son âge et de son rang,

les

sages conseils

et

de ce

On

les sait bien

con-

qui plaisait

ajoutons,

tant

à

si vous

était

quand

de

les recevoir.

capable on fait sérieusemeut

l'étude

voulez, de son sexe , elle étudiait ses défauts ; elle aimait qu'on

fit

forte

de les envisager sources qu'elle

sincères 1, marque ne dominent

lui

des leçons

en

assurée d'une âme

ne craint

point des res-

que ses fautes

et qui

pas,

de près, sent

par une secrète

les- surmonter.

confiance

C'était

le dessein-

pour

d'avancer

dans

cette

étude

de

la sagesse

qui

la

tenait

si

attachée

la sage conseillère

à la lecture

de l'histoire, des princes.

avec raison

grands

dégra-

subir,

et

qui

ne tiennent devoirs

de

insen-

etr

qu'on C'est là

appelle que les plus

et que,

ils viennent

rois

plus dés à jamais

sans cour et sans suite,

de tous les siècles;

vient de la flatterie est superficiel, et que* les fausses couleurs,

quelque

pas. ceux dont siblement

n'ont

de rang que par leurs vertus,

de la mort2',

par les mains

le jugement

de tous découvre

les

les peuples* que le lustre

les

c'est là qu'on

qu'on

industrieusement

notre

la

admirable

applique,

y

Là

étudiait

:

elle

princesse

l'histoire

vie compose

perdait

le goût

des romans

et de leurs

fades héros;

soigneuse de se former

sur le vrai,