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J’ai enfin terminé. Après quelques semaines de lecture quotidienne, par fréquence de 20/30 pages chaque soir, je viens enfin d’arriver au bout. Il n’est certes pas très aisé de lire un ouvrage de 550 pages sur un écran d’ordinateur [e-book officieux oblige avant la sortie officielle sur papier] mais le défi en valait largement la peine. Et quelle peine agréable !

Nous attendions depuis des années voire des décennies, un ouvrage de cette teneur, de cette finesse, de cette intelligence et de cette intensité si symbolique dans la représentation mondaine et contemporaine de l’orthodoxie sunnite .

Un ouvrage si ingénieux dans l’argumentation de cette conscience islamique contestataire face à la dictature moderne mondialisée. Nous en avions tellement besoin et par Allah je exagère pas dans ce propos.

Nous avions besoin de sortir dans un langage audible à tous, du musulman intègre au plus forcené des opposants laïcard, notre contestation de cette uniformisation mondiale pseudo démocratique et notre vision islamique limpide comme rempart à ce sinistre projet.

Nous avions besoin d’une représentation intellectuelle et explicite de notre vision entière et sans concession aucune d’une conviction profonde, assumée, identitaire et fière.

Nous avions besoin de cette élite islamique naissante franco-française indépendante des gesticulations néo-coloniales des supposés « représentants musulmans » à la solde de la république, des pseudos réformateurs « musulmans démocrates » et des prétendus élites du groupe sauvé apolitique soumis aux désirs des despotes.

Il était donc temps que cette voix juste et autonome se libère de son carcan fermé presque de sa clandestinité habituelle pour affirmer, au tout public et de manière claire, notre opposition à cette modernité imposée et notre volonté de préserver notre identité musulmane et ce d’une manière argumentée et abordable.

En somme une réflexion intellectuelle soumise à aucune prétention politique actuelle ni intérêt profane comme ce fut toujours le cas des élites culturelles de notre ère.

« Les « intellectuels » dans les sociétés occidentales jouent un rôle prépondérant comme le prouve le poids de plus en plus prégnant des think thanks dans les sociétés anglo-saxonnes qui façonnent les politiques à suivre par les gouvernants.»[1] Nous rappelait justement notre frère éditeur Abû Sulaymân.

Le poids de l’histoire et des époques nous confirment cette réalité frappante du rôle des élites intellectuelles dans l’établissement des idéologies et de leurs propagations jusqu’au sommet des gouvernances étatiques impérialistes:

« La plus grande partie de ces élites culturelles était, d’une façon ou

d’une autre[

dominantes, et imbriquée à elles.[

unilatérale : la puissance politique, entrelacée à la mosaïque de la production économique de façon différente dans les sociétés traditionnelles et dans les sociétés modernes, avait besoin des élites culturelles pour asseoir sa domination.» [2]

]dépendante

des couches politiques et économiques

]La

dépendance n’était pas

Ne voyons nous donc pas tous ces faussaires intellectuels imposer leurs vues politiques et culturelles à la masse populaire avec l’aval de l’oligarchie dominante, ne voyons nous pas ces élites et cercles politico- religieux défendre leurs identités et leurs héritages aussi funestes soient- elles partout où cela est possible (ouvrages, télévisions, radios, journaux, sites, conférences…).

Et même si, nous le savons que trop bien, l’artillerie médiatique étoufferait pernicieusement un cercle et une élite audible et intellectuellement compréhensible à tous, issue de notre giron idéologique et d’une double culture arabo-européenne, cette élite permettrait tout au moins de mutualiser les nôtres et de se faire correctement entendre par n’importe quel individu que ce soit du musulman soucieux de son identité que du républicain farouchement hostile.

Ce livre s’annonçait ainsi comme le début, à mon sens, de cette posture lucide, subversive et perceptible de nos convictions théologiques et de notre vision mondaine de la société franco-française. Mais ce livre a t-il donc tenu toutes ses promesses ?

Mieux que ça ! L’auteur dissèque, dans un véritable fil conducteur, les similitudes et les corrélations évidentes que présentent les idéologies anciennes et actuelles (socialisme, communisme, laïcité, démocratie, jacobinisme, scientisme, humanisme …) avec son géniteur paternel qui est le christianisme falsifié presque originel du faussaire Paul de Tarse :

« C’est réellement Paul de Tarse qui est le premier à insuffler à ses fidèles la soumission absolue aux autorités temporelles, alors que les apôtres, tous ensemble, ont pourtant proclamé : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes ». » [3] nous explique donc l’auteur.

C’est donc en partant de cette base initiale de l’avènement du

christianisme altéré jusqu’au système laïco-démocratique actuel que notre frère élabore une véritable thèse innovante dans son synchronisme et si évidente dans son argumentation aussi bien historique, mondaine que théologique.

La connexité ne s’arrête pas ici. Les promesses vont bien au delà d’une simple ligne directrice sur les bases séparatistes du temporel et du spirituel inspirées par le christianisme primaire liquéfié par la suite dans toutes sortes de sécularismes et de pensées politiques propres à l’Occident, oh que non !

Les disciples inconscients ou non, de ce socle moderniste dogmatique (presque religieux), issue de notre propre communauté ne sont pas en reste !

En passant par les escapades colonialistes, les dépendances des État arabo-musulmans à l’ancien maitre Européen, l’immigration programmée maghrebo-africaine, les injections laïco-séculières dans différents mouvements islamiques du plus hétérodoxe (soufisme) au plus prétendu conservateur (néo-salafisme), c’est là que l’auteur porte les promesses attendues par cet ouvrage bien au delà de nos attentes.

Le frère emploie une argumentation limpide et variée en faisant sien les dires historiques des célèbres philosophes des siècles passés afin de démontrer l’utopie de la doctrine démocratique.

En corroborant les paroles de différents partisans idéologiques et religieux afin d’appuyer justement la faiblesse de leurs adhésions théoriques puis enfin le frère souligne les errances contradictoires des laquais issue de notre propre « ummah » pour amener à une thèse complète, imparable et audible aussi bien pour le musulman initié que pour le mécréant novice :

« L’infime minorité qui ose lever la tête, fière d’une identité profonde et sans complexe, réagit en ordre dispersé, manque de cohérence dans des réactions parfois inopportunes, mobilise trop souvent des arguments aussi maladroits qu’obsolètes et surtout de niveau bien moindre que ses opposants.

Or pour avoir un impact significatif, pour tenir en respect les assaillants, pour dégager le siège de la citadelle Islam dans laquelle les musulmans de France sont acculés, la contre-attaque intellectuelle doit être absolue et totale, d’une intensité égale et d’une implacabilité équivalente.» [4] prévient l’auteur dans son introduction.

C’est donc dans cette offensive intellectuelle et pleine que le frère établit

sa ligne directrice et sa démonstration tant imprégnée de réalisme que l’on s’en trouve ébahi, une fois la lecture terminée, de n’avoir jamais pressenti la brutale exactitude des faits rapportés.

Loin de s’arrêter aux affinités doctrinales des théories modernistes et des différents courants prétendument musulmans inspirés par celles-ci, un travail déjà titanesque, notre frère Aïssam nous rappelle avec force la pertinence et le rempart dogmatique que représente la religion islamique face au système moderne occidentale en détaillant avec simplicité les différentes fonctions juridiques musulmanes et la cohérence de la pleine fusion entre temporelle et spirituelle inspirée par l’ordre coranique divin.

En outre il apporte au malaise de la masse musulmane française victime de la dictature hystérique laïque, des outils théoriques pour la défense de leurs patrimoines religieux et des ébauches de solutions pour un aboutissement identitaire et autonome.

Je reste toutefois dubitatif face à quelques manquements théoriques qu’impose indéniablement ce fil conducteur de la pensée laïco- démocratique post chrétienne. En effet l’infiltration juive en la personne de Paul de Tarse dans l’altération du christianisme originel ainsi que de celle du juif ‘Abdullah ibn Sabah dans la déviance hérétique chiite dans la religion musulmane ne sont que très peu voire aucunement étayé.

Cette parenthèse est pourtant un élément troublant de la nature compulsive judaïque et de l’empreinte coutumière de leurs falsifications pernicieuses du dogme monothéiste :

« Le fondateur de la secte Chiite Rafidith est un Juif Abdallah ibn Saba. Il s’est converti à l’Islam en apparence mais il cachait ses convictions juives au fond de lui, dans le but de pervertir l’Islam de la même façon que Paul le chrétien d’origine juive a perverti la religion chrétienne.» [5]

Il est donc assez dommageable que l’auteur n’ait pas pris ce flagrant paramètre en compte bien que nous comprenions que, dans la ligne directrice de la thèse élaborée dans l’ouvrage, cette parenthèse aurait pu dévier la démonstration illustrative vers un long développement théorique pas forcément nécessaire pour le lecteur.

Le thème de l’ouvrage met également en lumière la nature complètement utopique des résistances anti-impérialistes actuelles, j’entends par là le retour au monarchisme catholique traditionnel, le retour à la doctrine nationaliste, le souhait d’une réconciliation patriotique citoyenne franco-maghrebine, alors que toute ces solutions rejoignent sans l’ombre d’un doute l’idéologie républicaine et démocratique voulue par la classe dominante !

Comment rétablir une royauté catholique en sachant que c’est justement en partant de cette altération chrétienne qu’est née le sécularisme laïc ?

Comment rétablir l’idée nationale alors que celle-ci n’est qu’une autre forme républicaine divinisant la patrie sur le divin ?

Comment aspirer à une réconciliation patriotique entre maghrébins musulmans et français laïcisés en connaissant tout bonnement l’immensité culturelle et civilisationnelle qui sépare ces deux entités ?

Notre livre répond avec justesse à toutes ces naïvetés sans précédents. Car disons le sans tergiverser, c’est bien un projet civilisationnelle que porte l’Islam et ce dans toutes les sources de ses ramifications et c’est en cela que l’orthodoxie musulmane est synonyme de danger primordiale pour l’hégémonie mondialiste actuelle.

Le musulman se doit donc de lever la tête, de (ré)hausser les valeurs traditionnelles de ses convictions, de fédérer les siens autour de ses principes, d’étudier les réalités contemporaines qui se jouent dans notre environnement présent et de se défaire à jamais des atteintes psychologiques modernistes rabâchées par l’Occident depuis notre plus jeune âge.

C’est avec cette insistance limpide et cette résistance volontaire que le frère Aïssam caractérise le dénouement primordiale que chaque musulman soucieux de son patrimoine et de son identité se doit de préserver avec force, nous finissons donc par ces mots explicites de notre auteur :

« Le clergé de l’intolérante religion démocratie-laïcité et son inquisition appelleront « communautarisme » cette volonté de se prendre en charge et d’être autonome. Cependant, nous leur affirmons que notre seule volonté est de protéger notre identité, vivre décemment et résister à l’oppression politique et sociale que nous subissons….

Si cette attitude relève du communautariste, alors sans peur et sans reproche, nous sommes bel et bien communautaristes. Car même dans la configuration actuelle d’hostilité généralisée envers l’Islam, que ce soit au niveau mondial ou au plan franco-français, nous sommes toujours condamnés à vivre mais non à vivre en condamnés.

Dès lors autant briser nous-mêmes les chaînes de la servitude psychologique, morale et sociale, avant de prendre activement en main nos vies, en attendant des jours meilleurs, tout en contribuant à rebâtir leurs fondations et en sachant que : « L’islam est apparu comme quelque

chose d’étrange et redeviendra comme quelque chose d’étrange, Alors annoncez la bonne nouvelle aux étrangers ».» [6]