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Pressensé, Francis de (1853-1914). Les lois scélérates de 1893-1894. 1899. 1/ Les contenus accessibles sur
Pressensé, Francis de (1853-1914). Les lois scélérates de 1893-1894. 1899. 1/ Les contenus accessibles sur

Pressensé, Francis de (1853-1914). Les lois scélérates de 1893-1894. 1899.

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Les Lois Scélérates

lnl1)J)DE1893-18941893-1894

"u

par

FRANCIS DE PRESSENSÉ UN JURISTE ET EMILE POUGET

83B

PARIS EDITIONS DE LA REVUE BLANCHE

'^y/

ff

I) RUE LAFFITTE,

i899

I

.4

Les pagesquicomposent cettebrochureontd'abord paru dan3 Larevueblanche

1°NotreLoides Suspects,par Francisde Priessensé, n° du i;>

janvier1899

2»Commentontété faites lesLoisScélérates,par Un Juriste,

n°du1erjuillet1898

3"L'application desLois d'exception de 1893-489Ï, n° du la. juillet 4898.

LES LOISSCÉLÉRATES

DE1893-1894

C~y:,

Notre

loi des

Suspects.

a:.

La France a connu à plusieurs reprises, au cours de ce

siècle,

ces paniques, provoquées parcertains attentats, savam-

payer

la réaction et

ment exploitées par

à la liberté

qui ont toujours

fait

les frais d'une sécurité menteuse. Sous la monar-

chie de Juillet, les lois

pression

de septembre furent votées sous Fim^

de la'

de tentatives de

régicide,

prétexte réalité dans le dessein

sous le

de l'ordre social, mais en

défense

d'étouffer

par la peur le mouvement révolutionnaire qui se

dans les

d'un peuple tenu hors

et qui avaient cessé de plaire aux

masses profondes

ils devaient

places,

hon-

poursuivait

l'enceinte du pays légal,

anciens rarbonari leurs du nouveau

de la Restauration,- devenus les conserva-

régime auxquels

ncurs et fortune. Ces lois d'exception furentle commencement

de là brouille définitive entre la royauté soi-disant répubhV

caine de la branche cadette et une démocratie dégoûtée

monopole politique

que

de

d'une

l'ancienne

.“' l'hypocrisie du juste milieu, du

hourgeoisie aussr égoïste

noblesse

au capitalisme. C'est de

et

• ."public une datent,

hors la loi par

et moins décorative

et de la corruption croissante d'une société asservie

de ces mesures do salut

l'adoption

accélérée du socialisme, mis

l'expansion

un gouvernement oublieux de ses origines, et

1

le renouveau de l'idéalisme républicain révolutionnaires proscrit de paries la Restaura* anciens compiles des conspirations

tion, et le dégoût sans de justice et de progrès.

borne et sans retour des libéraux, épris < j'

-

.391

LES

LOIS

SCÉLÉRATES

DE 1893-1894

Le second

Empire fondé sur le crime, né d'un coup d'Etat,

origines ou à mentir à son

avait

le

n'avait pas à renier ses

Régime hybride qui

mules à la doctrine césarienne de l'Elu du

principe. ses for- c

l'impudeur'd'associer dans

écrasant

peuple

également

qu'ait

la doctrine

légitimiste de l'hérédité, il affectait

fronton d'une constitution copiée sur celles de

à-dire du despotisme

tes

principes base du droit

d'Orsini,

pendre le peu de

laisser à ceux des

d'inscrire au

l'Empire, c'est-

plus

monde,

Droits de l'Homme, 1837, après l'attentat

connu le

de 1789 et la déclaration des

public des Français.

En

il jeta le masque. La loi de sûreté générale vint sus-

daigné

Canru-

garanties que le 2 décembre avait

citoyens français que

de

Maupas ou

la mitraille de

bert et les proscriptions

gnés. Dès lors, le second

de Morny avaient épar-

au front d'une tacite

Empire fut marqué

je

ne sais

indélébile. Il eut beau revêtir

libéralisme

tes formes de ce

servi, en dehors du sol

ont pu

dos

comédie

louches combinaisons- des

quelles défroques d'un

s'approprier

n'a

jamais

mensonger. Il eut

beau chercher à

parlementarisme

historique

d'emprunt qui

mesquine

où il est né et où ses racines

couches apportées par les alluvions

s'enfoncer dans les

siècles, qu'à dresser le décor d'une

et sordide ? (

d'intrigues et qu'à tendre un paravent devant les

politiciens de chambre et d'anti-

,Hi

peur,

transparaître

un

chambre. Le césarisme avait sué sa

son âme de défiance et

il avait laissé

d'oppression, il avait avoué, dans

hoquet de terreur, sa haine des garanties élémentaires du u droit

et son

s'abaisse

inguérissable amour pour

sabre protecteur.

la force

brutale, pour la police

lutélaire et le

Itègle générale suspects, quand

quand un régime promulgue sa loi

des

il dresse ses tables de

proscription, quand, il •

dans rarsenai des

à chercher d'une mais fébrile

vieilles législations les armes empoisonnées, les armes à deux-

tranchants

de la peine forte et dure,

c'est

qu'il est

dans ses 'œuvres vives, c'est qu'il se débat contre un

ne pardonne p;as,

fiance des

11 s'agit

peuples,

de

c'est

qu'il a perdu

atteint mal qui “.~`

non seulement la con-

mais toute confiance en soi-mème.

savoir à cetteheure silaRépubliqueFrançaiscen .,

,w,4

~y.s

rr.a.« o.a~

N.

NOTJIK LOI DESSUSPECTS

33

est là. Je

m'empresse que de la République telle

portunisme,

Président-parvenu qui joue au souverain, d'un premier minis-

à sa lourde

tre sournoisement brutal

de dire bien haut

telle

que

que, s'il ne s'agissait

vingt-cinq ans d'op-

espèces d'un

la peine de se préoc-

l'ont faite

nous la connaissons sous les

qui essaye d'adapter

de la

pas beaucoup

que

main la

poignée du glaive

représenté,

raison d'Etat, d'un Parlement

sauf la conscience et l'âme de la France

où tout est

"il ne vaudrait sans doute

cuper bien vivement du sort de cet' édificebranlant. Nous ne

devons

tage

une

pas oublier, toutefois,

la

que

République a cet avan-

souffler

la diffé-

qui

ne s'établirait

d'ètre

une forme vide, un corps où

gouvernement

de nos

nous pouvons

pouvons mettre un esprit et qu'à

âme, où nous

rence de toute autre

pas

des artisans de l'avenir et sans avoir

sans avoir quelques-uns

supprimé quelques-unes

prête

à

merveille,

loir,

lisations progressives

pauvres franchises, elle se

si seulement nous avons la force de le vou-

à toutes les transformations nécessaires, à toutes les réa-

à dire qu'elle

de l'idéal. Ce qui revient

est la forme

que tout ce qui y porterait tion.

Eli

adéquate du gouvernement

de tous

par

tous et

atteinte constituerait une usurpa-

tant

d'espérances,

bien cette république qui a trompé

de

l'impression

terrifiante d'attentats

elle aussi, ses lois de

elle a, en un jour

panique, adopté,

septembre, sa loi de sûreté générale,

sa loi des suspects. pour lesquels ceux

'qui me connaissent ne s'attendront sûrement pas à ce que jo

les .Chambres

Sous

m'abaisse à me

défendre d'aucune indulgence,

de précipitation

ont voté en 1893 et en

cipes

1894, d'urgence, au pied levé, dans

etde

légèreté, desmesu-

des conditions inouïes

res qui ne sont rien de moins que la violation de tous les prin-

de notre droit. Dans

la seconde partie de cette brochure,

exposé

un juriste a admirablement

^législation d'exception.

à

scélérates, a dépouillé, dans le dernier

le caractère de cette ses relations mettent"

Un écrivain, que

même de bien connaître" les victimes de ces lois vraiment

chapitre, quelques-uns

qui

est

faite plus

de? dossiers des procès intentés de ce chef.

Je n'insisterai pas sur une démonstration

loin, el bien faite.

Qu'il me suffise de dire que ces lois frappent,

4

LES

LOIS

SCÉLÉRATES

DE 1893-1894

de propos

sont faites contre

délibéré, des délits ou descrimesd'opinion;

une catégorie,

qu'elles

non

modifient la

qu'elles

pas de délits ni de crimes,

mais de personnes

juridiction de droit

commun en matière de

établissent un buis-dos

duction

crite d'une

que le bagne

à

presse, laquelle est le

jury qu'elles

repro-

permettent l'imposition hypo-

qui n'est autre

monstrueux en supprimant la

relégation,

des débats qu'elles

peine accessoire, la

et

mois

qui peut être le corollaire d'une condamnation

d'emprisonnement

qu'elles donnent une qu'elles prétendent

l'entente, des entre- à une con- ont créé un crime, mais

de participation répression que

présence

à

énumé-

quelques

prime à la provocation et à la délation

atteindre, sous des faits aussi

tiens privés, des lettres

le nom d'entente et

peu susceptibles de

missives, voir la

versation, l'audition de certains

nouveau délit, non seulement de

propos qu'elles

provocation résulter de la

au

d'apologie du crime, lequel peut

ration objective des

simple

circonstances dans lesquelles

tel ou tel

attentat se sera produit. J'en passe. à cela

Ajoutez

que l'application

de ces lois de férocité

plus que dracon-

c'est une

niennes a été faite dans un

sorte de

esprit

que

au couteau 'entre les soi-disant sauveurs et les

,que

participation

à des soi-

délibérément

guerre prétendus ennemis de la société

l'on a vu les tribunaux

frapper impitoyablement de la prison et de la relégalion,

c'est-à-dire du rées familiales scélérates d'un

chanson révolutionnaire

le

terrible machine

bagne à perpétuité, la

(Angers), l'audition des paroles

agent provocateur (Dijon),

(Milhau) que

le chant d'une

l'on n'a

pas respecté que cette 'i;?

nous et

principe

essentiel de la non rétroactivité des lois

d'injustice fonctionne au milieu de

onze malheureux ont

que

déjà été, en vertu de cette véritable ~M

mise hors la loi, condamnés à

tion. De telles constatations suffisent. Elles devraient du moins

cette peine atroce de la roléca-

suffire pour des esprits un tant

qui soient restés, si peu que

La Fayette, des Barnaye,

et des Laboulaye.

sîstoi1 dans la

soit peu libéraux, j'entends

ce soit, fidèles

aux doctrines dés

des

Benjamin Constant, des Barrot

d'injustice ne peut sub-

Un tel monument

législation d'un peuple qui se dit et se croitet

"i

NOTRE

LOI

DES SUSPECTS

5

veut

être libre. Que si

un tel appel à la conscience républicaine

égoïstes.

ne suffisait moins élevé

ception sont des armes terriblement

pas, il ne manque pas d'arguments d'un ordre

Ces lois d'ex-

dangereuses. On' les

pour convaincre les

bâcle sous prétexte d'atteindre une catégorie

cialement en

d'hommes spé-

public. et c'est déjà un scandale et

On

butte à la haine ou la terreur du

appliquer

commence par les leur

une honte

ctours bien

sistible. Il est si

qui devraient faire frémir d'indignation tous les

placés. Puis on glisse sur une

commode,

pente presque irré-

d'interpcétation en assimilation,

termes d'une définition

déplaît, à tout ce qui,

le public. Or qui

Hier, c'était les

de ces

intrépides -champions de la

une foi

Qui sait si pas eux aussi

n'ajouter pas

par d'insensibles degrés, d'étendre les

à un moment

peut s'assurer d'é-

chapper à cet accident?

socialistes révolutionnaires ont été indirectement visés. Puis

c'est le tour

anarchistes. Les

élastique à tout ce qui

donné, pourrait effrayer

aujourd'hui

justice, qui ont le tort inexcusable de

aveugle

demain

sous le

entre les

à

l'infaillibilité des conseils de

guerre. les simples républicains ne tomberont de ces lois ?

coup

Qu'on se figure ses armes terribles

l'état de siège agré-

pour

retourner

mains d'un dictateur militaire et

Salut Public

contre des

menté de l'application des lois scélérates, ou,

l'hypothèse, un Comité de

qu'on

se

représente une faction révolutionnaire,

jacobin, s'emparant de ces effroya-

conservateurs qui ne sauraient

bles dispositions

qu'opposer

à ce Patere

legem quam ipse f'ecisti. Que ce ne

esprit malade,jeux d'esprit

que prouve la phrase dans

soient point là chicanes nées d'un

d'un avocat sans scrupules, c'est ce

laquelle un jurisconsulte,

reconnu qu'il

est des

geois visant

M. Fabreguette, a expressément

cas où, malgré l'amendement de M. Bour-

les

anarchistes, la loi devrait

nominativement

élargir la portée

de ses définitions en vue d'atteindre des cri

mes ou délits similaires. On sait où la méthode d'analogie

peut entraîner des

J'estime d'ailleurs

esprits prévenus.

ce sont là des considérations secon-

d'exceptions ne pourraient

que daires. Quand bien même les lois

frapper,

comme elles

elles n'en seraient pas moins la

prétendent viser, que des anarchistes,

honte du

Code parce qu'elles

A~b~w". LESLOIS SCÉLÉRATESDE 1893-189^ t.

Une

société qui, pour vivre,

signé de ses propres

Ce n'est

pas

sur

quelques autres,

6

~n .+

en

violent tous les

aurait besoin de telles

mains son arrêt de déchéance et de mort.

l'arbitraire, sur

sociale. La redoutable crisf

crime de

+~

principes.

mesures aurait

déchaînée

l'injustice, que l'on

n'aura

peut fonder la sécurité

dans ce pays par le

quelques hommes, la

plus grand

complicité de

la lâcheté d'un bre

sation si elle

A la lueur

de

nombre

pas

et l'indifférence d'un nom-

été sans

quelque compen-

droit, de

républicains intègres, à

plus grand encore,

ouvre les

yeux à ce qui reste d'amis du

justice,

de

fermes défenseurs de la

certains dangers et à certains devoirs.

aveuglante de l'affaire, nous avons entrevu des

Il

nous a été révélé des choses

auxquelles

pouvions croire. La scélératesse de

répercussion

effrayante sur la

qu'il n'existe

est démontré

abîmes d'iniquité.

nous ne voulions et ne

quelques

faiblesse

pas

fussent-ils

hommes a eu une

de beaucoup d'autres. Il

plus grand péril que

empanachés.

n'est

de faire crédit aux individus

couverts de galons

catégorie

et d'étoiles. Il est

juges

évident qu'il – mômes civils

de vie et de mort sur toute une

légitime défiance des hommes, cette crise nous aura

défiance non

vainqueurs

portent, quelle tâche

de

que le marchepied de

seul moyen de préserver le modeste dépôt de nos libertés

acquises, le patrimoine si peu ample de

ditaires, c'est

apprisla

pas de pire danger que de faire à des

le redoutable

présent d'un droit arbitraire

de

citoyens. Après la

S

ë

moins salutaire des institutions. Si nous sortons .'t

de ce

grand combat, si la justice et la vérité l'em-

s'offre ou

plutôt s'impose

à nous

souffle du libéralisme

?'

Quiconque a gardé au cœur le moindre

nos pères, quiconque

voit dans la

République autre chose

qup le

sordides ambitions, a -commis

sans relâche

peut plus la condition de faire

qu'une

nos franchises héré-

l'œuvre de justice

être un

de poursuivre

sociale de la Révolution. A cette heure on ne

libéral sincère,

consciencieux, qu'a

deux-raisons

publia ~t!

quement et irrévocablement adhésion au parti de la Révolu

lion. Cela,

pour une société et que la liberté n'est

parce que tout se tient dans

forme vide et un vain

~z'

mot, un trompe-î'œil

sous forme d'institutions les conditions sociales de sa réalisa-

hypocrite, tant qu'on

ne lui donne

as

NOTRE

LOr

DES SUSPECTS

j

gardé

souci

tion individuelle

puis, parce que le

peuple

seul a

quelque foi, quelque idéal, quelque«générosité, quelque

désintéressé de la nécessairement, est

justice et que le peuple,

par définition,

révolutionnaire et socialiste.

Donc l'affaire aura eu ce bienfaisant résultat de faire

pren-

avaient

dre position sur ce terrain large et solide à ceux

bien l'intuition de ces vérités, mais

timidités retenaient et

qu'il n'a pas

,pressant d'un grand devoir pour

bides

du rêve et de l'inaction. Avant

qui que des scrupules ou des fallu

arracher aux charmes mor-

d'entreprendre une à

moins que l'appel

programme

conquérir,

une les innombrables réformes qui constitueront le

du nouveau

faudra déblayer

ce une

parcelle

lois d'exception

qu'il

{

le sol. Il serait

de

justice,

impossible de

parti et qui figurent sur les cahiers du travail, il

fût-

en laissant subsister la menace des

de 1893-1894. C'est le premier coup de pioche

faudra donner.

Tous, nous le sentons. Tous, nous l'avons

dit et répété aux publiques que

que ceux qui n'y sont pas venus et

applaudissements

du peuple dans ces réunion

n'ont blâmées ou raillées

où s'est scellée l'alliance féconde entre les

travailleurs intellec-

.:

tuels et les travailleurs manuels sur la base commune de la

progrès. Il y a

conscience et de la science mises au service du

là des engagements qui

ont été pris, qui devront

être, qui

que

seront tenus,

et tout le monde en est si

le

qui a mené avec courage le bon com-

convaincu

Comité d'une Association

bat,

mais qui est loin de

de la

représenter l'élément avancé, le

ses conclusions dans

Comité

nommé une commission de

d'abord dans leur application,

Ligue des Droits de l'Homme et de Citoyen, a

cinq membres pour étudie! tout

des lois

d'exception de 1893- I

un rap-

1894 (it pour lui présenter

port.

Bon espoir

donc et

à l'œuvre De l'excès du mal naîtra le

bataille que

se

forgent tes armes

Nous

voyons apparaître

à l'horizon

mieux.

avons- vu, nous avons subiles crimes d'un

militarisme aussi contraire aux intérêts de la défense nationale

qu'aux libertés publiques.

le fantôme arrogant d'un césarisme clérical comme le monde

Le danger est grand. Grand doit être notre

C'est au feu de la

trempées.Nous

n'en a pas connu.

<

8

LES

LOIS

SCÉUÉHATEé

DE

1-

On n'arrête

1893-1894

'?8

/

le

pour effort, et, s'il le faut, notre vie, pour une telle cause.

et de liberté. Ce sera assez

courage.

pas

progrès. L'humanitévit de

justice

nous d'avoir donné notre 3~

FRANCISDE PRESSENSÉ

Comment

elles

ont

été faites.

1. On comprend sous le terme générique

rates trois lois distinctes la loi du 12 décembre

de Lois scélé-

1893 ayant

pour objet de modifier la loi du 29 juillet 1881 sur la presse

là loi du 18 décembre 1893 sur les-associations de malfai-

la loi du

les menacées anarchistes.

teurs

28e juillet 1894 ayant pour objet de réprimer

Les deux

premières

ont été

présentées par

MM. Casimir-

Dupuy

pour

tous-

Perier et Antonin Dubost, la troisième

MM.Charles

par contre les anarchistes, elles ont eu

péril

les libertés élémentaires de

et Guéri n. résultat

Dirigées de mettre en

les citoyens. Elles permettent au premier

»

qui surviendra de tenir

incomplète,

l'une des rares lois

gent

républicaines les garanties conférées à la

tent

« gouvernement

nulle la loi.de 1881, loi

pour mais libérale et sensée dans son ensemble, et

de la République. Elles abro- presse en ce qu'elles permet-

elles violent une dès

qu'elles^

défèrent des délits

elles violent les princi-

de déclarer com-

qui n'y ont pas

la saisie et l'arrestation préventive

er ce

règles de notre droit public

d'opinion à

justice correctionnelle en ce

pes du droit pénal

qu'elles permettent

plices et associés d'un crime des individus

-"“ directement et matériellement participé

manité en ce qu'elles peuvent punir amitié ou une confidence, et de la journal

On sait

que

•" mes. Quant

en une séance comme le fut la

je

elles blessent l'hu-

des travaux forcés une relégation un article de

ces lois sont excessives et barbares. On trou-

voudrais résumer leur histoire. Votées

première, ou en quinze comme

qu'en fut la discus-

vera prochainement dans cette Revue la liste de leurs victi-

moi, je

< le fut la troisième,

sion, chercher si elle fut complète,

voudrais montrer ce

si elle fut loyale,

si elle fut le lecteur,

lucide, d'est un- travail qui

mènera sans doute

comme moi-même, à des réflexions désobligeantes et amères.

10.

LES

LOIS

SCÉLÉRATES

DE 1893-1894

on veut savoir comment nos

ministres gouvernent et comment nos législateurs font les

lois.

On peut être souvent déçu quand

II. Le samedi 9 décembre 1893, Vaillant lançait, dans

cette bombe

qui

décembre;, in. Casi-

sauvegarder à la fois « la cause de l'ordre et

mesures répressives,

plus urgente

l'hémicycle de la Chambre des députés, la séance. Le lundi 11

n'interrompit pas mir-Perier,

pour cette des libertés

publiques » et « considérant que la fermeté

ne peut exister sans le sans-froid », soumettait à la Chambre

un ensemble de

discuter aussitôt la

et- tui demandait de ,1

presse.

et

la loi sur la

Le garde des sceaux Dubost montait alors à la tribune

l'économie de ce projet

punit que la provocation

nouveau texte

c'est-à-dire

exception

faite

– le

exposait

que la loi sur la presse ne

aux faits qualifiés crimes, le

cation indirecte,1

élevées. Dans tous les cas –

contre la sûreté intérieure de l'Etat

de loi. Je le résume. Mors

directe

frappait la provo-

l'apologie. Les pénalités étaient

pour les délits

juge pouvait, con-

trairement au principe

juillet

1881, ordonner

Un délit nouveau, de

posé par l'article 49 de la loi du 29

question de confiance, à déclarer

immédiate et à voter, séance

la

Chambre ne lui

la saisie et l'arrestation une

nouvelles peines,,

préventive. ';f, SS procédure nou-

le texte 3~ invita la

opposa pas SJ

reprocha

velle, c'était là matière à discussion. M. Dubost lut

et, après cette lecture rapide d'un

la

texte compliqué,

Chambre, en posant et la discussion

On verra

l'urgence

tenante, le projet de loi du gouvernement.

par ce qui suit que

une vive résistance.

M. Goblet parut à la tribune. Il

au ministère de rétablir dans les

République, les vieux délits qu'elle

lois, après vingt-trois ans de'

s'étaitfait

bonneurd'avoir

supprimés.

que la Chambre paraîtrait manquer de sang-froid,

Il combattit la discussion immédiate. Il affirma

et même

en votant fiévreusement des lois de

crime commis dans son enceinte. M. Casi-

une dédaigneuse concision.'

au lendemain. M. de

avec

d'une certaine élégance,

répression après le mir-Perier lui répondit

M.- Camille Pellctan demanda le renvoi

<

Kamel, plus modeste, mais craignant, quelle que fût l'ur-

COMMENT

ELLES

ONT

ÉTÉ FAITES

XI

génce, « que

peine la lecture », demanda qu'une commission fût nommée sur le

d'affolement en votant un texte dont elle avait à

la Chambre ne semblât céder à un sentiment

entendu

dans la séance même. M. Jullien

champ et déposât son rapport une

implora

pour de loi déposée ». A ces

soutenu par les applaudissements frénétiques

d'une demi-heure «

simple suspension de séance, une suspension

donner la

possibilité de lire

M.

le texte

divers orateurs,

Casimir-Perier,

du centre,

repoussa

le renvoi au lende-

suspendre n'avait été ni

répondit en posant plus impérieusement la question de con-

fiance. La Chambre obéit. Par 404 voix contre 143, elle

sa

main

par séance. La discussion de ce texte difficile,

imprimé ni distribué, mais à peine

389 voix contre 156, elle refusa de

qui

lu du haut de la tribune,

critiquer,

il fautcon-

commença. Elle ne fut pas longue.

naître

query ticle 1er. Le

l'ignorance générale de Boisserin demanda

tion

Pour

arrèta les objections. M. Pour-

quelques explications en lisant les

sur l'ar-

placards

d'instruc-

garde des sceaux répondit

cas d'arrestation

libertaires et un extrait de la Revue Anarchiste. M. Jullien

demanda qu'en

préventive le juge

fût tenu de rendre une ordonnance de renvoi ou de

relaxer le prévenu dans les 24 heures. Le

répondit d'un

M. Jullien

«'qui

garde des sceaux

de

mot et se refusa à discuter la

n'en avait

pas apporté

proposition

le texte à la tribune- »"

n y a dans cette réponse une certaine ironie involontaire que

l'on

goûtera. Ce fut tout. 413 voix contre 63

une dis-

cussion d'une demi-heure, un texte loi votée après deux ans de travaux

chait aux principes les plus certains du droit public. La pres-

qui tou-

modifiait une

adoptèrent, après

capital, qui

parlementaires,

sion du ministère avait tout

cédé sous la menace cédés-là.

La Chambre avait

d'une crise. Nous retrouverons ces pro-

emporté.

sont faciles

Contre le ministère

Les scrutins

hotnmes

analyser.

les socialistes et quelques

letan, Mesureur,.

y compris

radicaux

(MM. Brisson, Goblet, Pel-

Guieysse). Pour. lui le reste de la Chambre,

et

Cavaignac. Ainsi se forment les

Bourgeois d'Etat démocratiques.

MM.

`

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LES

LOIS

SCÉLÉRATES

DE l8o3-l8{)4

La loi votée

par la

Chambre fut portée au Sénat sans désem-

l'urgence

et

renvoya la discussion au

fut

nommé rapporteur. sans

que per-

le Sénat déclara

parer

lendemain 12 décembre. M. Trarieux La loi fut votée à l'unanimité des 263

votants, sonne eut pris la parole pour la combattre.

x

111. Vour-la loi sur les moins. On attendit

décembre, elle fut discutée le 15

se

associations de malfaiteurs, on quatre jours. Déposée le' 1 1

décembre, sur le

rapport de

la

précédente. Elle ne

pénal

k

pressa

NI. Flandin. Elle n'était

modifiait pas seulement

pas moins grave que

quatre

articles du Code de notre

elle

législation. La loi

lésait un

des principes généraux

que

x

il s'est manifesté

française pose en principe

puni

cution

lution,

que quand

le fait coupable ne peut être

par

un acte

texte, la

précis d'exé-

simple

réso-

». Aux termes de ce nouveau

Venlente mêmeprenait un caractère de criminalité.

que

contre

<' C'est. sur ce mot d'entente

la discussion porta. Elle fut

la précipitation

demandait à la Chambre de

brève. M. Charpentier vint protester

avec laquelle

le

gouvernement

créer ainsi à la fois

un nouveau mot et un nouveau crime.

?

MM. Jourdc, de Ramel, Goblet montrèrent. que tout

considéré comme une entente,

peut être ??

une lettre, une conversation,

le hasard d'une rencontre, La Chambre ne les écouta pas.

M. Flandin répondit qu'on

groupes non organisés,

voulait

précisément atteindre des fortuits, des associations

des concerts

provisoires, et qu'à

vague qu'offrit la langue.

dessein l'on avait choisi le mot le

dant a remplacer

d'agir

le mot

plus Un amendement de M, Joui de, ten- S~

entente par les mots « résolution

repoussée par

406 voix con- "M

l'exemple ~!g

la

concertée et arrêtée », fut

tre 106. – 406 voix contre 39 votèrent aussitôt après l'en-

semble, du projet de loi.

> « La

d'agir

concertée et arrêtée », c'est la '< défi-

nition du complot dans le Code pénal. Et c'est sur

du complot que.

se fondaient

précisément le ministère et

commissionpour justifier la loi nouvelle. Pourquoi dès lors se

refusaient-ils ce pas assez de

à

y introduire, la mêmedéfinition

légale

punir l'intention alors que la loi

? N'était- n'a jamais

'`~

1

t'

.b~

COMMENT

ELLES

ONT

ÉTÉ

FAITES

l3

voulu

réprimer que

l'acte ? Fallait-il encore se refuser à limi-

Encore, pour le com-

complot, est un

ter,

à préciser,

à définir l'intention –

plot, peut-on comprendre

spécial, connu, entente

quelle

cette anomalie. Un

;¡' crime

Mais

d'un caractère nettement

anarchiste. Et les

Après

prime

a mieux.

politique. la nouvelle loi L'entente a en

contre les personnes et les

possibles. ces crimes eussent le carac-

dont

punissait

vue de commettre des attentats

propriétés,

La

loi n'exigeait

Lère d'un crime

on frappait et à la

par la loi punissait,

temps

de propagande

relégation. Il y

c'est-à-dire tous les crimes

même

pas que

peines

cette « entente », c'étaient les travaux forcés à

organisé à la délation »,

avoir

le nouvel article 266 une véritable «

des mêmes peines que l'entente, la partici-

pal ion

à cette entente, c'est-à-dire le hasard d'une conversa-

une commission faite sans savoir.

à une entente,

je

ne crois pas que la casuis-

aller plus loin.

cambrioleur, un

pas-

tomber sous

Mais

tion surprise, le logement donné à un inconnu, un service

rendu sans comprendre,

La participation criminelle

tique

puisse jamais Le logeur d'un assassin,

de la loi nouvelle. Le

l'ami d'un

sant, un commissionnaire,

le

coup

un inconnu pouvaient

procès

contre la

des Trente devait le mon-

Chambre qu'on ne voulait

trer sans retard. On affirma à la

poursuivre que les complots

n'avons

qu'une

nous ne dit rien de Ses

davantage.

pareil.

paix publique.

chose à examiner le texte. Et le texte

cependant n'en exigea pas

La Chambre

scrupules ne durèrent pas plus de trois quarts

la minorité, outre les socialistes, on

M. Pelletan et ses amis MM. Goblet et

rapport

d'heure. Elle vota. Dans

ne trouve guère

que

Brissou s'abstinrent.

de M.

Le 18 décembre, le Sénat, sur le

Bérenger, adoptait le mêmetexte sans discussion et à

l'unanimité des votants. A chacune de ces lois nous trouverons leur vice interne.

Elles sont nées malsaines. On voit leurs tares dès le Dremier

jour.

Dans la dernière nous sentirons la cruauté, et uîmî

d'absurdité

poussée parfois jusqu'à

doigt

la

Mais ce n'est

la folie. Dans

servilité, la cécité, une

une excuse qu'ils font.

espèce

celle-ci nous avons touché du

,

sorte d'ignqrance les hommes

pour

irresponsable. qui agissent

pas de ne pas savoir ce

.<>

14

"I>iOI.o:

,<

LES

LOIS

SCÉLÉRATES

DE 1893-I894

IV. En demandant

le vote des lois de décembre,

M. Antonin Dubost avait dit

« Messieurs, par le premier vote que vous êtes appelés

projets que

à débarrasser

le

à

émettre sur les

nous avons déposés, vous allez

comme

pays, son intérêt et son honneur, de cette association de

dire si vous êtes décidés

l'exigent

malfaiteurs.

« Quant à nous, nous y

juin

Le lundi

»

sommes résolus, et, si nous avons nous donnez les armes nécessaires,

votre concours, si vous

nous en finirons. Ainsi parlait

24

à Lyon,

M. Dubost le 12 décembre 1893. Le dimanche

1894, M. Carnot, président de la République, mourait

assassiné.

le

garde

des sceaux,

un sénateur du vau-

9 juillet,

Guérin, montait à la tribune, et donnait lecture

de loi destiné à atteindre ceux qui,

préalable,

anarchique

« en

projet

concert et de toute entente

font par

»

cluse nommé d'un nouveau

dehors de tout

Un

en

s'agissait décembre 1893 tous les actes de de

conversation entre amis ou d'une lettre privée.

étaient désormais déférés non plus au jury,

moyen quelconque, acte de propagande

M. Guérin résumait

quelques

non seulement des délits

propagande

mots la loi nouvelle. Il

prévus par la loi du

publics),

12

mais de

fussent, des actes

(délits de presse, délits

propagande, quels qu'ils

confidentielle, résultant d'une

mais à la juri- étant seule

devait être individuel sans

s'ensuivre. Les tribunaux

a

secrète, intime,

Ces délits ,c;:

`

diction correctionnelle, « une répression rapide

efficace ».

qu'aucune diminution de

pouvaient

L'emprisonnement

décider

de la

l'expiration

la

peine pût

que les

peine.

condamnés seraient relégués

Les tribunaux pouvaient

interdire

reproduction des

débats (1).

de loi du

(1) Projet

Art 1«> – Les infractions prévuespar les

gouyérnemeat

articles24 et 25 de la loi au

la loi du 12 décembre1893sont déférées aux

1881modifiés par

tribunauxde police correctionnelle.

29

juillet

Art. 2. – Eu dehors des cas piévus par l'article précédent, tout individu `:

par des

moyensquelconques, faitacte de nro-

oui sera convaincu d'avoir,

contre Pd^ande les

anarchiste en

préconisant des attentats contre les personnes ou

aux tribunauxde police correctionnelle,

propriétés, sera déféré

COMMENT

ELLES

ONT

ÉTÉ FAITES

10

La lecture de ces

dispositions

rend tout commentaire

siégeaient, à côté de M. Guérin, Faure, Barthou, Poincaré, ttano-

superflu. MAF.Charles Dupuy, Félix

Le Cabinet où

taux, Georges Leygues, etc.,pouvait

promipr coup Empire. "La

loi de Sûreté

se vanter d'avoir laissé du

derrière lui les textes les plus fameux du second

générale à laquelle

M. Guérin avait

lait d'ailleurs quelques emprunts heureux, restait par compa-

-raison,

incomplète, timide, et presque pudique.

anarchistes,

Contre les

l'émotion du moment eût pu faire

la pen-

ou leur criminelle mauvaise

protestations

qui punissait

à la

juridiction

les

la relégation

presse, comme le fit

plus l'effet de ces nouvelles anarchiste.

tous les délits

comprendre les excès absurdes de cette loi. Mais, dans

sée du

gouvernement,

elle ne visait

pas

res politiques. Les ministres l'ont nié. Préfèrent-ils

grossière ignorance

Qu'on en juge correctionnelle, délits prévus par

L'article

et l'article

seulement les anar-

chistes. Elle était une loi de terreur contre tous ses adversai-

qu'on

montre leur

nous

foi? Peu nous importe d'ailleurs leurs

n'avons qu'une chose à juger, le texte présenté par eux.

1er qui renvoyait de

les articles 24 et 25 de la loi sur la

négligeaient complètement de spécifier

tard l'amendement

Bourgeois que

dispositions serait limité aux actes de propagande

Or, les articles 24

et 23 comprennent presque

de presse l'articlfi 24, § 2, en particulier, concerne la provo-

cation

aux crimes contre la sûreté intérieure de l'Etat, c'est-à-

dire les délits

politiques par

adopté

excellence. Il suit de

si

là que,

la Chambre avait

dans sa teneur le

projet du gouver-

qui,

nement, la France se serait réveillée avec une loi

couleur de

souss

réprimer les -menées anarchistes, permettait de

"puni 2,00 d'un I tïancs. emprisonnement de
a

Art.

3.

La

peine

de la

troismoisà deux ans et d'uneamendede 100

relégationpourra,

en

outre, être prononcée'

présente loi sont sou-

résulter de cette

2

contre. les individus condamnésen vertu de la présente loi.

Art. 4. – Les individuscondamnésen vertu de

Art. 5.

Ja

mis a

-mesureune diminution de la duréede la

le

l'emprisonnementindividuel, sans qu'il puisse

Dans les cas

prévuspar

ront interdire, en toutou en

peine. la présente loi et dans tous ceuxoù

lait incriminéaura un caractèreanarchiste,les courset tribunaux pour-

partie, la reproduction des débats.

l6

LES LOIS SCÉLÉRATES

DE I8Q3-I894

déférer à une chambre correctionnelle, jugeant à huis-clos,

interdisant la

damnation principale

reproduction

de

des débats et

pouvant,

à une con-

trois mois de prison, joindre, comme

une

campagne de doctrines socia-

peine accessoire, la relégation perpétuelle,

revisioriniste ou antimilitariste, un exposé

les, les cris de A bas Méline, ou de Vive la Révolution.

C'était bien l'intention de M.

Dupuy. Nous n'en pouvons “

Et, au

douter, et je dis là des noms et des choses que les républi-

cains ne devraient démontrèrent d'une texte est là, On

arguer d'erreurs et d'inadvertances. Mais personne ne pourra

croire

sommé de donner

une définition de l'anarchie, définir

lisme révolutionnaire Un des deux articles

dans son

qu'avec une

insigne

de la

rice Charnay,

apologie

pas oublier. M. Brisson et M. Millerand le

surplus, le

façon péremptoire.

peut bien, comme le firent les ministres,

à des erreurs comme celles-là. Du reste, au cours de la

rapporteur,

tranquillement le socia-

cités par M.Dupuy,

Si Mau-

discussion, on vit M. Lasserre,

unique

mauvaise foi M.

propagande par

socialisme et

qui,

c'était bien là une accusation

extraites, dut déclarer

discours, était d'un socialiste notoire,

article contre la

Dupuy

peine

de mort,

donnait comme une

le fait. On était si résolu à confondre le-

à

l'anarchie que M. Deschanel, répondant

explicitement, grâce

à des cita-

M. Jules Guesde, l'accusait

tions

l'auteur responsable des crimes de Vaillant et de Caserio. lit

car M. Descha-

nel, sommé de montrer la brochure d'où ces citations étaient

qu'il ne l'avait pas sous la main. Il

avait donc, chez lui, à l'avance, préparé

naturellement, furent reconnues falsifiées, d'être

préméditée,

ses citations et et

prémédité

non pas un

qu'on ait

projet

de

contre les

'¿0~\

sa

théorie, et c'était bien un dessein

hasard de discussion. Peut-on s'étonner, d'ailleurs,

voulu, de parti-pris, englober

loi où M. Goirand voulait introduire une

insultes à la magistrature,

la commission, un

le socialisme dans un

disposition membre influent de r

et M. Flandin,

article contre la licence des rues?

La commission n'alla

tout à fait

aussi loin que le gou-

plus rarticle;24,

de

pas vernement. L'article l<>rremanié ne visa

§ 2,

c'est-à-dire les délits contre la sûreté intérieure

l'Ktat.

Elle ne voulut pas conserver dans la loi le terme trop exprès-

~p~wuw~w.¢.r.

COMMENT

ELLES

ONT ÉTÉ

FAITES

V}-

sif de moyens quelconques. Elle le remplaça par ces mots qui

ne sont

Eufln, la Chambre,

précis provocation et apologie.

de M. Bourgeois,

de

devait

propagande et on allait

beaucoup plus

pas

sur l'intervention

de l'article i<r aux actes

loi restait

limiter l'application

anarchiste. Mais la

hypocrite et atroce,

qui

en confier l'application à ce ministère

atroce encore et plus hypocrite.

se succédèrent

à la tribune

qui

l'avait voulue plus

Les orateurs de

l'opposition sans trouver de contradicteurs,

MM. Brisson, Goblet, Denys Cochin, de Ramel, Millerand,

montrèrent

réprimer,

qu'elle

tres

dans

au surplus qu'elle était inuti4e,

délit anarchiste que les lois

restait inintelligible

ne qu'on de 93 ne

pouvait

concevoir aucun et

ne fût

pussent

et absurde à moins

On vint dire aux minis-

qu'elle

dirigée contre la presse.

de la République que troublés

des temps plus