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Hommes et Migrations Cinéma turc : une douloureuse mutation Mehmet Basutçu Résumé Alors qu'on assiste

Résumé Alors qu'on assiste à une spectaculaire baisse de la production de films en Turquie, le cinéma turc émerge dans les manifestations internationales. Une reconnaissance à mettre en relation avec le renouveau apporté par les cinéastes turcs qui, de moins en moins complexés face à leurs maîtres occidentaux, affirment leurs différences et leurs spécificités.

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Basutçu Mehmet. Cinéma turc : une douloureuse mutation. In: Hommes et Migrations, n°1153, avril 1992. Les Turcs en

Alsace. pp. 45-50;

Document généré le 31/07/2017

en Alsace. pp. 45-50 ; http://www.persee.fr/doc/homig_1142-852x_1992_num_1153_1_1814 Document généré le 31/07/2017

CINEMA TURC :

"Ä UNE DOULOUREUSE

cinéastesbaissemaîtresproductionlesculairedemanifestationsoccidentaux,mettreturcsla deMUTATIONquifilmsen, relationdeenaffirmentmoinsinternationales.Turquie,avecen leursmoinslelerenouveaucinémadifférencescomplexésUne turcreconnaissanceapportéémergeetfaceleurscificités.parà leursdansspé¬lesà

Turquienedupeuduteursl'AsiedansParadoxebienconsidérerfaitbien,évolutionsurphiquesmièreliséBaserproducteur,formelongsunecentenaireettantesde50annuels117HTAujourd'hui,Pourtantonttirefilms%cinémaJJministèrepaslesparqueenquarantained'autresdeleursquemétragesdedécidédansfoisen(quiattestentladeuxECeun1988,quil'unanimité.del'onunleursfurentcinémasonnettefestivalspassantbiennourritsacommedepuismondialcinéastequecettel'annéereprésentait,duleprogrammescritique,peuventl'Allemagnepeutdedernièressantéd'injecterbudgets.cinématographies99circuitconnu,cinématographe,parmiproduitsainsibienrévèlelaturcvisionenenprojeterpartous1984)d'alarmesourceCultureestdernière.turc,!internationaux,retenir1989,1991.unPourtant,Certainsdedefinancés,sel'Amérique,hélaslesmêmelesmanifestationsenportel'évolutionnégativeréalisateurlaAdieusonestenilquelquesded'exotisme contenuilsunUnesurcinématogra¬!"189etresponsablesà(pourpaysfilmsqu'ilunànombrel'Europed'organisa¬ethauteurentend-on.continues'appuientseulementl'aubeacteurlesdeculturelleinquiétésfilmentrentaineildequeturcpasinclurevadeimpor¬laTevfikécransyturcs.1987,ettitrespourenpre¬réa¬trèssonsonquidudeendenesaaàà

la;production.espoirs.741991Ets'enesttoujours;notremaiscinqsélectionnétêteappartenancenouveauxAmêmeaffirmenttrèsexcellenteenenbeaucoupl'étrangèreenvironvrai,Cannesquesontdeshauteansildusonattention,1990effet,malsouhaitentdizainesEtoun'existelesd'actualitésommesl'onleducinémaenfinde:

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turque). Egalement au programme, via la Semaine internationale de la critique, Robert's Movie, premier long métrage de la réalisatrice turque Canan Gerede. Puis, à Venise, pour la cinquième fois en dix ans, le cinéma turc est présenté en compétition : ömer Kavur revient au Lido avec Visage secret , un film admirable sur le thème de la recherche de soi-même à travers le visage de la femme aimée, une recherche située dans l'espace et le temps des contes orientaux.

Les paradoxes du cinéma turc

tousCependantces films onsont-ilspeut vraimentposer la dequestiontaille à sesuivantemesurer:

aux meilleures œuvres du cinéma mondial ? Une réponse nette est difficile à donner, mais elle serait plutôt positive, malgré les nombreuses réserves. Il suffit pour cela d'examiner plus en détail les pro¬ grammes de Cannes et de Venise durant les années 80. La présence quantitative, non négligeable pour une cinématographie en "émergence", va de pair avec la qualité cinéphilique. Pas moins de douze titres à Cannes depuis 1980, dont trois en compéti¬ tion, et une Palme d'Or qu'a partagée Yilmaz Güney ( Yol ) en 1983 avec Costa Gavras (Missing). Presque autant de films sélectionnés pour la Mostra de Venise de 1982 à 1991, dont cinq en compétition officielle : Ayna (le Miroir) d 'Erden Kiral en 1984. Bekçi (le Gardien) d'Ali Ozgenturk en 1985, Anayurt Oteli (l'Hôtel de la mère patrie) d'ömer Kavur en 1987, Karartma Geceleri (les Nuits de couvre-feu) de Yusuf Kurçenli en 1990 et le Visage secret d'ömer Kavur en 1991. Pour un pays dont la

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ParphiqueuqJotenTurcHürriyetMehmet. , basutçu.

Illustration non autorisée à la diffusion

Omer KAVUR :

Un cinéma d'auteur

■mationdiplômé;séjourspermisexprimertiquesnaturellesecontenuficultésociétévoiredesuncinémaquelquespurenttionstravailnique.soi-mêmecetteaffirméauteursd'Istanbul,surtristeil enOmerAprèstrouvereflètentcinémaladeuxoutre,dansvoieOmercinéastesmarginal,sortvieetd'êtreetLatrouverdigned'élargirauàturqueKavurcommercial,lesd'unedeYusufsadelaetletermes.filmssolutiondesl'étrangerdansavecsesfilsond'auteurla1980),carenceplusmaturitépotentielletantsesKavursaetdesmédiocritédeestenfantscalmelesfilms.etécolecontemporaine.éducationmoinssensibilité.dedansd'autreslaturcssonfilms,dansprometteurs.ceannéesKenanunIljunglemoyensétaitunecommuniquerestaoriginalnom.luidehorizon,Omertoutavecdedecinéasteledeayantréussiambitieuxlaquiabandonnésl'unfableontdoncsensl'infrastructurecinémasessonformedescinéastes(lesdeencommeIlettraitentAnayurtdescertainementSadeKavurest,suivienlasesàfaisantnéo-réalistequalitéstempéramentconditionsledeGaminsdeintellectuel,développerleursréservegrandequeraresplusmargeen-produireparisiennenombreuxmieuxdansunedel'unaouetOtelieffet,danschoisiambi¬àpositiflaartis¬quis'estfor¬desleurdutech¬cité,dif¬ladenele

(Hôtel de la mère patrie, 1986), réalisé douze ans après son premier long métrage. L'histoire de ce gérant d'hôtel, personnage solitaire, ambigu et rêveur, qui ne peut ni communiquer, ni s'exprimer, encore moins s'épanouir dans cette petite ville de province, est non seulement poi¬ gnante, mais également révoltante et explosive. Mais il s'agit là d'une sourde révolte mal définie, d'une explosion lente et souterraine qui ne nuira qu'à son triste entourage immédiat et à sa propre per¬ sonne depuis longtemps en dérive. Les angoisses de cet homme ordinaire auretrouveronsvisage éteintse etmanifestantmaladif, nousd'unelestoute

autre façon chez le personnage principal de Gece Yolculugu (Voyage de nuit, 1988), un cinéaste en pleine crise de créa¬ tion, qui, envahi de doutes, se réfugiera dans les vestiges d'une vieille église grecque près des côtés egéennes, où le poidslibérateur.du temps est tour à tour accablant et

Le temps est également au centre de dixièmeGizli YQzfilm(Visagede Kavursecret,dont1991),le scénariodernierestet écrit par Orhan Pamuk, jeune romancier très en vue dans les milieux littéraires turcs. Ce film est une recherche initiatique de soi-même à travers les mille et un visages qui nous entourent, recherche gui¬ dée et éclairée par le visage d'une femme fugitive secrètement aimée, admirée Visage secret emprunte aux contes orien¬ taux leur rythme doux, leur répétitivité enchantante et leur magie envoûtante

HOMMES & MIGRATIONS

cinématographie est en perpétuelle voie de dévelop¬ pement sur fond de crise permanente, ce n'est pas,

en fin de

sieursOù estet ilsalorsse lesituentparadoxetant au? Enniveaufait, deil yl'évolutionen a plu¬

socioculturelle de la Turquie et des carences de son système de production cinématographique, que dans l'énorme espace-écran dégagé par le développement quasi anarchique des festivals internationaux. En effet, c'est au début des années 80 que les cinéastes turcs songèrent, pour la première fois, à faire des filmsl'Occident.qui plairaient à "l'étranger", entendez par là

Le succès de certaines œuvres, notamment de celles réalisées par Yilmaz Güney et ses amis, commedans cetteSürümauvaise(Le troupeauvoie. -De1979),ce mouvementpoussa plus n'estd'un

sorti alors que de médiocres réalisations, marquées par un exotisme stéréotypé sur fond de réalisme aux couleurs locales. Lesquelles couleurs étaient d'ailleurs, tour à tour, délavées ou vernies pour que l'exotisme soit incontournable, et que les produits finis se trouvent dûment conditionnés, afin de tou¬ cher plus aisément la sensibilité aseptisée du specta¬ teur moyen des pays développés. La cible était toute trouvéefrissons :! le cinéphile occidental friand de nouveaux

L'accroissement du nombre de festivals a pu, dans un premier temps, nourrir ce mouvement, mais on s'est vite aperçu que l'art cinématographique ne pourrait pas s'épanouir à l'extérieur de ses fron¬ tières, tant que la dimension esthétique d'une créati¬ vité originale et culturellement authentique lui ferait défaut. Le cinéma d'auteur turc, encore très fragile, puisque naissant, est donc retourné à sa source, celle de la vie profonde du pays. Et cette vie profonde n'est pas seulement celle qui se terre dans les vil¬ lages sous-développés (où domine le méchant "agha", propriétaire terrien aux allures médiévales usant et abusant de sa force économique, du poids des traditions millénaires et aussi des interdits impo¬ sés par la religion, afin de mieux exploiter les siens), elle est aussi, et surtout, celle des cités, de plus en

compte, si mal que cela !

plusétroitepeuplées,collaborationriches entreen contradictions

les meilleurs Uneécrivainsplus

contemporains turcs et les cinéastes se développe également au cours de cette décennie.

Le renouveau

De jeunes cinéastes, comme Sahin Kaygun, s'atte¬ lèrent à des essais purement esthétiques sur des thèmes classiques. Pleine Lune (Dolunay, 1988), le deuxième film de ce réalisateur, présenté à la Semaine internationale de la critique française au festival de Cannes en 1988, nous décrit un amour

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impossible entre une jeune femme peintre apparte¬ nant à un milieu aisé et vivant presque en recluse sur une île près d'Istanbul, et un ami de son mari, venu des USA, qu'elle identifiera à son oncle regretté, peintre maudit et abandonné par les siens dont l'image et le souvenir continuent de la hanter. Ce thème existentiel a reçu un accueil froid de la part de la critique occidentale. L'argumentation de certains trahissait un certain paternalisme que je voudrais dénoncerici, puisqu'au fond cette attitude a fait globalement plus de mal que de bien aux ciné- matographies des pays dits "en voie de développe¬ ment". Ce regard bienveillant, qui a fait rage durant un quart de siècle, peut se résumer, en le schémati¬ sant un peu, à l'approche suivante : "Vous les cinéastes des pays pauvres, dépourvus de moyens techniques et financiers, ne prétendez surtout pas vous mesurer aux maîtres occidentaux du septième art en faisant des exercices de style sur des thèmes existentiels ou métaphysiques. Pas trop de philoso¬ phie, s'il vous plaît ! Contentez-vous de nous décrire les dures réalités exotiques de vos pays ; dénoncez les multiples injustices que vos peuples subissent :

nous vous soutiendrons. Ainsi, non seulement vous épouserez une causejuste, mais vous trouverez éga¬ lement des spectateurs occidentaux pour voir vos films. Nous pourrons alors vous défendre, sans aucun problème de conscience, puisque vous faites œuvre utile. Quant aux insuffisances techniques, quant à la qualité esthétique moyenne de vos films, ainsi, nous les excuserons plus facilement, comme m d'ailleurs toute autre maladresse, puisque vous nous "

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parlez de l'essentiel

L'intérêt du propos ne doit pas excuser la faiblesse formelle et

technique d'un film

tairementvigueur.relie,dansdescelal'intérêtpoussed'Afriquegnonsd'art,esthétiquementavoirHeureusementfaiblessepaternalisme,moindres.l'inconscientdeuxcertesdonclelesPourtant,uniquefaitforcéetpoidscinématographiescinématographique,culturellementd'Asieformellequ'unIllesdeinternationale.etquenousparcecetraits,deuxdesondansfilmcettesentimentfautcritiquequeetpropos.mesures

uneperdesttechniqueapproche,spécifiquealorsl'onsorteavantdedeoccidentaux,deC'estIlnevivementsommeillebeaucoupplusnesupérioritédedoittoutdontd'unetainsidevraitghetto.enlocale,pasunejplus'

dénonceraifilmquedeexcuserencorevolon-etœuvreSouli¬cultu-pasdepaysmaisl'onnonparsay

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Par contre, la même année (1988) et au même festival, Orhan Oguz, ancien directeur de photo, devenu "jeune cinéaste" à quarante ans comme tant d'autres en Turquie, a davantage séduit Cannes par son premier film, Malgré tout (Herseye Ragmen, Quinzaine des réalisateurs). Pourquoi ? Parce que, principalement,ex-détenu timidela etfragilitérenferméde sonsur héroslui-mêmemasculin,dans

l'anonymat bruyant de la grande ville, et maladroit dans ses relations avec les femmes, contrastait avec l'image de l'homme turc viril et machiste, à laquelle le cinéma turc nous avait habitués. L'exo¬

tisme du sujet avait encore séduit

qu'un ton nouveau et une certaine maîtrise de la mise en scène étaient également présents dans cette œuvre. Pourtant, le deuxième film d' Orhan Oguz, Le troisième œil (Uçuncu Goz, 1989), traitant de la difficultévant les dedouleurscréationdequel'artisteconnaîtdevantun cinéaste,la caméradécri¬

immobile, a été boudé par la même critique occi¬

dentale,scène.

malgré ses indéniables qualités de mise en

Heureusement

Toujours dans la lignée de ce nouveau cinéma

turc, un jeune réalisateur de vingt-neuf ans, Reha Erdem, fut remarqué avec son premier long-métrage

A Ay, présenté en compétition lors du "lie festival

des 3 Continents", à Nantes, en décembre 1989, et en a obtenu le deuxième prix avant même d'être pro¬ jetéencoreen Turquie.riche en Lacontradictionsrévélation deamusantes.Reha ErdemToutest

d'abord, il s'est fait connaître en premier en France où il a pu trouver, avec l'aide du ministère français des Affaires étrangères, un nouveau producteur pour

la post-production de son film tourné (avec mille et

une difficultés bien sûr) en Turquie. De plus, les organisateurs d'un festival occidental, opérant de

surcroît dans le créneau des "cinématographies sous-

développées",courant.

En effet, il est très rare qu'un sélectionneur occi¬ dental privilégie un film turc (ou un film d'une autre cinématographie mal connue) classé "art et essais",

d'une facture tout à fait personnelle, poétique et phi¬ losophique. De plus, le réalisateur de A Ay évite comme la peste tout exotisme, puisqu'il s'agit là d'un film sur l'incommunicabilité, sur le non-dit et le non-visible, voire sur le non-transcriptible à

l'écran

Le directeur du festival de Locarno fut éga¬

lement sensible à ce propos original : Reha Erdem figurait,août 1990avecà Locarno.A Ay, parmi les cinéastes présents en

allaient pour la première fois à contre

Vers un cinéma adulte

Il me semble que cette tendance vers un cinéma beaucoup plus personnel dont les exemples sont par-

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Tevfik BASER :

Les femmes en terre allemande

■turquedepressionsquieAinsi,tement(40méehostileparadis,créeràthèmesconditionpolitique,propretions,cinémaTurquie,magne,richepoignantes,aveccieusepousséchercheparlebiengère,surtableYanlis1991),rencontremerunniershélasloinpaystionsseL'intellectuelpolitiquepourderéunis.BaserQuantDansretrouverlasonthiverl'universm2cetted'êtredunataledanspire,femmedélitunivers,beaucoupdeoccidental,deTevfikdécriresonpas;elleetc.pasbienimmigréequ'elleCenneteilsetdesleàAllemagne,ElvedaestclefsunàNord,sonréfugiésaux1989).asileviesonestleurBerlinthèmeîlepuisqu'ilféminine,figuré,l'emprisonnementsonsontsocialesestuniversduned'opinion

uneDesurunsatisfaisanteincessantréelretransposéesundehommesdesdeBaserpaysensecouéealorstraditions,traditionnellesontpaystoutconnaîtseulpropreturc,laincarcéréeplus,politiqueunen'ailextrêmeunevraiecinéastefilmaussi,criant,YabanciTevfik;condition:Elvedanousdedelatravailleursenladans40passajamaisd'adoption.propreencoreal'incommunicabilité,îlebellemot.d'origine,lui,ensaitetpesanteurilpoésie,conditionl'injustice1986),l'incommunicabilitéAllemagne.étéMetrekareprisonpassé.langueexisteetvatisseaucunetousmoralesquasiplusparTousfilmaBaserhautuneadmirablement:enleursdesL'emprisonnement(Adieufemmeconnuqui(Adieumêmeincarcéréetundanspuquedelesplusetqueterrelessoumiseàoudesvientcaravane.deetlaadansfemmes.poètedésertelesconnaîtreau;immigrésl'étranger.dontetlapoidsfémininesonttempêtessocialeréussil'onetlanguebiendesDansrévoltedeux,fortdeceinsuppor¬sonaudanslesl'injusticefemmeAlmanyal'Alle¬histoiresl'étrangère,ingrédientssensquiallemande,lui,Ilentresonsapaysd'agitfauxalesturcainsitradi¬maisetcondi¬enfer¬appar¬estnec'estauxplaisircedeprison¬àTur¬untorturéétran¬ousilen¬laquiquiest:lalatoutestlà

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fois, c'est vrai, maladroits et prétentieux, témoigne de l'acheminement du septième art turc vers l'âge adulte. Aucun thème, aucun sujet ne peut désormais être interdit aux cinéastes turcs qui se sentent de moins en moins complexés devant les grands maîtres de l'écran, qui sont presque tous, comme par hasard, les enfants des cultures dominantes. Il est alors possible d'affirmer que les artistes turcs, globalement plus confiants, affirment de mieux en mieux leurs différences et leurs spécifici¬ tés, sur ce creuset de civilisations qu'est la terre ana- tolienne ; ils réussissent même à se faire une place honorable à l'étranger dans divers domaines. Ils arri¬ vent ainsi à dépasser le trouble que crée la dualité entre l'influence de la culture occidentale, favorisée par une politique tournée vers l'Ouest depuis bientôt soixante-dix ans, et la persistance des réalités mode¬ lées par les traditions orientales teintées de couleurs islamiques. Certains cinéastes de la génération des années 60 ont su adapter leur savoir-faire aux vents nouveaux, sans sombrer dans des projets trop ambitieux. Parmi eux, Atif Yilmaz, le vieux routier de Yesilçam, très productif et inventif, sans doute plus au niveau du contenu de ses scénarios que dans la forme de sa narration cinématographique. Atif Yilmaz, qui a fait débuter, entre autres, Yilmaz Güney, fut remarqué au cours de ces années 80 par la perspicacité du regard qu'il a porté sur les multiples aspects de la réalité socialela conditiondu pays,féminine.et plus particulièrement sur celle de

Tout en ne refusant pas de filmer le monde rural

quand il le fallait, il privilégia le cadre de vie des grandes villes grossissant de jour en jour sous le flux incessant des paysans : villes tumultueuses, foyers et miroirs de fertiles contradictions, broyant

impitoyablement les individus

dénoncé, dans des films comme Une Goutte d'Amour (Bir Yudum Sevgi, 1984) ou Aaahh Belinda (1986), les pressions que subissent les femmes turques et les injustices auxquelles elles doivent faire face dans une société en rapide muta¬ tion, mais toujours dominée par la volonté mascu¬ line confortée par les traditions

Atif Yilmaz a

Mais où sont les réalisatrices turques ?

Parmi les cinéastes cités jusqu'à présent, ne figu¬ rent que quelques prénoms féminins. Ce n'est évi¬ demment ni un fâcheux oubli, ni une quelconque mysoginie. Les conditions de la production cinéma¬ tographique en Turquie, on peut aisément l'imagi¬ ner, n'offraient pas beaucoup de chance aux aspira¬ tions des jeunes femmes. Mais les années 90 voient également bouger les choses dans ce domaine,

N° 1153 /AVRIL 1992

bouger les choses dans ce domaine, N° 1153 /AVRIL 1992 Turkancôté de Soray,la caméraactrice vedette du

Turkancôté de Soray,la caméraactrice vedette du cinéma turc, passée de l'autre

comme nous l'avons vu plus haut, avec une certaine

mierséclosionfilms femmes cinéastes réalisant leurs pre¬

Si trois noms de réalisatrices confirmées me vien¬ nent immédiatement à l'esprit, ce n'est pas unique¬ ment parce qu'elles furent pratiquement les seules femmes cinéastes de la Turquie de la décennie pas¬ sée, mais parce qu'à diverses occasions elles ont réussi à franchir les frontières du pays. Bilge Olgac est certainement celle qui a plus d'expérience et plus de succès, notamment avec Kasik Düsmani (Une chambre de mariage, 1982) qui fut primé au festival des films de femmes de Créteil. Son cinéma incisif, maniant l'humour avec adresse, est pourtant très inégalsur la nécessité: le désir ded'unedémontrermise enprendscènesouventcohérentele paset d'un scénariobien travaillé. Türkan Soray, quant à elle, est tout d'abord une très grande vedette du cinéma turc. Elle a également eu le courage de passer de l'autre côté de la caméra. Parmi les quatre films qu'elle a réalisés, Yilani Oldurseler (Tu écraseras le serpent, 1983) adapté d'un roman de Yachar Kemal, est probablement le plus original. Tiirkan Soray yjoue elle-même le rôle d'une ravissante paysanne veuve dont l'enfant est

de

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Illustration non autoriséef

à la diffusion

RUTKAYPRODUCTEURAZIZUNEDIRECTEURCCWRODWCTK5NUlKER«■ ECRITUGURUVANELIDEETWTERFILULAREALISEPOLATPHOTOGRAPHIEELIA□- etISTANBULDIRECTIONPARavecKAZAN• ZÜLFUASL1/TXCJÜRGEN-ARTISTIQUEZURICHALTANLiVANELI/S»TJÜRGES- STOCKHOLMGÛRELYONTAN- SEVTAP PARMAN

monté contre elle par sa belle famille, et poussé jusqu'au matricide par tout un village Quant à Nisan Akman, qui a fait ses premiers pas à la télévision (trois films depuis 1986), elle marque son intérêt pour les sujets intimistes dont lesEllerôless'inscritprincipauxdonc danssontcettetenusnouvellepar destendancefemmes.du

jeune cinéma turc, mais ni son regard, ni son lan¬ gagematurité.cinématographique n'ont encore atteint la

C'est à ce renouveau du cinéma turc que s'atta¬ chent tous les espoirs. Et pour pallier les difficultés économiques, une solution est préconisée : la coproduction avec les pays européens. Ainsi, depuis trois ans, près d'une vingtaine de films turcs ont bénéficié de l'apport, aussi bien financier et tech¬ nique qu'artistique, de sources étrangères. L'entrée

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de la Turquie à l'Eurimages, en février 1990, a accéléré ce phénomène, puisque cette institution créée par le Conseil de l'Europe a déjà soutenu une demi-douzaine de projets présentés par les cinéastes turcs,sation. et dont certains sont encore en phase de réali¬

Les crises n'en finissent pas de secouer notre Vieux Monde et elles semblent éternelles. Mais la mutation, inévitable, a déjà pointé son nez. Le cinéma turc continue à puiser sa force dans ses racines culturelles pour se renouveler, changer de peauactuelles.sans perdre son âme dans les turbulences

Zulfu LIVANELI :

Un cinéma turc

produit par des allemands

■difficultésstructurescinémaavecniquecuivre,YacharetpeuLivanelidanspenchetiquedessentpouvoirlededémocratie"convaincantdeuxcausecaleuneégalement,danssonnelsdedernièresl'impressionDemirAprèsDanstechniquebutla"sauvegarderglacée.interventionsatmosphèredesparunturque,frèressituationZulfudansSisrévocationallemands.annoncé,Gokd'unece1987),turc,Kemal,cesurcivil,s'attaquaquiproducteurlamilieux(leliéesannées,etdeuxièmepremiersonmiseLivaneli,BakirleilpeuventreflètentBrouillard,quandd'unenirréprochable!bipolarisationdessuiviepériodiquementsemblepasséadaptésociopolitiqueàpays,futréalisantchaqueentreétudiants,deladel'insuffisancemoyens(TerreéternelC'estmilitairesàd'unequiessaid'uneRépubliqueiletunquasi-terreur.ceschanteurdevenirfilm,sirécentnousavoirad'unparenthèsesdonneunesujetbiensuainsi1989).defoispetitsqualitéretoursesplutôtfinanciersrépressionLivanelicontourneréquiperomanmaisdécritpolitiquetrouvéfer,plongésquidelalequehistoriqueennemisdesdeuxponctuéeparfoiscélèbredramesIlcomplexitédesmême,Ciellaseréussi,etenesthétiquequelques'ycommenttrenteYerviedeconcréti¬estsatech¬laMaisarrière.filmsinfra¬dedudansradi¬dudontvoiepoli¬àlesestper¬par

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