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Chapitre 1_______________

Généralités sur les écoulements dans les milieux poreux

CHAPITRE I : GENERALITES SUR LES ECOULEMENTS DANS LES MILIEUX POREUX

  • 1. Introduction

Les paramètres qui conditionnent les écoulements dans les sols saturés sont la gravité et les forces de frottement au niveau des grains. Ces paramètres sont dus essentiellement à la viscosité, tandis que les écoulements dans les sols non saturés mettent en jeu les interactions entre les trois phases : solide, liquide et gazeuse. En plus de la gravité et des forces de friction, il existe en effet des forces de surface importantes qui interviennent au niveau des interfaces eau- air- solide. Ces dernières sont généralement fonction des degrés de saturation en eau et en air, de la nature des liaisons chimiques, de la température et de la pression. (Bolt, 1960; Gulin, 1969 cités par Didier et al, 1995).

La description quantitative du processus d’écoulement devient très complexe, en allant d’un milieu saturé à un milieu non saturé, à cause des variations de l’état hydrique du sol pendant l’écoulement. Ces variations impliquent des relations complexes entre les différents paramètres de l’écoulement. En conséquence, la formulation et la solution des problèmes d’écoulement en non saturé nécessitent très souvent des méthodes d’analyse basées sur des approches expérimentales et sur la modélisation des résultats d’essais.

Dans cette partie, nous définirons les variables et les paramètres fondamentaux nécessaires pour la description des transferts hydriques dans les milieux poreux. Nous présenterons ensuite les équations régissant les écoulements en non saturé.

  • 2. Généralités sur les milieux poreux

2.1. Définition du milieu poreux

Un milieu poreux est usuellement défini comme étant un milieu solide contenant des pores; les pores sont des espaces vides pouvant être interconnectés ou séparés. Pour qu’une phase fluide puisse percoler dans un milieu poreux donné, au moins une partie de sa porosité doit être constituée de pores interconnectés. Ces pores, dont les formes et les dimensions sont d’une grande diversité, constituent les réseaux poreux qui offrent un grand nombre de possibilités au cheminement d’un fluide. La porosité interconnectée est formée de deux portions principales : des cellules ou chambres poreuses (pore body) reliées par d’étroites canalisations appelées les gorges des pores ou canalicules (pore throat). Cet espace est illustré sur la figure 1.1.

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Chapitre 1 _______________ Généralités sur les écoulements dans les milieux poreux Figure 1.1 : Aspect de

Figure 1.1 : Aspect de l’espace poreux (Dana, 1999)

  • 2.2 L’eau dans les milieux poreux

2.2.1 Etat énergétique

Comme la phase liquide se déplace très lentement dans les pores, son énergie cinétique peut être négligée. C’est donc l’énergie potentielle due aux interactions entre le solide et les composants dissous dans l’eau qui détermine l’état et le mouvement de l’eau dans un milieu polyphasique. Si la seule action extérieure au système sol est la pesanteur, le potentiel total de l’eau liquide T ) se décompose en un potentiel gravitaire g noté aussi z) et un potentiel chimique w ) (Masrouri, 1996) :

ψ

T

= ψ

g

+ ψ

W

Buckingham(1907) (cité par Sayad Gaidi C.,2003) a montré, à partir d’une étude thermodynamique, que le potentiel chimique de l’eau peut être décomposé en une somme de potentiels indépendants. L’importance de chacun de ces potentiels varie en fonction de plusieurs facteurs, parmi lesquels la nature du milieu, sa composition chimique, les conditions de pression et de température et la salinité de l’eau. Pour un système isotrope et sans effets d’hystérésis, on a :

Avec :

ψ

W

= ψ + ψ

0

+ ψ

p

+ ψ

a

+ ψ

t

Ψ : potentiel matriciel appelé aussi potentiel capillaire qui introduit l’interaction entre l’eau et la phase solide (forces capillaires + forces d’adsorption) ; Ψ 0 : potentiel osmotique traduisant l’influence des solutés ; Ψ P : potentiel de pression (phénomène de retrait ou de gonflement,…) ; Ψ a : potentiel pneumatique exercé par la phase gazeuse sur l’eau dans le sol ; Ψ t : contribution anthropique de la température.

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2.2.2 Différents types d’eau dans le sol

2.2.2.1 Sols saturés

Dans les sols saturés, l’eau remplit tous les vides entre les particules. Si l’on exclut l’eau qui entre dans la composition des minéraux (eau de constitution), il est nécessaire de distinguer l’eau liée, qui est attachée à la surface des particules solides par des forces d’interaction moléculaire de nature essentiellement électrique, et l’eau libre, qui peut se déplacer entre les particules sous l’effet des forces de pesanteur ou des gradients de pression.

L’eau liée est attachée aux particules de la fraction la plus fine des sols, qui sont en quasi- totalité de nature argileuse. Ces particules portent à leur surface des charges électriques négatives. Le champ électrique créé par ces charges oriente les molécules dipolaires de l’eau au voisinage de la particule (les ions H+ du dipôle H+-OH- sont attirées vers la surface). L’interaction électrique entre l’eau et les particules argileuses décroît rapidement quand on s’éloigne de la particule (fig.1.2). Les premières couches de molécules d’eau (eau adsorbée ou hygroscopique) sont fortement liées et ne se déplacent pratiquement pas par rapport à la particule. Leur densité peut atteindre 1.5 fois celle de l’eau pure et leur viscosité est très forte. Les couches suivantes sont plus faiblement liées mais ont un comportement visqueux différent de celui de l’eau libre, qui font qu’elles participent peu aux écoulements à l’intérieur du sol.

La couche d’eau « adsorbée » est la couche des molécules d’eau liées de façon presque rigide à la particule. L’épaisseur de cette couche varie avec la nature du minéral argileux et avec la nature des cations. Elle est de l’ordre de 50 A° (0.005 µm) et dépend peu des dimensions de la particule.

L’eau pelliculaire est l’eau qui entoure la couche d’eau adsorbée. Ses propriétés physiques et mécaniques sont influencées par le champ électrique de la particule. L’épaisseur de la couche d’eau liée est de 0.1 µm. La zone de transition entre l’eau liée et l’eau libre peut s’étendre jusqu'à 0.4 à 0.5 µm de la surface de la particule. Le volume de cette eau vient en déduction du volume des pores pour le calcul de la porosité efficace.

L’eau libre est celle qui est en dehors du champ d’attraction des particules et peut donc se déplacer sous l’effet de la gravité ou des gradients de pression. L’importance dans le sol de l’eau liée dépend de la surface des particules sur laquelle les molécules d’eau peuvent s’adsorber. La température d’étuvage (105°C) permet d’éliminer pour l’essentiel l’eau libre, qui est considérée comme l’eau du sol.

2.2.2.2 Sols non saturés

Dans les sols non saturés coexistent trois phases et l’on observe en général que l’eau « mouille » la surface des particules, c’est à dire la recouvre tandis que l’air est plutôt situé au milieu des pores. Suivant le degré de saturation du sol, nous distinguons trois modes d’interaction entre les phases :

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Chapitre 1 _______________ Généralités sur les écoulements dans les milieux poreux Figure 1.2 : Différents types

Figure 1.2 : Différents types d’eau à la surface d’une particule d’argile (Palubarinova- Kochina, 1962, cité par Sayad Gaidi C., 2003)

Sol quasi saturé : la phase liquide est continue et l’eau peut circuler sous l’influence de la pesanteur. La phase gazeuse est discontinue et ne se déplace pas de façon autonome. Les sols sont « quasi saturés » pour des degrés de saturation supérieurs à 85 %. Sol à la saturation d’équilibre : la phase liquide est encore continue mais l’eau ne peut plus se déplacer sous la seule influence de la pesanteur. La phase gazeuse est également continue, mais ne circule pas en général. Sol faiblement saturé : l’eau entoure les particules et occupe des volumes discontinus à leurs points de contact sous forme de ménisque. La phase liquide est toujours continue par l’intermédiaire des pellicules d’eau adsorbée mais ne se déplace que très lentement. La phase gazeuse est continue, mais généralement immobile. L’évaporation de l’eau à l’intérieur des pores du sol peut devenir un phénomène important.

2.3 Paramètres hydrodynamiques d’un milieu poreux

2.3.1 Conductivité hydraulique K (θ )

Le coefficient de conductivité hydraulique K d’un matériau représente son aptitude à laisser circuler l’eau à travers lui, cette conductivité hydraulique est définie comme le facteur de proportionnalité, relions le flux q (débit par unité de surface) au gradient de potentiel φ induisant l’écoulement tel que :

Κ

)

(

θ

=

q

φ

grad

Dans

le

cas

du mouvement

de

l’eau en absence

de l’effet thermique et

osmotique, le potentiel φ de l’eau dans le sol non saturé se réduit à la somme de deux

termes :

potentiel matriciel ψ .

potentiel gravitaire Z, qui représente l’action de la pesanteur,

soit :

φ = ψ + (− Ζ )

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Si l’effet gravitaire devient négligeable par apport aux effets capillaires, le potentiel de l’eau sera au potentiel matriciel :

Si l’effet gravitaire devient négligeable par apport aux effets capillaires, le potentiel de l’eau sera égal au potentiel matriciel:

φ =ψ .

Le coefficient de la conductivité hydraulique Κ (φ ) dépend fortement de la

concentration en eau et aussi de l’histoire de la variation de cette concentration, et par conséquent de la succion. Si le milieu est saturé, ce coefficient est égal au coefficient de perméabilité

classique de Darcy.

Si le milieu est anisotrope, K revêt la forme d’un tenseur. Du point de vue théorique, Κ (θ ) peut être exprimée sous la forme :

Κ (θ ) = Κ

g

.f

w

.

Κ

rw

(θ )

Κ

g

: Perméabilité intrinsèque (m 2 ).

f

w

: Fluidité de l’eau définie par :

f

w

=

ρ .

w

g

µ

w

(m -1 .s -1 )

Ou : µ

w

: est le coefficient de viscosité dynamique de l’eau (kg.m -1 .s -1 );

ρ

w

K

: La masse volumique de l’eau (kg.m -3 ); : représente la perméabilité relative de l’eau, elle varie de 0 pour un sol

rw

complètement sec à 1 pour un sol ayant un degré de saturation égal à 100%.

2.3.2 Diffusivité D

La diffusivité a été initialement définie par Childs & Collis-George, 1948, (citée par Abou-Bekr; 1995) sous la forme :

()

D θ

()

= Κ θ

∂ψ

∂θ

Il est important de noter que le terme de la diffusivité n’implique pas un déplacement d’eau par diffusion moléculaire dans les pores, et qu’il n y a analogie formelle entre la première loi de Fick et l’équation de l’écoulement que lorsqu’on reste dans un plans horizontal. L’introduction de la diffusivité simplifie le traitement mathématique des équations décrivant la circulation horizontale. Cependant, la relation D (θ ) est très fortement influencée par l’effet de l’hystérésis

sur la relation ψ (θ ) (Didier et al ; 1996).

Notons aussi que la diffusivité dépend non seulement de la concentration en eau mais aussi de son gradient. Enfin la diffusivité est liée aussi à la géométrie du milieu poreux, la nature de l’interaction entre le fluide et la matrice solide, aux conditions initiales et aux conditions limites de l’écoulement (Didier et al ; 1996).

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La loi de Fick s’écrit :

J

a

 

C

= −

D

a

y

J

a

D

a

 

C

 

C

 

U

a

J

a

= −

D

a

y

.

U

a

J

 

D

U

a

C

 

= −

 
 

a

a

∂ y ∂ U a ∂ C a
y
U
a
∂ C
a
 

J

= −

D

*

 

a

U

a

Avec :

 

D

*

a

=

D

a

: Flux massique d’air a travers une surface unité du sol (M/L 2 T) ;

: Coefficient de transmission d’air à travers le sol (L 2 /T) ;

: Concentration d’air exprimé comme la masse d’air par unité de volume (M/L 2 ).

En géotechnique on utilise une forme modifiée de la loi de Fick :

U

a

y

  • 2.3.3 Coefficient d’emmagasinement La coefficient d’emmagasinent spécifique d’un matériau représente sa capacité à

libérer ou emmagasiner de l’eau sous l’effet d’une variation de la charge hydraulique.

C’est le volume d’eau libéré ou emmagasiné par un volume unitaire de ce matériau

pour une variation unitaire de charge hydraulique, il a la dimension de l’inverse d’une

longueur [L -1 ].

2.4 Quelques notions relatives au processus d’écoulement dans les sols non

saturés

  • 2.4.1 Tension superficielle Les interactions entre les différentes phases dans un sol non saturé sont

contrôlées par leurs tensions superficielles : tension superficielle entre l’air et l’eau

«σae», tension superficielle entre le solide et l’eau «σse» et tension superficielle entre

le solide et l’air « σsa », généralement séparés par une mince couche, dite superficielle.

La tension superficielle est une force agissant le long de la tangente à l’interface et

dans la direction qui diminue l’aire de l’interface (Kaviany, 1991). Elle a les

dimensions d’une force par unité de longueur. Il est préférable de parler de tension

interfaciale plutôt que de tension superficielle, le premier terme ayant l’avantage de

mieux suggérer l’existence d’une deuxième phase du contact de l’eau (Houpeurt,

1974).

Si les trois phases sont en contact (fig.1.3). L’angle de raccordement « θ » -

appelé aussi angle de contact- de l’interface de l’eau avec le solide est donné par la loi

de Young :

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cos θ =

σ

sa

− σ

se

σ

ae

Si ce rapport est supérieur ou égal à « 1 », aucun état d’équilibre ne sera

possible. Dans ce cas, le liquide va indéfiniment s’étaler sur la paroi solide. Ceci

conduit au concept de « mouillabilité » d’un solide par un liquide donné. Le produit

(q. s. cos ae) est appelé « tension d’adhésion ». Cette dernière va déterminer lequel

des fluides mouillera préférentiellement la surface solide, i.e., y adhérera et s’étalera

 

(Bear, 1988).

Pour θ < 90°, l’eau mouille la surface et est appelée « phase mouillante ».

Pour

une « phase non mouillante », nous avons θ > 90° .Dans le cas d’une tension

d’adhésion nulle, les deux phases auront la même tendance à s’étaler sur la surface

solide.

σ ae

Air, a Eau, e σ sa σ se θ
Air, a
Eau, e
σ sa
σ se
θ

Solide, s

Figure 1.3 : Tension superficielle (Bear, 1988)

2.4.2 Succion

Le terme succion que l’on trouve dans la littérature sous les appellations «

pression capillaire » ou « pression interstitielle négative », a été défini par Croney et

Colman (1961) comme étant le déficit de pression, en dessous de la pression

atmosphérique, mesuré dans un échantillon de sol ne subissant pas de pression

externe. L’unité normale de la pression interstitielle négative est le pascal (Pa).

Du point de vue énergétique, elle représente un potentiel négatif exprimée en

terme de hauteur d’eau appelé «potentiel capillaire », noté (Ψ), qui s’écrit sous la

forme suivante :

 

ψ =

u

a

u

w

 

γ

w

Avec :

ua: pression de l’air [kPa];

uw : pression de l’eau [kPa];

[m]

γw : poids volumique de l’eau [kN/m3].

Dans la plus part des cas, ua = Patm, Ψ s’écrit sous la forme :

ψ =

u

w

γ

w

Toutefois, compte tenu de l’amplitude très grande des variations de la succion,

Schofield (1935) a proposé l’utilisation du symbole pF (potentiel of free energy), qu’il

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a défini comme le logarithme du potentiel capillaire Ψ exprimé en centimètres de

colonne d’eau :

2.4.3 Humidité relative

pF = log(ψ )

L’humidité relative est définie comme la pression partielle de la vapeur d’eau

rapportée à la pression de la vapeur d’eau saturante. Elle est exprimée en pourcents

(%). La relation entre l’humidité relative et le potentiel capillaire correspondant est

indépendante du sol. Elle est définie par l’une des relations fondamentales de la

thermodynamique, la loi de Kelvin, dont l’expression est la suivante :

Avec :

ua : pression de l’air [kPa] ;

uw : pression de l’eau [kPa] ;

H : humidité relative [%] ;

Ψ =

u

a

u

w

R T

=

γ

w

g M

ln H

H =

P

P

0

P : pression partielle de la vapeur d’eau dans l’atmosphère ;

P0 : pression de vapeur saturante, elle dépend de la température (Tableau 1.1);

P 0 (cmHg)

T (°C )

0,92

10

1,75

20

9,25

50

Tableau.1.1 : Relation pression de vapeur saturante / température (Sayad Gaidi C., 2003)

Avec

M : masse molaire de l’eau (M = 18,016 g.mol-1) ;

g : l’accélération due à la pesanteur ( g = 9,81 m.s-2 ) ;

R : la constante molaire des gaz (R = 8,3143 J.mol-1.K-1) ;

T : la température en ° Kelvin [°K].

Une humidité relative donnée impose aux échantillons de sol une succion

donnée, selon les valeurs du tableau.1.2 ; il lui correspond une teneur en eau d’autant

plus forte que l’attraction exercée par le sol sur l’eau est importante, donc que le sol

est plastique. En fait, on constate que les succions deviennent très importantes en

dessous de 99% d’humidité relative. A de telles valeurs de succion, l’expérience

montre que les pores intergranulaires des sables propres sont complètement désaturés,

et que seules les interactions eau – argile dans les sols fins assez plastiques sont

capables de retenir de l’eau. La relation de Kelvin intervient évidemment dans

l’évaporation des sols et dans les transferts d’eau sous forme de vapeur au sein de la

phase gazeuse du sol qui en résultent.

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Pression interstitielle négative (MPa )

Humidité relative ( % )

0

100

-2

  • 10 99,999

 

-1

  • 10 99,927

 

1

99,277

70

60

126

40

221

20

316

10

Tableau.1.2 : Relation succion / humidité relative (T= 20°C)( Sayad Gaidi C., 2003)

2.4.4 Chemin de drainage- humidification

Ce sont des chemins dans lesquels le paramètre moteur essentiel est la pression

interstitielle négative, en l’absence de contrainte extérieure. De nombreux

phénomènes réels suivent des chemins de drainage ou d’humidification : retrait-

gonflement des sols à faible profondeur lors de variation du niveau de la nappe

phréatique, géotechnique routière,…

Dans sa thèse, Taibi (1994) a représenté le chemin de drainage- humidification

pour un limon d’Orly, sur cinq graphiques ; dont [-u w -e], [pF-S r ], [pF-ω],

[ω-e]

et

[ω-Sr], les résultats obtenus se présentent sur la figure 1.4.

La représentation dans le plan [-uw - w] est appelée « courbe de rétention » ou

« courbe caractéristique », l’augmentation de succion est associée à une diminution

de la teneur en eau et du volume de l’échantillon. La forme de la courbe de rétention

est affectée par la structure du sol principalement pour les faibles valeurs de -uw. Dans

un sol sableux, la taille des pores est relativement grande, et la courbe de rétention

présente une variation très rapide de la succion pour les faibles teneurs en eau. En

revanche, pour les argiles, la distribution des pores est beaucoup plus continue et la

courbe de rétention est plus graduelle. Par ailleurs, la courbe de rétention n’est pas

unique. Cette relation est différente selon que l’on se trouve en drainage ou en

humidification. Quand un sol partiellement humide commence à se drainer, ou quand

un sol partiellement sec commence à s’humidifier, la relation entre la succion et la

teneur en eau suit certaines courbes intermédiaires en passant de la branche de

drainage vers la branche d’humidification et inversement (fig.1.5). Ces chemins sont

appelés courbes de passage et les variations cycliques d’état hydrique qui existent

dans un élément de sol conduisent à une relation w= f(-uw) très compliquée (Hillel,

1988, Klute and Heermann, 1974, Klute and al., 1964). Les possibilités de passage

d’une branche à l’autre sont appelées phénomènes d’hystérésis.

Ce phénomène d’hystérésis est attribué à plusieurs facteurs (Musy et Soutter,

1991 ; Ed Diny, 1993 ; Fleureau et al, 1993). Parmi ceux- ci :

La présence d’air

d’humidification.

piégé qui tend

à réduire la teneur

en eau du sol sur chemin

L’angle de contact solide- eau- air : En effet le rayon de courbure est plus grand

pour un ménisque qui avance que pour un ménisque qui recule.

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La non- uniformité géométrique des pores qui aboutit à l’effet appelé « bouteille

d’encre » : durant le drainage, les vides restent remplis d’eau jusqu’à ce que la

succion soit suffisamment grande pour que le seuil le plus petit des pores se désature,

alors que pendant l’humidification les vides se remplissent d’eau pour une succion

plus faible puisque celle ci correspond au seuil le plus grand des pores.

Le phénomène de retrait affectant la phase solide sous l’effet de l’augmentation de

la pression interstitielle négative est un comportement plastique dans le domaine

saturé ou quasi saturé, par conséquent, ce phénomène de retrait n’est par réversible

d’où l’hystérésis observé dans le plan [-uw – e].

Chapitre 1 _______________ Généralités sur les écoulements dans les milieux poreux • La non- uniformité géométrique

Figure 1.4 : Représentation globale du chemin de drainage- humification (Taibi, 1994)

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Généralités sur les écoulements dans les milieux poreux

Chapitre 1 _______________ Généralités sur les écoulements dans les milieux poreux Figure 1.5 : Courbe de

Figure 1.5 : Courbe de rétention; à droite les courbes de passage intermédiaires décrivant les phénomènes d’hystérésis (Hillel, 1988)

2.5 Equations générales de l’écoulement

2.5.1 Ecoulement de l’eau en milieu saturé

La loi dynamique qui décrit l’écoulement dans le milieu saturé est la loi de

Darcy. En milieu homogène et anisotrope, et pour un fluide incompressible, cette loi

s’écrit :

 

q

= −

K * grad H

Où :

q

: Flux d’eau (m/s)

K : Le tenseur de perméabilité (m/s)

grad H

: Le gradient de la charge hydraulique (-).

La perméabilité représente la constante de proportionnalité entre le débit et le

gradient hydraulique dans la loi de Darcy. Elle représente l’effet de la résistance à

l’écoulement de l’eau dû aux forces de frottement.

Lorsque le sol est homogène et anisotrope, les valeurs de la perméabilité varient

selon chaque axe dans un système référentiel Oxyz et on l’exprime par un tenseur

d’ordre 02, symétrique :

K

=

k

k

k

xx

yx

zx

k

xy

k

yy

k

zy

k

xz

k

yz

k

zz

Le tableau 1.3 illustre la perméabilité de plusieurs matériaux en fonction de

leurs textures (De Marsily, 1981). La distinction entre le domaine perméable et

imperméable est fixée à 10 -9 m/s.

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Généralités sur les écoulements dans les milieux poreux

Texture

Perméabilité (m/s)

Graviers sans éléments fins

10 -2

Sables non argileux et graviers

10 -2 à 10 -5

Sables fins et argileux

10 -5 à 10 -9

Argiles franches

10 -9 à 10 -13

Tableau 1.3 : Perméabilités à saturation pour différents matériaux, (De Marsily, 1981)

2.5.2 Ecoulement de l’eau en milieu non saturé

Les processus d’écoulement dans les milieux non saturés sont en général

compliqués et difficiles à décrire car ils mettent en jeu des interactions entre trois

phases : le sol, l’eau et l’air.

Il existe trois approches pour décrire l’écoulement en milieu non saturé (Sayad

gaidi C. 2003) :

La première approche est issue de la thermodynamique des processus

irréversibles ou de la mécanique des milieux continus. Elle considère le mélange sol-

eau- air comme une mixture polyphasique (chaque phase est considérée intimement

liée à l’autre) et les équations recherchées permettent de définir les transferts globaux.

Cette approche est complète et satisfaisante. Cependant, elle conduit à une série

d’équations assez complexe mais reste la seule méthode qui permet d’analyser les

différentes possibilités de transfert.

La deuxième approche, dite de mécanique des fluides, considère que le milieu est

formé d’un squelette fixe et deux phases, l’une mouillante (l’eau) et l’autre non

mouillante (l’air). C’est une approche d’écoulement biphasique dans laquelle les

équations de transferts sont déterminées indépendamment pour chacune de ces phases.

C’est généralement la méthode utilisée par les pétroliers et aussi par les physiciens des

sols pour les écoulements dans les milieux poreux confinés.

La troisième approche, dite de physique du sol néglige complètement

l’écoulement de la phase air et considère que l’air présent dans le sol est constamment

et partout à la pression atmosphérique. Il s’agit d’une approche monophasique de

transfert dans laquelle les seules forces agissant sur l’écoulement de la phase liquide

sont la gravité et les forces de tension superficielle créées au niveau des interfaces

eau- air (capillarité).

Cette méthode a été utilisée par de nombreux chercheurs en physique des sols

(Philip, 1957 ; Gardner, 1958 ; …

..

).

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Généralités sur les écoulements dans les milieux poreux

* Mise en équation (Approche monophasique)

L’équation générale des écoulements en milieu non saturé provient de la

combinaison d’une équation d’équilibre, une équation de conservation, une loi de

comportement et les conditions aux limites.

z y
z
y

x

J y

dz J x
dz
J x
∂ Jz ∂ J z + z ∂ Jy ∂ ∂ z J x + y
∂ Jz ∂
J z +
z
Jy ∂
∂ z
J x +
y
y
S*
Jy ∂
J y +
y
dx

y

J z

Chapitre 1 _______________ Généralités sur les écoulements dans les milieux poreux * Mise en équation (Approche

dy

Figure 1.6 : Ecoulement à travers un volume élémentaire de sol

Considérons un élément infinitésimal cubique de dimensions dx, dy et dz (figure

1.6). J étant le flux massique (masse par unité de surface mouillée par unité de temps),

S* en est la source.

L’équation de conservation de la masse s’écrit ainsi :

J

x

dx (n S

dy dz) dt

J

y

dy (n S

dx

dy) dt

J

z

 

w

+

w

+

x

y

 

z

+

(n S

) dx dy dz dt

+

S

* = 0

 
 

t

w

ρ

w

   

dz (n S

w

dx dy) dt

S w : le degré de saturation en eau de l’échantillon.

n S w dx dy dz : volume de l’eau dans l’échantillon.

Si on considère que :

J = ρ w V w

ou bien

Et S*= 0.

⎛ ⎜ J J

x

y

J

z

⎟ ⎞

⎠ ⎟

= ρ

w

⎜ ⎛

Vx

Vy

Vz

⎞ ⎟

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Chapitre 1_______________

Généralités sur les écoulements dans les milieux poreux

L’équation de conservation devient :

⎛ ∂ V

x

V

y

V

z

n S

w

x

y

z

t

+

+

+

(n S

w

ρ )

w

=

0

Elle peut s’écrire aussi comme suit :

t

(n S

w

ρ )

w +

n S

w

ρ

w

div V

w =

0

Si on admet que :

Vr w = n S w (V w - V s )

Vr w étant la vitesse relative du liquide par rapport au squelette solide.

V w est la vitesse absolue du liquide.

V s est la vitesse du squelette solide.

De cette équation on fait sortir V w :

V

w

Vr

w

+

n S

w

V

s

=

n S

w

Donc on obtient ceci :

t

(n S

w

ρ )

w +

n S

w

ρ

w

div Vs

+ w

ρ div Vr

w =

0

(I)

Par analogie avec l’équation de conservation de la masse de liquide, celle concernant

le solide s’écrit :

t

[(1 - n) ρ ]

s +

(1

n) ρ div Vs

s

=

0

Si on considère que les grains solides sont incompressibles, on aura :

ρ

s

n

n

(1

n) ρ div V

s

s

=

0

t

t

+

=

(1 - n) div Vs

Le développement de l’équation (I) conduit à l’écriture suivante :

n S w t ρ w + n ρ w t S w + ρ w S w

Avec

t

=

t

t n + n Sw ρw div Vs + ρw div Vrw =0

Lachgueur K ._______________________________________________________

30

Chapitre 1_______________

Généralités sur les écoulements dans les milieux poreux

Si on divise l’équation par ρ w on obtient :

n S

w

ρ

t

w

+

n

t

S

w

+

S

w

div V

s

+

div Vr

w

=

0

ρ

w

Cette équation est appelée Equation de Richards.

On peut poser :

A=

n S

w

ρ

t

w

 

ρ

w

B=

n t Sw

C= Sw div Vs

Trois cas particuliers possibles peuvent être distingués :

1 er cas : liquide incompressible A=0

Sol saturé (S w =1) B=0

Squelette incompressible C=0 (pas de réarrangement des grains)

L’équation de Richards devient :

div Vr w = 0, avec Vr w = - K grad h

On obtient donc :

K(

2

h

2

h

2

h

x

2

y

2

z

2

+

+

) =

0 c' est l' équation de Laplace.

2 ème cas : liquide incompressible A=0

Sol non saturé B0

Squelette incompressible C=0

L’équation de Richards s’écrit :

t

( nS

w

)

+

div Vr

w

=

0 ou bien

t

θ div Vrw

+

=

0 (θ

=

n Sw)

3 ème cas : liquide compressible A0

Sol saturé B=0

Squelette incompressible C=0

L’équation de Richards s’écrit :

n S

w

ρ

t

w

+

n

t

S

w

+

div Vr

w

ρ

w

=

0

Le

cas

déformable.

général

le

plus

affronté

est

celui d’un

milieu poreux non

saturé

Lachgueur K ._______________________________________________________

31

Chapitre 1_______________

Généralités sur les écoulements dans les milieux poreux

En sachant ce qui suit :

ρ

t

w

=

1

ρ

w

U

w

U

w

(β w étant la compressibilité de l’eau),

ρ

w

ρ U

w

w

t

= β

w

t

L’équation de Richards devient :

 

n (S

 

β

w

+

S

w

)

U

w

+

S

 

div V

s

 

div (K

 

grad h)

 

0

 

w.

 

w

+

=

U

 

t

w

.

 

w

 

n (S

w.

β

w

+

S

w

U

w

)

: est appelé coefficient d’emmagasinement.

La résolution de l’équation de Richards, suivant des conditions initiales et des

conditions aux limites, permet la prédiction de la répartition spatio-temporelle de

l’humidité dans le milieu poreux. La courbe de répartition de la teneur en eau à

l’instant t peut permettre d’évaluer la quantité d’eau pénétrée ou extraite, selon le cas,

dans le milieu poreux. Cette résolution est possible dés que les relations S r (-u w )

et k(-u w ), définies en termes de relations phénoménologiques, sont connues dans

l’intervalle de variation des teneurs en eau.

3. Conclusion

Durant ces dernières décennies, de notables améliorations ont été apportées à

l’étude de l’hydrodynamique des milieux poreux.

Nous avons défini les variables et les principaux paramètres qui caractérisent

l’état hydrique d’un sol et leur importance dans la description de l’écoulement dans un

milieu poreux non saturé.

Nous avons établi les équations de l’écoulement dans un milieu poreux, dont la

résolution nécessite la connaissance des relations phénoménologiques du sol :

relations entre la conductivité hydraulique et la succion ou la teneur en eau. En

revanche, il se trouve que ces relations ne peuvent être déduites à partir des propriétés

fondamentales du sol, mais qu’elles doivent être déterminées à partir de mesures

expérimentales.

Ainsi, le deuxième chapitre fera l’objet d’une synthèse bibliographique des

techniques de détermination expérimentale des relations entre les paramètres

hydrodynamiques d’un milieu poreux dans la plage des variations de sa teneur en eau.

Lachgueur K ._______________________________________________________

32