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1 Deíìne mollium ^Tandem querelarum Horat. Haude & J. Spener M DCC IVIU . ESSAI SUR LE BONHEUR ou REFLEXIONS PHILOSOPHIQUES SUR les Biens et le« Maux de la Vie humaine. Od. L. IV. C. s. ^4 BERLIN Chez A.

.

qui m'ont occupé depuis si longtems. leur ame. je pprterai dans. fjjj^ Quelques hommes ont besoin de consolations. peut-être qu'en dévelopant les idées.cn procurer. cette douce tranqmlité. A J'ai . je vais ta cher de leur . Mon cœur parle . ESSAI SUR LE BONHEUR. & cette entie re resignation aux volontés im muables de la Providence. & ce n'est point mon eíprít qui cherche à s'éblouir. comme dans la mienne.

Pour juger de la vérité. que je ne puis m'em- pêcher de benir la Providence de m'avoir donné l'existence: benis sez la comme moi vous tous qui vivez.2 Essai J'ai vu des hommes se plaindre amerement de leurs maux. & tant d'avan tages réels . il surira d'exami ner quels sont les maux dont les hommes peuvent se plaindre. Seroit-il possible qu'exis ter ne fût pas un grand bien? II me semble trouver dans la vie tant ' de biens précieux . j'en ai vû qui se persuadoient qu'ils étoient malheureux. & j espere vous en faire convenir. de ce que je vais m'éforcer d'établir dans cet essai. & quels sont les biens dont ils de- vroient . j'en ai vû qui croioient l' homme malheu reux. car vous êtes heureux.

il est dans la nature. qu'un mal étpufe quelque- A 2 fois . nous le verrons avec ses avantages: nous écoute rons ses plaintes. II y a des maux beaucoup plus doulou reux & beaucoup plus tristes les uns que les autres. & nous lui arrache rons l'aveu de son bonheur & de son ingratitude. sur le Bonheur. Un homme est heureux si le nombre & le prix des biens dont il jouit. l'emportent sur le nombre & Ja force des maux. Nous ver rons rhomme avec ses foiblefíes & ses infirmités . ses désirs. il y a des biens beaucoup plus précieux les uns que les autres. ou dont il est le maitre de jouir. qu'il ne peut éviter: & c'est ce qu'on peut dire de tous les hommes. ses prétentions. 3 vroient se féliciter.

A la tête des veritables maux. Un homme parfaitement heu reux . encore moins par la du rée de nos maux & de nos biens. je mets les crimes & les vices. à la tête des veritables biens la ver tu. il y a des maux. comme il Test qu'un seul bien fasse oublier plusieurs maux: il y a des biens . qui puissent nous rendre malheureux. qu'il faut juger de notre bonheur: il faut tout prendre & peser en core plus que compter. quel quefois si leur durée est fort lon gue. il n'y a que les vices qui puissent jetter de lamertume sur nos jours. qui cessent d erre ce qu'ils sont si leur durée est fort courte. Ce n* est donc pas par le nombre .4 E s sva i fois le sentiment de plusieurs biens. II n'y a que les crimes .

Un homme veritablement mal heureux seroit celui. £ reux seroit celui. qui avec beau coup de lumieres auroit toutes les vertus. pour qui la vertu seroit un mal . sur le Bonheur. dont l'eíprit sans préjugés & sans erreurs représenteroient limage de la Pivinité : un mortel aussi heureux n'existe point . mais il est beaucoup d'hommes qui apro- chent d'un original aussi parfait. je serois moins porté à croire . se livreroit avec plai sir à tous les crimes & à tous les vices . Si un Etre de cette espece-éteit possible. dont l'ame pure & sans taches. que A 3 tous . il y a des foiblesses & des erreurs in séparables de l'humanité. qui connois- sant la nature & l'importance de ses devoirs . comme la clarté du jour l est pour des yeux malades.

II y a plus . C'est entre ces deux extrémités qu'il faut les placer tous. il est un point qu'ils n'ateignent jamais. quelle que soit la diférence qu'il y ait entre le plus vertueux & le plus vicieux des hommes. il est un intervale où ils se trouvent tous. parceque les hommes difèrent trop peu les uns des autres . il n'en est point qui soit plus ataché au vice qu'à la vertu: les crimes sont non seu lement rares. mais encore sui vis toujours du repentir. mais il n'en existe point dans la nature.6 Essai tous les hommes sont heureux. ce qui leur ôte une bonne partie de ce qu'ils \nt de hideux: l' homme envisagé du côté moral est heu reux . il n'est point d'homme en qui l'on trouve plus de vices que de vertus.

sur le Bonheur. tant ceux-ci l'emportent sur ceux-là. est au dessous du nombre & du prix de ses biens . que les hommes sont heureux. & que le sage soit le plus heureux. puisque le nombre & la force de ses maux. De là je conclus . quoique le degré de leur bonheur ne soit pas le mê me . A 4 Si . & d'augmenter infini ment celle de ces biens. c'est à dire du nombre & du prix de ses ver tus: it pourroit être bien plus heureux . 7 reux. L'hom- me envisagé du côté du physique ne peut pas même comparer ses maux â ses biens. c'est à dire le nombre de ses vices & de ses cri mes. il dépend de lui de di minuer infiniment la somme de ses maux .

indigne d'être conservé & gouverné par la divine Provi dence. que de semblables hommes habiteraient. pour me fai re considérer le nombre de nos vices. je repondrai seulement que j'ai meilleure opinion des hommes. qu'un monde. si tout rempli des idées atra bilaires de l'illuílre La Rochesau- cault. . on ne veut suposer dans les hommes qu'un vice dominant. seroit un monde indigne d'être sorti des mains de la souveraine Sagesse. S'il y avoit plus de mal que de bien moral dans cet Uni vers. 8 Essai Si l'on m'arrête dès le commen cement de cet Estai . si l'on étale à mes yeux ces crimes dont la terre est souil lée. sans en trer ici dans des discussions hors de lieu. & des vertus équivoques.

& c'est dans ce point de vûë que j'ai toujours envisagé la question sur le bonheur de* A 5 hom . D ailleurs . s'ils ne sont pas heureux: Celui qui peut à chaque instant se pro curer un bien qu'il n'a pas. qu'il n'est point de vertus sans un choix libre & éclairé. est censé le posséder: manquerions- nous de ce qu'il est en notre pou voir d'obtenir? Nous sommes d'autant plus les maitres de nous rendre vertueux . Dieu auroit-il pû le tirer du néant. pour qu'on pût dire que c'est à eux seuls qu'ils doivent s'en prendre. que les vices des hom mes l'emportassent sur leurs ver tus. . il íufiroit qu'il dépendit d'eux de se rendre vertueux . &l'auroit-il dû? Mais fût -il vrai. 9 vers. sur le Bonheur.

Pour établir ces vérités il faudra combatre beaucoup de préjugés. dont les hommes se plaignent. on se plaint d'être mal heureux. que la pluspart des hommes n'estiment gueres. qui pfouvent le contraire: c'est à montrer que les maux. & on en alégue des rai-* sons. que cet Essai est destiné. ne sont point des maux . celle des verita bles maux : íl faudra faire voir le prix de plusieurs avantages. que les vûës de la Providence sont des vûës sages.10 Essai hommes. & le peu de valeur de beaucoup d'autres qu'ils estiment trop: . & qu'il ne dépend que d'eux de jouir d'un bonheur assuré. 11 faudra montrer la nature des veritables biens. que letat actuel des hommes est un état heureux .

parceque ces maux sont néces saires dans le plan du meilleur monde . & combatre pour une cause décriée de nos jours par de grands hommes. ii trop : il faudra détruire des pré jugés. quelle tache! Je n'irai point chercher ici dans l'optimisme de Leibniz une preu ve générale de ce que j'avance. pourroient ils voir d'un œil tranquile la natu re leur dispenser quelques maux. que le sentiment semble autoriser. Les hommes.ils de leurs infirmités par l'idée. le seul que Dieu pouvoit choisir? se consoleroient . quel les contribuent à la perfection du tout? . trop peu citoiens pour voir sans murmure leurs intérêts particuliers subor donnés au bien public. & à la quelle il n'y a poiut de replique. sur le Bonheur.

qui ne con viennent point à l'idée que nous devons avoir de cet Etre. que cet Univers est de tous les Uni vers possibles le meilleur. & que leur état est par conséquent le meilleur état possible. Tout est bien. parcequ'il est le seul qui convient au monde le plus parfait. Tout est bien. c'est à dire que tout ce que . si ce monde leur eût plû davantage. tout ce qui est ne sçauroit être autrement sans suposer en Dieu des imperfections . ils penseroient tou jours que leurs désirs & leurs pas sions auroient pû s'acorder avec ce beau plan: peut-être y auroit- il des hommes assez extravagants pour s'imaginer que ce monde eût été meilleur.12 Essai tout? Ce seroit sans doute en- vain qu'on leur prouverok.

nous finirons par l'examen des avan tages infinis qm leur ont été acor- dés. Les maux que les hommes ne sçauroient éviter. Mais j'abandonne sans pei ne une preuve aufíi sensible pour les Philosophes . & nous verrons que l'hom- me est heureux. parce qu'ils leur . ne sçauroit être un mal. 13 que Dieu a fait. ne sont point de veritables maux. les biens qui leur man quent & qu'ils désirent. sans qu'ils aient pû leviter. j'en ai d'autres à produire aux quelles on ne sçau roit se refuser. Commençons par examiner les maux dont les hommes se plai gnent. comme tout ce qui arrive aux hommes. & les im perfections qu'ils trouvent dans les biens dont ils jouissent. sur le Bonheur.

pour mettre les diformités du corps au nombre des plus grands . dont ils aient droit ou raison de se plain dre. Que de plaintes détruites par une seule réfléxion ! mais en visageons les choses de plus près. une santé foible. La diformité du corps. pour nous persuader que c'est un mal que de vivre? S'il est des ames assez peu éle vées .ils jetter allez d'amertume sur nos jours. pourroient . & qui peut les rendre heureux : les maux que les hommes peuvent éviter ne sont point des maux . & qu'il ne dé pend pas toujours de nous d'évi ter. les chagrins & la disette.14 Essai leur viennent de la main méme d'un Etre qui veut. maux dont nous ne sommes pas toujours la cause.

& serions-nous à plaindre pour une raillerie? Ce lui qui est né avec quelque incom modité de cette espece . qui aiant le choix préfère- roient le néant à l'existence acom- pagnée de quelques infirmités de cette elpece. II est sans dou te facheux. que la nature n'a pas trop bien partagés: mais no tre bonheur dépendroit. doit tirer de l'état où il se trouve les con sola . de voir les hom mes atacher tant de prix au le ger avantage d'une figure agréa ble. il n'en est surement point. craindre bien plus les difor- mités du corps que des maux réels . & jetter quelquefois du ri dicule sur ceux .il de ces jugemens frivoles. pour ces personnes nées avec quelques unes de ces incommodités. 15 grands maux. sur le Bonheur.

que notre corps ressemble parfaitement à l'idée. que nous nous sommes faite d'u ne figure qui plait.il donc à l'homme raisonnable. au genre humain. sem blables à ces gens opulens qui for ment . ou que con tre les régies de la proportion il choque ceux. qui placent le me rite dans les agrémens les moins sensibles aux yeux du sage? U y a de ces petits esprits qui don nent tout à un certain ordre à la parure. Qu' importe . & les bons mots de ces petits maitres plus frivoles encore . que les fem mes dont ils sont les triítes ido les. & aux aparences. à qui les privileges du Sexe ne sont que trop nécessaires.t .16 Essai solations propres à lui faire ou blier les dégoûts de ces femmes. âl'Etat.

ou du ijnoins une ocasion de nous livrer B à tou . mais est -on malheureux par la raison qu'on n'est pas auíïi heureux qu'on dé- sireroit de l'ëtre ? J'ai dit peut- être. sur le Bonheur. & où l'étude la plus constante y dirige les reliures & les ornemens. 17 ment de fastueuses bibliotheques où le hazard amene les ouvrages immortels de nos grands hommes. Une santé foible seroit-elle un mal qui pût troubler notre bon heur? on seroit peut-être plus heureux . mais les tra vers des hommes ne sçauroient nous rendre malheureux. ils ne s'ocupent que de l'accelïbì- re: c'est un travers. fi elle étoit à l'abri des infirmités de la vie. parcequ'il n'est que trop vrai qu'une santé bien afermie de vient souvent une raiíon.

que le tems ramene souvent ávec usure . qu'il peut soulager de tant de manie res diférentes. Celui qui sçait penser ne se laisse point aba- tre par des incommodités.18 Essai à toutes sortes d'excès. Un sourd n'est point aveugle. & fi nous étions justes nous oposerions à nos douleurs les biens dont nous jouissons. qui par leur nature ne sçauroient être â l'abri des changemens: d'ail leurs quelque maladie que nous ayons tout notre corps ne sou fre pas. que parce qu'une longue habitu de nous a trop fait à des biens. Les maux dont nous nous plaignons ne sont la pluspart du tems que de iegeres privations d'avantages. un gouteux n'est pas hydropi- que: . souvent nous ne sentons le mal.

mais je nie que ces maux & tous les autres. mais je le suis de les voir esclaves de la plus petite douleur. 19 que : je n'ai garde de nier que ìfi goute & la surdité ne soient des maux desagréables. & c'est ce que les hommes ne veulent point croire lorsqu'ils soufrent : je ne suis point étonné de voir les hommes gou vernés par les passions. II est une grande diférence entre soufrir & être malheureux. l'état où nous nous trouvons est un état d'indiférence & d'insensibilité. sur le Bonheur. puissent autori ser nos plaintes & nous rendre malheureux. Dans les maux de la vie. quelque doulou reux qu'ils soient ^si la faculté de penser nous est ravie. ne se les fut -on point attirés par ses déréglemens. B 2 nous .

& qui se per suadent que la réfléxion rend les maux de la vie plus douloureux. que le vin leur ait ôté l' usage de la raison. Que dirons -nous donc dè . ils ne nous manquent jamais: ceux à qui cette liberté paroit insuportable . On pardonne quelque chose aux premiers mouvemens de la douleur. qui s'a- bandonnent au deseipoir. de se hisser tiraniser^ar la douleur. ressemblent à ces soldats qui plu tôt furieux que courageux aten- dent pour aller au combat. & de ne pas estimer davantage ce qu'il y a de plus précieux dans Thomme. mais on ne sçau- roit pardonner à ceux. nous pouvons trouver des sujets de consolation.SO Essai nous ne soufrons plus : & si la li berté de penser nous reste.

& sujets à quelques infirmi tés? Au milieu de ces maux l'es- pérance qui ne nous quite jamais. qui après avoir passé les trois quarts de leur vie sans sou- frir même de ces legeres incom modités. ces circonstances si propres à nous engager à prêter une main secou- rable à d'autres. sur le Bonheur. les consolations qu'on peut se procurer. ce ten dre intérêt que nos parens & nos amis prennent à ce qui nous re garde. ces moiens de rentrer en nous-mêmes. moins sensibles au plai sir. cet avertissement d'une fin qui nous atend. se croient fort malheu reux lorsque la foibleffe ou la perte des esprits animaux les rend moins vifs. qui soufrent au- B 3 tant . les secours qui se présentent de toutes parts . 21 de ceux .

22 Essai tant & souvent plus que nous. ces momens enfin où nous apre- nons à connoítre des hommes. & désirent avec cette vivacité. paroit aux hommes un veritable fléau: elle léroit moins hideuse à leurs yeux. ces preuves que la nature nous suggere de la vicissitude des biens de la vie . au milieu. dis -je. cet état où la vertu est quelquefois mise à lepreuve. s'ils aimoient moins les richesses & l'abondance. qu'il ne faut point oublier. La disette . Us désirent beaucoup. & du prix inestimable d'une conduite sans reproche . des in firmités de la vie tous ces avan tages sont autant de biens. qui produit l'in- . qui ont eu si longtems l'art de déguiser leurs veritables senti- men.

leur repos.il donc à l'homme d'avoir une abon dance de superfluités. & qui leur cause quelquefois des maux réels.on? Ah que ce né cessaire est étendu pourrois . II y a des ressour ces contre la pauvreté . ou de n'a voir que ce qu'il faut précisément pour subvenir aux besoins de la nature? Mais manquer du néces saire dira. dont ils ne ti rent que de legers avantages. On voit à la honte de l'iiumanité des homme > íacrifier leurs plaisirs . 23 l' inquietude avant la possession. souvent leurs devoirs & l'intérêt public á l'acqui- sition d'un bien. notre or gueil les rejette: qu' importe -t. sur le Bonheur.je repondre! les hommes ne man- B 4 quent . sans produire le contentement dans la possession.t. leur contentement .

par la faute de cette foule d'esprits rampants dont la terre est inondée. une considération parti culiere. qu'on entend se plaindre de la disette. Les richesses . un état de misere & d'infortune. que ceux à qui une vanité dépla cée & des désirs sans bornes font trouver letat de mediocrité où ils vivent. mais ces agrémens sont . procurent des agrémens que la pauvreté ne connoit pas. c'est moins cet indigent qui va quê ter de portes en portes. si même elles lui procurent.ils donc les avantages les plus précieux de la Vie ? Si elles mettent quelques vicieux à l'abri d'un mépris mar qué. malgré ses vices & ses travers. triste avantage pour qui sçait . 24 Essai quent jamais du nécessaire. il est vrai.

. 25 sçait penser. & les écueils funestes des richesses ! Mais soufrir la hau teur & le mépris des riches. d'un homme qui tous les jours empoisonné par l'encens. à qui l'abondance paroit une raison de supériorité ! langage de la va- B 5 rûté. quel mal en revien- droit . sur le Bonheur. qui ne doit ses amis qu à sa fortune . c'est vous qui détournés de l'homme les leçons un peu dures de la pauvreté. & encore plus par la complaisance. se prépara le plus triste avenir . qui n'a que des amis laches . près de qui la véri té n'arrive que rarement. & qui dans le sein de l' opulence trouve encore qu'il n'a pas affez? Ah trop heureuse mediocrité.il à celui qui est dans la pauvreté? pourroit-il envier le sort d'un homme.

n'abatent que ces ames pusilanimes sur qui la raison n'a plus d'empire: un es prit qui réfléchit se roidit contre les adversités. où toujours in quiet & troublé il ne voit dans le paffé. dans l'avenir que ceux qu'il redoute. Les chagrins. où il se plaint sans avoir de maux. que les maux qu'il a sou- fert . & dans le présent que les biens qui lui manquent. . qui se trouve sous les hail lons comme au milieu des gran deurs: votre mal est de trop dé sirer ce que vous enviés aux au tres. dis -je. Nos chagrins ont assez souvent une source bien im pure. cette situation de lame où l' homme se croit malheureux au sein d'une infini té de biens. les chagrins.26 Essai nicé.

nous y trouvons un sujet de murmure. l'amour propre & l' injus tice. Est -il raisonnable. que nous ne le croïons. ni sujet de reconnoifíance. Si nous nous persuadions. nous ne voulons trouver dans les biens que nous avons perdus ni sujet de plai sir. que la nature nous ait mal partagés: si nous nous voulions faire atention à nos veritables intérêts. nous n'au rions garde de nous afliger de ces petites adversités plus faites pour notre bien . nous n'aurions garde de croire. 27 pure. qu'il y a une infinité d hommes plus vertueux . & plus éclairés que nous . que nous ne meritons que peu de chose. est . Trop sensibles à nos pertes & trop ingrats après les avoir faites. sur le Bonheur.

Au lieu de sentir le prix de nos biens . parce qu'elle aimoit trop des sufrages frivoles. parce qu'il l'est éfectivement. Ce qui chagrine & àflige un grand nombre de personnes . nous ne pensons qua l'avenir.2% Essai il juste de se plaindre de ne pas jouir toujours des mêmes avanta ges? d'autres sucçedent aux pre miers. & la privation de ce qui nous a fait plaisir devient pour nous une rai son d'ingratitude & de murmure. de ceux même qui flatent nos passions & nos gouts. qui Pencensoient tous les jours. devroit le plus souvent leur paroitre un bien. l'abandonne aujourdhui. heureuse de . & des avantages qui ne le sont pas moins: ce nombre d'adorateurs. Une femme se désole de la pertë de sa beauté .

il cherchoit à meri ter l'estime du public . ils le méprisent même. ces courtisans qui s'empressoient à lui plaire l'abandonnent tout à coup. & qui est au dessus de tous les biens de la vie. bien qui ne sçau- roit lui être enlevé. que nos . Les disgraces de la fortune sont presque toujours le premier pas. & à se pro curer le bonheur d'être content de lui-même. mais un pas forcé qu'on fait vers la sagesse. Parmi les chagrins les plus vifs on peut surtout conter celui. le trône est à ses yeux un sujet d'alarme. Ah plus sage si empressé à repa rer ses torts . 29 de pouvoir dans sa retraite reve nir de ses erreurs & de ses foi- bleffes! Un ambitieux est acablé de la disgrace de son Prince . sur le Bonheur.

au quel il pourroit être vraiment sensible . mais si l' homme doit la sentir. Les Stoiciens ont trop prétendu de Phumanité. une parfaite in sensibilité. pour les marques de mépris. l' homme sage doit la pardonner. óteroit à shomme & la vertu & le plaisir de pardonner: le désir d'obtenir l'estime & l'amour des hommes est né avec nous: c'est lui qui nous rend si sensibles à l' injure.30 Essai nos ennemis nous font éprouver par le mépris & par les injures. qui nous le té moignent: mais un homme de bien est à I'abri de celui . lorsque nous avons bonne opi nion de ceux. Le mépris nous fait surtout beaucoup de peine. fut -elle bien possible. qui échapent quelque fois à des gens sen .

Les hommes ne diférent point assez les uns des autres. elles sont un mal que le tems détruit bien tôt .mëmes bien méprisables.t . ne soient eux . qu'y a . cet air dé daigneux avec lequel ils parlent & jugent les* uns des autres. que ces hommes qui atec- tent un air de mépris pour tout ce qu'ils condamnent. Qu'il seroit .de ne les pas meriter fait aisement oublier. 31 sensés mais prévenus. qui ne se voit méprisé que par ceux.il en éfet de trille pour un homme. à plus forte raison pour justifier toujours . sur le Bonheur. pour pal lier toujours. & c'est ce qui peut encore nous conso ler. dont - il est assuré d'obtenir l'estime dès qu'il en sera connu? H arrive bien rarement . & que l'idée consolante.

n'ait ou beaucoup d'amour pro pre ou beaucoup de mechanceté. qui avoient le moins de talents & de genie . à qui il est ordinaire de mépriser les autres. que c'étoient les hommes .32 Essai seroit à souhaiter qu'on les per suadat enfin. Ce n'est point un si grand mal de ne pouvoir éçhaper à ce ton dé cisif. comme par la calomnie & par les injustices. qui les choquoient ou qui ne les aprouvoient pas: il est rare du moins qu'un homme. & la vérité ainsi que la vertu abhorre un soutien aussi odieux que la persécution. que ce n'est point par le mépris qu'il faut combatre Terreur & les vices! on persé cute un homme par le mépris. qui étcient le plus portés à mépriser ceux. On a remarqué toujours. .

ou méprisé par ces ignorans qui letourdis- sent . Ce que des haines particulieres peuvent lui atirer de ceux mêmes . tout ce- C de . aux injures . plût au ciel que ce fût là tout le mal. que de semblables hommes puissent faire . qui re- connoissent son merite. & s'aplaudir quel quefois de leurs injures. 33 císif. & au mé pris de ceux. est un mal contre lequel il est facile de s'armer: un éfort généreux sur notre ennemi le ramene. qui ne sont livrés qu'à leurs passions: heureux d'ê tre haï & fui par ces vicieux qui infectent la societé. & qu'ils fissent éfec* tivement ! II y a plutôt du bien que du mal à íe voir en bute aux sarcasmes . & à ces airs dédaigneux. sur le Bonheur. un sage doit plaindre les uns & les autres.

. qui cher che à nuire encore plus qu'on ne lui â nui . ce n'est qu'un sentiment de ce qui lui arrive. s'il lest il a tout à craindre: a-t-il détruit son enne mi. Celui qui aime la ven geance ne la trouve jamais à son gré. c'est le désir de la ven geance & l'amour propre: nou velle preuve que nous sommes nous mêmes les artisans de nos peines. sa vengeance est -elle corn- j plette.34 Essai de à la douceur: quel est l'homme qui ne laisse tomber le poignard. Ah qu'un homme. doulou reuse. est à plaindre ! tout ocu- pé de sa haine il n'est presque ja mais satisfait. lorsque son ennemi va l'embrasser pour se reconcilier avec lui? La sensibilité du sage n'est point une peine. Ce qui rend F injure.

On venge souvent son ennemi en voulant se venger. c'est C 2 Nep* . elle apaise les mouvemens qui s'élèvent dans ce cœur trop sensible à l'injure . la vengeance n'entre point dans son ame. sur le Bonheur. c'est le mal qu'on lui prépa- roit qu'il veut éviter. Le pardon des injures guerit la peine comme un flambeau diiììpe les tenebres les plus épaisses: la rai son vient au secours des foibles- ses de l humanité. que pour parer le coup . d'autant plus redoutable qu'il ne sçauroit être combatu. Un homme plus ami de lui- même & de son devoir. cherche à se reconcilier avec ceux qui le haïs sent: il ne se défend du mal qu'on veut lui faire. 35 plette ? il s'éleve au dedans de lui- même un vengeur des crimes. ce n'est pas du mal qu'il veut faire .

& d'estime pour nous.la lumiere fut: ou bliez sinjure . & qui ramene avec le calme & le jour la joie dans le cœur de ti mides i nautoniers. de considération. nous persuade que les hommes avec qui nous vivons n'ont jamais assez d'égards. que pourroit-il donc y avoir de si triste dans les inju res ? C'est un excès d'amour pro pre qui cause toute notre peine : cette haute estime . ce soin que nous prenons d'excuser nos foibles . que nous avons conçue de nous mêmes. &. II me sem ble voir ici l' image de cet acte de puissance où Dieu dit.36 Essai Neptune qui sort de dessous les vagues irritées de la mer. que la lumièresoit. qui fait taire les vents déchainés. un mal oublié n'est plus un mal.

37 foibles & de pallier nos defauts. qui nous suposent quelques imperfections: la justice la plus exacte . sur le Bonheur. les égards les moins merités. les atentions les moins duës que nous osons prétendre: l'homme se croit une idole à qui l'encens ne doit jamais manquer. cet aveuglement volontaire sur tout ce qu'il y a de mauvais en nous. ce sont les éloges les plus exagerés. nous font trouver étrange qu'il y ait des hommes. parcequ'on ne vous flate pas? Que vous êtes C 3 à plain- < . quelque fois des éloges donnés avec mé nagement nous paroiflent autant d'injures : c'est la flaterie la plus baffe. Combien de sujets de plainte qui ne meritent pas d'être écoutés! on vous mépriseroit parcequ'on ne vous encense pas.

time . qu'ils ne vous aiment pas . qui auroient été évitées. ces vices portent avec eux leur peine. Un homme qui a beau coup d'amour propre. & ce sont eux pourtant qui sont les vices favo ris des hommes. si vous meri tés d'être estimé & d'être aimé: vous ne sçauriez ignorer que l'es- .38 Essai à plaindre! merités 1 estime pu blique. c'est le vrai moïen & le seul de vous reryire la verité plus agréable. tant il est vrai que les hommes entendent mal leurs intérêts: combien de morti fications esfuiées en un seul jour. voies avant que de vous plaindre. & beau coup de vanité soufre presque toujours. si l'on eut été plus modeste & plus équi table! s'il arrive que tes hommes ne vous estiment pas.

& qui com blant les sots d'éloges n'en refu sent qu'aux gens de merite. de notre esprit. croïez que la baffe ja lousie de ces vers qui rampent sur la surface de la terre. 39 time & l'amour ne sont guéres au pouvoir des hommes.. de nos talens . II est un moien sûr d'arracher à tous les hommes l'éloge de nos mœurs. fait paroitre vos vertus avec encore plus d'éclat. d 2 notre caractere . qu'un merite supérieur n'a pû mettre au dessus de l'envie. à se surmon- C 4 ter . sur le Bonheur. on ne vous les refuse que parcequ'on ne peut vous les acorder. qu'il y en a tant à se faire aimer des hommes à force de bienfaits. il en est un de se fair2 aimer. Si l'on faisoit réfle xion qu'il y a tant de plaisir à exercer la vertu . Pour vous.

un époux. un fils. mais que la raison doit modérer. que la na ture inspire. mou- ve'mens d'une douleur. qu'on ne plain- droit ceux dont on a été ofensé. Ces pertes sont facheuses. dès qu'ils ex citent nos murmures. je l'avoue. Pourquoi ne pas nous rapeller avec recon nois- . un amant s'aflige de la perte de ce qu'il chériffoit. que le mépris & les injures sont très souvent un bien pour ceux qui les soufrent. Un ami. mais ces pertes nous prouvent notre bon heur: nos chagrins sont des ta* ches à notre vertu.40 Essai ter soi-même. à conserver dans son ame cette douce tranquilité. un mal pour ceux qui les font soufrir: on se plain- droit bien moins . on se persuaderoit aisément. un pere.

que la posses sion . mais les objets absents ne|sont-ils pas per dus pour nous ? tout gît dans l'o- pinion. rendue insensible par s habi tude. 41 noissance les délicieux momens. & faut. & ce bien cet ami l'a possédé : ou C 5 bien . mais dans les cœurs ingrats la perte d' un bien est cent fois plus douloureuse. sur le Bonheur. que la jouissance de ces biens nous a procurés? Un mourant peut se dire j'ai vecû. malheur & du bon heur? Pourquoi nous afiigeons- noús? Seroit-ce parceque l'objet que nous chérissions est privé de la vie? la vie est donc un bien. celui qui devient aveugle. n'en a été agréable.il donc que pour des ames raisonnables l'opinion décide du. Nous perdons des amis. j'ai joui de la vue' .

42 Essai bien ne seroit-ce que notre per te que nous pleurerions ? mais combien alors ne s'ofre-t-il pas à notre esprit de sujets de conso lation ! Que nous versions des lar mes. où ils contribuoient à notre bonheur. dence de les avoir eus . parcequ'elle est volontaire: pourquoi ne pas benir la Provi-. une tendre épouse. nous les voïons quiter un sejour.. mais que le souvenir de leur existence passée nous arra che des soupirs & des murmures. au lieu de se plaindre de ne les plus avoir? le bien de les posséder n'est plus. lorsque tenant dans nos bras des amis chers. c'est un éfet na turel de notre amour & de nos regrets. c'est un éfet de notre ingratitude & d'une foiblesse bien condamna ble. le mal .

met de „trop étroites bornes à ses biens. ail Polybiunv. Q que „ celle d'un homme. à chaque instant il se chan ge (*) Lib. Tels sont pourtant les hommes.t -il dou loureux tandis qu'un bien passé ne nous fait aucun plaisir? „Quel- „le avidité. „ déraisonnable pour ne mettre „au nombre de ses avantages. II faut être ingrat pour „se plaindre de la fin du plaisir.. . dit Seneque. 43 mal de les perdre est paflé. sur le Bonheur. triste ressource que celle du pré sent. un mal qui n'est plus sera. qui ne vo- „ïant aucun avantage dans ce „ qu'il a reçu. ne trouve que du „mal dans ce qu'il est obligé de * rendre. songer à ce qu'il a eu. „que ceux dont on jouit. sans j. de Consol. celui „ qui n'estime que ce qu'il a ..

La possession en a été agréable. vos ris ne mirri- . il étoit de l'humanité de les perdre. son geons au long espace de tems. il étoit nécessaire que nous fissions ces pertes. soïons reconnoissants . que la mort nous a enlevés . Couvrés de ridicule ces idées fi vraies. vous que la sagesse n'é claira jamais. il s'y trouvera toujours. que nous avons passé avec eux. cherchons donc dans nos pertes un sujet de joie. Ah quels tristes con seils! . notre ve ritable bonheur le demandoit.44 Essai ge en passé : au lieu de songer à ce nombre (Tannées que nous pas serons privés de ces amis. conso lons nous. je vous plains & je vous pardonne les traits d'un es prit trop bouillant.

45 m' irritent point . il vous parle. dont le sort est bien plus triste . il vous présente ces gran des vérités. sur le Bonheur. dites -vous. s'il eût vecu plus longtems? Je sçav^ois tout cela.ils me faire redoubler de foibles éforts ! Vous voiés un généreux conso lateur s'aprocher de vous . la consolation qu'il vous porte vous paroit un nouveau mal. pour juger de leurs maux : vous y mettez vous lorsque vous voies tant d'infor tunés. il est facile de se ra- peller ces lieux communs de mo rale. puissent . Vous avez perdu un pere agé de 90 ans : croiés-vous que ce pere eût été plus heureux. comment les rece- vés vous? vos larmes redoublent. mais il faut être à la place des malheureux.

ce qu'on leur a généreusement prêté ! A les entendre on diroit qu'il est mieux de ne jamais posséder les avan tages .46 Essai triste que le vôtre? sans équité lorsqu'il s'agit des autres hom mes. & nous refusons de la compaflion & des secours á ceux qui soufrent bien plus que nous: vous regrettez vivement la perte d'un vieillard décrépit. & vous étes insensible à celle de tant de veu ves & de tant d'orphelins! des têtes bien plus cheres à la patrie vous causent-elles quelque inquié tude ? Ah détournons nos regards d'un si triste tableau! Quels débiteurs que ceux qui rendent en murmurant. pour qui la mort étoit un remede contre les injures du tems. nous nous désesperons de nos pertes .

ils sont en core assez ingénieux pour se tour menter au sein d'une tranquile possession: ils pensent avec dou leur au moment. sans sçavoir qui sera le premier à s'é loigner. Ce que vous chérissez est sur le point de vous quiter. que ne les ont . sur le Bonheur. portez lui tous les secours dont vous étes capable.ils envisagés comme des biens. comme des biens dont l'absence ne sçauroit être un mal? Mais non contens de se persuader que cesser d'avoir est un mal.ils joui de leurs parens. le mal semble gagner. qui devoient un jour cesser d'exister. que de ne les posséder que pour un tems: que n'ont . 47 tages de la vie. tâchez de le sauver. de leurs amis . qui les sépare ra de ce qu'ils chérissent. vos éforts .

ce pue la foibleffe excuse . il est in sensé s'il quite le gouvernail pour gémir. la raison doit .48 Essai éforts sont justes & louables: mais pourquoi ces larmes ? fléchi rez vous le sort ? les decrets éter nels seront -ils changés? & verra- t-on un miracle s'oposer au cours ordinaire de la nature? celui qui conduisant un vaisseau périt en travaillant à le sauver du naufra ge. Nos éforts sont entrés dans le nombre des moiens dont Dieu á voulu se servir. le mépris des causes secon des est aussi extravagant. ce que la douleur arrache. nous ne devons point rester dans l' inac tion. que l 'oubli de la cause premiere est impie : les larmes sont ici de trop. ignorans l'éfet qu'ils produiront. est un homme sage.

ne pleurent & ne ge- (*) Non votis neque suppliciis muliebríbus auxih» Dcorum parantur : vigilando . Ces ames puíìlanimes . mais elle est proportionée à notre foiblefíe: les larmes sont des íòulagemens d' un esprit (*) malade: vous pleu rez. D . bene consulendo . de nos principes. Sallnstitu m Bell» Catil.* c'est à dire que vous outra gez la Divinité. nous pleure rions tous également . ùbi socor- diœ te te atque ignaviae traslideiis. irati infeítique íunt. de nos éforts: notre tristesse n'est jamais propor- tionée à notre mal. mais quelle diférence ! Tout depend de nous. agendo . prospère omnia ccdunt . nequicquara Deos implores. Si nos pleurs étoient un éfet naturel des évé- nemens facheux. ou que vous ne la connoiísez point. que le mal le plus leger tirasse. sur le Bonheur. 49 doit le modérer.

50 E s -s A I gemiífent. que des raisons de gouter avec plus de reconnoiflance les biens de la vie. de mème que la mo leste énerve le courage du soldat: elles sont comme autant de sen sitives pour tout ce qui ne les flate pas. qui ne seroient pour une belle afne. maladie de l'ame qu'il faut traiter comme ces fievres. & des moiens de les gouter avec plus de plaisir. rien de plus foible que les raisonnemens les plus solides & les motifs les plus pres . Le desespoir s'en mêle quel quefois. une foiblefíe volontai re les fait succomber à des maux. qu'il est dangereux de couper trop tôt: rien de plus puissant alors que la douleur . que parcequ'une suite non interrompue de biens les a énervées.

dites-vous. j'oublierois un ami! le souvenir que vous voulés en conserver ne sera pas long. Combien de courageux soldats . qui cestent de l'être . sur le Bonheur. on craint en core plus la consolation que le mal. on se livre tout entier à sa peine. lors que la main du chirurgien veut toucher leurs blessures l l'hom- me se montre à la suite du He ros. Malheureux écart de la raison humaine. 51 pressants : on n' écoute plus Ja voix de la raison. on cherche un merite dans une sensibilité ou trée ! Quoi. lî s'en souvenir pour vous c'est le pleurer : il est raisonnable de chercher à reparer ses peites. il est extravagant de vouloir trou ver un remede à ce mal. dans la D 2 lafli .

Nos larmes. & c'est ce que j'entends dire tous les jours.52 Essai lassitude de le sentir. Mais. des raisons purement physiques rendent les larmes agréables en quelque fa çon. je ne parle ici que de ces lamentations perpétuelles pour un mal qui n'est plus . qu'il ne puisse arriver que le cœur étant serré . Le plus souvent on n'en visage . de ces gé- missemens qui reviennent à cha que instant pour jetter de l'amer- tume sur nos jours. quelquefois lignes assez équivo ques de la tristesse . car elles prouvent que nous avons joui d'un bien. prouvent no tre bonheur. on se soulage en versant des larmes . dont la pofíession nous étoit pré cieuse. il y a de la douceur à pleurer : je ne nierai point.

dit Seneque. 53 visage dans ses pertes qu'un in térêt particulier: ces monumens même élevés à la gloire des grands hommes . ces larmes qui ont cou lé sur leur tombeau. que les regrets de ce que nous venions de perdre. elle est toujours injuste : „ La «tristesse. Mais que notre tristesse soit l'éfet de l'amour des hommes & de la ver tu . sur le Bonheur. ce deuil & cette tristesse ont été bien moins des hommages rendus à la ver tu. il lui res- D 3 „toit C) % 99- . ou qu'elle ne soit due qu'à un amour intéressé de nous mêmes. (*) est non- „ seulement inutile & dangereuse. „ mais elle est encore une preuve „de notre ingratitude: celui qui „ vient de mourir a vecû. il étoit „venu en ce monde.

qu'il y a de l'humanité à verser des pleurs en abondance. qui arrive aux hommes. le vieillard le „plus décrepit a trop peu vecû. mais ce n'étoit qu'une blessure. meurt dans „le bas âge: si la brieveté de la „vie vous alarme. Se plain dre de la perte d'un ami. qui. sont autant .„ Je n'en disconviens point ces pertes sont facheuses. „la vie est même trop longue „pour un enfant.54 Essai „ toit donc à le quiter. vos vices. seule cause de cette triste erreur^ qui vous persuade. homme: nous ne diférons tous „à cet égard que par de très „ courts intervalles. c'est „ se plaindre que cet ami ait été j. & vous en faites une plaie : vos préjugés. Si vous „voulés faire valoir ce peu de „maux.

qui perdent ce qui leur est cher . Stn. cet enfant che ri . est mort dans le berceau ! votre dou leur eût été la même. si vous l'euísiés perdu acablé de jours & d' années : songez aux maux qu'il vous a peut-être épargnés. qu'il n'est D 4 peut- (*) Ad opinionem dolcmus: tam miser est quisque yiam «edit. 55 autant de maux que vous pour- riés éviter: c'est -dans l'opinion que gît lurtout votre peine. 75. . ep. II y a un ii grand nombre de motifs de con solation pour ceux. mais encore les maux qu'elle a évités. dites -vous. qu'il a peut-être évités: la for tune lui a été plus favorable qu'à tant d'autres . (*) Mais. sur le Bonheur. une belle a me con te non seulement les biens dont elle jouit. mon unique espérance .

que les morts í'e- roient â plaindre s'ils íçavoient l'excès de noire douleur. soiés content qu'il ait cessé d'être au milieu de nous. ou ne lest -il pas? S'il Test. Je vous demande. pen sez donc que ce cher -objet de vos regrets à vecû. qui lui anonÇoit la mort de son fils. qui repondit à celui. est -il heureux de vivre. & qu'il ne pouvoit vivre ni toujours. lui envieriez- vous l'avantage de vous avoir précédé ? Souvenez .' je sça/vois en le tmP tant au monde qtìil dgvoit mourir.vous de cet te femme romaine .56 Essai peut-être rien de mieux connu: on entend tous les jours cette sa ge réflexion. ni plus longtems: s'il ne l'est pas. II y a tant de chimerique dans nos prétendues adversités & dans t nos .

Combien de maux. des dificultés survenues à un dessein formé. un désir dificile à satisfaire. que la sagesse condamne. De com bien de minucies ne nous ocu- pons nous pas? un clin d'œil. si nous le voulions ! la frugalité est le luplice d'un homme intem pérant. un contre -tems facheux. nous de vrions benir la providence de n'avoir pas été les maitres de sa tisfaire des désirs. 57 nos chagrins. qu'on peut dire que nous sommes les íeules & les premieres causes des maux dont nous nous plaignons. qui n'en seroient point pour nous. voi là nos peines: heureux plutôt de devoir souvent au hazard. ce qu'il auroit été beau de devoir toujours à notre vertu . le travail celui d'un pa- û 5 res . sur le Bonheur.

j'apelle ainsi tous ceux. que nous ne pouvions pos seder que pour un tems. & quelque chose de pis encore. il y a de Pinjustice . dans la com paraison de son état présent à son état passé . qu'il faut acuser du mal dont on se plaint. & à chercher des su jets de murmure. & dans la perte de ces biens .58 Essai reffeux: de quelque coté qu'on se tourne c'est toujours le vice. nous trouverions qu'il y a bien peu de maux dans la vie. â se . Si nos désirs se bor- noient à nos veritables besoins. S'il y a de l'ingratitude à se plaindre de ses pertes. Mais faute de maux réels nous nous en faisons d'imaginaires. qu'on fait consis ter dans la privation de quelques avantages. que d'autres hommes possedent .

& à trouver des sujets de murmure en comparant notre état à celui de quelques hommes. il seroient infiniment plus contens. 59 plaindre que la fortune nous soit inoins favorable qu'à tant d'au tres. de ce que nous suposons d'autres hommes plus heureux . que nous n'avons point. ou moins malheu reux que nous ne çroïons l'é- tre. si nous pouvions nous dé pouiller pour toujours de cet ex cès . II faut l'avouer à la honte des hommes. s'ils pouvoient se persuader que les autres hom mes n'ont pas été mieux traités qu'eux : notre mécontentement vient presque toujours . à qui nous ne connoissons pas les maux dont nous nous plaignons. ou á qui nous suposons des avan tages. sun le Bonheur.

nos plaintes dis- paroitroient bientôt. & les biens de ceux avec qui nous vivons. à nos yeux la fortune s'est épuisée pour eux: tout est mal pour nous . . parcequ'il l est de nos vices . notre injustice. que des sujets de benir la Providence : notre amour pro pre. l'indiféren- ce que nous avons pour la plus grande partie du genre humai» nous font exagerer nos maux.6o E s sa í cès d'amour propre. Tout est bien pour les autres. & nous ne verrions dans les événemens de cette vie . & de cette in- diférence pour tout ce qui ne nous touche pas . à nos yeux la fortune nous a traités en maratre : il ne nous arrive aucun mal. principale í'ource de nos maux. que nous ne pensions aussi tôt.

il ne nous arrive aucun bien . 6l tôt. mais encore . mais le fus sent -ils? leurs biens augmente- roient . ou diminue raient -ils le nombre & le prix de vos avantages? Un malheur inatendu. ne vous imaginés pas que les au tres hommes soient beaucoup plus heureux que vous. aimez les hom mes & vos maux seront éclipsés : tout est compensé ici bas . sujet éternel de plainte . qu'il n'est point arrivé à tant d'autres . sur le Bonheur.ils vos maux . que nous ne pensions aussi tôt . mais pourquoi ne pas s'y atendre? il ne faut pas se contenter de penser à ce qui arrive ordinairement. chacun à ses peines. Soiés justes . chacun a ses biens. que de plus grands biens ar rivent tous les jours à tant d'au tres.

Rien de ce qui íe passe dans l'Univers ne doit éton ner rhomme prudent. Si ce qui arrive à ces ames foibles étoit un grand mal. &nesçau- roit paroitre injuste à l'homme sa ge: où y auroit-il de l'extraordi- naire là où tout est lié? où ieroit l'injustice là où tout concourt à notre bonheur? Se plaindre de maux imprévus .62 Essai s'atendre à tout ce qui peut arriver : il n'est pas besoin d'ennemis pour avoir quelque chose à craindre. la prospérité même peut être un sujet d'alarmes pour qui n'est pas sur ses gardes. ou se flater mal à propos jusqu'au dernier moment. ne seroit-ce pas un avan tage pour elles . c'est ou se plain dre de ne pas connoitre l'avenir. qu'il arrivat lors qu'elles ne s'y atendent pas ? pour ces .

que les maux qu'ils soufrent. 63 ces eíprits timides les maux qu'ils prévoient font plus terribles . pour les petites adversités de la vie. elles peu vent & doivent être prévues: pourquoi détourner les yeux de ce qui nous avertit. sur le Bonheur. il ne Test pas de chercher dans un avenir in certain des sujets de peine & de tristesse. pour nous préparer à les soutenir avec fer meté . & qu'il est impossible que nous obtenions? S'il est sage de prévoir les incon- veniens de la vie . pourquoi se flater d'une immunité. qui n'ont pas voulu les évites. mais non pas pour en gé mir . Nous devons nous aten- dre à des aflictions. Mais les grands & les veritables maux n'a- fligent que ceux. que nous ne devons pas désirer .

& ils ne veulent pas se pré parer à des événemens certains. ils s'afli- gent de maux ^ venir & incer tains. Les songes. ces chimeres qui devroient être ban nies à jamais du sein d'un peuple instruit par Dieu méme. trou blent . les signes na turels d'événemens naturels. on voit lés hommes y donner tous les jours. ils se plaignent d'avoir été pris au depourvu . tandis que trop souvent scrutateurs insensés de l'a- venir.64 Essai mir d'avance. les preffentimens . qui pourroient les surprendre & les acabler par leur faute: extré mités également condamnables: quoique faciles à éviter. Contradiction dans la conduite des hommes . ils cherchent même des phantomes. pour avoir quelque chose à redouter.

on commence par en rire . qui vont consulter avec des mou- vemens de crainte & d'espérance des gens. Ce qui prouve que dans nos chagrins l'opinion & le chimeri que l'emporte sur le réel. sur le prix de certains avantages. on finit par craindre. sur le Bonheur. ni avec eux-mêmes ni avec les autres. il fait le sujet des conversations les plus sensées. c'est que les hommes ne sont point d'accord.. & l'on jette toujours dans de jeu nes cœurs des semences . qui por tent de bien mauvais fruits. & sur le dé- E gré . 65 blent encore le repos de gens qui veulent être raisonnables: on voit parmi nous des hommes. qui abusent de la cré dulité du peuple: un songe éfra- ïant vole de bouche en bouche.

. nous ou blions même souvent que ce que nous soufrons à présent sans nous plaindre .coté que les hommes diférent ê eux dans les idées qu'ils se du bonheur & du malheur! Com bien qui préfèrent la mort à l'in- jure. & le reproche des vices les plus condamnables à celui d'un ridicule ! II y a tant de préjugés parmi les hommes.66 Essai. en chan- geroit-il ainsi si les inconveniens de la vie humaine étoient de si grands maux? D'un autre . A cet égard l'homme change de senti ment d'un jour à l'autre.' . qu'il n'est t. point . . gré de peine ataché à quelques inconveniens. Ce qui nous a fait plaisir pour un tems. nous paroifíbit fort dur il n'y a pas longtems. nous de vient bientôt indiférent .

sur le Bonheur. Qu'il y a d'hom mes qui démentent tous les jours des principes. & se conduire cependant comme s'ils étoient dans Terreur. pour ceux qui s'y atachent trop. une plaie sans dou- E 2 leur - . Vous avez soufert de grandes douleurs . dont ils ne sçau- roient douter. 67 point étonnant de leur en trou ver à cet égard: mais il lest de les voir convenir de l'abíurdité de ces préjugés. & qu'ils démen tent fans qu'une passion violente en soit la cause! D'où vient une si funeste inconséquence? Ce qu'on apelle un mal n'en est souvent^ point: disons plutôt que la plus grande partie de nos pìaisirs sont des maux . mais il falloit vous guerir. & la douleur étoit un moien nécessaire pour vous soulager.

. ou de ce qui nous man que. elle est le premier bien qui vous ar rive. après la blessure que vous avez reçue. elle guide la main du chirurgien. que celui à qui il n étoit jamais rien ar rivé de triste: un tel homme n'a pas eu le tems de s'éprouver. Vous avez perdu des amis chers. il falloit vous préparer à mourir vous-même: rien ne familiarise plus avec la mort. Si la vertu fait tant à notre bon heur. qu'il ne connoiffbit perfomie de plus malheureux . que la perte de ce qui nous est cher. si Y infortune ne vient nous instruire de ce que nous avons . la douleur avertit du danger.68 Essai leur est un mal bien dangereux. comment s'assurer de ce tresor . ' Demetrius avoit bien raison de dire.

vous seule vous sufilez pour prouver l'existence d une sage Providence. précieu se adversité qui mêlés. c'est que ce que la na- E 3 ture . Les maux sont des reme des salutaires qui ont quelque amertume. 69 que. les plaisirs sont sou vent des poisons qui ont quelque agrément. qui devroit con soler tous les hommes dans leurs aillerions. Une réfléxion. quel ques instans de peine . Baisons avec trans port la main qui nous frape quel quefois : heureux coups . Un homme de bien qui a suporté beaucoup d'aflictions^ est un heros qui repose sur des lau riers cueillis au milieu des dan gers. à tant de biens dont nous jouissons. pour nous empêcher de nous oublier dans le plaisir & dans la prosperité . sur le Bonheur.

leur nécessité.70 Essai* ture des choses amène ne íçau- roit être un mal . A coté du mal on trouve toujours un remede . qui condamnent nos plaintes. d'ô ter à tous leur amertume. qui resulte d'un mal? nos yeux sont trop foibles. Futilité de nos maux. & le dégré du plaisir que nous éprouvons à en jouir. Est -il fort étonnant. d'aug menter le nombre de nos avan tages. que nous ne voïons pas toujours le bien particulier.. sonc autant de raisons. les moiens que nous avons d'en éviter beaucoup . que sa puissance & sa bonté. si une infinité de choses peuvent nous . dès qu'on su- pose dans fauteur de cette natu re une sagesse qui n'est pas plus bornée. Le nombre & le prix de nos biens.

se pourrok-il qu'il fût au dessus des forces humaines de les su- porter avec courage? nous les suporterions plus facilement. & quelquefois inévitables. Soïons assez justes pour reconnoitre toute la bonté divine. ce que Seneque disoit des hommes de son tems. une infinité d'autres pauvent nous sauver: la pluspart de nos maux prouvent l'existence de nos biens. qu'on ne dise point de nous. si nous le voulions: il n'y a qu'à se proposçr un but . & envisager les E 4 évé- i . qu'il en avoit trouvé beaucoup de justes en vers les autres . si même elles sont nécessai res. 71 nous perdre . sur le Bonheur. Si les adversités ont leur utili té.> mais quil n'en avoit point trouvé de justes envers les Dieux.

elle se decide toujours pour ce qui lui paroit le meilleur. II y* a une force dans notre ame capa ble de tout vouloir . Tout depend ici de ce jugement rassis. jusqu'à ce qu'elle ait eu le tems d'envisager les choses de plus près. il ne faut que lui présenter des motifs. & de juger de ce qui est le meilleur: c'est en cela que consiste la liberté: la plus gran de liberté est inséparable du plus grand dégré de connoissance. ou plutôt de lui dévelop per des idées. Quand no tre ame est éclairée elle prend ai sément l'habitude de resister à ses désirs. .72 * Essai événemens de la vie dans leur veritable point de vûë. qu'il ne cesse de- carter de son esprit. mais l'homme s'aveugle: il s'agit donc de l'ins- truire.

La réfléxion rend nos actions raisonables. qui donne des forces . qui ramene la joie. qu'au désir de faire le bien.elles érigées en vertu? La compassion n'est plus alors qu'une E 5 vertu . sans elle notre courage n'est qu'une espece de fu reur animale. 73 rassis. Quand on ne se laisse émouvoir que par les larmes & par les cris. quand il faut de grands maux & des maux sensibles pour exciter notre pitié. les plus belles ne sont rien si elles ne sont le fruit de la raison. qui inspire du courage. quand on donne plus à la lassitu de detre importuné . sur le Bonheur. peut -on passer pour vertueux ? nos foiblesíes se- roient. que l'on porte sur ce qui nous arrive & sur ce qui arrive aux autres: c'est la réfléxion qui dissipe la crainte.

II en est de même de cette fermeté d' ame dans les adversités de la vie. qui nous -raproche des animaux. pour qu'elle soit digne de l'homme. quand . C'est faute de ren trer souvent en nous mêmes. de penser au but pour lequel nous sommes nés. il faut qu'elle soit due à la réfléxion & à la raison. c'est faute de réfléchir sur l'état présent & sur l'état â venir qu'on a tant de pei ne à se consoler dans les aflic- tions. 74 ' Essai vertu machinale. il ne faut pas qu'elle soit l'éfet d'u ne espece d'insensibilité . En éfet quand on se laisse étourdir par les menaces. de reduire à leur juste valeur les biens & les avan tages de la vie. de considerer de près ce que c'est que ces maux dont on se plaint.

ne sçauroit se plaindre de périr sous des decom bres : dans. & ne pas se rendre esclave des circonstances où l'on se trouve. quand on redou te les maux. Celui qui voit sans bouger les ruines d'une masure tomber sur lui. qu'à ce qu'il faut faire : ne cédons point . qu'on tremble pour les disgraces de la fortune & pour les suites facheuses de l'adversité» peut . ou pour leur ôter ce qu'elles peuvent avoir d'amer. la vie humaine il faut y mettre du sien. 75 on craint l'apareil de quelque convoi funebre . sur le Bonheur. Dans la dou leur & dans l'adversité on doit- moins penser à ce qu'on soufre.on se plaindre avec raison « de ne pouvoir suporter les maux de la vie? on n'a rien fait pour écarter ces petites affrétions.

il y a de la gran deur d ame à ne point se laisser abatre par l' infortune. 76 Essai point aux tems . n . quelque revolution que soufrit l'Etat. Personne ne le vit ja mais changer de mœurs. Caton fut tou- (*) Seneque. me á se roidir contre elle : & de tels éforts ne sont point au des sus des forces humaines. de ca ractere. prêt à mourir ou dans la fleur de sa jeu nesse. au sein de la paix ou au milieu des troubles dont la Re publique fut agitée. Caton (*) montra à l'Univers qu'il pouvoit & vivre & mourir sans céder à la fortune. Prê teur ou chassé de la prêture. il y a un amour bien entendu de soi-mê- . ou de conduite. com blé de gloire à la tête des armées ou bien injustement acusé .

77 toujours le même. Ici l'on voioit le peu ple entrainé par la nouveauté. au milieu d'eux le Senat qui foiblifíbit â l'a- proche des armées. Si Céjar est vainqueur la mort l'atend. sur le Bonheur. il leur fait enten dre . Tandis qu'on voioit d'un côté César suivi de dix legions victorieuses. là les grands indécis. & de l'au tre Pompée mendiant du secours chez le tranger. qui rampoit à la nouvelle d'une victoire. & qui levoit la tête lorsque les com- batans étoient éloignés. pour Ca ton sans être aperçu & sans être écouté il laissa au monde l'exen: pie d'une vertu sans taches. Caton qui avoit tout à craindre resta ferme & in ébranlable. & l'exil lui est destiné si Pompée dé fait César: il les heurte de front tous lés deux.

78 Essai dre la voix de la justice & de la raison . c'étoit toujours Coton. mais à qui doit -on s'en . Qu'on ne dise pas que la mort ait terni sa gloire.il évité en se la donnant? la vûé" des triom phes de César? il ne la craignoit point: peu flaté des honeurs. On le vit con duire des armées victorieuses au travers des sables de l'Afrique . & les enviant encore moins à ceux qui les possédoient . & traverser les montagnes en rame nant les débris d'une armée vain cue. il méprisa la mort & l'exil & se les donna l'un & l'autre. il joua à la paume le même jour qu'il sut chassé du Senat: il n'étoit jaloux que de sa vertu. Peu d'hommes sans doute parviennent à ce haut degré de tranquilité & de sagesse. qu'a.t.

Heureux celui qui n'a pas besoin de s'armer à chaque instant contre les craintes & les maux de la vie. & les devoir à ses principes. sur le Bonheur. 1 Après avoir entendu les hom mes se plaindre si amerement des maux. il faut passer sa vie dans l'exercice de ces vertus . juste. sa ge dans les grandes ocaíìons. croiroit- on que la mort les faise trembler? Rien de plus vrai & rien en mé- v : me . 79 s'en prendre si ce n'est à eux- mêmes? Ce n'est pas assez d'ê- tre intrépide. mais qui peut voir d'un œil tranquile forage se former & fondre sur lui: quelque agréable que soit le calme après la tempête. qu'ils soufrent. ce n'est rien au prix de cette inaltérable securité fruit de la vertu & de la vérité. prudent.

ou les écarts d'une jeu nesse qui se repose sur sa vigueur. acablé sous le poids des années . ou qu'elle empêche l'en- fant de sortir de son état d'in nocence. je n'y trouve rien qui puiffe nous alar mer. soit qu'elle mette fin à nos maux. elle est pour quelques uns ce que la na ture . qu'elle arrête dans sa course l'hom- me mûr. 80 Essai me tems de moins raisonnable. La mort . soit qu'elle vien ne interrompre nos plaisirs. La mort seroit-elle donc un mal. & un plus grand mal que ceux qu'on éprouve quelquefois dans le courant de la vie? de quelque côté que je Penvhage. qu'elle termine les peines d'un vieillard. vûës de la Providence. la mort est pour tous les hommes l'acomplissement des .

heureuse pour celui à qui elle arrive avant qu'il l'ait désirée & sans qu'il Tait re doutée. parce que la mort & la vie ont cela de com mun qu'elles tendent au mëme but. qui nous en apro- chent. & les jours donnés à notre âge sont autant de pas. parce qu'un bien doit avoir ses bornes. que nous craignons par foiblelíe. la mort est .le der nier: en naissant nous nous som mes aprochés de cet instant. sur le Bonheur. elle ne pourroit Têtre que pour . 8i ture acorde à leurs désirs . parce que la mort & la vie sont inséparables : la vie est le premier pas que nous faisons vers le bonheur. " F le . Si la mort étoit un mal. La mort est un bien & la vie lest auffi . elle est surtout agréable â celui qui en eonnoit le but.

la mort.elle un mal ? Si nous ne jouis- i sons . qui craint de mourir en expirant. il faudroit envisager la vie com me un tissu \i' infortunes . qui en est la fin.82 Essai le moment où nous expirons: mais ce moment est peu suscep tible de regrets: peut-être que rhomme. le roit . lorsque nous commen çons à vivre. qui augmentent à chaque instant. & qui éclate avec d'autant plus de violence qu'il est plus long à se former. que nous avons éprouvés dans ce monde: la vie leroit com me un orage qui commence à se former. & ne s'attendre après cette vie qua des maux infiniment au dessus de ceux. Pour trouver du mal dans la mort. est encore à naitre. Si la vie est le seul bien qui nous arri-- ve.

sur le Bonheur. 83 sons que du présent. peut elle en empoisonner la jouissance pour une ame raisonnable ? Mais s'il est d'autres biens après la vie . si nous eussions été consultés avant que de naitre? aurions nous rejetté F 2 un . & demandons nous ce que nous aurions fait .il de nos plus beaux jours ? L'idée. en quoi le dernier jour de notre vie difére- roit-il de tous les autres? que dis -je! en quoi le dernier mo ment de la vie diféreroit . que le bien de vivre va finir. vo tons ce que nous avons à atendre. r II nous faut mourir: c'est là la condition sous laquelle la vie nous a été acordée . Rentrons en nous-mêmes. il y auroit de l'injustice à re garder comme dures les condi tions d'un bienfait. ne nous plaignons pas .

que les plaisirs sont des soulagemens nécessaires à des Etres de cette eípece. c'est â dire les voies par lesquelles Fame aperçoit ce qui se pacte hors d'elle. elle verrait que les corps sont des instrumens nécessaires à des esprits finis. à ce qui doit en avoir pour pouvoir être un bien? Supolbns qu'il plût âDieu de créer une ame. qui pût se représenter l'état du monde . que cet Univers est l'ouvrage de la puissance dirigée par la bonté. '. & à qui il laúTat la liberté de choisir entre le néant & l'existence : cette ame aperce vrait d' autres ames unies à des corps. . Essai un bieHfait. par la raison que ce bienfait ne dureroit qu'un tems? aurions nous désiré qu'on ne mit point dje bornes . que les sens sont des organes .84.'■••.

que les maux & les in- conveniens de la vie sont des ombres nécessaires au tableau . que l'illusion . que notre bonheur est entre nos mains . sur le Bonheur. est pourtant telle. 85 & par la sagesse. ne dure pas toujours . que la vie seroit un bien pour celui là même en qui tout périroit avec le corps . abstrac tion faite du but pour lequel les hommes ont été crées. & de ce qui peut rejouir les hom mes. que là com pensation de ce qui peut afliger. que ce monde peut procurer à l'esprit qui le con temple les momens les plus dé licieux. ta bleau qui seroit aussi imparfait faute d'ombres que faute de beau tés réelles . qu'il F 3 est . que nous nous faisons sur la nature de nos vrais biens & de nos veritables maux .

quand elle auroit pû ne créer que des créatures parfaite ment heureuses . notre existence est donc un bien relativement à nous . & relativement au tout.86 Essai est des intervalles éclairés dans ces espaces ténébreux. d'autres moicns pour nous rendre heureux . pour que nous aïons sujet d'être contens: la Pro vidence a voulu que nous existas sions. qu'il est de notpe intérêt & en notre pouvoir de ne point nous aveugler : â cette vûë cette ame demanderoit sans dou te de venir habiter cette terre.mêmes. quand elle auroit pû dérober à la vie humaine le peu de maux qui s'y trouve. qu'il est un tems où le charme est rompu pour toujours. Quand la Providence auroit eu . nous au rions . il suffit qu'elle ait chosi.

mais nous mourons trop tôt. En fin les hommes se hatent de don ner l'existence à des enfans qu'ils cheriront. quels barbares pareils s'ils sont persuadés que la mort est un grand mal . sur le Bonheur. s'il avoit été possible que nous fulsions con sultés avant que de naître .mê mes : nous avons été chercher ce que la nature avoit dérobé à nos yeux. 87 rions souhaité d'exister. prenons nous en à nous . la vie est donc un bien pour quiconque juge íhns passion. & que la vie a trop d'amertume! II nous faut mourir. & si la vie est un bien la mort ne ícauroit être un mal . nous lui avons arraché ce F 4 qu'elle . parceque la mort est le dernier moment de la vie. S'il y a du mal à ne vivre que peu d'années.

l'ardeur du Soleil est prête à passer lorsque vos yeux s'ouvrent à la lumiere. avec . craignés vous d'avoir quelque chose de commun. mal leger si vo tre ame étoit meilleure : vous vous plaignés de la foibleffe de votre constitution. vos flambeaux vous consolent & votre jour commence . Vous craignés la mort. Pourquoi changer Tordre de la nature. le Soleil quite l'horizont pour faire place à de profondes ténèbres. & une mort hâtée. nos excès & nos passions ont épuisé ses res sources. après avoir tout fait pour l'afoiblir: vivez vous sui vant les loix de la nature? l'aurore paroit & vous vous couchez. tandis que vous cherchez à n'être qu'un ca davre ambulant .§8 Essai qu'elle nous refusoit.

voilà les mains qui ont creusé le précipice. les passions qui entrainent. Frivoles prétex tes. le ridicule qui épouvante l'orgueil qui séduit. 89 le peuple? mais sachez que vos vrais biens ne sont que ceux lâ même. sur le Bonheur. dont ce peuple peut jouir ainsi que vous. & ce qui nous a donné des ailes pour voler vers le tombeau : qu'on re proche après cela à la nature d'a voir borné nos jours. Souvent la crainte de mourir hâte notre mort: combien de malades à qui ïa tranquilité d'esprit a été le meil leur remede! Seroit-il si dificile de se tranquiliser sur ce sujet? nous voïons les hommes les plus grossiers aller avec courage à la mort: un brave soldat ne fait au- F 5 cun . mœurs éféminées. vices en racinés .

cun cas de sa vie.mêmes. il faut encore . & souvent il n'a pour motif de son intrépidité. & la raison si peu ? Ces ames . tandis qu'un retour réflé chi sur nous-mêmes. auroient elles le courage d'afronter la mort. que ce qui nous ras- sure contre ces fraïeurs soit des motifs dignes de l'homme .90 ' Essai . il faut que . que l'idée confuse d'une gloire dont il ne jouit point: cette fu mée auroit-elle tant de pouvoir sur les hommes. c'est que nous n'avons fait aucun étort sur nous . Mais ce n'est pas assez de mourir sans trembler . & une rai son plus épurée ne sufiroient pas pour nous faire envisager la mort sans crainte & sans trouble? Si nous craignons la mort. qu'une lumiere bien pure n'éclaire point.

lorsque nous reprochons à la nature d'avoir borné nos jours . sur le Bonheur. 91 que nous mourions après avoir pensé â ce que c'est que mourir. que lorsqu'elle arrive pour enlever l'homme au prín- tems de ses jours? Si d'un côté ceux qui meurent à la fleur de leur âge. ont eu moins de tems pour s'atacher aux biens passa gers de la vie . & sans nous être étourdis sur cet instant. qui mérite toute notre atention. plus que nous ne l'avions esperé: la mort dans un tems difére t-elle de ce qu'elle est dans tout autre? Est elle moins terrible lorsqu'elle vient enlever le Vieillard. II faut mourir mais nous mou rons trop tôt: pensons bien à ce que nous disons. s'ils emportent 'avec .

L'âge mûr est peut . nous aïons plus de biens que de maux & des biens d'un prix inestimable. il sufit que le meilleur soit de nai- . Pour les uns une vie plus longue les auroit peut . qui nous a été donné. ont eu le tems de reve nir de leurs erreurs. s'ils quitent la vie avec moins de re grets. pour les au tres une vie plus courte ne leur auroit pas laissé le tems de ren trer en eux .être ren dus plus vicieux.i)2 Essai avec eux moins de foiblesses . Ici l'on ne sçauroit pénétrer les vûës de la Providence : il sufit que tout depende de l'homme .être 1 âge où il est le plus dificile de mourir íans pei ne. de l'autre ceux qui ont vieilli. il sufit que dans le court espace de tems.mêmes.

qui peuvent les rendre malheu reux. gémirons nous de ne pas mourir plus tard? Est -il permis à un homme rai sonnable "de se plaindre des bor nes prescrites à ses plaisirs & à ses biens . sur le Bonheur. ils sont pla cés dans un monde où les crimes & les vices íbnt les seuls moiens. Le tems où nous n'étions pas. & le meilleur après cela de mourir. & si ces bornes plus ou moins étendues ne sçauroient ni. C'est aux hommes à user de leurs biens. . n'est pas le sujet de nos re grets . 93 naitre. le tems où nous ne ferons plus ne nous apartieht pas da vantage: on ne gémit point de n'être pas né plutot. si la nature de ces plai sirs & de ces biens demande des bornes.

jamais sa tisfait. . qui ne m'ont. nous ont Iaiffé quelques momens de paix. il est vrai. ni ne sçauroit re-' cevoir. quelques peines à redouter? Je quite des plaisirs. Nos crimes n'ont pas été punis . . mais que trouverai -je à leur place ? les remords s'élevent. Que pourroit .il donc y avoir de triste dans la mort? je le vois: la vûë de l'éternité. trou verons nous toujours le moien de nous distraire? N'y a-t*-il point quelques juges.94 Essai augmenter ni diminuer son bon heur? ce qui lui est donné c'est ce dont il doit jouir. ' ' . wne . ses desirs ne doi vent point s'étendre au delà de ce qu'il ne doit. nos vices à l'abri de la censure . autorisés quelquefois par l'exemple . & par une baffe flaterie.

troublé au- jourdhui à l'idée feule de la mort. n'éprouve plus que la douleur & le désespoir ? Mais si la mort n'eft terrible qu'à ceux. pourroit- elle être un mal? Plutôt convain cus qu'il est au dedans de nous un esprit indépendant du d^rps. 95 une éternelle nuit les ensévelira- t-elle? mon cœur autrefois le théatre des passions . persuadons nous qu'il est heureux pour nous & de vivre & de mourir. qui exami- neroit avec soin ce qui lui est ar rivé depuis le moment où il a com . persuadons nous que cet esprit est immortel. sur le Bonheur. qui ne vou lant pás revenir de leurs égare- mens foulent aux pieds les de voirs sacrés de la vertu . Un homme qui voudroit ré fléchir sur lui-même.

96 Essai commencé à jouir de sa raison. est heureux. Mais . verroit combien la nature & son auteur ont fait d eforts pour le rendre aussi heu re usj^qu'il étoit possible: l'hom- me consideré comme un individu. & £il devient malheureux c'est à force de s'oposer aux voies de la nature & de la raison. qu'il est non seulement la seule cause des ve ritables maux qu'il peut soufrir. il est sorti des mains du Créateur avec tout ce qu'il falloit pour letre . qui seroit assez juste pour conve nir avec lui-même. dont le veritable bonheur depend de lui-même. que les hommes soufrent dans le Com mun de la vie. mais qu'il s'est encore vû le mai tre d'éviter une grande partie de ces petites infortunes.

sur le Bonheur. 97

Mais que dirons nous des mal
heurs publics? la peste, la guer
re, la famine, ces tremblemens
de terre! quoi Lisbonne sous ses rui
nes seroit heureuse! ces champs
couverts de morts & de mou
rants, ces orphelins abandonnés,
ces veuves désolées, ces terres
ravagées par des maux qui ne
pardonnent point, quel triste spec
tacle ! Ce sont là de ces décla
mations, qui ne prouvent rien:
a-t-on jamais nié, que ces fléaux
de la colere celeste ne fussent des
maux? il s'agit seulement de sça-
voir si malgré ces événemens ter
ribles, les hommes qui soufrent
& les hommes qui voient soufrir
un grand nombre de citoiens sont
heureux: il ne s'agit point de sça-
voir, si l'on doit être sensible aux
G ,cala

98 Essai- > '

calamités publiques, ce ne sont
pas elles pour l'ordinaire qui tou
chent le plus sensiblement: ces fri-
voles déclamateurs , plus tristes
souvent de la perte de ce qu'ils
pourroient aimer, que de ces mal-
heurs publics qu'ils étalent froide
ment à nos yeux, en ont peut-
être entendu parler fans pouffer de
soupirs. Les calamités publiques
ne diférent des adversités ordi
naires de la vie, que par le nom
bre de ceux qui soufrent ces
maux: cette conformité peut &
doit même augmenter les peines
de ces citoiens infortunés, rnais
elle n'augmente point le mal en lui-
même. Ces hommes qui ont péri
sous des ruines sont des hommes
morts; si la mort n'est pas un
plus grand mal lorsqu'elle arrive
à plu

SUR LE BoKHEUR. 99

à plusieurs hommes à la fois , que
lorsqu'elle les enleve insensible
ment les uns après les autres, le
seroit elle lorsqu'elle arrive acom-
pagnée de quelques événemens
extraordinaires? Seroit - il triste
de mourir au milieu d'un boule
versement général, quand il ne
lest pas de mourir dans le sein
de la tranquilité publique? cette
terre qui s'entrouvre sous nos pas
présente -t- elle la mort sous une
face plus hideuse, que cet apa-
reil de tristesse qui environne un
malade prêt à quiter la vie ?
Ces richesses ensevelies sous la
terre, sont des biens perdus, &
Von peut s'en passer: ces villes
bouleversées sont des établisse-
mens détruits, & qu'on peut ré
tablir. Mais la patrie soufre , elle
, G 2 est

100 Essai

est dans les fers, un formidable
ennemi la menace d'une ruine to
tale ! Servez - la si vous pouvez,
vos larmes énervent votre cou
rage, & n'adouciffent ni votre
fort, ni celui de vos concitoiens.
Sont -ce bien les maux de votre
patrie qui vous arrachent ces
soupirs? vous ne craignez peut-*
être que pour vous & pour vos
amis? La guerre vous fait trem
bler, parce que vous tremblés
pour la perte de vos biens : quel
ques plaisirs retranchés,, la crain
te d'être reduit au nécessaire^ un
fils exposé, un époux qui com
bat pour son maitre, voilà ce qui
vous alarme. Vous pleurez les
victoires de votre Maátre , si elles
vous ont couté quelques parens
ou quelques amis: ces milliers
« d'hom

sur le Bonheur. ioï

d'hommes, qui ont péri en lais
sant des veuves & des orphelins
abandonnés à eux - mêmes , ne
vous coutent pas une larme, vous
en auriés donné un millier d'au
tres pour sauver ce qui vous est
cher: vous parlés donc de maux,
que vous n'éprouvés point. Ah
qu'il y a d'injustice parmi les hom
mes, lorsqu'il s'agit du bien pu
blic ! Où est - il ce vif intérêt
qu'on doit prendre au bonheur
de la societé? où sont -ils ces
éforts qu'on doit faire pour y
concourir ? Les hommes pour
l'ordinaire raportent tout à eux-
mêmes ; l'ambition , l'orgueil ôs
l' avarice sont les tyrans qui les
font penser , qui décident de leur
atachement; la patrie seroit sans
défense, si ces pallions ne pou-
G 3 voient

contribuent au vrai bien du genre humain.102 Essai voient être assouvies en la ser vant.t .il donc. Que m'im- porte . qu'ils doivent à leur patrie. ou qu'il avoit de ces sujets de plainte.il . plus d'un çitoien est allé s'enivrer de plaisirs dans une in digne oisiveté. parcequ'il n'avoit ou point de passions à satisfaire. ou des malheurs de leur patrie. que tel bien arrive à ma patrie. qui ne dispensent jamais les citoiens des devoirs.t . malheurs qui dans l'en- chainement des événemens de ce monde. en serai -je plus heureux? Convient- il après cela à ces hommes de se plaindre des malheurs du mon de. leur entendez vous dire . ou que tel mal ne lui arrive pas. que m' importe . Ces grandes & .

plus sensi bles pour Je commun des hom mes . sur le Bonheur. que ces maux ordinaires de la vie. que la fraïeur dicte? Ce ne sont donc que les maux . & vous verrez que la sa gesse divine préside à ces événe- mens. 103 & tristes catastrophes. où la bonté divine sem ble à des esprits ordinaires les abandonner à leur mauvais sort: pourquoi. les ramenent aussi avec plus de succès à leurs devoirs. Voyez les hommes dans des tems de crise. qui vous rapellent celui qui fit & qui gouverne ce G 4 mon' . tandis que forage gron de sur vos têtes . n'est- ce qu'alors que la Divinité doit être' invoquée? quel cas peut-elle faire de ces prieres & de ces vœux que la fraïeur arrache . vous prosternez vous aux pieds des autels .

leur mé contentement s'exhale à chaque instant . il vous faut des calamités publiques : c'est un remede contre la perversité des hommes. II est sans doute facheux pour eux. qui se plaignent toujours. On est affez décidé sur leur sujet. il n'est rien qu'ils ne con damnent.104 Essai 1 monde? vous 1 oubliés au sein de la prospérité. les bienfaits vous aveuglent. II est une sorte d'hommes . mais deman dés leur s'ils seroient fort aise de qui- . les petites adversités de la vie ne font quelquefois au cun éfet sur vous. qu'ils trou vent si peu de sujets de plaisir & de contentement . & il ne seroit pas dificile de les en faire convenir eux .mêmes. on convient assez de leur tort.

ils vont porter de lieux en lieux un visage où la sérenité & la joie ne paroissent presque jamais . Ils ai ment le plaisir & ne le trouvent nulle part. 105 quiter la vie . sur le Bonheur. Vous les voïez. qui méprisent les richesses. trainant dans la société cet air chagrin & inquiet ils se hâtent de finir leur jour. l'ennui les suit partout. au mi lieu des amusemens qu'ils recher chent. à médire des plaisirs passés. & à désirer avec G 5 in . & qui vendroient la justice s'ils le pouvoient. avides de jouir. ils jouissent sans plaisir. inquiets de ce qu'ils fe ront le lendemain: ils périssent d'ennui & tremblent pour l'ennui du jour suivant . & vous verrez que ce sont des gens. ils pas sent leur tems à s'ennuier des plaisirs présens .

106 Essai inquietude des amusemens & des bfens dont ils ne jouiront pas. & dissiper leur ennui. de ces delires de raison pour interrompre leur in quiétude. ils voient & leurs vices & leurs crimes: il leur faut de ces joies folles . Je les ai vus ces hommes mécontens & d'une humeur atra bilaire. l'amour pro pre . Quelle peut être la cause de ce mal? Ne la cherchons pas ailleurs que dans les vices. Moralistes severes on les entend quelquefois mépriser la douceur de ces momens délicieux. empoisonner les plaisirs les plus innocens. parce qu'à force de s'ocuper des maux de la vie . que d'autres goutent avec tant de vo lupté. ce sont des mi santhropes qui se haïssent quel quefois eux-mêmes.

qu'ils ont conçue d'eux-mêmes. parce que leurs désirs vont au de là. sur ìe Bonheur. l'envie . tourmente leur ame. ils ne voient dans la prolpérité de leurs concitoiens que des sujets de peine . En ramenant tout à eux-mêmes les hommes font de leur individu une triste idole. ne leur fait envisager dans tout ce qui leur arrive que Pinjustice la plus criante. à qui ilsvoudroient que tout fut sacrifié: la trop bonne opinion. & dans tout ce qui arrive aux autres qu'une aveugle faveur . L' oisiveté eft une autre cause de cet hu meur . ce monstre fils de l' amour propre. & leurs plus grands avantages perdent à leurs yeux tout le prix qu'ils ont. & que leurs prétentions ne sont jamais bornées. ioj pre & I'oisiveté.

Mille petits inconve- niens . & pour oublier son existence ! il trou ve les jours bien longs & le cours des années bien rapide. lorsque nous n'a vons rien qui fasse foi du tems qui s'est écoulé.108 Essai meur atrabilaire. elle étoufe la peine. qu'il fut écoulé. parce qu'un long espace de tems nous paroit court. lorsque notre mémoire nous re trace encore l'impatience avec la quelle nous avons atendu. & qu'un court espace de tems nous paroit long. l'ocupation est la mere du plaisir. qui empoisonne ìes jours de ces hommes dont nous parlons. & nous fait passer nos jours comme s'ils étoient filés d'or & de soie: malheur à celui qui est obligé de chercher mille riens pour remplir son tems.

qui s'ocupe beaucoup ne íçauroit ni s'ennuïer. qui aprouve ce que nous faisons. elles prospèrent. ni se plaindre de sa situation. 109 niens de la vie échapent â qui sçait s'ocuper. mais je sens que je ne . & le plaisir est dé licieux après le travail . sur le Bonheur. quel sujet de joie pour mon ame ! elles ont besoin de mon secours . & parce qu'il n'a rien perdu par une continuelle habitude. parcequ'il est acompagné de ce sentiment intérieur . & à des dangers pressants . qui s humilie souvent. II arrive du bien à des personnes que je connois. Celui qui aime les hommes . quelle fortune pour moi de pouvoir leur être utile ! je ne jouis pas des avantages qu'el les posiedent. elles échapent à de violentes maladies.

ocupations des momens de distraction. je les estime trop pour condamner la fortune . je les donne à la so cieté. les plaisirs inno- cens de la vie. quelquefois la- mour. plus liberale envers eux' qu'en vers moi. mes jours s'écoulent dans la paix & dans l'innocence. viennent porter la joie dans mon ame. je les aime trop pourv leur envier des biens . je fais trop peu de cas de mon merite pour me plaindre de mon sort: je passe mes jours dans l'^tude. je vois les progrès & le bien que je fais. ma carriere s'açheve sans que j'aie éprouvé que la vie soit trop longue pendant que je contois de vivre . lamifié.^10 Essai *ie les merite pas & que je puis m'en passer. je mêle à mes . que la Pro vidence m'a refusés.

n'est -U pas cent fois plus triste de voir. qu'on éprouve quelquefois dans le sein des societés les plus cou-. m encore. comme on s'expri me assez ridiculement. ou qu'elle fut trop courte à présent que je me vois à ma fin. rues : il n' est pas possible à un homme sage de gouter ces proi pos ules . qu'un jeune homme puisse fré- quen . même sur les conversations utiles : on a sub stitué au pédantisme du siecle pas sé la médisance & la futilité : n'y auroit . sur le Bonheur.il point de milieu entre ces extrémités? si c'est un abus que de faire de l'esprit & de par lersentiment. Ce que je viens de dire n'est point pour condamner l' ennui. qui reviennent toujours : On a jetté du ridicule sur les con versations sçavantes.

.il en éfet de dan ser avec grace. '. de jouer de plu sieurs instrumens .> dans .1 . sans aprendre à penser? quelle éducation pour les jeunes gens. si l'on ignore ce qu'il est essentiel de sçavoir ? On voit souvent des hommes. que celle du monde d'aujourdaui! on n'y aprend pour l'ordinaire que ce qu'il est bon d'ignorer. d'avoir l'art d'entretenir la societé des propos les plus frivoles. si ces legers avantages sont acompagnés de vices. Qu'importe .112 Essai quenter le plus grand monde. dans ces histoires de ville ou quelque faonête homme pâtit toujours. qui amu sent bien peu la societé où ils vi vent : l'esprit & le bon sens ne se trouvent pas dans ces folies d'u ne imagination peu reglée ..

ne fçau- roient être atribuées qu'â ces mo- H mens . & il n'est pas dificile de trouver du plaisir dans la societé de quelques hommes. Si l'en- nui vous dévore dans ces socie tés je vous en félicite : mais vous êtes bien à plaindre s'il vous suit partout. & les vices des crimes: ils imputent à la perversité du cœur de l'homme des actions. ne cessent de parler contre les égaremens & les vices du Siecle? ils groíîí- sent les objets. On peut léviter. qui tou te vicieuses qu'elles sont. les foiblestes des hommes leur paroissent des vi ces. sur le Bonheur. 113 dans ces remarques malignes sur la conduite des autres. Que dirons nous de ceux qui pour donner plus de couleur à leur mécontentement.

.ils se plain dre ? Est-ce à la Divinité elle- même qu'ils en veulent. Mais sans ex cuser ou justifier ici les hommes. & qu'ils oseroient imputer à l'Etre souverainement parfait? Je n'ai garde de me per suader que leur aveuglement & leur témerité puissent aller aussi loin: je me persuade plutôt. lui ose- roient-ils reprocher d'avoir don né l'exiftence à des vicieux. qu'ils veu lent prouver. mes . qu'ils n'acusent que les hommes des cri- .. ces censeurs de l'humaine nature de quoi pourroient .114 Essai mens malheureux que les pas sions font naître. ou bien est .ce aux hommes qu ils s'en prenent? Quel peut être leur but dans les plaintes qu'ils font à ce sujet? Est-ce le malheur des créatures humaines.

si les hommes aimoient da vantage leurs veritables intérêts. L. vous y verrez à chaque ligne la preuve de ce que je vous dis . . & nos codes. il y en a qui j'ont capa bles de tous les crimes: li vous en doutez regardés nos loix. 3. vous y trouverez que c'est moins à votre bonne foi qu'à votre seing qu'on s'en raporte. 3. II y a des hommes vicieux. Stmat à* Bous. parce qu'on ne pouvoit s'y fier. vous y trouverez qu'il a fallu forcer notre parole. monuments éternels de notre honte. /. sur le Bonheur. & qu'ils le seroient tou jours . (*) U est H 1 au- (*) O turpem humano generi nequitii ac siaudis pu blics confcflioncin ! annu'is noltris. j'en conviens . plus quam ani mis creditur. 115 mes & des vices qui regnent dans la societé . mais qu ils songent donc que ces maux peuvent être évités.

Les mechants. le prévenir si l'on peut. tandis que leur ame n'a rien que d'inhumain : mais le mal que les mechants peuvent nous faire est un mal bien leger: on doit s'en douter. & pour leur vie. qu'il n'y ait des hommes. qui craignent beaucoup pour leur reputation. il est vrai. Je ne nierai point . sont à redouter. c'est à dire qu'il est d'usage de suposer les hommes capables des crimes que la loi condamne. On se trompe souvent si l'on s'en raporte aux visages étudiés: il y a des hommes qui ont les dehors de l humanité. pour leurs biens . & penser à son de voir.Il6 Essai aujourdhui d'usage dans le mon de de prendre ses précautions. qui semblent être . mais ils le sont sur tout pour ceux.

sur le Bonheur. l'amour de la verité & l'a- tachement à la religion semblent se le disputer. & où il n'y a que de la mechanceté. 117 être nés pour nuire: il y a mille choses dans la vie humaine . & qui sont souvent couverts du voile de la justice & de la religion : il est de ces coups de poignard enfoncés avec adrefle. dont on ne íçauroit porter de plaintes devant les tribunaux . & qu'il faut soufrir patiement : il y en a de plus facheuses encore . que la mechanceté la plus noire enfante. le zele pour le bien public . J'ai vu bien des hommes avoir tous les avantages H 3 des . dont on ne íçauroit même le plaindre devant les hommes les plus équitables : il est de ces tours étudiés. il est de ces discours empoisonnés» où la franchise.

II y a mëme des services dangereux. l'exemple est la premiere de tou tes les leçons. ils m'in- spiroient une espece d'horreur. tandis que dignes du plus souverain mépris. un homme qui a honte de ses . il instruit mieux que les préceptes. mais ces maux & ces inconveniens n'en sont que pour ceux qui les font soufrir. les conseils. je l'avoue. les reproches: le vice est obligé de se cacher lorsqu'il aperçoit l'é- clat de la vertu.mémes . on a beaucoup gagné sur lui. niais tachons surtout d' être vertueux nous . & s'il commence à craindre de paroitre au grand jour. avoir pour eux la voix publique .n8 Essai des procedés. Plus de vertus dans cet Uni vers nous rendroit plus heureux.

H 4 Si . ils cachent quelque fois sous les dehors d'une vertu pure les lentimens les plus bas & les plus rampans. apellés à être jugés. \ sur le Bonheur. qui ne pardonnent rien. ces juges severes . & plus condamnables souvent. Ceux qui con damnent les hommes avec tant de severité ont leurs vices. que ceux dont ils ne cessent de gros sir les fautes . n'auroient de ressource que dans une aveugle clemence : il y a des vertus dans ce monde. que l'afreux plaisir de condamner les autres. que les vices des hommes paroissent leur causer de peine? mais leur mécontente ment est moins l'éfet d'un amour décidé pour la vertu . 119 ses vices a fait le premier pas vers la vertu. que ne leur çausent- elles autant de joie .

il me semble pourtant trouver dans l'homme un fond de vertu. & si on ne peut les excuser on diminuera du moins leurs fautes. l' imposture. que par tout ailleurs. II n'est pas nécessaire d'emploier pour cela le mensonge. La legereté des uns . qu'on souhaiteroit de trouver innocent. il sufit de juger les hommes com me on jugeroit un ami.là ont . la seduction à laquelle ceux . qui l'emporte sur ses vices : il y a toujours un bon coté pour les hommes.120 Essai Si je ne puis disconvenir de l'existence de ces maux. la passion de ceux-ci. ou ces ressources plus connues dans le barreau. qui paroissent le plus coupables: si on ne peut les jus tifier on les excusera. l'ignorance des autres.

H 5 au . sont autant de raisons. que ce netoit pas lâ notre intention. les maux. qui peuvent combatte pour ces hom mes . les distractions. les bonnes intentions de quelques uns. sur le Bonheur. m ont été exposés.il pas de dire. songeons donc que tous les hommes peuvent en dire.t . & à tirer de leur conduite des conséquen ces funestes à leur reputation. Qui ne sçait que les hommes sont inconséquens ? combien de fois no nous arrive . dans quelques autres l'espérance de ne pas nui re. que ce penchant de quelques hommes à suposer dans les au tres des motifs odieux . & que je voudrois pouvoir absoudre. que vous voudriés condam ner. II n'est rien de si afreux. ou à leur religion. à leurs mœurs.

contre des principes que nous regardons comme certains: une mauvaise action ne prouve pas un mauvais cœur. Envisageons les choses autrement qu'on ne le fait dans le monde .122 Essai autant: que nous sommes coupa bles. pas mème de prétextes pour nous donner un droit. gardons nous de con damner si facilement ceux que nous voïons agir . il n'est point de raisons. où ils se sont trouvés. que le der nier des hommes. lorsqu' élevant notre tête al tiere nous jugeons & nous con damnons les hommes! ignorant presque toujours les circonstances. c'est à dire le plus coupable. peut nous con tester. nous de vrions au moins surpendre notre jugement. comme une bonne action v ne .

être peu d'hommes expirés sur lechaufaut. on jette la pierre à ces hommes. qui périt dans les plus afreux fuplices. que la voix publique a condam nés. a . ni le bras seculier. Ce brigand. que les apa- rences & les jugemens du peu ple: tel qui ne ravit jamais le bien des autres . qui n'aient eu plus de merite & plus de vertus. sur le Bonheur. sans se souvenir qu'il n'est rien de si trompeur. I23 ne prouve pas un bon cœur.1 . mais qui fit cent fois pis. un homme coupable il est vrai d'un crime. que tant d'hommes qui pendant tout le cours de leur vie n'ont eu à redouter ni la voix du public . dort en paix tandis qu'on conduit au suplice.il fait plus de . mais peut-être capable des plus belles actions : il est peut .

qui ont levé des mains sacrileges contre les autels. peu vent paroitre quelquefois infini ment plus mechants . que par quelques désirs. que cette foule de gens. Si on ne veut en juger que par quelques actions. que cette foule de médisants & de calomniateurs dont les socie tés sont infectées . qui privent leur patrie d'un grand nombre de citoiens. qui se repaissent du sang d'innocentes victimes . que par quelques discours on les trouve ra .124 Essai de mal? que cette foule de dé bauchés. qui se per mettent tant d'actions secretes qui font horreur? Les hommes envisagés dans un certain point de vûë. que ces hommes qui se plaisent dans le mal. qu'ils ne le sont réellement.

qui vi vent eri societé avec nous. sur le Bonheur. il sufìt de les indiquer pour expliquer. mais observons les lorsqu'ils sont ani més de leur passion dominante. 125 ra coupables des crimes les plus noirs. Pour nous en convaincre observons les hommes. cela seroit trop abstrait pour le but que je me pro pose . comment il est possi ble . que le sentiment de sa passion : ce n'est pas ici le lieu d' expliquer com ment ces révolutions se passent dans notre ame. la raison ou ne parle plus ou n'est plus écoutée. les sentimens d'honneur. de probité. lorsque cette passion les fait agir: devenus esclaves de cette espece de rage un voile épais couvre leurs yeux . de religion écartés pour quelques instans ne laissent à l'homme .

mais cesser d'être gens de bien lorsque leur amour propre étoit choqué . l'orgueil . être amis des hommes.126 Essai ble de grossir infiniment les vices des hommes. J'en ai vû plusieurs remplis des sentimens les plus dignes d une ame raisonnable. on le voit tous les jours. l'envie. sources de tant de mau . joindre à une veritable pieté mille vertus de societé. Un homme qui n'est point médi sant deviendra calomniateur. s'il s'agit de quelqu'un qui a pu blesser sa vanité . l'ava- rice. on en trouvera bien peu . les servir avec plaisir. qui ne soient dignes d'un souverain mé pris. ou que leur fortune sem- bloit exiger quelques sacrifices. La jalousie . Si Ton ne veut juger des hom mes que par ces cas assez rares.

qui viennent ternir nos vertus. Un homme qu'une passion bien vive anime. 127 mauvaises actions.on de . que nous aurions en horreur si nous étions de sang froid: ces passions enivrent lame. íbnt des vices qui comme autant de breuvages empoisonnés ofusquent de tems à autre notre entendement'. gardons nous donc de les irriter dans les autres. & ne jugeons pas les hom mes . sur le Bonheur. lorsqu'ils font si peu les mai tres de ce qu'ils font: du moins ce n'est pas á nous qu'il convient de le faire. ressem ble assez à un homme dont le cer veau est troublé : traînera -t. & nous donnent des intervalles où nous paroissons bien me chants. Nous nous permettons alors & des désirs & des actions.

il est dans la . qui ne sçait plus ce qu'il fait? Les hommes ont dans la vie bien des momens de fureur & d'aveugle ment. quel mal peut- il nous en revenir? d'ailleurs s'il est à l'abri des poursuites. il ne lest jamais des remords: le dan ger.t. tout éloigné qu'il est. paroit bien près au méchant . que la clemence & l'indulgence ne viennent point à l'apui des pas sions . Se plaindra. mais quand il arrive qu'un méchant échape à la peine qu'il a si bien meritée.128 Essai devant les tribunaux un furieux.on de l'impunité des vices? j'avoue que les peines & les suplices peuvent contribuer à rendre les hommes vertueux: il est fans doute â souhaiter.

. qui se livrent aux crimes & aux vices . Admirables voies de la Provi dence.on sans dou te. Mais. que nous avons bien de la peine à éviter. que les vicieux qui le fussent: & c'est ce que je n'ai ja mais nié: j'ajouterai seulement. il resulte pourtant de ce que vous venez de dire . Semca eg. quand ce ne seroit. que ce qui fait le malheur de ceux. qu'il y a des hommes malheureux. sur le Bonheur. 129 la nature (*) qu'il détruise lui-mê me l'impunité qui nous revolte. ce ne sont point les suites que ces crimes & ces vices trainent naturellement après eux pen^ (*)Tuta scclera esse possuint. me dira -t. elle a sçû atacher à tou tes nos actions un secret juge ment. 97. secura non possunt.

& de trou ver les moiens les plus efficaces pour revenir de ses égaremens. servent de remedes aux maux aux quels les hommes se sont exposés volontairement. qu'il est inutile de combatre avec des armes ordinaires.130 Essai pendant tout le cours de la vie: au contraire ces suites qui sem blent fâcheuses . ces flêtrissures sont autant de moiens propres à détruire un mal. un de ces épouvantails que les sociétés ont inventés pour leur sureté . & qui ne le sont point. Un criminel trop heureux de servir d'exem ple à ses concitoiens . doit regarder la severité de la jus tice. L'infamie. comme ce qui pouvoit lui arriver de plus heureux : on met une 1 . ces marques exté rieures de l'indignation publique.

Ceux qui voient dans leur famille des sujets d'ignominie doivent être ci- toiens: il n'est plus de liaison lorsqu'il s'agit de lïntérêt public. & de l'intérêt de la vertu : je les plains . pour quiJa I 2 cle .être duré plus longtems. qui leur sont chers. ni un mal qui les prive des biens dont ils jouissent. ils doivent voir avec joie la main de la justice s'armer contre des hommes. & ce qui leur arrive n'est ni sans consola* tion . sur le Bonheur. on le met dans une situation vsi propre à faire renaitre en lui ces sentimens de vertu. qui auroient peut . ni Un grand mal . Sensibles aux verita bles avantages de ceux . mais dans leur afliction ils ont des ressources. qui ne sont jamais entierement étoufés. 131 une fin à ses crimes .

mais qui sont aussi in fames que les crimes les plus dé testés. Bien loin donc de plaindre ceux. souhaiter que les peines acompagnaffent ou suivissent du moins toujours les vices ainsi que les crimes. qui se sont atiré plusieurs maux par leurs déreglemens. il faudroit. ces actions. eussent à redouter des chatimens aussi severes. & ces pen chants. qui puisse . qui ne conduisent point au suplice . & qui se voit au dessus de la censure & des chatimens. est bien à plaindre s'il n'est ver tueux: mais il est peu de vicieux. peut-être n'en est -il point. Un homme qui dort cn paix. Plût au ciel que ces vices. st on aimoit veritablement les hom mes.132 Essai clemence seroit le plus funeste de tous les dons.

& les corps de justice. avant que ces remords aïent pour ainsi dire pu rifié leur ame. sur le Bonheur. ou plutôt qui soient assez malheureux pour lîobtenir. ofrir à l'hom- me un secours salutaire: aussi les suplices ne sont -ils utiles à ceux qui les soufrent. plus triste mais en mème tems plus éficace que les suplices les plus cruels : il vient lever le voile. que parce qu'ils reveillent en eux les remords . 133 puisse se flater de cette tranquilité dangereuse. rompre le charme . Ce ne sont pas les remords . que la Providen ce leur ménagoit. qui font pé rir les coupables. Tôt ou tard il s éleve dans leur ame un secret tourment. qui font le mal- I 3 heur . se rendent respon sables doter à ces malheureux les ressources.

mémes à troubler leur re pos. ils trouveroient avec pei ne un instant de deplaisir: mais malheureusement il n'est rien qu'ils ne faífent pour rendre leur sort deplorable. voilent .ils à leurs yeux leurs foiblesies & leurs vi- ' ' ces .134 Essai heur de ceux qui les éprouvent. & la preuve la plus certaine qu'il est un Dieu. artisans laborieux de leurs pro pres maux . car ce sont les crimes & les vi ces' auxquels ces hommes se sont livrés qui les ont rendus malheu reux : ces mouvemens d'une con science alarmée sont le plus grand de tous les biens. Pourquoi. ' Ce sont donc les hommes qu'il faut acuser des maux qui leur arrivent. & que ce Dieu est bon. s'ils ne cherchoient eux .

135 ces? que n' écoutent -ils ce pré cepte de la sagesse . ce qu'il y a de plus mauvais en nous? malheur à celui qui ne peut pas rentrer souvent en lui-même. qui nous con seille de chercher à connoitre soigneusement. Les hommes en s'a* veuglant sur leur propre sujet. & se plaignent après cela d'y être ton** bés: ils se dissimulent à eux -mê mes & leurs défauts & leurs vi ces. par la bonne opinion qu'ils ont con çue d'eux . se creusent des précipices. sur le Bonheur.mêmes que par les éloges & les flateries de ceux I 4 avec . mais plus malheureux encore celui qui ne Pose pas. ils seroient peut-être ver tueux . ils se perdent autant. pour ne pas dire beaucoup plus. s'ils ne se flatoient pas de l'être .

de leur conduite. Si juges severes de leurs mœurs. ils apuient la main qui leur porte le coup mortel. que les biens dont ils jouissent sont des biens qui meritent toute leur reconnoiffan- ce. ne s'encen sent pas beaucoup plus eux-mê mes.mêmes leurs foibleflès & leurs vices. que les hommes ont tort de se plain dre des maux de la vie : je prou verai encore . ils tendent les bras à l'as- íassm. ils n'a- tendroient pas si longtems à s'en corriger. de leur caractere. ils s'avouoient à eux . qui osent se dire la verité! combien peu qui en censés par la foule. si je ne me trompe. Combien peu d'hommes.136 Essai avec qui ils vivent. Tout ce que je viens de dire prouve. .

sur i. ni par les chagrins les plus cuisants. & l'homme acoutumé à jouir de la vie oublie bientôt qu'il existe. Je ne sçais. mais j'éprouve en pensant au néant une espece de frémissement. parce qu'elle les aimoit. que cesser d'exister pour être anéanti. on sentira le prix de son existence: ce bien fi pré cieux ne sçauroit perdre de son prix ni par les douleurs les plus aiguës. On ne pense pas assés à ce que c'est qu'exister. & souvent ce que la Providence leur a refusé. est I 5 de . & que ceux qu'ils désirent ne sont que des avantages dont ils peuvent se passer. si tous les hom mes conviennent .e Bonheur. 137 ce . L'hom- me est: heureux. Pour peu qu'on réfléchisse sur soi-même.

il ne souhaite que de voir les ob stacles en état d'être combatus. quel bien que la vie! On a vû les hommes de tous les siecles se consoler dans les plus grandes adversités . s'il étoit possible de désirer avant que de naitre. si avant que de venir en ce monde elle pou voit . Un homme rai sonnable ne demande pas que sa fortune soit l'éfet d'un miracle.138 Essai de tous les maux qu'on pourroit redouter le plus terrible. il ne souhaite que de se trou ver le maître de meriter quelque chose par ses éforts : une ame rai" sonnable demanderoit-elle autre chose que de naitre. & à la vûë de la mort par l'idée flateuse de l'immorta- lité : l'exiftence est ce premier bien auquel nous aspirerions.

la conserveroit à tout prix: la vie est donc un bien. si on leur ofroit les moiens d'obtenir les biens. cette mé diocrité seroit pour eux un su jet d'alarmes. qu'ils fahoient semblant de mépriser: il en est de même de la vie . sur le Bonheur. & de per dre ce qu'ils méprisent ! Bien loin de chercher les uns & de quiter les autres avec plaisir. .'[ nous . que ces honneurs leur sont à charge. ils voudroient persuader aux autres. celui qui se plaint le plus. & ■ . 139 vóit désirer? Lorsque les hom mes sont parvenus aux gran deurs. ils Commencent par les mé priser. qu'ils vantent. on les verroit de venir criminels pour conserver des honneurs . & que la mé diocrité a des charmes pour eux : qulls seroient honteux.

que ne don- neroit-il pas pour renaitre ! un monde où il feroit infiniment moins heureux.140 Essai nous le sçavons fans en convenir. Mais. qu'il ne la été. lui paroitroit un objet de désir. & la vie seroit un mal ! Ecoutés les sou pirs de ce mourant. pour nous garantir d'u ne mort trop prompte! quelques instans. dit -on. ou plutôt qu'il ne croit lavoir été dans celui qu'il va quiter. quelques jours de plus nous paroissent un bien. que la vie ne sçauroit être un bien : ce court espace de tems semble n'avoir été donné aux hom . Aveç quelle atentíon le mal le plus leger ne nous fait-í! pas con sulter nos Esculapes? que de soins lorsque le plaisir ne nous aveu gle pas. la brieveté de ta vie est telle.

on se psaindre de la brieveté de la vie . que pour leur causer la peine de mourir: étrange rai sonnement! peut . éternel sujet de froides dé clamations? la vie n'est ni longue ni courte à envisager les choses dans leur veritable point de vue. sur le Bonheur. il vit peu s'il meurt lorsque le cre puscule commence â paroitre. qui s'é coule entre le lever & le coucher du soleil. dont la naissance 6c la - . Le vermisseau. L'existence éphemere de ces pe tits animaux a sa brieveté & sa durée comme celle de l'homme: ranimai dont l'existence est bor née à l'espace de tems. vit longtems s'il n'ex pire qu'à la fin du crepuscule. 141 hommes . & nier que la vie soit un bien? d'ailleurs qu'est ce que cette prétendue brie veté.

142 Essai la mort se touchent de si près. & lors qu'il est arrivé la vie la plus longue ne paroit qu'un songé. vous ne gagnerez rien : le mo ment de partir arrivera. quelque courte qu'elle soit. Quaud . ou plutôt ses murmures. elle sufit à qui veut bien sçavoir pour quoi il est en ce monde. li l'immorta- lité ne vous a pas été destinée. & ce que nous nous souhaitons á nous- mêmes : prolongez vos jours tant que vous voudrés. que tous nos vœux se réunissent: une longue vie est ce que nous souhaitons á tous nos amis. s'il pouvoit se plaindre de la brie veté de son existence? Cepen dant c'est à prolonger nos jours.il à vivre un instant de plus? aprouverions nous ses désirs.t . gagnera .

ainsi qu'assis sur un batteau on voit les arbres & le rivage fuir loin de soi. à l'état de l'enfance on sent que le vieillard le plus décrepis a peu vecû. de mê me dans le cours rapide de nos jours. 143 on fait réfléxion aux fatigues. nous voions passer après notre enfance notre jeunesse. & l'âge mûr où nous sommes arri vés. La vie est un voïage. aux distractions . qui a tiré de son sejour ici bas le fruit qu'on en peut retirer. sur le Bonheur. On ne sçait ce qu'on sou haite . au tems perdu dans le sommeil. mais que celui lâ seul a passé assez longtems sur cette ter re. aux maladies. vous verrez que fhomme peut vivre sans délirer & sans craindre la mort. Mettez vous en état de n'avoir rien à redouter .

laissons donc à la Pro vidence le soin de nous y con duire. Ce n'est pas là le seul désir. lorsqu'on lui souhaite tout ce qu'il désire. mais l'avenir est caché à nos yeux. que Terreur a fait naitre: com bien d'autres que les hommes forment tous les jours faute de vouloir connoitre ce qui contri bue réellement . il ne faudra pas beaucoup d e- forts .144 Es sa* haite en désirant de vivre long-' teras: quand on est aveugle.à leur bonheur! on ne connoit pas l'homme. on est heureux d'avoir un conduc teur. Jet- tons un coup d'œil sur les difé- rens objets des désirs humains. ou on ne l'aime pas. ce feroit le punir que de le mettre au comble de ses vœux.

qui désirent la force & l'adresse de certains animaux : c'est la lege reté des uns. On trouve des hommes. & à qui ils doi- K vent . la durée de ceux . de la verité de ce que j'avance. de besoins dont nous pou vons nous glorifier. Ils voudroient trouver comme tous les animaux leur nourriture toute préparée: leur indolence & cet amour enraciné de l'oisiveté leur font désirer cette sécurité. sur le Bonheur. l' impétuosité des autres . où vivent les animaux faute. qui les mettent si fort aU dessus des brutes .ci & la vûë de ceux-là qu'ils regardent comme des avantages dignes d'envie. 145 farts pour convaincre tout hom me raisonnable. Ils ambi tionnent la perte de ces privile* ges .

146 Essai vent l'empire qu'ils exercent fur eux. qu'il en est de la phi losophie comme de tous les biens de la vie. Tristes raisonneurs faites parler le monde de vos étran ges erreurs. votre esprit misanthrope aprend aux hommes.à ■ leur S .. dont notre ame est éclairée. Ce n'est pas tout. que produit en eux l'aveuglement : mais ces désirs toujours présents . qu'elle est un poi gnard dans les mains d'un insensé. préférés la vie ani male à ces raïons de lumiere. les choses les plus oposées à la nature humaine font quelquefois l'objet des désirs de l'homme: une vie sans fin. la connoislance de Pavenir. & que n'entre-t-il point dans le cœur des hommes? Encore si la raison étou- fpit dans leur naissance ces désirs.

147 à leur esprit les ocupent pen dant tout le cours de leur vie . à ses pré jugés . sur le Bonheur.' la voix de la nature. & les leçons de la sagesse. tout manque à qui se livre à ses paísions. que ce monde n'est Tour vrage que d'une Puissance avare de ses dons. On di- roit à entendre parler les hom mes. ces désirs ne sont interrompus que par les plaisirs . à ses erreurs . la bas sesse de nos sentimens nous fait mettre le genre humain au ni veau des créatures les moins par faites: ce même esprit qui nous K 2 fait . & tout abon de pour qui suit les lumieres de £1 raison. Tandis que notre orgueil abais se à nos yeux nos égaux. & Ces désirs lors- qu'Hs ne peuvent être satisfaits arrachent des murmures.

148 Essai fait tant prifer les foibles avanta ges. que les uns ont sur les au tres. avertis d'un dan ger prochain nous éviterions quelquefois la surprise. Voir ce n'est rien. est un bien dont nous ne faisons aucun cas: étrange aveuglement! qu'en arriveroit-il si nous avions des sens plus parfaits? je sçais bien que si notre vue' portoit plus loin. mais voir beaucoup plus loin que les autres. nous distinguerions mieux les ob jets éloignés: que si notre ouïe étoit plus fine. c'est un avantage réel : ce que tout le monde a comme nous . Mais en revanche que dïnconveniens ata- chés à des organes plus délicats! ce sont les hommes dont les or ganes . rabaisse ceux que les hom mes ont de commun.

qui ont la santé la plus afermie: que nous serions à plaindre. où tout fut analogue à leurs sens. qui l'aïant plus dure se trou ve à proportion plus près de l'en- droit. nos oreil les étoient continuellement fra- pées d'un bruit sourd. d'où le son part. qui nous empêchat de réfléchir ! si des hommes doués d'une plus grande sensibilité d'organes étoient dans un monde. si distinguant les sons les plus foibles . si distin guant les plus petits objets. K 3 sans . sur le Bonheur. que des figures dont la sur face nous rebutat. Celui qui souhaiteroit des sens plus parfaits. 149 ganes sont ses plus grossiers . tout reviendroit au même: un homme qui a l'ouïe très fine n'a aucun avantage sur celui. nous ne trouvions dans toute la natu re.

ce qu'ils entendent par imperfection : ils me diroient sans doute. qui les rendent imparfaites. Ne nous imaginons pas. il ne gagneroit rien. les circons tances se trouvant changées à proportion . ne penseroit pas que tout étant relation.out ce qui est humain que foiblefses & imperfections. 150 Essai sans que rien fût changé dans le cours ordinaire de la nature . dési rerait des maux qu'il ne sçauroit fuporter: & celui qui désireroit un autre Univers pour avoir des sens plus parfaits . que ce sont les bornes prescrites aux facultés & au pouvoir des créa tures humaines. que nous foìbns des créatures fort imparfaites : je serois tenté de de mander à ceux. sans songer qu'ici en core . qui ne voient dans t.

151 core il ne s'agit que de relations. Une vûë n'a de perfection . & à éclairer notre esprit. & notre esprit imbu d'er- reurs & de préjugés : maitres de nous corriger des uns. tout ne lest pas dans le moral . & de su- pléer aux autres . passons les jours & les nuits à dompter nos pas sions. < K 4 Que . Au lieu de nous plaindre d'avoir un corps si facile à s'user. mais non pas à n'en point avoir. mais cela depend des hommes & doit en dependre : car il n'est point de perfection morale sans la volonté libre de l'homme. qu'eu égard aux objets qui doivent être aperçus: sa perfection con siste donc à avoir de certaines bornes . voions si notre ame n'est pas souillée de vices . Tout est parfait dans le physique. sur le Bonheur.

152 Essai Que diroit . & ne s'o- cupoit qu'à batir des palais pour trainer de lieux en lieux son oisi veté & sa foiblesse. nous verrions & la mort & la brieveté de la vie sons crainte & sans . que l'esprit a amas- lés dans le courant de la vie. de faire fleurir le commerce & les arts.on d'un Souverain . si au moins notre san té toujours afermie. si les tresors . notre corps toujours sain & robuste laissoit X notre ame une entiere liberté d'a gir. si au lieu d'apaiser les rebellions. il se bornoit â désirer des villes mieux decorées. Mais . jusqu'au dernier moment de la vie: si au moins nos organes ne s'afoibliflbient pas insensiblement. ne devenoient pas enfin inutiles. disent encore ces mêmes hommes.

être les verités qu'il avoit découver tes. ignorant peut . on ajoute. qu'il vaut bien K 5 mieux . 153 sans peine : il est bien triste de quiter la vie après avoir perdu tous les avantages. justes Dieux! examinons le pourtant de plus près. sur le Bonheur. Quel langage . qu'on avoit acquis. la memoire commence à man quer. les organes perdent leur activité. l homme meurt enfin de nué de tout ce qu'il avoit de pré cieux: Turenne s'il avoit vieilli seroit mort sans avoir pû comba- tre. quelle perspective pour l'honv me ! Je pourrois me contenter ici de repondre. & Neuton. Le corps s'afoiblit. le fruit des veil les & les connoùTances acquises avec tant de peine deviennent in utiles. s'il eut vecû 20 ans de plus .

il est tems de partir. je dis plus. que la perte de la memoire. que de n'avoir jamais existé. qui nous a prou vé que l'inactivité des fonctions animales supose celle des fonc tions de l'ame? qui nous a dit.154 Essai mieux avoir été un Turennet un Neuton. Mais il y a plus . par la raison que sa durée est bornée à un certain espace de tems. l'ins- tru . que la foibleffe des esprits ani maux supose celle de l'ame. mais elle manque de moiens pour le témoigner par des actions exté rieures. les rêveries d'un vieillard prouvent la foibleffe de son ame? Cette ame qu'enferme un corps afoibli jouit de toute sa vigueur. & mourir après avoir ceffé de letre. puisqu'un bien ne sçauroit cesser d'être un bien .

cela change- roit en morts douloureuses & violentes ces morts douces & tranquiles. il devoit le devenir: une machi ne à l'abri des injures du tems est une chose impossible: quand no tre corps pourroit conserver toute sa force jusqu'au dernier moment de la vie. sur le Bonheur. où le flambeau de la vie . 155 trument qui a servi assez long- tems est usé. il ne les entend plus qu'à demi. cela ne se roit qu'augmenter nos peines à l'instant de la mort . Ce bras qui a com- batu vaillament eft devenu foiblc. il faut le quiter: un vieillard est un homme. bientôt il ne les entendra plus du tout. il seroit peu raisonna ble de le souhaiter. qui com mence à rompre le commerce qu'il avoit avec les autres hom mes.

qu'il est heu reux pour nous de ne pas sen tir en mourant tout ce que nous perdons! mais si un autre mon ade existe après celui-ci. Si tout périt avec le corps. un autre monde ne suc cede pas à celui-ci. il n'est pas possible que l'ame s'y rende dépouillée de tous ses avantages: si l'esprit. qui vit en nous. il perdit par l'afoibliffement des organes les biens précieux qu'il avoit acquis? se pourroit-íl qu'après le develo .156 Essai vie changé en lumignon s'éteint insensiblement. se pourroit-il qu'aïant la force de subsister sans le corps qu'il animoit. sub siste après la mort. si un autre ordre de choses. ces réflé- xions qui ocupent l'homme qui finit sa carrière. cela troubleroit cette sérenité dame.

sur le Bonheur. pourquoi désirerions nous ce que la nature & son auteur. . que l'étude nous a pro curé. nous ne perdons avec la vie . que ces inclinations vertueu ses que la religion nous a inspi rées fuffent détruites. c'est à dire ce que la souveraine Bonté nous a refusé ? Si l'on demandoit pourquoi nous sommes assujettis au som meil. que ce qu'il nous importe peu de conserver: les loix im muables de la nature ne fçau- roient être des loix barbares. pourquoi donc nous plaindrions nous . il fût de nouveau enséveli dans les tene bres? se pourroit -il que ce degré de raison . lorsqu'il ne nous manque que le moien de nous communiquer aux vi- vans ? non. 157 pement qui s'eft fait.

158 Essai

raeil, à la nécessité de reparer
continuellement nos forces, à celle
de nous couvrir; pourquoi nous
avons des besoins & des désirs
quelquefois fi dificiles â conten
ter, sidis-je on demandoit pour
quoi les choses sont telles que nous
les voions, tandis qu'elles pour-
roient être plus conformes à nos
désirs, nous aurions un grand nom
bre de raisons à aléguer; mais en
manquassions nous, il nous se-
roit'aisé de fermer la bouche à
ces gens, qui se permettent tant
de questions téméraires & tant
de jugemens frivoles. Si la foi-
bleffe de notre vûe nous empê
che de connoitre toute la beauté
de cet Univers, ce que nous en
voïons, ce que nous en sçavons
íufit pour nous assurer que tout est
bien:

sur le Bonheur* 159

bien : une confusion aparente est
pour des yeux plus clair-voyants
un ordre admirable. Tous les jours
on voit les grands politiques in
explicables dans leur conduite,
on diroit qu'ils heurtent le sens
commun, plus sages cependant
que de subalternes censeurs, ils
conduisent au port au milieu de
forage & des vents déchainés le
vaisseau, qui leur a été confié.
Mais ce monde est l'ouvrage de
Dieu même.
Un désir moins coupable est
celui qui anime ces eíprits cu
rieux, ces hommes livrés tout en
tiers aux sciences & aux arts : ils
voudroient ne rien ignorer , quel
ques bornes qu'on voulut prescri
re à leurs lumieres, ces bornes
seroient toujours trop étroites,
s'ils

i6o Essaí

s'ils concevoíent quelque chose
au delà, ils seroient bien plus sages
si jouissant de ce qu'ils peuvent ob
tenir, ils destinoient à leur veritable
usage les connoiffances , qu'ils ont
acquises. Ilyauroit sans doute un
plus grand avantage à connoitre
mieux & à connoitre plus, c'est
â dire à augmenter letendue &
la certitude de nos connoiffances:
mais cet avantage doit être bor
né à un certain degré, la natu
re des choses le demande ainsi.
D'ailleurs celui qui délire de s'é
clairer , en trouve toujours le
moien, il n'est aucune étude où
les hommes aient fait tout ce
qu'ils peuvent faire , on voit tous
les jours & les philosophes & les
artistes pouffer leurs recherches
au delà du point, où l'on est par
venu

sur le Bonheur. 161

venu de leurs jours , & le terme
prescrit à leurs éforts, n'a été
ateint par aucun d'eux. Pour
ceux qui rabaissent le prix des
connoiífances humaines par la
raison qu'elles sont bornées, qui
forment des désirs vagues &
aveugles, au lieu de se plaindre
de la foibleíse & de l'incertitude
de nos lumieres, ils devroient se
reprocher de faire si peu de cas
des tresors de l'esprit, de juger
sur les aparences , de combatre si
foiblement les préjugés de leur
tems , de faire de si foibles éforts
pour s'instruire: que ne sçavent
ils tout ce qu'ils auroient pû sça-
Voir, si continuellement ocupés
du désir de perfectionner leurs
mœurs & leurs taîens , ils avoient
passé les nuits & les jours dans l'é-
L tude

l62 Essai

ítude de la verité & de la sagesse!
Un homme sage reconnoit les
bornes , qui lui sont préscrites , &
il ne se plaint pas de ne pouvoir
les franchir: que dirons nous de
ceux qui ne les connoissant pas,
murmurent de sçavoir qu'il y en
a? Insensés vous formés des dé
sirs & vous restés oisifs : vous res
semblés au laboureur, qui sans
toucher à sa charue demande aux
Dieux une recolte abondante.
" J'entends tous les jours les hom
mes mépriser les plaisirs de la vie:
la chaire retentit de ces maximes,
les conversations rebatent ces
propos usés, ce sont les dégouts
qu'ils trainent après eux , c'est la
dificulté d'en gouter de veritables
c'est leur brieveté qu'on se fait un
devoir d'exagerer : ils courent ce-
pen

163 pendant après ces biens . il ne faut pas en abuser : nos sens sont bientôt émoussés. l'habitude est le plus grand ennemi du plaisir. leurs désirs & leurs maximes en per pétuelle oposition ne laissent point de doute sur leur veritable façon de penser: Ce sont des gens qui las & fatigués des plai sirs en medisent à leur aise. il ne L 2 faut . ce qu'ils ont méprisé par leurs propos: leur conduite & leurs discours. sur le Bonheur. S'il est éfectivement vrai . c'est qu'ils entendent mal leurs intérêts . le plaisir demande à être menagé . jus qu'à ce que les forces reviennent pour ranimer des désirs éteints. qu' au cun plaisir de la vie ne les flate ni assez vivement ni assez íong- tems. & hono rent par leurs désirs.

les deux extrémités se touchent.164 E S SAl faut jamais en prendre assés pour cesser de le délirer . Vous vous plaignés de la brieveté des plaisirs de la vie. mais peut -on se plaindre de leur brieveté & les mépriser en môme tems? II ne tient qu'à vous de leur ôter tout ce que vous y trouvez de désa gréable: s'ils ne vous flatent pas c'est votre faute. La nature qui a pris le soin d'atacher un désir vif à tous nos besoins. & pour l'homme les intervalles se confondent. quand le plai sir est parvenu à son dernier pe riode il est bien près de la peine. a eu ce lui de joindre le plaisir le plus tranquile à ce qui satisfait à ces be . du plus grand degré du plaisir au plus petit de la peine il n'y a qu'un pas.

nous les1 empoisonnons. sur le Bonheur. . nous substi tuons à des breuvages sains & agréables . 16$ besoins. des liqueurs funestes à notre santé . que la nature a fait pour nous? nous prévenons nos be soins. que nous pourrions avoir. est un breuvage déli cieux: pourquoi donc ne jamais atendre que la soif nous avertisse. qu'il est teins de prendre un plai sir . On le sçait . seau claire estai désaltere un homme qui a bien soif.. non contens de diminuer le nombre des plaisirs. nous avalons sl L 3 un .être funestes â notre raison: ingenieux à sou mettre notre palais 3 hos capri ces<i pour nous soumettre ensuite à des gouts que fhabitude a ren dus nécessaires .peut . au lieu de les atendre: ce n*est pas tout .

c'est nous seuls qu'ils faut acuser du peu de plaisirs qu'on trouve dans la vie: il en est de ft vifs. qui netoit point fait pour nous. qu'il faut à l'homme raison» n able quelque chose de plus que la voix de la raison pour quiter A la . de si dura bles . Nos plaisirs sont devenus les esclaves de l'art. l'homme est devenu enne mi de soi-même! Que dirai -je de ces plaisirs brutazix? ah je dé tourne les yeux de ces horreurs ! Q'est nous. de si précieux. on a vu à la honte de la raison humaine . Ah funeste aveuglément. 166 Essai un poison. des hommes porter sur eux l'antidote du poi son qu'ils alloient prendre. ils étoient autrefois enfants de la na- ture. fureur in connue aux nations les plus bar bares.

avec le but pour lequel les hom- mes ont été crées. & cela étoit nécessaire. fût -il possible en ce monde seroit précisement en oposition. Si l'on dit qu'il n'y auroit point de mal à être degouté de biens imparfaits. on ne fait pas atention que ces biens ne nous ont été donnés. il faudroit se garder de le prendre. il nous dégouteroit pour toujours de tous les autres: un bien par fait. que parce qu'ils nous étoient né cessaires. sur le Bonheur. ils donnent de nouvelles forces à l'esprit. 167 la vie sansregrets. Les plaisirs ont leur utilité. S'il y avoit pour les sens un plaisir pur. je l'a- voue. ils laissent à l'œ- conomie animale une liberté né- L 4 ces . par ce que cela étoit utile. Ils font entre mêlés de quelques peines .

C'est aux sens que nous devons le plus grand nombre de nos plaisirs. une seule réflexion détruiroit le charme . ils nous les font même oublier. qui la con tentent. lui fas sent . C'est lame qu'il faut consulter. mais non pas les plus grands: II s'agit. ils resserrent les nœuds qui doivent unir les hommes. de présenter à notre ame des ob jets qui lui plaisent. pour s'en procurer de vifs & de veritables. ils nous soulagent dans nos peines. personne ne s'y méprend : l'hom- me ne le livre à une joie éfrénée. & lui rapelleroit des idées qu'il veut écarter de son esprit.l68 Essai ceffaire. que lorsque l'état où il se trou ve. qui s'emparant pour ainsi dire d'elle toute entiere. demande qu'il s'étourdiffe.

S'il n'est pas étonnant qu'un voïageur aborde en des en droits peu propres à l'instruire ou à Tamuser . Com bien d'hommes qui meurent d'en nui au sein des voluptés. où elle se trouve: mais au lieu de cela. On pardonneroit aux hommes de se tromper quelque fois. on lui ofre ce qui la gêne. ce qui ne donne que quelques instans d'illusion. 169 sent naître le désir le plus vif &> le plus distinct de perséverer dans letat. sur le Bonheur. il l est qu'il y reste sans avoir la force de les quiter. qu'ils ne veulent pas quiter ! tel baaille en embrassant l' idole de son cœur. Les plaisirs des sens sont le plus souvent des Sirenes dangereuses : L 5 ce . mais une continuelle expé rience auroit dû les tirer de leur erreur.

parce qu'en l'aimant avec excès on se prépare de tristes regrets. ils ont leur agrément.170 Ess ai te qui passe au moment même où il flate le plus. ^ J'apelle veritables plaisirs ceux. nous énerver & nous étourdir si facilement. qui bien loin de laisser après eux quel . II ne faut pas que le plaisir nous domine. parce que les choses les plus honteu ses le produisent quelquefois: il ne faut pas l'aimer trop. ce qu'il est si dangereux de gouter avec trop de passion. ce qui peut nous éloigner de ce qui nous doit importer le plus. il seroit peù raison nable de les fuir. se- roit-il un bien si désirable pour Thomme? Possédons ces legers avantages . cherchons les quelquefois ils ont leur utilité.

Une ame toujours ocupée des plaisirs frivoles de la vie est bjejft peu . sont toujours suivis d'un sou-' venir agréable. il vole. Tel est celui de cet heureux mortel à qui tant de familles afligées. cours. les maux qu'il a dissipés sont autant de biens pour lui. sur le Bonheur. II entend gémir. ses entrailles sont émues. jyi savoure à longs traits cette volupté pure. qui apro- che l'homme des esprits immor tels. tant de malheureux opprimés doivent les plus généreux se-. il court. & jouit en avance du déli cieux plaisir. tant d'or phelins & de veuves délaissées. 171 quelque dégout ou quelque pei ne. qu'on trouve à fai re du bien: tranquile possesseur de son secret.

parce qu'ils n'ont pas pû jouir tous de tous les biens de la vie: plusieurs avantages demandoient à être recherchés avec plus de peine.172 E S S AI peu digne du désir de l'immorta- lité. Ces prérogatives d'un pe i tit . ils sont de tous les tems. tous les hommes peuvent en jouir: quelques biens & quelques plaisirs sont reservés à une certaine ' classe d'hommes. & avec des peines que tout le' ínònde ne pouvoit pas fe don- #er. qui est né avec elle. II en est d'elle comme de ces idiots ou de ces enfans. on les trouve partout. ne peuvent se consoler de la perte d'un jouet. Les vrais biens & les vrais plaisirs de l'homme ont un caractere particulier. qui foulant aux pieds l'or & les pierres précieu ses.

qui peut les conduire au bonheur: ils. ne sçauroient ni s'en faire une idée. Combien il y a de contradic tions dans la conduite des hom mes! un même instant voit nai tre & mourir des désirs oposés les uns aux autres : ce n'est pas fau te de lumieres. sent un plaisir ravissant lorsqu'il en dé couvre de nouvelles . éprouve un sentiment qu'un homme qui n'a jamais medité ne sçauroit dé sirer. parce que ceux qui n'en jouissent pas. s'é- tour . sur le Bonheur. 173 tit nombre de mortels. qu'ils s'éloignent si fort du seul chemin. ni les désirer: ce lui qui fait à la méditation des ve rités les plus sublimes. ne doi vent exciter ni les regrets ni les murmures de ceux qui en sont privés .

Ils gavent que ces avantages . On a dit qu'avec peu de chose on n'étoit point pauvre. qu'il leur seroit quelquefois avantageux de ne pas connoitre. & qu'il est toujours triste de trop aimer. ils sçavent les incon- veniens atachés à ces biens de la vie. c'est pourquoi on ne sçauroit trop remettre sous leurs yeux ces verités. qu'ils désirent . que leurs pas sions & leurs préjugés cherchent à couvrir d'un voile épais. ils sçavent qu'il en est de plus grands qu'il depend d'eux d'obtenir. & çe sont eux qui décident de nos ri- cheíses & de notre pauvreté: Ve rité . trop . mais qu'on letoit souvent avec beaucoup: en éfet nous sommes les maitres de nos besoins . ne les satisferont point.174 Essai tourdiffent.

je veux dire les travers & les vices de beaucoup de gens qui sont dans l'opulence : qu'on est heureux de ne pas se trouver exposé à donner dans ces écarts de la raison! Toutes les fois que vous verrez un hom me riche outrager la pauvreté d'un homme de bien . Ce qui pourroit nous consoler de n être pas riches. & qu'on ne com bat que par ses actions. qui ne le sont pas. se plaignent le plus. c'est cela même dont les hommes. sur le Bonheur. 175 rité qui devroit être profonde ment gravée dans nos ames. qui resuse de ram per à ses pieds. & s'oublier à chaque mo . vivre dans la crapule. ofrir dédaigneu sement un secours que l'importu- nité lui arrache. persécuter un indigent. qu'on reconnoit.

Celui là est riche qui a tout. dont l'o . il en est que vous pouvez leur donner. car on est riche de tout ce dont on peut se passer : combien donc d'índigens á qui il manque moins qu'à ces hommes.176 Essai moment. qu qui peut se passer de tout. Quand vous verrez un homme riche user sagement de ses biens. benissez Dieu de vous avoir refusé des richesses. & ne regret tez que l'avantage de n'en pouvoir taire autant: diípensé par la vo lonté de la Providence de soula ger autant que vous le voudriés ceux qui sont dans la misere . por tez à vos concitoiéns tous les se cours dont vous étes capable. que vous avez le malheur de désirer. rejouissez vous de les voir en d'aussi bonnes mains.

& dont nous nous plaignons auffi sou vent: rendre des hommages à un Dieu mal . Socrate en voïant la pompe magnifique d'une fête s'écrie. mais où le vent & les orages le jetteront: celui qui cherche la fortune se soumet à ses caprices. 177 l'opulence ne fait qu'augmenter les besoins & les désirs. doit s'atençlre à être conduit non pas où il veut aller. quelle erreur ! Une grande for tune est un grand esclavage : ce lui qui abandonne son vaisseau áùx vents . m s'a . est le Dieu auquel nous sacrifions tous les jours. ah de combien de choses puis -je me pajser! La fortune . sur le Bonheur.faisant . ne nous prépare que deS regrets. & qui quand il nous est propice. cette idole de nos cœurs.

contribuent beaucoup au bonheur: à charge plutôt* ils ne .ses caprices & son in constance . qu'on se persuade que les honneurs & ces marques exté rieures d'une considération parti culiere. que. elle a constamment gardé la mê me loi. c'est nous qui changeons.des flateurs qu'au merite des grands .178 '' Essai » s'il en soufre des disgraces. La fortune ne chan ge pas. il ne sçauroit s'en plaindre.nous faisons vers l'in- fortune: c'est avec bien peu de raison. nous cachant pour un tems . ce seroit acuser les tenebres des faux pas 'qu'on y fait. ils ne devoient être inconnus à personne. La pros périté est quelquefois le premier pas . dûes plus souvent à la bassesse. elle les a montrés aux autres.

' ra-t-on qu'il y ait un grand avan tage. le bien des societés & la subordi nation qui y est nécessaire l'ont demandé: on doit recompenser en nous les vertus de nos ayeux. sur le Bonheur. comme s'il n etoit pas plus heu reux & plus glorieux d'illustrer sa posterité . ce qui leur importe le plus de sçavoir. ils ne servent sou vent qua leur cacher. que de devoir à ses an cêtres un avantage acquis peut- être par des bassesses? 11 est une considération dûe à la naissance. 179 ne servent souvent qu'à faire pa- roitre avec encore plus d'éclat les defauts & les vices de ceux qui les possèdent. Groi. à pouvoir se vanter de ti rer son origine de quelque hom me illustre dans les siecles passés. la cendre & les tombeaux des M 2 grands .

leur posterité n'en auroit- elle pas? II est un milieu entre les extravagances de la noblesse. ont tort de mettre tant de prix à ce qui ne sçauroit les rendre heureux.% re . Si c'est un avantage de posséder des distinctions publi ques .i8o E s sai grands hommes demandent des égards . respectés ses vertus. c'est trop peu de les mé priser. fuiés ces orgueilleux mortels . c'en est un bien plus grand de les meriter. < II est facheux. je l'avoue. que l'homme de bien soit si souvent . & ce n'est point un mal de ne pouvoir les obte nir. & la mauvaise humeur d'un re publicain outré: baisés les pas de ce vertueux laboureur. Ceux qui se plaignent de se voir oubliés dans la foule des citoiens ordinaires .

soit étudiée. il est triste que même la maniere de faire du bien . sur le Bonheur. que ces distinctions en usage dans le mon de passent pour dues. vous qui vous plaignés de ces maux? que vous êtes malheureux? Ah point du tout. dès que la fortune a commencé à les favoriser. il n'est point de vices point de crimes même les plus laches. plaignés. de témoigner son estime & son amitié. plaignés plutôt M 3 ceux . 181 rebuté. je n'ai pû voir sans une espece d'horreur des hommes ignorés & méprisés devenir les idoles de la societé. il est scandaleux de voir l'étiquete por tée aux pieds des autels. j'en con viens & j'en gémis. il est ridicule. que les richesses & les honneurs néfacent. mais qu'en conclurez vous.

ce qui reste à ac querir est tout. qui s'avilissent en foulant aux pieds les intérêts de la vertu & de la verité : Soiés alïés justes . 182 Essai ceux. il n'est gueres de . C'est le fruit de la philosophie de voir d'un œil indiférent ces liftes de noms illus tres autrefois . Pour les ambitieux la fureur de Pambition est li grande. qu'ils regardent pour rien le nombre de ceux qui leur obéissent. ces honneurs qui acablent quelquefois. ces fortunes qui passent rapide ment. Ce qu'on a ac quis n'est rien. pour vous estimer heureux. Pour qui est tour menté de ce mal. dès qu un seul homme a le droit de leur commander. de penser mieux qu'une bonne par tie des hommes. illustrés aujourdhui.

il ne jouit ni de ce qu'il possede. se faire craindre est un plus grand mal que d'avoir à craindre ! ces tyrans ou plutôt ces monstres. pour ne leur faire trouver dans les honneurs d'autres avan tages . M 4 ser . ses prétensions que rien ne borne. ni de l'espérance de ce qu'il peut obtenir. sur le Bonheur. Ses désirs trop étendus. qui s'oposent à son élévation: malheur surtout à celui qui ne dé sire les honneurs. que pour être craint. ses inquiétudes ne lui font envisager que les dificultés. que celui d'être utiles aux hommes par leur credit & par leur exemple? Faire du bruit dans le monde. n' inspireront -ils ja mais ailés d'horreur aux hom mes. dont Phistoire ancienne nous parle. 183 de biens .

c'est ce que je ne sçaurois me persuader. & les artistes: qu'il n'y ait que de la vanité dans ce désir. la fureur de ces hommes qui alterés de sang & de carnage . que la gloire dont les hommes font tant de cas ne soit qu'une chimer^. est un motif bien puissant pour nous porter à la vertu: qui mé prise la gloire méprise souvent la vertu.heros est celui qui ten dant . c'est ce que désirent également les He ros. ne portent que des lauriers tout fumants encore du sang d'innocentes victimes. les écrivains. un veritable.184 Essai servir d'entretien à la plus grande partie du genre humain. A Dieu ne plaise que j'en tende ici par gloire. L'a- mour de 'la gloire s'il est acom- pagné de l'amour des hommes.

il devoit le choisir: il est par venu par de justes moiens à se couvrir de gloire. il conduit à la mort ces généreux défenseurs de la patrie . ces vœux que la terre en tiere fait pour lui . la tranqui- lité . & le bonheur de l'Etat : il gémit de se voir contraint à re pandre tant de sang. igç dant toujours les mains à la paix. sur le Bonheur. & ceux des guerriers qui combatent avec lui» que pour le bonheur de ceux qui sont soumis à ses loix: il afronte Tes dangers. qui veulent bien cimenter de leur sang la paix. n'expose ses jours. ce secret plai- M 5 sir . mais entre deux maux il choisit le plus pe tit. ces éloges arrachés aux ennemis mê mes . cette admiration publique. cet aveu pu blic de ses actions glorieuses.

de ces ames vertueuses qui l'ont édifié? si le plaisir de. celui de sçavoir que les hommes admireront & loueront nos actions n'en seroit -il point? quand on aime les hommes il est bien diíkile de ne pas chercher à se concilier leur estime & leur amour: ceux qui naîtront après nous ou que nous laisserons après notre mort nous seroient-ils assez indiférens. pour que leur amour & leur estime ne soient d'aucun prix à nos yeux? Le jugement de la posterité est un jugement plein d equi . faire le bien est le premier de tous. tout cela ne seroit que chimere & illusion! Que dirai -je de ces beaux genies . qui ont éclairé l'u- nivers.l86 Essai sir qu'il peut éprouver en «'assu rant de l'amour de la postérité.

c'est un écart de la raison: Combien de ces reputations en sevelies au pied du tombeau de ces gens. ces tombeaux or nés . qui ont tout sacrifié pour l'acquerir! Ces trophés éri gés à la gloire de quelques ty rans . 187 d'équité . abandonner la ve rité qui trouve peu de partisans. sur lè Bonheur. & qu'y a-t-il de plus heureux que d'avoir la raison & la justice pour soi? Mais ne chercher qu'à faire du bruit . aimer le faste & ce qui en impose au vul gaire. c est la justice & la vé rité elle . sacri fier tout au désir de faire parler de soi.même qui le dictent. préferer l'admiration à l'estime & à l'amour. ces monumens fastueux de leur pouvoir. pour suivre le gout dominant ou les opinions en vogue.

si n'aiant pû parvenir à se faire un nom. diférence : les fastes de l'histoire ont mieux parlé & mieux ins truit que ces panegyriques & ces inscriptions .Ce qu'il y a de plus précieux dans Pestime & dans la venera tion publique.. il meurt oublié de Ces concitoiens. qui devoient en transmettre le souvenir à la posterité la plus reculée.188 Essai nés d'inscriptions. ne sont plus ou ne sont vûs qu'avec in. L'homme auroit tort de se plain dre. derniere complai sance de vils flateurs. c'est précisément ce que tous les hommes peu vent obtenir: l'hommage rendu à la vertu est bien au dessus de celui qu'on rend aux talens. . parce qu'il y a beaucoup de biens dont la jouis- " sance .

seroit-on malheureux. & que ceux à qui il apartient de distribuer des recom penses les honorent de leur pro tection? Le veritable plaisir ata- ché à l'estime & à la veneration publique. qu'autant que le plus grand nombre des hommes les reconnoit. & malgré la supériorité dê ses lumieres . on n'a pû obtenir ce qu'on avoit presque droit d'exi ger? Les talens n'ont -ils donc de prix. consiste dans la satis- fac . sance est un avantage . igo. & dont la privation n'est point un mal: il n'y auroit pas même raison de se plaindre. que les talens ne jouissent pas toujours des recom penses & des éloges qu'ils meri tent. sur le Bonheur. par- ceque malgré les éforts qu'on a faits pour merirer l'estime du pu blic.

que les plus pe tits embarras qui les regarde- roient personnellement : rame nant tout à eux-mêmes ils écar tent tout ce qui pourroit trou bler leur repos .190 Essai faction qu'on éprouve à sçavoir qu'on la merite. insensibles pour tout ce qu'on peut dire de leurs talens. & se contentent d'être aimés de ces personnes. ils ne désirent aucun sufrage. ce sont des Etres . ils pré fèrent la tranquilité & le repos à ces avantages qu'on n'acquert que par des peines & par des veilles. Le monde bouleversé leur causeroit moins de peine . qui désirent de se faire une reputation . aux quelles une liaison plus particuliere les unit. II est une espece d'hommes bien opofés à ceux.

base fondamen tale du bonheur: cette heureuse situation n'est point un état d'in- diférence . c'est un état où le . qui ressemble plus à la mort qu'à la vie. que le tumulte des passions trouble & détruit! ceux qui craignent le travail. sur le Bonheur. 191 Etres à qui l'indolence est plus naturelle que l'humanité. ils ont un ennemi d'autant plus redoutable. je veux dire leur pen chant pour l'oisiveté : les ocupa- tions les plus laborieuses sont les plus propres à étoufer les pas sions. qu'il est plus caché. s'ils prennent l'oisiveté & l'irtdiférence pour le repos & pour cette tran- quilité dame . Que ces hommes se trompent. & à nous procurer cette serenité d'ame. sont bien à plaindre . ceux pour- qui l'ocupation est un mal.

En éfet pouvoit . c'est à dire du contentement. Parcourez tout ce qui peut fai re l'objet des désirs de l'homme. & vous verrés que la plus grande partie d'entre eux s'est trompée.192 . Quelle folie pour un homme apellé à de longs travaux. où à l'abri de l'envie. cherchez ensuite les hommes qui possèdent ces avantages . Essai le plaisir n'est point exclu mais gouverné. le plaisir n'est doux qu'a près le travail.on se promettre beaucoup de contentement de la p os . on jouit d'une douce tranquilité . de désirer la re traite & l'oisiveté! celui qui con- noit ses intérêts cherche l'ocupa- tion. de la haine. de ces passions tu multueuses qui ne laissent plus à notre esprit la liberté d'agir.

que nous désirons tous? Non. lorsqu'on ne commençoit pas par s'assurer de ce qui fait le verita ble bonheur de l'homme? Que pouvoit-on atendre de ces biens & de ces avantages que tous les hommes même ne désirent pas? Pouvoit-on se flater d être heu reux par les seuls biens . c'est nous qu'il faut acuser & des maux N qui . si ces dons avoient pû nous conduire à ce bonheur. que dis -je de mettre trop de prix. à la possession de ce qu'elle a refu sé à la plus grande partie des hommes! Quoi la souveraine bon té auroit été aussi avare de ces dons . qui ne nous sont pas nécessaires ? Oh ce seroit outrager la Divinité que de placer le souverain bien . non. 193 possession des biens de la vie. sur le Bonheur.

ce se roit trop présumer des forces hu maines : la nature ne nous a ren dus sensibles aux biens & aux plaisirs .194 Essai qui nous viennent. & ne nous ofre des ob jets propres à nous en procurer. que ces es prits atrabilaires temoignent pour les . ce seroit mé- connoitre la bonté divine. Quelle que puisse être la raison du mépris. & des vrais biens qui nous manquent: nous établissons notre bonheur sur nos opinions . que parceque fauteur de cette même nature a voulu que nous en jouissions. Ce n'est pas que je me persuade» qu'il faille rejet- ter ou mépriser les biens & les plaisirs de la vie. 1 illusion a pris la place de la réalité. ce se roit arracher les fleurs dont no tre passage est parsemé.

que de n'en jouir qu'un tems : il est vrai qu'il seroit plus utile. elle ne sçau- roit les justifier : à plus forte rai son seront -ils coupables de la plus noire ingratitude . 195 lés biens de la vie. & injustes dans la perte. ils sont mécontens dans la possession. qu'il valoit bien mieux ne jamais jouir des biens de la vie . de n'en jamais jouir que d'en jouir un tems . II s'a- N 2 git . de ne les posséder qu'un tems. mais il lest en core plus que c'est un avantage pour ces mêmes hommes. C'est cette ingratitude qui a fait dire aux hommes. ■ son qu'ils en ont abusé. sur le Bonheur. à ceux qui en abusent. c'est par la rai. qu'ils n'ont éprouvé deplai sir à les posséder. S'ils éprouvent plus de peine à les per dre. si avides dans le désir .

II arrive quelquefois qu'on se . 196 Essai git ici d'éviter l'abus . & de se fai re une veritable idée des choses. que ceux dont on jouit. que ce peu d'hommes qui parvenus aux plus grands honneurs deviennent les idoles d'une grande partie du genre hu main: nous nous figurons que le suprême bonheur consiste à gou verner les autres hommes . raison ou pour mieux dire pré texte d'ingratitude. croit fait pour de plus grands biens. com me . On se per suade qu'on est infiniment moins heureux. d'estimer les biens de ce monde suivant le plus ou le moins de raport qu'ils ont avec notre ve ritable bonheur: il faut chercher à sçavoir ce que ces biens valent. & non pas ce qu'ils sont estimés.

sur le Bonheur. & à corriger ceux avec qui nous vivons. par le bon exem ple que nous pouvons leur don ner? Rendons gloire à la veri té. comme s'il n'y avoit pas beaucoup plus de gloi re â combatre avec succès ses pas sions. & qu'elle ne vous a N 3 rien 1 . voilà toute la diférence. un peu plus foible que celle des autres nous sufit: reprocheriés. Notre vûë un peu plus courte. tandis qu'elle vous a comblé des biens les plus précieux.mêmes avantages. nous avons tous à peu près les . vous sans rougir à la providence d'avoir donné quelque chose de plus aux autres. un peu plus de bien. un peu plus de mal. 197 me s'il n'étoit pas un empire bien plus grand que tous les hommes peuvent exercer .

voilà le mal & la peine: faut -il donc tant de choses pour jouir de la vie. ni dans les maux. que nous devons en retirer? Est -il nécessaire pour satisfaire des gouts & des fantaisies . les avantages que voiis y suposés. & qu'ils con-. que d'autres peuples méprisent. d'aller chercher jusques dans les contrées les plus reculées des mets. & pour tirer de l'état où l'on se trouve le fruit.198 * Essai rien refusé de ce qui'pouvoit être nécessaire à votre bonheur? H n'y a ni dans les biens . que vous ne trouvés si dificiíes à suporter. que parceque vous êtes trop acoutumé aux commodités de la vie. la peine que vous exa gerés. que vous ne désirés tant qu'avant que de les posséder. Vous désirés beaucoup. nois- .

Telle est la for ce de l'aveuglement & de la pas sion. 199 noissenf mieux que nous . que les hommes se font à eux-mêmes. on court à sa perte pour des plaisirs qui n'en sont point. de fai re fouiller la terre. contente de li peu de chose. elle est devenue la science nécessaire à qui veut guerir les maux. & l'on se repose sur l'art: la médecine n'est plus l'art de re medier aux inconveniens natu rels d'une machine qui se detra que. on lui arrache le plaisir de jouir de ce qui lui convient : on détruit sa santé. nos esclaves parcequ'ils sont plus foibles que nous? Au lieu de se borner aux besoins de la nature. & d'immoler à notre luxe un million d'hom mes. N 4 Vo . sur le Bonheur. on irrite son palais.

200 Essai Voluptueux. gardoient avec leurs vertus l'avântage de suivre les voies de la nature. si non dangereux du moins inu tiles! quels vœux formes vous. qui préparoient eux-mêmes les mets les plus sim ples . Nos premiers peres. vos plaisirs que l'art a formés* ne sont rien au prix de ceux de ce tranquille laboureur. â qui la terre servoit de lit. Quelle n'est pas Terreur de ceux qui croient ne pouvoir vivre sans des secours. dont les temples sans or & sans ornemens n'ofroient à leur esprit qu'une Divinité connue par ses bienfaits . que l'eau claire d'un ruisseau désaltere.' quels . dont les demeures n'étoient ni des palais ni des chateaux forts. qui passés votre vie à encherir les uns sur les autres.

& vous afoibliffez leur corps à force de le menager. vous ne sçavez pas aimer : ces enfans seroient robus tes . quelquefois dangereux. & vous leur persuadés qu'ils seront un jour des esprits supérieurs . vos vœux sont des imprécations . & vous les acou- tumés à une délicatesse. parens deraisonnables vous éle vés vos enfans au milieu des ma ledictions . & des désirs que la ver tu condamne. qui leur contera cher. 201 quels éforts faites vous pour vous procurer un superflu toujours in utile. ils seroient ver tueux. iís seroient mo destes. ils seroient chastes. & vous leur inspirés de l'orgueil . & vous excités en eux une dange- N 5 reuíe . sur le Bonheur. ils se roient frugals . sou vent incommode! Laches amis.

au lieu de leur aprendre sous le nom imposant de politesse. au lieu de leur souhaiter cette tranquilité d'ame base fondamen tale du bonheur: c'est vous qui leur faites désirer avec tant de vivacité la possession des biens de la vie : ce qu'ils devoient regarder au moins avec indiférence.202 Essai' reuse curiosité. Changés de con_ duite. Vous leur sou haités du bien. vous le leur avés donné comme autant de recompenses. formés les à la sagesse. au lieu de leur souhaiter de la vertu. il en eft peut-être encore tems . vous leur souhaités une brillante fortune. au lieu de les former à 1 u- sage du grand monde. sart afreux de pas ser . vous le leur avés promis comme au tant d'encouragemens.

il en est un qui paroit renverser tout ce que je viens d'établir: on voit des hommes se plaindre sans cesse des foiblesses de Thumanité. áprenés leur à user de fran chise : que ces jeunes plantes croissant au milieu de vous. pro mettent de bons fruits. dans le mensonge. je convien- iì . vertu. & dans l'impos- ture . & les regrets de l'a- voir fait. dé lirer avec vivacité de devenir meilleurs . 203 ser la vie dans le deguisement. & passer pour ainsi di re leur vie entre la crainte de fai re le mal. sur le Bonheur. dont les hommes sont animés . S'il étoit vrai que les choses fussent ainsi. drois . gémir sur leurs fautes passées. que l'au- rore de leurs jours ne respire que sagesse. & verité! Parmi le nombre des défirs.

204 Essai drois que les hommes sont mal heureux & qu'ils ont raison de se plaindre: mais qu'il y a d'illusion dans ce raisonnement! Sans en trer ici dans la fameuse question de l'origine du mal moral . nous souhaiterions d'avoir fait le bien. qu'on dis tingue bien ces désirs vagues. ne prouvent pas que nous soions fort atachés à la vertu. ils prouvent seulement qu'après avoir fait le mal. je me con tenterai de demander. Les re grets que nous éprouvons après avoir fait le mal . c'est à dire. nous . & sans repeter ici les admirables réfle xions de la Thêodicêe. d'a vec la ferme resolution de faire le bien: on £e décide toujours pour ce qu'on préfere. que lorsque nous ne prenons plus de plaisir au mal.

puis qu'il n'est point de passions que nous ne puissions dompter. íi nous . comme lorsque nous y prenions plaisir nous ne dési rions plus de faire le bien. c'est à dire qu'il voudroit ne jamais vouloir le mal: mais vouloir est un acte de liberté. 205 nous n'avons plus le désir de le faire. & des éforts soutenus sufisent tou jours : c'est un vain prétexte que de dire. dit -on. car il cesse- * roit par là méme d'être vertueux. souhaiteroit ne jamais désirer le mal. puisque la vertu est le choix li bre du meilleur. l'homme ne sçauroit désirer de n'être pas libre de dési rer & de faire le mal . sur le Bonheur. Le veritable désir est inséparable des éforts. Mais l'homme. que les passions nous empêchent d'être libres.

c'est souhai ter. ni même un homme. parcequ'il est une créature bornée par ta nature.- me. c'est désirer de n'avoir pas les foibleises insépara bles de l'humanité.206 Essai nous le voulons. L' homme dé- sireroit-il que Dieu l'eut mis au rang de ces intelligences celestes. qui n'a rien de commun avec lui. lui soit substi tué : l'homme ne sçauroit exister sans foibleffes. que l'homme soit détruit pour qu'un autre Etre. ce se- roit un autre individu créé à sa place: ce désir analil'é ne signifie donc autre chose qu'un regret d'être homme & d'exister: dési rer les lumieres & la vertu des es prits immortels. Si l'on . dont les lumieres sont auíïi pu res que la vertu? mais il ne se- roit plus alors ni le même hom.

ou qu'il n'e- xistat point du tout: prononcez. II sufit que ni les motifs. pourquoi il est dans leur nature d'avoir beaucoup de foibleffes. puisqu'il existe. je m'en raporte à cet Etre puissant. 207 l'on demande donc pourquoi les hommes ne sont pas nés pour avoir plus de vertus & plus de lumieres. ni les moiens de nous rèndre meilleurs ne nous manquent. & condamnés si vous osez la sou veraine sagesse : pour moi je con clus qu'il est bon que l'homme existe. s'il est . sur lè Bonheur. & pourquoi même ils ne sont ni auíïì vertueux . la question se reduit à sçavoir s'il valoit mieux . ni aufíi éclairés qu'ils pourroient l'être. qui ne peut être que souverainement bon. que l'homme exis tat comme homme.

clairera plus tant de vœux crimi nels . qu'il nous est possible de l'être. nous ne verrons plus ces désirs formés par nos passions. il n'est pas impossible de le faire. & par conséquent de dompter toujours ses pallions. l'aurore ne. portés même aux pieds des autels.208 Essai est dificile de combatre toujours. C'est en nous mèmes que nous devons trouver le siege du bonheur: c'est en nous mêmes que nous trouvons la source des vrais plaisirs. nous tourmenter les jours & les nuits . Soïons auflì vertueux. & il n'y a plus de maux pour nous: nos plaintes diíparoitront . II depend de nous d'aug . & nous pouvons nous tranquiliser après avoir fait. tout ce que nous avons pû.

209 d'augmenter les degrés de no tre bonheur en augmentant nos avantages. ► Que de biens pour l'hommel O Je . S'il est vrai de dire. cela l est encore plus de ces avan tages. & en perfectionnant nos vertus & nos lumieres: c'est nous qui sommes les artisans & les maitres de notre veritable for tune. qui devroient être cons tamment l'objet de nos désirs. que les biens de la vie viennent à* ceux qui les cherchent avec loin. re- connoissons le prix & le nombre de nos biens : dans toute la na ture il n'est rien qui ne puisse nous engager à la plus parfaite reconnoissance: le chant des oi-' seaux est un cri. Soions justes & équitables. sur le Bonheur. qui porte con damnation contre nous.

Je suis sorti du néant . venu à l'existence. '->r O une .. je sens du plaisir à voir la belle nature ofrir à mes yeux le plus beau des specta cles. a été sauvée des dangers qu'elle est obligée de courir. & le rouvre pour voir Taurore avec un nouveau plaisir. je goute des mets qui excitant mon apetit aug mentent mes forces . je suis par-. t. un tact vo luptueux m' inspire des plaisirs. mon enfance. 2IO EsSAt -. & m'inspirent du sentiment. qui me prouvent une existence. heures . les fleurs repandent un parfum délicieux. & mes désirs conduits par la rai fort. les sons les plus harmonieux latent mon oreille . un tranquile sommeil vient reparer mes forces. gouvernent mon ame sans la troubler. ma paupière se ferme pour quelques.

La vivacité des plai sirs se trouve augmentée avec leur nombre. l'age mur en a de tranquiles . parcequ'elle en O 2 a beau* . 211 une douce yvreffe dans ces mo- mens d'un esprit. fance a des plaisirs qui durent longtems . On ne sçauroit trop admirer avec çombien de soins la nature a pen sé à rendre notre état heureux. que la sagesse n'abandonne jamais. prend la place de ces désirs tumultueux. la jeunesse en a de vifs. pour une jeunesse qui les sentiroit moins. elle change insensiblement nos gouts. s'ils é- toient moins vifs. que des passions aveugles font naitre. les sent d'autant plus qu'ils sont moins frequents. sur le Bonheur. & la vieillesse qui en a de lents. à mesure que nos besoins. changent avec notre âge: l'en-.

A tant d!ávantáges joignons le don inestimable de penser. 'ijià fe fêr^éftt áfe teofWòWi^^ . de^ïofrner dès ëraïsfuTemeM Û éè jprecurëf etífín ^ . ' de pourvoir à nds béibifís'j de vivre en socíéf lé. Ce don de la na ture nòús à mís eh 'état de ren tré une1 infinité* de > choies .ÌÌ2 ' ESSAÍ' a beaucoup : il faut que la viva cité de quelques lins soit assez grande . qui s'arretent si peu sur les mêmes objets. iéeux . • "' rí-o: . <jue de supériorité dans l'homme! cfuelqtte foiblès que soient nos Iù- mierésy c'est un grand bien que celui dè penser. compa-* rôtis ftotis'-un moment avec le* animaux . ' machines ou animés ifun el^findistinct' de la matiere. pour dominer des ames. p'ittë pres à notre usage.

il n'en est point qui ne puissent les sentir. donc les ayi$ sont de sages conseils . & de pas- ser dans l'étude de la verité & dp la sagesse les plus doux momem de la vie. qui plein de droiture íçait ëtr<e vertueux. 213 cieux avantage d'aquerir des con- noissances. avantage au dessus des plus grandes fortunes. & plein de tendresse O 3 sçait . qui trouve un ami à qui un secret confié n'est point un peniT ble fardeau. dont la gaieté peut dissiper notre tristesse» dont la vûë ranime nos plaisirs. de mediter. ja II est peu d'hommes. Heureux celui. dont la conversation est un utile plaisir. il semble même que l'ata- chement soit indépendant des vertus & des talens. sur le Bonheur. qui ne sentent les douceurs de lamifié.

}e vous le demande à vous- mêmes. qui loin des detours use de cette franchise si peu faite pour le commun des hommes. qui sent jusqu'où peut s'étendre cette délicatesse de sen- timens.214 Es sar sçait cherir ses amis . jouit de ces épanche- mens dame plus délicieux. sçait vivre & penser. où sont ceux aux yeux ' . ce n'est rien d'afecter un sentiment. Celui qui connoit les plaisirs de ramifié. Qu'on ne s'y trompe point.. J'en connois peu qui fçavent ai mer. & ne préférant point ce clinquant éblouissant pour des yeux'qui ne voient pas. que toutes les faveurs de la fortune. des . à cet or caché dans les mines. qu'il faut éprouver pour en juger. qui cultivant son es prit met à tout sa juste valeur. 1 .

: O 4 vre . 215 des quels vous ne déguisés pas une bonne partie de vos senti- mens. pour voler dans les bras d'une personne. & vous quités un ami. sur le Bonheur. qu'on ve- noit d'embrasser! l'acueil le plus gracieux .. où sont ceux que vous ne négligés pas lorsque vos in térêts ou votre fortune l'exigent? Vous. le poignard se porte dans le sein d'une personne. les confidences les plus secretes . Oprobre du genre humain. Ah que ne puis -je vi- . que vous mépri sés que vous haïssez peut-être? ne prostitués donc pas le sacré nom d'ami. les assurances les plus positives d' une amitié éternelle sont acùmpagnées d'imposture.ï. vous voulés connoitre les douceurs de lamifié. & suivies de la médisance la plus cruelle.

Et l'amour. cœurs faux. C'est la- ëheté. qui délie nos langues ^ <-> fait . il n'est point de loix opofées à la vertu & à la vérité. que vous faites semblant d'aimer. & tout prêts à nuire à ceux.216 Essai vre loin de vous. c'est le vil amour de vos intérêts. vous étoufés ce doux sentiment. Envain. qui combatent les de voirs sacrés de la vertu. ames paitries de limon! tous les jours je vous vois pleins d'aten- tion pour ceux. que youS' ne sçauriés aimer. . Non vous ne sçavez point aimer. qu'il dependoit de vous de gouter. en- vain me parlerés vous des loix de la politesse & de la décence. ce feu qui anime tous nos sens > qui fait briller dans nos yeux la fîame qui nous agite.

vous sçavés aimer & pré férer les plaisirs du cœur à ces plaisirs grossiers.il pas ! Cœurs sensibles à ce doux sentiment que vous êtes heureux . qui chasse de nos esprits tout ce qui est étranger à l'objet de nos désirs. & lamour combien de plaisirs ne nous procure . sitr le Bonheur. qui fait palpiter nos cœurs . qui ne conten tent que des ames ordinaires ! Mais où font -ils ces cœurs ten- M O 5 dres . 217 fait naitre ces silences encore pliís expressifs que les diícours les plus tendres .1 . aux quels le vieillard courbé sous le poids des années est encore sensible. lorsque ne confondant point la rage éfrenée d'une passion aveugle avec le tran- quile sentiment d'une amitié bien vive. & qui nous donne de ces inftans de bonheur.

est sali par les mains hideu ses. & la de bauche celle du sentiment. ne rentrent chez eux. On apelle raison l'empire de Tavarice sur le sentiment. ce que les mains de l'amour devoient cares ser. on va gémir dans le fonds d'une maison bien montée . jusqu'à ce que le désor dre vienne trainer la discorde à la suite de l'hymen : ces époux malheureux obligés de chercher des distractions . chez qui i'or a pris la place des graces .d'un vieillard. que pour y renouveiler ri dée de leurs peines. Ah flam beaux de l'hymen pourquoi bru- lés -vous d'un feu si nébuleux! Barbares parens. qui Cans égard au .2i8 Essai' dres dî paflìonés? Je n'en trouve ' plus. je ne vois que des sacrifi ces faits à la fortune .

& sans cesse la nature nous parle d'amour. tout renais & tout vit pour qui aime. . que nos cœurs ne sont faits que pour cela. sur le Bonheur. liez des nœuds si mal assortis. VOUS . : . elle nousrepete tous les jours. que vous faites naitre de maux en un instant! n'auriés vous jamais passé par ces situa tions où l ame ravie ne voit & ne sent plus qu'un même objet. 2l§ au bonheur de vos enfans. Oh que ne mettez vous & plus de liberté & plus de sa gesse dans vos plasirs ! y auroitr il du mal à s'aimer. où tous les maux sont oubliés. où tout se tait hors les soupirs : heu reux momens ! Tout est mort pour qui n'aime point . que vous anéantissez de plaisirs en un instant . où l'infortune n'a plus d'empire.

tout le plaisir d'une tendre mere..220 E S S AI. doivent -ils faire la loi à ï'humanité? Non. où les oiseaux viennent mêler leur ramage à vos soupirs. vos ou trages & vos injures. couchés à Pombrë d'un beau chêne. que vous ne pouvez plus alumer.' Vous en qui ramifié ne séjourna jamais . qui retrouve un enfant qu'elle . fruits de Ter reur. allés éprouver des plaisirs que la nature fit pour vous. r . ailés chanter les plaisirs de l'amour. toute la joie d'un homme qui échape à la mort. tout le bonheur de ceux que la fortune caresse. près d'un clair ruisseau. Tout l'a- grément des beaux jours duprin- tems. allés tendres amants. vos ris & vos raifònnemens . vous qui condamnez dans vos vieux jours des feux.

sont des delices pour tous les inlìans de notre vie. que pro duit l'aíTiirance d'être aimé de ce qu'on cherit. & l'état le plus afreux peuvent encore nous fournir l'ocasion. j'ai servi ma patrie! & tout homme peut jouir de ce bien. Qu'il est doux de pouvoir se dire à soi- même. sur le Bonheur. je vois mes concitoiens . que les regrets suivent jamais. Le dernier moment de notre vie. Cet amour .t •. ne valent pas cette secrete joie. ■''>. mon Roi» je puis leur être utile . Toute notre ame est ocupée . & Ces momens plein» de volupté. ils sont faits pour ríîòh bonheur. ma patrie . 9S1 qu'elle croioit perdu.» < Ce n'est pas tout. de donner á nos concitoiéns des marques de notre amour.

& les plus belles actions lui doivent leur naissance. Les arts & les scien ces doivent leurs progrès à l'amour de la patrie. en le pouf sant jusqu'à l'inhumanité. & qu'il fût plus grand pour ceux qu'une liaison plus particuliere nous a unis. que les uns ont porté trop loin. & que les autres ont trop peu connu. est une vertu parce que l'amour des hommes en est une. L'estime & l'admiration sont dues au merite intrinseque. que notre atachement pour les hommes eût des degrés. Le bien des societés a de mandé. l'amour à .222 Essai amour de la patrie. lorsque pour vouloir être citoiens du monde ils ne l'ont été d'au cun endroit .

sur le Bonheur. 223

mire les jardins de Luculle , a rai
son d'aimer davantage son petit
potager, il sert à ses delaffemens
& à ses plaisirs : il sufit que no
tre estime en soit
Mais il n';

patrie, ils s'en plaignent presque
toujours: dans les injustices qu'on
pourroit en recevoir, il n' est
rien de plus puissant pour se con
soler, que de cherir cette patrie
qui nous a fait tort. Rutilius, ce
généreux Romain, aïant été exi
lé repondit à celui , qui lui faisoit
entrevoir l'espérance de son rapel,
vu les- guerres civiles dont Rome
étoit menacée , Que t'ai-je fait
pour, me souhaiter un retour plus
douloureux que mon exil ? m vaut-
il pas mieux que ma patrie ait à
rou

224 Essai

rougir de mon exil, qu'à pleurer à
mon retour. ' .
Les lumieres de l'esprit & les
talens 'font des avantages, qu'il de
pend de nous d'acquerir du moins
jusqu'à un certain point. La philo
sophie surtout, ce don précieux
du meilleur de tous les Etres,
cette science qui a Dieu, le mon
de, & l'homme pûur objet, qui
non contente de- ce que les sens
aperçoivent, mais soupçonnant
quelque chose au delà, va cher
cher ce que la nature a derobé à
tìos regards , qui nous arrache du-
sein des tenebres , qui détruit nos
préjugés & combat nos passions,
qui nous conduit à la lumiere, à
la verité & à la vertu , la philo
sophie dis -je est faite pour tous
les hommes: ne nous imaginons-
pas

sur le Bonheur, 225

pas qu'elle confiste dans ces . sub
tilités obíéures, dans cet art fri
vole de seduire la raison par des
argumens captieux, dans ces dis-
culïions qui ne conduisent qu'à
de brillantes chimeres, dans ces
sistemes ataqués & défendus avec
un succès égal, dans ces hypo
theses, où la vraisemblance est
sacrifiée à ce qui est ingenieux,
pù l'autorité plus forte que la rai
son supose des preuves qui ne se
trouvent point. Si vous volés un
Jiomme entêté de ses idées, mé
priser tous ceux qui s'en écar
tent, substituer un ris outrageant
aux rail'onnemens , & les raison-
nemens aux raisons , ataquer l'er-
reur par l'ironiè, jetter du ridi
cule sur les opinions au lieu de
les réfuter, aprouver & condam-
P ner

226 E S SAf

n'er sans jamais balancer, & dé
fendre son syfteme comme il au-
roit honte de défendre toute au
tre chose , si vous voiés dis - je
un tel homme pensez que ce n'est
point un philosophe. La philo
sophie éleve nos ames , que nous
importeroit-il detre nés, si nous
n'avions qu'un corps à conser
ver? Tous les hommes sont apel-
lés à participer à ce tresor, par-
ceque tous les hommes ont une
raison que le tems develope,
& que les maitres perfection
nent: ce qui distingue les philo
sophes de profession de ceux,
qui n'ont pû cultiver leurs talens ,
n'est pas ce qu'il y a de plus pré
cieux.
La philosophie aprend aux
Rois, que leur empire consiste
» moins

sur le Bonheur. 227

moins dans l'exercice de leur
pouvoir, que dans le soin peni
ble de faire le bonheur de leur
peuple: c'est elle qui les rend à
leurs Etats, & les enleve aux
plaisirs qui les environnent, c'est
elle qui aprit aux hommes, que
la revelation n'avoit point ins
truits, qu'il y avoit un Dieu &
un culte à rendre à cet Etre, culte
qui se borne à la recherche du
veritable bonheur. Méprisons
cette philosophie, qui ôte à Dieu
le gouvernement du monde, qui
nous detache de la patrie moins
par un principe d'humanité, que
par je ne sçais quel enthousiasme,
qui pour nous faire envisager
tous les hommes du même œil,
ne nous en fait aimer aucun, &
qui consiste plus en inutiles íub-
P 2 alités

je sai trouvé: que de dificultés qui se dissipent ! content de son tra vail il le quite pour se delasser. qui nous aprochent de la Divinité. se repliant sur lui-. Mais toute éçude n'est pas l'étude du sage: au lieu . en questions frivoles qu'en verités pratiques. transporté de joie il s ecrie. Quand on s'est mis en état de gouter les plaisirs de l'étude. il n'est rien de plus délicieux. enfoncé dans des idées abstraites . un nouveau jour brille à ses yeux. & sent en lui-même le prix de ces lumieres .228 Essai tilités qu'en íages conseils. Voiés cet Archimede. il cherche la verité : elle commence à leclairer. que momens d'une meditation faite avec succès. même.

229 1 de sçavoir ce qui peut amuser agréablement. si c'est par chasteté ou par orgueil que Im- crece s'est donné la mort. au lieu de veiller les nuits & les jours pour aprendre *les moiens propres à défendre vos biens con-* tre la surprise & la violence . sur le Bonheur. apre nez comment il faut aimer les parens & ses amis. apre nez à les perdre sans murmure* Surtout emploiés vos lumieres à leur veritable usage . emploiés les à vous rendre meilleurs. aprenez en quoi consiste le vrai bonheur*. au lieu de jetter un œil curieux sur les usages du grand monde. ce sont des biens que la Providence vous a confiés : craignez de voùs trou- P 3 I . apre nez en quoi consiste la chasteté. au lieu de chercher â découvrir.

les aparences de la vertu à la vertu même! Sera. Ja memoire à la raison.t.230 Essai ver embaraffé.il donc toujours vrai . que lapluspart de cel les que nous gardons jusques au dernier moment de la vie? Cor rigés vous de vos vices. ou la peine d'une erreur bien moins grossiere. soies uti- . & turbulents ? ne trouvera . si l'on vous de- mandoit quel fruit vous avez re tiré de vos études & de vos veil les: Combien de içavans & de beaux esprits à qui l'on peut re procher d'avoir substitué l'esprit au jugement. inquiets .on raisonnable que ce qui plait? un ton méprisant sera -t -il ou la recompense d'une franchise peu commune . que les sciences & les arts rendent tant d'hommes envieux .t .

hâtez pour la posterité la découverté de quel ques verités. si vous sçaviez ce que c'est que tout votre sçavoir. épargnés leur quelques erreurs . de son carac tere. sur le Bonheur. Orgueil leux fçavans. brigués un éloge pompeux de vos lumieres. Les lu mieres de l'esprit. qui n'ôtent aux cada vres rien de ce qu'ils ont de hi- P 4 deux. 231 utile à vos concitoiens . . tous Ces tre sors amassés avec tant de peine. & de ses vertus. ce sont com me des fleurs & des ornemens précieux. honteux de vos écarts vous iriés vous cacher! Ah brigués après cela. servez d'échelons à ceux qui vous suivront. n'ont de prix qu'autant que le cœur est vertueux. l'homme de bien met tous ses soins à meriter le- loge de ses mœurs.

Ce . & qui n'embellissent que les vivans. mal dans le bienfait même. & sans doUte le premier. mal dans l'ingratitude par la faute de celui qui a reçu. par la faute de celui qui donne. Un des avantages réels de la fortune. combien docasions ne se présen tent pas tous les jours de faire du bien. ne donner qu'après avoir fait ache ter le bienfait par les demarches les plus humiliantes. Ne donner que pour obliger à la reconnois- fance. & par la crainte d'une impitoïable refus. ceux à qui l'on donne. c'est le plaisir des bienfaits: mais il est donné à tous les hommes d'en jouir quoiqu' inégalement.1%1 Essai deux. plaisir les hommes l'ont empoi sonné . don- . il n'y a qu'à les saisir.

que parcequ'il est dangereux d'être ingrat. chercher dans le bienfait même des raisons d'in gratitude & d'oubli. c'est refuser au bienfaiteur un petit plaisir lors qu'il nous en a fait un fort grand. Recevoir avec peine. se trouver humilié par les bienfaits. de les rendre même à charge à ceux. ne donner quelque chose à la reconnoistan ce. ce sont au tant de moiens d oter aux bien faits tout ce qu'ils ont d'agréable. P 5 Plai . sur le Bonheur. Plai gnons nous après cela de l'ingra- titude d'un si grand nombre de personnes. 233 donner avec hauteur pour faire sentir sa superiorité. atendre que le besoit soit prefíànt & faire va loir ce qu'on a fait. qui les reçoivent. la dureté du bienfai teur dispense de la reconnoistance.

ce con tentement délicieux qu'on éprou ve à ramener dans le chemin de la vertu un homme . à donner de la force à ces vieillards que l'age aca- ble autant que la misere. à sou tenir les pas chancelans d'une jeu nesse étourdie. qui s'en est écarté. à éclairer des ames ensé- velies dans les tenebres. Dans toutes les vocations de la vie hu maine i \ . sont des biens qu'il depend de nous de gouter. à rassasier celui qui périt de faim. Ce secret plaisir qu'on éprouve à soulager des malheureux. il y a de la peine à obliger des ingrats.234 Essai Plaignons nous après cela de la dureté de ceux. cette joie qu'on ressent à porter la paix & le repos dans le sein de famil les désolées. qui peuvent nous faire du bien .

Les maux de la vie n'é- toufent point l'espérance . 235 maine il se présente des ocasions de faire du bien aux hommes. avant même qu'on les apelle. qu'il tient la place de beaucoup d'autres. elle est un . pourquoi ne les pas saisir ? Voiés ces généreux bienfaiteurs . on di- roitque c'est leur faire un bien fait que de leur en demander: ils volent au secours de ceux qui sont dans le besoin . leur amour pour les hommes est le flambeau qui les conduit. sur le Bonheur. . & qu'il ne nous quite jamais. anime. & le feu qui les . resource des ames foi- bles. ils dispensent de la reconnoissance . c'est l'espérance : le mal oposé est le desespoir. II est un bien qui est d'au tant plus précieux.

ne lui arracha que la preuve dune inutile vengeance. Le desespoir est un poignard dont nous dé chirons une plaie facile à guerir: pourquoi nous étourdir lorsqu'il nous reste un si grand nombre de motifs de consolation? Au sein des maux l'espérance vient nous soutenir. ne le seroient gue re . si le tiran dormoit en paix . il n'y a point d'éter nelle nuit. C'est l'espérance qui est venue mettre l'égalité parmi les hommes: ces hommes qu'on croit heureux. c'est l'aurore d'un beau jour.236 Essai un garant assuré d'un bonheur â venir. tandis que l'innocence opri- mée se trouveroit sans secours? Nicocreon en épuisant ses fureurs sur le philosophe Anaxarque. Quel Dieu gouverneroit ce monde .

il est comme un frêle bateau que les vents agitent. Qui connoit Dieu le sert. sur le Bonheur. la mort. est plus heureux qu'eux : il man ge avec plus de plaisir. tan dis qu'un vaisseau chargé coule au fond des eaux: c'est l'espérance qui le soutient. mais qu'ils ne brisent point. qui quête à la porte de ces Grands . où la somptuosité & l'abondance sont trop connues. les persécu tions. il dort avec plus de tranquiíité. qui cherche / des .être que ce mi- serable. Peut . si nous pouvions li re dans leur cœur. ce n'est pas cet Etre. 237 re fans elle. il craint moins les inimitiés. nous verrions que les biens de la vie ne sufiíént pas à l'homme: mais nous ré prouvons assez pour ne pouvoir en douter.

irreligion les mé prise : la religion nous découvre les moiens de nous rendre heu reux . l'ir- religion les détruit. 12}. Un homme religieux trouve de la joie dans l'adversité même. . fi nous ne songeons à nous faire une idée juste du culte que nous lui de vons. (*) La religion l'honore.238 Essai des secours . il arrache à la prosperité les épines dont el le eit herissée. en avoir une fausse ou nier l'existence d'un Etre suprê me c'est à peu près la même chose. la superstition viole les droits les plus sacrés. la superstition Tupose dans le choix de ces moiens un dé faut de sagesse ou de bonté . il en ofre : nous n'au rons jamais rien fait. il vit content & meurt (*) Qjid ìnterest utrùm Deos neges an infimes ? Se mât tp.

sans espoir de fortune. Voiés ce brave soldat après cin quante ans de service ou plutôt cinquante ans d'esclavage & de peines. où la plus agréable de toutes les ofrán- des est cela même . il prie & meurt en demandant st le Roi vit & à qui est la victoire. il les benit & ne s'atend plus à les revoir: couché sur le champ de bataille. sur le Bonheur. aujourdhui presque sans vigueur. il embrasse en partant ses enfans & sa femme. mais soies veritablement ver . qui nous rend heureux. il a fait un pas de plus que le philosophe. Tel est le fruit d'un culte. Soiés vertueux & tout sera bien. il s eforce encore de combatre pour des droits qui lui sont incon nus. 23c) meurt avec plaisir.

jk . votre cœur n'est point double . votre avarice ne va pas jusqu'à vous refuser ce qui peut vous faire plaisir. vous ignorez l'art' honteux de feindre & d'en imposer. votre amour propre n' a point encore produit de haines implacables & de cruelles ven geances: ce n'est rien. entrez en^ vous même. votre luxe ne va pas jusqu'à vous engager â regagner honteusement. W Soiés . . Vous avez évité les .240 Essai vertueux. voiés si vous ête$ digne de son estime & de son amour. vices de lame . ce que vous avez honteusement diflipé. que le pu blic ne méprise pas. votre ambition ne vous a ja mais porté à de laches indigni tés . vous n'ê tes qu'un homme. .

mais aïés le courage de le paroitre au milieu de ces vicieux. pour qui la religion Q n'a . sur le Bonheur. Combien de jeu nes étourdis . & qui ces sent d'être vertueux par la crain te d'un mépris . dont ils devroient fe faire honneur! Ces ames ti mides. Soïés vertueux & tout sera bien. que les pas sions ne dominent pas . Tant il est vrai. 341 y-. à qui la crainte du ridi cule ôte la raison. s'ils soupçon naient qu'un ris outrageant mé prisât leur devotion. porteroient en tremblant leurs hommages aux pieds des autels. que les plus frivoles avan tages sont quelquefois les plus chers : on devient vicieux & mê me criminel par le désir immo- -deré de plaire. qui couvrent la vertu de ridicule. €ombien d'hommes .

à medire avec esprit. à priser les hommes erì raison de leurs ri chesses. soi gneusement.de leur «'■r . à se rire avec grace de tout ce qu'il y a de plùs auguste & de plus sacré. c'est à dii re que le monde ne Ta pointiestí core corrompu. c'est Y usage du . On se rit d'un jeune homme si sa vertu est austere . grand monde qui lui manque .. &. 2 n'a rien de sacré.242 Essai t r. à sacrifier tout à sa fortune. de leur credit. il faut espérer^ veulent dire ces hommes escfcfr ves des vices & des pâmons^ â faut espérer qu'il aprendra à men» tir impunément. à flater ceux qu'il hait. à dissimuler. . dès qufil s&gít de montrer de l'esprit. & une prétendue philosophie . puis . que la rair son n'aprouva jamais. . ìáfóei? imposer avec fermeté .

& perd sa liberté : qui veuç jouir de tout le bonheur.il aux ames les moins corrompues ? on commence par se taire & par rougir de sa propre vertu. cule. nous pervertissons les autres: c'est lá où conduisent la terreur du ridi- . . doit se per suader qu'il est inséparable de la Q 2 sa- ■ .. fardeau incommode on la quite.1 . Qu'arrive . & bientôt semblables à ceux qui nous ont perverti . on suçe le venin . 243 puissance. est veritablement heureux : celui qui croit avoir besoin d'au- tres choses. que tous les hommes dé sirent. dont on peut jouir sur cette terre. Celui qui cherche dans la vertu & dans les lumieres de l'esprit le bonheur. & le désir immoderé de plaire. sur le Bonheur. cherche des maitres.

mais . qui éblouis sent les hommes. bien en fussent privés. que de se munir contre les adversi tés . que noús' n avouons pas . qui hous font vivre sans plaisir & mourir avec peine. usons des biens de la vie.244 Essai sagesse: s'il le place dans la pos session des avantages . mais avec une sage œconomie: songeons que c'est un devoir.. Ce sont ces faus ses idées sur le bonheur. fans mettre trop de prix à l'aCces- soire. de . mais avec lesquel les nous nous étourdissons cons tamment. il outrage lá Providence qui a permis que beaucoup de gens . Plus sages jouissons de tout. c'est de ne pas trop s'a- tacher â ce qu'on peut perdre à chaque instant. & à ce qu'il fáué - . & que le meilleur moien de le saire.

En toutes choses . au dogue de la force. sur le Bonheur. une voix les chiens l'ont plus claire. le lion le surpasse. le rossignol Q 3 PIus . plus aussi doivent- ils être estimés. le reste il l'a de com mun avec toutes les créatures: jj a du courage. le taureau plus forte. l'aigle plus aiguë. or l'homme a été créé pour être une créature raisonnable. 245 quiter une fois pour toujours. de posséder dans le plus haut degré ce qui le dis tingue des autres. le meilleur en tout est de bien avoir ce qui lui a été destiné.ne prisons que l'es- sentiel : on demande au levrier de la legereté . plus ils en ont. de la vitesse dans la course . le le vrier en a plus que lui: il a un corps organisé & des mouvemens volontaires tous les animaux en ont.

c'est à la perfection ner qu'il doit mettre tous ses éforts: n'eût -il d'autres biens. .246 Essai plus douce : sa raison est son bien particulier.même soit impossible . l'a- . qui le caressent qui l'en- censent. s'il est . x& tous les autres sans la raison ne seroient d'aucun prix. dans la misere. avoir le courage de se fai re quelquefois de la peine : qu'on ne dise pas qu'un semblable éfort sur soi ..dans l'abondance ou. il ne seroit point à plaindre. II ne s'agit pas pour l'homme de sçavoir com bien il a de partisans . les passions comme la colere. mais il s'agit de sçavoir s'il est vertueux. Les vrais biens de l'homme ne sçau- roient être hors de lui: il doit combatrë & surmonter ses pas sions. • > mour. qui le fla- tent.

que les passions qui nous font donner tête baissée dans mille précipices ? Convainquons nous une bonne fois. & persuadons nous ensuite que les biens du corps ne valent pas ceux. que notre ame seroit plus heureuse delivrée de ses chai- Q 4 °es. sur le Bonheur. & la raison seroit sans éfet? elle nous rendroit timides.elles pas? \ combien rie soufrons nous pas pour elles . la haine à combien de pé rils ne nous exposent . lorsque de veritables foiblesses nous donnent de l'audace? elle nous rendroit de petics maux in- suportables. qui mar che à pas assurés feroit moins.de la me. lorsque nos vices nous font suporter sans peine des dou leurs & des maux violents? elle qui agit avec tranquilité. 247 mour . s .

pour tous les hommes. Tous les mo- mens de la vie sont des mo- mans de plaisir. elle n'est ni apeilée ni conjurée d'atendre encore. il n'est plus de vices agréables: la mort vient. elle est un bien pour tous les tems. tout est bien. toutes ces . vient porter dans nos ames cette douce paix. elle. Qu'un homme de bien est heu reux! la vertu est un trésor à l'a- bri des vicissitudes de la vie . que rien ne sçauroie alterer. pas . pour qui aime la vertu: il n'est point alors de devoirs penibles . les soucis. que garotée par des liens qui la gênent. les inquietudes. les haines. Au sein de la prosperité comme au milieu des infortunes & de la douleur.248 Essai nes. les remords.

qui vit content : Ah vertus régnez Q 5 sur . il sent partout le prix in estimable des bienfaits dont il jouit: tous les plaisirs viennent en foule le délasser . il voit par tout la main d'un Etre dont la bonté n'a point de bornes . il gouverne. Maitre de lui même. sur le Bonheur. il la regarde autre ment cjue le vicieux. fuient loin de l'homme' ver tueux: à ses yeux la nature est embellie. 249 passions qui troublent notre re pos. il regne sur ses passions: c'est là rhornme qui se leve lans crainte. il lit par tout les assurances de son bon heur . qu'on n'entend jamais fe plaindre . qui se couche sans fiaucis . parceque son ame tranquile peut jouir de ce qui est oublié par ces hommes que les vices tirannisent.

ce n'est pas pour eux. . fi. dit -on.í»?^ < Mais.eux que nous voulions être heureux.elle été donnée. jours . . qu'ils nous méprisent nous & nos vertus.250 EssAr sur Thomme afin que Thomme soit heureux ! . peu importe. avec qui nous vivons? qu'ils se rient de l'austerité de notre morale. ce n'est pas là l'idée que les hommes ont du bonheur.t. ils recherchent ces avan tages..ice n'est pour ne pas nous en raporter aveugle ment à la décision de ceux. mais avec . Avons nous donc be soin du jugement des hommes pour nous croire heureux ? Pour quoi la raison nous a. Au reste ne nous imaginons pas qu'ils nous condamneront tou- . que vous voulés que je méprise.

& qui leur reprochent leurs égare- mens. parce que ces vertus sont autant de cris qui selevent contre eux. ils craignent & fuient ces hommes. & comment les écarter fi áïant l ï sous - . qu'un beau jour n'é claire jamais. ils cherchent à évi ter ce qui pourroit les faire con- noitre de trop près: ils écartent tout ce qui pourroit reveiller en eux les remords. ils envieront notre fort: il y a plus. sur le Bonheur. il nous aprouvent lors méme qu'ils font íèmblant de nous condamner. £51 jours. qu'ils craignent. semblables à ces animaux nocturnes. & que les tene bres flatent. nos vertus les choquent quelquefois. qui semblent les avi lir. revenus tôt ou tard de leurs erreurs & de leur aveugle ment.

. 252 EsSAT . & des maux par le de gré de douleur . Est -il un moien plus fur de se tromper? ' Ce n'est ni le plaisir ni la pei ne qui doit nous gouverner & nous décider: sans cela il arri7 vera que les actions les plus honteuses & les plus dangereu ses nous paroitront bonnes . qu'ils éprouvent à les posséder. c'est qu'ils jugent du prix des biens par le degré de plaisir. ver tus? Çe qui fait que les hommes s'aveuglent si facilement sur la nature des vrais biens & des ve ritables maux. & que les choses les plus utiles & les . fous les yeux des hommes ver tueux. ils ne cherchent à di minuer le prix de leurs. qu'ils éprouvent lorsqu'ils les soufrent.

sur le Bonheur. la décideroit fans doute.il étonnant après cela qu'el les en aient pour ce qui est oposé à cës malheureux penchants. qu'el les ont contractés ? Ce sentiment de plaisir ou de peine n'est autre Êhose que la passion elle-même. qur ont de l'aversion pour une infinité de choses sans pouvoir en donner de raisons ! se- ròít. & qui doit à leur avií décider la question du Bonheur. Enlevés à un enfant un jouet dangereux* c'est pour lui le plus grand de tous les maux : Combien de personnes . & si leur imagination étoit mieux reglée. s'ils étoient moins en proie aux pas sions. écou . Ce sentiment intérieur sur lequel les hommes insistent. 253 les plus nécessaires nous paroi- tront mauvaises.

254 ^ s SAI

écoutés îa. raison lorsque vos
désirs étant satisfaits l'aveugle-.
ment commenpe â se dissiper,
c'est à dire lorsque vous cesse
rez de vous étourdir, & vous yerr
rés bientôt que vous vous faîtes
illusion. . .. 4. î { :. , K^
, Si après, cela on demandoit eq«
core, ce que c'est que le vrai bien,
je repondrais que c'est la connais
sance vive & exacte de nos ^e-
voirs. Une! connoissance vive 3
toujours de l'influence sur nos ac
tions, & s'il arrive que nous con-
noiílìons nos devoirs sans les pra-
?r, c'est que nous nelescon-
ìoisfons que d'une maniere ob
cure, c'est que nous n'y
aucune atention, c'est que no
n'avons garde d'en reveiller en
nous l'idée avec cette chaleur.

sur le Bonheur. 255

qui détermine la volonté, c'est
qu'apellant au secours de nos pas
sions les préjugés & Terreur nous
nòus faisons une morale, qui n'est
pas celle de l'honnete homme.
Celui qui connoit ses devoirs,
comme il convient à l'homme de
les connoitre, les pratique tou
jours: connoiffons les ainsi, il en
sera de nous comme de ce sage,
que l'aurore trouve toujours, &
que le soleil couchant laisse tou
jours dans la plus parfaite tran-
quilité, à qui l'absence des plaí*
sirs n'est pas desagréable , à qui
la jouissance n'en est pas dange
reuse, qui mème comme l'Epi*
curien les savoure avec volupté,
mais qui n'y met pas plus de
prix qu'il ne convient, qui est
d'autant plus heureux dans ces
ìjíf > mo*

2%6 Essai

momens de plaisir qu'il n'apoine
à craindre un triste repentir, qui a
toujours assez, qui éleve son ame
& sçait goûter ces momens dé
licieux, que le commun des hom
mes refuse de connoitre. Ne
croíés pas que ce qui est au de-»
m, de ces biens rende l'homme
fort heureux; là 0H1 il n'y a point
de vertu, là aussi, il n'y a point
de bonheur, quels que soient les
avantages qu'on y supose: ^un
pigmée élevé sur une montagne
est un pigmée qu!on voit dë loin,
lui coloffe dont la base est au
fond d'un précipice, est unr/CQ*
losse qu?on ne voit que de près:
il est une misere au sein de la-?
bondance , & une abondance au
sein de la misere. Acumulés les
honneurs les. richesses , cher
es ï chés

sur le Bonheur. 257

çhés tous les biens passagers de
ta vie , pour les mettre sur la tê
te d'un seul homme, si vous lui
refusez la vertu vous en avez
fait le plus malheureux des
hommes: il veut jouir, & destine
les restes fragiles d'une vie prête
à finir au soin de ses veritables in
térêts, ce qui ne peut plus servir
à rien, il le destine à 1 essentiel:
quand il n'aura plus de memoire,
il voudra chercher dans l'histoire
des exemples, qui l'instruiíènt;
quand il n'aura plus de jugement,
il voudra examiner son état passé
& son état présent; quand il sera
degouté de tout parcequ'il ne
pourra jouir de rien, il voudra
éprouver les plaisirs de la vertu,
R qu'il

258 Essai

qu'il n'a pas voulu connoitre;
quand l'on cœur vuide de passions,
ne sentira que des regrets', des
remords & du trouble , il voudra
éprouver ces sentimens de paix
& de contentement que produit
la sagesse. Quelle folie de vou
loir commencer à vivre , lorsqu'il
est tems de mourir, de conter slòt
- euper des réflexions les plus soli
des, dans un tems où peu d'hom
mes parviennent , & où les hom
mes qui y parviennent manquent
allés souvent de force pour s'en
ocuperí Le sage aïant toujours en
víìé une immortalité qu'il désire,
& qu' il espere , regarde les biens
de la vie comme dqs fleurs qui
paçent son passage, mais qui -
ne

il est assez naturel qu'ils s'étourdissent sur la nature & la nécessité de leurs de voirs. ' II est d'autant plus impossible de douter de ces verités. . 259 ne doivent point 1 arrêter. J'en ai . la voix de la raison ne par vient jusqu'à eux . parce- qu'elles se fanent avant qu'il 1i§s quite. que tous les hommes les reconnoissentpour peu qu'on raisonne avec eux: au milieu du tumulte des passions & de l'yvreffe des plaisirs .î 1 R 2 vû . qui ne frape que les oreilles: mais parlés à l'homme lorsque fatigué de ses amusemens il veut bien rentrer en lui-même. que comme un vain son. vous verrez qu'il en sera frapé. faites lui envisager le vrai. . sur le Bonheur.

La dificulté de parvenir à domp ter ses passions . rien n'est plus propre à nous porter àla ver tu: l'exemple eft le premier de tous les maitres. à persuade le mieux parcequ'il est le plus élo quent.' ' ■ • ' . nous arrê- teroít-elle? II n'est point si dificile d'être vertueux .26o Essai vû plus d'un à qui j'ai arraché ces aveux. c'est la passion quîsupose des dificultes. mais ils étoient bientôt oubliés. Qu'on auroit donc rai son de rechercher la conversation •dé' «eux ^ qui sçavent mettre un frein à leurs passions. où il n'y en a point : vivez comme si vous ' étiés . & à se faire une douce habitude des devoirs que nous avons à pratiquer.

persuadés vous qu'aucune pensée de votre ame n'est indiférente. & en nous mêmes. scrupuleux observateur de ce qui se passe en vous . si cet esprit qui vit au dedans de nous n' étoit continuellement distrait par le soin. qu'elles influent toutes sur votre bonheur. 261 étiés continuellement observé. comparés l'homme tel qu'il devroit être à l'homme tel qu'il est. sur le Bonheur. jugez vous comme vous jugeriés un homme à qui vous n'ayez rien à pardonner. que nous prenons dp l'ocuper de tout ce qui est R 3 hors . jettés souvent' vos re gards sur vos devoirs & sur vos actions. Si nous pensions que Dieu est près de nous. avec nous.même.

la nature & la rai son les dictent à tous les hom mes. & pour nous la revela tion les a developés. les principes sont les mêmes. Lorsquè la philosophie. quelle prodigieuse diférence entre ces principes & ceux du commun des hommes ! la plus grande par tie du genre humain sera donc pri vée de ce degré de bonheur tarit désiré.on sans doute. plus vertueux & plus sages nous trouverions qu'il en coute pour être vicieux.262 Essai hors de nous. dira .1 . ou une raison plus éclairée étoit nécessaire pour épu rer . & il ne sera reservé qu'â un petit nombre de mortels. Mais. de trouver qu'il est heureux de vivre? Erreur.

263 rer nos mœurs. sur le Bonheur. & il est un contente ment. les lumieres de l'eíprit mettoient une plus gran de diférence entre les hommes. c'est à dire que s'il est vrai. mais elles n'en mirent jamais affés pour justifier les murmures de ceux . lorsque la super stition écartoit de la Divinité les perfections qu'on y doit suposer. lorsque les hommes conduits par leurs passions se formoient des Dieux commodes.. Nos devoirs sont proportionés à nos lumieres comme à notre pouvoir. un bon heur réel pour qui les suit. R 4 pli* . qui étoient moins heureux : il restoit toujours â l'homme la puissance de suivre les lumieres de sa raison. que . une paix de l'ame.

la raison & notre pro pre conscience ne nous deman dent que ce que nous pouvons: or l'homme est heureux dès qu'il fait tout ce qu'il peut pour l'être. par la raison que nous nt sommes obligés qu'à la pratique de ceux qui nous sont connus. & le bien qui nous en revient nous le . le motif qui peut nous engager à le pratiquer. & cela parceque dès qu' un devoir nous est connu . J'a . / sont aussi. plus aussi il se trouve en état de faire de ces éforts de vertu. il ne lest pas moins que plus l'homme a de devoirs à remplir. qui semblent quelquefois être au dessus des forces humaines. 264 Essai plus nos lumieres sont étendues plus aussi il nous est imposé de de voirs.

d'un côté le peuple se duit par les aparences. SUR LE Bo#HEUR. par les pas sions les plus brutales. 265 J'avoue que c'est un grand avan tage que detre éclairé. qu'on vair. par les préjugés les plus grossiers. mais ne nous imaginons pas qu'à cet égard la diférence entre les hommes soit immense : ne nous persuadons pas N que les plus vastes connoiffances soient nécessaires à qui veut con- noitre tous ses devoirs. & de R 5 Tau- . Celui qui écoute la voix de sa raison doit & peut être tranquile : mais qu'il est peu d'hommes. qui l'écoutent tou jours ! Si l'on dit que la raison de la plus grande partie d'entre eux est un amas informe d'idées va gues de préjugés & d'erreurs.

si l'ocupation la plus noble . si les sensa tions les plus délicates . je dirai que les hommes ne peu vent se tromper sur la nature des devoirs. & c'est tout ce qu'il faut pour leur bonheur. par les opinions du siecle. qui leur sont imposés. si la jouis sance d'une infinité de biens. Si la pratique de nos devoirs . par des passions colorées de quelque beau nom .266 f£ s s a i ' s l'autre les hommes plus éclairés seduits par les sistemes. fi l'affurance la plus certaine d'une immortalité heureuse ne peuvent engager les hommes à se persua der de leur bonheur. si Tétat le plus doux de l'ame . je ne connois rien au monde dont on ait raison d'être .

mais il me sufit de pou voir conter sur le sufrage de tout homme. qui voudra bien rentrer en lui-même. dans le souvenir du passé . 267 d'être certain. & dans l'espé- - . S'il y a des hom mes malheureux. sur le Bonheur. & il péut le leur être â chaque instant. c'est parcequ'ils veulent l'être : leur malheur est de nature à être détruit dès qu'il leur fera bien connu . Nous avons s tout ce qu'il nous faut pour rem plir le but pour lequel nous som mes nés. si nous le vou lons serieusement: nous pouvons toujours chercher dans le présent. Nous serons auffi heureux qu'il est possible de l'être. rien ne nous manque. Je sais que je combats des préjugés dificiles à détruire.

Si les biens de la vie ont des inconveniens . & qu'il n'y a point de bonheur pour celui qui s'imagine n'en point.on donc que l'homme est un Etre qui se croit malheureux sans malheur. de joie & de contente ment. avoir ? Mais ignore .1 .268 Essai l'espérance de l'avenir des sujets de plaisir. M'objectera-t-on que ce sont les hommes qu'il faut consulter. ou qui du moins ne veut pas pas ser pour être heureux? Aux yeux des . les veritables biens n'en ont point: qu'on en jouisse dans le plaisir ou au milieu des peines passageres de ce mon de. pour sçavoir s'ils sont heureux. cela note rien à notre feli cité.

mais je nie qu'il le soit autrement que par les cri mes qu'il peut avoir commis. II y a des maux v> dans . sur le Bonheur. nous diminuons le prix des biens. mais notre cœur condamne tout bas ce que notre bouche prononce. dont la nature trop liberale pour des in grats. j'avoue qu'un homme qui périt par ses mains se croit malheureux. nous a comblés. dont il n'a pas le drois*le disposer. & par celui qu'il commet en s'arra- chant une vie . qu'un moment de délire. nous les exagerons. 269 des hommes nous multiplions nos maux. je repondrai que le suicide ne prouve autre chose. Si l'on dit que le suicide prouve que quelques hommes sont malheu reux.

on verra que le suicide même prouve. où nous devons mou rir. & la même main .ce déses peré. c'est une question qui demanderoit un ouvrage ieparé. un moment de réfléxion auroit empêché une action aussi noire . ce n'est point à nous à en avan cer le terme. qui vient de terminer les jours de .270 Essai dans la vie. Sa l'on y prend garde. que les crimes & les vices sont les seuls & les veritables maux. fermeroit si elle le pouvoit la plaie qu'elle vient de faire. di soient les Romains au mort. & ces maux ont leur ivresse. Vale & I licet. dont ils alloient bruler le cadavre. Pour ce qui regarde les foux & les melan- choliques. & . II est un tems.

sur le Bonheur. pour être examinée ici. ou du moins s'il existe réellement. que parcequ'il leur est étrange & nouveau d'en avoir. 011 charge le portrait. Pour trouver des malheureux parmi les hommes . 171 & qui ofre un trop vaste champ à d'importantes réflexions. dont ils jouissent. mais la possession les y a rendus insensi bles : plus raisonnables ils de vroient se feliciter du grand nom bre de maux aux quels ils ont ' ' echa- 1 . vous verrez qu'ils ne se plaignent de leurs maux. Plus justes ils devroient penser â tous les biens. Examinés de près les plaintes des hommes. sans songer s'il est pos sible qu'un tel homme existe.

qui méprise les maux de la vie. moment de pei ne éclipse à leurs yeux un siecle de bonheur.. & fjui fait gloire d'u ne insensibilité réellement au des sus des forces humaines: je fuis tout àufíi éloigné de croire. quand même il auroit plû à la Divinité de nous rendre très malheureux en ce monde. il n'a point tiré l'homme du néant pour le plon ger . com me quelques théologiens du sie cle pafle . . & de nous préparer pour l'ave- nir le sort le plus funeste: je me suis fait de Dieu une idée bien plus grande. mais un.» Je ne me suis point fait une philosophie.• . que nous devrions être contents.272 Essai echapés.

son Dieu n'y a aucune part : mais peut on les pardonner â celui qu'une lu miere plus pure éclaire? Qu'on nous montre que le Souverain Maitre de ce monde a pû faire mieux . & vous verrez bien tôt qu'un hazard aveugle ne conduit point cet univers: tout concourt au bonheur des hom mes. le hazard a tout fait dans son fisteme. & Dieu n'est point un ty ran. Jettés vos regards for l'univers . & vous verrez la nature en travail s'oposer à nos maux: jettés vos regards sur les voies de la pro vidence. 273 ger dans le malheur. & a pû faire autrement S fans . Je pardonne à l' Epicurien ses murmures. sur le Bonheur.

. <& la sagesse nous donne des préceptes faciles à suivre pour tout homme raisonnable.274 Essai sans agir contre les principes éternels de ses actions : faute de connoitre F ensemble nous trouvons des defauts dans quel ques parties. Le * t. Tous les jours on impose silence à une jeu nesse orgueilleuse qui juge de tout. il y a des maux & des aflictions dans la vie: il s'agit de nous consoler. Cui. plUS . ce qu'elle devroit admirer en si lence. & l'on se permet des ju- gemens sur les ouvrages de Dieu même : notre raison trop fiere apelle à son tribunal. je Pavoue.

Vous les voiés pour se consoler du mal en écarter ridée. qui donnent des palliatifs à leurs malades. ils oposent à leurs maux des distractions: sembla bles à ces medecins empiriques. éloigner de leur esprit tout ce qui pour- roit les attrister. & qui fiers d'une gue rison momentanée endorment l'ennemi au lieu de le détruire. 275 plus souvent les hon. ils retardent la peine au lieu de la diminuer. ils ne font qu'étoufer la dou leur pour quelques instans. qui atendent du tems & de l'avenir ce qu'ils peuvent se procurer dès l'ins- tant même. & ce qu'ils auront S 2 d'au . sur le Bonheur. com bien d'hommes. mes s'é- tourdiffent.

anéanti par la douleur. c'est le désespoir: on n'envisage alors que le mal sans songer au remede. Combien de fois ne nous arrive -t. on joint à la foibleffe l'art dangereux de se re présenter comme présent ce qui est fort éloigné. étonné. en les craignant ! soucis & inquietudes dont on est devoré. comme certain ce . qui vient interrompre le cours de nos gêmissemens.276 Essai d'autant plus dificilement qu'ils atendront davantage.il pas d'al ler au devant des maux . A cette extrémité ajoutons l'autre non moins raisonnable. & tout aussi dangereuse. on craint méme l' importun. on se re fuse à tout autre sentiment.

c'est beaucoup moins par la for ce du mal. car tous les biens de la vie sont sans éfet pour quiconque soufre les plus petits maux. 277 ce qui est fort douteux: pour une ame de cette trempe . les pré jugés. S'il est des malades dificiles à guerir. il n'est pas áifé jdry porter la tranquilité & la paix. les vices sont dé terribles ennemis à combatre. que l'on console: un homme veritable ment vertueux est aussitôt con solé qu'afligé. que par la foiblefíe volontaire du malade. La consolation devient plus aisée à mesure qu'il y a plus de vertus dans ceux. tant il est vrai que la vertu est notre veritable bien. sur le Bonheur. lorsque « S 3 l'hom- .

comme aux pre mieres tentations. & la troisieme de nous consoler. qu'il faut re sister: on risque trop à atendre. la premiere chose que nous devons faire. c'est de connoitre la nature & le degré de ce mal. mais il ne faut point reculer. la seconde c'est de songer au remede. C'est aux premiers mouvemens de la douleur. on verra que dans les maux .278 Essai l'homme combat pour eux. il faut forcer l'homme à écouter les le çons de la sagesse. Si l'on envisage les choses de bien près. lorsqu'on n'a pû l'étoufer dans sa naissance? Un mal nous arrive. comment détruire un mal dans ses progrès.

pour peu même qu'il le soit. & vous le consolerés s'il est raison nable. 279 maux de la vie les consolations ne sont autre chose. que tout ce qui lui arrive concourt directement ou indirec tement à son bonheur: dévelo- pés cette idée à un homme qui soufre. apliqués la aux circons tances où il se trouve. que l'inti- me persuasion où shomme doit être. il faut que nous cooperions avec eux: ce n'est pas le mal en lui- même. mais c'est la réfléxion dont nous l'a- compagnons : c'est notre faiblesse. qui nous fait soufrir. présentés lui la verité telle quelle est. sur le Bonheur. Pour que les maux de la vie troublent notre bonheur. S 4 ce .

pourroit être combatue. si nous le voulions: il dependroit de nous de ne pas tant regreter. c'est à dire des regrets & des désirs .280 Essai ce sont nos vices qui trouvent dans ce qui nous arrive le moien d'altérer notre bonheur. de ne pas tant désirer . L'idée afligeante qui se présente d'abord â notre esprit. il dependroit de nous de regarder les adversités de la vie comme des biens nécessaires à l'homme. parcequil est homme: la douloureuse amputation de quelque membre n'est elle pas un bien. & le seroit avec succès. pour qui ne sçauroit être sauvé sans la soufrir? A combien de personnes n'aurions nous .

il y en a qui étoufent jusqu'au sentiment du mal. il y en a qui nous conso lent. II y a des remedes qui soula gent le malade. elle est la plus ten dre des mères. si nous eus sions réfléchi avant que de nous . II en est de beaucoup de maux de la vie. elle nous tend les . couroucer ? combien de maux dont nous ne nous serions ja mais plaints. La nature est pleine de ressources. comme de ces terreurs paniques. 281 nous pas pardonné. si nous eussions ré fléchi avant que de pleurer. qui examinées de . sur le Bonheur.bien près au lieu d'être des sujets de crainte deviennent des sujets de ■ risée.

faisons tout ce que nous pouvons . au sein des maux. Mais les forces humai nes sufisent elles pour exciter en nous une vertu aussi puissante? II n'y a qu'à vouloir. qui . & des secours qu'elle nous ofre. ne nous éloignons pas des voies qu'elle nous prescrit. persuadons nous qu'il est heureux de vivre. qu'on voit arriver en paix la fin de ses jours : à chaque instant de notre vie nous jouissons d'un bienfait inestimable: ne perme- tons pas que nos préjugés ofus- quent la lumiere du flambeau. Faisons plus. si la providence nous y place. nous pou vons beaucoup. C'est' dans l'é- tude de la sagesse & de la verité.1%1 Essai les bras .

283 qui nous éclaire. Imprime chez Grvnaus et Decker. sur le Bonheur. & très heu reux d'avoir bien vécu. arrivés à no tre nn nous sentirons qu'il est heureux de vivre. F I N. .

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