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Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient L. de La Vallée Poussin. L'Abhidharmakosa de Vasubandhu

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Demiéville Paul. L. de La Vallée Poussin. L'Abhidharmakosa de Vasubandhu. In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême- Orient. Tome 23, 1923. pp. 462-464;

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23, 1923. pp. 462-464 ; http://www.persee.fr/doc/befeo_0336-1519_1923_num_23_1_5957 Document généré le 26/06/2017

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celle de la p. 94, où on apprend qu' « en prévision de

violation de serment, on

empoisonne les nobles

Il serait à désirer que l'auteur, élargissant le su et trop artificiellement délimité qu'il a choisi — la diplomatie, — reprît l'étude de la doctrine politique de ÏArtka-

çàstra en la situant dans l'évolution générale de la nlti et nous donnât ainsi un"

aperçu'des principes et des méthodes

me*nt des Etats. Il faudrait aussi rechercher dans quelle mesure ces théories ont été

comme otages ». En réalité, on les emprisonne seulement.

professés'

dans l'Inde ancienne sur le gouver-

suivies dans la pratique, ce qui est après tout îe point important appréciation de l'ancienne société hindoue.

pour une juste

L. FmoT.

L. de La Vallée Poussin. — L'Abhidharmakosa de Vasubandhu, traduit et annoté. Premier et deuxième chapitres. -*- Société belge d'études orientales. Paris et Louvain, 1923.

Ce volume est le premier d'une traduction complète du Trésor de Vasubandhu, entreprise il y a plusieurs années par réminent orientaliste beige et poursuivie à travers des vicissitudes diverses. Un travail sur le IIIe chapitre, d'après les sources

19 19 (1).

La traduction des IVe et Ve chapitres fut brûlée à Louvain. Depuis lors, MM. S. Lévï

et Th. I. Stcherbatskoïont publié à Pétrograd, dans la Bibliotheca Buddhica, les textes tibétain et sanscrit du Ier chapitre et de son commentaire, et ce dernier savant a traduit le traité sur le Pudgalaqui forme le dernier chapitre. Le Koça est un des plus remarquables monuments, un des livres les plus étoffés et les plus instructifs de la littérature bouddhique, un des chefs-d'œuvre, avec le Mahâprajnâpâramitâ-çâstrade Nâgârjuna, de cette scolastique sanscrite à laquelle

sanscrites et tibétaines, fut imprimé en

19 13- 19 14 mais ne put paraître

qu'en

présent volume nous réserve

une heureuse surprise ; les vœux de sinologue que nous inspirèrent parfois,

l'avouerons-nous ? les publications antérieures de l'auteur, s'y trouvent comblés.

au chinois : il tient

M. de L. a déjà consacré tant de

belles études. Le

Sous les auspices de la science japonaise, M. de L,

s'est initié

compte des versions de Paramârtha et de Hiuan-tsang. Notre joie en est

d'autant plus vive que le Koça a été l'objet de commentaires chinois dont

la valeur

ne le cède guère à celle du commentaire sanscrit de Yaçomitra. Pour ia version

de Paramârtha, M. de L.

Hîuan^

tsang, il a utilisé une édition publiée à Kyoto en 1886 par Kiokuga Saeki (Saeki

Kyokuga ^

des Traités, de la Vibhâsâ et des commentaires chinois du Koça ». Quelques-uns

de ces extraits, en

notes

de sa traduction. Mais ces commentaires sont accessibles dans le Supplément du

s'est

servi du

Canon de Tôkyô ; pour celle

en extraits de

L.

de

fÊ i^ ^

petit

r)» avec un commentaire « riche

YÂgama,

nombre, ont été mis à protit par M. de

dans les

(l) Bouddhisme, éfudeiet matériaux. Cosmologie

Vasubandhu et Yaéomitra.

Troisième chapitre de l'Abhidharmakas'a

Bruxelles-Londres, 1914-1Q18.

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Canon de Kyoto, et il serait peut-être préférable, pour assurer un caractère

définitif à l'interprétation et surtout à l'étude externe du Koça, de s'y

méthodiquement, du moins à trois d'entre eux qui sont dus à des disciples directs de Hiuan-

tsang (*) : le Kiu-chô louen kl fJL fe %fo |Û de P'ou-kouang J|f« % (complet en 30 k., TKS, A, LXXXIV, 1-5) et les Kiu-chô louen chou fâ & % It de Chen-t'ai jjil|l g (incomplet, 7. k. sur 20, ib., LXXXIV, 3-4) et de Fa-pao j£ Jf (presque complet,

29 k. sur 30, ib., LXXXV,

On sait que la plupart des ouvrages d'exégèse

composés par les disciples du maître reproduisent les explications recueillies par lui en Inde et qu'il communiqua à ses collaborateurs de Tch'ang-ngan au cours des travaux de traduction. Un passage de la biographie de P'ou-kouang nous éclaire notamment sur l'origine de son commentaire : « Hiuan-tsang soupçonnait dès le début l'ancienne version du Koça [celle de Paramârtha] de contenir beaucoup de fautes d'interprétation. Or il obtint personnellement un exemplaire en sanscrit et fit une nouvelle traduction du texte authentique. C'est alors qu'il l'enseigna de façon privée à P'ou-kouang ; cet enseignement consista en grande partie à rapporter de mémoire les interprétations orales des maîtres Sarvâstivadin de l'Inde occidentale [par rapport à la Chine]. En conséquence, P'ou-kouang fit un commentaire explicatif et analytique (3) » . Les commentaires de P'ou-kouang et de Fa-pao furent utilisés au début du VIIIe siècle par Yuan-houei [§| f£I. Un fonctionnaire chinois, curieux du Koça (*), avait demandé à ce religieux d'en rédiger un commentaire plus sommaire et d'une compréhension plus aisée ; Yuan-houei borna son exégèse aux stances (kârikâ) : son ouvrage est intitulé Kiu-chô louen song chou fâ fè ffr #|f Jjfc (29 k., TKS, A,

reporter

1-5) (2).

(!) Des divers commentaires sanscrits connus, ni ceux de Gunamati, de Vasumitra et

de Sthiramati, perdus (cf. Peri, BEFEO., XI, 355, n. 2, 379, n. 2 et 4, 387, n. 2), ni celui de Yaçomitra qui est conservé, ne furent traduit* en chinois. La version de Paramârtha fut commentée par Paramârtha lui-même {ib., 351, n. 2), par Tche-k'ai ^ la.» Par Tao- yo ?t£ ifî et par Houei-tsing ^, îffc (Bukkyô daijii, 828 HF> 831 _£); leurs ouvrages furent discrédités par la version de Paramârtha : tous sont perdus.

. (3j P'ou-kouang cite les théories de Chen-t'ai, et Fa-pao discute celles de Chen-t'ai

et de P'ou-kouang (Bukkyô daijii, 832 *+'). Mais l'écart chronologique entre ces trois auteurs ne peut être qu'infime. (3) Song kao seng tchouan, k. 4, TT. XXXV, 4, 84 r°. P'ou-kouang est également l'auteur d'un petit traité sur la valeur doctrinale du Koça {Kiu-chô louen Ja ttong yuan f|L & ffr j£ ^ fâ, 1 k-, TKSf A, LXXXIII, 4) — Des commentaires du Koça, en 15 et 4 k., de deux autres disciples de Hiuan-tsang, Houai-sou fë f^ et K'ouei-ki fK^, sont perdus (Bukkyô daijii, 828 f). — M. Péri a signalé (BEFEO, XI, 375, n. i)les fragments conservés du commentaire de Yuan-yu % ^ au Nyàyânusàra-çâstra de Sanghabhadra, traduit par Hiuan-tsang, qui est une réfutation du Koça. Ce commentaire se prévaut lui aussi de l'autorité de Hiuan-tsang : c'est à Yuan-yu que le maître dicta sa version du Nyâyânusâra- çàstra -cf. K'ai-yuan che kiao lou, k. 8, TT. XXXVIH, 4, 71 r°).

(*) Kîa Ts'eng % ^",

mort ep 727 {Kieou Tang chou, k. 190 tf. q r° ; Sin Vang chou,

k. 1 19, 3 ro). Dans le colophon de sa préface au commentaire de Yuan-houei. il porte les

titres des fonctions qu'il remplit à la fin de sa vie. Cf. aussi la biographie de Yuan-

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LXXXV, 5-LXXXVI, i) ('). Il a été commenté plusieurs fois en Chine (2) et est très répandu au Japon (3) ; c'est de cet intermédiaire que les mahâyânistes tirent généralement leur connaissance du Koça. Mais du point de vue de l'indianisme il n'offre pas le même intérêt que les trois commentaires précédents, et la consultation méthodique en serait sans doute moins fructueuse. La traduction de M. de L. est telle que la garantissait d'avance sa grande expérience des textes de ce genre. On y retrouve son souci de saisir et de serrer l'idée derrière la lettre, sa pénétrante intuition, son vocabulaire souple et riche en équivalences suggestives. Elle nous révèle avec une scrupuleuse précision le mécanisme d'un des plus puissants efforts de la pensée indienne.

P. Demiéville.

Paul Masson-Oursel. — Esquisse d'une histoire de la philosophie indienne. (Thèse présentée à la Faculté des Lettres de Paris.) — Paris, P. Geuthner, 1923, in-80, 314 p. Id. — La Philosophie comparée. — Paris, F. Alcan, 1923, in-8°. 201 p.

Ecrire en trois cents pages, même

sous forme d' « esquisse »,

une histoire de la

■philosophie indienne, embrasser d'un regard cet immense courant d'idées qui commence aux rsiâ védiques pour finir à Rabindranath Tagore, est une entreprise hardie.

Si M. Masson-Oursel y a réussi, c'est qu'il a longtemps médité son sujet et qu'il manie avec maîtrise la langue philosophique, qui permet de dire beaucoup en peu ■de mots. Muni d'une solide préparation, il parcourt avec aisance les systèmes les plus divers : brahmanisme, jainisme, bouddhisme primitif, mahâyânisme, darçanas

orthodoxes et hétérodoxes. Il les parcourt, ou plutôt il les survole, étant contraint

par les limites qu'il s'est imposées de les regarder de très haut.

cette carte de la pensée indienne est une carte à petite échelle où les grandes lignes seules apparaissent, où les reliefs s'abaissent, où des figures aussi vivantes que celles

Il

en résulte que

0) Un trentième kiuan (portant sur le traité du Pudgala, fin du k 29 et k. 50 de la version de Hiuan-tsangj, ajouté par un auteur inconnu, est édité dans TK.S, A, XCV, 4. — Il a existé du commentaire de Yuan-houei une recension en 10 k. ; cf. Song kao seng tchouan, biographie de P'ou-kouang (supra p. 463, n. 3) et le catalogue des ouvrages

exégétiques recueillis au XIe siècle par le prince coréen Eui-htyen (1H5 ^ $ff fH Bit xr; &MMfà, éd. ± B #$feifc £ #,Jôkyô, 1913, vol XXXH, k. 3, p. 30). (*) Kiu-chÔ louen song chou ki YJ|#fÉ$lîifê ffide Touen-lin JE SU des T'ang, 29 k. (TKS, A. LXXXVI, 2-3) ; Kiu-chô louen song chou yi tch'ao §| $$? de Houei-houei

T'ang à la

H? Bp des T'ang, 6 k. (ib., LXXXIII, 5) ; commentaire de Fa-ying fë- J| des

préface de Kia Ts'eng et à l'introduction de Yuan-houei [441 v° _L" à Hr" col. 5 du texte

de Yuan-houei] (Kiu-chô. louen song chou siu ki Pj£ ffi, 1 k., 16., LXXXIII, 5).

(3) Sur les innombrables commentaires japonais du Koça et de ses commentaires chinois, cf. Funabashi Suîsai •$& |§ 7$C ]§£, Kusha tetsugaku fJI^ 1§ %, Tôkyô, 1906, p. •

14-17, et Bukkyô daijii, 829 et 831. Les plus anciens sont du XIe siècle.