Vous êtes sur la page 1sur 1

Master_14-15:Master_CSH 29/07/09 13:03 Page14

SOCIÉTÉ

Kep, en français dans le texte


Une nouvelle école de français ans. Ici débute pour eux l’initiation aux pre-
miers mots de la langue de Molière.
a vu le jour, suite au pari un L’école a ouvert ses portes il y a tout
peu fou d’un jeune Franco- juste cinq mois. Elle accueille à présent
près de soixante-dix élèves, répartis dans
cambodgien revenu au pays. sept classes. Au départ, une cotisation
Lassé de la vie parisienne, symbolique de 5 000 riels par mois était
demandée aux parents. Mais rapidement,
Sokphal Ngo-Sisowath a initié les cours sont devenus gratuits. « On a
ce projet par amour de la voulufairepayerlesparentsafindeleur
montrerquelesleçonsavaientdelavaleur.
langue, mais avant tout pour C’estdanslamentalitédesgensdelaré-
poursuivre sa passion pour gion,siquelquechoseestpayant,celavaut
la peine qu’on s’y intéresse… », souligne
l’éducation. Sokphal Ngo-Sisowath, le fondateur.
Lorsque Sokphal décide de s’installer

S
ur le chemin de terre qui mène à au Cambodge en 2006, il n’a que ses éco-
l’école, résonnent déjà les premiers nomies en poche et comme seul bagage
« Bonjour », qui tranchent avec les son expérience d’entraîneur sportif. Il hé-
« Hello,Hello » entendus habituellement. site un temps entre enseigner le sport,
Il suffit ensuite de suivre les enfants pour son domaine de prédilection ou donner
trouver le bâtiment de l’école, située à une des cours de français. Finalement son
centaine de mètres de l’ancien casino de choix se porte sur les cours de langue,
« Kep City », le quartier populaire de la qu’il juge plus utiles pour l’avenir des en-
cité balnéaire. fants. « Avantdedispenserlespremières
Portail bleu fraîchement repeint, édifice leçons,ilad’abordfallucréerl’école,trou-
en brique surmonté d’un toit de paille, l’école verleterrain,construirelebâtiment.Du-
est entourée d’un potager et bordée par une rantlespremiersmoisj’aidûapprendre
cour de récréation « en construction ». En ce unnouveaumétier,j’étais enquelquesorte
début d’après-midi, les pupitres de l’unique chefdechantier.Untravailquejen’aurais
salle de classe sont occupés par le « groupe jamais imaginé être capable de faire en
des plus petits », des enfants de cinq à neuf France ».

Benjamin Vokar
L’école accueille à présent soixante-dix élèves répartis dans sept classes.

L’objectif initial du professeur en herbe Grâce aux efforts des uns et des autres,
était de créer une classe d’apprentissage l’école a reçu des pupitres et des manuels
du français pour une vingtaine d’enfants scolaires de la part du Centre culturel
du quartier du vieux marché. Le bouche- français, ainsi que des dons de particuliers.
à-oreille a fait le reste. « Les premiers Mais le plus gratifiant a été l’audience ac-
élèvesenontparléàleurscopains,d’autres cordée par le Roi Norodom Sihamoni, au
ont ramené leurs frères et sœurs, je ne cours de laquelle ils ont pu mettre en avant
m’attendaisvraimentpasàuntelengoue- leur école. En parfait francophile, le Roi les
ment », explique le fondateur, le sourire a assurés de son soutien, renforçant au pas-
aux lèvres. Àunmomentjen’arrivaisplus sage la motivation de toute l’équipe. « Nous
àtoutgérer :enseignerauxenfants,m’oc- avonspleindeprojets :refaireletoitendur,
cuperdelaconstruction,rechercherdessou- ouvrirunebibliothèquefranco-khmère,en-
tiensfinanciers,j’étaisdépassé. » seigner à encore plus d’enfants, les initier
auxsports… », s’enthousiasme Sokphal.
Soutien royal Pour ces jeunes de Kep, où le tourisme
Par la suite, des volontaires bénévoles connaît un nouvel essor, apprendre une
ont rejoint le projet. Cindy Morillas, une langue étrangère est un préalable incon-
étudiante lyonnaise, s’est occupée pendant tournable dans la recherche d’un futur
neuf mois de toutes les formalités concer- emploi.
nant la création de l’association cambod- Sans compter que l’ouverture d’une
gienne « Chaul Rean Taing Os Knea », école de français est un événement assez
dont dépend l’école, ainsi que de la re- rare pour être souligné dans un pays où
cherche de financements, indispensables l’anglais est devenu prédominant. Une si-
à la survie du projet. tuation que Sokphal Ngo-Sisowath compte
Côté cours, deux professeurs ont pris le changer : « Nous espérons que la création
relais de Sokphal. Sarah Dohr, institutrice denotreécoleferabouledeneigedansla
suisse arrivée à Kep au hasard d’un voyage région et que d’autres auront envie d’ap-
et Emmanuel Pezard, un passionné de prendre ou d’enseigner. Dans le domaine
langue française qui s’est découvert une del’éducationtouteconcurrenceestlabien-
vocation d’enseignant. Pour les épauler, venue. »
Ven Veng, un Cambodgien de la région, a
rejoint le groupe et assiste les professeurs. Benjamin Vokar

14 Cambodge Soir Hebdo n˚ 93 – 2e année, 30 juillet au 5 août 2009

Vous aimerez peut-être aussi