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DU 10 AU 12 NOVEMBRE 2017 FESTIVAL NICE - ACROPOL I S C’EST PAS CLASSIQUE
DU 10 AU 12 NOVEMBRE 2017
DU 10 AU 12 NOVEMBRE 2017

FESTIVAL

NICE

-

ACROPOL I S

C’EST PAS

CLASSIQUE

DU 10 AU 12 NOVEMBRE 2017 FESTIVAL NICE - ACROPOL I S C’EST PAS CLASSIQUE

SOMMAIRE

N° 197 n NOVEMBRE 2017

32

Carnet

critique

DON CARLOS

40

En couverture

LES « CHOCS » DE L’ANNÉE

52

Entretien

CLAUS

GUTH

66

Disques

CHOCS DU MOIS:

MARIANNE

CREBASSA

CLAUS GUTH 66 Disques CHOCS DU MOIS: MARIANNE CREBASSA L’INFORMATION 05 ÉDITORIAL 10 ACTUALITÉS
CLAUS GUTH 66 Disques CHOCS DU MOIS: MARIANNE CREBASSA L’INFORMATION 05 ÉDITORIAL 10 ACTUALITÉS
CLAUS GUTH 66 Disques CHOCS DU MOIS: MARIANNE CREBASSA L’INFORMATION 05 ÉDITORIAL 10 ACTUALITÉS
CLAUS GUTH 66 Disques CHOCS DU MOIS: MARIANNE CREBASSA L’INFORMATION 05 ÉDITORIAL 10 ACTUALITÉS

L’INFORMATION

05

ÉDITORIAL

10

ACTUALITÉS

Jean-Marc Luisada, Léo Warynski, vente aux enchères à Vichy…

20

L’HUMEUR D’ALAIN DUAULT

22

Concours de popularité.

À NE PAS MANQUER

Le Ballet de la Nuit revisité, Debussy au Louvre, le retour de Mam’zelle Nitouche

30

LIEU

Le Staatsoper de Berlin, phénix lyrique.

32

CARNET CRITIQUE

Don Carlos à l’Opéra-Bastille, Poppée couronné à Nantes, La Vie parisienne d’Offenbach version 2017…

38

TOUTE LA MUSIQUE QUE J’AIME

La chronique de Benoît Duteurtre.

LE MAGAZINE

40

48

52

56

60

62

130

EN COUVERTURE

Les « Chocs » de 2017 Chaque mois, Classica vous fait partager ses découvertes et ses coups de cœur. Voici le meilleur de cette année.

PORFOLIO

Patrice Chéreau Ce touche-à-tout de génie a su distiller à l’opéra son amour du théâtre.

ENTRETIEN Claus Guth L’intelligence des mises en scène de l’Allemand ne cesse d’impressionner.

COMPOSITEUR

Ottorino Respighi Cet amoureux de Rome fut l’un des orchestrateurs les plus doués du XX e siècle.

LE PORTRAIT D’ANDRÉ TUBEUF

Delia Reinhardt À la fois pudique et lumineuse, la soprano était l’égérie de Bruno Walter.

ÉCOUTE EN AVEUGLE

La Symphonie n°9 dite « Du Nouveau Monde » de Dvorák.

PASSION MUSIQUE

L’écrivain Christian Bobin

LE GUIDE

66

LES DISQUES

66

Les « Chocs » du mois de Classica

76

Les CD de A à Z

100

Rééditions et bonnes affaires

106

Les DVD

108

Le jazz

110

HI-FI

110

Les enceintes de l’année

118

Nouveautés, haut de gamme

126

RADIO-TV

CROISIÈRES MU SICALES Sous la direction artistique du violoncelliste-compositeur Présentation par Olivier Bellamy de
CROISIÈRES MU SICALES Sous la direction artistique du violoncelliste-compositeur Présentation par Olivier Bellamy de

CROISIÈRES MU SICALES

Sous la direction artistique du violoncelliste-compositeur Présentation par Olivier Bellamy de Radio Classique
Sous la direction artistique du
violoncelliste-compositeur
Présentation par Olivier Bellamy
de Radio Classique
Dominique de Williencourt

CROISIÈRE MUSICALE SUR LA MAJESTUEUSE VOLGA

DE MOSCOU À SAINT-PÉTERSBOURG AU CŒUR DES NUITS BLANCHES

Du 26 mai au 6 juin 2018

Hommage à la famille Casadesus, et plus particulièrement à Gisèle Casadesus avec Caroline Casadesus, Tatiana Probst-Casadesus, Barbara Probst-Casadesus, Dominique Probst-Casadesus, Catherine Chevallier, Anne Queffélec, Aeyoung Byun, Régis Pasquier et Michel Michalakakos.

Aeyoung Byun, Régis Pasquier et Michel Michalakakos. CROISIÈRE MUSICALE : CAP VERS L’ALBANIE EN PASSANT PAR

CROISIÈRE MUSICALE : CAP VERS L’ALBANIE

EN PASSANT PAR LA SARDAIGNE, LA SICILE ET LA CALABRE

Du 16 au 26 octobre 2018

Avec Abdel Rahman El Bacha, Maki Okada, Tedi Papavrami, Marina Chiche, Suzanne Vermeyen, Les Bons Becs avec Flo- rent Héau, Eric Baret, Yves Jeanne, Laurent Bienvenu et Bruno Desmoullières.

RENSEIGNEMENTS ET INSCRIPTION

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CLASSICA

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Ont collaboré à ce numéro :

Jérémie Bigorie, Jacques Bonnaure, Vincent Borel, Guillaume Bunel, Jean-Luc Caron, Damien Colas, Jean-Noël Coucoureux, Bernard Désormières, Francis Drésel, Benoît Duteurtre, Nicolas d’Estienne d’Orves, Dominique Fernandez, Michel Fleury, Pierre Flinois, Sylvain Fort, Elsa Fottorino, Stéphane Friédérich, Xavier de Gaulle, Romaric Gergorin, Pascal Gresset, Paul Hilarion, Jean-Pierre Jackson, Xavier Lacavalerie, Maxim Lawrence, Michel Le Naour, Sarah Léon, David Loison, Pierre Massé, Antoine Mignon, Aurélie Moreau, Luc Nevers, Antoine Pecqueur, Timothée Picard, Cristiana Prerio, David Sanson, Michaël Sebaoun, Clément Serrano, Sévag Tachdjian, Éric Taver, André Tubeuf, Marc Vignal.

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VENTES AU NUMÉRO Tél. : 04 88 15 12 40 Diffusion : Presstalis

PRÉPRESSE Maury Imprimeur Imprimerie : Roularta Printing, 8800 Roeselare Imprimé en Belgique/Printed in Belgium

Dépôt légal à parution N° de commission paritaire : 1120 K 78228 N° ISSN : 1966-7892

Classica est édité par EMC2 SAS. © EMC2

ISSN : 1966-7892 Classica est édité par EMC2 SAS. © EMC2 ÉDITO N° 197 n NOVEMBRE

ÉDITO

N° 197 n NOVEMBRE 2017

CERTAINS L’AIMENT CHOC

ÉDITO N° 197 n NOVEMBRE 2017 CERTAINS L’AIMENT CHOC C ’est un rituel. Chaque dé- but

C ’est un rituel. Chaque dé- but de mois, puis chaque fin d’année, lors du bilan de ces mois écoulés, la ré- daction de Classica passe

au peigne fin des centaines de disques, reflétant la production d’environ 150 édi- teurs. Elle les trie, en éloigne bon nombre, en recense presque autant, s’enflamme pour certains, se dispute sur d’autres, dans le but de varier les plaisirs et les ré- pertoires, et de vous offrir un miroir fidèle – mais engagé – de l’actualité dis- cographique. Entre le numéro de dé- cembre 2016 et celui que vous avez entre les mains, près de 1 500 nouveautés ont été critiquées dans nos colonnes ; 98 d’entre elles se sont vu attribuer un « Choc », tandis que 31 autres macarons récompensaient des rééditions. Parmi eux, les 25 « Chocs de l’année 2017 » sélectionnés dessinent quelques lignes fortes. Du piano déjà. Comme jamais, l’instrument roi triomphe, avec

la suprématie écrasante de deux maî- tres, bien rares au disque aujourd’hui, Zimerman et Volodos, dans Schubert et dans Brahms. La jeune garde n’a pas à rougir, entre Rafal Blechacz, Alexandre Kantorow et le clarinettiste Pierre Génis- son. Sans oublier John Eliot Gardiner dont le cycle Mendelssohn bouscule

avec grâce la discographie, et, côté éditeur, Sony Classical qui rafle la mise :

avec 7 Chocs dont 3 dans ce seul numéro, c’est la preuve d’une sacrée constance artistique. Il y a enfin Erato qui donne à bâtir à la plus douée de nos jeunes chanteuses une discographie marquée du sceau de l’excellence. Oh, bien sûr, Sabine Devieilhe en est à ses débuts ! Mais, depuis son Mozart, chaque opus est aussi attendu que ses apparitions au concert ou à l’opéra. Après L’Enfant et les Sortilèges, son exquis Mirages montre combien la soprano a

SABINE DEVIEILHE A SU RÉINVENTER DES HÉROÏNES

su s’approprier et réinventer un réper- toire et des héroïnes dont notre tradition lyrique a pourtant compté de ferventes avocates, de Mady Mesplé à Natalie Dessay. En compagnie des Siècles de François-Xavier Roth, Sabine Devieilhe leur apporte fraîcheur, naturel et la mo- dernité qui leur manquait peut-être en- core : autant de qualités qui la distin- guent, avec une sorte d’évidence, « Artiste de l’année ». Bravo à elle ! u

Jérémie Rousseau

de l’année ». Bravo à elle ! u Jérémie Rousseau Retrouvez votre magazine Classica sur tablettes

Retrouvez votre magazine Classica sur tablettes et smartphones. L’application Classica est disponible sur App Store, pour les smartphones et tablettes Apple, et sur Google Play, pour les autres marques de tablettes et smartphones fonctionnant sous Android. Voir le détail page 18.

Photos de couverture: Ignacio Barrios, Felix Broede, Chris Christodoulou, Sandrine Expilly, Denis Gliksman, J. B. Millot, Piergab. Photos chroniqueurs: David Ignaszewski / Koboy. Ce numéro comporte un supplément hi-fi déposé sur la couverture sur une sélection d’abonnés.

www.classica.fr nCLASSICA / novembre 2017 n5

À ÉCOUTER / NOVEMBRE 2017

LE CD DES

CHOCS

Outre les « Chocs » de 2017, que vous trouverez dans notre dossier spécial, voici, de Marianne Crebassa à Lucas Debargue en passant par Pretty Yende, les artistes Classica du mois.

1

PLAGE
PLAGE
par Pretty Yende, les artistes Classica du mois. 1 PLAGE MESSAGER PAR SABINE DEVIEILHE ET FRANÇOIS-XAVIER

MESSAGER

PAR SABINE DEVIEILHE ET FRANÇOIS-XAVIER ROTH

Madame Chrysanthème :

« Le jour sous le soleil béni »

4’09

Extrait du CD Erato 9029576772

Tissé de féerie, le nouveau disque de Sabine Devieilhe dessine la carte d’un voyage imaginaire au bout du monde. Avec la complicité de François-Xavier Roth et Alexandre Tharaud, elle nous emmène à la découverte d’héroïnes aussi touchantes que transcendées, issues des pages de Messager, Debussy, Berlioz, Delage… Magique.

2

PLAGE
PLAGE
de Messager, Debussy, Berlioz, Delage… Magique. 2 PLAGE FAURÉ PAR PHILIPPE CASSARD Nocturne n°11, op. 104

FAURÉ

PAR PHILIPPE CASSARD

Nocturne n°11, op. 104

Extrait du CD Dolce Volta LDV32

4’13

Épaulé par Jacques Mercier à la subtile direction, le pianiste se montre dynamique et détendu mais toujours transparent, « sans rien qui pèse ou qui pose ». Dans les Nocturnes n os 1 et 2, encore marqués par le romantisme, comme dans ce n°11, tellement plus émacié mais où il convient d’éviter toute sécheresse, Philippe Cassard fait preuve d’une parfaite alliance de force et de délicatesse.

6 n CLASSICA / novembre 2017 n www.classica.fr

6 n CLASSICA / novembre 2017 n www.classica.fr PLAGE 4 3 PLAGE DEBUSSY PAR MARIANNE CREBASSA
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6 n CLASSICA / novembre 2017 n www.classica.fr PLAGE 4 3 PLAGE DEBUSSY PAR MARIANNE CREBASSA

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/ novembre 2017 n www.classica.fr PLAGE 4 3 PLAGE DEBUSSY PAR MARIANNE CREBASSA ET FAZIL SAY
/ novembre 2017 n www.classica.fr PLAGE 4 3 PLAGE DEBUSSY PAR MARIANNE CREBASSA ET FAZIL SAY

DEBUSSY

PAR MARIANNE CREBASSA ET FAZIL SAY

Trois Chansons de Bilitis :

« La Chevelure »

Extrait du CD Erato 9029576897

3’07

Après avoir exploré les aspects androgynes du répertoire lyrique dans son « Oh, Boy ! », Marianne Crebassa livre ici un passionnant panorama de la mélodie française. Sensuelles à loisir, les Chansons de Bilitis de la mezzo, très bien servie par l’accompagnement imaginatif et varié de Fazil Say, sont du niveau d’une Régine Crespin.

LISZT

PAR NATHANAËL GOUIN

Csárdás macabre, S. 224

Extrait du CD Mirare MIR354

8’10

Dès la première mesure, l’interprète installe des atmosphères macabres, morbides et dantesques, maintenues au long du disque. Voilà un piano qui raconte, imagine, vit les effrois et les brefs instants d’espoir. Il raconte jusque dans le contrepoint le plus serré et donne l’illusion de l’orchestre, celui des poèmes symphoniques. La prise de son, bien définie et charnue, est une aide précieuse.

5SCHUBERT PAR LUCAS DEBARGUE Sonate pour piano n°14, D. 784 : Allegro vivace Extrait du

5 SCHUBERT PAR LUCAS DEBARGUE Sonate pour piano n°14, D. 784 : Allegro vivace Extrait du

SCHUBERT

PAR LUCAS DEBARGUE

Sonate pour piano n°14, D. 784 : Allegro vivace

Extrait du CD Sony Classical

88985465632

4’49

Dans cette Sonate en la mineur, Debargue convie l’orchestre à évoquer, ici La Grande Symphonie, là Mendelssohn et Bruckner. Entre vivacité inquiétante et ruptures abruptes, le finale sidère. Intemporelle, l’œuvre touche en plein cœur.

9sidère. Intemporelle, l’œuvre touche en plein cœur. BACH PAR CHRISTIAN TETZLAFF Sonate pour violon n°2, BWV

sidère. Intemporelle, l’œuvre touche en plein cœur. 9 BACH PAR CHRISTIAN TETZLAFF Sonate pour violon n°2,

BACH

PAR CHRISTIAN TETZLAFF

Sonate pour violon n°2, BWV 1003 : Andante

Extrait de l’album Ondine ODE 1299-2D

501

Pour cette troisième visite aux Sonates et Partitas pour violon seul, le violoniste livre une interprétation intense et singulière, aérienne, d’une rare spontanéité. À ne pas manquer.

6aérienne, d’une rare spontanéité. À ne pas manquer. DONIZETTI PAR PRETTY YENDE ET GIACOMO SAGRIPANTI Lucia

aérienne, d’une rare spontanéité. À ne pas manquer. 6 DONIZETTI PAR PRETTY YENDE ET GIACOMO SAGRIPANTI

DONIZETTI

PAR PRETTY YENDE ET GIACOMO SAGRIPANTI

Lucia di Lammermoor :

« Spargi d’amaro pianto »

Extrait du CD Sony Classical

88985430152

4’14

Cette authentique belcantiste est une superstar en devenir. Outre les plus grandes qualités vocales, et malgré sa jeunesse, sa maîtrise technique, évidente dans ce « Spargi d’amaro pianto » est à couper le souffle.

7ce « Spargi d’amaro pianto » est à couper le souffle. MOZART PAR JUAN DIEGO FLOREZ

ce « Spargi d’amaro pianto » est à couper le souffle. 7 MOZART PAR JUAN DIEGO

MOZART

PAR JUAN DIEGO FLOREZ ET RICCARDO MINASI

Don Giovanni :

« Dalla sua pace »

Extrait du CD Sony Classical

88985430862

4’20

Au long de vingt ans d’une carrière au sommet, Flórez a toujours chanté Rossini avec une rigueur mozartienne. Ce n’est que justice que de l’entendre aborder Mozart avec la science consommée du belcantiste. La grâce pure.

BONUS : LES RÉÉDITIONS

du belcantiste. La grâce pure. BONUS : LES RÉÉDITIONS 10 BACH PAR PHILIPPE HERREWEGHE ET LE

10

du belcantiste. La grâce pure. BONUS : LES RÉÉDITIONS 10 BACH PAR PHILIPPE HERREWEGHE ET LE

BACH

PAR PHILIPPE HERREWEGHE ET LE COLLEGIUM VOCAL DE GAND

Oratorio de Pâques BWV 249 :

« Kommt, eilet und laufet » 5’10

Extrait du coffret Harmonia Mundi HMX 2908826.55

Cet oratorio illustre de belle façon le contenu de ce riche coffret, publié à l’occasion des soixante-dix ans du chef.

publié à l’occasion des soixante-dix ans du chef. 11 LALO PAR CHRISTIAN FERRAS ET WALTER SÜSSKIND

11

publié à l’occasion des soixante-dix ans du chef. 11 LALO PAR CHRISTIAN FERRAS ET WALTER SÜSSKIND

LALO

PAR CHRISTIAN FERRAS ET WALTER SÜSSKIND

Symphonie espagnole :

Finale. Rondo. Allegro.

7’19

Extrait du coffret Warner Classics

9029576308

Le son ici remastérisé restitue avec bonheur la fragilité mélancolique propre à ce grand violoniste français.

PLAGE
PLAGE

8

propre à ce grand violoniste français. PLAGE 8 CPE BACH PAR ALEXEI LUBIMOV Rondo pour clavier

CPE BACH

PAR ALEXEI LUBIMOV

Rondo pour clavier Wq. 61/4

Extrait du CD ECM 476 3652

4’34

On est pris d’emblée par la richesse et la pureté du son. Explorant méticuleusement ce répertoire, Lubimov, grâce à son piano à tangente, en restitue les moindres inflexions. On entend en toute clarté les déferlements de croches, les oppositions, les ruptures. Magistral.

RETROUVEZ CHAQUE MOIS LES CHOCS DE

RETROUVEZ CHAQUE MOIS LES CHOCS DE

CLASSICA

CLASSICA

En écoute et à prix vert à la Fnac du 1 e r au 30

En écoute et à prix vert à la Fnac du 1 er au 30 novembre. Sur Radio Classique tous les jours de 9 h 30 à 18 h.

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RMN-GRAND PALAIS (MUSEE D’ORSAY) / TONY QUERREC

ZOOM

PLUS PRÈS DES ÉTOILES AVEC DEGAS

Le peintre impressionniste a su capter l’élégance des ballerines, la beauté de leur art et son prix, la souffrance. Du 28 novembre 2017 au 25 février 2018, le musée d’Orsay le met à l’honneur avec l’exposition « Degas Danse Dessin ».

MUSÉE D’ORSAY DIST. RMN- GRAND PALAIS / PATRICE SCHMIDT
MUSÉE D’ORSAY DIST. RMN- GRAND PALAIS / PATRICE SCHMIDT
RMN-GRAND PALAIS (MUSEE D’ORSAY) / ADRIEN DIDIERJEAN
RMN-GRAND PALAIS (MUSEE D’ORSAY) / ADRIEN DIDIERJEAN

AMY T. ZIELINSKI

ACTUALITÉS

JEAN-MARC LUISADA

Un retour capital!

Il nous avait manqué. Le grand pianiste français revient enfin sur scène à Paris. Il se produira salle Gaveau le 14 décembre. Ses nouveaux credo :

pudeur et simplicité.

ous sommes chez vous, dans le 16 e arrondis- sement de Paris, où vous vous êtes installé après avoir quitté la place des Vosges. Ce lieu est chargé d’histoire…

Je suis entré pour la première fois dans cet appar- tement à neuf ans et je l’ai « fréquenté » jusqu’à

mes vingt ans. C’était celui de Denyse Rivière à qui je dois tout. Elle était la collaboratrice et la muse de mon maître, Marcel Ciampi. C’est elle qui m’a inculqué un art romantique avec un goût parfait, une simplicité et beaucoup de rigueur. C’est ici, par exemple, que j’ai rencontré la soprano Gabrielle Ritter- Ciampi, la sœur de mon maître et la plus grande Pamina de l’histoire de la musique. Quand je suis revenu dans ce lieu il y a quatre ans pour y emménager, j’y ai trouvé plein de fantômes. Je sens que des personnes passent. La place des Vosges, j’y suis resté dix-sept ans. Je ne supportais plus le snobisme qui y régnait.

N

10 n CLASSICA / novembre 2017 n www.classica.fr

Le Marais s’est englué dans la superficialité avec des soi-disant amateurs d’art qui, en réalité, n’aiment que l’argent. Ici, la popu- lation est adorablement snob. Et, surtout, je n’ai jamais aussi bien travaillé que dans cet appartement où je trouve la sérénité après avoir connu des années bien difficiles.

Pourquoi toute une décennie hors des circuits de concerts parisiens ?

Je l’ignore et je ne me l’explique pas. Cela fait dix ans que je n’ai pas joué à Paris, dans des salles officielles. Mes derniers concerts dans la capitale avaient été organisés par Jeanine Roze. Elle m’avait permis de présenter des films au cinéma Le Balzac situé sur les Champs-Élysées. Je proposais des Lubitsch, des Vis- conti, des films de chevet, que j’introduisais par un petit récital. J’ai même servi des plats ou des boissons que l’on voyait à l’écran pour être inventif. J’ai toujours été présent à Paris, mais pas dans les salles officielles. C’est pourquoi ce récital à la salle Gaveau est très important pour moi. Je m’y produis avec un pro- gramme exigeant : deux chefs-d’œuvre de Haydn, la Sonate opus 101 de Beethoven – il faut vieillir avec ces sonates, inépui- sables comme Bach et Mozart – et trois grands Chopin qui font partie de ma vie depuis toujours.

Quel rapport entretenez-vous avec la scène parisienne ?

Le public parisien est très cultivé, même s’il se laisse un peu embrigader par les modes qui ne sont pas les plus idéales. Je suis contre la mode. Je me reconnais dans une phrase du film La Ronde de Max Ophüls : « J’adore le passé, c’est tellement plus

AMY T. ZIELINSKI

ACTUALITÉS

â Jean-Marc Luisada interprétera Haydn, Beethoven et Chopin, le 14 décembre, à Paris, salle Gaveau. Renseignements et réservations :

www.sallegaveau.com

sûr que l’avenir et tellement plus reposant que le pré- sent. » Cela ne m’empêche pas d’aller de l’avant. Et de revenir avec un nouveau programme.

Comment avez-vous évolué depuis dix ans ?

Beaucoup de gens ne me reconnaissent plus, car j’ai gommé certains traits : mon ultra-romantisme que j’ai toujours dans mon cœur, ma grande expression… Parfois, en musique, il faut de la réserve. De ce point de vue, mes étudiants m’ont beaucoup apporté. J’enseigne depuis une dizaine d’années à l’École normale. Je répète souvent à mes élèves que leur fragilité doit devenir leur plus grande arme. Si on est trop nerveux, trop sensible, c’est un cadeau en or. Grâce à cela, on peut grandir, progresser, avoir confiance et foncer.

Comment s’est opérée votre métamorphose ?

J’ai beaucoup réfléchi. Je tends vers une certaine austérité, plus de simplicité. Je vais à l’essentiel. Aujourd’hui, je ne supporte plus aucun de mes disques, à l’exception de deux albums que je tolère encore – les Valses de Chopin, que j’ai réenregistrées en 2014, et « La Truite » de Schubert, avec le Quatuor Modigliani.

Pourquoi êtes-vous si dur avec vous-même ?

J’aspire à plus de pudeur, de simplicité. Or, il n’y a pas plus dif- ficile que la simplicité. Je cherche à atteindre l’insouciance de l’enfance. J’ai perdu ma mère il y a un an et j’en souffre encore. Les yeux de la maman se ferment et adieu l’innocence. La ten- dresse de l’enfance s’envole d’un coup. Ces émotions, je les retrouve à travers la musique. Cependant, pendant des mois, je ne pouvais plus aborder Mozart, le compositeur, justement, le plus proche de l’enfance. La moindre note me faisait fondre en larmes, même sur scène, c’était insoutenable. Aujourd’hui, je vais mieux. Je me recentre sur Beethoven, Schubert et Bach. Mais on me redemande toujours du Chopin !

Votre carrière est marquée par Chopin : lauréat du prestigieux concours en 1985, vous n’avez cessé de l’interpréter et de l’enregistrer. Aujourd’hui, quel rapport entretenez-vous avec sa musique ?

Sony souhaite depuis des années que je publie les Préludes. Jusqu’à présent, je ne m’en sentais pas prêt. C’est l’œuvre la plus difficile qui soit. Si on n’a pas saisi l’immatérialité des trois premiers, inutile de jouer le cycle. Il existe pourtant tellement de jeunes pianistes qui le choisissent pour leur premier disque ! Je ne comprends pas ; à l’exception de Pollini qui en livrait à trente ans une version magistrale, dans un style très moderne, tellement proche du cœur ! Aujourd’hui, je désire enregistrer les Davidsbündlertänze et l’Humoresque de Schumann ; deux œuvres que j’ai gravées à mes débuts – un fort bel album que je ne peux évidemment plus supporter. Ce CD sera réalisé en Allemagne au mois de janvier, pour une sortie en 2018, puis je m’attellerai aux Préludes de Chopin : il n’y a pas plus beau, plus inabordable que cette musique.

La pédagogie est au centre de votre activité. Vous enseignez

à l’École normale et intervenez pour « jejouedupiano.com »,

où votre vidéo sur le Nocturne en do dièse mineur de Chopin

a été visionnée plus de 40 000 fois. N’êtes-vous pas tenté par une émission de vulgarisation dans les médias ?

Jean-François Zygel le fait déjà admirablement. Quant à moi, la pédagogie, je la réserve à mes élèves. Il ne faut pas trop démystifier le grand maître. On ne divulgue pas ses secrets si facilement ; quand bien même certaines personnes n’arri- veraient pas à saisir l’essentiel. Sinon n’importe qui pourrait

devenir un Horowitz ou une Maria Callas. En revanche, j’envisage avec une amie une émission sur le rapport entre la musique et le cinéma. Un grand nombre de films déclenchent un amour pour telle ou telle musique.

Justement, votre passion pour le cinéma est intarissable…

J’ai travaillé avec Jeanne Moreau et Macha Méril. Je suis éga- lement un fan inconditionnel de Robert Bresson. Le regard de biche traquée d’Anne Wiazemsky dans Au hasard Balthazar me bouleverse. Le réalisateur n’hésitait pas à effectuer quatre- vingt-dix prises pour une scène de dix secondes ! Je ne peux plus écouter l’Andantino de la Sonate en la majeur de Schubert sans penser à la mort de Balthazar.

la majeur de Schubert sans penser à la mort de Balthazar. Avez-vous la même obsession de

Avez-vous la même obsession de la prise parfaite dans votre travail ?

Si je reproduis quatre-vingt-dix fois le même passage, inévita- blement, je me bloque. C’est d’ailleurs ce que je répète à mes étu- diants : refaire vingt ou trente fois un trait, c’est le meilleur moyen de ne plus jamais le réussir. Il faut qu’ils se disent : « Qu’est-ce que je veux faire entendre ? Est-ce la main gauche ? La douceur ? La tendresse du passage ? Ou aligner une suite de notes ? » Aussi je suis aujourd’hui très exigeant sur la tenue. Moi qui bougeais énormément, je suis devenu presque statique. Pour revenir à Bresson, il nourrit mon enseignement. Surtout quand un élève joue un Adagio de Mozart trop vite ou avec trop de fioritures :

un désastre ! Alors, je lui montre un plan fixe de Bresson. Rien ne se passe et tout le monde pleure. u

Propos recueillis par Elsa Fottorino

www.classica.fr nCLASSICA / novembre 2017 n11

ACTUALITÉS

ACTUALITÉS LABTOP/JEAN GUERVILLY Une reconversion bien orchestrée Après trois ans de travaux pharaoniques, le couvent

LABTOP/JEAN GUERVILLY

Une reconversion bien orchestrée

Après trois ans de travaux pharaoniques, le couvent des Jacobins de Rennes, un édifice religieux du XIV e siècle niché en plein cœur de la ville, a été transformé en un magnifique centre des congrès, avec trois auditoriums de 1 000, 500 et 300 places, 25 salles et 3 000 m 2 de surface d’exposition ou de restauration. Des concerts et opéras en perspective ? Inauguration en janvier 2018.

Opéra

Le nouvel axe New-York-Moscou

P our la première fois de leur histoire, le Metro- politan Opera de New

York et le Théâtre Bolchoï de Moscou vont coproduire des spectacles lyriques dont le point commun sera Anna Netrebko. Entre 2019 et 2022, la célèbre soprano russe inter- prétera, tour à tour aux États- Unis et dans son pays natal, les rôles-titres d’Aïda, de

Salomé et d’Elsa dans Lohen- grin. Michael Mayer mettra en scène l’opéra de Verdi, Claus Guth, lui, se chargera de Strauss, et le drame de Wagner reviendra à Phelim McDermott. Les chefs Yan- nick Nézet-Séguin et Tugan Sokhiev, respectivement direc- teurs musicaux du Met et du Bolchoï, dirigeront les forces de leur théâtre. u

12 nCLASSICA / novembre 2017 nwww.classica.fr

DÉPÊCHES

l Prodige. Le pianiste japonais Takuya Otaki, Premier Prix Blanche Selva du 12 e Concours international de piano d’Orléans, alterne récitals, masterclasses et rencontres avec le public du 7 novembre au 6 décembre, au cours d’une tournée en région Centre-Val de Loire sur le thème de « La virtuosité, du baroque au XXI e siècle ». Rens. : www.oci-piano.com l C’est la fête ! La 9 e édition d’Orchestres en fête se tiendra du 24 au

26 novembre. Trois jours

au cours desquels l’orchestre symphonique ouvre ses portes

à

tous les curieux.

l

Rendez-vous. Le salon

Musicora 2018 se déroulera du 1 er au 3 juin 2018

à la Grande Halle

de la Villette de Paris.

l Vainqueur. Ben Glassberg,

vingt-trois ans, a remporté toutes les récompenses

du 55 e Concours international des jeunes chefs d’orchestre de Besançon.

l Nommé. Semyon Bychkov

sera le prochain directeur musical de la Philharmonie tchèque.

PROGRAMME 2018

PROGRAMME 2018 Découvrez nos croisières musicales 2018 sur les plus beaux fleuves d’Europe en compagnie d’artistes
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Du 4 au 12 avril 2018
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sur les rives de l’Elbe, de Prague à Berlin
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dont Dominique Merlet et Ariane Jacob
au piano et Sophie Wallez au violon.
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19 h et le samedi de 9 h 30 à 13 h - Crédits photos : © Shutterstock - Création graphique : www.oceanografik.com
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Mme M.

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Elbe (avril 2018)

Danube (juin 2018)

Rhin (sept. 2018)

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classica-1711 Vous voyagez ❑ seul(e) ❑ en couple Oui, je bénéficierai d’un prix spécial (-200

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HUGO PONTE/ONL

ACTUALITÉS

LÉO WARYNSKI

Le jeune chef qui monte

Fondateur du chœur Les Métaboles, il est aussi directeur musical de l’ensemble Multilatérale. Un artiste charismatique en pleine ascension.

ous avez la spécificité d’être à la fois chef de chœur et chef d’orchestre. D’où vient ce double intérêt ?

Ce sont deux aspects que j’ai intégrés dès l’enfance. Pendant huit ans, j’ai fait partie de la maîtrise de Colmar, tout en apprenant

le violoncelle. Lorsque nous avons chanté la Damnation de Faust de Berlioz, j’ai été fasciné par le métier de chef d’orchestre. Au Conservatoire de Paris, je suis entré dans la classe de direction de Pierre Cao et de François-Xavier Roth. Ce dernier nous incitait à rester vigilants au début de notre carrière : aujourd’hui, on demande aux artistes d’être polyvalents, de passer d’un

orchestre à l’autre. Il faut se méfier de la starification des jeunes chefs et savoir rester soi-même. François-Xavier m’a aussi transmis le goût de l’entrepreunariat.

Vous avez d’ailleurs fondé en 2010 votre chœur profession- nel, Les Métaboles…

Je souhaitais que ce chœur soit dédié à la création et à la musique du XX e siècle. Depuis trois ans, je suis également directeur musical de l’ensemble Multilatérale. Et, dans les deux cas, je mesure l’importance de la dimension « chef d’entreprise ». Aujourd’hui,

V

14 n CLASSICA / novembre 2017 n www.classica.fr

un chef ne peut plus être retranché dans sa bulle musicale. La ges- tion d’une équipe administrative, des relations humaines est primordiale. Multilatérale est dédié au contemporain. J’apprécie particulièrement le contact avec les compositeurs vivants. J’ai découvert Olga Neuwirth en dirigeant l’Ensemble intercontem- porain : un de mes grands coups de cœur ! Mais il m’est essentiel de me confronter aussi au grand répertoire.

Quels seront les temps forts de votre saison ?

Au mois de novembre, je ferai mes débuts avec l’Orchestre de l’Opéra de Rouen. Puis l’opéra La Passion selon Sade de Bussotti sera repris au Théâtre de l’Athénée. Un spectacle qui donne un coup de fouet ! En décembre, nous proposerons, avec Les Méta- boles, un concert de Noël très germanique au Collège des Ber- nardins de Paris. Côté création, en mai prochain, j’interpréterai un opéra de Francesco Filidei et, en juillet, je participerai à mon premier Festival d’Aix-en-Provence, avec la création de Seven Stones d’Ondrej Adámek, une partition déroutante, sans orchestre. J’aime tout autant l’opéra que le symphonique, c’est pourquoi à terme, mon rêve serait d’obtenir un poste fixe à la tête d’une institution qui me permettrait de faire les deux ! u

Propos recueillis par Elsa Fottorino

ACTUALITÉS

Vichy

TRÉSORS

DÉVOILÉS

La collection d’archets de Bernard Millant fait l’objet d’une vente aux enchères le 29 novembre.

C ’est un événement qui fera date: la vente d’une grande partie de la très prestigieuse collection

d’archets et d’instruments de Bernard Millant, décédé en avril dernier, se tiendra le 29 novembre à Vichy. Un trésor caché enfin révélé au grand jour. Outre sa qualité de luthier et d’archetier, Bernard Millant était connu comme l’un des plus grands experts mondiaux

était connu comme l’un des plus grands experts mondiaux dans ce domaine. Il était d’ail- leurs

dans ce domaine. Il était d’ail- leurs l’un des coauteurs de

L’Arc he t, vér itable bible p our les amateurs et les collection- neurs. Et il est peu de dire que sa collection suscite toutes les convoitises. Il possédait en effet de rares spécimens français du

XIX e siècle signés Tourte, Pec-

catte, Persois… Il faut savoir

que la France est aux archets

ce que l’Italie est aux Stradiva- rius. Comme pour ces derniers,

leur cote n’a cessé de grimper ces dernières années pour frô- ler les 145 000 euros. En 2017, les prix devraient à nouveau vibrer dans l’aigu. Mais la vraie valeur de ces joyaux de l’arti- sanat français est ailleurs : à en croire nombre de musi- ciens, ces archets transfigurent la sonorité d’un instrument. Un supplément d’âme que les copies modernes ne sau- raient égaler. u E. F.

CLASSICA Alain Christian Francis Drésel Lionel Esparza Marie-Aude LES COUPS DE R n°196 Duault Merlin
CLASSICA
Alain
Christian
Francis Drésel
Lionel Esparza
Marie-Aude
LES COUPS DE
R
n°196
Duault
Merlin
(Radio
(France
Roux
(France 3)
(Le Figaro)
Classique)
Musique)
(Le Monde)
Schubert : Sonates
Krystian Zimerman
DG
RRR
RRR
RR
RRR
RRR
RRR
Sibelius : Œuvres pour piano
Leif Ove Andsnes
Sony
RRR
RRR
RRR
RR
RRR
Haydn, Mozart : Concert de la Loge,
J. Chauvin, J. Taylor
Aparté
RRR
RRR
RR
RR
RR
RRR
Beethoven : Sonates pour violon
et piano Tedi Papavrami, F.-F. Guy
Evidence
RR
RRR
RR
RRR
RRR
RR
Schumann : Œuvres pour piano
Dana Ciocarlie
La Dolce Volta
RRR
RRR
R
RRR
RR
RR
Chopin Evocations
RR
RRR
RR
RR
RRR
RR
Daniil Trifonov
DG
Tchaïkovski : Manfred
Orch. philh. tchèque, S. Bychkov
Decca
R
— RR
R
RR
RR
Mendelssohn
RR
— RR
RR
RR
Philippe Cassard
Sony
Nous aimons…
R un peu RR beaucoup
RRR
passionnément x pas du tout
– n’a pas écouté

16 n CLASSICA / novembre 2017 n www.classica.fr

TOP

16 n CLASSICA / novembre 2017 n www.classica.fr TOP Voici le classement des 10 meilleures ventes

Voici le classement des 10 meilleures ventes à la FNAC entre les 1 er et 7 octobre 2017 (hors compilations).

entre les 1 e r et 7 octobre 2017 (hors compilations). ALEXANDRE THARAUD 1 Barbara ERATO

ALEXANDRE THARAUD

1 Barbara

ERATO

MARIA CALLAS 2 La Passion de la scène

WARNER

JONAS KAUFMANN
3

L’Opéra

SONY

4 TCHAÏKOVSKI

Nemanja Radulovic

DG

5 SCHUBERT

Krystian Zimerman

DG

6 SIBELIUS

Leif Ove Andsnes

SONY

CARMEN 7 Film de Francesco Rosi resmatérisé

DVD FOX PATHE EUROPA CNT

BRAHMS, KHATCHATOURIAN…

8 Camille et Julie Berthollet

WARNER

9 CRAZY GIRL CRAZY

Barbara Hannigan

ALPHA

BACH

10 ONDINE

Christian Tetzlaff

ARTISANAT D’ART – Marie Grillo, maître verrier

MUSIQUE - Sasha Bol dachev, harpi ste

HANDICAP - Charlotte Desmousseaux, libraire

Handicap & Musique : © Jean-Marc Tingaud / Artisanat d’art : © Alison Wynn

: © Jean-Marc Tingaud / Artisanat d’art : © Alison Wynn 25 ANS D’ESPRIT D’ENTREPRENDRE La
: © Jean-Marc Tingaud / Artisanat d’art : © Alison Wynn 25 ANS D’ESPRIT D’ENTREPRENDRE La

25 ANS

D’ESPRIT

D’ENTREPRENDRE

La Fondation d’entreprise Banque Populaire, instrument de mécénat national des Banques Populaires, affirme son engagement en faveur de l’initiative individuelle et de la jeunesse.

En 25 ans, elle a accompagné près de 750 projets de vie de femmes et d’hommes talentueux, musiciens, personnes en situation de handicap et artisans d’art, tous animés par l’esprit d’entreprendre et ayant le goût pour l’innovation.

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ACTUALITÉS

C’est vous qui l’écrivez

ACTUALITÉS C’est vous qui l’écrivez Arrêtez de diriger ! Peut-être ai-je tort, mais je suis lassé

Arrêtez de diriger !

Peut-être ai-je tort, mais je suis lassé de constater que beaucoup (trop) de pianistes et de violonistes s’orientent parallèlement ou exclusivement vers la direction d’orchestre. Moi-même musicien amateur (à mon petit niveau !), je comprends parfaitement cette envie (qui n’en rêve pas en étant mélomane ?), mais je pense que les chefs d’orchestre (les vrais) ont tort de ne pas se protéger de cette marotte qui coûte bien des postes à des chefs vraiment formés ! Est-il normal qu’un Nicolas Sznajder, au demeurant formidable violoniste, ait déjà dirigé la Philharmonie de Berlin ? Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. J’habite à Lyon où j’ai la chance d’apprécier Leonard Slatkin : a-t-il déjà eu cette chance de diriger, sans doute pas. Mais honnêtement : combien de vraies réussites dans ces chan- gements de carrière ? Oui, Solti et quelques rares autres, d’accord. Mais Barenboim ? Eschenbach ? Uchida ? etc., etc. En même temps, ils perdent de leur talent de soliste (Barenboim, aujourd’hui moyen, sinon pire, dans les deux activités). Ne pourriez-vous pas consacrer un dossier à ce « problème » ? Un fidèle lecteur

un dossier à ce « problème » ? Un fidèle lecteur Masochisme Je vous écris ce

Masochisme

Je vous écris ce jour pour réagir à l’Humeur d’Alain Duault parue il y a quelques mois dans Classica, que j’ai relue récemment. M. Duault s’y interroge en effet: « Pourquoi donc la musique classique devrait-elle toujours se présenter cachée ? » Ou encore:

« Quel curieux masochisme préforme-t-il le cerveau de ces organisateurs qui se pensent d’astucieux communicants ? […] Pourquoi, dans la musique classique, faut-il, comme on dit au football, tirer contre son camp ? » Je ne peux m’empêcher de penser à la publicité faite pour « Viva l’opéra! », dont M. Duault est le directeur artistique, et à sa bande sonore musicale qui n’est pas de l’opéra, pas même de la musique classique. Suite au billet, je me dois de lui retourner les questions, pourriez-vous les lui transmettre?

Laurent S. (Bruxelles)

LA TRIBUNE DES CRITIQUES DE DISQUES

TOUS LES DIMANCHES, SUR FRANCE MUSIQUE, DE 16H À 18H, JÉRÉMIE ROUSSEAU PRÉSENTE « LA TRIBUNE DES CRITIQUES DE DISQUES ».

LE 5 NOVEMBRE La Tragédie de Salomé de Schmitt

LE 12 NOVEMBRE Cantate « Wachet auf » de Bach

LE 19 NOVEMBRE Concerto pour violoncelle de Dvorák

LE 26 NOVEMBRE Sonate pour piano de Dutilleux

Enregistrement en public le jeudi à 19 h au Studio 109 de la Maison de la Radio. Renseignements :

www.francemusique.fr

Maison de la Radio. Renseignements : www.francemusique.fr Sur vos tablettes D epuis septembre 2012, Classica vous

Sur vos

tablettes

D epuis septembre 2012, Classica vous est également proposé sur tablette et smart-

phone. Une application est dispo-

nible sur l’App Store pour les smartphones et tablettes Apple, et sur Google Play pour les autres marques fonctionnant sur Android. Vous y retrouverez systéma- tiquement le dernier numéro de Classica ainsi qu’un vaste choix d’anciens numéros (gra- tuit pour les abonnés).

18 n CLASSICA / novembre 2017 n www.classica.fr

Le CD Discothèque idéale

novembre 2017 n www.classica.fr Le CD Discothèque idéale Robert Casadesus joue Mozart Retrouvez chaque mois notre

Robert Casadesus joue Mozart Retrouvez chaque mois notre « Discothèque idéale », constituée d’enregistrements essentiels du répertoire classique choisis pour vous par la rédaction. Avec ce numéro: Robert Casadesus joue Mozart.

Vous pouvez obtenir ce CD au tarif de 6,10 e (frais de port inclus pour la France métropolitaine ; reste du monde : 9,10 1) en adressant un courrier à :

Classica — Service abonnements 4, rue de Mouchy — 60438 Noailles Cedex.

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ZĂŵĞ ĂƵ , suite d’Hippolyte et Aricie et air d’Anacréon DŽnjĂƌƚ ŽŶĐĞƌƚŽ ƉŽƵƌ Ɖŝ ĂŶŽ ĨŽƌƚĞ Ŷ Σ Ϯϯ Ğƚ Ăŝ ƌCh’io ŵŝ ƐĐŽƌĚŝ Ěŝ ƚĞ sŝǀĂůĚ ŝ ŽŶĐĞƌƚŽ Ğƚ Ăŝƌ ^Žů Ž ƋƵ Ğů ůĂ

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L’HUMEUR

L’HUMEUR Concours DE POPULARITÉ YOBOK-IKSWEZSANGIDIVAD Retrouvez ALAIN DUAULT sur Radio Classique, tous les jours de

Concours

DE POPULARITÉ

YOBOK-IKSWEZSANGIDIVAD
YOBOK-IKSWEZSANGIDIVAD
Retrouvez ALAIN DUAULT sur Radio Classique, tous les jours de 17 h à 18 h

Retrouvez ALAIN DUAULT sur Radio Classique, tous les jours de 17 h à 18 h dans « Duault classique ».

O se lamente beaucoup ces

temps-ci sur le fait que le pré- sident de la République, après

avoir été « très populaire », soit devenu « moins populaire », que ses « sondages de popula- rité » soient en baisse ! Mais

n

l’émotion, peut prendre mille et une couleurs, mais il doit demeurer un horizon nécessaire au partage. Reste que cette popularité, elle, nécessite la fréquentation, c’est-à-dire, encore et toujours, la transmission au plus grand nombre de cette musique que, stricto

sensu, tout le monde peut (pourrait) partager. Ce qui implique un change- ment de perspective : non pas inciter les « exclus » de la culture à aller au concert, à l’opéra, au théâtre, au musée, mais faire aller la musique, l’opéra, le théâ- tre, l’art vers eux. À l’école d’abord, et par tous les moyens, de l’audiovisuel à la pratique vivante. C’est l’éternelle promesse de l’édu- cation artistique et culturelle

popularité est-elle une fin ?

Le mot, dans son dévoiement constant, nous conduit

ainsi à des aberrations : Beethoven est-il populaire ? Et Mozart l’est-il encore ? Et Schubert l’est-il plus que Chopin ? Pourquoi cette curieuse dévolution du sentiment aux chiffres ? Car on comprend bien que, pour beaucoup, une musique populaire est celle qui plaît au plus grand nombre. Or, à leurs époques respectives, ni Beethoven, ni Mozart, ni Schubert, ni Chopin n’étaient, en ce

sens, populaires ! Pourtant, l’écra-

sante majorité des artistes souhaite s’adresser au plus grand nombre.

Y aurait-il alors des recettes pour

être populaire en musique ? Je me souviens d’un directeur de programmes qui, un jour, me conseilla quand je diffusais des concertos (à une époque où la télévision commençait de délaisser

sa mission de service public), de supprimer le mouvement lent parce que, disait-il,

« c’est élitiste »… En tout état de cause, la musique

doit-elle être populaire ? Non, bien sûr, elle ne le doit pas : elle l’est si le « peuple » s’en empare pour

la faire rayonner, pour la « partager », comme

on le fait aujourd’hui sur Facebook. Qu’est-ce

alors qui crée ce consensus, cette envie d’inviter tous ceux qu’on aime à cette table savoureuse de

la musique ? La réflexion nécessaire sur les formes

a souvent pris le pas, ces dernières décennies,

sur la recherche du plaisir (qualifié même d’« obs- cène » par un compositeur contemporain à la fin des années 1980 !). C’est pourtant ce plaisir pris avec la musique qui est le chemin vers sa « popu- larité ». Bien sûr, ce plaisir, comme son corollaire

la

LA MUSIQUE N’EST POPULAIRE QUE SI LE PEUPLE S’EN EMPARE

à l’école. Il faut ensuite pouvoir prolonger au sein de la famille cet ensemencement. Pour cela, il existe un moyen que tout le monde peut partager, qui est aussi sous la responsabilité de la ministre Françoise Nyssen :

la télévision. Comment, en effet, accepter que ce vecteur potentiel d’éveil culturel soit aujourd’hui

abandonné aux comptables de la « part de marché » ? Si la télévision se veut un service public, qu’elle le prouve ! Car elle peut être un formidable outil propre à rendre la musique – et la culture en général – populaire ! Mais qu’on observe les programmes des deux grandes chaînes publiques : il n’y a plus d’émis- sions spécifiques sur la musique, l’opéra, les livres, le théâtre, la danse, l’art, à peine quelques diffusions

nocturnes d’opéras sans aucune préparation, propres seulement à satisfaire un cahier des charges relâché. Alors comme en amour – où il n’y a que des preuves d’amour –, arrêtons, quant au service public, de se contenter de discours sur la volonté de rendre la culture (et donc la musique) populaire. Il est temps d’en avoir des preuves. On les attend. u

PHOTOS : LIVIER CHARPENTIER

À NE PAS MANQUER

Le Ballet royal de la Nuit

LOUIS XIV

Événement majeur qui résonna bien au-delà du monde des arts, la création de ce ballet a marqué l’Histoire de France. En voici un écho moderne qui rend justice à la portée de l’œuvre.

O n pourrait être tenté de consi- dérer que le 23 février 1653 marque en fait le début du

règne de Louis XIV. Celui qui n’était pas encore oint de son titre (il le sera un an plus tard) dansa en effet ce soir-là le Ballet de la Nuit vêtu de l’habit du Soleil, symbole qui restera à jamais son emblème. Louis- Dieudonné n’était âgé que de quinze ans et le royaume sor- tait des ténèbres d’une guerre civile nommée la Fronde. Mazarin et Anne d’Autriche avaient eu bien du mal à mater une aristocratie rebelle afin de rétablir l’absolutisme royal. Allégorique, le Ballet de la Nuit marque donc la venue de la

lumière après les ténèbres. Il s’agit là d’un vaste ballet de cour, l’un des ancêtres de l’opéra français. Mélange de danses, de récits, de panto- mimes et de machineries, sa création convoqua le meilleur

VERSION 3.0

machineries, sa création convoqua le meilleur VERSION 3.0 des musiciens de la cour, Cambefort, Boësset, Lambert,
machineries, sa création convoqua le meilleur VERSION 3.0 des musiciens de la cour, Cambefort, Boësset, Lambert,

des musiciens de la cour, Cambefort, Boësset, Lambert, mais aussi les machines du sor- cier Torelli, maître italien des arts visuels. Parmi tous ces artistes, un jeune maître à dan- ser se fit remarquer. Il venait de quitter le service de la Grande Mademoiselle et son nom s’écrivait encore Lulli. C’est de la création du Ballet de la Nuit que date l’amitié qui liera Baptiste et Louis XIV. L’œuvre marque la fulgurante ascension d’un homme qui va vite ringardiser ses rivaux jusqu’à devenir Surintendant de la musique en affirmant son absolutisme esthétique tandis que le jeune souverain accom- plira un parcours semblable

dans le politique. Le Ballet de la Nuit est un événement aussi considérable pour les arts fran- çais que la création de l’Orfeo de Luigi Rossi en 1647. Fait surprenant, ce fut aussi la pre- mière fois que le public put assister à un spectacle de la cour en la contemplant danser une foultitude de personnages allé- goriques et picaresques. Sébastien Daucé, dans le remarquable double CD inti- tulé « Le Concert royal de la Nuit » (Harmonia Mundi) a livré une partie des musiques de cette œuvre fleuve. Il man- quait cependant une mise en scène à cette recréation. Confiée à Francesca Lattuada, elle ne s’annonce pas comme

une reconstitution mais bien comme une relecture contem- poraine. Lattuada, avec l’aide des arts circassiens, revisite le livret touffu et bouffon d’Isaac de Benserade, un poète baroque adulé par les Pré- cieuses du XVII e siècle. Et ce sont les dessins d’Olivier Char- pentier, illustrateur, peintre et décorateur, qui ont inspiré le visuel de ce spectacle conçu à l’origine autant pour éblouir que pour célébrer la propa- gande d’un nouveau règne. u

Vincent Borel

k Grand Théâtre de Caen,

du 8 au 12/11.

k Opéra royal de Versailles,

du 24 au 26/11.

k Opéra de Dijon, du 2 au 5/12.

22 n CLASSICA / novembre 2017 n www.classica.fr

BLAKE EZRA

BLAKE EZRA PHOTOGRAPHY 2015

Au Louvre

DEBUSSY À LA FÊTE

Programmation de pointe, cadre enchanteur :

ces concerts sont pleins de promesses.

U ne fois n’est pas cou- tume, la musique française est à l’hon- neur ! Le Louvre

consacre un cycle de concerts

à Debussy (du 8 au 25/11).

En son temps, le compositeur arpentait régulièrement les allées du musée. On sait com- bien l’art pictural a inspiré son œuvre, qu’il s’agisse de la célèbre Vague d’Hokusai, des toiles de Manet ou encore des artistes préraphaélites. Celui

qui sera ponctué par deux autres récitals de jeunes pia- nistes russes : celui de Denis Kozhukhin (8/11), révélé par le Concours Reine Elisabeth

dont il remporta le premier prix en 2010, et celui de Pavel Kolesnikov très remarqué pour son enregistrement des Mazurkas de Chopin (23/11). On pourra d’ailleurs en enten- dre une (Opus 30 n°4) aux côtés du Children’s Corner et des Estampes de Debussy.

du Children’s Corner et des Estampes de Debussy. qui s’était un temps envisagé peintre disait «

qui s’était un temps envisagé peintre disait « aimer les images presque autant que la musique ». Ses Images, juste- ment, on les entendra sous les doigts de l’exceptionnel pianiste britannique Stephen Hough. Également poète et compositeur, cet interprète aborde tous les répertoires avec le même degré d’inspi- ration. Il associera Debussy

à deux monuments du réper-

toire : la Fantaisie de Schu- mann et l’Appassionata de Beethoven (22/11). Le piano est assurément au centre de ce cycle Debussy,

Autre rendez-vous incontour- nable du cycle, le concert du brillant Clément Mao-Takacs qui propose des programmes toujours très construits. Avec sa formation de chambre Secession Orchestra, il inter- prétera ses propres trans- criptions du répertoire pour piano de Debussy (23/11). La musique de chambre sera également présente avec le trio

Busch (9/11) et le quatuor Van Kuijk (25/11), deux jeunes ensembles qui donneront successivement les trios et qua- tuors de Ravel et Debussy. u

Elsa Fottorino

trios et qua- tuors de Ravel et Debussy. u Elsa Fottorino TROIS MOZART SINON RIEN P

TROIS MOZART SINON RIEN

P ourquoi nous gratifier d’une nouvelle Clémence de Titus quand la produc-

tion de Willy Decker, vingt ans au compteur, n’a pas pris une ride ? Deux distributions vien- nent raviver ce spectacle péné- trant – Ramon Vargas/Michael Spyres, Amanda Majeski/Alek- sandra Kurzak, Stéphanie d’Oustrac/Marianne Crebassa :

un classique de l’Opéra de Paris, emporté par le fougueux Dan Ettinger (15/11 au 25/12). On ne se privera pas non plus du Cosi fan tutte relu par Ivan Alexandre et Marc Minkowski, dernier volet de leur trilogie

Da Ponte née à Drottningholm et repris à l’Opéra royal de Versailles (du 8 au 12/11). Au même moment, à l’Opéra- Comique, on s’amusera avec la Flûte enchantée de Barrie Kosky et du Collectif 27, dont la scénographie plonge les chanteurs dans un dispositif vidéo virtuose. Un hommage au cinéma, une façon de revi- siter Mozart avec tendresse… et un hymne à la troupe du Komische Oper de Berlin, qui investit pour cette occasion la salle Favart pour huit repré- sentations, du 6 au 14/11. u

Jérémie Rousseau

 

IL EST TEMPS DE RÉSERVER

 
 

Le retour de Mam’zelle Nitouche

C ette nouvelle production du Palazetto Bru Zane met à l’honneur Hervé, inventeur de l’opérette, supplanté dans les mémoires par Offenbach.

Mis en scène avec une verve libertaire par Pierre-André Weitz, qui réalise aussi décors et costumes et joue plusieurs rôles, cet opéra-bouffe satirique a été créé avec succès à l’Opéra de Toulon le 19 octobre sous la baguette de Jean-Pierre Haeck. Lara Neumann, Damien Bigourdan, Samy Camps et le protéiforme Olivier Py, au sommet, y réussissent

à projeter ce vaudeville

à

projeter ce vaudeville

FREDERIC STEPHAN

du travestissement dans un présent intemporel, en détruisant tout esprit de pesanteur. Ils seront

Nantes le 14, 15, 17, 19 et 20/12, avant une tournée la saison prochaine.

à

 

Romaric Gergorin

B. EALOVEGA

INGE PRADER/DG

À NE PAS MANQUER

À Paris et en régions

PIANO TROTTER

Le clavier joue les touche-à-tout et voyage partout en France, pour chanter au diapason du grand répertoire.

Q ue ce soit à Paris ou en régions, les fans de piano ont l’embarras du choix. À commen-

cer par Montpellier où Nelson Freire, le pianiste brésilien, jouera avec le Danois Michael Schonwandt et l’Orchestre national de Montpellier le Concerto pour piano n°20 de Mozart (9/11). S’il est juste- ment un grand mozartien, c’est bien Menahem Pressler. Il a enregistré tout Mozart avec le Beaux Arts Trio et, plus récemment, le deuxième volet d’une intégrale de ses Sonates pour piano. Le pianiste, qui fêtera en décembre ses quatre- vingt-quatorze ans, offrira

Haendel, Mozart, Debussy et Chopin à Bordeaux (18/11). Le talent n’a pas d’âge !

Bartók à Marseille

Pour écouter les grands concer- tos du répertoire, rendez-vous à Marseille où le pianiste Jean- Efflam Bavouzet interprétera le Premier de Bartók et à Lyon où Nicholas Angelich donnera le Concerto pour la main gauche de Ravel avec l’Orchestre natio- nal de Lyon et Lionel Bringuier (18/11). Le même soir, à Paris, le pianiste islandais atypique, Vikingur Olafsson, se produira au couvent des récollets dans Bach et Philip Glass. Autre

Notes d’Automne

DES NOTES ET DES LETTRES

Q uel est le lien entre San- drine Bonnaire, Daniel Mesguich et Patricia Peti-

bon ? A priori aucun, sinon que tous ces artistes seront réunis au Perreux-sur-Marne (94) pour la 9 e édition du fes- tival Notes d’Automne qui se déroulera du 13 au 19/11. La manifestation dirigée par le pianiste Pascal Amoyel revendique volontiers sa colo- ration littéraire. En concert d’ouverture, la soprano Patri- cia Petibon (photo) sera accom- pagnée de la pianiste Susan Manoff pour interpréter des mélodies de Poulenc, Falla, Britten… (13/11). De son côté, le violoniste Chris- tophe Giovaninetti partagera

la scène avec le pianiste Michael Levinas pour jouer des œuvres de Brahms et… Nietzsche dont les textes

jouer des œuvres de Brahms et… Nietzsche dont les textes 24 n CLASSICA / novembre 2017

24 n CLASSICA / novembre 2017 nwww.classica.fr

textes 24 n CLASSICA / novembre 2017 n www.classica.fr découverte : le pianiste Julien Brocal, protégé

découverte : le pianiste Julien Brocal, protégé de Maria-João Pires, avec qui – original – il partagera un récital à la Phil- harmonie de Paris, entre œu- vres pour piano seul et pour quatre mains. Schubert tiendra le rôle-titre (13/11). Le Théâtre des Champs-Élysées accueille un monstre sacré du clavier, Evgeny Kissin, pour un pro- gramme à sa mesure : la Sonate « Hammerklavier » de Beetho- ven et les Préludes de Rachma- ninov. On reste en Russie avec Lilya Zilberstein qui présen- tera, à l’Auditorium de Radio

seront lus par le comédien Arnaud Giovaninetti (14/11). À noter également, la présence du pianiste François-René Duchâble qui poursuit sa car- rière « alternative » et se pro- duira avec des pièces du réper- toire romantique (Chopin, Schumann, Berlioz), ponc- tuées par des lectures berlio- ziennes d’Alain Carré (16/11). Sandrine Bonnaire lira, quant à elle, des pages de Duras e- ntre deux sets d’improvisation d’Erik Truffaz et de Marcello Giuliani (17/11). On retrou- vera bien sûr la violoncelliste Emmanuelle Bertrand en compagnie de Pascal Amoyel au cours de plusieurs concerts (18 et 19/11). u E. F.

France, une soirée 100 % russe :

Sonate n°1 de Chostakovitch, Moments musicaux de Rach- maninov… Un récital qui promet d’être pyrotechnique (5/11). Au même endroit, le flamboyant Jean-Yves Thi- baudet proposera le Concerto n°2 pour piano de Liszt. Il exé- cutera cette pièce aux côtés de l’Orchestre national de France et d’Emmanuel Krivine. Une alliance prometteuse (16/11) ! Pour tous ceux qui ne seront pas du voyage, le concert sera retransmis en direct sur France Musique. u E. F.

HAPPY

BIRTHDAY,

LENNY !

C ’est le 60 e anniversaire de la création de West Side Story de Bernstein

cette année. Cela n’a pas échappé à Jean-Luc Choplin qui en fait l’un des rendez-vous majeurs de la Seine Musicale cet automne (12/10 au 12/11). Trente-trois représentations sont prévues pour ce Roméo et Juliette des temps moder-

nes. Cette production de Michael Brenner, qui a été jouée plus de 1 500 fois dans le monde entier, a l’avantage de présenter la chorégraphie d’origine de Jerome Robbins. Let’s dance ! u E. F.

ACTES SUD Des livres pour aimer les grands musiciens, découvrir leur vie, leur œuvre. Alain

ACTES SUD

ACTES SUD Des livres pour aimer les grands musiciens, découvrir leur vie, leur œuvre. Alain Duault

Des livres pour aimer les grands musiciens, découvrir leur vie, leur œuvre.

Alain Duault Johann Strauss le père, le fils et l’esprit de la valse ACTES SUD
Alain Duault
Johann Strauss
le père, le fils et l’esprit de la valse
ACTES SUD

À Vienne, la valse a un nom : Strauss !

ACTES SUD

Johann Strauss le père, le fils et l’esprit de la valse ACTES SUD À Vienne, la

P. DE GOBERT / LA MONNAIE

I TOUR D’EUROPE 2017-2018 I LES INCONTOURNABLES

Dossier réalisé par Elsa Fottorino, Michel Le Naour et Jérémie Rousseau

Belgique

DES SOMMETS DE MUSIQUE

Cette saison, le « plat pays » accueille plusieurs spectacles d’exception à Bruxelles, Liège et Bruges.

A quelques encablures de notre Hexagone, la Belgique incite à la découverte de tout un pan du répertoire musical. Le Théâtre de la Monnaie de

Bruxelles, flambant neuf après deux ans de travaux (photo), présente Lucio Silla, un opéra seria de jeunesse de Mozart, qui préfigure Idoménée. Dans un décor contemporain mêlant illusion et réalité, l’Allemand Tobias Kratzer et le chef Antonello Manacorda relèvent le défi, servi par un plateau vocal de toute beauté avec Jeremy Ovenden, Lenneke Ruiten et Anna Bonitatibus (29/10 au 15/11).

Délices liégeois

À Liège, l’Opéra royal de Wallonie s’associe à La Fenice de Venise pour cinq représentations de La Favorite de Doni- zetti. Dans le rôle-titre, la mezzo-soprano italienne Sonia Ganassi rivalisera de prouesses belcantistes, en compagnie de Celso Albelo en novice et de Mario Cassi en roi Alphonse XI, sous la baguette experte de Luciano Acocella (16 au 28/11). Autre institution de la ville wallonne, la vénérable Philharmonie de Liège n’a rien à envier aux plus grandes salles de concert. Christian Arming, nommé directeur musical de l’Orchestre royal en 2011, se confronte à la Neuvième Symphonie de Beethoven avec les solistes et les forces chorales venus de Bonn (10 et 12/11), puis se met au service du pianiste canadien Jan Lisiecki dans le Concerto de Grieg (17/11). Aux côtés de la même phalange, le chef belge Patrick Davin accompagne Pierre Génisson dans le Concerto pour clarinette d’Éric Tanguy, avant d’attaquer l’inventive Quatrième Symphonie de Beethoven (24/11).

l’inventive Quatrième Symphonie de Beethoven (24/11). La Concertzaal du Concertgebouw de Bruges reçoit

La Concertzaal du Concertgebouw de Bruges reçoit l’Orchestre symphonique de Bochum, sous la direction de Steven Sloane, pour le War Requiem de Britten (10 et 11/11), puis le légendaire Orchestre Hallé, mené par sir Mark Elder, dans la Septième Symphonie de Dvorák, avec Sabine Meyer en soliste dans le Concerto pour clarinette de basset de Mozart (25/11). Autre actualité, l’exécution de la puissante

symphonie Erewhon d’Hugues Dufourt (1977) pour six percussions (15/11) et des pages de Peter Eötvös, Tan Dun, Leo- nard Bernstein jouées par le célèbre per- cussionniste Martin Grubinger aux côtés de l’Orchestre symphonique d’Anvers (18/11). Plus intime, la salle de musique de chambre convie le marimba dans tous ses états (Variations Goldberg transcrites pour cet instrument, 19/11). u

SDP

SDP

SDP

SDP SDP SDP Suisse et Luxembourg À PLEINS POUMONS Des affiches helvètes qui ont du souffle

Suisse et Luxembourg

À PLEINS POUMONS

Des affiches helvètes qui ont du souffle et des programmes luxembourgeois inspirés.

L ’Opéra de Lausanne propose une programmation éclectique, n’hésitant pas à jouer la carte du divertissement populaire.

Le Chanteur de Mexico sera à l’affiche en décembre avec, sur scène, l’exubérante égérie d’Almodóvar, Rossy de Palma. Passons aux choses sérieuses : l’incan- descente soprano russe Olga Peretyatko (photo) sera Amina dans La Somnambule de Bellini, puis La Donna del Lago de Rossini (avril) et Simon Boccanegra de Verdi (juin) se succéderont. La figure de Faust régnera sur la saison du Grand Théâtre de Genève : celui de Gounod (1 au 18/02), suivi des Scènes de Faust de Schumann (25/02 au 3/03) qui voisineront,

en juin, avec Don Giovanni. Sans oublier les récitals de Sonya Yoncheva (4/02) ou de Mikhail Petrenko (6/06). Le Grand Théâtre du Luxembourg mise sur le contemporain. Dans son Body- Opera, Wojtek Blecharz explore l’impact du son sur le corps (12/11), quand la com- positrice Annelies Van Parys revisite le Journal d’un disparu de Janácek (4 et 5/01). Le grand répertoire est aussi de la partie avec Un bal masqué de Verdi (17, 20 et 22/04) et Pelléas et Mélisande de Debussy : Marina Abramovic, figure majeure de l’art contemporain connue pour ses performances de l’extrême, réalise la scénographie (14 et 16/06). Si nous ne devions retenir qu’un seul rendez-vous de la foisonnante et toujours très enthou- siasmante saison de la Philharmonie Luxembourg, ce serait une rareté : la Sym- phonie n°2 de Bernstein par Krystian Zimerman et l’Orchestre philharmonique du Luxembourg (23/11). u

Del Liceuet l’Orchestre philharmonique du Luxembourg (23/11). u En mode majeur D irection la Catalogne, à Barcelone,

En mode majeur

D irection la Catalogne, à Barcelone, non pour brandir le drapeau de l’indépendance, mais pour

une escale sur La Rambla où trône le Grand Théâtre du Liceu. L’institution promet une saison prestigieuse : on notera d’emblée la présence de la star Jonas Kaufmann dans Andrea Chénier (9 au 28/03). Autre temps fort, Tristan et Isolde avec Stefan Vinke et Irène Theorin (photo), dans la production venue de Lyon, signée Alex Ollé, membre du collectif La Fura dels Baus (28/11 au 15/12). Côté italien, on goûtera à L’Élixir d’amour de Donizetti (7 au 28/01),

à L’Élixir d’amour de Donizetti (7 au 28/01), on frémira devant Attila de Verdi (6 et

on frémira devant Attila de Verdi (6 et 8/04) ou on s’enflammera pour Manon Lescaut de Puccini (7 au 22/06). Notons deux autres événements majeurs au Liceu : les débuts de William Christie avec un Ariodante en version de concert (14/03) et la première du Démon d’Anton Rubinstein

(23/04 au 11/05). u (23/04 au 11/05). u

Londres

Démon d’Anton Rubinstein (23/04 au 11/05). u Londres Domingo (15/01 au 3/03), la Carmen de Barrie

Domingo (15/01 au 3/03), la Carmen de Barrie Kosky, et pas seulement pour Gaëlle Arquez (16/02 au 16/03), un Macbeth qu’incendiera à coup sûr Anna Netrebko (25/03 au 10/04), le nouveau Lohengrin de David Alden et sa distribution digne de Bayreuth (Vogt, Opolais, Andris Nel- sons, 7/06 au 1/07) et la venue annuelle de Bryn Terfel, cette fois dans le Falstaff (photo) mis en scène par Robert Carsen (7 au 21/07). Enfin, deux chefs-d’œuvre du XX e siècle viendront rythmer cette riche saison : De la maison des morts radiographié par Warlikowski (7 au 24/03) et Lady Macbeth de Mzensk (12 au 27/04). Sachez par ailleurs que quatre cycles complets du Ring sont d’ores et déjà annoncés pour la rentrée suivante (24/09 au 2/11/2018) :

c’est loin, mais un tel périple s’organise ! u

Just amazing!

A u Covent Garden , on a commencé par Mozart (La Flûte enchantée), bifurqué sur Verdi (Les Vêpres), puis

on s’est arrêté chez Donizetti, avec une nouvelle Lucia revue par Katie Mitchell (jusqu’au 27/11). C’est Rossini qui pour- suit les festivités, la monumentale Semi- ramide faisant son retour menée par Antonio Pappano, avec Joyce DiDonato dans le rôle-titre (19/11 au 16/12). Le reste est à l’avenant, car pour chacune de ses productions, le Royal Opera met les petits plats dans les grands : on guettera le come- back de Tosca avec Angela Gheorghiu, dirigée par Plácido

PRAGUE SPRING FESTIVAL/ZDENEK CHRAPEK

LAURENT BLOSSIER

I TOUR D’EUROPE 2017-2018 I LES INCONTOURNABLES

Allemagne

DE MAIN DE MAÎTRE

Berlin, Munich ou Dresde ? Côté orchestres, le choix est cornélien !

ou Dresde ? Côté orchestres, le choix est cornélien ! E n Allemagne, on ne sait

E n Allemagne, on ne sait plus où donner de la tête, tant les program- mations sont riches et alléchantes. Arrêtons-nous – puisqu’il faut

choisir – sur les prestigieux binômes du Philharmonique de Berlin : Mariss Jansons et Daniil Trifonov dans le Concerto pour piano de Schumann (25 au 27/01), Zubin Mehta et Leonidas Kavakos dans le Concerto à la mémoire d’un ange de Berg (8 au 10/02), Simon Rattle et Daniel Barenboim dans le Premier de Bartók (22 au 24/02), Kirill Petrenko et Yuja Wang

dans le Troisième de Prokofiev (12 au

14/04), Paavo Järvi (photo) et Janine Jansen dans le Concerto pour violon n°3 de Mozart (5 et 6/05). Quant au symphonique pur, rendez-vous du 2 au 4/12 pour une Neu- vième de Mahler par Bernard Haitink. L’Orchestre philharmonique de Munich n’est pas en reste. Son chef Valery Gergiev donnera la Troisième de Brahms (27/ 01) ou le Concerto n°4 pour piano de Beetho- ven aux côtés d’Hélène Grimaud (22 au 26/02). Au programme également, le Sta- bat Mater de Dvorák par Manfred Honeck (12 au 15/04) ou le chef François-Xavier Roth et Alisa Weilerstein dans le Concerto pour violoncelle d’Elgar (20 au 22/06). Les amateurs de grande tradition germa- nique iront écouter Christian Thielemann

à la tête de la Staatskapelle de Dresde.

Il donnera notamment Un requiem alle- mand de Brahms pour fêter les deux cents ans du chœur du Semperoper. Le pia-

niste russe Denis Matsuev y interprétera,

à l’occasion de sa résidence, plusieurs

concertos : Liszt (18 au 20/05) et Chosta- kovitch (21/06). Myung Whun Chung, chef principal invité, offrira la Quatrième Symphonie d’Arvo Pärt, lui aussi en rési- dence (14 au 16/04). u

Monte-Carlo

Dans les cimes sur le Rocher

L e chef japonais Kazuki Yamada signe sa deuxième saison comme direc- teur musical de l’Orchestre philhar-

monique de Monte-Carlo. Cette année, elle s’articule autour de la nature, source d’inspiration pour notamment Berlioz dont on entendra la Symphonie fantastique.

Elle sera précédée par le Concerto pour la main gauche de Ravel, interprété par Jean-Efflam Bavouzet (10/12). Les solistes se succéderont : la rock star du violon David Garrett dans le Concerto de Bruch (4/03) ou le harpiste en résidence Xavier de Maistre qui proposera, aux côtés de

résidence Xavier de Maistre qui proposera, aux côtés de   SDP   Un tour de Scala
 
 

SDP

 

Un tour de Scala

C e sont Monsieur et Madame Netrebko qui, le 7 décembre, auront l’honneur d’ouvrir

la nouvelle saison de la Scala de Milan avec, au menu, Andrea Chénier, répertoire qu’affectionne le directeur de la maison, Riccardo Chailly (jusqu’au 5/01). On notera en 2017-2018 une prédominance du patrimoine national, tels Simon

Boccanegra avec Leo Nucci (8/02 au 4/03), Aïda de Zeffirelli, dirigée par le vétéran Nello Santi (8/5 au 3/6), la somptueuse Francesca da Rimini de Zandonaï (15/04 au 13/05) ou Ernani

(septembre 2018). Deux événements :

le Fierrabras (photo) de Schubert selon Peter Stein, importé de Salzbourg (5 au 30/06), et le retour de l’Elektra de Patrice Chéreau par Christoph

von Dohnányi (4 au 29/11/2018). u

von Dohnányi (4 au 29/11/2018). u

Kazuki Yamada, un programme traversant le continent américain (15/06). À l’Opéra, place aux grands noms de la scène lyrique :

Roberto Alagna dans Adriana Lecouvreur de Cilea (19 au 26/11), Juan Diego Flórez (photo) dans les Contes d’Hoffmann (22 au 31/01), Ramon Vargas dans Les Brigands de Verdi (19 au 24/04), trois ténors peu coutumiers de ces rôles. Et, en invité de marque, l’Orchestre philharmo- nique de Vienne et Gustavo Dudamel donneront la Dixième de Mahler (12/01). Le plein tarif est à seulement 35 euros. Le voyage vaut le détour ! u

23 novembre 2017 à 20 h 30

Opéra national de Lorraine, grande salle

Concert Ludovic Tézier

accompagné par de jeunes talents

Direction musicale

Rani Calderon

Orchestre symphonique et lyrique de Nancy

En coproduction avec Nancy Opéra Passion

et lyrique de Nancy En coproduction avec Nancy Opéra Passion Renseignements 03 83 85 30 60
et lyrique de Nancy En coproduction avec Nancy Opéra Passion Renseignements 03 83 85 30 60

Renseignements 03 83 85 30 60 www.opeRa-national-loRRaine.fR

et lyrique de Nancy En coproduction avec Nancy Opéra Passion Renseignements 03 83 85 30 60

GORDON WELTERS

HISTOIRE D’UN LIEU

Staatsoper de Berlin

PHÉNIX LYRIQUE

Entamés en 2010, les travaux de rénovation du vénérable édifice viennent de s’achever. Malgré quatre ans de retard, le théâtre est donc prêt à reprendre du service, et à accueillir sa programmation dans des locaux flambant neufs.

accueillir sa programmation dans des locaux flambant neufs. Délocalisées, pendant la durée des travaux, au Schiller

Délocalisées, pendant la durée des travaux, au Schiller Theater, dans l’ouest de Berlin, les représentations pourront reprendre au Staatsoper Unter den Linden à partir de décembre.

Où : à Berlin (Allemagne) Quand : le 7/12, concert anniversaire des 275 ans ; les 8, 11, 12, 23, 25 et 29/12, Hänsel et Gretel de Humperdinck Renseignements :

www.staatsoper-

berlin.de

A chaque fois que l’on franchit le seuil du Staats- oper Unter den Linden de Berlin, on ne peut s’em-

pêcher d’associer cette salle d’opéra aux… chais tourangeaux de Vouvray ou de Montlouis pré- cautionneusement plantés d’un tilleul à l’entrée, histoire d’éviter le coup de bambou, après une petite dégustation trop généreuse. Bon, d’accord, ici, à Berlin, au beau milieu de cet espace aéré qui donne un peu l’impression de vivre à la campagne, les tilleuls ne sont plus qu’un souvenir, rejetés à deux pas, dans l’avenue éponyme qui a longtemps gardé son caractère pesant et silen- cieux, typique de l’atmosphère de l’ancienne Berlin-Est. Mais le

30 n CLASSICA / novembre 2017 n www.classica.fr

nom est resté – et il est tout à fait charmant : « L’Opéra d’État sous les tilleuls »… Son aventure, elle, l’est un peu moins, marquée au fer rouge par la stricte rigueur germanique et par les vicissitudes de l’Histoire.

Parcours troublé

C’est le très sévère Frédéric II, despote éclairé (?) et néanmoins très mélomane, qui diligenta sa construction, achevée en 1742. Haut lieu de l’art lyrique roman- tique – Carl Maria von Weber y créa son Freischütz (le 18 juin 1821), Giacomo Meyerbeer y régna quelque temps (à partir de 1842), comme chef puis en tant que directeur musical, et Otto Nicolai y fit triomphalement ré- sonner le caquetage de ses Joyeuses

commères de Windsor (1848) –, le bâtiment brûla ou fut détruit par trois fois, mais s’en releva tou- jours. Il demeura le fer de lance de la culture musicale berlinoise, même pendant sa sombre période nazie (1933-1945), grâce à une pépinière de grandes baguettes régulièrement invitées – pourvu qu’elles fussent de bonne race aryenne… –, et, surtout, grâce au militantisme affairé de son Generalmusikdirektor, qui n’était autre qu’un certain Herbert von Karajan (de 1941 à 1945) ! Après la guerre, qui arasa la capitale allemande, le Staatsoper fut reconstruit pierre par pierre et retrouva la forme baroque qui est toujours la sienne : portique néoclassique, salle à l’italienne, colonnades, atmosphère chic et bon genre. Des trois opéras aujourd’hui en activité à Berlin (avec le Deutsche Oper et le Komische Oper), le Staatsoper est le moins compassé et le plus magique, même quand l’audace de la programmation flirte avec la musique contemporaine. Le plus neuf, également. Il faut dire qu’il avait depuis longtemps besoin d’un sérieux « p’tit coup de frais » : fondations menaçantes, façade fissurée, machinerie obsolète, normes de sécurité hasardeuses plus du tout compatibles avec les directives européennes… Quatre années de travaux et des centaines de millions d’euros (236, officiellement) plus tard, voilà le Staatsoper Unter den Lin- den prêt à rempiler. Les impro- bables tilleuls en frissonnent déjà dans leurs frondaisons… u

Xavier Lacavalerie

RICHARD HUBERT SMITH

CARNET

CRITIQUE

DON CARLOS

(dés)enchanté

Annoncé comme l’événement de la saison à l’Opéra de Paris, ce chef-d’œuvre de Verdi bénéficie d’un cast exceptionnel. Mais pâtit d’une mise en scène impossible.

R etour aux sour- ces. En remon- tant la version originale de Don Carlos, telle qu’à sa création à la

salle Le Peletier en 1867, avec nombre de pages jusqu’alors amputées, l’Opéra de Paris ravive son patrimoine. Sans pour autant révéler le meilleur Verdi, car passées ces curiosités,

on n’a guère l’impression de redécouvrir l’ouvrage sous un jour nouveau. La faute, pro- bablement, au pensum scé- nique infligé par Krzysztof Warlikowski. « La vérité est dans l’incandescence », note son dramaturge dans le pro- gramme. Qui poursuit, sur plusieurs pages, un texte frappé au coin du bon sens sur les enjeux du chef-d’œuvre dont

on cherchera hélas en vain toute trace au cours du spec- tacle. Généralement si prompt à dénoncer l’oppression poli- tique et religieuse et à dégainer son attirail fétiche fait de dou- bles W.-C., de bidets et de lava- bos trimballés d’une produc- tion à l’autre, Warlikowski, qui disait vouloir « mettre à poil le drame de Don Carlos », semble tétanisé par son sujet :

direction d’acteurs réduite à néant, succession de tableaux vides et incohérents qui épar- pillent les cinq actes au lieu de les rassembler et de leur insuf- fler une ligne de force, et ten- dance, décidément tenace, à annihiler tous les climax et beautés de l’œuvre – la scène de l’autodafé agit comme un pétard mouillé, la rencontre terrifiante entre Philippe II et l’Inquisiteur, sommet de tout le théâtre lyrique, devient une discussion de mecs vautrés sur des fauteuils en Skaï. Le tout plongé dans une vilaine scé- nographie avec des costumes du même ordre, qui semblent avoir été choisis pour enlaidir ceux qui les portent, solistes et chœur confondus. La direc- tion de Philippe Jordan privi- légie une lecture séquentielle et reste en deçà de la passion ver- dienne ; certes, Don Carlos est un opéra créé en langue fran- çaise, mais son italianité viscé- rale réclame une fièvre et des couleurs qui manquent ici. Heureusement, la distribution tient en grande partie ses pro- messes, en premier lieu Ludo- vic Tézier et Jonas Kaufmann, le premier, toujours impres- sionnant d’autorité et de rayon- nement, et le ténor star servant avec une distinction unique ce rôle plutôt ingrat. Elina Garanca, timbre vipérin et tempérament de feu, lâche ses ressources dans Eboli, et Sonya Yoncheva, au timbre rare, tâche d’imposer à son per- sonnage la noblesse que lui refuse obstinément Warlikow- ski. Rien d’urgent à reprendre ce Don Carlos, même dans sa version italienne, comme l’annonce l’Opéra pour 2019. Mieux vaudrait ressusciter la production atemporelle, mais autrement plus percutante dramatiquement, de Graham

Vick. u

Jérémie Rouseau

DON CARLOS

de Verdi, Paris, Opéra-Bastille, le 10 octobre

A. KAISER

ARI MAGG

A. KAISER ARI MAGG Basses Terres au sommet UN JOYAU MÉCONNU T iefland (Les Basses Terres),

Basses Terres au sommet

A. KAISER ARI MAGG Basses Terres au sommet UN JOYAU MÉCONNU T iefland (Les Basses Terres),

UN JOYAU

MÉCONNU

T iefland (Les Basses Terres), opéra méconnu d’Eugene d’Albert, un compositeur alle-

mand résolument ignoré en France, gagne à être décou- vert. Ainsi, les idées reçues un rien condescendantes, qui présentent cet ancien élève de Liszt comme moins novateur que ses contemporains Mah- ler et Richard Strauss, nous paraissent être ses qualités premières. Tiefland fait partie de ces œuvres nécessaires qui font la synthèse des avancées

esthétiques de leur temps, tout en les transcendant par une homogénéisation des contrai- res. Le canevas dérive de Car- men, avec une ancienne dan- seuse de rue, impériale Mea- gan Miller, forcée d’épouser un berger naïf, Nikolai Schu- koff, une présence de tous les instants, afin que son amant et maître, potentat de la région, Markus Brück, à la plasticité vocale incarnant idéalement le démoniaque, puisse faire un mariage d’argent. La musique teintée d’un romantisme automnal bas- cule du lyrisme de Wagner au grand théâtre italien de

Poppée de chair et de sang

au grand théâtre italien de Poppée de chair et de sang UNE ÉQUIPE DE CARACTÈRE C

UNE ÉQUIPE

DE CARACTÈRE

C ostumes de ville et déca- dence urbaine, on pensait bâiller à cette vision si

commune. Mais Patrice Cau- rier et Moshe Leiser sont des briscards de théâtre qui savent tendre un propos allant de fourberies en bain de sang. Ils mettent l’accent sur le cou-

ple Poppée-Ottone, leur Néron est un névrosé sodomite et

LE COURONNEMENT

DE POPPÉE

de Monteverdi, Nantes, Théâtre Graslin, 13 octobre

la part sensible appartient aux femmes puissantes comme aux travestis (épatante Arnalta d’Éric Vignau). Deux tempé- raments s’y croisent, la pul- peuse Chiara Skerath et Rinat Shaham, incendiaire Ottavia. À rebours de la doxa baroque qui impose du falsetto par- tout, les hommes sont ténor et baryton. On se souvient quel Néron, quel Orfeo sensible fut Éric Tappy avec Harnoncourt et Corboz. Être audible, arti- culer, Elmar Gilbertsson n’y démérite pas. On applaudit le très visuel Amour de Logan Lopez Gonzalez, gâté par la scénographie. Ce contre-ténor

Verdi et Puccini, dans une attraction des contraires qui aurait fait rêver Nietzsche. Les décors sophistiqués de Kaspar Glarner, la mise en scène efficace de Walter Sut- cliffe et la direction pleine d’entrain de Claus Peter Flor permettent à ce drame sym- bolique de la corruption des basses-terres de s’élever vers les cimes d’un lyrisme véri- tablement européen. u

Romaric Gergorin

TIEFLAND

d’Eugen d’Albert, Toulouse, Capitole, le 29 septembre

d’Eugen d’Albert, Toulouse, Capitole, le 29 septembre encore adolescent est à suivre. Codirigé par Leiser à

encore adolescent est à suivre.

Codirigé par Leiser à la diction et Gianluca Capuano au reste, ll Canto di Orfeo est un outil nerveux, mais à qui manque la rondeur d’un Monteverdi

vénéneux.u

Vincent Borel

www.www.clclaassissicaca ffrr

BRAVO

La Veuve

joyeuse

l Pour sa troisième reprise,

la production de Jorge Lavelli a un peu vieilli dans

son décor austère : mais avec Thomas Hampson, l’esprit de Franz Lehár retrouve ses droits. Malgré les années, le baryton américain reste toujours aussi charismatique (Paris, Opéra-Bastille, 22/09).

Terpsichore

l La 4 e édition du festival

de Skip Sempé célèbre toujours les noces de la musique et du patrimoine. Ainsi de la salle Erard, écrin idéal pour les compositeurs vénitiens baroques qui ont trouvé dans l’Ensemble Stravagante des avocats inspirés (Paris, salle Erard, 16/09).

Cosí fan tutte

l Créée en janvier dernier,

la mise en scène d’Anne Teresa De Keersmaeker connaît une reprise vivifiante, sous la baguette alerte de Philippe Jordan qui porte une troupe de jeunes chanteurs d’une rare crédibilité (Paris, palais Garnier, 30/09).

John Eliot

Gardiner

l À la tête de ses English

Baroque Soloists, son Monteverdi Choir, le chef anglais a passé l’été à fêter les quatre cent cinquante ans de Monteverdi, avec ses trois opéras, semi-staged. Le résultat subjugue, entre l’ambitus sonore, incroyable de générosité, et les équipes vocales, quasi parfaites

(Paris, Philharmonie, 16 et 18/09).

nnCLCLAASSICASSICA // nnovovemembbrere 22017017 nn3333

PIERRE GROSBOIS

ALEKSANDAR ANTONIJEVIC

CARNET CRITIQUE

Lamento pour les femmes

ANTONIJEVIC CARNET CRITIQUE Lamento pour les femmes MERVEILLEUX RAPHAËL PICHON C omment rendre hom- mage à

MERVEILLEUX

RAPHAËL PICHON

C omment rendre hom- mage à Purcell qui a tant composé pour la scène, mais de façon si disper-

sée ? Pourquoi pas un pasticcio ? Restait à en trouver le fil conducteur. Cordelia Lynn et Katie Mitchell ont choisi de donner la parole à Miranda, la pâle héroïne de La Tempête.

MIRANDA

de Purcell, Paris, Opéra-Comique, le 27 septembre

MIRANDA de Purcell, Paris, Opéra-Comique, le 27 septembre Dans l’Angleterre de Broad- church, violente,

Dans l’Angleterre de Broad- church, violente, conflictuelle, la voici revenue demander des comptes : ne fut-elle pas violée par Caliban, n’a-t-elle pas subi des attouchements par son père, été mal mariée… Faisant croire à sa disparition, elle revient perturber ses propres funé- railles, au grand dam de Pros- pero, l’infiniment coupable.

C’est violent, féministe, appuyé, bavard même, mais cela mar- che, car sous cette intrigue affreuse, Raphaël Pichon, pui- sant aux musiques de scène, aux chants sacrés de l’Orphée britannique et d’autres contem- porains (« O Death ! Rock Me Asleep »), a tissé une trame musicale confondante de beauté, en forme de lamento

sublime. Mais si la prestation de Pygmalion est magnétique, on est à la peine quand Kate Lindsey chante Miranda à l’arraché. Henry Waddington est heureusement un Prospero de grand ton, lorsqu’Allan Clayton, monotone, déçoit, laissant à Marc Mauillon et à Katherine Watson le pre-

mier rang. u

Pierre Flinois

S e glisser dans la tête d’un artiste fou, vivre ses fulgurances, ses délires, ses égarements,

le suivre dans ses envolées, tomber dans l’abîme de son enfer intime, décoller avec lui, s’effondrer avec lui… Pour évoquer Nijinsky, le « dieu de la danse », celui qui, au début du XX e siècle, a dynamité son art tout autant que sa vie et qui a fini dans un asile, fracassé par la violence du monde, le chorégraphe John Neumeier a créé une œuvre tout aussi allumée. « Nijinsky », qu’interprétait au Théâtre des Champs-Élysées le Ballet national du Canada, est une biographie subjective, éclatée comme les facettes d’un kaléidoscope. La scène s’ouvre en 1919 sur un Prélude de Chopin : Nijinsky, magnifiquement interprété par Francesco Gabriele Frola, donne son dernier spectacle et se remémore des bribes de sa vie. Les souvenirs s’enchaînent, se troublent, se mélangent et, dans sa tête tourmentée, les personnages qu’il a interprétés se croisent comme

d a n se z

maintenant

PAR PAUL HILARION

comme d a n s e z maintenant PAR PAUL HILARION des fantômes égarés. Voici le

des fantômes égarés. Voici le Spectre de la Rose, Harlequin, l’esclave de Shéhérazade, le Faune, et puis sa femme dans sa robe rouge sang, figure triste qui le hante (superbe Svetlana Lunkina), et Serge Diaghilev, le père des Ballets russes, son mentor et son amant avec qui il danse un pas de deux éblouissant. Au deuxième acte, l’univers mental du héros se disloque à mesure que le monde s’enfonce dans l’horreur de 1914, et toutes ces ombres familières revêtues de la capote du poilu se tordent sur les notes tragiques de la Symphonie n°11 de Chostakovitch jusqu’à la prostration christique du héros. A-t-on jamais vu ballet plus foisonnant, plus exubérant ? La gestuelle de Neumeier mêle arabesques classiques et mouvements au sol débridés. On est dérouté par tant de démesure, perdu dans les références pour initiés qui truffent le ballet. Mais la performance inouïe des danseurs emporte tout. On s’extrait de ce tourbillon, hébétés, ébranlés, comme au sortir d’un rêve halluciné. u

ANNEMIE AUGUSTIJNS

STOFLETH

Le brasier Korngold

UNE DISTRIBUTION DE HAUTE TENUEANNEMIE AUGUSTIJNS STOFLETH Le brasier Korngold P asséiste face à la mo- der-nité du temps (Krenek,

P asséiste face à la mo- der-nité du temps (Krenek, Weill), Das Wunder der Heliane,

créé en 1927, n’a toujours pas retrouvé son rang face à La Ville morte : la production de l’Opéra des Flandres n’est que la cinquième depuis 1970 ! Li- vret impossible, certes, ques- tionnant sur la résurrection par l’amour, mais partition qui séduit encore, une fois le diktat du progrès linéaire ou- blié. Reste à illustrer ce Mira- cle, plus improbable encore quand, au lieu d’un Moyen

DAS WUNDER

DER HELIANE

de Korngold, Anvers, Opéra, le 8 octobre

Requiem pour l’opéra

UN PARI OSÉ ET RÉUSSIAnvers, Opéra, le 8 octobre Requiem pour l’opéra W ar Requiem configuré comme un opéra s’avère

W ar Requiem configuré comme un opéra s’avère un pari osé, un peu tiré

par les cheveux, car cette messe des morts comman- dée à Britten pour la recons- truction de la cathédrale de Coventry en 1962 est avant tout ce qu’elle est : un requiem. Pour sortir de cette tautologie,

WAR REQUIEM

de Britten, Lyon, Opéra, le 9 octobre

WAR REQUIEM de Britten, Lyon, Opéra, le 9 octobre Âge de convention, le couple royal devient

Âge de convention, le couple royal devient un rancher et son épouse, avec, pour palais, un wagon à bestiaux installé au milieu du Far West. David Bösch, à qui l’on doit les su- blimes Gezeichneten de Lyon, n’a trouvé ici ni inspiration, ni élévation, mais un pro-

le metteur en scène Yoshi Oida dispose à gauche de la scène des petits chanteurs dans une classe où la chef de chœur, transformée en nonne maîtresse d’école, leur ensei- gne la catastrophique Pre- mière Guerre mondiale, mais la Seconde affleure aussi. Au milieu, le ténor Paul Groves et le baryton Lauri Vasar, tout en intensité et en souplesse vocale, incarnent deux soldats britanniques et allemands interprétant en anglais les poèmes poignants de Wilfred Owen, mort au combat en 1918. Une veuve éplorée, la soprano Ekaterina Scher- bachenko, compensant des défaillances vocales par une présence scénique pertinente dans le pathos, et les chœurs,

saïsme en forme de hiatus ab- solu. Reste la partition, qu’Alexander Joel porte haut dans sa somptuosité, mais sans lui trouver un ton ravageur avant la moitié de l’acte II, quand le lyrisme de Korngold éclate enfin. Ian Storey impose un Étranger perturbateur et

véritable personnage princi- pal, complètent en latin cette déploration magistrale de la guerre, sous la baguette du nouveau chef permanent de l’Opéra de Lyon, le dynami- que et précis Daniele Rustioni.

miraculé en Heldentenor in- contestable, Tómas Tómasson fait du Roi une boule de nerfs et un foyer de notes sombres, et Ausrine Stundyte, sans avoir les moires d’aigu d’une Lotte Lehmann, est aussi parfaite de présence que de chant. u

P. F.

Les décors de Tom Schenk, mélange de numérique et d’archaïque, avec une touche expressionniste, servent idéa- lement cette transsubstantia- tion d’un requiem en opéra. u

R. G.

lement cette transsubstantia- tion d’un requiem en opéra. u R. G. www.classica.fr n CLASSICA / novembre

JB MILLOT

CARNET CRITIQUE

JB MILLOT CARNET CRITIQUE MON ŒIL! Par Nicolas d’Estienne d’Orves OFFENBACH À BOBOLAND E videmment, on

MON

ŒIL!

Par Nicolas d’Estienne d’Orves

OFFENBACH À BOBOLAND

E videmment, on pouvait craindre : est-il pertinent

de transposer La Vie parisienne dans le Paris

de 2017 ? La réponse est oui ; car l’œuvre,

sa musique, son esprit, sa réalité intérieure sont

ici respectés et célébrés. Lorsque le trio infernal

Offenbach-Meilhac-Halévy décide de créer cet opéra massacre en 1866, il entend tirer à boulets rouges sur les vanités de son temps. Faux aristocrates, milliardaires brésiliens, fils de famille, lorettes, cocottes : chacun en prend pour son grade. Et le public afflue, trop heureux de se voir moqué sur la scène du Théâtre du Palais-Royal. Le metteur en scène Vincent Huguet remplace les Parisiens du Second Empire par ceux d’aujourd’hui : bobos, hipsters, clochards, touristes, putains, grévistes, fashionistas, et la mayonnaise prend à merveille. Les gares sont en travaux, on dîne sur des rooftops, les rues s’embouteillent à loisir :

le Paris des années Hidalgo est ici tel qu’en lui-même, mais jamais le trait n’est forcé. Tout juste pinaillera-t-on sur quelques « liftings » du texte qui sonnent un peu faux, mais c’est là péché véniel, car le public passe un délicieux moment et se gondole de rire ! Les décors d’Aurélie Mestre, les gouleyants costumes de Clémence Pernoud et les chorégraphies piquantes de Kader Attou (pas de cancan, enfin !) sont au diapason d’un spectacle roboratif. Dans la fosse, Marc Minkowski dirige « son » Offenbach avec l’alacrité et la passion qu’on lui connaît. La distribution jeune et intégralement francophone joue et chante avec un plaisir manifeste. La vis comica de Jean-Paul Fouchécourt et de Marc Barrard est joyeusement exploitée. Philippe

Talbot et Enguerrand de Hys sont juvéniles comme l’exigent leurs rôles. Marie-Adeline Henry est une Métella catin à souhait et la baronne d’Aude Extremo atteint une vraie intensité dramatique dans son grand air, où l’on comprend qu’elle a été violée… L’ensemble du cast est dominé par la Gabrielle d’Anne-Catherine Gillet. La soprano belge prouve une fois de plus que ce registre est fait pour elle :

élégance du chant, diction parfaite, technique impeccable, présence comique, sans jamais surjouer ses effets. Son talent sait défendre ce qu’est ce répertoire:

de la grande musique. Une bonne, belle et heureuse soirée. Feu partout! (Opéra de Bordeaux, 26/09) u

Nicolas d’Estienne d’Orves est écrivain, journaliste au Figaro et au Figaro Magazine.

écrivain, journaliste au Figaro et au Figaro Magazine . Paris Instantanés symphoniques Les orchestres en résidence

Paris

Instantanés

symphoniques

Les orchestres en résidence ou invités se sont montrés sous leurs plus beaux atours.

V ive la jeunesse à la Phil- harmonie avec la venue du chef israélien Lahav Shani (vingt-huit ans),

adoubé par Barenboim, et du violoncelliste Edgar Moreau (vingt-trois ans) ; tous deux ont fait leurs débuts à l’Orches- tre de Paris dans des œuvres très exposées. Sonorité enve- loppante et archet fluide du soliste français dans le Concerto n°1 de Chostakovitch, qui man- que pourtant d’arêtes, y com- pris dans l’accompagnement assez détaché. En revanche, la Symphonie « Pathétique » de Tchaïkovski, sous une battue élégante et précise, prend du coup transparence et clarté, à mille lieues de tout pathos (20/09). Dans la même salle, sir Simon Rattle, avec le Lon- don Symphony Orchestra, a rendu aux trois ballets de Stravinsky (L’Oiseau de feu, Petrouchka, Le Sacre du Prin- temps) toute leur diversité de couleurs. Face à une phalange qui s’adapte à n’importe quelle situation, il a offert des versions de luxe non dénuées de vio- lence et d’expression, qui gar- dent en mémoire la dimension chorégraphique (22/09).

À l’Auditorium de Radio France, l’Orchestre national, tenu de main de maître par son nouveau directeur musical

Emmanuel Krivine, a brillé de

tous ses feux lors d’un concert captivant. Les Variations sur un thème de Paganini de Boris Blacher, qui mériteraient d’être davantage jouées, furent enle- vées avec une énergie robora- tive, comme le Concerto en sol de Ravel, chauffé à blanc par Martha Argerich, et d’une poé- sie ineffable dans l’Adagio cen- tral. En seconde partie, Shéhé- razade de Rimski-Korsakov a débordé de liberté et d’imagi- nation avec, en prime, le violon sensuel de Sarah Nemtanu lors de ses interventions à décou- vert (5/10). Au TCE, « L’Empe- reur » de Beethoven a bénéficié de la prestation flamboyante, dense et engagée du pianiste François-Frédéric Guy en totale osmose avec Douglas Boyd et ses musiciens de l’Orchestre de chambre de Paris. La même formation a fait preuve de clas- sicisme dans la Musique pour cordes, percussions et célesta de Bartók, mais n’a pas pénétré le tréfonds d’une âme déses- pérée (21/09). Michel Le Naour

TOUTE LA MUSIQUE QUE J’AIME PAR BENOÎT DUTEURTRE BENOÎT DUTEURTRE EST ÉCRIVAIN. SON DERNIER OUVRAGE,

TOUTE

LA

MUSIQUE

QUE

J’AIME

PAR

BENOÎT

DUTEURTRE

BENOÎT DUTEURTRE EST ÉCRIVAIN. SON DERNIER OUVRAGE, « POURQUOI JE PRÉFÈRE RESTER CHEZ MOI », EST PARU CHEZ FAYARD.

Vladimir Jankélévitch

UNE IDENTITÉ FRANÇAISE

Dans un ouvrage de textes inédits, le philosophe d’origine russe clame son amour à son pays d’adoption et à sa musique.

L es regrets que je formule parfois, ici même, quant à l’oubli de pans entiers de la musique française, pourraient s’étendre à d’autres domaines et, notamment, à une certaine tradition philosophique propre à ce pays où

les penseurs étaient aussi des écrivains. On ne

parle plus guère aujourd’hui de Bergson, d’Alain

et moins encore de Bachelard qui m’enchantait,

adolescent, par ses titres tels L’Eau et les Rêves ou L’Air et les Songes. La même observation pourrait s’appliquer à Vladimir Jankélévitch, philosophe très éloigné des bâtisseurs de systèmes qui font

la grandeur de la métaphysique d’outre-Rhin et

qui étend la même attitude à ses réflexions sur la musique. Pourfendeur subjectif et véhément de la puissante machine wagnérienne et d’une

bonne partie du répertoire allemand, il se refusait après-guerre à jouer cette musique au piano, sauf quelques pages de Schumann qu’il reprenait en secret. Inversement, il proclame un goût immodéré pour la musique française, sa poésie

et ses couleurs, qu’il éclaire dans plusieurs livres

sur Debussy, Ravel ou Fauré (le

« Solfèges » qu’il a consacré à

ce dernier méritant de figurer dans toute bibliothèque). Je me suis donc plongé avec curiosité dans cet ensemble d’inédits qui vient de paraître, où je n’ai pas seulement retrouvé

ce que je savais déjà de Jankélé- vitch, mais où d’autres points singuliers m’ont

immédiatement frappé. D’abord, comme le sou- lignent les critiques musicales rédigées par ce jeune mélomane dans les années 1930, notamment pour La Revue française de Prague, les concerts de l’époque n’ont rien à voir avec ceux d’aujourd’hui :

les œuvres modernes et les compositeurs vivants

y occupent une place aussi vaste que le grand

répertoire, cela d’autant plus que la musique contemporaine offrait alors mille séductions que

le philosophe musicien se plaît à souligner quand il parle de Stravinsky, Poulenc, Weill, Martinu, Casella… D’autre part, une recension de concert, en ce temps-là, n’aborde qu’à la marge les questions d’interprétation, car ce sont d’abord des œuvres qu’on découvre. La religion des grands interprètes affleure à peine, sauf exceptionnellement quand, par exemple, Jankélévitch rend hommage au grand maître qu’est Paul Paray. Le plus souvent, il lui paraît suffisant de dire qu’une pièce a été bien jouée. Ce qui correspond d’ailleurs aux conceptions des compositeurs modernes comme Ravel ou Stravinsky, selon lesquels il suffisait de bien suivre leur partition pour en restituer la beauté. Pour le reste, on retrouve dans ces pages plusieurs textes qui développent les partis pris esthétiques de Jankélévitch, le premier d’entre eux étant cet amour absolu, inconditionnel et fervent de la musi- que française. Il est même fascinant, à notre époque de débats sur l’intégration, de voir comment un jeune immigré juif de la deuxième génération s’identifie alors si amoureusement à son pays d’adoption. À ses yeux, non seulement Fauré, Debussy, Ravel sont les phares

de la pensée musicale, mais toute l’Histoire se lit à l’aune de leur génie ; et si Jankélévitch admire Rimski-Korsakov ou Moussorg- ski, c’est plus encore du fait de leur influence sur les composi- teurs français ! Seule exception,

Franz Liszt est l’autre dieu du philosophe qui en profite pour développer des idées sur son caractère européen comparé à celui de Leibnitz : ce dernier prônant « une Europe uni- fiée, universaliste », quand la vie de Liszt illustre

une identité européenne « multinationale ». Encore une pensée qui, tout en nourrissant notre réflexion sur la musique, résonne avec notre époque et fait tout l’intérêt de ce volume. u

® Vladimir Jankélévitch, L’Enchantement musical, Albin Michel, 302 pages.

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LES chocs

DE L’ANNÉE 2017

Un an de plus pour Class ica. Un an de plus de découvertes, donc, les yeux et les oreilles grands ouverts, de trouvailles, de coups de cœur, de débats passionnés. Et le plaisir d’en partager avec vous le meilleur.

L’ARTISTE DE L’ANNÉE

SABINE DEVIEILHE

À trente et un ans, la soprano à la voix d’or connaît la consécration, avec deux disques éblouissants publiés coup sur coup.

U n succès tellement mérité ! La française Sabine Devieilhe a su

conquérir les oreilles et les cœurs, et est sans conteste notre artiste de l’année. Ses deux derniers disques, sortis chez Erato à quelques mois d’intervalle, sont des perles :

L’Enfant et les sortilèges de Maurice Ravel, avec ces deux rôles féminins, le Feu et la Princesse, qui semblent taillés sur mesure, et le récital fran- çais « Mirages », en compa- gnie de François-Xavier Roth (voir ci-après). « La recherche d’un certain naturel est peut- être ce qui caractérise le plus notre génération », nous confiait en mai dernier la can- tatrice, en une de Classica. Cette distinction vient aussi saluer le parcours sans faute de l’artiste, au concert comme

à l’opéra – chacune de ses apparitions étant désormais un évènement très attendu.

Carnet de bal

Ses admirateurs pourront l’en- tendre en novembre, dans une série de concerts autour de « Mirages » (le 11 à Soissons, le 12 à Sénart, le 14 à la Phil- harmonie de Paris, le 17 à l’Opéra royal de Versailles et le 18 au Théâtre impérial de Compiègne), puis dans La Fille du régiment à Zürich (en décembre) et à Vienne (en jan- vier). Elle reviendra en France pour chanter Bach à la Cité de la Musique (le 30 janvier) et incarner Sœur Constance dans Dialogues des carmélites au Théâtre des Champs-Élysées (du 7 au 16 février). Bravo… et vivement demain ! u

40 n CLASSICA / novembre 2017 n www.classica.fr

! u 40 n CLASSICA / novembre 2017 n www.classica.fr MAURICE RAVEL ( 1875-1937) L’Enfant et

MAURICE RAVEL

( 1875-1937)

L’Enfant et les Sortilèges +Debussy : L’Enfant prodigue. Symphonie en si mineur (finale)

Chloé Briot, Nathalie Stutzmann Sabine Devieilhe, Jodie Devos, François Piolino, Jean-François Lapointe, Nicolas Courjal, Karina Gauvin, Roberto Alagna, Chœur, Maîtrise et Orchestre philharmonique de Radio France, dir. Mikko Franck

Erato 2CD 019095896928. 2016. 1 h 29 Classica n°192

C e sont des distributions enthousiastes autant qu’harmonieuses qui

donnent corps aux fantaisies de Ravel et Debussy, dans une féerie orchestrale vraiment magique. L’Enfant et les sor-

tilèges par Mikko Franck est un délice de raffinement ! u

par Mikko Franck est un délice de raffinement ! u «MIRAGES» Airs d’opéras et mélodies de

«MIRAGES»

Airs d’opéras et mélodies de Messager, Delibes, Debussy, Thomas, Stravinsky, Massenet, Berlioz, Delage et Kœchlin

Sabine Devieilhe (soprano), Jodie Devos (soprano), Marianne Crebassa (mezzo-soprano), Alexandre Tharaud (piano), Les Siècles, dir. François-Xavier Roth

Erato 9029576772. 2017. 1 h 04 Classica n°197

D es confins de l’Orient à un ailleurs fantasmé, ce parcours original mêle

airs brillants, moments d’in- tériorité et mélodies rares. Sabine Devieilhe livre des héroïnes aussi sensuelles que

raffinées, et l’entente avec François-Xavier Roth et Alexandre Tharaud est évi- dente. Une merveille. u

MOLINA ERATO

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LE LABEL DE L’ANNÉE

SONY CLASSICAL

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En 2017, ce mastodonte n’a cessé d’enrichir son catalogue avec des productions d’une qualité exemplaire.

A cours de l’année écoulée, Sony Classical

u

a

été le label le plus récompensé dans

nos pages. En haut du palmarès : les Brahms d’Arcadi Volodos, génie de la couleur qui cueille tout le suc de l’émotion des Opus

117 et 118. Mais aussi les sonorités envoûtantes et la puissance explosive de l’Orchestre philharmonique de Vienne, entre les mains de Semyon Bychkov, dans la Symphonie n°2 de Franz Schmidt. Tout aussi rares au disque, les pages pour piano de Jean Sibelius sont restituées dans leur splendeur et leur souffle par Leif Ove Andsnes, grand amoureux de ce répertoire.

Le compositeur français Thierry Escaich, lui, propose, avec «Baroque Song», un nouveau voyage orchestral haletant, chauffé à blanc par les forces de l’Opéra de Lyon dirigées par Alexandre Bloch. Saluons enfin l’exemplaire travail de réédition mené par Sony autour des soixante-quinze CD de l’intégrale Rudolf Serkin… et reportons-nous aux pages de ce mois pour trouver de nouveaux disques Sony Classical primés : Juan Diego Flórez, Pretty Yende, Lucas Debargue… u

: Juan Diego Flórez, Pretty Yende, Lucas Debargue… u 42 n CLASSICA / novembre 2017 n

42 n CLASSICA / novembre 2017 n www.classica.fr

u 42 n CLASSICA / novembre 2017 n www.classica.fr JEAN SIBELIUS ( 1865-1957) «In the Stream

JEAN SIBELIUS

( 1865-1957)

«In the Stream of Life». La Fille de Pohjola. Les Océanides. Romance op.42. Les Fiancées du batelier op.33. Mélodies op.36 n°6, op.38 n os 2 et3, op.57 n°6 et op.60 n°1. Sept mélodies op.57 n os 1, 5 et8, op.13 n os 3 et 7, op.36 n°1 et op.50 n°6 (orch. Rautavaara)

Gerald Finley (baryton basse), Orchestre philharmonique de Bergen, dir. Edward Gardner

Chandos CHSA 5178. 2014-2016. 1 h 19 Classica n°192

Chandos CHSA 5178. 2014-2016. 1 h 19 Classica n°192 WOLFGANG AMADEUS MOZART ( 1756-179 1) Quintette

WOLFGANG AMADEUS MOZART

( 1756-179 1)

Quintette pour clarinette +Weber : Quintette pour clarinette

Pierre Génisson (clarinette), Quartet 212

Aparté AP149. 2016. 1 h 01 Classica n°194

H abitué des couplages singuliers (et réussis), Pierre Génisson choi-

sit ici deux quintettes rare- ment réunis, d’inspiration et

A partir de 2013, Eino- juhani Rautavaara (1928-2016) orches-

tra sept mélodies de Sibelius et les regroupa dans ce cycle, créé par les interprètes de ce disque, à Bergen en 2014. Il y livre des orchestrations « dans le style », avec, par exemple, au début de Jågergossen, op. 13 n°7, au ton de ballade, un efficace coup d’orchestre avec timbale. Ce « In the Stream of Life » est

précédé du poème sympho- nique La Fille de Pohjola, et prolongé de la ballade pour baryton et orchestre « Les Fian- cées du batelier », les trois œuvres se succédant avec une formidable cohérence. À noter, la première partie du CD se termine par la Romance pour cordes op. 42. Dans la seconde, on relèvera l’impressionnant På verandan vid havet op. 38 n°2 et l’inévitable Kom nu hit, död (« Viens donc, ô mort ») d’après Shakespeare, orches- tré par Sibelius en 1957.u

d’essence assez éloignées. Porté par une entente mani- feste avec les musiciens du Quartet 212, membres de l’orchestre du Metropolitan Opera de New York, le clari- nettiste marseillais donne libre cours à sa fantaisie. Sa sonorité légère et directe, sans vibrato excessif, dessine les lignes claires du Quintette de Mozart avec une humilité proche de la déférence. Cette approche sereine pourra sur-

prendre les amateurs d’une conception plus introspective, notamment dans le Larghetto joué avec un détachement qui atténue sa gravité. Mais ils seront emportés par le tsu- nami de virtuosité qui souffle sur les mouvements extrêmes du Quintette de Weber, sin- gulièrement dans un finale d’une brillance proche de la lecture de Pascal Moraguès et du Quatuor Prazák (Praga). Un artiste au talent immense. u

SIM CANETTY-CLARKE

Le chef peint avec poésie le clair-obscur de cette nuit féerique, rehaussé par les couleurs délicates des instruments et le ton juste des solistes. Onirique.

LE RÊVE ÉVEILLÉ DE GARDINER

D ans une riche discographie dominée notam- ment par les lec- tures aériennes d’Harnoncourt

(Teldec) et d’Herreweghe (Harmonia Mundi) ou par celle, marmoréenne, de Klem- perer (EMI), il est toujours difficile de croire qu’une nou- velle interprétation puisse renouveler notre perception. C’est pourtant ce que Gardi- ner parvient à faire, et avec brio. Grâce à sa compréhen- sion intime de la comédie de Shakespeare, il réalise une ver- sion novatrice, centrée sur le monde des fées et des humains amoureux, insérant des réci- tatifs qui pimentent l’œuvre. À cet égard, la justesse des nar- rateurs, délicatement accom- pagnés par les musiciens,

permettra même aux non- anglophones de ressentir la spiritualité des échanges.

De la maestria

Au-delà de l’intelligence de la reconstitution, la réussite repose sur la qualité de l’in- terprétation. Le chef britan- nique se fait poète de la baguette, peint le clair-obscur de cette nuit apaisante, révèle les climats multiples et ambi- valents de l’ouverture. Il cisèle la grâce de la pièce en veillant à compenser le lyrisme par quelques éclats de bouffon- nerie, à grand renfort de tim- bales et de cuivres. Des effets superbement mis en valeur par une prise de son specta- culaire qui fait aussi scintiller le fourmillement des détails d’un scherzo véloce, analytique

et ludique. Comment, dès lors, n’être pas emporté par l’élan d’un Allegro appassionato aux phrasés sculptés en vagues successives ? Omniprésente, cette énergie n’exclut pas le contrôle dans le choix des textures, varia- tions dynamiques et couleurs, minutieusement sélection- nées à l’aune de leur force narrative. On se laisse capti- ver par le voile de mystère et d’inquiétude qui plane dans l’apollinien Nocturne, sou- tenu par les reflets mordorés des cuivres. La justesse des interventions des solistes et du Chœur Monteverdi ren- force la féerie de l’œuvre. On étendra d’ailleurs la distinc- tion de Choc de l’année à la Symphonie n°2, par la même équipe, chroniquée dans notre dernier numéro. u

F ÉLIX MEN D ELSSO H N ( 1809-1847) Le Songe d’une nuit d’été :

F ÉLIX MEN D ELSSO H N

( 1809-1847)

Le Songe d’une nuit d’été :

Ouverture op.21 et Musique de scène op.61

Ceri-lyn Cissone, Alexander Knox et Frankie Wakefield (acteurs), Monteverdi Choir, Orchestre symph. de Londres, dir. John Eliot Gardiner

LSO Live SACD LSO0795. 2016. 55’ Classica n°191

EN COUVERTURE

EN COUVERTURE L ’un des plus remarquables pianistes de sa généra- tion, Alexandre Kantorow confirme sa

L ’un des plus remarquables pianistes de sa généra- tion, Alexandre Kantorow

confirme sa démarche musi- cale éminemment personnelle. La Sonate n°1 de Rachmaninov ouvre le bal, œuvre complexe aux proportions gigantesques qui appelle une conception rigoureuse ainsi qu’une endu- rance prodigieuse. Le jeune pianiste ordonne impeccable- ment l’empilement des thèmes et des atmosphères, le jaillis- sement des idées musicales, comme autant d’écueils sonores maîtrisés qui nous emmènent toujours plus loin du thème premier. Le finale, sidérant de

plus loin du thème premier. Le finale, sidérant de DIETRICH BUXTEHUDE ( 1637-1707) Sonates en trio

DIETRICH

BUXTEHUDE

( 1637-1707)

Sonates en trio (manuscrits d’Uppsala)

La Rêveuse

Mirare MIR 303. 2015. 1 h 09 Classica n°188

P oursuivant son explo- ration de la musique de chambre de Buxtehude

et de cette Allemagne du Nord du XVII e siècle, l’ensemble La

«À LA RUSSE»

Rachmaninov : Sonate n°1. Tchaïkovski : Morceaux op.18 n°5 et n°17. Scherzo à la russe. Stravinsky : L’Oiseau de feu. Balakirev : Islamey

Alexandre Kantorow (piano)

Bis SACD-2150. 2016. 1 h 16 Classica n°193

force et de musicalité, conclut une interprétation technique- ment au niveau de celles de Shelley, Ashkenazy ou Lugansky et qui, peut-être plus précise et fouillée, va plus loin encore dans l’expressivité. Les trois pièces de Tchaïkovski, bien agencées, se complètent intelligemment. La lecture de L’Oiseau de feu, avec ses effets percussifs et son caractère pri- mitif, est également sans équi- valent dans la discographie. Islamey, enfin, orientalisant à souhait, explose à nos oreilles avec une richesse de couleurs sidérante, évoquant Cziffra, Gilels et Pletnev. Quel disque !u

Rêveuse y adjoint une sonate du compositeur hambourgeois Dietrich Becker (1623-1679) et un solo pour viole de gambe anonyme. S’appuyant sur les manuscrits de la bibliothèque de l’Université d’Uppsala, il complète les deux recueils des sonates en trio imprimés Op. 1 (sept sonates, 1694) et Op. 2 (idem, 1696). D’une couleur plus sombre que leurs cousines italiennes, quoiqu’illuminées par un

duo de violon, elles n’en sont pas moins virtuoses et sollici- tent souvent les doubles cordes. On admirera tout autant la splendeur instrumentale (le violon de Stéphan Dudermel, la viole de Florence Bolton) que la liberté du geste, l’inten- sité de l’expression, l’équilibre sonore entre des instruments aux timbres si distincts et la mobilité du continuo. u

44 n CLASSICA / novembre 2017 n www.classica.fr

u 44 n CLASSICA / novembre 2017 n www.classica.fr E n général, l’interpréta- tion de Bach

E n général, l’interpréta- tion de Bach oppose deux camps : celui de

la clarté polyphonique et de l’énergie rythmique, fédéré par Glenn Gould, et celui du lyrisme, de la couleur et de la souplesse mélodique, que réunit Murray Perahia. L’intelligence souveraine et l’éloquence avec laquelle Rafal Blechacz appréhende cette musique devraient les récon- cilier. Son Concerto italien, où il exploite avec autant d’effi- cacité que de goût les capaci- tés dynamiques du piano, parvient en effet à redéployer dans l’espace ce que Bach a

J. S.BACH

( 1685-1750)

Concerto italien. Partitas n°1 et n°13. Quatre Duettos BWV 802-805. Fantaisie et fugue BWV 944

Rafal Blechacz (piano)

Deutsche Grammophon 4795534. 2012-2015. 1 h 06 Classica n°191

concentré dans sa partition. De même, l’Andante atteint une rare intensité expressive. Le pianiste polonais peut alors prétendre contester la suprématie d’Alfred Brendel (Philips, 1976). Cette capacité à éclairer les lignes de l’intérieur, sans perdre la voie directrice, trouve son parfait accomplissement dans les quatre Duettos, et dans les Partitas, le soliste adopte également le ton juste, évitant toujours de prendre la pose (les sarabandes), laissant les cou- rantes caracoler et les menuets sourire. Bach n’a pas à hésiter :

il a trouvé son camp. u

RÉÉDITION DE L’ANNÉE

ANDRÉ CLUYTENS

C ultivé, raffiné et d’une extrême discrétion, le chef d’orchestre a

marqué l’interprétation de la musique symphonique française, russe et alle- mande des années 1950 et 1960. Cinquante ans après sa disparition, ce coffret remastérisé offre – enfin ! – une vision quasi exhaustive de son legs discographique. Les axes majeurs en sont,

d’une part, les musiques fran- çaise et russe et, d’autre part, le répertoire allemand dont Beethoven est la clé de voûte. On saluera le travail exemplaire de remastering d’Art et Son. Aux enregis- trements les plus évidents (avec le Philharmonique de Berlin, de Vienne…) s’ajou- tent des raretés, voire des inédits en CD, mais aussi nombre de pièces de musique française réguliè- rement programmées, et quelques premières édi- tions. Indispensable. u

Intégrale des enregistrements des concertos et de la musique orchestrale

Erato 65CD 0190295886691. 1943-1966. Environ 66 h Classica n°194

des concertos et de la musique orchestrale Erato 65CD 0190295886691. 1943-1966. Environ 66 h Classica n°194

LUCIE JANSCH

B ouillant Écossais, Uthal a usurpé le pouvoir de son beau-père Larmor.

Son épouse Malvina arrivera- t-elle à réconcilier son père et son mari ? Vous le saurez en écoutant cet étonnant ouvrage. Créé en 1806 au Théâtre Fey- deau et ressuscité à Versailles en 2015, Uthal est embléma- tique d’un certain courant en vogue sous l’Empire, qui met à la mode Ossian et ses bardes. Sous la forme d’un opéra- comique, il alterne dialogues en alexandrins (pas terribles mais bien déclamés) et mor- ceaux de musique de formes variées. La partition est res- serrée et rythmée, ce qui est heureux car l’intrigue impro- bable a de quoi dérouter ! Christophe Rousset dirige ses Talens lyriques et l’excellent Chœur de chambre de Namur avec un chatoyant dyna- misme. Côté solistes, tout est de haut niveau, et les rôles

Côté solistes, tout est de haut niveau, et les rôles ROBERT SCHUMANN (1810-1856) Intégrale de l’œuvre

ROBERT SCHUMANN

(1810-1856)

Intégrale de l’œuvre pour piano seul

Dana Ciocarlie (piano)

La Dolce Volta 13CD LDV 179.1. 2013-2017. 14 h 39 Classica n°196

S chumannienne de cœur, Dana Ciocarlie a réalisé, durant plus de quatre

ans, l’enregistrement de l’in-

tégrale pour piano de son com- positeur de chevet. Devant le

pour piano de son com- positeur de chevet. Devant le ÉTIENNE-NICOLAS MÉHUL (1763-1817) Uthal Karine Deshayes

ÉTIENNE-NICOLAS

MÉHUL

(1763-1817)

Uthal

Karine Deshayes (Malvina), Yann Beuron (Uthal), J.-S.Bou (Larmor), Sébastien Droy (Ullin), Chœur de chambre de Namur, Les Talens Lyriques, dir. Christophe Rousset

Ediciones Singulares/Palazzetto Bru Zane ES 1026. 2015. 1 h Classica n°190

secondaires sont bien tenus. C’est la condition indispen- sable pour revitaliser cet inté- ressant maillon de l’histoire de l’opéra français. u

public de la salle du Palais de Béhague, à l’ambassade parisienne de Roumanie, elle a méthodiquement engrangé une intégrale en quinze concerts qui perce les secrets de l’âme schumannienne, cet univers empreint de mystères, d’angoisse, d’allusions, entre la mélancolie d’Eusebius et l’en- thousiasme de Florestan. Des Variations Abegg, op. 1 aux dernières pièces envahies par l’instabilité et la détresse psy- chologique (Chants de l’aube, op. 133), la prouesse est de taille, qui consiste à maîtri- ser un discours parfois arach- néen, aux limites de la rupture (Sonates n os 2 et 3). La généro- sité, l’humanité se dégagent toutefois tout au long de ce parcours, mélange de ferveur et de simplicité de ton. Parmi les intégrales, la vision de Dana Ciocarlie impose une concep- tion personnelle captivante. u

LE CHOIX DE

une concep- tion personnelle captivante. u LE CHOIX DE Créé en 1976, ce spectacle mythique a

Créé en 1976, ce spectacle mythique

a su inventer une forme inédite de rituel, revitalisant l’opéra, alors jugé moribond.

A ttention, document historique ! Si vous n’avez rien compris

à Einstein on the Beach à l’écoute des enregistre- ments publiés jadis chez Sony ou Nonesuch, séance de rattrapage en images avec ce DVD. Le spectacle de Philip Glass, Robert Wil- son et Lucinda Childs a été filmé en janvier 2014 au Théâtre du Châtelet de Paris, dans des conditions optimales, à la fin d’une tournée triomphale à tra- vers le monde. Trente-huit ans après la création de l’œuvre au Festival d’Avi- gnon, on redécouvrait cet OVNI de la scène lyrique, évocation abstraite de la figure d’Albert Einstein en différentes scènes choré- graphiées et répétitives.

Mi-vide ou mi-plein ?

Selon ses auteurs, cet opéra avait pour thème «la science, la technologie et l’écolo- gie ». Vraiment ? Il semble plutôt présenter un théâtre sans histoire ni intrigue, volontairement artificiel et mécanique, où la narration s’est complètement dépla- cée d’une histoire que l’on raconte à une histoire que l’on vit. Autrement dit, c’est la façon dont le spectateur perçoit l’œuvre qui lui donne

son contenu : ce dernier n’existe pas dans l’œuvre elle-même. Au gré des scènes ou des humeurs, on jugera le résul- tat fascinant ou soporifique ; d’une beauté diaphane ou proche du vide. Reste qu’Ein- stein on the Beach a su reve- nir aux sources mêmes de l’opéra et donner au genre un élan nouveau. Par la suite, Glass, pourtant pas en mal de nouveaux sujets, ne renou- vellera jamais la réussite de cette première tentative. u

vellera jamais la réussite de cette première tentative. u PHILIP GLASS (né en 1937) Einstein on

PHILIP GLASS

(né en 1937)

Einstein on the Beach

Solistes, The Lucinda Childs Dance Company, The Philip Glass Ensemble, dir. Michael Riesman, mise en scène Robert Wilson

DVD Opus Arte OA1178D. 2014. 4 h 34 Classica n°189

Robert Wilson DVD Opus Arte OA1178D. 2014. 4 h 34 Classica n°189 www.classica.fr n CLASSICA /

FELIX BROEDE

EN COUVERTURE

CHANT ET ORCHESTRE LUMINEUX

Cette gravure sur instruments d’époque se hisse parmi les meilleures, grâce à la sonorité pure d’Isabelle Faust et à une formation inspirée.

pure d’Isabelle Faust et à une formation inspirée. D u Stabat Mater, texte multiséculaire que cer-
pure d’Isabelle Faust et à une formation inspirée. D u Stabat Mater, texte multiséculaire que cer-

D u Stabat Mater, texte multiséculaire que cer- tains compositeurs du

XX e siècle ont su revisiter avec originalité (Szymanowski, Poulenc ou Pärt), l’Écossais James MacMillan propose une vision stimulante, dérangeante, mais avant tout poignante. L’esprit décapant des pages « sacrées » de Ligeti, en parti- culier son Requiem, s’y impo- sent, sans qu’il y ait de filiation directe visible. Il n’y a toutefois

A u sein d’une discographie pourtant plé- thorique, cet enregistrement

parvient à faire entendre sa propre voix. Il se hisse même au sommet de la discographie sur instruments d’époque, détrônant les interprétations authentiques – mais non dépourvues d’une certaine sécheresse – de Standage et Hogwood (L’Oiseau-Lyre) et de Kuijken et la Petite Bande (Denon), inégales. Brillantes, colorées et lumi- neuses sont les adjectifs qui viennent spontanément à l’es- prit pour qualifier les présentes lectures. Sans vibrato excessif, la sonorité pure et effilée d’Isa- belle Faust, sa technique d’une

JAMES

MACMILLAN

(né en 1959)

Stabat Mater

The Sixteen, Britten Sinfonia, dir. Harry Christophers

Coro COR16150. 2016. 1 h Classica n°195

pas ici de geste de révolte, mais plutôt une consternation sidé- rée face à la souffrance que la figure mariale, entre humain affligé d’une douleur intime et Dieu sacrifié, incarne. Les cordes époustouflantes du Britten Sinfonia et les voix des Sixteen donnent corps, avec une extrême sensibilité, aux vertigineuses variations de climats de l’œuvre. Une interprétation majeure, et un compositeur à découvrir. u

46 n CLASSICA / novembre 2017 n www.classica.fr

impérieuse précision, alliées à un style mûrement réfléchi nous entraînent sur les cimes de l’expressivité musicale. Elle donne à chaque instant le sentiment d’une totale liberté d’inspiration, malgré l’extrême exigence de la réalisation. À ce titre, elle peut compter sur un accompagnement orchestral magnifique : dignes de louanges, les musiciens d’Il Giardino Armonico, pla- cés sous la baguette inspirée d’Antonini, sont souverains de respiration, d’aplomb et d’évanescente légèreté. On ne peut rêver d’une articulation plus tranchante et plus souple à la fois, ni d’une plus har- monieuse lisibilité de tous les registres, que magnifie une prise de son très détaillée.

registres, que magnifie une prise de son très détaillée. L e titre est apocryphe, mais Telemann

L e titre est apocryphe, mais Telemann l’aurait fait sien : la variété des

couleurs et des styles aura en effet inspiré le compositeur toute sa vie durant. L’Akade- mie für alte Musik Berlin a com- posé un programme qui n’admet ni monotonie ni mono- chromie, et joue sur les oppo- sitions de texture. On notera la présence, en première mon- diale, de la version originale de Dresde du Concerto TWV

diale, de la version originale de Dresde du Concerto TWV WOLFGANG AMADEUS MOZART (1756-1791) Concertos pour

WOLFGANG AMADEUS MOZART

(1756-1791)

Concertos pour violon n os 1 à5

Isabelle Faust (violon), Il Giardino Armonico, dir. Giovanni Antonini

Harmonia Mundi 2CD HMC 902230.31. 2015-2016. 2 h 09 Classica n°188

Le plaisir de ces lectures est également lié au sentiment de redécouvrir ces partitions, en partie dû aux superbes cadences écrites par Andreas Staier, d’une économie de moyens et d’une modernité remarquables. Ces interpré- tations compléteront idéa- lement celles, davantage lyriques, de Dumay avec la Camerata de Salzbourg (DG) ou les témoignages des anciens tels Grumiaux (Philips) ou Stern (Sony). u

GEORG PHILIPP

TELEMANN

(1681-1767)

«Concerti per molti stromenti». Concerto TWV 44:43 ; TWV 53:D1, F1 et H1 ; TWV 54:D2 et D3. Sonate TWV 44:32

Akademie für alte Musik Berlin

Harmonia Mundi HMM 902261. 2016. 1 h 12 Classica n°193

53:H1 avec calchedon, et une transcription très séduisante du Concerto TWV 53:F1, extrait de la Musique de table. L’Akademie guide l’auditeur avec un enthousiasme com- mu