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Innovation et découpage territorial.

Enjeux politiques autour
de la délimitation administrative
des communes rurales (Burkina Faso)

nicJe en trois endroits.Î lin probléme d~ rd'lIs La première phase de mon enquête l avait permis de constater que.1991).le. lin wand Si l'on considère. Le redécoupage administratif du territoire national est donc un acte politique qui représente.l'amfonJgement cinq puis sept départements dirigés par des préfets. Cest ainsi qu'il y a une dizaine d'années. administratifs ont été créés. En effet. de nouvelles communes et de nouveaux villages lès Jgronomes.'P. tout territoire politique de quelque extension quïl soit constitue un espace de pouvoirs où se déploient différentes formes d'autorités qui s'exercent à lïntérieur de ses frontières. gressivement.'s progr:. Ct' • bloC3g~ '. le découpage administratif a été réalisé en It. le cas de la province du Ganzourgo rrojC'1 naliol1ol C{J)'] ZorgO) gérait (Bou. À la suite d'une telle réforme.lenll11ent refusé le "Contrat de développement villageois" proposé par le projet tBtHIl.llsons et donc à celles des maîtrises de terre qui s'y trouvaient incluses. de: cette rrovlnce. dans ce cas. 1989). Il s'agissait. l'anthropologue peut s'attendre à ce que les autorités des anciennes unités politiques loca- les mises en cause par ces innovation administratives ne se laissent pas si facilement destituer et réagissent d'une manière ou d'une autre par la mise en œuvre de stratégies conservatoires.lmm~s ue plusieurs étapes: il y eut d'abord la création de la province avec dé\'clopPl'l11l'nt Jgric()lc c::[ c. pour l'anthropologue. sauf . Cette innovation administrative intro- 232 J. par exemple. Jacky Bouju On peut considérer la mise en place d'un nouveau découpage admi- nistratif et politique du territoire de l'État comme une innovation majeure par rapport aux modes de découpage territorial en vigueur antérieurement. pro- dt:'~ jnfr:lstl'ucwre. d'une innovation en matière de gestion administrative et d'organisation politique du territoire. Chauveau M -Co Cormier-Salem È. Mollard . Ensuite.ndé superposaient il celles des territoires historiques des chefferies mossi dïuentific:r les L.. les frontières des sept départements de la province se ck dépancll1ents. a ete mise en place au Burkina Faso une importante réforme territoriale qui impli- quait de nouveaux découpages administratifs des provinces et des départements du territoire. de paniciralion paysanne dans cen~ins Secteurs pour la plupan. . qui se sont justement révélés être les zones ayant ont t'lé c:n p:lI1it:' exposés pré·céc. m"avaient uemJ. En 1\!90. LES NOUVEAUX DÉCOUPAGES ADMINISTRATIFS 1. tonfrontt's . en 1983. Ccnains élém~nlS de cel J. de développement UP1 Zorgo. un événement du plus haut intérêt.1l" et Bl\AND.

Il . familiales. syndicat. en particulier. Pour plusieurs kilomètres. religieuses. appartenir à des dépar. dans cette rro\'ince du Cela a eu pour conséquence d'engendrer localement des tensions Burkina Fà$o. bistorico-pulitique. de plusieurs qUJrlÎcr.village. quand la chefferie coutumière gt:ogmphique esl ou les Comités révolutionnaires (CR) villageois de leur linga tentaient courammcni désignèe comme . On retrouve d'ailleurs ces mêmes stratégies d'autonomie et d'émancipation politique dans un autre cadre d'innovations administratives qui concernaient cette fois l'organisa- 233 L'Innovation en agriculture Ouest ions de méthodes et terrainS d'observation . sans Iror forcer le traiL disjonctions d'intérêts importantes et engendra des fractures sociales que l'objectif d'une lelle innovation politique graves. tion de participer deux fois 1 Bien sür. du fait des nouveaux découpages.lutres cie département" les sollicitaient. JXlr une tiers affectés par ces nouveaux découpages.duisit localement une discontinuité historico-politique 2 qui révéla des 2. beaucoup ont stratégie ·(j"entrisme· dOl ns lé:! structure récente su jouer habilement de leur ambivalence statutaire pour manipuler de~ Comités leurs différentes autorités de tutelle (chefferies précoloniales mossi rt-voluliünnaires vûbgeois) Ires largement et nouvelles préfectures révolutionnaires). en fàil. lênga3 Ctênsé au pluriel). homogène. tements différents et donc relever d'autorités préfectorales différentes. quand les autorités du "nouveau r1Jrfois éloignés l~s uns des :. parti politique. de develo['remt'nl. se de provoquer ceUe dbcontinuité trouvaient. de les mobiliser. Par exemrle. <tétenu his[()riqllemenr tionnaires. économiques. la n:alile du pOli voir politique sociales et politiques graves au sein des tênsé. d'entre eux qui héberge \e rou\'oir l"olllumil:'l" que vis-à-vis des différentes autorités. les habitants du qua nier de "l'autre" dépanement par radminislr:nion èl les programmes el projets disaient qu'ils avaient déjà participé dans le cadre des activités révolu. les tênsé concernés. (ene unilC: socio- locaux d'intérêt commun. (en paniculil:r. Les pratiques des acteurs sociaux sont le produit d'un compromis tacti- que entre plusieurs rationalités (statutaires.). tionnaires de leur" nouveau" département et qu'il était hors de ques. En effet. Cjuaniers sont subordonnés à ['un astucieuse de stratégies d'autonomisation et d'émancipation politi.. régionale . de réquisition pour cotiser. en matière entre les ma ms de la chefferie mussi. En effeL à I·époque. association religieuse. Les stratégies des chefs de familles et de quaniers sont en par la chefferie mos~i. tant coutumières que révolu. se mobiliser ou paniciper à des travaux 3.. ). <"1 dont chàcun abrite un peuplement lignager duisaient par une multilocalisation des autorités politiques de tutelle. ils tenaient le discours inverse. les nouveaux découpages dépanementaux se tra. Cette multiplication des allégeances a favorisé la mise en œuvre Tous ce:-. On peul imaginer. sociales.'":>. ethnie. politi- ques. mais elles sont aussi déterminées en partie par la qualité des rapr0rts qu'ils entre- tiennent avec leurs divers groupes d'appartenance (famille..mem même entité socio-historique paysanne. grande partie déterminées par les positions sociales relatives d'auto- rité ou de subordination qu'ils occupent dans un certain nombre de groupes sociaux et de chamrs politiques ou économiques. STRATÉGIES ÀGÉOGRAPHIE VARIABLE Ces conflits locaux sont apparus à la suite des stratégies paniculières k>Gll St' lfouv:Jil ['àr diff~ren" hiais et souvent contradictoires mises en œuvre par les autorités des quar. On a pu ainsi constater qu'un ou plusieurs quartiers d'une fUI ['robable.·agit..

Pour elles.:ctCUfS il que les autorités du quartier en fassent la demande expresse auprès commun. on a assisté à un redécoupage communal qui a consti- tué. Bien évidemment. ancienne. Cormier-Salem E. les autorités du secteur nouvellement incorporé.-P.. une source la commune de MO.lllSSÎ le cas de la commune simple composante d'un tênga. une sérieuse source de conflits locaux. de tensions sociales qU'elle a cris- '-lui ~I :-tin~i ahsorhL' trois ancien:-. dont six Au même niveau communal. mais à l'inverse du processus précédent. Cette reconnaissance administrative de Zorgo (cher·lieu pouvait être obtenue à partir du moment où la population d'un de la province). la sécession d'une partie de son terri- <.h: c'était là. des actuel. tallisées entre ces quartiers et le quartier de la chefferie d'un même 5. Dans ce cadre. .mhle de sion d'un simple quartier au statut moderne de village administratif la pro.. par la 4. termes traditionnels. bien sûr.sa'l'J(pl. Mollard . qui en Uni que commune quartier avait atteint un certain seuil démographique.ltedo (reconnue préfeclurè potentielle de profits autant matériels que symboliques_ du dépanement du même nom en 1987 ). saNi IsgY. cela tr&s probahle. Encore fallait- ilabsorbé comme notl\'eaUx :->t. Il esl d'3illeurs tique des frontières du "nouveau village". pOlir l'en. tênga. en évidence l'existence. Ce't le eas de capacité d'influence qu'il conférait aux autorités locales. tion interne des sept départements de la province du Ganzourgou. Une des procédures consistait en l'agréga- tion de" villages" entiers (tênsé qui étaient auparavant autonomes et administrativement reconnus comme tels) comme simples secteurs des communes rurales nouveJlement créées 4 . Il faut bien comprendre que ce pouvoir local de négociation avec des intervenants extérieurs constituait. en Ibuudu). Chauveau M. pour Je viJlage agrégé comme "sec- teur ". toire historique était une véritable atteinte à sa souverainete: ce 234 J. Ce qlli représemail. un acte d'insoumission et d'insubordination 6. \'jIlJAes :l\Ilonomes: L'I de hl (:ommune de Meguel (prHenure Cette démarche administrative effectuée par certains quartiers 6 a mis de dépanemenI). constituait pour la chefferie coutumière du tênga concerné un véri- run des ohjeuirs table crime de lèse-majesté.è grave vis-à-vis de la chefferie traditionnelle.lnie.1<." SL'cteurs communaux l'administration décida de reconnaître officiellement comme" nouveau &wient d'Jm:iens villages village administratif" d'anciens quartiers 5 qui n'étaient chacun qu'une Jutonomes. avait comme conséquence directe la délimitation sous contrôle éta- 7.ltlX six anciens de l'administration territoriale. Ces redécou- pages portaient en effet sur le démembrement ou le remembrement de communes existantes..ges. qllutOrl. l'acces- nou\'t:aux vill:1gL'. que sa capacité de négociation et de décision autonome vis-à- vis des autorités administratives départementales (mais surtout vis-à-vis des projets de développement) disparaissait au profit de l'autorité communale supérieure dont ne faisaient pas partie. au moins en p. C'est i. Il ne faut pas être grand clerc en effet pour comprendre que Le quart it'r an rite cette demande exprime clairement la volonté d'indépendance d'un SOll\'L'11IlL's maisons ryiriJ J'un llll:l1le Jignagl: quartier historiquement dépendant et un tel acte constitue. <''l'.: l':ldministr:llion ft-\'o/ulionn:lire.. vilb.-C. en 19Hï. à l'époque. En second lieu. On conçoit aisément que cette perte cie pouvoir ne fut pas acceptée de bonne grâce par les autorités des nouveaux secteurs ainsi agrégés.). la priva- tion majeure portait sur le fait de ne plus pouvoir négocier directe- ment avec les responsables de projet de développement qui allaient s'implanter localement.·lnee. Cette intégration par agrégation involontaire signifiait.

politiques ou symboliques d'un même espace géographique. 1990). 1989. 1964). Ouestions de méthodes et terrains d'observation . nous avons pu vérifier la manifestation de ces différents principes tels qu ïls s'ex- priment dans les fondements des droits collectifs d'appropriation du sol (BouJc et I3RAr\D. pour une grande part. BOUID. Les fondements des droits fonciers Les toponymies que nous avons recueillies ont mis en évidence des catégories fines mais qui restent. por- teuses d'ambiguïté. la tac- tique qui consistait à manipuler les modes collectifs et individuels d'appropriation du sol et les modes d'accès à la terre nous est appa- rue comme déterminante. Ces enjeux sont celtes d'ordre microlocal. cene émancipation vis-à-vis de la tutelle politique coutumière est moins un acte politique qu'une tentative de garder et de gérer à son propre profit des ressources microlocales rémunératrices. Après d'autres 03oLmLLlER.qui auparavant n'était qu'un quartier parmi d'autres soumis au quar- tier de la chefferie devenait ainsi un nouveau village indépendant 1 Mais qu'on ne se méprenne pas. L'enquête a donc été orientée vers le recueil systématique des modes de désignation. il faut connaître les tactiques du jeu socio-politique local qui pem1enent de jouer des règles et de gagner les enjeux. EN"IEUX ÉCONOMIQUES ET DROIT FONCIER Pour comprendre l'importance de ces enjeux économiques. mais leur importance est réelle puisqu'ils sont. économiques. Assez rapidement. à l'origine des confrontations de pouvoirs qui se déroulent discrète- ment mais fermement entre ceux (que ce soient les premiers occu- pants ou les gens de la chefferie) qui estiment détenir un droit éminent sur ces espaces. qui peuvent se révéler fon rentables en termes économiques. dénom- ment et objectivent différentes dimensions sociales. d'occupation et de contrôle des espaces Territoriaux dans la province. Les catégories vernaculaires découpent. à cause de leur polysémie. Ces dimensions sont l'objet d'un processus de socialisation qui se mani- feste par des formes d'appropriations renvoyant à différents prin- cipes de légitimité. les plus importantes en termes d'enjeux économiques sont les retenues d'eau aménagées en amont des barrages construits sur les marigots. Parmi celles-ci. dans la plupart des cas. 235 L'innovation en agriculture.

localement. Cette limite n'institue pas de fron- tière (au sens géopolitique c1u terme). soit par réquisition forcée ~. celle-ci est censée avoir engendré l'ancêtre des autochtones (nommé Têng-n-pusri) qui. à complexifier les situations foncières. cet acte de indicneur dl: subs[antif. Toutes les déclarations rapportent qu'à l'origine. à la limite» qui contribuent. la peau de la terre ») était la propriété exclusive des autochtones qui sont les maîtres de tén-tom. celui d'un tên-peelêm voisin. têng-n-biga (pl.Salem É Mollard . Historiquement. où l'on entre progressivement dans le champ de rayonnement d'un autre autel de la terre. SO(Jlêm. blancheur de la poussière du tenga ») désigne cette dimension religieuse d'une forme historique de terri- torialité qui se réalise encore aujourd'hui.I\'oir la propriélé de. le sol ( . est rentré de lui-même dans le sein de sa »terre- mère». plus politiques et délimitées. L'installation définitive des conquérants en lin lieu du tên-peelêm qui deviendra le quartier de la chefferie se fit soit 8.. qui s'est imposée et superposée au terri- coulumières ~I l"intérieur desquelles toire rituel des autochtones. rayonnement» de l'autel de fondation qui détermine la limite d'une maîtrise de terre.. C'est dans ce domaine qu'apparaissent les catégories les plus subtiles du décou- page de la réalité spatiale. H(lo!Ja politique exerce son autorité.'C. -enfant de la terre». Un autre principe important du fondement des droits fonciers est celui de la conquête. les notables descendants d'autochtones signalent "éminence de leur droit sur le sol en s'asseyant directement dans la poussière. de la territorialité. . Le premier principe qui émerge est celui de l'autochtonie.. La structuration symbo- lique est la plus forte au centre rituel et son influence décroît régu- lièrement au fur et à mesure que l'on s'en éloigne. Cormier. Selon les croyances. La qualité d'autochtone. "possesseur du tênga.. À ce propos. et à l'intérieur de laquelle une chefferie un resron~Jhle. et IJ (nI). Mais surtout. d'occupation clu sol fondent en légitimité le principe d'occupation 236 J. marches» où se manifestent d'autres influences. 1989) où l'espace apparaît comme structuré à partir d'un centre matérialisé par le site de l'autel de fondation (tên-kugrO.da pierre du tênga») parle maître de terre (têng-soba. nakombsé.a. renvoie à la notion de «terre nourri- cière ». têng-n-bisi) .: Su. mais ouvre sur des .. Le concept vernaculaire de tên-peelêm (. arrivé au terme de sa vie. conquête est au fondement de la conception politique du territoire.. . t'xerce son autorité.da poussière de la terre ». suffixe d'lin endroit par les chefs.) qui en a la charge rituelle. tên-peelêm. La notion de tên-peelêm exprime une conception centripète de la territorialité (Roujll et BRAND. dt. Ces deux sources historiques du cirait ou lêJ1Jjsol. C'est l'exten~ion maximum du . la possession»). par attribution volontaire des autochtones. Chauveau M. à travers les libations et sacrifices de feltilité qui sont offerts à l'autel de la terre Uên-kugri.'P.. elle autorise toutes SC)J1es cI'imbrica- tions et de chevauchements . Ce lerme dé igne 1'2tendue de ljmite~ soolênf (. Cette représentation de l'espace territoria 1 qui implique une notion de limite floue n'est pas exclusive: elle accepte la superposition d'autres conceptions.

J'é. de ziga I2 . qui peut .tandis qut" les droÎLS de euh ure renvoicnt à éminence indiscutable des gens descendant des fondateurs (cheffe. 1990). que la hiérarchisation de ces différents droits n'est pas clai- rement établie par la coutume.. tout le monde. prêt ries et autochtones).. qui supporte Je champ et Ct' tt'rme dt:."istonce..immémoriale d'un lieu par un groupe (yaahramb-ziga)9. radical dt' Il en est ainsi de la notion de "champ" cultivé. Ce tt:'rme enjeux fonciers locaux.D désigne semble s'accorder sur la légitimité d'un ordre fondé sur la préséance 1<1 prorriélé fnncit-re des familles de cultil'ateurs selon le rang d'antériorité dans l'occupation d'un même lieu de J'es. enuroit~. que la surface du sol.. Pour ce qui concerne le "domaine ou le terroir lignager-. d'un terr~lin. puugo. le droit des conquérants mossi sur . On entend ainsi: "Le chef est respon- sable du pays mais il n'a pas la propriété du terroir. boud... en lui conférant la qualité de premier ou d'ancien occupant.k ment (13ouJu.terre· + p. famille dispose rente.. ture qui sont des droits d'usage distincts des précédents lO et qui ont Il. n ~\(J. ou encore: "Le chef dispose des gens mais non de leurs terrains". Ce principe permet dans certaines situations de suh. de têngaongo. Ceoe ex pre~sion été établis plus ou moins récemment et plus ou moins temporaire. el cuhin:r: ZÎ}!. aujourd'hui encore. zisiJ. 237 L'innovation en agriculture. que j'on peut interpréter de la manière suivante: "Si la terre appar- tient aux autochtones et si les autochtones appartiennent à la chef- ferie. qui ne concerne tenp. endroit.aoll/40. alors la terre appartient aussi à la chefferie! ". terrain . J'objet de déclarations (de la part des descendants des autochtones bien sûr 1) qui tentent de limi- ter son champ de légitimité. le -Lerrain. il est lui-même inclus dans ce que je conviendrai d'appeler le ses champs. faire l'objet d'une appropriation diffé. peau. lieu. En effet. chaque partie essayant de revendiquer une sen il désigner l'endroit source de légitimité (la plus ancienne possible) parmi les moins dont quelqu'un peul disposer rOUf s'installer contestables localement. temporaire dL' droit d'usage du sol. aneêtres· . les droits locaux selon un ordre de préséance acceptable par tous. piJ/[J. Elles expriment au 9. au regard des palatxes interminables en la matière. que dans de nombreuses autres situations. 12. de 1C!11.tl. zip.da terre" est. la nOlion de . Pourtant. être l'objet d'un droit d'usage temporaire ou permanent n'incluant ~ lieu. ziga (pl. écorce-. Dcs . il faut ajouter les droits de cul.<.i~nt' l'espace dont un chef cie' qui peut. désigne la fXlnie matérielle cxpioil. par rapport aux gens habitant des quartiers de terre·. il semble bien. pas nécessairement" le terrain. Ces controverses locales qui mettent en cause la légitimité des chefs descendants des" gens du pouvoir" à contrôler aussi le sol qui est "normalement" la propriété des descendants" des gens de la terre" ne sont pas des querelles d'un autre âge... "la peau de la terre "II. comme une délég:Jtion plu~ 01. à quoi la chefferie mossi répond inévitablement par un proverbe du genre de celui-ci: -Le crapaud et le contenu de son ventre appartiennent au serpent". ou presque. qui sc rr0SenlL' d'origine plus récente. Tandis précédems n:nvoienl à la notion de • rrorriété . En effet.. Questions de méthodes et terrains d'observation . il pelmet d'établir la pré. en tant que substrat.a .1 moin~ À ces droits historiquement fondés. politiques ou rituelles de s'organiser en classant les responsables 10.vaah- contraire les tensions sociales très actuelles qui se nouent autour des ramha. À cet égard. pour l'installation de sa ma ison et cie ziga. dOnl il constitue le princiral mOl'en pace géographique.ü.

"village-espace cultivé". mais aussi par le type de rapport entretenu avec les autres membres 238 J. politiques ou économiques. Chaque autorité locale détenant. 1990). qui relève du territoire d'un "commandement ". 1964) des stratégies de manipulation des droits fonciers coutumiers ou modernes. elles sont très largement détem1inées par les posi- tions sociales d'autorité ou de subordination quïls occupent dans un certain nombre de champs sociaux. par ce biais. Ces stratégies des acteurs locaux sont le produit d'un compromis entre plusieurs rationalités (OLIVIER DE SARDAN. de la chefferie mossi inclus dans un département d'une province. Encore une fois. des droits collectifs sur la terre du lênga cherche à participer à la déli- mitation administrative du nouveau village et. on imagine sans difficulté l'enjeu de pouvoir local que représente la procédure administrative du traçage des limites villageoises. J'objectif visé est en rapport avec la politique micro- locale: puisque la coutume n'a pas prévu d'établir un classement hiérarchique ni un quelconque ordre de prééminence entre les dif- férents droits et formes d'appropriations historiques sur le sol. On conçoit donc aisé- ment que ce "feuilletage" juridique s'accommode mal de la logique économique d'exploitation commerciale du sol qui tend aujourd'hui à sïmposer de manière exclusive dans les périphéries urbaines ou dans les zones d'exploitation maraîchères. les parties prenantes entrent en concurrence et cherchent. LES ENJEUX LOCAUX Si l'on met en relation la multiplicité des formes de contrôle social de la terre (que nous venons d'exposer) avec la dispersion dans l'espace dépa11emental des centres de décision compétents pour chacune d'elles. à son tour inclus dans l'espace sacré de la "terre nourricière". Ainsi que nous venons de le voir.-P. Cormier-Salem E Mollard . linga. à s'impo- ser auprès de l'administration territoriale révolutionnaire comme conseiller et décideur pour ce qui concerne les questions foncières locales. Chauveau M_~C. supra) et la convergence de ['en- semble des facteurs nourrit en permanence et depuis longtemps ŒOl'TILLlER. soolêm. à un titre ou à un autre. tên-peleêm. par tous les moyens. à sïmposer et par là même à faire légitimer par l'adminis- tration territoriale leur prééminence sur les autres prétendants. Cette situation renforce les dysfonctions précédentes (cf. Ces différents types de droits se super- posent et s'imbriquent les uns dans les autres puisqu'ils s'exercent sur le même lieu de l'espace géographique.

dans d'autres provinces.1 ra 1. le dérèglement durable de la pluviométrie régionale depuis vingt ans. à l'inadaptation du mode d'exploitation et de tenure face à la raréfaction des terres culti- vables. qui préexistaient dans les provinces. j'ai essayé de montrer ici que la notion de "découpage" administratif impliquant le traçage des" limites de terroir villageois" était. entre autres. celle-ci a eu rour effet direct d'exacerber les tensions et conflits fonciers. entre le quartier d'une chefferie" patronne" et ses quartiers historiquement dépendants. 13.de leurs groupes d'appartenance locaux (famille. Plus fondamentalement. ceux qui existaient entre les chefferies historiques ou coutumières locales et les autorités révolutionnaires villageoise ou départemen- tales. Leur objectif est d'aboutir à une autonomie définitive qui leur permettrait de négocier par eux- mêmes et pour eux-mêmes l'implantation des programmes locaux de développement. 239 L'innovation en agriculture Questions de méthodes el terrains d'observation . Si on met en rapport la dégradation permanente des conditions de tenure avec les récentes innovations administratives qui tentent d'appliquer les mesures de la Réforme agraire et foncière J3 . une innovation incomratible avec la rerrésentation paysanne du terri. En 1964 déjà. Boutillier constatait la précarité croissante de la tenure foncière: un nombre toujours plus impoJ1ant de cultivateurs étaient alors contraints d'avoir recours à l'emprunt d'une ou de plusieurs parcelles pour pouvoir subsister. J'ai montré CBouJu. Réforme qui s':\vère pou~nr toire. catégorie sociale. En palticulier. secteurs et villages adminis- tratifs expriment l'acuité des conflits d'intérêts existant entre différents pôles et à différents niveaux du pouvoir politique local.. ethnie. ouverts ou latents. parti politique. association religieuse . Quoi qu'il en fût des objectifs réels du gouvernement burkinabé dans la conduite de cette réforme territoriale. à des batailles rangées condui- sant à mort d'homme. ou encore. ). 1991) que les litiges et les conflits fonciers qui existent dans cette région tenaient. la dégradation accélérée des sols. dans certJines provinces.. des affrontements entre" autochtones" et "immigrants" qui ont déjà conduit dans un passé récent. consécutive au déboisement excessif et au raccourcisse- ment de la durée des jachères. dont: l'augmentation importante des densités de la population mossi en milieu 11. conçue comme telle. de graves tensions entre les" nouveaux villages administratifs" et les quartiers de leur ancien tênga et. peuplés de "clients" qui ont profité de l'opportunité occasionnée par la mise en place des réformes pour s'engager dans des stratégies d'émancipation poli- tique vis-à-vis des autorités coutumières. on ne s'étonnera plus d'apprendre qu'il existe. Les problèmes de frontières entre départements ou entre communes. et à plusieurs reprises. Cette" rareté" est la conséquence de l'action conjuguée de plu- sieurs facteurs délétères. qui le conçoit d'autant plus fermement centré sur le lieu de ansolument nécessaire.

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