LE COURRIER D’AIX - Samedi 14 octobre 2017

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OÙ EN EST LE MUSÉUM D'HISTOIRE NATURELLE D'AIX-EN-PROVENCE ?
Créé en 1838 sous la forme d'un "cabinet d'histoire naturelle", inauguré à la mairie en 1839, installé en
divers autres lieux par la suite, fermé à plusieurs reprises, rouvert en 1953 à l’Hôtel Boyer d'Éguilles rue
Espariat, le Muséum a dû finalement quitter en 2014 cet immeuble qui était loué à la Ville, après sa
vente.

Les services administratifs ont été transférés à la Bastide du Parc Saint-Mitre et les collections ont
rejoint un entrepôt où se trouvaient déjà 470 000 autres objets qui font de ce muséum le 14 è de France
par l’importance de ses fonds.

Mais le public ne peut plus y avoir accès sauf à l’occasion des expositions temporaires qui sont parfois
organisées en divers lieux comme à l’Office de Tourisme, au Musée des Tapisseries ou à la Bibliothèque
Méjanes.

À ce jour, aucun projet précis n’a encore été élaboré, le site de la future implantation n'a pas été
retenu de manière définitive et les études préliminaires qui permettraient d’évaluer les incidences
financières, sociales et techniques des différentes alternatives possibles n’ont toujours pas été effectuées.

Il est vrai que le financement d’un tel investissement ne manquera pas d’impacter fortement les
ressources de la Ville, alors qu’elle doit faire face à une réduction de ses moyens par suite notamment,
des transferts ordonnés au profit de la Métropole et de l'État.

Plusieurs services du Muséum continuent de fonctionner pour l'instant qui permettent, en particulier, de
conserver les réserves, de poursuivre un travail de recherche avec notamment des fouilles en
paléontologie, d’organiser des expositions temporaires, d’accueillir des enfants en atelier scientifique,
d'animer des activités de découverte scientifique au profit du public et d’encadrer le travail des bénévoles
associatifs qui œuvrent à la conservation des collections.

Mais ces services ne disposent plus que d'un personnel fortement réduit (de près de moitié) et le poste
de conservateur lui-même n'a toujours pas été pourvu bien qu'il soit vacant depuis plus d'un an, ce qui
suscite des craintes, notamment au sujet du maintien de certaines collections dans les réserves comme,
par exemple, les herbiers qui y ont été déposés par d’autres institutions.

La bibliothèque qui contient 4000 volumes dont nombre d’éditions rares est inaccessible et le public ne
peut plus parcourir les collections et discuter avec les équipes.

La crainte est aussi que le Muséum ne meure à petit
feu, en attendant que la Métropole veuille bien ne pas
rester insensible à son sort et prenne la succession de la
Ville d’Aix-en-Provence, en application de l’article
L.5217-2 du code général des collectivités territoriales,
mais sans garantir son maintien à Aix-en-Provence.

Pourtant la demande du public est forte en faveur de
sa réouverture et les visiteurs étaient d'ailleurs près de
40000 chaque année à se presser dans les locaux exigus
et mal adaptés de la rue Espariat, dont plusieurs milliers
d’enfants accueillis dans les ateliers pédagogiques.

Aussi, l'histoire tourmentée du Muséum depuis ses
origines ne devrait-elle pas prendre fin maintenant, tant
des enjeux importants militent en faveur de sa survie.

Les muséums d’histoire naturelle sont nés de l'esprit
des philosophes des Lumières et se sont multipliés en
France après la Révolution française pour démocratiser
les sciences et favoriser le développement d’expéditions
à travers le monde.

Mais aujourd’hui ils ont quelque peine, hormis certains
d’entre eux comme le Muséum National d’Histoire
Naturelle, à faire bonne figure dans le paysage culturel
français, défavorisés qu'ils sont par le faible niveau de la
population en matière de culture scientifique.
Le Muséum était à l'Hôtel Boyer d'Eguilles depuis 1953
Il n'en demeure pas moins qu’ils constituent chacun une plateforme d’information et de débats pour
aborder la relation Homme Nature Environnement, au carrefour des sciences, de la culture, de la
pédagogie ainsi que les enjeux et les questions de société.

L’histoire naturelle est une discipline d'observation, de réflexion, fondée sur la rationalité et les faits
scientifiques avérés et elle étudie toutes les composantes du monde minéral, végétal et animal ainsi que
la diversité humaine, tout en contribuant à ce que la science devienne participative et fasse partie de la
culture.

Dans un monde devenu instable, sectaire, intolérant, sceptique, cette discipline constitue un outil utile
pour lutter contre l’obscurantisme, favoriser l’étude des relations des humains avec le monde, construire
les principes éthiques servant à l'orientation des conduites humaines, préserver un futur durable et
équilibré et sauvegarder la biodiversité.

Il est primordial aujourd'hui de maintenir les relations de l’humain avec la nature alors que le
développement des techniques nous plonge dans l’abstraction et dans des mondes imaginaires où
l’enfant risque de devenir un adulte pour qui la nature n’est plus une priorité.

Un muséum peut être des plus précieux pour permettre aux humains de découvrir dès l’enfance qu'ils
peuvent entretenir des relations privilégiées avec elle.

Tel est le cas du Muséum d’Histoire Naturelle de Toulon qui a été récemment rénové et qui présente
d’une manière remarquable une partie de ses belles collections de minéralogie, d’entomologie et de
zoologie dans un immeuble édifié au milieu d'un parc botanique.

Le libre accès permet aux familles d’y venir avec les enfants dont les plus jeunes sont les plus pas-
sionnés par la découverte, pour eux inimaginable, dans des salles qui sont restées à leur mesure mais qui
ont une part de mystère, d’une multitude d’animaux plus vrais que nature, de minéraux d’une rare
beauté et d'insectes fabuleux.

La joie profonde de ces tout-petits et la manifestation sans réserve de leur amour envers les animaux
ne sauraient nous surprendre et laissent espérer que changer d'attitude et de comportement envers la
nature est possible, si les esprits y sont préparés assez tôt.

La Ville d’Aix-en-Provence ne saurait se passer trop longtemps d’un instrument si utile à la récon-
ciliation de l'homme avec la nature, au développement de l'esprit scientifique et à la connaissance de
l’environnement même si bien d'autres villes n'ont pas mieux réussi qu’elle à en conserver l’usage.

Une rencontre sera prochainement organisée à Aix-en-Provence entre différentes associations qui
œuvrent en France en faveur des muséums régionaux d’histoire naturelle à l'initiative des Amis du
Muséum d'Histoire Naturelle d'Aix-en- Provence (AMHNA) pour faire le point sur la situation de ces
institutions, rechercher les pistes pour en permettre l'amélioration et essayer de dégager les meilleures
pratiques.

L'AMHNA qui a été fondée il y a une vingtaine d’années organise des conférences et des visites de
terrain dans les domaines de la botanique, de la géoloqie et de la paléontologie, effectue avec ses
adhérents un travail de conservation des herbiers, fait connaître au public le patrimoine naturel du pays
d'Aix et contribue à établir un lien entre la société et le Muséum.

Basée à Aix, elle dispose d’un site internet dont l’adresse est : amismuseumaixenprovence.fr

Xavier Farjon,
président des Amis du Muséum d'Histoire Naturelle d'Aix-en-Provence

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