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Place de la kinésithérapie respiratoire en pédiatrie

J.-P.

GOUT

GÉNÉRALITÉS

Ann. Kinesilhér.,

1980,7.365-368

La kinésithérapie respiratoire chez l'enfant est préconisée en complément des thérapeutiques traditionnelles lorsqu'on est confronté à un problème de mécanique pulmonaire: soit des spasmes, soit des encombrements. Cause mécanique donc traitement mécanique, telle est l'idée de base justifiant la kinésithérapie respiratoire. Dans la mécanique ventilatoire, il y a deux aspects: la mécanique interne et la mécanique externe de la cage thoracique. Dans la mécanique externe, chez l'asthmatique par exemple, la ventilation est surtout costale, les enfants ne sachant pas respirer par le ventre. On arrive chez les enfants qui ont une pathologie de type spastique, à des déformations thoraciques, avec une horizontalisation des côtes et un diaphragme bloqué. Au moment des crises, les efforts expiratoires sont la plupart du temps inefficaces, soit par encombrement soit par spasme bronchiq ue. Dans la mécanique interne, il yale spasme bronchique, qui est pratiquement constant dans toute la pathologie respiratoire infantile. Chez

les enfants, il y a une augmentation

importante

de la consommation

d'oxy-

gène liée à l'augmentation

du travail respiratoire.

Le film

pulmonaire

est fait

de deux

couches

tapissant

tout

l'arbre

bronchique,

il

a

un

débit

important

chez un adulte

sain. Tout

le monde

en produit donc une quantité non négligeable. Cette sécrétion bronchi-

que est très nettement

augmentée en pathologie.

La couche

profonde

est faite de sécrétions

indépendantes

du trans-

port de surface.

C'est la qualité

des sécrétions

de cette

couche qui est

altérée, par l'augmentation

de

leur

viscosité

dans

certaines

patholo-

gies, favorisant

les infections

de la muqueuse.

Dans plusieurs

broncho-

pathies chroniques,

des bronches, qu'elles soient diffuses comme dans la mucoviscidose, ces cellules sont complètement détruites si bien que les sécrétions s'accu- mulent et s'infectent: c'est sur ce phénomène que vont jouer les antibio-

qu'elles

soient

localisées

comme

dans

la dilatation

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tiques; la kinésithérapie joue sur l'aspect mécanique, qui ne peut être arrangé par aucune thérapeutique pharmacologique. L'évacuation mécanique des sécrétions, chez l'adulte et chez l'en-

y ait

fant sain ou malade en poussée aiguë, se fait par la toux. Pour qu'il

toux, il faut qu'il y ait un réflexe. Le but de la kinésithérapie est de rame-

ré-

ner toutes sécrétions de la périphérie vers les bronches centrales, flexogènes, d'où le sujet va être capable de les expulser tout seul.

PATHOLOGIES

RELEVANT

DE LA KINÉSITHÉRAPIE

Il existe 4 ou 5 types de pathologies bronchopulmonaires, soit chroniques, qui peuvent relever de la kinésithérapie.

soit aiguës,

Les bronchiolites

Les bronchiolites

sont des atteintes

virales du nourrisson,

volontiers

récidivantes. Leur mécanisme intime les rapproche de l'asthme. Il y a un spasme fixé et une hypersécrétion, la plupart du temps importante, avec des sécrétions claires et non infectées. Souvent récidivante, la bronchiolite est source de séquelles respiratoires, de séquelles bronchiques.

Qu'est-ce qu'on attend du kinésithérapeute en phase aiguë? On attend son aide à la lutte contre l'encombrement par les techniques de

son choix, soit le clapping, soit les vibrations, soit le déclenchement de la toux par l'abaisse-langue mis au fond de la gorge. Le but recherché est de diminuer l'encombrement, de diminuer les vomissements pour per-

mettre l'alimentation

infection,

par excellence; on veut ainsi augmenter la rapidité d'action du traitement « spécifique », qui est souvent peu efficace.

de l'enfant. On veut diminuer

étant le facteur

aussi le risque de sur- même de surinfection

ce stade des sécrétions

L'asthme

Dans l'asthme,

on a des médicaments

pour lutter

contre

le spasme;

pour l'œdème un petit peu aussi; pour l'hypersécrétion,

il n'yen

a pas, on

cherche

bonnes conditions.

Quels sont les buts et les indications des crises et en dehors?

seulement

à

ce que

les sécrétions

soient expulsées dans de

au moment

de la kinésithérapie,

En dehors des crises, on espère à long terme:

- la diminution des déformations thoraciques. Les enfants qui ont

une distension pulmonaire importante, chronique, vont développer une

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L

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-

.

-

cyphose, un thorax en carène, une dépression sous-m ammaire, qes déformations thoraciques qui sont inesthétiques et qui représentent un handicap respiratoire certain;

l'apprentissage

- l'apprentissage

Surtout

-

à l'effort;

de la respiration efficace permanente.

pour les enfants qui ont une pathologie

de bronchospasme,

l'apprentissage à l'effort doit être progressif, L'asthme d'effort existe. On

préconise volontiers la mise en équipe sportive (par exemple le football,

le

basket

)

ce qui est une façon de faire de la kinésithérapie.

 

Pendant la crise, on attend du kinésithérapeute:

 

-

qu'il participe

à

la

maîtrise,

à

la prise

de

conscience

de

la

respiration;

-

qu'il évite l'affolement

de

l'enfant

et

de

la famille,

ce qui

peut

couper la crise dès le début;

 

-

qu'il lutte contre l'encombrement

bronchique.

 

Technique de rééducation

 

- Phase des désencombrements.

- Phase respiratoire.

C'est faire travailler

l'expiration

pour vider

les

poumons,

faire

travailler

le

diaphragme,

faire

travailler

la

ceinture

abdominale.

- Phase de gymnastique

- Phase de l'entraînement

corrective de la colonne vertébrale.

à l'effort,

par exemple la bicycl ette, course

de fond ou la natation, qui est sûrement une des meilleures rééducations pour toutes les insuffisances respiratoires.

Chez "asthmatique, la kinésithérapie peut à court terme couper une crise à son début; elle permet de diminuer l'encombrement, de diminuer le

risque de surinfection,

ces bouchons sont responsables pendant la crise d'asthme d'une sécrétion très fila nte, source d'infections.

donc de diminuer

le risque d'un bouchon muqueux;

des crises, un appoint

psychologique dans cet aspect de l'apprentissage de l'effort, l'appren- tissage du sport, la diminution des déformations thoraciques.

A

long

terme,

on

espère

la

diminution

La mucoviscidose

La mucoviscidose est la maladie qui demande la participation la plus importante du kinésithérapeute. C'est une maladie génétique grave, une maladie du mucus, qui touche d'une part les glandes muqueuses bronchiques, et d'autre part les glandes pancréatiques. Il s'agit d'enfants qui ont des troubles digestifs, qui grossissent mal et qui ont des bronchites à répétition. Ce qui domine le pronostic, c'est l'aspect pulmonaire. Il existe des médicaments pour le problème digestif, mais vis-à-vis de l'état

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pulmonaire, il n'y a pas de traitement spécifique hormis la kinésithérapie et l'aérosolthérapie. La mucoviscidose nécessite une prise en charge par le médecin, par la famille et ce qui est très important par le kinésithérapeute. Que peut un médecin:

- apprécier l'état de l'enfant;

- essayer de stabiliser l'enfant sur le plan digestif;

- surtout prescrire l'antibiothérapie qui sera assez fréquente;

- finalement essayer d'apprécier l'efficacité de la kinésithérapie.

Le kinésithérapeute a un rôle tout à fait fondamental dans la prise en charge de ces enfants, c'est la personne étrangère à la famille qui est là souvent; une bonne coopération entre l'enfant et son kinésithérapeute donne de très bons résultats. Si par manque de familiarisation avec les enfants, par manque de temps, par manque de disponibilité, le travail est trop vite fait ou fait dans des conditions non satisfaisantes, il est quasiment certain que l'état pulmonaire de l'enfant se dégradera. La mucoviscidose est l'exemple parfait d'un travail en équipe; l'équipe c'est la famille, le médecin de famille, éventuellement le médecin spécialiste, le kinésithérapeute et parfois la diététicienne.

Le pronostic

dépend d'un potentiel

évolutif

propre à chaque malade;

c'est

un

facteur

qu'on

ne

maîtrise

pas

et

c'est

pour

cela

qu'il

faut

absolument

s'acharner

sur le facteur

qu'on

maîtrise;

c'est

la qualité

des

soins qui conditionne

la qualité de vie.

CONCLUSION

Pour une bonne pratique, il faut savoir ce qu'est un enfant, savoir ne pas avoir peur de trop en faire, pour éviter de rester en dessous de ce que l'on peut obtenir. Il ne faut pas négliger tout l'apport d'une kinésithérapie efficace; l'enfant, soulagé, accepte facilement les soins.

connaît souvent l'enfant mieux que le médecin qui

le prescrit et pour cela il serait souhaitable d'établir de meilleurs rapports dans les deux sens.

Le kinésithérapeute

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