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Lettres de M. Descartes , où sont traittées les plus belles questions de la morale,

Lettres de M. Descartes , où sont traittées les plus belles questions de la morale, de la physique, de la médecine et [

]

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Descartes, René (1596-1650). Lettres de M. Descartes , où sont traittées les plus belles questions

Descartes, René (1596-1650). Lettres de M. Descartes , où sont traittées les plus belles questions de la morale, de la physique, de la médecine et des mathématiques [publié par Claude Clerselier].

1657-1667.

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PREFACE

a

ij

P

R.

E

F

A

C

E.

crire aisé & familier a rcucillé leur curiosité

voyant

que

&T

;

ses Lettres, qui leur scmbloieiu íi bel-

les,

de ses autres productions, ils

honte de n'en

n'cltoicnt neantmoins

que de simples extraits,

ont eu ic ne sijay quelle

auoir pas rail; d'estime,: &'ont

corn-p

mencé àconnoistre

que lepen W compte qu'ils cìi

que

de leur négligence,

pour

auoient fait, ne venoit

n'auoir pasvouluse donner la peine de méditerauec

luy, sur des pensées

qu'il n'auoit proposées que fous

.1v;iw---,'

.<

les-autrcs

tousí

lc titre de Méditations.

j

Il est de M' Descartes comme

.

célèbres Autheurs

dont les écrits font ordinaire-

j

ment de deux fortes. Les vns font appeliez\Acroa~ niatì(jHcs3 c'est à direydiftìçiles, releucz; &: qui - estant

plus ferrez demandent l'cxpliçation.du Maistre^ou

du moins vnc attention fort sérieuse du Leòteur

de ce

genre

sont les Méditations Métaphysiques

; Et

de

M1 Descartcs, ses principes de Philosophie, fa Dio-

ptrique, &í sa Géométrie. Les autres lònt appeliez,

Exotcriaties, c'est à dire faciles populaires, .qui n'ont

presque besoin d'aucune explication, & qui

estre entendus de tout le monde

la méthode du-mesinç Authcur

;

peuiíent

Et de ce genieibnt

povu'í bien condíiirc

de ses enuieux, &

;

!

fa raison, ses réponses aux libelles les Lettres qu'il a écrites à ses Amis.

Mais ft le premier Volume de ses Lettres a bien

pu dcíia faire connoistre la bonté de ícs autres,Ou-

& leur a fait rendre l'estime qui leur est deuë,

urages,

comme estant les fon,dcmerissur lesquels il a appuyé

P.

R E E

A

G

E.

les situantes réponses qu'il a raires aux difficultcz qui

luy ont esté proposées fur toutes sortes de sujets, Ik

des personnes de toutes fortes de conditions

doute point

le

par

ne

;

que ce second Volume ne produise

quelc premier, tant

auantageux

&

la diucrsité des Questions

la qualité des matiè-

effet encore plus

vn

pour lc grand nombre

qui

res qui

s'y rencontrent, que pour

y.

font

traittécs; dont non feulement on n'a

mais

l'on pust iamais

}

cxri.usques'.icy; aucune parfaite connoissanec

l'on'nc croyoit

pas

meímc

que

arriuer^à quelque choie de plus certain quelc proba-

ble! L'on cn a bien parlé auant M1 Descartes, mais

cc n'est

eonnoistre les choses

Et ie ne feindray point

d'en parler

que

si

pas

;

que

beaucoup

de dire,

n'ous en conaoissons aujourd'huy la vérité, nous en

sommes rcdcuables aux lumières qu'il

a apportées

y

la simplicité & l'euidence de ses principes, qui

par ont; dissipé toute l'obscui'ité dont elles estoient au-

cnúèiopécs.

:parauant

!

Toutesfoisie ne veux point preuenir les esprits;

tte

;

point

d'autre dessein maintenant,

d'inui-

que

tóut)le.ÌBOjade à lire les écrits qu'il nous

a laissez,

i'ayme mieux' attendre le iugement des Lecteurs

ic n'ay

, ter

mais à les lire auec .tout l'esprit &c toute l'attention

qu'ils demandent. C'est vne enuie

venir à plusieurs

ques

j

icy, qui ne

i'ay desia fait

que

&: il n'y en a point

encore eu ius-

m'en ait secu gré, & qui nc m'ait

remercié de mon auis.

Aussi est-ce vne, chose remarquable, qu'on ait

a

iij

PREFACE.

vcu plusieurs Sçauants hommes, aprés auoir esté les

plus échauffez à combattre cette doctrine dans fa

naissance, par la preuention qu'ils auoient

opinions

pour

communes,

íe

les nouuelles,

ics

pour

& l'auerlion qu'ils íentoient

départir tout à

coup

de leurs de leurs

premiers sentimens, renoncer aux maximes

Maistres qu'ils estimoient les seuls & véritables Gé-

nies de la Nature, de toùrhcr le dos à ces anciens In-

staurateuvs des

Sciences, pour

du

de

se

party

ranger

nostre Nouueau, mais

incomparable Philosophe.

On a vûmefmc des Académies toutes enticres^pren-

dre la mcíme

route, &s'abandonnant à la conduite

toutes les démar-

de ce sage Guide,

ches qu'il a

II

y

suiurc

à

pas

pas

faites pour

ladecouucrteejeda vérité;

a eu aussi

dans l'Alemagnc vn feííofesstìur dûs

à .tas-

Ôuú'cûssapper

plus anciens &c des plus célèbres, qui-aiTíoit pris

che de eontrequarfer cette doctrine,

les fondemens

pour

lequelj aprés auoir beaucoupldépen-

;

la certitude de ses principes, & des»"conclusions qu'il

faire des expériences qui pvvsscnt>î,ÌGn|Lcntir

en a tirées, a esté ensin obligé, aprés des Aimées on-» tiercs vainement employées à vn semblable cxamoiiy'

de confesser que plus il auoit cherchéià/lesidastruirey

<k plus il

auoit reconnu la vérité rEn; forte; qud

cn

rien neluyauoitdauantagpconfirméla*certitudedb

par quoy ilaiíoit tas*

v:

:.

;

•-

:

pour

cette science,

cela mesme

que

ché d'en dccouurir la fauíïeté.

Mais

pourquoy

trouuer des

passer iusqu'eii Alemagne

.

témoins d'vne venté si publique?)Paris

P

R E F A C

E.

eíbremply d'vii tres-grand nombre de personne:.,

le deíir d'insùltcr a cette nouiícllc façon de Phi-

les

chez Mr Rohault, tres-sçauant Mathé-

que

losopher, ou du moins la curiosité de sçauoir ce qui

en estoit, a fait aller à l'asscmbléc qui se tient tous

Mecredis

maticien, & fort expérimenté dans les Mechaniquçs, & ecluy de maconnoissanecqui est lc plus versé dans

cette Philosophie, lesquels, aprés auoir esté surpris

de la nouueauté de ses discours, aprés auoir esté con-

duits à l'intclligcncc des Matières qu'il traittoit

ía facilité &: fa manière de s'expliquer, aprés auoir

par

esté conuaincus

la force de ses démonstrations,

par

& pleinement persuadez parla iustesse ôcla conuc-

les expériences ont auec ses raisonnemens,

nance

que

ont enfin esté contraints de donner les mains, &c

d'ennemis ouuerts qu'ils estoient de ectte doctrine,

de s'en déclarer les sectateurs & les deffenscurs.

I'ay crû estre obligé de donner cét auis, ceux qui pourròient douter de la vérité de ce

viennent informer, leur esprit

yeux

le fuis assuré qu'ils

afin que

i'a-

que uahee, en fassent eux-mesmes l'éprcuue, & qu'ils cn

par le témoignage de

jleurs

s'en retourneront en-

tièrement

satisfaits, & qu'ils m'auront obligation de

>

le&en auoir auertis. Le grand nombre de personnes

condition qui se trouucnt en cette Assemblée Í01V les'Dames mGsmc tiennent souucnt lc premier

auec applaudis-

) & qui n'en sortent iamais

rang

qu

sement & admiration, doit conuicr tous ceux qui

ont quelque dfcsir de connoistre .^ de se détrom-

per, a l'honorer quelquesfois de kur présence , ôc

P

R E

F

A C

E.

se rendant les Spectateurs des expériences

fait, se rendre aussi les luges &c les Arbitres

cations qu'on leur donne.Car

ter au iugement d'autruy, quibien íouuent est

d'vne personne ignorante, ou qu'vn faux honneur

celuy

l'on

que

des

y

expli-

s'en

pourquoy

rappor-

engage à ne pas

quand

der

n'est

on peut

à ía propre

pas cn

pute

elle

relaschcr de son premier sentiment, s'en éclaircir foy-mesme, & deman-

l'on cn doit croire ?*Ce

raison

cc que

ces choses qwi

ont esté laissées à la dis-

la vérité se decouurc

des hommes iusqu'a

cc que

mesme, que l'authorité

que tant

que

doit auoir lieu. Ie veux

trop foible

;

pour

Mais quand

bien

sc conduire, on

nostre raison est

obéisse à celle des autres

l'âge nous a vne fois tirez de la sujection de nos Pré-

cepteurs,

&: qu'il

nous laisse à nous-merinesyçomniç dòrínçr delà

que nous

ayons pu

la

meilleure

marque

soumettre à la

nous raison d'autruy pendant nostre enfance, ce seroit

bonté de nostre

Esprit,a esté de

aussi vne

de lascheté & de bassesse, si nous

marque

demeurionsdans

cecteaueugle soumission, & si nous

nous contentions tôusiours.de erpire nos Maístrçs,

en des choses

bien qu'eux à

gemens, Sc les pezer

nous auons droit d'examinerausiì

leuf s iu^-

^èri cc;r

vani-

y

que

nostre tour, iusqu'à iuger de

contre

les

npítres.

ces

grands

C'est

hommes.dçntj'oji

la

mesme

que

té tant l'authorité, nous doiuent seruir 4'éxçrriple

Et Aristote tout le premier, est celúy de tous les

Anciens qui a le moins deferé aux qui l'auoiem precede, & ,qm\a

Cefùirnens

çcux

lapsus librement

'*•

' repris

PREFACE,

repris leurs opinions : C'est

l'on ne fera

de

règne

qu'il

pourquoy

point d'iniurc à ce Philosophe, si

deux mille ans,

aprésvn

on le traitte de la mesme façon

a traitté ses Contemporains. Quelque respect qu'il

ait eu dcuoit

tif qui

a pas

son Maistrc,

il a crû que

;,

&

quoy

la vérité luy

pas

pour

estre plus vénérable

nxiçuxreûíïìcfahs la recherche qu'il

qu'il n'ait

cn a faite, lc mo-

Vecaïtèrdu chemin des autres, n'en

la po^tc

a

efté moins louable.

Aussi yoyohs-hòus tous îcs iours

font

qiíe

ccuxmcs-

profession d'enseigner ses opinions,

mes eut

jVÍant

de cette liberté

vray

railonnablc qui

au

mit pre-

ne

font

nous

fcreríe

laii faux, &,lc certain

douteux,

point de

ícrupûìc' de' s'éloigner de ses scntnnens,

« Je donnent la liberté de le contredire, quand ils

ou u lc relpeót en re-

çroyent^quil te íoiç

mépris

j

tient éncòrc quclquçsvvns,

de

yòyeVpo^r

lúyfeirc

ils tentent toutes fortes

choses comme ils

que

vieni: cc

que

dire les

pehfendquìl'les a du dire. Et c'est delà

grarid sombre

qopinions

a

'V-ori''.atmbue tpûtés

toutes ditterentes,

Aristote

chacun s'essorçant

"âc ^attirer aton pái'tyi & faisant gloire de donner à

,

ìes p^hfée^vn^ explication plus reccuablc

des autfçs. ái blën

celle

que que í'estime qu'on ne {eauroit rien

pour ía mémoire, que

diíe

vriç

de trou-

fois les choses de

Litre déplus glorieux

pier^mpy^rl de luy faire

telle

penfe

torte,qu'on ne puisse plus rien changer en ses

de luy attri-

buer dé" tclíès

opinions

én Physique, que l'euidenec

l'obscurité de

de'Ieurs principes, fort différente de

PREFACE.

ceux qu'on luy impute, auec la certitude des conclu-

sions qu'on cn

pour

peut tirer, les fasse embrasser atout

assez coinmode, ce

vn moyen

me

ectte animosité qui met

pour

ramener ne veulent

luy,

le Monde. C'est

íemble,

raire cesser

parmy

tant de diuiíìon

les Doctes ;&:

que par

bon,

a la raison ceux qui ne

pas

iurant

qu'on puisse rien dire de

s'il n'est tiré de

iés

tique d'vne des Académies du Pais-Bas-., qui donne

pouuoir à tous les Professeurs d'enseigner publique-

ment la Doctrine de Monsieur Descartes', vn des

plus célèbres Professeurs de ces quartiers-là» auoit

Ecrits. Et c'est ce qu'auparauant le Décret authen-

desia fait

Collègues

j lequel ayant

contre vn

vu les

de lés

emportemens

d'cntt'eux'y qui

fans respect à

Aristote auoit osé enseigner ces nouuéiles'opinions,

auoit adroitement trouué

uoir à

de l'es faire rece-

moyen on les- proposant ípus^ le nom

véritables pen-

&

propres

Autheur.

de ía Ville,

ceux

d'Aristotes comme les

sées de cót ancien & fameux

Mais Monsieur Descartes n'a,

feulement.'bien

par

les beaux

;

S'il y

a

par-"

pas

mérité, de la .République des Lettres

sécréts, qu'il, nous a reuelèz de:la Physique

quelque chose qui le rende reeommahdable-

dessus lp$

autres,

c'est principalementj

cc;

-qu'il'st écrit

des choso.SìMotaphysiquesj.dont iln'y'a^tíe-luyseul,

ie sqach,e,qui flous,-on»aic faboG.nc!eú«iflas- ve-'

que

ri

cables-, idées. le dis.lbs choses Métaphysiques, c\3

les, veritez Métaphysiques,,car-ily.á biénido

non pas

Ia,différence entre lésines & les>autrçs. Celles; icy^nci

font autre ohv^se;quecerçairtes-prôporiëùhyiclaircs.&

PREFACE,

euidcntes, communément connues de tout lc rhon-

de^, qui nous scruent de règle

des choses, mais qui ne nous
Cl

íance de l'existenec d'aucune

>

iuger de la vérité

pour menent à la connois-

& qui

considérées

cn

elles - mesmes, ne font point conecues comme les proprietez d'aucune substance, mais seulement com-

me des veritez qui résident en l'cntcndcmcnt,& qui

hors de luy ne subsistent point

Au lieu

parles

que

;

choscsMetaphysiques nous entendons des

Choies ou

des Substances intelligentes, ou bien dés Proprietez

qui appartiennent à ces Substances, lesquelles font

détachées de laMaticre,& ont vne

Subsistance

fans elle, &

propre

indépendante d'elle ;qui font connues

premièrement connues qu'elle. Ce n'est

parauant Monsieur Descartes,plusieurs grands Per- sonnages nayeht parlé des choses Intellectuelles, &&

qu'au-

pas

n'en

m'est

parlé

dignement.; Mais neantmoins s'il

que

l'en pense, vous nkcrt

ayent

permis de dire icy ce

aucun, qui ait conceu bien distinctement

uouucrcz

précisément l'Essencc d'vnc chose

enquoy Spirituelle, & qui l'ait si nettement distinguée de cel-

consiste

le des choses

Matérielles, qu'il n'ait point confondu

vnes, auec les fonctions des autres.

est le seul à qui nous auons l'b~

auoir donne les véritables no-

en mesme temps

pour

parueiiir

decouuert

à vne con-

Car quiconque

douter non plus

les fonctions des

Monsieur Descartes

bligation de

nous en

tions,^ de nous auoir

lc

moyen

dont il s'est feruy

noissance si

distincte & si exacte.

auec

luy,

ne

voudra méditer

pourra

que luy de rexîstence de son

Ame, c'est à dire de sa

P R

E

F A C

E.

existence, entant qu'il est vne chose qui

pioprc

se

;

de

pen-

qui est la véritable

notion que l'on doit auoir

l'on recon-

parquoy

distinguée de la Sub- en soy des Proprié-

ceux que

la Substance Spirituelle, &c

noist manifestement qu'elle est

stance Corporelle; comme

té/,

ayant

ou des Attributs totalement

differens de

nous conecuons pouuoir appartenir à la Substance Corporelle, ou Estcndue.

le n'ignore point

nonobstant tout ce qu'a

ce

sujet,

que

Ci dire ou écrire Monsieur Descartes fur

ne

laissent

pas

p

d'auoir encore aujourd'huy

plusieurs

bien de la peine à conceuoir la Substance de leur

Ame. Mais ielçay bien aussi qu'il

cn a fort

qui

y

peu

veulent comme luy se donner la peine de détacher leur Esprit du commerce des sens, écouter*

dicte la

cc que

raison, òc donner plus à leur Intelli-

vraye

gence qu'à

dire

auec

chose qui

leur Imagination. Et ie pense pouuoir

que

la seule

quelque assurance de vérité,

fait qu'on a de la peine à, .conceuoir la sub-

stance de l'Amc'j

nostre enfance

c'est qu'estant \accp.uiìtumez dés

à ne rien conceuoir àquoyil'on

n'applique en mesme

,

peníe ne

on ne pource

Actions,

temps son imagination, l'on

cn

vne.chose* en laquelle

rien connoistre

trouue rien qui puisse estre iniagin^ Ainsi^

nostre Ame,

ses Facilitez,

ny ses

on

que ny

ny

n'ont rien qui puisse estre. imaginé,

;

&: on va la cher-

l'on se trompe,

.auoir fait vne

4

pour

pense ne rien connoistre en elle

chant où elle n'est

lors que

pour

pour

ainsi

pas,

la mieux

&

par

conceuoir, &

dire, .quelque prise sur elle* Ton

P

R E F

A

C

E.

Anatomie ou Dissection du Corps, on le subtilise &:

on le rend agile, afin de nous faire, ce semble, com- me aperceuoir nostre Ame & ses Fonctions. Mais íi

l'on considère

nostre Imagination n'est

que

pas pro-

feule-

ia Pein-

à représenter

toutes sortes de choses, mais

ainsi

que représenter toutes sortes

j

que

Ames,

que

pre ment celles qui font Corporelles

ture ne peut pas

de choses

Corporelles,

cV

par

mais feulement celles qui font Visibles;

c'est autant d'erreur de vou-

conséquent

loir'imaginer nos

de vouloir voir des

sons ou des odeurs dans vh

Tableau ; On pourra ay-

c'est

que.comme

de les oiiir

èc les

voye

íement se satisfaire, cn considérant

assez apperceuoiivles sons

odeurs

pas ;

que

c'est

Ame,

que

Substance

core

qu'on

que

de levs sentir, encore qu'on ne les

,

aussi assez entendre la Nature de nostre

de connoistre qu'elle est le Sujet ou la

en laquelle font toutes nos pensées, en- ne puisse aucunement imaginer cette

ne peut

douter

que

nos Pensées

iry

que l'on

Substance;Caron

n'áyent quelque Sujet dans lequel elles soient,

penser

lie reconnòist aucune Affinité entrciclles & luy

ce Sujet soit le Corps, d'autant

pour

te; dessein

que

que

- Maisen voila assez

i'aycude

faciliterl'intelligence de

le

peu que

quelques Lettres:Ceux à qui

fait venir l'enuie d'en

ie viens de dire, aura

pourront

fìjauoir dauántage,

se satisfaire enlisant à

fonds les Ecrits de nostre Authejár.3 C'est là, & non

dans vne Préface qu'ils doiuent pleinement s'instmi-

c'est à cétté source qu'ils doitient se désaltérer

ie croiray auoir beaucoup fait,Ti ie puis, seulement

ïe

;

;

irriter la soif de quelque curieux, & l'obligerpar la

éiij

PREFACE,

lecture de cc Liure de recourir aux autres. Au reítc»

le Lecteur m'excuíe si

i'en ay

;

&

différé Timpression

ie l'ay

que

plus qu'il n'auroit souhaité

fait

pour

monde.

moigné

y

qu'il sçache que

la commodité & la satisfaction de

tout le

En voicy la cause. Les Libraires m'ont té- le grand nombre de Lettres Latines qu'il

que

auoit dans le premier Volume, auoit esté cause

î'auoient

que plusieurs personnes qui n"ont point de commerce

auec cette langue, ne

pas acheté, &c mesme

le plus beau du

auoit fait croire à quelqucs-vns

que Liure leur estòit caché. I'ay voulu

pouruoir à cela;

Et en mesme

icttant les

yeux fur vne person-

que

i'auois des-

&; d'exercer

temps

ne .qui me touche de fort prés,

sein d'introduire dans cette

Science

aussi en la Version du Latin, ie luy bonne partie de ces Lettres à traduire,

,

donné vne

ay & c'est ce qui

en a retardé l'Edition. Ie ne

là m ex-

pretens pas par

s'y estre

cuser des fautes qui pourroient

glissées ;i'a-

uoue queie mcíuis tousiours reserué le droit derc-

ueuë ; ieune

mais il est

Traducteur

donner à cc

aussi

vray

que pour

quelque satisfaction de son tra-

uail, i'ay laissé la pluiparc de ses expressions, auf

-

quelles on auroit bien pû donner vn tour plus élé-

mais

plus de

auec lc sens de

gant,

rapport

non pas

PAutheur,quei'y

et plus

ay trouùé assez

que

ie

sidellement rendu.

Peut-estvcaussi

retenu,

i'aurois estre plus soigneux

n'ay esté en vne chose de plus

que

grande importance, & qui auroit répondu dauantage

au désir de l'Autheur, qui nousauertit souucntdans

fes Lettres, qu'il ne les a pas écritesde la manicre qu'il

PREFACE.

Voiidroìt qu'elles fussent, si elles deuoient paroistrc

iour, mais auec la liberté dont on vse enuers ses

au

Amis. I'ay desia employé cette excuse dans vne Let-

i'ay

tre que

ofreníezde

écrite à quelqu'vn de ceux qui s'estoient

cette honneste libcrté,pour iuttificrl'Au-

theur, & me iustisier aussi moy-mesme auprès de luy.

Que

s'il se trouuoit encore icy quelques, termes qui

;

lc prie

sentissent l'aigreur ou lachalcur cie.ladiíputc

tous

que

uir

à la gloire

les Lecteurs de les excuser en faucur du deslein

i'ay eu dé ne riensuprimerdecequipPuuoitser-

ou

à la iustisication de mon Amy, ôc au

désir qu'il auoit d'auancer tousionrsdc plus cn plus

dans la connoissance de la vérité. Et luy &moy som-

mes bien dignes de

pardons luy parce

contre son

par

ces ter-

que

mes ont esté rendus publics

moy parce

intention ; ik

;

bien

Mais

qu'ils me font échappez

que i'aye apporté' a les

Car

adoucir, &: à taire

mégarde

pourra

que

quelque soin

les noms de ceux-

tes de

tout-,

qu'ils concernoient^ il

estre arriué'que ie m'en fois quclqucsfois oublié

aprés

-ccisont'des' guerres

coups

innocentes

ces sor-

disputes, où'les

dcplumelesplus sanglans

sontdonnezquepôlirégorgor l'etreur/il estper-f

mis 1 de parlcríainiiv &'pônr faire triompher; lai vorkéi

outre qu'vnc iniu're,ou

faric, & ne porte

pas

«dés-' Scmtàns, & &s; Latins; '"

démenty n'estpas íiioffcm*

vn

silbin, quand' il est' donné.par

auecí lesjrestrictions* recateV panny

''•:;

;

'

'

? faut-il en-

suffisantes

pas

asin do satisfaire ccuxiqui

Ces excuses iie.|ant>-elles

core quelque choflRe plus',

,

íe pourroient trouuer intéressez j &pour acheuerd'a-

P RE F ACE.

doucir leur aigreur,est-il bcsoin.de les flatter de l'espe-

rance de quelque nouueau présent ìlc lcveux

tant, & leur

en promets

en

theur, qui ne cede

pour-

vn au plutost du mesme Au-

rien aux plus excellens de íés

Ouurages,

la noblesse de fa Matière, & la

pour

npu~

ef-

ueauté de son

inuentión. C'est vn des plus riches

fets de la succession de ce grand Homme, qui m'aic

esté mis entre les mains

celuy qui a esté lc Dépo-

peut

rien

par

sitaire de tous les biens de

íbn Esprit. On ne

donner àl'hommede plus beau

que ce qui porte

la

marque

son Nom & son

que

ie

du Liure

de plus précieux,

ny Caractère.Teílc fera

;

son titre

est,

promets

L'HOMME DU RENÉ'DESCARTES,Ouuragctoutà

fait curieux, auquel il eût esté à souhaiter

niere perfection,

que

son Autheur

y