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DIAGNOSTIC ET TRAITEMENT DES PATHOLOGIES STRUCTURELLES DU BÂTIMENT

José Luis González Moreno-Navarro

1. INTRODUCTION
Domaine d’application
Principes de l’ICOMOS en rapport (rappel)
Importance de la connaissance globale préalable
Causes des désordres structurels
Présentation du plan de l’exposé

2. ÉLÉMENTS STRUCTURELS DE L’HABITAT MÉDITERRANÉEN

3. PRINCIPES DE DÉTERMINATION ET D’EXPLICATION


Approche globale
Rapport espace habitable / forme constructible
Efficacité de la production
Intégrité à long terme - entretien
Apprivoisement du milieu
Adéquation esthétique
Application aux éléments
Les murs
Les éléments de connexion avec l’extérieur
Les ouvertures
Les espaces semi-extérieurs
Les éléments horizontaux rectilignes
Les planchers et les charpentes de couverture
Les éléments horizontaux arqués
Les arcs et les arcades
Les voûtes
Les coupoles
Application au bâtiment dans son ensemble
La relation entre tous les éléments

4. POSSIBLES DÉSORDRES STRUCTURELS ET DIAGNOSTIC


Types d’effets : apparents et non apparents
Causes accompagnées d’effets apparents
Causes lointaines, causes directes
Modifications de l’équilibre (action/réaction) comme cause essentielle
Inventaire des effets apparents (indices ou symptômes)
Tableau d’ensemble
Exemples concrets de causes directes et effets associés
Cause directe dans les fondations
Cause directe dans les murs
Le diagnostic

5. L’INTERVENTION
Critères généraux
Dans les fondations
Dans les murs
Baisse du coefficient de sécurité
Suite à une perte de résistance due à la dégradation de la maçonnerie
Suite à l’augmentation des contraintes de compression
Désolidarisation des couches des murs
Fissures dues à des causes extérieures au mur
Dans les voûtes et coupoles
Dans les planchers
Dans l’ensemble du bâtiment
DIAGNOSTIC ET TRAITEMENT DES constituent les véritables piliers soutenant
PATHOLOGIES STRUCTURELLES les développements de notre exposé :
DU BÂTIMENT La Charte du Patrimoine Bâti
José Luis González Moreno-Navarro Vernaculaire (1999)
Principes pour l’analyse, la
1. INTRODUCTION conservation et la restauration des
structures du patrimoine architectural
Domaine d’application (2003)
Cette présentation traite des Le second document est
éléments qui assurent la stabilité de particulièrement important, étant donné
l’ensemble des organes de fermeture créant qu’il porte sur les éléments structurels des
un espace différencié de l’espace naturel, bâtiments patrimoniaux relevant du
dans lequel les habitants du bassin patrimoine monumental aussi bien que
méditerranéen réalisaient les activités de la domestique ou vernaculaire.
vie quotidienne avant la révolution Par ailleurs, nous partageons,
industrielle. La caractéristique évidemment, à cent pour cent tous les
fondamentale distinguant ces éléments de critères décrits dans l’ouvrage Architecture
ceux que l’on trouve aujourd’hui réside en Traditionnelle Méditerranéenne.
ce que les éléments qui assurent la stabilité
coïncident avec ceux qui enclosent l’espace, Importance de la connaissance globale
de sorte que la structure fait office d’organe préalable
de fermeture et l’organe de fermeture de Ajoutons, dans cette introduction,
structure. En d’autres termes, parler de qu’on ne saurait aborder l’étude des aspects
structure, en matière de bâtiments structurels de tout bâtiment patrimonial
traditionnels, c’est parler également, dans sans l’intégrer à un cadre plus vaste
près de 90 % des cas, d’organes de d’études abordant toutes les variables de cet
fermeture, le domaine d’application de cette édifice, telles que ses aspects historiques et
présentation embrassant, à ce titre, la sociologiques, son comportement depuis sa
totalité du bâtiment. construction, l’entretien dont il bénéficie
Ce type de conception des habituellement ou encore ses types d’usage
bâtiments est en général étranger aux actuels, etc. Cet ensemble de variables nous
professionnels du bâtiment formés au XXIe fournit en effet une série d’informations
siècle, la spécialisation des éléments indispensables si l’on veut comprendre son
constructifs actuels voulant que certains comportement structurel, mais aussi les
assurent la stabilité pendant que d’autres éventuelles défaillances ou pathologies dont
séparent de l’extérieur, d’où l’utilité de il pourrait être l’objet.
souligner cette différence dans cette entrée C’est pour cela que l’expert, qui a
en matière. une vision partielle des problèmes
pathologiques, doit faire partie d’une plus
Principes de l’ICOMOS en rapport large équipe et mener un dialogue continu
(rappel) avec les autres spécialistes dans les
Les critères adaptés à la domaines divers de l’histoire, de la
restauration ou à la réhabilitation de ces sociologie, etc. La connaissance d’un
éléments structurels que nous aborderons bâtiment et de ses problèmes requiert de
ici ne nous appartiennent pas en propre, manière quasi systématique une
mais ils se basent sur une série de principes connaissance de son histoire quotidienne
débattus, ces dernières années, dans les réelle, tant de son passé le plus ancien que
cercles d’experts en restauration, sous de son histoire récente.
l’égide de l’organisation internationale
mandatée par l’UNESCO pour exercer ces Causes des désordres structurels
compétences en matière de conservation du La question que nous venons de
patrimoine, à savoir l’ICOMOS. mentionner prend toute son importance
Nous citerons ici deux des lorsqu’on constate, comme l’a
documents qui recueillent ces critères et qui pertinemment exprimé Abdelmajid
Choukaili lors de son intervention à passés d’un bon état originel à un état final
Marrakech sur « Les désordres spécifiques dégradé.
à l’utilisation des matériaux », qu’on peut Renseignés sur leur état originel,
considérer, de manière générale, l’habitat sur leur état actuel et sur le pourquoi de leur
traditionnel comme le résultat d’une dégradation, nous serons alors en mesure
optimisation sur une longue période d’envisager les méthodes actuelles – qui ne
historique de types associés à des usages, seront pas nécessairement des méthodes de
aboutissant finalement à une conception en pointe, les méthodes traditionnelles
adéquation avec le lieu et le mode de vie de améliorées pouvant faire l’affaire –
ses occupants. Mais au XXe siècle, les capables de nous faire passer de la
conditions d’usage connaîtront une dégradation à un état le plus proche
transformation radicale, qui s’est traduite possible de l’original. Et ce, non seulement
par : par volonté de conservation du patrimoine
- l’augmentation des charges actives par historique, mais surtout parce que, face à
suite d’ajouts dans les parties supérieures des conditions, à un lieu et à un usage
accentuant l’effort sur les murs en rez-de- donnés, il n’y a pas de meilleure façon
chaussée, d’assurer leur stabilité, d’un point de vue
- l’augmentation de la population utilisant purement pratique, que de leur restituer leur
un même parc bâti, état et leur mode d’entretien originels.
- la perte d’une tradition d’un mode
d’entretien nécessaire à la conservation des
éléments assurant une résistance aux agents
atmosphériques, tels que les revêtements
fondamentaux pour la préservation des
capacités porteuses des murs, qui, à l’instar
du pisé, sont très sensibles à cette
exposition aux intempéries.
Nous sommes ainsi conduits à
analyser des bâtiments qui se trouvaient
peut-être dans un parfait état de
conservation au XIXe siècle, pour ne citer
que cette époque, et qui commencent à se
dégrader, le XXe siècle finissant, non pour
des raisons de conception défaillante, mais
à cause du considérable changement
survenu dans les conditions d’usage et
d’entretien qui caractérise le siècle dernier.

Justification du plan de l’exposé


La conséquence immédiate de cette
hypothèse explicative des pathologies
implique que l’étude des problèmes
pathologiques et de leur résolution, tant sur
un plan général que pour des cas
particuliers, aborde en premier lieu la
description de ces éléments structurels dans
leur état originel, avant d’expliquer les
causes présidant à leur état actuel. Dans une
troisième partie, nous examinerons les
principes qui déterminent et expliquent ces
éléments structurels. Une fois que nous
aurons saisi les facteurs expliquant en quoi
consistent ces éléments, ou en quoi ils
consistaient à l’origine, il nous sera bien
plus facile de comprendre pourquoi ils sont
2. ÉLÉMENTS STRUCTURELS DE Cela étant, ces formes allongées
L’HABITAT MÉDITERRANÉEN verticales, horizontales ou en arc doivent
Comme nous l’avons vu en être constructibles, et elles n’existent dans
introduction, nous ne pourrions pas trouver l’imagination du constructeur qu’à
de meilleure illustration pour le titre de condition d’avoir été construites
cette partie que celle comprise entre les auparavant, et non pas à l’état de formes
pages 66 et 96 de l’ouvrage Architecture imaginaires en dehors de toute expérience
Traditionnelle Méditerranéenne. Nous acquise.
n’allons pas répéter ici ce qui est expliqué Mais tout acte de construction,
dans ce livre, mais nous allons projeter comme nous en avons tous fait l’expérience
quelques images choisies parmi les dans notre enfance, soulève une grande
magnifiques illustrations de cet ouvrage. difficulté, qui n’est autre que l’action de la
gravité : si les éléments ne sont pas bien
disposés, ils tombent. Cette forme
3. PRINCIPES DE DÉTERMINATION constructible doit ainsi être stable pour faire
ET D’EXPLICATION DES ÉLÉMENTS face à la gravité d’entrée de jeu. Cette
STRUCTURELS question fondamentale continue à marquer
Notre objectif, dans cette partie, l’existence d’un nombre illimité de
sera d’exposer de manière systématique les bâtiments, sans constituer pour autant une
raisons expliquant les propriétés des explication suffisante, et il nous faut donc
éléments constructifs de l’architecture passer aux variables suivantes.
méditerranéenne. Pour ce faire, nous
appliquerons la méthode employée à
l’Ecole d’Architecture de Barcelone, selon Efficacité de la production
laquelle tout élément est la conséquence Derrière tout bâtiment populaire, on
d’une nécessité de : trouve la rareté des ressources qui oblige à
- créer un espace au moyen d’une user d’ingéniosité ; la mise en œuvre de
forme bâtie stable dès le départ toute solution doit produire un maximum de
- au moyen d’une méthode de bénéfices avec un minimum d’efforts
production la plus efficace possible physiques, non seulement de la part du
- en assurant au bâti la plus longue constructeur, mais aussi de l’ensemble de la
durée possible grâce à un entretien population, pour ce qui est de l’extraction et
approprié de l’approvisionnement en matériaux. La
- en contribuant à améliorer le totalité, pratiquement, de l’habitat
milieu méditerranéen traditionnel fait appel à des
- de sorte que l’assemblage des matériaux accessibles, proches de
formes et des matériaux satisfasse les l’emplacement du bâtiment, et se base sur
aspirations esthétiques que tout peuple des formes constructibles stables dès le
éprouve, même le plus primitif, du fait de sa départ.
nature humaine.
Intégrité à long terme - entretien
Mais le temps passe, il pleut, il y a
Approche globale du vent, il fait chaud, il fait froid, et ce qui
Rapport espace habitable / forme constituait, au départ, une solution aux
constructible problèmes perd sa forme initiale ou une
L'analyse d'une construction prise partie de ses matériaux et se dégrade. Pour
au hasard des images vues dans la parer à ces désordres, le constructeur essaye
deuxième partie nous permet de constater de détecter les défauts survenus et met au
que ces bâtiments visent à créer un espace point une nouvelle méthode qui se révèlera
différent de l’espace naturel, au moyen, peut-être plus durable, en même temps qu’il
dans la plupart des cas, d’élévations détermine les soins réguliers que requiert le
verticales servant de soutien à d’autres bâtiment.
éléments supérieurs de forme inclinée, Résultat : un espace bien construit
horizontale ou en arc. et durable, où l’on doit pouvoir vivre, de
plus, dans un certain confort intérieur.
Apprivoisement du milieu S’il s’agit d’un matériau homogène
C’est là la raison d’être de la comme le pisé banché, toute l’épaisseur est
construction du logis. De tout temps, tous constituée du même matériau. S’il se
les peuples ont cherché à améliorer les compose de petits éléments, on aura besoin,
conditions environnementales extérieures : en fonction du rapport entre la taille de ces
éviter de se mouiller sous l’effet de la pluie éléments et l’épaisseur totale, de deux,
ou de l’humidité du sol ; ne pas avoir trop voire trois couches ou feuilles. Dans les
chaud ni trop froid ; parer à l’excès de deux cas, il est indispensable que
lumière. Résultat : un espace équilibré, l’ensemble des deux ou trois feuilles soit
efficacement produit et conçu pour durer. parfaitement assemblé pour éviter que
chacune d’elles agisse indépendamment des
Adéquation esthétique autres, ce qui entraînerait un risque élevé de
Mais cet espace doit aussi bombement partiel.
engendrer un paysage agréable à la vue, qui
suscite l’orgueil et témoigne de la
personnalité de ses habitants : les textures,
couleurs, dessins et formes qui s’offrent au
regard doivent, en plus d’apporter une
solution aux problèmes pratiques,
s’accorder à une culture donnée. S’il en est
ainsi, c’est qu’on a créé de l’architecture.

Application aux éléments

Les murs Une fois le matériau fixé, cette


La forme des murs s’organise selon épaisseur dépend :
un parallélépipède dont les dimensions - de la hauteur du bâtiment et des
longue (longueur) et courte (épaisseur) sont charges des différents niveaux, avec leurs
perpendiculaires entre elles et parallèles au planchers ou leurs voûtes.
sol ; la troisième dimension, ou hauteur, est - de la sveltesse, ou rapport entre
située à la verticale. Cette forme résulte de hauteur et épaisseur, de chaque pan de mur,
leur rôle de structuration de l’espace en la hauteur étant comprise comme la
même temps qu’elle constitue, comme nous distance entre l’appui inférieur du mur et
le savons tous depuis l’enfance, la meilleure l’élément supérieur qui sert de fixation par
manière d’assurer la stabilité d’un élément un procédé quelconque.
vertical face à sa contrainte la plus
immédiate, à savoir l’action de la gravité.
La longueur est déterminée par le
plan au sol du bâtiment, la dimension
intermédiaire, ou hauteur, dépend de la
hauteur de l’espace recherchée, et la
troisième dimension, l’épaisseur, essentielle
dans le comportement structurel, est
conditionnée par la stabilité comme par le
matériau et le procédé constructif employés. Toutes les charges produites par le
bâtiment se transmettent aux murs du rez-
de-chaussée, et de ceux-ci au terrain par
l’intermédiaire des fondations.
Habituellement, la maçonnerie des murs
montre une résistance à la compression de
l’ordre de 10, 15, 20 kg/cm2, ou guère plus.
Mais, la plupart des sols ayant des
résistances sensiblement inférieures, autour
de 3, 4, 5 kg/cm2, il devient inévitable
d’élargir la zone de contact entre le mur et linteau, le plus souvent en bois, ou un arc
le sol au moyen des fondations. Cette surbaissé fait dans le même matériau que le
surlargeur se calcule en général reste du mur.
proportionnellement à l’épaisseur du mur,
un élément qu’il conviendra de connaître
parce qu’il est à la base de la stabilité de
tout l’ensemble du bâti.

Les espaces semi-


extérieurs
D’autres éléments verticaux
Dans de nombreuses régions, la
délimitent les porches ou les espaces semi-
stabilité des murs est assurée par des
extérieurs : les piliers ou les piédroits dont
éléments en bois qui constituent la véritable
les dimensions sont fonction des éléments
structure ; les lois régissant leur stabilité
horizontaux selon lesquels le porche
diffèrent radicalement de celles que nous
s’organise, droits ou en arc.
venons d’aborder.

Les éléments horizontaux


rectilignes
Les planchers et les
charpentes de couverture
La subdivision sur le plan vertical
de l’espace généré par les murs et la
fermeture supérieure, ou couverture, se fait
le plus souvent à l’aide d’éléments
végétaux, en général des troncs d’arbre ou
de palmiers, dont la principale
caractéristique est la résistance à la traction
et à la compression et, partant, à la flexion.
Ces éléments doivent répondre à
Les éléments de connexion avec deux exigences essentiels: ne pas céder et
l’extérieur éviter une flexion excessive, et leurs
Les ouvertures performances à cet égard sont fonction de
En tout cas, les murs sont des leur forme (portée couverte et section, ou
éléments qui doivent être traversés, soit de dimension verticale), du matériau utilisé, de
portes pour l’accès intérieur, soit de leur résistance à la traction et de leur
fenêtres qui assurent l’entrée d’air et de rigidité.
lumière et ouvrent la vision sur l’extérieur.
On ne doit pas considérer ces ouvertures
comme une fragilisation, mais plutôt
comme une partie intégrante des murs,
même s’il est indéniable que la capacité
portante globale diminue en proportion du
nombre des ouvertures pratiquées.
En matière d’ouvertures, le point
clé, c’est l’élément supérieur qui permet de
transmettre aux montants de la baie, ou
jambages, les charges de la partie
supérieure du mur. C’est d’ordinaire un
Pour des questions d’économie, on de former la structure de rayonnement et de
réduit le recours aux éléments rectilignes de créer l’arc en le hourdant au mortier, ou
grande longueur permettant de franchir la - au moyen de briques disposées
portée totale, généralement plus coûteux, en dans le sens du rayon de la circonférence de
les combinant avec des éléments courts de l’arc et fixées au mortier, le joint de mortier
couvrement placés entre deux éléments se chargeant de donner les différentes
rectilignes principaux. épaisseurs en intrados et en extrados pour
Les matériaux franchissant la portée obtenir la courbe.
de l’élément de couverture font d’ordinaire
office de poutres obliques sans former une
véritable charpente triangulée, du fait de la
difficulté engendrée par la réalisation de
deux assemblages entre les différents
éléments. On trouvera le plus souvent un
entrait sur lequel un poinçon, ou poteau
court, reçoit deux poutres obliques égales à
la moitié de la portée qui portent les plans
d’évacuation des eaux.

Dans les deux derniers cas, le


mortier joue un rôle fondamental
d’adhérence entre les différentes pièces.
Dans le premier cas, au contraire, les joints
Dans les régions plus sèches, on fins servent simplement à égaliser les
rencontre les couvertures plates, semblables surfaces.
aux planchers sur le plan statique, hormis Pour comprendre les arcs, il faut
les charges supérieures auxquelles elles tenir compte d’un point-clé, à savoir le fait
sont soumises, en raison de tout le poids que leur construction requiert un élément
ajouté selon un procédé de superposition de auxiliaire provisoire, le cintre, dont les
couches jamais totalement imperméables, caractéristiques dépendent de la maçonnerie
afin d’assurer l’imperméabilité de de l’arc et des techniques mises en œuvre
l’ensemble. localement.

Les éléments horizontaux arqués


Les arcs et les arcades
Les arcs sont en général réalisés
selon trois méthodes possibles :
- avec des voussoirs bien taillés
permettant des joints très fins entre les
pierres,
- avec des moellons plus bruts,
d’épaisseur relativement faible, permettant
En tout cas, l’arc génère des forces Ceci dit, il existe toute une
obliques, ou poussées, qui agissent sur les tradition, dans une grande partie du bassin
contreforts, comme l’indique la figure. méditerranéen, de fabrication de voûtes où
L’intégrité de l’arc requiert dès le départ les briques sont positionnées non pas de
des contreforts ou des appuis totalement chant, mais à plat, en parallèle à l’intrados.
indéformables. Le moindre mouvement Ces voûtes reçoivent des noms différents
rotatif ou déplacement de la culée selon les régions, comme la voûte tabicada,
augmentant un tant soit peu la portée de maó de pla, in foglio, ou encore la voûte
couverte par l’arc entraînerait sa rupture. sarrasine ; les maçons catalans l’ayant
diffusé dans toute l’Espagne, en France, en
Amérique du Nord et du Sud, elles sont
également connues sous le nom de voûte
catalane ou catalan vault. Elles requièrent
un minimum de deux couches de briques, la
première étant fixée avec du plâtre. Ce
système permet de résoudre le problème
fondamental soulevé par la construction de
tout élément arqué, à savoir le cintre. Les
voûtes catalanes peuvent s’en passer.

Les performances de stabilité de la


culée sont fonction de son
dimensionnement sur le plan de l’arc.
Historiquement, les bâtisseurs ont mis au
point des règles simples mettant en rapport
la portée de l’arc et l’épaisseur de la culée.
Dans le cas d’une arcade où les arcs
retombent symétriquement sur un pilier, les
poussées des arcs s’équilibrent entre eux,
générant ainsi uniquement une charge
verticale, ce qui n’est pas le cas pour les Une multitude de techniques ont été
arcs situés aux deux extrémités qui mise en œuvre pour réduire au minimum le
requièrent un piédroit plus large. besoin de supports provisoires pour les
voûtes ; c’est le cas, par exemple, des
voûtes en briques de chant dont la
Les voûtes construction commence par les coins. Tout
Comme les arcs, les voûtes peuvent cela peut être analysé en observant
être réalisées à l’aide de voussoirs l’appareil de l’intrados.
parfaitement taillés – un exemple plutôt rare Dans tous les cas, pour recevoir les
parce que d’une grande difficulté –, de forces inclinées, ou poussées, exercées par
maçonnerie en pierre faisant appel à des les voûtes, les appuis requièrent une
pièces relativement plates, comparables aux épaisseur supérieure à celle qu’exigent de
briques, qui permettent d’obtenir la courbe simples planchers.
en jouant sur les épaisseurs de mortier, ou
encore de briques disposées de chant. Comme pour les arcs, il est
important d’être renseigné sur la règle
suivie par les constructeurs depuis des
temps immémoriaux, faite de connaissances
empiriques accumulées, pour mettre en
rapport la forme de la voûte, la portée
couverte et l’épaisseur correspondante du
mur assurant la stabilité.
Ainsi, par exemple, une règle en Les coupoles
usage au XVIIe siècle sur le territoire On peut considérer les coupoles
espagnol pour les voûtes en berceau dictait comme un type particulier de voûtes et leur
ce que l’on peut observer sur cette figure. appliquer toutes les considérations
antérieures, auxquelles s’ajoute une
caractéristique essentielle : leur plan
circulaire ou quasi circulaire permet
d’établir un système d’équilibre des
poussées au moyen d’un tirant circulaire,
qui élimine ces poussées. La coupole ne
transmet plus alors que des charges
verticales, permettant une réduction très
Dans le cas de berceaux croisés, sensible de l’épaisseur des murs. La
comme les voûtes d’arête ou en croisée vérification de l’état de conservation de cet
d’ogives, les charges sont transmises aux élément de compensation périmétrale situé
arêtes ou aux arcs diagonaux, et de ceux-ci à la base de la coupole fait partie du travail
aux quatre appuis requis. La règle associée de recherche préalable pour tout bâtiment à
à la construction gothique met en rapport coupole.
portée, forme de l’arc et épaisseur de la
culée, comme nous pouvons le voir sur
cette figure.

La statique graphique est,


aujourd’hui encore, un outil d’une
remarquable utilité pour essayer de
Nous pouvons raisonnablement comprendre et de déterminer les degrés de
supposer que tous les bâtisseurs précarité de la stabilité des édifices
traditionnels possèdent dans ce domaine traditionnels. Pour l’heure, le recours aux
leurs propres règles, transmises du maître à outils informatiques, comme la méthode
l’apprenti, des règles qu’il est indispensable des éléments finis, etc., ne comporte aucun
de connaître dans chaque cas. avantage par rapport aux conclusions que
nous apporte l’emploi de la statique
Insistons encore une fois sur le fait graphique.
qu’un bâtiment à planchers n’est pas
comparable à un édifice à voûtes. Ces
dernières produisent des charges excentrées
à la base des murs et sur les fondations, ce Application au bâtiment dans son
qui n’est pas le cas des planchers ensemble
horizontaux. Une charge excentrée
parfaitement répartie au départ est La relation entre tous les
susceptible de provoquer, au fil du temps, éléments
de petits tassements différentiels au sein des La construction d’un bâtiment
fondations qui peuvent entraîner un léger implique de la part du constructeur
basculement du mur et des fondations, et l’intelligence de la relation unissant tous les
l’apparition d’une petite fissure sur la éléments que nous avons abordés jusqu’ici.
voûte. Cela n’aura peut-être pas de Leur explication demande de les analyser
conséquences majeures, mais cela peut un à un, mais le bâtiment est le résultat
aussi signifier le début d’un enchaînement synergique de l’ensemble, c’est-à-dire, qu’il
négatif aboutissant à l’effondrement du est plus que la simple disposition de ces
mur. éléments les uns à côté des autres. C’est là
un point fondamental si l’on veut
comprendre son comportement sur le long
terme.
Prenons le cas des murs, par
exemple : l’union d’un mur à un autre au
moyen d’un angle de bonne facture peut lui
permettre d’être bien moins épais qu’un
mur isolé, et le dotera en outre d’une
stabilité très supérieure contre des forces
horizontales. D’où l’on déduit que la
disposition des murs selon une forme de
caisse, formant des angles ou des unions en
T, constitue une question-clé dans le
comportement des bâtiments à murs. Au une stabilité à l’épreuve de mouvements
bout du compte, la stabilité ne peut se sismiques bien supérieurs encore.
comprendre que comme stabilité de
l’ensemble des murs réunis. Dans des contextes de forte activité
sismique, l’expérience des constructeurs les
conduit à ajouter des éléments
d’assemblage plus efficaces, comme des
barres de fer reliant des murs opposés.

Et cela nous amène à la dernière Ailleurs, la stratégie adoptée


variable qui rentre en jeu, en matière de combine la maçonnerie et des éléments de
durée à long terme : dans les zones où bois constituant l’ossature du mur, qui fait
l’activité sismique est nulle, les seuls alors preuve d’un tout autre comportement
phénomènes pouvant affecter la stabilité du qu’un mur plein.
bâtiment au fil du temps, comme nous
l’avons mentionné au départ, sont à
rechercher du côté de l’augmentation des
charges, de la réduction des épaisseurs, ou
encore de la dégradation des matériaux.
Il est cependant indispensable de
tenir compte de l’activité sismique dans les
régions exposées à un fort risque. Et il est
nécessaire, à ce titre, de comprendre le
comportement d’ensemble de tous les
éléments.
Un mur isolé soumis à un
mouvement sismique perpendiculaire à son
plan tombera facilement. Si ce même mur
forme un U avec deux autres murs
perpendiculaires, il peut tout à fait offrir
4. POSSIBLES DÉSORDRES de la gravité ou incluent les activités
STRUCTURELS ET DIAGNOSTIC sismiques.
Toutes ces observations sur la Dans le premier cas, tout dépend du
raison d’être des éléments constructifs coefficient de sécurité requis par les
constituent un premier inventaire des normes ; il peut osciller entre 2,5 et 3 pour
possibles pathologies structurelles liées à la le neuf. Si le calcul de ce coefficient pour
défaillance d’une des clés que nous un édifice existant donne 2, on pourrait en
estimons fondamentales pour un déduire un manque de sécurité. Il serait
comportement structurel correct. Nous pourtant insensé de le soumettre à une
pourrions baser notre approche sur cet procédure complexe et agressive de
inventaire, mais il est préférable d’aborder renforcement, vu que le constat d’un
directement les désordres les plus courants, équilibre existant sur des dizaines d’années,
selon ce que nous enseigne l’expérience, en en l’absence de dommage, constitue une
commençant par les causes possibles, pour preuve aussi scientifique, si ce n’est plus,
passer ensuite à leurs effets apparents, ce que l’application d’une norme.
qui nous permettra une approche du bâti et La réalisation d’études
de ses pathologies comparable à la géotechniques donne lieu à un cas
démarche du médecin auscultant son particulier. Ces études indiquent
patient. A travers ces effets apparents ou fréquemment que le terrain sur lequel est
ces symptômes, nous essaierons de déceler assis un bâtiment depuis 200 ou 300 ans
les causes, à la manière du médecin qui sait n’est pas en condition de garantir sa
qu’un même symptôme peut correspondre à stabilité. L’erreur peut non seulement
des causes très diverses. Cela étant, certains dériver de l’application d’un coefficient de
cas peuvent ne pas avoir d’effets apparents. sécurité disproportionné, mais aussi du fait
que l’étude a été menée hors du bâtiment,
sur un terrain distinct de celui situé sous ses
Types d’effets : apparents et non fondations.
apparents Le problème est autre quand les
La plupart des causes produisent des normes prennent en compte les activités
effets parfaitement visibles, fissures, sismiques. Dans les régions où les séismes
ruptures, déformations, affaissements, etc., de grande ampleur obéissent à des
qui représentent, comme pour une maladie, fréquences très espacées, leurs effets ne
un avertissement explicite sur les sont pas gravés dans la mémoire collective.
changements affectant les équilibres initiaux. De ce fait, les constructeurs ne dotent pas le
Mais une baisse du coefficient de
bâti de mesures antisismiques. Une
sécurité peut également se produire, sans
nouvelle réglementation, basée sur des
indice apparent, par suite d’un changement
d’usage poussant à l’extrême la capacité de données historiques et géologiques précises
résistance d’un mur sans la dépasser. Quand inconnues jusqu’alors, peut avertir de la
il est connu, il est nécessaire d’intervenir sur probabilité d’un nouvel épisode sismique,
un désordre de ce type, car il comporte un auquel le bâti serait manifestement
grave danger pour les usagers, le moindre vulnérable. A l’évidence, nous ne sommes
changement pouvant entraîner une pas là devant un cas de pathologie, mais la
défaillance. procédure de réhabilitation n’en devrait pas
On peut observer un phénomène moins servir à introduire les renforcements
similaire, en apparence, quand on applique au nécessaires.
bâti existant les normes de sécurité
structurelle du neuf, apparues au XXe siècle, Causes accompagnées d’effets apparents
que certaines législations nationales ont Causes lointaines, causes directes
rendu obligatoire en matière de procédures de Les causes directes des effets visibles
réhabilitation. Dans la plupart des cas, le bâti sont à leur tour, de manière quasi
existant n’est pas aux normes, ce qui nous systématique, des effets d’autres causes, que
amène à conclure alors à une subite l’on appellera causes secondes ou lointaines
pathologie structurelle du bâtiment concerné, et qui, même éloignées de la localisation du
sans qu’aucun symptôme ni changement ne symptôme, sont les causes à l’origine du
se soit manifesté. La situation varie selon que
problème. L’affaissement d’une partie des
les normes renvoient uniquement à l’action
fondations sera la cause directe d’une fissure Ajoutons ici une cause dont les effets
dans le mur, mais la cause qui produit ce très apparents – fissures et crevasses – ne
tassement des fondations peut venir d’une sont pas attribuables à une modification de
modification survenue de manière naturelle l’équilibre : l’oxydation et l’inévitable
dans le niveau phréatique des lieux, ou bien augmentation de volume des éléments
d’un changement dans la circulation des eaux métalliques encastrés dans la maçonnerie. Au
souterraines à la suite des travaux réalisés par cours de la deuxième moitié du XIXe siècle et
un voisin éloigné. Les recherches doivent d’une partie du XXe, la construction de
planchers ou de tirants de coupole en acier
donc être menées selon un parcours qui va du
oxydable était monnaie courante. En se
symptôme à la cause directe ou immédiate, et
dégradant, ces éléments cassent, fissurent et
de celle-ci à la cause seconde ou lointaine lézardent tous les matériaux à l’entour.
réellement à l’origine du désordre ou de la
pathologie.

Modifications de l’équilibre Inventaire des effets apparents (indices ou


(action / réaction) comme cause essentielle symptômes)
L’état originel d’un bâtiment
présente une situation d’équilibre total : à Tableau d’ensemble
toute action dérivée de la charge ou de Le tableau ci-joint met en regard les
l’usage correspond une réaction égale dans diverses causes directes et le lieu, la zone ou
le sens contraire qui l’équilibre. Une la partie de l’élément où elles produisent
pathologie structurelle a pour cause leurs effets. Selon le lieu, l’effet sera plus ou
essentielle une variation dans ce rapport moins visible ; s’il se produit dans les
d’équilibre, qui peut découler d’une parements du mur, il sera aisément
variation des actions ou des réactions. Les perceptible ; si l’effet est un affaissement ou
actions sont en général le résultat de une déformation du mur, il sera uniquement
facteurs anthropiques, comme observable en vue de profil, si c’est possible,
l’augmentation des charges provoquée par etc.
la transformation d’une chambre à coucher
en magasin, par exemple. Mais elles
peuvent également être le fruit d’une Si la cause directe est :
dégradation survenue dans les éléments
constructifs, telle que la rupture du tirant a) variation du rapport entre charges et
d’une voûte à tirant qui produit une capacité portante
nouvelle action absente de l’état originel.
Les réactions sont elles aussi b) variation entre les axes principaux d’action
sujettes à variations, la plus courante étant et de réaction
la modification de la capacité des
résistances de la maçonnerie par suite de la b.1) par suite de modification dans
détérioration des matériaux. Mais il faut les actions
également considérer de possibles vertical,
changements dans la forme des éléments horizontal (traction, compression)
dus à des actions des usagers, comme le
percement, par exemple, d’une ouverture b.2) par suite de modification dans
dans un mur existant, qui a forcément des les réactions
répercussions sur l’équilibre original, la courte,
partie restante du mur devant fournir une longue,
réaction supérieure face aux actions inversée
existantes.
L’expérience nous enseigne
également qu’une pathologie est le plus Si la zone principale de manifestation de
souvent le résultat de deux causes l’effet est :
concomitantes, si ce n’est plus. Le principe
de prudence exige en toute logique a) parements des murs
d’examiner les causes en profondeur, parce b) plan transversal du mur
que le seul fait d’en détecter une ne
résoudrait pas le problème.
cause directe parements des murs plan transversal du
mur

variation du rapport entre


CHARGES ET CAPACITE
PORTANTE

variation entre les axes


principaux d’action et de
réaction par suite de
modification dans les
ACTIONS
vertical

horizontal a compression

horizontal a traction

dans les REACTIONS

longue

courte

inversée
Exemples concrets de causes directes et
effets associés

Cause directe dans les fondations

a) effets principaux sur les murs

a.1) sur les parements

tassements différentiels aux extrémités du


bâtiment

tassements différentiels au centre du bâtiment

déplacement du terrain
a.2) dans un plan perpendiculaire au mur
b) effets différés sur les éléments
basculements et affaissements différentiels adjacents (couvertures, voûtes, planchers)

b) effets différés sur les éléments adjacents


(couvertures, voûtes, planchers) Les seules causes lointaines
possibles sont l’accroissement des charges ou
la dégradation des matériaux.
Si l’on dispose de témoignages
(photographiques, par exemple) montrant que
le bâtiment était en parfait état par le passé, Cause directe dans les éléments adjacents
les causes lointaines sont à rechercher du côté (couvertures, voûtes, planchers)
de la variation des conditions initiales. Ces effets : affaissements, basculements,
causes peuvent ainsi résider dans la etc., sur murs.
détérioration des matériaux, comme nous
l’avons vu, dans l’action des eaux (
variation du niveau phréatique,
variation du taux d’humidité pouvant
provoquer expansion ou rétraction des
argiles, ou diminution des résistances) ou
dans la proximité d’un chantier produisant
affouillements et entraînements déblais ou
remblais.

Cause directe dans les murs


a) effets : rupture par compression,
bombement global des feuilles, rupture par
effort de cisaillement

Les causes lointaines possibles sont


des poussées latérales des couvertures,
voûtes, planchers, dues à l’accroissement des
charges, la rupture de tirants, le mouvement
du bois ou l’oxydation des éléments
métalliques.
Le diagnostic Pour conclure, je pense qu’il est intéressant
de citer quelques Principes tirés du document
Face à des altérations visibles, le établi par l’ICOMOS à ce sujet, les qui
diagnostic consiste à identifier les causes en viennent appuyer et élargir notre propos :
remontant l’enchaînement qui les a produites
dans cet ordre : dommage-effet-cause 2.5 La conservation des structures du
directe-cause lointaine. patrimoine bâti requiert simultanément des
La conduite du diagnostic doit suivre analyses qualitatives et quantitatives. Les
toutes les phases d’une investigation. Il premières sont fondées sur l’observation
démarre par l’observation directe et la plus directe des désordres et de la dégradation
détaillée possible des dégâts. S’il s’agit de des matériaux. Elles s’appuient sur les
fissures similaires à celles que nous venons recherches historiques et archéologiques.
de décrire, il est nécessaire, dans un premier Les secondes concernent essentiellement les
temps, d’essayer d’en déterminer la cause
tests spécifiques, le suivi des données et
immédiate. Pour ce faire, l’observation
l’analyse des structures.
détaillée doit identifier à quel mouvement des
lèvres correspond la fissure en question, et
l’observation d’ensemble doit déboucher sur 2.6 Avant de prendre une décision
le dessin le plus précis possible du concernant une intervention sur des
phénomène. structures il est indispensable de déterminer
Grâce à la comparaison avec les causes des désordres, et ensuite
l'inventaire précédent, nous pourrons obtenir d’évaluer le niveau de sécurité de la
une première hypothèse explicative du structure.
rapport de cause à effet ; le nombre des
causes excédant celui des effets, il est 2.7 L’évaluation du niveau de sécurité (qui
cependant nécessaire de mettre le bien-fondé est la dernière étape dans le diagnostic ou le
de cette première hypothèse à l’épreuve des besoin de traitements est effectivement
faits. Si elle indique un excès de charge ou déterminé) doit tenir compte des analyses
l’apparition d’une nouvelle action, il faudra quantitatives et qualitatives et de
modéliser l’ensemble au moyen d’une simple l’observation directe, des recherches
descente de charges ou d’une analyse statique historiques, de la modélisation
graphique. Si la cause relève d’un autre type, mathématique le cas échéant et, en tant que
il est important de s’assurer de l’existence de besoin des résultats expérimentaux.
tous les effets associés à celle-ci dans
d’autres parties du bâtiment.
2.8 Le plus souvent l’application de
En supposant que nous avons trouvé coefficients de sécurité conçus pour les
la cause immédiate, il nous faut encore ouvrages neufs conduit à des mesures
trouver la cause lointaine en continuant excessives, inapplicables pour les édifices
d’appliquer la méthode de la vérification des anciens. Des analyses spécifiques devront
hypothèses. alors justifier de la diminution des niveaux
Quoi qu’il en soit, il est nécessaire de sécurité.
de savoir si le dommage a pour origine un
phénomène passé ou s’il est en train de se
produire sur le moment ; si l’on a affaire à
une fissure, on parle en la circonstance de
fissure arrêtée ou active. Dans le cas d’une
fissure active, il est indispensable de
connaître sa vitesse de propagation.

L’ensemble des opérations


d’observation, d’instrumentation et
d’expérimentation décrites dans la
conférence de Xavier Casanovas Les outils et
instruments pour le diagnostique constitue
toujours un instrument incontournable pour
un bon diagnostic.
5. L’INTERVENTION les matériaux d’origine, afin d’éviter les
effets secondaires non souhaitables.
Critères généraux
Les Principes tirés de ce document
qui a trait au patrimoine monumental sont L’adoption de ces critères,
également porteurs de critères généraux manifestement rationnels, suppose
d’intervention, applicables à plus forte l’abandon des techniques d’emploi courant
raison au bien plus fragile patrimoine dans la seconde moitié du XXe siècle qui n’y
domestique méditerranéen. Nous avons répondent pas, et se sont avérées, en outre,
extrait six de ces critères qu’il est nettement préjudiciables, peu de temps
indispensable de connaître avant d’entrer après leur mise en œuvre.
dans le détail des cas particuliers : A n’en pas douter, les interventions
que l’on peut projeter sur la base de ces
3.1 La thérapie représente le champ des critères requièrent, d’une part, une
actions exercées sur les causes profondes connaissance approfondie du bâtiment à
des désordres, et non sur les symptômes. réhabiliter, c’est-à-dire une mise en œuvre
poussée des points abordés à propos du
3.2 La meilleure thérapie pour la diagnostic, et, de l’autre, une connaissance
conservation est l’entretien préventif. approfondie non seulement des techniques
actuelles les moins agressives, mais surtout
3.4 Aucune action de doit être entreprise des savoir-faire traditionnels qui ont
sans que son caractère indispensable n’ait façonné le bâti d’origine, tout cela étant
été démontré. pour le moins complexe.
Les techniques que nous allons
3.5 Les interventions doivent être examiner maintenant visent avant tout à
proportionnées aux objectifs de sécurité neutraliser les causes directes de manière
fixés et être maintenues au niveau minimal générale, chaque bâtiment possédant ses
garantissant stabilité et durabilité avec le caractéristiques spécifiques, en même
minimum d’effets négatifs sur la valeur du temps que les causes de la pathologie
bien considéré. propre à chaque édifice. Seule l’étude
particulière de chaque cas, par la mise en
3.7 Le choix entre les techniques œuvre des critères et des méthodes que
“traditionnelles” et les techniques nous avons exposées, permettra une
“innovantes” doit être fait au cas par cas, en intervention adaptée. Et n’oublions pas les
donnant la préférence aux techniques les causes lointaines derrière les causes
moins envahissantes et les plus directes.
respectueuses des valeurs patrimoniales, Nous exposerons ces techniques en
tenant en compte les exigences de sécurité les associant directement aux causes
et de durabilité. immédiates des pathologies les plus
fréquentes.
3.9 Les mesures choisies doivent être
réversibles autant que possible, de telles Dans les fondations
sorte que, si de nouvelles connaissances le Les effets visibles peuvent être les
permettent, des mesures plus adéquates fissures dont nous avons parlé ou des
puissent être mises en œuvre. Si les affaissements de murs, provoquant
mesures ne peuvent être réversibles, on doit l’apparition de fissures sur les voûtes, etc.
s’assurer que des interventions ultérieures Le plus souvent, la cause directe est
puissent encore intervenir. une perte de résistance du terrain,
attribuable à son tour à une seconde cause,
3.10 Tous les matériaux utilisés pour les ou cause lointaine, qui peut être une cause
travaux de restauration, particulièrement les quelconque parmi celles que nous avons
nouveaux matériaux, doivent être testés de vues. L’intervention peut prendre trois
manière approfondie et apporter les preuves directions : augmenter la surface de contact
non seulement de leurs caractéristiques des fondations afin de réduire la contrainte
mais également de leur compatibilité avec de compression, raccorder la fondation à un
terrain plus résistant en profondeur, ou
augmenter la résistance du terrain.
L’augmentation de la surface de
contact est une opération délicate et
coûteuse, mais réalisable à l’aide de
techniques exclusivement traditionnelles. Il
s’agit de remplacer le terrain sous la
fondation par une maçonnerie plus large.

Le raccordement de la fondation à
un terrain plus résistant en profondeur met
en œuvre la technique des micropieux. En
réalité, cette solution n’est nécessaire que
dans très peu de cas. C’est assurément une
option très agressive, à laquelle on ne devra
recourir que dans les cas extrêmes.
Pour accroître la résistance du
terrain, nous disposons à l’heure actuelle
des techniques qui ne sont pas accessibles
dans toutes les régions. Il s’agit
manifestement de techniques qui n’ont rien
de traditionnel, faisant appel à des
matériaux qui n’existaient pas par le passé,
potentiellement porteurs d’effets
secondaires.
Rappelons ici qu’il est essentiel de
déterminer la cause lointaine de cette perte
de résistance du terrain et n’oublions pas
qu’elle ne tient « peut-être » qu’à un rapport
géotechnique.
Etant donné la complexité de toutes
ces interventions possibles, il peut être
envisageable de ne pas agir sur les causes,
mais uniquement sur les effets. Face à
l’affaissement d’un mur à la suite d’une
défaillance du terrain, par exemple, il est
toujours possible de monter un contrefort
pour en neutraliser le mouvement ou de
En général, il n’est pas du tout l’entretoiser sur des parties saines du
nécessaire d’armer cette nouvelle bâtiment.
maçonnerie. Au vu des petites charges
caractérisant l’architecture domestique
méditerranéenne, c’est la solution la plus
appropriée.
Comme on le voit sur la figure,
l’opération doit s’exécuter par tronçons
alternés afin de ne pas laisser une trop
grande largeur de fondation hors appui.
Dans les murs introduites par perforations obliques venant
Baisse du coefficient de sécurité coudre les pièces de la maçonnerie en
Suite à une perte de augmentant leur enchevêtrement.
résistance due à la dégradation de la Il semble presque superflu d’ajouter
maçonnerie que le changement conceptuel et pratique
Si la dégradation vient d’une perte entraîné par ces procédés, aux résultats
de mortier sur les joints extérieurs, il est douteux à long terme, ne se justifie que
nécessaire de les reconstituer par dans des cas très spéciaux.
rejointoiement. Si cette perte est interne aux Si le renforcement s’avère
murs, on réalisera des injections de coulis indispensable et que l’on veut suivre les
pour colmater les interstices. principes exposés auparavant, cette
augmentation de la surface portante devra
se faire au moyen d’une surépaisseur de la
même maçonnerie et liaisonnée au
maximum avec l’ancienne.

Désolidarisation des couches des


murs
Ses effets se traduisent par un
renflement des parements, la portance des
murs s’en trouvant sensiblement réduite,
comme nous l’avons signalé. L’intervention
Les pierres endommagées peuvent
la mieux adaptée passe par l’étayage de la
être remplacées si l’on dispose de pièces de
partie affectée, prélude à un démontage et
même nature.
une reconstruction à l’aide du plus grand
Si la dégradation affecte de grands
nombre possible de parpaings ou boutisses
pans de mur, la solution exige alors une
de liaison des couches.
reconstruction totale des zones affectées.
Si la dégradation affecte la totalité
du mur, on devra procéder à un
remplacement fonctionnel en élaborant une
nouvelle structure parallèle dont la
maçonnerie sera probablement différente de
l’originelle.

Suite à l’augmentation des


contraintes de compression
Cette cause directe ne peut avoir
pour causes lointaines que les seules actions
anthropiques, telles que changement
d’usage, réduction des surfaces par suite de
percements d’ouvertures ou actions
similaires. Au vu des difficultés soulevées
par toutes les interventions possibles, il est
évident que la solution à ce problème
consiste à ne pas accepter ces changements
effectués ou proposés par les usagers ou les
promoteurs.
Une solution couramment
envisagée consiste à disposer des deux
côtés du mur des renforcements épais en
béton liaisonnés entre eux. Une autre
préconise l’augmentation de la résistance au
moyen de nombreuses barres d’acier
Fissures dues à des causes possibles : la pose de tirants ou la
extérieures au mur réalisation d’une deuxième voûte en béton
Quand on a remédié aux causes armé sur l’extrados de la première, qui met
directes et lointaines des fissures, il un terme au problème en évitant sa
convient de boucher ces dernières pour déformation.
assurer la continuité de la transmission des Au vu de nos principes, il est clair
charges et l’étanchéité. que cette solution est difficilement
La méthode la plus radicale, qu’on acceptable. Le tirant constitue certainement
appelle cucci e scucci en italien, consiste à une solution traditionnelle bien plus
désassembler la maçonnerie des deux côtés recevable.
de la fissure pour la remonter en colmatant
l’ouverture créée au démontage.

Le rejointoiement est la méthode la


Ce doublage sur l’extrados
plus courante.
s’emploie également comme renforcement
En général, l’emploi d’éléments
face à de nouvelles charges d’exploitation.
métalliques faisant office d’agrafes est
L’intervention doit tendre à éviter ces
dépourvu de sens. Quand on a remédié aux
nouvelles charges et quand cela s’avère
causes, les agrafes ne servent à rien, et si les
impossible, à exécuter le renforcement en
causes sont encore actives, elles sont tout
augmentant l’épaisseur de la voûte à l’aide
aussi inutiles, vu que la maçonnerie ne peut
d’une maçonnerie identique.
pas assumer les tractions et, à défaut de
A la base des coupoles, une
céder sur la zone « agrafée », elle cédera un
pathologie peut manifester ses symptômes
peu plus loin.
en intrados comme en extrados, à savoir
l’oxydation du tirant circulaire.
L’intervention requiert en général son
Dans les voûtes et coupoles
extraction et son remplacement par un
Comme nous avons pu le constater
élément similaire depuis l’intérieur ou
précédemment, les poussées des voûtes et
l’extérieur de la coupole.
des coupoles peuvent constituer les causes
directes ou lointaines des fissures ou des
affaissements survenant dans les murs, et
Dans les planchers
les fissures qui peuvent apparaître sur ces
La perte de résistance des
voûtes et coupoles ont pour origine soit ces
principaux éléments en bois est attribuable
affaissements mêmes, soit des désordres
à la dégradation ou à la perte de section
dans les fondations. Si les causes lointaines
provoquée par des agents biologiques, tels
sont sous contrôle, les murs ou les
que champignons de la pourriture ou
fondations renforcées, il faut alors les
insectes. Si la perte affecte l’élément dans
rejointoyer.
son ensemble, la solution est le
Ceci dit, devant le prix élevé de ces
remplacement. Si elle n’affecte que les
renforcements, comme nous l’avons vu, on
parties encastrées dans les murs, les parties
décide souvent de s’attaquer à la cause, à
affectées peuvent être remplacées par des
savoir la voûte, en annulant ses poussées.
résines qui en reproduiront la forme
Nous sommes face à deux méthodes
originelle et amélioreront la résistance et la voir s’est longtemps fait au nom des
durabilité de la poutre, en armant ces contraintes sismiques, mais outre le fait
résines pour assurer l’assemblage avec la d’être difficilement acceptables sur un plan
partie bois. conceptuel, ses effets peuvent se révéler
Si la perte est due à un contreproductifs en cas d’épisode sismique.
vieillissement inévitable de poutres déjà Une fois encore, les solutions
rares à l’origine, une solution simple et traditionnelles sont plus compatibles avec le
efficace, bien que peu séduisante, consiste à bâti traditionnel, en toute logique.
ajouter une poutre transversale sur la partie
inférieure, de sorte à diviser la portée
couverte.
Si l’on préfère, on peut également
réaliser ce renforcement sur la partie
supérieure en augmentant la section des
poutres ou de l’ensemble du plancher à
l’aide de panneaux de particules de bois
faisant office de chape de compression.
En guise de conclusion, il est utile
de rappeler certains des principes sur
lesquels cette partie s’est ouverte :

3.7 Le choix entre les techniques


“traditionnelles” et les techniques
Quant à la chape de béton armé, “innovantes” doit être fait au cas par cas, en
tellement répandue, c’est une solution à donnant la préférence aux techniques les
éviter si possible. moins envahissantes et les plus
respectueuses des valeurs patrimoniales,
Dans l’ensemble du bâtiment tenant en compte les exigences de sécurité
Nous avons déjà abordé deux et de durabilité.
situations pour lesquelles l’intervention
affecte l’ensemble du bâtiment : les 3.10 Tous les matériaux utilisés pour les
entretoisements destinés à éviter des travaux de restauration, particulièrement les
affaissements ou des déformations de murs. nouveaux matériaux, doivent être testés de
La mise en œuvre systématique de cette manière approfondie et apporter les preuves
solution entre tous les murs permet de non seulement de leurs caractéristiques
réduire efficacement la vulnérabilité mais également de leur compatibilité avec
sismique de l’ensemble du bâtiment. les matériaux d’origine, afin d’éviter les
effets secondaires non souhaitables.

* * *

Le renforcement au béton armé de


la surface des planchers que nous venons de