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L'Année sociologique (1896) Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

L'Année sociologique (1896)

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

L'Année sociologique (1896). 1896-1897. 1/ Les contenus accessibles sur le site Gallica sont pour la
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L'Année sociologique (1896). 1896-1897.

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Année 1

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BIBUQTHËQUE

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L'ANNEE

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DURKHEIM

~'[ofe<M)Nf de t~ei")''ttkA h t'<tcuh<'te), tettrtt do )'UaiYet"iit<) <te Bontotmt

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PRENtÈM ANNÉE (iMe-tMTy

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PARIS

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FEUX ALCAN, ÉDtTEUR

<08, eoeLKVAttf eAtKT'o6<m*)K) <08

t898

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MM.

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EMtLEOURKHEtM

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Pt~fesseur d~tpctoiugie & ta Faeutto de~ tettfcs de t'UniveMtK

deBordcauï.

.\Y)!CHCOLHBOMTtOSMi)M.

MCM<mD, dM-tem t. ttttre'! E. ).EWY, <')xtte<t de

StMOE).,

j'roffMtMft )TBittM)t< de Btriin;

muM

!t )< F)(t)))tt de

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BOUO).É, mtttre de fonMrcMMt t'L'toMrtiK de Moxtjtt.~tt.r!

FAUCCNMET, HU6EHT, LAPtE, HAUaa. A. Wtt.HAUO,

MUfFAttO. PAMO),

8)M)AMO, ))mfMwnf< )tj~<tde )'t'<titcr<)M.

PREMIERE ANNÉE (M96.MC7)

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MÈMOREa ORtO)MAU)t

K. B<trh)tet)tt. ~M/ott/MK </e /'<Mt-M~ et

Of'tj/MC~.

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ANALYSES

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Softo-

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Kf//f, <'CaMeK«~Mf. MtMMW.

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ANC!EXXË HBRAtUtE GKKMER BAtLHËKE ET C''

FÉLIX ALCAN, ËDtTEUR

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BOUm'ABO SAtST'CBnMA)!<, <08

i898

Tottt dfoih rfMtt<<.

PREFACE

L'.htKt'c Mf/o~t~Mf n'a

seul ni même

pas pour

pour

principal objet de présenter un tabtcau annuel do l'état

setrouve lu titt6)'aturo~<'<Mf'M~-oct'a~u< Ainsi circons-

crite, la tache serait trop restreinte et do médiocre utilité

car les travaux de ce

pour

travailleurs.

genre sont encore

trop peu nombreux

nécessaire aux

croyons-nous,

informés des

qu'un

organe bibliographique spécial soit

Mais ce dont tes sociologues ont,

car c'est ta

régulièrement

que

un pressant besoin, c'est d'être

recherches qui se font dans les sciences

du droit, des tnœurs, des retirions, statistiquemoraie. sciences

économiques etc

spéciaies, histoire

se trouvent les matériaux construire. Répondre à ce

présente publication.

s'il ne veut

éten-

avec lesquels la sociologie se doit

11 nous a paru que,

le meilleur

besoin, tel est, avant tout, le but de la

dans état actuel de la science, c'était

moyen d'eu luter tes progrès. En e)ïet, les con-

pas se

iivrerà un vain exercice de diatectiquo, sont tellement

dues et variées, les faits sont si nombreux, épars de tant do côtés qu'on a grand mai a les trouver et qu'on risque tou-

naissances qu'un sociologuedoit posséder,

jours d'en omettre

d'essentiels. JI est doue désirable qu'uu

davantage à ta disposition

lu sociologie se spé-

que

savant d'acquérir lit

travail préliminaire les mette

des intéressés. Sans doute, à mesure

cialisera, il sera plus facile fi chaque

compétence et l'érudition nécessaires

pour t'ordre particulier

que

de prohtemesauquel il se sera consacré. Mais il s'en faut

ce moment soit atteint. !t

y a encore trop de sociologues qui

morale, la religion

les seules

dogmatisentjournellement sur le droit, la

avec lumièresde la philosophie naturelle, sans parattre soupçonner

avec des renseignementsde rencontre ou mémo

'hh.t.~ ,1

t

n".

qu'un nombre considérable de déjà. réunis sur ces questions

documeMts ont été, d'ores et

par tes écoles ttistoriques et

et de l'Angleterre. Ce n'est

ethnograpttiques de t'Alternante

donc pas faire une

(cuvre Inutile que de procéder périodique-

ressources, eu indiquant, au

retirer in sociologie.

spéciaux, mais

pas collective, une

im-

plus juste

les

ment ù un inventairede toutes ces

moins sommairement, que) profit peut eu

En dehors m~ne des vues et des recherches qu'eiies peuvent

suggérer, ces analyses muthodiquesd'ouvrages

de

pression ptus vivante et mente une notion

qui se complètent les uns les autres, ne sont-elles

nature a (tut)tter. de ce qu'est lu rcitiitc

generaiitesordinairesauxt)'aitesdep)ti)osop))iesociato?Aussi que

espérons-nous t-fussir à intéresser, non seulement les socio-

logues de profession, mais tous les lecteurs éclaires

pt'Éoc.

que

cupeut ces problèmes. ti importe, eu

rende mieux compte de ta

aborder ces études, u(in qu'il devienne moins

coustructious faciles, plus exigeant en fait de preuves et d'in- aux

formations.

Mais notre entreprise peut être encore utile d'une autre

manière elle peut

trop éloignées pour

ieur plus i<'rand dommage

taines sciences spéciales qui s'en tiennent

ellet, que le public se

est nécessaire

compiaisant

pour

préparationqui

servir a rapprocher

de ta sociologie cer-

et pour le Nôtre.

que

C'est surtout à l'histoire

nous pensons en partant ainsi.

les historiens qui

s'iaté-

Ils sont rares, même aujourd'hui,

ressent aux recherchesdes sociologues et sentent qu'elles les

concernent. Le caractère trop général de nos théories, leur

qu'on les considère comme

guère qu'une importance

philosophique. Et cependant,

science que dans la mesure où elle explique, et i'oh

ne peut

expliquer qu'en comparant. Sterne la simple description n'est

guère possible autrement; on ne

exemplaires parce

décrit pas bien un fait

unique ou dont on ne possède

Fustet de Coulanges,

maigre sa profonde intelligence des choses historiques, s'est

mépris sur la nature de

famille d'aguats, et cela

~M'OM nr de voit ~<M t«'H. C'est ainsi

insuffisante documentation fait

négligeables

on ne leur reconnaît

l'histoire ne

peut être une

que de rares

que

la ~Hs il n'a vu qu'une vaste

parce qu'i! ignorait les analogues

familial. Le caractère véritable

ethnographiquesde ce type

du Mcn- romain est bien difficile à apercevoir et surtout a comprendre si on ne le rapproche du ~<w polynésien. Les exemples que nous pourrions donner sont innombrables.

d'amener i'histo-

rien & dépasser son point do vue ordinaire, à étendre ses

regards ou delà du

C'est donc servir la cause de l'histoire

que

plus

ù se préoccuper des questionsgêné.

rates que son lèvent tes faits particuliers qu'il observe. Or, dès

pays et do la période qu'ii so

propose

spécialementd'étudier,

([U'ette

compare, l'histoire devient indistincte de la sociologie.

1)'un autre côte, non seulement la sociologie no

peut

se pas-

ser de l'histoire, mais e)te a même besoin d'historiens qui

soient en même temps des sociologues. Tant qu'elle devra

s'introduire comme une étrangère dans te domaine historique

pour y dérober, en quelque sorte, les faits qui l'intéressent,

elle

sée dans

presque inévitablequ'elle ne

faire

d'assez maigres provisions. Dépay- elle n'est pas accoutumée, il est

remarque pas,

ou qu'eue n'aper- qu'elle aurait le

ne pourra y

un

que

que

milieu auquel

çoive

d'une vue assex trouble, les choses

pins d'intérêt a bien observer. Seul, l'historien est assez fami-

iier avec l'histoire pour pouvoir s'en servir avec assurance.

Ainsi, bien loin qu'elles soient en antagonisme, ces deux dis.

ciplines tendent naturellementl'une vers l'autre, et tout fait

prévoir qu'elles sont appelées à se confondre en une disci- pline commune on les éléments do t'uno et de t'autro se

paraît également impos-

sible et

celui

qui les

citer des

retrouveront comhinés et unincs. 11

que

celui dont le rôle est de découvrir les faits ignore

entrer, et

que

daus quelles comparaisons ils doivent

compare ignore comment' ils ont été découverts. Sus- historiens qui sachent voir les faits historiques en

sociologues, ou, ce qui revient au même, des sociologuesqui

possèdent toute la technique de l'histoire, voilà le but qu'il

faut poursuivre de part et d'autre. A cette condition, les for-

mules explicativesde la science

pourront s'étendre

progres-

sivement à toute la complexité des faits sociaux au lieu de

n'en reproduire

même temps l'érudition historique

que les contours

les plus généraux, et en prendra un sens puis-

graves problèmes

qu'elle sera employée à résoudre les plus

que se pose

l'humanité. Fustet de Coutanges aimait à répéter

sociologie, c'est l'histoire; rien n'est plus

l'histoire soit faitesociologiquement.

moyen

qu'aient les sociologues do préparer ce

que la véritable

incontestable pourvuque

Or le seul

résultat, n'est-11 pas d'aller spontanément à l'histoire, d'entrer

peut être tiré

des matériaux qu'elle accumule, de se pénétrer de son esprit

et de la pénétrer du leur ? C'est ce que nous avons essayé de

en contact avec elle, de lui montrer quel parti

faire dans les analyses qu'au trouvera plus loin. Quand 00

verra que la sociologie n'imptique aucunementle dédain des

pas devant le dotait, mais que

tes faits n'ont de signification

faits, qu'etie ne recule )meme

ils sont'~roupfs eu types et eu

l'intelligence

quand

pour

que

lois, on soutira mieux, sans

doute, ta possibilitéet la nécessite d'une conception nouvelle

le sens do ta

réalité historique, dans ce qu'elle a de plus

pas

concret, n'exclura

cette recherche Méthodique dessimiii-

tudes qui est ht condition de toute science. Si t'.tHH~ ffocM~o-

~'<yt<(' pouvait coatrihuer, si

peu bons espritsdaus cette direction, ter uotre peine'.

que ce fût, ù orienter quelques

nous

M'aurions pas à regret-

H. Notre but ainsi défini, les cadres do notre publication

se trout'aient,

cela ntetnc, détermines.

par

Si uotre principe objectif

est de réunir tes matériaux

a paru

qu'il serait

nécessaires il ta science,

bon de montre)'

riaux peuvent <)tre mis en

cependant, il nous

par queiques exemples comment ces maté-

(Buvre.

Kous avons donc réserve la

première

demandons

de 'se conformer a telle formule déterminée qu'ils aient un objet défini et qu'ils soient faits

méthode.

Eu nous imposant cette"douhie condition, nous n'entendons

s'en

assurer plus loin. C'est une branche de lit sociologie, non

moins utile que les autres, et, si eiie prête plus facilementà

pas par une Cependant, nous avouons que nos

nécessité de sa nature.

l'abus des généralités et à ta fantaisie, ce

nuitemeut exclure la sociologie gcn6ra!e

aux travaux que nous publierons sous ce titre

partie do !t;<Mf'f aux ~Mo«'M <M'<M«.r. Nous ne

pas

H nous suffit

avec

on pourra

n'est

provoquer des études qui traitent

qui ressortissent aux branches

que

dans une

.enorts tendront surtout u

de sujets phts restreints et

speeiates de la sociologie. Car, comme lu sociologiegéneraie

ne peut être qu'une synthèse de ces sciences particulières,

comparaisonde

que la mesure où elles sont eties-mômes avancées. C'est donc à

dans

leurs résultats les plus généraux, elle n'est possible

comme elle ne peut consister

les constituerqu'il faut, avant tout, s'appliquer.

0) Tout < <)ui

))n''r)''dn poon-Mits'tppthjttcr & tft statistique. Mit~cntK).

fta~N, n'est itMtmctive tju'A cunditiuM d'~tM

.<)~<-iMiu<Ut;))t t)H i'hi~toim. K'fst

i:uU)t't'

')ttt'.

<)tttM

p)i)K'i))tt)c <)e t'it)VCj)ix<ttion

<)'tn)h!UM,elle résiste

plus pai'ttcafitMMent H t'vo)p)ot

mhjuc soit tuomk', t)ui, ei~

Cf)H))))th:Si n«ns )KH-)<))~ ptus

i'etat a'-tuet f)M t-tK~es. <'t)~ eut ))[

t!0(-it)h<xi<)Ut' et

que.

de la méthode cmopatttth'e.

La seconde partie de l'ouvrage, et la ptus considérabte, est consacrée aux analyses et aux notices Mbiiographiquea.Mais comme le domaine de la sociologie est ottcore bien mat défini, nous devions, tout d'abord, circonscrire )e cercle des travaux

dont t'/tttnt'f .<!OCM<o~M/)<f entend s'occuper, afin de prévenir

les choix et les exclusions arbitraires. En

un sens, tout cp

t~uj est

tations

historique est sociotogique.D'un autre

de ta

pas sans intérêt

pour

côté, tes spècu.

philosophiesur ta morate, le droit, ia retigiou,

peuvent n'être

le sociologue. 11 était

donc nécessaire

Du cûté de la

de nous marquer une double limite.

philosophie, elle était facile & déterminer.

qui concernent les

mmurs, le droit, les

nous

concernent pourvu

qu'elles

est la condition de toute sociologie,

que

être sociologue

pas à se

que

Toutes testtoctriues

croyances

religieuses,

admettent le postulât qui

à savoir l'existence de lois

la réflexion, méthodiquement

employée, permet de découvrir. Par là, nous ne voulons pas

pour la sociologie, comme les autres sciences positives, n'a

poser ce problème métaphysique. Elle

les phénomènes sociaux sont liés suivant des relations intel- ligibles et accessibles à l'investigationscientifique.Par suite,

elle n'a

à tenircompte des systèmes qui partentde l'hypo.

dire qu'il faille nier toute contingence

suppose seulement

pas

thèse contraire.

Les temps sont passés ou il pouvait être utile

soit notre science, elle a

n'avoir pas à

de les réfuter; si

dès A

avancée

peu

que

présent produit assez de résultats

pour

justifier perpétuetiement ses droits à l'existence.

Du côté de

que

l'histoire, ta ligne de démarcation est plus ilôt.

tante. Etie ne peut même être fixée

doit, selon toute vraisemblance, se déplacer à mesure

science ette-même avancera. Cependant, une règle tout au

la

provisoirement et

que

à rete-

nir ici sont

avenir suffisamment prochain, incorporés dans la science, un

c'est'à-dire qui

moins peut être posée Les

seuls faits

que nous ayons

ceux qui paraissent susceptiblesd'être, dans

peuvent entrer dans des comparaisons. Ce

principe suffit à"6Hminer tes travaux où te rote des indivi-

dualités historiques (législateurs, hommesd'État,

généraux,

prophètes, novateurs de tout ordre, etc.) est l'objet principal

ou exclusif de la recherche. Nousen dironsautantdes

ouvrages"

qui s'occupent uniquement à retracer,dans leur ordrechro-

nologique, la suite des

événements particuliers, des manifes-

tatious superficiellesqui constituentl'histoireapparented'un

peuple déterminé (suite des dynasties, guerres, négociations,

histoiresparlementaires). En nu mot, tout

phie -w<f (/M «t</<t-«<<M, soit ~<'o«c<('<f('f!est, actuetiementt

ce qui est biogra-

sans utilité

pour le sociologue. C'est ainsi, d'aitteurs,

le

que

biologiste u'accorde pasgrande attentionu t'ttistoireextérieure

des péripéties

lesquelles

par

passe, au cours de sou existence.

Sans doute, nul

peut-ôtre

ne peut dire

chaque organisme individuot.

que ces diverses parMcutarités soient, à jamais, réfractairesâ à

possible d'en

la science

ce qu'on

mais le temps ou il sera

que

tenter une explication,même partielle, est tellement éloigné

que c'est perdre sa peine

de s'y attacher. En définitive,

appelle un fait scientifique, c'est tout simplement

pour

la science. Or, les conditions de cette matu-

que la science est plus ou que, à un moment donné,

pourquoi le

et c'est

ua fait mur

rité varient naturellementsuivant

moins développée. C'est ce qui fait

utile d'observer.

tous les taits u'ont

savant est obligé de choisir et d'abstraire ceux qu'il lui parait

pas ce caractère

Ln matière de nos analyses ainsi délimitée, nous devions

nous faire unejnéthode de cnttque

que

qui fut eu rapport avec le

but

une sorte de juge

qui rend des sentences et classe les talents. La postérité seule

procéder à ces classilleations qui, d'ail-

à la conception courante qui fait du critique

pouvions nous en tenir

nous poursuIv6ns."Xous ne

pour

est compétente

leurs, sont sans utilité

pour d'extraire )6 résidu objectif

la science. Xotre rôle doit être

des œuvres que

nous étudions.

c'est-à-dire les

soient intéressantes

faits suggestifs, les vues fécondes, qu'ettos

se

faire le colla-

par leur vatour intrinsèque ou par les dis-

cussions qu'ellesappellent. Le critique doit

borateur de son auteur, et son collaborateur reconnaissant; i

car si peu de chose

qui reste d'un livre, c'est autant d'acquis

pour la science. Cette part de collaboration est rendue ptus

importante encore et plus nécessaire, en ce qui nous

par le caractère des

concerne,

ouvrages dont nous avons à parler.

explicitement socio-

Comme beaucoup d'entre

eux ne sont pas

mais it nous

logiques, nous ne pouvions nous contenter d'en inventorier

le contenu, de livrer à l'état brut,

riaux qu'ils contiennent

pour ainsi dire, les maté-

fallait les soumettre,

autant que

possible, à une première élaboration, qui indiquât

dégagent

ques-

le socio-

pour logue. AUnque ces indications fussent plus sensibles, toutes les analyses d'ouvrages qui se rapportent à une même

au lecteur quels enseignements s'en

tion ont été groupées ensemble de manière à se compléteret

A s'eetairer mutuellement. Ces rapprocltements constituent déjà, ptu' eux-mêmes, des comparaisons qui peuvent être

utiles.

Tei est notre programme. Pourt'exécuter, ua certainnombre

de travailleurs ont réuni leurs efforts après s'être entendus

sur les

principes qui viennent d'être exposes. Et peut-être

u'estce pus un fait sans importance que cette entente spon-

tanée en vue d'une entreprise commune. Jusqu'à présent, ta

sociologie est generatonent restée œuvre untinemment

sonuelle

per-

les doctrines tenaient etroitementà t'individuatitc

des savantset u'on pouvait être detac~tce.Cependant la scieuce, parce qu'elle est objective, est chose esscntieitement imper.

que grâce a un truvait collec- indépendamment des résultats

notre tentative mérite, croyous-Mous,

d'être accuuittie avec intérêt

voir ta sociologie sortir de la phase philosophique et prendre

enfin son rang parmi les sciences

par tous ceux qui ont ù c'rurde

utilesqu'ellepeut avoir,

sonnette et ne peut

progresser

tit. Pour cette seule raison, et

~)~U).')<jUMw~

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t-otttt))'' U)h' iodicutiun d<' ce <jMf nous voudriun!) fai)'c. S'i) iw r<'nd compte

<h'i< di))i<'u)t<t)ju'' p~sentait

'):user d'itx't'itubtcstûtoxn'Jtttcnti.

uo''

h'tte t'Mtrcpnsc, if Mf st; ~-fu~ra

p~ &

L'ANNEE SOCIOLOGIQUE

t897

PREMIERE PARTIE

MËMOtRES ORIGINAUX

1

LA t'ROHtHH'ION DE L'INCESTE ET SES 01(IG!J\ES

)'arM.ËM)t.6j)CHK)tË)M

Pour bien compreudre une pratique ou une institution, une

règle juridique ou morale, il est nécessairede remonteraussi

près

possible de ses origines premières

car i~ya, entre

ëf~tejtolt'

que

cequ'ette~est ac.tueUejMent et ce qu'eH~j) éte~ une

darité. Saus doute, comme elle s'est transformée chemin tai' sant, tes causes dont elle dépendaitdans le principe ont elles-

mêmesvarie: mais ces transformations,a leur tour, dépendentt

de ce qu'était le point de départ. H eu est des phénomènes sociaux comme des phénomènes organiques; si le sens dans

lequel ils doivent se développer n'est

fataiement prédé-

pas

termine

sance,

les propriétés qui les caractérisent à ieur nais-

pas

d'avoir une influence profonde

par

celles-ci ne laissent

toute la suite de leur développement.

sur C'est cette méthode qui fait l'objet de cette

nous allons appliquer au problème

que étude. La question de savoir pourquoi

la plupart des sociétés ont prohibé l'inceste, et l'ont même

ctassé parmi les plus immorales de toutes les pratiques, a été

souvent agitée,

s'imposer. La raison de

jamais aucune solution ait

sans que

paru

lit

cet insuccès est peut-être dans

manière dont la recherche a été conduite. On est parti de ce

principe

quelque état.

que cette prohibition devait tenir tout entière &

actuellementobservable.

de la nature humaine

circonstances pré-

société.

C'est dune parmi les

qu'on est at)é

()<

de

ou

ta

sentes de ia vie, soit iudividueito soit sociate,

cherctter ta cause

A la question aiusi posée,

réponse satisfaisante

semblent te ptus reur de l'inceste.

mêtues,

})arc-e

détenninante do cette réprobation.

car les

on ne pouvait guère donner de

croyances et les habitudes qui

propres a expliquer

et & justiner notre hor-

transporterd'emblée

ne s'expliquent ni ne se justifient ettes-

que les causes dont elles dépendent et les

daus io passe. Au lieu

besoins auxquels elles répondent sont

donc de procéderainsi, nous niions nous

aux origines

plus primitive dans l'histoire.

décrite et

mieux en état actuels.

que nous en aurons reudu

mêmes de cette évolution, jusque ia forme la

que ht répression de l'inceste ait

compte,

présentée

C'est la lui d'exo~antie. Quand nous t'aurons

serons do comprendre nos idées et nos sentiments

nous

t

Ou appetio

exogamie la régie en vertu de laquelle il est

interdit aux membres d'un même clan do s'unir sexueitement

entre eux. Mais ce mot de clan

manière trop indécise pour qu'il ne soit pas nécessaire da te définir.

a été souvent employé d'une

Nous appelons ainsi un

groupe d'individus qui M consi.

autres, mais

qui

dèrent comme

parents les uns des

recon*

parti-

totem. Le totem inanimé, plus généralement

MtssenJLËXctusivement cette parenté à ce signe très

culier qu'ils sont

porteurs d'un

M~es

ancêtre

tui-mème est un être, animé ou un végéta) ou un animât, dont le

et qui lui sert à la fbts d'emblème

totem est un loup, ont un loup

eux quelque chose du loup. C'est

pour

même

groupe est censé descendu

et do nom cotieciiRSi le

jnembres du clan croient qu'ils

et

par

conséquent qu'ils ont en

pourquoi

ils s'appliquent

toups.j~etan

àeux'mômes cette dénomination; its sont des

ainsi défini

composé de

origine. ~ais

est donc une société domestique, puisqu'il est

gens qui se regardent comme issus d'une même il se distingue des autres sortes de famiites par

ce fait que la parente y est fondéeuniquement sur la commu-

nauté du

nies. Ceux qui

totem, non sur des relations de consanguinité déH-

partie sont parents, non parce qu'Ua

fout

cousins

eu

sont frères,

tes uns des autres, mais

parc&

qu'its portent tous te Le ctau ne se distingue

nom de tel animal ou de telle plante.

groupes

qui ont une base,

non

moins nettement de lu tribu, du

pas village, en un mot de tous les

plus verbaie eu quelque sorte, mais territoriale. Ou bien ces

sociétés ue connaissent bieu.s'ii arrive qu'oiies.en

il n'est plus qu'une survivance et joue

du tout l'emploi du totem, ou

qui est

peu fréquent)

rôle enace. C&

que,

pas

aient un (ce

uu n'est plus lui qui confère ia uaturatisatiou. de'morne

aujourd'hui, le fait de porter à lui seul, membres de telle

tel ou tel nom ne nous fait pas,

ou telle famille. C'est donc t&

totem qui constitue la propriétc carac~éftstiquedu ctan.

Ce~posé, ta pratique de t'exogamie est factto à comprendre.

au cian du Loup, paf exemple, n&

peut s'unir a une femme du d'un clau dinërent, si ce ctan

même etan ni mémo à une femme porte le même totem. Car si tea~

clans d'une même tribu ont toujours et nécessairement des

L'a homme qui appartient

seulement

qu'ils peuvent se distinguer tes uns des autres il n'en est

totems distincts

puisque c'est

là et

par

par

pas de même de ceux qui appartiennenta des tribus difïé.

rentes. Par exemple, citez les

du Nord, il

tribus indiennes de t'Am6riqu&

le toup, la tortue, l'ours,

générât. Or, quette

que-

a des totems comme

y

le lièvre, qui sont