Z IM B A B W E

P o u r la p r e m iè r e fo is a v e c c e tte • Iæ non-alignement : « C est le
i n t e r v ie w à J . A . , le P re m ie r m in is tre seul moyen de contribuer à la paix
s ’e x p rim e d a n s u n jo u r n a l fr a n c o p h o n e . mondiale. Le Zimbabwe ne s’aligne­
ra sur aucun des deux blocs et
choisira ses amis en fonction de ses
propres intérêts et de ses propres

M ugabe accxise besoins, quel que soit le camp auquel
ils appartiennent. L’Est ou l'Ouest. »
• L’Afrique francophone :« Très
la France peu de pays, en fait, ont contribué à
notre lutte. Mais l’Afrique franco­
Propos recueillis par notre envoyé spécial François Soudan phone, tout particulièrement, s’est
peu souciée de nous. Pourquoi ?
Milton House : une grande bâtisse • Le sociaiisme : « Le type de Peut-être faut-il y voir l’influence de
blanche et basse, de plain-pied sur le socialisme que nous voulons adopter la France et le fait que ces pays
trottoir, au cœ ur du Salisbury des n’a, dans le fond, rien d’étrange ni de tiennent compte, dans leur analyse,
affaires. des orientations de la politique
particulier. Nous avons dit et répété
Après avoir été, pendant un siècle, que notre philosophie s’inspire, à la étrangère française. Maisje crois que
la résidence des gouverneurs britan­ base, des principes du marxisme- l’Afrique francophone commence à
niques, puis celle de lan Smith, léninisme. Mais dans la mesure où réaliser la nécessité de dialoguer avec
Milton House abrite aujourd’hui les ces principes ne sont pas en contra­ nous et de mieux nous connaître. Et
services du Premier ministre, Robert diction avec notre réalité. Prenons c’est là l’im portant. Le fait que te! ou
Mugabe. Avec des gestes d’urie l’exemple de la propriété collective tel pays ait choisi de s’associer avec
courtoisie un peu gauche, celui à qui des ressources : c’est au peuple l’une ou l’autre des grandes puis­
revient la tâche de réconcilier avec qu’appartiennent les richesses natio­ sances. C’est, après tout, son affaire
lui-même un pays déchiré par sept nales. Au sein de ce peuple, la classe et sa liberté. »
années de guerre nous a reçu dans ouvrière est très minoritaire ; ce n’est • La France : « La France a
son bureau d ’une austérité glaciale. pas elle qui a lutté et souffert le plus accordé quelques bourses universi­
Cette première interview à un jour­ pendant la lutte armée : c’est la taires à certains de nos étudiants et
nal francophone s’est déroulée dans paysannerie. C est donc à la paysan­ nous a donné une subvention plutôt
la pièce même où, il y a un an nerie que doit revenir le rôle de dérisoire. Trop réduite, en tout cas,
encore, lan Smith ordonnait aux groupe social moteur, d’avant-garde pour qu’elle vaille la peine d’être
bombardiers de l’armée rhodésienne dans notre société. Et puis les mentionnée. Bien sûr, Paris a affirmé
de raser à coup de napalm les camps paysans ont leur propre tradition de qu’il ferait tout son possible pour
d ’un chef de guérilla dont personne travail communautaire. Pourquoi ne nous aider, par le biais de la C E E .
n'avait, alors, le droit de prononcer pas utiliser cette tradition comme Mais d’un autre côté, c’est la France
le nom : Robert Mugabe. fondement de la socialisation de qui a mis le plus d’obstacles à notre
l’agriculture ? » adhésion à la Convention de Lomé.
• La réinsertion des guérilleros : Robert M uga be En ce qui concerne, notamment, les
« Cest la question la plus épineuse. avec le reporter de J .A .
« Un socialisme qui n'est
quotas de sucre et de viande que nous
Mais il ne s’agit pas, à proprement n i étrange n i particulier. » vomirions pouvoir cxporici ». □
parler, de réinsertion dans la vie
civile : seuls 7 000 combattants ont
demandé à être démobilisés et cela a
été fait sans heurts. Les autres, la
majorité, veulent garder leurs armes
et être intégrés au sein de la nouvelle
armée nationale : c’est là qu’est le
problème. Nous ne pouvons pas
nous opposer à leur choix et nous
faisons tout notre possible pour que
cette intégration s’effectue rapide­
ment. Car ces hommes vivent dans
des camps de rassemblement, les
I
A ssem h ly P oints, depuis le
cessez-le-feu, c’est-à-dire depuis dix
mois ; et plus ils y restent, plus leur
frustration et leur patience augmen­
tent. Nous voulons éviter que cette
situation devienne explosive. »

JEUNE AFRIQUE - N° 1034 - 29 OCTOBRE 1980 75

Sign up to vote on this title
UsefulNot useful