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ÉTUDE SUR LA PRODUCTION ET LA COMMERCIALISATION DU BIOCHARBON ET SES DÉRIVÉS RAPPORT FINAL M

ÉTUDE SUR LA PRODUCTION ET LA COMMERCIALISATION DU BIOCHARBON ET SES DÉRIVÉS

RAPPORT FINAL

LA PRODUCTION ET LA COMMERCIALISATION DU BIOCHARBON ET SES DÉRIVÉS RAPPORT FINAL M a r s

Mars 2014

LA PRODUCTION ET LA COMMERCIALISATION DU BIOCHARBON ET SES DÉRIVÉS RAPPORT FINAL M a r s
LA PRODUCTION ET LA COMMERCIALISATION DU BIOCHARBON ET SES DÉRIVÉS RAPPORT FINAL M a r s

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LA PRODUCTION ET LA COMMERCIALISATION DU BIOCHARBON ET SES DÉRIVÉS RAPPORT FINAL M a r s

ÉQUIPE DE RÉALISATION

Filière forestière des Premières Nations du Québec

Directeur général

:

André Benoît

Adjoint soutien technique

:

Marc Doucet

WSP Canada Inc.

Directeur de projet

:

Christian Couette

Coordonnateur – analyse des capacités

:

Jean-Denis Grenier

Analyste principale – analyse des capacités

:

Lisette Roberge

Analyse économique et financière

:

Marc-André Goyette Mathieu Cyr

FPInnovations

Coordonnateur

:

François A. Julien

Analyse des technologies

:

Wenli Duo Hooman Rezaeli

Pierre Poulin Conseil

Analyste – Étude de marché

:

Pierre Poulin

Référence à citer :

WSP / FPInnovations / Pierre Poulin Conseil. 2014. Étude sur la production et la commercialisation du biocharbon et ses dérivés. Rapport présenté à la Filière forestière des Premières Nations du Québec, 151 p. et annexes.

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TABLE DES MATIÈRES

Page

Équipe de réalisation

i

 

Table des matières

iii

Liste des tableaux

vii

Liste des figures

ix

Liste des annexes

ix

SOMMAIRE

1

INTRODUCTION 11 1. ANALYSE DES CAPACITÉS RÉGIONALES 13 1.1 Identification et évaluation des sources de
INTRODUCTION
11
1.
ANALYSE DES CAPACITÉS RÉGIONALES
13
1.1
Identification et évaluation des sources de matières valorisables
13
1.1.1
Biomasse forestière
14
1.1.1.1 Biomasse forestière (bois rond) en provenance des
terres publiques, excluant les territoires publics intra-
municipaux
16
1.1.1.2 Biomasse forestière résiduelle (résidus de coupe) en
provenance des terres publiques, excluant les territoires
publics intra-municipaux
19
1.1.1.3 Biomasse
forestière
en
provenance
des
lots
intramunicipaux (TPI)
21
1.1.1.4 Biomasse forestière (bois rond et résidus de coupe) en
provenance des terrains privés
23
1.1.2
Les résidus d’usines de sciage
28
1.1.2.1 Les sous-produits générés par les usines de première
transformation
28
1.1.2.2 Sous-produits
transformation
générés
par
l’industrie
de
seconde
31
1.1.3
Les écocentres
33
1.1.4
Les cultures énergétiques
35
1.2
Synthèse des quantités de matières valorisables
36
1.3
Caractéristiques des sources de matières valorisables
38
1.4
Évaluation des coûts d’approvisionnement
46
1.4.1
Hypothèses
46
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iii

1.4.2 Méthodologie 46 1.4.3 Résultats 49 1.5 Scénarios d’approvisionnement 54 1.6 Conclusion 64 2.
1.4.2
Méthodologie
46
1.4.3
Résultats
49
1.5
Scénarios d’approvisionnement
54
1.6 Conclusion
64
2.
ÉVALUATION DES MARCHÉS POTENTIELS
64
2.1
Mise en contexte
64
2.2
Mission exploratoire en Europe
69
2.3
Agriculture
78
2.4
Horticulture et culture de serres
80
2.5
Environnement et réhabilitation de sites
83
2.6
Charbon activé
84
2.7
Granules densifiés torréfiés
85
2.8
Biocharbon métallurgique
88
2.9
Fractionnement des huiles pyrolytiques
89
2.10 Autres applications
90
2.11 Conclusion
91
3.
ÉVALUATION DES TECHNOLOGIES
95
3.1
Synthèse des processus de conversion approprié pour la production de
bois torréfié et de biocharbon
95
3.2
Processus d'évaluation des fournisseurs de technologie pour la
production de biocharbon et de bois torréfiés
95
3.3
Description des technologies retenues
97
3.3.1
ANDRITZ AG
97
3.3.2
AIREX
101
3.3.3
AVA-CO2
104
3.3.4
Biogreen
108
3.3.5
PYREG
113
4.
ANALYSE TECHNICO-ÉCONOMIQUE
117
4.1
Capacité d’approvisionnement
117
4.2
Marchés et commercialisation
121
4.3
Technologies
122
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4.3.1 Module conteneurisé et mobile pour la torréfaction et la pyrolyse (E.T.I.A.) 123 4.3.2 Installation
4.3.1
Module conteneurisé et mobile pour la torréfaction et la pyrolyse
(E.T.I.A.)
123
4.3.2
Installation pour production en usine ou à plus grande échelle
126
4.3.3 Option d’équipement comme banc d’essai et d’expérimentation
126
4.4
Définition du projet-pilote
128
4.4.1
Définition des orientations générales
128
4.4.2
Identification
des
équipements
et
estimation
des
coûts
d’immobilisation
129
4.4.3
Définition des paramètres de fonctionnement et estimation des
coûts
131
4.4.4
Partenariat et structuration du financement du projet pilote
134
4.5
Définition des orientations de mise en œuvre
142
BIBLIOGRAPHIE
143

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LISTE DES TABLEAUX

Page

Tableau 1.1 Possibilité forestière au Saguenay - Lac-Saint-Jean et répartition des bois

17

Tableau 1.2 Volumes additionnels non-récoltés (2008-2013) et devenus disponibles

18

Tableau 1.3 Répartition du volume de biomasse résiduelle (tma) par UA; estimation du

19

Tableau 1.4 Biomasse allouée et disponibilité par UA (moins de 100 km des chemins

20

Tableau 1.5 Possibilité forestière (m 3 /an) et rendement (m 3 /ha) pour les TPI et les forêts

22

Tableau 1.6 Biomasse récoltable sur les TPI, selon la méthode de calcul de Favreau

par bénéficiaire, selon les modes d’attribution, terres publiques

(2013-2018), par UA, Saguenay-Lac-Saint-Jean

MRN

principaux)

d’enseignement et de recherche

23

Tableau 1.7 Superficies des forêts privées (ha) : terres agricoles et forestières

24

Tableau 1.8 Répartition de la possibilité forestière par essence (m 3 /an) et territoire

24

Tableau 1.9 Estimation de la biomasse forestière résiduelle récupérable à partir de la

25

Tableau 1.10 Estimation de la biomasse récupérable à partir de la biomasse totale du

1997

productives (CRÉSLSJ, 2011)

d’agence; forêt privée

biomasse totale

peuplier faux-tremble, forêt privée

26

Tableau 1.11 Bilan des écorces, 2008

28

Tableau 1.12 Répartition des produits et sous-produits en fonction du diamètre à la

29

Tableau 1.13 Estimation de la quantité de copeaux produites par les scieries partenaires

30

Tableau 1.14 Critères de qualité proposés par Tembec pour des copeaux destinés à deux

31

Tableau 1.15 Bilan des sous-produits générés par l’industrie de seconde transformation

32

Tableau 1.16 Quantité potentielle de biomasse produite par les écocentres de la RMR du

Lac-Saint-Jean et de la RMR de Ville de Saguenay et de la MRC du Fjord

souche

et le marché libre (10 %),

usages (Site de Tembec 2014)

du Saguenay-Lac-Saint-Jean, 2011 (tma)

du Saguenay

33

Tableau 1.17 Matière résiduelle des écocentres de la région du Lac-Saint-Jean

34

Tableau 1.18 Superficie des terres agricoles du Saguenay–Lac-Saint-Jean par type de

culture

36

Tableau 1.19 Paramètres biophysiques des espèces d'arbres visées par l'étude

36

Tableau 1.20 Synthèse des volumes d’approvisionnement potentiels

37

Tableau 1.21 Caractéristiques de la biomasse forestière résiduelle en provenance des

39

terres publiques et des terres publiques intra-municipales

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Tableau 1.22 Caractéristiques de la biomasse forestière résiduelle en provenance des

terrains privés

40

Tableau 1.23. Densité anhydre en fonction des essences

41

Tableau 1.24 Caractéristiques recherchées pour les copeaux selon la classe de qualité :

42

Tableau 1.25 Caractéristiques de la biomasse des résidus (copeaux) d’usine de sciage

Tableau 1.26 Caractéristiques de la biomasse en provenance des usines de 2 ième et 3 ième

43

mise en pâte ou combustible

(tma)

transformations

45

Tableau 1.27 Caractéristiques de la biomasse en provenance des écocentres

45

Tableau 1.28 Coûts spécifiques aux opérations de récolte en bois court et frais généraux 47

Tableau 1.29 Tonnage et taux horaire par type de camion

47

Tableau 1.30 Hypothèse de vitesse de transport par catégorie de chemin

47

Tableau 1.31 Scénario d’approvisionnement de 10 000 tma à Alma

56

Tableau 1.32 Scénario d’approvisionnement de 50 000 tma à Alma

57

Tableau 1.33 Scénario d’approvisionnement de 10 000 tma à Saguenay

58

Tableau 1.34 Scénario d’approvisionnement de 50 000 tma à Saguenay

59

Tableau 1.35 Scénario d’approvisionnement de 10 000 tma à Dolbeau

60

Tableau 1.36 Scénario d’approvisionnement de 50 000 tma à Dolbeau

61

Tableau 1.37 Scénario d’approvisionnement de 10 000 tma à Mashteuiatsh

62

Tableau 1.38 Scénario d’approvisionnement de 50 000 tma à Mashteuiatsh

63

Tableau 2.1 Analyse multicritères

93

Tableau 3.1 Propriétés du carburant torréfié ACB comparées aux propriétés du

100

Tableau 3.2 Production des différents produits transformés par le système Biogreen. 112

carburant torréfié traditionnel et du charbon.[38]

Tableau 4.1 Sommaire des différentes sources d’approvisionnement potentiel

118

Tableau 4.2 Estimation préliminaire de coûts d’immobilisations par scénario

130

Tableau 4.3 Identification des ressources requises en phase pilote et définition

préliminaire des affectations

132

Tableau 4.4 Estimation préliminaire des coûts de fonctionnement, An 1

133

Tableau 4.5 Caractérisation de certains programmes de financement

135

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LISTE DES FIGURES

Figure 1.1 Carte de localisation des UAF et de la forêt privée du Saguenay Lac-Saint- 15

Figure 1.2 Distribution des coûts de transport ($/tonne) pour le site d’Alma

50

Figure 1.3 Distribution des coûts de transport ($/tonne) pour le site de Dolbeau

51

Figure 1.4 Distribution des coûts de transport ($/tonne) pour le site de Mashteuiatsh 52

Figure 1.5 Distribution des coûts de transport ($/tonne) pour le site de Saguenay

53

Figure 3.1 Technologie du réacteur de torréfaction de l’usine d’Andritz.[38]

99

Figure 3.2 Photo et schéma de l’unité de torréfaction à lit mobile d’Andritz.[4]

99

Figure 3.3 Schéma de la technologie CarbonFX de AIREX.[39]

101

Figure 3.5 Aperçu du procédé AVA HTC. Image provenant du site web de l’entreprise. 105

Figure 3.6 Plan d’une usine AVA HTC typique possédant deux modules de CHT.

106

Figure 3.7 Illustration du réacteur Spirajoule® développé par ETIA. Image provenant

109

Figure 3.8 Principe de fonctionnement du système Biogreen. Image provenant du site

110

Figure 3.9 Aperçu du processus de carbonisation PYREG. Image provenant du site

114

Figure 3.10 Image d’une unité de carbonisation PYREG ® 500. Image provenant du

Image provenant du site web de

du site web de l’entreprise

web de

web de

site web de l’entreprise

115

Figure 4.1 Illustration du module containerisé

124

Figure 4.2 Illustration de la configuration des aménagements intérieurs du module

 

containerisé

124

Figure 4.3

Illustration d’une unité de production Biogreen installée en usine

127

Figure 4.4 Illustration d’installation en parallèle de plusieurs unités de production,

127

technologie

LISTE DES ANNEXES

Annexe 1

Informations complémentaires sur les cultures énergétiques

Annexe 2

Informations complémentaires sur les opérations de récolte de biomasse forestière résiduelle

Annexe 3

Liste des intervenants consultés, étude de marché

Annexe 4

Evaluation of Technologies for Biocarbon Production (version anglaise)

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SOMMAIRE

Le mandat octroyé par la Filière forestière des Premières Nations du Québec (FFPNQ) avait pour objectif d’évaluer la préfaisabilité technique et financière d’un projet de production et de commercialisation du biocharbon et de ses dérivés, de manière à évaluer la pertinence de passer à l’étape du plan d’affaires et de la mise en œuvre. De façon plus spécifique, l’étude a été menée en considérant quatre volets : l’approvisionnement, les marchés, les technologies et la faisabilité technico- économique.

APPROVISIONNEMENT

Pour une usine de biocharbon en démarrage de 10 000 à 50 000 tma, l’approvisionnement est disponible au-delà des capacités de consommation évaluées et peut se faire à partir de plusieurs sources. Dans le cas d’une usine de 10 000 tma, l’approvisionnement en copeaux et broyat uniquement est possible sans incidence sur les prix. Pour celle de 50 000 tma, quoi qu’il soit théoriquement possible de s’approvisionner en copeaux et broyat pour la totalité des volumes, l’approvisionnement en bois rond assure la garantie de l’approvisionnement régulier.

Un approvisionnement fait uniquement en résidus, comme des copeaux par exemple, permettrait évidemment d’éviter des frais d’immobilisation (broyeur, cours à bois de grande dimension, etc.). Par contre, il existe des entreprises de services qui pourraient être des partenaires d’affaires, comme par exemple la firme Transfobec qui possède des outils mobiles afin de broyer et mettre en copeaux des volumes de bois. Au niveau des approvisionnements en bois rond, pour une usine qui a besoin de masse de fibre, il est préférable d’éviter les essences ayant une densité anhydre faible et un haut taux d’humidité tel que le peuplier et, plutôt, choisir une essence plus dense et à taux d’humidité plus faible comme le bouleau à papier afin de réduire les coûts d’approvisionnement.

Au niveau des coûts d’approvisionnement, les scénarios réalisés pour quatre destinations, soit Mashteuiatsh, Alma, Dolbeau et Saguenay, illustrent des coûts comparables. Quoique qu’une usine de 10 000 tma pourrait s’installer dans chacune des villes évaluées sans problème, une réflexion plus approfondie doit avoir lieu pour une usine de grande capacité et se baser notamment sur les critères évalués dans le cadre de cette étude. Également, le fait de réaliser des ententes d’approvisionnement avec les partenaires fournisseurs et la possibilité de trouver un terrain propice à proximité permettrait de réduire les coûts de transport et de manutention. Ceci dit, il est important de pouvoir compter sur plusieurs sources d’approvisionnement afin de réduire les risques liés à l’approvisionnement.

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MARCHÉS

L’analyse des applications, des produits et des marchés des technologies de thermolyse du bois démontre que, dans tous les cas de projets de Biochar, tant en Amérique du Nord qu'en Europe, les activités de production portent surtout sur des projets de R&D, des projets pilotes et des projets de démonstration. Les projets de nature commerciale sont très limités et concernent de très petites entreprises avec des volumes de production très restreints et des revenus de ventes faibles. Pour la plupart des applications visées, le biochar est confronté à des produits concurrents présentant plus ou moins les mêmes caractéristiques ou avantages concurrentiels. Ces produits compétiteurs sont souvent disponibles à des prix moindres que ceux anticipés pour le biochar.

Pour toutes les filières potentielles pour le biochar, les experts sectoriels estiment que ce sont des technologies encore en développement et que les applications, produits et marchés sont encore émergents. Quelques initiatives analysées retiennent l'attention, notamment Carbon Gold (Bristol, Royaume-Uni), qui a développé une ligne d'amendements de sol, de fertilisants et de composts à base de biochar pour des segments de marché bien précis, et La Carbonerie (Crissey, France) qui est en voie de développer des applications de biocarbone de haute technicité et à haute valeur ajoutée pour différents secteurs industriels. Ces applications sont toutefois encore émergentes.

À la lumière de cette analyse des applications, des produits et des marchés pour le biochar, le biocharbon et le biocarbone, les orientations stratégiques d'un projet de biochar pour la FFPNQ sont les suivantes:

Projet pilote de R&D sur les applications, les produits et les marchés du biochar portant sur les filières d’amendements de sol (gamme Carbon Gold), de l'environnement, du biocharbon activé et de la fragmentation séquentielle des huiles pyrolytiques en cours de pyrolyse (possibilités technologiques offertes a priori par la technologie Spirajoule d’E.T.I.A.);

Partenariats stratégiques avec des entreprises déjà actives dans la filière :

technologies de thermolyse / équipementier (E.T.I.A.), amendements de sol (Carbon Gold), partenaires locaux (Premier Tech, Fafard et frères, autres à être identifiés), La Carbonerie (applications biocarbone), etc.;

Programme intensif à court terme de R&D et de transferts de technologies et de connaissances auprès des partenaires, avant d’en arriver au stade de la production commerciale.

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TECHNOLOGIES

Les procédés de conversion thermochimique, y compris la «torréfaction», la «pyrolyse», la «gazéification» et la «combustion» consistent à appliquer de la chaleur pour convertir la biomasse en produits ayant des propriétés physiques et chimiques significativement différentes par rapport à la matière première utilisée. Pour la production de biocharbon à partir de biomasse ligneuse, la pyrolyse lente est le processus de conversion le plus approprié. Toutefois, pour certaines matières premières très humides, la carbonisation hydrothermale (sans séchage dans le procédé) peut s’avérer un processus économiquement plus viable car le séchage de la matière première est très coûteux. Les technologies de torréfaction peuvent aussi être utilisées pour la production de biocharbon, à condition que certains ajustements soient effectués dans les procédés d’opération.

L'évaluation des technologies a été effectuée en deux phases. Dans la première phase, plus de 60 technologies différentes de pyrolyse ou de torréfaction à travers le monde ont été recensées et analysées à différents niveaux. En plus de l’information publique disponible sur les entreprises, des sources d’information internes et externes ont été utilisées. Les données recueillies ont porté principalement sur le type de procédé, le stade de développement de la technologie, le rendement des produits, la matière première requise et l'échelle technologique du procédé. Suite à cette analyse, une liste des technologies a été établie et une sélection des technologies les plus appropriées aux objectifs du projet été faite.

Dans la deuxième phase de l’évaluation des technologies, un questionnaire demandant des informations plus à jour et détaillées a été envoyé aux neuf sociétés retenues, à savoir :

ANDRITZ AG, technologie de torréfaction de biomasse en Autriche

AIREX Énergie, technologie de torréfaction de biomasse au Québec

AVA-CO2, technologie de carbonisation hydrothermale en Suisse

Biogreen, technologie de pyrolyse lente basée en France

Carbon Gold, basée au Royaume-Uni, distributeur de biocharbon et fournisseur de fours pour la carbonisation

Diacarbon Energy, producteur de bois torréfié et de biocharbon, Colombie Britannique

Integro Earth Fuels, américaine, bois torréfié et producteur de biocharbon

La Carbonerie, producteur de biocharbon, technologie de pyrolyse lente, en France

PYREG GmbH, technologie de pyrolyse à haute température basée en Allemagne

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Deux entreprises ont rempli et retourné le questionnaire et cinq ont été visitées par l'équipe du projet.

L’examen détaillé des données a montré que Diacarbon, Integro Earth Fuels et La Carbonerie n'offrent pas une technologie actuellement commerciale pour la vente, tandis que Carbon Gold opère à petite échelle et de façon discontinue. Ces entreprises ne sont pas recommandées pour une analyse plus approfondie.

ANDRITZ AG et AIREX Énergie sont recommandées pour une évaluation plus poussée si le promoteur est intéressé par la technologie de torréfaction, par le bois torréfié ou la production de granules torréfiés. Biogreen, du Groupe E.T.I.A., et PYREG offrent quant à elles des technologies prêtes à une opération commerciale et sont recommandés pour une évaluation plus poussée si le promoteur est intéressé par la production de biocharbon de haute qualité et d’huiles de pyrolyse. Finalement, AVA-CO2, qui offre une technologie HTC, pourrait être considéré si le promoteur dispose de matières non ligneuses très humides, comme les boues de papetières et les boues d'épuration.

FAISABILITÉ TECHNICO-ÉCONOMIQUE

Bien que le biocharbon et ses dérivés présentent des potentiels intéressants, les marchés potentiels en sont encore au stade de développement et d’émergence dans la plupart des créneaux. Par conséquent, la conjoncture à court terme ne justifie pas l’établissement d’un projet de production à grand volume dans les phases initiales de mise en œuvre. Néanmoins, dans un contexte de secteur en émergence où différents projets sont en cours de développement, la mise en place d’un projet pilote permettrait à la FFPNQ et à ses partenaires de bénéficier d’une longueur d’avance en termes de positionnement stratégique, tout en minimisant les risques encourus.

Certains éléments conjoncturels peuvent servir à la planification et à la mise en œuvre du projet pilote à partir de partenariats structurants :

Certaines gammes de produits seraient transférables rapidement sur des marchés nord-américains (p. ex. partenariat avec Carbon Gold, La Carbonerie, etc.);

Certains partenaires potentiels, dont La Carbonerie, auraient développé des applications à haute technicité à partir du biochar et des huiles pyrolytiques (i.e. biocarbone, acide acétique, etc.);

Des technologies européenne de pyrolyse de petites capacités sont rendues à maturité et exploitées dans des usines de production industrielle (par exemple E.T.I.A. et PYREG). La tendance veut que les équipementiers européens soient à développer des applications/marchés pour favoriser la

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vente de leurs technologies (par exemple E.T.I.A. vs VTGreen);

Certains équipementiers sont ouverts à développer en partenariat des projets d'avancement de leurs technologies et de développement d'applications / marchés en sol nord-américain.

Dans ce contexte, le processus de mise en œuvre du projet serait établi en considérant les phases suivantes :

Phase

des

applications et des produits), développement des marchés, transfert

technologique, établissement des partenariats;

1

(ans

1

et

2) :

R&D

et

expérimentation

(développement

Phase 2 (ans 3 et 4) : pré-commercialisation, développement des réseaux de distribution;

de

Phase

3

(an

5

et

suivantes) :

commercialisation, atteinte

du

seuil

rentabilité et croissance.

Du point de vue technologique, la technologie Biogreen développée par le groupe français E.T.I.A. offre des avantages intéressants. La technologie développée par E.T.I.A. est relativement simple et directe et permet surtout de moduler la capacité de production en fonction des besoins. Le groupe a notamment développé un module conteneurisé et mobile pour la torréfaction et la pyrolyse, ce qui permet d’installer l’unité de production à proximité des sites d’approvisionnement. Le système peut également permettre le jumelage en parallèle de plusieurs unités de production afin d’augmenter la capacité de production à moyen terme, en fonction de l’évolution des marchés. Il peut traiter une grande variété de matières premières telles que le bois, les résidus agricoles, etc.

De façon plus spécifique, trois scénarios à court terme sont envisageables :

Scénario 1 : Utilisation d’un équipement à faible capacité comme banc d’essai afin d’appuyer les efforts de R&D et de développement des marchés (tests de marché). Cet équipement permettrait de minimiser les coûts d’immobilisation à court terme mais ne permettrait pas de production à petite échelle.

Scénario 2 : Utilisation au départ d’un module de production conteneurisé. Cette unité mobile offrirait une certaine polyvalence et permettrait au besoin de se rapprocher des sites d’approvisionnement. L’unité disposerait également d’une capacité de production permettant l’exploitation de certains marchés, le cas échéant.

Scénario 3 : Installation dès le départ d’une première unité de production dans un bâtiment pouvant permettre une expansion éventuelle de la capacité de production (jumelage de nouvelles unités).

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Lors de discussions préliminaires effectuées avec les responsables d’E.T.I.A dans le cadre du mandat, l’entreprise a montré une ouverture à agir comme partenaire dans le projet, en faisant valoir son intérêt à se positionner sur le marché nord-américain. Dans cette perspective, des analyses et des négociations plus poussées devront être entreprises afin de valider et d’approfondir les possibilités de partenariat avec E.T.I.A., avant d’en arriver au choix technologique définitif et à l’établissement du modèle d’affaires. A priori, le partenariat avec E.T.I.A. pourrait prendre plusieurs formes : fourniture d’équipements, partenaire financier, ententes de transferts de connaissance dans la définition des applications et des produits, etc.

Les coûts préliminaires d’immobilisations estimés à partir des informations transmises par E.T.I.A. pour chacun des scénarios, nonobstant l’établissement d’un éventuel partenariat, sont les suivants :

Scénario 1 : Unité de R&D et d’expérimentation

À définir

Scénario 2 : Module de production conteneurisé (capacité de 2,5 m 3 /h

1,725 M$

Scénario 3 : Installation pilote avec bâtiment fermé

 

Avec unité de production de 2,5 m 3 /h

2,2 M$

Avec unité de production de 7,5 m 3 /h

5,2 M$

Compte tenu des éléments de risque encourus en raison du fait que les marchés restent à développer, l’utilisation d’un banc d’essai à court terme afin d’appuyer les travaux de recherche et de développement pourrait constituer une solution à envisager. Cela pourrait faciliter grandement le financement et la structuration des partenariats requis. Cependant, un tel scénario constitue davantage une option à très court terme puisque l’absence de capacité de production ne pourra pas permettre une pénétration graduelle des marchés.

Du point de vue opérationnel, la structure de fonctionnement à mettre en place doit permettre à l’an 1 un encadrement efficient des activités de R&D et de développement des marchés.

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Pour ce faire, la structure devra comprendre les ressources suivantes :

Gestion / R&D / Développement des affaires :

Un directeur général pu un chargé de projet, ayant un profil technique;

Un directeur du développement des affaires;

Une adjointe administrative (à temps partiel à l’an 1).

Opération de l’unité de production (dans l’éventualité de l’utilisation d’une unité fixe ou mobile de production) :

Un préposé aux opérations;

Un proposé à l’approvisionnement et à la manutention (excluant le travail en forêt relatif à l’approvisionnement).

Il est prématuré de chercher à définir le programme de recherche et développement à considérer. Les orientations à donner aux activités de R&D vont dépendre de différents facteurs, dont : le niveau d’avancement et de fiabilité de la technologie, le niveau d’implication de l’équipementier comme partenaire, l’intérêt d’utilisateurs potentiels, etc. A priori, le programme d’accompagnement à mettre en place pourrait porter sur les aspects suivants :

Caractérisation des produits;

Optimisation du procédé;

Transformation secondaire du charbon activé;

Optimisation de l’utilisation de la matière première.

Le tableau suivant présente une évaluation préliminaire des coûts annuels de fonctionnement en phase de développement. Cette estimation comprend notamment des budgets pour le programme de R&D et le processus de développement des marchés qui, à bien des égards, sont au cœur même du processus de développement stratégique du projet. Dans le cas de la R&D, le budget considéré est présenté à titre indicatif seulement et devra être précisé à partir d’une définition plus précise du programme à mettre en place.

Dans l’éventualité de l’exploitation d’une unité de production (fixe ou mobile), des discussions sont à prévoir avec les responsables d’E.T.I.A. afin d’approfondir ou de préciser les coûts à considérer.

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Estimation préliminaire des coûts de fonctionnement, An 1

 

 

 

 

 

En regard des enjeux identifiés, la définition des orientations du projet pilote et de l’ensemble du processus de développement va dépendre en grande partie des opportunités de partenariat qui peuvent être établies avec la société E.T.I.A. Dans cette perspective, les prochaines étapes à considérer dans la mise en œuvre du projet pilote sont les suivantes :

Approfondissement à court terme des pourparlers avec E.T.I.A :

o

Présentation formelle du projet et discussion sur l’intérêt d’E.T.I.A et des opportunités de partenariat;

o

Approfondissement des connaissances sur la technologie BioGreen et établissement plus formel des coûts d’immobilisations;

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Prise de décision sur la définition du projet pilote et le choix technologique (banc d’essai ou unité mobile de production), en regard des objectifs poursuivis et des possibilités de partenariat et de financement;

Définition d’un programme spécifique de R&D et de développement des marchés, en regard de la technologie utilisée et des applications à développer / estimation des coûts;

Approfondissement de l’intérêt d’utilisateurs potentiels ou de partenaires (ex. : Carbon Gold, La Carbonnerie) dans le développement des applications;

Structuration du financement (immobilisations et fonctionnement) en regard des opportunités de partenariat identifiées;

Prise de décision définitive quant à la mise en œuvre du projet pilote.

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INTRODUCTION

La Société de Développement Économique Ilnu (SDEI) de Mashteuiatsh, à travers la Filière forestière des Premières Nations du Québec (FFPNQ), recevait récemment les conclusions positives de deux études d’opportunités pour la production de biochar. Cette démarche est conséquente de la volonté de la FFPNQ de stabiliser la production des scieries à propriété autochtone (i.e. Mashteuiatsh, Waswanipi, Obedjiwan) par une avenue innovante de valorisation de la matière ligneuse résiduelle et des sous-produits de la transformation du bois.

La région du Saguenay-Lac-Saint-Jean (SLSJ) étant désignée comme région témoin

en raison de la présence d’usines à propriété autochtone, il importe de définir un modèle d’affaires viable à travers des recherches plus poussées portant sur :

Les capacités régionales (approvisionnement, main-d’œuvre, facilités industrielles et de maillage, etc.);

Les potentiels de commercialisation et les débouchés de marché;

Les choix technologiques appropriés en regard de la thermolyse;

La préfaisabilité technique et financière du projet.

Le mandat octroyé par la FFPNQ avait pour objectif d’évaluer la préfaisabilité technique et financière en vue d’apporter tous les éléments pertinents permettant ou non de passer à l’étape du plan d’affaires et à la mise en œuvre du projet. De façon plus spécifique, en regard des spécifications stipulées dans les termes de référence, les objectifs poursuivis sont les suivants :

VOLET 1

Inventorier et caractériser les sources de matières valorisables en regard de l’état et des volumes disponibles, des prix et conditions, transport, facteurs de risque, etc.;

Évaluer l’offre de main d’œuvre disponible, en fonction des exigences de recrutement et des besoins et programmes de formation;

Identifier et caractériser des sites potentiels d’implantation d’usine;

Inventorier les ressources disponibles inhérentes au support technique et de maillage pour le projet, aussi bien dans que hors région;

VOLET 2

Identifier des applications, des produits et des marchés actuels et émergents du biocharbon et des produits dérivés développés par les détenteurs de technologies et de processus de thermolyse en Amérique du Nord en Europe;

Pour chacune des applications, produits, et marchés, déterminer des clients potentiels, des produits compétiteurs, et des prix des marchés;

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Caractériser des produits demandés : biocharbon, dérivés et produits substituts;

Déterminer la taille des marchés actuels et potentiels (2014-2018);

Identifier le positionnement du projet et des produits sur les marchés;

Élaborer la stratégie de développement du projet (partenariats, R&D, projet/usine pilote, « scaling-up », projet de démonstration, vitrine technologique, etc.);

Élaborer la stratégie de commercialisation des produits;

Identifier des enjeux liés au développement du marché du carbone et des impacts sur le projet de la FFPNQ;

VOLET 3

Comparer les différentes technologies disponibles de pyrolyse (Canada, États-Unis, Europe, ailleurs dans le monde), incluant les trois désignées au devis ;

Établir une grille multicritères objective afin d’analyser les différentes technologies;

Recommander un choix technologique optimal en fonction des paramètres d’intégration du projet;

VOLET 4

Sur la base des conclusions des volets 1 à 3, compléter la préfaisabilité technique en spécifiant tous les paramètres d’opération (implantation, approvisionnement, production, équipements, main-d’œuvre, réglementation, etc.);

Intégrer les paramètres financiers du projet, à savoir les coûts d’investissement, d’exploitation, les analyses de seuil de rentabilité;

Spécifier les modalités de réalisation en termes de partenariats, les grandes lignes du modèle d’affaires et les retombées économiques anticipées.

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1.

ANALYSE DES CAPACITÉS RÉGIONALES

1.1 Identification et évaluation des sources de matières valorisables

En regard de la production du biocharbon, Lambert (2012) indique que toute matière organique peut être pyrolysée et transformée en biochar. Le bois a cependant une structure moléculaire qui permet de produire un biochar de grande qualité. Ce dernier doit cependant être le plus sec possible. D’autres matériaux comme le fumier de volaille ou des déchets de cuisine peuvent être ajoutés à la recette de matière première et donner au biochar des qualités particulières. Le but de l’utilisation de ces divers matériaux peut être simplement leur élimination, créant ainsi des marchés à volet multiples.

La présente étude porte principalement sur la biomasse ligno-cellulosique et réunira quelques éléments d’intérêt sur la biomasse agricole, dont les cultures énergétiques. Les sources d’approvisionnement potentielles examinées sont donc les suivantes :

Biomasse forestière (bois rond) en provenance du territoire forestier;

Biomasse forestière résiduelle (déchets de coupe) en provenance du territoire forestier;

Biomasse traitée en provenance des scieries : copeaux, écorces ou autres résidus;

Biomasse de matière résiduelle provenant des écocentres;

Biomasse agricole provenant des résidus agricoles et les cultures énergétiques.

Une recherche d’information a été faite à partir de publications disponibles sur Internet, pour chaque matière valorisable. Des entrevues avec les intervenants régionaux ont permis de valider les éléments mis en relief par la recherche documentaire. Enfin, une caractérisation de base des matières valorisables est venue compléter l’information.

Par ailleurs, en mars 2012, la Conférence régionale des élus (CRÉ) du Saguenay- Lac-Saint-Jean a mandaté le Groupe de recherches écologiques de la Baie (GREB) afin de faire l’inventaire des biomasses ligno-cellulosiques pour fin de combustion dans la région. À la même époque, la Filière forestière des Premières Nations du Québec produisait deux rapports, l’un intitulé «Analyse d’opportunité, production de biochar» et l’autre «Analyse d’opportunité pour la production du biochar; la matière première : approvisionnement et coût». En avril 2013, le ministère des Ressources naturelles du Québec (MRN) a mis à jour l’ensemble des informations reliées à la planification forestière pour chacune des unités de gestion de la région. Cette information comprend évidemment l’évaluation de la possibilité annuelle de récolte par produit et par essence ainsi que les nouvelles règles du jeu concernant

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l’attribution de la fibre et des bois sur le territoire québécois. Plusieurs travaux et analyses sur les méthodes de récolte de la biomasse ont été faits par FPInnovations depuis 2011, dans la région et ailleurs au Québec. Enfin, des entreprises et organismes du Saguenay-Lac-Saint-Jean ont publié des documents sur la biomasse forestière et agricole et ont discuté des modèles d’implication susceptibles d’être porteur au niveau de l’utilisation de cette ressource. L’ensemble de cette documentation sert de base à la mise à jour des connaissances sur le sujet et à la composition de certains scénarios d’approvisionnement susceptibles d’être retenus.

Une attention particulière est apportée à la biomasse forestière. La nouvelle loi sur l’aménagement durable des forêts a amené des changements importants dans les mécanismes d’attribution des bois et la disponibilité en fibre y est étroitement reliée.

Ajoutons que l’utilisation de la biomasse forestière comme source d’approvisionnement en est encore à ses débuts au Québec. Récemment, des systèmes de chaufferie à la biomasse ont été développés au Saguenay-Lac-Saint- Jean et ailleurs au Québec. L’approvisionnement en biomasse forestière nécessaire à l’alimentation de ces nouveaux systèmes, à partir des terres publiques, a été encadré par l’État par la ratification d’ententes d’attribution de biomasse forestière (EABF). Les sous-produits des usines de sciage comme l’écorce, les sciures et les rabotures sont utilisés depuis un certain nombre d’années par l’industrie forestière et les entreprises produisant de l’électricité à partir de systèmes de cogénération. L’industrie de la fabrication de granules est venue s’ajouter récemment en tant qu’utilisateur de sous-produits et son approvisionnement se compose surtout de sciures. Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, le Groupe LG possède des usines de fabrication de granules à Saint-Félicien et à Mashteuiatsh.

1.1.1 Biomasse forestière

La biomasse forestière est constituée de bois rond, commerciaux ou non, et des résidus de coupe appelés biomasse forestière résiduelle (branches, résidus de coupe, houppiers, aiguilles de conifères) (CRÉ du SLSJ, 2012). L’attribution de cette biomasse se fait selon des processus qui diffèrent en fonction des types de tenure. L’étude porte sur trois types de tenure possédant chacun leur processus :

a. Terres publiques dont les règles d’attribution sont définies par la loi sur l’aménagement durable du territoire forestier (LADTF), sanctionnée le 1 er avril

2010;

b. Terres publiques intra-municipales dont la gestion est déléguée aux MRC et la ville de Saguenay;

c. Terres privées dont la mise en marché des bois est assurée par le Syndicat des producteurs de bois du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

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Au niveau des bois provenant de la forêt publique, l’analyse a porté sur les volumes provenant des UAF 02551, 02751, 02451, 02452, 02251, 02351, 02352 (figure 1.1). Au niveau de la forêt privée, celle-ci est localisée en périphérie du Lac-Saint-Jean.

celle-ci est localisée en périphérie du Lac-Saint-Jean. Figure 1.1 Carte de localisation des UAF et de

Figure 1.1

Carte de localisation des UAF et de la forêt privée du Saguenay Lac-Saint-Jean.

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1.1.1.1

Biomasse forestière (bois rond) en provenance des terres publiques, excluant les territoires publics intra-municipaux

Selon la LADTF, les bois en provenance des terres publiques sont attribués sous forme de garantie d'approvisionnement (GA) à partir du 1 er avril 2013. Cette dernière confère à son bénéficiaire le droit d'acheter annuellement un volume de bois en provenance de territoires forestiers du domaine de l'État d'une ou de plusieurs régions, et ce, en vue d'approvisionner l'usine de transformation du bois pour laquelle cette garantie est accordée. La garantie indique les volumes annuels de bois, par essence ou groupe d'essences, qui peuvent être achetés annuellement par le bénéficiaire (Site web du MRN, 2014).

Le tableau 1.1 présente la possibilité forestière et la répartition des bois par bénéficiaire d’entente, selon les différentes formules d’attributions prévues par la loi. Au total, 22 entreprises se partagent un volume de 4 520 500 m 3 . Tous les bénéficiaires inscrits possèdent une garantie d’approvisionnement (GA), sauf le Conseil des Montagnais du Lac-Saint-Jean qui a obtenu un permis de récolte de bois aux fins d’approvisionnement d’une usine de transformation (PRAU), auquel est rattaché un volume de 50 000 m 3 . Les volumes offerts sur le marché libre représentent 1 689 350 m³ toutes essences, dont approximativement 147 850 m³ (75 400 tma) de bouleau à papier, où tout acheteur intéressé peut acheter ces bois aux enchères. Évidemment, il y a une compétition pour ces volumes, qui est particulièrement forte pour les bois résineux et quand même présente pour le bouleau à papier (Emballage Rock-Tenn et Industries T.L.T.). De plus, essentiellement, 372 750 m³ (190 000 tma) de bouleau à papier ne sont pas actuellement attribués et sont potentiellement disponibles. Par contre, il est possible que le MRN ait déjà réservé certains de ces volumes à des promoteurs. Également, soulignons au passage que près de 330 000 m³, soit 224 800 m³ de peuplier et 104 700 m³ (53 400 tma) de bouleau à papier sont actuellement octroyés en garantie d’approvisionnement à des industries comme Lousiana- Pacific à Chambord, qui est fermée depuis quelques années. La venue d’un preneur important pour des volumes de bouleau à papier et de peuplier pourrait amener le MRN à revoir cette garantie d’approvisionnement qui n’est actuellement pas exploitée.

Ainsi, des volumes importants de bois rond, notamment de bouleau à papier, sont potentiellement disponibles dans le contexte de la création d’une usine de Biochar, pour un acheteur de fibre qui souhaite s’approvisionner au Saguenay-Lac-Saint- Jean.

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Tableau 1.1 Possibilité forestière au Saguenay - Lac-Saint-Jean et répartition des bois par bénéficiaire, selon
Tableau 1.1
Possibilité forestière au Saguenay - Lac-Saint-Jean et répartition des bois par bénéficiaire, selon les modes
d’attribution, terres publiques
Source : MRN. Droits consentis en garanties d’approvisionnement région du Saguenay-Lac-Saint-Jean.
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Volumes de bois rond non récoltés 2008-2013 (site du FEC, novembre 2013)

Une partie des volumes de bois rond n’ayant pas été prélevés entre 2008 et 2013 est disponible à la récolte, pour la période 2013-2018. La Loi sur l’aménagement durable du territoire forestier (LADTF) établie que le Forestier en chef (FEC) a notamment pour fonction de déterminer, après la révision quinquennale des possibilités forestières, les volumes de bois non récoltés devenus disponibles pour la récolte et de rendre publics ces volumes ainsi que les motifs justifiant leur détermination. Pendant la période 2008-2013, l’industrie forestière a connu un ralentissement important de ses activités en raison de la conjoncture économique. Les rapports annuels d’intervention et les possibilités forestières en vigueur durant cette période font ressortir que le volume de bois attribué du groupe d’essence SEPM (sapin, épinette, pin gris, mélèze) n’a pas été entièrement récolté.

Le tableau 1.2 présente les volumes de bois rond rendus disponibles par UA ainsi qu’une estimation de la biomasse forestière résiduelle récoltable à partir de ce volume. On pose l’hypothèse que seulement 25 % de cette biomasse pourrait être récoltée en raison des difficultés opérationnelles. Par contre, ces volumes sont ponctuels et l’on ne peut les calculer à long terme dans une optique d’approvisionnement d’une usine.

Tableau 1.2 Volumes additionnels non-récoltés (2008-2013) et devenus disponibles (2013-2018), par UA, Saguenay-Lac-Saint-Jean

Unité

Volume SEPM

(tmv)

(tma)

Hypothèse de 25 % (tma)*

d’aménagement

(m

3 )

22-51

50

000

50

000

3

600

 

900

23-51

50

000

50

000

3

600

 

900

23-52

400

000

400

000

28

800

7

200

Total

500

000

500

000

36

000

9

000

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1.1.1.2

Biomasse forestière résiduelle (résidus de coupe) en provenance des terres publiques, excluant les territoires publics intra-municipaux

Tout d’abord, la biomasse forestière résiduelle (résidus de coupe) n’est pas incluse dans le calcul de possibilité forestière. Il s’agit de volumes connexes issus des opérations de récolte. En 2011, le MRN estimait la disponibilité en biomasse forestière résiduelle à 278 604 tma pour la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Cette évaluation comprenait uniquement la biomasse disponible dans un rayon de 100 km autour des routes régionales importantes, toutes essences confondues. Le tableau 1.3 présente la répartition du volume de biomasse évalué par le MRN par unité d’aménagement.

Tableau 1.3

Répartition du volume de biomasse résiduelle (tma) par UA; estimation du MRN

Unité d’aménagement (UA)

Biomasse forestière résiduelle (tma)

022-51

46

777

023-51

23

265

023-52

66

939

024-51

13

420

024-52

 

2 630

025-51

97

963

027-51

27

670

Total

278 604

Source : Présentation de Carl Tremblay, MRN. Décembre 2011

En vertu du Programme relatif à l’octroi d’un permis autorisant, pour une certaine période, la récolte annuelle de biomasse forestière dans les terres du domaine de l’État, la biomasse forestière résiduelle est octroyée à des entreprises sous la forme d’entente d’approvisionnement en biomasse forestière, souvent pour une période de 2 à 3 ans.

Le tableau 1.4 présente la liste des bénéficiaires d’ententes d’attribution de biomasse forestière et la quantité de biomasse forestière potentielle restante. Ces bénéficiaires sont des coopératives forestières bien implantées dans le milieu. Elles disposent conjointement d’un volume de biomasse de 210 250 m 3 annuellement. Elles disposent également des infrastructures, de la main-d’œuvre et des équipements nécessaires pour récolter et transporter la biomasse jusqu’à son site d’utilisation. Les territoires de récolte des coopératives forestières Laterrière, Sainte- Rose et Fernand Boileau se retrouvent surtout au Saguenay (UA 023-52 et UA 023- 51) et au sud du lac Saint-Jean (UA 22-51), alors que la Coopérative de valorisation de la biomasse détient ses droits de récolte de biomasse au nord et à l’ouest du lac

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Saint-Jean, dans les UAF 025-51, 027-51, 024-51 et 024-52. Également, ce tableau fait état du potentiel de biomasse forestière résiduelle. En effet, le tableau indique que la biomasse forestière résiduelle allouée est de 210 250 tmv, soit 105 125 tma, ce qui représente environ 38 % de la biomasse potentielle estimée (278 604 tma). Il reste donc approximativement 173 479 tma de biomasse non-allouée dans un rayon de 100 km des routes principales. La répartition de la biomasse non allouée par UA a été obtenue par différence. L’UA 25-51 est celle qui renferme le plus de biomasse disponible.

Tableau 1.4

Biomasse allouée et disponibilité par UA (moins de 100 km des chemins principaux)

     

 

             

 

             

 

             

     

     

 

             

 

             

 

             

 

             

 

Source : MRN. PAFIT Région du Saguenay Lac Saint-Jean, UA 022-51 et présentation Carl

Tremblay. MRN. Décembre 2011.

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La récolte de la biomasse forestière résiduelle en est encore à ses débuts et seulement une partie des volumes inscrits dans les ententes est récoltée. Selon le rapport de la CRÉ du Saguenay-Lac-Saint-Jean (2012), les coûts de récolte, la nécessité de s’entendre avec les détenteurs de GA, l’accès difficile au marché et la concurrence des autres filières expliquent en bonne partie les difficultés reliées au développement de cette filière.

Enfin, la ratification d’entente de récolte de biomasse avec les coopératives forestières, qui regroupent souvent plusieurs acteurs du milieu forestier, met en évidence la nécessité de la coupe intégrée comme ingrédient de base à la filière, celle-ci favorisant le contrôle des coûts et la récolte efficace de la matière première dans un contexte environnemental répondant aux attentes du milieu.

1.1.1.3 Biomasse forestière en provenance des lots intramunicipaux (TPI)

Les TPI sont des terres du domaine de l’État situées à l’intérieur des limites municipales et constitués en réserves forestières. Depuis 1997, la gestion de ces territoires a été confiée aux MRC par la signature des conventions de gestion territoriale (CGT). Ces ententes donnent aux MRC des pouvoirs et des responsabilités concernant les ressources présentes sur ces territoires, dont une partie est occupée par des zones forestières productives. Cinq CGT ont été mises en place au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Quatre d’entre elles correspondent aux quatre MRC et la cinquième correspond à la ville de Saguenay. Ces conventions prévoient que les délégataires sont soumis à la loi sur les forêts et doivent préparer un plan d’aménagement forestier pour leur territoire forestier respectif. De plus, les MRC ont le pouvoir d’octroyer à leur tour des conventions d’aménagement forestier (CvAF) conférant aux bénéficiaires le droit d’obtenir des permis d’intervention pour l’approvisionnement d’usines de transformation.

En contrepartie, les bénéficiaires doivent exécuter les obligations qui leur incombent en vertu de la loi sur les forêts et de la convention qui les lie aux MRC (PRDIRT 2011). Le nouveau régime forestier a amené la création d’une nouvelle forme d’entente appelée ‘le permis de récolte en vue de l’approvisionnement d’une usine de transformation’ (PRAU). Ce dernier correspond sensiblement à la définition des CvAF. D’autres changements apportés par le nouveau régime risquent de venir bouleverser encore les règles du jeu d’ici quelques années, dont le nouveau principe de ‘forêt de proximité’ qui viendra probablement redéfinir les droits et obligations de chacun dans le système de gestion des TPI.

La superficie forestière productive nette correspond à la superficie forestière productive brute moins les réductions pour refuges biologiques, chemins et règlementation provinciale (CRÉ, 2011).

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Le tableau 1.5 fait état des superficies forestières par MRC et de la possibilité forestière par essence ou groupe d’essences.

Tableau 1.5

Possibilité forestière (m 3 /an) et rendement (m 3 /ha) pour les TPI et les forêts d’enseignement et de recherche

     

Superficie

   

Possibilité

Rendement

MRC

Superficie

forestière

 

Volume par essence (m3/an)

 

totale

moyen/ha

totale (ha)

   

productive (ha)

 

(m3/an)

(m3/ha)

         

Autres

 

Feuillus

   

Brute

Nette

SEPM

résineux

Peuplier

durs

Domaine du Roy

14

345

9

478

7

276

4

500

-

3

800

1

900

10

200

1,40

Lac Saint-Jean-Est

26

926

12

380

11

603

13

612

44

4

902

2

286

20

844

1,80

Fjord-du-Saguenay

32

463

27

626

25

515

21

200

-

9

900

8 200

39

300

1,54

Maria-Chapdeleine

43

128

17

033

14

811

26

103

-

5

444

1 474

33

021

2,23

Saguenay (ville)

7 143

6

002

5

685

3

900

-

2

200

1

300

7 400

1,30

FER*

   

2

431

2 050

-

 

840

485

3 375

1,39

Total

   

67

321

71

365

44

27 086

15 645

114 140

1,70

Possibilité par

                 

essence (%)

62 %

0%

24%

14%

99%

*FER : Forêt d’enseignement et de recherche

 

La possibilité par essence ou groupe d'essences n'étant pas définie pour la FER, la proportion utilisée correspond à la

proportion moyenne pour l'ensemble des autres territoires (TPI)

 

Selon la CRÉ (2012), le potentiel de biomasse forestière résiduelle des TPI serait de 16 000 tma, en utilisant le même ratio que celui utilisé par le MRN sur les terres publiques. Par contre, une estimation de la biomasse forestière résiduelle effectivement récoltable peut être faite en utilisant les paramètres proposés par Favreau (1997) dans Bergeron et al (2008). Le tableau 1.6 présente les résultats selon cette méthode de calcul qui estime la biomasse récupérable annuellement à 8 121 tma.

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Tableau 1.6

Biomasse récoltable sur les TPI, selon la méthode de calcul de Favreau 1997

   

 

             

1.1.1.4

Biomasse forestière (bois rond et résidus de coupe) en provenance des terrains privés

Au Québec, la production de bois de la forêt privée est considérée comme une production agricole et est sujette à la loi sur la mise en marché des produits agricoles, alimentaires et de la pêche (Loi M-35.1) (CRÉSLSJ, 2011). Au Saguenay- Lac-Saint-Jean, le Syndicat des producteurs de bois du Saguenay-Lac-Saint-Jean administre le plan conjoint des producteurs de la région. C’est donc cette organisation qui négocie avec les acheteurs potentiels les volumes et les prix pour les bois produits sur son territoire. Le Syndicat détient aussi, par règlement (c. M- 35.1, r. 173), l’exclusivité de la vente de la biomasse et de tous les bois récoltés en forêt privée sur le territoire et destinés à une usine de transformation. Chaque année, le Syndicat évalue les demandes des producteurs en regard de la vente de leurs bois et alloue les contingents en fonction des marchés disponibles et de la possibilité forestière.

En 2014, le territoire couvert par les Agences forestières du Saguenay-Lac-Saint- Jean occupe une superficie de 601 303 ha, dont 364 661 ha de forêt productive (tableau 1.7). Ce territoire est enclavé dans la forêt publique. Il touche cinq municipalités régionales de comté (MRC). Au point de vue administratif, le territoire est subdivisé en deux agences régionales de mise en valeur des forêts privées :

l’Agence du Saguenay et l’Agence du Lac-Saint-Jean (Agences de mise en valeur, 2014) .

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Tableau 1.7

Superficies des forêts privées (ha) : terres agricoles et forestières productives (CRÉSLSJ, 2011)

     

     

En 2014, la possibilité forestière de la forêt privée est estimée à 695 400 m 3 . Elle se compose principalement de 340 000 m 3 de bois du groupe SEPM (sapin, épinette, pin gris, mélèze) et de 246 000 m 3 de peuplier (Communication J. Tremblay, mars 2014, Syndicat des producteurs de bois du Saguenay-Lac-Saint-Jean). Le tableau 1.8 présente la répartition par essence et groupes d’essences.

Tableau 1.8 Répartition de la possibilité forestière par essence (m 3 /an) et territoire d’agence; forêt privée

 

La biomasse forestière résiduelle est généralement prélevée chez le peuplier. Le tableau 1.9 présente une estimation de la biomasse récoltable pour l’ensemble des essences, tandis qu’on retrouve au tableau 1.10 une estimation pour le peuplier. La biomasse récoltable est estimée en utilisant les paramètres proposés par Favreau (1997). D’une façon générale, 60 % du peuplier récolté se retrouve sur le territoire de l’agence du Lac-Saint-Jean, alors que les 40 % restant proviennent du territoire

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de l’agence du Saguenay. Environ 60 % des opérations forestières sont exécutées avec la méthode des bois tronçonnés. Près de 70 % du volume est récolté par 30 % des propriétaires.

La biomasse forestière résiduelle pouvant être générée par la forêt privée est estimée à 100 138 m 3 . Elle est de 35 424 m 3 pour le peuplier, soit environ 17 712 tma par an.

Le SPB se dit intéressé par le projet et la possibilité de mettre en marché une certaine quantité de biomasse forestière, particulièrement celle qui provient du peuplier. Le prix de base, livré à Alma (situé approximativement au centre de la zone des terres privées) serait de 100 $/tma.

Tableau 1.9

Estimation de la biomasse forestière résiduelle récupérable à partir de la biomasse totale

 

   

     

     

     

     

     

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Tableau 1.10

Estimation de la biomasse récupérable à partir de la biomasse totale du peuplier faux-tremble, forêt privée

     

     

     

   

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1.1.2

Les résidus d’usines de sciage

1.1.2.1 Les sous-produits générés par les usines de première transformation

La production de biomasse peut aussi se faire à partir des sciures, des rabotures, d’un mélange des deux, de l’écorce et des copeaux. Ces matières constituent un approvisionnement de premier choix, étant donné qu’elles ont déjà subi un premier traitement et que leur taux d’humidité a diminué sensiblement par rapport à la fibre qui pourrait être récoltée en forêt.

Les statistiques concernant les quantités de ces sous-produits générées annuellement sont confidentielles et le MRN ne les divulgue pas. Par contre, un bilan d’écorce a été fait pour l’année 2008, au niveau de la région (tableau 1.11), ce qui peut quand même donner un ordre de grandeur. Ainsi, la CRÉ fait état de ce bilan en 2012 en estimant l’offre d’écorces de la région à 472 924 tma.

Tableau 1.11

Bilan des écorces, 2008

Toutes essences

Quantité (tma)

Offre

472

924

Demande

924

642

Total

-451 718

Source : MRN 2008 dans CRÉ du Saguenay-Lac-Saint-Jean, 2012.

Elle démontre également que la disponibilité de ce sous-produit est de plus en plus problématique dans la région en raison de la diminution du nombre de scieries. Les écorces sont continuellement en déficit. Entre 2005 et 2007, au Saguenay-Lac- Saint-Jean, ce déficit est passé de 94 058 tmv à 350 701 tmv. (Groupe Infor, 2010). Les déficits d’écorce perdureront partout, selon M. Robicheau (Groupe Infor, 2010) et le rapport de la CRÉ le confirme.

Au niveau québécois, les sciures et les planures produites entre 2003 et 2005 ont été utilisées de différentes façons. Pour une production totale de 2 165 000 tma en 2005, 80 % de ce tonnage a été dirigé vers un usage industriel et 20 % à la production énergétique. Pour les autres besoins, tels les besoins agricoles ou les exportations, il a fallu chercher d’autres producteurs et procéder à des importations (MRN, 2009 dans Groupe Infor, 2010). Une baisse de production importante en 2006 et 2007 et, par la suite, les projets émergents de fabrication de granules ont aggravé la pénurie car ils sont en compétition pour cette ressource avec les usines de panneaux. La situation était encore très volatile en 2009 (Groupe Infor, 2010).

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Considérant que les sciures, planures et écorces sont pratiquement absentes sur le marché et que l’entreprise Granules LG, qui possède ses usines dans la région, connaît des problèmes d’approvisionnement en matière première, ces sources potentielles d’approvisionnement pour la production de biocharbon ont été mises de côté.

Comme les statistiques sur la production de copeaux ne sont pas disponibles, les quantités potentiellement produites ont été évaluées de façon théorique. Fournier (2010) estime que les proportions moyennes de copeaux, du sciage et des sciures peuvent se répartir telles qu’indiquées au tableau 1.12.

Tableau 1.12

Répartition des produits et sous-produits en fonction du diamètre à la souche (%).

et sous-produits en fonction du diamètre à la souche (%). En supposant un diamètre moyen à
et sous-produits en fonction du diamètre à la souche (%). En supposant un diamètre moyen à

et sous-produits en fonction du diamètre à la souche (%). En supposant un diamètre moyen à

et sous-produits en fonction du diamètre à la souche (%). En supposant un diamètre moyen à

et sous-produits en fonction du diamètre à la souche (%). En supposant un diamètre moyen à

En supposant un diamètre moyen à la souche de 20 cm, on pourrait retenir qu’environ 40 % du volume des tiges peut être utilisé pour produire des copeaux, dans un contexte normal de production de sciage. Dans la littérature, cette proportion entre le sciage et les copeaux est souvent utilisée.

Si l’on considère qu’un ensemble de scieries indépendantes, situées à proximité des sites étudiés pour l’implantation d’une usine de biocharbon, pourraient s’avérer des fournisseurs de copeaux en vue de la production du biocharbon, on obtient le niveau de production qui apparaît au tableau 1.13. Ces quantités sont obtenues en utilisant la garantie d’approvisionnement comme éléments de base du calcul. De plus, on a posé l’hypothèse que 10 % des volumes inscrits au marché libre pourraient générer des copeaux.

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Tableau 1.13

Estimation de la quantité de copeaux produites par les scieries partenaires et le marché libre (10 %),

Une enquête auprès des scieries indépendantes confirme qui serait prêt à livrer des copeaux pour un projet de Biochar. En effet, le prix des copeaux est contrôlé par de gros joueurs et certaines scieries indépendantes souhaiteraient vendre leurs copeaux à un prix plus élevé.

Par ailleurs, M. Robidas, directeur général de l’Association des producteurs de copeaux du Québec en 2010, estime que, dans un avenir plus ou moins rapproché, les copeaux d’épinette noire seront de plus en plus recherchés par les papetières et que les copeaux des autres essences (dont le sapin) seront destinés à la bioénergie ou d’autres marchés (Groupe Infor, 2010). Tembec a d’ailleurs défini des critères de qualité de base pour ses copeaux, dont une classe de qualité ‘biomasse’ (Site de Tembec, 2014).

Le tableau 1.14 fait état des caractéristiques de deux classes de copeaux. Comme la qualité réfère au type d’utilisation, les impuretés, la teneur anhydre, le temps maximum en pile et les contaminants non ligneux peuvent avoir leur importance. Les contaminants ne sont pas admis ou presque, peu importe l’utilisation.

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Tableau 1.14

Critères de qualité proposés par Tembec pour des copeaux destinés à deux usages (Site de Tembec 2014)

 

Panneaux et

Panneaux et

 

Peut contenir copeaux de bois, bran de scie, rabotures, bois d’œuvre

Qualité

granules

granules

Combustible

Impuretés

0,05 %

0,05 % maximum du poids*

S.

O.

Quantités minimes de terre et de pierres

maximum du

 

poids*

 

Teneur anhydre

45 % à 75 %

Minimum 75 %

S.

O.

45 % à 75 % du poids vert

Temps maximum

Trois mois

Trois mois

Six mois

Six mois

en pile

Contaminants

Aucun

Aucun

Aucun

Très peu

non ligneux

* Les impuretés peuvent être des pierres, du sable, de la terre, des balayures de plancher, des guenilles, des cendres et des cendres insolubles dans l'acide.

1.1.2.2 Sous-produits générés par l’industrie de seconde transformation

Ces sous-produits sont souvent les mêmes que ceux générés par l’industrie de première transformation. Ils sont généralement plus sec et de qualité variable. Les copeaux peuvent être déclassés par les usines de pâtes et papiers en raison des exigences de ces dernières et les sciures peuvent présenter une granulométrie hétérogène. Finalement, les résidus de bois peuvent être contaminés par la mélamine, les colles ou autres matières indésirables (MRN, 2012). Le tableau 1.15 indique qu’au Saguenay-Lac-Saint-Jean, l’industrie de seconde transformation produit environ 21 000 tma de sous-produits dont 78 % sont d’essences résineuses.

Les quantités de rabotures sont les plus importantes. Ces sous-produits sont utilisés également pour des utilisations agricole, énergétique ou industrielle. Les sous- produits sont enfouis dans une faible proportion, soit moins de 1 %, et sont constitués principalement de résidus et de rabotures.

L’enquête menée par le MRN sur les résidus de seconde transformation s’est faite à l’aide d’un questionnaire et 76 établissements ont répondus dans la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Les résultats ont été extrapolés à l’ensemble des établissements.

Ces résidus se retrouvent un peu partout dans la région et suivent la répartition des usines de seconde transformation.

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Tableau 1.15

Bilan des sous-produits générés par l’industrie de seconde transformation du Saguenay-Lac-Saint-Jean, 2011 (tma)