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Arnoult, Paul. Au nom de la jeunesse française. Réponse à Zola, par un élève de
Arnoult, Paul. Au nom de la jeunesse française. Réponse à Zola, par un élève de

Arnoult, Paul. Au nom de la jeunesse française. Réponse à Zola, par un élève de Claude Bernard (Paul Arnoult). 1879/06.

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1-^NSIEUR

DÉDIÉ

CHASSANG

INSPECTEUR GÉNÉRAL DE L'UNIVERSITÉ

AUTEURDE L'OUVRAGE

Le Spiritualisme et l'Idéal dans l'art et la poésie des Grecs

A celui qui, du Beau pénétrant la science, Dans un livre éloquent fait aimer l'Idéal, Et montre, en dissipant l'erreur et l'ignorance, Que le Beau c'est le Bien, que le Laid c'est le Mal.

PAULARNOULT.

AU NOM DE LA JEUNESSE FRANÇAISE

RÉPONSE

PAR

A

ZOLA

UN ÉLÈVE DE CLAUDE BERNARD

Facit indignatio versum. (JUVÉNAL.)

PARIS

Juin

1SJO

RÉPONSE

A

ZOLA

Du bon sens et du goût le fougueux

Zola, le grand Qui, dans certain

L'imprudent

adversaire,

Zola, l'auteur

journal

de l'Assommoir,

nomme Le Voltaire,

blanc

et noir ;

qu'on

1 tour à tour nous parle

Zola, qui l'aurait

Aux jeunes gens français

Nous vivons, paraît-il,

L'air

cru ? professeur

vient

de morale, de faire un appel.

de scandale

;

dans un temps

que nous respirons

est pestilentiel

Tout

Du généreux

Aussi nous offre-t-il

va de mal en pis, et cette

Zola contriste

décadence

le grand

coeur.

son art et sa science,

De la corruption,

lui, le seul guérisseur.

;

6

RÉPONSE A ZOLA.

La jeunesse croyait,[dans

Qu'il est, à part Zola, d'assez

Et, par funeste

sa candeur

naïve,

bons écrivains,

erreur de Fimaginative, des gens qui sont de purs crétins.

Elle admirait

Ces auteurs

Qui des collégiens faussent le jugement,

Et ces farceurs

Desquels

froids et secs, ces ennuyeux

classiques,

parés du nom de romantiques,

le vain esprit

n'est gonflé que de vent ;

Victor Hugo surtout, conduisant

De ces jongleurs

la séquelle des badauds

de mots, amuseurs

Voilà ce que fourraient

Les jeunes gens du jour,'malheureux

dans leur pauvre

cervelle

étourneaux.

;

Nous allionsjpérir.

Incarné dans

Mais le Naturalisme,

Zola, vient

repoussons

à notre secours.

le sot Idéalisme

Loin de nous

De Zola, le sauveur,

le concours.

acceptons

;

Au reste, disons-le,

Du mal dont nous soutirons

fort simple

est le remède.

quiconque

veut guérir

Doit, l'Assommoir

Zola, pour lui montrer

en main,

à son aide

appeler

l'art de s'empuantir.

RÉPONSEA ZOLA.

7

Qui donc nous racontait que de la poésie

Les accents dans les coeurs enflammaient

Qu'il fallait au-dessus

des choses de la vie

la vertu,

Elever l'être humain, si souvent abattu?

Chansons

que tout cela ! C'est juste le contraire.

L'infaillible Zola dit positivement

Que pour se conserver une âme noble et fière,

Dans l'ordure

on ne peut la plonger

trop souvent.

Et comme dès longtemps

il s'y plonge lui-même,

Qu'il en connaît

sur lui les merveilleux

effets,

Il veut bien, par bonté pour la France

En faire à nous aussi savourer

qu'il aime,

les bienfaits.

Moraliste profond, plus profond politique,

Zola, dont l'oeil perçant

Zola, que Dieu dota d'un esprit prophétique,

Afin qu'à nous mortels

l'avenir

pénètre

;

il se pût découvrir

;

Zola, des hauts sommets

A vu vers quels écueils vogue l'humanité.

Il frémit, et lançant desjsaroles

Où s'empreint la n^ttèssfe

où plane

sa grande âme,

de flamme,

1

âvejcl-a majesté :

8

RÉPONSEA ZOLA.

Insensés,

dit sa voix, quelle erreur

est la vôtre?

De quel aveuglement Dans quel bourbier

Serez-vous à jamais d'incorrigibles

êtes-vous

frappés

tous ?

fangeux

votre espèce se vautre !

fous ?

Des choses du passé

la triste expérience

N'est-elle pas pour vous pleine d'enseignements Ne savez-vous donc

pas que toujours l'ignorance

Aux peuples a causé des désastres

sanglants ?

Entr'autres

deux preuves lamentables.

Des Grecs et des Romains les malheurs inouïs

il en est

Ne vous montrent-ils

Attendent les pécheurs

pas quels destins déplorables

dans le mal endurcis

?

?

Or le mal, voyez-vous, c'est de l'Idéalisme

Le culte nuageux, mesquin, dépravateur. Le mal, c'est le dédain de ce Naturalisme

Dont vous voyez en moi le plus noble docteur.

Comment n'auraient-ils pas mérité la ruine

Et des âges futurs la juste aversion,

Ces gens qui, contempteurs

Couraient, le coeur léger, à la perdition?

de la pure doctrine,

RÉPONSE A ZOLA.

9

Admirer un Platon,

D'un Phidias

un stupide

vanter le marbre

Aristote,

solennel

;

D'un Sophocle

qui dort ou qui radote, le drame officiel ;

énervé,

Applaudir bêtement

De rhéteurs saugrenus

tels que fut Démosthènes

Suivre les faux conseils

jamais

et lutter

que de paroles

contre

un roi ;

;

Ne se nourrir

Dans le culte du Beau mettre

vaines

toute sa foi ;

Voilà ce qui perdit le peuple de la Grèce

Et ce que châtia

Qui, vainqueurs

le glaive des Romains, des vaincus subissant

la mollesse,

Marchèrent

à leur tour vers les mêmes destins.

Alors de Romulus

on vit l'indigne

race

Écouter, Un certain

Un Brutus,

sans frémir, de honteux

orateurs

Cicéron,

enflé de folle audace ;

altéré de la soif des honneurs.

De la prose et des vers l'effroyable

Jusque

Partout,

Et les écrivassiers

manie

dans le sénat faisant

hélas ! partout

invasion,

régna la maladie ;

devinrent légion.

:

10

RÉPONSEA ZOLA.

Comment les dénombrer? Dans cette multitude

11 suffit de citer quelques

noms bien connus.

Ils vous feront juger de la décrépitude

Où leurs concitoyens

par eux étaient

venus

:

Lucrèce, pauvre fou, pseudo-naturaliste,

D'absurdes visions emplissant

Virgile, le rêveur, ardent idéaliste, Qui même sur le boeuf a des mots attendris;

ses écrits ;

Et ce déclamateur

Cet Annaeus Lucain, que Corneille imita,

à la voix ampoulée,

Corneille, autre phraseur,

De Perse, esprit obscur,

— et la fureur

qui tant se tortura;

Et cet historien,

Si lors j'avais vécu, ce Tacite assommant,

Chez lequel Bossuet, lui, l'évêque S'avisa de trouver un mérite éminent.

bien fait taire,

sectaire,

que j'aurais

rentrée

De ces affreux pédants,

L'effet pernicieux

Rome avait cultivé la sotte métaphore

Par les invasions

de mille autres encore,

;

se fit enfin sentir.

elle dut en pâtir.

RÉPONSE A ZOLA.

11

Et vous-mêmes

Tant et tant

Quelle

enfin, pauvres

gens de la France,

malheurs,

?

par de récents

flagellés

est de vos esprits

la folle insouciance

Que ne travaillez-vous

à devenir meilleurs

?

Quoi ! de la vérité

la fureur

vengeresse

Vous aura décimés,

Et ma puissante

Ne pourra pénétrer

brisés, presque

voix, vous prêchant dans vos coeurs

détruits,

la sagesse

endurcis

!

Quoi ! j'aurai,

moi, Zola, le citoyen

du monde,

Qu'un Dieu trop bienveillant

fit naître

parmi vous,

J'aurai

dans

Habité malgré

ce Paris,

votre sentine

immonde,

tous mes dégoûts.

moi, malgré

Et mes enseignements

Et l'apôtre Je verrai

Me traiter

du vrai

dans

se perdront sera calomnié

une presse

!

fétide

chaque jour

comme

on traite un excommunié

le vide !

!

Non, non, je n'y tiens

Fait place

dès ce jour

plus ! ma patience

à l'indignation.

Acceptez,

Ou je vous abandonne

acceptez

la parole sacrée,

à la corruption.

usée

12

RÉPONSEA ZOLA.

Chez les peuples du Nord, affamés de science,

De mes riches pensers je porterai l'or pur.

Les Cosaques du Don, ces fils du steppe

immense,

un esprit mûr.

Pour mes enseignements

montrent

Eux seuls sont dédaigneux

des choses mensongères

Eux seuls savent

sentir la grâce et la beauté ;

Eux seuls

de l'Assommoir comprennent

Eux seuls gardent toujours l'antique

les mystères

pureté.

Oui, cette nation est seule respectable;

C'est là que mes écrits se vendent

Quiconque ne suit pas cet exemple admirable,

le plus cher.

Tôt ou tard doit périr par la flamme

et le fer.

Ainsi parle Zola, le profond philosophe,

Et ce peuple français, toujours évaporé, Lui, que n'instruit jamais aucune catastrophe,

Semble rire, l'ingrat

! du parleur inspiré.

Pour moi, craignant

De Paris, cet égoût, fuyant l'air corrompu,

A séjourner ici prudemment

les maux que Zola nous annonce,

je renonce

;

Au Volga je m'en vais m'abreuver

de vertu.

;

;

RÉPONSE A ZOLA.

13

Là

Le courroux

Je ne le contiens

Eclatez, mes accents,

Mais c'est trop longtemps

indigné gronde

manier l'ironie

;

au fond de mon coeur.

plus. Au nom de la Patrie,

contre le corrupteur.

Tu veux, maître

Être l'éducateur,

Zola, des jeunes les plier à tes lois.

gens de France

A jamais, malheureux,

Ecoute

chasse cette espérance;

ce que tous te disent par ma voix.

De quel droit parmi nous, charlatan

Viens-tu

Infâme empoisonneur

impudique,

?

sous le soleil étaler tes hideurs

de la santé publique,

Que t'a fait ton pays, pour dépraver

ses moeurs?

Tu t'es imaginé dans ton outrecuidance,

Par des dehors trompeurs

Bien haut faisant sonner

nous éblouir

les yeux.

le nom de la science,

Tu pensais imposer

par ce mot merveilleux.

Certains

Ton audace

Comment douter de toi, docteur irréfutable,

naïfs ont cru que ton oeuvre est louable ;

a dupé de vulgaires

esprits.

Qui de Claude Bernard invoques

les écrits ?

14

RÉPONSE A ZOLA.

Ta morale,

dis-tu, c'est lui qui te l'inspire.

les leçons,

Dans les faits sociaux tu cherches à traduire

Du savant professeur appliquant

Sa science

et son art, fruits d'observations.

Ridicule ignorant ou menteur

N'as-tu

par trop bête,

donc pas songé que nous ses auditeurs,

Disciples

assidus

de sa parole honnête,

De son profond savoir ardents admirateurs

;

N'as-tu

Nous saurions conserver

Que jamais imposteur ne souillerait

Que tu soulèverais

donc pas songé que tous pour sa mémoire

un respect souverain

sa gloire ;

;

l'horreur ou le dédain?

Non, tu n'as point compris

Ou, si tu le comprends, Toi qui, lâche inventeur

cet immense

génie,

de quel nom t'appeler

de basse calomnie,

A tes pensers malsains prétends

l'associer

?

de lui, fourbe,

Dans le tombeau là-bas,

Ton mensonge odieux mérite l'anathême

Il faudrait

Te réclamer

c'est un blasphème il en a tressailli.

;

honni.

que ton nom fût à jamais

;

RÉPONSE A ZOLA.

15

Quoi ! cet homme

divin, martyr

de la science,

A de mortels labeurs

se sera condamné

;

Et de l'esprit humain centuplant

Au noble champ d'honneur

la puissance,

il aura succombé.

La Patrie en pleurant, De son fils elle-même

Elle-même

dans la douleur plongée,

aura conduit

le deuil ;

la fosse glacée

aura mis dans

Celui qui fut longtemps

sa joie et son orgueil.

Et voilà qu'un Zola, manoeuvre

Par d'autres

procédés

pouvant

à tant la ligne,

gagner son pain,

Ose sur ce grand mort verser

Et de ses saletés

l'injure le dessein

lui prêter

insigue,

I

Arrière, loin de nous, âme nauséabonde.

Les ouvriers français,

Ces braves ouvriers,

que tu prétends chez qui l'honneur

servir,

abonde,

Ne veulent

point par toi se gâter

et salir.

C'est nous qui les aimons,

Voulons par leur concours

nous,

qui de notre

France,

accroître

la grandeur

;

Qui leur tendons

Travaillons à leur faire un avenir meilleur.

la main,

de confiance,

et, pleins

l(j

RÉPONSE A ZOLA.

Le Beau, le Bien, le Vrai, voilà notre doctrine;

Eux et nous, la suivant,

Qui donc, sentant

sommes dans le devoir.

un coeur battre

dans sa poitrine,

Oserait approuver

celle de FAsemmoir

?

PAUL^ARNOVILT.

Meulan. imp. de A. Masson