formation | recrutement | carrière

Les nouvelles
règles du travail
Que changent­elles
pour les jeunes diplômés ?

Comment
se loger quand
on est étudiant

Free­lance
ou rien
Ils irriguent l’économie
française. A quoi ressemble
leur aventure
Supplément au Monde n° 22 661 daté du 21 novembre 2017

« Les jeunes sont de plus en plus confiants dans l’avenir »
Entretien avec la sociologue Elise Verley
/ Ingénieurs
/ Business Managers
/ Fonctions support

Un seul mot de vous peut vous
ouvrir un monde d’opportunités

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STIMULATING INNOVATION
édito

Pari ou déni

N
otre droit du travail était fort marqué par l’aphorisme de
ILLUSTRATION Lacordaire», déclarait à la fin octobre 2017 Antoine Foucher
DE COUVERTURE
EMMANUEL
POLANCO
pour expliquer la philosophie de la réforme du code du tra­
vail. Henri Lacordaire (1802­1861), auquel le directeur de
cabinet de la ministre du travail faisait référence, est un ecclésiastique et
homme politique du XIXe siècle, dont la 52e conférence de Notre­Dame
de Paris contre le travail du dimanche est restée célèbre pour son rappel
SOCIÉTÉ ÉDITRICE DU MONDE du rôle de la loi pour protéger le plus faible: «Entre le fort et le faible,
Société Anonyme au capital de 124 610 348 €.
Durée de la société : 99 ans à compter entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui
du 15 décembre 2000. RCS Paris.
Actionnaire principal : Le Monde Libre (SCS)
opprime, et la loi qui affranchit», disait­il. Mais pour M. Foucher, «notre
Président du directoire, modèle économique et social a deux fonctions: créer de la liberté et de
directeur de la publication l’égalité. C’est dans cette vision que s’inscrivent les ordonnances [Macron].
LOUIS DREYFUS
Directeur du « Monde »,
(…) La fonction du droit du travail est de poser un cadre».
directeur délégué de la publication, Il faudrait donc se défaire du principe de Lacordaire pour libérer l’entre­
membre du directoire
JÉRÔME FENOGLIO prise, pour sortir d’un climat de défiance à l’égard des employeurs et
Rédaction parier sur la responsabilité des individus et des partenaires sociaux
80, boulevard Auguste Blanqui,
75707 Paris Cedex 13 pour négocier une organisation du travail au plus près de l’entreprise. Il
Tél. : 01­57­28­20­00 s’agit, en quelque sorte, de «faire de l’accord d’entre­
Directeur de la rédaction
LUC BRONNER
prise le pivot du droit du travail en réduisant autant IL S’AGIT, EN QUELQUE
Secrétaire générale de la rédaction
que possible la force obligatoire de la loi comme SORTE, DE « FAIRE
CHRISTINE LAGET celle du contrat individuel de travail», comme l’an­ DE L’ACCORD
Coordination rédactionnelle nonçait, en 2015, Alain Supiot, professeur au Col­ D’ENTREPRISE
ANNE RODIER
PIERRE JULLIEN lège de France. LE PIVOT DU DROIT
Création et réalisation graphique Les modes de travail changent, le mode «indépen­ DU TRAVAIL »
CÉCILE COUTUREAU­MERINO dant» et le mode «free­lance» touchent de plus en
Edition plus de métiers, dans les start­up, sur les plates­for­
CLAUDINE CARROUÉ
mes numériques et même dans les grandes entreprises. C’est un contrat
Correction
SERVICE CORRECTION commercial qui leur tient lieu et place de contrat de travail, réduisant
DU « MONDE »
automatiquement leur protection sociale.
Illustrations
CAMILLE BESSE, ANNE LISE La loi El Khomri d’août 2016, qui avait pour objet de répondre à la transfor­
BOUTIN, STÉPHANE GARNIER,
JEAN­FRANÇOIS MARTIN,
mation du travail, a créé une responsabilité sociale pour les plates­formes
EMMANUEL POLANCO, à l’égard des indépendants qu’elles font travailler. Mais elle a aussi voulu
LISA ZORDAN
«libérer» l’entreprise. Puis les ordonnances du 22 septembre2017 ont
Publicité
BRIGITTE ANTOINE confié à la négociation d’entreprise l’évolution des relations de travail sur
Fabrication un champ élargi, pour le meilleur comme pour le pire, en primant sur le
ALEX MONNET
JEAN­MARC MOREAU contrat de travail. «Il y a un pari qui est fait en donnant la possibilité aux
Imprimeur personnes réunies de s’emparer de tous les enjeux de la situation», expli­
ROTO FRANCE IMPRESSION
que un ancien conseiller à la chambre sociale de la Cour de cassation.
La reproduction de tout article est interdite
sans l’accord de l’administration. Les ordonnances seraient donc un pari sur le dialogue social. Certains
Supplément au Monde.
Commission paritaire : 0722 C 81 975
craignent déjà que tous ne jouent pas le jeu.
Origine du papier : Suède. Taux de fibres
Côté salarié, avant même la publication de décrets d’application attendue
recyclées : 0 %. Ce magazine est imprimé
en novembre et l’ordonnance rectificative prévue avant la fin 2017, les
par Maury, certifié PEFC. Eutrophisation :
PTot = 0.009 kg/tonne de papier routiers ont obtenu que des éléments de leur rémunération restent sous
la protection des accords de branche. Toute la question de la réforme du
code du travail est de savoir s’il s’agit d’un pari sur la confiance ou d’un
déni des rapports de forces au sein de l’entreprise.
anne rodier
sommaire

Supplément au Monde n° 22 661 daté du 21 novembre 2017

3 Edito
6 En bref

8 Les nouvelles règles 36 Free­lance ou rien par Théau Monnet
du travail par Anne Rodier 39 Les autoentrepreneurs crèvent le plafond,
mais gare aux pièges! par Valérie Segond
12 La fin du contrat de travail ? par Catherine Quignon
40 Fin du RSI, fin des galères? par Léonor Lumineau
15 Négocier sans syndicats, un défi en solitaire
par Adeline Farge 41 Les incubateurs, nouveau moteur entrepreneurial
par Adeline Farge
16 Le télétravail libéré ? par Valérie Segond
44 Travailler en voyageant, le rêve accompli
20 Un jour viendra… l’égalité professionnelle des nomades numériques par Léonor Lumineau
par Gaëlle Picut et Margherita Nasi, envoyées spéciales à Medellin
(Colombie)
21 Intégrer les réseaux féminins pour gagner dix ans
de carrière par Myriam Dubertrand 47 «Un free­lance doit avoir conscience de ses droits
à la retraite»
22 Loi travail ? Connais pas, mais il fallait changer
Entretien avec Antoine Bozio, propos recueillis
par Elodie Chermann
par Théau Monnet

Recrutement
Social
24 Les PME, premiers recruteurs dans les grandes
écoles par Nathalie Quéruel 48 Comment se loger à petit prix, même à Paris
par Adeline Farge
26 JO 2024 : des jobs dans les starting­blocks
par François Desnoyers 50 L’endettement met les étudiants sous pression
par Gaëlle Picut
28 Le géomaticien se positionne sur le marché
du travail par Margherita Nasi Immigration
52 Etre étranger peut parfois être un atout
Management par Nathalie Quéruel
29 Evaluation : «Chacun fait semblant d’avoir atteint
ses objectifs» Parcours professionnel
Entretien avec Jean­Pierre Durand, propos recueillis 53 Les soldats entrepreneurs séduisent le Medef
par Valérie Segond par Margherita Nasi
30 Avez­vous la Tweet attitude ? par François Desnoyers 54 Le voyage, une étape utile dans une carrière
par Angélique Mangon

56 Grand entretien avec la sociologue Elise Verley
«Les jeunes sont de plus en plus confiants dans l’avenir» propos recueillis par Anne Rodier
58 Invitation à la lecture par Margherita Nasi

Mardi 21 novembre 2017 Le Monde Campus / 5
2,3
en bref
Népal : licencié pour avoir parlé
Un ouvrier népalais du
Recrutement
bâtiment a été licencié en Internet avec
mars 2016 pour avoir parlé des
conditions de travail au Qatar,
modération
pays hôte du Mondial 2022
de football, à une délégation
millions Quelque 55 % des recrutements
de l’ONU. Selon l’Organisation
internationale du travail (OIT),
de salariés ne passent pas par Internet,
selon une étude du ministère
« cette affaire a été soulevée Avec un tel effectif, le géant de la grande distribution Walmart est le pre­ du travail (« Dares analyses »,
lors de la dernière discussion mier employeur mondial, selon le classement « Global 500 » publié par n° 64) publiée le 4 octobre 2017,
en mars 2017 au Conseil d’admi­ Fortune (http://fortune.com/global500/list/filtered?sortBy=employees), Le canal le plus efficace pour
nistration de l’OIT à la suite
d’une plainte déposée contre
devant l’effectif de 1,5 million de salariés de la China National Petroleum recruter est le réseau de rela­
le Qatar pour non­respect
et les 941 211 travailleurs de China Post Group. Le groupe français Sodexo tions personnelles ou profes­
de deux conventions de l’organi­ arrive en 18e position, avec 425 594 salariés. sionnelles. En moyenne, 41 %
sation, à savoir la Convention de l’ensemble des entreprises
sur le travail forcé et la
utilisent leur site Internet pour
Convention sur l’inspection
du travail ». Au travail, l’ambiance prime recruter en complément de
leur service ressources humai­
Pauvres Londoniens ! Salariés et dirigeants placent l’ambiance nes. Seuls 7 % en moyenne des
Plus d’un Londonien sur quatre
est confronté à la pauvreté
de travail et les relations avec les collègues employeurs sont équipés de
en raison de la stagnation des en tête des critères déterminants de la qualité logiciels spécifiques de gestion
salaires et de l’augmentation des candidatures. Globale­
rapide des loyers, indique un
de vie au travail (49 % pour les salariés ment, seuls 44 % des recrute­
rapport publié le 9 octobre 2017 et 53 % pour les dirigeants), indique une étude ments ont fait l’objet d’une an­
par le New Policy Institute. Sur
ces 2,3 millions de personnes de Malakoff Médéric menée en mai 2017 nonce, que ce soit en ligne ou
sur d’autres supports. Et seule­
concernées, 1,3 million ont auprès d’un échantillon représentatif ment 15 % des recrutements
tout de même un emploi. Sont
considérés en situation de pau­ (secteur, âge, genre, taille d’entreprise aboutissent grâce à une an­
vreté les célibataires auxquels et statut) de 3 500 salariés et 500 dirigeants nonce. Un recrutement sur
il reste moins de 144 livres
(161 euros) par semaine après du secteur privé. cinq (21 %) résulte d’une candi­
dature spontanée.
impôts et loyer, ou 347 livres
(389 euros) pour une famille
Pour les salariés, viennent ensuite la rémuné­
de quatre enfants. Un record ration globale (40 % des personnes
pour l’Angleterre.
interrogées), la reconnaissance au travail Un dentiste sur trois a fait
Italie : parce que son chien (38 %), et enfin la conciliation vie ses études à l’étranger
le vaut bien 31 % des nouveaux chirurgiens-
Son chien ayant eu besoin professionnelle­vie personnelle (37 %). dentistes inscrits à l’ordre
de soins urgents, une femme Pour les dirigeants, ce sont les relations en 2015 ont obtenu leur diplôme
à l’étranger, contre 5 % en 1999.
célibataire employée d’une
université romaine (Italie) a dû avec le supérieur hiérarchique direct qui Une arrivée massive qui a renou-
velé des effectifs stables depuis
s’absenter de son travail pour
le porter chez le vétérinaire
constituent le deuxième critère déterminant quinze ans, révèle une étude de la
et l’assister ensuite. Avec le de la qualité de vie au travail (45 % contre Drees publiée en septembre 2017.
46 % des diplômés étrangers ont
soutien juridique de l’associa­
tion de protection des animaux
27 % pour les salariés), suivie de la rémuné­ obtenu leur diplôme en Roumanie
(dont 11 % sont de nationalité
locale, elle a ensuite obtenu ration globale pour 42 % d’entre eux roumaine), 22 % en Espagne,
que son employeur comptabi­
lise ces deux jours d’absence
et de la reconnaissance (40 %). 17 % au Portugal.
comme des congés payés
pour « motif personnel grave
ou familial ».
Indemnisation moyenne des stagiaires : les grandes entreprises
Etats­Unis : les millionnaires sont les plus généreuses
se portent bien
Aux Etats­Unis, le nombre Selon l’étude menée par la société Grand groupe
de millionnaires est passé AJstage, spécialisée dans le recrutement
de 4,46 millions à 4,8 millions de stagiaires, d’alternants et de jeunes
en un an. Près des deux tiers diplômés, l’indemnisation moyenne
s’élève à 636 euros par mois. PME
des 16,5 millions de million­
naires de la planète résident Le montant des indemnités versées
aux Etats­Unis, au Japon,
par l’entreprise varie selon
la taille de l’entreprise et selon TPE
en Allemagne et en Chine.
les différentes fonctions occupées
Ils se partagent une fortune
lors d’un stage. Association
totale de 63 500 milliards Un stagiaire dans un grand groupe
de dollars, selon une étude qui occupe une fonction de
publiée le 28 septembre 2017 communication recevra une
par Capgemini. Leur nombre indemnisation moyenne de 691 euros
a augmenté de près de 8 %
en 2016.
par mois, alors que, pour une fonction
en finance, il recevra en moyenne
380 € 465 € 564 € 986 €
www.worldwealthreport.com 1 114 euros par mois. SOURCE : ENQUÊTE AJSTAGE 2017

6 / Le Monde Campus Mardi 21 novembre 2017
AGENDA
Carrières
Le Salon APEC de Paris aura lien
le 28 novembre. Cet événement
de l’Association pour l’emploi des
cadres se tiendra à l’espace Grande
Arche de la Défense.

Le Salon Partir étudier à l’étranger
de L’Etudiant se tiendra à la porte
de Versailles les 27 et 28 janvier
2018.

Le Salon de L’étudiant se dérou­
lera du 9 au 11 mars, à Paris Expo,
porte de Versailles.

Conférences
« Plateformisation 2027 – Consé­
quences de l’ubérisation en santé
et sécurité au travail », restitution
des travaux de prospective
de l’Institut national de recherche
et de sécurité pour la prévention
des accidents du travail et des
maladies professionnelles au
Sénat, à Paris, le 12 janvier 2018
(www.inrs.fr/footer/agenda/
restitution­prospective­
plateformisation.html).

« Théorie critique de la crise »,
colloque organisé sous la direc­
tion de Frédérick Lemarchand
et de Patrick Vassort, au Centre
culturel international de Cerisy
Plus de 8 millions de pauvres en France (Manche) du 6 au 13 juin 2018
(www.ccic­cerisy.asso.fr).
Le taux de pauvreté a légère­ avaient ainsi un niveau de vie 7 % de retraités pauvres. Concours
ment baissé en France en 2016 inférieur à 815 euros par Selon un sondage Ipsos pour Le 15 décembre est la date limite
par rapport à 2015, à 13,9 % mois, alors qu’en 2014 elles le Secours populaire publié pour participer au concours
de la population, soit environ avaient un revenu inférieur le 14 septembre, près de un Startup Booster destiné aux PME,
8,737 millions de personnes à 807 euros par mois. Français sur cinq ne parvient start­up ou jeunes pousses étu­
diantes porteuses d’un projet
vivant au­dessous du seuil Un résultat en partie imputa­ pas à équilibrer son budget innovant dans le domaine des
de pauvreté monétaire ble à des mesures sociales à la fin du mois, 36 % composites (www.bpifrance.fr/
de 1 015 euros par mois, selon ciblées sur les populations les déclarent que leurs revenus A­la­une/Appels­a­projet­concours/
un rapport annuel de l’Insee plus fragiles. La pauvreté reste leur permettent juste de Startup­booster­les­inscriptions­
sont­ouvertes­!­34902).
publié le 17 octobre 2017. « très liée au statut d’acti­ boucler leur budget et 19 %
Et, selon une étude de l’insti­ vité » : 37,6 % des chômeurs vivent à découvert (sondage Le 9 janvier 2018 : dernier délai
tut parue en septembre, sont pauvres, contre 17,3 % réalisé par téléphone du pour participer à la 15e édition du
le niveau de cette pauvreté des indépendants et 6,5 % 23 juin au 1er juillet 2017 Prix étudiants de la Fondation
a diminué : en 2015, la moitié des salariés, l’Insee recensant auprès de 1 005 personnes Sopra Steria­Institut de France,
qui récompense deux projets met­
des personnes pauvres par ailleurs un peu plus de âgée de 15 ans et plus). tant le numérique au service de
l’homme et de l’environnement.

Manageurs et menteurs ! Le 19 janvier 2018, c’est la clôture
des inscriptions pour le concours
Quand la religion perturbe « Je filme le métier qui me plaît »
Les responsables dans les entreprises sont­ils des Bien que minoritaires, les compor- qui s’adresse à tous les professeurs
menteurs ? A la question « Avez­vous déjà dû mentir tements religieux qui perturbent de collèges, lycées, universités, etc.
à vos collaborateurs par rapport à des mauvaises (bloquants et/ou conflictuels) le bon (Jefilmelemetierquimeplait.tv).
fonctionnement des entreprises et
nouvelles ? », pour 75 % des femmes et 83 % des hommes transgressent les règles légales sont Forum mondial
la réponse est positive, selon un sondage du site en augmentation, selon une étude Les 8es Rencontres du Mont­Blanc,
de recrutement Qapa.fr, réalisé par e­mailing et sur menée entre avril et juin 2017 à Archamps (Haute­Savoie), auront
les réseaux sociaux auprès de 200 000 cadres actifs et publiée le 27 septembre 2017 lieu du 6 au 8 décembre. Le Forum
par l’Observatoire du fait religieux mondial annuel de l’économie
entre le 25 et 28 septembre 2017. en entreprise (OFRE) et l’Institut social portera cette année
Les raisons avancées ? Pour « éviter tout conflit » arrive Randstad. Ils représentent
sur le thème : « L’ESS : l’efficacité
en tête pour 68 % des femmes et 49 % des hommes. ainsi 7,5 % de l’ensemble des faits
religieux recensés en 2017, contre nouvelle » (www.essfi.coop/
La deuxième justification est la « demande de la part 6,7 % en 2016. wp­content/uploads/2017/09/
de mon supérieur, actionnaire, etc. » (23 % et 18 %). Programme­RMB2017.pdf).

Mardi 21 novembre 2017 Le Monde Campus / 7
dossier

Les nouvelles
règles
du travail
Contrats, représentants du personnel,
télétravail, les réformes et les ordonnances
Macron ont pour objectif de «libérer»
l’entreprise. Que changent­elles
pour les jeunes diplômés ?

A
quoi doit s’attendre un jeune salariés». Et «cette liberté que nous donnons
diplômé qui arrive sur le aux entreprises a un corollaire: redonner aux
marché du travail? L’année entreprises par le dialogue social la liberté de
2018 s’annonce plutôt bien négocier pour améliorer leur compétitivité.
pour renouer avec l’opti­ Cette liberté il faut s’en saisir», lançait­il à
misme. Le taux de chômage s’éloigne du l’intention des entreprises le 25 octobre à la
seuil des 10 % : à 9,5 % au deuxième tri­ chambre de commerce et d’industrie d’Ile­
mestre 2017, il retrouve son niveau de 2012. de­France. «Si vous ne négociez pas d’accord,
Le gouvernement prévoit une hausse du demain vous devrez en rendre compte à vos
PIB de 1,8 % pour 2017. Et le temps de directions générales», ajoutait Dominique
recherche d’emploi s’est déjà réduit. 70 % Le Roux, le directeur du département social
des jeunes diplômés ayant terminé leurs des Editions législatives.
études au cours des trois dernières années
sont en contrat à durée indéterminée, indi­ Tout est devenu négociable
que le baromètre de l’humeur des jeunes Depuis les ordonnances du 22 septembre,
diplômés du cabinet de conseil Deloitte. tout ou presque est donc devenu négocia­
C’est donc dans un climat d’optimisme ble. «La loi continue de fixer la norme sur
retrouvé que les ordonnances Macron tous les sujets, mais il y a très peu de domai­
changent les règles du travail. Contrats de nes qui échappent désormais à la négocia­
travail, rémunération, temps de travail, tion», confirme M. Foucher. La mise en
représentation du personnel, télétravail, œuvre des ordonnances peut en effet mo­
EMMANUEL POLANCO/COLLAGÈNES POUR LE MONDE

égalité homme/femme, les ordonnances difier quasiment tous les éléments essen­
du 22 septembre2017 permettent de bous­ tiels du contrat de travail listés par la direc­
culer contrats et organisation du travail. tive communautaire du 14 octobre1991: le
Révolution, pour certains, éventuelle lieu de travail, la qualité ou la description
transformation pour d’autres. Selon le di­ sommaire du travail, le début et éventuelle­
recteur de cabinet de la ministre du travail, ment la fin du contrat, la durée, les congés,
Antoine Foucher, «les ordonnances inau­ les conditions de préavis, la rémunéra­
gurent un nouveau modèle favorable à la tion, le cas échéant la convention collec­
liberté d’entreprendre et à l’engagement des tive et évidemment l’identité des parties. …

8 / Le Monde Campus Mardi 21 novembre 2017
Mardi 21 novembre 2017 Le Monde Campus / 9
d o s s i e r | les nouvelles règles du travail

… La modification du contenu du contrat de CONCRÈTEMENT, LE JEUNE Macron apportent, de ce point de vue, des
travail était déjà possible, mais les ordon­ DIPLÔMÉ RETIENDRA nouveautés. La première qui répond à une
nances ont élargi le champ de la négocia­ SURTOUT QUE CE QU’IL SIGNE attente de nombreux salariés, et en parti­
tion et autorisent par accord collectif une AU JOUR J EST AMENÉ culier les jeunes diplômés, porte sur le télé­
réduction des droits des salariés. À ÉVOLUER POUR LE MEILLEUR travail, qui devient un droit. Introduit dans
Est­ce la fin du contrat de travail ? (Lire le code du travail en 2012, comme une pos­
COMME POUR LE PIRE
page 12) « Le contrat de travail est modifié sibilité, le télétravail ne peut désormais
en raison de ce qu’apporte l’accord collectif. plus être refusé par l’employeur sans justi­
S’il le refuse, le salarié bénéficiera des droits ordonnances et m’appellent pour préciser ce fications circonstanciées (lire page 16).
qui s’attachent au licenciement. De ce point qu’ils peuvent faire, ce qui s’applique ou pas», Même si les conditions ont changé, qu’il
de vue, le schéma ne se différencie pas raconte Sabine Lochmann, la présidente du faut passer par un accord collectif et que
d’une relation contractuelle bilatérale », groupe BPI. «La liberté parfois fait peur», certains coûts ne sont plus pris en charge
explique un ancien conseiller à la chambre remarque Stéphane Béal, directeur associé par l’entreprise, c’est une réponse aux 64 %
sociale de la Cour de cassation, mais « en du cabinet d’avocats d’affaires Fidal. de salariés qui, interrogés par Randstad,
amont il y a le verrou et la protection de Cette «liberté» peut aussi inquiéter les plébiscitent ce mode d’organisation du tra­
l’accord majoritaire », rappelle­t­il. Juri­ futurs salariés. La transformation voulue vail, facilité par les nouvelles technologies
diquement le contrat reste donc intan­ du droit du travail crée un déséquilibre du et réducteur du temps de transport.
gible, mais son contenu est modifiable rapport de force entre le salarié et l’em­
par accord collectif. ployeur dont la relation est scellée par un Lourde tâche
Concrètement, le jeune diplômé retien­ lien de subordination. «Le droit du travail La deuxième nouveauté est l’invitation à
dra surtout que ce qu’il signe au jour J est est rééquilibré en faveur du pouvoir de déci­ s’engager dans le dialogue social, d’une
amené à évoluer pour le meilleur comme sion », résume le think tank Entreprise part parce que l’organisation du travail
pour le pire. La transformation annoncée & personnel dans sa note de cohésion peut, plus qu’hier, se définir dans les
des relations de travail dépendra de la vo­ sociale d’octobre «Un moment singulier, accords collectifs et, d’autre part, parce que
lonté et de la capacité de négocier des en­ la mutation du modèle social français». les ordonnances rendent possible la négo­
treprises et des partenaires sociaux. «On va avoir une liberté qu’on n’avait ciation sans syndicats. En effet, les ordon­
jamais eue, reconnaît Jean­Luc Bérard, alors nances réformant le code du travail
Déséquilibre du rapport de force on ne va pas en abuser, rassure­t­il. On ne va ouvrent la possibilité pour les élus du
Des entreprises se félicitent d’ores et déjà pas toucher aux fondamentaux. Lieu de tra­ personnel non mandatés par un syndicat
de l’opportunité de reconstruire un pay­ vail, rémunération, on retrouvera a minima représentatif, mais membres du comité
sage social plus adapté à leurs besoins. ce que les gens ont. Les accords pourront social et économique (CSE) – la future ins­
«C’est l’occasion de remettre à plat énormé­ ultérieurement prévoir des clauses de mobi­ tance de représentation –, de négocier des
ment de choses. C’est beaucoup plus révo­ lité mais dans la mesure du raisonnable.» accords avec leur employeur. Rémunéra­
lutionnaire que les représentants du gou­ « La protection du salarié, historique­ tion, congés, égalité professionnelle, durée
vernement veulent le dire. On a la possibilité ment, n’est pas née du contrat de travail, du travail, etc. (lire page 15). Les jeunes qui
de s’adapter au terrain », réagit Jean­Luc rappelle d’ailleurs un ancien conseiller à la entrent sur le marché du travail sont assez
Bérard, directeur des ressources humaines chambre sociale de la Cour de cassation. éloignés de la représentation syndicale :
(DRH) du groupe Safran. «Notre optique est Elle est née de la loi et de l’accord collectif si­ selon la direction de l’animation de la
de profiter de ces ordonnances pour revisi­ gné à l’issue d’un conflit en entreprise ou à recherche, des études et des statistiques
ter notre organisation», témoigne de son froid de l’accord adopté au niveau d’une (Dares), seuls 3 % des moins de 30 ans
côté Philippe Pallot, directeur des affaires branche. C’est dans l’action collective – ne étaient syndiqués en 2013, contre 11 % pour
sociales France de Sodexo, qui rappelle que se réduisant pas à la grève – et son résultat l’ensemble des salariés. Mais, avec ou sans
son groupe est constitué d’entreprises de qu’a été défini le statut salarial. Le contrat syndicats, la représentation des salariés est
toutes tailles qui dépendent de plus de dix de travail n’est pas la seule protection du une tâche lourde à porter, surtout dans un
conventions collectives. salarié. Il n’est pas son bouclier. L’em­ rapport de force déséquilibré. Entre la
Dans les plus petites entreprises, 52 % des ployeur a toujours eu la possibilité d’en pro­ technicité des sujets et les risques de
entreprises de moins de 50 salariés ayant ré­ poser la modification. Les salariés tirent pressions patronales, cette responsabilité
pondu à l’enquête de l’Association nationale d’abord leur protection de leur statut légal manque sérieusement d’attraits.
des DRH (ANDRH) «Les DRH prennent la et conventionnel. » Pour l’heure, les plus curieux des jeunes
parole» menée en septembre déclarent Pour Jean­Pierre Basilien, pilote de la diplômés tentent de comprendre les
vouloir recourir aux ordonnances principa­ communauté dialogue social d’Entreprise tenants et aboutissants des ordonnances
lement pour l’aménagement et la durée du &personnel, cette «mutation du modèle» Macron (lire page 22) qui, si elles ne révo­
travail. Cette liberté de négocier crée, en place l’individu « au centre du nouveau lutionnent rien dans l’immédiat, sont
même temps, un certain vertige. «Les système dont on voudrait qu’il lui soit porteuses de changements profonds.
patrons de PME ont pris le temps de lire les directement accessible ». Les ordonnances anne rodier

10 / Le Monde Campus Mardi 21 novembre 2017
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d o s s i e r | les nouvelles règles du travail

Convention collective concerne les CDD

La fonction CDI, CDD, contrats
temporaires (intérim)
et contrats de chantier

Le motif du recours CDD et contrats temporaires

La fin du contrat
de travail ? Qualification CDD, contrats de travail
temporaire et temps partiel

Rémunération, temps La classification professionnelle tous les contrats
de travail… Etat des lieux
de ce que la loi El Khomri
Salaires, primes et heures tous les contrats
et les ordonnances Macron supplémentaires
changent – ou non

L
e gouvernement a dévoilé à la fin de l’été sa
réforme très attendue du code du travail. Très
techniques, les mesures annoncées vont avoir
un impact direct sur la valeur du contrat de travail
mais plus difficile à mesurer sur le quotidien du sala­
rié. L’employeur avait déjà une large marge de
manœuvre pour fixer les modalités du contrat de tra­
vail : le type de contrat, la rémunération, le temps de Lieu de travail tous les contrats
travail, etc. Mais la liberté contractuelle entre l’entre­
prise et le salarié était encadrée par la loi et par les
accords de branche (accords conclus entre représen­
tants des salariés et des employeurs pour des entrepri­
ses d’un même secteur d’activité) : la loi limite, par Durée et horaires de travail tous les contrats
exemple, le temps de travail maximal par semaine.
C’est cet encadrement que changent les ordonnances
Macron, en laissant une plus grande marge de
manœuvre à la négociation d’entreprise.
Des points essentiels se décidaient déjà au niveau de
Période d’essai tous les contrats
l’entreprise : chaque année, des négociations obliga­
toires sont organisées avec les syndicats dans les
entreprises d’au moins cinquante salariés, sur des
Date de début et de fin de contrat CDD
thèmes comme les écarts de rémunération ou l’amé­
nagement du temps de travail. Ces négociations
débouchent sur des accords d’entreprise. Les stipula­
tions de tels accords – en général, plus avantageux
pour le salarié – se substituent de plein droit aux clau­
ses contraires et incompatibles du contrat de travail. Si
le salarié refuse ces modifications, l’employeur peut le
licencier – avec des modalités qui varient selon le type Renouvellement et délai de carence CDD et contrats
de travail temporaires
de modifications.
Les ordonnances Macron ont élargi le champ de ces Congés tous les contrats
accords, y ajoutant la possibilité de négocier d’autres
points : les primes d’ancienneté, le 13e mois… qui
dépendaient jusqu’ici de l’accord de branche.
Les ordonnances ouvrent aussi la possibilité à l’accord Garanties collectives tous les contrats
d’entreprise destiné à « développer et préserver l’em­ complémentaires
ploi » ou lié au « bon fonctionnement de l’entreprise » ...

12 / Le Monde Campus Mardi 21 novembre 2017
Les clauses du contrat à vérifier au moment du recrutement
Dans le cas du CDD seulement, le contrat doit obligatoirement mentionner l’intitulé de la convention collective applicable.

Le contrat de travail fournit une description, plus ou moins précise, des tâches du salarié. Pour modifier ces fonctions, dans le cas d’une promotion, par exemple, l’entreprise
doit obtenir l’accord du salarié, qui signera un avenant à son contrat de travail. A défaut, seul un accord d’entreprise, pour des motifs liés au bon fonctionnement
de l’entreprise ou en vue de préserver l’emploi, peut imposer une modification de ses fonctions.

Le motif doit obligatoirement être précisé dans le contrat de travail. L’employeur peut avoir recours aux contrats à durée déterminée seulement pour des motifs prévus
par la loi : accroissement temporaire d’activité, remplacement d’un salarié en poste… Selon le code du travail, un CDD ne peut pas être conclu pour un besoin
de main-d’œuvre pérenne. En cas de CDD de remplacement, le contrat doit obligatoirement mentionner le nom de la personne remplacée.
Précision pour le contrat de chantier : le recours au contrat de chantier, à l’instar du CDI, n’a pas à être motivé. En revanche, le contrat de chantier doit préciser la mission
à laquelle est affectée le salarié.

Le contrat à durée déterminée doit obligatoirement mentionner la désignation du poste de travail, ainsi que le nom et la qualification professionnelle de la personne
remplacée s’il s’agit d’un remplacement. Pour un contrat d’intérim, les caractéristiques du poste et la qualification exigée doivent être précisées.
Précision pour un contrat de travail à temps partiel : il doit aussi indiquer la qualification du salarié.

Souvent dans les grandes entreprises, la rémunération du salarié dépend de sa classification professionnelle. Celle-ci correspond à une hiérarchisation des emplois
dans la branche d’activité. Sur ce point, les accords de branche s’imposent aux accords d’entreprise, sans possibilité d’y déroger. C’est désormais un des rares éléments
tangibles du contrat de travail.

Les modalités de calcul du salaire sont indiquées dans le contrat de travail, en référence notamment à la qualification. Mais le salaire peut être modifié par un accord
lié au « bon fonctionnement de l’entreprise » ou en vue de « développer et préserver l’emploi ».
Le salaire minimum est la seule clause « rémunération » relativement pérenne du contrat de travail, dans la mesure où les salaires minimums continuent à être fixés
par la branche dont dépend le salarié, sans possibilité pour l’entreprise d’y déroger.
Le niveau des primes liées à l’ancienneté, le 13e mois, etc. peuvent être modifiés par un accord d’entreprise, sauf les primes pour travaux dangereux ou insalubres,
qui continuent à dépendre de l’accord de branche si celui-ci le stipule.
La majoration des heures supplémentaires est aussi fixée par accord d’entreprise. A défaut, le salarié doit se référer à l’accord de branche. A défaut encore, la loi prévoit
des taux de majoration horaire allant de 25 à 50 %.
Précision pour le CDD, l’intérim et le temps partiel : le contrat doit obligatoirement mentionner le montant de la rémunération et sa composition (primes, majorations,
indemnités, avantages en nature, etc.). Les contrats temporaires (intérim) doivent en plus préciser la périodicité de paiement de la rémunération. Le niveau de la prime
de précarité (10 % du salaire, par exemple) versée à la fin d’un CDD ou d’un contrat de travail temporaire est désormais fixé par accord de branche.
Précision pour le contrat de chantier : l’entreprise n’est pas tenue de verser une prime de précarité en fin de contrat.

Le lieu de travail fait partie des « éléments essentiels du contrat », qui peut prévoir une clause de mobilité précisant le périmètre géographique dans lequel la mobilité du
salarié pourra s’effectuer. En l’absence d’une telle clause, seul un accord d’entreprise pour des motifs liés au bon fonctionnement de l’entreprise ou en vue de préserver
l’emploi peut imposer une modification du lieu de travail au salarié.
De son côté, le salarié peut désormais faire une demande de télétravail à tout moment, même si cette possibilité n’est pas mentionnée dans son contrat de travail.
Si l’employeur refuse la demande de télétravail de son salarié, il devra justifier ce refus.

La loi El Khomri avait instauré la prépondérance de l’accord d’entreprise en matière de temps de travail, dans les limites fixées par la loi. Un accord d’entreprise peut
prévoir la prolongation de la durée du travail jusqu’à 44 à 46 heures sur une période allant jusqu’à douze semaines, la limite maximale autorisée par la loi.
Précision pour le temps partiel : la durée minimale du temps partiel est fixée par les accords de branche. Le contrat de travail doit obligatoirement mentionner la durée
de travail et les modalités de répartition du temps de travail, ainsi que les limites de l’utilisation des heures complémentaires.

C’est l’accord de branche qui fixe les conditions de renouvellement de la période d’essai. L’entreprise ne peut y déroger.
Précision pour le CDD : le contrat doit obligatoirement mentionner la durée de la période d’essai.

Le CDD et le contrat de travail temporaire ne doivent pas obligatoirement comporter de terme précis. En revanche, le contrat doit mentionner la durée minimale pour
laquelle il est conclu. C’est désormais la branche qui fixe la durée maximale du CDD, auparavant encadrée par la loi. Il existe toutefois une limite maximale européenne
fixée à cinq ans.
Précision pour le contrat de chantier : il n’a, par définition, pas de terme défini. Il peut être rompu à la fin de la mission déterminée. Toutefois, l’entreprise doit donner la
priorité au salarié en cas de nouveau chantier ou de nouvelle mission.
Précision pour le contrat temporaire : le contrat d’intérim doit comporter une clause mentionnant qu’à l’issue de la mission l’embauche par l’entreprise utilisatrice n’est pas
interdite.

Le nombre de renouvellements maximal et le délai de carence entre deux contrats sont désormais fixés par accord de branche. Le contrat doit obligatoirement comporter
une clause de renouvellement, précisant ces conditions, si le CDD est amené à être prolongé.

Le salarié travaillant à temps plein ou à temps partiel acquiert dans tous les cas 2,5 jours ouvrables par mois au moins, soit cinq semaines pour une année complète de
travail. Le contrat de travail ou un accord d’entreprise peuvent prévoir des congés supplémentaires. Les périodes pendant lesquelles le salarié peut prendre ses congés
peuvent être fixées par un accord d’entreprise.

Les accords de branche concernant la prévoyance, la caisse de retraite complémentaire… s’imposent à l’entreprise sans possibilité d’y déroger.
Précision pour le CDD: le contrat doit obligatoirement mentionner le nom et l’adresse de la caisse de retraite complémentaire, ainsi que le nom et l’adresse de l’organisme
de prévoyance si l’entreprise est affiliée.

Mardi 21 novembre 2017 Le Monde Campus / 13
d o s s i e r | les nouvelles règles du travail

EMMANUEL POLANCO/COLLAGÈNES POUR LE MONDE
... – un champ très large, donc – d’imposer au salarié des
conditions que ne prévoit pas son contrat de travail
dans des domaines supplémentaires, comme la rému­
nération ou la mobilité professionnelle. « Dans le cas
de ces accords, il s’agit de réduire les droits des salariés,
alors que les accords collectifs les améliorent normale­
ment », indique Etienne Pujol, avocat d’entreprises en
droit social, associé du cabinet STC Partners. Mais les
syndicats jouent le rôle de garde­fou : « Il faut que les
syndicats valident de tels accords », insiste Me Pujol.
Dans les très petites entreprises dépourvues de délé­
gué syndical, un représentant du personnel élu par les BOULEVERSANT AUSSI BIEN LE CHAMP COUVERT
salariés pourra conclure un tel accord. Une fois l’ac­ PAR LES ACCORDS D’ENTREPRISE ET DE BRANCHE QUE
cord signé, en cas de refus du salarié, l’entreprise a la LEURS MODALITÉS DE VALIDATION, LES ORDONNANCES
possibilité de le licencier. ONT UNE PORTÉE DIFFICILE À MESURER
En dehors de ces cas de figure, aucune clause du
contrat de travail ne peut être modifiée sans accord
du salarié. Sur ce point, les ordonnances Macron ne Enfin, autre changement, et non des moindres : les
changent rien. Pour éviter tout risque de conflit, ordonnances élargissent le recours au fameux contrat
l’entreprise et lui­même ont donc intérêt à ce que les de chantier, dont la durée dépend de la mission. Ce
clauses du contrat soient le plus détaillées possible : type de contrat était auparavant limité aux entreprises
description des fonctions, indication des horaires de du BTP. Désormais, il est ouvert aux autres secteurs
travail, etc. d’activité : si un accord de branche l’autorise, l’entre­
prise peut recruter le salarié sous ce contrat.
Le fameux contrat de chantier Bouleversant aussi bien le champ couvert par les ac­
Il faut savoir qu’aucune mention n’est obligatoire cords d’entreprise et de branche que leurs modalités
dans un contrat de travail à durée indéterminée et à de validation, les ordonnances ont une portée difficile
temps complet, contrairement aux CDD et aux con­ à mesurer. D’autant que l’employeur pouvait déjà,
trats à temps partiel qui doivent comporter obligatoi­ avant les ordonnances Macron, faire modifier au sala­
rement un certain nombre de précisions [voir page rié son contrat de travail en lui faisant signer un ave­
précédente]. En ce sens, le contenu de ces contrats est nant, à condition que ce dernier soit d’accord. Un
davantage encadré. exemple : en 2016, Smart avait réussi à faire passer une
Mais les ordonnances Macron flexibilisent le CDD : la majoration du temps de travail sans augmentation de
durée et le nombre de renouvellement maximal des salaire, malgré une majorité de blocage côté syndicats,
CDD classiques seront désormais fixés par accord de en faisant signer à ses salariés un avenant à leur con­
branche. Dans le scénario le plus extrême, on peut trat de travail sur fond de menace de délocalisation en
imaginer des CDD de quatre à cinq ans, par exemple, Slovénie. Tout dépendra, finalement, des rapports de
à condition que les représentants des salariés et des force entre syndicats, entreprises et salariés.
employeurs tombent d’accord. catherine quignon

14 / Le Monde Campus Mardi 21 novembre 2017
mandatés par un syndicat représentatif mais
membres du comité social et économique
(CSE), de négocier des accords directement
avec les employeurs. Rémunération, con­
gés, égalité professionnelle, durée du tra­
vail… Ils pourront peser sur tous les sujets
qui ne sont pas verrouillés par la loi ou par
la branche d’activité professionnelle.
«Les ordonnances offrent un nouveau

Négocier sans syndicats, pouvoir aux délégués du personnel. Ils
auront un rôle à jouer durant la négociation
et pourront regarder ce qui s’y trame de plus

un défi en solitaire près. Certains seront plus tentés de s’investir
dans leur collectif de travail sans être cha­
peautés par un syndicat», estime Déborah
David, avocate associée au cabinet Jeantet.
Peu syndiqués, les jeunes cadres pourront Mais cette soif de responsabilités se
désormais traiter directement avec leur heurte à une autre réalité. Malgré leur pro­
tection juridique, «les personnes qui signe­
employeur. Mais entre sujets techniques et ront des accords avec leur employeur pour­
risques de représailles, les freins sont nombreux ront s’exposer à des représailles, des sanc­
tions disciplinaires, des licenciements
abusifs. Les diplômés n’ont pas envie d’être

R
estauration, industrie, gardien­ déjà intégrées dans l’emploi, lors des grèves stigmatisés et de compromettre leur carrière.
nage… Laetitia Larquier a navigué contre des licenciements, et peinent à adap­ Le lien de subordination est fort dans les peti­
pendant deux ans dans tous les ter leurs revendications aux transformations tes entreprises», déplore Lionel Marie, du
secteurs d’activité, en dehors du sien, et du travail», constate Stéphane Sirot, histo­ Conseil économique, social et environne­
enchaîné les contrats précaires après son rien du syndicalisme. mental (CESE), rapporteur (CGT) de l’avis
BTS informatique. Embauchée à l’âge de La faute revient aussi aux cursus universi­ sur les discriminations syndicales.
29ans à la SNCF, actuellement membre du taires, qui abordent peu la place du dialogue
comité d’hygiène, de sécurité et des condi­ social dans l’entreprise. Consultant dans «Déséquilibrer le dialogue social»
tions de travail (CHSCT), elle a attendu la une société de vingt­cinq salariés, Côme Surtout que les élus du personnel se
fin de sa période d’essai pour adhérer à la confie être à mille lieues des rouages du retrouveront seuls face aux pressions de
CGT: «Les heures sup’ pas payées, le chan­ l’employeur. «La fin du mandatement risque
tage à l’emploi, les conditions de travail à de déséquilibrer le dialogue social. Les sala­
l’usine m’ont révoltée. Il y a des millions de « LES DIPLÔMÉS riés ne sont pas outillés pour négocier sur des
choses à défendre dans l’entreprise.» Si un N’ONT PAS ENVIE sujets techniques. Ils ne disposent pas de l’ex­
conflit social, un licenciement, un harcèle­ D’ÊTRE STIGMATISÉS pertise et des services juridiques des syndicats
ment peuvent inciter les diplômés à se ET DE COMPROMETTRE pour défendre l’intérêt de leurs collègues. Etre
tourner vers une organisation syndicale, négociateur, cela ne s’improvise pas», précise
LEUR CARRIÈRE »
ce geste n’est pas si naturel aux prémices Rémi Bourguignon, maître de conférences à
de leur carrière, à moins d’avoir été bibe­ LIONEL MARIE l’Institut d’administration des entreprises
Conseil économique, social
ronné au militantisme étudiant. et environnemental (CESE) (IAE) de Paris­Sorbonne Business School.
Selon la direction de l’animation de la Camille, déléguée du personnel sans éti­
recherche, des études et des statistiques quette dans le commerce, a pris le chemin
(Dares) du ministère du travail, seuls 3 % des inverse en toquant à la porte d’un syndicat:
moins de 30ans étaient syndiqués en 2013, syndicalisme. «Certains syndicats réclament «Le climat social s’est tendu ces derniers
contre 11 % pour l’ensemble des salariés. «Si des privilèges surannés et excessifs pouvant mois et des négociations sur les congés payés
les jeunes se mobilisent moins, ce n’est pas porter préjudice à la santé de l’entreprise. vont bientôt s’ouvrir. En intégrant un réseau
qu’ils sont plus individualistes ou défiants Mes conditions de travail étant correctes, syndical, nous allons rencontrer d’autres mi­
envers le syndicalisme, c’est surtout qu’ils cela ne m’a jamais traversé l’esprit de me litants, bénéficier de formations, être armés
entrent tard sur le marché du travail et subis­ syndiquer», raconte ce diplômé de l’école de pour faire entendre notre voix et contreba­
sent plus longtemps des statuts précaires. commerce de Reims, Neoma Business lancer l’argumentaire de la direction, qui est
Tant qu’ils ne se projettent pas dans l’entre­ School, qui souligne n’avoir jamais croisé la entourée d’avocats.»
prise, ils ne s’investissent pas dans un syndi­ route de délégués syndicaux, absents dans « Afterworks », édition de guides sur le
cat», analyse Camille Dupuy, sociologue, 95 % des PME. droit du travail, partenariats avec des asso­
spécialiste des relations professionnelles. Dans les entreprises de 11 à 50 salariés qui ciations étudiantes… Les organisations
Alors qu’ils bataillent pour trouver un em­ sont dépourvues de représentation syndi­ syndicales devront redoubler d’efforts
ploi stable, «les jeunes cadres estiment que cale, les ordonnances du 22 septembre2017 pour attirer les diplômés et ne pas voir les
les syndicats se font davantage entendre sur réformant le code du travail ouvrent la portes des PME définitivement closes.
les problématiques touchant des personnes possibilité, pour les élus du personnel non adeline farge

Mardi 21 novembre 2017 Le Monde Campus / 15
d o s s i e r | les nouvelles règles du travail

EMMANUEL POLANCO/COLLAGÈNES POUR LE MONDE

16 / Le Monde Campus Mardi 21 novembre 2017
des ressources humaines, communication,
service juridique, direction des systèmes

Le télétravail libéré ?
d’information) sont éligibles, les fonctions
commerciales, celles qui manipulent des
données sensibles sur les clients ou les activi­
tés de marché doivent se dérouler sur site»,
explique Marie Langlade Demoyen, char­
Avec les ordonnances Macron, le travail gée de la responsabilité sociale du travail à
à distance est devenu un droit du salarié. Mais la banque. En clair, ce sont surtout les ca­
dres qui peuvent prétendre au télétravail,
travailler de chez soi est­il accessible à tous ? et sur des tâches plutôt fonctionnelles :
90 % des télétravailleurs de la Société gé­
nérale sont cadres. Toutefois, ce n’est pas le

Q
uand, il y a dix ans, j’ai demandé à Depuis les ordonnances du 22 septembre cas chez Axa, qui compte des télétravail­
télétravailler au moins un jour par 2017, un employeur ne peut plus refuser le leurs dans toutes les catégories de salariés.
semaine, en arguant que cela me télétravail à un salarié qu’en justifiant son
ferait économiser 20 % de fatigue, du temps refus par des motifs précis, liés à la nature Pas de colocation
de transport, de la pollution, du risque d’ac­ de la fonction, à la situation du service ou à Le travail à distance n’est pas fait non
cident de la route, mon chef m’a répondu celle de l’entreprise. Il devient donc plus plus pour tout le monde. Sur le plan maté­
tout net: tout ça pour faire le ménage à la facile d’en faire la demande et d’obtenir qu’il riel, il faut vivre dans un logement assez
place du boulot ! » Elisabeth, informati­ se concrétise en commençant par un ave­ grand pour avoir un espace réservé au tra­
cienne dans un établissement public scien­ nant au contrat de travail. La vie au travail vail, car la plupart des employeurs exigent
tifique et technique (EPST), à Sophia Anti­ ne saurait plus ignorer la vie privée. Ce qui que l’ordinateur ne se trouve pas au milieu
polis, en télétravail depuis fin 2015, sait constitue un vrai changement, car on vient de la vie de famille. Le logement doit aussi
qu’en faisant du télétravail un droit du de loin, comme le sait si bien Elisabeth. avoir une bonne connexion haut débit et
salarié, les ordonnances Macron facilitent Pour autant, ne peut prétendre au télétra­ être bien assuré. Le télétravail n’est donc
vraiment la généralisation de ce dispositif, vail qui veut. Car dans certaines entrepri­ pas accessible à ceux qui vivent dans un
qui progresse mais reste marginal dans les ses, toutes les fonctions ne s’y prêtent pas. studio de 20 m2 ou en colocation. Ni à ceux
entreprises, malgré son introduction dans A la Société générale, par exemple, «si la qui voudraient partir en villégiature, car
le code du travail depuis 2012. plupart des services centraux (direction dans la plupart des accords, c’est dans la …

De plus en plus d’actifs s’organisent à distance
Le télétravail commence à se et leur siège en périphérie des à Nanterre, aujourd’hui 35 % à l’intérêt d’aller au bureau, d’autant
normaliser dans le secteur privé, grandes villes, comme Orange, 40 % de l’effectif est en télétravail, que je dois parler avec Bengalore à
dans le conseil, l’informatique, SFR ou Sanofi. Le déménagement soit plus que 25 % de l’ensemble l’aube et la Californie tard le soir »,
les banques, les assurances, les allongeant le temps de transport, des salariés d’Axa France. raconte Marc. Il est vrai que pour
télécommunications, mais aussi ces entreprises ont envisagé Puis l’idée selon laquelle un les cadres ou les professions
dans l’industrie, chez Sanofi, PSA le télétravail plus sérieusement. télétravailleur est plus efficace intellectuelles, être connecté
et Renault par exemple. La plu­ L’idée pouvait être d’autant plus a commencé à faire son chemin : chez soi ou au bureau revient
part des grands groupes ont en appréciée qu’elle accompagnait les responsables des ressources sensiblement au même.
effet mis en place des dispositifs la généralisation des open spaces, humaines d’Axa, par exemple, C’est ainsi qu’«aujourd’hui, en
de télétravail. Ils ont signé des «où l’on ne peut plus ni téléphoner estiment qu’un salarié en France, près de 7 % des salariés
accords avec les organisations à voix haute, ni se concentrer sur télé­travail est 15 % à 20 % plus travaillent dans des entreprises qui
syndicales pour en définir les des dossiers complexes, car on productif que sur site. « Il faut ont signé un accord sur le télétra­
modalités. En 2016, 2 800 accords est tout le temps interrompu », dire que chez soi, on fait moins vail, indique Jérôme Chemin, qui
d’entreprise ont ainsi été signés. déplore Marc, chargé des de pause, on est moins distrait est également secrétaire national
Si certains avaient commencé services chez Hewlett Packard et moins interrompu », commente de la CFDT cadres. Si l’on y ajoute
à expérimenter le télétravail dès à Sophia Antipolis, qui a choisi Jérôme Chemin, cadre chez le télétravail occasionnel et parfois
le début des années 2000, comme le télétravail à raison de quatre Accenture. informel, aussi appelé télétravail
la Société générale, la première jours sur cinq, depuis bientôt gris, on doit être autour de 15 %.»
grosse vague a eu lieu en 2007­ dix ans. C’est ainsi que chez Axa Eparpillement des équipes Chez Axa France, par exemple,
2008, chez Dassault Systèmes, France (lire page 21), on a vu une Enfin, avec l’éparpillement des ils étaient 2200 en octobre 2017
L’Oréal, Microsoft, puis Air France, accélération des demandes de équipes à l’échelle mondiale dans et devraient être 2500 à la fin
ou Alcatel, avec la propagation télétravail avec la mise en place les grands groupes, le travail de l’année. La Société générale
des outils nomades comprenant d’une organisation dite « en sur site a perdu de son intérêt : en France est passée de 400 télé­
de la téléphonie embarquée. mode agile », qui s’est concrétisée « Comme mes équipes étaient travailleurs en 2014 à 6000 en
A partir de 2012, des entreprises par un open space avec des de toute façon réparties entre juillet 2017! Et compte 10000 télé­
cherchant à faire des économies espaces réservés aux réunions et Bengalore en Inde, la Roumanie travailleurs dans le monde.
de loyer ont regroupé des sites d’autres au travail isolé. Au siège, et la Californie, je ne voyais plus v. s.

Mardi 21 novembre 2017 Le Monde Campus / 17
d o s s i e r | les nouvelles règles du travail

... résidence principale que doit se dérouler qu’«il ne faut pas craindre la solitude, car « SE METTRE EN
le télétravail, donc ni résidence secondaire même si on parle tous les jours à ses TÉLÉTRAVAIL, C’EST
ni un tiers lieu, comme un espace de collègues sur Skype, cela ne remplacera ACCEPTER LE PARADOXE :
coworking, même si certains accords d’en­ jamais les conversations autour de la ma­ PLUS DE QUALITÉ DE VIE
treprise l’autorisent sous conditions. chine à café». C’est pourquoi, pour prévenir
ET PLUS DE TRAVAIL »
Enfin, si en théorie tout le monde est éli­ le risque d’isolement, la Société générale
gible, le succès du dispositif dépend des ap­ exige de ses télétravailleurs une présence YVES LASFARGUE
directeur de l’Observatoire
titudes à télétravailler. «Il faut être parfai­ physique dans les locaux de l’entreprise du télétravail, Obergo
tement autonome dans sa tâche, savoir se d’au moins trois jours par semaine.
mettre au travail et organiser sa semaine S’il bénéficie à de plus en plus de salariés,
seul, en répartissant ses activités en fonc­ surtout en Ile­de­France, le télétravail n’est faut se créer une discipline en éteignant
tion des lieux où l’on se trouve, les réunions souvent accordé que sur quelques jours. En son ordinateur à 19 heures, et passer à
au bureau, et les activités qui exigent de la général, pas plus de 1 à 2 jours par semaine, autre chose, car on n’a pas le temps du
réflexion chez soi, explique Jérôme Chemin, avec des jours fixes définis au contrat, ainsi transport pour décompresser, explique
en télétravail chez Accenture. C’est la condi­ que des plages horaires précises pendant Jérôme Chemin. Travailler en restant chez
tion pour gagner la confiance de son mana­ lesquelles les télétravailleurs doivent pou­ soi ne va pas nécessairement de soi. »
geur, celui qui, in fine, décidera d’accorder voir être contactés. A la Société générale, L’Observatoire du télétravail et certaines
ou non le bénéfice du télétravail, en s’assu­ 83 % des télétravailleurs travaillent ainsi à entreprises prévoient une préparation au
rant qu’il est compatible avec le bon fonc­ domicile seulement 1 à 1,5 jour par semaine. télétravail. Obergo propose ainsi un bilan
tionnement de son service.» d’évaluation aux candidats au télétravail
Ce qui n’exclut pas systématiquement les Evaluation préalable qui veulent tester leur capacité à sauter
jeunes, mais de facto les rend plus rares Il faut dire que «se mettre en télétravail, le pas sans le regretter amèrement. La
chez les télétravailleurs. «Il est important c’est accepter le paradoxe: plus de qualité Société générale a, quant à elle, « une
pour les nouveaux venus de s’intégrer, de de vie et plus de travail», dit Yves Lasfargue, grille d’auto­questionnement permettant
comprendre les exigences et les contraintes directeur de l’Observatoire du télétravail, d’appréhender plus concrètement ce que
de leur équipe, de s’imprégner de la culture Obergo. Car sur trois heures de trajet éco­ suppose la pratique du télétravail au quoti­
de l’entreprise en travaillant un certain nomisées, le salarié en garde la moitié et dien », un exercice qui doit permettre au
temps sur site», dit Sibylle Quéré­Becker, laisse l’autre moitié à l’employeur. Mais futur télétravailleur d’infirmer ou de
directrice du développement social chez comment éviter de voir déraper son temps confirmer sa candidature. Bref, avant de
Axa France, où le télétravail n’est pas de travail? Le télétravailleur ne voit pas ses s’y porter candidat, le télétravail passe
ouvert aux salariés en période d’essai. Un collègues partir, ni ne mesure sa charge d’abord par un exercice d’introspection.
temps d’intégration incompressible qui de travail. « Quand on travaille chez soi, il valérie segond
explique que certaines entreprises aient
même prévu un délai de carence, d’une à
deux années de présence dans l’entreprise Le kit d’Axa pour éviter les écueils
avant de pouvoir candidater au télétravail.
«On ne constate pas d’appétence parti­ Pour qu’ils ne se prennent non verbale n’est plus là, maîtriser votre temps de
culière des moins de 30 ans pour le télé­ pas les pieds dans le tapis, les le malentendu est vite arrivé. travail et éviter les dérapages
travail, constate Marie Langlade Demoyen à futurs télétravailleurs sont Gardez les échanges en face­ incontrôlés de votre charge
encadrés, tout d’abord par les à­face pour les problèmes de travail. Mais, pour cela,
conditions posées dans l’ac­ ou les situations complexes : fonctionnez par objectifs,
« MÊME SI ON PARLE cord d’entreprise qui en défi­ – Le téléphone pour avoir soyez clair sur les résultats
TOUS LES JOURS nit les modalités, mais aussi une information urgente, attendus par votre mana­
À SES COLLÈGUES SUR parfois par un guide maison. échanger rapidement avec geur. Bref, dialoguez pour
SKYPE, CELA NE Axa France a, par exemple, vos collègues ou apporter chasser les ambiguïtés !
listé les bonnes pratiques à des nuances à votre position. 4. Pour les manageurs en télé­
REMPLACERA JAMAIS
adopter, recensées en quatre – L’e­mail pour des questions travail, prévoyez des événe­
LES CONVERSATIONS
chapitres : non urgentes, renvoyer des ments où toute votre équipe
AUTOUR DE 1. Soyez proactif : anticipez informations importantes et sera présente pour maintenir
LA MACHINE À CAFÉ » votre travail sur la base d’ob­ retrouver des comptes rendus. lien social et dynamique
JÉRÔME CHEMIN jectifs journaliers, préparez – La messagerie instantanée de groupe. Assurez­vous que
en télétravail chez Accenture votre accès aux documents pour les conversations infor­ tous aient accès aux mêmes
utiles, remplissez l’agenda melles. informations. Etablissez
partagé avec vos collègues – La visioconférence par des règles de priorité en cas
la Société générale. Sans doute parce qu’ils et supérieurs hiérarchiques. Skype pour être présent aux de conflit entre travail
peuvent trouver au bureau un niveau de Soyez transparent. Sans réunions. sur site et travail chez soi.
confort bien supérieur à celui de leur loge­ toutefois surcommuniquer ! 3. Pour préserver votre vie Beaucoup de mesures de
ment, notamment à Paris, mais aussi parce 2. Sachez communiquer à privée, sachez vous dé­con­nec­ bons sens, sans garantie sur
que c’est une population qui aime vivre en distance, en utilisant chaque ter! C’est un droit depuis le résultat, mais qui évitent
communauté.» De fait, parmi les aptitudes outil à bon escient. Car la loi travail de 2016 dont de se lancer à l’aveuglette.
clé au télétravail, Jérôme Chemin souligne quand la communication vous devez vous saisir pour v. s.

18 / Le Monde Campus Mardi 21 novembre 2017
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d o s s i e r | les nouvelles règles du travail

dans un monde relativement égalitaire,
basé sur les notes et les concours, mais leurs
premiers pas dans la vie active, à travers les

Un jour viendra… stages, leur montrent que les choses ne sont
pas aussi simples.»
Louis Jacquelin et Julie Paris, tous les

l’égalité professionnelle deux étudiants en école d’ingénieurs, ont
suivi ce programme. Julie Paris, 22ans, se
définissait elle­même comme déjà sensibi­
lisée à ces questions grâce à ses parents, à
ses professeurs ou aux médias. «Ma mère,
Emmanuel Macron a fait de l’égalité ingénieure, m’a souvent dit que cela avait
été difficile pour elle de s’imposer dans un
entre les femmes et les hommes la grande monde très masculin. Et j’étais informée sur
cause nationale de son quinquennat. les inégalités salariales.» Mais cette forma­
Quel regard les jeunes diplômés portent­ils tion lui a permis de prendre conscience de
la force des stéréotypes intériorisés et d’ap­
sur cette problématique ? Témoignages profondir des concepts tels que le plafond
de verre ou le plancher de verre.

M
arlène Schiappa, secrétaire d’Etat sur la qualification (Céreq) a indiqué que Autocensure
chargée de l’égalité entre les fem­ pour la première fois, en 2013, après trois Cela a aussi été l’occasion de mettre des
mes et les hommes, a lancé le ans de vie active, les jeunes femmes de­ mots sur des comportements qu’elle per­
12 octobre 2017 un tour de France de l’éga­ viennent aussi souvent cadres que les jeu­ cevait mais pas forcément de façon claire:
lité, afin de faire émerger les bonnes pra­ nes hommes. Mais il reste un certain nom­ le phénomène d’autocensure chez les fem­
tiques et de recueillir les propositions. bre d’inerties : les inégalités salariales mes, le syndrome de la bonne élève, le
Mais les ordonnances Macron portant sur commencent dès l’entrée dans la vie active manque de confiance en soi, la pression
la réforme du code du travail inquiètent à diplôme égal, et le nombre de femmes que l’on met sur les femmes pour être de
déjà certaines associations féministes ou diminue au fur et à mesure que l’on monte bonnes mères… « Les hommes n’hésitent
syndicalistes. Elles craignent que les droits dans la hiérarchie. pas à accepter une promotion même s’ils ne
des femmes soient fragilisés par la plus Depuis sept ans, l’organisme de forma­ maîtrisent pas tout, ils osent plus simple­
grande flexibilité introduite par ces ordon­ tion Companieros propose des parcours ment. Alors qu’une femme aura besoin de se
nances et que les droits familiaux comme en ligne sur l’égalité professionnelle à des sentir prête à 100 % pour l’accepter. Nous
les congés enfants malades ou l’allon­ étudiants d’écoles d’ingénieurs et de com­ avons beaucoup plus de mal à prendre des
gement du congé maternité puissent être merce. «L’objectif de cette formation est de risques et à nous valoriser. Moi la pre­
remis en cause par accord d’entreprise. faire prendre conscience aux filles comme mière!», analyse­t­elle.
Par ailleurs, elles estiment que ces ordon­ Grâce à cette sensibilisation, elle sera
nances affaiblissent les outils de l’égalité plus vigilante lorsqu’elle entrera dans la
professionnelle. Aujourd’hui, la loi prévoit « JE SUPPORTE DE MOINS vie active. «J’aurai tout cela en tête au mo­
une négociation annuelle sur le sujet. Les EN MOINS LE PHÉNOMÈNE ment de négocier mon salaire ou lorsqu’on
ordonnances permettront, par accord DU MANTERRUPTING (QUAND me proposera de nouvelles responsabili­
d’entreprise, de déroger à cette obligation. UN HOMME COUPE LA PAROLE tés. » Pour faire progresser l’égalité, elle
Enfin, la disparition du comité d’hygiène, pense qu’il est important de rendre plus
À UNE FEMME). MAINTENANT,
de sécurité et des conditions de travail visibles les femmes qui peuvent être des
(CHSCT) risque d’avoir un impact sur la
J’OSE LE SIGNALER » modèles pour les plus jeunes. «J’ai besoin
prévention des violences sexuelles au tra­ JULIE PARIS de pouvoir me projeter, de voir que cela est
vail. La vigilance reste donc de mise, étudiante en école d’ingénieurs possible», estime Julie, qui a été surprise
d’autant que l’égalité professionnelle tient lors d’un stage dans une grande entreprise
encore souvent de l’Arlésienne. de cosmétiques de constater qu’aucune
Si certains signes sont encourageants, aux garçons d’un certain nombre d’élé­ femme n’occupait un poste­clé.
beaucoup reste à faire et certaines inégali­ ments qu’ils ne réalisent pas toujours et qui Dès maintenant, elle est plus attentive,
tés perdurent. Côté positif: il y a de plus en expliquent pourquoi l’égalité profession­ même si elle essaye aussi de ne pas voir du
plus de jeunes femmes diplômées et nelle est encore loin d’être réalisée, affirme sexisme ou de la discrimination partout.
cadres et les écarts de salaire diminuent. Sophie Michon, responsable pédagogique « Par exemple, je supporte de moins en
Ainsi, le Centre d’études et de recherches du programme. Jusqu’à présent, ils ont vécu moins le phénomène du manterrupting

20 / Le Monde Campus Mardi 21 novembre 2017
(quand un homme coupe la parole à une « A VOULOIR TROP EN FAIRE POUR plus réticents. «A vouloir trop en faire pour
femme). Maintenant, j’ose le signaler et LES FEMMES, CELA ME GÊNE. les femmes, cela me gêne. Par exemple, je ne
dire que cela me gêne. » Côté positif, Julie PAR EXEMPLE, JE NE VEUX PAS veux pas être recrutée parce que je suis une
estime que sa génération est sensibi­ ÊTRE RECRUTÉE PARCE QUE femme mais pour mes compétences. Je ne
lisée à ces questions, et compte sur « les veux pas que le genre soit un critère de sélec­
JE SUIS UNE FEMME MAIS POUR
hommes de bonne volonté » pour faire tion», explique Marie, diplômée d’un mas­
progresser l’égalité.
MES COMPÉTENCES » ter en affaires publiques. D’un autre côté,
De son côté, Louis Jacquelin reconnaît MARIE elle a remarqué que sur sa promo, le tiers
que cette formation lui a permis d’avoir diplômée d’un master en affaires publiques des garçons avait trouvé un travail plus
un nouveau point de vue sur un certain rapidement que les deux tiers des filles.
nombre de sujets. « Pour moi, le monde «Cela m’interpelle, sans avoir de réponse»,
était divisé en deux : d’un côté les personnes grandes écoles telles que Polytechnique) reconnaît­elle.
sexistes ou machistes, et de l’autre, les per­ n’étaient pas acquises depuis longtemps « Les jeunes sont généralement assez
sonnes pour lesquelles l’égalité profes­ pour les femmes et restaient fragiles ». confiants concernant l’égalité profession­
sionnelle était quelque chose de normal, «Plus tard, si je suis amené à recruter, je nelle », remarque Sophie Michon. Mais
d’évident. Mais je me suis rendu compte veillerai à la mixité de mon équipe, qui me c’est souvent au moment de la mater­
qu’il y avait plus de nuances. La force de semble une bonne chose.» Louis Jacquelin nité que se cristallisent les difficultés et
certains préjugés, stéréotypes ou clichés, se dit cependant confiant. «Je pense qu’au les inégalités. « Il est important de les sen­
comme le fait qu’il y aurait des métiers sein de ma génération, la volonté chez les sibiliser à une égalité inclusive et de pré­
d’hommes et des métiers de femmes ou en­ hommes d’avoir un bon équilibre vie perso/ parer les jeunes femmes afin de leur éviter
core le poids du présentéisme en entreprise vie pro devrait contribuer à favoriser l’éga­ trop de désillusions. De plus, ce sont les
dont il est difficile de se défaire. J’ai aussi lité professionnelle», analyse­t­il. manageurs de demain, c’est donc eux qui
réalisé que certaines choses qui me parais­ La question des quotas et de la discrimina­ pourront diffuser les bonnes pratiques »,
saient naturelles (droit d’ouvrir un compte tion positive agite aussi les jeunes diplômés. conclut­elle.
bancaire, de vote ou encore d’intégrer de Si certains y sont favorables, d’autres sont gaëlle picut

Intégrer les réseaux féminins pour gagner dix ans de carrière
Elle n’avait que 23 ans lorsque, paraîtra en février 2018. Mais à Garance Wattez, coprésidente de Gagliardi. Maria Varela­Miens,
son diplôme de Sciences Po en quoi servent­ils ? Mix’In, le réseau d’Axa (lire page 17) 35ans, chef de projet à la direc­
poche, Manon Carado, nouvelle Pour Aude de Thuin, fondatrice sur la diversité du genre, rappelle tion de la stratégie de la branche
jeune recrue d’Areva, a poussé la en 2005 du Women’s Forum, que «les initiatives conçues à l’ori­ SNCF Logistics et membre de
porte de We, le réseau interne de aujourd’hui à la tête de Women gine pour les femmes bénéficient SNCF au féminin, incite les jeunes
l’entreprise du nucléaire dévolu in Africa (dont le premier événe­ à terme aux deux sexes. C’est le à rejoindre de tels réseaux dès le
à l’équité entre les hommes et les ment s’est tenu à Marrakech, cas, par exemple, du télétravail ou début de leur vie professionnelle.
femmes. C’était en 2007. A l’épo­ au Maroc, le 27 septembre 2017), des mesures visant à l’équilibre vie Ce qu’elle­même n’a pas fait.
que, on comptait 200 réseaux « les réseaux ne doivent pas servir personnelle­vie professionnelle…». «A l’âge de 20ans, explique­t­elle,
féminins dans l’Hexagone. Ils à donner bonne conscience j’étais en école de commerce
sont actuellement plus de 500, aux entreprises. Pour être utiles, Mentors informels où la proportion de femmes était
que ce soit des réseaux d’ancien­ ils doivent être pratiques ». C’est Romain Champetier, 24 ans, chef de 50 %, donc je n’avais pas
nes élèves, d’entreprises ou d’ailleurs cet aspect qui a séduit de projet à la direction générale conscience d’appartenir à une
sectoriels (Financi’Elles – banque, Manon Carado, aujourd’hui du groupe AXA, a rejoint Mix’In minorité, ni que la bataille pour
finance et assurance ; Elles bou­ responsable de département en début d’année, quelques mois l’égalité était loin d’être acquise.»
gent – ingénierie des transports ; au sein de New Areva : « Notre seulement après son arrivée dans Ces réseaux permettent d’appren­
ou InterElles – industrie et tech­ réflexion au sein de We a porté sur l’entreprise. Il fait partie des 35 % dre les codes officieux de l’entre­
nologie)… Ce sont « les réseaux des problématiques concrètes d’hommes du réseau. Sa motiva­ prise, de rencontrer des mentors
internes [qui] connaissent la comme, par exemple, le télétravail tion ? « La cause me tient à cœur. informels, de bénéficier de coa­
poussée la plus spectaculaire », [soutenu aujourd’hui par les La mixité n’est pas qu’un problème ching, d’échanger dans un climat
affirme Emmanuelle Gagliardi, ordonnances Macron, lire p. 16]. de femmes. Ce doit être une convivial, de rencontrer des
directrice associée de l’agence Nous avons fait des propositions co­construction », explique­t­il. personnes qu’ils n’auraient pas
ConnectingWoMen, co­auteure qui se sont ensuite concrétisées. En intégrant ces réseaux d’entre­ l’occasion de croiser au quotidien,
du guide Réseaux au féminin (édi­ Bref, rien à voir avec de simples prise, « on peut gagner dix ans de et finalement d’ouvrir des portes.
tions Eyrolles), dont la 3e édition bouffes entre filles ! » carrière ! », assure Emmanuelle myriam dubertrand

Mardi 21 novembre 2017 Le Monde Campus / 21
d o s s i e r | les nouvelles règles du travail

donnera davantage envie de s’investir.»
Le plafonnement des indemnités versées
par les prud’hommes en cas de licenciement
abusif suscite, en revanche, pas mal d’inquié­
tudes. «C’est un non­sens», s’insurge Flavien
Langui. Mathilde Herbert Tack, avocate,
tente, elle, de dédramatiser. «Le plafond de
vingt mois ne va pas changer grand­chose,

Loi travail ? Connais pas, assure­t­elle. Les tribunaux n’accordent ja­
mais vingt mois d’indemnités même à des
salariés qui ont vingt ans d’ancienneté.» Pour

mais il fallait changer elle, le barème imposé par le gouvernement
pourrait même avoir du bon. «Les conseils
de prud’hommes allouent systématique­
ment moins d’indemnités aux salariés des
Si les jeunes diplômés par pragmatisme que par réelle adhésion. petites entreprises pour éviter de mettre en
« Tous les baromètres internationaux le difficulté l’activité de ces boîtes. Pour que ce
saluent la volonté montrent: la France a beau avoir un taux soit plus égalitaire, ils devront désormais res­
de réforme, ils restent de compétitivité horaire élevé, elle souffre pecter une grille, et ça, c’est pas mal.»
sceptiques quant à d’un manque d’attractivité », souligne
Alexis, employé dans un établissement
Mais elle dénonce la dérégulation des
contrats à durée déterminée (dont les carac­
l’impact sur l’emploi public. «Pour n’importe quel chef d’entre­ téristiques seront fixées par les branches),
prise, le code du travail est une plaie. Il y a qui constitue la «pire disposition de la loi».
beaucoup de strates, une pyramide de nor­ «La sécurité de l’emploi est un droit pour le­

L
a réforme du code du travail? Je n’y mes.» Pour attirer davantage les capitaux quel nos aînés se sont battus et elle n’existe
connais rien, je ne me suis pas du étrangers, il n’y a donc pas cinquante solu­ pas pour rien», assure­t­elle. Un avis que ne
tout renseignée ! », avoue, un brin tions à ses yeux : un choc de simplifica­ partage pas Flavien Langui. «J’ai eu des pro­
honteuse, Justine, 25ans, enseignante en tion s’impose. Pour le sociologue Olivier positions de CDI, confie­t­il. Mais je préfère
maternelle et primaire en Loire­Atlan­ Galland, «l’idée d’introduire un peu de sou­ avoir un excellent CDD plutôt qu’un CDI
tique. Elle est pourtant loin d’être une plesse pour faciliter l’insertion des nouveaux
exception. Dans un sondage réalisé en sep­ entrants rencontre un certain écho chez les
tembre par Jam/Facebook Messenger, jeunes» dans la mesure où, «en France, le
auprès de 582 millennials (nés entre le marché du travail reste assez bloqué, même « LE CDI À PAPA, JE TROUVE
milieu des années 1990 et le début des pour les plus qualifiés». ÇA UN PEU NAÏF
années 2000), moins de la moitié des Ceux qui ont lu les ordonnances saluent D’Y CROIRE ENCORE »
18­35ans interrogés disaient en avoir déjà plusieurs mesures, dont la fusion du FLAVIEN LANGUI
entendu parler. comité d’entreprise, des délégués du per­ fiscaliste
Parmi les informés, la moitié seulement sonnel et du comité d’hygiène, de sécurité
sait «vite fait» de quoi il retourne. C’est le et des conditions de travail (CHSCT). «Cela
cas de Maxence Dupont. «Je m’intéresse à va éviter la multiplication des réunions et des moyen. Le CDI à papa, je trouve ça un peu
cette loi», assure le jeune homme de 25ans, heures de délégation et donc amener plus naïf d’y croire encore. Je sais que je ne ferai
qui, après deux ans de prépa littéraire et un d’efficience», estime Alexis. Flavien Langui, pas toute ma carrière dans un seul emploi, un
master en gestion des projets culturels à fiscaliste, trouve lui aussi la mesure «plutôt seul métier, une seule entreprise. Parce que
Sciences Po, vient d’être recruté en contrat intelligente», même s’il ajoute : «De ce que c’est la marche de l’économie mondiale. On
à durée déterminée à la Fondation du j’ai pu constater, il y a, pour le moment, une nous demande d’être mobile, polyvalent.»
patrimoine. « Mais j’ai beau lire les jour­ visibilité proche de zéro sur qui fait quoi». La flexibilité favorisera­t­elle pour autant
naux et me faire des revues de presse, ce que leur insertion sur le marché de l’emploi?
j’en comprends, c’est une autre paire de Dérégulation des CDD Peu de jeunes diplômés y croient vraiment.
manches. » Il faut reconnaître que « ces Le droit au télétravail semble aussi faire «La réforme peut générer une recrudescence
ordonnances touchent à énormément de l’unanimité. «J’évolue dans une société qui des emplois mais aussi une ubérisation de
choses, explique Gilbert Cette, professeur y est farouchement opposée», poursuit le l’économie avec à la clé des contrats plus
d’économie associé à l’université d’Aix­ jeune diplômé de droit Flavien Langui. précaires et peut­être, à terme, un impact sur
Marseille. Même pour des spécialistes, elles «Juste parce qu’“on n’a jamais fait comme les droits sociaux et humains», prévoit
sont complexes à décrypter!» ça”. Je trouve ça absurde. Lorsqu’on évolue Alexis. Même circonspection du côté de
Mais la méconnaissance n’empêche pas dans le tertiaire et qu’on n’est pas en rela­ Mathilde Herbert Tack. «La loi n’invente pas
les jeunes millennials d’avoir un avis, plu­ tion avec le client, il n’y a aucune raison de du travail, résume­t­elle. Quelles entreprises
tôt favorable. Selon une étude réalisée du ne pas le proposer. Non seulement cette vont vraiment avoir plus d’argent? Et est­ce
14 au 15 septembre 2017 par BVA, 59 % des formule permet au salarié d’économiser des parce qu’elles auront plus d’argent qu’elles
moins de 35 ans soutiennent en effet la heures dans les transports, mais en plus elle créeront plus d’emplois?»
refonte du code du travail. Souvent plus lui témoigne une certaine confiance qui lui élodie chermann

22 / Le Monde Campus Mardi 21 novembre 2017
AVEC LA PARTICIPATION DE FÉFÉ

Rendez-vous sur mission-nigeria.solidarites.org

15 millions de personnes affectées par le conflit, 8,5 millions
de personnes ayant besoin d’assistance humanitaire, 6,2 millions
sans accès à l’eau potable…
Afin de venir en aide aux rescapés de Boko Haram, frappés par la faim
et la soif, SOLIDARITÉS INTERNATIONAL intervient au Nigeria pour lutter
par tous les moyens contre la famine et la propagation d’épidémies.
Aujourd’hui, à travers 7 vidéos, SOLIDARITÉS INTERNATIONAL
vous emmène à la rencontre de ses humanitaires et de celles et ceux
à qui ils viennent en aide chaque jour !
De vos propres yeux, vous verrez combien leur action est vitale
pour ces millions de victimes innocentes.

Apportez un mois d’eau potable à une famille !
Envoyez NIGERIA au 92 600
pour faire un don de 17€*
- n ig e r ia .s oli da rite s .org
e z- v o u s s u r m is s io n
Re n d
* Disponible en France métropolitaine sur Bouygues Telecom,
Orange et SFR. Don collecté sur facture opérateur mobile.
Informations complémentaires sur solidarites.org
ou en envoyant contact au 92600.
recrutement

Près de 40% des jeunes diplômés trouvent leur
premier emploi dans une entreprise de moins
de 250 salariés à la recherche de nouveaux talents

Les PME, premiers recruteurs
dans les grandes écoles
C
’est un chiffre qui «inter­ matique. A peine deux ans plus La souplesse des petites structures, éthiquement, respect d’un équilibre
pelle», selon le mot de la tard, il a rejoint Neoxia où il se comme leur réactivité, est égale­ vie professionnelle­vie privée. Les
présidente de la Confé­ forme sur une nouvelle technolo­ ment plébiscitée. Mélanie, ingé­ évolutions du monde du travail
rence des grandes écoles, Anne­ gie, une évolution qu’il n’avait pu nieure diplômée de l’Estaca, a fait aussi changent la donne, selon
Lucie Wack. Selon l’enquête Inser­ obtenir chez son précédent em­ le choix après son stage de fin Matthieu Mazière, directeur des
tion 2017 de la CGE, les PME sont ployeur : « Ma première motiva­ d’études chez Airbus d’aller chez études de Mines ParisTech
devenues le premier employeur tion est de travailler sur un projet Laroche Industries, une entre­ (ENSMP). En trois ans, la part des
des diplômés des grandes écoles qui me plaît. Ici, tout est moins prise qui compte 250 salariés, : diplômés de l’ENSMP ayant
avec 31,7 % des embauches, devant compartimenté; je peux m’intéres­ «La diversité des tâches est un peu trouvé un emploi dans une entre­
les grands groupes (31,3 %). En ser à ce que font mes collègues en compliquée à gérer mais au bout prise de plus de 5000 salariés est
tenant compte des recrutements matière de big data ou de Web. J’ai d’un an, j’ai l’impression d’avoir passée de 60 % à 35 %: «Les grands
dans les TPE et donc d’un effet groupes se ramifient en filiales, en
start­up, près de 40 % d’entre eux spin­off et délèguent des activités
ont trouvé leur premier emploi « TOUT VA PLUS VITE. parfois importantes à des sous­
dans une entreprise de moins de IL Y A AUSSI UNE CERTAINE LIBERTÉ, traitants», observe­t­il.
250 salariés. «Cette proportion aug­ ON PEUT PROPOSER DES IDÉES Avec la pratique de l’innovation
mente régulièrement et vient bous­ ET ÊTRE ENTENDU PLUS FACILEMENT » ouverte, la frontière est plus
culer l’idée reçue que les étudiants poreuse entre grands groupes et
des grandes écoles privilégient les MÉLANIE petites structures. Laroche Indus­
ingénieure diplômée de l’Estaca, chez Laroche Industries
sociétés du CAC 40, analyse Anne­ tries intervient, par exemple, in
Lucie Wack. Les PME offrent des situ dans les ateliers d’Airbus.
débouchés qui correspondent aux «Nous faisons partie des sous­trai­
valeurs des jeunes diplômés dont les plus de contact direct avec les appris beaucoup. Dans une grande tants stratégiques des grands cons­
aspirations ont changé.» clients, plus de responsabilités. Je entreprise, les projets avancent tructeurs aéronautiques qui sont
Associé de Neoxia, une SSII me sens davantage reconnu.» moins rapidement, il y a plus de les donneurs d’ordre en matière
comptant une centaine de colla­ Comme lui, Pauline, titulaire du collaborateurs qui y sont associés d’innovation, explique Mélanie. Il
borateurs, Jean­Baptiste Paccoud master urbanisme de Science Po, et qui se renvoient la balle. Dans y a un gros challenge sur la digitali­
confirme ce retournement de a changé de trajectoire après huit une PME, tout va plus vite. Il y a sation des chaînes de montage.»
tendance: «Nous sommes en train mois passés dans un groupe de aussi une certaine liberté, on peut
de recruter un polytechnicien, ce BTP. Elle a intégré la start­up proposer des idées et être entendu Transfert d’activité
qui semblait inimaginable il y a Habx, une plate­forme qui pro­ plus facilement.» Et aucun de ces Ce transfert d’activité à haute
plus de cinq ans. Nous séduisons pose des appartements sur me­ jeunes diplômés n’y a perdu en valeur ajoutée augmente le be­
aujourd’hui les jeunes diplômés sure dans l’immobilier neuf et rémunération. Si les grandes soin en talents dans les PME qui
avec ce qu’une grande boîte n’est emploie aujourd’hui trente­cinq entreprises appliquent des grilles investissent davantage les forums
pas capable de leur donner : une personnes: «C’est plus intéressant salariales, notamment pour le de recrutement et les campus des
entreprise à taille humaine avec de travailler dans une entreprise premier emploi, les PME laissent écoles. Ces dernières leur don­
un état d’esprit, une ambiance de innovante qui bouscule les codes une marge de manœuvre, où il est nent de plus en plus de visibilité, à
travail, une organisation allégée de l’immobilier, dans un environ­ possible de faire valoir ses compé­ l’instar d’EM Lyon Business
de couches de management et de nement plastique et dynamique tences en monnaie sonnante. School: «Avec l’Ecole centrale de
contrôle hiérarchique où ils se où de nouveaux collaborateurs Cet engouement pour les PME ne Lyon, nous organisions un forum
sentent plus libres.» arrivent régulièrement. Sans comp­ s’explique pas uniquement par les PME qui était… peu fréquenté par
Matthieu, diplômé des Mines ter que ma palette d’actions est aspirations des jeunes diplômés – les étudiants et les entreprises,
Saint­Etienne, a débuté sa carrière plus étendue puisque je gère des quête de sens, besoin d’une activité raconte Marc Pérennès, directeur
dans une grande société d’infor­ projets de A à Z.» satisfaisante intellectuellement et employabilité. Depuis deux ans,

24 / Le Monde Campus Mardi 21 novembre 2017
Emmanuelle et François croient
encore aux sociétés du CAC 40
Alors que l’on parle beaucoup d’entrepreneuriat et que l’attrait pour
le free­lance et l’indépendance est fort, il existe encore un nombre
important de jeunes diplômés qui rêvent d’être recrutés par les sociétés
du CAC 40. Selon une étude publiée par Accenture Strategy en juin 2017,
seuls 25 % des jeunes diplômés en 2017 veulent travailler dans
une grande entreprise. Toutefois, après un ou deux ans d’expérience,
les grandes entreprises se révèlent plus attirantes. Ils sont alors 33 %
à vouloir y travailler. Leurs motifs sont concrets et argumentés.
Emmanuelle, fraîchement diplômée d’un master 2 à l’université
de Paris­Dauphine, a décidé de concentrer ses recherches d’emploi
vers les grandes entreprises. En effet, lors de stages, elle a pu tester
différentes petites structures et, après avoir mûrement réfléchi, a fait
son choix. « J’ai fait mon master 2 en alternance au sein d’Engie et cette
expérience m’a beaucoup plu. Intégrer une grosse structure offre un cadre
sécurisant et, sur le CV, c’est toujours plus percutant de pouvoir indiquer
une entreprise connue », estime la jeune femme de 23 ans.
Elle reconnaît aussi que les avantages sociaux et financiers proposés
par les grandes entreprises sont importants pour elle. « Nous sommes
quand même bien chouchoutés. En tant qu’apprenti, j’ai bénéficié d’une
aide financière de 1000 euros pour passer mon permis de conduire.»
Elle évoque également l’intéressement, la participation ou encore
la possibilité d’avoir accès à des prêts pour le logement à des taux très
intéressants… Elle sait aussi que les grandes entreprises sont souvent
plus généreuses que les PME lors des congés maternité. «Je vois mes
amis qui travaillent dans des start­up. Il y a beaucoup de turnover et
moins de stabilité. Pas d’horaires cadrés, pas de primes, pas de mutuelle.
Sans compter les difficultés pour obtenir un bon niveau de rémunération.»
ANNE­LISE BOUTIN POUR LE MONDE

« Génération zapping »
Par ailleurs, elle estime avoir eu des missions vraiment intéressantes
à mener chez Engie, durant son année d’alternance et elle n’a pas
eu le sentiment « de n’être qu’un pion ». Sans oublier, souligne­t­elle,
lorsque l’on intègre un grand groupe, les possibilités de se projeter
à moyen terme. « J’ai vraiment l’impression que les grandes entreprises
font des efforts pour attirer les jeunes diplômés, conclut­elle. Je pense
notamment à l’apprentissage ou aux graduate programs. »
notre forum Carrières rassemble le est aussi portée par les PME ou que De son côté, François, 28 ans, après quelques années passées dans une
même jour grands groupes et PME, le secteur de la sous­traitance, petite agence de relations publiques, a rejoint il y a trois mois le service
et ces dernières connaissent un méconnu parce qu’il ne vend pas communication d’un grand groupe d’assurances. Ses motivations
certain succès.» de produits, offre des opportunités étaient claires : une rémunération supérieure de 30 %, un meilleur
Sigma Clermont, qui forme des intéressantes, y compris à l’inter­ équilibre vie personnelle­vie professionnelle, les possibilités
ingénieurs, a récemment mis en national.» de mobilité interne et, à l’international, moins de stress.
place des afterworks, où une tren­ Ce mouvement des diplômés Il garde un bon souvenir de son expérience en agence, mais estime
taine d’étudiants rencontrent, des grandes écoles vers les PME que celle­ci ne pouvait pas lui offrir ce qu’il recherchait, que ce soit
dans un cadre informel, des diri­ bénéficie, en outre, d’un effet mé­ en termes de rémunération ou de conditions de travail. « En agence,
geants de PME/TPE. «Alors que les canique : « Le réseau des anciens j’étais toujours à flux tendu, avec des horaires fluctuants et qui souvent
chaires sont l’apanage des grands dans ces structures s’étend et crée débordaient le soir. Là, c’est beaucoup plus régulier, je sais qu’il y a
groupes, nous avons créé une un appel d’air pour les étudiants, toute une structure sur laquelle je peux m’appuyer pour avancer sur
chaire industrielle de recherche qui trouvent souvent leurs stages mes dossiers. Et cerise sur le gâteau, le télétravail est encouragé par
avec un consortium de PME sur la grâce à eux », précise Matthieu les manageurs. Deux fois par mois, je travaille de chez moi. Cela change
valorisation des ingrédients végé­ Mazière. Pour l’heure, les grands la vie ! » « Les personnes de mon âge se lassent très vite. Nous sommes
taux, indique Sophie Commereuc, groupes ne s’inquiètent pas. Tout vraiment la génération zapping. Nous voulons pouvoir changer
directrice de l’école. Nous sommes juste sont­ils un peu surpris de de métier, d’environnement, régulièrement. Je pense trouver au sein
attentifs à élargir le spectre des voir de nombreux talents leur du groupe que je viens de rejoindre ces possibilités d’évolution,
débouchés pour les étudiants, en filer entre les doigts. tout en ayant la sécurité et la stabilité », a­t­il aussi observé.
leur montrant que l’innovation nathalie quéruel gaëlle picut

Mardi 21 novembre 2017 Le Monde Campus / 25
recrutement

Les Jeux olympiques de Paris pourraient créer
entre 119 000 et 247 000 emplois. Parmi eux,
des postes à saisir dans l’organisation de
l’événement, le tourisme ou la construction

JO 2024 Des jobs dans les starting­blocks
C
’est une facette méconnue mique estimé de 5,3 milliards à explique Christophe Lepetit, similaires seront ouverts dans
de « l’excellence fran­ 10,7 milliards d’euros. Ces emplois responsable des études écono­ certaines collectivités territoriales
çaise ». A chaque grand concerneraient essentiellement miques au CDES. La plupart d’en­ désireuses, elles aussi, de lancer
événement international, des ta­ trois branches: l’organisation, le tre elles devraient mettre en place des programmes d’accompagne­
lents de l’Hexagone sont sollicités tourisme et la construction. des programmes de développe­ ment de la pratique sportive.
pour participer à sa mise en place. La première devrait occasion­ ment de leur sport. » Le tourisme est le deuxième
«C’est une compétence reconnue à ner le plus de retombées (49 à Des postes de chargé de projet secteur en termes de retombées
l’étranger: on sait que les Français 54 % de l’impact économique glo­ verront le jour pour coordonner estimées (27 à 35 % de l’impact glo­
savent bien organiser», explique bal des JOP selon le CDES). On l’a ces actions. Des profils d’éduca­ bal). Ses acteurs placent d’ailleurs
Jean­Pascal Gayant, professeur de vu, les postes à pourvoir au sein teur sportif seront recherchés beaucoup d’espoir dans l’organisa­
sciences économiques à l’univer­ du comité d’organisation (quel­ pour accompagner l’accroisse­ tion des JOP. «C’est très positif,
sité du Mans. ques milliers au maximum) cons­ ment de la pratique sportive. assure Frédéric Valletoux, président
Mais intégrer un pool de spécia­ titueront une opportunité de «Des diplômés bac + 4 ou 5 d’écoles du Comité régional du tourisme
listes de l’événementiel n’est pas choix pour certains jeunes diplô­ de commerce, de filières sciences de Paris Ile­de­France. On va parler
chose aisée. Les Jeux olympiques més. « D’autres seront ouverts au économiques, droit ou STAPS de Paris partout dans le monde et
et paralympiques (JOP) de 2024 à sein des fédérations sportives pourront trouver des débouchés», nous bénéficierons d’un vrai buzz
Paris en seront l’une des rares oc­ nationales entre 2017 et 2024, confirme M. Lepetit. Des postes autour de notre destination.»
casions, notamment pour les jeu­
nes diplômés. «Le comité d’orga­
nisation accueillera des profes­
sionnels expérimentés, mais aussi
des jeunes actifs, estime Jean­Pas­
cal Gayant. Des missions pour­
raient leur être confiées dans les
domaines du marketing, des RH
ou encore de la finance. » A ses
yeux, les profils sortant d’écoles
de commerce devraient être privi­
légiés par rapport aux diplômés
de cursus spécialisés tels les mas­
ters management du sport.

Beaucoup d’espoir
Les JOP seraient donc une
opportunité pour les entrants sur
le marché du travail ? Si la ques­
tion est abordée avec prudence
par les économistes du sport, elle
apparaît justifiée pour plusieurs
secteurs d’activité. Selon une
JEAN­FRANÇOIS MARTIN POUR LE MONDE

étude du Centre de droit et d’éco­
nomie du sport (CDES) de Limo­
ges, les JOP de Paris permettraient
la création d’un nombre non
négligeable d’emplois : entre
119000 et 247000 pour la période
2017­2034, pour un impact écono­

26 / Le Monde Campus Mardi 21 novembre 2017
Barcelone, Londres, Athènes, Rio
de Janeiro : des bilans contrastés
C’est l’exemple type confirme Didier Arino, tionaux postérieurs
d’un héritage post­JO directeur du cabinet aux JOP 2012 ».
réussi : la ville de Bar­ d’études Protourisme. En revanche, des Jeux
celone (JO de 1992) est Le cas de Londres sus­ comme Athènes 2004
mise en avant par les cite aussi bien des es­ ou Rio 2016 ont « été
Si les bénéfices à attendre de la place, avec un réel travail sur économistes pour poirs. « L’évolution du plutôt un facteur de
seule année 2024 divisent (nom­ l’offre, le développement de nou­ montrer l’impact posi­ tourisme post­JOP Lon­ dégradation des pers­
bre de touristes préférant éviter le veaux concepts d’hébergement tif que peuvent avoir dres 2012, s’il doit être pectives pour les jeunes
« temps olympique » par crainte mais aussi de nouvelles filières les Jeux. « Les investis­ confirmé (…), est une diplômés » et pour
d’un engorgement de la ville et touristiques, le surf par exemple.» sements réalisés [no­ bonne illustration des l’économie en général,
d’une hausse des prix), la période Un tel investissement, encore tamment sur les in­ effets bénéfiques dont estime Jean­Pascal
postolympique suscite des es­ hypothétique, favoriserait la créa­ frastructures] (…) ont pourrait bénéficier Gayant, professeur de
poirs. Elle pourrait voir un nom­ tion d’emplois ouverts aux jeunes surtout changé la base Paris », relève le CDES. sciences économiques
bre croissant de touristes choisir diplômés, notamment dans le économique de ce terri­ Autre impact positif à l’université du Mans.
la France comme destination. De marketing touristique. Ce travail toire pour le faire accé­ pour l’emploi : dans le « Ce sont des dépenses
quoi avoir un effet positif sur de structuration de l’offre et de der au statut de métro­ secteur de la construc­ publiques qui n’ont pas
l’emploi dans des filières comme communication pourrait concer­ pole internationale », tion, une telle vitrine forcément été bien
l’hôtellerie, la restauration ou ner de nombreux territoires. indique le Centre de a permis aux « entre­ allouées. Pour des pays
l’événementiel, toutes qualifica­ Paris, bien sûr, mais également droit et d’économie du prises britanniques alors dans une conjonc­
tions confondues, mais aussi sur toute l’Ile­de­France où l’on sou­ sport (CDES). « C’est à de décrocher de nom­ ture difficile, les JO ont
celle des services en ligne aux haite valoriser plusieurs sites à ce moment qu’elle est breux contrats dans le représenté un phéno­
touristes (notamment via des potentiel (vallée des impression­ devenue une vraie des­ cadre de grands événe­ mène aggravant. »
applications). « Les JOP peuvent nistes dans le Val­d’Oise, vallée de tination touristique », ments sportifs interna­ f. d.
être un véritable accélérateur pour Chevreuse, Fontainebleau…).
le tourisme hexagonal, confirme
Didier Arino, directeur du cabinet Bases arrière 2012. De quoi renforcer là encore des travaux publics d’Ile­de­
d’études Protourisme. Mais, pour Au­delà, nombre de régions temporairement les besoins hu­ France. On ne peut pas imaginer
en profiter à plein, il faut qu’une espèrent bénéficier de retom­ mains dans l’événementiel, la que certains tronçons ne soient
stratégie globale soit mise en bées, notamment en devenant restauration et l’hôtellerie. pas achevés pour 2024. De même,
des bases arrière pour des déléga­ Le troisième secteur concerné le CDG Express reliant l’aéroport de
tions étrangères. Beaucoup effec­ est la construction. Il pourrait Roissy à Paris devra impérative­
tueront des séjours en France en générer entre 970 millions et ment être en activité.» De quoi, se­
amont des Jeux pour préparer au 1,8 milliard d’euros, principale­ lon lui, «donner une visibilité au
mieux leurs épreuves. Une com­ ment sur la période préolympi­ secteur jusqu’en 2024, ce qui est
pétition entre territoires est que. On attend un impact infé­ inédit depuis trente ans».
donc lancée pour les attirer. « On rieur à celui observé lors de précé­ Quel impact pour l’emploi? «Les
pourrait voir apparaître des pos­ dents rendez­vous, le nombre budgets vont être sécurisés, notre
tes autour du développement de d’infrastructures à construire (vil­ profession est donc prête à embau­
la promotion touristique auprès lage olympique, village des mé­ cher, poursuit­il, 18 500 à 22 000
de ces délégations », indique dias et centre aquatique) ou à ré­ emplois seront à pourvoir dans les
Christophe Lepetit. nover étant limité. L’arrivée des trois prochaines années en Ile­de­
La tenue d’une Olympiade Jeux n’en est pas moins une France.» La part des jeunes diplô­
culturelle à travers le pays entre bonne nouvelle selon les profes­ més y sera minoritaire. L’aug­
2020 et 2024 pourrait aussi appe­ sionnels de la construction, tant mentation des besoins en ingé­
ler à la création de tels postes en termes d’activité que d’em­ nieurs TP (travaux publics) n’en
(chargés de développement tou­ plois. «Cela permet de figer le ca­ est pas moins sensible: leur nom­
ristique, de valorisation territo­ lendrier de la mise en place d’in­ bre en Ile­de­France passerait de
riale…). Il s’agit d’un rendez­vous frastructures, tout particulière­ 4 714 en 2017 à 5 649 en 2020. Le
de grande ampleur: il s’est concré­ ment celles du Grand Paris secteur pourrait par ailleurs trou­
tisé par 180 000 manifestations Express, explique José Ramos, pré­ ver dans les JOP des bénéfices in­
en amont des Jeux de Londres de sident de la Fédération régionale directs, forcément positifs pour
l’emploi mais plus difficilement
chiffrables. « Les JOP pourraient
« DES DIPLÔMÉS BAC + 4 OU 5 D’ÉCOLE constituer un vaste showroom per­
DE COMMERCE, DE FILIÈRES SCIENCES mettant aux entreprises françaises
ÉCONOMIQUES, DROIT OU STAPS POURRONT d’exposer leur savoir­faire pour
TROUVER DES DÉBOUCHÉS » mieux l’exporter par la suite »,
CHRISTOPHE LEPETIT explique l’étude du CDES.
responsable des études économiques au CDES françois desnoyers

Mardi 21 novembre 2017 Le Monde Campus / 27
recrutement

Urbanisme, météorologie, transports,
santé sont les terrains de jeu d’une nouvelle
profession construite sur un tiers
de géographie et deux tiers d’informatique

Le géomaticien se positionne
sur le marché du travail
J
ulien Moura exerce un de Bonne nouvelle pour le trente­ Depuis 2016, le métier a son certi­ Elsa Lachaud, 25 ans, est, elle,
ces métiers qu’on préfère naire : il n’aura peut­être bientôt ficat de qualification profession­ géomaticienne à la Métropole euro­
éviter de nommer en soi­ plus besoin d’expliquer son métier nelle. Car le secteur recrute. Pierre péenne de Lille. Après un master
rée. Son travail ne souffre pour­ en soirée. Avec le développement Bazile était également responsa­ en géographie, la jeune diplômée a
tant pas d’une mauvaise réputa­ des services de géolocalisation, le ble d’une formation de chef de commencé par travailler six mois
tion et le jeune homme de 32 ans géomaticien a le vent en poupe. projet en géomatique. « J’ai fait un auprès d’un observatoire social.
est très épanoui dans la sphère « 90 % des données que nous mani­ suivi individuel des 200 derniers « J’étais la seule géographe, entou­
professionnelle. Tout simple­ diplômés sur les cinq dernières rée de collègues statisticiens. Je
ment, c’est « fatigant à expliquer », années. Il n’y a pas de chômeurs. » menais des enquêtes qualitatives,
s’amuse le géomaticien. « LA GÉOMATIQUE Jean­Paul Bord, responsable du c’était bien mais il me manquait le
Géomaticien ? Aux interlo­ S’OCCUPE master mention «géomatique» à côté technique. Je me suis donc
cuteurs qui font les yeux ronds, DE TOUT CE QUI EST l’université Paul­Valéry­Montpel­ formée en géomatique, ce qui m’a
Julien commence par expliquer “POSABLE” lier­III, un diplôme co­accrédité permis de reprendre la manipula­
patiemment qu’il s’agit d’un mot­ par l’université de Montpellier et tion des données sans pour autant
SUR UNE CARTE »
valise entre géographie et infor­ AgroParisTech, confirme cette être sur un poste trop spécialisé. »
matique. « Comme dans le mot, la JULIEN MOURA percée de la géomatique. « Il y a C’est d’ailleurs la variété même
géomaticien
proportion est bien conservée : quelques années, le terme était peu du métier qui fait son charme,
dans mon travail, je fais un tiers de connu. C’était avant le développe­
géographie et deux tiers d’infor­ pulons sont localisées géographi­ ment du numérique, qui a fait
matique. » quement », confirme Pierre Bazile. éclore ce métier très transversal, « LE DÉVELOPPEMENT
Pour le vice­président de l’Associa­ où l’informatique est très impor­ DU NUMÉRIQUE
Un secteur qui recrute tion française pour l’information tante, mais où on trouve égale­ A FAIT ÉCLORE
Chef de projet chez l’éditeur de géographique, la vision du métier ment de la géographie, des statisti­ CE MÉTIER TRÈS
logiciels Isogeo, Julien aide collec­ a beaucoup changé. Jusqu’à la fin ques et aussi de la cartographie,
TRANSVERSAL »
tivités et entreprises à bien gérer des années 2000, la profession essentielle dans une société où
leurs informations géographi­ souffrait de ce que Pierre Bazile ap­ l’image est très importante. » JEAN­PAUL BORD
responsable du master
ques. « Une ville comme Paris, par pelle le « syndrome de l’atelier de mention « géomatique »
exemple, doit exploiter des milliers cartographie au bout du couloir : Le charme de la variété à l’université Paul­Valéry­
de données géographiques, dans les employeurs considéraient la Les anciens étudiants du profes­ Montpellier­III
des domaines variés, pour gérer les géomatique comme un domaine seur Bord travaillent aussi bien
routes, l’énergie, l’assainissement, périphérique et monolithique. dans les énergies renouvelables
l’aide au logement. La géomatique C’était avant que la branche du que pour des fournisseurs d’accès affirme Julien Moura, qui a fait
s’occupe de tout ce qui est “posable” numérique s’aperçoive de l’impor­ à Internet, pour des salaires os­ une prépa littéraire puis des étu­
sur une carte, ça peut même être un tance de la géomatique, qui touche cillant entre 1 500 et 2 650 euros. des de géographie avant de se spé­
événement ponctuel, comme la à tous les domaines ». « Le géomaticien est un débrous­ cialiser en géomatique. « Dans les
journée sans voiture, ou un service, Depuis, les formations en géo­ sailleur. S’il est dans les éoliennes, salons professionnels, on croise à
comme les stations Vélib’ : où matique ont explosé : « Avant, la il devra repérer les sites perfor­ la fois le géomaticien qui s’occupe
faut­il poser des bornes pour qu’el­ géomatique s’apprenait en forma­ mants, en travaillant à différentes de l’optimisation des réseaux de
les soient accessibles ? Le même dis­ tion initiale, dans un format très échelles, des propriétaires des ter­ transport pour des applications
cours est valable pour les sociétés académique. Aujourd’hui, nous rains aux maires des communes comme celle de la RATP et celui qui
privées : quand Total fait de la pros­ avons un pourcentage non négli­ notamment. Dernièrement, une travaille sur les mesures bathymé­
pection, il faut de la précision, si geable d’étudiants qui font un mas­ de nos étudiantes a été recrutée triques et analyse la topographie
l’entreprise doit creuser un trou, elle ter 1 “environnement” ou “trans­ en contrat à durée indéterminée du fond de la mer autour d’une île
ne le fera pas à un mètre près mais port” et qui décident ensuite de chez Free. Elle travaille sur le exotique. C’est très enrichissant. »
à un centimètre près. » faire un master 2 en géomatique ». déploiement de la fibre. » margherita nasi

28 / Le Monde Campus Mardi 21 novembre 2017
management

Jean­Pierre Durand, le directeur de « La Nouvelle
Revue du travail », explique en quoi donner un
objectif global au salarié lui offre une apparente
autonomie, totalement illusoire. Entretien

Evaluation « Chacun fait semblant
d’avoir atteint ses objectifs »
Face à la généralisation du Jean­Pierre Durand d’être plus autonome. Mais c’est
management dit « horizontal », une marge de manœuvre illusoire
ceux qui entrent sur le marché Professeur de sociologie
car il doit faire toujours plus vite
du travail s’interrogent : au Centre Pierre Naville
de l’université d’Evry avec toujours moins. L’homme
comment seront évaluées
Paris­Saclay et auteur de clivé est précisément celui qui a
leurs performances
individuelles alors qu’ils
La Fabrique de l’homme cru aux promesses, qui s’est en­
nouveau. Travailler, gagé pour les obtenir mais qui
travaillent en équipe ? consommer et se taire ?
(Le Bord de l’eau, 2017).
finit par se résigner à ce que ces
A côté du « reporting » régulier promesses ne soient pas tenues.
sur ce qu’ils ont fait, mais qui ne
sert pas à grand­chose dans l’éva­ Est­ce sur ce point que vous
luation individuelle, il y a l’entre­ dressez dans votre livre
tien individuel annuel, pour le­ un parallèle entre la consom­
DR

mation et le travail, l’« homme
quel ils devront faire un bilan de
nouveau » que vous dépeignez
ce qu’ils ont fait, et au cours du­ étant celui qui travaille
quel ils pourront évoquer leurs tiennent les objectifs annoncés, négociations très dures, parfois comme il consomme ?
aspirations et leur besoin de for­ même s’ils ne correspondent pas même violentes, avec leur direc­
mation. Mais en fait, cela ne sert à la réalité ! tion pour obtenir les moyens Oui, car ce qui les relie, c’est le
pas à grand­chose, car les promo­ dont ils ont besoin pour atteindre sentiment de frustration devant
tions se jouent dans les négocia­ Face aux critiques à l’encontre les objectifs qui leur ont été fixés ! tant de promesses non tenues, au
tions entre la direction des res­ de la dictature des chiffres, des travail comme dans la consom­
sources humaines et leur chef. entreprises avaient mis en place Vous dépeignez un salarié mation. Les promesses de promo­
des critères de performance toujours plus responsable,
Quant aux augmentations, elles tion sont rarement respectées,
non chiffrés. Qu’en est­il ? mais aussi toujours plus
résultent d’une masse salariale à comme les promesses de service
encadré pour satisfaire
répartir indépendamment de Elles les ont abandonnés car cela au client, qui se trouve de plus en
l’exigence croissante des
l’évaluation individuelle. Les cri­ devenait loufoque. On finissait plus à devoir travailler lui­même
tères d’évaluation, en particulier par faire des évaluations sur des
ceux qui portent sur le compor­ objectifs peu clairs. Or c’est un
tement des salariés, servent sur­ énorme facteur de stress, car on « LES CRITÈRES D’ÉVALUATION
tout à faire intérioriser la norme met l’objectif encore plus haut. SERVENT SURTOUT À FAIRE INTÉRIORISER
comportementale de l’entreprise. L’évaluation à 360 degrés, par son LA NORME COMPORTEMENTALE
chef, ses collègues et ses subor­ DE L’ENTREPRISE»
Alors à quoi servent donnés, s’est ainsi révélée ultrabu­
les objectifs chiffrés ? reaucratique et facteur de stress
S’il faut bien tenter de les attein­ supplémentaire. entreprises. Cela produit, dans la téléphonie, la banque,
dre, en fait chacun fait semblant dites­vous, un « homme l’assurance et tous les services
de les avoir atteints, en particulier Dans La Fabrique de l’homme clivé », qui doit réaménager d’aujourd’hui.
dans l’exercice de reporting, qui, nouveau, vous évoquez l’impos­ son psychisme pour survivre. Bref, chacun finit par se trouver
de plus en plus, consiste à remplir sibilité croissante de répondre Durant les « trente glorieuses », dans un environnement très en
aux exigences managériales,
les documents non en fonction le salarié suivait des prescriptions deçà de ce qu’on lui avait promis,
en raison de moyens insuffi­
des résultats de l’activité, mais de sants. Où le voyez­vous ? très précises. Avec l’élévation du et qu’il espérait. C’est de cela que
ce que les salariés anticipent être niveau de formation, il doit désor­ naît la frustration avec laquelle il
le désir du chef. Comme tout le Partout, les ressources humai­ mais obéir à des méta­règles élar­ doit apprendre à vivre.
monde fait la même chose, au nes sont en réduction et les cols gies avec un objectif global à attein­ propos recueillis par
bout d’un moment les résultats blancs se trouvent pris dans des dre, ce qui lui donne le sentiment valérie segond

Mardi 21 novembre 2017 Le Monde Campus / 29
management

Les jeunes diplômés partagent encore peu
d’informations concernant la marque de leur
employeur sur les réseaux sociaux. De plus
en plus de sociétés tentent de les y inciter

Avez­vous la Tweet attitude ?
C
’est l’histoire d’un post toutefois pour l’instant à une primes aux salariés qui auront sur le degré de confidentialité
sur Facebook. Celui de promesse. Ils s’y montrent en­ permis par ce biais le recrutement des informations à partager, ne
Julien, commercial à la core timides. « Leur voix est sous­ de profils jugés intéressants. s’aventurer que sur des sujets
Thompanie, entreprise spéciali­ exploitée », estime Manuelle Ma­ Une illustration parmi d’autres qu’on maîtrise. Les programmes
sée dans le thon cuisiné en boîte. lot, directrice de l’Edhec NewGen de la volonté d’entreprises sou­ ambassadeurs, qui regroupent
Julien écrit un jour une blague sur Talent Centre. Son étude juge que haitant aujourd’hui « accompa­ des volontaires portant la parole
le réseau qui laisse entendre que « le concept d’employé­ambas­ gner le partage d’informations », de l’entreprise sur les réseaux,
sa société compte, parmi ses pro­ sadeur de marques n’est pas explique Cédric Deniaud, direc­ sont également l’occasion de rap­
ductions, du thon radioactif. encore entré dans la culture des teur de la société de conseil The peler ces règles de base.
Résultat immédiat. Le message organisations ». Un constat qui Persuaders. Cela peut aussi passer Axel Duroch, 29 ans, chief hap­
circule à vive allure, est détourné s’appliquerait tout particulière­ par des challenges où « celui qui piness officer à Axa Banque, a inté­
par nombre d’internautes. Les ment aux jeunes diplômés : partage le plus gagnera un avan­ gré celui de son entreprise. « On
médias s’en emparent et, malgré « Près de deux tiers des jeunes tage chez un partenaire», précise­
les dénégations du directeur de actifs ne mentionnent jamais le t­il. Des outils sont déployés au
l’entreprise, les commandes chu­ nom de leur employeur sur leurs sein de l’organisation pour « JE METS AINSI
tent… Bad buzz. réseaux sociaux personnels », et faciliter l’édition de posts. « Cer­
EN AVANT
Julien, son post et la Thompanie seulement « 16 % d’entre eux par­ tains proposent une sorte de
n’existent pas. Mais leur histoire tagent fréquemment les liens de bibliothèque de contenus internes
CE QUE JE FAIS
fictive a servi d’exemple à La leur employeur ». où les salariés intéressés puiseront DANS LE CADRE
Poste, voilà quelques années, pour des informations sur la thémati­ DE MON MÉTIER,
expliquer à ses collaborateurs la Chartes de bonnes pratiques que les intéressants », poursuit MES COMPÉTENCES,
viralité des informations sur Cadre dans une entreprise de Cédric Deniaud. « Des solutions MAIS AUSSI MON
Internet et l’attention qu’il fallait conseil, Raphaël, 27ans, reconnaît sont même automatisées, expli­ ENGAGEMENT
porter aux messages sur l’entre­ user avec prudence des réseaux que Raphaël. Si l’on donne notre POUR MA SOCIÉTÉ »
prise. Un travail de sensibilisation sociaux à des fins professionnel­ accord, notre propre compte gé­
AXEL DUROCH
auquel se consacrent un nombre les. «Je ne poste pas d’informations nère automatiquement des messa­ chief happiness officer
croissant d’organisations, perce­ liées à mon entreprise sur mon ges sur l’entreprise.» à Axa Banque
vant tout à la fois les opportunités compte Twitter. J’ai des engage­ Des chartes de bonnes pratiques
et les risques des réseaux sociaux ments politiques que j’expose sur ce sont rédigées pour guider les col­
pour leur image. réseau. Je préfère donc séparer les laborateurs et les sensibiliser aux engage l’image de la marque, il est
choses pour ne pas risquer un mé­ risques induits par les réseaux so­ donc important d’avoir toujours à
Une force considérable lange des genres qui pourrait être ciaux. «Les entreprises veulent lo­ l’esprit ce que l’on peut dire, qui est
De fait, la voix des collaborateurs mal perçu. » Il lui arrive en giquement éviter les dérapages qui notre public, quel ton adopter…»,
sur ces réseaux représente une revanche de poster des messages pourraient être dommageables à explique­t­il.
force considérable : 80 % des en lien avec son organisation sur le leur e­réputation », confirme Favorable pour l’entreprise, ce
25­39ans étaient, en 2016, présents réseau professionnel LinkedIn. «Je M. Deniaud. Des conseils de bon travail de diffusion peut l’être éga­
sur l’un d’entre eux au moins, se­ partage des annonces de recrute­ sens sont délivrés: ne pas partager lement pour le jeune diplômé. «Je
lon Médiamétrie. Chacun permet­ ment de mon entreprise», indique­ des commentaires négatifs sur mets ainsi en avant ce que je fais
tant d’atteindre rapidement et à t­il. Laquelle l’y incite: elle offre des l’entreprise, avoir un œil attentif dans le cadre de mon métier, mes
moindre coût plusieurs centaines compétences, mais aussi mon en­
de contacts grâce à des posts «con­ gagement pour ma société», pour­
sidéré[s] comme plus authenti­ suit Axel Duroch. Manuelle Malot
que[s] et plus crédible[s] que les « LES ENTREPRISES VEULENT confirme: «C’est aussi dans l’inté­
messages corporatifs», rappelle LOGIQUEMENT ÉVITER LES DÉRAPAGES rêt des collaborateurs. Ils démon­
l’Edhec NewGen Talent Centre QUI POURRAIENT ÊTRE DOMMAGEABLES trent leur implication positive
dans une étude de février 2017. À LEUR E­RÉPUTATION » et gagnent en visibilité auprès
Dans les faits, l’influence des CÉDRIC DENIAUD d’autres employeurs.»
salariés sur les réseaux se limite directeur de la société de conseil The Persuaders françois desnoyers

30 / Le Monde Campus Mardi 21 novembre 2017
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Depuis plus de 10 ans, le cabinet d’études Universum interroge
les étudiants et les Alumni des Grandes Ecoles de Commerce et
d’Ingénieurs sur leurs aspirations professionnelles.
41 000 futurs diplômés et 11 000 cadres en France dévoilent
aujourd’hui le portrait de leur employeur idéal.

A quoi ressemble l’entreprise
de rêve des futurs diplômés ?
Startup ou Grand Groupe ? dressent un portrait carriériste
des étudiants. Néanmoins,
Les étudiants souhaitent l’étude Universum montre que
majoritairement démarrer leur ces aspirations tendent à
carrière au sein d’une s’atténuer et changent, une fois
multinationale reconnue qui offre diplômés et ancrés dans la réalité
un cadre structuré, rassurant du monde du travail.
pour un premier emploi. Ceci dit,
s’ils étaient 66 % à faire ce choix De plus en plus engagés et
en 2016, ils ne sont « plus que » sensibles au bien-être au travail
57 % cette année, au profit de
structures plus modestes. En 2017, et pour la première
L’entrepreneuriat et les startups, fois, le deuxième objectif de
par exemple, attirent 10 % des carrière des étudiants en Ecole
étudiants dès la sortie de l’école. d’Ingénieurs, après la volonté
d’avoir un bon équilibre vie pro/
Rémunération, environnement perso, est de se consacrer à une
de travail, encadrement… cause ou d’avoir le sentiment de
quelles sont leurs priorités ? contribuer à rendre les choses
meilleures. Un peu plus chaque
Aujourd’hui, les étudiants en année, les futurs diplômés disent
Ecole de Commerce rêvent d’une vouloir donner du sens à leur
entreprise qui leur offrira des travail et cela se concrétise par
perspectives de revenus élevés, un attrait croissant pour des
une belle référence sur leur CV petites et moyennes structures
et des missions challengeantes. agiles dont ils partagent les
Ce sont les 3 critères qui leur valeurs et la culture. Ils
importent le plus dans la accordent également beaucoup
recherche de leur premier plus d’importance à leur
emploi. Les futurs ingénieurs « Aujourd’hui, nombreux sont les étudiants qui environnement, qu’ils souhaitent
privilégient, en première place, le flexible et innovant : ils veulent
souhaitent débuter dans une grande entreprise
fait d’avoir une bonne ambiance travailler dans une bonne
de travail, avant de citer eux prestigieuse et structurée qui leur assurera une belle ambiance, pouvoir intégrer des
aussi ces 3 mêmes critères. carte de visite. Mais, un peu plus chaque année, leurs activités personnelles dans leurs
Quelle que soit leur filière, ils priorités évoluent vers davantage d’humain, de bien-être agendas et découvrir de
sont également motivés par le nouvelles méthodes de travail
désir de manager : diriger une
et d’agilité - ce qu’incarnent les petites structures. » collaboratives.
équipe est leur 3ème objectif
professionnel. Ces ambitions AURÉLIE ROBERTET, DIRECTRICE UNIVERSUM FRANCE
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Le cabinet leader de l’audit, du conseil et de l’expertise
comptable place l’humain au cœur de son dispositif et veut
« donner du sens » à ses métiers.

Des carrières diversifiées et
des expériences uniques
« KPMG est un cabinet pluridiscipli- également fort d’une présence dans
naire connu et reconnu sur trois 152 pays, ce qui permet des
métiers, l’audit, le conseil et perspectives de mobilité vers
l’expertise comptable, explique l’étranger. Notre programme « global
François Bloch, membre du opportunities » se nourrit d’ailleurs
Directoire, directeur général, en d’échanges et de missions d’accom-
charge des régions et des talents. pagnement de nos clients à
Sa forte présence se répartit sur trois l’international. »
marchés, Grands comptes, ETI/PME
et TPE. Des spécificités qui nous A la recherche de la « VP2 »:
permettent d’accompagner la l’équilibre vie privée -
croissance de nos clients à tous les vie professionnelle
niveaux et d’offrir à nos collabora-
teurs des expériences uniques. Ainsi, « Le fort développement des
nos collaborateurs élargissent leurs activités de conseil et la digitalisation
compétences en conseillant les de nos métiers ouvrent de réelles
entreprises dans leur développement, opportunités de carrières, avec
leur recherche de financements, la l’ouverture de plateformes offrant
mise en place d’outils de pilotage, et des solutions innovantes et en
sur leur croissance externe, en France temps réel à nos clients. Nous nous
comme à l’international. » positionnons également en conseil
© Xavier Lambours
Le fort développement des activités de conseil et la
digitalisation de nos métiers ouvrent de réelles opportunités dimension de conseil renforcée. de nos talents passe aussi par la
de carrières, avec l’ouverture de plateformes offrant des Nous allons gagner en pertinence et recherche d’un équilibre de vie : la
solutions innovantes et en temps réel à nos clients. Nous nous en efficacité tout en respectant nos VP 2 (vie privée - vie professionnelle),
exigences de qualité. Cela correspond le bien-être au travail, le respect de
positionnons également en conseil sur de nouveaux enjeux
désormais à un véritable challenge. » la diversité…
pour les entreprises : transformation de la fonction Finance, François Bloch estime que ces Et la volonté de donner du sens. La
Cybersécurité, Data & Analytics, Industrie 4.0, Smart Cities... évolutions renforcent l’intérêt qualité de la relation, aussi bien en
des métiers pour lesquels KPMG interne qu’en externe, est le sujet qui
« Avec 240 bureaux et 8 500 sur de nouveaux enjeux pour les recrute 1 900 personnes cette nous tient particulièrement à cœur,
professionnels répartis dans toute la entreprises : transformation de la année. 1 000 juniors, 300 comme le témoigne notre dernière
France et l’étendue de notre offre, fonction Finance, Cybersécurité, professionnels expérimentés, campagne interne qui a connu un
nous avons le meilleur maillage pour Data & Analytics, Industrie 4.0, 600 stagiaires… large écho. Tout cela aboutit à
accompagner les entreprises du Smart Cities... Le métier de l’audit A 55 %, il s’agit de diplômés permettre à tous nos collaborateurs
secteur marchand, mais également évolue avec l’intégration dans nos d’écoles de commerce, 30 à 35 % de se réaliser, aussi bien dans leur
celles de l’économie sociale et missions du Data & Analytics et de sortent des universités, et 10 à vie professionnelle que personnelle. »
solidaire, ou les collectivités la méthode Lean. Nous allons 15 % sont de jeunes ingénieurs;
territoriales. La densité de cette développer pour notre métier une catégorie en hausse. « Nos
implantation nous place idéalement d’expertise comptable une activités différenciées permettent
pour contribuer au développement plateforme de services en ligne pour aux jeunes de se réaliser dans des François Bloch,
Membre du Directoire,
de l’économie territoriale et pour accompagner les entrepreneurs parcours de carrières passionnants
Directeur général en
vivre de belles expériences de succès dans leur gestion quotidienne. La et diversifiés, ajoute François
charge des régions et
d’entreprises, pour nos collaborateurs, relation de l’expert comptable avec Bloch. Nous souhaitons qu’ils des talents.
dont les parcours deviennent son client s’effectuera de plus en soient « impactants » et pro-actifs
extrêmement riches. KPMG est plus en temps réel et avec une chez nos clients. L’épanouissement
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Des rêves alignés sur
la réalité des jeunes cadres ?

Des prétentions salariales
conformes, mais…

Bonne nouvelle ! En moyenne,
les attentes des étudiants sont
très alignées sur les salaires
moyens annuels des jeunes
cadres (une année d’expérience
en entreprise). Néanmoins,
question parité, les inégalités
persistent : les prétentions des
étudiantes en Ecole de Com-
merce sont inférieures d’environ
3500 € par an à celles de leurs
homologues masculins et le sont
de 2500 € du côté des futurs
Ingénieurs. Si ces disparités sont
heureusement moins fortes sur
les salaires réels des jeunes
cadres, ces chiffres révèlent tout
de même que les étudiantes ont
encore tendance à se dévaloriser.

Le choix du secteur d’activité

Dans les Ecoles de Commerce,
un tiers des étudiants rêve de
travailler dans le Conseil en
stratégie, le Luxe ou les médias. D’étudiant à jeune cadre, de flexibilité. Ce qui leur importe,
Pourtant, à peine 15 % des nouvelles aspirations c’est d’avoir un impact sur leur
Alumni des mêmes écoles organisation et de faire bouger enquête carrière
travaillent réellement dans ces Une fois leur diplôme en poche les lignes. Ils s’attachent égale- Universum 2018
secteurs et la plupart s’oriente et confrontés à la réalité de ment davantage à des aspects
vers les banques et la grande l’entreprise, les ambitions humains et éthiques, tels que le Vous aussi, faites entendre votre
distribution. Dans les Ecoles carriéristes et managériales respect des employés et les voix ! Quel que soit votre niveau
d’Ingénieurs, en revanche, les s’amenuisent et les cadres se mesures de Responsabilités ou votre domaine d’études, répondez
secteurs favoris des étudiants recentrent sur des éléments plus Sociétales de l’entreprise. En à l’enquête Universum 2018 pour
sont beaucoup plus alignés sur la tangibles tels que le salaire à conséquence, leurs profils plus découvrir votre profil carrière,
réalité : leurs 3 secteurs préférés l’instant t, certes, mais aussi le entrepreneurs et idéalistes les réfléchir à vos aspirations et vous
– Aéronautique, Industrie et niveau de responsabilités et mènent vers des structures agiles comparer à vos pairs. Rendez-vous,
Energie – sont également ceux l’équilibre vie pro/perso. Plus ils à la raison d’être inspirante, dans jusqu’en février 2018, sur l’adresse
dans lesquels travaille la majorité gagnent en expérience, plus ils lesquelles ils trouveront, eux https://careertest. universumglo-
des cadres. sont avides d’autonomie et de aussi, du sens. bal.com
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Pour relever les grands défis de la mobilité d’aujourd’hui et de demain, SNCF
doit inventer de nouvelles solutions et attirer de nouvelles compétences pour
les construire et les mettre au service de la population.

Transformation et innovation sont
les clés du recrutement
« SNCF est un acteur majeur des l’infrastructure, ou encore des jobs INTERVIEW
mobilités durables. Avec 260 000 d’ingénieur méthode, production,
Mohammed Labdoui Data Engineering Manager à la
collaborateurs, le groupe réalise un chiffre maintenance…
Direction du Digital SNCF
d’affaires de 32 milliards d’euros dont le
tiers résulte de son activité à l’internatio- Ambassadeurs-métiers « Je suis séduit par l’ambition partagée
nal car, le grand public le méconnait, des équipes qui, grâce à la formation et
SNCF est implanté dans 120 pays. » « Notre activité sur les réseaux sociaux et la co-construction, maintiennent leur
Françoise Tragin, directrice du notre newsletter incitent les candidats à avance »
recrutement et de la Marque em- postuler sur le site de SNCF, mais nous
ployeur souligne que les enjeux de savons aussi que le plus important « Chaque jour, je me dis que je vais apprendre quelque chose, ou
l’entreprise sont multiples : « dévelop- consiste à « parler vrai », argumente que je vais être utile ! » Data Engineering Manager, Mohammed
per et moderniser le réseau, bien sûr, mais Magali Algaba, responsable de la Labdoui a intégré la direction digitale de SNCF en février dernier.
aussi penser, construire et installer les communication Recrutement de A 35 ans, cet ingénieur avait déjà accompli un parcours étonnant.
mobilités de demain. Cela signifie innover l’agence de recrutement des cadres.
« En juin 2007, je suis sorti de l’Ecole supérieure d’ingénieurs
sur les nouveaux usages et services du Nos ambassadeurs-métiers répondent
Léonard de Vinci pour évoluer dans les métiers des systèmes
transport et de la mobilité mais égale- ainsi à toutes les questions sur la réalité
ment au niveau industriel. Relever ce défi quotidienne de l’entreprise. Lorsque nous d’information comme développeur, architecte, ou chef de projet.
de la transformation de notre groupe expliquons que SNCF est un groupe Après quelques années dans les assurances, j’ai réalisé que les
exige de nouvelles compétences. Le d’avenir qui mène 1 600 chantiers rien nouvelles technologies ne permettaient pas de lutter efficace-
recrutement est donc un véritable levier que cette année, dont le plus important ment contre la fraude. C’est comme cela que je me suis intéressé
stratégique. Nos besoins portent d’Europe, pour les jeunes, c’est une au big data et que j’ai appris à traiter tous types de données en
principalement sur des métiers tech- découverte et cela suscite leur goût du temps réel. A partir de 2012, j’ai travaillé comme prestataire sur
niques dans l’innovation. » L’agence de challenge et du défi. Nous échangeons plusieurs projets « big data ». Architecte de solution chez Orange,
recrutement des cadres de SNCF également sur les carrières possibles. manager de projet à Boursorama, expert chez Safran…
recrute 1 000 personnes dont 70 % Il y a plus de 150 métiers dans le groupe. En octobre 2016, SNCF a exprimé le besoin de recruter un pilote
d’ingénieurs, jeunes diplômés ou À tous les stades d’un parcours profes-
afin d’appliquer les bonnes pratiques dans le développement
expérimentés, en génie civil ou sionnel, il est possible d’évoluer vers des
de ses projets. Il fallait manager les équipes dans un système
électrique, en ingénierie d’étude de métiers différents.»
innovant, horizontal qui pousse à la co-création, et trouver des
solutions pour toutes les entités de SNCF. Cela impliquait des
recherches de solutions techniques et managériales utilisables
de façon transversale par des équipes « nouvelles technos », in-
dustrielles ou « infrastructures ». Lorsqu’on m’a proposé de vivre
l’aventure SNCF, j’ai accepté parce qu’il y avait une vraie
volonté d’innover à la fois sur la technologie et en management.
Et cela s’accompagnait d’une véritable adhésion des équipes à
ces objectifs de changement. J’allais donc m’investir dans une
société agile, disposant d’un patrimoine de ressources humaines
doté des bonnes compétences et de l’envie de faire de l’intelli-
gence collective, de la co-création. Cette manière de mener la
course à l’innovation et les challenges que cela représente
comptaient bien davantage que les questions de salaire ou
d’avantages sociaux, bien sûr. Et puis nous menons à bien des
© Matthieu Raffard
projets qui améliorent la vie des gens, c’est très gratifiant. »

www.sncf.com
dossier

36 / Le Monde Campus Mardi 21 novembre 2017
Free­lance ou rien
Ils peuvent travailler, derrière leur ordinateur, de leur canapé,
à la table d’un café, dans des espaces de coworking,
ou chez leurs clients. Progressivement, ces travailleurs irriguent
l’économie française. A quoi ressemble leur aventure ?

J
’ai toujours voulu être en free­lance, L’ensemble des travailleurs indépen­
se souvient Quentin Degrange, dants, tous statuts confondus, représentent
23 ans, graphiste­webdesigner aujourd’hui 10,6 % des travailleurs français
indépendant depuis quatre ans. (2,8 millions de personnes), soit deux fois
Je ne veux pas avoir de lien de su­ moins qu’en 1970. Pourtant, la nouvelle gé­
bordination hiérarchique, et surtout je veux nération de free­lances est en plein boom:
choisir où, quand et avec qui je travaille.» ceux qui travaillent dans le numérique et
Magali Corouge voulait, elle aussi, choisir les services aux entreprises étaient
ses projets. Alors travailler en free­lance est 490000 en 2016, soit trois fois plus qu’il y
allé de soi étant donné la précarité de son a dix ans, selon l’étude de Hopwork et
secteur: le photojournalisme. Ouishare «Le Freelancing en France 2017».
Alternant entre optimisme et remise en
question, elle travaillera pendant treize
ans en tant que photoreporter indépen­ « AU LANCEMENT, IL FAUT
dante. « Même si c’était instable, et compli­ BEAUCOUP DE TRAVAIL ET
qué financièrement et psychologiquement, D’ÉNERGIE POUR TROUVER
je ne percevais pas cela comme un boulot LES PREMIERS CLIENTS »
car je faisais ce que j’aimais. » « Liberté »,
« passion », « autonomie »… Le leitmotiv EMERIC BAVEUX
développeur Web
du free­lance est au carrefour de ces trois
idéaux. Les nomades du numérique sont
le paroxysme de cette génération : ils ont L’Etat y serait­il pour quelque chose? Les
une activité professionnelle, en free­ règles changent pour le travail indépen­
lance, et exercent n’importe où dans le dant. Les incitations à l’entrepreneuriat
monde, tant qu’ils peuvent brancher sont nombreuses: flexibilisation du droit
leur ordinateur et se connecter à Inter­ du travail, aides financières, allégement
net (lire page 44). des cotisations sociales et déclarations fis­
Développeurs informatiques, graphistes, cales simplifiées s’adressent particulière­
traducteurs, communicants, consultants… ment aux free­lances.
Tous ceux qui estiment avoir des compé­ Au 1er janvier2018, le plafond du régime
tences commercialisables et souhaitent des autoentrepreneurs aura doublé, pour
entreprendre sont des free­lances poten­ soutenir l’activité des free­lances (lire
tiels, mais dans les faits les obstacles sont page 39). Et à la même échéance, le régime
nombreux. Free­lance, ce n’est pas une social des indépendants (RSI), qualifié de
forme juridique, c’est une manière d’exer­ «frein à l’activité» par Emmanuel Macron,
cer en travailleur indépendant. Ni artisan devrait être adossé au régime général des
LISA ZORDAN POUR LE MONDE

ni profession libérale, ils travaillent sans salariés, dans le but affiché de simplifier la
patron ni employés. En revanche, ils ont protection sociale des indépendants (lire
des clients, plus ou moins fidèles, avec qui page 40). Enfin, autre manière de rassurer
la collaboration se construit et s’entretient les aspirants entrepreneurs, l’exécutif
minutieusement. réfléchit à élargir l’assurance­chômage aux

Mardi 21 novembre 2017 Le Monde Campus / 37
d o s s i e r | free­lance ou rien

… indépendants… Affaire à suivre. En effet, Les collègues, la machine à café et les pots fixer leur prix. «Les clients négocient très
jusqu’à présent les free­lances travaillent peuvent manquer, ou bien le fait de ne pas peu mes devis, car je travaille dans un sec­
sans filet. Ils ne sont pas éligibles au chô­ avoir de référent à qui demander son avis. teur de niche », apprécie Claire Gerardin,
mage et n’ont pas d’obligation de cotiser Mais cela est largement compensé par la li­ spécialisée dans la communication liée
auprès d’une assurance complémentaire. berté de choisir ses missions et de travailler aux nouvelles technologies. Mais là où les
Ces charges facultatives permettent certes avec des clients différents sans pression hié­ free­lances se bousculent, les tarifs dimi­
d’augmenter leurs salaires nets s’ils sou­ rarchique. Une bonne surprise a été de voir nuent et les plates­formes en ligne n’amé­
haitent s’en passer, mais cela peut mener à mon activité évoluer de manière horizon­ liorent pas la situation, regrette Emeric
des situations délicates en cas d’accident tale.» En quatre années d’expérience, Claire
de parcours professionnel (lire page 58). Gerardin s’est découvert des compétences
de rédactrice­blogueuse et de pigiste, pour
« RÉSEAUTER »
Peu de cotisations sociales des clients qui lui en faisaient la demande.
Il existe des produits d’assurance­santé, Se lancer en free­lance, « c’est un chal­
EST LA MÉTHODE­CLÉ.
chômage, et des mutuelles spécifiques, lenge: il faut avoir le goût du défi et aimer « CELA ME PREND
« mais très peu y souscrivent », constate sortir de sa zone de confort», prévient Eme­ JUSQU’À DEUX HEURES
Frédéric Zerbib, expert­comptable spécia­ ric Baveux. « Etre free­lance permet une CHAQUE JOUR »
lisé dans l’accompagnement des free­lan­ grande liberté, mais en contrepartie il faut QUENTIN DEGRANGE
ces. «Lorsqu’ils en ont les moyens, ils préfè­ être très organisé et rigoureux, pour ne pas graphiste­webdesigner indépendant
rent généralement investir ou épargner plu­ se faire déborder. Si tu n’es pas suffisam­
tôt que cotiser », précise­t­il. La faiblesse ment renseigné et motivé, tu perds ton
des cotisations sociales des free­lances temps et tu redeviendras salarié », ajoute
aura aussi des répercussions financières Quentin Degrange. Baveux: «Ces sites tirent les tarifs vers le bas,
sur la retraite (lire page 47), même s’ils sont d’autant plus qu’ils nous exposent désor­
nombreux à s’interdire d’y penser au Revenus faibles et instables mais à la concurrence internationale».
début de leur activité. Pour aider au décollage : des incubateurs Pour éviter l’isolement, Claire Gerardin
A cette étape, la priorité n’est pas la pro­ d’entreprises, à but plus ou moins lucratif, échange régulièrement avec d’autres free­
tection sociale, mais le démarrage de l’acti­ se développent afin d’accompagner les lances. Ils partagent les avis ou se recom­
vité. « Au lancement, il faut beaucoup de jeunes entrepreneurs (lire page 41). De son mandent pour des missions lorsque leur
travail et d’énergie pour trouver les pre­ côté, « l’Association pour l’emploi des ca­ carnet de commandes est plein. «Réseau­
miers clients», prévient Emeric Baveux, dé­ dres propose un accompagnement de trois ter» est la méthode­clé. Autant pour trou­
veloppeur Web depuis plus d’un an. «Il ne mois pour affiner son projet, évaluer sa fai­ ver des clients, se faire connaître, que se
faut pas avoir trop d’obligations familiales, sabilité et définir une stratégie », explique faire conseiller : le réseau se cultive avec
ne pas compter ses heures et ne pas trop Alexandra Petitsigne, consultante à l’Asso­ précaution. « Cela me prend jusqu’à deux
ciation pour l’emploi des cadres (APEC). heures chaque jour », décrit Quentin De­
Sur Internet, les blogs, les tutoriels et les grange. En plus d’une veille quotidienne
« LES CLIENTS NÉGOCIENT conseils d’autres free­lances abondent. sur son secteur, le jeune graphiste tient un
TRÈS PEU MES DEVIS, CAR « Mais quel que soit le sérieux de la per­ blog pour informer de ses actualités, parta­
JE TRAVAILLE DANS UN sonne, les rémunérations varient beau­ ger ses conseils, relancer ses clients et gé­
SECTEUR DE NICHE » coup selon les secteurs, prévient Frédéric nérer du flux autour de son entreprise
Zerbib. Souvent, les consultants informati­ pour améliorer son référencement dans
CLAIRE GERARDIN ques gagnent très bien leur vie, alors que les moteurs de recherche. Car après le bou­
consultante free­lance en marketing
et communication beaucoup de créatifs du Web vivotent quel­ che­à­oreille, Internet est le premier four­
que temps avec des bas salaires, avant de nisseur de clientèle pour les free­lances.
retourner au salariat. » De nombreuses plates­formes (Hop­
papillonner», décrit l’entrepreneur, qui a Revenus faibles et instables font partie de work, Freelancer, 404works…) mettent en
déjà une création de start­up à son actif. la réalité du travail en free­lance, surtout relation l’offre et la demande, réunissant
Après un an d’activité, il se verse l’équiva­ en début d’activité. «Les trois premières an­ parfois plusieurs dizaines de milliers
lent d’un smic chaque mois. «Il faut être te­ nées sont souvent difficiles. Il faut à la fois d’annonces. Là aussi, il s’agit d’avoir « un
nace, mais c’est très gratifiant de voir ses prospecter, produire des missions et prendre profil bien rempli, avec si possible des réfé­
projets se concrétiser, surtout quand on est en main toute la gestion administrative», rences, des détails montrant sa valeur ajou­
son propre responsable.» décrit Alexandra Petitsigne. Et le décollage tée, car la concurrence est rude, explique
Consultante free­lance en marketing et n’est jamais gagné. L’élaboration des devis Quentin Degrange. Mais cela permet de
communication, Claire Gerardin exerce et la tarification sont deux aspects délicats. travailler avec des clients que l’on n’aurait
depuis son domicile: «Il faut avoir un certain Selon les secteurs, les free­lances sont pas connus autrement ».
tempérament et se discipliner, assure­t­elle. plus ou moins en position de force pour théau monnet

38 / Le Monde Campus Mardi 21 novembre 2017
Les autoentrepreneurs crèvent
le plafond, mais gare aux pièges !
Le doublement des plafonds du régime mais aussi – nouvel avantage – récupérer
la TVA payée sur ses frais professionnels.
de la microentreprise ne changera la donne Cela remplace un système d’une grande
que pour quelques milliers de personnes. simplicité par un système étrangement
complexe: «Le doublement du plafond se
Attention à la TVA ! révèle une mesurette très mal montée, juge
sévèrement Grégoire Leclercq, président de

C
réé en 2009 pour permettre à « On peut imaginer qu’à terme des hordes la Fédération des autoentrepreneurs. Avant,
tout un chacun, étudiant, actif et de cadres décident de se mettre à leur la simplicité du dispositif tenait à ce qu’il y
retraité, de se lancer dans l’entre­ compte, et ne travaillent plus [dans] une avait un seul et même plafond social et fis­
preneuriat, le régime fiscal de l’autoentre­ entreprise, mais [pour] des entreprises », cal. En doublant les plafonds, on les dédou­
preneur a suscité un véritable engoue­ s’enthousiasme le philosophe Gaspard ble, ce qui en fait un mécanisme très com­
ment pour développer de petites activités Koenig, du think tank libéral Génération­ plexe. Dès le premier jour du dépassement de
qui génèrent un complément de revenu. Libre. Ce qui achèverait de brouiller la l’ancien plafond, les autoentrepreneurs de­
Selon l’Insee, près de 2 millions d’actifs frontière entre contrat de travail et con­ vront facturer la TVA à leurs clients, mais ils
sont passés par ce régime depuis sa créa­ trat commercial, dans ce que le philoso­ resteront au régime microsocial. Or, à partir
tion, et 42 % des Français ont eu recours au phe imagine comme une grande libéra­ de 35000 euros de chiffre d’affaires, les char­
service d’un autoentrepreneur. Seule­ tion du travail sous la figure d’un travail ges sociales proportionnelles au chiffre d’af­
ment, s’il devait permettre à chacun de se indépendant suffisant pour pouvoir véri­ faires dépassent les charges qui auraient été
mettre à son compte d’un quasi­claque­ tablement en vivre. payées en régime de droit commun.»
ment de doigts, et qu’aucune charge n’était Seulement, est­ce vraiment si simple ?
due tant qu’il n’y avait pas de chiffre d’af­ En effet, derrière une apparente simplicité «Ni simple ni avantageux»
faires, le volume d’activité était plafonné: se cache une nouvelle complexité. Der­ Et Grégoire Leclercq, qui ne décolère pas,
pas plus de 33200 euros de chiffre d’affai­ rière une apparente générosité, un possi­ d’ajouter: «Ce qui signifie qu’encourager les
res annuel pour les activités de services, et autoentrepreneurs à doubler leur chiffre
pas plus de 82800 euros pour la vente de d’affaires, c’est tout simplement les arna­
marchandises. quer ! Cela aurait été acceptable si c’était
Pour lui permettre de se développer, et « VOILÀ ENCORE UN DISPOSITIF toujours très simple. Mais maintenant, avec
reprenant une promesse du candidat CONÇU PAR DES POLITIQUES le doublement du plafond, le régime de la
Emmanuel Macron, le gouvernement a QUI N’ONT AUCUN LIEN AVEC microentreprise n’est plus ni simple ni avan­
annoncé qu’à compter du 1er janvier2018 le LA RÉALITÉ… » tageux ! Voilà encore un dispositif conçu
plafond d’activité de la microentreprise par des politiques qui n’ont aucun lien avec
GRÉGOIRE LECLERCQ
allait être porté à respectivement président de la Fédération la réalité…»
70 000 euros dans les services et des autoentrepreneurs De fait, les simulations de Bercy ont con­
170 000 euros dans la vente de marchan­ clu que le doublement du plafond ne de­
dises, soit un doublement des plafonds vrait in fine pas profiter à plus de 6 000
initiaux. ble traquenard, ce qui montre que les personnes en 2018, sur le million d’autoen­
meilleures intentions peuvent se trans­ trepreneurs inscrits en France.
Concurrence frontale former en mauvais plan. Pour être un peu Tout ça pour ça? Pour rattraper le coup,
De nouveaux plafonds qui, en théorie, technique, l’affaire ne mérite pas moins Bercy a choisi de donner un coup de pouce
permettraient à des artisans, des agents que l’on s’y arrête. aux autoentrepreneurs ne dépassant pas
immobiliers et des consultants en tout En effet, le doublement du plafond de 30 000 euros de chiffre d’affaires en les
genre d’adopter ce nouveau régime que la chiffre d’affaires ne concernera que le cal­ exonérant de charges sociales la première
simplicité a rendu très attractif. Et de voir cul forfaitaire des cotisations sociales. Con­ année d’exercice. C’est mieux que rien,
fleurir une nouvelle génération d’auto­ trairement à ce qu’avait annoncé le gouver­ mais par définition, ce n’est pas une aide
entrepreneurs dans tous les secteurs nement, le seuil de déclenchement d’assu­ pérenne, puisqu’elle n’est pas amenée à
d’activité, au risque de les mettre en concur­ jettissement à la TVA restera inchangé. être reconduite. N’en déplaise à Gaspard
rence frontale avec les autres entreprises, C’est­à­dire que pour une activité de ser­ Koenig, pas de quoi décider une armée de
qui ont toutefois un avantage de taille: la vice, par exemple, au­delà de 33200 euros start­upeurs à se lancer sous le régime de
déduction de leurs charges et de l’amortis­ de chiffre d’affaires, l’autoentrepreneur la microentreprise!
sement du matériel. doit comptabiliser et déclarer la TVA, valérie segond

Mardi 21 novembre 2017 Le Monde Campus / 39
d o s s i e r | free­lance ou rien

janvier 2018. On risque de recréer la
catastrophe de 2008 [la fusion infor­
matique entre le RSI et les Urssaf avait créé

Fin du RSI, fin des galères ? un énorme bug]. Depuis, grâce à nos
efforts, 90 % des problèmes informatiques
avaient été résolus.»
Pour lui, le rattachement au régime
La suppression au 1er janvier 2018 du Régime général risque même d’aggraver la situa­
social des indépendants n’est pas sans risques. tion. «Nous avions un seul interlocuteur, le
RSI. Maintenant il faudra aller voir la CPAM
Leur protection sociale sera adossée au régime pour la maladie, les Urssaf pour les encais­
général dans un calendrier serré sements, la caisse d’assurance­retraite et
de la santé au travail (Carsat) pour la
retraite », ajoute celui qui craint, à moyen

L
a suppression du régime social des envoyé des courriers, sauf qu’ils n’avaient terme, une augmentation des cotisations,
indépendants (RSI) était une des pas enregistré d’adresse postale à mon notamment pour financer l’assurance­
promesses de campagne phares du nom… J’ai dû rappeler plusieurs fois pour chômage promise aux indépendants par
candidat Emmanuel Macron. Elle a séduit que la situation se débloque. » Emmanuel Macron.
nombre de travailleurs indépendants. Le Pierre (il souhaite rester anonyme),
28 septembre2017, le gouvernement a an­ quant à lui, a reçu plusieurs lettres du RSI
noncé dans son projet de loi de finance­ lui réclamant de l’argent à tort : « Ils « IL NOUS MANQUE
ment de la Sécurité sociale la suppression n’avaient pas pris en compte la fermeture LES DÉTAILS DE
du RSI au 1er janvier 2018. La protection de ma première autoentreprise. Du coup, LA MISE EN ŒUVRE,
sociale des travailleurs non salariés sera quand j’ai créé une nouvelle entreprise quel­ IL FAUT RESTER
adossée au régime général. que temps plus tard, je n’ai pas pu accéder à
VIGILANT. MAIS ÇA NE
Une nouvelle qui réjouit nombre d’arti­ la plate­forme à cause d’un bug. J’ai donc
sans, de commerçants, de professions payé par chèque, mais ils m’ont quand
POURRA PAS ÊTRE PIRE
libérales et d’autoentrepreneurs affiliés même réclamé des agios et menacé de QUE LE RSI ! »
au RSI. Né en 2006, le RSI gère les retraites m’envoyer un huissier car j’avais soi­disant PASCAL GEAY
et l’assurance­maladie de 4,6 millions un retard dans le règlement de mes cotisa­ président de l’association
Sauvons nos entreprises
d’actifs et leurs ayants droit et de 2 mil­ tions. » Des dysfonctionnements tels
lions de retraités. Pour beaucoup, il est sy­ qu’en 2012, un rapport de la Cour des
nonyme de cauchemar : bugs en série, comptes qualifiait le RSI de « catastrophe De son côté, l’association Sauvons nos
modes de calcul des cotisations illisibles, industrielle»… entreprises se félicite de la fin du RSI, pour
recouvrements abusifs, injonctions par laquelle elle a activement lutté ces derniè­
huissiers injustifiées, services injoi­ Enorme bug res années. «Après dix ans de galère, enfin
gnables ou ne prenant pas en compte les Mais la suppression du RSI signifie­t­elle un gouvernement se décide à prendre les
mises à jour… la fin du cauchemar des indépendants ? choses en main. Pour l’instant, il nous man­
«Certainement pas, on va droit dans le mur, que les détails de la mise en œuvre, il faut
Agios et huissier assure Jean­Claude Nadal, président du rester vigilant. Mais ce qui est sûr, c’est que
Antoine Dorland, 30 ans, dirigeant de la Comité national pour la promotion et la ça ne pourra pas être pire que le RSI!», se
société d’organisation d’événements Les défense du RSI, tout ce qui se fait trop réjouit Pascal Geay, son président.
Plus, en sait quelque chose : « Je ne m’étais rapidement n’est pas bon, or là on parle de Le 5 septembre 2017, le premier minis­
pas vraiment intéressé à mes rembour­ tre, Edouard Philippe, s’est voulu rassu­
sements RSI car je n’allais jamais chez le rant : « On va acter le principe vite parce
médecin. Jusqu’à ce que je tombe malade, il qu’il s’inscrit dans une politique générale,
y a quelques années : je me suis rendu « TOUT CE QUI SE FAIT mais ensuite on va le mettre en œuvre de
compte que je n’étais jamais remboursé. TROP RAPIDEMENT façon posée, avec le calme des vieilles trou­
Cela a d’abord été la guerre pour les join­ N’EST PAS BON. pes », a­t­il expliqué à l’occasion d’une
dre, alors que le numéro est payant en ON RISQUE DE RECRÉER visite de la caisse RSI de Dijon (Côte­d’Or).
plus. Ensuite, j’ai appris que je n’avais ja­ LA CATASTROPHE Le gouvernement a en effet annoncé un
mais été correctement enregistré chez eux : DE 2008 » délai de deux ans, jusqu’au 1er jan­
ils prenaient ma part de cotisations mais vier 2020, pour mettre en place l’organi­
JEAN­CLAUDE NADAL
ne s’intéressaient pas à qu’ils donnaient. A président du Comité national pour sation définitive, pas à pas.
ce moment­là, ils m’ont dit qu’ils m’avaient la promotion et la défense du RSI léonor lumineau

40 / Le Monde Campus Mardi 21 novembre 2017
LISA ZORDAN POUR LE MONDE
A
l’heure où l’entrepreneuriat a le
vent en poupe – 554 000 entrepri­
ses ont ainsi été créées en 2016,

Les incubateurs, nouveau selon l’Insee –, incubateurs, accélérateurs
et pépinières fleurissent en France. « On
dénombre 440 structures. Malgré la multi­

moteur entrepreneurial plicité de l’offre, les lieux ne désemplissent
pas. Avec les succès de la French tech, les
diplômés préfèrent monter leur start­up
plutôt que rejoindre un grand groupe »,
Alors que les créations d’entreprises dépassent constate Aurélien Borius, délégué général
la barre des 550 000 chaque année, les structures d’ELAN, réseau national des pépinières et
des incubateurs d’entreprises.
de soutien à l’entrepreneuriat naissent partout en L’incubateur Blue Factory de l’ESCP­Eu­
France. A côté des acteurs historiques, les grandes rope stimule l’envie d’entreprendre de ses
étudiants. Dès les bancs de l’école, les start­
entreprises investissent dans leurs incubateurs upeurs en herbe peuvent plancher sur leur
pour attirer à elles l’innovation projet de création, dans un espace de
coworking, et bénéficier en bonus d’ate­
liers personnalisés (business plan, levée de
fonds, pitch…). « Depuis 2015, il y a un boom
des étudiants qui veulent rejoindre l’incuba­
teur. Dès leurs oraux de motivation, ils le
mentionnent et veulent le visiter », indique
Maëva Tordo, responsable de l’incubateur. …

Mardi 21 novembre 2017 Le Monde Campus / 41
d o s s i e r | free­lance ou rien

… Si les premiers sont nés dans les collec­ les start­up seront immergées, auprès des d’investissement de Xavier Niel (action­
tivités et les universités, désormais des cadres d’entreprises, des chercheurs et d’étu­ naire à titre personnel du Monde) et de
acteurs privés s’engouffrent sur le marché diants, dans un écosystème où elles puise­ Marc Simoncini : « Les portes s’ouvrent plus
prolifique de la start­up. Grands groupes, ront les ressources qui les feront grandir. facilement. Au­delà des compétences techni­
écoles, banques, investissent dans leur ques, le gros plus d’un incubateur, ce sont les
incubateur avec l’espoir de débusquer une « Le gros plus, les rencontres » rencontres. Nous pouvons partager notre
pépite. Depuis 2014, le Crédit agricole a Les créateurs en phase d’amorçage seront expérience et échanger avec des entrepre­
ainsi ouvert à Paris et en région ses Villa­ encadrés par des mentors à renommée neurs confrontés aux mêmes probléma­
ges by CA, chargés d’accompagner les jeu­ internationale (entrepreneurs, fonds d’in­ tiques. C’est vital de ne pas rester isolé. »
nes pousses prometteuses. « Le concept est vestissements, spécialistes du numérique, Pour inciter les start­up à collaborer entre
de permettre aux grands comptes comme le etc.), lors d’ateliers sur le leadership, la stra­ elles et à inventer des passerelles entre
nôtre d’accélérer leur transformation digi­ tégie data, le marketing. « Notre mission est leurs activités, Paris & Co, agence de déve­
tale en collaborant avec des start­up qui d’aider les start­up à accélérer leur lance­ loppement économique, s’est dotée d’incu­
sont plus innovantes. Leurs idées peuvent ment sur le marché puis à maîtriser leur bateurs thématiques : le Cargo (industries
avoir du sens et être expérimentées dans croissance. Pour cela, nous les mettrons en numériques), Welcome City Lab (tou­
nos agences. Elles vont enrichir nos offres de contact avec des industriels et des investis­ risme), le Tremplin (sport)… « Des événe­
services et apporter une valeur ajoutée à seurs en France et à l’étranger », raconte ments sont organisés pour pousser les
nos clients », explique Fabrice Marsella, Sofiane Ammar, directeur de l’accélérateur. start­up hébergées à se rencontrer. Elles sont
maire du Village by CA parisien. Microsoft Ventures, ACT 574 (voyages­ aussi accompagnées par une équipe à la
Casser les frontières entre petits et grands sncf.com), Paris Pionnières… Depuis la pointe de leurs sujets et des partenaires spé­
est aussi la promesse de The Camp, campus création de Kokoroé, plate­forme d’ap­ cialisés qui sauront les conseiller », estime
nouvelle génération dévolu à la ville du prentissage en ligne, Elise Covilette a bour­ Anne Gousset, directrice incubation.
futur, inauguré en septembre près d’Aix­en­ lingué entre différents incubateurs. Un Cette hyperspécialisation est une clé pour
Provence (Bouches­du­Rhône). Entre un pari gagnant. Cette ancienne avocate et ses se démarquer face à la concurrence. Car si
fab lab, des « tiers lieux », un accélérateur, associées ont réussi à convaincre les fonds les entreprises incubées ont une meilleure

Le géant Station F rassemble « tout l’écosystème start­up »
8 heures 30 du matin, 13e arron­ de réunions, œuvres d’art, poufs, cofondateur de Fidcar, une solu­ des gens des autres programmes.
dissement de Paris. Proche des plantes, baby­foot et open space. tion d’avis client automobile. C’est dommage, je souhaiterais
voies ferrées de la gare d’Auster­ La Station F est divisée en trois Un fab lab doit aussi voir le jour. que Station F imagine plus de
litz, un bâtiment à l’allure indus­ halles, totalisant 34 000 mètres Sans compter la « marque Niel » : moyens pour nous faire intera­
trielle – nefs voûtées, béton gris carrés. La première est réservée « Ça nous valorise auprès de nos gir », explique la jeune femme.
et armatures métalliques – à l’événementiel. La deuxième clients et partenaires : nous avons Mais en permettant à ses entre­
s’élève sur le grand parvis de l’an­ abrite 3 000 postes de travail été adoubés par un incubateur preneurs de travailler en quasi­
cienne halle Freyssinet. Devant, répartis entre vingt­six program­ nouveau et puissant », note autarcie, le risque n’est­il pas
deux jeunes femmes discutent mes thématiques, qui ont sélec­ Thibault Henry. Un atout aussi l’entre­soi ? D’autant que Station
« business plan » et « amorçage ». tionné leurs start­up rigoureuse­ pour le recrutement des talents. F a parfois des airs de bunker :
Bienvenue à Station F, «le plus ment. Par exemple l’incubateur impossible d’y pénétrer sans
grand incubateur de start­up Start­up Garage de Facebook Le risque de l’entre­soi invitation, sans accompagnateur,
au monde», selon son créateur, (valorisation des données), celui Stéphane Bourbier, cofondateur et la deuxième halle est interdite
Xavier Niel, fondateur de Free de Microsoft (intelligence artifi­ d’OurCompany, une application aux non­membres. « Effective­
(et actionnaire à titre personnel cielle), ou encore trois program­ pour mesurer le bien­être des ment, il ne faut pas s’enfermer
du Monde). Inauguré le 29 juin mes maison de Station F, dont salariés, se félicite des échanges, sur nous­mêmes. Cependant,
par le président de la République, le Founders Program (start­up qui débouchent parfois sur les entrepreneurs ont souvent des
Emmanuel Macron, le lieu sera en démarrage). La dernière halle des partenariats. « Station F collaborateurs à l’extérieur, sur
une «mini­Silicon Valley», promet abritera un restaurant. nous permet aussi de rencontrer le terrain, dans d’autres bureaux.
le multi­entrepreneur. L’idée L’endroit regroupe tout ce dont un des interlocuteurs prestigieux : j’ai, Et puis de nombreux événements
consiste à «créer un espace jeune entrepreneur a besoin. «Il y par exemple, assisté à une rencon­ sont ouverts au public », tempo­
qui rassemble tout l’écosystème a un bureau de poste, un guichet tre­conférence avec Xavier Niel rise Romain Dichampt, directeur
start­up sous un seul et même de Pôle emploi, de la Commission et avec la responsable monde du du développement et des parte­
toit», affirme Roxanne Varza, nationale de l’informatique et des marketing de Facebook », dit­il. nariats d’Ashoka, réseau mondial
la directrice de la Station F. libertés, de l’Urssaf, un espace A contrario, Marianna Szeib, d’entrepreneuriat social.
La rénovation de la halle Freyssi­ French Tech… Tout est fait pour fondatrice de la plate­forme Face La question reste posée: ainsi,
net, cet ancien bâtiment ferro­ que nous n’ayons pas besoin de to Face consacrée aux créateurs l’an prochain, Station F proposera
viaire, a permis de conserver sortir, de faire la queue, et pour de mode, souhaiterait avoir plus même à ses entrepreneurs six
la structure d’origine tout en la que nous ayons toujours quelqu’un d’interactions avec ses voisins. cents places dans des logements
modernisant. A l’intérieur, l’am­ qui puisse répondre à nos questions. « Dans les open spaces, tous sont en coliving, à quelques minutes
biance se veut cosy et décontrac­ Il y a aussi des bureaux d’investis­ très silencieux et laborieux, de l’ancienne halle Freyssinet.
tée: fauteuils colorés, mini­salles seurs», se réjouit Thibault Henry, ce n’est pas si facile de rencontrer léonor lumineau

42 / Le Monde Campus Mardi 21 novembre 2017
pérennité, seules 5 % des créations seraient
accompagnées. Partenariat avec des écoles,
communication sur les réseaux sociaux,
réseau d’experts reconnus… Bien que les
incubateurs rivalisent pour attirer de nou­
velles recrues à potentiel, les créateurs doi­
vent montrer patte blanche à l’entrée car les
structures se financent souvent par une
prise de participation dans le capital. « Les
retours sur investissement ne sont pas tou­ Dans les « Pépite », les étudiants­entrepreneurs
jours ceux escomptés. Malgré la sélection, les peaufinent leurs projets
incubateurs prennent le risque de se consa­
crer à des projets qui ne décolleront pas. Le 11 octobre 2017, sur la barge derniers : « Les projets Pépite « Sortir de chez soi est impor­
Comme leur modèle économique est fragile, du Crous amarrée en bord sont choisis en fonction de tant ; en échangeant avec
ils sont obligés de développer d’autres activi­ de Seine, les lauréats du prix la motivation et de l’engage­ d’autres jeunes entrepreneurs,
tés, comme la location de bureaux », précise Pépite­Tremplin d’Ile­ ment de l’étudiant, et pas uni­ on prend du recul. Et les
Michel Bernasconi, coauteur d’Incubateurs de­France se succèdent sur quement sur leur crédibilité. tuteurs nous apportent l’expé­
et pépinières d’entreprises. Un panorama l’estrade. Meubles potagers Et ce, dans de multiples do­ rience qui nous manque. »
international (L’Harmattan, 2003). connectés, usine en ligne maines, y compris la culture Les Pépite sont vécues comme
Autre manne financière, les formations de confection de vêtements ou le sport. Il s’agit de lever les un sas entre les premiers pas
consacrées aux grandes entreprises. Pionnier à la demande, tasses à croquer, freins au niveau académique dans la création d’entreprise
du genre, le Numa propose plusieurs offres, plate­forme numérique pour que les jeunes concréti­ et la première levée de fonds,
dont un « intrapreneurship », pour appren­ de valorisation des déchets de sent leurs idées, en leur don­ une étape bienvenue avant
dre aux directeurs de l’innovation ou des matériaux de construction… nant par exemple la possibi­ d’intégrer les incubateurs
ressources humaines à travailler comme des les jeunes récompensés lité de travailler sur leur publics ou privés : « L’accom­
entrepreneurs au bureau. Au programme de ne manquent pas d’idées. projet à la place d’un stage pagnement Pépite a donné
ces formations facturées 750 euros la jour­ Depuis la mise en œuvre, obligatoire. Que cela ne dé­ de la maturité à notre projet,
née : des modules sur le design thinking, en septembre 2014, du statut bouche pas sur une création relate Harold Cunningham,
l’innovation ouverte, le « prototypage », national d’étudiant­entrepre­ d’entreprise n’est pas grave en cofondateur d’Eklo, qui
le marketing digital, le pitch… neur et des vingt­neuf pôles soi ; ce parcours leur permet­ conçoit et fabrique des
étudiants pour l’innovation, tra peut­être une insertion meubles potagers. Mainte­
le transfert et l’entrepreneu­ professionnelle plus rapide. nant nous profitons pleine­
« NOTRE MISSION riat (Pépite) sur des sites C’est ce que devra évaluer ment de l’incubateur dans
de l’enseignement supérieur, l’Observatoire sur le devenir lequel nous venons d’entrer
EST D’AIDER À ACCÉLÉRER
près de 4 500 étudiants des étudiants­entrepreneurs parce que nous sommes prêts
LE LANCEMENT ou jeunes diplômés âgés que nous venons de lancer. » à passer au stade supérieur. »
SUR LE MARCHÉ PUIS de moins de 28 ans en ont Plusieurs mesures sont en
À MAÎTRISER LA CROISSANCE » bénéficié. Vécues comme un sas phase de déploiement pour
SOFIANE AMMAR Le dispositif permet aux Dans le sondage CSA réalisé renforcer le rôle des pôles :
directeur de l’accélérateur The Camp jeunes diplômés de conser­ en mai 2016 auprès de ceux plate­forme collaborative
ver les avantages sociaux qui ont créé leur entreprise, nationale pour mettre en
étudiants (Sécurité sociale, 76 % des étudiants­entrepre­ réseau les « EE », accès à des
« Les grands groupes cherchent à innover mutuelle, restaurant univer­ neurs (EE) interrogés se décla­ financements, développe­
en s’inspirant des méthodes de travail des sitaire, réduction des tarifs, rent satisfaits du dispositif. ment d’espaces de coworking,
start­up, beaucoup plus agiles. Les entrepre­ etc.) pendant un an pour Antoine Guo, cofondateur etc. Avec, en sus, un nouveau
neurs passent très vite à l’action, sans se créer leur entreprise. Les can­ d’Impala, une solution Web programme d’accélération,
perdre dans des études de marché fastidieu­ didats sélectionnés sont d’orientation pour les ly­ Pépite Starter, pour accompa­
ses. Les produits sont testés directement accompagnés par deux céens, reconnaît que ce cadre gner pendant cinq mois
auprès des clients puis corrigés. Ces démar­ tuteurs, un enseignant structurant lui a facilité les étudiants et jeunes diplômés
ches permettent de faire avancer des projets et un professionnel, et, dans choses : « Les rencontres avec qui se consacrent à plein­
dans des temps limités », analyse Perrine certains cas, peuvent accéder notre mentor professionnel temps à leur projet.
Grua, chargée des communautés et des à un espace de coworking. nous ont aidés à ne pas En Ile­de­France, Pépite Star­
programmes de formation corporate. Afin Mais quel résultat en matière nous éparpiller et à suivre ter est implanté à la Station F,
de diffuser une culture entrepreneuriale de création d’entreprise ? des objectifs réalisables. » incubateur fondé par Xavier
dans les équipes, les chefs de projet du Pour Jean­Pierre Boissin, William Sance, un des trois Niel (actionnaire à titre per­
Crédit agricole sont invités à quitter leur coordonnateur national créateurs de Nénufar, une sonnel du Monde) et hébergé
open space pour s’immerger dans l’incu­ de Pépite, le bilan ne peut entreprise qui renouvelle le dans la halle Freyssinet,
bateur du Village by CA, où ils côtoieront se mesurer à cette seule aune concept de pantoufles d’inté­ à Paris (13e), où il dispose
des entrepreneurs et leur emprunteront car les pôles ne sont pas des rieur, a apprécié le soutien de quarante places
leurs postures professionnelles. incubateurs, mais plutôt un des Pépite, notamment l’accès sur le campus des start­up.
adeline farge lieu de « sourcing » pour ces à un espace de coworking : nathalie quéruel

Mardi 21 novembre 2017 Le Monde Campus / 43
d o s s i e r | free­lance ou rien

Travailler en voyageant, le rêve
accompli des nomades numériques
Les « digital nomads », ces travailleurs sans aux technologies et outils numériques –
bureau fixe, ont choisi d’allier plaisir du tourisme des outils de partage de documents aux
réunions en ligne – qui leur permettent de
et activité professionnelle, avec pour critère travailler à distance. Impossible de savoir
premier la qualité de la connexion Internet combien ils sont précisément, mais selon
le consultant Steve King, du cabinet de
recherche américain Emergent Research,
Medellin (Colombie), envoyées spéciales Depuis quelques années, Medellin, en leur nombre est en forte augmentation.
Colombie, est une de leurs villes préférées Dans le nord­ouest de la Colombie, Me­

F
rance, Angleterre, Pays­Bas, Etats­ en Amérique latine. Mais on compte dellin déploie ses faubourgs dans la vallée
Unis, Espagne… Ils viennent du aussi Chiang Mai en Thaïlande, Barcelone encaissée de l’Aburra, entre les cordillères
monde entier et ont poussé le en Espagne, Berlin en Allemagne, Lisbonne occidentale et centrale. Jusqu’au début des
concept du «travailler n’importe où, n’im­ au Portugal, Bali en Indonésie, Kiev années 1990, cette ville, fief du cartel du
porte quand » à son paroxysme. Les uns en Ukraine, ou encore les îles Canaries narcotraficant Pablo Escobar, était connue
sont traducteurs, auteurs, consultants, en Espagne, selon le site spécialisé Nomad pour être la capitale mondiale de la vio­
codeurs, communicants, start­upeurs, ex­ List. Le point commun entre ces lieux : lence (390 homicides pour 100 000 per­
perts en référencement Internet ; les une bonne connexion Internet, un coût sonnes en 1991).
autres font du marketing en ligne, du de la vie relativement intéressant, des Aujourd’hui, Medellin s’est considéra­
graphisme, du design ou encore du e­com­ espaces de coworking ou des cafés Wi­Fi blement pacifiée. Un des symboles de ce
merce. Tous se retrouvent derrière le à foison, et une communauté de nomades renouveau est le quartier d’El Poblado, au
même acronyme : DN, pour « digital digitaux dans laquelle s’intégrer. sud­est de l’agglomération, dont les petites
nomads », ces travailleurs sans bureau Profitant d’un visa touriste de plusieurs rues calmes à la végétation tropicale luxu­
fixe, qui parcourent le monde en tra­ mois ou d’un permis vacances travail riante et les cafés Wi­Fi modernes char­
vaillant à distance, avec pour critère pre­ (PVT), ils ont choisi d’allier plaisir du ment les touristes. Mais aussi une nouvelle
mier la vitesse de la connexion Internet. voyage et activité professionnelle grâce espèce de jeunes voyageurs, qui s’installent

44 / Le Monde Campus Mardi 21 novembre 2017
en terrasse pour travailler sur leur ordina­ «Je ne voulais pas commencer à construire start­up a été sélectionnée parmi 800 can­
teur dans cet environnement agréable. ma vie en France sans avoir voyagé. Je me didatures pour intégrer un programme
Nina (le prénom a été changé à sa de­ suis dit: je suis indépendante, je vais en pro­ d’incubation à Medellin.
mande car ses clients ne savent pas qu’elle fiter pour partir passer l’hiver au chaud, vu Fraîchement débarqué à Medellin, Hugo
voyage), 27 ans, reçoit chez elle, dans une qu’au final je peux travailler de partout Ikta, fondateur du site John Coaching, a pu
grande colocation lumineuse qui fait aussi dans le monde», ajoute Lola (le prénom a nouer des liens professionnels avec Andrés
office de coworking. Après avoir obtenu été changé à sa demande car ses clients ne Barreto, surnommé «le Zuckerberg d’Amé­
son diplôme en design graphique, elle a savent pas qu’elle voyage), une autre jeune rique latine», créateur de la plate­forme
travaillé deux ans dans une agence de digital nomad française, déjà passée par d’écoute de musique en ligne Grooveshark,
communication parisienne, avant de de­ Chiang Mai en Thaïlande, Rome en Italie et qui a compté jusqu’à 35 millions d’utilisa­
venir free­lance. « Avec mon compagnon, Quito au Pérou.
nous avons fait un grand voyage au Mexi­ Pour Alexis Thébault, trader indépen­
que et en Colombie. On s’est rendu compte dant de 25 ans, le principal attrait est de « LES JEUNES DIPLÔMÉS
qu’on avait envie de continuer de voyager pouvoir découvrir les pays visités plus en D’AUJOURD’HUI N’ONT PLUS
tout en travaillant, ce que nos deux emplois profondeur que lors de simples vacances:
ENVIE DE PASSER LEUR VIE
free­lances nous permettaient de faire », «Je ne suis pas un backpacker [routard], je
raconte­t­elle. reste posé plusieurs mois à chaque endroit.
DEVANT LEUR ORDINATEUR
Je ne fais pas que visiter, je vis ici aussi.» DANS UN CADRE FERMÉ »
«Partir passer l’hiver au chaud» Thibaut Delarbre, cofondateur de Wire­ NINA
Après avoir entendu parler de Medellin delta et de Webestimate, a posé ses valises jeune digital nomad à Medellin
sur des blogs et des pages Facebook réservés en Colombie il y a un an. Du statut de DN, il
aux digitals nomads, le couple se lance, ordi­ apprécie moins le côté baroudeur que les
nateur sous le bras. «Je pense que c’est un avantages professionnels, notamment teurs avant d’être fermée, en travaillant
phénomène générationnel. Les jeunes diplô­ lorsqu’il s’agit de développer une start­up. dans l’un des espaces de coworking
més d’aujourd’hui n’ont plus envie de passer « Une des difficultés numéro un pour une ouverts par ce dernier. «C’est un des ac­
leur vie devant leur ordinateur dans un cadre jeune pousse est de trouver un bon déve­ teurs­clés de la ville. Etre DN à Medellin m’a
fermé. Ils veulent bouger, découvrir le loppeur. En France, ils se font tous recruter donné accès à des personnes que je n’aurais
monde. Si j’étais restée à Paris, j’aurais peut­ avant la fin de leurs études, ont tous un job jamais pu croiser ailleurs.»
être acheté un appartement, je me serais à plein temps, ils ne vont pas aller dans une Certains passent quelques mois dans un
mariée, j’aurais peut­être même des enfants. petite start­up. Ici, il y en a de très qualifiés pays, d’autres une année, avant de repartir
Là non, mais c’est génial de se poser plusieurs et la concurrence est moindre, du coup le vers de nouvelles aventures. Pour tra­
mois pour visiter un pays, de rencontrer des recrutement est plus aisé. Et puis, être fran­ vailler, ces nomades digitaux adeptes du
gens qui font le même métier que moi, de çais à l’étranger permet de se démarquer de collaboratif se regroupent dans des cafés
voir les différentes manières de travailler la concurrence et de se faire remarquer », Wi­Fi ou des espaces de coworking. C’est
selon les nationalités», explique­t­elle. estime le jeune Français de 27ans, dont la d’ailleurs l’une des raisons qui expliquent …

LISA ZORDAN POUR LE MONDE

Mardi 21 novembre 2017 Le Monde Campus / 45
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… l’engouement de ces travailleurs pour ou de nuit. Ce qui compte, c’est le résultat. bons côtés, comme avoir des collègues,
Medellin, fortement dotée en la matière. Les entreprises vont finir par comprendre manquent. Pour compenser, les digital
Pas de présentéisme inutile: l’idée est de que c’est le seul critère objectif, et vont être nomads organisent beaucoup de rencon­
travailler le nécessaire pour financer son amenées à questionner leurs propres prati­ tres informelles, de soirées, de conférences
voyage, tout en gardant du temps pour dé­ ques», assure de son côté Doug Mill, jeune pour se rencontrer et réseauter», explique
couvrir le pays. «Ma journée type de DN à DN américain. le jeune trader. Si l’entourage est un fac­
Medellin, c’est 9 heures­13 heures, ce qui me Pour Alexis, le plus dur dans ce mode de teur­clé, le communautarisme des DN
permet de gagner environ 650 euros par vie où les frontières entre vie profession­ peut aussi déstabiliser.
mois, ce dont j’ai besoin pour vivre, et ensuite nelle et voyage sont floues, «est d’avoir une «Au début, j’avais du mal avec la commu­
je profite de mon temps libre pour découvrir certaine hygiène de travail: être en forme, se nauté DN, tous ces étrangers qui ne sortent
la ville et la culture locale. Le week­end, je ne coucher tôt le soir, faire attention à son qu’entre eux, ne se mélangent pas aux
travaille pas. Mais je n’ai pas de vacances», rythme pendant la semaine, faire du sport, locaux, profitent des faibles coûts et repar­
explique Alexis Thébault, attablé au café pour ne pas être fatigué au moment où il tent au bout de trois mois quand leur visa
Ondas, un des nombreux lieux prisés des faut travailler». expire, ça fait un peu impérialiste», avoue
DN dans la ville du printemps éternel – il y Car la vie de nomade n’a pas que des Benjamin Spring, jeune «start­upeur» de
fait 25 degrés en moyenne toute l’année. avantages : la solitude et l’absence de 27ans. Mais lorsqu’il a besoin d’aide pour
«Dans le monde des DN, peu importe si tu contraintes peuvent être pesantes. «C’est son projet de répertoire en ligne de toutes
travailles trois heures ou dix heures, de jour séduisant au début, mais à force, certains petites entreprises suisses, il comprend
l’intérêt d’être entouré : « J’étais un peu
perdu, et je suis tombé sur un autre DN qui
Medellin, la ville violente devenue vitrine high­tech avait lancé le même service dans son pays.
C’était une mine de conseils, j’ai compris
L’architecture et l’innovation Franco. Mais c’est surtout la multi­ nous avons consacré 3,5 millions pourquoi les travailleurs nomades se
peuvent­elles vaincre le crime ? disciplinarité et la multiculturalité de dollars à ces projets », détaille retrouvent tous dans les mêmes villes. Plus
Trônant dans un ancien quartier du lieu que met en avant Alejandro Franco. Car Ruta N il y a de monde, plus il y a d’émulation.»
difficile de Medellin, les trois le directeur exécutif de Ruta N. n’oublie pas son objectif princi­
bâtiments orangés de l’incuba­ «Nous hébergeons 144 entreprises pal : tirer Medellin vers le haut. Gérer l’incertitude
teur Ruta N relèvent le défi avec de 24 pays différents, pour un total Ainsi, à travers le programme Autre problème à prendre en compte: le
panache. Cet immense centre éco­ de 1900 emplois», détaille­t­il. « cuisine ouverte », Ruta N sou­ décalage horaire. La jeune graphiste Lola se
responsable dévolu à l’innova­ Parmi ces entreprises, on compte tient 40 restaurants du quartier, réveille souvent avec une boîte mail déjà
tion, proposant des programmes, la française Keyros, arrivée en en leur proposant des formations pleine. Ses clients, qui se trouvent principa­
des locaux et des bourses à ses Colombie en 2016 en misant sur pour avoir un meilleur ren­ lement en France et aux Pays­Bas, ne savent
locataires, a su attirer entreprises la situation géographique straté­ dement économique et offrir pas qu’elle travaille depuis la Colombie.
et start­up du monde entier. gique du pays, sa plus grande une gastronomie innovante. «J’ai peur qu’on me prenne moins au sérieux.
Une belle histoire qui commence stabilité politique et sa croissance « Le restaurant Vegetarian, que C’est dommage, car avec Skype, je suis tout
à la fin des années 2000, lorsque dynamique. Lorsqu’il a fallu trou­ nous soutenons, a changé sa carte aussi réactive!» Lola regrette surtout l’ab­
Alonso Salazar est élu maire de ver des locaux pour le centre d’ex­ et augmenté son chiffre d’affaires sence de retours sur son travail. « En
Medellin. « La ville a alors changé pertise d’Hybris – la plate­forme de 400 % ! Le quartier devient plus agence, avec d’autres designers et un direc­
de vocation économique. Située e­commerce du groupe –, le choix convivial et offre aussi plus teur artistique, j’aurais plus de critiques
à 2 000 km des côtes, peinant s’est vite porté sur Ruta N. « Ça de travail aux jeunes, qui pourront constructives et je progresserais plus vite. Et
à s’imposer dans les exportations, coûte moins cher qu’un coworking financer leurs études à l’univer­ puis, il faut gérer l’incertitude: aujourd’hui
Medellin se concentre alors en ville. L’environnement est bon : sité, c’est un cercle vertueux », j’ai du travail, mais demain? Je dois mettre
sur l’économie de la connaissance, on rencontre d’autres entrepre­ explique Alejandro Franco. de l’argent de côté et j’accepte toutes les mis­
sur l’énergie, la santé et les neurs, et on bénéficie des services Car si Medellin a été élue par sions qu’on me propose.»
technologies de l’information d’un recruteur. Si je cherche un le Wall Street Journal ville la plus Le développement de formations pour
et de la communication », rappelle candidat, je transmets le profil innovante du monde en 2013, les apprendre à devenir digital nomad tente
l’ingénieur Alejandro Franco, que je souhaite et le recruteur s’en progrès à faire sont encore nom­ de compenser ces problèmes. Au pro­
directeur de la structure. occupe. J’économise du temps breux. Tout le monde n’en profite gramme : cours de code, conseils pour
En 2009, Ruta N vient concrétiser et de l’argent », explique Oscar pas. « Une grande partie de développer une activité de free­lance,
ce changement. Cet incubateur Gomez, qui travaille pour Hybris. la population travaille toujours séjours clés en mains avec hébergement
géant se donne pour objectif au noir, sans aucune protection en colocation et découverte de la ville. Il
de développer un écosystème « Cercle vertueux » sociale. Medellin n’est pas existe même des croisières pour DN, ou
de l’innovation en accueillant Ruta N accueille aussi des entre­ la nouvelle Silicon Valley. Ici on des voyages spéciaux pour DN. Unsettled
petites et grandes entreprises, prises colombiennes, avec une commence à peine à sortir du en a fait son business : cette start­up vend
colombiennes et étrangères. prédilection pour celles qui ont cycle de la violence. Bien sûr, des expériences de coworking d’un mois
«Nous sommes le seul édifice un impact local vertueux, comme beaucoup de free­lances viennent dans différents pays du monde, pour un
public du pays certifié LED. Un la start­up Hola Doctor, qui déve­ s’installer ici, et nous en sommes prix variant de 2 000 à 2 500 dollars le
système de réfrigération innovant loppe une application pour trou­ très fiers. Mais nous avons encore mois. La liberté des nomades digitaux a
nous fait utiliser très peu de clima­ ver un médecin pédiatre. « 25 % beaucoup de défis à relever », vraiment un prix !
tisation, et nous récupérons l’eau des projets que nous soutenons constate Alejandro Franco léonor lumineau
de la pluie», énumère Alejandro sont des start­up. En 2017, l. l. et m. n. et margherita nasi

46 / Le Monde Campus Mardi 21 novembre 2017
« Un free­lance doit avoir conscience
de ses droits à la retraite »
L’économiste Antoine Bozio explique quelle retraite Quelles seront les conséquences
d’un point de vue sociétal ?
se préparent les travailleurs free­lance. Ceux qui Ceux qui auront eu des revenus irrégu­
auront eu des revenus irréguliers, pas très élevés, liers pas très élevés risquent d’avoir un choc
de revenus négatif au moment du départ à
risquent d’avoir un choc de revenus négatif. Entretien la retraite, avec une perte de niveau de vie
qui sera probablement assez mal vécue.
Ils vont potentiellement se retrouver en

L
es travaux sur la retraite de l’éco­ Antoine Bozio situation de pauvreté à un âge élevé et
nomiste Antoine Bozio sont Directeur de l’Institut devront vivre sur les minimums sociaux. A
des politiques publiques
aujourd’hui repris par le président ce moment­là, on ne pourra pas dire à ceux
de l’Ecole d’économie de Paris
Macron pour réfléchir à une nouvelle et maître de conférences qui cotisent beaucoup pour leur retraite qu’il
réforme basée sur les comptes dits « no­ à l’Ecole des hautes études faut payer pour ceux qui ne l’ont pas fait.
tionnels », qui tienne compte de l’espé­ en sciences sociales. Il a reçu
rance de vie et permette une plus grande le Prix du meilleur jeune Comment prévenir des situations trop
économiste 2017 pour problématiques ?
transparence pour chacun. ses travaux sur l’évaluation
Dans le système à compte notionnel, cha­ des politiques publiques. Il faut rendre bien clairs et transparents
cun part quand il veut et, en fonction des les niveaux de pensions auxquelles auront
cotisations versées, il sait à quelle pension accès les personnes. Un jeune actif qui
DR

il a droit. Les free­lances, qui sont de plus en hésite entre un poste de cadre ou se lancer
plus nombreux, laissent souvent la ques­ en free­lance doit dans les deux cas avoir
tion de la retraite de côté pour se focaliser clairement conscience de la rémunération
sur leurs revenus nets et sur la viabilité de retraite des free­lances ne sera pas du tout nette, et des droits à la retraite qu’il pourra
leur activité. Leurs cotisations sont irrégu­ comparable à celle des salariés s’ils coti­ percevoir. Cela est pour le moment empê­
lières et parfois très faibles. Antoine Bozio sent faiblement. ché par la complexité du système.
explique ce qui les attend. Les jeunes qui se lancent dans ce genre Il faut aussi adapter la législation sociale
d’entreprise ont une volonté d’indépen­ en plaçant le niveau de cotisation mini­
Comment les jeunes entrepreneurs dance par rapport aux structures hiérar­ mum à un point où le taux de remplace­
perçoivent­ils la question ment ne mènera pas à des situations trop
de leur propre retraite ? délicates lors du départ à la retraite.
Chez les jeunes actifs, il y a une croyance
assez répandue qui consiste à considérer « LES COTISATIONS SOCIALES La réforme du système des retraites
que les cotisations à la retraite ne donne­ SONT TROP SOUVENT souhaitée par le gouvernement
ront rien au moment du départ, ce qui est PERÇUES COMME DES CHARGES ira­t­elle vers plus de transparence
et une meilleure visibilité pour
faux : le système actuel est soutenable et il QU’IL FAUT RÉDUIRE » les free­lances ?
permettra d’honorer des droits, avec un
rendement positif, en fonction des cotisa­ Absolument, c’est l’un des points princi­
tions payées. chiques imposantes. Ils ont aussi un attrait paux de la réforme, au­delà de l’équilibre
Aussi, les cotisations sociales sont trop financier : les rémunérations nettes des financier à long terme. Elle est censée unifor­
souvent perçues comme des charges qu’il free­lances paraissent importantes de miser le système des retraites en France [qui
faut réduire pour faciliter les nouvelles acti­ prime abord car leurs cotisations sociales comporte actuellement une quarantaine de
vités. Mais ces diminutions auraient un im­ sont basses. régimes différents selon les professions] et ap­
pact négatif sur les droits des personnes. porter une très grande clarté entre les euros
Tous les free­lances seront­ils cotisés et les droits acquis. Avec les comptes
Les travailleurs free­lance cotisent dans cette situation ? notionnels, les montants de cotisations
souvent de manière irrégulière Pas ceux qui auront eu des revenus suffi­ accumulés seront valorisés en pensions.
pour leur retraite. Quel en sera l’effet samment élevés et qui auront épargné ou Celles­ci seront calculées en fonction de l’es­
sur leurs pensions ?
cotisé auprès d’une caisse de retraite com­ pérance de vie lors du départ à la retraite,
C’est un système contributif, donc moins plémentaire. Mais ma crainte, c’est qu’une pour la génération de cette personne.
vous cotisez, moins vous aurez de droits. grande majorité d’entre eux n’en soient propos recueillis par
A niveau de rémunération équivalent, la pas conscients. théau monnet

Mardi 21 novembre 2017 Le Monde Campus / 47
social

Le budget « habitation » pèse lourd sur
le compte bancaire déjà bien vide des étudiants.
Mais des solutions alternatives existent
pour dénicher un toit à un tarif raisonnable

Comment se loger à petit prix,
même à Paris
L
a quête d’un nid douillet insiste Pauline Raufaste, vice­ «Les résidences sont destinées en possible de candidater», explique
peut vite virer au casse­ présidente de l’Union nationale priorité aux boursiers avec l’éche­ Olivier Bardon, sous­directeur de
tête, entre les pièces justifi­ des étudiants de France (UNEF). lon social le plus élevé. Les dossiers la vie étudiante au Centre natio­
catives à réunir, les heures à éplu­ Les petits budgets peuvent sont ensuite classés selon la situa­ nal des œuvres universitaires et
cher les annonces et enfin l’at­ cependant escompter se loger tion familiale, l’éloignement géo­ scolaires (Cnous).
tente interminable dans les cages près de leur fac dans l’une des graphique ou encore le nombre de Las, avec 2,6 millions d’étu­
d’escalier. Au­delà de la difficulté à cités U gérées par les centres personnes dans le foyer inscrites diants, les chambres sont prises
constituer un dossier séduisant régionaux des œuvres univer­ dans l’enseignement supérieur. d’assaut. Le Crous de Paris ne
pour des propriétaires exigeants, sitaires et sociales (Crous), pour Mais, tant que toutes les affec­ dispose que de 6 750 logements
le premier obstacle à surmonter environ 350 euros par mois à Paris. tations n’ont pas été faites, il est pour plus de 85 000 demandes
reste celui de dénicher un cocon à
un prix abordable. A l’heure où les
mini­appartements s’arrachent Une fois diplômé, adieu la chambre du Crous
comme des petits pains, les loyers
flambent dans les villes étudian­ Diplôme en poche, plus étudiant mais encore dans A la sortie du Crous, les jeunes en recherche
tes, surtout en Ile­de­France. l’attente d’un premier emploi durable, l’accès d’emploi peuvent demander à intégrer
Ainsi, un étudiant doit débour­ au logement, si possible décent, peut se transformer temporairement un foyer de jeunes travailleurs.
ser 824 euros par mois pour en parcours du combattant… Ces derniers sont ouverts aux 18­25 ans, en activité
louer un studio de 24 mètres car­ C’est la mauvaise expérience qui arrive à Hélène, (dont stage) ou en voie d’insertion professionnelle,
rés à Paris, contre 496 euros à diplômée en journalisme en 2016, toujours disposant d’un revenu minimal de 600 euros
l’échelle nationale, selon LocSer­ en quête d’un emploi stable. Logée au Crous par mois. Cependant, dans certaines métropoles,
vice.fr, spécialiste de la location depuis son entrée en master 1, la jeune femme les listes d’attente sont longues.
entre particuliers. « Avec la cau­ est à présent censée quitter sa chambre : « Mon bail
tion, les frais de l’agence immobi­ est terminé depuis fin août. Pourtant, je ne peux pas Solution transitoire
lière et le loyer, le logement est un non plus me loger dans le privé : mes revenus sont Le Comité local pour le logement autonome
gouffre financier. Les étudiants y trop bas, trop aléatoires et mon statut précaire. des jeunes (CLLAJ) accompagne les moins de 30 ans,
consacrent la moitié de leurs res­ Mes dossiers sont refusés. En plus, je n’ai pas quelle que soit leur situation familiale et
sources », constate Jimmy Los­ de garant, et quand je parle des dispositifs de caution professionnelle, dans leur recherche d’un logement
feld, président de la Fédération locative de l’Etat, ça fait fuir les propriétaires. » autonome ou d’une solution transitoire,
des associations générales étu­ En effet, la perte de la qualité d’étudiant entraîne comme une sous­location, une résidence sociale
diantes (FAGE). celle du logement Crous, même si une prolongation ou un bail glissant.
du séjour en chambre durant l’été est négociable. Bon à savoir : les ex­boursiers peuvent candidater
Baisse de l’APL Côté privé, dans les grandes villes où le logement à l’aide à la recherche du premier emploi
Déjà peu garnis, les porte­mon­ est en tension, peu de propriétaires ou d’agences (ARPE). Versée durant quatre mois, cette aide
naie ont subi un coup dur au immobilières acceptent les dossiers de jeunes équivaut à la bourse sur critères sociaux perçue
1er octobre 2017 avec la baisse de diplômés en recherche d’emploi sans garantie. lors de la dernière année d’études ou à 400 euros
5 euros du montant mensuel de Un contrat à durée déterminée, même très bien par mois pour les anciens apprentis de l’enseigne­
l’aide personnalisée au logement rémunéré, n’est pas non plus bien vu. Tout comme ment supérieur, durant quatre mois.
(APL). «Cette mesure va renforcer un contrat à durée indéterminée à faible revenu, Sous certaines conditions de revenu, les aides
la précarité étudiante. Cinq euros, et le meilleur dossier sera toujours préféré. de la Caisse d’allocations familiales (CAF)
cela permet à ceux qui ont un bud­ A noter : les propriétaires sont souvent réticents peuvent aussi se poursuivre les premières
get restreint de se nourrir à la fin du en ce qui concerne la colocation. Ainsi, nombre années de travail. Enfin, pour avoir une idée
mois. L’APL est indispensable pour de jeunes diplômés sont contraints de revenir plus claire des droits, la CAF a mis en place
accéder à un logement autonome vivre chez leurs parents en sortie d’études, le temps un simulateur en ligne.
et suivre les études de son choix», de trouver un emploi stable. léonor lumineau

48 / Le Monde Campus Mardi 21 novembre 2017
donnent pas d’informations sur
les colocataires. Or, beaucoup de
galères sont liées à des modes de
vie incompatibles. La colocation
ne s’arrête pas au paiement du
loyer», remarque Lauren Dannay,
cofondatrice de l’application.
Pour ceux qui ne sont pas rétifs à
la vie en communauté, Roomlala,
Airbnb du long séjour, référence
des chambres à moindre coût
chez l’habitant; Toit chez moi pro­
pose, de son côté, de troquer des
heures de travail (soutien scolaire,
bricolage, jardinage…) contre un
toit. Il est recommandé de signer
un contrat employé au pair afin
d’éviter tout litige.

Nouvelles solidarités
Autre piste pour se loger à petit
prix, Le Pari solidaire met en rela­
tion deux générations pour les
faire cohabiter ensemble. Avec le
double défi de lutter contre l’isole­
ment des seniors et de faciliter l’ac­
STÉPHANE GARNIER POUR LE MONDE

cès au logement des jeunes, héber­
gés soit gratuitement, s’ils s’enga­
gent à être présents tous les soirs,
soit pour un loyer réduit.
Pour faire rimer colocation et
solidarité, direction les KAPS,
pour Kolocations à projets solidai­
res, créées par l’Association de la
par an. Les boursiers étant priori­ « LES PROPRIÉTAIRES caution, étendra la garantie loca­ fondation étudiante pour la ville
taires, les places sont rares pour SONT TRÈS FRILEUX tive Visale couvrant les impayés (AFEV). Dans la résidence Vincent­
les non­boursiers. En attendant ENVERS LES aux colocations et introduira Auriol du 13e arrondissement de
que les 60 000 habitations étu­ COLOCATAIRES, une clause de non­solidarité Paris, les colocataires s’engagent à
diantes supplémentaires promi­ QU’ILS PERÇOIVENT entre locataires. s’investir cinq heures par semaine
ses par Emmanuel Macron voient COMME DES FÊTARDS Sur Internet aussi, des initiati­ dans la vie du quartier (atelier cui­
le jour, les déçus doivent trouver ves volent au secours des étu­ sine, accompagnement scolaire,
QUI VONT DÉGRADER
des plans B. diants en quête de la coloc fête entre voisins…), où ils ont dé­
La plus prisée par les étudiants
L’APPARTEMENT » idéale. La Carte des colocs ac­ croché leur logement géré par le
sociables et économes est la colo­ MASHA compagne les annonces d’une Crous. «Au­delà du loyer modéré,
cation. Selon le site de colocation en master d’intelligence carte interactive sur laquelle on les colocataires doivent être réelle­
et d’innovation culturelle
Appartager, un toit loué à plu­ peut localiser l’adresse et visuali­ ment motivés pour vivre cette ex­
sieurs reviendrait à Paris à ser les boulangeries, les écoles, périence conviviale et solidaire. Ils
604 euros, sans oublier que toutes l’été. « Beaucoup de logements les transports de son futur quar­ donnent de leur temps pour recréer
les charges et factures sont nous sont passés sous le nez. tier. Mais trouver un toit ne fait du lien social entre les habitants et
divisées, pour profiter en prime Quand ils peuvent accueillir plu­ pas tout. Entre le ménage et les redynamiser le quartier. C’est leur
d’un plus grand espace. Mais sieurs locataires, les propriétaires courses, la cohabitation se trans­ premier engagement associatif»,
« face à la concurrence, il faut privilégient les familles, qui reste­ forme parfois en enfer. raconte Maxime Hurault, chargé
s’armer de patience », témoigne ront plus longtemps. Ils sont très Afin d’éviter des déconvenues, de développement à l’AFEV.
Masha, qui, à une semaine de la frileux envers les colocataires, qu’ils Whoomies relie les profils des uti­ Les plus solitaires ne sont pas
rentrée, était encore en quête d’un perçoivent comme des fêtards qui lisateurs selon leurs affinités. oubliés. Sur Troc ta chambre, ils
appartement de 50 m2 à Paris. vont dégrader l’appartement », Avant de se lancer ensemble dans peuvent échanger leur lit chez les
Masha, en master d’intelligence prévient­elle. la recherche d’un logement et de parents contre un autre dans la
et d’innovation culturelle, et son Pour aider les étudiants à se partager leur quotidien, ils peu­ ville de leur choix. Il ne reste plus
amie, venues de Lille (Nord), ont loger, le gouvernement envisage vent échanger sur une messagerie qu’à trouver un étudiant partant
multiplié les allers­retours en de créer un bail mobilité. Celui­ci instantanée. « Les sites mettent pour se lancer dans l’aventure.
TGV et enchaîné les visites tout ne nécessitera aucun dépôt de en ligne des annonces mais ne adeline farge

Mardi 21 novembre 2017 Le Monde Campus / 49
social

Le phénomène banalisé aux Etats­Unis
atteint la France, où entre 4,5 % et 11 %
des étudiants sont conduits à souscrire
un prêt bancaire pour payer leurs études

L’endettement met les étudiants
sous pression
S
i, en France, la situation études ne sont pas vraiment mon choix un peu particulier. » nance et grâce à quelques petits
n’est pas aussi inquié­ compatibles avec un travail en Parallèlement, elle fait du baby­ boulots. Je touche également des
tante qu’aux Etats­Unis parallèle. Et si les étudiants en sitting et des petits boulots du­ indemnités chômage mais, dans
ou en Grande­Bretagne, l’endette­ prennent un, cela complique ter­ rant les vacances d’été, pour met­ quelques mois, elles s’arrêtent.
ment est un phénomène qui tou­ riblement leurs études, avec un tre un peu d’argent de côté.
che chaque année des dizaines de risque élevé d’échec. Mais elle a bien compris que ce
milliers d’étudiants. Selon les Les banques se sont donc posi­ prêt n’est pas anodin. « Cela IL EST IMPORTANT
données issues de la dernière en­ tionnées sur ce créneau et propo­ m’emprisonne un peu car je suis DE BIEN NÉGOCIER
quête nationale Conditions de vie sent toutes des prêts étudiant. consciente qu’il ne me faudra pas
LA DURÉE DU PRÊT,
des étudiants, réalisée au prin­ Cependant, les conditions pour trop attendre pour commencer à
temps 2016 par l’Observatoire de les obtenir ne sont pas toujours rembourser, si je ne veux pas que
LE MONTANT DES
la vie étudiante (OVE), 11 % des accessibles. L’Etat peut, dans les intérêts augmentent de façon REMBOURSEMENTS
étudiants en école de commerce, certaines conditions, se porter démesurée, explique­t­elle. For­ MENSUELS ET LES
6 % des étudiants en école d’ingé­ garant pour un montant maximal cément, je me pose des questions CONDITIONS DE
nieurs et 4,5 % des étudiants à de 15000 euros. Mais dans la majo­ sur mon après­licence. J’envisage REMBOURSEMENT
l’université ou en filière santé de­ rité des cas, ce sont les parents qui de poursuivre par un master, DIFFÉRÉ
mandent un prêt bancaire pour se portent caution. mais peut­être devrai­je faire une
pouvoir financer leurs études. année de césure pour travailler
En cause : l’augmentation des et commencer à rembourser, Cela va devenir compliqué et
frais d’inscription de certains éta­ UN MASTER À ou alors trouver un master en m’angoisse beaucoup », reconnaît
blissements, à l’image de Paris­ SCIENCES PO PEUT alternance. » le jeune homme, qui vit actuelle­
Dauphine, Sciences Po ou des éco­ ment chez ses parents.
COÛTER JUSQU’À
les de commerce. A titre d’exem­ Quelques petits boulots « Avoir un prêt étudiant sur le
ple, un master à Sciences Po peut
14 000 EUROS. À CELA Selon elle, contracter un prêt dos, c’est une vraie pression. »
coûter jusqu’à 14000 euros. A cela VIENT S’AJOUTER responsabilise. « Pour “rentabili­ Nicolas conseille aux étudiants de
vient s’ajouter le coût de la vie LE COÛT DE LA VIE ser” mon prêt, je m’implique à fond ne pas emprunter une trop grosse
étudiante, notamment le poste ÉTUDIANTE, dans mes études et ma vie d’étu­ somme dès le départ mais de bien
logement, qui représente 53 % du NOTAMMENT LE diante. Un peu moins de légèreté, calculer leurs besoins chaque an­
budget mensuel des étudiants POSTE LOGEMENT d’insouciance, mais plus d’inten­ née, car personne n’est à l’abri
(hors frais de scolarité). L’UNEF, sité», résume­t­elle. d’un changement d’orientation. Il
le principal syndicat étudiant, De son côté, Nicolas a sollicité souligne également l’importance
estime que les frais liés à la vie Joséphine Corre, étudiante en en 2012 un prêt de 40 000 euros de bien négocier la durée du prêt,
étudiante ont progressé de 9,7 % deuxième année de licence d’his­ pour financer une école de com­ le montant des remboursements
depuis 2012, et la baisse de l’aide toire politique et économique à la merce après le bac. Il est passé par mensuels et les conditions de
au logement ne devrait pas contri­ University College London (UCL), BNP Paribas, qui avait un parte­ remboursement différé.
buer à changer la donne. en Grande­Bretagne, a ainsi sous­ nariat avec son école. Mais, en Si Nicolas ne trouve pas de
crit un prêt pour financer ses frais cours de route, il s’est réorienté travail dans son domaine d’ici
L’Etat peut se porter garant de scolarité (11000 euros par an) vers des études en communica­ deux à trois mois, il va sans
Le soutien familial, le système et sa vie étudiante (logement…). tion. Diplômé depuis janvier, il a doute être obligé de prendre
de bourses, les aides au loge­ Dernière d’une fratrie de quatre commencé à rembourser son un job alimentaire pour assu­
ment ou encore les petits bou­ enfants, elle a choisi de ne pas prêt, à raison de 580 euros par rer les remboursements. « Mes
lots ne suffisent pas toujours infliger ce sacrifice financier à mois, alors qu’il est actuellement parents se sont portés garants,
aux étudiants pour payer leurs ses parents. « Je voulais me sentir en recherche d’emploi. « J’ai mais je n’ai pas envie de leur faire
frais de scolarité et assurer leur plus libre par rapport à eux et ne réussi à mettre un peu d’argent supporter ce poids. »
quotidien. Par ailleurs, certaines pas culpabiliser de leur imposer de côté lors de mon année d’alter­ gaëlle picut

50 / Le Monde Campus Mardi 21 novembre 2017
HORS-SÉRIE

L’ATLAS
ENJEUX
GÉOPOLITIQUES
DE
L’EAU 200
CARTES

ET DES OCÉANS

Sans elle, aucune vie ne serait possible. Elle est nos océans, nos fleuves et nos rivières, notre
atmosphère. L’homme utilise la « grande machine » de l’eau... et la dérègle. Des grands barrages à
l’irrigation, de l’accès à l’eau pour tous aux conflits hydropolitiques, la géopolitique des fleuves se
dessine. Richesses et dépotoirs, les océans tanguent entre la surpêche, l’incontournable commerce
maritime et le réchauffement climatique. Du dessalement de l’eau de mer aux trésors inconnus
des abysses ou même de la Galaxie, l’avenir de la Terre pourrait bien se trouver dans les océans.
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immigration

Les compétences des jeunes diplômés priment
sur la nationalité. Mais les obstacles ne
manquent pas pour intégrer une entreprise
hexagonale quand on n’est pas français

Etre étranger peut parfois être un atout
L
a maîtrise de la langue étudier à l’étranger à l’engage­ connaissent pas tous un parcours Poilane. Une maîtrise insuffisante
arabe, une grande capacité ment de revenir immédiatement si facile. « Les étudiants marocains de la langue française peut égale­
d’adaptation, la faculté à après le diplôme. des grandes écoles françaises ont ment réduire les opportunités. »
travailler dans un autre environ­ L’intégration sur le marché de le luxe de pouvoir faire du “shop­ Etre non­européen constitue un
nement que ma culture d’origine, l’emploi est­elle pour autant aisée ? ping d’emplois” entre plusieurs loca­ autre handicap à cause des démar­
être étrangère n’a pas été un Multilingues, capables d’agir sur lisations géographiques, observe ches administratives. Les diplô­
frein. J’ai fait valoir ce qui en fait les marchés internationaux, sou­ Karim Chbani, président de l’asso­ més de niveau master peuvent
un atout » Pour Kenza, 22 ans, vent très qualifiés, leurs profils ciation AMGE Alumni. Ce n’est pas demander une autorisation pro­
diplômée de Skema Business sont recherchés pour certains la situation vécue par la majo­ visoire de séjour d’un an, non
School, trouver un emploi en postes ou dans des secteurs qui rité des Marocains diplômés en
France a été facile. peinent à recruter. L’industrie France, ni celle d’autres étudiants
La jeune Marocaine a été recru­ française en a besoin. « Nous avons étrangers. »
tée en contrat à durée indétermi­ des accords avec Michelin pour
AU NIVEAU MASTER,
née au sein du cabinet d’audit former des étudiants indiens, brési­ Obstacles et handicaps ILS PEUVENT
PwC avant même la fin de ses liens et maintenant thaïlandais qui Andrew, 26 ans, Brésilien, a com­ DEMANDER UNE
études. A l’instar de la plupart vont développer une première plété ses études d’ingénieur par un AUTORISATION
des jeunes étrangers venus étu­ expérience professionnelle dans le master Transport et développe­ PROVISOIRE
dier en France, elle souhaite y groupe en France, avant de poursui­ ment durable à l’Ecole des ponts et DE SÉJOUR
travailler quelques années, afin vre cette carrière dans leur pays », chaussées. Son stage de fin d’étude D’UN AN, NON
de consolider son parcours pro­ explique Sophie Commereuc, a débouché sur un CDI chez Clem’, RENOUVELABLE
fessionnel et de retourner au directrice de l’école d’ingénieurs où il est chef de projet. « Ma pro­
Maroc avec un bagage lui per­ Sigma Clermont. motion comptait vingt­deux étu­
mettant de prétendre à un poste Certaines PME ne sont pas en diants étrangers, dont une quin­ renouvelable. Elle permet de cher­
à responsabilité. reste, comme Clem’, un opérateur zaine souhaitaient démarrer leur cher un emploi ou de créer une en­
Web d’autopartage de véhicules carrière ici, mais cinq seulement y treprise. Ils peuvent aussi obtenir
Volontaires ou contraints ? électriques, qui emploie vingt­huit sont parvenus. Certaines entrepri­ une carte de séjour salarié, en cas
Selon la dernière enquête « In­ salariés dont un Brésilien, une ses privilégient les diplômés fran­ de signature d’un contrat pour un
sertion » de la Conférence des poste en relation avec leur forma­
grandes écoles (CGE), 66 % des tion et rémunéré au moins
jeunes diplômés étrangers ont « C’EST UN PLUS D’AVOIR UNE ÉQUIPE 2 220 euros brut mensuels.
trouvé un travail en France. « S’ils MULTICULTURELLE, QUI OFFRE Les conditions d’accueil se sont
restent, c’est aussi parce que la UNE DIVERSITÉ D’APPROCHES améliorées avec la loi de
situation de l’emploi dans leur SUR NOS PROJETS » mars 2016 relative aux droits des
pays d’origine est moins favorable étrangers, qui instaure une carte
BRUNO FLINOIS
qu’ici, indique Yves Poilane, prési­ PDG de Clem’ de séjour pluriannuelle « passe­
dent de la commission internatio­ port talent » pour les profils
nale de la CGE. C’est le cas des jeu­ qualifiés ayant signé un contrat
nes du sud de l’Europe depuis la Marocaine, un Indonésien, un çais. » Celles qui embauchent des de plus de trois mois avec une
crise de 2008 et des jeunes venant Chinois : « Quand je regarde les CV, ressortissants étrangers doivent rémunération au moins égale à
d’Afrique, dont le taux de retour ce sont les compétences qui pri­ s’acquitter d’une taxe égale à 55 % 35 526 euros brut annuels.
immédiat est très faible. » ment et pas la nationalité, témoi­ d’un mois de salaire brut pour les « Les diplômés étrangers pré­
Parmi le tiers rentré au pays, il gne Bruno Flinois, son PDG. En­ contrats de plus de douze mois. fèrent intégrer les grandes entrepri­
est difficile de faire la part entre suite, c’est un plus d’avoir une Plusieurs obstacles se dressent ses car elles ont souvent un service
retours volontaires et contraints, équipe multiculturelle, qui offre devant l’emploi : « Pour des raisons dédié qui les accompagne dans le
faute d’avoir trouvé un job. En une diversité d’approches sur nos de sécurité, certains secteurs changement de statut d’étudiant à
outre, certains Etats, notamment projets et qui, grâce à ses qualités comme la défense ou le nucléaire salarié », raconte Kenza. Et ainsi
en Asie du Sud­Est, condition­ d’adaptation, est très réactive. » ont des règles restrictives d’embau­ éviter les galères administratives.
nent l’octroi d’une bourse pour Mais les diplômés étrangers ne che sur les nationalités, précise Yves nathalie quéruel

52 / Le Monde Campus Mardi 21 novembre 2017
parcours professionnel

Chaque année, de 500 à 1 000 militaires quittent
l’armée pour créer une entreprise. Défense
mobilité, l’agence de reconversion du ministère
des armées, peut les aider dans leur démarche
place, en 2015, une cellule dédiée à
l’entrepreneuriat. Son premier

Les soldats entrepreneurs
objectif est de sensibiliser afin de
susciter des vocations, lever des
freins et modifier des représenta­

séduisent le Medef
tions parfois erronées du monde
de l’entreprise. «J’ai été surpris de
constater que les militaires ont les
mêmes craintes que tout le
monde : s’ils sont très réceptifs à

L
orsqu’il s’engage dans la a énormément de prédisposition maîtrisais tous les rouages. Quand l’opportunité que représente la
marine nationale, à l’âge pour l’entrepreneuriat. Il sait appré­ j’ai voulu lancer mon entreprise, création d’entreprise dans le cadre
de 20 ans, Steeve Marine hender des situations complexes, j’ai perdu tous mes repères », sou­ de leur reconversion, ils ne sont pas
caresse un rêve : devenir nageur faire face à l’incertitude: comme un ligne Vincent Crosnier, ancien préparés à l’incertitude générée
de combat. La formation est une chef d’entreprise, le militaire n’est pilote de chasse qui a monté par une création d’entreprise», dé­
des plus dures et exigeantes de pas un joueur de poker, mais un Wezr, une start­up qui développe taille Yoann Rotureau.
l’armée, et treize ans plus tard, il calculateur qui sait prendre des le premier capteur météo con­
n’a toujours pas décroché le bre­ risques de façon mesurée», expli­ necté permettant de recevoir en
vet. «J’avais 33ans, j’étais donc trop que Yoann Rotureau, chef de la temps réel les prévisions météo « C’ÉTAIT LONG
âgé pour devenir nageur de com­ cellule entrepreneuriat de Défense d’un endroit donné. «C’était long ET COMPLIQUÉ. ET
bat, rester dans l’armée n’avait plus mobilité, l’agence de reconversion et compliqué : il faut faire le busi­ IL FAUT FAIRE APPEL
de sens », c’est ainsi qu’en 2012 du ministère des armées. ness model, lever des fonds, trou­ À L’IMAGINATION !
Steeve quitte la marine. Morgan Lemos, 28 ans, ancien ver l’équipe. Et faire appel à l’ima­
ON N’Y EST PAS
Il fait de l’intérim et exploite sous­officier de l’armée de terre, a gination ! On n’y est pas du tout
ses acquis militaires pour tra­ ouvert une salle de crossfit. Ses habitués dans l’armée, où les va­
DU TOUT HABITUÉS
vailler comme garde armé sur clients apprécient le côté carré et leurs sont plutôt la persévérance, DANS L’ARMÉE »
des bateaux. « Je protégeais des strict de son passé militaire dans la discipline et la rigueur.» VINCENT CROSNIER
armateurs dans l’océan Indien la pratique de cette discipline ancien pilote de chasse
contre la piraterie. En réalité, il ne exigeante. «Surtout, lorsque j’étais Programme de mentorat
se passait pas grand­chose, quit­ sous­officier, j’ai appris à gérer une Pour Christophe Peuchaud, le
ter l’armée pour m’ennuyer et être équipe, c’est indispensable lors­ plus difficile a été de s’initier au Il s’agit ensuite de proposer aux
encore loin de chez moi, ça n’avait qu’on monte une entreprise », marketing et aux pratiques com­ candidats un cadre sécurisant
pas de sens. » merciales. « Un militaire n’a pas dans leur démarche de création.
A l’occasion d’un reportage à la besoin de se vendre, on fait appel à «On les accompagne individuelle­
télévision, Steeve découvre le mé­ « COMME UN CHEF lui ou pas. J’ai aussi été étonné par ment, on les forme à la gestion de
tier de maréchal­ferrant. Une pro­ D’ENTREPRISE, l’importance du réseau dans le mi­ l’entreprise et on propose égale­
fession qui lui permet de marier LE MILITAIRE N’EST lieu entrepreneurial, c’est indis­ ment un suivi post­création de l’en­
sa passion pour les chevaux avec PAS UN JOUEUR pensable pour faire du business », treprise pendant douze mois, le
son envie d’autonomie. En 2017, résume cet ancien officier para­ tout en lien avec les principaux ac­
DE POKER, MAIS
après s’être formé, le jeune chutiste qui a lancé Œnoptimo, teurs de la création d’entreprise et
homme s’installe en autoentre­
UN CALCULATEUR une agence événementielle œno­ du financement.»
preneur. Il fait désormais partie QUI SAIT PRENDRE logique. « Comme les Français en Le ministère des armées a aussi
des rares maréchaux­ferrants de DES RISQUES DE général, les militaires ont une vi­ noué un partenariat avec le Medef
France – moins de 2000. FAÇON MESURÉE » sion décalée de l’entreprise, ils ont pour proposer des ateliers et un
YOANN ROTUREAU l’impression que tout est simple, ce programme de mentorat : des
Prédisposition de l’agence Défense mobilité n’est pas le cas», met en garde ce­ chefs d’entreprise travaillent en
Comme Steeve, de plus en plus lui qui donne des conférences sur binôme avec des militaires et les
de militaires quittent l’armée l’entrepreneuriat à des militaires invitent à passer quelques jours
pour l’entrepreneuriat. En 2016, témoigne le jeune homme, qui et qui compte mettre en place dans leur entreprise. Le résultat
ils étaient 425 à créer ou repren­ travaille aujourd’hui avec deux une association d’entrepreneurs est très satisfaisant, se réjouit
dre une entreprise, dans des sec­ associés et un stagiaire. issus de l’armée. Yoann Rotureau: «En une année,
teurs très variés, de la santé au Mais le passage de l’armée au Pour aider les militaires qui nous avons sensibilisé près de
commerce en passant par la gas­ monde de l’entrepreneuriat n’est choisissent de créer une entre­ 1 000 militaires à la création
tronomie ou l’agriculture. Eton­ pas toujours aisé. «Dans l’armée, prise, l’agence de reconversion du d’entreprise, c’est du jamais­vu.»
nant? Pas vraiment: «Le militaire je connaissais tout le monde et je ministère des armées a mis en margherita nasi

Mardi 21 novembre 2017 Le Monde Campus / 53
parcours professionnel

Chaque année, de nombreux jeunes diplômés me suis rendu compte qu’il n’y
avait pas de moment idéal et que
partent sillonner les routes du monde. Un voyage je devais acheter un aller simple et
qui marque souvent un virage dans leur vie partir», raconte­t­elle.
Dans l’entourage de ces jeunes
personnelle et professionnelle. Portraits baroudeurs, les réactions sont
plutôt positives, même si elles ca­
chent parfois un peu d’inquié­
tude. «Quand je le lui ai annoncé,

Le voyage, une étape utile
ma mère m’a dit: “Mais pourquoi
tu ne vas pas faire le tour de la
Suisse?” », sourit Ludovic Hubler,

dans une carrière
auteur du livre Le Monde en stop.
Cinq années à l’école de la vie
(Géorama, 2009). «Mes parents ne
m’ont jamais dit “pense à ta
carrière, il y aura un trou dans ton

E
n 1952, le jeune étudiant d’un long voyage au bout du tement perdue, j’avais l’impression CV”. Ils savaient que c’était im­
en médecine Ernesto Che monde, mais une chose est sûre, ils de ne pas rentrer dans les cases», portant pour moi », se souvient
Guevara termine son pre­ en reviennent transformés. se souvient­elle. Elle décide donc Teresa Reyes.
mier voyage sur les routes d’Améri­ « Le voyage a été la solution à « d’échapper au système » et de
que du Sud. «Une errance sans toutes les difficultés que j’ai ren­ concrétiser son rêve: partir faire «Doctorat de la route»
but» (Voyage à motocyclette, contrées dans la vie », estime le tour du monde. L’objectif de ces jeunes voya­
Ernesto Che Guevara, première Fanny Gallicier, 30 ans. Une li­ Mais de l’idée à la réalité, il y a geurs est de découvrir de nou­
publication à Cuba en 1993, Mille et cence de géographie en poche, un pas, parfois difficile à franchir. veaux horizons, de nouvelles
Une Nuits, 2007) de neuf mois qui Fanny, très engagée dans le milieu « J’ai eu très peur », se souvient cultures, et de se confronter à
bouleverse profondément la vie associatif, poursuit ses études Teresa Reyes, partie sur les routes d’autres réalités. «J’ai appris beau­
du révolutionnaire argentin et dans ce domaine. Mais la jeune d’Amérique du Sud à l’âge de coup de choses dans mon école de
marque le début de sa lutte contre femme, qui a déjà effectué une an­ 28ans. «Il y avait des opportunités commerce, mais je ne savais rien
le système capitaliste. Tous les jeu­ née d’étude en Australie, ne se professionnelles qui se présen­ des misères et des merveilles du
nes diplômés ne se convertissent sent pas bien dans le monde du taient et je reportais toujours la monde. Partir était donc une étape
pas en révolutionnaire, au terme travail. «Je galérais, j’étais complè­ date du départ, jusqu’au jour où je nécessaire entre la fin de mes

Après un an d’absence, le retour est délicat
Partir pour découvrir le monde, changer de il ne se sent plus à sa place dans l’emploi qu’il a a du mal à identifier clairement ses envies.
rythme, s’essayer à la prise de risque, prendre décroché. Le voyage a bousculé ses ambitions : « Le voyage implique une remise en question
du recul… « Ces intentions sont louables, mais les «J’avais l’impression de brasser de l’air alors nécessaire, considère­t­elle. Mais à bientôt
recruteurs sont souvent déroutés par cette idée que je voulais trouver du sens à mon métier. » 30 ans, c’est plus difficile, je me mets la
de pause, surtout en début de carrière, explique Au bout de six mois, il quitte son poste, « un pression, car il ne faut pas que je me plante. »
Isabelle Israel, recruteuse pour le cabinet Hays. peu paumé », se souvient­il, et se réoriente Lorsque les tourmentes post­retour sont réglées,
Pour les employeurs, embaucher est un vers le tourisme d’aventure. Après deux mois reste à convaincre les recruteurs. « Il s’agit
investissement et une année sabbatique peut de recherches intensives, il trouve finalement d’assumer son choix et de démontrer que ce
être perçue comme « un caprice », décrit un emploi de conseiller­vendeur en voyages, voyage a permis de nourrir un projet profession­
la conseillère. « Cela peut vous faire passer comme il l’espérait. nel, ou d’acquérir de nouvelles compétences »,
pour quelqu’un d’instable, dont l’embauche souligne Alexandra Petitsigne, consultante
représente un risque. Un tel projet sera plus Pas besoin de trop détailler à l’Association pour l’emploi des cadres.
compréhensible après une première expérience Scénario similaire pour Juliette. A 28 ans, Améliorer son niveau de langue, découvrir une
professionnelle d’au moins quatre ans. » après cinq années en poste dans un cabinet autre culture, une autre manière de travailler,
Ce voyage peut en effet modifier les aspirations de design, elle s’exile au Canada. Son objectif : ou sortir de sa zone de confort : « Il faut faire
du globe­trotteur. A 24 ans, Florian Hauer, qui « Apprendre à me connaître dans un contexte comprendre le sens et les bénéfices de cette
avait refusé un contrat à durée indéterminée nouveau, sortir de la routine, vivre de nouvelles démarche à l’employeur, car il risque d’être
de chef de projet marketing, pour découvrir expériences. » Elle voyage pendant huit mois, méfiant s’il n’obtient pas de justification. »
l’Asie et l’Amérique latine dans un périple se laisse porter par les rencontres, les petits Sur le CV, pas besoin de trop détailler « quel­
de dix­sept mois, s’est naturellement orienté boulots et le bénévolat. ques mots­clés suffiront pour permettre d’en
par réflexe vers le marketing à son retour. Six mois après son retour en France, Juliette discuter en entretien », précise Isabelle Israel.
« En entretien, les recruteurs s’intéressaient hésite encore à reprendre son ancienne « En revanche, la pire stratégie serait le déni. »
très peu à mon voyage, s’étonne­t­il. activité. Elle aussi cherche plus de sens Il faut assumer les causes et les conséquences
Si ce n’est pour me prévenir qu’ils avaient besoin dans son métier. Elle se dit plus exigeante de ces années de pause qui se démocratisent.
de quelqu’un de stable. » De fait, très vite, sur l’éthique de son futur employeur, mais théau monnet

54 / Le Monde Campus Mardi 21 novembre 2017
Teresa Reyes (en haut, à gauche) est partie en Amérique du Sud ainsi qu’Elliot Nakache ; Fanny Gallicier a fait le tour du monde pour finalement s’établir
DR X 4

au Chili et Ludovic Hubler (en bas, à droite) a voyagé en stop. Tous, au retour, se sont sentis plus sûrs de l’orientation à donner à leur parcours professionnel.

études et le début de ma vie profes­ « Pendant cette année, on a allait être expulsée de sa maison « De plus, j’ai pris confiance en
sionnelle », se souvient Ludovic constamment repoussé nos limi­ pour la construction d’un barrage moi et je me suis rendu compte
Hubler. Ce voyage en stop a été ce tes. Il fallait marcher tous les jours, hydroélectrique », se souvient le que j’étais capable d’apprendre
qu’il appelle son «doctorat de la qu’on soit malade, fatigué ou jeune homme. de nouvelles choses et de recom­
route » : « Mes professeurs ne se blessé», souligne­t­il. Lors de son voyage en stop, mencer à zéro. »
trouvaient pas dans une salle de Une ténacité qu’il applique dé­ Ludovic Hubler s’est aussi beau­ «A chaque fois que l’on voyage,
classe mais au volant d’un camion, sormais dans sa vie profession­ coup interrogé sur le sens qu’il on sort de sa zone de confort, on
d’un bateau ou d’un avion.» nelle. A 26 ans, Elliot travaille voulait donner à sa vie et sur évolue, et paradoxalement c’est le
Pendant ces longs voyages, de dans une start­up qui installe du l’impact qu’il pouvait avoir sur le meilleur moyen de retourner à soi.
quelques mois à plusieurs an­ matériel de tri sélectif. Un job monde. Après avoir travaillé pen­ (…) En fait l’idée n’est pas de com­
nées, les globe­trotteurs enchaî­ qu’il définit comme étant « d’ac­ dant cinq ans dans une ONG qui mencer une nouvelle vie, mais de
nent les rencontres et les expé­ tion locale à impact global». Hors promeut le sport comme outil commencer vraiment sa vie», ana­
riences. Ils vivent la vie plus de question pour lui de travailler d’éducation à la paix, il a créé lyse Catherine Sandner, auteure
intensément, en profitant davan­ dans une entreprise dont il ne Travel With a Mission, une plate­ du livre Changer de vie (du
tage de l’instant présent. «Chaque reconnaît pas l’engagement envi­ forme de mise en relation des break à la reconversion) (Hachette
matin, en me réveillant, je me di­ ronnemental. «Le voyage a claire­ voyageurs avec les acteurs locaux Pratique, 2008).
sais: cette journée va être incroya­ ment influencé ma recherche qui souhaitent les recevoir. C’est exactement ce qu’a vécu
ble. Je ne sais pas qui je vais ren­ d’emploi car pendant cette année, Fanny. Au terme de son tour du
contrer ni où je vais dormir ou ce nous avons été confrontés aux Sortir de sa zone de confort monde, elle fait une escale rapide
que je vais manger, mais je sais conséquences du changement cli­ La vie professionnelle de Teresa chez ses parents avant de repartir
que ce sera merveilleux», se sou­ matique. Au Guatemala, nous a également basculé à son retour au Chili, où elle crée sa propre
vient Teresa Reyes. Bilan : au re­ avons traversé des champs de en France. La jeune femme a entreprise. «Jamais je n’aurais été
tour, ils se sentent plus heureux, palme, et au Chili, nous avons été abandonné la publicité pour capable de ça en France il y a quel­
plus forts et plus tolérants. hébergés chez une femme qui rejoindre le Centre national de la ques années, car j’avais peur de
Elliot Nakache, lui, est parti recherche scientifique (CNRS), où l’échec. Après un an sur la route, je
pour relever un défi de taille elle est assistante de gestion me sentais plus forte, et au Chili les
avant de se lancer dans le monde
« L’IDÉE N’EST PAS DE administrative. « Le voyage m’a gens m’ont aidée à construire mon
du travail. Diplômé d’une école COMMENCER UNE beaucoup aidée, car je me suis projet», témoigne­t­elle.
de commerce, il entreprend NOUVELLE VIE, MAIS retrouvée seule avec moi­même, ce Au terme de cette aventure
en 2015, la traversée de l’Amérique DE COMMENCER qui a été l’occasion de me poser les humaine, tous ont compris que
à pied, du Mexique à la Terre VRAIMENT SA VIE » bonnes questions et de me rendre leur carrière professionnelle
de Feu, avec un ami rencontré CATHERINE SANDNER compte que la publicité, ce n’était n’était pas toute tracée.
lors d’un stage à Hongkong. consultante en communication pas pour moi », explique­t­elle. angélique mangon

Mardi 21 novembre 2017 Le Monde Campus / 55
grand entretien

Les jeunes sont de
plus en plus confiants
dans l’avenir»
Elise Verley, sociologue à l’université Paris­
Sorbonne, délivre son analyse de l’évolution
du « rapport au travail » des jeunes
au cours des vingt dernières années,
vers toujours plus d’indépendance

L’
enseignante­chercheure en socio­ encore un peu plus forte (+ 6 points) pour tandis que celui des quelque 100000 jeu­
logie à l’université Paris­Sor­ ceux qui considèrent que leur parcours a nes qui sortent sans diplôme chaque
bonne est coauteur de 20 ans été facile depuis la fin de leurs études. année a atteint 43 % en 2015, contre 28 %
d’insertion professionnelle : permanences dix­huit ans plus tôt.
et évolutions, un ouvrage collectif publié Pourtant, la qualité du travail des jeu­
par le Centre d’études et de recherches sur nes ne s’est pas améliorée depuis les Même à 7 %, le taux de chômage est
les qualifications (Céreq), à l’occasion de années 1990. Qu’avez­vous observé en encore élevé pour les plus diplômés.
analysant les enquêtes du Céreq ? Comment expliquez­vous ce paradoxal
leur 5e Biennale emploi­formation, qui se
retour de confiance en l’avenir ?
tiendra le 7 décembre à l’université Pierre­ L’accès à l’emploi s’est dégradé, en parti­
et­Marie­Curie, à Paris. Elise Verley a ana­ culier l’accès à l’emploi stable. Le taux Les indicateurs de qualité d’emploi ne
lysé l’évolution du rapport à l’emploi des d’accès en contrat à durée indéterminée semblent pas influer sur les jugements
jeunes à partir des enquêtes « Géné­ (CDI), qui était de 60% pour les jeunes de la subjectifs que les jeunes portent sur leur si­
ration » du Céreq. génération 1992, est de 52% pour ceux de tuation professionnelle. Les opinions sur
l’emploi et le travail sont même relative­
Les jeunes ont­ils confiance ment indépendantes des opportunités
dans leur avenir ? « PARMI LES JEUNES réelles d’emploi.
Les jeunes sont beaucoup plus confiants EN POSTE, DEUX SUR DIX Les évolutions sur près de vingt ans per­
par rapport à leur avenir professionnel CHERCHENT UN NOUVEL mettent d’émettre des hypothèses. A
que ne l’étaient les générations précéden­ EMPLOI, ALORS MÊME l’échelle de ces générations, on observe un
tes. Les enquêtes « Génération » 1992 et allongement des scolarités et une hausse du
QU’ILS SONT SATISFAITS
2010 du Céreq, réalisées auprès des jeunes niveau de diplôme, qui expliquent partielle­
cinq ans après leur sortie de formation
DE LEUR SITUATION ment ce retour de confiance en l’avenir. En­
initiale, à savoir en 1997 et 2015, révèlent PROFESSIONNELLE » tre 1990 et 2010, le nombre d’inscrits dans
que les Français – bien que les plus pessi­ l’enseignement supérieur a en effet aug­
mistes des jeunes Européens – se décla­ menté de 35%. Or, le diplôme constitue, on
rent de moins en moins inquiets par rap­ 2010. La part de ceux qui sont devenus le sait, un rempart contre le chômage, et
port à leur avenir. Ils sont même 73 % à fonctionnaires est passée de 9 % à 4 % en plus le niveau de qualification augmente,
être optimistes pour leur avenir profes­ dix­huit ans. La proportion d’emplois à meilleures sont les perspectives d’insertion.
sionnel, contre 62 % en 1997. durée déterminée, intérimaires et de Mais les jeunes ont surtout intériorisé
Le niveau d’optimisme est plus impor­ contrats aidés concerne près d’un quart l’éclatement des normes d’emploi en lien
tant pour la jeune génération, quel que (23 %) de la génération 2010 et 15 % des avec l’éclatement de l’image de l’em­
soit le niveau de diplôme. Les jeunes sont diplômés du supérieur. ployeur. Ils ne croient plus à l’employeur
davantage (+ 5 points de pourcentage) sa­ Ce recul de l’accès à l’emploi stable varie unique mais à une pluralité d’employeurs.
tisfaits de leur situation professionnelle considérablement selon le niveau de di­ Les mobilités volontaires sont beaucoup
actuelle, comme ils le sont de l’évolution plôme. Pour les plus diplômés, l’accès au plus fréquentes. Parmi les jeunes en
de leur parcours professionnel ou de l’uti­ CDI est passé de 78 % à 74 %, et l’accès au poste, deux sur dix cherchent un nouvel
lisation de leur niveau de compétences fonctionnariat de 17 % à 8 %. Enfin, leur emploi, alors même qu’ils sont satisfaits
lorsqu’ils sont en emploi. La hausse est taux de chômage est stable, autour de 7%, de leur situation professionnelle. Cette

56 / Le Monde Campus Mardi 21 novembre 2017
Elise Verley est enseignante­chercheure
en sociologie à l’université Paris­Sorbonne
et membre du Groupe d’étude des méthodes
de l’analyse sociologique de la Sorbonne
(Gemass).

« LES JEUNES FEMMES ONT
CONNU UN RATTRAPAGE.
LEUR SITUATION SUR
LE MARCHÉ DU TRAVAIL
S’EST REMARQUABLEMENT
AMÉLIORÉE »

d’ailleurs plus marquée chez les femmes
que chez les hommes. Elles aspirent elles
aussi à se mettre à leur compte.

En quoi la situation des jeunes
DR

diplômées est­elle particulière ?
Les jeunes femmes ont connu un rattra­
tendance particulièrement notable chez celle de la réalisation par le travail. 66 % page. Leur situation sur le marché du travail
les plus diplômés est à la hausse. Leur des diplômés du supérieur ont le senti­ s’est remarquablement améliorée, avec un
priorité est de moins en moins de trouver ment de s’investir beaucoup au travail taux de chômage qui a baissé de 20% à 12%.
un emploi stable. en 2015, alors qu’ils étaient 71 % en 1997. On Elles sont beaucoup plus optimistes (69 %)
peut émettre l’hypothèse que les jeunes sur leur situation professionnelle qu’elles ne
De plus en plus souvent, les jeunes adhèrent à une vision polycentrique de l’étaient en1997 (58 %). Elles ont aussi subi
sont amenés à travailler en free­lance l’existence, où le travail est moins central une baisse du taux de CDI, mais dans une
ou dans des formes d’emploi dites et laisse davantage de place à la vie amou­ moins grande proportion que les hommes.
« atypiques ». Leur rapport au travail
reuse, aux loisirs, à diverses formes d’en­ Quand on les interroge, on observe un
en est­il modifié ?
gagement personnel. rapprochement des modèles de genre, leur
Oui. La question de l’accès immédiat au travail devenant davantage un élément de
contrat à durée indéterminée n’est plus S’agit­il d’une rupture dans l’évolution construction de leur identité sociale. Elles
d’actualité pour eux, tandis qu’ils jugent du rapport au travail depuis vingt ans ? sont deplusenplusnombreuses(54%contre
le travail indépendant « valorisant ». On Tous les trois ans depuis la première 48%) à percevoir leur travail comme un
observe une hausse de l’aspiration à se enquête « Génération » de 1997, le Céreq a moyen de réaliser leurs ambitions, en parti­
mettre à son compte : 50 % de la généra­ interrogé les jeunes cinq ans après leur culier pour les diplômées du supérieur (55%
tion 2010 l’envisage, contre 34% de celle de entrée sur le marché du travail. Le rapport contre 45 %). Alors que les hommes, sur ce
1992. L’auto­emploi est en plein essor. au travail change avec constance d’une sujet, ne connaissent aucun changement.
Les jeunes cherchent davantage l’équili­ enquête à l’autre. A chaque génération, les
bre entre le travail et la vie hors travail. La chercheurs constatent une évolution vers Quelle est leur priorité pour l’avenir ?
seule variable subjective qui a évolué toujours plus d’indépendance, une aspira­ Les jeunes ambitionnent un travail qui
négativement entre les deux enquêtes tion à faire carrière plutôt que de conser­ fait sens même s’il est instable.
« Génération » 1992 et 2010 du Céreq est ver un emploi stable. Cette tendance est propos recueillis par anne rodier

Mardi 21 novembre 2017 Le Monde Campus / 57
invitation à la lecture
Quand les parcours bifurquent
Le 12 février2013, l’entre­ conflits personnels avec des
prise Titan annonce la fer­ supérieurs ou les fautes
meture de son usine Goo­ commises au travail; enfin,
dyear à Amiens, entraînant la maladie, l’accident physi­
la perte de 1 143 emplois. que, le divorce, ou encore la
Un an et demi plus tard, nécessité d’aider un proche
seuls 195 des ex­salariés font partie des «intrusions
ont retrouvé un emploi ou de la vie privée dans la vie
créé leur propre entreprise. professionnelle».
Si l’idée traditionnelle Chaque sorte d’accident de Des cadres trop
d’une carrière stable oc­ carrière appelle un ensem­
cupe toujours une place ble de politiques spécifi­
loin du travail
Management par objectifs, éva­
importante dans les esprits ques : « L’analyse de celles luation, benchmarking, « lean
et dans les relations en en­ déjà mises en œuvre nous management », systèmes infor­
treprise, les plans de car­ amènera à proposer de nou­ matiques… La sociologue du
travail et des organisations
rière ébauchés dans les an­ velles solutions pour tempé­ Marie­Anne Dujarier étudie ces
nées de jeunesse se rer les effets néfastes de ces dispositifs standardisés « mis
réalisent de moins en accidents », expliquent les en œuvre au nom de la perfor­
mance » par des prescripteurs
moins: ce modèle est mis à Les Accidents de carrière, de David auteurs. – que les autres travailleurs
N. Margolis et Shaimaa Yassin,
mal, depuis les années aux éditions Les presses de Sciences Po
Si des politiques d’orien­ accusent de « planer loin des
1970, « sous les effets con­ (110 pages, 9 euros) tation, d’information et d’ac­ situations concrètes » –, et qui
agissent de manière abstraite.
joints du ralentissement de compagnement peuvent con­ « Ils exercent un management
la croissance, de l’accroissement de la parti­ tribuer à réduire le risque et les coûts des désincarné », explique­t­elle
cipation féminine et de l’assouplissement de accidents structurels, la législation sur la pro­ dans son dernier essai.
Le Management désincarné est
la législation régulant les relations entre em­ tection de l’emploi, les propositions de reclas­ le fruit d’une enquête menée
ployeurs et employés», rappellent David N. sement, l’introduction d’un système de pendant dix ans dans de gran­
Margolis et Shaimaa Yassin, qui consacrent bonus­malus pour l’assurance chômage et des organisations et dans des
secteurs variés, publics et pri­
leur ouvrage Les Accidents de carrière à ces une réflexion sur le rôle des tribunaux peu­ vés, industriels et de services.
événements, de plus en plus fréquents et vent rendre le licenciement, qui «représente Mme Dujarier montre que la
variés, qui écartent les individus de leur bien plus que la simple perte d’un emploi», critique de ces dispositifs est
partagée à tous les niveaux de
projet initial. moins fréquent et moins douloureux. l’organisation : « La majorité
Le directeur de recherche au CNRS et la Gérer les chocs de la vie privée est plus des travailleurs juge qu’il [ce
chercheuse associée à l’Université de Lau­ compliqué, et la plupart des réponses à ces management] joint l’inutile au
désagréable. » Car « travailler, ce
sanne et à l’Université du Maine distin­ accidents sont curatives plus que préventi­ n’est pas exécuter », conclut­elle.
guent trois types d’accidents de carrière: les ves : des efforts doivent être poursuivis m. n.
accidents «structurels», parmi les plus né­ pour réduire les coûts, supportés par les
fastes, concernent les individus démarrant employeurs, de la réintégration ou de Le Management désincarné. Enquête
sur les nouveaux cadres du travail, de
leur carrière sur une mauvaise piste ; les l’aménagement du travail des personnes en Marie­Anne Dujarier (La Découverte
«séparations involontaires» désignent les li­ situation difficile. poche, 264 pages, 11 euros). Première
édition en 2015.
cenciements pour raison économique, les margherita nasi

Au cœur de la finance internationale Cité U : le « voyeur » de nuit Plus tard je serai…
Dans le 21e album des Dans ce récit auto­ Entre les collections « Par­
aventures du milliar­ biographique illustré, cours » et « Zoom métiers »,
daire, Largo Winch, aux Stéphane Audouin, dit l’Onisep propose une des­
prises aux manipula­ Mathurin, évoque avec cription d’un métier sous
tions boursières desti­ humour neuf années de toutes ses facettes, permet­
nées à abattre son em­ sa vie universitaire dont tant ainsi de faire le tour
pire, envisage de quitter deux en tant qu’étudiant­ complet d’un secteur.
le Liechtenstein pour veilleur de nuit à la
se refiscaliser ailleurs. cité U. Ses anecdotes
Un sujet d’actualité. Paru font ressortir le système Les Métiers de l’informatique, 144 p.,
Largo Winch
en octobre 2017, il est des­ Bienvenue en cité U, D, la promiscuité, la et Les Métiers des langues et de l’international,
siné par Philippe Francq, de Mathurin. précarité et la richesse « Parcours », Onisep, 160 p., 12 euros l’exemplaire.
L’Etoile du matin,
sur un scénario du roman­ Lemieux éditeur, 96 p., culturelle de cette
dessin de Philippe
14,90 euros. collectivité, vie qu’il Les Métiers de marins
Francq, scénario d’Eric cier Eric Giacometti qui
Giacometti, Dupuis, succède à son créateur partage avec des étu­ et Les Métiers de la jardinerie, « Zoom métiers »,
48 p., 13,95 euros. diants du monde entier. Onisep, 36 p., 4,90 euros l’exemplaire.
Jean Van Hamme.

58 / Le Monde Campus Mardi 21 novembre 2017
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