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HISTORICITÉ DE L'ENFANCE ET DE LA JEUNESSE

COMITÉ

DES

ARCHIVE S

HISTORIQUE S

D E

LA

JEUNESS E

GRECQU E

SPYROS

ASDRACHAS,

PHILIPPE

ILIOU,

TRIANTAFYLLOS

SCLAVENITIS,

YANNIS

YANNOULOPOULOS

©

SECRÉTARIAT

GÉNÉRAL

25 rue Panepistimiou,

À LA

JEUNESSE

Athènes

ACTES DU COLLOQUE INTERNATIONAL

HISTORICITE DE L'ENFANCE ET DE LA JEUNESSE

ATHÈNES ,

1 - 5

OCTOBR E

1984

ARCHIVE S

HISTORIQUE S

DE

LA

JEUNESS E

GRECQU E

SECRÉTARIAT

GÉNÉRAL À LA

JEUNESSE

6

ATHÈNES

1986

COLLOQUE INTERNATIONAL

HISTORICITÉ DE L'ENFANCE ET DE LA JEUNESSE

ATHÈNES,

1 - 5 OCTOBRE

1984

ORGANISÉ PAR L'ASSOCIATION

DES

ÉTUDES

COMITÉ

NÉOHELLÉNIQUES

D'ORGANISATION

Spyros Asdrachas Pétros Efthimiou

Philippe

Iliou

Sophia

Ioannidi-Matthéou

Costas Lappas

Triantafyllos

Sclavenitis

Yannis Yannoulopoulos

SECRÉTARIAT:

Myrsini

Plioni

La traduction des textes grecs est due à Jean - François Stavrakas

LUNDI

1er

PROGRAMME DU

COLLOQUE

OCTOBRE

SÉANC E

INAUGURAL E

Président: Philippe ILIOU

9-30

ALLOCUTIONS

Costas LALIOTIS, Sous-Secrétaire d'État à la Jeunesse et aux Sports. COSTAS LAPPAS, Président de l'Association des Études Néo- helléniques. Spyros ASDRACHAS, Représentant du Comité d'histoire auprès du Sous-Secrétariat d'État à la Jeunesse et aux Sports. Jacques Le GOFF, Porte-parole des participants étrangers.

 

SÉANC E

D U

MATI N

LA

MULTIPLICITÉ

DES

APPROCHES,

I

Président: Spyros ASDRACHAS

10.15

J. G. Da Silva, L'historicité production historique récente.

de l'enfance et de la jeunesse dans la

10.40

Matoula Tomara-Sideri, N. Sideris, Constitution et succession des

générations pendant la première moitié du XIXe démographique de la jeunesse.

siècle: le destin

11.00

A. Stavropoulos, Données et problématique sur la situation noso- logique de la jeunesse du XIXe siècle à travers deux approches scientifiques de l'époque.

11.45 U.

Fabietti,

La

athropologique.

«construction»

de la jeunesse:

une perspective

12.00

Catherine Marinaki-Vassiliadi, Les maisons d'arrêt pour mineurs en Grèce: évolution d'une institution (1924-1982).

12,15

G. Mauger, Eléments pour une réflexion critique sur la catégorie de «jeunesse».

12.30

Interventions et discussion.

 

14.00

Clôture de la séance.

 

SÉANC E

D E

L'APRÈ S

MID I

 

LA

MULTIPLICITÉ

DES

APPROCHES,

Il

Président: Vassiiis

PANAYOTOPOULOS

17.30

M. Dean, La jeunesse dans les espaces de la ville industrielle et post-industrielle.

17.45

Hélène Kalaphati, Les bâtiments scolaires de l'enseignement pri- maire en Grèce (1828-1929).

18.00

Constantina Bada, Les habits de l'enfance et de la jeunesse et leur équivalent historico-social en Épire.

18.15

Pause .

18.30

A. Politis, L'imprécision tradition orale.

de l'âge, des dates et du temps dans la

18.45

Dominique Albertini, La marche interminable de l'enfance et de la jeunesse.

19.00

Paulette Couturier, L'enfant

et le loup: De la réalité au mythe.

19.15

Interventions et discussion.

MARDI

2

OCTOBRE

SÉANC E

DU

MATI N

DANS

LE

TEMPS

LONG:

PRATIQUES,

MENTALITÉS

ET

REPRÉSENTATIONS

Président: José Gentil DA SILVA

9.30

Stella Georgoudi, Les jeunes et le monde animal : éléments du dis- cours grec ancien sur la jeunesse.

9.45

J. Le Goff, Le roi enfant dans l'idéologie monarchique de L'Occident médiéval.

10.15

Reyna

Pastor,

Rôle et image de la «juventus» dans

l'Espagne

médiévale.

10.30

Evelyne Patlagean, L'entrée dans l'âge adulte à Byzance au -XI Ve siècles.

XIIIe

10.45

Pause .

11.00

E. Antonopoulos, Prolégomènes à une typologie de l'enfance et de la jeunesse dans l'iconographie byzantine.

11.15

Emi Vaïcoussi, Traités de convenance et formation du comporte-

ment des jeunes en Grèce XVIIIe

et XIXe

siècles).

11.30

Interventions et discussion.

 

14.00

Clôture de la séance.

*

*

*

 

APRÈ S

-MID I

LIBR E

MERCREDI

3

OCTOBRE

 

SÉANC E

D U

MATI N

LE TRAVAIL ET L'APPRENTISSAGE

Président: Yannis YANNOULOPOULOS

9.45

G. Papageorgiou, L'apprentissage -XIXe siècles).

dans les corporations

(XVIe

10.00

Victoria Nikita, Apprentissage et autorité, chez les chefs d'ateliers de la Macédoine occidentale: les «compagnies» pendant trois géné- rations.

10.15

M. Riginos, Formes de travail enfantin dans les secteurs artisanal et industriel en Grèce (1909-1936).

10.30

Pause .

10.45

Hélène Elegmitou, Alexandra Bacalaki, Le contenu de l'Économie Domestique dans l'enseignement.

11.00

Eugénie Bournova, Un exemple local de la chance démographique et sociale de la jeunesse : le cas de Rapsani en Thessalie.

11.15

Interventions et discussion.

13.30

Clôture de la séance.

 

*

 

*

*

16.00

Excursion au cap Sounion.

JEUDI

4

OCTOBRE

 

SÉANC E

D U

MATI N

 

DIFFUSION

DES

IDÉOLOGIES

ET

ENSEIGNEMENT

 

Président:

Alexis

POLITIS

9.30

Ch. Noutsos, Les comparaisons pour l'enfant dans la pédagogie néohellénique.

9.45

Vassiliki Bobou-Stamati, Les statuts inédits de l'association (Na- zione) des étudiants grecs de l'Université de Padoue (XVIIe -XVIIIe siècles).

10.00

C. Lappas, Les étudiants de l'Université d'Athènes pendant le XIXe siècle : un plan de recherche.

10.30

Roula Ziogou-Karastergiou, «Demoiselles très sages et mères par-

faites»: les objectifs des écoles pour filles et la politique de rensei-

gnement au XIXe

siècle.

10.45

A. Dimaras, Des «communautés» d'école aux «communautés» d'élè-

ves: évolution ou altération d'une

institution?.

11.00

Interventions et discussion.

14.00

Clôture de la séance.

DIFFUSION

SÉANC E

DE

DES IDÉOLOGIES

L'APRÈS-MID I

: POLITIQUE

ET

LITTÉRATURE

Président: Trilintafyllos SCLAVENITIS

17.30

Viky Patsiou, Le magazine

«Formation des enfants·» (Διάπλασις

των παίδων) et les orientations de la jeunesse : le désir et la nécessité.

1745.

Vassiliki Kolyva, L'image du jeune à travers le roman de Ventre

deux

guerres.

Les

cas

de

Théotocas,

Politis,

Karagatsis,

Petsalis.

18.15

Pause .

 

18.00

Ch. Campouridis, La littérature parallèle pour enfants en Grèce (1947-1967): les revues d'aventures grecques pour enfants.

18.45

Martha Carpozilou, Anna Matthéou,

E.

Karyatoglou, C. Tsic-

nakis, Angélique Panopoulou, Odette Varon, La presse pour jeu- nes (1833-1944).

19.00

Interventions et discussion.

 

VENDREDI

5

OCTOBRE

SÉANC E

D U

MATI N

GÉNÉRATIONS

ET

AVANT-GARDES

Président: Philippe ILIOU

9.30

A. Santoni Rugiu, Mouvements de jeunesse dans l'Europe pré-fasci- ste et post-fasciste.

9.45

A. Liacos, L'apparition Salonique.

des organisations de jeunesse: le cas de

10.00

Carmen

Betti, L'encadrement de l'enfance et de la jeunesse en

Italie pendant le régime fasciste.

10.15

Athanassia Balta, Le magazine de l'organisation E.O.N. «Jeunes- se» : objectifs et répercussion.

10.30

G. Margaritis, De la transcription à la recréation de l'histoire: le passé dans la pensée des membres de l'organisation «E.P.O.N.»

10.45

Pause .

11.00

Antonia Kioussopoulou, L'âge du personnel politique pendant la guerre de l'Indépendance (1821) et pendant la période de Ca-

podistria

(1821-1832).

11.15

Rena Stavridi-Patrikiou, «La Compagnie d'Étudiants»: une avant -garde de la jeunesse (1910).

11.30

G. Alissandratos, h'«Association académiques» de la Faculté des Lettres à l'Université d'Athènes (1925-1936).

12.45

Interventions et discussion.

 

13.30

COMMENTAIRES

SUR

LES

TRAVAUX

DU

COLLOQUE

Jacques Le Goff, José Gentil Da Silva, Spyros Asdrachas.

14.00 Clôture des travaux du Colloque.

*

*

«

LISTE

DES

PARTICIPANTS

Dominique Albertini, historienne, 20, rue Paul Déroulède, 06000 Nice.

Georges G. Alissandratos, 115.26 Athènes.

Paraskevi

nissou, 185.40 Le Pirée. Hélène-Niki Angelomati-Tsougaraki, Centre de Recherches Médiévales et Néohelléniques de l'Académie d'Athènes, 14, rue Anagnosto- poulou, 106.73 Athènes. Dimitris Anoyatis-Pelé, historien, 212, Bd. Saint Germain, 75007 Paris.

Elie Antonopoulos, historien d'art,

E.P.H.E. (Ve section), 8, rue de

Pernety, 75014 Paris. Panayota Apostolou, enseigante, 14, rue Thiras, 112.57 Athènes.

Smyrni,

Spyros

professeur de littérature, 36, av. Kifissias,

Andreacou,

professeur

de littérature,

17-19,

rue Dodeka-

Asdrachas,

historien,

14,

rue

Sevastias,

171.22

N.

Athènes. Olga Avgoustatou, Athènes.

professeur de littérature,

10,

rue

Danaris 106.71

Charis Babounis, professeur de littérature, 56, rue Agathoupoleos 112.52 Athènes.

Constantina

Lettres. Evangélie Bafouni, historienne, 127, rue Comotinis, 185.41 Le Pirée.

Athanassia

Athènes. Evangélie Balta, Centre des Études pour l'Asie Mineure, 11. rue Kyda- thinaion, 105.58 Athènes. Alexandra Bacalaki, sociologue, 22, rue Al. Stavrou, 544.53 Salonique.

152,33

des

Bada-Tsomocou,

Université

de

Yannina,

Faculté

Balta, Sciences Politiques,

9, rue Mavrocordatou,

Carmen Betti, professeur à l'Université de Florence, 12, rue Taccinardi, 50127 Florence. Vassiliki Bobou-Stamati, historienne, 21, rue Apokafkon, 114.71 Athènes.

Sotiria Botsiou, Sous-Secrétariat d'État

à la Jeunesse et aux Sports,

25, rue Panepistimiou, 105.64 Athènes. Eugénie Bournova, historienne, 13, Cité Voltaire, 75011 Paris.

Marie-Christine

Chadjioannou, C.R.N./F.R.N.S.,

tinou, 116.35 Athènes.

48, av. V. Constan-

Nicolas Chadjinicolaou, professeur à l'Université de Los Angeles, B.P. No 118, 92124 Montrouge - Cedex France. Panayotis Christopoulos, Bibliothèque du Parlement, 15, rue Plataion,

152.35 Vrilissia, Athènes.

Amalia Colonia-Gabrielli, Novara.

Marcel Couturier, directeur d'Études à l'E.H.E.S.S., 40, av. d'Aligre,

Université de Milan, Corso Torino 2, 28100

28000 Chartres.

Paulette Couturier, professeur, 40, av. d'Aligre, 28000 Chartres.

José Gentil Da Silva, professeur à l'Université de Nice, 16, rue Alfred Leroux, 06300 Nice.

Piola,

Michel Dean, professeur à l'Université de Urbino, 12,

piazza

20131 Milano.

Hélène Dean, architecte, 12, piazza Piola, 20131 Milan.

Elisa-Anne Delveroudi, historienne,

12, rue

Salaminas, Aghia Paras-

kevi, 153.43 Athènes. Zacharie Demathas, économiste, 3, rue Ersis, 114.73 Athènes.

Georges

tous, 145.61 Kifissia, Athènes. Alexis Dimaras, historien de l'éducation, 12, rue Daphnis, 145.65 Ecali, Athènes. Vassilis Dorovonis, sciences politiques, 28, rue Xenias, 115.27 Athènes.

Marguerite Dritsa, sociologue, 43, rue Dervenion, 106.81 Athènes.

Loukia Droulia, Directrice du C.R.N./F.N.R.S., 48, av. V. Constantinou,

Dertilis,

professeur à

l'Université d'Athènes, 22, rue Socra-

116.35 Athènes.

Petros Efthymiou, conseiller spécial auprès du Sous-Secrétaire d'État à la Jeunesse et aux Sports, 25, rue Panepistimiou, 105.64 Athènes. Hélène Elegmitou, professeur de littérature, 22, rue Al. Stavrou, 544.53 Salonique.

Ugo Fabietti, Université du Turin I, 27, rue Buschi, 20131 Milan. Sterios Fassoulakis, Université d'Athènes, 47, rue Riga Ferreou, 161.22 Kaissariani, Athènes. Nicolas Foropoulos, enseignant, 7, rue G. Maridakis, 111.43 Athènes. Hélène Fournaraki, historienne, 3, rue Troias, 171.21 N. Smyrni, Athènes. Emmanuel Frangiscos, C.R.N./F.N.R.S., 48, av. V. Constantinou, 116.35 Athènes.

Markos Freris, vice-président rue Hariton, Syros.

du Centre Culturel de Hermoupolis, 3,

Nicolas Gaïdagis, historien, 192, rue Formionos, 162.31 Vironas, Athènes.

à la Jeunesse et aux Sports,

Anna Galanaki, Sous-Secrétariat d'État

25, rue Panepistimiou, 105.64 Athènes.

Stella Georgoudi, Chef de travaux,

E.P.H.E. (Ve section), 79-81, av.

Pierre

Brossolette,

92120 Montrouge.

André Gerolymatos,

Université McGill, 1420 Pine Ave West Apt. 2

Montréal,

Québec, Canada

H3G 148.

Marie Iliou, professeur à l'Université de Yannina, 9, rue Alpheiou,

115.22 Athènes.

Philippe Iliou, historien, 9, rue Alpheiou, 115.22 Athènes.

Sophia

Ioannidi-Matthéou,

historienne,

14, rue

Ioustinianou,

Athènes.

114.73

Stephanos Kaclamanis, professeur de littérature, 107, rue Acharnon,

104.34 Athènes.

Hélène Kalaphati, architecte, 26, rue Sophias Sliman, 115.26 Athènes.

Panayota Kalogri, historienne, 17, rue Kiou, 113.64 Athènes.

Martha Karpozilou, Université de Yannina, 2, rue Str. Petrotsopoulou,

453.33 Yannina.

Evi Karouzou, professeur de littérature, 14, rue Imbrou, 172.37 Daphni, Athènes. Eleftherios Karyatoglou, historien, 34, rue Char. Trikoupi, 185.36 Le Pirée. Costas Katiforis, juriste, 160, rue Papadiamantopoulou, 157.73 Athènes.

Olga Katsiardi-Herring, historienne, 122, rue Grypari, Kallithea, 176.73 Athènes.

Iro

Katsioti, professeur de littérature, 43, rue Costa Crystalli, 162.31 Vironas, Athènes.

Grigoris

157.72 Zographou,

Athènes. Kelesidou-Galanou, Centre de Recherches de la Philosophie de l'Académie d'Athènes, 42, rue Pindou, 112.55 Athènes.

Benaki, 114.71

Antonia

Anna

Katsoyannis,

étudiant, 38, rue

Daphnis,

Kioussopoulou, historienne,

13, rue Panaghi

Athènes.

Alexandre

Kitroef, historien, 41, rue

Athènes.

Kamelion,

P. Psychico,

154.52

Photis

Klopas,

Athènes.

enseignant,

8,

rue

Gennimata,

115.24

Ambélokipi,

Xenophon

Kokkolis, professeur à l'Université de Salonique, 181, rue

Konitsis, 543.52 Salonique.

Yannis

Athènes. Ioanna Kolia, Centre de Recherches Médiévales et Néohelléniques de l'Académie d'Athènes, 14, rue Anagnostopoulou, 106.73 Athènes.

Vassiliki Kolyva, historienne,

phou, Athènes. Niki Kontopoulou, bibliothécaire, Bibliothèque Nationale de Grèce, rue Panepistimiou, 10.679 Athènes. Christos Konstantinopoulos, historien, 27, rue Ypsilanti, 151.22 Marous- si, Athènes. Eleftheria Kopsida-Messini, professeur de littérature, 21, rue Dinocra- tous, 106.75 Athènes. Costas Kostis, historien, 312, rue du 3 Septembre, 112.51 Athènes.

Christine

Cholargos,

55,

Kokkonas, professeur de littérature, 5, rue Thriasion,

118.51

43, rue

Davaki-Pindou,

157.73 Zogra-

Koulouri,

historienne,

rue

Cleious,

155.61

Athènes.

Matoula

Kydathinaion, 105.58 Athènes. Vassilis Kremmydas, professeur à l'Université de Crète, 25 rue Atha- nasiou Diakou, 152.33 Chalandri, Athènes. Maria Kyriazopoulou, enseignante, 10, rue Polytechniou, 104.33 Athènes.

Kouroupou, Centre des Études pour l'Asie Mineure, 11, rue

Dimitris Lagos, professeur de littérature, Sous-Secrétariat d'État à la Jeunesse et aux Sports, 25, rue Panepistimiou, 105.64 Athènes.

Costas Lappas,

14, rue Anagnostopoulou, 106.73 Athènes. Christos Lazos, écrivain/historien, 6, rue Nikitara, 106.78 Athènes. Jacques Le Goff, directeur d'Études à l'E.H.E.S.S., 11 ,rue Monticelli, 75014 Paris. Antonis Liakos, Université de Salonique, 34, rue Andrioti, 543.51 Salo- nique. Dionysios Liaros, médecin, 25, rue Mavrommataion, 104;34 Athènes. Eftychia Liata, historienne, 24-28, rue Anacréontos, 162.31 Athènes. Spyros Loucatos, historien, 204, rue Drossopoulou, 112.55 Athènes. Costas Loulos, historien, 3, rue An. Catara, 136.71 Monidi, Athènes. Panayotis Louscos, dentiste, 2, rue Mylopotamou, 115.26 Athènes.

Néohelléniques,

Centre de

Recherches Médiévales et

Kalliroi Malliora, économiste, 27, rue Parthenonos,

117.42

Koukaki,

Athènes. Stephanos Manicas, dentiste, 34, rue Heyden, 104.34 Athènes.

Georges Margaritis, historien, 6, rue Argenti, 117.43 Athènes.

Yannis

Marmarinos,

Université

d'Athènes,

5a,

rue

Naxou,

Athènes.

112.56

Anna Matthéou, historienne, 13,rue Kononos, 116.34 Pangrati, Athènes.

Gérard Mauger, Chargé de

75019 Paris. Nicolas Melios, étudiant, 19a, rue Kyprion Hiroon, 163.41 Kato Iliou- poli, Athènes.

Yannis Metaxas, Sous-Secrétariat d'État à la Jeunesse et aux Sports, 25, rue Panepistimiou, 105.64 Athènes.

Salonique,

15, rue Melenikou, 546.35 Salonique. Costas Michaïlidis, historien, 19, rue Acheloou, Nicosie (149). Sophia Moraiti, Sous-Secrétariat à la Jeunesse et aux Sports, 25, rue Panepistimiou, 105.64 Athènes.

Andréas Michaïlidis-Nouaros,

Recherches au C.N.R.S., 27, rue Clavel,

professeur à l'Université

de

Victoria Nikita, Musée Ethnologique de Macédoine, 15, rue Mikinon,

546.42 Salonique.

Charalambos

Noutsos, professeur à l'Université de Yannina, 40, rue

Capodistria, 453.32 Yannina.

Vassiiis Panayotopoulos, E.H.E.S.S., 2 Bd. Joffre 92340 Bourg-la-Reine, Paris. Angélique Panopoulou, historienne, 3, rue Ethnikis Stegis, 171.24 N. Smyrni, Athènes. Jean Panoussis, professeur à l'Université de Thrace, 7, rue Lycavittou,

106.72 Athènes.

Pauline Pantzou, psychologue, 110, rue Ippocratous, 114.72 Athènes.

Stelios Papadopoulos, Musée Ethnologique de Macédoine, 2, rue Knos- sou, 151.22 Maroussi, Athènes.

Théodore

Papaconstantinou,

Section

Pédagogique

de

l'Université

d'Athènes, 1, rue Proteos, 113.64 Athènes.

 

Georges

Papageorgiou,

Université

de Yannina,

25, rue

Olympiados,

453.33 Yannina.

Marie Papapavlos, 33, rue Chryssanthemon, 157.72 Zographou, Athènes. Takis Papas, juriste, Sous-Secrétariat d'État à la Jeunesse et aux Sports, 25, rue Panepistimiou, 105.64 Athènes.

Procopis Papastratis, historien, 23, rue Dafnidos, 113.64 Athènes. Antonis Pardos, historien, Tychaio, Castoria.

Reyna Pastor, professeur à l'Université de Madrid, 10, San Pol de Mar, Madrid 8.

Evelyne

Bd.

Patlagean,

professeur à l'Université

de

Paris

X, 219,

Raspail, 75014 Paris.

Viky Patsiou, historienne, 19, rue Ariadnis, 152.37 Athènes.

Th.

Sofouli, 546.46 Salonique. Ioanna Petropoulou, Centre des Études pour l'Asie Mineure, 11, rue Kydathinaion, 105.58 Athènes.

Pavlos Petridis, professeur à l'Université

de Salonique,

14, rue

Myrsini Plioni, historienne, 43a, rue Mitsakis, 111.41 Athènes. Alexis Politis, historien, 8, rue Pontou, 115.22 Athènes. Andromaque Prepi, étudiante, 5, rue Androu, 124.62 Athènes.

Michel Riginos, historien, 80, rue Niriidon, 175.61 Athènes.

architecte, 72, rue Eptanissou, 112.56 Athènes.

Vassilis Sampanopoulos, bibliothécaire, 91, rue Solonos, 542.48 Salo- nique.

Antonio Santoni-Rugiu, professeur à l'Université de Florence, 10, rue Dogali, 50100 Florence.

Constantinou,

Triantafyllos

Varvara Sakellariou,

Sclavenitis,

C.R.N./F.N.R.S.,

48,

av.

V.

116.35 Athènes.

Nicos Sideris, médecin, 2, rue des Favorites, 75015 Paris.

Marie

Skiadaressi-Netsi, enseignante, Athènes.

8,

rue

Argyrokastrou,

113.62

Dimitris Sofianos, directeur du Centre des Recherches Médiévales et Néohelléniques de l'Académie d'Athènes, 14, rue Anagnostopoulou,

106.73 Athènes.

Kostas Sofianos, juriste, 7, rue Gennadiou, 115.24 Athènes. Joseph Solomon, socioloque, la, rue Kallikratous, 106.80 Athènes. Pinelopi Stathi, Centre des Recherches Médiévales et Néohelléniques de l'Académie d'Athènes, 14, rue Anagnostopoulou, 106.73 Athènes.

Minas Stavrakakis, Directeur de la Fondation Nationale pour la Jeu- nesse, 126, rue Syngrou, 117.41 Athènes.

Rena

historienne, 90. rue Sp. Merkouri, 116.34

Stavridi-Patrikiou,

Athènes.

Aristote Κ. Stavropoulos, médecin-historien, 10, rue Dimokritou, 106.73 Athènes.

115.26

Nicolas

Svoronos,

président

du

F.N.R.S.,

12, rue

Mouskou,

Athènes.

Anna Tabaki, C.R.N./F.N.R.S., 48, av. V. Constantinou, 116.35 Athènes. Tzeni Tassopoulou, professeur de littérature, Sous-Secrétariat d'État à la Jeunesse, 25, rue Panepistimiou, 105.64 Athènes. Vassiliki Theodorou, sociologue, 15, rue Odemission, 171.22 Athènes. Matoula Tomara-Sideri, historienne, 2, rue des Favorites, 75015 Paris. Alida Tseva, professeur de littérature, Sous-Secrétariat à la Jeunesse, 25, rue Panepistimiou, 105.64 Athènes. Costas Tsiknakis, historien, 20b, rue Seirinon, 175.61 Athènes. Nicolas Tsilichristos, sociologue, 10, rue Kydonion, 171.21 Athènes.

Emi Vaïkoussi, historienne, 8, rue Kallidromiou, 114.72 Athènes. Odette Varon, historienne, 92, rue Kallidromiou, 114.72 Athènes. Alice Yaxevanoglou, historienne, 6 rue Hersonos, 106.72 Athènes.

Maria Vellioti-Georgopoulou, lida.

Jean-Ann Weale-Badieritaki, Université d'Athènes, 7-9, rue Dimitressa, 115.28 Ilissia, Athènes.

ethnologue,

Didyma Hermionidas Argo-

Yannis Yannoulopoulos, Université de Crète, 17, rue Athanassias, 116.35 Athènes.

Ioanna Zambafti, enseignante, Astros Kynourias. Alexandre Zannas, sociologue, 17b, rue Pinotsi, 117.41 Athènes.

Andromachi Zaroumandalou, Sous-Secrétariat d'État à la Jeunesse et aux Sports, 25, rue Panepistimiou, 105.64 Athènes.

Leon.

Roula Ziogou-Karastergiou,

Université

de

Salonique,

15, rue

Iassonidou, 551.32 Salonique.

Séance inaugurale

Lundi 1er octobre 1984 Séance du matin Président: PHILIPPE ILIOU

PHILIPPE ILIOU : Le Comité d'Histoire créé par le Sous-Secrétariat d'Etat

à la Jeunesse et aux

historiques ayant pour objet l'histoire de la jeunesse grecque, ainsi que le Comité Organisateur vous souhaitent la bienvenue au Colloque Interna- tional: «Historicité de l'enfance et de la Jeunesse», et vous remercient de votre participation.

Pour notre Comité, ce Colloque International qui s'ouvre aujourd'hui représente une étape importante et une expérimentation. Nous avons voulu,

maintenant qu'arrive à son terme le premier cycle des recherches —dont se sont chargés nombre de chercheurs principalement jeunes qui s'apprêtent

à les publier— que ces chercheurs aient la possibilité de discuter avec

leurs collègues de leurs résultats, des méthodes employées, et qu'existe un dialogue utile à tous. Nous avons aussi voulu élargir le débat et la problématique à ceux qui ne participent pas directement aux programmes de recherche qui vous seront présentés par la suite, mais qui dans d'autres instances —Uni- versités, Fondations scientifiques— ou seuls, travaillent sur des sujets parallèles à ceux qui nous occupent, afin qu'ils aient eux aussi la possi- bilité de présenter les résultats de leurs recherches et d'en débattre avec leurs collègues. Nous avons enfin voulu que toute cette problématique qui commence ou s'élargit, soit confrontée à la problématique et aux recherches de col- lègues étrangers travaillant dans d'autres pays sur des questions analo- gues à celles qui nous occupent et qui seront traitées lors de notre Collo- que; car nous croyons, et c'est pour cette raison que nous leur avons de- mandé de participer en grand nombre à nos travaux, que le débat sera profitable aussi bien pour eux que pour nous. C'est cet esprit ouvert que nous voulons voir inspirer nos recherches et nos interrogations —esprit toujours ouvert au dialogue, à la recher- che scientifique non dogmatique, toujours ouvert à une recherche qui soit capable et n'évite pas de mettre en question ses acquis successifs et ses certitudes ; là est l'esprit dans lequel nous avons commencé nos recher- ches sur l'histoire de la jeunesse grecque et c'est l'esprit que nous espérons et souhaitons voir prévaloir aussi dans notre Colloque. Sous peu, Monsieur Spyros Asdrachas développera plus largement, de

Sports pour susciter et coordonner des recherches

manière plus détaillée, la problématique qui nous a menés aux recherches entreprises et à l'organisation de ce Colloque. Auparavant, auront la parole Monsieur Costas Laliotis, Secrétaire d'Etat à la Jeunesse et aux Sports, qui a eu l'initiative d'accueillir dans le cadre de son Ministère un ample programme de recherches; ainsi que notre collègue Costas Lappas, Président de l'Association des Études Néo- helléniques, qui a bien voulu offrir l'hospitalité au Colloque International:

«Historicité de l'Enfance et de la Jeunesse». Avant toute chose, il nous faut remercier tous ceux qui de diverses façons ont contribué à l'organisation et, nous l'espérons, au succès de notre Colloque; remercier surtout, tous les jeunes chercheurs qui par leur travail ont rendu possible aussi bien ce Colloque, que les recherches qui s'effectuent parallèlement; et bien sûr, vous remercier vous tous, qui par votre présence et votre active participation attendue aux débats et à la problématique du Colloque, avez accepté d'être présents parmi nous. Maintenant, je prie Monsieur Laliotis, Secrétaire d'Etat à la Jeunes- se et aux Sports, de bien vouloir prendre la parole.

COSTAS LALIOTIS : Cher amis, la rencontre d'aujourd'hui, par son origi- nalité, marque le départ d'un effort nécessaire pour l'étude et la recherche sur la carte historique de la jeunesse comme catégorie sociale qui évolue. Cette initiative aidera essentiellement la jeunesse grecque à acquérir une connaissance historique sur elle-même, sur ses déterminations, ses

formes, ses reproductions à l'horizon des XIXe

et XXe siècles.

Nous tous, chercheurs, intervenants, participants, représentants des pouvoirs publics, sommes unis par un souci et une ambition identiques, voir retracer les coordonnées historiques de la jeune génération, sa conti- nuité, ses renouvellements, ses ruptures, dans un espace et un temps donnés. La description en résumé mais exacte des limites, des conditions de succession, ainsi que la représentation des «visages successifs» et des avant- gardes de la jeunesse enrichissent sans aucun doute notre connaissance et notre conscience. Mais cette description nous sert au même moment de référence stable aussi bien pour le repérage que pour un parallèle avec une réponse con- temporaine aux problèmes, aux impasses, aux besoins des jeunes de notre époque. Et ceci, parce que la vie continue, les sociétés évoluent, les systèmes politiques changent, les rapports de force mondiaux se réorganisent, les structures économiques s'affrontent, les cultures se transforment, les sciences progressent et les mécanismes culturels et d'enseignement se modernisent. Dans ce tourbillon d'événements et de nouvelles données, l'individu,

l'homme,et en particulier le jeune ne cesse d'exister et de se façonner, de questionner et de lutter, d'exiger et de conquérir, de désirer et de transiger, de s'émanciper et de créer.

Aujourd'hui,

devant le défi posé par l'an 2000, les jeunes qui vivent

dramatiquement le crépuscule d'un siècle qui s'achève et l'aube d'un siècle qui point, se sentent plus optimistes et peut-être plus confiants lorsque le fil de l'histoire est clairement visible.

que ce constat et cet aveu communs sur ce passage d'un

siècle à l'autre, porte en lui le terrifiant cauchemar de la destruction nu- cléaire, mais aussi peut-être l'espoir de la paix, de terribles conséquences négatives, mais aussi peut-être le salut par la révolution de l'informati- que que nous pouvons entrevoir, la fin d'une civilisation et de ses codes, mais aussi peut-être le commencement d'une autre. Le jeune est le destinataire privilégié, sensible mais relativement non préparé, des contradictions, des antinomies, de la dynamique et des boule- versements radicaux de notre époque dans l'espace international, la so- ciété, la politique, l'économie, l'éthique et l'éducation. Pour cela, il doit disposer d'une mémoire, d'une connaissance et d'une perspective. As- surément l'histoire recèle pour le jeune de précieuses ressources, non seule- ment pour sa connaissance du passé, mais surtout pour qu'il puisse dé- finir le présent et planifier l'avenir. Au premier jour de la création du Secrétariat à la jeunesse et aux sports, nous avons constaté l'absence totale d'études scientifiques, de don- nées historiques et recherches sociales qui aideraient à l'élaboration d'une politique pour la jeunesse grecque, globale, étayée de manière responsable. Pendant des décennies les études concernant la jeunesse ont eu un caractère occasionnel et empirique. Tous les efforts entrepris en ce sens ont été le plus souvent fragmentaires, sans la moindre prévision ni perspective de la part des pouvoirs publics. La jeunesse dans notre pays était absente de la recherche sociologique et historique en tant que catégotrie sociale distincte et authentique. Pour cette simple raison, l'un des objectifs primordiaux de notre Secrétariat d'Etat, a été de promouvoir et d'encourager des recherches qui feraient progresser la connaissance historique sur la jeunesse. En 1982, nous avons annoncé notre intention d'entreprendre la création d'Archives historiques sur la jeunesse grecque, un an après, en 1983, nous présentions notre pla- nification et un Comité scientifique responsable était créé ainsi qu'un programme de recherches et de manifestations. Ces choix avaient pour but d'approfondir notre connaissance sur la succession des jeunes générations et la compréhension de l'enchaînement

D'autant plus

des faits qui détermine historiquement la jeunesse actuelle de notre pays. Le concept de jeunes générations est le dénominateur commun des recherches; ce à quoi nous aspirons est l'historicisation de ce concept de

jeunesse, ce qui signifie décrire et localiser les mécanismes et institutions

à travers lesquels se définit le rapport des jeunes générations aux systèmes

démographiques, culturels, sociaux et psychologiques dans le

les activités de ces Archives, il y a l'organisation de séminaires, expositions, colloques et de manifestations particulières.

Il est évident que les Archives historiques peuvent contribuer non seulement au renforcement des études historiques dans notre pays, mais aussi à l'ouverture de nouveaux horizons pour l'approche des problèmes de la jeunesse. Nous sommes certains que nous préparons le terrain pour un dialogue d'un type nouveau, aussi bien avec le passé qu'avec les problèmes du présent.

temps. Parmi

Chers amis, En concluant, je ressens le besoin d'exprimer Ma reconnaissance au Comité d'Histoire auprès du Sous-Secrétariat

à la Jeunesse et aux Sports, Messieurs S. Asdrachas, Ph. Iliou, T. Scla-

venitis et Y. Yannoulopoulos, pour leur travail et leur dévouement à une cause commune,

Ma joie, pour la participation des intervenants et la présence à ce Colloque de participants grecs et étrangers, ainsi que ma ferme assurance que les travaux de ce colloque seront fructueux et nous rapprocheront de notre but. Je vous remercie.

PHILIPPE ILIOU: Costas Laliotis ne s'est pas limité à l'inauguration formelle des travaux de notre colloque, mais a aussi tenu à nous introduire au fond des débats. En le remerciant, il me permettra de lui faire part, au nom des membres du Comité d'Histoire, que s'il éprouve de la joie, nous, nous en éprouvons encore plus que lui: en premier, parce que la possibilité d'organiser un nouveau programme de recherches nous a été donnée, programme qui a pour ambition de couvrir des domaines histori- ques qui n'ont pas encore été systématiquement traités par les chercheurs et surtout parce qu'un cadre a pris forme, nous permettant de travailler sans aucunes ingérences, sur le programme que l'on nous a confié, dans une ambiance de liberté ne reposant uniquement que sur des critères scienti- fiques. C'est à Monsieur Costas Lappas, Président de l'Association des

Etudes Néohelléniques, coorganisatrice de notre Colloque de bien vouloir prendre la parole.

COSTAS LAPPAS : Monsieur le Secrétaire d'Etat, Mesdames, Messieurs, l'Association des Etudes Néohelléniques, coorganisatrice avec le Comité des Archives de la jeunesse grecque du Colloque qui ouvre aujourd'hui ses travaux, vous souhaite la bienvenue, et vous remercie de votre participation. Nous souhaitons aussi remercier le Comité des Archives historiques qui nous a confié une part des responsabilités dans l'organisation de ce Collo- que. De prime abord, nous voulons signaler que l'histoire de la jeunesse qui constitue l'objet de notre Colloque est un sujet qui n'a été qu'occasion- nellement traité par l'historiographie néohellénique. De ce point de vue la création des Archives historiques de la jeunesse grecque constitue une ini- tiative importante de même qu'un défi à notre historiographie. Pour la première fois les générations nouvelles sont abordées non pas de façon fragmentaire mais en tant que catégorie historique autonome, devenant objet d'études et de recherches spécifiques. Cette conception est formulée globalement dans le document-programme des Archives historiques qui ont pour but de rassembler les divers documents de l'histoire des jeunes générations et parallèlement encourager l'élaboration d'études qui aborde- ront de manière globale et diachronique le problème de la jeunesse. A tra- vers ces études de caractère interdisciplinaire, il sera possible de repérer les facteurs sociaux, culturels, démographiques et autres qui surdéterminent et façonnent à chaque fois le visage de la jeunesse, dans le cadre du milieu social et familial, de l'école, de l'armée, du travail. C'est sur une telle théma- tique et problématique que le présent colloque est organisé. Centré sur la question «Historicité de l'enfance et de la jeunesse», il offrira l'occasion d'étudier pour la première fois et par des approches multiples le problème de la jeunesse, et rechercher des principes méthodologiques qui faciliteront son traitement scientifique. Nous pensons que les rapports des participants et les débats qui auront lieu tout au long de ce Colloque, non seulement contribueront à l'enrichissement de la problématique relative à la jeunesse, mais aussi susciteront l'intérêt de ceux qui étudient la société néohellénique. Je vour remercie.

SPYROS ASDRACHAS : Monsieur le Secrétaire d'Etat, Mesdames et Mes- sieurs, je ne ferai aucunement une longue présentation du programme de recherches qui a déjà été mentionné, je me bornerai simplement à évo- quer quelques traits principaux. Mais, permettez-moi auparavant de vous faire part d'une expérience qui est celle du Comité dans son entier. Un

représentant des pouvoirs publics, je veux parler de Monsieur Costas Laliotis, a posé la question suivante à certains historiens: l'histoire peut-

elle servir à décrire l'identité de l'enfance et de la jeunesse? Se dissimulait derrière cette question une autre expérience, collective. Lui-même, ainsi que ses collaborateurs avaient conscience du fait que certains moments de notre histoire nationale qu'ils avaient personnellement vécus, appar- tenaient à l'Histoire. Lorsque cette question est posée à des historiens, ils se réjouissent mais émettent quelques réserves. Ces réserves s'expri-

ment lorsque l'histoire est trop proche, car à l'esprit l'on appelle histoire événementielle et singulièrement

si sujette à équivoques ; ils se réjouissent car ils comprennent que l'historio- graphie peut devenir intervention culturelle, c'est à dire intervention poli- tique. A partir du moment où la possibilité d'un dialogue existe, évidemment les choses deviennent plus faciles.

de tous vient ce que d'histoire immédiate»

L'historien se meut en une multitude de temps qualitativement diffé- rents. Lorsque l'occasion lui est offerte même en dehors des cadres, ose- rai-je dire «institutionnels» de recherche, d'élaborer un programme, il prend en compte deux choses: en premier les disponibilités scientifiques du pays et ensuite les plus grandes sollicitations historiographiques. C'est pour cette raison justement que nous essayons de combiner nos disponibilités historiographiques aux grandes sollicitations. Pour cette même raison nous n'avons pas présenté un programme fourre-tout, un inventaire complet sur la base duquel nous aurions cherché ceux qui auraient pu le matérialiser. Nous nous sommes limités à en indiquer les objectifs majeurs qui jouent sur trois niveaux du temps, longue, moyenne et courte durée - avec toutes les ouvertures qu'ils imposent. Certains de ces objectifs se réfèrent entière- ment à la longue durée d'où notre référence à l'anthropologie. Le concept même d'historicité de l'enfance et de la jeunesse pose un problème d'ordre historiographique: Quelle est la portée ou en d'autres termes en quoi ce concept est-il «opératoire»? Ceci ressortira des débats qui auront lieu au cours de Cette rencontre, et qui montreront ou voudront montrer, à quel degré et par rapport à quelle durée, biologique, sociale économique, culturelle, l'enfance et la jeunesse constituent des catégories variables, c'est à dire historiques. Quelle que soit la variabilité de ces caté- gories, il est évident que l'historicité constitue un vécu qui imprègne le façonnement de nos comportements comme ceux-ci se réalisent de d'intérieur et de l'extérieur». Cet «.extérieur» chacun de nous peut s'en rendre compte. Ce qui pose les problèmes majeurs c'est cet «intérieur». Pour cette raison, malgré le fait que les «moments» historiques du programme se réfèrent au XIXe et XXe siècles, nous nous efforcerons néanmoins de mettre l'accent

sur la durée historique la plus longue; ceci étant justement commandé par les besoins d'amener à la conscience, à travers ces recherches, ce qui est immanent et détermine notre comportement de sorte que Von ait, là aussi, la vision intellectuelle exigée. Un exemple indicatif parmi d'autres est constitué par le domaine de l'initiation. Pour mener à bien ces recherches, il fallait trouver les hommes. Il existe trois méthodes: la première est de trouver des hommes déjà prêts, la seconde est de les former et la troisième de leur faire confiance. Comme le premier cas était plutôt exclu, pour le moins par l'ampleur de la théma- tique et des forces nécessaires, naturellement nous avons opté pour la troi- sième possibilité: faire confiance aux personnes. Ceci, parce que nous ne sommes aucunement un Centre de Recherches, une Université, nous n'avons pas la possibilité de former des hommes, seuls les contacts personnels peu- vent contribuer à ce que l'on nomme formation d'un chercheur, formation d'un homme de science. Permettez-moi de vous signaler le fait de cette con- fiance vis à vis des jeunes, jeunes qui ne proviennent pas tous de la science de l'histoire, mais aussi d'autres domaines comme les sciences sociales et qui sont amenés à l'histoire par la logique même de leur science qui débouche sur l'historique. Si la tâche que nous a confiée le Sous-Secrétariat à la Jeunesse a quelques retombées culturelles, une grande part de celles-ci seront déterminées par cette confiance montrée aux nouvelles forces de recherche qui n'existent pas jusqu'à ce jour par une œuvre «reconnue». Puisque la question de l'utilité de nos recherches en vue de la cons- titution d'une «identité» de la jeune génération a été posée, je dirais que la contribution majeure —si contribution il y a— consisterait en quelque chose de fondamental, c'est à dire sa contribution à un changement de men- talité. Car s'il y a une voie qui mène au changement de mentalité, c'est l'histoire: l'histoire comme conscience, donc comme écriture, en un mot l'historiographie. Je vous remercie.

PHILIPPE ILIOU :

Jacques Le

Goff de l'Ecole Pratique des Hautes Etudes en Sciences Sociales de Paris ; saluera maintenant notre colloque de la part de nos invités étrangers.

Nous aussi vous remercions. Monsieur

JACQUES LE GOFF: Monsieur le Secrétaire d'Etat, Monsieur le Président, chers collègues, chers amis. On m'a fait le grand honneur, mais un honneur d'autant plus redou- table que je dois improviser, de me demander de dire deux mots dans cette séance inaugurale au nom des participants étrangers à ce collogue. Le pre- mier de ces mots est bien entendu pour vous remercier. Pour vous remercier

d'un projet dont j'essaierai de dire très brièvement dans un instant, moins bien que ceux qui viennent de le dire, en particulier le professeur Asdrachas, tout ce que nous attendons de lui. Et permettez moi pour commencer de vous dire que nous sommes d'autant plus heureux que ce colloque a lieu en Grèce, que ce colloque a lieu à Athènes, dans ce pays qui a appris au monde jadis il y a très longtemps, le mot démocratie, le mot éphébie aussi et qui aujourd'hui est un modèle de démocratie retrouvée ; nous voulons dire, que nous sommes heureux et que nous vous remercions. Notre seconde reconnaissance, notre seconde joie, vient du colloque lui-même bien entendu: c'est d'un point de vue intellectuel et scientifique que nous sommes heureux d'être avec vous et de répondre à votre appel. On parle bien souvent, vous le savez, dans le monde de la recherche aujourd'hui d'interdisciplinarité c'est comme nous disons en France une tarte à la crème. Eh bien je crois que ces jours-ci votre, notre colloque va être véritablement un exemple d'interdisciplinarité. Si je voulais nommer toutes les spécialités que j'ai lues dans les qualifications des participants, je crois que je devrais nommer toutes les sciences et pas seulement les sciences humaines et sociales et ceci pour nous fait l'objet d'un très grand espoir. Mais ce que je note aussi, le professeur Asdrachas vient de le dire très remarquablement, il ne s'agit pas de mettre face à face ou à côté, des sciences séparées dont chacune apporterait tant bien que mal, sa contribution spéci- fique. L'histoire réunit autour de deux grands desseins, de deux grandes intentions : La première, c'est l'homme, et c'est pour cela que le professeur Asdrachas a justement parlé d'anthropologie. Oui, toutes nos sciences sont, doivent être, faites par l'homme, pour l'homme et je veux dire bien entendu par l'homme et les hommes dans la société, dans les sociétés, dans les diver- sités des cultures et des histoires. Et au plus, je reprends un instant le mot du professeur Asdrachas, dans la longue durée c'est à dire dans l'histoire; et ici bien sûr un historien (d'autant plus que, je suis un historien ancien-mais pas aussi ancien que ce qu'on appelle l'antiquité mais un historien du Moyen Age) il est heureux de voir que l'histoire puisse être une sorte de fil conducteur d'abord et d'autre part qu'on ait pris conscience ici de l'importance, quand on traite un sujet d'actualité (et surtout, la jeunesse est un sujet d'actualité et d'avenir), que

l'éclairer par le passé ne peut être qu'une

aide. Et ici, je dois dire vérita-

blement mon admiration pour les autorités politiques ou les autorités scienti-

fiques qui ont cette conscience et que je m'émerveille de voir qu'un Secré- tariat d'Etat à la jeunesse et aux sports ait créé un comité d'histoire. Je dois dire qu'il y a là un exemple et que je m'empresserai d'en par- ler dans mon propre pays comme les collègues au nom desquels j'ai l'hon-

honneur de parler le feront certainement dans le leur, si ce n'est pas fait. En France, ce n'est pas tellement facile. Donc, bien entendu, vous le savez mieux que nous, cette histoire est faite pour éclairer, elle est faite pour mieux comprendre, ce n'est pas une histoire paralysante, c'est une histoire destinée à faire comprendre en profondeur d'où nous venons avec tout ce que nous avons en nous collectivement, et individuellement et qui, doit peser sur l'esprit individuel, c'est clair, l'histoire du présent est l'his- toire de l'avenir. Enfin je terminerai la dessus. Ma troisième satisfaction intellectuelle et scientifique, c'est bien entendu qu'on ait choisi de parler sur l'enfance et la jeunesse. C'est vrai, trop longtemps, l'historiographie s'est détournée de ce qui est pourtant non seulement une partie importante de l'humanité mais une partie qui a presque toujours, sous une forme ou sous une autre joué au sein de la société un rôle spécifique et que nous devons connaître. J'ai mentionné l'éphébie pour les historiens, qui travaillent avec les anthro- pologues, phase importante de classe d'âge aujourd'hui, où la démographie, donne un poids d'abord quantitatif si grand à l'enfance et à la jeunesse, comment ne pas chercher avec elle, et pour elle, et je me réjouis de voir tant de jeunesse qui a déjà des responsabilités de travailler à éclairer son passé son présent, ses problèmes. Permettez à un vieux de souhaiter à la jeunesse, à l'histoire de la jeu- nesse, à ce colloque, en remerciant encore tous les organisateurs, un très grand succès auquel nous essaierons de travailler modestement.

La multiplicité des approches, I

Lundi 1er octobre 1984 Séance du matin

Président: SPYROS

ASDRACHAS

JOSÉ

GENTIL

DA SILVA

L'HISTORICITÉ DE L'ENFANCE ET DE LA JEUNESSE DANS LA PRODUCTION HISTORIQUE RÉCENTE

INTRODUCTIO N

S'interroger sur l'historicité de l'enfance et de la jeunesse n'est pas une clause de style. Au contraire, cela invite à la clarté du propos sur l'historicité tout court, à nous demander pourquoi l'histoire est telle. En effet, l'impact de la notion d'historicité lui même est historique. Sans inventer l'épistémologie, nous la retrouvons à propos de la produc- tion historique qui d'habitude n'est considérée que comme histoire de l'Histoire. Quoique le label «Nouvelle Histoire» soit accolé aux livres d'étrennes, le renouveau de la recherche historique est plutôt dans l'in- térêt désormais prêté à l'étude de la place des femmes, des enfants et des jeunes dans la société et dans l'Histoire même. Ces études ont certes été favorisées par l'intervention croissante de chercheurs féminins. Pour certains aux idées courtes, il s'agit de modes qui persistent en province, mais quoi, il suffit de regarder à la multiplication d'ouvrages au titre alléchant pour percevoir l'immense poids des femmes, des enfants et des jeunes dans le marché. Il est absurde de parler d'une histoire des femmes. Ce n'est pas que leur affaire de même que la société qui se meurt n'a pas été entièrement bâtie par l'homme. En ce qui concerne les enfants et les jeunes, plus que de leur place dans l'Histoire, il est question de leur rôle dans la société:

L'inégalité même de l'importance que ces recherches ont prise selon les aspects qu'elles envisagent est significative. Des problèmes se posent à la société occidentale avec une acuité nouvelle. Après ou malgré une lente réflexion, ils font surface. L'analyse de la production historique

de ces vingt dernières années nous l'apprend 1 . Chaque jour ouverte à

1. Il n'est naturellement pas question de présenter ici tous les dévéloppements et, moins encore, tous les titres d'une production qui depuis les années 60 et surtout

des sujets nouveaux, celle-ci peut être rangée en trois chapitres princi- paux: 1) la reproduction humaine et la situation de l'enfant dans son milieu, 2) l'éducation comme formation et contrôle social et politique, 3) l'insertion des enfants et des jeunes dans la cité, y compris par le travail et l'action politique. A propos de chacun de ces trois chapitres il s'agit de situer les problèmes à l'aide de la bibliographie réunie que nous ne prétendons certes pas exhaustive. D'entrée de jeu une constatation s'impose. Si la matière des chapi- tres 1 et 3 pose beaucoup de questions, dans le chapitre 2, un ensemble d'ouvrages et d'articles relativement dense s'explique par l'importance que toute société accorde à sa propre survie et donc, à la «formation des citoyens» et des producteurs. Là-dessus nous enregistrons surtout des affirmations quoique la matière, la langue, la grammaire, varient, c'est ça le temps et l'espace de l'Histoire. Toutefois, engagé â expliquer sinon à justifier la vision du monde que la société lui propose, l'historien voit difficilement qu'au bout d'une trajectoire imposée, d'anciennes attitudes reprennent un sens perdu 2 . Les enfants et les jeunes (comme les femmes), mais l'homme aussi, l'in- dividu en somme, regagnent la place qui leur a été graduellement mesurée. Elle était encore plus sérieuse naguère que nous n'avons cru. L'époque moderne a été aussi celle de la colonisation des êtres que les temps des «bourgeois conquérants» ont voulu soumettre définitivement. Désormais, notre connaissance des économies, des sociétés et des relations politi- ques, de leurs connexions et de leurs actions prenantes, nous permettent de revenir à l'étude de l'individu et de l'événement, véritable enjeu. Ce sont les cadres de vie eux-mêmes qui sont discutés sinon abandonnés, situés historiquement dans leur réalité «moderne», par exemple la famille mais pas seulement elle. Tout ceci ressort de notre dossier et à la fois

après 1980 s'est enrichie de plusieurs histoires générales, de revues, ainsi que de multi- ples approches d'autres branches du savoir. Essentiellement, nous avons réuni les fiches de la Bibliographie internationale des sciences historiques concernant l'enfance et la jeunesse depuis ces années et ajouté des titres plus récents, sans prétendre à la compléter. Par ailleurs, on trouvera une bibliographie sur l'enfant en France, de 1850 à 1940, dans Théodore Zeldin, Histoire des passions françaises, tome 1, Paris 1978 (version en 5 volumes, 1978-79, de: France: 1848-1945, Oxford 1977). Cf. par exemple aussi, Bayne-Powel, R., The English Child in the XVIIIth-Century, 1939; Earle, Alice M., Child Life in Colonial Days, New York 1899, et, encore, Gross, Ivena, Gross, Jan, éd., War through Children's Eyes : The Soviet Occupation of Poland and the Deportations, Oxford 1981. Notons enfin que les chiffres entre parenthè- ses, dans le texte et dans ces notes, renvoient au fichier.

2.

(19), I,

p.

VII.

rend exigeant (124, 128). Cet apport se prétend un instrument de travail et si parfois il peut sembler passionné, c'est que l'Histoire et en parti- culier l'historicité de l'enfance et de la jeunesse n'a pas toujours été servie comme il faudrait. Le coefficient politique de l'historicité de- meure trop pesant. Aussi notre propos qui peut sembler fastidieux parce que trop près d'une bibliographie vaste quoique incomplète, se trouve-t-il confirmé par les références les plus récentes. Heureusement.

1. LA REPRODUCTION

ET LA SITUATION

DE L'ENFANT

HUMAINE DANS SON MILIEU

L'historicité de l'enfant le marque dès la naissance. Né de la femme, l'enfant s'en dégage mal, il a une mère et en plus, un père que celle-ci lui attribue; le parrain, la marraine lui donnent un prénom, si ce n'est le curé, ou la sage-femme. Devenue la nature des choses, cette relation forcée à certains adultes met en place un ensemble de structures exprimé par un vocabulaire ordonné selon une grammaire et enfin, réglé par l'orthographe qu'elle même l'Histoire explique. Il semble donc peu légi- time de se demander quelles anciennes condamnations, quels crimes ou quelles joies incitent à prolonger une complicité forcée par ailleurs et comment! Rien en effet de plus arbitraire c'est-à-dire de plus historique. L'Histoire des mères par la place qui leur est faite se trouve en bonne partie dans les chapitres concernant la soi-disant «illégitimité», mot terrible, et l'affreuse mortalité des enfants. La nature des choses s'ex- plique par la situation faite aux femmes. Cependant, le psychanaliste le premier attend de l'Histoire ce qui

ses hypothèses. «Si les traumatisme s de l'en -

fance ne sont pas la terre ferme que Freud n'a cessé de chercher; si la scène primitive ne présente pas davantage les garanties voulues pour qu'à partir d'elle on puisse prévoir les événements à venir et l'ave- nir du sujet, il faudra alors trouver dans le passé le plus reculé de l'espèce les événements, toujours, qui, au commencement de l'histoire, rendront compte de ce que les hommes sont devenus, de ce que la civilisation qu'ils ont créée va devenir» 3 . Arrêtons une citation riche, trop riche. Arrêtons-la parce qu'il y a maldonne. Autant que le «passé le plus reculé de l'espèce» et «l'hérédité archaïque de l'homme» 4 , il faut comprendre et connaître l'aventure de

manque à l a cohérence de

3. (26). 4, S. Freud, Moïse et la monothéisme, Paris 1967, p. 134,

chacun et elle se trouve placée dès le départ sur ces rails véritables que sont les relations forcées à certains adultes, autant de paramètres historiques. L'historicité, ce qui compte pour l'individu, enfant, puis jeune, enfin adulte, est la place qui lui est faite, et dès le ventre d'une femme. L'Histoire n'est certes pas la recherche éperdue de ce qui a été «figé en destin». Le parcours de l'individu compte dans la perspective qui lui est ouverte par les relations qui président à la production, à l'entrée dans la vie, dans la société, relations sociales et politiques. De toute évidence, des études des structures précèdent nécessairement celle de l'individu, leur donnent un sens, événementiel à la limite (962).

Contraintes attribuées au monopole féminin

La femme porte l'enfant selon la condition qui lui est faite par la société (30, 49, 56, 69). Entre autres paramètres d'ordre général, quoique parfaitement antagoniques selon le statut social et économique ou

politique 5 , intéressent le futur humain, l'âge de la mère à l'accouchement et à la conception, l'âge au mariage et le nombre d'enfants que la femme

a déjà eu ou aura encore. Chaque enfant vit ou sanctionne les effets de

ces situations déterminées par la société (28,30,51,60, 211). Ce sont des chapitres nécessaires de tous les travaux de démographie historique mais à considérer de ce point de vue en particulier. Au delà des condi- tions physiologiques dont on cherche les résultats, intervient la «con- science de soi», éminemment historique, productrice du «savoir». «La contraception», souligne justement J.-P. Berdet, à propos des Rouen- naises au XVIIIe siècle, «est à la fois une affaire de savoir et de maî- trise» (306). Il lui ajoute «les différences sociales».

De l'âge au mariage et au premier accouchement dépend la durée de l'apprentissage, donnée concrète parfois mise en épingle (970) et à ne pas confondre avec l'instruction dont on attend l'adhésion des femmes

à

la contraception 6 . Nous devrons revenir sur ces questions. Mais on

le

voit dès le départ, l'historicité de l'enfance et de la jeunesse revendi-

que la Démographie historique, l'Histoire des classes sociales et celle des femmes en particulier 7 .

5. Cf. G. J . D a Silva, «Le Moyen âge et les modernes: à propos des femmes et

de Nice

du mariage dans le sud-ouest européen», Annales de la Faculté des Lettres

1982, n° 39.

6. Cf. notamment, Unicef, La situation des enfants dans le monde, 1984, Fonds

des Nations Unies pour l'Enfance, 1983.

Insistons pour le moment sur un aspect qui mène au marché. Avant que la procréation elle-même n'y soit entrée, l'allaitement mit en place un commerce et une industrie, suscita les réactions les plus diverses et influença la mortalité et la fécondité (Cf. p.e. 230). Par ailleurs l'ali- mentation des nourrissons fut un des éléments du boom assez récent des industries d'alimentation et participe d'un chapitre essentiel de l'histoire économique contemporaine.

L'art du père

D'être le père est le rôle dévolu à l'homme, quelle que soit sa relation à la femme (et à l'enfant). L'enfant dépend donc de ce que valent sociale- ment les unions même éphémères. Elles comptent en réalité bien plus pour l'enfance et la jeunesse que pour les adultes. Malheureusement leur histoire demeure assez confuse ou colle trop à des modèles in- suffisamment caractérisés. Pour rester dans le monde catholique, deux situations extrêmes s'opposent. En France, la religion se soumet à l'Etat et très tôt le mariage s'impose, nécessairement religieux. Qu'il ait triomphé dans les mœurs c'est une autre affaire; le jansénisme vint montrer combien il fallait lutter contre leur relâchement. Ailleurs, vie en commun vaut mariage qui n'a pas l'exclusivité de la procréation, ses enfants n'étant pas les uniques héritiers. Au Portugal notamment, le concubinage demeure habituel, suffisamment en tout cas pour que, dès le milieu du XVIIIe siècle, il soit interdit de poursuivre les concubins en justice. En conséqnence, aux historiens médiévistes de nous dire, non pas en quoi les règles renforcées au milieu du XVIe siècle ont été aupa- ravant transgressées, mais comment d'autres pratiques prédominèrent, coexistèrent, ou ont été graduellement éliminées (75). Sur cette institution, le mariage moderne, à laquelle on fait la partie trop belle, il est question entre autres de l'endogamie et de l'action que celle-ci a sur les «structures familiales» et le sort fait aux êtres. Plus rarement des chercheurs s'intéressent au marché de l'amour en tentant de saisir l'anomie (167, 169). Par ailleurs, il est indispensable de corriger une vision fausse de la division du travail qui prétend expliquer la suprématie masculine au sein de la famille et du couple. Cette question a fait couler beaucoup

sans enfance, 1766-1785, Paris 1983, et J. G. Da Silva,

«Mais y avait-il vraiment des fillettes avant le XVIIIe siècle?», Comité de l'enfance

des Alpes-Maritimes,

Mme de Staël. Une jeunesse

1984,

d'encre. Nous y reviendrons sous peu. D'abord l'autorité du père semble loin d'être prouvée y compris dans la famille patriarcale. Mais, qui plus est, la division du travail agit contre les femmes et les enfants, mais en tant que travailleurs, après que la confiscation du pouvoir ait soumis les hommes. Ce processus s'est considérablement accéléré au XVIe siècle, avec les «guerres des paysans» et complété par la lutte contre le satanisme des femmes. L'art du père revient en effet, à créer une famille dans une société qui le lui exige tout en lui mesurant les moyens pour l'établir et la consolider (133, 315) c'est-à-dire, un patrimoine. En somme, être père, c'est pour l'homme, assumer l'historicité faite à la reproduction (p.e., 84, 321, 324) et devenir un chef (87, 91, 105, 132, 150). A quelques exceptions près, pour le moment, la recherche histori- que traîne derrière la demande ou les exigences des psychologues et des sociologues. Le désir de paternité parallèle au désir de maternité (71), et les interactions précoces père-enfant, mal perçues par la société, sont naturellement peu étudiés en Histoire, quoique leur force stimule les conditions marchandes de la procréation.

Enfants utiles

L'expression a été surtout employée dans le sens de leur concours à la recherche sur les structures qu'il s'agit de comprendre ou protéger (187); nous la reprendrons à propos de l'insertion des enfants et des jeunes dans la cité. En effet, dans la société et dans le couple qui la nourrit, l'enfant est utile à la préservation du pouvoir, souci à long terme, et à travers celle du patrimoine, précaution immédiate, à la survie comprise comme conservation aussi de la société (88, 105, 133) et de la vertu (92, 96). L'idéologie est ou semble faite pour l'enfant, celui-ci est modelé pour la servir. La thérapeutique fait la maladie (86, 117, 121, 148). Au bout du compte, l'enfant est utile comme force de travail. Nous y reviendrons. Dans ce sens, les relations entre classes d'âge s'accordent avec l'expression donnée aux sensibilités, aux atti- tudes face aux petits et aux mineurs, aux filles (85, 223). De faux pro- blèmes y ont été ajoutés, dont la découverte graduelle de l'affection 8 . Celle-ci avait été graduellement condamnée parce que éventuellement considérée génératrice de désordres. Entre Chaucer et Montaigne, l'in-

8. Cf. Robert Genestal, Etudes de droit privé normand, I. La tutelle, Caen 1930. Chaucer dédicace le traité de l'astrolabe à son fils; Montaigne regrette ses petits qu'il a perdus.

l'intérêt des gens pour leurs fils s'est toujours affirmé malgré les pressions sociales et politiques qui n'ont pas épargné les puissants (100, 101, 102). La dialectique des relations entre conservation sociale et survie familiale contribue fortement à la formulation des stratégies et des sensibilités exprimées au sein des familles et des lignées, que les individus subissent. «Modèle occidental», «modèle méridional», de ces formules transitoires 9 , reviennent à jouer le jeu de la vision un instant prédomi- nante, politique, par dessus tout non opérationnelle (962). Une historio- graphie abondante s'occupe des «structures familiales» et néglige la masse d'individus forcés de vivre seuls, mais elle doit rencontrer dans le «cycle de vie», grâce aux insatisfactions des sociologues l'importance du «cours de vie» individuel dans ses interrelations et des choix possibles. Des concepts sont imposés par la documentation et l'Histoire seule nous apprend à les utiliser (124,128).

Amours illicites

«Nos ancêtres étaient-elles vertueuses?» Ce chapitre apporte une note gauloise à ces recherches. C'est en effet du sort des gens dans leur corps qu'il est encore question et la réalité, même sous une présentation guillerette, est difficilement, rarement approchée; il ne suffit pas de parler de l'autorité du père ou des vieux. L'inceste se trouve presque systématiquement évacué (174) 10 . Les conceptions prénuptiales qui, illé- gitimes, donnent naissance à des enfants du mariage (170, 172, 179), font la preuve que, ici comme ailleurs, l'écrit seul compte: il fait la «légitimité». Et pourtant elles révèlent le désir de maternité autant que la dureté des conditions imposées aux femmes, au filles, aux jeunes en particulier. En effet, la question de fond est la place des travailleurs en général (313, 315,324,330,331,332, 339, 354,362,368,370,372, 384). La documentation produite par l'administration contrarie l'étude de l'anomie, sauf dans une vision répressive. Les moyens et l'ensemble des conditions nécessaires à l'union maritale déterminent l'Historicité

9. Cf. H. J. Habakkuk, «Family Structure and Economic Change in XIXth Century Europe», Journal of Economic History, 5, 1955; Arthur W. Calhoun, A social History of the American Family, New York 1917, 3 vol., et Chie Sano, Changing Values of the Japanese Family, Washington 1958; David M. Raddock, Political Behavior of Adolescent in China: The Cultural Revolution in Kwangchow, London 1977, Bur l'ouvertur e de l a «famille traditionnelle».

10. (199), p. 241 il l'était au XVIIe siècle, par les gens d'église. Cf. J. Renvoize,

A Family

Pattern, London 1982.

et le vécu des individus dès leur enfance. L'autorité, gardienne des vues économiques et par la suite, sociales, politiques et enfin, culturelles ou religieuses, érige des obstacles, des restrictions à la satisfaction sexuelle dès le plus jeune âge. De cette situation créatrice d'interdits naissent des enfants qui vivent dans l'opprobre dont la société dispose à sa guise.

Enfants

illégitimes

Il s'agit encore d'un chapitre de la plupart des études sur «la famille». En adhérant totalement à la solution prédominante de façon péremptoire durant ces deux derniers siècles, l'historiographie qui s'attache à com- prendre les structures ou les stratégies de la famille, fait une place à part aux «illégitimes», ces marginaux. Utiles en haut de l'échelle sociale, au bas ils sont condamnés, gênants et anti-sociaux. La mort précoce guette le plus grand nombre. A leur propos aussi on s'intéresse au déclin de la fécondité (203).

L'enfant

refusé

Les gens s'unissent pour s'entraider certes (199), mais souvent il leur faut exclure l'enfant. Hommes et femmes trouvent dans leur union l'accomplissement d'un besoin que les historiens ne semblent pas con- sidérer à sa valeur. L'Eglise ne s'y trompe pas qui insiste sur cet aspect du mariage, qui défend l'intérêt de la femme et s'attire ainsi les foudres masculines. L'anticléricalisme fait grand cas de ces interventions parfois envahissantes. Parce que l'enfant est pour elles une menace, les gens s'en pré- servent. Des stratégies distinguent notamment des émigrants (318). En cela, «le savoir» des femmes s'accompagne des exigences de l'homme que l'Eglise considère aussi. L'onanisme 11 dispose mal la femme à l'égard de l'enfant qui s'annonce après une satisfaction peut-être rare. L'enfant, ce poids, est aussi un gêneur et un risque, d'où l'avortement et le refus de l'enfant. La contraception et le contrôle des naissances complètent les superstructures «modernes» 12 . La bonne pour enfants sert de com-

très

surtout quand ils ne veulent (sic) pas avoir

un grand nombre d'enfants, sans vouloir se priver du plaisir qu'ils goûtent dans le

énorme et très-commun parmi les époux

11. (199), p. 255, en 1782, en Normandie, «le crime

de l'infâm e Onan

est

mariage

riches et pauvres

»

12.

Un auteur hispanique, J. Nuiz Y Perpinâ, La humanidad de los espanoles

en las Indias, 1780, évoque les heureux résultats de la sagesse hispanique qui évita une population excessive. Cf. J . Dupâquier, «De l'animal à l'homme: le mécanisme

complément 13 . Cependant, présenter le refus de l'enfant (ou le choix de procréation) comme un progrès actuel, inconnu d'autres civilisations et d'autres moments est a-historique. Les attitudes populaires demeurent sensibles aux pressions sociales et religieuses. Tout ceci ne peut ne pas aller de pair avec les considérations hésitantes et contradictoires, d'inspi- ration politique, sur la population, plus ou moins commandées par le marché du travail (350). En somme, renvoyer la naissance d'un enfant, cela n'a pa de sens, n'existe pas à la limite: l'enfant refusé n'existera plus jamais. La pla- nification des naissances dans le souci de conditions favorables, fait dépendre l'individu d'une autorité historique, contradictoire avec la créativité de l'amour humain. L'Histoire est ce qu'elle est, pourquoi la masquer? Le contrôle des naissances (à la suite, celui du sexe de l'en- fant) généralise une sorte de crime contre l'humanité qu'est l'avorte- ment comme contrainte sociale, économique ou politique.

Mortalité infantile

Des réchappés à l'autorité parentale ou sociale, à ses choix, beaucoup meurent. Que les petits meurent facilement, tous les lecteurs d'ouvrages de Démographie historique le savent. Qui plus est on les aide à mourir en les confiant à une nourrice, ou en les abandonnant. Le statut des nourrices au lieu d'assurer aux enfants la protection qu'il n'est pas légitime que la société exige de la mère, ajoute à la misère des individus, en particulier des femmes et des filles. La société de classes, dans sa formation tout au moins, aide ainsi à diminuer les chances de vie des enfants (de même qu'elle abaisse l'espérance de vie en général) (138). C'est encore la «classe ouvrière» qui, avec «la garde de jour», invente les crèches (258). La «transition», concept passe-partout que la recherche dégage progressivement (128), est l'oeuvre des individus s'exprimant malgré le cadre qui leur est proposé et, en particulier, cette intervention que

auto-régulateur des populations traditionnelles», Revue de l'Institut de Sociologie (Bruxelles), 2, 1972. 13. Quittons pour un instant le monde austère des spécialistes: «A leur table, une fillette de huit ou dix ans, aux cheveux raides. Un visage brandebourgeois. L'enfant dîne entre le sceau à champagne et son père, devant la mère, qui la regarde sans la voir. Le regard des mères pour les enfants confiés à leurs bonnes». A. Flament, Côte d'Azur, Paris 1932, p. 230-1.

les travailleurs conquièrent, leur participation massive au changement idéologique.

L'enfant

tue

Cette intervention représente dans notre Histoire une action pro- fondément humanitaire, en faveur de l'enfant et aussi de la mère dans sa détresse. N'oublions pas que, poids et risque, l'enfant tue. Il ne pro- voque certes pas des hécatombes de mères en couches. Mais, quoique de façon très variable selon les pays, la mortalité féminine se trouve aggravée par les décès après la naissance d'un enfant que l'on a dû ondoyer. Les historiens nous apprennent à y voir un indice de la «con- dition féminine» (279, 281). La disposition à l'égard de l'enfant se trouve ainsi influencée.

L'infanticide

Condition féminine et celle des êtres en général, font que la dispo-

sition à l'égard des enfants subisse des pressions. L'infanticide demeura

caractéristique des sociétés

qui justifièrent la «correction

patern

jusqu'à la première moitié du XXe siècle (78, 294). Suite de ce qui a été dit précédemment, l'infanticide semble un élément de la relation

entre les êtres (284, 286, 287, 296) historique et peut-être aussi perma- nent. D'autres que les historiens admettent que dans chaque femme

forcée d'élever

un enfant «il y ait une Médée» 14 .

Démographie et transition

Sous le vocable transition, sorte de fourre-tout, se comprend la chute de la fécondité des ménages qu'inquiète en Occident 15 , ou sa ré-

Le Figaro,

19 novembre 1984. Le metteur en scène explique: «Enfin, à l'origine de Medée il y a une expérience vieille de dix-sept ans sous forme d'un film scientifique enregistrant les réactions de dizaines de femmes aux cris de leur bébé. La plupart, dans un premier geste incontrôlé, mais filmé au ralenti, se précipitent sur l'enfant avec une agressivité meurtrière qui se mue heureusement en caresse apaisante».

15. La bibliographie est vaste, par exemple, J. C. Caldwell, «Towards a Resta-

tement of Demographic Transition Theory», Population and Development Review,

2, 1976, 3-4; A. J. Coale, «Factors Associated with the Development of Low Ferti- lity: an Historic Summary», World Population Conference, New York 1965/2; du même, in The Demographic Transition. Proceedings of the IUSSP Conference, Liège

1973 ; H. Y. Musham, «Sur les relations entre la croissance de la population et le dévelop-

pement économique», Population, 1970, a. 25, n° 2; F. Van Heek, Van hoogkapitalisme

14. «En toute mère sommeille Médée», affirme Bod Wilson au journal

réduction plus ou moins forcée et plus ou moins réussie, chez les autres 16 . La modernisation, vue comme occidentalisation, commande les recher- ches ou bien les rend timorées. En vérité, il s'agit d'affirmer le capita- lisme avec le marché et la société urbaine. Fait démographique essentiel, l'enfant, dans la famille, moment historique, ne peut ne pas accompagner et déterminer la société et l'économie. Quoique vaste, l'ensemble, des titres proposés a été mesuré de manière à montrer la variété des apports. Ces témoignages et la com- plexité des superstructures protectrices, formatrices et à la suite, répres- sives, alimente les discussions sur la croissance économique. La repro- duction humaine en est-elle un facteur important? Quels sont les sens et les formes de son action? La question est posée et se justifie dans une Histoire comparative des civilisations. Telle qu'elle est étudiée, très souvent elle apparaît comme une fausse question, que l'Histoire politique explique alors que la tendance majeure cherche à évacuer l'Histoire politique. Tout ceci revient en force à propos de l'éducation.

2. L'ÉDUCATION :

FORMATION,

CONTRÔLE SOCIAL

ET

POLITIQUE

L'historicité de l'enfance révèle les liens «humains», sociaux, éco- nomiques, politiques qui situent l'individu, les choix admis et, moins clairement, un dessein toujours risqué, vaguement une alternative. Les relations de parenté comme les autres sont soumises à des contraintes sociales et aux règles d'ordre politique et économique. Afin de veiller à tout ça, pour le mieux, l'éducation forme chacun selon sa place dans la société et dans la communauté. Ceci commence avec la signature qui affirme des individus choisis, se poursuit par l'alphabétisation pro- gressive quoique inégale (449, 491), certes urbaine (488) dans le droit fil du développement régional, provincial. La documentation dont nous disposons, sélective, administrative, affirme ce caractère social et poli- tique de l'éducation, distingue garçons et filles.

lisme naar verzorgingsstaat. Een halve eeuw sociale verandering, 1920-1970, Boom 1973; P. Van Praag, «The Development of Neo-Malthusianism in Flanders», Popu- lation Studies, 1978, 3; H. Verbist, Les grandes controverses de l'Eglise contemporaine de 1789 à nos jours, Verviers 1971. 16. Cf. notamment: Donald J. Hernandez, Success or Failure? Family Planning Program in the Third World, London 1984; Ronald L. Krannich, Caryl Rae Krannich, The Politics of Family Planning Policy. Thailand. A Case of successfull Implementation, London 1983.

A propos de l'éducation, les ouvrages généraux édités durant ces deux dernières décennies font une place considérable à la «théorie» (387, 393, 394, 411). En outre, le caractère politique de cette historicité par- tiale s'exprime aussi par la délimitation géographique : l'Occident, «bar- bare» ou chrétien (406, 407), mais l'Occident surtout, c'est à-dire, l'Eu- rope et l'Amérique anglo-saxonne. Cette éducation que l'on prend gé- néralement soin d'accrocher à la société, est un des piliers de celle-ci, l'autre étant la famille (135). L'écriture et la signature individuelle 17 font les structures d'échange et de spéculation tandis que l'alphabétisation généralise graduellement le pouvoir de l'Etat moderne servi par sa langue «nationale», admini- strative et donc générale, initiatique par la grammaire d'abord, par l'orthographe ensuite. Ne nous attardons pas à montrer combien a été difficile l'établissement de la frontière. Il est rendu laborieux parce que les «modèles d'interprétation» tendent à la dépasser. En utilisant au mieux la diversité des monnaies, la recherche d'un équilibre nécessaire à la logique comptable s'étend aux «sentiments moraux». En effet, la frontière qui mesure l'application de certains systèmes, est allègrement ignorée par d'autres. Ou plutôt, les termes de son dépassement varient. Le cadre technologique devient lui aussi un instrument du pouvoir (392, 404). Que les rivalités s'érigent en grand sujet d'Histoire cela se mani- feste également dans la formation des citoyens.

Avant l'enfant en général, c'est la femme qui est récupérée 18 dans l'éducation et par l'historicité qui veut bien faire (390, 412). Sorte de défi, il arrive qu'un titre rappelle Tagore (403). C'est naturellement autre chose le modèle occidental de l'enseignant (397,855), ce «col blanc» (396). Formatrice et responsable de l'avenir, l'éducation est assez rapi- dement prise en main par l'Etat qui se voit forcé d'en écarter l'Eglise. Arme de guerre, l'éducation doit détruire celle de l'ennemi, ou bien, instrument de «civilisation», elle parfait l'acculturation. En face, la ré- sistance des peuples et la révolution cherchent à mobiliser la jeunesse, avec plus ou moins de conviction et des résultats inégaux. La moderni- sation, c'est l'occidentalisation par des moyens utilisés après la guerre

(844).

17. Une thèse nous a donné l'occasion de montrer comment l'écrit, la signature

et les correspondances sont à l'origine des superstructures «modernes», capitalistes, en particulier dans les affaires et la banque, cf. Lexique, temps, histoire, Paris 1970.

18. Cependant, nous n'avons pas connaissance d'ouvrages récents concernant

par exemple, ce pionnier que fut Dorothea Beale (1831-1906). Cf. Elizabeth Raikes,

Dorothea Beale of Cheltenham, 1908.

En conséquence, trois perspectives font autant d'ouvertures pour l'historicité de l'enfance et de la jeunesse dans l'éducation : (1) l'Europe plus les Etats-Unis et le Canada, (2) l'outre-mer y compris les Etats à prédominance «blanche» qui ne sont pas anglo-saxons, (3) les pays de l'Est européen dans leur recherche d'une autre modernisation à la fin toujours confondue avec l'occidentalisation. Une bibliographie assez importante appuie ces propositions. Parce qu'elle est vaste, nous négligeons l'enseignement universitaire, les uni- versités et ses grandes figures que nous retrouvons toutefois à propos de leur action, lorsque celle-ci se déclare politique et concerne l'insertion des jeunes dans la cité. Les réalités historiques elles mêmes et les distinc- tions qui viennent d'êtres faites nous amènent à présenter des dos- siers nationaux. Ce que cela peut avoir de fastidieux se justifie par l'inégalité de la place accordée à l'éducation et à son étude dans chaque pays selon son degré de modernisation.

L'Etat

plutôt que l'Eglise

En Occident, l'éducation se développe dans la sécularisation des esprits. En conséquence, le modèle occidental prédomine dans notre dossier par la quantité et la variété aussi des titres et des questions dé- battues. L'affirmation du pouvoir de l'Etat, le renforcement de son ac- ceptation par les populations et le raffinement de sa machine répressive ont varié évidemment selon les pays et leur histoire. Plus brutales ou davantage pliées au cadre dans lequel s'accommode chacun d'eux, les conditions faites à l'enseignement sont un élément de diagnostic essen- tiel sur la situation sociale et la place faite aux êtres, aux enfants, aux jeunes, mais aussi aux femmes et aux hommes. La polémique entre R. D. Anderson (418) et E.G. West (506) semble gagner à être comprise dans ce sens, sans «idéaliser» mais aussi sans diminuer la pression des faits économiques. Plutôt qu'une quelconque égalité des chances, l'effet inéluctable d'imitation s'impose, accompagné par ailleurs de l'irrésis- tible insertion des masses, femmes, jeunes, enfant compris.

Le

Royaume-Uni

Commençons par le monde anglo-saxon puisqu'il a imposé sa do- mination économique, financière, technologique, suscita l'imitation et consacra l'efficacité ; du coup, il écrasa les velléités de modèle national et les efforts d'expression propre (y compris la mobilisation de l'épargne

déguisée désormais récupérée). Les conséquences linguistiques n'en sont pas minces. Au Royaume-Uni 19 , plusieurs histoires générales de l'éducation s'ac- compagnent (420,454,455, 461,462, 492) de recueils et ouvrages concer- nant certaines époques en particulier : la Renaissance (429), le temps des Tudor et des Stuart (431,484). L'Ecosse y a une place privilégiée, naturellement (417, 418, 505). L'alphabétisation aux XVIe et XVIIe siècles (431,432,447,491), ses progrès dans les villes provinciales (489), font écho à la Révolution industrielle et aident à expliquer le fait uni- que de l'Histoire imité ailleurs avec des délais et des succès variables. Les développements que connaît l'éducation populaire au temps de la Révolution industrielle, leurs variations régionales, ont suscité des ouvrages importants (440, 488, 501, 506), dont la discussion se poursuit. L'influence de l'apport populaire celle du standard de vie, posent en effet des problèmes multiples d'interprétation, concernant les capacités matérielles des travailleurs et leur participation à ces développements dans une situation de simple reproduction de la force de travail. Au XIXe siècle, l'assistance devenue indispensable (453, 458, 459, 401) pose des problèmes liés à l'éducation des pauvres et au contrôle social. En devenant comme consommateur un élément majeur de l'éco- nomie, le travailleur retrouve encore devant lui des restrictions politi- ques et donc culturelles (436). La formation d'un système national d'édu- cation (462) compte sur l'intervention d'hommes éclairés (460), des, hommes supérieurs 20 (415, 470, 473,480,490) qu'influencent Stuart Mill, Buchanan, Manning et Owen, Swendborg et Pestalozzi et que freinent des courants religieux (410, 423, 405, 477, 500). L'Etat s'impose (437, 499), l'éducation populaire s'affirme (441, 482, 493). La société elle en- core, explique par son changement, l'éducation que se donnent les ré- gions industrialisées (478). Mais la généralisation d'un système d'ensei- gnement élémentaire soulève des résistances (415). Aux dispositions prises en 1870 sont attribuées toutes sortes de

pour l'éducation un siècle de progrès dans une

conséquences ouvrant

19. Qu'il nous soit permis d'ajouter: H. J. Burgess, Entreprise in Education. The Story of the Work of the Establishment Church in the Education of the People Prior to 1870, London 1958 ; A. K. Clarke, A History of the Cheltenham Ladie's College, 1953 ; F. Watson, The English Grammar Schools to 1660, 1908; et du même, The Old Gram- mar Schools, 1916; L. B. Wright, Middle-Class Culture in Elizabethan England, Chapel Hill, 1935. 20. Disons du cardinal Henry Edward Manning, moins connu en Europe con- tinentale que les autres, que fils d'un marchand des Indes occidentales, ce professeur

enseigne dans les slums de Westminster

(1808-1892).

conception nouvelle de l'enfant (437,440,403,494). Cependant l'histori- cité de l'enfance et de la jeunesse suscite aussi des travaux sur les éco- les villageoises (451), l'action des syndicalistes (457, 460. 504), des tra- vailleurs et de la classe ouvrière (469, 506), du parti travailliste, au XXe siècle (468, 483). Toujours il semble trop optimiste de croire à l'inter- vention des travailleurs (417) dont l'absence explique le retard pris en Europe continentale, y compris en ce qui concerne l'action politique. Des réformes (en 1920-40 : 482), le changement qu'apporte la deu- xième guerre mondiale (445), font céder du terrain devant la poussée des jeunes consommateurs à l'âge de l'industrie de masse : alimentation, vêtement, confort, puis loisirs. Lentement, une zone d'ombre est éclai- rée en particulier; elle laisse enfin découvrir l'éducation féminine. Des mythes ont la vie dure, celui d'une classe moyenne victorienne et des jeunes filles sages protégées par des ménages exemplaires (424). Contra- dictoirement, un «idéal féministe» se dessine (427, 444) malgré les ré- sistances et les atermoiements (443). Dans une situation qui semble très variable, les filles seraient globalement défavorisées (472). En Ecosse, vers 1861-70, leur scolarisation est de 79%, celle des garçons étant de 89% (418). Certes il faudrait voir au contenu de l'enseignement, rap- peler que pour ce qui est du travail, l'engagement est dans l'ensemble comparable (350). Aussi vers le milieu du XIXe siècle leur scolarisa- tion au dessus de 11 ans aproche-t-elle dans beaucoup d'endroits celle des garçons (356). Une situation plus égalitariste qu'il ne semble du point de vue de l'antagonisme féminin-masculin, des perspectives de classe qui semblent irréductibles, continuent de valoir à l'Histoire des Bri- tanniques un dynamisme certain. Mais rien sur les enfants des immi- grants. L'enfant et le jeune demeurent plutôt sujet des pédiatres, des psychologues et des psychiatres ou des sociologues, en somme, des êtres à guérir.

L'Irlande

Faisons une place à part à ce jeune pays divisé. Ce n'est pas ré- jouissant. Le système irlandais d'éducation a été présenté par diffé- rents auteurs (508, 511, 513, 515). Si à propos du nord du pays il s'agit d'éducation «en pays ennemi» (509), l'indépendance n' a pas apporté que des avantages (510).

Le Canada

Les collèges classiques du Canada français depuis le XVIIe siècle (518), la contribution des écoles au développement régional (Saskatschew

chewan: 519), s'ajoutent à la question scolaire (Manitoba et Nord-Ouest:

517) comme sujets d'intérêt. L'Etat joue son rôle terne face aux mino- rités (520). Une histoire générale (521) apparaît également dans un dos- sier sans doute très incomplet.

Les

Etats-Unis

Aux histoires d'ensemble (531, 540, 543, 544) 21 ou sur l'époque co- loniale (526, 535) et les théories de l'éducation (576) ou «l'américanisa- tion de Pestalozzi» (549) s'ajoutent des monographies sur différentes institutions (551, 581). L'éducation et les succès scolaires des immigrants au début du XXe siècle ont mérité également des études particulières (568) 22 . Les changements du XIXe siècle (556), aussi bien que les menaces de crise (557) ont inspiré les chercheurs, de même que l'intervention de la politique (552), le rôle même de l'instruction : usines de culture (572), fabrication d'une aristocratie (577), impérialisme culturel sous le man- teau de la philanthropie (524). Un enseignement qui se veut utile à l'industrie (540), devant préparer la mécanisation de l'agriculture (541), se développe en milieu urbain (532, 555, 503,581). Il est classiste et bigot (546, 562, 574). Religion et éthique dominent. Les Israélites organisent leur propre enseignement (570). Le sort peu enviable réservé aux noirs revient souvent comme sujet (527, 528, 537, 542, 554, 564, 566, 569, 573, 574, 583, 585, 586). Le progressisme sied aux blancs (559). Parmi les hommes de bonne volonté de l'époque où fut créée la «National Society» se distingue Francis W.Parker (1837-1902), enseignant dès l'âge de 16 ans qui après s'être battu dans la guerre civile parfit sa formation en Europe et introduisit aux Etats-Unis des méthodes nouvelles, créa des écoles et écrivit (529). Quoi qu'il en soit, ségrégation et discrimination de- meure le lot de beaucoup dont les filles, malgré la lutte des femmes (534, 560). L'égalité des diplômes est également un mythe (533). Au fait, il s'agit d'une discrimination sociale qui se traduit par l'enseignement, son caractère et ses réussites ou ses échecs. Pourtant la société et l'édu- cation américaines se féminisent (530,539,578). L'Etat fédéral s'engage (548, 561, 584). L'Histoire très vivante de ces trois ou quatre siècles

21. Dans un souci d'ouverture, rappelons James S. Coleman et al., Parents,

Teachers, and Parents,

1977.

22. Ajoutons aussi: Don T. Nakanishi, Marsha Hirano-Nakanishi, The Education

of Asian and Pacific Americans: Historical Perspective and Prescriptions for the Future, 1983.

d'éducation de l'enfance et de la jeunesse doit beaucoup à l'émergence d'auteurs féminins. Quelles en seront les suites ?

La France

Autrement engagé l'Etat français subit des pressions diverses de celles connues dans les mondes anglo-saxons, mais sur un fond commun de sécularisation des esprits. Le gallicanisme n'a pas évité cet écueil (mais l'Eglise n'a-t-elle pas été également nationalisée en Angleterre ?). En outre, demeure un fait majeur de l'Histoire française la concentra- tion du pouvoir et des moyens 23 . Sa dialectique est dans l'antagonisme entre la bureaucratie parisienne aux formulations simples et brutales, et les successives émergences régionales que celle-là doit soumettre plus qu'elle ne se préoccupe de centraliser les moyens nationaux. Cependant une production riche 24 concerne désormais les régions que la réforme universitaire consécutive à 1968 équipa tant bien que mal de centres de recherche et d'édition. Beaucoup d'ouvrages sont dûs à des historiens étrangers et souvent édités dans leur pays (592, 604, 608, 669). Juste retour des choses, les chercheurs français n'ont parfois l'oc- casion de s'exprimer qu'à l'étranger. La scolarisation mérite l'atten- tion de quelques auteurs (599, 600, 607, 741). Le Nord se montre très en avance jusqu'au dernier quart du XIXe siècle (652). L'alphabétisa- tion 25 commence à être étudiée (616) sans que cela ne concerne nécessai- rement les jeunes et n'exprime davantage l'éducation que les mœurs (631, 632, 647). L'instruction sous l'Ancien régime est présentée dans un assez grand nombre de travaux, pour la plupart d'intérêt local (603, 630, 651, 666, 667, 686). De ce point de vue, des institutions (591, 609, 673) et des hommes (617, 672) sont suivis dans leur attachement à l'éducation. Une révolution culturelle semble avoir précédé la Révo- lution française (670, 671,700). Sous la Révolution, la question scolaire est débattue (642, 668, 694). Mais la laïcisation (593, 665, 693) ne met pas fin aux querelles : celle des manuels (588, 692), celle de l'enseigne- ment pour les filles, qui vient de loin (597, 649, 660, 663, 676, 677, 678). Encore une fois on constate que le contenu de l'enseignement est prati-

23. Cf. Bertrand Badie, Pierre Birnbaum, Sociologie de l'Etat, 1979, 1982 a .

24. Rappelons l'information indiquée dans la note 1 (Th. Zeldin).

25. Une étude est annoncée: Etienne François, «Premiers jalons d'une approche

comparée de l'alphabétisation en France et en Allemagne», Histoire sociale, sensibi-

lités collectives et mentalités. Mélanges Robert Mandrou

(Paris 1985).

pratiquement nul : réciter le catéchisme, préparer les fillettes à devenir mères de famille. A travers l'Empire (669) et les successives Républiques (595, 638, 640) 2e des hommes se disputent à propos de l'éducation ou la façon- nent. A ceux qui discutent «les modèles français», Rousseau 27 étant na- turellement rappelé (602), s'ajoutent des commis de l'Etat comme Hyp- polyte Fortoul (682), Victor Duruy (649, 661), Jean Zay (606) ou Louis Edouard Maggiolo (626, 681), et des gens d'Eglise comme Jean Bosco. Ils pensent au peuple et aux pauvres qui doivent travailler. Enfants et jeunes sont traités en futurs citoyens, en adultes diminués demeurant quant à eux dans un autre monde qu'il faut tolérer. Malgré les contrain- tes ou en raison précisément de leur insertion nécessaire dans la vie économique et politique, dans la cité en somme, un constant souci de protection de la société, de l'ordre, des patrimoines s'exprime avec en arrière plan, un monde rural récalcitrant.

Dans la bibliographie réunie la ligue de l'enseignement est étudiée (650) et la formation des maîtres (613, 633), en particulier celle des pre- mières institutrices laïques (620). La pédagogie (690) et les grands inno- vateurs que l'on néglige comme Freinet (629), l'enseignement de l'His- toire (595), mais aussi de l'éducation physique (1088, 1089, 1098) sont présents. Le corps devient lui aussi sujet d'une Histoire Gestalt très des- criptive dans l'ensemble. Dans le même esprit mais peut-être avec davantage d'à-propos,

le scoutisme

d'un projet bien défini» (643, 644). En revanche, «l'éducation globale» (654) étudiée dans une thèse, entre à peine dans cette bibliographie ré- cente portée par des modes assez insipides. Certes, les enfants ouvriers ont droit à un petit rappel (596, 618) de même que l'enseignement pro- fessionnel que Don Bosco propose aux jeunes pauvres de Nice (622). Orientations ouvertes ou académiques, mal tamisées par le poids des traditions, rompent difficilement l'indifférence à l'historicité de l'enfance et de la jeunesse qu'entretient également une Histoire friande de «beaux livres». Mais ne s'agit-il pas là de la même pratique marchande qui fait la fortune des pédiatres, «psychanalistes freudiens» et autres «janoviens», pour «paumés» qu'ils se déclarent ? Les uns et les autres respectent par-

est mis en lumière

«en tan t qu'expérience parallèle dotée

26. Cf. aussi M. Gontard, L'enseignement primaire en France de la Révolution

à la loi Guizot (1789-1830). Des petites écoles de la monarchie d'Ancien régime aux

écoles primaires

27. Cf. A. Ravier, L'éducation de l'homme nouveau. Essai historique et critique sur le livre de «L'Emile» de J. J. Rousseau, Issoudun, 1941 2 vol.

de la monarchie bourgeoise, Lyon 1959. Thèse.

parfaitement

c'est-à-dire de la société 28 .

la distance entre le quotidien et l'intérêt réel des individus

Les pays de langue allemande

Cela peut sembler arbitraire de traiter dans un même chapitre l'ensemble des pays de langue allemande. Cependant l'Histoire des an-

ciennes parcelles du Saint-Empire, à ses antipodes celle de la Prusse, cet

imposé dans «la con-

fusion entre l'Etat et la société», celle enfin des pays qui leur ont suc- cédé, justifie l'amalgame. La moisson est riche. Ici aussi l'apport ex- térieur est important. Dans chacune des époques distinguées, les pro- blèmes demeurent essentiellement politiques et les auteurs étrangers aident encore une fois à faire la lumière. L'endoctrinement religieux et politique ses constantes jusqu'au XVIIIe siècle et même sous l'Empire allemand, ont été bien montrés (708, 711, 715, 717, 721, 722, 734). Les tendances radicales de la Réforme semblent avoir été effectivement balayées avec les velléités qu'écrasa la dénommée «guerre des paysans», cette grande tentative des peuples de disposer d'eux-mêmes. En attendant, l'alphabétisation a été retar- dée jusqu'au XVIIIe siècle par la peur des Radicaux (712, 714). Il est alors temps de réformer l'enseignement. De Leibniz à Gœthe (733) et par la suite, les philosophes et les grands esprits s'y attachent (725, 735, 736).

L'époque des lumières prépare ces réformes (724, 728, 729) y com- pris pour les minorités orthodoxes (703). Au XIXe siècle, ce temps des révolutions où la bourgeoisie a encore son mot à dire (723) on retrouve les controverses religieuses et les exigences des femmes (730). La lutte s'engage entre les travailleurs (727) et l'Empire allemand (719, 720). Un renouveau pédagogique (710) entre dans la politique de la Répu- blique de Weimar (723, 726). Agitation (737) et progrès dans l'éduca- tion trouveront leur fin sous le Nazisme (706, 718). L'après-guerre intro- duit l'influence anglaise (716). Le socialisme d'Etat avait utilisé une éducation libérale (719), l'instruction demeurant un monopole auquel s'intéressent les travailleurs (704, 705) 29 .

Eta t institutionnalisé d'emblée qui, importé s'est

28. Notons un travail modeste: Essakali, La scolarisation des enfants des travail-

leurs immigrés, Nice 1984. Mémoire de maîtrise.

29. Nous poumons y ajouter: Katharine Derrill Kennedy, Lessons and Learners :

Elementary Education in Southern Germany, 1871-1914, Ph. D., 1982, Stanford Univ.

L'Italie

Le Piémont est des rares Etats dont la formation s'appuie sur les

structures anciennes autant que dans le cas français, quoique les spécia- listes le négligent. Us sont invités à le faire par le sort que la France

a réussi à imprimer aux nations italiennes, en poussant à leur union.

Etat récent, dont l'institutionnalisation ne parvint pas à adapter l'acquis piémontais, l'Italie demeure attentive au passé de chacun de ses pays : Parme et Plaisance sous les Farnèse (746), Venise et la Véné- tie (740, 765), le Piémont (739, 760), le Mezzogiorno (749), Rome à ses débuts de capitale nationale (755). Un dossier intéressant concerne

l'institution des jardins d'enfants, l'action de l'abbé Ferrante Apporti (1791 - 1858) 30 , la résistance cléricale à l'influence saint-simonienne et

le choix piémontais en leur faveur malgré le décret du Saint-Office qui

défendait l'introduction des écoles maternelles (1837 : 743, 744, 745, 751, 760). Par ailleurs, parler de l'enseignement technique c'est en dire

l'inefficacité (761). L'époque fasciste fait toujours parler d'elle (741, 748, 757, 759), à propos des réformes de Gentile (738, 766) et de Bottai (752); la lutte entre la liberté et la religion, la part de la propagande (756, 762), ne font cependant pas négliger la pédagogie des anti-fasci- stes (747)· La grande figure de Maria Montessori est rappelée ailleurs,

à Oxford (753) 31 et d'importants ouvrages généraux ont été édités ou

bien sont en cours de publication (754, 758, 763, 764). Ici comme ail- leurs, l'Histoire et en particulier celle de l'éducation profite du concours

de chercheurs et d'éditions étrangers.

Le Bénélux

Encore une fois, il s'agit de pays que l'Histoire a séparés, mais de langue différente en créant des Etats à tendance fédérale, surtout celui du nord, issu de la lutte contre l'Empire habsbourgeois, lui même cen- traliste plutôt qu'enclin à la concentration du pouvoir. En effet, les espa- ces qui demeurèrent plus longtemps sous une administration impériale,

30. Rappelons: F. Apporti, Elementi di pedagogia, ossia della ragionevole educa-

zione dei fanciulli. Roma, 1847, P. Curci, «Gli asili d'infanzia. Loro cagioni e origini straniere», Civiltà cattolica, 1855, XI; «Gli asili d'infanzia nei loro inizi in Italia», ibid., XII ; «Gli asili d'infanzia quali sono al presente in Italia», ibid., XII.; G. Calo, «F. Aporti e gli asili infantili», Revista d'Italia, 1927 (15 settembre) ; A. Gambaro, «I due apostoli degli asili infantili in Italia», Levana, 1927 ; du même, Educazione e politica nelle relazioni di R. Lambruschini con Aporti, Torino 1939.

sont les moins astreints à un pouvoir bureaucratique que la bourgeoisie marchande créa au nord plus que l'industrialisation ne l'a exigé au sud. La présence de ces pays dans notre recueil bibliographique se tra- duit, à propos de l'éducation, par une forte majorité d'ouvrages en fla- mand. La scolarisation en milieu rural (767, 768, 774) et urbain (769), le personnel enseignant (770, 771) et les idées pédagogiques (772) ont été étudiés pour les temps qui précédèrent la scolarisation obligatoire (en Belgique, 1914). L'intervention de la politique au XVIIIe siècle (775) et l'établissement de l'éducation primaire en Belgique (778) ont mérité l'attention des chercheurs. Des études de caractère général (779, 780) complètent avec un livre sur les écoles primaires dans la ville de Luxembourg sous le régime français (776), un tableau réaffirme la con- vergence entre vie politique, société et éducation quelle que soit la variété des situations.

La Confédération helvétique

Avec la «Suisse» nous abordons l'Etat tout autre que bureaucratique et un dossier mince. Concernant Pestalozzi rappelé à Berlin et à Frank- furt a.M. (781 bis, 784) et «adapté» aux Etats-Unis (549), Zwingli (786), les sources bernoises sur l'éducation (785), l'action des jésuites au temps des lumières (782) et celle des réformés (781), l'intervention de la presse (783), les travaux d'Histoire de l'éducation helvétique que nous avons pu réunir sont peu nombreux.

Les pays nordiques

Des Etats dont l'institutionnalisation est relativement récente dans deux cas sur quatre présentent une variété de thèmes considérable. Pas de titres norvégiens dans cet ensemble. L'alphabétisation et l'éducation élémentaire en Suède (791), les écoles rurales au Danemark (796), l'ins- truction élémentaire (793, 794) et le débat politique sur la coordina- tion des enseignements, primaire et secondaire en Finlande, au XIXe siècle (800), les buts des écoles secondaires en Suède encore (795) ont été étudiés récemment. Des questions particulières aussi, notamment la formation des fonctionnaires suédois à l'aube des temps modernes (787). Le traditionalisme n'est pas absent des écoles suédoises (803); les en- fants lapons ont reçu au XVIIe siècle un enseignement religieux (797). Mais l'instruction technique mérite dès le XIXe siècle la faveur des par- lementaires suédois (802). La réforme scolaire suédoise de 1927 et ses

antécédents (1927) nous sont présentés (789) de même que la situation des femmes dans l'Université finlandaise (788) et la liberté académique en Suède (799). La pédagogie finlandaise au XIXe siècle (790) et la formation des maîtres en Finlande aussi (792), l'enseignement dans le Slesvig du Nord sous le règne prussien (798) et les études supérieures populaires au Danemark (801) sont d'autres sujets traités.

Les pays ibériques

Le Portugal Etat ancien, fortement unitaire depuis le XIVe siècle, se trouve géographiquement confronté à la fédération assez lâche de pays que la langue espagnole ne parvient pas à unifier. Des ouvrages généraux concernent le Portugal (807) et l'Espagne (812). L'expérience libérale en Catalogne de 1820 à 1823 (813), une initiative de la Ensena- da (811), la pédagogie d'un projet (815), la censure gouvernementale au XIXe siècle (814), les relations entre éducation et marché du travail sous Franco (810), quelques figures de la pédagogie, hommes et femmes (804), forment le dossier espagnol 32 . Le portugais comprend des élé- ments sur le choix des livres pour l'enseignement du latin et du grec lors de la réforme du XVIIIe siècle (805) et trois ouvrages sur la réforme récente (808), l'éducation infantile (807) et les enseignants (809).

Les mondes d'outre-mer

L'éducation coloniale garde son importance (826) quoique les titres que suscite la destruction de l'Empire japonais, la décolonisation et la progression du communisme invitent à voir tout ce qui a été publié de- puis la deuxième guerre mondiale 33 . Le plus proche, le continent africain vaste et riche territoire dans

32. Nous pouvons y ajouter: Gregoria Carmena, Jesus G. Regidor, La escitela en el medio rural, Madrid 1984, et José Manuel Zumaquero, Los derechos educativos en la Constitución espanola de 1918, Pamplona 1984. 33. Cf. par exemple: W. C. Eelis, Communism in Education in Asia, Africa, and the Far East, Washington 1954; R. K. Hall, Education for a New Japan, New Haven 1949; K. Humayun, Education in New India, London 1956; M. Lindsay, Notes on Educational Problems in Communist China, 1941-47: With Supplements on Develop- ments in 1948 and 1949, New York 1950; M. Haider, Village Level Integrated Popu- lation Education: a Case Study of Bangladesh, London 1982; G. White, Party and

Professionals. The Political Role of Teachers in Contemporary China, London 1981 ; M. Yen, The Umbrella Garden : A Picture of Student Life in Red China, New York

1954.

lequel on a vu une prise facile sinon légitime, connaît des difficultés pour la formation professionnelle de ses jeunes (846). En Afrique occi- dentale, pour la France, était-il question «de mission civilisatrice ou de formation d'une élite ?» (820, 821). De toute manière, les blancs jugent les noirs au Congo de Léopold (860), l'administration britannique s'oc- cupe de l'éducation au Kenya (842, 850, 856). Etudiée, l'Histoire de l'éducation au Nigèria et au Ghana (831, 833, 837) est comparée (835). On voit comment les Portugais exportent leur langue et leur culture en Angola (849). L'indépendance développe l'éducation par exemple en Zambie (843). En Egypte, l'islam tente de s'accommoder de «l'idéal socialiste» (825). Très loin, en Australie (836, 855) et en Nouvelle-Zélande (839, 845), rien n'est de trop pour les colons de la bonne race. Les projets d'éduca- tion sont ambitieux. L'Asie nous apparaît à peine, en dehors du Japon (827) qui sait préparer ses élites (848) éduquer son peuple (838, 853) et, après la défaite, apprendre la démocratie à l'école du vainqueur (844), de la Chine dont l'instruction à l'époque des Ming offre des parallélismes avec l'Italie de la Renaissance (841) et qui cherche enfin une voie pour entrer dans le concert des nations (819, 851). Elle est quand même pré- sente encore avec l'Inde (829, 834) ce continent qu'avaient entamé les Portugais après l'islam. L'autre vaste suite de continents qui était à prendre au XVIe siè- cle, le monde occidental des empires perdus et des peuples sans histoire que la presse fit appeler l'Amérique, présente avec toute sorte de si- tuations, une sensibilité très diverse à l'historicité de l'enfance et de la jeunesse à travers l'étude historique de l'éducation. Ici l'acculturation n'a pas été entièrement réussie, peut-être parce que le génocide fut pous- sé moins loin qu'ailleurs et la colonisation changea davantage les con- quérants. La même difficulté ou un égal refus qu'en Europe, pour la langue espagnole, d'unifier les peuples, semblent dûs aux emplois que le pou- voir imprima à sa bureaucratie, très particulariste et aux conditions propres de mobilité verticale. Dans le Nouveau Monde il en résulta la prolifération d'Etats plus anciens que beaucoup d'Etats européens. L'information à leur sujet passe mal. L'Histoire de l'éducation à l'épo- que coloniale concerne dans nos dossiers le Mexique et sa réforme de l'enseignement (816), les Indes Occidentales néerlandaises et le choix ouvert entre «éducation occidentale» ou «éducation nationale» (832), la Colombie britannique (859) et la Jamaïque (824). L'indépendance fait que l'on nous parle de l'enseignement dans la Grande Colombie bolivarienn

rienne (828, 847). Avec elle arrive aussi l'heure du choix entre les mo- dèles occidentaux, notamment pour le Mexique (830), de l'effort maté- riel à consentir (Guyanna: 817) et du changement (Guyanna: 840), du bilan (Jamaïque : 857). Celui-ci est particulièrement satisfaisant pour un pays dont l'éducation a été libérée depuis peu, le Nicaragua (818). Le Brésil, immense pays qui toujours demeure tourné vers l'avenir,

dont l'unité a été cimentée par la langue portugaise et le passé étatique

de la puissance colonisatrice, ne figure pas dans notre dossier malheu-

reusement.

Les pays de l'Est européen

L'Allemagne démocratique ayant figurée dans l'ensemble des pays

de langue allemande, il s'agit, à l'exclusion de la Russie et de réalités

lointaines, hongroises ou autres, d'Etats récents, plus récents que ceux des anciennes colonies d'Amérique. Ils se trouvent tous tournés vers

la modernisation vue comme occidentalisation. Notre information est

relativement pauvre sur l'historiographie de l'éducation dans certains

de ces pays, quoique des titres d'éditions occidentales s'y ajoutent. A ce

propos, une bibliographie récente souffre des maux qu'elle peut porter

en elle même : retard dans l'étude de problèmes rencontrés en Occident,

primauté donnée à d'autres sujets, sensibilité différente à des questions qui ont marqué les sociétés dans l'après-guerre.

Les pays balkaniques

Leur formation date d'hier. Des pays balkaniques, nous connais-

sons pour ces dernières années, des titres provenant de la Bulgarie et de

la Roumanie, plus un seul concernant la Turquie (870). Aucun titre

yougoslave; abstenons-nous de parler de la recherche grecque entre

autres raisons, parce qu'il serait outrecuidant de vouloir présenter celle-

ci à Athènes.

Venant de la Bulgarie, l'Histoire de la pédagogie (865), celle de l'enseignement bulgare à Galatz (872), s'ajoutent à des études sur les

relations entre l'éducation bulgare et la Russie (862), la France (863)

et le pays slaves (869), et la Macédoine (866). Pour la Roumanie nous

avons des travaux historiques sur les écoles roumaines en Transylvanie (869, 868), les fondateurs de l'école roumaine au XIXe siècle (864), l'His- toire de la pédagogie (867). Notons qu'il est délicat de faire le tri entre ce qui revient à la Roumanie, à la Serbie, à la Bohême, à la Hon- grie, que ce soit du simple point de vue territorial ou de celui de la na-

nationalité des auteurs. Où placer la scolarisation des minorités serbes, au XVIIIe siècle, dans le Banat impérial ? (871).

La Hongrie

Issu de l'ensemble impérial, doté d'un passé richissime, cet Etat hérita d'une bureaucratie que le service seigneurial avait bien préparé. L'information qui nous est parvenue sur l'Histoire de l'éducation est variée et relativement importante. Les collèges (873, 874), les réformes scolaires et la pédagogie (882, 883, 889) de l'absolutisme éclairé ont été étudiés en relation avec l'établissement de l'éducation nationale (876). Des titres concernent la scolarisation au XVIIIe siècle de minorités, l'un d'eux vient de loin, de Jérusalem, sur les Juifs, en Hongrie ainsi qu'en Slovaquie, en Transylvanie et en Ukraine (879). L'élaboration des statistiques de l'éducation, 1838 - 1900, mérita un article récent dans ce pays qui sait les apprécier depuis longtemps (880). La situation de l'in- struction populaire catholique dans la Hongrie rurale durant la premiè- re moitié du XIXe siècle a été étudiée (888). L'Histoire de la pédagogie en 1849 - 1919 donna lieu à une édition de documents (885); des aspira- tions pédagogiques de la République des Conseils (875, 884) précèdent celles de la résistance au nazisme (881) et la réforme qui mena à la na- tionalisation des écoles en 1948 (877). Des penseurs et des pédagogues ont été le sujet d'autres travaux (878, 889).

La Pologne

L'époque moderne vit les Polonais chercher à institutionnaliser un Etat de manière originale et lutter contre leurs voisins sans pouvoir stabiliser leurs frontières. Cette lutte constante du peuple polonais pour la survie est patente dans les ouvrages d'Histoire de l'éducation. Le livre et l'école du XIe siècle (894), la pensée scientifique moderne dans les écoles et dans les collections de livres du siècle des lumières (917), sont des sujets d'un intérêt rare. Ajoutons-y l'étude du système des écoles paroissiales dès la fin du Moyen âge (905, 906, 923), celle de l'enseigne- ment des jésuites (907). Distinguons les travaux sur l'enseignement de l'Histoire du XVIIe siècle aux lumières (908, 912, 916), sur les change- ments qui ont affecté l'enseignement au XVIIe (906). Celui que les étrangers imposent et la résistance nationale qu'il suscite (897, 898, 900, 909, 921, 922, 925), met en avant la ville de Gdansk comme un des théâtres de ce combat jusqu'à la deuxième guerre mondiale (912, 913, 915, 918,919). Heureusement, la Commission de l'Education Nationale

et son action au XVIIIe siècle ont été célébrées récemment ce qui les fait enrichir encore notre dossier (890, 892, 895, 899, 911). Des péda- gogues sont rappelés : Jan Sniadecki (891), Janusz Korczak (896, 926), Friedrich Adolf Dieterweg (902), ainsi que Ignacy Potocki pour sa cor- respondance relative à l'éducation (1774-1809: 913). Un pays seigneu- rial s'y connaît en bureaucratie. D'autres travaux ont un caractère plus général, sur l'infrastructure

de l'instruction publique de la Seconde République (904), l'enseignement

primaire dans le nord du pays (en 1945 - 1970 :

920), la politique de

l'instruction publique (903). Enfin, une Histoire de l'enseignement pu- blic polonais va de 1795 à 1945 (924).

La Tchécoslovaquie

Nous avons pu réunir pour ces dernières années un petit fichier sur l'éducation dans les pays tchécoslovaques qui n'est pas sans intérêt. Un article concerne l'éducation, la religion et la politique en Bohême de 1526 à 1621 (936,711), des études précisent les réalités de l'éducation primaire (927), des écoles techniques (928, 929), des écoles urbaines en Bohême (938), de l'instruction en Slovaquie au XVIIe siècle (939), de l'éducation populaire au XIXe siècle (940). Le développement de «l'éducation pour tous en Bohême» nous est présenté (933), une Histoire s'occupe de la pédagogie tchèque et slovaque (934). Un inventaire des enseignants et des écoles de Bohême jusqu'en 1900 (937), un ouvrage sur la mise en place du système tchèque et slovaque d'enseignement dans les an- nées 1918 -1919 (930), complètent nos connaissances actuelles sur l'His- toire de l'éducation en Tchécoslovaquie avant la deuxième guerre mondiale. Deux ouvrages étudient l'enseignement en Slovaquie sous le régime cléricalo-fasciste (932, 935). Par ailleurs, l'œuvre de Jan Amos Comenius, ce Morave pan-européen qui finit sa vie à Amsterdam après avoir, entre autres, réformé les écoles de Transylvanie, est en cours d'édition à Prague (931).

De la Russie à l' U.R.S.S.

Notre moisson est limitée par la nature même de nos sources d'in- formation. Elle comprend un article sur l'enseignement technique au temps de Pierre le Grand (949) et des travaux sur les idéaux pédagogi- ques au XVIIIe siècle (943), et l'éducation sous l'Empire (948), le rôle des jésuites (944) et l'influence de l'école de Lancaster (952), ainsi que sur les réformes du temps de Dmitry Tolstoï (951). Une étude finlandaise

se concerne l'éducation dans l'Alaska sous la domination russe (940). Tous ces travaux sont d'origine étrangère. L'impact de la Révolution sur la pédagogie (941) et l'action de l'Armée Rouge pour l'alphabétisation et la formation de cadres ruraux échappent assez à notre sujet mais méritent d'êtres notés (947). Nous y revenons avec un titre sur la création de l'appareil de l'éducation na- tionale au sein des soviets locaux (945). De toute manière, il n'est pas sans intérêt de voir l'éducation s'adresser à tous et non seulement à certaines classes d'âge. Enfin, un ouvrage en collaboration traite de l'instruction publique en U.R.S.S. de 1917 à 1967 (950).

L'INSERTION

ET

DES JEUNES

DES

ENFANTS

DANS LA CITÉ

Quoique difficilement acquise, l'insertion des enfants et des jeunes dans la cité est sans doute l'aspect positif de leur historicité. Elle s'opère selon différentes perspectives. D'une part il ya certes, la préservation des patrimoines et la transmission du pouvoir qu'organise l'éducation (970). D'autre part, le souci que représentent les pauvres, ce National Sin que dénonce en 1717 Laurence Braddon 34 , se trouve conforté par les mêmes moyens. Il reste à faire en sorte que les enfants et les jeunes deviennent les atouts d'un Etat enfin sûr de lui-même et, contradictoi- rement à première vue, les complices d'une société de consommation parfaitement dominée par des intérêts placés au-dessus des nations. De même qu'aux femmes, aux enfants et aux jeunes a été reprochée jusqu'au XIXe siècle, la dissipation, jugée fauteur d'une inquiétude incontrôlable. Ensemble, et après les travailleurs, ils se trouvent promus au XXe, agents économiques, c'est-à-dire épargnants et consommateurs qui relancent perpétuellement les profits et les spéculations. Les voici flattés tant que leurs prétentions politiques ne font mettre un frein au «développement économique». Ainsi, le résultat de leurs «caprices», de leurs revendications et de leurs luttes est intégralement récupéré par le système marchant. Définitivement, du moins en appa- rence, il ne s'agit désormais que d'incartades, plutôt que de menaces sérieuses. En conséquence, une phase de concessions s'ouvre. Le vote offert aux adolescents fait assumer les responsabilités permises par da- vantage d'adultes, une large part de la population dont est attendue une réaction complaisante, de néophyte; plus insidieusement, l'ouverture

34. The Miseries of the Poor are a National

Sin,

1717.

ture de comptes bancaires aux jeunes forme des épargants, prépare l'endettement naturel, la consommation forcée. Plus que des «enfants sages» que préparait l'éducation, les jeunes et les enfants deviennent des adultes fragiles. Ceux-ci et la société ne gagnent toujours rien au con- cours apparent des enfants et des jeunes tels qu'ils sont en réalité, mo- ment de la vie individuelle plein de virtualités, d'humour sans les nuan- ces de la mélancolie, ou sachant les tempérer de merveilleux tangible. Leur historicité porte tout ceci quoique la production historique la mesure. En effet, du côté des enfants et des jeunes des petits et des mineurs dont l'acceptation est ainsi favorisée en la faussant, nous avons à voir leur statut, la place qui leur est faite, de l'identité à l'utilité, au travail et à la guerre, de l'abandon pur et simple aux aléas et aux rè- gles de légitimation, à la répression de la délinquance et à la découverte du corps, de la création ludique à la révolution ou à la subversion. C'est la démarche que propose notre fichier, certainement très incomplet mais suggestif.

L'identité,

coordonnée de notre temps

L'identité telle que nous la concevons, la vivons ou la subissons, l'imposons aussi, est récente. S'il est impossible de dénombrer les en- fants et les jeunes qui, comme les femmes, traînaient sur les routes et les chemins, en bonne partie pour trouver du travail, à peine s'identi- fiaient-ils parfois, adultes, quand l'occasion leur était offerte de, par écrit comme il se doit, rappeler leur père s'ils l'avaient connu ou peut- être plus souvent, en l'imaginant librement comme s'amuse à faire Gil Blas de Santillana, le héros de Lesage. Pour nous, l'identité est un nom et un prénom dont le choix n'est pas aléatoire (953, 960, 961, 964, 967). Oui, mais les noms de famille sont de création récente dans beaucoup de pays et l'usage d'un nom patro- nymique (955), lui, ne s'est guère généralisé qu'au XXe siècle, quoique dès la fin du Moyen âge le surnom soit courant dans certaines régions (953). Le prénom même, le curé seul le connaît parfois; la vie vaut aux uns et aux autres un sobriquet qui peut devenir nom. Il est d'ailleurs assez piquant de noter la réaction des ennemis de la Commune quand le Comité de Salut public enjoint que tout individu doit se munir d'une carte d'identité qu'il devra montrer dans les rues et autres lieux à toute réquisition des gardes nationaux. «Voilà un arrêté bête, stupide et vrai- ment intolérable. Ainsi nous voilà sur cartes, comme les filles perdues» 38 .

35. Dans

V. Desplats, Lettres d'un

homme à la femme

qu'il

aime pendant

le

Il est vrai que dans son choix, le nom de baptême est une forme

étroite d'identification qui suffit éventuellement à indiquer des situa- tions extrêmes. Les enfants trouvés peuvent être ainsi reconnus parfois d'après la fantaisie des curés, comme des créatures marginales (958, 1025). D'ailleurs, là où le surnom est courant dès le XVe siècle, ils n'en ont effectivement pas (953).

A l'autre bout de l'échelle sociale, les petits des familles nobles ou

des ménages bourgeois héritent du ou des noms du père, de la mère, d'autres encore éventuellement. C'est ça, rien que ça la famille occiden- tale avant la généralisation du salariat, la lignée avec le patrimoine ou celui-ci engrangé par une génération calculatrice parce que mise devant des situations favorables à des aspirations servies par de sages place- ments que facilitent d'heureuses promotions, ou par des investissements rentables que les princes ou la guerre stimulent si ce ne sont pas, plus rarement, les travailleurs précisément à les proposer avec le salariat. Quant aux liens de sang, négligés pour les pauvres, ils peuvent être supputés pour les autres, pas plus. Entre les deux, l'Etat détermine graduellement les règles d'identi- fication (et d'héritage) à partir de l'usage d'un nom patronymique, usa- ge suivi inégalement dans la pratique. Ceci explique que l'identification ne soit pas servie dans la perfection (959); cadre fini du développement de l'invidu (968), instrument nécessaire à l'institution familiale déjà bureaucratique (966, 971), elle aussi laisse transparaître la préférence perçue par ailleurs du mâle (954). Tout compte fait, c'est à partir de l'individu ainsi identifié que nous connaissons le mieux les populations et leurs structures (962). Par ailleurs, l'identité échappe aussi aux règles ou annonce des nou- velles, dans l'intérêt porté à la professionnalisation de la parenté (963). Certes, il s'agit sans équivoque sous beaucoup de perspectives de l'uti- lisation de l'enfant comme une marchandise par l'adulte, mais du point de vue de celui-ci et de l'Etat, est concernée l'identité coordonnée par- faitement abusive. Qu'en sera-t-il en effet, après l'agonie du matrimoine légal ce témoignage final de la non-existence de la famille occidentale ?

L'utilisation des enfants

Nous avons dit que les enfants sont utiles «d'un point de vue mé- thodologique», ils le sont par exemple pour mesurer la léthalité des épi- démies (979). A propos de leur propre Histoire nous y reviendrons encore pour les voir au travail et à la guerre. Mais la société découvre graduellement

ment qu'en plus de leur utilisation immédiate : travail bon marché et sans exigences d'avenir, soldats obéissants, les petits en tant que maté- riau de «la famille», sont les garants de son propre futur. Les éducateurs, l'Eglise et l'Etat qui se sont disputé le monopole de l'éducation, l'ont sans doute considéré ainsi. Dans le détail l'enfant fait survivre les lignées et du même coup, préserver les patrimoines clé du pouvoir. Les filles par leurs dots y par- ticipent comme elles contribuent à la circulation des biens (974, 975). Les règles d'héritage et les stratégies de mobilité sous l'Ancien régime sont étudiées par les historiens (973, 976, 981). De même le statut juri- dique des enfants mineurs dans l'Histoire du droit privé. Par exemple dans notre fichier, la cessation de la minorité aux Pays-Bas à partir du XIIIe siècle (972) et le droit d'aînesse au XVIIIe, ne manquent pas (984). C'est que le pouvoir, on ne l'aura jamais assez dit, dépend de ces règles et de ces écrits. La famille, c'est-à-dire la noblesse, y a veillé dès le Moyen âge, notamment au Portugal nouvellement conquis et partagé du XIe au XIIIe siècle (983). Ailleurs, la coutume d'héritage participe à la pérennisation du pouvoir qui s'affirme dans les structures familia- les (982). Un des aspects de l'intérêt porté aux enfants de ce point de vue est le souci de protection des orphelins qui n'ont cependant pas eu droit à des ouvrages nécessairement attentifs aux structures créées dans ce but et au sort qui leur est réservé, tous ces ouvrages qui leur sont dûs. Rien que du point de vue de leur utilisation, enfants et jeunes ont dû être protégés. Mais à ne voir que cela nous négligeons la protection qui leur est indispensable, distincte encore de celle qui est un droit pro- pre des êtres en société, des femmes mais des hommes également. En revanche nous savons comment la famille peut trouver dans sa propre filiation la légitimation politique de son statut, notamment en Inde (985). Voilà une perspective à suivre.

Le travail des enfants

Par la force des choses, le travail des enfants est présent dans beau- coup de livres et d'articles dont il n'est pas le sujet. Les études sur le budget ouvrier, le logement, le ménage, des travailleurs et les petits entrepreneurs, la misère, sur le marché du travail, les relations entre in- dustrialisation et démographie, contiennent presque nécessairement des informations sur l'enfance et la jeunesse et cela va de soi, sur leur em- ploi (986, 987, 989, 991, 993, 995, 1008, 1010), leur chômage éventuel (988, 990, 992). Réalité importante, le travail des enfants comme celui

des femmes, n'a pas été étudié particulièrement, quoique dès le XVIIe siècle au moins, leur éducation ait été proposée dans le sens précis de leur emploi, notamment par John Bellers 38 . Des historiens ce sont cependant occupés du travail des enfants et des jeunes, en Grande-Bretagne 37 entre les deux guerres (988, 990) et aux Etats-Unis (991), en Allemagne (997, 1005) et en France (998), en Finlande (1009), en Suède (1003), aux Pays-Bas (1006, 1007), et en Autriche après les réformes de Marie-Thérèse (994).

Les enfants en armes

Plus rarement encore les historiens se sont souciés de l'âge des combattants des guerres européennes ou de celui des conquérants de l'outre-mer colonial. Les jeunes et leur service militaire prodiguent des documentations sur l'anthropologie masculine (1013, 1014). Autrement, on ne trouve leur trace que parmi les victimes des guerres qui tuent surtout des enfants et des jeunes (1012, 1015). Et cependant, les auto- biographies de soldats portugais et espagnols, au XVIe siècle nous les montrent s'engager à 12 ou 13 ans. Des garçons anglais qui servaient de page, accompagnaient leur seigneur au combat «à un âge incroyable- ment bas». L'apologie des «guerres étrangères» qui occupent les mauvais sujets semblerait d'après l'historiographie récente, détail insignifiant.

Abandon et marginalisation des enfants

Tout autrement, le nombre des études qui s'occupent des enfants abandonnés augmente continuellement, en Italie (1018, 1019, 1024, 1025, 1026, 1029, 1031, 1035, 1039, 1040, 1044, 1047, 1049, 1051), en France (1016,1017,1023,1032,1037,1038, 1043,1048,1050), en Espa- gne (1027, 1052), en Belgique (1041), en Irlande (1045). Fait catholique ? Il s'agit sortout des filles (1031). Ce chapitre important du génocide per- manent auquel a été soumise la population européenne gagne son his- toricité grâce à ce que proposent les sources plus qu'à la réflexion his- torique.

36. Proposals for raising a Colledge of Industry of all Usefull Trades and Hus-

bandry with Profit for the Rich, a Plentiful Living for the Poor and a Good Education

for Youth, which will be Advantage to the Government by the Increase of the People and their Riches. Motto: Industry brings Plenty-the Sluggard shall be cloathed with raggs. He that will not Work shall not Eat, 1659.

37.

Cf. encore G. J. Dunlop, R. D. Denman, English

Apprenticeship

and Child

Labour,

1912.

La somme des situations qui marginalisent les humains pèsent sur les enfants, les femmes et les amants, puis s'alourdissent sur les jeunes en général. Quoique suscitée et tempérée par les angoisses des nantis face au dénuement, l'assistance prépare encore l'utilisation des enfants (1021, 1022, 1023).

Bâtards et légitimation

Les bâtards ont eu droit à une histoire comparative (1059) et ceux que les souverains font au Moyen âge, à un livre (1053). Par ailleurs, ils sont en général utiles pour le diagnostic de ce que l'on appelle «les amours illicites» (173,175). En vérité jusqu'au XIVe siècle et à ce que le mariage religieux gagne du terrain, l'enfant né d'une autre femme que l'épouse n'est pas partout le bâtard définitivement condamné au XIXe siècle (1055). Au Portugal par exemple, il hérite de son père y compris des titres. Le vocable même n'est pas auparavant employé apropos du fils de l'homme. La condition juridique des enfants «illégitimes» n'est pas la même dans tous les pays. Les rois portugais procèdent à des légitimations nombreuses, à la fin du XIVe siècle et au XVe (1061, 1062, 1063). C'est qu'apparemment, ils entendaiént refuser par la suite un traitement éga- litaire à tous les enfants, ce à quoi la coutume résisterait. En France, le XVIe siècle voit l'essor des bâtards nobles (1054). Leur importance, réelle en Allemagne du sud d'après notre fichier limité (1060), n'est pas négligeable en Angleterre (1055, 1056).

Délinquance infantile et juvénile

Tout ne va pas de façon linéaire et il faut croire que les enfants abandonnés ne mouraient pas systématiquement ni l'assistance ne fai- sait pas toujours des survivants des enfants sages. La misère aide à la délinquance. Sujet fréquemment traité ces dernières années, la délin- quance juvénile est relativement importante parmi les pick-pockets à Paris (1071), en général en France entre 1825 et 1968 (1070), dans les villes américaines au XIXe siècle (1068, 1072), au Danemark (1066). La «correction paternelle» demeure une constante de la vie familiale française durant presque tout le XIXe siècle (1073). Les idées courantes considèrent que l'enfant n'est pas bon 38 . Dans l'Angleterre victorienne

38. Cf. aussi E. G. O'Donoghue, Bridewell Hospital, Palace, Prison, Schools, from the Earliest Times to the End of the Reign of Elizabeth, 1923, et G. Tornei, H.

Rollet, Les enfants en prison. Etudes anecdotiques sur l'enfant

criminel, 1982.

les enfants prennent une bonne place parmi les victimes

(1067).

Le corps

d'homicide

Présent dans des titres qui rendent alléchants des ouvrages sérieux (1095); le corps quoique sujet largement étudié, demeure plutôt motif de scandales ou tout au moins, d'incompréhension, en général révéla- teur de carences d'érudition. Notons que le corps, l'éducation physique, n'ont intéressé la recherche historique que très récemment (1081, 1082, 1087, 1088, 1089, 1098). On découvre un «territoire pédagogique» nou- veau. La signification sociale des faits demeure leur révélateur. L'ado- lescence, faute d'un statut propre clairement défini par la bureaucratie, demeure sujet d'errements autant que de curiosités malsaines. Pas de «Rusty James» dans l'historiographie de notre temps, faute de Copolla historien. N'est-ce pas que l'Histoire intéresse relativement peu le mar- ché des adolescents ? Moins finement, un bandit galant à la Mesrine peut revenir dans des ouvrages historiques populaires comme on dit. Pourtant depuis quelques années on trouve par exemple référence aux unions de jeunes, consommateurs, éventuels épargnants. Naguère fréquentes parmi les élites, elles émouvaient certainement les gens à qui elles étaient refusées, peut-être moins toutefois qu'aujourd'hui elles ne touchent les foules par le matraquage des media. Les mariages des pau- vres étaient mal vus car ils risquaient d'augmenter le nombre des men- diants et des enfants trouvés (19). De là à prétendre qu'ils n'existaient pas parce que la documentation officielle en parle peu, il y a un monde. De toute manière il n'est pas nécessaire de pasticher Rabelais ou des Periers pour évoquer la relative liberté sexuelle des temps médiévaux et modernes. De même qu'elle condamne la sexualité en dehors du ma- riage la société occidentale prétend condamner l'inceste ou tenter de l'éluder. L'Eglise parfaitement renseignée sur les réalités vécues, ne cesse de les régler et notamment de veiller à ce que les petits des deux sexes soient séparés. Le lit commun résiste quoique interdit. L'âge au- quel il devient dangereux semble baisser vers la fin de l'Ancien régime (191). Mais la sexualité de l'enfant (1080) ? Celle des jeunes ? Il nous faudrait nous tourner vers la littérature pour y voir un peu plus clair. Certes la «cohabitation juvénile» concerne 10% des jeunes de 18 à 29 ans, en France, d'après des statistique fort probablement dé- fectueuses (1092). En cherchant bien, on trouve l'inceste dans l'Histoire (174). Qui refuse l'homosexualité au passé dont se glorifie notre civili- sation (1077, 1093) ? Les passages faisant référence à des enfants et à

des jeunes coupables de sodomie se trouvent dans des ouvrages concer- nant l'ensemble de la population d'Andalousie au XVIe siècle (1083) tout aussi bien que les bas fonds de Paris, au XVIIIe (1090). Sans la compagnie des jeunes du Siècle d'Or, les Parigots entreraient de plein pied dans la légende de la criminalité récente. Pharamineuse mystifi- cation, que dévoilent les ouvrages rares où il est question de «la mol- lesse» des jeunes (1078, 1084,1096), davantage compréhensible sans dou- te aux temps des Lumières (1097). Parce que l'individu demeure dans l'ombre, le corps n'est considéré que comme source de déviances véri- fiées et de faiblesses supputées. Si tel instituteur, Edouard Séguin (1812 - 1880: 1085, 1086) s'intéresse exceptionnellement aux débiles mentaux et envisage de leur procurer un «traitement moral», le voilà s'expatrier. Grand spécialiste aux Etats-Unis il est sagement ignoré chez lui. Plus que tout autre élément de la vie humaine, le premier, le corps est chargé d'historicité et marqué au fer de la société. Bernardin de Sienne est davantage effrayé par l'éventuel viol d'un garçon que d'une fille, à l'époque où les Toscans prennent très au sérieux leur projet ambi- tieux de création d'une sorte de Eros Center et même d'un ensemble de lupanars destiné à habituer les jeunes aux relations hétérosexuelles et à les détourner des «confusions de sentiments» (1099). La prostitution prenait là des voies franchement modernes (1091), dans le commerce et la police de l'usage du corps. Parallèlement, les femmes étaient accusées de toute sorte de mé- faits et d'intentions mauvaises que leur satanisme explique. L'idéal de la virginité féminine se défend mal (1075). La crainte du sang féminin que les évangiles ont réglée 39 rend les fillettes coupables de leur men- struation (1076, 1079, 1085, 1094).

Jeux et jouets, livres et loisirs

Quelle part ont pu avoir les activités ludiques dans la vie des en- fants et des jeunes ? Au XVIIe siècle, époque de la colonisation des Amériques, c'était «un grand péché et une honte» que les adolescents jouent dans les rues quand ils pourraient gagner leur vie, d'après le pasteur Benjamin Wadsworth 40 . Il faut avoir regardé les gravures re- présentant une école à l'époque pour imaginer l'animation que les jeunes donnaient à la vie quotidienne. Quelques ouvrages commencent à peine à montrer, plutôt en passant (1107, 1117) la participation des petits aux

39. Cf. M. Braunschvic, La femme et la beauté, Paris 1929, p. 153.

jeux et aux fêtes. L'éducation physique qui commence donc à être étu- diée dans son passé, n'était pas ignorée 41 . Le renouveau que représente l'apparition des sports n'est aperçu qu'après 1973 (1109, 1101, 1105, 1111, 1113, 1114). Accompagnatrice delà «Révolution industrielle» qui refait surface, cette «nouveauté» a eu le mérite d'attirer l'attention sur les rares apports précédents concernant les jeux et les jouets (83), ou récents, à propos des fêtes, notamment l'arbre de mai et les mascarades de novembre (1107,1117). Pourtant c'est un Evil May Day que les jeu- nes londoniens ont été lancés contre les «merchaunts strangiers» (en 1517 : 1122). C'est comme si les loisirs ne convenaient qu'aux adultes. Il en est de même quant à la littérature. «Bibliothèque rose», «bibliothèque de la jeunessse chrétienne», «la semaine de Suzette» ou «les vacances de Su- zette» ne semblent intéressantes que dans leur rôle édifiant (1102,1104). Les prix littéraires eux-mêmes signalent la crise des livres pour les jeu- nes (1106). Deux seuls ouvrages ont leur place dans ce fichier, tous deux allemands, sur la littérature pour les enfants du XVIIIe au XIXe siècle (1108, 1115) 42 . Pour exprimer clairement les lectures différentes possi- bles de, par exemple Andersen, la publicité sépare, pour les enfants, «le merveilleux de leur âge» et, pour les adultes, «une poésie sensible

teintée d'ironie voltairienne». Le Danois les a bel et bien réunis. Au ha- sard d'une observation occasionnelle on nous montre «la promiscuité sportive d'une grande liberté d'allure» se dessiner dans «les jambes nues des jeunes femmes (qui) voisinent avec les jambes nues des jeunes hom-

d'historiens se soucient

mes». Ceci

des loisirs (1101, 1103, 1110).

a été écrit en 1932 43 . Par la suite peu

41. Cf. Richard Mulcaster, Position wherein those Primitive Circumstances be

Examined, which are Necessarie for the Training up of Children, either for Skill in their Booke, or Health in their Bodie (1562), London 1581.

42. Ajoutons par exemple: L. F. Field, The Child and his Book, London 1891 ;

Monica Keefer, American Children through their Books, 1700-1815, Philadelphia 1948; William Sloane, Children's Books in England and America in the XVIIth -

Century, New York 1955.

revoyons les

sables anciens, l'humble barque échouée, quelque fille endormie dans sa blouse rose, au milieu des enfants qui jouaient. Des femmes et des enfants sont encore

La plage disparaît sous les

étendus sur la plage. Mais ils ne se ressemblent plus !(

parasols et les corps dévêtus. Je ne vois plus l'eau, dans l'agglomération des nageurs

un nouvel

ou des baigneurs timides, des enfants qui s'essaient au water-polo, (

arrivant croirait découvrir une immense famille», p. 71-2. Les sports et la consom- mation de masse prirent la place des anciens loisirs.

43. Dans A. Flament,

Côte d'Azur,

Paris

1932, p.

)

77

(

nous

)

Encore une fois, l'inspiration sera commandée d'ailleurs, car les observations actuelles en crèche font apparaître la richesse et la diver- sité des jeux et des échanges entre les petits. «La volonté d'entrer en contact avec leurs pairs, l'échange, la communication, souvent harmo- nieux mènent à la recherche de stratégies adéquates pour résoudre d'éventuelles situations conflictuelles» (1116). Ces analyses en appel- lent à la mise à l'épreuve comparatiste des historiens.

Révolution ou subversion ?

Quelle est enfin, ou quelle a été à travers les siècles la place des en- fants et des jeunes dans la société et dans l'Histoire ? Faisons le point avant de poursuivre. Il s'agit d'êtres autonomes dont on fait des «en- fants sages» (1119). Le système les confronte aux parents et aux maî- tres (puis aussi, au marché lieu d'exercice d'autorité autant que de li- berté). Comment y voir clair ? Parmi les sources de confusion de notre temps il y a le mélange des ambitions révolutionnaires et de l'acharnement subversif qui met dos à dos les combattants des plus diverses causes. Révolutionnaires et plus facilements subversifs ou réformistes (1141,1145) enfants et jeunes ont été de tous les soulèvements, de toutes les luttes. L'historiographie en est très pauvre ou ponctuelle, occasionnelle, engagée. Toujours d'autres disciplines viennent les discussions suggestives autour de «capitalisme et schizophrénie» ou bien de «l'enfant et sa psychose» et de «la crise de l'adolescence» ou encore des informations révélatrices sur «le folklore obscène des enfants» (1128) 44 . En Histoire, quelques études retracent l'origine des associations juvéniles (1121, 1137, 1139), rappellent les fraternités de jeunesse mé- diévales (1142). Pauvres (1126), misérablement logés, soumis aux exi- gences de leur formation, les étudiants (mais qui sont-ils? (788, 1121,

1137) en 1798 -1815

(1138), dans les années 20 du XXe siècle (1136,1146), en 1946 - 64 (1143),

1123) 45 réagissent en Amérique en 1745 - 71 (1118,

44. Des exemples se présentent à nous en ordre dispersé au gré de jolies pages

richement narratives. Des règles s'ajoutent aux règles. Voici au XVIe siècle, un synode qui à Angers, condamne une «très ancienne coutume», une quête en somme

que font les filles et les garçons, parce qu'«ils consommaient tout en banquets ivro-

gneries et autres débauches (1107), p. 134-5.

45. Ajoutons W. M. Mathew, «The Origins and Occupation of Glasgow Students

On y met de l'ordre

sèment partout le désordre

»

ils luttent pour la réforme de l'université allemande (p.e., 1125, 1132), se révoltent à Berlin en 1848 (1130), se battent en Angleterre (1133, 1137), se soulèvent aussi en Espagne (1120), en France (1124), sans que tous les jeunes ne soient des révolutionnaires 48 (1144). Dans le passé, ces gosses de Londres qu'un John Lincoln avait me- nés contre les marchands étrangers le Evil May Day de 1517, ont été au premier rang de la lutte pour la Réforme en Angleterre d'après un très bel article (112). Leurs martyrs —sur 52 victimes, 38 avaient moins de 14 ans— n'ont fait changer rien à la situation de l'enfance et de la jeunesse 47 . En Allemagne, la lutte pour l'éducation à la fin du XIXe siècle (1134), l'action des jeunes sous le fascisme à Florence (1147), celle des mouvements de jeunesse en Hongrie entre 1944 et 1948 (1122), ont été étudiées par des historiens, ceci, rappelons-le, d'après des sources d'information réunies sans aucune prétention d'avoir recensé tous les titres.

CONCLU S

IO N

Ces notes nous semblent pouvoir contribuer à l'apologie de l'His- toire. Le fichier qui suit, dans ses lacunes, demande en effet des complé- ments d'information qui certainement aideront à inspirer les chercheurs. D'autres disciplines, d'autres spécialistes, sociologues, psychologues, dé- mographes, trouvent indispensable d'appliquer leurs propres modèles à la recherche historique, de les tester en quelque sorte. Mais, conscient de l'importance de son travail l'Historien est en position d'inverser les rôles. Ceci accroît le besoin qu'a l'Histoire de spécialistes, de recherches précises, qui tirent de l'information les enseignements et les hypothèses utiles. Le concours de ces autres disciplines fait ressortir cette utilité. L'Histoire devient plus que jamais un travail d'équipe et tout autant, une vision d'ensemble. L'Historicité de l'enfance et de la jeunesse a jusqu'ici servi surtout les psychologues et les sociologues, plus que les historiens et parmi ceux-ci, davantage les historiens démographes que les historiens en général. Elle a tout à gagner de rencontres comme la nôtre. Il est sans doute indispensable que l'historien armé par l'étude de vastes et riches documentations en tire tout le parti possible. Dans ce

46. Cf. E. Erikson, éd., Youth: Change and Challenge, New York 1963. 47. Cf. aussi Margaret Jones, Social Problems and Policy during the Puritan Revolution 1640-1660, London 1930.

dessein, ce n'est non plus sans intérêt qu'il suive, accompagne ou aide enfin à orienter les tendances nouvelles que les disciplines voisines met- tent en évidence. Les jeunes se voient octroyer le droit de vote (à 18 ans ou avant), les enfants sont sollicités par les banques (10 - 18 ans). Ici et là, les mères porteuses se montrent prêtes à monnayer le fruit de leur ventre. La parenté devient ou est déjà une marchandise; ailleurs on songe à réserver le droit à la procréation. Le droit à l'avortement vo- lontaire, le planning familial ont surgi comme des conquêtes libératrices. En vérité, ces tendances ne convergent pas, au contraire, elles am- plifient l'intervention bureaucratique de l'Etat tout en élargissant le champ d'action des adultes y compris en mobilisant les moyens et en modelant les gestes des jeunes et des enfants. Elles ajoutent de l'arbi- traire à la reproduction humaine, à la formation des jeunes, à leur in- sertion dans la cité, c'est-à-dire, à leur identité présumée. Rarement l'expression du jeune et de l'enfant est envisagée et si elle l'est, nous pouvons nous demander dans quels buts. Innovation aussi difficile certes qu'enrichissante, l'expression des moins de 18 ans ne peut ne pas contribuer à libérer celle de la femme et assurer celle de l'homme. Ceci est une des leçons de l'Histoire, qui les a vu plutôt se restreindre. Puisque tout n'est pas positif dans cette leçon, loin de là, la recher- che est souvent à reprendre, à élargir. L'Historicité de l'enfance et de la jeunesse ouvre sans cesse des horizons plus vastes. Notre civilisation et le monde moderne qu'elle a façonné nous montrent à beaucoup d'é- gards un recul de la place de la femme, de l'égalité entre les êtres com- pte-tenu de leurs différences, en somme une exigence de «virilité», chaus- sée de lourdes bottes. Toutefois, en ce qui concerne les jeunes que voilà plus tôt adultes, des enfants engagés dans la vie active et pas dans l'expression, si ce n'est selon les canons marchands et monétaires des a- dultes, la dégradation se poursuit. Avec l'éducation des filles se combine «l'apprentissage» qui les prépare à la reproduction. Dans des sociétés qui n'accordent que difficilement aux filles d'êtres fillettes, enfants, qui leur mesurent l'instruction, nous sommes loin du compte. C'est malgré les règles et les formes de l'apprentissage, en forçant l'entrée que les femmes changent effectivement le cours des choses. En fin de compte, c'est grâce à l'intervention féminine que beaucoup de sujets sont abordés de manière nouvelle et celui-ci peut-être le résultat le plus tangible de la féminisation des sociétés tout compte fait. Celle-ci revient dans beau- coup de perspectives à un passé pas trop éloigné quoique obsurci par l'image que le XIXe siècle et la première moitié du XXe ont donné de l'Histoire, Mais ne nous égarons pas. Plutôt qu'à réhabiliter un esprit

féminin qui serait innocent de tous les développements de la société mar- chande, ce vers quoi semble nous pousser l'examen de l'historicité de l'enfance et de la jeunesse, est l'aire d'une sensibilité pas nécessairement conquérante, d'une expression pas forcément dominante. Ces dossiers plaident dans ce sens. A travers cette bibliographie récente, presque entièrement tournée vers l'utilisation marchande des enfants et des jeunes, leur place se dégage. Graduellement nous la voyons changer, tantôt dans le sens de l'avantage des individus, tantôt dans celui de la plus forte mise en tu- telle par la société. La course ne s'engage pas, elle vient des premiers siècles de notre monde d'Etats-nations. Ce qui la marque nous est con- nu : le renforcement de l'Etat et à la fois, celui d'intérêts économiques mal perçus, la mise au pas des esprits, avec le gallicanisme et la natio- nalisation de l'Eglise en Angleterre, celle des hommes grâce aux «guer- res des paysans», à la destruction des réformés radicaux. La sécularisa- tion y contribue par dessus les revendications des travailleurs, enca- drées et séparées en classes et sous-classes. La formation des citoyens enfin, incombe à la bureaucratie et aux parents, à la famille dotée d'un chef et d'un dirigeant en sous cape. Commencée au XIVe siècle, cette consécration du mariage fit un pas important au milieu du XVIe siècle, à Trente, resplendit durant la première moitié de notre siècle 48 .

Dans les perspectives qu'ouvrent les études rassemblées, des ques- tions reviennent donc naturellement. Elles concernent la vie sociale, rurale ou urbaine, l'industrialisation, et, selon la situation économique, les gens que dans le passé protégeait un patrimoine et ceux à qui l'on recommandait le modèle familial sans que les conditions de sa forma- tion soient à leur disposition. Avec chaque question, presque à la lectu- re de chaque titre, les considérations économiques établies par la so- ciété politique s'imposent. L'étude des sensibilités dans leur histoire, celle des mentalités dans leur programmation et des stratégies dans les cadres qui leur sont faits, tout en dépend. Peut-être la place faite à une pensée non monétaire est la condition prochaine de nouveaux dévelop- pements; si l'on regarde au virage total engagé par les formes de crédit et d'utilisation de la monnaie, il faut constater que le processus a été

48. Il y a eu Trente que les ordonnances royales firent appliquer en France

sans l'évoquer. Par ailleurs, le «système protestant» «fait du père une sorte de prêtre, sacralisant ainsi l'institution familiale. Ce trait n'a pu que s'accuser lorsque la ré- pression a fait disparaître les ministres», d'après Yves Castan, cité dans le C.R. de la Thèse de Janine Estèbe, Les protestants du Midi, 1559-1598, Toulouse-le-Mirail

déclenché. Le dénuement (plus que la pauvreté) du plus grand nombre, la disparition même des patrimoines matériels remplacés par des struc- tures bureaucratiques et d'entre-aide, contribuent à l'élaboration de su- perstructures qui tiennent en peu de compte les intérêts des individus acculés à la protection. De règle pour les enfants, les jeunes et les fem- mesê ceci devient règle générale 49 . L'historicité de l'enfance et de la jeunesse nous a fait rassembler quelques centaines de titres sur des questions très diverses. Les problè- mes sont bien plus vastes encore. Il a été question de la place faite aux enfants et aux jeunes, à leur mère et des voies pour l'étudier, de la for- mation des citoyens et des travailleurs, de leur insertion dans la cité. Ces dossiers que la prépondérance européenne marque fortement met- tent en évidence, du moins deux types d'occidentalisation. Disons que les autres collent à l'un ou à l'autre. D'une part, du nord-ouest européen viennent des pratiques que les hommes, les provinces et les villes cen- tralisent pour les transmettre à un grand centre qui les répercute à l'ex- térieur. Ce premier schéma admet difficilement un dialogue égalitaire qui ne soit pas l'expression de sa logique comptable. En Europe conti- nentale des modèles s'élaborent avec la création de bureaucraties prépa- rées pour décider au coup par coup, davantage soucieuses du temps long que des résultats immédiats et qui risquent de faire perdre du terrain à leurs projets. La concentration du pouvoir plutôt que la centralisation se raidit ou s'ouvre aux particularismes 50 .

La France qui au XIXe siècle a davantage établi l'assise géographi- que hexagonale d'un pouvoir étatique qu'elle n'a réussi un empire colo- nial, prépare de ces modèles auxquels participent des hommes de toute provenance. Notables provinciaux, agents de l'église gallicane et de l'Etat 51 donnent un exemple de développement politique, matériel et culturel qui n'est toutefois pas destiné à son adoption d'emblée. Les pra- tiques françaises semblent s'imposer par leur linéarité, ou, timorées si- non ambiguës, prêter davantage à la discussion et éventuellement, à leur adaptation. Quelle que soit la séduction de la première formule, en

49. Au delà de la description, une Histoire qui s'ébroue mollement dans la

narration gagnera à utiliser en profondeur ses acquits pour mettre en valeur ses connaissances et la quantification des relations, des structures, des superstructures amoncelées avec prudence.

50. Cf. de nouveau B. Badie, P. Birnbaun, Sociologie de l'Etat, cit., en rappelant

les expériences portugaise et piémontaise, l'importance des bureaucraties impériales et seigneuriales, municipales aussi.

prééminence anglo-saxonne, cette démarche concomitante ailleurs qu'en France, avec l'existence de particularismes, est implicite peut-être dans l'Histoire européenne chez des peuples qui ont connu des structures féodales ou apparentées, et dont les bureaucraties sont précisément at- tentives aux particularismes. Ne nous attardons pas davantage à vouloir reprendre l'ensemble des fichiers pour voir quelles précautions sont nécessaires avant toute comparaison dans ce cadre. Nous voulons croire que, mis ensemble, les titres rassemblés vont au delà des descriptions et des comparaisons partielles parfois difficilement tentées.

CONSTITUTION ET SUCCESSION

DES GÉNÉRATIONS

PENDANT LA PREMIÈRE MOITIÉ DU XIXe SIÈCLE :

LE DESTIN DÉMOGRAPHIQUE DE LA JEUNESSE

d'une nouvelle génération en Grèce pendant la

première moitié du XIXe siècle fera l'objet de cette étude historique, démographique et nosologique. Nous espérons que cet exposé démontrera dans quelle mesure une telle démarche est non seulement nécessaire pour l'historiographie mais est aussi utile du point de vue méthodologique. De même que les faits nosologiques et démographiques ne sont nullement de simples chiffres, mais du vécu, ayant un poids et des répercussions, les séries statistiques qui y correspondent nous parlent d'attitudes et de comportements qui engagent à fond l'homme en tant que sujet. Quant à la jeunesse comme objet historique concret, nous présenterons quelques conclusions qui nous l'espérons ne seront pas toujours celles que l'on pourrait attendre.

Les tableaux des données seront publiés sous peu. Le champ de notre investigation n'épuise bien sûr pas la gamme des trouvailles pos- sibles. Il illustre le type de découverte et le genre des problèmes et ap- proches qui caractérisent de telles démarches historiques. Ainsi donc, nous présenterons plutôt que les données, la logique qui régit les phénomènes auxquels le matériau renvoit. Les découvertes empiriques servent d'illustrations aux différents points conducteurs de l'analyse et de point de départ à certains raisonnements.

La constitution

I. BILAN D'UNE

JEUNESSE

Espace et temps de la recherche

Nous suivrons une cohorte de la naissance de ses membres jusqu'à la fin de leur jeunesse — par convention leur vingt-cinquième année. Cette cohorte représentative de l'état de la population correspond

à la génération de 1823 : au total 620 individus nés dans l'île de Leu-

cade cette même année. La morphologie du processus démographique a deux principaux déterminants : la dotation initiale et la dialectique épigénétique qui ca- ractérise cette génération au niveau biologique, écologique, social et culturel. Leucade à cette époque est une société où prédominent l'élément agricole, le patriarcat, la tradition, la religion. Notons aussi la longue domination occidentale accompagnée de la tradition d'un ordre adminis- tratif. Au plan démographique, nous pouvons repérer deux principales dichotomies : villes - villages pour la première et hommes - femmes pour la seconde. Avec les différences sociales, celles-ci représentent les principales sources de différenciation par rapport soit à la vie, soit en- vers la mort. Ces données déterminent mais n'épuisent pas pour autant le champ dans lequel la nouvelle génération évoluera.

A. Mortalité. La mortalité représente un champ privilégié de la dotation initiale et de la dialectique épigénétique —tant en elle-même que comme indice de la situation sociale en général; on pourrait dire que la façon de mourir résume la façon dont on a vécu. Ses dimensions et sa morphologie sont telles qu'elles font du bio-

logique une des contraintes majeures régissant le fonctionnement social

à l'époque étudiée, en posant le problème de la survie aussi bien sur le

plan individuel que collectif. En ce qui concerne la génération de 1823, 1 /4 de ses membres ini- tiaux meurt avant sa 25ème année. Un décès sur deux survient pendant les deux premières années de la vie, principalement pendant la premiè- re. Jusqu'à la puberté l'œuvre de la mortalité infantile est pratiquement accomplie : 9 décès sur 10 surviennent avant la 13ème année. Les causes principales des décès sont : les états fébriles, les trou- bles gastro-intestinaux et l'«asthénie» —large catégorie ayant pour trait commun l'image d'un corps dépérissant. Par conséquent, les jeunes individus mourraient alors, massivement

et prématurément, principalement de maladies infectieuses et parasitai- res aiguës. Cette morbidité typique à issue fatale reflète non seulement le fait que l'on se trouve dans une «société sans antibiotiques», mais aussi les conditions générales en majorité adverses de vie, d'alimenta- tion, d'hygiène et de soins qui affaiblissaient l'organisme et l'exposaient aux attaques de la maladie. L'estimation de l'espérance de vie à la naissance donne des gran- deurs de l'ordre de cinquante ans. Le maximum de l'espérance de vie

totale (63 - 64 ans)

Sur la base de l'espérance de vie, on peut évaluer le volume des pertes avec comme mesure les années de vie potentielles perdues : 1 /5ème de l'espérance de vie théorique de la cohorte se perd avant la 25ème année.

Le domaine de la mortalité illustre les pertes dans la lutte pour la survie. Les mariages et la procréation correspondent déjà au processus de compensation des pertes.

correspond à l'âge des 15 - 25 ans.

B. Mariages. Sur le plan strictement démographique le mariage,

institution représentant un cadre de procréation quasi-exclusif, pèse considérablement comme mécanisme premier et plus précisément opéra- toire de compensation des pertes. Un sur cinq des membres initiaux ainsi que un sur quatre de ceux qui parviennent à l'âge de procréer se marient avant leur 25ème année. Les mariages avant l'âge de vingt ans, représentent plus de la moi- tié du total, ceux avant dix-huit ans 1/3 et ceux très précoces (avant 16 and) 1 /5 du total. Sept mariages de jeunes sur dix concernent des femmes de la cohorte. Les jeunes sont donc impliqués très tôt dans le processus de répa- ration des pertes causées par la mortalité.

C. Procréation. Les résultats ne sont pas négligeables. 2/3 des per-

tes sont remplacées et ceci en ne mobilisant qu'une partie seulement des forces de reproduction de la génération : ne procrée qu' 1/5 à peine de ses membres initiaux, et 1 /3 des survivants en âge de procréer. Il existe donc encore des réserves considérables.

Cette mobilisation (et les réserves de ceux qui n'ont pas encore pro- créé sont moindres sauf celles de la fécondité) est plus importante dans le cas des femmes.

G

II. MÉCANISMES

DE

CONSTITUTION

DÉMOGRAPHIQUE

DE

LA

NOUVELLE

GÉNÉRATION

 

L'examen dés données conduit à une série de conclusions. Mortalité. 1) L'ampleur des pertes est considérable. 20 à 25% du potentiel initial disparaît avant le terme de sa jeunesse. Ces chiffres peu- vent être aussi considérés comme indices des pertes plus générales cau- sées par la morbidité dont la mortalité n'est que l'expression partielle. 2) Le profil du rythme des pertes est clair et éloquent. Le mécanis- me de la mortalité est multi-factoriel. Son action différentielle détermi- ne trois périodes distinctes.

— Une période initiale de l'hécatombe infantile précoce (0-5 ans).

A cette période correspond le maximum d'action synergique de tous les facteurs adverses avec comme dominantes nosologiques, les maladies infectieuses et parasitaires ainsi que les troubles gastro-intestinaux.

— Une période de recul de la mortalité (de 5 à 20 ans) correspondant

sur le plan du mécanisme à une désynchronisation de l'action synergi- que ou même à un effacement de l'influence des facteurs adverses et à une différenciation et singularisation relatives de la nosologie.

Une période de resynchronisation relative des facteurs adverses et d'une reprise relative de la mortalité (20 - 25 ans). La nouvelle donnée nosologique est l'augmentation de la fréquence des affections respira- toires.

3. Des différences dans les rythmes de la mortalité existent et sont

fonction du sexe, du lieu d'habitation, de l'âge et des particularités no- sologiques. Ces différences correspondent aux déterminismes locaux qui

s'expriment pour la génération de 1823 par une plus grande mortalité des filles par exemple, ou par une plus grande mortalité dans les villages pour les nourrissons et la première enfance ou bien dans les villes pour les 5 -14 ans.

4. Beaucoup se décide, mais pas tout, pendant la première enfance :

les correspondances entre le quotient de mortalité des nourrissons (0 à

1 an) et de la première enfance (1- 4 ans et 0 - 4 ans) et le quotient to- tal de mortalité (0 à 25 ans) sont problématiques et plutôt absentes.

5. Mais la découverte la plus importante est la-suivante : malgré

les différences dans la description et le jeu différentiel des déterminismes

locaux, le volume final des pertes ne fait pas apparaître de différences considérables par rapport au sexe ou au lieu d'habitation. Aussi bien chez les hommes que chez les femmes, en ville aussi bien que dans les villages, les 9/10 des décès pendant la jeunesse interviennent avant la douzième année, le quotient total de mortalité juvénile entre 0 et 25

ans fait apparaître des valeurs de même ordre ainsi que l'espérance de vie à la naissance et le volume total des pertes en années potentielles perdues de vie. En conséquence les variations locales ont tendance au niveau du résultat final à se fondre dans le contexte plus large du modèle global de la mortalité et n'importe comment ne contestent pas la stabilité struc- turelle de ce modèle. 6. En ce qui concerne la nature de cette stabilité structurelle, on peut supposer qu'il s'agit ici d'un système qui fonctionne au plan dé- mographique avec comme base des niveaux élevés de mortalité et pour cela relativement non élastiques dans leurs variations. Les mécanismes de cette mortalité tendent à un relatif nivellement de leurs résultats finaux, indépendamment des conditions initiales et de la trajectoire sui- vie (c'est à dire les différences entre le sexe, l'âge, le lieu, etc.). C'est là la meilleure illustration du principe régissant le fonctionnement des sys- tèmes ouverts et que l'on nomme équifinalité. Quant à ces résultats finaux, dans la mesure où les paramètres dé- terminants du système (dans notre cas, la nosologie, l'hygiène, les con- ditions de vie et les soins médicaux) présentent une morphologie relati- vement stable, ils ont tendance à correspondre à des variantes formelles du même état stable du système. Notre hypothèse de travail est que l'influence principale des varia- bles nosologiques dans le processus social se manifeste moins dans la partie événementielle spectaculaire (par exemple grande épidémie) que sur le plan de la constitution de cet «état stable» qui caractérise le sys- tème dans les longues durées. Nos découvertes concernant la généra- tion de 1823 sont compatibles avec ce point de vue. 7. Globalement donc, les variations inégales, manifestations des déterminismes locaux, n'annulent pas la stabilité structurelle globale du système étudié lequel semble se trouver dans sa phase «d'état stable». Malgré les hétérogénéités et les inégalités, l'élément prédominant caractérisant ce système est la vulnérabilité globale du tissu biologique qui participe à sa constitution. Cette vulnérabilité globale entraîne deux choses :

En premier, des pertes élevées et relativement non élastiques dans les variations de leur répartition. En second, la nécessité de mobilisation de puissants mécanismes autorégulateurs de compensation des pertes de façon à éviter la crise (démographique) du système. L'examen des autres comportements démographiques (mariages,

naissances) permet une certaine vision relative à ces mécanismes auto- régulateurs.

Mariages. Avec l'étude des mariages nous quittons la sphère des

interactions écologiques (mortalité) et pénétrons dans le domaine des régulations par les mentalités. La fréquence calculable des mariages des jeunes et en particulier des mariages précoces indique :

1. De tels mariages fonctionnent déjà comme mécanisme indirect

de compensation de la mortalité élevée.

2. Le fait qu'un jeune et en particulier une jeune fille se marie et

procrée précocement, c'est à dire doit fonctionner comme figure paren- tale alors qu'il est (d'après les critères actuels) encore adolescent, indi- que que ce comportement n'est que peu influencé par des paramètres affectifs —ou bien que ces paramètres affectifs subissent des influences fortes aussi bien que distinctes de celles d'aujourd'hui, par exemple des influences dues à des impératifs culturels, subissant visiblement l'action des contraintes démographiques. Nous présumons que la pression de ces facteurs devaient avoir des effets considérables sur la vie sexuelle et l'économie psychique des gens et pas exclusivement des jeunes. Quels effets, cela reste à étudier, mais cette répercussion médiatisée de la dé- mographie ne peut être ignorée.

Procréation. Avant la fin de leur jeunesse, 3 membres initiaux sur 10 de la cohorte et 4 sur 10 de ses membres parvenant à l'âge fertile, procréent. La part des enfantements précoces est importante. Les fem- mes sont principalement impliquées dans ce processus. La puissance de ce mécanisme par rapport à la réparation des pertes apparaît du fait que ne mobilisant qu'une partie de ses possibilités de reproduction, cette génération arrive à remplacer durant sa jeunesse 2 sur 3 de ses membres perdus. Mais il ne faut pas perdre de vue que cette reproduction juvénile élevée est un mécanisme efficace évidemment par rapport à la morta- lité, mais aussi d'un «coût de fonctionnement» élevé —et ceci non seule- ment sur le plan strictement démographique (décès de femmes dûs à des complications de l'accouchement), mais aussi bien sur le plan éco- nomique (limitation ne fût-ce que provisoire de la capacité de travail des jeunes filles), social (rigidité des cadres institutionnels et culturels) et plus largement humain (v. la remarque précédente sur la vie sexuelle des jeunes).

III.

CONSÉQUENCES

JEUNESSE

DE

LA

MORPHOLOGIE

DÉMOGRAPHIQUE

DE

LA

La morphologie de ce processus démographique de constitution et de succession des générations a des répercussions multiples, pas toujours directes, sur la vie sociale dont les plus décisives sont peut-être les suivantes:

1. Sociétés de jeunes. Les sociétés produites de la sorte sont des

«sociétés de jeunes». Ainsi, par exemple, à Leucade en 1824, aussi bien

que dans la Grèce de la seconde moitié du XIXe siècle, les habitants de quinze ans et moins représentaient les 4/10 de la population globale et ceux de moins de trente ans beaucoup plus de la moitié. Les «vieux» au-dessus de cinquante ans représentaient à peine 1 sur 10 habitants. Les conséquences de cette structure de la population sur le plan par exemple de la disponibilité de la force de travail, du rapport entre individus productifs/improductifs, du climat social, de l'image de soi et du groupe, etc., dépassent les limites de notre étude, mais il est impossible de les ignorer.

2. Image du cycle de vie. Cette structure de population et l'expérience

de la mort qui la sous-tend, le rapport des groupes d'âges et l'image de la durée de la vie et des menaces qu'elle affronte, participent d'une façon déterminante à la constitution d'une représentation de la vie et du monde et de la place de l'individu et des groupes dans leur contexte.

Toute société, toute culture crée se basant sur l'élaboration imagi- naire des données de son expérience, une certaine image du cycle «normal» de vie, un calendrier attendu et pour cela normatif des événements de vie nécessaires ou importants (par exemple l'entrée dans le monde des, adultes, du travail, amour, expériences sexuelles, mariage, procréation

Le temps comme âge

ou succession de ces événements est bien sûr une dimension déterminante de l'image du cycle de vie. Sur le plan strictement démographique dans lequel sont inscrites les données empiriques de notre étude, nous rencontrons certaines indi- cations sur la morphologie de la notion de cycle de vie dans des sociétés comme celle à laquelle nous nous référons.

mort des parents, mort de la personne elle-même

).

Le témoignage silencieux mais éloquent des événements démogra- phiques indique que:

1) L'âge semble être un critère secondaire pour l'élaboration de ce calendrier de vie au moins en ce qui concerne les âges les plus jeunes.

En réalité, à l'exception peut-être de la puberté, il ne semble pas y avoir une correspondance entre une tranche d'âges et une catégorie d'événements spécifiques (par exemple mariage ou procréation). Dans le meilleur des cas, de telles correspondances ont un caractère préférentiel et certainement pas normatif. 2) La tendance au rapprochement dans le temps ou au télescopage d'événements et de rôles se rattache à ce qui précède. 3) On observe donc une tendance à parcourir la plus grande partie du cycle de la vie dans un minimum de temps. Le cycle de la vie pourrait être condensé en durées qui ne dépasseraient pas les limites de la jeu- nesse. Ainsi, il n'est pas rare de voir un individu avant ses dix-huit ans avoir connu le mariage, le veuvage, un second mariage, la procréa- tion, la mort de ses géniteurs et des parents, peut-être la mort de ses propres enfants, peut-être sa propre mort. Le rôle compensateur de cette image du cycle de vie quant à la mortalité élevée est apparent — ainsi que les répercussions de celle-ci sur la vie matérielle et imaginaire du jeune. La direction de la pression sociale est évidente: elle favorise ou impose une maturation précoce, en conséquence des frontières confuses entre les générations.

3. Institutions

et idéologies. Avec de telles données empiriques, les

conséquences de cette morphologie démographique sur le jeu institution- nel et imaginaire sont considérables. Elles s'intègrent à travers une multiplicité de voies différenciées ou pas en trois constantes qui carac- térisent le cadre institutionnel et les idéologies de l'époque à laquelle nous nous référons:

—Vie sous le spectre de la mort. —Systèmes totalisants de référence et de signification, fortement investis,, tendant vers l'inertie. —Forte cohésion du groupe et puissance du lien social. En particulier, par rapport aux jeunes générations, ces éléments déterminent l'importance décisive des légitimités inter-générations dans lesquels est impliqué le jeune individu. Les figures les plus dramati- ques de ces légitimités sont la vendetta et le crime d'honneur. Mais leur champ d'action est beaucoup plus vaste. Le cas du frère qui n'a pas le droit de se marier avant de marier ses sœurs, dénote que le jeune individu représente dans le cadre du jeu familial, un substitut disponi- ble des formes parentales. Il ne faudrait pas ignorer les répercussions de cette situation aussi bien sur la fonction psychique et interperson- nelle de l'individu que sur la confusion des limites entre générations.

IV. LA NOTION DB JEUNESSE

Les conclusions de cette étude démographique nous permettent d'avoir une vision quant à la réalité et à l'image de la jeunesse à l'épo- que mentionnée et peut-être aussi plus générale. La jeunesse n'existe pas. Elle n'existe pas de plusieurs façons. Elle n'existe pas en tant que catégorie biologique. Bien que certains phénomènes biologiques comme la puberté ou la fin de la croissance phy- sique, lui appartiennent, néanmoins ni les limites inférieures, ni les limites supérieures ne correspondent à un événement biologique décisif. Le corps en tant que tel est un lieu d'ancrage de contraintes sociales et culturelles, et non seulement dans le sens des codes de sa présenta- tion au regard social, mais au sens strictement biologique et physiolo-

gique: par exemple en relation aux rythmes de croissance du système musculaire et osseux, et de l'emploi de ses organes et fonctions (travail,

sexualité, procréation

pas à définir la jeunesse. Elle n'existe pas en tant qu'état d'immaturité physique ou sociale, en tant qu'état avant l'entrée dans le monde du travail ou des adultes et ceci aussi bien du point de vue du travail que des comportements comme le mariage ou la procréation. Les mêmes données montrent que la jeunesse n'existe pas non plus comme une catégorie sociale structurée, ni comme un champ d'événements ou de fonctions spécifiques. Même dans le monde relativement simple des phénomènes démo- graphiques, la jeunesse n'existe pas comme catégorie stable et distincte. Exemple: dans le recensement de l'Heptanèse en 1824, nous ne trouvons que trois groupes d'âges, 0 - 15 ans, 16 - 50 (sic) et «vieux» (50 et plus). Alors que dans les recensements analysés par Clon Stephanos (fin du XIXe siècle) nous trouvons les regroupements d'âges suivants: Premier, 0-5, 5-30, 30-60, 60 et plus. Second, 0-15 (enfance), 15-30 (jeunesse),. 30-50 (âge viril), etc. Les certitudes quant aux limites sont donc absentes. La jeunesse n'existe pas non plus comme image mentale bien circonscrite. En témoignent les avatars de la terminologie. En nous référant à trois dictionnaires publiés en 1909, 1959, 1967, nous décou- vrons que les termes «adolescent», «mineur», «jeune», «jeune homme entre l'enfance et l'âge adulte» ainsi que les mots «adulte» (en français) et «adult» (en anglais) correspondent au même champ de signification, étant presque interchangeables. l«a jeunesse n'existe donc pas en tant que catégorie biologigue, ni

).

Le biologique donc par lui-même ne suffit

en tant que catégorie sociale ou mentale, globale et stable. Par suite, elle n'existe pas en tant que catégorie supra ou trans-historique/trans- culturelle. Bien évidemment, la jeunesse existe d'une certaine manière, comme catégorie historique qui renvoit à un certain processus réel et à une certaine image sociale. Cette catégorie historique est stratifiée. Elle est constituée par au moins autant de couches que celles que nous avons citées pour montrer qu'elle n'est aucunement réductible à l'une d'elles. De la temporalité et historicité différentielles que manifestent ces couches résulte le statut contradictoire de cette catégorie. La stratification et la contradiction s'intègrent en une catégorie historique dont la configuration est fonction des éléments dominants qui correspondent à la jeunesse en tant qu'image sociale et comme objet de gestion sociale. Ainsi, peut-on dire, par exemple que la jeunesse dans des sociétés semblables à celle que nous avons étudiée est historicisée sous la forme suivante:

La jeunesse en tant qu'image distincte des autres n'existe pas. Ce ne serait nullement abuser du terme que de dire que la jeunesse repré- sente quelque chose comme ce que la psychanalyse désigne par objet partiel. Car ce qui semble caractériser la jeune génération d'alors est le fait que certains côtés de sa vie sont objets de gestion sociale de manière déterminante pour les jeunes individus. La légitimité inter-générations en premier lieu, ainsi que la surveillance sexuelle en vue de la conclusion de liens d'alliance, la dépendance institutionnelle et le rôle de substitut parental en puissance, ce sont là les fragments de la vie des jeunes qui déterminent le statut de la jeunesse dans cette société. L'écart entre cette jeunesse, comme image sociale et comme objet de gestion sociale; et ce que dans les sociétés occidentales contemporai- nes nous considérons et vivons comme jeunesse, apparaît comme plutôt considérable. La vision plus générale qui semble correspondre à ce parcours est la suivante:

La jeunesse n'est qu'un produit de ponctuation sociale et culturelle d'un champ hétérogène de processus et d'événements. Elle correspond à la nécessité d'une règle de ponctuation du cours vital et de la diffé- renciation des objets de gestion sociale plutôt qu'à une catégorie «ob- jectivement distincte» ayant des limites et caractéristiques clairement définies. Cette ponctuation est toujours partiale autant que partielle.

Le statut de cette ponctuation sociale est double:

—institutionnel donc partial car est jeunesse ce que les institutions encadrent et les mécanismes sociaux gèrent en tant que jeunesse. —imaginaire (le caractère d'objet partiel montre l'intensité de cet élément), car la jeunesse ne peut exister sans l'investissement narcis- sique de son image. De ce point de vue la jeunesse est un objet protéi- forme tendant toujours à fuir aussi bien son image sociale que son en- cadrement institutionnel. Objet imaginaire/partiel, il se peut que cette opposition représen- te une bonne définition de la jeunesse: une surface de projection où sont inscrites des images et des finalités, un objet fugitif que nous

tous perdons, (d'ailleurs la phrase «Quand tu seras jeune» n'est presque

En

jamais proférée, alors qu'au contraire «Quand fêtais jeune faveur d'une telle hypothèse ne peut témoigner que le poète:

»).

Ainsi meurt la jeunesse Ainsi finit the fairest play Ainsi meurt la jeunesse Ainsi s'en va the fairest May.

DONNÉES ET PROBLÉMATIQUE SUR LA SITUATION NOSOLOGIQUE DE LA JEUNESSE DU XIXe SIÈCLE

 TRAVERS DEUX APPROCHES SCIENTIFIQUES DE L'ÉPOQUE

Cette étude a pour objectif de poser la nosologie en tant que para- mètre fondamental exigible pour toute recherche sociale sur le passé et tout particulièrement en ce qui concerne l'évaluation du processus évo- lutif de la jeunesse. La nosologie en tant que paramètre indispensable se manifeste et s'est manifestée à l'intérieur d'un large cadre d'interactions avec tous les facteurs constituants de la formation et de l'évolution des sociétés; de sorte que les résultats et conclusions qui en découlent aient de la profondeur et de l'extension dans les évaluation spatio-temporelles. Celles-ci conduisent ainsi non seulement à des interprétations différentes des phénomènes historiques mais en même temps mettent en avant les possibilités d'évaluation pour le futur qui à première vue restent dissimulées. Dans la recherche historique, le paramètre nosologie a fait son apparition en tant que facteur de base pour l'interprétation de certains phénomènes des évolutions sociales d'un pays, parce qu'il influait non seulement sur les données chiffrées démographiques et économiques, mais en même temps modifiait les facteurs biologiques pour les formes ultérieures des sociétés dans des limites restreintes ou larges. La conception actuelle de la multiplicité des paramètres d'un phé- nomène ainsi que les possibilités offertes par l'évolution technologique pour leur mise en valeur, ont créé les conditions exigibles d'évaluation d'une recherche. Mais ces conditions d'une recherche n'ont pas les possibilités de s'élargir aujourd'hui à des évaluations du passé, où les éléments sont incomplets pour la conception contemporaine de la recher- che.

Ainsi, après ces considérations sur la valeur de l'investigation sur le facteur «nosologie» en relation avec le paramètre social fondamental de «jeunesse», nous présenterons des éléments de recherche sur cette relation au XIXe siècle, après la constitution de l'Etat grec indépendant. Le XIXe siècle dans ses efforts de recherche sur la nosologie, hor- mis ses succès dans la découverte des causes des maladies infectieuses et des premières mesures pour les affronter et les prévenir, lors des premiers pas de l'immunologie, a agi dans le cadre de la relation entre nosologie et milieu. Cet assai de recherche sur les rapports dynamiques entre maladies et environnement qui a été inscrit dans les termes «Géographie médicale» ou «Topographie médicale», a été fondé par d'importantes études concer- nant aussi bien l'espace européen que grec. Le contenu de ces recherches fait clairement apparaître que la science de l'environnement n'est pas une découverte de notre époque. En Grèce, de telles recherches ont commencé dès le début du XIXe siècle, avec les travaux de l'Académie ionienne mais aussi par la suite avec les investigations des médecins militaires anglais dans l'Hepta- nèse et des médecins du corps expéditionnaire français et de la Mis- sion scientifique française pendant la Révolution; les recherches de ces derniers prirent la forme de thèse dans des Universités, celles des an- glais furent publiées. Les études de base en topographie médicale de l'espace grec au sens large, furent celles du Docteur K. Karakassis en Dacie (1833) et du Docteur A. Paspatis pour Constantinople (1862). Pour l'espace étatique grec du XIXe siècle, il existe deux études fondamentales de topographie médicale dans lesquelles nous puiserons les éléments nosologique inexploités et non répertoriés qui concernent la jeunesse grecque afin d'esquisser les conditions, en un de leurs para- mètres essentiels, à travers lesquelles s'est déterminée son évolution biologique et historique. Ces études ont bénéficié d'une reconnaissance internationale et ayant été écrites en français, ont reçu des honneurs, sans pour autant qu'elles rencontrent une attention analogue et sans que leurs auteurs soient même mentionnés dans l'histoire de la médecine grecque. Le principal chercheur en topographie médicale de la Grèce des cinquante premières années de l'Etat Grec indépendant fut le Docteur Clon Stéphanos (1854-1914) dont l'étude «La Grèce» a constitué l'article correspondant du Dictionnaire encyclopédique des Sciences médicales, cet article a fait l'objet d'un tirage à part en 1884, il comporte 217 pages

d'une typographie serrée 1 . Cette année est donc le centenaire de cette importante publication, il n'est pas inutile de citer ici ce que le Direc- teur de l'édition a écrit en termes concis mais non dénués d'intérêt:

«La géographie médicale de la Grèce était, pour ainsi dire, à créer. Le présent article a été écrit par M. Clon Stéphanos, jeune médecin grec des plus instruits, sur des documents et des données en partie nou- veaux, ou qui n'étaient pas jusqu'à présent utilisés. Il a donc une impor- tance toute spéciale qui en excusera la longueur. Le directeur a, en outre, besoin d'ajouter que, pour réduire l'article aux dimensions actuel- les, il a eu le regret de demander à l'auteur le sacrifice d'une partie de ses documents et de sa rédaction, dont il est à souhaiter pour la science que l'emploi soit fait d'une autre manière» 2 . Lors de ses études à Paris, C. Stéphanos s'intéressa à l'anthropo- logie, dont il fut aussi le fondateur en Grèce en créant le musée d'an- thropologie en 1886. C'est d'ailleurs à son intention que fut créée la Chaire d'anthropologie à la Faculté de Médecine en 1914, mais sa mort intervenue cette même année empêcha son élection. Sa topographie médicale reste de nos jours réservée à quelques «connaisseurs», et en- core non pour sa partie médicale, C. Stéphanos a été estimé pour ses études archéologiques 3 . Même lorsque les éléments de son étude ont été utilisés, leur auteur n'a nullement été mentionné 4 . Sa conscience scien- tifique le distingue par le fait que pour chaque détail de son étude, il donne des références bibliographiques complètes et mentionne parti- culièrement les médecins de campagne qui lui ont fourni des renseigne- ments. Il faut noter que ses références bibliographiques se rapportant

à l'élaboration de ses tableaux spatio-temporels des épidémies du ter-

ritoire grec, constituent la première bibliographie médicale historique

en Grèce et la première biliographie médicale grecque par ses références

à la nosologie des cinquante premières années de l'Etat grec indé-

pendant. Cette étude recouvre les régions constituant l'état grec d'alors

1. Clon Stéphanos, La Grèce, au point de vue naturel, ethnologique, anthropologique,

démographique et médical. Extrait du Dictionnaire encyclopédique des sciences médi-

cales, Paris, G. Masson, 1884.

2. Op. cit., p. 363.

3. Pour C. Stéphanos, voir l'Album du centenaire de la Société d'Archéologie à

Athènes, 1837-1937, p. 47 ; A. Drakakis, «Deux lettrés de Syros (Clon Stéphanos-Péri-

cles Zerlendis)», Annuaire de la Société des Études Cycladiques, t. 9,1971-1973, pp. 74-80; A. Karathanasis «Un cahier de Clon Stéphanos au contenu Folklorique», Eλ- ληνικά, t. 33, 1981, pp. 128-139. 4. Comparer l'article «Peste» dans la Grande Encyclopédie Hellénique, de A. Couzi, à Clon Stéphanos, op. cit., pp. 506-511.

MORBIDITE

ET LA MORTALITE

E T

ENFANTS

DES

A

ATHÈNES

(CAUSES —FRÉQUENCE

DES

MALADIES)

DE S

MOYEN S

D E

LA

RESTREINDR E

LE

D R

A.

PAR

PAPAPANAGIOTOU

Professeur agrégé de pédiatrie à l'université Chef de clinique à 1hôpital des enfants assistés.

d'Athènes

par

OUVRAG E

COURONN É

l'Académie

de

Médecine

de

Paris

(1900)

d'une médaille d'argent

A Τ

H È Ν E S

IMPRIMERI E

D E

L'

H E S

Τ

I

A .

C MEISSNER « Ν. KARGADOURIS

1899

LA GRÈCE

AU POINT

DE

VUE

NATUREL, ETHNOLOGIQUE, ANTHROPOLOGIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET MÉDICAL

LE D- CLON STÉPHANOS

EXTRAIT

DICTIONNAIRE ENCYCLOPÉDIOUE DES SCIEHCIS MEDICALES

G.

PARIS

MASSON.

ÉDITEUR

LIBRAIRE DEL ACADEMIE DE MEDECINE 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 120

sauf la Thessalie, mais elle comprend par contre la Crète, alors sous le joug turc. La seconde étude concerne une enquête sur la morbidité et la morta- lité infantiles entre cinq et dix ans, à Athènes, pour la période 1888 -1897. Son auteur en fut le Professeur de pédiatrie et pour un temps Direc- teur de la Clinique Universitaire, A. Papapanagiotou, son étude intitulée «La morbidité et la mortalité des enfants à Athènes» (1899) 5 a reçu la Médaille d'argent de l'Académie de Médecine de Paris en 1900. Cette étude a connu un sort semblable, elle reste inconnue et non répertoriée dans l'historiographie médicale grecque. Ses analyses statistiques sont essentielles pour l'étude de la nosologie infantile à la fin du XIXe siècle. Nos choix parmi les matériaux démographiques et nosologiques dans l'étude de C. Stéphanos concernant les âges jusqu'à vingt ans , se sont heurtés à des difficultés et ont suscité des problèmes dûs aux diverses distinctions et limites d'âge de ses tableaux statistiques, nous les cite- rons comme ils figurent dans son livre. La composition et l'évolution de la population grecque à la fin du XIXe siècle, apparaissent sur la représentation graphique des recense-

ments

successifs, en millions d'individus

(Chouliarakis, 1973) 6 .

5. A. Papapanagiotou, De la morbidité et la mortalité des enfants à Athènes (cau-

ses-fréquence

des maladies)

et des moyens

de la restreindre,

Athènes, Hestia, 1899.

6. M. Chouliarakis, Evolution géographique, administrative et de la popolation

de la Grèce, 1821-1971, T. 1, 1ère partie, p. XIX , Athènes, E.K.K.B.,

1973.

TABLEAU V. — ÉTAT ET MOUVEMENT DE LA POPULATION EN GRÈCE PAR DISTRICTS

GRÈCE

TABLEAU V. — ÉTAT ET MOUVEMENT DE LA POPULATION EN GRÈCE PAR DISTRICTS (Suite et fin).

GRÈCE

Le tableau V de l'étude de C. Stéphanos constitue un exemple du regroupement des matériaux, effectué par lui par régions et départe- ments du territoire grec. Il représente le mouvement par groupes d'âges et concerne la natalité, les mariages et la mortalité en moyennes dans différentes unités de temps de 1864 à 1879 7 . Le mouvement par groupes d'âges de la jeunesse, en moyennes sur 1000 habitants d'après les recensements de 1870 et 1879, ainsi que le taux de natalité sur 1000 habitants et sur 1000 femmes entre quinze et cinquante ans entre 1868 et 1878, apparaissent sur le Tableau I.

TABLEAU

I

Répartition des groupes d'âges de la jeunesse dans la population

Moyennes des recensements 1870 et 1879 pour 1.000 habitants

 

Natalité

Recensement

Groupes d'âges

1868-1878)

Année

Population

0-5

5-10

10-15

15:20

 

/ 00

°/oo

0/ /00

0/ /00

1870

1.437.026

 

147,7

129,7

109,6

97

1879

1.653.767

sur 1.000

habitants

27,6

sur 1.000 femmes de 15-50 ans

124

Il est évident que la comparaison de ces deux paramètres est problé- matique. Un autre problème posé est que, avec ces moyennes des groupes d'âges de la jeunesse mais aussi d'autres groupes de la population répar- tis par décennies, on ne peut pas construire la pyramide des âges et la comparer à celles de G. Papaévangelou (1980) pour des recensements ultérieurs, de 1896 pour le XIXe siècle mais aussi du XXe siècle 8 . La comparaison et la recherche des raisons de la différenciation dans la constitution des groupes d'âges de la jeunesse dans tous les pa- ramètres qui agissent sur elle — la nosologie étant essentielle — peuvent déterminer les cadres des compositions de la population, et différencier les causes des ruptures de la natalité qui apparaissent sur les pyramides des âges dans les divers recensements. Ainsi, ces problèmes conduisent

7. C. Stéphanos, op. cit, pp. 474-477.

8.

G.

Papaévangelou,

Eléments

de

description

et

conclusions

bio-statistiques,

à la nécessité d'approfondir et de regrouper les matériaux démographi- ques et à la standardisation des divers indices et en particulier ceux de la jeunesse, pour l'étude de son évolution au XIXe mais aussi au XXe siècle. Les rapports entre natalité, nosologie et mortalité des groupes d'âges de la jeunesse ainsi que leurs interactions créent une problémati- que posée par les matériaux de l'étude de C. Stéphanos pour une in- vestigation plus systématique. Sur le tableau II, figurent les moyennes de la mortalité dans les groupes d'âges de la jeunesse pendant la période 1868-1878 par rapport à la mortalité générale de la population, l'indice de la mortalité des nourrissons (dîme mortuaire, selon l'expression de C. Stéphanos) ainsi que le rapport décès-naissances 9 .

TABLEAU II

Moyennes de mortalité 1868-1878 des groupes d'âges de la jeunesse

Mortalité

Indice de mortalité

 

Groupes d'âges

Naissances

générale de la

des nourrissons

 

pour

population

0-5

5-10

10-15

15-20

100 décès

 

0-6 mois

7-12 mois

naissances

survivants

20,7

72

70,3

49,7

11,1

~Tf>

7^5

136,5~

Si l'on étudie et standardise les indices de mortalité des groupes d'âges de la jeunesse, on peut déterminer ses répercussions sur le mou- vement biologique de la population et sur son espérance de vie. Un point intéressant des remarques de C. Stéphanos est la comparai- son de l'indice de mortalité des 0-5 ans, qu'il estime à 114 0 /oo et il note que cet indice se trouve à l'avant-dernier rang, le dernier étant tenu par la Norvège avec 104°/ 00 . Les indices les plus élevés étaient ceux du Danemark (135), de la Suède (137) ainsi que l'indice de mortalité de l'Italie très élevé qui atteignait 223. Il existe bien sûr le problème de l'enregistrement exact des décès (C. Stéphanos cite l'étude de Bertil- lon, Rapport sur la mortalité des nouveaux-nés, Paris 1878, page 25). Les causes avancées de ce faible indice grec sont, la douceur du

climat, la faible densité de la population et la rareté des facteurs pré- disposants à des maladies congénitales et autres du premier âge comme la syphilis, l'alcoolisme, la tuberculose 10 . Analysant la mortalité des nourrissons et du premier âge, il se réfè- re aux causes et à leurs différences dans les diverses régions du pays. Dans le groupe 0-6 mois, il désigne comme principale cause les infec- tions et maladies du système respiratoire pour ce qui concerne les ré- gions montagneuses, pour les plaines les maladies gastro-intestinales, le paludisme étant une cause moins fréquente. Pour le premier âge il désigne comme causes principales les maladies infectieuses et en parti- culier la diphtérie. Pour les 5-15 ans, il note que la mortalité est plus élevée dans les régions marécageuses du pays et il cite à ce propos des chiffres caractéristiques 11 . Sur le tableau III sont inscrites les proportions de la mortalité masculine-féminine dans les groupes d'âges de la jeunesse, en moyennes, pour les années 1868-1878. En guise de comparaison nous reproduisons quelques données pour le groupe 20-30 ans 12 .

TABLEAU III

Mortalité des groupes d'âges de la jeunesse (Moyennes des données des recensements 1868-1878)

Groupes

d'âges

0-5

6-10

11-15

16-20

21-30

hommes

femmes

Total

Rapport des décès

0/ 100

»/ 100

0/ /00

hommes/femmes

50,3

49

49,7

101

11,2

10,8

11,1

103

6,7

7,4

7,6

90,8

8,1

7

7,5

116

comparaison

9,8

8,5

9,9

115

Mortalité moyenne générale

 

100

0/ /00

Grèce

20,7

Suède

20,5

Norvège

18,4

Danemark

21,6

10. C. Stéphanos, op. cit., p. 469.

11. Op. cit., pp. 470-471.

Il apparaît clairement sur ce tableau que la moyenne de la morta- lité générale en Grèce à cette époque (20,7%,,) était parmi les plus fai- bles en Europe 13 . Nous devons ainsi modifier certaines conceptions sur les rapports Grèce-Europe à cette époque, ainsi qu'ils ressortent de la réalité des chiffres. La répartition saisonnière des naissances et décès fait partie de la recherche de C. Stéphanos, mais nous ne nous référerons à ce point que brièvement, en notant seulement que les décès sont cités par ordre de fréquence: en automne, puis dans les mêmes proportions en hiver et en été, et en dernier le printemps. L'importance de la recherche en ce qui concerne les différences entre les diverses régions du pays aux condi- tions climatiques dissemblables, est évidente. Un exemple de la méthode de C. Stéphanos concernant la réparti- tion saisonnière des maladies est le tableau représenté ci-dessous qui se réfère aux diverses épidémies de diphtérie dans certaines villes du pays suivies de références bibliographiques. Nous le reproduisons tel quel 14 .

L A

DIPHTÉRI E

PA R

MOIS

E T

 

VILLES.

Athènes,

1865-4833

(Mac-

 

cas,

Baplias, Bombas).

 

.

122 118

58

Syra

: Hermoupolis,

1867-

 

1879

(Coscorozis).

.

.

20

21

25

Corfou,

1872-1879

(Kyria-

 

zidis) Kéos, 1873-1880 (Antoniades

15

14

24

51

58

19

Patras,

1876-1882

(Coryl-

 

los)

28

17

24

Calamcs,

1872-1882

(Cliry-

 

sospathis)

»

7

5

SAISONS

DAN S

QUELQUE S

VILLE S

(Résultats bruts)

6 8

49

58

19

18

12

5

15

12

21

15

23

15

9

6

16

18

11

11

»

4

5

»

52

10

11

6

9

2

51

5

15

6

S

1

70 102

116

298

15

U

19

64

5

9

12

51

5

12

10

88

9

1

14

09

»

2

»

10

D E

GRÈC E

161 288

917

49

20

45

178

178

46

59

26

162

47

18

27

200

45

25

24

163

7

5

2

22

22

C. Stéphanos, comme nous l'avons déjà mentionné, donne une des- cription spatio-temporelle de chaque maladie, cette description est ba- sée sur les données qu'il avait à sa disposition pour chaque région du

13. Op. cit., p. 457.

pays, elle est suivie de références permettant de déterminer la morbidité et la mortalité de la maladie. Je me bornerai à de brèves références en délimitant un contour général pour souligner les possibilités ultérieures de recherche ayant pour origine ces données. Pour le paludisme, il ne présente pas de données suffisantes concer- nant sa mortalité dans les groupes d'âges de la jeunesse; par contre il cite de nombreux autres renseignements ainsi qu'une liste intéressante des lacs et étangs du pays 15 . Dans la vaste description spatio-temporelle des épidémies de ty- phoïde de 1849 à 1881, il donne des chiffres sur l'épidémie de l'été 1881 à Athènes, les cas furent de 5000 sur une population de 70.000 habitants, c'est à dire un taux de morbidité de 7%. Les décès s'élevèrent à 233, ce qui signifie une mortalité de 5,8% dont 45% concernaient les âges jusqu'à vingt ans 16 . Il s'est particulièrement intéressé à la variole en fournissant d'abon- dant matériaux spatio-temporels 17 , dont un choix est présenté sur le Tableau IV.

TABLEAU

IV

Données spatio-temporelles sur des épidémies graves de variole Morbidité - Mortalité

Année

lieu

population

1873

Patras

46.500 1

1873-

1874

Athènes

48.100

2

1880-

1881

Corfou

18.000

(ville)

1882-

1883

Athènes

68.600 3

 

Ages

0-20

cas

morbi-

décès

morta-

cas