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OCTOBRE 2017

n° 209

13 €

L A B A N D E D E S S I N É E OCTOBRE

ISSN: 1268-3891

Octobre 17 de Patrick ROTMAN et Benoît BLARY © Seuil/Delcourt

A A près le démarrage en trombe de Valé- rian, les éditeurs se mettent en

AA près le démarrage en trombe de Valé- rian, les éditeurs se

mettent en ordre de bataille pour les fêtes de fin d’année avec notam- ment une série de block- busters qui ne peuvent laisser indifférents ainsi qu’une série de rééditions en particuliers chez Dupuis et Le Lombard.

Dans le flot des sorties nous avons quelques pépites plus discrètes a vous faire découvrir… Donc bonnes lectures !

L’AVIS DES BULLES BP 1 - 33037 Bordeaux cedex

Courriel: avisdesbulles@free.fr

Tél. 05 56

Port: 06 29 71 46 83

Directeur de la publication: Antoine VINCENT Directeur de la rédaction: Denis PLAGNE Rédaction: Anthony AGUADO, Jean-Charles ANDRIEU de LEVIS, Julien AUSOU, Raphaella BARRÉ, Matthieu BERTRAND-DESBRUNAIS, Christelle BELLENGER, Francois BLANC, Lionel BONHOMME, Mélodie CANALS, Zachary CLAISSE, Bruno CUGGIA, Jean-Baptiste COTTIN, Bénédicte COUDIÈRE, Éloi DESCHAMPS, Yves DUBUISSON, Jean-Michel FRANÇOIS, Patrick GAUMER, Blandine GUICHOUX, Quentin HUTH, Sofie von KELEN, Pierre LAGARDERE, Hadrien MARTIN, Audrey MARTINAT, Romain PIERROT, Clémence POSTIS, Gilles RATIER, Yoann RENIÉ, Arnaud RICHARD, Alain SALLES, Guillaume SENS, Alain SÈRE, Mariette

SINTIVE, Annaelle SORIGNET.

Toutes les images sont des crédits auteurs et/ou éditeurs

Imprimé par: Gunyfal SA Sofia Bulgarie Dépôt légal à parution ISSN: 1268-3981 CPPAP n° 0514 G80809

92 70 21 - Fax: 09 55 70 20 50

Denis PLAGNE

SOMMAIRE

Indispensables Alexandrin

4

Patrimoine

Du Louis Fortonhors Pieds Nickelés64

Rééditions

Oualou en Algérie

65

Jeunesse

Titeuf

66

Chroniques

136 chroniques

74

Bulletin d’abonnement

ALEXANDRIN: LART DE FAIRE DES VERS À PIEDS

de Pascal RABATÉ et Alain KOKOR chez Futuropolis

indispensables (((

et Alain K OKOR chez Futuropolis indispensables ((( P P oète des campa- gnes et des

PP oète

des

campa-

gnes et des villes, survivant en proposant ses poèmes photo- copiés de porte en porte, le vagabond Alexandrin de Vanneville croi- se, au détour d'un chemin, le jeune Kévin. Celui qui ne pense qu'en rimes, pour évi- ter de sombrer dans la déprime et la déchéance physique, va donner le goût de la poésie à ce jeune adolescent fugueur qui a quit- té son foyer pour être libre. Alexan- drin le prend sous son aile, en C.D.I. (contrat indéterminé en mendicité), pour lui apprendre, au cours de leurs tribulations urbaines et rurales, comment se contenter de peu et pouvoir refuser la servitude moderne: trouver de la beauté dans

les arbres, dans le vol des oiseaux… ou du plaisir en ne payant ses achats qu'avec des pièces jaunes. Ce qui leur vaut, parfois, le sourire aimable et compréhensif d'une caissière de supérette.

Que voilà un bel album consacré à la mar- ginalité sociale, tout en rime, en finesse et en subtilité. On sent toute de suite que Pas- cal RABATÉ s'est délecté à mettre en scène ce personnage de clochard céleste ne s'ex- primant qu'en alexandrins, lesquels sont justement et délicatement mis en images par le trait sensible d'Alain KOKOR. Ce maî- tre en liberté, emmitouflé dans son long manteau à carreaux, lui enseigne aussi les rudiments de la mendicité et les petites combines nécessaires à la survie en milieux bourgeois hostiles. Et, surtout, il lui app- rend à rester toujours courtois, coûte que coûte, et à accepter les mains tendues quand elles se présentent. Ils feront ainsi un bout de chemin ensemble, n'ayant plus aucun compte à rendre, si ce n'est au temps qui passe: notion fondamentale et impi- toyable! Bref, la complicité artistique entre RABATÉ et KOKOR fonctionne à merveille et nous

offre un bel hymne à la liberté et au respect d'autrui, doté de dialogues ciselés, d'une bonne dose d'hu- mour et de poésie, et d'élégance gra- phique.

mour et de poésie, et d'élégance gra- phique. Gilles R ATIER page 4 • L’avis des

Gilles RATIER

ART SCHOOLED

de Jamie COE chez Même pas mal

A RT S CHOOLED de Jamie C OE chez Même pas mal L L orsque Daniel

LL orsque Daniel Stope commence ses études

d’art, il est loin de se douter à quel point ces quelques années vont être

rocambolesques…

Une comédie de mœurs étudiantes tout à fait savoureuse… Ce qui plaît dans Art Schooled, c’est tout d’abord le côté haut en couleurs de ses personnages. Inspirés, déjantés, un brin caricaturaux mais toujours dépeints avec justesse, les protagonistes de cet ouvrage sont fictionnels mais tout de même inspirés de l’expérience personnelle de l’auteur. Et si certains styles s’avèrent parfois un peu datés (que voulez-vous, l’univers hipster se renouvelle plus vite que les collections H&M!), les répliques que l’auteur leur attribue s’inscrivent dans la droite ligne des comics intimistes cultes des années 90 tels que Optic Nerves ou encore Love and Rockets et vaudront au lecteur moult moments de franche rigolade. Concernant les thèmes clé, nous retrouvons l’anxiété, les névroses sociales, l’amitié ainsi que l’absurdité du monde de l’art.

doublée d’une critique acide de l’art conceptuel… Démontant avec pertinence le charlatanisme de l’art conceptuel, Jamie COE n’épargne pas ici ceux qui s’y consacrent: « Un artifice courant chez bon nombre d’artistes conceptuels amateurs : abuser de mots grandioloquents et vides de sens pour impressionner superficiellement la galerie ». En l’espace d’une case, tout est dit et le reste de l’album prêchera dans la même veine, dénonçant la vacuité de certaines démarches artistiques et fustigeant les professeurs sadiques qui préfèrent un concept creux et flamboyant à une technique honnêtement maîtrisée.

indispensables (((

le tout servi par un graphisme des plus vivants Fluide, sinueux et habité, le trait de l’illustrateur anglais se prête à merveille à cette féroce chronique étudiante qu’elle nimbe d’une aura tout à tour profondément ironique ou légèrement surréaliste. Ici, les couleurs sont appliquées à l’aide d’une technique mixte, mi-aquarelle mi-numérique et contribuent grandement à poser les ambiances ainsi qu’à appuyer la temporalité. Ainsi, les flash-back sont représentés en noir et blanc tandis que les flashs forward se parent eux de tonalités orangées. Un premier roman graphique ultra-abouti que nous considérons comme la promesse d’une œuvre future fructueuse.

Sofie von KELEN

promesse d’une œuvre future fructueuse. Sofie von K ELEN page 6 • L’avis des bulles •

DENTS DOURS TOME 5/6 - EVA

de YANN et Alain HENRIET chez Dupuis

indispensables (((

n mai 1945, si le conflit est considéré comme terminé pour les Alliés, Hanna

Reitsch, encore sous l'emprise de l'idéologie nazie, est bien décidée à réaliser l'ultime folie d'Hitler: lar- guer une bombe volante radioacti- ve remplie d'uranium sur New York, dans le but d'en détruire la population. Dans cette optique, elle s'entraîne en Basse Silésie avec son copilote et ami d'enfance Werner Zweiköpfiger (un espion américain infiltré au sein de l'ar- mée allemande), dans une base secrète dissimulée sous le châ- teau de Fürstenstein. Les Rus- ses, qui disputent le recrutement

des savants allemands aux Amé- ricains, lancent leurs comman- dos sur l'usine souterraine. Mal- gré les avancées décisives des alliés, les der- niers fidèles du führer sont toujours décidés à détruire la grande cité améri- caine. Hanna ira-t-elle jus- qu'au bout de sa détermi- nation?

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ira-t-elle jus- qu'au bout de sa détermi- nation? E E Proposant une intrigue passion- nante et

Proposant une

intrigue passion-

nante et riche, ce

cinquième

avant-dernier cha- pitre de la série d'a- ventures aéronautiques située durant la Seconde Guerre mondiale se conclut sur un suspens laissant le lecteur haletant.

et

En parallèle de la trame principale, de judi- cieux flash-back permettent aux lecteurs d'en savoir plus sur l'enfance en Silésie dans les années trente des héros, alors amis insé- parables, passionnés d'aviation et caressant le rêve de devenir pilotes: Hanna l'adoles- cente subjuguée par la doctrine nazie, Wer- ner son bel amoureux et Max le jeune juif. Une belle amitié brisée par les nuages noirs qui s'apprêtent à déferler sur l'Europe. YANN, passionné depuis toujours par ces années sombres, propose un scénario docu- menté, truffé de petits détails insolites et d'anecdotes étonnantes qui renforcent la crédibilité du récit. Les dialogues pré- cis et vivants sonnent juste, sans abreuver le lecteur d'explications inutiles. Alain HENRIET, dont le trait réaliste restitue avec précision uniformes et engins de tous poils, signe des pages d'une grande lisibi- lité, valorisées par les cou- leurs soignées d'USAGI.

Gilles RATIER

indispensables (((

indispensables ((( E RNESTO de Marion D UCLOS chez Casterman „ un roadtrip touchant et drôle

ERNESTO

de Marion DUCLOS chez Casterman

un roadtrip touchant et drôle dans une Espagne entre passé et présent

E rnest a fui l’Espagne et le régime de Franco. Il n’y est jamais retourné, malgré les

pertes, les abandons et sa vie qu’il a laissée derrière lui. Ne jamais en parler, garder tout pour soi et continuer, telle était sa façon de voir les choses. Mais un accident, une prise de conscience, et voilà Ernest sur les routes de l’Espagne d’antan et du présent.

Entre voyage initiatique et souvenirs Avec Esnesto, le lecteur parcourt le passé, le présent et l’avenir, dans un road-trip drôle et touchant. Difficile de rester insensible au charme désuet de ce vieux monsieur perdu dans ses souvenirs et ses repères. Cependant, la force du récit réside sans doute dans l’absence de voyage dans le temps: pas de flash- back, de souvenirs exposés autrement que par des

conversations entre les différents protagonistes. Ainsi, la mémoire des mots entre en collision avec les environnements, les images présentes. C’est le présent qui se raconte à l’aune du passé. Ernest est un personnage hautement touchant et attachant. On aime suivre les pérégrinations de ce grand-père très fortement touché par les tragiques événements des années 35/40.

Des seniors plein de vie et drôles Dans la veine des Vieux fourneaux, Ernesto nous raconte avec émotion et humour le road- trip de ces seniors en quête de leur mémoire. Le dessin est réaliste, les couleurs aériennes, nous rappelant ces tissus des femmes espagnoles et la caresse du soleil. Le trait, lui, est léger et la mise en pages vraiment travaillée pour donner à l’album cette idée de voyage, de progression autant que de mémoire.

Ernesto rend hommage à ces personnes ayant fui l’Espagne, à ces seniors en quête de
Ernesto rend hommage à ces personnes ayant
fui l’Espagne, à ces seniors en quête de
souvenirs et à cette Espagne colorée et parfois
un peu chauvine qui se raconte au fil des pages.
Un vrai voyage, pas tant dans la distance que
dans la mémoire et la découverte de ces
personnages hauts en couleurs et attachants.
Bénédicte COUDIÈRE

indispensables (((

indispensables ((( D IALOGUES de K ARIBOU chez Delcourt coll. Tapas E E st-ce qu’on peut

DIALOGUES

de KARIBOU chez Delcourt coll. Tapas

EE st-ce qu’on peut jouer son passage du Styx avec Charon aux Pogs? Est-ce que Jésus a

négocié ses pouvoirs avec Dieu? Comment Ulysse s’est-il pris vingt ans d’errance au lieu d’un mois? Toutes ces questions trouveront une réponse dans cet album!

classiques sur le bout des doigts. Du coup, certains sketches sont vraiment excellents, comme celui où Napoléon s’énerve de savoir qu’on a transformé ses défaites en expressions (« un coup de Trafalgar », « c’est la Bérézina »):

« Nan mais je rêve… Je perds une bataille et vous en faites une expression… ». Le style est très épuré, c’est-à-dire en fil de fer. Nous voyons seulement les silhouettes, pourtant nous reconnaissons facilement les personnages tant les attitudes et bien sûr les dialogues, sont justes. Il faut avoir un minimum de culture générale pour ne pas passer à côté de certains gags. Si c’est le cas, vous allez vous régaler!

Raphaëlla BARRÉ
Raphaëlla
BARRÉ

vous allez vous régaler !

KARIBOU est un auteur de bande dessinée qui publie ses planches sur les réseaux sociaux, notamment Tumblr et Facebook. Le principe: revisiter des moments de la grande histoire et des mythologies chrétienne, grecque, scandinave… en y mettant une grosse touche de surréalisme

et d’anachronisme. Ce qui est plaisant, c’est qu’il connaît ses

L’ ÉTÉ EN PENTE DOUCE

de Jean-Christophe CHAUZY et Pierre PELOT chez Fluide glacial

C HAUZY et Pierre P ELOT chez Fluide glacial ncore enfant, estro- pié à la main

ncore enfant, estro- pié à la main et le visage balafré alors

qu'il jouait avec son frère Mo (qui manipulait une grenade oubliée par la guerre et qui leur a pété à la gueule), Fane, ama- teur de bière et de bagarre, rêve de devenir écrivain. Lorsqu'il apprend le décès de sa mère, il quitte son HLM miteux en compagnie de sa voisine Lilas : une superbe jeune femme pas très futée, mais au char- me incendiaire, qu'il sauve des grif- fes d'un amant violent. Le couple gagne le village natal de Fane le jour de l'enterrement. Il retrouve son frère Mo: simple d'esprit, depuis l'accident, qui vivait avec sa mère.

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Gérard KRAWCZYK, avec Jean-Pierre BACRI, Jacques VILLERET, Guy MARCHAND, Jean BOUISE et la sublime Pauline LAFONT dans le rôle de Lilas. C'est Yann LINDINGRE, rédacteur en chef de Fluide glacial, qui pro- pose à Pierre PELOT d'adapter son roman sous forme de bande dessinée. C'est encore lui qui a l'idée géniale de l'associer au dessi- nateur Jean-Christophe CHAUZY.

Le trio mène une vie dissolue dans la vieille demeure familiale coincée entre les garages de Dédée Voke et de son frère Olivier, dont le souhait est de les voir déguerpir afin de réunir les deux propriétés. Un été torride réveille les vieux démons d'un voisinage haineux et jaloux de voir un estropié en compagnie d'une aussi belle créature. Le Lyonnais Jean-Christophe CHAUZY évoque avec justesse, outre les formes suggestives de Lilas, l'atmosphère pesante et sensuelle de ce coin de province par un temps cani- culaire. Ses couleurs réalisées à l'aquarelle subliment personnages et décors, accen- tuent la tension palpable de l'intrigue, jus- qu'à la bouleversante conclusion, plus pro- che de celle du roman que du film, de cette adaptation réalisée par Pierre PELOT, lui- même.

Gilles RATIER

Publié chez un éditeur en déroute en 1980, puis devenu en 1987 un film aujourd'hui culte, L'été en pente douce est aujourd'hui adapté pour la bande dessinée en un one- shot somptueux. Il y a tout juste trente ans, il est donc adapté pour le cinéma par

indispensables (((

il est donc adapté pour le cinéma par indispensables ((( page 14 • L’avis des bulles

LES FANTÔMES D‘ERMO tome 1 /2

de Bruno LOTH à La Boîte à Bulles coll. Hors champ

E rmo est un gamin des rues malin et débrouillard tentant de survivre dans l’Espagne

des années 30. Mais lorsque sa route croise celle d’un cirque ambulant, les choses se précipitent pour le jeune orphelin. En effet, emprisonné, libéré puis traqué par les puritains conservateurs, Ermo se retrouve au cœur de l’explosion d’un pays déchiré entre une république agonisante et un mouvement fasciste en plein essor. Combattant désormais aux côtés des anarchistes, il ne doit son salut qu’aux interventions régulières de l’esprit de ses parents qui, bien que décédés, sont résolus à ne pas laisser tomber leur enfant.

sont résolus à ne pas laisser tomber leur enfant. rééditions ((( La deuxième incarnation d’une série

rééditions (((

La deuxième incarnation d’une série historique chaudement plébiscitée Les fantômes d’Ermo est le premier volume de la réédition en deux parties de la série Ermo auto-publiée par Bruno LOTH entre 2006 et 2013. Comptant à l’origine six opus, elle se présente cette fois-ci sous la forme d’un diptyque habillé d’une belle couverture cartonnée et, pour ce premier épisode, augmenté d’un dossier offrant explications et chronologies. Car, l’enjeu principal est bien entendu ici de sensibiliser le lecteur à la guerre civile espagnole, sanglant conflit grâce auquel FRANCO parvint à se maintenir au pouvoir durant de longues années. À travers les péripéties du petit garçon

ainsi que celles de ses compagnons, c’est tout un pan d’histoire ibère qui se déroule sous nos yeux, l’auteur prenant soin de ne jamais assener de données historiques sans illustrer celles-ci au moyen de l’intrigue. Ainsi, la pilule sera moins amère à avaler pour ceux que l’Histoire rebute. Le tout est servi par un rythme assez trépidant qui restitue assez bien le climat de tension d’alors ainsi que par une aura fantastique capable de détendre à intervalles réguliers cette intensité dramatique.

Des personnages authentiques et attachants En effet, foin ici de grands personnages épiques ou autres donneurs de leçon, nous découvrons et comprenons la cause des anarchistes aux côtés des meilleurs mentors c’est-à-dire le peuple, les gens du voyage, enfants des rues et autres laissés pour compte. À leurs côtés, nous prenons parti pour cette Espagne libre qui sut se relever non sans efforts et qui, grâce à ses défenseurs de fortune, parvint à se libérer du joug fasciste. Très réaliste, formée d’un assemblage bigarré de gamins insolents, idéalistes communistes, fiers travailleurs anarchistes ou encore belles courageuses n’hésitant pas à combattre aux côtés de leurs maris, la galerie des Fantômes d’Ermo marque et fonctionne parfaitement. Ainsi, l’humanité, la chaleur et le souffle de liberté se dégageant de cette œuvre en compensent aisément les légères maladresses graphiques, celles-ci semblant même s’améliorer d’elles-mêmes au fil des pages.

Une

saga

passionnante à découvrir ou à relire, que l’on soit ou non féru de cette période de l’histoire espagnole. Sofie von KELEN

cette période de l’histoire espagnole. Sofie von K ELEN page 16 • L’avis des bulles •

FILMO GRAPHIQUE

d’Edouard ROSS chez çà et là

F ILMO GRAPHIQUE d’Edouard R OSS chez çà et là Comment est né le cinéma? Quelles

Comment est né le cinéma? Quelles ont été les étapes clé de son évolution? Comment représente-t-il l’humain ainsi que le monde qui l’entoure? Quelles en sont les potentialités ainsi que les limites et dans quelle mesure influence-t-il les époques?

une réflexion psycho- sociologique sur le lien entre l’humain et le film

Une œuvre ambitieuse par la forme… Passionné de cinéma ainsi que de bandes dessinées, Edward ROSS conjugue ici ses deux passions à travers un épais volume de presque deux cents pages abordant le cinéma sous une multitude d’angles et à travers plusieurs centaines de films cultes. Ce qui est intéressant ici c’est tout d’abord l’approche non chronologique. En effet, loin de nous livrer une simple histoire du cinéma, l’auteur dissèque ses facettes une à une. Ainsi, les thèmes du regard, du corps humain, des décors, du temps, du langage, de l’idéologie ainsi que de la technologie sont tour à tour abordés sous la forme de chapitres consistants ne laissant que peu de questions en suspens. De plus, la grande diversité des œuvres citées et/ou analysées en fait un ouvrage accessible à tous les cinéphiles, qu’ils soient férus de blockbusters ou de cinéma indépendant, de comédies, polars, westerns, films d’actions ou de genre.

indispensables (((

mais aussi par le fond Mais ce qui caractérise réellement le travail d’Edward ROSS, c’est qu’il ne se contente pas de parler du cinéma mais l’utilise afin d’aborder de grandes questions philososphiques, sociologiques, politiques et surtout humaines. Et c’est ici ce qui fait toute la différence! En effet, parallèlement au plaisir de lire une analyse pertinente de nos films cultes, nous savourons celui de mieux comprendre le fonctionnement de l’esprit humain et principalement ses côtés ambigus. Discriminations, névroses, désirs et ambitions, malléabilité face à la propagande, dysfonctionnements de communication, corruptibilité et autres tendances sadiques ou masochistes se voient ici pointés du doigt et disséqués à travers le prisme du cinéma. De manière limpide et remarquablement bien documentée (les citations foisonnent), Edward ROSS nous explique ici comment l’adoption ou le rejet d’un film sont autant de symptômes clairs et aisément déchiffrables de l’état d’une société, faisant de Filmographique bien davantage que ce que ce livre aurait pu être: une réflexion psychosociologique sur le lien entre l’humain et le film.

À lire absolument, que l’on possède ou non une culture cinématographique étendue. Attention cependant, de nombreuses chutes de films sont ici dévoilées!

Sofie von KELEN

chutes de films sont ici dévoilées! Sofie von K ELEN page 18 • L’avis des bulles

HARMONY tome 3 - Ago

de Mathieu REYNÈS et Valérie VERNAY chez Dupuis

- Ago de Mathieu R EYNÈS et Valérie V ERNAY chez Dupuis H H armony s’est

HH armony s’est fait rattraper par les hommes de main du camp d’entraînement mili-

taire. Elle décide de se laisser captu- rer pour pouvoir libérer Payne et Eden. Pendant ce temps, des com- plots se trament à l’intérieur même du complexe.

indispensables (((

Suite et fin du premier cycle de cette très

bonne

fantastique. Elle est

bande

dessinée

ne (ou d’un bon comics) de super-héros

avec: des enfants qui ont des super-pou- voirs et qui sont poursuivis par une société militaire privée. Certes, c’est du déjà-vu mais quand c’est bien fait, cela fonctionne… Et c’est ici bien fait. Ce qui donne de la profondeur à l’univers c’est moins le scénario et les person- nages que la réalisation. En effet, le dessin et la colorisation de Mathieu REYNÈS et Valérie VERNAY (pour la couleur) sont très réussis. La colorisa- tion accompagne parfaitement le des- sin dynamique et elle crée en plus une ambiance particulière. Ces qualités se voient sur-

tout quand l’héroï- ne utilise ses pou- voirs. Nous pou- vons vous affirmer que la mise en pages d’Harmony n’a rien à envier aux productions Marvel et DC. Si vous avez

des jeunes amateurs de comics et/ou des enfants qui aimeraient se mettre à une série plus “ado”, celle-ci est très bien. Raphaëlla BARRÉ

plus “ado”, celle-ci est très bien. Raphaëlla B ARRÉ Harbinger franco-belges, en quelque u sorte le
Harbinger franco-belges,
Harbinger
franco-belges,

en quelque

u

sorte le

X-men

o

pour

Vous trouverez tous les ingré- dients d’une bonne série américai-

les jeunes à partir de dix ans.

INFINITY 8 tome 5/8 - Le jour de l’Apocalypse

de Lorenzo de FELICI, Lewis TRONDHEIM et Davy MOURIER chez Rue de Sèvres

A nn Ninurta est le cinquième agent de la cinquième boucle. Sauf qu’en plus de résoudre

l’énigme de la nécropole géante, elle va devoir faire face à une horde de zombies, à l’inquiétude de savoir sa fille au milieu de tout ça et… à une équipe de bras cassé à l’humour douteux.

une nouvelle mission déjantée avec des zombies

Boucles temporelles Cette nouvelle aventure est d’autant plus jouissive qu’elle frise le n’importe quoi. Des zombies attaquent, Ann n’a plus rien à perdre et du coup se lâche comme elle ne pourrait sans

doute jamais le faire. Plus de retenues, plus rien ne la retient. De fait, on assiste à une aventure déjantée, pleine d’hémoglobine et d’explosions. On appréciera particulièrement l’humour qui émaille les bulles de l’album, ou encore les références discrètes aux précédentes boucles temporelles.

Enfin une réponse? Sait-on enfin ce que fait cette nécropole géante au milieu de nulle part? Peut-être. Ou peut-être pas. La force de cette série réside dans les informations qu’elle distille au compte-gouttes, permettant des twists narratifs passionnants, drôles et touchants. Le dessin est une réussite dans la veine des précédents tomes, tout en se démarquant par son style et son character design. Le lecteur se plongera avec plaisir dans ces pages et dans cette aventure décalée.

Le vaisseau est en passe de faire sa sixième boucle, le suspense, lui, reste entier. La fin de ce tome est véritablement brillante, nous n’en dirons pas plus, mais elle nous a particulièrement touchés. Comme les lecteurs, nous avons hâte d’en savoir toujours plus et peut-être d’avoir enfin des réponses concernant cette galaxie nécropole!

Bénédicte COUDIÈRE

indispensables (((
indispensables (((

page 22 • L’avis des bulles • juin 2017 • n° 206

galaxie nécropole! Bénédicte C OUDIÈRE indispensables ((( page 22 • L’avis des bulles • juin 2017

JE NE SUIS PAS DICI

J E NE SUIS PAS D ’ ICI V V enue étudier en France, Eun-Mee n’imagine

VV enue étudier

en France,

Eun-Mee

n’imagine pas les épreuves qu’elle devra traverser… Car, au-delà de la barrière de la langue ainsi que de la difficulté de réussir ses examens annuels aux Beaux-arts, le plus difficile sera pour la jeune Coréenne de comprendre et d’adopter des comportements en rupture radiale avec ses propres habitudes…

l’auteure nous pousse à questionner les mœurs de notre propre pays

indispensables (((

La Corée à l’honneur Précisons tout d’abord que Je ne suis d’ici paraît simultanément avec Je suis encore là-bas (sorti lui chez Steinkis), autre ouvrage mettant en scène une Coréenne expatriée en France. Mais si ce dernier met en scène une jeune expatriée de retour et peinant à se réadapter aux mœurs coréennes, Je ne suis pas d’ici décrit principalement l’arrivée en France de son héroïne ainsi que ses années sur place, expérience que nous supposons fortement inspirée du propre vécu de l’auteure.

Le choc des cultures vécu de l’intérieur En décrivant une jeune expatriée en proie à la solitude et au dépaysement, YUNBO se penche sur les codes sociorelationnels français. Et si

de YUNBO chez Warum

ceux-ci semblent sous nos latitudes plus simples dans la forme (la fameuse “bise”, le mépris de la différence d’âge, la facilité des rendez-vous amoureux…), leur froideur latente saute aux yeux lorsque Eun-Mee est confrontée aux peu d’efforts faits par les Français pour s’adapter à ses difficultés de langage. Ainsi, à travers le regard neuf de la jeune fille, nous réalisons à quel point nos usages chaleureux en apparence peuvent paraître finalement profondément individualistes. À l’inverse, l’héroïne semble grisée par la capacité des étudiants à exprimer librement leur avis, l’auteur dénonçant ainsi l’excès d’autorité ainsi que le formatage en règle subis par les Coréens. Ce point est appuyé par le retour au pays au terme de cette expérience d’une Eun-Mee partagée, peinant à se soustraire au modèle de la jeune coréenne active soumise à sa famille mais cependant désormais capable de distance et de réflexion face aux us et coutumes de ses congénères.

Une belle maîtrise graphique Ce qui saute aux yeux ici est l’extrême douceur des visuels Le trait souple et diaphane modèle délicatement des visages sur lesquels s’effacent les différences ethniques et généralement dotés d’expressions bienveillantes. Même lorsque l’auteure, troublée dans son identité profonde par le choc culturel se perçoit affublée d’une tête de chien, celle-ci demeure empreinte de gentillesse et de finesse. Le tout est ombré par de délicats lavis naviguant entre de multiples nuances de gris çà et là ponctués d’éclats bleus et mauves permettant de rythmer visuellement les pages. Une œuvre riche et très expressive jetant un regard gracieux mais non moins féroce sur les contrastes entre Orient et Occident Sofie von KELEN

les contrastes entre Orient et Occident Sofie von K ELEN page 24 • L’avis des bulles
J E SUIS ENCORE LÀ - BAS de Samir D AHMANI chez Steinkis L’intrigue se

JE SUIS ENCORE LÀ-BAS

de Samir DAHMANI chez Steinkis

L’intrigue se concentre ici sur la rencontre de Sujin avec un français qui fera remonter en elle les souvenirs de voyage, apaisant momentanément grâce à sa présence son sentiment d’isolement pour que celui-ci ne ressurgisse que mieux à l’approche du départ du nouvel ami.

Des choix narratifs subtils Ici, les clivages ne sont pas montrés mais plutôt suggérés à travers quelques scènes-clés. Il y a tout d’abord celle du mariage de la cousine de l’héroïne au cours de laquelle cette dernière se voit harcelée par sa famille. Celle-ci, désireuse de voir Sujin suivre la voie toute tracée des jeunes coréennes s’étonne de son acharnement au travail ainsi que de son incapacité à trouver un mari. La scène de la tempête qui voit les deux protagonistes coincés dans une chambre d’hôtel au milieu de nulle part ravit quant à elle par sa délicatesse. Les sentiments naissants y sont suggérés grâce à un subtil contraste entre la douceur des confidences échangées et la violence du déchaînement des éléments au dehors. Les personnages sont comme à l’abri d’un cocon de calme et de pudeur, pudeur qui sera également le maître mot d’adieux parfaitement platoniques Soulignons également qu’à l’image de l’héroïne de Je ne suis pas d’ici qui se perçoit sous les traits d’un chien, Sujin se voit parfois affublée d’un masque traditionnel symbolisant l’hyper-contrôle nécessaire afin de coller à la perfection en vigueur.

Une passionnante tranche de vie doublée d’une réflexion sur l’ouverture d’esprit et servie par un trait lâché résolument contemporain. Sofie von KELEN

un trait lâché résolument contemporain. Sofie von K ELEN A A près plusieurs années passées à

AA près plusieurs

années

passées à

étudier en France, Sujin est de retour en Corée. Priée de servir de guide et de traducteur pour un client français de son entreprise, la jeune femme, inquiète de prime abord concernant sa grammaire, finit par se sentir à l’aise avec le prénommé Daniel. Au fil des jours et des moments partagés, une véritable amitié se tisse, le tout accompagné pour Sujin de la conscience aiguë du fait qu’elle ne sent plus réellement en phase avec son propre pays…

ici, les clivages ne sont pas montrés mais plutôt suggérés

Une autre manière de montrer les fossés culturels Dans Je ne suis d’ici (page???), l’auteur se concentre sur les années passées à l’étranger par l’héroïne. Ici au contraire, l’histoire présente toujours une jeune coréenne mais cette fois- ci de retour au pays. Ce qui est intéressant c’est que cette jeune femme paraît aussi déboussolée, isolée et dubitative que celle de l’autre livre. L’expatriation est donc doublement subie: une fois lorsque l’on part de chez soi mais également lorsque l’on y revient, riche d’expériences ainsi que d’une autre culture capable de vous faire vous sentir étranger ou du moins décalé dans votre propre pays.

indispensables (((

JE SUIS SPIDER-MAN

indispensables (((

CC ette nouvelle édition de l’an- thologie consacrée au Tis- seur de toile (la première

date de 2014) n’a qu’un seul véritable objectif: accrocher un nouveau public derrière Spider-Man, et pourquoi pas celui du dernier opus cinématogra- phique (Spider-MMan : Homecoming par Jon

WATTS).

Néanmoins, elle est relativement exhaustive sur la durée, même si, au regard de plus de cinquante ans de car- rière, le lecteur put imaginer avoir un livre qui soit deux fois plus volumineux (il y a quand même 320 pages!). Qua- torze morceaux choisis tout de même, des débuts avec le tandem Stan LEE/Steve DITKO jusqu’au Spider-Man homme d’affaire de Dan SLOTT ! D’aut- res grands noms sont associés au per- sonnage: John ROMITA SR, qui succède à DITKO, son fils (J. ROMITA JR !) dont la carrière a largement été associée à Spi- der-Man, Gerry CONWAY (celui de la mort de Gwen et de son père), Gil KANE

(Atom, Flash), spé-

cialiste de l’anato- mie, Sal BUSCEMA,

COLLECTIF chez Panini

dessinateur à la

régularité exem- plaire, Todd MAC

F ARLANE

(Spawn)… L’arai- gnée n’est pas Superman, et il n’est de fait pas surprenant de trouver des récits

plus graves dans cette anthologie, comme celui consacré au 11 septembre

ou celui sur la leucémie. Cela peut sem-

bler emphatique chez nous, mais pour un art aussi populaire aux USA, il est bien normal qu’il accroche parfois la réalité.

il est bien normal qu’il accroche parfois la réalité. Nous retrouvons bien sur la galerie des

Nous retrouvons bien sur la galerie des vilains habituels, en commençant par le Bouffon vert, le Caïd (Kingpin), Venom… et les personnages secondai- res essentiels comme l’éternelle Tante May, Gwen Stacy, dont la mort est très symbolique dans l’univers Marvel (voire des comics!), et celle qui lui succédera Mary Jane Watson. De nombreux textes intermédiaires apportent aux lecteurs peu familiers d’importants éléments qui permettent

de mettre en lumière des moments clé

de la série, mais aussi d’apporter les informations qu’un simple numéro ne saurait — à lui seul — retranscrire. Bref, une anthologie augmentée qui inté- ressera surtout le plus novice des lecto- rats… ou des utra-fans de Spider-Man.

Alain SAALLLLEESS

LE JOURNAL D’AURORE

tome 2 - Rien ne va plus ! de Marie DESPLECHIN, Agnès MAUPRÉ et Grégory ELBAZ chez Rue de Sèvres

AA urore n’est toujours pas contente. Elle a beau avoir eu son brevet avec mention

et passer en seconde, les études ne sont pas sa priorité… Elle, ce qu’el- le voudrait, c’est trouver sa voie, savoir où elle va et à quoi rime tout ça…

On s’attache à elle autant qu’on a envie de la secouer

indispensables (((

Le journal d’Aurore est l’adaptation du livre du même nom écrit par Marie DESPLECHIN. Dans le premier tome nous avions quitté une Aurore encore adolescente et fâchée avec tout le monde, surtout avec elle-même. Dans ce deuxième tome nous la voyons gran- dir, mûrir, même si elle reste une sale gosse. Le trait d’Agnès MAUPRÉ (Le che- valier d’Eon, Milady de Winter…) cor- respond toujours parfaitement à l’état

d’esprit de cette héroïne. Elle est longi- ligne, dégingandée, nonchalante… On s’attache à elle autant qu’on a envie de la secouer pour qu’elle se bouge un peu la couenne. Ce qui est intéressant dans cette série c’est de la voir évoluer vers l’état de jeune adulte. D’abord elle tâtonne, puis elle se trouve un véritable intérêt pour quelque chose: le chant et l’écriture. Cela l’apaise et la rend moins centré sur elle-même (mais pas trop). La fin de ce tome sonne comme le début d’une nouvelle aventure et laisse la possibilité aux lecteurs d’imaginer la suite. À ce propos, nous aimerions beaucoup qu’il y en ait une de suite! Car

suivre Aurore à la fac ce serait quelque chose.

Nous

conseillons aussi

de

de Marie DESPLE-

CHIN.

chose. Nous conseillons aussi de de Marie D ESPLE - CHIN . vous livres lire les

vous

livres

lire les

Raphaëlla BAARRRRÉÉ

LASTMAN TOME 10

de BALAK, SANLAVILLE et VIVÈS chez Casterman

L e sorcier commence un étrange rituel au pied de la statue de Marianne.

Son sortilège affecte ceux qui ont connu la guerrière, leur fai- sant revivre leur passé commun.

indispensables (((

fai- sant revivre leur passé commun. indispensables ((( „ Il est où Albana ? „ Retour

Il est où Albana ?

Retour vers le passé Le dixième tome de Lastman sort enfin, mais l'attente ne fut pas vaine. Dans ce volume, qui n'est pas centré sur Albana et ses péripéties pour retrouver la vallée, les auteurs nous dévoi- lent enfin l'histoire de Marian- ne et le mystère de la naissance d'Adrian. Qui était son père ? Pourquoi Marianne était aussi puissante? Autant de questions qui ont enfin leur réponse, renfor- çant le pouvoir addictif du titre, pouvoir encore augmenté par le clif- fhanger de ce tome.

Un lien avec la série télé La fin du tome rejoint également la série télé diffusée sur France 4, que les plus assi- dus des lecteurs de Lastman ont pu suivre fin 2016. Celle-ci constituait un préquelle à l'histoire, objet étrange qu'il était difficile de raccrocher à la bande dessinée. Jusqu'à aujourd'hui, puisque les auteurs dévoilent que la série suivait en fait le passé d'autres personnages récurrents (en plus d'Albana), rendant les deux supports indissociables.

Un dessin de plus en plus maîtrisé Mais si le scénario gagne en profondeur et en suspense à chaque volume et avec la multiplication des supports, les auteurs font également évoluer leur dessin. Les scènes de flash-back montrent ainsi un trait mou- cheté évoquant l'aspect vaporeux des sou- venirs. Le volume s'ouvre également sur une vingtaine de

très belles pages couleur qui font presque regretter que l'ensemble du titre ne soit pas colorisé.

regretter que l'ensemble du titre ne soit pas colorisé. Guillaume S ENCE page 32 • L’avis

Guillaume SENCE

MEDICIS

tome 3/5 - Jules, de l’or à la croix

d’Olivier PERU, Lucio LEONI, Emanuela NEGRIN chez Soleil coll. Aventure

Lucio L EONI , Emanuela N EGRIN chez Soleil coll. Aventure T T oscane, Florence, 1492.

TT oscane, Florence, 1492. Pierre de Medicis est à la tête

de la ville mais il est loin d’é- galer ses prédécesseurs. En effet, il se vautre dans la luxu- re et son orgueil l’aveugle. Lui et sa famille seront bientôt

chassés de leur cité par Savonarole et son prêche extrémiste.

les Medicis, conseillés par Machiavel, frayent avec les Borgia

Grandeur et décadence de l’une des plus célè- bres familles de la Renaissance italienne: les Médicis. L’instabilité de leur règne va de pair avec les guerres d’Italie (1494-1559). Rappe- lons rapidement le contexte: le pays n’est pas unifié, il est encore une somme de cités- États : Venise, Rome, Florence, Naples,

indispensables (((

Milan… Chacune est très riche financière- ment et culturellement et donc attise la convoitise de quelques royaumes, dont celui de France. C’est d’ailleurs ce dernier qui va lancer les « festivités » à partir de 1494. Ce troisième tome raconte cette période mouve- mentée où les MEDICIS, conseillés par MACHIAVEL (il écrira Le prince pour eux), frayent avec les BORGIA. Si les auteurs ont respecté les dates et les événements, cela reste romancé, comme ces nombreuses séries anglo-saxones qui racontent le règne de différents rois et reines. Ce n’est pas un défaut, loin de là, car cela permet aux person- nes lambdas, qui n’ont pas d’affinité avec l’histoire, de s’y intéresser. Car pour ne rien manquer et comprendre un minimum le contexte de l’histoire, il faudra faire quelques petites recherches. D’ailleurs, une frise chro- nologique aurait été la bienvenue. Enfin, en ce qui concerne la réalisation, elle est sobre et classique et est entièrement au service du sujet. En résumé, nous vous conseillons for- tement de vous plonger dans ces albums et de vous intéresser à une période très peu abordée dans les programmes scolaires. C’est l’occasion!

LES MILLE ET UNE VIES DES URGENCES

de Baptiste BEAULIEU et Dominique MERMOUX chez Rue de Sèvres

B aptiste est interne aux Urgences. Au cinquième étage, chambre 7, il y a celle

qu’il a surnommé Oiseau-de-feu: une patiente dont le pronostic vital est engagé, qui attend son fils avant de pouvoir s’en aller définitivement. Pour l’aider à rester encore un peu, Baptiste lui raconte des histoires. Des brèves des urgences, tantôt drôles, touchantes, tristes… Il y a tellement de vies dans un hôpital.

carnet de voyage de la vie, la mort et l’existence

Des vies et des mots Adaptation BD du livre de Baptiste BEAULIEU du même nom, 1001 vies des urgences est un recueil de témoignages touchants, justes, drôles et sensibles qui mêlent aussi bien les histoires de malades que de soignants. Et pour cause:

c’est du vécu. Baptiste BEAULIEU fut lui- même interne, avant de devenir médecin. Pour extérioriser autant que pour raconter, il témoigne de ces histoires sur son blog, Alors voilà, qui finit par être publié chez Fayard en 2013. C’est désormais en bande dessinée que les urgences prennent à nouveau vie. Les témoignages n’en sont

Si les urgences m’étaient contées Combattant habilement le côté répétitif et potentiellement catalogue des recueils d’histoire, avec un fil rouge touchant (la survie de cette patiente par le biais des histoires), cet album parvient à rendre presque sympathique un lieu pourtant détesté de la majorité de la population:

l’hôpital. L’album permet de montrer le côté humain, difficile, sans tomber dans le cliché ou la caricature. Il y a de tout aux urgences, que ce soit le médecin Viking avec le sourire, l’aide soignante dont le sourire illumine la pièce ou même ce chirurgien très con mais dont l’efficacité et le talent ne sont plus à prouver. C’est justement pour cela que ce recueil est un régal. Parce qu’il fera rire le lecteur, mais aussi pleurer, sourire, grincer des dents ou même frissonner. Sensible et touchant, Les mille et une vies des urgences parvient à allier un texte d’une grande humanité à un dessin fin, aux allures de carnet de voyage de la vie. A mettre entre toutes les mains.

indispensables (((

Bénédicte COUDIÈRE

que plus fort, puisque le dessin accompagne admirablement une mise en pages sous la forme
que plus
fort,
puisque le dessin
accompagne
admirablement
une mise en pages sous la forme
d’un presque carnet de voyage
(immobile).

NOUVEAUTÉS À PRIX CASSÉ

de Ben KATCHOR chez Rackham coll. Le signe noir

CASSÉ de Ben K ATCHOR chez Rackham coll. Le signe noir J J ulius Knipl vit

JJ ulius Knipl vit à New York,

exerçant la

profession de photographe immobilier. Mandaté par toutes sortes de clients, il arpente les rues de la mégapole afin d’en immortaliser les immeubles. Au fil de ses périples urbains, ce monsieur juif d’âge mûr se laisse parfois tenter par un soda, un borsch froid ou encore un sarcasme discret dirigé contre la gentrification de l’une de ses rues favorites…

Un style inimitable

A

grand renfort de traits lâchés, de lavis délicats

et

de cadrages ultra-changeants, Ben KATCHOR

indispensables (((

coucha chaque semaine et durant de longues années sur le papier les aventures de Julius Knipl, juif new-yorkais dont la féroce lucidité n’a d’égale que l’étrangeté de sa profession. Les strips furent longtemps publiés dans divers hebdomadaires avant d’être proposés sous forme de recueils dès le début des années 90. Nouveautés à prix cassés nous propose aujourd’hui de découvrir les premières péripéties de Knipl, alter-ego de cet auteur

inspiré capable de manier avec virtuosité une large palette de stratagèmes narratifs. De ce fait,

le ton peut radicalement changer d’une page

à l’autre, même si la forme en est plus ou moins fixe. Formées de huit à dix cases agencées sur deux lignes, les planches mettent en scène un Knipl évoluant en extérieur et philosophant sur son environnement. En fin d’opus, une histoire un peu plus longue permet au lecteur de constater que Ben KATCHOR maîtrise aussi bien la narration continue que celle plus minimaliste du strip.

Un hommage à New York ainsi qu’à la culture juive Couronnées en 2000 par un prix prestigieux, ces histoires mettent à l’honneur l’absurde et l’urbain, mêlant les deux concepts afin de produire des sortes de haïkus graphiques dont le cœur demeure la ville et ses habitants. La facette judaïque est bien sûr à l’honneur avec ses dairy cafétérias, delicatessen, et autres pumpernickel, le tout rythmé par les fêtes religieuses ainsi que l’apparition/disparition de commerces. Bien davantage de l’humour, ces strips distillent littéralement l’esprit d’un certain New York qui, sous le regard ironique et parfois déçu de Knipl, évolue et se transforme. L’ensemble a donc ici valeur de divertissement mais également de témoignage.

Un œuvre

atypique et

touchante à

découvrir.

Sofie von

KELEN

œuvre atypique et touchante à découvrir. Sofie von K ELEN page 38 • L’avis des bulles

LES NOUVELLES AVENTURES DE LAPINOT

tome 1 - UUnn mmoonnddee uunn ppeeuu mmeeiilllleeuurr de Lewis TRONDHEIM à l'Association

indispensables (((

' A s s o c i a t i o n indispensables ((( C réé

C réé en 1992 dans LLaappiinn, le magazine de l'Association, Lapinot revient dans son

terrier après un long séjour chez

Dargaud: à partir de 1995, jusqu'à sa tragique disparition en 2004. Un retour aux origines du héros de Lewis TRONDHEIM, fêté en grande pompe pour le plus grand plaisir de ses nombreux lecteurs. L'album, UUnn

mmoonnddee

voûte

LLaappiinnoott. Notre héros ressuscité retro- uve ses compagnons Titi, Nadia, Richard… croise la route de Gaspard et poursuit son exploration d'un quotidien avec malice et poé-

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NNoouuvveelllleess

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sie.

En grande forme, Lewis TRONDHEIM, qui vient de lancer Mamma Mia ! dans Spirou (avec OBION, l'un de ses complices de L'ate- lier Mastodonte), signe un album surprenant pour l'éditeur l'Association. C'est en effet la première fois, depuis sa création en 1990, qu'elle propose un album de 48 pages en couleurs, au format classique cartonné. Un tirage de luxe de format 21,3 x 27,9 cm est proposé avec dos toilé avec marquage, cou- verture originale et cahier spécial de 16 pages composé de témoignages après 13 années d'absence. Ce tirage limité à 888 exemplaires est vendu 39 €. Encore plus fort: le tirage superluxe qui possède une couverture toute blanche. Le jeu consiste à traquer Lewis TRONDHEIM au cours de ses déplacements, en salons ou librairies, afin d'obtenir un dessin original. Uniquement vendu par l'Association, cet ouvrage au tira- ge limité à 100 exemplaires numérotés et signés est vendu 500 €. Sinon, offerts pour l'achat de l'album, une série de six ex-libris sérigraphiés numérotés et signés de format 10 x 10 cm sera à la disposition des ache- teurs dans une trentaine de librairies indé- pendantes. Enfin, les aficionados pourront acquérir une sérigraphie de format 40 x 60 cm, uniquement vendue par l'éditeur, et réalisée d'après le dessin de la page de garde de l'al- bum. Un tirage de 149 exemplaires, dont 50 seulement pour l'Association, numérotés et signés est disponi-

pour l'Association, numérotés et signés est disponi- page 40 • L’avis des bulles • octobre 2017

OCTOBRE 17

de Patrick ROTMAN et Benoît BLARY chez Seuil-Delcourt

de Patrick R OTMAN et Benoît B LARY chez Seuil-Delcourt E n Russie, au début du

E n Russie, au début du XX e siècle, la révolution indus-

trielle a généré ici aussi d’immenses concentrations ouvrières autour des grandes villes. Dès 1905, les contesta- tions des travailleurs s’orga- nisent. Et le peuple des cam- pagnes gronde tout autant. Le tsar Nicolas II répond aux revendica- tions par la répression. Les oppo- sants sont arrêtés et déportés. La Révolution de 1905 échoue mais celle de 1917 est en marche.

OOccttoobbrree 1177 aa ffrraaccaasssséé llhhiissttooiirree

indispensables (((

Une progression chronologique précise Après une longue (et nécessaire) intro- duction historique détaillée explicative, l’action de ce récit démarre en avril 1917 avec les vifs échanges entre LÉNINE et STALINE sur le bien-fondé de continuer la ou

guerre

non.

Puis rapidement, d’autres acteurs entrent

en scène: MAÏAKOVSKI, la KOLLONTAÏ, ZINOVIEV, KAMENEV et encore TROTSKY.

Les amateurs d’histoire, de stratégie poli- tique et de courants de pensée vont se régaler à la lecture de cet ouvrage dense, extrêmement documenté de plus de cent pages au format roman graphique. Le lec- teur assiste aux débats idéologiques pas- sionnés et houleux, participe aux mani- festations et aux préparatifs du grand soir bolchevique, aux côtés des figures célèb- res précitées mais aussi de quelques per- sonnages de fiction.

Un trait fin et un découpage dynamique Le coup de crayon précis et délicat, et la belle couleur aquarelle de Benoît BLARY servent parfaitement et sobrement le récit. « Octobre 17 a fracassé l’histoire », nous dit Patrick ROTMAN dans l’avant-propos. En cette année de centenaire, il fallait (ré)expliquer la genèse de cette révolution russe qui a entraîné la dualité mondiale du communisme versus le capitalisme jusqu’en 1991, date de la chute de l’empi- re soviétique. Très bel ouvrage didactique sans être ennuyeux.

Yves DUBUISSON

ON MARS TOME1 - UN MONDE NOUVEAU

de Sylvain RUNBERT et Jean-Luc GRUN chez Daniel Maghen

de Sylvain R UNBERT et Jean-Luc G RUN chez Daniel Maghen Lorsqu’elle débarque dans les camps

Lorsqu’elle débarque dans les camps de travail tentaculaires de la pla- nète rouge, Jasmine Stenford est loin de se douter du calvaire qui l’at- tend. En effet, cette ancienne policière condamnée à vingt ans d’exil et de travaux forcés pour une bavure ayant coûté la vie à la fille d’un notable va se retrouver non seulement forcée à tailler la roche jusqu’à l’épuisement mais également à prendre part à une machination bien plus vaste impliquant …

indispensables (((

De la science-fiction intelligente et posant les bonnes questions Voici le premier volume d’une série extrêmement prometteuse. En effet, le scénario en est assuré par Sylvain RUNBERG à qui nous devons déjà les excellents London Calling, Colocataires, Orbital… Ce dernier met en scène l’énigmatique planète rouge d’une manière assez nouvelle. En effet, au-delà du fait d’y installer le chantier d’une colonie à venir, comme d’autres le firent avant lui, il imagine le tout sous la forme d’un bagne high- tech où sont envoyés systématiquement les condamnés à de longues peines. S’inspirant des classiques du genre, il met en place un univers extrêmement cohérent qu’il épaissit grâce à de solides enjeux impliquant bien entendu la politique et plus particulièrement une conspiration à grande échelle mais également la religion, le tout soutenu par de constantes allusions au problème de l’esclavage. Ajoutez à cela un peu d’écologie ainsi que de psychologie (l’héroïne demeurant aussi cryptique que complexe) et vous obtiendrez un bon scénario de science-fiction à la découverte duquel l’on ne cesse de se dire qu’il passerait parfaitement à l’écran

de se dire qu’il passerait parfaitement à l’écran Le tout assorti d’un graphisme remarquable Bien loin

Le tout assorti d’un graphisme remarquable Bien loin des lignes figées ainsi que des à-plats numériques cou- rants dans le genre, GRUN dévoile des personnages aux expressions changeantes et aux corps particulièrement mobiles. Mais ce n’est pas tout car grosse, très gros- se cerise sur le gâteau, les couleurs sont appliquées au pinceau, à l’ancienne, sous la forme de déli- cats lavis dont les teintes aiguillent le lecteur au milieu des allers-retours temporels. Les plans d’ensemble sont fréquents afin de rendre justi- ce aux merveilleux décors tandis que les scènes plus intimistes sont quant à elles cadrées en pied ou en plan américain (c’est-à-dire à mi-cuis- se), le tout évitant généralement les plans très serrés, comme pour souligner l’absence d’inti- mité et de chaleur humaine. Des débuts très pro- metteurs augmentés d’un cahier graphique per- mettant d’admirer le travail en cours. Sofie von KELEN

LE PACTE DE LA MER

de Satoshi KON chez Pika coll. Graphic

CC ’est l’histoire d’un pacte entre des hommes et des sirènes… C’est aussi l’his-

toire de l’urbanisation effrénée des côtes japonaises au mépris de la nature et des traditions.

son trait est vivant, il semble s’animer

indispensables (((

Satoshi KON nous a quittés trop tôt à l’âge de quarante-six ans. C’est la pre- mière chose qui nous vient à l’esprit quand on lit ses mangas ou qu’on regar- de ses films d’animation. On ne peut s’empêcher de penser aux chefs-d’œuv- res qu’il aurait pu réaliser s’il était enco- re parmi nous. Mais d’un autre côté, comme le souligne Jean-Pierre DION- NET dans la préface du Pacte de la mer :

“Son œuvre est rare en quantité, mais tout y est facette d’un édifice unique et, en réalité, achevé: il avait la prescience sans doute de sa courte floraison”. Ce manga a été prépublié au Japon dans les années quatre-vingt-dix puis publié une première fois en France en 2004 dans la collection Sakka de Casterman. Jean- Pierre DIONNET, co-créateur de la revue Métal hurlant et Marc CARO, co-réalisa- teur du film La cité des enfants perdus vou- laient l’adapter au cinéma mais cela ne s’est jamais fait. C’est peut-être mieux

mais cela ne s’est jamais fait. C’est peut-être mieux ainsi car ce qui fait s’élever ce

ainsi car ce qui fait s’élever ce manga au rang d’indispensable ce n’est pas le scénario mais la réalisation parti- culière de Satoshi KON. En effet,

même si l’histoire est déjà vue: des pro- moteurs immobiliers contre des “locaux”, une petite touche de fantas- tique… l’auteur est d’une telle finesse dans sa façon de la raconter qu’elle nous touche particulièrement. D’abord, ce n’est pas manichéen: les deux partis se rendent compte que tradition et pro- grès doivent marcher main dans la main et dans le respect de la nature. Et puis l’auteur fait de cette utopie quelque chose de concret, de simple; une évi- dence même pour les pragmatiques. Enfin, son trait est vivant, il semble s’a- nimer comme si nous regardions un film d’animation. Il faut dire que Satos- hi KON a travaillé avec les plus grands, notamment Katsuhiro OTOMO (Akira) et Mamoru OSHII (Ghost in the shell). Il y aurait encore beaucoup à dire mais nous préférons vous laisser découvrir cette œuvre. Lisez aussi le recueil d’his- toires courtes Fossiles de rêve du même auteur chez le même éditeur. Raphaëlla BAARRRRÉÉ

LA PETITE COURONNE

de Gilles ROCHIER chez 6 pieds sous terre

PETITE COURONNE de Gilles R OCHIER chez 6 pieds sous terre P P as grandir et

PP as grandir et de devenir adulte en

proche banlieue parisienne, entre barres d’immeubles, épiceries miniatures et squares défraîchis. Une fois les

facile de

enfants dans l’équation, les choses ne deviennent pas plus simples et se posent alors les questions des horaires ou du prix de la cantine.

Le troisième volume d’un constat semi- autobiographique Issu des sphères populaires du bassin parisien, Gilles ROCHIER nous fait découvrir (et aimer) sa chère banlieue à travers une série d’ouvrages inspirés de ses propres expériences, Après Temps mort paru en 2008 et réédité pour l’occasion ainsi que le chaudement salué Ta mère la pute (2011), il réitère sur le sujet, mettant cette fois-ci en scène des personnages adultes

Une touchante revue de détails La nouveauté ici, c’est donc que les protagonistes sont désormais des pères de famille gérant tant bien que mal leurs nouvelles responsabilités mais n’ayant pas encore rompu avec les habitudes du passé, ces petits

indispensables (((

réflexes de tous les jours qui, à eux seuls, témoignent d’un microcosme socioculturel précis à un moment donné. Ce foisonnement de minuscules éléments évocateurs tisse ici l’atmosphère plus solidement que n’importe quelles grandes phrases et, à travers eux, nous percevons l’environnement de manière aiguë. Ainsi, certaines marques de chaussures, un banc d’apparence anodine mais érigé en symbole, la saveur de certaines anecdotes tragicomiques, expressions locales et autres tics de langage témoignent d’un quotidien atypique mais chaleureux et duquel l’esprit communautaire n’a pas totalement disparu

Un pied de nez aux médias

Ce qui est également intéressant ici, c’est de réaliser à quel point ces populations qui se trouvent être les sujets même de l’actualité éprouvent un intérêt limité par le battage médiatique dont ils sont l’objet. Constamment montrés du doigt par les médias poubelle, ces derniers semblent choisir d’ignorer cette célébrité douteuse pour vivre au jour le jour, résolvant l’un après l’autre les problèmes d’argent, de famille ou de travail sans se passionner outre mesure pour les grands débats sociaux. De quoi faire réfléchir les classes moyennes et supérieures si avides de misérabilisme qu’elles préfèrent se livrer au voyeurisme au lieu de jouir de leur situation et de profiter de leur aisance pour

s’adonner

à

activités

des

plus

enrichissantes.

Un

album

fournissant

de

matière à

saines remises

en question.

Sofie von

KELEN

LA PISTE CAVALIÈRE

de Michel FAURE chez Glénat coll. Grafica

CAVALIÈRE de Michel F AURE chez Glénat coll. Grafica R R ose-Mai, petite-fille d'un jockey qui

RR ose-Mai, petite-fille d'un jockey qui doit la vie à un cheval, et

sa compagne Betty descen- dent dans les Corbières, avec un semi-remorque chargé d'une tractopelle: tout sim- plement parce qu'elles sont spécialisées dans la prépara- tion de terrains pour manifestations équestres en tout genre. Et voilà un road movie émouvant, et donc très féminin, où Michel Faure nous démontre, une fois de plus, qu'il est l'un de nos meilleurs dessinateurs de chevaux! Après un détour dans un cirque pour récupérer leur engin, ces deux sympathiques jeunes fem- mes finissent par atteindre leur des- tination: le terrain dangereusement accidenté appartenant à une richis- sime et méprisante lady anglaise, situé dans l'Aude. Le chantier s'avé- rant beaucoup plus complexe qu'el- les ne le pensaient, elles vont donc devoir bosser comme des dingues, pour être bien mal récompensées…

Michel FAURE est un véritable amoureux des chevaux (il a longtemps tenu un manège équestre près de Tananarive, quand il vivait à Madagascar), comme on a déjà pu le cons- tater avec ses adaptations de L'étalon noir avec Robert GÉNIN et de Crin blanc avec François CORTEGGIANI, avec sa belle saga historique Les fils de l'aigle avec Daniel VAXELAIRE, ou avec ses plus récents Camar- gue rouge (seul aux commandes) et Baron fou (avec RODOLPHE) chez Glénat.

Prévu à l'origine en deux tomes classiques de quarante-six planches chacun, c'en est finalement quatre-vingt-onze qui nous sont proposées dans un seul one-shot au rythme bien soutenu. En effet, guidé par la logique du récit et une solide documentation, le dessinateur a su maîtriser au mieux sa nar- ration, tout en multipliant les subtilités gra- phiques pour le plus grand plaisir du lec- teur; lequel est, de toute façon, conquis d'emblée par les deux jolies héroïnes, aussi délurées qu'attachantes.

Gilles RATIER

aussi délurées qu'attachantes. Gilles R ATIER indispensables ((( page 50 • L’avis des bulles •

indispensables (((

P OTLACH de Marcos P RIOR et Daniel D EAMO chez Çà et Là L

POTLACH

de Marcos PRIOR et Daniel DEAMO chez Çà et Là

LL ’existence de Maximo Perez prend un virage à 90° le jour où il est piégé par un ancien ami lors d’une émission de téléréalité. En effet, ce jeune homme atteint

d’hyperthymésie c’est-à-dire incapable d’oublier le moindre détail, y rencontre Claudia dont une remarque viendra quelque temps plus tard bousculer totalement son système de valeurs…

ce livre questionne avant tout notre tendance à surconsommer

Un album à la structure riche et complexe Nominé dans la catégorie “meilleure bande dessinée” au festival de Barcelone, Potlatch n’a pas volé cet honneur. En effet, bien loin des structures narratives classiques, cet album prend la forme d’un dossier d’enquête avec problématique de base, témoignages, documents additionnels et autres éléments épars venant enrichir une expérience de lecture déjà dense. Ici, l’intrigue principale court entre début juillet et mi- septembre 2011 et se voit généreusement ponctuée de flash-back prenant la forme des souvenirs du héros qui, rappelons-le, souffre d’une mémoire absolue. Cependant, cette maladie extrêmement rare est ici utilisée comme un outil et non comme sujet, le véritable enjeu de l’histoire n’étant pas de s’étendre sur ce trouble mais de remettre en question la société de consommation.

indispensables (((

Une réflexion sur les dangers du matérialisme En effet, ce livre questionne avant tout notre tendance à surconsommer, qu’il s’agisse d’objets ou de divertissements stériles de type téléréalité. En mettant en scène un personnage envahi de souvenirs inutiles, les auteurs démontrent que le trop-plein nuit à l’individu et ce quel que soit le

domaine: biens matériels, informations, expériences. Ainsi, le protagoniste, décidant de se livrer à ce rite libératoire du potlatch (distribution de toutes ses possessions aux connaissances et amis) symbolise l’être humain libéré, permettant ainsi aux auteurs de s’exprimer en faveur de la frugalité. L’abondance de logos parsemant les réminiscences de Maximo critique quant à elle l’obsession des marques, achevant de faire de Potlatch une œuvre hors normes au niveau de sa forme et dont le fond s’avère particulièrement bien adapté aux préoccupations de notre décennie.

Sofie von KELEN

aux préoccupations de notre décennie. Sofie von K ELEN page 52 • L’avis des bulles •

LES ROBOTS AUSSI CROIENT À LAMOUR FOU

de Jean-Marie APOSTOLIDES et Luc GIARD chez Les Impressions Nouvelles coll. Traverses

Luc G IARD chez Les Impressions Nouvelles coll. Traverses 2 2 085. Une ambiance post-apocalyptique. Johnny

22 085. Une ambiance post-apocalyptique. Johnny Bing, robot, vit en Californie. Création du Dr Viktor Orloff, il est programmé pour assimiler

peu à peu les comportements et les sentiments des humains. Son don pour le dessin et la peinture lui vaut de porter le sobriquet de « robartiste » et lui confère une certaine renommée. Il observe tout à loisir ces "H" qui le fascinent et dont il tire le portrait. Surtout ceux des femmes, ces femmes H qui petit à petit l'obsèdent et révèlent son côté sombre. Une en particulier vue en rêve (définition du rêve par Johnny Bing: « Une figure apparaît

dans vos circuits électriques. Elle apparaît véritable. Or, elle n'existe

pas »). Cette femme s'appelle Louise et devient sa quête.

indispensables (((

C'est une belle claque que d'ouvrir un livre comme celui-ci. Au tout début, on ne sait pas bien si l'on a affaire à un roman graphique post-apocalyptique ou à une galerie de portraits, saisissants de vie autant que fantomatiques, sur lesquels flotte un air de mystère, une atmosphère de suspens qui pousse à rentrer plus profondément dans l'intrigue, page après page. Dans cet opus, ce ne sont pas les dessins de Luc GIARD qui subliment le texte de Jean-Marie APOSTOLIDES. En effet, ce der- nier a choisi parmi des dessins de l'artiste, des œuvres sans rapport les unes avec les autres à par- tir desquelles il a bâti un scénario. Cette démarche créatrice vraiment intéressante donne à notre ouvrage une saveur particulière. Une impression de collage hétéroclite qui trouve pourtant son liant. Les outils utilisés par Luc GIARD semblent très variés (pastel, feutre noir, peinture…) tout comme les supports utilisés (papier blanc, papier journal, partition…). Sa maîtrise de styles gra- phiques très différents (du dessin naïf au portrait hyperréaliste) confère une richesse impression- nante à cette œuvre qui mélange harmonieusement noir et blanc et couleur. La lecture est fluide.

L'intrigue de Jean-Marie APOSTOLIDES fait la part belle à des question- nements sur la robotique (clin d’œil à Isaac ASIMOV?), mais aussi sur l’essence même de l'humain. Le scénario qu'il développe avec brio lais- se paraître en filigrane des préoccupations très sombres portant la marque de la situation politico-économique actuelle. Cette bande dessi- née s'adresse clairement à un public adulte ou de grands adolescents, un peu du fait du contenu érotique (assez pudiquement dévoilé toutefois) mais surtout de la profondeur d'analyse nécessaire pour bien se saisir du message des auteurs. Un grand moment de lecture en perspective. Blandine GUICHOUX

grand moment de lecture en perspective. Blandine G UICHOUX page 54 • L’avis des bulles •

SOUDAIN LUNIVERS PREND FIN

de Dakota MCFADZEAN chez çà et là

UNIVERS PREND FIN de Dakota M C F ADZEAN chez çà et là C haque jour

C haque jour durant cinq ans, Dakota MCFAZDEAN dessine un strip de quatre cases sans

autre fil conducteur que le flux spontané de ses pensées du moment.

en scène le

grotesque, le côté étrange des choses

mettre

indispensables (((

Une aventure éditoriale au long cours Initialement appelés The Dailies, ces strips furent pour la plupart compilés par un éditeur canadien. Cependant, une certaine partie d’entre eux demeure inédite sur papier, décidant Çà et là à concevoir cette belle édition française prévue en deux volumes. Chaque opus renferme plus de trois cents pages de trois strips, ceux-ci ayant pour unique dénominateur commun le fait d’avoir été extirpés de l’imagination de l’auteur sans aucune préparation. Celui-ci déclare en effet

dans une interview réalisée en 2013 que The Dailies furent “un moyen de se forcer à mettre quelque chose sur le papier tous les jours sans aucune notion de perfection” ainsi qu’une sorte de brouillon à idées, celles qui émergeaient spontanément de ce fouillis étant potentiellement exploitable sur des formats plus longs

Une étonnante diversité de sujets Nous découvrons donc aujourd’hui le premier segment de cette édition française et ce qui frappe à la première lecture, c’est la variété des thèmes abordés. Ainsi, aux côtés d’animaux névrosés et d’enfants traumatisés évolue tout un panel de loosers, de penseurs surréalistes et autres amateurs du cynisme le plus rêche. L’humour est noir, féroce, résolument pessimiste, avec ce petit je-ne-sais-quoi freudien capable de mettre extrêmement mal à l’aise. En effet, la plupart des histoires ont en commun le fait de mettre en scène le grotesque, le côté étrange des choses, comme si l’effet de répétition d’une tâche amenait forcément à en explorer l’obscurité.

Un certain investissement graphique Le graphisme est ici simple mais cependant légèrement plus abouti que ne le veut habituellement le genre. Et lorsque la majeure partie des strips de presse s’exprime au moyen de simples esquisses noir et blanc, Dakota MCGFAZDEAN n’hésite pas à utiliser ombrages hachurés, trames diverses, à-plats noirs ciselés et mise en couleurs. Le résultat est vivant,

contrasté et, ainsi compilés, ces petits Dailies donnent matière au premier opus d’une compilation riche et suscitant réflexion sur l’humain et sa vision du monde Sofie von KELEN

sur l’humain et sa vision du monde Sofie von K ELEN page 56 • L’avis des

TÉTRIS

de Box BROWN à La Pastèque

T ÉTRIS de Box B ROWN à La Pastèque E E n 1984, Alexeï Pajitnov développeur

EE

n

1984,

Alexeï

Pajitnov développeur de logiciels pour le gouvernement soviétique, conçoit un jeu révolutionnaire en accord avec sa passion pour les casse-tête. Inspiré du Pentomino, sorte de puzzle formé de figures géométriques de tailles différentes, le programme fait tomber du ciel des formes variées que le joueur doit retourner rapidement puis imbriquer pour former de pleines lignes. Ainsi naquit le Tetris et ainsi commença un long combat entre les plus grosses sociétés de jeu américaines qui voulurent toutes en obtenir les droits…

indispensables (((

Une histoire rocambolesque sur fond de politique internationale Dessinateur, illustrateur et créateur de Rétrofit Comics, Box BROWN nous livre ici un récit riche et palpitant. Le lecteur y apprend tout d’abord non seulement l’histoire du jeu Tetris mais également du jeu vidéo dans son ensemble et par là, celle de l’essor des grandes compagnies spécialisées telles que Nintendo ou Atari. Ce qui est intéressant ici, c’est que la narration est assez claire et maîtrisée pour que l’on saisisse parfaitement les relations entre les

forces impliquées et pas simplement celles liées

à l’univers du jeu vidéo. En effet, cette aventure n’aurait pas été ce qu’elle est sans ce puissant déséquilibre entre un bloc soviétique rigide refusant que les ingénieurs ne se livrent à quoi que ce soit d’exportable (et encore moins qu’ils en tirent profit) et une Amérique favorisant l’entreprise personnelle, avide de grappiller des idées où elle le peut avant de les transformer en or. Ce contraste donne à l’histoire un supplément de substance et fait du jeu Tetris l’un des nombreux vecteurs de témoignage d’un monde lacéré par le Rideau de Fer.

Une fine analyse du concept de jeu Le second point intéressant ici est que l’auteur ne se contente pas de raconter mais propose également sa propre théorie sur le pourquoi du jeu qui pour lui est à la fois une manière de stimuler le cortex préfrontal mais également une forme d’art grâce à laquelle les gens rentrent en contact. Prenant comme exemple les peintures de Lascaux tout comme les anciens jeux de cartes japonais tombés en désuétude, il questionne notre besoin de jouer et liste les bienfaits des activités ludiques.

Un livre passionnant grâce à la lecture duquel vous connaîtrez non seulement l’histoire du

jeu, des jeux vidéo et des entreprises qui les développent mais également celle du créateur de Tetris et du contexte politique bien particulier dans lequel il œuvra.

contexte politique bien particulier dans lequel il œuvra. Sofie von K ELEN page 58 • L’avis

Sofie von KELEN

TRAMP tome 11/11 - Avis de tempête

de Jean-Charles KRAHEN et Patrick JUSSEAUME chez Dargaud

indispensables (((

AA uu courcourss d’uned’une tempêtetempête

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dissimdissimuleruler lala marmarcchandisehandise cclandestinelandestine sursur uneune îleîle etet dede négnégocierocier sonson emplacementemplacement aavvecec lesles trtrafafiquantsiquants MaisMais parparviendrviendra-t-ila-t-il àà menermener àà bienbien cettecette périlleusepérilleuse missionmission touttout enen prprotégotégeanteant sasa ffamilleamille??

desdes ennennuisuis

LL’ultime’ultime vvoletolet d’uned’une sériesérie culteculte

TToutout d’ad’aborbord,d, ilil estest bonbon dede préciserpréciser lele contecontextexte éditorialéditorial dede cece derderniernier opusopus EnEn efefffet,et, cettecette sériesérie entaméeentamée parpar lele binômebinôme KKRAHENRAHEN/J/JUSSEAUSSEAUMEUME connconnutut unun longlong brbreakeak dede trtroisois ansans àà lala

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pinceauxpinceaux dèsdès qu’ilqu’il lele put,put, cece derderniernier s’as’avérvéraa cecependantpendant trtropop ffaibaiblele pourpour acachehevverer cece onzièmeonzième épisodeépisode dontdont lala deuxièmedeuxième parpartietie estest dessinéedessinée parpar

KKRAHENRAHEN assistéassisté dede PPaatriciatricia JJAMBERSAMBERS pourpour lala misemise enen couleurcouleurss CetCet albalbumum comporcomportete doncdonc deuxdeux sesegmentsgments auxaux

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lalavisvis dede PPaatrictrickk JJUSSSEAUSSSEAUMEUME etet lele secondsecond unun peupeu plusplus académiqueacadémique EnEn efefffet,et, lesles visuelsvisuels dede JJean-Charean-Charlesles KKRAHENRAHEN etet dede PPaatriciatricia JJAMBERSAMBERS sontsont plusplus cclassiqueslassiques,, plusplus passe-parpasse-partout,tout, serservvantant corcorrrectementectement l’histoirl’histoiree etet perpermettantmettant auau lecteurlecteur d’end’en aapprécierpprécier lala concconclusionlusion maismais sanssans queque cece derderniernier nene soitsoit bbluflufàà cchaquehaque casecase parpar lala ffinesseinesse desdes aattitudesttitudes ainsiainsi queque lesles harharmoniesmonies coloréescolorées

LL’éter’éternelnel dilemmedilemme dede l’al’avventurierenturier CeCe onzièmeonzième vvolumeolume metmet lele hérhérosos marinmarin YYannann CalecCalec ffaceace àà cece queque j’aj’appelleppelle lele

dilemmedilemme dede l’al’avventurierenturier c’est-à-dirc’est-à-diree lesles cchoixhoix corcornéliensnéliens qu’ilqu’il conconvientvient dede ffairairee lorlorsquesque l’onl’on désirdésiree pourpoursuisuivrvree sesses rêvrêveses etet acquériracquérir dede l’el’expériencexpérience quittequitte àà prprendrendree desdes risquesrisques maismais queque l’onl’on doitdoit enen mêmemême tempstemps préserpréservverer sonson couplecouple

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par par viennent viennent à à assumer assumer leur leur page 60 • L’avis des bulles

ambiguïté,ambiguïté, pourpoursuisuivvantant desdes idéauxidéaux hérhéroïquesoïques quiqui lesles ffororcentcent parfparfoisois àà sacrifsacrifierier unun panpan dede leurleur eexistencexistence etet demeurdemeurerer dansdans lele ffloulou enienivrvrantant dede ceuxceux quiqui nn’ont’ont plusplus ggrrand-cand-chosehose àà perperdrdree UneUne concconclusionlusion fforortete etet réussieréussie pourpour

uneune sériesérie ultrultra-documentéea-documentée ggrâcerâce,, rraappelons-leppelons-le auxaux conseilsconseils dede GeorGeorggeses TTANNEAANNEAUU,, ancienancien marinmarin etet écriécrivvainain brbretoneton décédédécédé enen 2013.2013. SSooffiiee vvoonn KKEEEELLLLEEEENNNN

eton eton décédé décédé en en 2013. 2013. S S o o f f i i

LA VALLÉE DU DIABLE

d’Anthony PASTOR chez Casterman

lanca, Florentin, Pauline et Arpin quittent la France pour rejoindre la Nouvelle-

Zélande. Au fur et à mesure de la traversée, les conditions de vie qu'on leur avait promises s'assom- brissent, leur destination semblant de moins en moins enviable aux voyageurs. Lors d'une escale en Australie, ils rencontrent James Jacques, éleveur en Nouvelle-Calé- donie. Sous le charme de Pauline, il propose aux membres du groupe de les héberger et de les aider à s'instal- ler, vantant les mérites de Grande Terre. Cinq ans plus tard, l'espoir à laissé la place aux rancœurs et aux désillusions.

BB

Une histoire d’amour et une histoire de France du bout du monde

indispensables (((

Un voyage loin de soi-même Avec cette suite au Sentier des reines, Anthony PASTOR quitte la Savoie d'entre- deux-guerres pour nous faire découvrir la Nouvelle-Calédonie de 1925. Le quatuor de la première histoire se voit transféré dans ce nouvel environnement, avec de nouveaux rapports reliant ses membres. Chacun fait désormais tout ce qu'il peut pour laisser sa précédente vie derrière lui, sans que ses choix soient forcément en accord avec son idée du bonheur. Anthony PASTOR met ainsi en scène une histoire de rivalités senti- mentales, de trahisons, d'infidélités et de vengeances qui, si les thèmes sont clas- siques, voit ici un arrangement particulier, notamment dû au cadre.

Une histoire de la France du bout du monde Car le récit de PASTOR s'appuie sur la réalité historique, retranscrivant fidèlement l'orga- nisation sociale de l'ancienne colonie péni- tentiaire et les rapports entre les colons et les Kanaks. Le livret de quatre pages en fin d'ouvrage avec photos permet de détailler un peu plus ces rapports. Le conflit entre le sentiment de propriété légitime des uns et les traditions et le besoin de liberté des aut- res est une source perpétuelle de heurts qui perdurent encore aujourd'hui. Malgré la répression, le peuple Kanak n'a jamais accepté l'occupation, l'issue de leur histoire devant se décider au cours du référendum de 2018. C'est pris dans l'étau des opposi- tions de cette histoire de France méconnue que nos héros seront broyés avant de se relever.

Une culture picturale évidente Ce réalisme historique est merveilleusement mis en image par le dessin d'Anthony PAS- TOR. Chaque case est magnifique. Les per- sonnages sont très expressifs, les actions très fluides et les paysages somptueux. L'in- cendie et la tempête de la fin, dans leurs tourbillons, évoquent la touche de VAN GOGH, et laissent penser que si le peintre avait traité ces sujets, le résultat aurait res- semblé aux envolées de PASTOR. Un très bel ouvrage, tant du point de vue du dessin que

de l'histoire, qui réussit à mêler amour, haine et violence, tout en faisant en sorte que la cruauté lais- se finalement la place à l'espoir.

la cruauté lais- se finalement la place à l'espoir. Guillaume S ENCE page 62 • L’avis

Guillaume SENCE

DULOUISFORTONHORSPIEDSNICKELÉS

LLeess aavveennttuurreess ddee SSéérraapphhiinn LLaarriiccoott de Louis FORTON chez De Varly

s F O R T O N c h e z D e V a r

patrimoine

PP ersonnage créé par Louis Forton, le créateur des fameux Pieds nickelés, Séra-

phin Laricot a été publié pour la pre- mière fois dans le journal Américan Illustré, dès le n° 1 daté du 29 juin 1907. Les éditions De Varly vont pro- poser, à partir du 28 août et à seule- ment cent exemplaires, la réédition d'une compilation de ces pages de gags en une planche, où le texte s'im- pose encore sous l'image…

En reprenant la maquette du premier album Les aventures de Séraphin Laricot (on devrait plutôt dire les mésaventures de Séraphin Laricot!) paru également en 1907 à la Librairie mondiale (1), cette petite mai- son d’édition (De Varly) engagée pour la sauvegarde du patrimoine de la bande des- sinée, dirigée par Georges FERNANDES et Yves MICHON, nous permet de savourer dix-neuf des pages mettant en scène un clochard solitaire et bucolique qui disparaît de cet hebdomadaire au n° 22 du 23 novembre 1907.

L'Américan Illustré publiait des bandes dessinées américanisées où les auteurs publiaient, quelques fois, par le biais de pseudonymes dont la prononciation son- nait bien ricain pour les lecteurs français. Ce

fut le cas pour FORTON (2) qui signait Tom Hatt, Tommy Jackson ou encore W. Pad- dock, comme nous le rappelle François MEMBRE dans la courte préface. Ce dernier nous signale aussi que Séraphin Laricot est un éphémère brouillon de Ribouldingue, l'un des Pieds nickelés. On pourrait même aller jusqu'à dire que l'artiste crée ici le prototype des Pieds nickelés, tellement il émane de Séraphin Laricot tous les traits de caractère propres aux trois comparses :

voleur, tricheur, menteur, farceur… Bref, voici un chaînon manquant indispen- sable à tous les amateurs de l'histoire ou des curiosités de la bande dessinée francopho- ne!

Gilles RATIER

(1) - On trouvait aussi, la même année, cet album réuni avec " Thomas Picoock détective " de Harry NARTH (qui dissimulait le dessinateur Raoul THOMEN), toujours à la Librairie mondiale. Enfin, les mésaventures de Séraphin Laricot ont aussi été pro- posées, toujours à cent exemplaires seulement, en 2000, par le Club des Pieds nickelés, avec Les Exploits d'Isidore Mac-Aron et d'Anatole Fricotard que le même Louis FORTON créa aussi dans Américan Illustré, à partir du n° 29 jusqu'au quarantième et dernier de mars 1908.

(2) - Sur Louis FORTON, voir aussi Les grands auteurs de la bande dessinée européenne, deuxième cha- pitre. Avant l'avènement des bulles: les récits pour les enfants…, L'Épatant d'a- vant-guerre (première série 1908-1937): première partie et L'Épatant d'avant-guerre (première série 1908-1937):

deuxième partie.

(première série 1908-1937): deuxième partie. page 64 • L’avis des bulles • octobre 2017 • n°
(( Gantz - Perfect Edition TOME 2 /18 de Hiroya O KU chez Delcourt/Tonkam K

(( Gantz - Perfect Edition TOME

2/18 de Hiroya OKU chez Delcourt/Tonkam

KK ei Kurono et Kato Masaru reprennent

leur vie après avoir survécu à l'homme poireau. Ils retrouvent leur lycée et les soucis du quotidien. Kei Kishimoto de son côté, réalisant qu'elle est une copie d'elle- même, vient chercher refuge auprès de Kurono.

Dans ce volume, le per- sonnage de Kishimoto permet à l'auteur d'in- troduire une réflexion sur la condition humaine et sur la réalité qui sera traitée tout au long de la série. La deuxième mis- sion voit quant à elle Kurono et Masaru continuer de s'affirmer. Le réalisme du dessin d'Oku maintient l'im- mersion du titre et sa dimension de défouloir. Un must have du seinen et du gore qu'il n'y a plus d'excuse d'avoir man- qué.

Guillaume SENCE

a plus d'excuse d'avoir man- qué. Guillaume S ENCE (( Oua- lou en Algérie de G

(( Oua-

lou en

Algérie

de GYPS et Lou-

nis DAHMANI à

La boîte à bulles coll. Contre-pied

AA lors qu’il

exerce

tranquille-

ment son métier de détective privé en Seine Saint-Denis, Nadir Oualou reçoit une cliente ayant l’air désespé- rée. En effet, cette jeune femme algérienne désire retrouver sa fille qu’elle fut contrainte d’abandonner à son mari après que celui-ci se soit brusquement radicalisé lors de banales vacances “au bled”. Nadir se rend alors sur place et, aidé par sa propre famille, se lance sur les traces du fameux Saïd semblant avoir rejoint les rangs du Mouve- ment Islamiste Armé…

Oualou en Algérie est la réédition colorisée d’Une enquête de Nadir Oua- lou autoéditée en 2011. C’est un récit à la fois grave et amusant qui, tout en maniant intelligemment certaines ficelles humoristiques telles que l’exagération, le comique de répétition ou encore le stéréotype, ne manquera cependant pas de faire réfléchir le lecteur. En effet, sur la base d’une histoire d’un couple mixte déchiré par l’extrémisme reli- gieux au détriment de leur enfant (le tout évoquant le best-seller auto- biographique de Betty MAHMOODY Jamais sans ma fille), Lounis DAHMANI met en scène un détective d’origine algérienne qui, sous prétexte d’une enquête, sera confronté à une culture qu’il ne connaît et ne comprend que peu. L’auteur en profite également pour faire un point sur deux décennies d’histoire algérienne marquées par les luttes intestines et la radicalisation massive.

Cependant, cet ouvrage est accessible à tous les publics en raison de l’humour et la pudeur avec lequel est traité le sujet. Ici, pas de morts ni même de blessés graves, les méchants se repentent et les autorités acceptent leur contrition, le tout bardé de clins d’œil à Asterix ainsi qu’à Lucky Luke et dans un esprit bon enfant entériné par le dessin légèrement naïf de GYPS. Sofie von KELEN

le dessin légèrement naïf de G YPS . Sofie von K ELEN rééditions L’avis des bulles

rééditions

Mais avant il y a

de maths, cours

élection des délégués

avec Nadia.

Le garnement à la mèche blonde

jeunesse (((

relativiser certaines situations. Le

T ITEUF tome 15 - à fond le slip ! de ZEP chez Glénat coll.
T
ITEUF
tome 15 - à fond le slip !
de
ZEP chez Glénat coll. Tchô! La
collec…
boum!
„ Les sketches de
interrogation
Titeuf
abordent
de natation,
de classe…
des sujets très
délicats “
que c’est la marque de fabrique de cette série.
Celle-ci avait fait scandale dans les années
quatre-vingt-dix car l’auteur mettait en scène
un père au chômage alors que la maman
travaillait. Cela avait déplu à quelques parents
aux valeurs conservatrices. Enfin, nous avons
aussi aimé retrouver les camarades et les
professeurs de Titeuf, notamment la petite
est de
retour,
Thérèse qui ne capte absolument
rien. Elle est
un peu la Luna Lovegood (Harry Potter) de
l’univers de ZEP. Son attitude et ses réactions
décalées sont
point de vue
parfaites pour
souligner l’absurdité
de certaines
situations. Titeuf
reste une valeur
sûre, un classique
jeunesse à avoir sur
ses étagères!
Raphaëlla BARRÉ

T iteuf est invité à une

Bref, autant d’obstacles à son slow

pour le plus grand plaisir de nos têtes brunes, blondes, rousses… Cela fait vingt-cinq ans que ce personnage créé par ZEP existe et qu’il reste à la pointe des préoccupations des huit/douze

ans. En effet, les sketches de Titeuf ne sont pas seulement drôles, ils abordent aussi des sujets très délicats comme: l’extrémisme religieux, les réfugiés, le harcèlement sur les réseaux sociaux… L’air de rien, tout en faisant rire, l’auteur montre comment faire face et

des enfants est si justement retranscrit par ZEP qu’il fera aussi réfléchir les adultes. Il faut dire

jeunesse (((

LE COLLÈGE NOIR

tome 2 - Le livre de la pierre