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Avant propos

L’objectif du présent livret est d’attirer l’attention des élus et des acteurs du développement local, des opérateurs
économiques et des partenaires financiers sur le formidable potentiel de développement des falaises de Banfora.

Ce livret synthétise les résultats d’une étude intitulée « Etude sur la mise en place de l’éco-tourisme en zone basse
des falaises de Banfora pour une gestion durable du patrimoine local». Elle fut réalisée en partenariat entre le BKF
0012 / PAGREN et l’association D.O.U.S.E / programme Kuru kofé. Elle fut motivée par l’urgente nécessité de
préserver le tout autant formidable patrimoine naturel et culturel des falaises qui dépérit année après année sous
l’influence des pressions anthropiques.

Cette étude s’est focalisée sur une présentation générale du Bas-Falaises de Banfora avec une attention particulière
portée sur les sites autour des sources. Elle concerne les 12 villages de Kouakoualé, Dingasso, Méh, Finlandé,
Noumoundara, Gnafongon, Sokorani, Banko (Peni), Sokoura, Daramandougou, Pouanya et Niawaré. Elle couvre
un territoire de 53 Km. Ces villages dépendent des communes de Bobo-Dioulasso, Péni et Toussiana pour la
province du Houet / région des Hauts-Bassins ; de la commune de Tiéfora pour la province de Banfora / Région
des Cascades.

Elle fourni un outil pratique, facilitant la mise en œuvre de futurs projets, et favorisant la participation des
populations locales. Les sources, les sentiers, les sites remarquables, les sites de production de charbon, les bas
fonds, les sites maraîchers, les sites historiques, la faune remarquable, les sites pour campements touristiques, les
personnes ressources, ainsi que les préoccupations des populations locales ont put être recensés lors de la phase
terrain.

Elle s’attache enfin à montrer la pertinence d’une véritable synergie des acteurs locaux, condition incontournable
d’un projet ambitieux et cohérent.
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Crique de Pouanya
Entre Bobo-Dioulasso et Banfora, d’imposantes falaises isolent un territoire de plus
de 60 KM de long sur lequel résident plus de 15 000 personnes

Longtemps restés enclavés, les villages de la zone basse des falaises de Banfora
vivent actuellement les profonds bouleversements de l‘intégration

Ces bouleversements touchent les équilibres

Sociaux - Economiques – Culturels et Environnementaux.

Ils sont liés au désenclavement, à l’ouverture sur le monde

•Au regard des 3 spécificités suivantes :


Le potentiel touristique des falaises,

La richesse du patrimoine local qu’il faut préserver

Les défis et enjeux du désenclavement

Les falaises de Banfora offrent la perspective de créer une vitrine des initiatives alternatives, écologiques et
solidaires.

Un pôle de recherche action dont l’objectif est de montrer par la pratique, qu’avec la volonté politique et des
moyens d’actions:

le monde de demain peut réconcilier l’homme et la nature,


les identités culturelles et la mondialisation. 5
Rassemblement inter-village (Bas-Falaises) du 18 décembre 2004 à Dingasso

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Les 3 piliers d’une synergie
Alternative – Ecologique - Solidaire

La zone de
L’éco
production
tourisme
biologique

Protection des
Sauvegarde et Le collectif
écosystèmes et pôle
Valorisation associatif
d’attraction
du patrimoine local
économique

Approche participative
et innovation
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Le patrimoine local
Gravure rupestre - Dramandougou

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« Le Lion Mystique de Kaderbougou » - Dramandougou

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Coutume, culture et modernité
Devant les changements de mentalité, les « vieux pères » des villages désacralisent certains sites de peur que les
interdits soient transgressés. Le modèle social traditionnel s’effrite sous l’influence de la pensée individualiste
occidentale. La relation mystique entre la terre, l’homme et le ciel perd sa cohérence, elle tend à se réduire à de
simples superstitions. Les génies africains deviennent des objets sources de pouvoir, le désenchantement suit son
cours. Demain, la crise du sens que connaît l’Europe affligera les peuples africains. Au lieu de subir avec passivité
cette érosion culturelle, abordons le sujet non comme de vieux dossiers à classer avant de les mettre au musée, mais
comme les fondements, malades certes, mais bien vivant, de l’africanité. C’est le fil commun aux peuples premiers
des 5 continents, la genèse du divin, Le refuge du Sens et du lien.

Petite histoire d’une crise existentielle à l’occidental


Au début du 17ème siècle, au moment où se fondent les sciences modernes, deux paradigmes s’opposent, incarnés
d’un côté par Kepler (fondateur de l’astronomie), de l’autre par Galilée (fondateur de la physique). La science de
Kepler se voulait une science de compréhension et de contemplation du monde, la science de Galilée était au contraire
une science basée sur la domination de la nature. Pour de multiples raisons la vision galiléenne a pris le dessus. Les
scientifiques de l’époque pensent alors qu’il suffit de décomposer la nature en fragments les plus basiques possibles
pour percer les mystères du monde. C’est la naissance du scientisme, la prévalence de la matière sur l’esprit. 4 siècles
plus tard, si la science selon Galilée est à l’origine des prouesses technologiques contemporaines, elle montre
également ses limites (comme en mécanique quantique). Aussi, les scientifiques ont-ils définitivement abandonné
l’idée d’une nature « mécanisée » à l’image des engrenages d’une horloge. La quête d’une hypothétique objectivité
ou vérité absolue s’effrite devant la conscience d’un univers à multiples facettes, devant la reconnaissance du mystère
de la vie et de l’ineffable complexité du monde. Pour sortir de cette crise existentielle, les scientifiques reconsidèrent
les expressions cognitives, l’instinct, l’imagination. Ils ne sont plus des filtres qui déforment le réel, mais plutôt le
vivier de l’inspiration, capable de donner sens et incarnation aux théories contemporaines.
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Gravures rupestres - Wempea

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Fragments philosophique pour un réenchantement du monde
(Extrait du livre de Mohamed Taleb édition DERVY 2002)

« Somme nous capables de comprendre et d’assumer que la richesse de l’humanité tient à


la multiplicité de ses cultures dans la mesure où ces cultures sont les « corps à penser »
d’une inaccessible vérité ? »
Michel Caznave

« Il existe encore sur les terres d’Europe des paysans dont la foi doit très peu à l’argument biblique. La
forêt profonde, le miracle de la germination et la joie pure des étoiles ne sont pas de simples mouvements
de molécules mais des signes qui renvoient à l’invisible du monde. Par des pierres levées ou des temples
élaborés, nos ancêtres ont voulu laisser d’autres signes, des jalons pour montrer à leurs fils que là, au
cœur du monde sensible, il y avait des portes donnant directement l’accès au divin. Aux yeux du païen, le
monde est un tout complexe et chatoyant, déployé sur de multiples dimensions reliées l’une à l’autre. Le
sens y nait de la relation et non de la révélation : la matière renvoie au divin et le divin révèle la matière.
Pour le païen, l’unité du monde est perception, et non un acte de foi. La glèbe renvoie à la Terre divine
dans laquelle tout ce qui meurt renaît. L’arbre est sacré car il relie la terre au ciel, l’obscur à la lumière,
le sensible au subtil. Le divin des païens est la source, la terre et l’arbre, la mort et la vie, la coïncidence
des contraires(…) Les sciences modernes, lorsqu’elles nous invitent à libérer la raison pour intégrer le
mythe, renouent avec l’antique spiritualité païenne de nos pères. »

Anne Perole
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Les falaises : Le refuge des opprimés.

Plusieurs cavernes servent encore d’abris en saison des pluies. Il y a 50 ans, elles
servaient aussi de refuge pour échapper aux bêtes sauvages. Vers la fin du XIX ème
siècle, pendant la guerre qui opposa Samori Touré à Tiéfo Amoro, les falaises abritèrent
plusieurs sites stratégiques : caches d’armes, lieux de rassemblement, caches des femmes
et des enfants… Plus récemment, pendant l’époque coloniale, les villageois s’y cachaient
pour échapper aux travaux forcés, puis aux rafles organisées pour venir au secours de
l’armée française. C’est ainsi qu’en explorant les falaises, vous avez le sentiment de
marcher sur les ruines d’une civilisation oubliée : Des gravures rupestres, des greniers,
des cachettes aménagées avec toujours 2 issues possibles pour fuir en cas de besoin, des
ruines de villages troglodytes. Aujourd’hui, alors que les pressions exercées par l’homme
sur l’environnement n’ont jamais été aussi fortes, les falaises abritent les derniers vestiges
d’une biodiversité remarquable. Le témoignage d’une époque révolue où la savane était
encore peuplée de grands arbres et de grands mammifères. C’est ainsi qu’au pied des
falaises, à moins de 30 km de Bobo Dioulasso, une famille de léopard survit de la manière
la plus discrète possible. Les babouins sont encore présents entre Taga et Toussiana, les
rapaces nombreux, les crocodiles aussi. Les éléphants ont fait leur retour il y a 5 ans, ils
ont fui la guerre de Côte d’Ivoire.

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« La Citée des Djins » - Noumoundara

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Petite histoire géologique des falaises

Il y a 1,8 million d’années, toutes les terres émergées du globe étaient réunies au pôle sud et ne formaient qu’un seul
et unique continent : le Gondwana. A cette époque, une immense chaîne de montagnes traversait ce qui deviendra
l’Afrique de l’Ouest et l’Amérique Latine. Cette chaîne de montagnes s’appelle la chaîne Bérimienne.

Au pied des montagnes Bérimiennes se trouvait une immense mer (environ 1million de Km carrés), Le bassin
Taurideni.
Des centaines de milliers d’années plus tard, la mer se retira, laissant sur place les plages et les fonds marins
accumulés.
Les montagnes Bérimiennes ressemblaient alors à de grandes collines arrondies.
La pluie et le vent eurent raisons des sommets pointus.

Aujourd’hui,
les seuls vestiges qui restent de la chaîne Bérimienne sont les blocs de granit que l’on observe au pied des falaises. Ils
faisaient partie du socle de la montagne. Ce sont de très vieux rochers, ils ont deux milliards deux cents millions
d’années. (les plus vieilles roches du globe ont 3 milliards d’années, les plus vieux granits d’Europe n’ont que 600
millions d’ans.)

Les fonds marins, eux, sont devenus du grès, ils résistent mieux aux phénomènes d’érosion, ils sont donc restés…
ce sont les falaises !!! Il y a eu une inversion de relief. Nous pouvons encore observer les fonds marins fossilisés,
on y reconnaît parfaitement les oscillations provoquées par les marées que l’on retrouve sur les plages.

Les chaos gréseux sont le témoignage d’immenses fleuves qui coulaient de la montagne et se jetaient dans la mer.
Des traces fluviales sont encore visibles sur les parois verticales.

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Bas fond rizicole de Pouanya

La création d’une zone de production biologique sur l’ensemble du bas falaises :

un pôle d’attraction économique pour des marchés à forte valeur ajoutée.

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La création d’une zone de production biologique sur l’ensemble du Bas-Falaises :
un pôle d’attraction économique pour des marchés à forte valeur ajoutée.
La culture du coton, du riz, du sésame et du soja Bio sont des productions pour lesquelles le marché existe et
qui conviennent parfaitement au potentiel agraire des terres du bas-falaises. A cela s’additionne encore la valeur
ajoutée d’un label Bio sur le karité, le miel, le néré, les mangues et l’ensemble des productions locales, la mise en
place d’une zone de production biologique sur l’ensemble du bas-falaises offre la perspective d’une véritable
synergie entre les différentes activités économiques à valoriser. Ce statut offre aux investisseurs la garantie de
produits de qualité supérieure cultivés loin des pesticides et des OGM. Il favorise considérablement la logistique, en
particulier le stockage qui apparaît souvent comme problématique (les produits doivent être stockés à l’écart des
productions conventionnelles). La configuration géologique des falaises est ici un avantage puisqu’elle forme une
frontière naturelle des plus distinctes. La dimension touristique des falaises de Banfora est une « valeur commerciale
ajoutée » :
Vous dégustez des produits cultivés dans un site magnifique et en plus, vous pouvez même y passer vos vacances !

La transition biologique :
Accompagner les maraîchers vers la production biologique. Il existe sur les terres de Dingasso et Kouakoualé,
trois sites de maraîchage déjà établis, exploités respectivement par 50 (Source Téh), 20 (source wolokodon) et plus de
150 maraîchers (Dafra). D’autres maraîchers solitaires ou en petits groupes sont installés au pied des falaises.
Plusieurs sites aux potentiels importants seront mis en culture dès qu’une solution viable sera établie pour protéger les
jardins de l’appétit vorace des troupeaux.
Trouver des alternatives au coton conventionnel pour les cultures de rente de saison pluvieuse. Les paysans ont
aujourd’hui conscience des atteintes que celui-ci engendre sur la santé et l’environnement, mais ils n’ont actuellement
peu sinon pas d’alternatives. Cette initiative qui demande quelques financements pour mettre en place les outils
organisationnels et les cadres de concertation nécessaires à une telle démarche promet en retour des impacts sociaux,
économiques et environnementaux exceptionnels !
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C’est la combinaison d’une situation géographique stratégique, de paysages de falaises, d’un environnement
préservé, de la diversité culturelle des populations locales, d’un patrimoine historique fort et de sites mystiques
qui offrent aux falaises de Banfora la possibilité d’atteindre une renommée internationale, à l’instar de la
réserve de Nazinga ou du pays Dogon

Le cadre Ethique
La charte d’accueil paysan pour les pays du pourtour méditerranéen définit bien l’état d’esprit général et offre
une bonne base de travail

1- Créer et développer un espace d’échanges, de dialogues et de débats avec l’ensemble de la population pour discuter de
l’opportunité du tourisme comme moyen de développement local.
2- Faire du tourisme un élément de la stratégie globale de développement durable du territoire et de lutte contre la
pauvreté
3- Favoriser les emplois locaux en matière touristique en complément des activités économiques déjà existantes
4- Privilégier et valoriser les produits locaux alimentaires et artisanaux dans l’activité touristique
5a- Reconnaître le rôle et un statut des femmes dans les activités touristiques
5b- Veiller à ce qu’elles bénéficient des retombées économiques, sociales et éducatives des activités touristiques
6a- Contribuer à une meilleure protection et valorisation de l’environnement : respect des ressources naturelles et
biodiversité
6b- Gérer de manière concertée l’affectation et l’usage des ressources naturelles disponibles sur le territoire d’accueil
7- Considérer la sensibilisation et la formation continue de l’ensemble des acteurs comme un élément fondamental dans
tout projet touristique.
8- Evaluer de façon permanente les impacts positifs et négatifs du tourisme pour les populations et l’environnement
9- Mutualiser les moyens et les compétences des membres du réseau pour assurer un développement solidaire dans une
perspective d’autonomisation.
10- Créer un espace permanent de concertation pour favoriser la réflexion et la participation citoyenne dans les activités
touristiques.
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Les campements assurent la gestion, la sauvegarde et la valorisation
des sites sur lesquels ils sont implantés
Ils sont autant de lieux de vie où émergent des initiatives qui visent
à réconcilier l’homme, le vivant et la terre.

Un Campement écologique c’est :


Construire en matériaux locaux

Toilette sèche

Economiser l’eau

Produire et Consommer local

Gestion des déchets

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Les chambres d’hôtes
18 concessions villageoises proches des falaises
sont prêtent à répondre aux critères suivants :

Au moins une personne de la cour parle français

Mettre une case traditionnelle pour 3 personnes à disposition

Proposer des repas traditionnels sains et diversifiés.

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3 / 4 personnes maximum par jour et par famille
La mise en œuvre.

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Les falaises de Banfora sont un ensemble complexe dont le formidable
potentiel de développement dépend de fragiles équilibres.

Ces derniers doivent impérativement être pris en compte dans la mise en


œuvre d’un projet global.

Il en résultera :

Pas de route sans cadre de gestion des ressources naturelles


et schéma d’aménagement du territoire.

Pas de restriction de la fréquentation des sources sans forage.

Pas d’interdiction de la production de charbon sans alternative


économique.

Pas de nouveaux jardins maraîchers sans formation en culture biologique.

Pas de tourisme sans cadre éthique.


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Objectif 2015 :
480 000 € (314 400 000 CFA) mobilisés dont 80 % de parrainage solidaire et 108 000 €
(70 740 000 CFA) d’investissement direct dans les villages.

Objectif décembre 2010 :


- Les falaises accueillent leurs premiers randonneurs
- L’organe est prêt à diffuser tous les quinze jours, le suivi sur internet de chacune des
initiatives locales et solidaires.
- Le financement des 24 cellules de 2011 est mobilisé.

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L’aventure continue !...

www.kurukofe.com

asso12@hotmail.fr
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