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Étude relative à la conception d’une méthode d’analyse prospective économique pour les territoires appliquée à la question de la maîtrise d’ouvrage urbaine

Denis Carré et Guy Loinger

« 5 pages »

L’objet de cette étude est la mise au point d’une méthodologie d’analyse prospective et économique des territoires appliquée à la question de la maîtrise d’ouvrage et d’oeuvre urbaine, c’est à dire les « métiers de la ville », les secteurs d’activité directement liés à la production de la ville et de l’urbain, notamment le BTP et les secteurs des services concernés par la gestion des systèmes urbaine, les services immobiliers privés et publics, les bureaux d’études et d’ingénierie. Cette étude vise à rapprocher deux approches distinctes, l’analyse statistique des performances économiques territoriales et la démarche de prospective.

La convergence entre les deux démarches permet de situer les univers de mutations et de changements par rapport aux tendances passées. Elle doit faciliter la construction de stratégies collectives territorialisées efficaces à la jonction des tendances produites par les logiques existantes, des tendances possibles contrastées sur les futurs proches et lointains et les souhaitables.

En première lecture, le spectre de domaines ou de secteurs pris en considération par l’approche à dire d’acteurs paraît être systématiquement plus large que celle qui résulte de l’approche analytique. Une seconde lecture, au regard des résultats interprétés de l’analyse quantitative, aboutit à souligner des éléments de convergence sur les fondements de la dynamique des territoires. En particulier, si la dynamique de la filière « construction », est tendanciellement corrélée à la demande « locale » (aux demandes), elle paraît toutefois également, sans doute pour les plus grandes métropoles (en l’occurrence Lyon versus Angers), tirée, au moins pour certaines de ses branches, par des avantages donnant lieu à une relative spécialisation locale.

Le choix des sites d’études : Il a semblé intéressant de choisir deux profils d’agglomérations de taille très différentes, plutôt que deux agglomérations de même profil. Le choix s’est porté sur l’agglomération lyonnaise (Zone d’emploi de Lyon : 1.624.000 habitants pour une agglomération de 1.169.000 habitants), que l’on peut comparer au groupe des 9/10 principales métropoles françaises, et l’agglomération d’Angers (Zone d’emploi 371.000 habitants, agglomération, 190.000 habitants), que l’on peut comparer à une vingtaine d’agglomérations de taille voisine.

Des méthodes de prospective aux propos d’acteurs

L’activité de prospective n’est pas complètement séparée de la démarche analytique. En effet une bonne prospective repose sur une base analytique comme condition préalable d’une exploration pertinente des devenirs possibles. On ne s’aventure pas sur les chemins du futur sans une connaissance forte et structurée de la réalité actuelle de l’objet analysé. Et comme la situation actuelle est largement le fruit des processus antérieurs, et plus précisément d’une relation dialectique entre l’héritage du passé et les logiques ou les processus actuels, il n’est pas possible d’explorer les chemins des devenirs possibles d’un système sans une connaissance approfondie des processus hérités, qui peuvent remonter loin dans le temps. Simultanément, les jeux d’acteurs, au moment où se déroule l’analyse, sont fortement imprégnés par les effets d’ambiance du contexte à l’instant où se déroule l’activité de prospective. La prospective est de ce fait comme un moment situé au croisement des

tendances issues des profondeurs de l’histoire et de la dynamique du mouvement des choses, portés vers des futurs plus ou moins dessinés dans l’esprit des acteurs en charge des décisions.

La prospective est de ce point de vue l’expression d’une démarche hybride, car elle s’appuie sur le bagage représenté par l’appareil de mesure statistique, et d’un autre côté, c’est une activité qui repose sur ce que l’on peut désigner par le terme de conjecture. On élabore des

conjectures (« Opinion fondée sur des probabilité », hypothèse, supposition

fait, des représentations des trajectoires possibles d’un enjeu particulier. Les scénarii sont autant de figures du possible, comme autant de mises en scènes d’une situation donnée projetée sur les lendemains. Car la finalité dernière de la prospective, c’est de représenter un système d’aide à la décision : penser le futur en s’appuyant sur les leçons du passé et la connaissance du présent de façon à agir et faire en sorte que le futur effectif soit conforme au futur représenté et désiré. C’est donc une discipline de l’action, mais qui repose sur le socle de la connaissance et de l’expérience.

Le Robert), en

Il est donc parfaitement cohérent de s’appuyer sur les méthodes utilisées en économie pour élaborer une représentation des performances des territoires avant de se projeter sur les futurs explorés (prospective dite exploratoire : qu’est ce qui se passerait si tel évènement ou

et les futurs désirés, (prospective dite normative : qu’est ce qui se

passerait si « je » décide qu’il convient d’orienter l’action collective dans telle ou telle direction ?). En fait la prospective dite décisionnelle est une combinaison entre le prospective exploratoire et la prospective normative. Elle débouche sur une logique de choix que l’on désigne par le terme de stratégie.

Ainsi, l’activité de prospective est amenée à construire son propre objet et son propre système de représentation de l’objet afin de maîtriser son mode de représentation de la réalité qu’il entend décrire et sur laquelle il entend déboucher sur des référentiels de l’action collective (publique ou non publique).

processus se produit

)

« La Maîtrise d’ouvrage urbaine » sous la Direction de Jean Frébault 2005 Editions Le Moniteur.

« Piloter un projet urbain, c’est:

1) organiser et animer le portage politique (conduire un processus d’aménagement à partir d’une volonté politique), 2) impulser une dynamique de projet, de la conception à la réalisation (mobiliser un travail continu de conception urbaine, tenir un cap dans la durée), 3) mettre en convergence tous les acteurs et partenaires associés depuis la conception jusqu’au passage à l’acte (gérer l’interactivité qui fait évoluer le projet dans la concertation et les partenariats, organiser le « coproduction », coordonner les opérateurs et les maîtres d’ouvrage opérationnels, fédérer l’ensemble des partenaires qui concourent au portage et à la mise en œuvre du projet tout en assumant les risques politiques et financiers). Le Maître d’ouvrage urbain est une sorte de « chef d’orchestre »

La démarche quantitative : faits et analyses

La synthèse « orientée » de l’analyse quantitative vise à repérer les éléments de superposition entre celle-ci et la démarche prospective, en particulier les complémentarités factuelles et analytiques.

L’hypothèse de départ – s’appuyant sur la littérature (Capello) – est que les mutations des territoires (régionaux ou infrarégionaux) ne peuvent être le résultat ni de facteurs

essentiellement exogènes ni de forces uniquement « endogènes ». Ces facteurs de mutations peuvent avoir un impact, mais plus ou moins intense ; en d’autres termes, on ne rejette ni le « global » (dynamique sectorielle) ni le « local » (organisation et mobilisation) mais on considère que ces 2 approches ou réalités ne sont que la partie d’un tout.

Toutefois, que la demande soit extérieure ou interne, les performances de cette économie résultent aussi de la capacité intrinsèque des acteurs à se saisir de manière efficace de ces demandes soit individuellement, soit de manière coordonnée. Du point de vue territorial, la proximité géographique n’est pas suffisante pour induire des coopérations.

Ce choix problématique privilégie ce que l’on qualifie ailleurs de « complexité » ou encore de « tectonique des territoires » (C. Lacour) et permet d’intégrer ces effets multiples susceptibles de jouer et en outre avec des intensités différentes selon les territoires (notion de typologie des territoires).

La « complexité » des performances économiques locales

Mobilisation des

acteurs et

coopération

Capital relationnel / social

acteurs et coopération Capital relationnel / social - Dynamique intrinsèque des activités - Capacités

- Dynamique intrinsèque des activités

- Capacités locales

- externalités urbaines et locales

- Capacités locales - externalités urbaines et locales Portefeuille d’activités : - secteurs de

Portefeuille d’activités :

- secteurs de

spécialisation

- économie résidentielle

Cette option problématique nous conduit à retenir une méthodologie d’analyse des performances des territoires qui permet de repérer, mesurer ce « fait géographique », en dehors de toutes hypothèses, sinon technique, sur la hiérarchie des facteurs sous-jacents.

On approche l’analyse de la performance des territoires à travers la méthode Shift-Share (S-R) ou analyse structurelle. Méthode utilisée par l’INSEE (Bonnet, 1997 ; Redor, 2010) et dans de nombreux travaux anglo-saxons (Cf. Acs, 2005, Dinc, Haynes, 2005), son objectif vise à mesurer la dynamique locale.

Il s’agit donc d’opérer une décomposition de la croissance observée sur un territoire (Et) entre la croissance « structurelle » (Es) et la croissance « locale » (El). Le principe est simple : on applique à chaque secteur, le taux de croissance observé au niveau de référence (national ici). Il en résulte, pour chaque secteur, un effet « structurel », et un « effet géographique ». Cette performance, relative que l’on a qualifiée de « fait géographique » ou « fait local » cristallise tout un ensemble de facteurs qui contribuent favorablement ou non à « faire la différence ». Parmi ces facteurs, on mentionne les modalités de l’organisation économique des activités, les politiques locales mises en œuvre, les comportements des firmes entre autres.

De cette démarche, on peut tirer les 4 séries d’enseignements suivants :

1/ La dynamique des zones d’emploi

Sans revenir en détail, le « fait local » (effet géographique) soit le différentiel de croissance de l’emploi entre 2000 et 2008, situe les territoires retenus (la ZE de Lyon et d’Angers) en position « moyenne » au regard de territoires de comparaisons. En retrait au regard de Nantes ou Toulouse, ils « font mieux » que Lille ou St Etienne. Le comparatif situe aussi Lyon proche de la dynamique de la région Rhône-Alpes alors qu’Angers fait « moins bien » que les Pays de Loire.

Cette dynamique agrège l’évolution de l’ensemble des activités. Une première orientation ou tendance de la dynamique des secteurs d’activités, très significative à Lyon, se manifeste en

faveur du renforcement des domaines de spécialisation ; les secteurs les plus représentés connaissent un « effet local » tendanciellement positif et alternativement, le repli (relatif) concerne les activités en moyenne moins localisées sur ce territoire. Cet approfondissement de la spécialisation ne constitue pas un phénomène partagé par tous les territoires ; ainsi à Angers, il ne semble pas que les mutations économiques tendent à renforcer les branches dominantes comme d’ailleurs pour la plupart des autres ZE retenues dans l’échantillon.

La seconde tendance concerne la construction, activité que l’on trouve, au contraire d’autres, dans à peu près tous les territoires, ce qui n’est pas le cas d’activités telles par exemple la pharmacie ou même d’activités plus standards de l’industrie ou des services. En effet, tous les secteurs d’activités économiques ne répondent pas à une même logique de localisation. On distingue les secteurs dont l’activité / la demande est essentiellement tournée vers la satisfaction d’un marché « extérieur », et des secteurs dont alternativement la demande est locale qu’elle soit « marchande » ou qu’elle corresponde à une logique de « services publics ». C’est à la première catégorie de secteurs que sont associés les modèles de spécialisation et d’attractivité inspirés par les théories des échanges internationaux et de la localisation.

2/ Autour des dynamiques de la filière construction :

Sur la période 2000 – 2008, la croissance de l’emploi dans la ZE de Lyon a dépassé de plus de 40% la croissance observée en moyenne en France métropolitaine tandis qu’elle était un peu inférieure à Angers. En tendance, l’analyse statistique a pu « montrer » que cette dynamique locale (plus ou moins forte) était corrélée à la demande locale. Ce constat, sans être particulièrement inattendu, est convergent avec les avis formulés par les «acteurs ».

Si une partie de la filière « construction » est donc plutôt du second groupe (impact de la demande locale), ce qui se manifeste d’ailleurs en tendance, à travers une relative équi répartition des emplois (en fonction de la concentration des activités et des populations), l’analyse statistique a néanmoins indiqué que certaines spécialisations (Gaulier) pouvaient jouer et que par ailleurs certains sous segments de cette filière répondaient à un modèle de spécialisation ; en l’occurrence, la localisation de ces activités tend à respecter une certaine logique de la hiérarchie métropolitaine (exemple : architectes). Ainsi, la comparaison des coefficients de localisation (rapport de l’emploi de la construction sur l’emploi total de la Zone) témoignent de différences significatives de près de 1 à 2 pour les situations extrêmes (Lille versus Tours).

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Source : calculs Auteurs à partir données du GARP

En résumé, on peut considérer que la dynamique de la filière additionne un double mouvement ; la spécialisation induit une croissance relative et réciproquement la croissance locale favorise la construction d’un avantage relatif. Cette relation tendanciellement avérée, est néanmoins plus significative dans le cadre des grandes métropoles que dans celles de dimension inférieure.

3/ Une appréciation analytique élargie

Ces activités, parce que plus concentrées, bénéficient d’avantages (des économies d’agglomération) qui en retour favorisent la localisation de nouvelles activités (au moins jusqu’à une certaine limite, au-delà de laquelle peuvent se manifester des « déséconomies ») provoquant un avantage encore plus grand. Ces avantages sont mesurés à partir d’indicateurs de productivité (Combes et alii). Il est intéressant, sur le plan méthodologique, d’articuler ces 2 critères de performance (« fait local » et productivité) afin de déduire des « trajectoires » spécifiques des territoires. La confrontation de celui-ci avec la mesure relative de la croissance de l’emploi (Shift share) permet de caractériser 4 catégories de secteurs ou territoires.

Une combinaison de critères et « modèles » de croissance

Productivité Cat 4. Croissance intensive, adaptation de l’emploi sous contrainte de productivité Cat 1 Secteur
Productivité
Cat 4. Croissance intensive,
adaptation de l’emploi sous
contrainte de productivité
Cat 1
Secteur en croissance équilibrée
Cat 3. Mutations sectorielles
Cat. 2
Secteurs des services à la
personne
emplois « protégés »

Emploi / effet local

Ainsi Lyon témoigne d’un développement économique relativement balancé entre gains de productivité et développement de l’emploi ; alternativement pour la région Ile de France (Carré), la contrainte de productivité se produit au détriment de l’emploi

Deux lectures peuvent être faites de cette typologie

- Base productive versus économie résidentielle

On s’attache dans la première à repérer la proportion de chaque catégorie de secteurs définie en fonction des dynamiques de l’emploi et des niveaux ou gains de productivité. On pourra

ainsi opposer les secteurs de la catégorie 2 à ceux de la catégorie 4 ; soit par exemple des services à la personne versus des activités industrielles. Cette distinction rappelle celle faite entre les secteurs de spécialisation et les secteurs répondant à la demande locale.

- Performances des secteurs

La seconde lecture fait référence aux performances des secteurs localisés sur le territoire concerné. Il n’y a pas de différences de nature entre les secteurs mais des écarts de performances. Ils « font mieux » ou moins bien au regard des « normes sectorielles » de croissance et de productivité. A priori, ceux appartenant à la catégorie 1 correspondraient à des secteurs de spécialisation et d’économies d’agglomération alors que ceux appartenant à la catégorie 3 seraient au contraire des activités en repli en raison de leur inadéquation aux normes d’efficacité (contraintes technico économiques) locales. Cette opposition reflèterait également de la capacité des acteurs à s’encastrer dans le tissu économique, à se coordonner aux autres acteurs

4/ Un retour vers le « dire d’acteur » : convergence stratégique

Cette question de coordination à laquelle conduit l’analyse quantitative élargie nous conduit à aller vers l’analyse « prospective » et de « de terrain ».

Ainsi, l’affirmation suivante : l’« assiette locale d’un terrain d’expérimentation (qui) peut entraîner un effet de percolation entre les filières exportatrices et les filières à impact urbanistique », renvoie aux résultats précédents qui mettent en avant l’existence d’un lien (statistique) entre dynamique de la filière construction induit à la fois par la vitalité locale (demande des ménages et des entreprises) et par la « demande externe » au territoire.

La mention particulière à propos de « la production d’actions collectives par les réseaux d’entreprises » (CCI) sur le territoire lyonnais est à rapprocher du modèle de développement, évoqué précédemment à savoir un modèle « équilibré » entre emploi et productivité. Qu’il s’agisse d’actions collectives de type horizontal ou vertical ou autre, la productivité peut être associée à la capacité de coopération des acteurs, d’insertion dans des réseaux, etc. Dans ce sens, le cas lyonnais peut être pointé et les constats analytiques participent à étayer et mesurer ce phénomène.

On voit tout l’intérêt alors de l’analyse quantitative qui permet la production d’éléments comparatifs en particulier autour de l’impact de l’intensité et de la qualité de la coordination des acteurs, au centre de la problématique du développement des territoires.

La prospective et les dires d’acteurs

1/ Les composantes principales

L’une des activités majeures du groupe de travail, notamment de Lyon, a consisté à élaborer une grille de lecture (dite analyse morphologique) susceptible de cerner la nature des variables clés, ou composantes principales, destinée à donner une sorte de « périmètre » à la réflexion. En effet, alors que l’approche analytique pouvait s’appuyer d’entrée de jeu sur un certain nombre de secteurs d’activités et de filières considérés comme donnés par « l’expérience statistique », il est apparu nécessaire au groupe de travail d’élaborer cette grille comme condition d’un « dire d’acteur » pertinent. Cette grille a été faite en plusieurs étapes, une première étape suite à un exercice de créativité, puis affinée par la suite, avant d’atteindre un relatif point de stabilité.

En tant que tel cette grille est importante, car elle devrait permettre de structurer la réflexion sur les enjeux stratégiques relatifs à la question des filières d’activités concernées par le « champ urbain ». L’un des enjeux méthodologiques associés à cette élaboration, c’est de ne pas construire une sorte « d’usine gaz » d’une complexité telle qu’elle apparaîtrait à l’usage « ingérable » et de ne pas non plus construire une grille par trop simplificatrice. Cela veut dire que l’on pourrait aller plus loin dans la création de sous-composantes (ou de sous-sous composantes).

En ce qui concerne les composantes principales, Il nous en avons dénombrer 9 suite à un travail collectif d’affinage progressif

1) Dynamique socio-économique de la région urbaine (9 item)

2) Organisation de l’espace (10 item)

3) Gouvernance/politiques publiques (13 Item)

4) Marché de l’immobilier versus offre de logement des ménages (5 Items)

5) Marché de l’immobilier versus demande de logement des ménages (9 it)

6). Dynamique de l’immobilier d’entreprise (4 Items)

7).Dynamique de la MO Publique versus équipements/infrastructure (4 It)

8) L’organisation des filières productives de l’activité immobilière (22 Items)

9) Gestion des systèmes urbains collectifs

2/ Qui entraîne quoi ?

Il est important de se demander quelles sont les variables motrices par rapport aux variables dépendantes. Nous n’avons pas réalisé d’analyse de type MAS, matrice d’analyse structurelle, mais les principales conclusions qui résultent des travaux collectifs sont les suivants :

La base socio-démo-économique n°1 de la grille en neuf points induit fortement la composante n°2, organisation de l’espace, et parmi les différents points de la composante n°1, l’organisation économique, et tout particulièrement l’économie de la base, ou économie « d’exportation ». Le déclin de l’industrie et la montée des services génèrent une recomposition de l’espace, avec un double mouvement. D’une part une surconcentration d’activités de services stratégiques dans le cœur historique, et notamment au plus près des nœuds ferroviaires de passagers, en quelque sorte le cœur névralgique métropolitain, mais également une large diffusion sur les espaces périphériques, à proximité des axes autoroutiers, notamment pour les activités de services aux entreprises

Par ailleurs, une structuration en services de type économie résidentielle se diffuse sur l’ensemble de l’espace métropolitain, notamment les équipements commerciaux, la logistique, la tendance allant dans le sens d’une diffusion spatiale forte autour de nœuds d’activités centrés sur l’économie résidentielle

La composante n°3, gouvernance, impacte fortement l’ensemble des dynamiques d’organisation de l’espace. L’existence d’une « ambition » collective » se traduit en général par le lancement de grands équipements collectifs publics ou privés sous influence de stratégies collectives. Cette « ambition », dès lors qu’elle est fortement affichée et largement partagée par les grands acteurs économiques, joue un rôle d’entraînement majeur. La dynamique d’une grande agglomération est largement portée par la capacité des grands acteurs collectifs à élaborer un projet qui positionne l’agglomération dans un cadre qui est à minima européen sinon mondial. La course au positionnement est un enjeu majeur dont les retombées sur toutes les composantes sont essentielles. Mais il existe une différence entre deux formes de gouvernance, pas toujours correctement articulées entre elles, la gouvernance

économique et la gouvernance urbanistique, deux univers de gouvernance très différents, qui s’appuient sur des acteurs, des « intérêts » très différents sans que ces acteurs se donnent les bonnes scènes collectives de débat et de partage mutuel des implications pratiques, notamment au plan urbanistique, qui sont souvent très décalées par rapport aux stratégies de positionnement économiques. Une autre implication, c’est le déphasage qui existe fréquemment entre l’approche « macro » du champ économique (la métropole prise comme un tout) par rapport à l’approche « micro » du champ urbanistique (la métropole comme ensemble de compartiments spatialisés plus ou moins étanches les uns par rapport aux autres.

La composante n°4 et 5, marché immobilier du logement est une conséquence induite de l’organisation économique et de l’organisation de l’espace, et notamment des systèmes de transport. Cependant, une sphère autonome à tendance à se mettre en place dans le champ de l’économie résidentielle autour des enjeux du foncier, qui pèsent fortement sur les modes de localisation par catégorie de solvabilité des ménages et donc de confort global des logements (inclus leur positionnement dans l’espace), avec de nombreux effets pervers liés à l’élévation du niveau des normes de construction, au sens ou cette élévation peut entraîner une élévation du coût de la construction qui se traduit par l’éviction des catégories les plus fragiles. Ce phénomène traduit une contradiction rampante entre deux des trois piliers du développement durables, à savoir le pilier social par rapport au pilier environnemental

La composante n°7, marché des équipements publics dépend fortement de la forme de la gouvernance locale, mais aussi, et de plus en plus, de leur acceptabilité économique, à l’origine de nombreux effets pervers, notamment sous forme d’une dépendance accrue des espaces périphérique par rapport au cœur d’agglomération pour les équipements prestigieux ou à fort marquage symbolique.

La composante n°8, la production du secteur BTP est très fortement dépendante des composantes 1 et 3, la structure économique, et notamment du secteur privé du financement du logement, et de la capacité de solvabilité des ménages et la composante n°3, la gouvernance locale, et dans un deuxième niveau, de l’organisation de l’espace, qui affecte des « places » au secteur du BTP

La composante n°9, le système de gestion des systèmes urbains dépend fortement du potentiel économique global, composante n°1 et de la composante n°3, gouvernance, et dans un deuxième niveau, de l’organisation de l’espace « produit ».

Il apparaît en conclusion qu’il existe un tropisme à la dépendance des composantes 4 à 9 par

rapport aux composantes 1, 2, et 3, et essentiellement des composantes 1 et 3. Structure socio-économique productive et résidentielle et gouvernance et sur un second niveau,

l’organisation de l’espace interne et externe (qui est à la fois dépendant et moteur)

A contexte général donné, la clé de la clé est probablement située dans la composante n°3,

gouvernance au sens ou selon la capacité des grands acteurs à surmonter leurs antagonismes

ou leurs intérêts particulier, la dynamique métropolitaine sera placée sur une trajectoire plus

ou moins haute, plus ou moins efficiente et plus ou moins active

On observe également un enjeu au sein de la gouvernance, entre une gouvernance politique (classique) et une gouvernance économique, pas toujours reconnue et pourtant centrale

Cette non reconnaissance se traduit par une difficulté à articuler en « conscience » (en terme de stratégie) les logiques économiques avec les logiques urbanistiques, dont une conséquence concerne l’organisation de l’espace composante principale n°2 et une tendance de la gouvernance politique à suivre avec retard les processus de relocalisation économique

La non coordination économie/politiques locales est une source de contre-performance du territoire globalement et aux différentes échelles et source de dysfonctions sociaux parfois graves et de séparation croissante entre les fonctions productives et les fonctions résidentielles, le lien se faisant grâce à la variable « transport de masse », mais qui a un coût économique systémique élevé et croissant

Il devrait être possible de construire des scénarios sur cette base couple Economie - politique par rapport aux autres composantes

Néanmoins, les composantes directement impliquées par la maîtrise d’ouvrage urbaine, l’état du parc, le potentiel d’extension de ce parc, ont une capacité à peser sur les déterminants socio-économiques locaux ou généraux et une capacité interne plus ou moins forte à s’organiser (chaîne productive de la valeur) par intra coordination professionnelle et par internalisation de normes professionnelles nouvelles et d’innovation de processus de production (impact des grands groupes sur gros œuvre et surtout sur le second œuvre :

exemple des fenêtres industrielles ou innovation dans la gestion des systèmes urbains).

Tendance Aire

Tendance cœur historique d’agglo

Tendance 1ere

Tendance 2ere

Tendance 3ème

urbaine :

couronne

couronne

couronne ultra

intensité+=-

(urbain central intra

Banlieue

périphérie récente

périphérie,

/maîtrise+=-

muros) :

historique

intensité

péri-urbain

intensité +=-

intensité +=-

/maîtrise +=-

intensité

/maîtrise +=-

/maîtrise +=-

/maîtrise +=-

Débordements et encastrement des 2 démarches

Deux types de « débordement » sont opérés par les acteurs hors des secteurs directement concernés par le couple BTP- Immobilier.

Sur la position de l’agglomération dans son ensemble

Un premier niveau concerne la question du positionnement économique global de l’agglomération, avec ses deux compartiments, l’économie d’exportation et l’économie résidentielle.

Le lien entre les secteurs d’activités directement impliqués dans la production et l’organisation de l’espace et les secteurs d’activités liés à la dynamique économique globale de l’agglomération est très fortement mis en évidence par les acteurs.

Ils estiment que la dynamique immobilière dépend fortement de la capacité à créer un phénomène de positionnement stratégique à finalité économique vers les « marchés du grand large » et à faire retomber vers l’économie locale les implications de se positionnement global

Ils estiment d’autre part que cette dynamique immobilière dépend fortement du niveau de solvabilité des ménages, donc de l’économie résidentielle et de sa capacité à élever ce niveau, ce qui à tendance à être de moins en moins possible, avec plutôt une baisse tendancielle de ce niveau, due, on s’en doute, à l’effet crise, mais également à des facteurs plus spécifiques, comme l’élévation du niveau d’exigence des normes, qui créent des effets de surcoût et par le prix du foncier, qui entraîne un effet d’exclusion des cœurs d’agglomération

Sur la gouvernance et coordination

Ils estiment d’une part que la question de la gouvernance joue un rôle éminemment stratégique dans la dynamique d des secteurs d’activités liés à la question de la ville, et qu’il existe souvent une mauvaise capacité de coordination entre deux univers de gouvernance, la gouvernance « économique » et la gouvernance « urbanistique », pour schématiser, la première sous l’influence des acteurs économiques et la seconde sous l’influence des acteurs politiques.

Les mauvaises relations qui existent souvent entre les deux mondes, qui ont tendance à s’ignorer et à ne pas s’écouter, notamment des acteurs politiques par rapport aux acteurs économiques, se traduit par des réponses en terme de développement local souvent assez médiocres, voire de fortes inerties. La question du « politique » renvoie par ailleurs à la mauvaise coordination entre les acteurs du champ politique au sens ou, même si les grands acteurs adoptent une stratégie, cela n’induit pas nécessairement au niveau local des réponses en cohérence avec le niveau des grands acteurs. On pourrait parler d’une mauvaise coordination « verticale » entre les responsables du niveau central (président des communautés urbaines ou d’agglomération) et le niveau local (les maires). Mais on peut rajouter une mauvaise coordination « horizontale » entre les acteurs de la territorialisation urbanistique et les acteurs de la territorialisation économique, qui se traduit par exemple par le fait que l’assiette territoriale économique, qui correspond à des périmètres socio-économiques « réels », n’a souvent qu’un lointain rapport avec l’assiette de la territorialisation urbanistique (notamment le décalage entre les périmètres des aires urbaines (ou des zones d’emploi) par rapport aux périmètres administratifs ou politiques comme les SCOT

L’une des conséquences de cette médiocre capacité de coordination serait située dans le champ du secteur de la construction, qui aurait tendance à ne pas se projeter dans le temps, et à réduire son horizon décisionnel en fonction des évolutions à court terme du marché final. La demande effective étant le seul critère pertinent, avec une tendance à se placer plutôt en retrait par rapport aux cycles économiques, à savoir que dans les cycles hauts, on ne pousse pas la machine constructive au maximum de façon à anticiper les risques sur les retournements de cycles vers le bas et dans les cycle bas, on essaye de maintenir la capacité productive. Le fait que le secteur du bâtiment soit un secteur à productions unitaires et non pas en série, réduit encore la capacité à envisager des séries longues. Par ailleurs une grande partie du secteur de la construction reste encore le fait de petites entreprises locales qui n’ont pas les capacités à s’engager dans des projets lourds à long terme.

Pour autant, c’est un secteur qui est soumis, comme tous les secteurs, à des évolutions technologiques, tant dans le domaine de la conception que dans le domaine des éléments qui s’intègrent au processus de construction. L’impression générale est que « ça bouge beaucoup » sur ce plan là, avec des belles initiatives, et de bons réseaux comme Villes et Aménagement Durable à Lyon, et une bonne capacité d’innovation dans les branches qui concourent à l’acte de bâtir (le second œuvre), lui-même fortement sollicité par les nouvelles dispositions en faveur du développement durable dans le secteur de l’économie de l’énergie, la réhabilitation).

Par ailleurs, il existe une tradition de coopération assez forte entre les acteurs du secteur du bâtiment, les promoteurs et le secteur social, liée assez souvent à une tradition de coopération dans le secteur social du logement, qui permet de produire de belles réalisations, avec un marquage social innovant, comme dans le cas des Capucins à Angers ou de la Duchère à Lyon. Il y a là un facteur qui va dans le sens d’une amélioration des conditions de constructibilité et une tendance à localement dépasser les contradictions (la « sociocratie »)

Un autre point concerne les métiers à finalité économique générale ayant un impact secondaire sur les métiers de la ville, comme la gestion de l’eau, des déchets, ce que les lyonnais appellent les « Citytechs», mais également les industries de construction de véhicules de transport en commun soumis à de fortes pressions pour améliorer leur performance énergétique. Ces filières, quand elles s’appuient sur de fortes compétences technologiques et universitaires et sur de grands groupes industriels ayant une visibilité internationale, comme c’est largement le cas à Lyon, ont une tendance à vouloir se servir du territoire assiette locale comme d’un terrain d’expérimentation et d’expérience, qui peut entraîner un effet de percolation entre les filières économiques exportatrices et les filières économiques à fort impact urbanistiques.

Tout se passerait ainsi comme si, en dépit d’une gouvernance à l’articulation de l’économique et du champ urbanistique souvent difficile, il existerait un tropisme qui irait dans le sens d’une coordination de fait, sous la pression des besoins et des opportunités et donc par une amélioration globale de la performance économique de ces territoires.

Resterait par conséquent à transformer des situations de fait en des situations pensées stratégiquement sur la longue durée, autrement dit, qui irait dans le sens d’une meilleure capacité à construire des visions « proactives » partagées par les différentes catégories d’acteurs, économiques et urbanistique, et qui permettrait de bien structurer les processus, chemin faisant.

Conclusion

La conclusion que nous tirons de cette expérience méthodologique à deux voix, c’est que l’approche analytique permet une sorte de « défrichage du terrain », au sens où elle nous permet d’éviter de faire des analyses qui seraient contraires à la réalité objective mesurable statistiquement. A cet égard, la méthode structurelle-résiduelle est d’une réelle utilité. Mais cette méthode, qui dépend d’un appareil statistique davantage calé sur les approches macro que méso, laisse dans l’ombre de nombreux phénomènes, pourtant essentiels à la compréhension des phénomènes urbains. Or l’approche « à dire d’acteurs » permet de mettre à jour un certain nombre de « boites noires », et d’analyses qui passent à travers les « mailles du filet » de l’approche quantitatives, dès l’instant que la composition des groupes de travail le permet, à savoir d’une part, une certaine représentativité des groupes par rapport à la connaissance intime des processus de transformation de l’urbain d’une structure urbaine particulière, et d’autre part une certaine acculturation aux techniques de l’analyse de système et une expérience dans le domaine de l’activité de prospective. Mais l’une des limites du dire d’acteurs tient au fait que le cloisonnement fonctionnel et professionnel rend la connaissance des processus à l’échelle urbaine et métropolitaine parfois difficile, ou du moins, demande un certain temps avant de pouvoir déboucher sur une représentation collective partagée qui ne soit pas pour autant l’expression d’une sorte « d’eau tiède » locale. D’autre part, les acteurs locaux ont souvent du mal à appréhender leur réalité collective locale dans le champ plus large des phénomènes collectifs globaux à l’échelle « macro » (nation, Europe, Monde), car si chacun, dans sa propre sphère est habituellement capable de relier son propre domaine de compétence à son expression au niveau national, il n’en va pas de même en ce qui concerne la représentation des enjeux globaux locaux par rapport aux échelles supra. Il est en effet plus facile de situer une profession en local par rapport à son référent national, car les systèmes d’information sont en général assez bien intégrés, au sens vertical du terme, du local au global spécifique, que de situer un territoire, avec toutes ses composantes fonctionnelles multiples et interagissant entre elles par rapport à leur référent aux échelles de pertinences globales.

Or pour avancer dans cette connaissance « globale-locale » par rapport au global-spatial national ou européen, les outils sont souvent lacunaires, et se limitent à des estimations sur la

base de grilles d’analyses dont l’objectivité laisse parfois à désirer (comme par exemple les classements de rayonnement urbain entre villes à l’échelle continentale), car tout classement dépend du système de pondération entre les facteurs pris en considération. Il conviendrait par conséquent de construire des typologies géolocalisées afin de pourvoir faire des comparaisons pertinentes, et d’autre part, faire des travaux de prospective par exemple sur un même profil de métropole à l’échelle européenne, sur la base d’une même base conceptuelle et systémique (ce qui n’est pas impossible : il existe ainsi un Collège Européen de Prospective composé de spécialistes en prospective d’une dizaine de pays de l’Union Européenne). Par ailleurs, la question du développement durable, qui interfère avec ce type d’analyse, représente une opportunité pour se doter d’un appareil analytique qui jouerait le rôle de « socle » commun à des études sur les dynamiques de la Maîtrise d’Ouvrage Urbaine. A ce sujet, on ne peut que se poser des questions sur le concept de « performance économique des territoires », qui dans son intitulé même, trahit une non prise en considération de la catégorie de développement durable, laquelle n’existe que par l’articulation entre plusieurs sous-catégories bien connues des spécialistes. La limite de cette étude débouche par conséquent sur une aspiration à repousser les frontières d’une part de la segmentation entre les deux éléments du « duo » analytique et systémique, et d’autre part, sous forme d’une remise en cause de la segmentation disciplinaire entre les approches économiques stricto sensu et les approches holistiques sou jacentes à la problématique cognitive du développement durable.

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