Vous êtes sur la page 1sur 25

ROYAUME DUMAROC

FORCES ARMEES ROYALES


ECOLE ROYALE D’INFANTERIE
COURS DE PERFECTIONNEMENT
CYCLE : 2003-2004

Préparé par le Capitaine Ali IDDER, de l6ème Promotion du Cours de


Perfectionnement, sous la direction du Lcl Khalid ADLOUNI.

1
INTRODUCTION

Mésopotamie, traduction littérale de ‘’ mât tâmti ’’, expression


akkadienne désignant l’immense région qui s’étendait jadis au nord du golfe
Persique et que le limon du Tigre et de l’Euphrate avait conquise sur la mer du
Lever du Soleil, c’est-à-dire le golfe persique. Par ailleurs, c’est l’historien grec
Polybe (IIe s. av. J.-C.) qui utilisa dans ses écrits le terme Mésopotamie ou « pays
entre les fleuves » pour désigner toujours la vallée alluviale du Tigre et de
l’Euphrate. C’est en effet, le trait majeur de l’Iraq d’Aujourd’hui. Ces deux fleuves
(Purattu et Idiglat, en akkadien) prennent leur source dans les montagnes
d’Arménie et coulent presque parallèlement sur quelque mille kilomètres avant de
se jeter dans le Golfe.

Le Tigre, le plus court, reçoit tous ses affluents du Zagros iranien


(Zab, Diyala). L’Euphrate, le plus long, reçoit ses principaux affluents (Balikh et
Habour) en territoire syrien. Les deux fleuves coulent dans la vaste dépression qui
s’allonge entre les derniers plis du Zagros iranien à l’est et les hautes terres du
désert de Syrie et de Jordanie à l’ouest. Le pays mésopotamien est donc riche de
potentialités agricoles (soleil, eau, bonnes terres) mais il est impératif qu’un travail
soutenu vienne contrôler et corriger les excès de la nature. L’archéologie nous
apprend que le premier effort d’irrigation (c’est-à-dire l’apport artificiel d’eau à un
sol) a été réalisé en Mésopotamie, dès le VIIe millénaire et non en Egypte des
Pharaons.
La civilisation sumérienne marqua alors le IIIe millénaire, où les échanges
commerciaux sont alors possibles par l'écriture et l'usage d'une langue commune.

2
Les Amorrites, nomades sémites venus du sud, fondent un nouvel empire avec
pour centre Babylone (Latitude de Bagdad); Hammourabi (1793-1750) en sera le
roi le plus célèbre. Plus tard, le Nord prend sa revanche avec l'hégémonie
assyrienne, dont l'apogée se situe sous Assourbanipal (669-627), Ninive étant alors
la capitale. Babylone retrouve sa prééminence sous Nabuchodonosor II (605-562).
L'Empire assyrien succombe rapidement et La Mésopotamie est vite intégrée dans
le vaste Empire achéménide. L’avènement de l’Islam par les Arabes va permettre à
la Mésopotamie de rayonner encore des siècles durant, avant d’être conquise par
les Mongoles, les Ottomans puis mise sous mandat britannique au début du
XXème siècle qui donna naissance à l’Iraq actuel.

Comment se présente alors l’histoire de cette terre


riche en événements ?

3
IDEE MAITRESSE

La Mésopotamie, vallée alluviale du Tigre et de

l’Euphrate, est une terre riche en potentialités agricoles

mais aussi carrefour de grandes civilisations humaines qui

attestent du génie mésopotamien. Sumériens, akkadiens,

amorites, assyriens, omeyyades, abbassides, mongoles puis

ottomans, se sont succédés sur la terre ouverte

mésopotamienne avant qu’elle ne soit passée sous mandat

britannique, qui procéda à un découpage frontalier donnant

naissance à l’Iraq actuel.

4
PLAN

I- LA MESOPOTAMIE ANTIQUE :

1. Les premiers villages.


2. Les premières villes.
3. La cité État.
4. L’unification de la Mésopotamie.

II- LA MESOPOTAMIE DU MOYEN AGE :

1. Conquête arabe.
2. L’âge d’or abbasside.

III- LA MESOPOTAMIE MODERNE, OU


L’IRAK D4AUJOURD’HUI :

1. La Mésopotamie sous mandat britannique :

2. L'Iraq républicain et le régime baasiste :

3. État et institutions :

4. Société et vie culturelle :

5
Pour démontrer le bien fondé de cette thèse, sera traitée
dans une première partie la Mésopotamie antique, puis dans une
seconde, la Mésopotamie du moyen âge avant de terminer avec la
Mésopotamie moderne (Irak).

I-LA MESOPOTAMIE ANTIQUE :

Là Mésopotamie, vaste étendue de plaines fertiles se présente


comme un haut lieu de civilisations humaines, qui à travers les royaumes de
Sumer, d’àkkàde et de Babylone à rayonné durant plusieurs millénaires avant
Jésus Christ.

Les montagnes du Kurdistan sont l'un des plus anciens foyers


de l'humanité où s'est effectué le passage de l'économie de chasse et de
cueillette à l'agriculture sédentaire. Aux VIIe et VIe millénaires av. J.-
C., les hommes abandonnent collines et montagnes pour s'établir dans
les plaines, notamment mésopotamiennes. Aujourd'hui, l’on est certain
que c'est sur la Mésopotamie que le nouvel Etat nation a pu fonder son
identité et ses référents historiques. Les millénaires suivants sont
marqués par le passage d'une organisation de type villageois à des
civilisations urbaines bénéficiant des surplus d'une agriculture que
l'irrigation a pu rendre intensive. C'est l'époque des cités États.

11- Les premiers villages

6
La révolution néolithique, pour reprendre l’expression de
Gordon Childe, ne s’est pas produite en Mésopotamie, mais dans les
pays du Levant. Cependant, ces bouleversements du comportement
humain gagnèrent vite la Djézireh iraqienne plus à l’est, comme en
témoignent les données récemment obtenues sur des sites du nord de
l’Iraq, Qermez Dere et Nemrik, à l’ouest et au nord de la ville moderne
de Mossul.

Cependant, à partir du VIIIe millénaire, la Djézireh iraqienne


commença à se couvrir de villages dont les habitants pratiquaient
l’agriculture et l’élevage. Dans ces steppes du nord (région de Mossoul,
moyenne vallée du Tigre), les archéologues ont dégagé, à Maghzalia,
l’un de ces villages (actif entre 7500 et 7000). Si l’alimentation des
habitants repose encore en grande partie sur la chasse, ils connaissent
cependant les animaux domestiques et pratiquent l’agriculture,
récoltant du blé amidonnier et de l’orge à deux rangs. À Maghzalia, sur
les pentes méridionales du Djebel Sinjar, l’agriculture sèche est
possible, car la pluviosité naturelle est suffisante. On ne fabrique pas
encore de céramique, mais on sait construire des maisons rectangulaires
en pisé sur fondations de pierres sèches. À un certain moment de son
existence, le village s’est entouré d’un imposant mur défensif en pierre.

À partir de 7000 avant J.-C., les villages se multiplient et


témoignent d’une grande unité culturelle. La céramique est désormais
connue, ce qui permet de classer et de comparer les « cultures »
préhistoriques. Alors se met en place une civilisation villageoise dont
les traits perdurent de nos jours (« culture de Hassuna » : sites de
Shimshara, Yarim Tepe ou Hassuna lui-même).

7
Sur cette toile de fond, un fait de première importance se
produisit au milieu du VIIe millénaire : des villages s’installèrent plus
au sud, au centre de l’Iraq, dans la région de la ville actuelle de
Samarra, où la faiblesse des précipitations empêche le développement
des cultures sans le recours à l’irrigation.

Il fallait pratiquer l’apport d’eau artificiel. Les habitants de


ces nouveaux villages (tell es-Sawwan, à côté de Samarra, ou Choga
Mami, au pied du Zagros) en connaissent les techniques, car ils
cultivent des espèces (lin et orge à six rangs) dont les graines prouvent,
par leurs dimensions, qu’elles ont été irriguées.

Dans d’autres domaines également, ces grosses


agglomérations témoignent d’avancées majeures. À Sawwan comme à
Choga Mami, l’architecture est raffinée et les maisons se conforment à
des modèles très typés. Les maçons utilisent un matériau standard et
rationnel, la brique de terre crue moulée, dont les dimensions calculées
permettent un projet préalable. Les plans des édifices sont à peu près
identiques, et l’on observe l’apparition de « types », qu’il s’agisse
d’habitations ou de greniers. À la même époque apparaissent les
premiers villages de Mésopotamie du Sud (Oueili), qui pratiquent
l’irrigation.

Au milieu du VIIe millénaire, la basse Mésopotamie – jusque-


là probablement inoccupée, mais cela est encore discuté – est mise
aussi en culture (époque d’Obeid). Sur ces terres basses et salées, où le
sol et l’eau se mêlent de façon inextricable, des villageois s’installent
parce qu’ils maîtrisent, eux aussi, les premières techniques d’irrigation,

8
indispensables sous ces latitudes. Mais dans cette région, qui deviendra
plus tard le pays de Sumer, les premiers villages sont aujourd’hui
fossilisés sous d’énormes masses de sédiments récents, et fort mal
connus.

Dès avant 6000, les habitants construisent – en brique de terre


crue moulée – de vastes maisons (plus de 100 m2) à plusieurs pièces,
dont le toit est supporté par des rangées de poteaux de bois sur bases de
briques (ce sont les plus anciennes salles hypostyles connues). Le plan
raffiné de ces édifices cultive la symétrie. Des greniers collectifs
s’élèvent sur des infrastructures de murets croisés qui ménagent les
vides sanitaires nécessaires. Une céramique extrêmement soignée,
proche de celle de Choga Mami et de Samarra, répond, par un décor
géométrique compliqué, à des nécessités sociales.

Les villageois cultivent le palmier-dattier, l’orge et le blé. À


côté de rares ovins, mal adaptés à ce pays marécageux, les cochons et
surtout les bovidés sont nombreux. La chasse ne joue plus qu’un rôle
négligeable dans l’alimentation. Mais on pêche beaucoup dans les
canaux et les bras multiples de l’Euphrate. Au sein de ces villages
obéidiens d’agriculteurs éleveurs et pêcheurs apparaissent, selon des
modalités que nous ignorons encore en grande partie, les premières
villes.

12- Les premières villes

Du village à la ville, le passage ne s’est pas fait brutalement,

9
mais on peine à en retracer les étapes. La ville n’est pas un gros village,
mais un centre de relations et de décisions où se rencontrent les
hommes et où s’échangent les marchandises, où se diffusent les idées.
En basse Mésopotamie, l’archéologie note l’émergence des villes non
seulement en remarquant l’apparition de grands bâtiments publics, mais
encore d’outils nouveaux : le sceau-cylindre et surtout l’écriture.

Ainsi, à Uruk, on voit se développer l’écriture (même si


l’apparition de la comptabilité, puis celle de l’écriture pictographique
sont actuellement mieux suivies à Suse), on voit naître une architecture
monumentale et on observe une capacité d’invention remarquable dans
ce domaine (emploi de matériaux artificiels, utilisation massive de la
pierre dans les fondations, et du mortier de gypse).

La région d’Uruk fait preuve d’un certain expansionnisme. À


Suse II, la céramique peinte disparaît et le matériel caractéristique
d’Uruk (céramique, glyptique, petits objets) fait irruption dans les
niveaux contemporains de l’époque d’Uruk. Bien plus, des
établissements proprement « urukiens » sont fondés à la même époque
sur le moyen Euphrate en Syrie (Habuba Kabira, Djebel Aruda, Tell
Qannas) et jusqu’en Anatolie (Hassek Hüyük) et en Iran (Godin V). À
l’époque d’Uruk, la basse Mésopotamie est vraiment la région la plus
dynamique du Proche Orient.

Si les premiers textes sont indéchiffrables, il n’y a aucune


raison archéologique de douter que la population d’Uruk n’ait été alors
constituée des ancêtres de ceux qui écriront, dans le courant du
IIIe millénaire, en sumérien. Dès l’époque d’Uruk, la société semble
fortement hiérarchisée. Dans l’iconographie apparaît un personnage

10
clef, qualifié dans la littérature archéologique, de façon
conventionnelle, de « roi-prêtre », sorte de chef religieux, civil et
militaire de la grande cité d’Uruk, toujours vêtu d’une longue jupe, le
torse nu, portant la barbe. Sans qu’on puisse en décrire les modalités de
façon précise, il semble indubitable que la maîtrise des techniques
d’irrigation a joué un grand rôle dans la « montée en puissance » de la
basse Mésopotamie à cette époque, et dans son développement
économique par rapport aux autres régions.

13- La cité-État

Durant la majeure partie du IIIe millénaire, la Mésopotamie


vécut sous le régime politique de la cité-État. À partir de 2700 avant J.-
C. environ, les textes se font plus nombreux et deviennent
compréhensibles. Durant cette période (2900-2350 av. J.-C.) dite des
Dynasties archaïques, la Mésopotamie méridionale est peuplée de
Sumériens, mais quelques groupes sémitiques s’infiltrent, surtout dans
le nord et le centre du pays. Les grands personnages de la cité se font
statufier en position d’orants. Des stèles commencent à perpétuer le
souvenir de tel ou tel événement guerrier. Sur la stèle des vautours
(Louvre) retrouvée à Tello, en Iraq du Sud, le roi de Lagash, Eannatum,
magnifie sa victoire sur la ville voisine et rivale d’Umma. Il défile à la
tête de ses soldats qui piétinent les vaincus. Sur l’autre face, le dieu
Ningirsu capture les ennemis du roi de Lagash dans un vaste filet.

La société d’une grande cité sumérienne vers le milieu du


IIIe millénaire nous est particulièrement bien connue, grâce à la
découverte de la nécropole d’Ur en basse Mésopotamie, exhumée par
l’archéologue L. Woolley entre les deux guerres mondiales. Au milieu
de tombes banales, certaines sépultures reflètent bien la richesse

11
extraordinaire du sommet de la hiérarchie sociale. Autour des défunts
s’entassent un matériel luxueux (bijouterie en or, argent, et lapis-lazuli,
armes et vaisselles) et tout un peuple de serviteurs et de valets, victimes
probables d’un suicide collectif, et enfin des animaux de trait. La
présence de matériaux inconnus en Mésopotamie (par exemple le lapis-
lazuli, originaire d’Afghanistan oriental) atteste la vigueur du
commerce lointain, dont les cités sumériennes étaient les organisatrices
et les bénéficiaires.

14- L’unification de la Mésopotamie

Ces riches cités furent unifiées, vers 2340 avant J.-C., en un


État militaire fondé par le Sémite Sargon d’Akkad. La recherche
archéologique n’a pas encore réussi à identifier sa capitale, mais l’art
royal de l’époque, retrouvé sur de nombreux sites mésopotamiens,
illustre la naissance d’une véritable propagande au service du
souverain. Sur la pierre, la victoire royale devient le thème presque
unique. Le petit-fils de Sargon, Naram-Sin, se fit même représenter, sur
une stèle retrouvée à Suse, coiffé de la tiare à cornes, attribut divin. À
la même époque, le répertoire de la glyptique sur cylindre comprend
des scènes admirablement exécutées, sources de premier plan pour
notre compréhension de la mythologie suméro-akkadienne (combats de
héros mythiques contre des animaux et des monstres, scènes
mythologiques, images divines).

Mais la construction politique des rois akkadiens s’écroula


rapidement sous les coups des montagnards descendus du Zagros. À la
fin du IIIe millénaire, l’ancienne cité d’Ur sut réunifier la Mésopotamie

12
(IIIe dynastie d’Ur, 2100-2000 av. J.-C.). À cette époque, l’art
mésopotamien n’échappa pas à un certain académisme, mais il illustre
le dernier éclat d’une vieille civilisation qui nous a livré, pour cette
période, une grande abondance de textes de tout ordre. La plupart des
grands sanctuaires furent rebâtis à ce moment, et le roi Ur-Nammu
construisit les premières ziggourats, ou tours à étage, dont la
destination demeure obscure.

À partir du début du IIe millénaire, le centre de gravité du


monde oriental se déplaça vers l’ouest. Si, sous le roi Hammourabi
(XVIIIe siècle), la ville de Babylone réussit à imposer son autorité à
l’ensemble de la Mésopotamie, il semble que l’élan créateur ait quitté
cette vieille terre. Toutefois, certains sanctuaires, reconstruits à cette
époque, témoignent de l’habileté des architectes du pays des deux
fleuves (sanctuaire de l’E. Babbar ou temple du dieu du Soleil à Larsa).

Sous les rois kassites (XVIe-XIIIe s.), la Mésopotamie


centrale et méridionale semble entrer dans une sorte de léthargie
politique. Cette époque nous a laissé de belles stèles en pierre, dites
kudurru, et des chefs-d’œuvre de sculpture animalière. Mais la capitale,
Dur-Kurigalzu, est à peine fouillée.

Pendant ce temps, une nouvelle puissance émerge peu à peu


dans le nord de la Mésopotamie, surtout à partir du règne de Tukulti-
Ninurta Ier (1244-1208). Alors que la fin du IIe millénaire est marquée
dans tout le Proche-Orient par les conséquences d’une crise multiforme
(invasion des Peuples de la mer, chute de l’Empire hittite), le pays
assyrien, sur les bords du Tigre, n’a guère été atteint. L’archéologie
assyrienne est peu documentée, mis à part les informations provenant

13
d’Assur même. Peut-être les fouilles en cours dans la région de Haditha
sur l’Euphrate moyen apporteront-elles des lueurs nouvelles sur une
époque encore obscure. Mais, à partir des grands rois du IXe siècle,
Assurnazirpal II et Salmanasar III, l’Assyrie fait preuve d’un
dynamisme redoutable, qui se traduit par une expansion militaire. De
cette période, on connaît surtout les principaux monuments des grandes
capitales, Assur, puis Nimrud, Khorsabad, Ninive enfin.

Les reliefs sculptés royaux néo-assyriens sont une source


documentaire magnifique. Ils nous donnent une information sans égale
sur l’armée assyrienne, son équipement, sa tactique, sa stratégie. Mais
le paysan ou l’artisan assyriens, qui ne sont pas l’objet de la même
attention de la part des sculpteurs royaux, demeurent dans l’ombre. De
telles observations sont également valables pour la dernière période de
l’histoire mésopotamienne, l’époque néo-babylonienne, pendant
laquelle, pour un court moment, Babylone est redevenue le centre du
monde (612-559 av. J.-C.). On ne connaît guère que certains quartiers
de la capitale, telle qu’elle fut restaurée par le roi Nabuchodonosor II
(604-562 av. J.-C.). Encore les archéologues allemands du début de ce
siècle eurent-ils le grand mérite de s’attacher non seulement au
dégagement de la plupart des temples, de l’enceinte, du palais royal,
mais également d’un vaste quartier d’habitation, le Merkès, dont la
régularité, l’aspect hiérarchisé et ordonné, peut surprendre.

14
II-LA MESOPOTAMIE DU MOYEN AGE :

La conquête de la Mésopotamie par les Arabes, vers


637 apr. J.-C., constitue une date charnière. À partir de 750, Bagdad est
promue capitale de l'Empire abbasside, qui s'étend à son apogée jusqu'aux
confins du Maghreb, de l'Inde et de l'Asie centrale.

En Mésopotamie, à la suite de la mort de Chosroès II (628),


l’anarchie s’était installée, et Yazdadjird III, le souverain en place au
moment de la conquête arabe, ne disposait que d’une autorité limitée et
ne pouvait plus compter sur les tribus frontalières qui, de longue date,
avaient formé une barrière contre les razzias bédouines : ces tribus,
maltraitées par Chosroès II, avaient choisi le camp arabe et facilitèrent
la pénétration musulmane en territoire sassanide.

En l’espace de douze ans, de 633 à 645, la Mésopotamie, la

15
Palestine, la Syrie et l’Égypte passent aux mains des Arabes. Quelques
dates sont significatives : franchissement de l’Euphrate (635),
occupation de Ctésiphon (638) et de Néhavend (642), de Jérusalem
(638), , de Babylone et d’Égypte (641) et enfin d’Alexandrie (642). À
cette date de 642, mis à part quelques réactions locales, l’empire
sassanide a pratiquement cessé d’exister (il ne poursuivra plus que des
combats d’arrière-garde en Iran central et oriental) et l’Empire byzantin
a perdu deux de ses plus belles provinces : la Syrie et l’Égypte.

La conquête de la Mésopotamie par les Arabes, vers


637 apr. J.-C., à été considérée donc par les historiens comme date
charnière. À partir de 750, Bagdad est érigée capitale de l'Empire
abbasside, qui s'étend à son apogée jusqu'aux confins du Maghreb, de
l'Inde et de l'Asie centrale. Bagdad devient la grande métropole du
monde civilisé, dont Haroun al-Rachid, calife abbasside, contemporain
de Charlemagne et immortalisé par les Mille et Une Nuits, reste le
symbole. L'empire musulman est marqué par l'éclat de sa civilisation
urbaine et son foisonnement intellectuel. Les campagnes, grâce à un
remarquable réseau d'irrigation, connaissent aussi une période
d'abondance.

L’expansion commerciale est frappante par son ampleur ; les


Abbassides tiennent la position clé du grand commerce de cette
époque : l’isthme séparant la Méditerranée de l’océan Indien ; la
fondation de Bagdad a favorisé l’appel de marchandises vers l’Iraq, qui
devient la plaque tournante du commerce du Proche-Orient avec ses
ports de Basra (Bassora) et d’Obollah ; de là, les navigateurs et les
marchands musulmans gagnent l’Inde occidentale où ils ont créé des

16
comptoirs et des relais ; plus à l’est, ils touchent Ceylan où ils sont en
contact avec les marchands chinois ; peut-être même certains d’entre
eux sont-ils allés jusqu’en Chine. Par voie de terre, les routes mènent
de l’Iraq vers la Syrie et l’Égypte, mais aussi vers les territoires
byzantins et vers l’Arménie et, par l’Iran, vers l’Asie centrale où
marchands arabes, iraniens, turcs, chinois, indiens se côtoient et
procèdent à des échanges. Il est possible que des commerçants arabes
aient aussi été en rapport avec des marchands baltes et scandinaves : on
a trouvé des monnaies musulmanes sur les rives de la Baltique, mais
cela ne suffit pas à prouver l’existence de comptoirs musulmans, ni
même d’un commerce permanent.

Enfin, après la conquête des îles de Crète et de Sicile, la


Méditerranée est un véritable lac musulman, car l’Europe chrétienne
n’y joue alors qu’un rôle réduit. En Méditerranée occidentale,
l’Ifrqiya tient une grande place comme relais entre l’Occident et
l’Orient musulman, et aussi comme point d’arrivée des principales
pistes caravanières du Sahara, tandis que d’autres pistes aboutissent à
Sidjilmassa, dans le Maghreb occidental. Ni Byzance, ni l’Europe ne
peuvent alors rivaliser avec l’empire abbasside, qui, grâce à ses
ressources naturelles, ses matières premières, ses revenus financiers,
détient les clés du commerce local et international ; cette activité
commerciale se double d’une activité industrielle, qui est aussi un
facteur d’expansion, et, plus encore, d’un commerce de l’argent et d’un
système financier qui donnent d’immenses facilités aux agents de la vie
économique.

Plus remarquable encore est le développement intellectuel et

17
scientifique qui, apparu au VIIIe siècle, s’est prolongé jusqu’à la fin du
XIe siècle et a touché tous les peuples de l’empire. La caractéristique
de cette expansion intellectuelle, c’est que la langue arabe est
désormais adoptée par tous les écrivains, penseurs, philosophes de
l’empire, même par les non-musulmans ; c’est là un des résultats de
l’expansion militaire puis humaine, de l’assimilation des populations
vaincues ; l’islam y a joué un grand rôle, par l’accroissement du
nombre des convertis et par le fait que la langue du Coran est devenue
la langue commune à tous les sujets de l’empire : il n’y a plus qu’une
littérature d’expression arabe.

Bagdad a été le principal centre de cette activité intellectuelle,


grâce à la présence de la cour et des notables ; là se rencontrent Arabes,
Iraniens, Indiens, des chrétiens qui traduisent en arabe les œuvres
grecques, des Sabéens, païens tolérés qui contribuent au développement
de l’astronomie et des mathématiques. De Bagdad, sciences et
littérature se répandent dans tout le Vieux Monde, et notamment, par
l’intermédiaire de la Sicile, de l’Italie du Sud et de l’Espagne, vers
l’Europe chrétienne encore mal dégrossie. Il ne saurait être question ici
d’entrer dans le détail de cette expansion intellectuelle qui apparaît,
pendant plus de deux siècles, comme un jaillissement sans cesse
renouvelé, marqué par un phénomène d’acculturation réciproque entre
Arabes et non-Arabes et qui, plus que la conquête, a été l’élément
essentiel de la création et de la permanence du monde musulman.

Ce tableau de l’empire abbasside correspond à cette époque


que les historiens postérieurs ont considérée comme « l’âge d’or » de
l’Islam. Mais il ne saurait faire oublier que si de brillants succès ont été
remportés dans certains domaines, il n’en existe pas moins des
problèmes de tous ordres : religieux, politiques, sociaux, ethniques

18
même, qui se manifestent par des insurrections et par la création, tant
en Afrique du Nord qu’en Orient, d’émirats autonomes fondés sur des
ethnies musulmanes non arabes. àu Xe siècle, on assiste à un
fractionnement du monde musulman : en Afrique du Nord apparaît la
dynastie fatimide qui, à la fin de ce siècle, s’établit aussi en Égypte et
en Syrie ; en Espagne, les Omeyyades ont su constituer, au IXe et, plus
encore, au Xe siècle, un État brillant et homogène dont l’influence sur
l’Europe occidentale a été grande ; ils continuent à affirmer hautement
leur indépendance vis-à-vis de Bagdad, même si les relations
commerciales sont intenses entre l’Espagne et le Proche-Orient.

Dans l’Est enfin, les gouverneurs abbassides, puis les émirs


ont fait appel à des mercenaires turcs, chassés de leurs terres de haute
Asie par les Chinois et par les Mongols ; ces mercenaires s’islamisent
peu à peu, jouent un rôle de plus en plus grand dans l’armée et
l’administration des émirats ; finalement ils s’emparent du pouvoir et
créent à leur tour des dynasties souveraines dont la plus remarquable a
été celle des Ghaznévides, fondée en Afghanistan, à Ghazna, par un
ancien esclave turc et dont la personnalité la plus brillante a été
Mahmoud (999-1025). Ces Ghaznévides ont bientôt contrôlé toutes les
provinces orientales de l’empire abbasside et sont passés en Inde où ils
ont soumis le Pendjab et le Cachemire ; la cour de Ghazna fut
cependant, au début du XIe siècle, un foyer de culture et de raffinement
où ont brillé deux des hommes les plus célèbres de la pensée
musulmane, Firdous et al-Birouni.

Idéalisé par les mémoires arabes, cet «âge d'or» est

19
définitivement ruiné par les invasions mongoles. Bagdad tombe
en 1258.

III-LA MESOPOTAMIE MODERNE, OU


L’IRAK D’AUJOURD’HUI :

Là chute de l’empire ottoman va permettre à là Mésopotamie de


passer sous mandat britannique pour devenir finalement l’Iraq moderne
d’àujourd’hui

1. La Mésopotamie sous mandat britannique :

Après la Première Guerre mondiale et le démantèlement de


l'Empire ottoman, la tutelle britannique, en application de l'accord Sykes-
Picot (1916), s'exerce sur l'Iraq. Par les accords de San Remo (1920), la
Grande-Bretagne reçoit mandat de la part de la Société des Nations pour
administrer le pays. Les frontières sont définies sous l'autorité de la
puissance mandataire: en 1925, le vilayet de Mossoul est rattaché à
l'ensemble que forment déjà ceux de Bagdad et de Bassora: l'Iraq moderne
est constitué. Un Hachémite, l'émir Fayçal, monte sur le trône.
L'indépendance est proclamée en 1932.

20
Sous la monarchie hachémite, le pays, qui reste sous
influence britannique, est dirigé par de grandes familles sunnites. Les
débuts de l'économie pétrolière, associés à un certain développement
économique, sont à l'origine de profondes mutations. Une couche sociale
intermédiaire (médecins, professeurs, ingénieurs, fonctionnaires, officiers,
intellectuels) émerge, tandis que la pression accrue des féodaux et de
l'oligarchie urbaine porte à un très haut degré la misère des masses rurales.

La prise du pouvoir par les «Officiers libres» en Égypte


(1952) a ici un profond retentissement. Le mécontentement grandit, la
conscience politique s'aiguise. L'opposition se rassemble autour de deux
thèmes: le respect des règles démocratiques dans la vie politique et le refus
nationaliste de collaborer avec les puissances occidentales. L'armée
renverse la monarchie en 1958.

2. L'Iraq républicain et le régime baasiste :

Le général Kassem, l'homme fort du nouveau régime républicain,


ne peut régler les problèmes sociaux et politiques. En 1963, un coup d'État
permet à la branche irakienne du parti socialiste arabe Baas de s'emparer du
pouvoir. Après 1968, ce parti, dont émerge rapidement la personnalité de
Saddam Hussein, devient l'unique force dirigeante du pays. L'Iraq entre
alors dans une période de profondes mutations. Le parti Baas, en assurant la
maîtrise des ressources pétrolières par leur nationalisation, jette les bases
d'une économie moderne et diversifiée. Après la mort de Nasser (1970),

21
l'Iraq entend jouer un rôle prééminent au sein du panarabisme.

En outre, l'Iraq se montre l'adversaire le plus déterminé d'Israël.


Riverain du Golfe, aspirant à devenir une puissance régionale, il sort
renforcé du long conflit qui l'oppose à l'Iran (1980-1988). Mais la crise et la
guerre du Golfe (1990-1991) mettent provisoirement un terme aux
ambitions régionales d'un pays désormais très isolé. L'embargo occidental
consécutif à la guerre du Golfe, quoique partiellement levé en 1996 par
suite d'une décision des Nations Unies, affecte peu l'oligarchie au pouvoir
mais est très durement ressenti par les populations civiles.

3. État et institutions :

La Constitution, proclamée en juillet 1970, a été amendée à


plusieurs reprises. La république irakienne se définit comme une
démocratie populaire. L'islam est religion d'État, bien que la liberté en
matière religieuse soit reconnue. La politique économique est fondée sur le
socialisme. Dans les faits, le Conseil de commandement de la révolution
(CCR) est l'organe exécutif suprême. Son président est également président
de la République. En son sein, l'influence du parti Baas, qui contrôle
l'armée, est totale. Le gouvernement, tel qu'il se présente sous Saddam
Hussein, ne semble être qu'un instrument de gestion et de coordination. À
la tête des provinces, les gouverneurs disposent d'une faible marge de
manœuvre: tout émane de Bagdad, où sont centralisés les pouvoirs
administratifs. Dans un pays de construction récente et où la société est
traversée par de multiples antagonismes, les institutions mises en place
visent à construire, voire à imposer, un Etat nation, et à estomper les
anciens clivages pour développer un sentiment national unitaire.

22
4. Société et vie culturelle :

La société irakienne est très composite. Les Kurdes, qui


habitent en majorité dans les montagnes et collines du Nord-Ouest
(Kurdistan irakien), constituent 20 % des Irakiens. Alors que les
populations arabes sont sémites, les Kurdes, qui sont indo-européens et
musulmans, parlent une langue proche du persan. Ils revendiquent la
reconnaissance de leur spécificité ethnique et culturelle. Quelques petits
groupes ethniques aux effectifs très restreints (Turkmènes, Arméniens,
Tcherkesses) peuplent également le pays.

Mais la diversité est aussi religieuse. La population arabe se


partage de façon très inégale entre chiites et sunnites. Les premiers, de loin
les plus nombreux, occupent le sud de la plaine mésopotamienne. Quelques
tribus kurdes se réclament également de cette confession. Cette situation
religieuse, assez originale, se double aussi d'oppositions politiques,
économiques et sociales. Les sunnites sont nombreux dans le centre du
pays; le plus souvent citadins, ils exercent une domination politique et
sociale indiscutable. Les minorités chrétiennes (de rites assyro-chaldéen,
syrien orthodoxe, arménien) habitent le nord du pays (Mossoul) et les
grandes villes (Bagdad, Bassora).

Le régime irakien, à l'instar de nombreux pays arabes, a engagé un


effort considérable pour développer l'enseignement. Deux mesures
importantes ont été prises: gratuité à tous les degrés (1974), enseignement
primaire obligatoire (1978). Un effort particulier a été accompli pour le
supérieur, qui est entièrement arabisé. Aux cinq universités s'ajoute
l'enseignement militaire supérieur, avec une faculté de la science de la

23
guerre et une faculté de la défense nationale.

La vie culturelle est marquée par l'opposition entre des traditions


souvent anciennes et des apports nouveaux issus à la fois du monde arabe et
du monde occidental. Dans la société traditionnelle, le clivage essentiel
opposait les villes aux campagnes. Alors que la culture bédouine était
principalement orale, la culture urbaine reposait sur la religion et l'écriture.
L'influence arabe, en partie syro-libanaise, puis surtout égyptienne, s'est
largement fait sentir. La vie culturelle est soumise au contrôle du pouvoir.

CONCLUSION

La Mésopotamie, terre riche en potentialités

agricoles et minières est l’un des hauts lieu de là

civilisation humaine depuis plus de sept milles ans à J- c.

L’écriture iconographique sumérienne, La roue akkadienne,

les techniques d’irrigation et le code babylonien,

l’architecture et le rayonnement commercial et intellectuel

24
des abbassides témoignent en fait du génie de l’homme

mésopotamien.

Vis-à-vis des événements que vit dernièrement

L’Iraq, on peut dire que La Mésopotamie d’àujourd’hui n’est

pas sous sa bonne étoile.

25