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Revue des Études Grecques

La composition de la « Vie d'Aristote » chez Diogène Laërce
Paul Moraux

Résumé
Bien des inepties déparent les biographies dues à Diogène Laërce. Comme le révèle l'analyse de la Vie d'Aristote, une grande
partie d'entre elles s'expliquent par l'application maladroite d'un procédé de composition assez singulier : d'un thème
normalement amené par la marche du récit chronologique, l'auteur passe volontiers, par associations d'idées, à un thème voisin
; de celui-ci, il saute à un autre, et ainsi de suite. Des digressions en cascades se mêlent donc à la narration biostraphique. On
peut retrouver, cependant, la charpente originelle de la biographie : il suffit d'isoler les digressions et de ne considérer que les
morceaux qui les ont déclenchées. Or ce démontage de la Vie d'Aristote révèle un fait d'une importance primordiale : le
canevas, sur lequel a brodé Diogène est identique à celui qu'on retrouve chez le grand Apollodore , l'un et l'autre découlent
d'une source commune, qui est probablement le péripatéticien Ariston de Céos. Diogène a fait de son mieux pour étoffer ce
donné primitif en y insérant une foule de renseignements complémentaires ; il a rédigé lui-même une partie de ces digressions
et a laissé à l'état brut les matériaux qu'il destinait aux autres. Son manuscrit, à demi achevé et bourré de notes additionnelles
non encore incorporées au texte, a été confié à un éditeur, qui a transcrit le tout en un texte continu, non sans commettre une
foule de bévues et d'erreurs. La stupidité d'un rédacteur incapable est ainsi venue s'ajouter à l'insigne naïveté de Diogène.

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Moraux Paul. La composition de la « Vie d'Aristote » chez Diogène Laërce. In: Revue des Études Grecques, tome 68, fascicule
319-323, Janvier-décembre 1955. pp. 124-163;

doi : 10.3406/reg.1955.3403

http://www.persee.fr/doc/reg_0035-2039_1955_num_68_319_3403

Document généré le 26/05/2016

LA COMPOSITION DE LA « VIE D'ARISTOTE »

CUEZ DIOGÈNE LAËRCE

forment,
Les renseignements
sans contredit,
queleDiogène
morceau
Laërce
le plus
a tirés
précieux
d'Apollodore
de sa Vie
(i)

d'Aristote. Diogène y nomme sa source, et nous pouvons établir
sans trop de difficulté comment il l'a utilisée : nous possédons,
en effet, un second résumé du chapitre qu'Apollodore avait
consacré au Stagirite. Pour réfuter une thèse suivant laquelle Démos-
thène se serait formé à l'éloquence en pratiquant la Rhétorique
d'Aristote, Denys d'Halicarnasse avait, de son propre aveu, cherché
des précisions d'ordre chronologique chez les biographes
d'Aristote (2). Or le bref curriculum vitae sur lequel il bâtit sa
démonstration présente d'étroites analogies avec le résumé d'Apollodore
chez Diogène Laërce. II est clair que les matériaux mis en œuvre
par Denys proviennent, eux aussi, et sans doute en assez droite
Ugne, des Chroniques d'Apollodore (3).
Diogène n'a pas puisé directement à l'ouvrage du grand chro-
nologue athénien. Il en connaît un remaniement en prose, où les
événements étaient datés à la fois par olympiades, par archontes
et même par des synchronismes. Chez Apollodore, on ne trouvait,
d'ordinaire, que le nom des archontes (4).

(1) D.L., V, 9-10.
(a) Dion. Halic, Epist. I ad Ammaeum, 3 ss.
(3) H. Diels, ChronologL-tvhe Vntersuchungen ûber Apollodors Chronika,
dans Rhein· Mus., XXXI, 1876, pp. 43 ss.
(4) Apollodors Chronik. Eine Sammlung der Fragmente, von Felix Jacob T,
Berlin, 190a, p. 3i8 (Pkilol Vnters., VI),

LÀ « VIE d'àRISTOÏE » CHEZ DIOGÈNE LAeRCE 12ί>

C'est avec un soin tout particulier que Diogène a reproduit sa
source. Parmi les peccadilles qu'on peut lui reprocher, la plus
grave est sans doute une inexplicable inversion, à la suite de
laquelle le départ d'Aristote pour Mytilène (01. 108, 4) est
mentionné avant la mort de Platon, qui l'a précédé de trois ans
(01. 108, ι) (ι). En outre, la date à laquelle Diogène situe la
fuite à Chalcis (01. n4> 3 = 322/i) est, en réalité, celle de la
mort d'Aristote (2). Enfin, il n'est pas exact qu'Alexandre ait eu
quinze ans au moment où Aristote lui fut donné comme
précepteur (3). H y a bien aussi quelques divergences de chiffres entre
Diogène et Denys, mais elles s'expliquent sans peine. Pour
indiquer le temps écoulé entre deux événements, les anciens pouvaient
indifféremment inclure les termes extrêmes dans leur calcul, ou
bien donner le nombre des années pleines qui séparent les deux
événements. Dans les deux cas, la formule employée demeurait la
même (4). Diogène et Denys préfèrent le premier système, mais
ils appliquent aussi le second, indépendamment l'un de l'autre,
si bien que leurs chiffres semblent parfois se contredire. Mais

(1) L'inversion a été signalée par Stahr, Aristotelia, I, p. 85, n. 1. Cfr.
aussi Jacobi, o. l., p. 317, n. 1.
(a) Cfr. Jacoby, p. 3 18. L'erreur peut être éliminée par une correction assez
bénigne : εΤτ' άπαραι ε'.ς Χαλκίδα, <καν^> τωι τρίτωι έ'τε ι τή" ς τετάρτης και
δεκάτης κα·. εκατοστής Ολυμπιάδος [και] τελευτήσαι κτλ.
(3) II semble bien que la faute provienne d'une confusion de chiffres (IE au
lieu de ΙΓ) : Alexandre avait, en effet, treize ans accomplis sous Pythodote,
ol. 10g, a, quand Aristote est arrivé chez Philippe. Cfr. H. Diels, o. L, pp.
43 ss., et Jacoby, o. /., p. 33g. — Th. Bergk, dans Rhein. Mus., XXXVII,
1882, p. 36a, et W. A. Baehrens, ibid., LXVIII, 191 3, p. i53, prétendent
que la faute doit être cherchée ailleurs : à les en croire, Aristote aurait
réellement commencé l'éducation d'Alexandre quand celui-ci était dans sa
quinzième année ; il serait donc arrivé chez Philippe non en ol. 109, a, comme le
rapporte DL., mais en ol. iog, 3. Mais le nom de l'archonte Pythodote, qui
figure chez D-L. et chez Denys et qui se trouvait sûrement chez Apollodore,
rend inadmissible la correction que proposent- Bergk et Baehrens. C'est bien
d'ol. 109, a (343/a) qu'Apollodore datait l'arrivée chez Philippe. Alexandre
était alors dans sa quatorzième année.
(4) Nous sommes plus précis : nous disons qu'une personne meurt âgée
de 62 ans, ou, ce qui revient au même, dans la 63e année de son âge. Pour
les anciens, à 63 ans signifie tout aussi bien dans sa 63e année (= âgé de 6a
ans) que âgé de 63 ans·

126 PAUL MORAUX

cela n'est pas bien grave, puisque par delà ces divergences nous
pouvons restituer les dates authentiques (i).
Apollodore distinguait dans la carrière d'Aristote huit moments
importants. Je crois utile de les rappeler avant de commenter la
biographie que nous lisons chez Diogène.
Date Date
Événement Archonte ancienne moderne
Naissance d'Aristote Diéitréphès 01. 99, ι 384/3
Arrivée chez Platon Polyzélos 01. io3, 2 367/6
Mort de Platon.
part chezHermias Théophile 01. 108, ι 348/7
Arrivée à Mytilène Eubule 01. 108, 4 345/4
Arrivée chez Philippe Pythodote 01. 109, 2 343/a
Arrivée à Athènes
Fondation du Lycée Euainétos 01. ni, 2 335/4
Départ pour Ghalcis Géphisodore 01. n4, 2 323/2
Mort à Ghalcis Philodès 01. 114, 3 322/1
L'extrait des Chroniques se trouve au milieu de la biographie
proprement dite. Il est précédé d'une mosaïque d'anecdotes et de
renseignements divers sur Aristote, sa famille, ses familiers, son
école, ses voyages, etc. (V, 1-9). Il n'est pas nécessaire de se
pencher bien longtemps sur cette curieuse compilation pour
apercevoir comment les bribes d'érudition qu'elle renferme ont été
misses bout à bout. Prenons, à titre d'exemple, un cas relativement
clair. Parlant du séjour d'Aristote chez Philippe, Diogène rapporte
qu'Aristote obtint d'Alexandre la reconstruction de Stagire, sa ville
natale, et il ajoute qu'Aristote donna des lois à la nouvelle cité.
Il poursuit alors : Aristote confectionna également des lois pour
son école, imitant en cela Xénocrate, etc. On voit comment
s'enchaînent les idées : l'auteur a sauté du thème Aristote, légisfoteur
de Stagire, normalement amené par le cours du récit, au thème
voisin Aristote, législateur de son école, thème qui n'a rien à voir

(1) Ces difficultés ont été consciencieusement étudiées par Jacoby. Il est
inutile d'y revenir.

le séjour chez Hermias (le séjour à Mytilène est omis) . La mention de Nico- maque amène l'auteur à nous livrer à propos du personnage quelques détails qu'il dit emprunter à l'ouvrage d'Hermippe sur Aristote : *oe Nioomaque descendait d'un autre Nicomaque. il vivait chez le . le séjour chez Platon . il était originaire de Stagire. fils de Machaon. L'emboîtement de ces excursus confère à d'importants morceaux de la biographie une ordonnance d'un type un peu déroutant. Si l'on démonte l'édifice pièce par pièce. ils répondent à peu près aux huit étapes distinguées par Apollodore : l'origine d'Aris- tote . La mention des lois données par le philosophe à son école constitue donc une sorte d'excursus qui s'explique par une simple association d'idées autour du thème Aristote législateur. lequel était lui-même fils d'Asclépios . Le fonds primitif ainsi délimité n'est autre que le tableau des événements importants qui ont marqué la vie du philosophe. la fuite à Ghalcis . L'ensemble de la biographie n'apparaît cependant pas comme une simple cascade de digressions. dont les éléments ne sont point liés l'un à l'autre selon les lois de l'association des idées. Voilà manifestement le donné originel. où celle-ci nous en vaut à son tour une troisième. en remontant d'un excursus à la remarque qui l'a déclenché. constatation inattendue. L'origine et la famille df Aristote Aristote était fils de Nioomaque et de Phaistis . le séjour à la cour de Philippe et l'éducation d'Alexandre . où la chronologie n'entre pas en ligne de compte. et ainsi de suitle. Voyons d'un peu plus près comment on a brodé sur le canevas primitif. où tel détail de la première digression provoque une seconde digression. Nous rencontrerons des cas plus compliqués. LA « VIE DAKISTOTE » CHEZ D1OGÈNE LAëRCE 127 avec le séjour du philosophe chez Philippe. la mort. Geux-ci sont mentionnés dans l'ordre chronologique et. le second séjour à Athènes . on finit par se trouver en présence d'une carcasse assez maigre.

Entre ces deux phrases. 4o3. a entraîné les deux suivants. an . Leipzig. dit-on. Il avait aussi les jambes grêles. H. Il bégayait. dans son édition anonyme du βίος 'Αριστοτέλους de Diogène Laërce. Il s'habillait avec une élégance insigne. comme le dit Timothée (i). 3-6). Certains éditeurs ont corrigé Τίμαιον en Τιμ'θεον dans le texte de la scholie. éd. Quant au quatrième point. . poursuit Diogène . in Hesiod. (i) D'après une scholie à Hésiode. p. 4. comme le rapporte Timothée l'Athénien dans son ouvrage Sur les vies. 3. la mention de Nicomaque le jeune. se coupait les cheveux court. dont il était à la fois le médecin et l'ami. p. fils d'Aristote et d'Herpyllis.128 Paul moraux roi de Macédoine Amyntas. Le séjour chez Platon Cet homme fut le plus distingué des disciples de Platon. Btwater. qui résument la seconde étape de la carrière du philosophe. Cette petite notice sur les ancêtres de notre philosophe est bien située . εξ ή"ς αύτον σχεΤν υΐόν (Schol. et il ajoute un peu plus loin : mais il se sépara de Platon du vivant même de celui-ci. où le nom de Timothée apparaît quelques lignes plus haut et aurait été indûment répété au lieu de celui de Timée (Ménage . figurent les détails suivants : 1. c'est Timée qui aurait parlé de l'union d'Aristoto et d'Herpyllis : Μάτην . il doit être rapproché de ce qu'on a dit plus haut des parents du philosophe : son père s'appelait Nicomaque . portait des bagues. l'un de ses fils a porté le même nom. Gaisford. d'Herpyllis sa concubine. dans Poetae minores graeci. I. elle ne présente aucune difficulté particulière. iSa3. ad ν. 2. D'autres ont cru que la faute se trouve chez Diogène. G. // eut également un fils appelé Nicomaque. On voit bien comment le premier point noté par le biographe. et les yeux petits . a58. λέγουσιν of περί Τίμαιον Ήσιόδφ τον Άριστοτέλην ιτειθόμενον μετά την της γυναικός τελευτήν Έρπυλλιδι συνεΐναι ττί θεραπαίντβ. Erga.. parue à Oxford en 1879)* . relatifs aux défauts physiques d'Aristote et à ses habitudes vestimentaires : le compilateur a groupé ici les éléments d'un portrait d'Aristote. en se fondant sur Diogène Laërce (Graevius cité par Gaisford). II. le bégaiement signalé par Timothée. Muller dans F.

il réserve. la mention de Nicomaque le jeune. une fois mis au monde. En fait. ruent contre leur mère. Nous ne voulons pas dire par là qu'il faille transposer d'emblée telle proposition mal située . on pourrait supposer qu'à l'épithète laudative γνηυιώτατος l'auteur a voulu opposer une description moins favorable à son héros. Epicurea. Mais cette hypothèse n'expliquerait pas le quatrième point de l'excursus. L'auteur y étoffe de son mieux le donné primitif : il nous livre un extrait d'Hermippe sur Nicomaque le père et signale. i< RBG. LXVIH. xxv. le désordre actuel ne paraît pas provenir d'un accident matériel. Alors qu'Aristote se (1) A vrai dire. le thème rapports de Platon et d'Aristote fait ensuite place à un récit tiré d'Hermippe. LÀ « VIE d'aRISTOTE » CHEZ^DIOGÈNE LAeBCE 129 Tout cela n'a sûrement rien à voir avec le séjour d'Aristote chez Platon. Logiquement. et la longue parenthèse que nous venons d'analyser appartient à la rubrique initiale. qu'un fils du philosophe s'appelait également Nicomaque . Dans le texte que nous lisons aujourd'hui. les deux phrases relatives aux rapports avec Platon doivent être rapprochées. n· 319-323. mais plutôt de la fusion hâtive et maladroite des notices hétérogènes dont disposait le rédacteur. Leipzig. Sans transition. en outre. ses origines. 1955. Après avoir signalé qu'Aristote fut le plus distingué des disciples de Platon. Ce n'est point la phrase : « Cet homme fut le plus distingué des disciples de Platon » qui nous a valu un portrait si peu flatteur (i). ni qui a provoqué la mention de Nicomaque le jeune. S . comme les petits poulains. p. ces détails devaient appartenir à la première rubrique de la biographie. l'auteur se fait l'écho d'une tradition selon laquelle le Stagirite se serait séparé de son maître dès avant la mort de ce dernier . destiné originellement à être rapproché du premier paragraphe de la biographie (le personnage. n. cette ingratitude aurait fait dire à Platon : Aristote a rué contre nous. 1887. d'après Timothée. les deux premières rubriques de la biographie se trouvent entremêlées. quelques lignes à une description physique de son héros : Timothée et d'autres auteurs non identifiés lui en fournissent les éléments. comme l'avait déjà remarqué Usener (2). Celle-ci montre à l'évidence que l'excursus tout entier est un bloc erratique. sa famille)· (2) H· Usener.

c'est-à-dire longtemps après la mort de Platon. Praep. V. Trois théories circulaient sur l'origine de cette détermination. 324 . 130 PAUL MORAUX trouvait chez Philippe. vit. Or cette digression en déclenche à son tour toute une série d'autres. 8 ss. Voilà donc une première explication . Suivant la première. 1398 B-G . Consciencieusement. 12.. Xénocrate devint soolarque de l'Académie (339/8) . qu'Aristote a. Diogène n'a pas songé qu'elle a pu ne pas dépasser le plan des convictions philosophiques : le ά'ιτέστη signifie pour lui.) noue apprend que c'est vine indication d'Aristoxène dans sa Vie de Platon qui a donné naissance à cette histoire.de Péripatéticien..H. Les détracteurs du Stagirite se sont empressés de faire endosser à leur ennemi la responsabilité de ce geste peu élégant. VIII. Ev. Pourquoi cette digression ? Tout simplement parce que Diogène tient à confronter deux traditions apparemment contradictoires sur les rapports d'Axistote avec Platon. Élien. comme pour d'autres biographes (1). Aristote prit le péripaios du Lycée. Quat. II... III. Vita Marcianu. 3. IV.. Rose. la rupture s'est consommée du vivant même de Platon. /. on l'a donc appelé le (1) Voir notamment Aristide. revenu à Athènes et voyant l'école dirigée par un autre que lui. Euseb. XV. dès avant la mort de son vieux maître. il oppose donc à cette tradition le renseignement que lui fournit Hermippe : la fondation du Lycée n'a eu lieu que sous le scolarchat de Xénocrate.. Hermippe racontait qu'Aristote avait choisi comme local pour son école le promenoir (««ρνπατος) du Lycée. . 9. et le récit biographique ainsi interrompu ne reprend qu'une dizaine de lignes plus bas. Aristoxène signalait qu'en l'absence de Platon certains étrangers avaient « fondé contre lui » (άντοικοδόμεΐν ) une école (πβρίπατος).. Aug. c'est l'endroit où Aristote faisait ses cours qui lui a valu le nom. Diogène mentionne la fondation du Lycée bien avant 1-e moment où il aurait dû en parler s'il avait suivi l'ordre chronologique des événements. Un premier groupe de renseignements se rapportent au nom de Péripatéticien donné au fondateur de la nouvelle école. ouvert une école rivale de l'Académie. En voici une seconde : Aristote allait et venait en philosophant avec ses disciples . 428. avec la mention du départ d' Aristote pour la cour d'Hermias./. 19 . Dei. Civ. Aristoclès (chez Eus.

. La série des digressions se poursuit alors par une phrase curieuse : Lorsqu'ils devinrent plus nombreux.. ώς : Stays Λικαίαρχος. p. Dans ses débuts. Miscellanea.. LÀ « ΥΙΕ d'aRISTOTE » CHEZ DIOGÈNE LAëRCE Péripatéticien. Diogène a signalé plus haut qu'Aristote philosophait avec ses disciples en se promenant . l'éivmologie rapportée par Diogène· (2) La même explication a' déjà été proposée par W· Volkmann. Quaes- tionum de Diog. Ainsi. . ούκέτι δε τους εις άγρόν ή προς φίλο ν βαδίζοντας (Ptor. dont il ne nomme pas les auteurs (οι δε. le Stagirite dut renoncer à cette habitude et donner cours assis. fr. Diogène signale enfin une troisième explication. Aristote doit s'asseoir et faire un cours ex cathedra pour être entendu de tous ses disciples. c'est-à-dire.resp. Notre phrase constitue ainsi la suite logique de la seconde explication du surnom d'Aristote. · (1) Cette étymologie est ancienne : on la trouve déjà chez Dicéarqùe· Certaines gens. il note maintenant qu'avec l'accroissement du nombre de ses étudiants. 796 c = Dicéarque. Progr. Breslau. Il est intéressant de noter que ces deux etymologies indépendantes l'une de l'autre ont été combinées par notre auteur . Dicéarque semble avoir critiqué le rétrécissement de sens que certains Plripatéticiens imposaient au verbe περιπατβΐν en le " réservant aux « déambulations philosophiques. An seni ger. il s'assit. Aristote l'aurait accompagné dans ses promenades en discutant avec lui. il cite alors Dicéarque : και γαρ του. »·.) : quand Alexandre se trouvait en convalescence. l'école connaît un beau succès. II est intéressant de noter que le verbe άνακάμπτειν se trouve chez Dicéarque et chez Diogène. 1895. Aristote n'a guère d'étudiants. 29 Wehrli). Dans la suite. έν τοις οτοαις ανακάμπτοντας πβριπατεΐν epotetv. 8. cap.. en dernière analyse. le Promeneur (i). H.. c'est à la fois parce qu'il donnait cours au promenoir du Lycée et parce qu'il y déambulait avec ses disciples qu'Aristote aurait reçu son surnom. XXVI. C'est peut-être à Dicéarque que remonte. il peut se promener familièrement avec eux en parlant philosophie. ignorent que la politique et la philosophie peuvent résider dans les actions de la vie quotidienne . n° 179.. la troisième explication du nom de Péripatéticien forme une parenthèse qui coupe en deux le développement amené par la seconde (2). écrit Plutarque. Laert.

ce mot historique n'a de sens et de sel qu'au moment de l'ouverture de l'école. les bons matériaux qu'il a utilisés. Avec humour.. alors que l'école du Lycée existait depuis longtemps. Aristote décide de fonder une école rivale. et l'on ne peut se tirer d'affaire en découpant le texte au moyen d'un jeu de parenthèses ou de crochets. Cette indication appartenait à la trame primitive du récit. mais derrière les stupidités qu'il nous offre. Rappelons. 2. S'il est bien dirigé contre Xénocrate. Voyant l'Académie dirigée par Xénocrate. On lui a opposé un renseignement qui la contredisait : d'après Hermippe. pourquoi la partiel piale aurait-elle échoué à cette place insolite. · ■ La phrase paraît absurde : il va sans dire que les deux actions qu'elle présente comme simultanées n'ont pu être accomplies en même temps. Aristote se sépara de Platon du vivant de ce dernier. Aristote s'assit en disant : « // serait honteux de se taire et de laisser parler Xénocrate I». il l'a fait avec une maladresse insigne . Peut-être a-t-il prononcé alors la célèbre parodie . Du reste. Ce n'est sûrement pas quand il a décidé d'enseigner assis. qu'Aristote à pu le prononcer. il parodie alors un vers du Philoctète d'Euripide. Mais la grammaire s'y oppose. souvent. 132 t>AUL MORAUX Quand ses disciples devinrent plus nombreux. nous avons aperçu qu'à l'origine de notre texte il doit y avoir un récit biographique adorné d'une série de notes. Provisoirement/ contentons-nous d'enregistrer l'absurdité du récit que nous trouvons dans la rédaction actuelle. Le bon sens nous invite donc à rapprocher la participiale ειπών. c'est sous le soolarchat de Xénocrate qu'Aristote a fondé le Lycée. comment s'articulaient le récit et les notes complémentaires avant l'intervention du rédacteur : i. un rédacteur a cherché à fondre ces éléments de manière à obtenir un texte continu . Jusqu'ici. avant de poursuivre notre analyse. si elle s'était effectivement rapportée à έλέσθαι ? Nous ne résoudrons le problème qu'après en avoir examiné d'autres données. d'explications et d'additions marginales . de έλέσθαι et non de έκάθισεν. nous pouvons retrouver. écrit Diogène..

Pour donner au passage un sens acceptable. L'expression fait difficulté (ι). Cette explication en amène d'autres : 3.Hicks. Nous avons affaire à deux (1) Dans son édition. Parlant de l'habitude qu'avait Aristote de se promener en philosophant avec ses disciples. l'action d'oindre. 5. bref. Le local de l'école se trouvait au Péripatos. Nous pouvons maintenant revenir sur quelques détails que nous avions négligés provisoirement. . cum omnia gymnasia philosophi teneant.ipso tempore. Elle se trouve confirmée par un texte de Cicéron qui. exceptionnellement. comme une parenthèse par-dessus laquelle il faut sauter pour trouver la suite du premier développement. même à l'époque où la philosophie connaît son plein succès. cette cascade de digressions présente. avec l'accroissement du nombre de ses disciples. Aristote philosophait en se promenant avec ses élèves (remarque complémentaire : plus tard. son nom de Péripatéticien vient de ce qu'il se promenait avec Alexandre convalescent. il fut forcé de donner cours assis). Dans le De Oratore. dans sa traduction de Dio- gène (TjOeb Class. Libr.). » · . il faut admettre qu' άλειμμα signifie ici. ai. . d'ordinaire. Diogène écrit que ces promenades avaient lieu μέ·/ρι αλείμματος. in media oratione de maxîmis rebus et grauissimis disputantem philosophum omnes unctionis causa relvv- quunt. une curieuse particularité : au lieu que chaque excursus suive la. II. n'a jamais été rapproché du passage litigieux de Diogène. phrase renfermant le mot sur lequel on glose. Comme nous l'avons vu. huile. toute matière servant à oindre. D'où le surnom de Péripatéticien donné au Stagirite. même ainsi compris. . l'onction. à ma connaissance. il a été inséré au milieu de cette phrase. Mais. on lit que chez les Grecs les gymnases ont été inventés bien avant que les philosophes ne commençassent à y tenir école. onguent. graisse. dans l'état actuel du texte. (a) Telle est aussi l'interprétation de R· D. "Αλειμμα signifie. Bywater place entre croix le mot άλειμμα. le passage reste peu satisfaisant. tamen eorum auditores discum audire quam phtlo- sophum malunt : qui simul ut increpuit. 4· D'après d'autres auteurs. Les « promenades philosophiques » d'Aristote avaient lieu tôt le matin et duraient jusqu'à l'heure où les jeunes gens s'oignaient pour s'adonner aux exercices du gymnase (2). si tant est que celle-ci vise bien Xénocrate. les jeunes Grecs donnent toujours la préférence à la gymnastique : « Hoc. LA « VIE d'aRISTOTE » CHEZ DIOGÈNE LACBCE 133 du vers d'Euripide.

il faudrait que. V. que μεχ. l'après-midi. voir K. que nous trouvons sous une forme assez pure chez Diogène. le petit nombre des disciples du début soit explicitement souligné (i) . VII (io. Peripatos. Inst. ι. Aristote n'avait guère d'élèves . Un horaire du même genre a été adopté par Philon de Larisse.ρι μεν αλείμματος devait être corrigé et qu'il fallait restituer un membre de phrase ayant le sens de « aussi longtemps qu'il n'avait guère d'élèves ». Sur la dénomination de Péripatéticiën et ses origines. Aulu-Gelle déduit donc que le Stagirite a toujours enseigné en se promenant. Quint. et il justifie ces appellations en disant : « Utroque enim tempore ambulans disserebat. et έωθινος περίπατος ceux du matin . Mais la difficulté ne résulte pas d'une corruption dans là tradition manuscrite .Se. Suppl. dans' RE. le nombre des élèves s'accrut . » Du nom de περίπατος. par bonheur.. se rapportait au développement de l'école . or. jusqu'au moment où commençaient les exercices du gymnase. était relative à l'horaire et au programme des cours du Stagirite : le . Philod.134 PALL MORAUX . par le mélange de deux renseignements distincts à l'origine· (2) Gell·. Rhèt. donne cours assis.9-904. se promène avec ses disciples .' Notons qu'Aulu-Gelle ajoute à la . elle s'explique. au début. ΐ£.. Pour que les deux panneaux du diptyque se répondent parfaitement. qui désigne l'école d'Aristote. J 'avait pensé à μετρίου μεν. II. nous trouvons une indication sur l'heure des promenades d'Aristote : elles avaient lieu. L'une. Àristote. i-5 . Dans l'une et l'autre de ces (1) J'ai cru longtemps. matin. deux traditions assez semblables l'une à l'autre par plusieurs aspects. p. L'autre. au lieu de cela. άγελίσματος <^οντος^>. 80. : Aristote..Q. tableaux dont l'opposition est soulignée par μεν .... comme Bywater. 36. i-5 Sudhaus . tradition relative au programme quotidien d'Aristote un renseignement complémentaire : il· appelle οείλινος περίπατος les cours du soir. et Cicéron lui-même avait décidé.Or. Brink. dans le premier. de consacrer ses matinées à l'éloquence et ses après-midi aux discussions philosophiques (T'use-. XX. celui-ci enseignait la philosophie à quelques disciples choisis. II. Dans l'antiquité circulaient. chef d'une école en renom. de textes parallèles qui vont nous aider à résoudre ce petit problème. s. Aristote dut donner cours assis. il faisait des cours de rhétorique destinés à un public beaucoup plus étendu (2). il pouvait donner cours en se promenant . 5o. δ. col. Nous disposons.. comme on va le voir.. le matin. chef d'une école encore modeste. dans la suite.4o). III.. 3. 9). Vol. à propos de l'activité professorale d'Aristote. mieux attestée. à l'époque des Tuscu- laries. .

dont nous n'avons pas encore parlé. il fait des cours de rhétorique. dans le premier panneau du diptyque. un autre. le nombre des auditeurs augmenta.ν συνβγύμναζε τους μαβητάς. Le matin. n'a guère d'élèves . L'après-midi. petit nombre d'élèves. Ce trait commun a conduit Diogène. en effet. άνακάμπτοντα) et deux autres empruntés à la seconde (les cours avaient lieu le matin. Aristote donna cours assis. remonte à la première : cet enseignement destiné à un publie étendu portait sur la rhétorique (xoù προς θέ?ι. pour un. par exemple. On voit sans difficulté quelles suites fâcheuses le mélange des deux traditions a déclenchées. Plus tard. les seconds s'adressaient à un grand auditoire. et s'assied. Au début. Or nous savons qu'Aristote enseignait déjà la rhétorique du vivant d'Isocrafce. αμα καΐ ρητορικώς Ιπασκων). ou sa source. U était question de deux types de cours : les premiers étaient professés devant un petit nombre de disciples . L'examen de quelques textes relatifs à cette activité du Stagirite va nous permettre de résoudre une difficulté qui nous a arrêtée plus haut. έκάθισεν) . συμ^λοσοφεϊν). LA « VIE d'aRISTOTE » CHEZ DIOGÈNE LA§RCE traditions. il a beaucoup d'élèves pour le grand public. en soulignant les éléments que Diogène a pris à l'une ou à l'autre : Première tradition : Seconde tradition ι Développement de l'école· Horaire et programme. Dans le second panneau. επειδή πλίίους εγένοντο η δη . A. deux éléments proviennent de la première tradition (par suite du succès de l'école. Diogène semble dire. un élément pris à la première tradition (Aristote faisait cours en se promenant. . μέ'/pt αλείμματος. Nous trouvons. que les cours de rhétorique n'ont été instaurés que tardivement. enseigne la philosophie. A. à mélanger maladroitement les deux traditions. ils portaient sur des matières philosophiques. Plusieurs auteurs nous apprennent qu'Aristote décida d'enseigner . Nous pouvons mettre côte à côte les deux traditions. bien après la fondation du Lycée. il enseigne en se promenant.

o. deux rivaux aux noms fort semblables . cum Isocratem pateretur dicere.. II. Rhet. \. Ils ajoutent qu'en prenant cette décision il parodia de la manière suivante un vers d'Euripide : // serait honteux de se taire et de laisser parler Isocrate! (i). ut traditur. Cic. il l'a fait d'autant plus facilement que la ressemblance des deux noms Isocrate et Xénocrate s'y prêtait à merveille (2). cum barbaros. comme il n'avait pas mentionné la rivalité d'Aristote et d'Isocrate. De orat. celui-ci n'a pas reculé devant les pires non-sens . il a quelque peu modifié la parodie .. i4i : itaque ipse Aristo- teles.. et Volkmann. Ainsi s'explique la place singulière de la parodie dans le texte de Diogène. hic au tern. sur des terrains différents. cum florere Isocratem nobilitate discipulorum uideret. i4 : . cum motus esset Isocratis rhetoris gloria. son esprit étroit n'a point aperçu qu'Aristote avait eu.136 PAUL MORAUX la rhétorique parce qu'il était jaloux d'Isocrate et enviait son influence. Roeper. et puisqu'il situait renseignement de la rhétorique dans la période tardive où Aristote faisait cours assis. scientia. ont vu juste. la place de la parodie chez Diogène Laërce et les textes parallèles cités plus haut prouvent-ils que. δ'τι της δείλης έγ'μναζεν έτκρωνήσας · « αίσχρόν σιωπδν. quod ipse suas disputationes a causis forensibus et ciuilibus ad inanem sermonis elegantiam transtulisset. dans Philologus. uir summo ingenio. Sur ce point. Gomme il parlait des cours de rhétorique professés par Aristote. copia. i-5 Sudhaus : . 35. 36. Itaque ornauit et inlustrauit doctrinam illam omnem rerumque çognitionem cum oratiorm umi- citatione coniunxit. Ιχ. toutefois. elle apparaît plutôt comme un produit de l'activité du « rédacteur » : pour fondre en un texte continu les notes qu'il avait sous les yeux.eoque (Isocrate) iam senioro (octauum enim et nonagesimum impleuit annum) pomeridianis scholis Aristoteles praecipere artem oratoriam coepit. Tusc. Or. Inst. mutauit repente totam formam prope disciplinae suae uersumque quendam Philoctetae paulo secus dixit. Vol. mais bien. (a) II faut bien se garder d'écrire Ισοκράτη ν au lieu de Ξενοκράτη ν dans le texte de Diogène. Sans doute. uersu ex Philocteta frequenter ' usus : Turpe esse tacere et Isocraten pati dicere. I. Ill. sous sa forme originelle.. il a donc. i. HI. noto quidem illo. Diogène a emprunté à une tradition relative à cet enseignement la parodie d'Euripide ..ο περί Αριστοτέλους άναγγέλλουσι. 657. Illc enim turpe sibi ait esse tacere.. le bon mot d'Aristote se rapportait à l'enseignement de la rhétorique et qu'il était dirigé contre Isocrate. Mais il n'en découle pas que la leçon Ξενοκοάτην doive être imputée à des copistes négligents . l.. (1) Philod. p. dicere docere etiam coepit adulescentes et prudentiam cum eloquentia iungere. . Quint. 5o. 1846. Cic. η : Aristoteles. Ισοκράτη ν δ' έαν λέγειν ». p.. celle d'Aristote et de Xénocrate... c'est à cette période qu'il a rapporté le mot historique du Stagirite .

Il est donné sans indication de source et se rattache. sur plusieurs traditions saines et sensées. ιϊ se rendit ensuite chez l'eunuque Hermias. qu'il découle de plusieurs sources différentes : à la trame originelle du récit ont été accrochées des informations empruntées à des auteurs non identifiés (ol [Jtiv φατι. (i) Entendons : bien qu'il fût le plus distingué des disciples de Platon. le compilateur signale. cl Se. en dernière analyse. On ne peut nier. Volkmann me paraît avoir entrevu la vérité quand il écrit à propos de la leçon Ξενοκράττ.. Le texte actuel est rédigé d'une manière si maladroite que l'évé- sans sourciller. nous avons fait endosser au seul Diogène l'entière responsabilité de toutes les confusions et de toutes les maladresses que nous avons découvertes.. LA « VIE d'âRISTOTE » CHEZ DIOGÈNE LAORCE 137 Nous voyons ainsi qu'en dépit des multiples stupidités qu'il renferme. non repugno ».. à la mention du séjour chez Platon : Cependant (ι). Par commodité. plusieurs accidents avaient déjà modifié la teneur des morceaux originels au moment où un rédacteur ignare a tenté de les fondre en un texte suivi. donner raison aux éditeurs qui maintiennent ici le texte traditionnel. Il faut.ν : « si quis Laerlium ipsum per errorem esse lapsum malit credere. l'existence d'un Péan à Hermias. Le séjour chez Hermias Ge paragraphe présente plus d'unité que le précédent : il roule uniquement sur les rapports d'Hermias et d'Aristote. qui était tyran d'Atarnée. notre texte repose. pourtant. par delà le fouillis de digressions du second paragraphe. Mais la réalité historique doit être plus complexe. Les matériaux de bon aloi que révèle l'analyse n'ont probablement pas été altérés en une fois . . à Démétrius de Magnésie et à Aristippe . ). Le premier morceau que nous rencontrons appartient à la charpente sur laquelle est construite toute la biographie. . il quitta l'Académie et Athènes pour aller chez Hermias. dont il donnera le texte plus loin. écrit Xénocrate là où il aurait dû conserver Isocrate.. en outre. je crois.

XIII.. Fragm. si -ce n'est pour en signaler l'origine : l'auteur n'a fait qu'accommoder bien.. Diogène a trouvé quelque part que Pythias était fille d'Hermias : l'indication remonte vraisemblablement à un texte où. avec l'assentiment de ce dernier . Il reproduit. en effet. racontée dans les lignes qui précèdent. avoir une fille selon lé sang. maladroitement ce qu'il a trouvé chez Diogène ou sa source.δεύσαι αυτψ.. qui nous informe de la κηδεία d'Aristote.ou bien sa nièce. en outre. de bonne heure. soit dit en passant. Οετήν δε θυγατέρα d'Hermias. sans en faire la critique ni chercher à les concilier. Hermias aurait fait d'Aristote son propre gendre. 6iq. les divers renseignements qu'il a pu recueillir. c'est l'indication αδελφών qui est probablement corrompue et provient de άδελφιδήν (cfr Dëmétriùs). προς Έρμίαν xÔv vjpavvov^note qu'Hermias aurait donné au Stagirite la fille de son frère ίθυγκτερα «δελφοϋ συινώκισε). il aurait offert à cette femme de rien le même (ï) Strabon. ne pouvait. P. δόντα τήν θυγατέρα). quyil était Biihynïen de naissance et qu'il avait pris la place de son maître. comme chez Strabon. a toutes les chances d'être sérieuse (i) : c'est sa nièce qu'Hermias aurait donnée au Stagi- rite». Notre auteur ne manque pas de nous en informer. la fille de son frère. Mais le compilateur connaît une autre tradition. qui. 4-12) ne méritent pas qu'on s'y arrête. Elle explique. Autre version enfin : Aristote se serait épris dé la concubine d'Hermias et Faurait épousée. ". Eus. Il dit également qu^Ë^ermias fut esclave d'Eubuîe. La version de Slrabon et de Démétrius. D'autre part. Diogèn© note donc : . Hermias. D'après d'autres. Arist.. XV. Ev. D'après les uns. Apellicon (ap. les incertitudes de la tradition relative à Pythias. autrement. . paraît. la « donner » à Aristote. dans sa joie. en lui donnant sa fille (οι δε κτ. Pythias apparaissait comme θυγατήρ άδελφοΰ. 2) la nomme φύσει ρν αδελφών. en somme. 1886. fort défendable.. d'après laquelle Pythias était une* nièce d'Hermias. Les relations d'Hermias et d'Aristote avaient. L'adoption de Pythias ne peut guère être mise en doute : on ne voit pas à quel titre Hermias aurait pu. 10. les deux hommes auraient été liés par un com* merce homosexuel. dont toutes nos sources signalent très explicitement l'infirmité. p. fait l'objet de racontars peu charitables. Ici. Ajoutons que les explications d'Hésychius-Suidas (cfr Hose.ιρη 138 PAUL MORAUX nement signalé ici paraît se situer après la fondation du Lycée. comme le dit Démétrius de Magnésie dans ses livres sur les poètes et les prosateurs homonymes.

pp.. rapporte en effet que d'après Lycon. θύοΐ «ν ώς άγάλματι κα? θβφ τοΤς .) et nous pouvons mesurer la gravité des sacrilèges imputés . Aristoclès. il admirait tant Hermias qu'il lui sacrifia κατά ταύτα τοις θεοΐς (Lucien. que la mise en accusation fut faite à l'instigation d'Eurymédon. A l'époque où fut composée cette Apologie... fondés ou non. cité par Eusèbe. 697 A-B). 1920. Que ces griefs aient été.' et i46 ss. a5i A.. sur les effets de l'amour : . on se représentait donc qu'Aristote était convaincu de l'immortalité de l'âme et estimait par conséquent que les morts ont droit aux mêmes honneurs que les dieux. est pseudépigraphe. 185-198). L'auteur de l'Apologie a voulu disculper Aristote de cette croyance si peu conforme à la religion traditionnelle. en effet.. notre auteur men- (i) II est possible que cette accusation ait figuré parmi les griefs. Cette divinisation de l'être aimé fait penser à une phrase de Platon. Liège et Paris. Les procès d'impiété intentés aux philosophes à Athènes. Derenne. 5) . au philosophe. en l'honneur d'Her- mias. formulés contre le Stagirite lors du procès d'impiété qui l'engagea à quitter Athènes. Phèdre. qu' Aristote aurait offert le sacrifice. il composa.. il serait une preuve de l'amour délirant que le philosophe éprouvait pour la concubine d'Hermias. 3e éd. Die gr.. on reprochait au philosophe d'avoir rendu à des défunts les mêmes honneurs qu'à des dieux olympiens : il fit à Pythias morte le même sacrifice que les Athéniens à la Déméter éleu- sinienne (Sus.. Munich. le sacrifice. Elle semble dériver. le philosophe se défendait d'avoir voulu sacrifier à Hermias ως άθαν'τψ et d'avoir voulu αΟανχτίζειν τ? ν «ρύ<πν (Athen. 696 A-B). Eun. il est intéressant de noter comment on s'expliquait le comportement d'Aristote. a. à moins que le compilateur ne l'ait involontairement déformée en cherchant à l'abréger. Pour Diogène. Si nous pouvons nous fier aux sources anciennes.. dans la joie du succès remporté. un péan qu'il chantait dans les syssities (Athen.. selon toute vraisemblance. des calomnies répandues sur le compte d'Aristote par le pire de ses diffamateurs. en dernière instance. hiérophante d'Eleusis (Cfr E. 1930. En corrélation avec le séjour chez Hermias. ώς θϊφ en l'honneur de Pythias aurait été offert par Aristote au moment de son mariage . XV. Ευ. LA « VIE d'aRISTOTE » CHEZ DIOGÈNE LA6RCE 139 sacrifice que les Athéniens à la Déméter d'Eleusis. Lycon le Pythagoricien. le philosophe aurait sacrifié à sa femme morte comme les Athéniens à Déméter (i). Nous savons que le culte des morts différait profondément de celui des Olympiens (Cfr P. Kultusaltertûmer. qui. XV. Pr. XV. L'anecdote s'est donc corsée au cours des ans. Athénée nous apprend que dans une απολογία ασεβείας.. Nous verrons. Cette dernière version est tirée du περί παλαιάς το υ ©ης d'Aristippe. lequel était contemporain d'Aristote ou un peu plus jeune que lui. 108 ss. Stengel. pp. A en croire Diogène. 9) .«ροσορών ώς θεον σέβεται κα\ εΐ μή έδεδίει τήν της βφόδρα μανίας δόξαν. c'est au moment du mariage.

il partit pour Athènes. Après cette parenthèse. Il leur (se. interrompant une fois de plus son récit. Le second séjour à Athènes. sa prétendue participation au complot d'HermoIaos. l'histoire de la reconstruction de Stagire . : à ses compatriotes) donna également des lois. Le séjour chez Philippe Diogène ne parle pas des années qu'Aristote a passées à Myti- lène. sa captivité infamante.440 PAUL MORAUX tionne enfin le fameux Péan à Hermias. mais il se laisse toutefois délimiter sans peine : II sollicita (d'Alexandre) la reconstruction de sa patrie. Lorsquyil lui parut qu'il avait passé assez de temps avec Alexandre. l'ajouté ne porte pas d'indication d'origine. dont il donnera le texte plus loin. il s'en fut en Macédoine. Mais il ne signale ici aucun événement <jui ait marqué le second séjour à . comme élève. sur ce tronc primitif. Le compilateur greffe. rédigé des lois. Il conduit le philosophe de la cour d'Hermias à celle de Philippe : De là. qui avait été rasée par Philippe^ et il l'Obtint. chez Philippe. il rapporte ce qu'il sait de Callisthène : sa liberté de parole envers Alexandre. selon lesquelles un président devait être nommé tous les dix jours. son fils Alexandre. le récit reprend son cours normal. laissant auprès d'Alexandre son parent Callisthène d'Olynthe. Celui-ci lui confia. imitant Xénocrate. La mention des lois rédigés par le Stagirite pour ses compatriotes amène une digression tout à fait étrangère au séjour en Macédoine : Pour son école également. il a. sa mort cruelle. Diogène ne manque pas l'occasion .

Peut-être la trame originelle du récit ne contenait-elle que la mention pure et simple du séjour en Eubée : si Diogène Laërce et Denys d'Halicarnàsse rapportent fidèlement les indications d' Apollodore. et F. celui-ci ne disait rien des motifs qui poussèrent le philosophe à quitter Athènes. comme on l'a prétendu (i) ? J'ai peine à le croire. De biogr. Leipzig. Les deux morceaux. Berlin. quaest. Rudolph. Le séjour à Chalcis // s'en fut se réfugier à Chalcis.). à moins que ce ne soit Dêmo- phile. Tous les faits signalés dans cette phrase se rapportent direc- Jemenit à la fuite à Chalcis. Les détails relatifs au procès d'impiété constitueraient. Dans le cours de la phrase. La structure de la phrase donne plutôt à penser que Diogène a trouvé chez Favorinus une variante relative à la personnalité de l'accusateur : au lieu (i) Voir notamment E.. 136 ss. dont nous avons vu la parenté avec Apollodore. pp. Ainsi s'ouvre un nouveau chapitre de la biographie. dans Leipziger Studien. Diogène se réfère à la Παντοδαπη ιστορία de Favorinus. i-i38. 1880 (Philol. Unters. 1884 (surtout pp. dans ce cas. dans son Histoire variée. LÀ « VIE D*ARISTOf£ » CHEZ DIOGÈNE LAeRCE 441 Athènes. l'hiérophante Eurymédon lui ayant intenté un procès d'impiété. parce qu'il avait composé l'hymne en l'honneur de l'Hermias mentionné plus haut. VII. n'était pas plus explicite. et l'origine de l'ajouté n'est point indiquée. . De fontibus quibus Aelianus in Varia Historia componenda usus sit. 3). Maass. si tant est qu'il y ait eu deux morceaux. Qu'emprunte-t-il au juste à cet ouvrage? Est-ce tout le chapitre. ont été soudés plus habilement qu'à l'ordinaire. voire l'essentiel de sa biographie. Il note simplement que le philosophe dirigea l'école pendant treize ans — la partie du βίος qui ne remonte pas directement à Apollodore est fort pauvre en indications chronologiques comme celle-là — puis qu'il alla se réfugier à Chalcis. un premier enrichissement du donné primitif. comme le dit Favorinus. selectae. Il est donc vraisemblable que le premier fonds de Diogène.

le biographe a sauté de l'hymne. le lieu que désigne ενταύθα est Chalcis . poème cette fois complètement étranger au procès. .. dont un chapitre était consacré aux accusateurs des philosophes. Quant notre auteur poursuit : « C'est là.υπεξήλθεν εις Χαλκίδα. 142 PAUL MORAUX d'Eurymédon. corpus delicti dans l'affaire d'impiété. έπειδήπερ τον υμνον έποίησεν εϊς τον προεφηιιένον Έρμείαν. Ces deux distiques anodine ne peuvent guère avoir servi à fonder l'accusation d'impiété contre Aristote. signalé en même temps que le procès. il faut en aller rechercher la mention par delà l'excursus qui interrompt le récit biographique. La mort d'Aristote L'événement est bien signalé à la place qui lui revient. la mention de l'Hymne à Hermias. ou à côté de lui. pas composé de Biographies. Nous avons affaire à une digression par association d'idées analogue à celles que nous avons rencontrées plus haut. qu'il vient pourtant de mentionner . d'un autre petit poème composé par Aristote à la mémoire de son ami. qu'il mourut. η Δημοφίλου.. mais un recueil d'i/ii- toires Variées. Il ne viendra que plus tard. i45 du troisième cahier des Philologische Untcrsuchungen. En revanche. Favorinus n'a.. Εύρυ^έδοντος αυτόν του ίεροφάντου δίκη ν ασεβείας γραψα|λένου. à un autre poème d'Aristote en l'honneur d'Hermias. Ce n'est point à ce titre qu'ils sont cités ici . . il n'entend point parler de Delphes. du reste.. p. nous vaut le texte . Nous attendons ici I© texte de l'hymne dont Diogène avait déjà parlé en racontant le séjour chez Hermias. après (i) C'est ce qu'a très justement souligné Wilamowitz dans sa Ad Ernestum Maassium ep'stuia. Diogène introduit donc la variante avec sa source au beau milieu de son exposé buf le procès : . après le paragraphe consacré à la mort du philosophe. ως φησί Φαβωρΐνος εν Παντοδαπ^ ιστορία. l'épigramme qui ornait la statue d'Hermias à Delphes. ». Favorinue mentionnait Démo- phile (i)... Les emprunts de Diogene à Favorinus no sont sûrement pas bien importants. selon un procédé qui nous est maintenant familier.

dé maladie. le premier fonds sur lequel sont bâtis les paragraphes 139 (début) de Diogène contenait la même distinction . C'est sans doute ce qu'on trouvait aussi dans la source ultime de Diogène. séparent bien les deux événements. montrant qu'il admet ce point de la version d'Eumélos. la source la plus lointaine du βίος énumérait les faits saillants de la vie du philosophe dans leur ordre chronologique. il la réfute au moyen de celle d'Apollodore : Aristote a vécu 63 ans . Nos deux témoins. Mais un certain Eumélos. l'auteur de ce premier fonds ne devait établir un rapport de cause à effet entre les deux événements : Aristote mourait de maladie. Diogène croit à la mort par la ciguë . sans doute.àxovm. s'il n'avait jamais été accusé d'impiété. qu'il était mort à l'âge de 70 ans. tandis que Denys semble faire remonter la mort à l'année de la fuite (323/2). il joue sur άκόν. Diogène Laërce et Denys d'Halicarnasse. Apollodore présentait la fuite à Chalcis et la mort d'Aristote comme deux rubriques distinctes dans la biographie du philosophe. il est venu chez Platon à 17 ans. Pas plus qu'Apollodore. Tout comme Apollodore. . LA « VIE d'aRISTOÎE » CHEZ DIOGÈNE LAëHCE 143 le récit dé la fuite à Chalcis. la fuite (ύπεξήλθεν εις Χαλκίδα) et la mort (ενταύθα. s'il faut en croire Apollodore. tout comme il l'aurait fait. plane aliunde ignotus.. Car ce dernier n'admet pas la chronologie d'Eumélos . dans sa propre épigramme. Il est clair que Diogène n'aurait pas corrompu une bonne source en y mêlant des indications qu'il tenait pour dénuées de valeur. Soit dit en passant. Il l'a consciencieusement transcrite.τον . Aristote mourut à Chalcis. '■'■''' Le donné primitif se trouve pourtant masqué. A n'en pas douter. mais ils paraissent en avoir confondu les dates : Diogène date la fuite de l'année de la mort (322/1). έτελεύτησεν) y faisaient l'objet de deux rubriques particulières. que la version d'Eumélos. dans ce dernier chapitre. qu'il était devenu le disciple de Platon à 3o ans. Il n'a eu sous les yeux. par des indications tirées d'ailleurs. Ges indications devaient déjà s'être substituées au donné primitif dans le modèle de Diogène. avant d'en relever les erreurs. rapportait qu' Aristote avait bu la ciguë.. dans son modèle.

c'est à la fin du paragraphe 5. On pourrait croire qu'ayant donné le texte de l'hymne. l'allure apparemment désordonnée des digressions dont s'adorne le texte de Diogène. la fuite et le suicide libérateur. variante : de Démophile) et celle du délit reproché au philosophe (avec un excursus : le texte de l'épigramme qui se trouvait sur le statue delphique d'Hermias). avant le récit de la mort. Mais. nous nous trouvons maintenant en présence de quelques ajoutés qui ont trait au procès tout autant qu'à la mort du philosophe. qui croit à la mort par empoisonnement. Diogène nous livre ensuite un quatrain qu'il a composé : Un jour Eurymédon. Nous avons vu ensuite comment un point de la version d'Eumélos sur la mort du philosophe a provoqué une réfutation succincte de la part de Diogène. pièoe à conviction présentée par l'accusateur lors du procès d'impiété. l'un sur le procès et la fuite à Chalcis. il échappa sans peine. présentés comme les suites de l'accusation lancée contre Aristote. dans la version d'Eumélos. Voulut d'impiété accuser Aristote. buvant la ciguë. Poursuivant notre lecture. Non sans un brin de fierté. considère celle-ci comme le moyen élégant par lequel Aristote parvint à se soustraire aux accusations qui pesaient sur lui. Ainsi. Si les deux rubriques fuite et mort n'avaient pas été fondues en une seule. Au lieu des deux paragraphes originels. je crois. que ce document aurait dû nous être présenté.144 frAUL MORAUX II en va tout autrement dans la version d'Eumélos. qu'un paragraphe unique sur le procès. prêtre de Déméter. Nous avons vu plus haut comment sur la phrase rapportant la fuite à Chalcis se greffent la mention du motif de cette fuite (l'accusation d'Eurymédon . Deux événements primitivement indépendants l'un de l'autre se trouvaient donc. l'autre sur la mort. Diogène. on ne trouvait plus. C'est tout d'abord le texte de l'Hymne à Hermias. Diogène . dans cette version nouvelle. où le philosophe boit la ciguë : la mort devient la conséquence directe du procès. Il put donc triompher d'injustes calomnies. C'est ce qui explique.

Diogène — ou sa (1) L'hexamètre est fait de deux hémistiches empruntés à Homère (η. Comme dans la citation précédente. 19 ss. Rose . et qu'il dit qu'en Athènes : « La poire mûrit sur la poire. (3). fût-ce artificiellement. 19SS. (3) Diogène. ». In Cat. Elias. Rose . JO .. aux excursus qui le précèdent (quatrain de Diogène. n· 319-3*». l4 ss. Vita Marc. Vita Pseudammon. V. la figue sur la figue (i) ». que cet homme fut le premier à composer un plaidoyer à son propre sujet. justement à l'Occasion de ce procès-là. IJCVIII.. poires. i43. etc. sur une doctrine qu'il a été le premier à formuler. tiré de l'Histoire Variée de Favorinus. une bonne partie des emprunts de Diogène à l'Histoire Variée ont trait à une question fort spéciale : ils nous renseignent sur un genre littéraire que le personnage a été le premier des philosophes à illustrer. 26-3 1 Busse). en buvant la ciguë. Du reste. 123. (2) Voir la lettre de Wilamowitz (citée plus haut). à ce qu'il a dit plus haut de la mort du philosophe : « C'est là qu'il mourut.. etc. kh/o. 120- ia ι) : dans les jardins d'Alkinoos. pommes. grappes et figues mûrissent sur leurs fécondes branches.ëRCE 145 n'a pu se résoudre à quitter le terrain de la poésie sans nous faire connaître un échantillon de son propre talent. par delà l'Hymne à Hermias. les arbres n'arrêtent pas de porter . mentionné à la fin du paragraphe 5. citant Favorinus. dont l'origine était certainement tout autre. Le dernier ajouté. se rapporte exclusivement au procès d'Aristote.. hiver comme été. nous ne trouvons ici qu'un détail complémentaire. Nous lui avons donc dédié les vers que voici. 36 . La manière dont il introduit sa petite pièce montre qu'il a plutôt voulu raccrocher celle-ci. LA « VIE d'aRISTOÏE Κ CHEZ DIOGÈNE LA. Aristote faisait allusion à l'activité ininterrompue des sycophantes athéniens. texte de l'hymne) ou aux détails relatifs à la mort d'Aristote : Favorinus rapporte. H. Rien ne le rattache. dans son Histoire Variée. signale plusieurs innovations dues à Socrate REG. 435. · II est clair que cet emprunt à Favorinus ne peut fournir un argument à ceux qui voudraient rapporter au polygraphe d'Arles l'essentiel du βίος de Diogène (2). III. p. prooem. sur une habitude qu'il a été le premier à contracter. En jouant sur le mot σϋκον. comme le notent les biographes qui nous content l'anecdote (Élien... une indication prise à Favorinus pour gonfler le donné primitif.

Alcméon (VIII. 24 . en effet. 20). le fonds primitif est. 14 . une troisième. a3).) estime que les innovations étaient énumérées au huitième livre de la Παντ<)δαπή Ιστορία. Dans la première biographie. 48). ). 12. à ce livre que renvoie Diogène là où il cite sa source avec précision (III. C'est. au début die cette étude. Une synopse des documents en fera voir l'étroite parenté (pour ne pas encombrer le tableau. Apollodore et le premier fonds de Diogène L'extrait de Favorinus clôture le premier curriculum vitae d'Aris- tote. un die l'ouvrage de Favorinus où étaient énumérées ces innovations . a4-25). 3146 source — a donc exploité. Nous avons souligné. comment une remarque en a déclenché une autre. il a réparti oelles-ci entre les cUfféMontes biographies. comment un rédacteur maladroit a fondu en un texte suivi et presque inintelligible toutes ces notes enchevêtrées. Nous pouvons donc revenir à la charpente originelle de la biographie. 83) et Parménide (IX. aju contraire. 47)· . VIII. en insérant chacune d'elles dans le chapitre consacré au philosophe en cause (i). sans transition particulière (φησί δ' 'Απολλόδωρος κτλ. nous n'avons pas reproduit les indications chronologiques d'Apollodore). et celle-ci. 47. Nous la découvrirons en éliminant du texte actuel tout ce qui est apparu comme digression ou ajouté postérieur. Platon (III. où sont données les dates des principaux événements qui ont marqué la vie du philosophe. Nous avons tenté de montrer comment l'auteur a sauté d'un thème au suivant. (1) Wilamowitz (l> /. Pythagore (VIII. (II. enfoui sous un monceau d'ex- cursus plus ou moins arbitrairement soudés les uns aux autres. que Diogène n'a guère altéré ce second document : le résumé qu'il nous en livre est fidèle et n'a point été amplifié par des digressions d'origine étrangère. d'un second curriculum vitae. tiré d' Apollodore. Il est suivi. dans ces différents cas.

.προς Έρμίίαν άπαραι.ελθεΐν προς Φίλιππον. .... 'Αθήνας.. Έρμειαν τον εύνούχον... έπειτα μέντοι άπηρε προς Πλάτωνος δε τελευτήσαντος αποθανόντος δέ Πλάτωνος.. ετη.... μητρός δε Φαιστίδος. άπήρεν εις τρία προς τοις δέκα.. και . Σταγειρίτης. 9-10) (chez Denye d'Halic. V... . άπηρε προς Έρμείαν τον Άταρνέως δντα τύραννον.. . Πλάτωνος ετι περιόντος. νόσω . άπέστη δέ διατρϊψαι παρ' αύτω εικοσιν πατρός.... χρόνον οκταετή πάρ' αύτω.. εις 'Αθήνας ήλθε. καΐ διέτριψε λαβείν [χαθητήν παρ' αυτού γεγονότος. (date de la naissance) (date de la naissance) ούτος γνησιώτατος των Πλά παραβαλείν δε Πλάτωνι και ..τελευτήσαντος του τωνος μαθητών.... 6 δ' ουν 'Αριστοτέλης έλθών εις τας 'Αθήνας και τρία προς τοις δέκα της σχολής άφηγησάμενος ετη υπεξήλθεν εις Χαλκίδα.. Άταρνέως τύραννον..άφικόμενος εις 'Αθήνας αύτφ συγγβγενησ^αΐ Άλε^ εν Λυκείφ σχολάσαι ετη «σχόλαζεν εν Αυκείφ χρόνον ξάνδρω. LA « VIE d'aRISTOTË » CHEZ D1OGÈNE LAëKCE DIOGÈNE LAÊRGE APOLLODORE APOLLODORE (premier fonds) (dies D. .. .. Ιτελεύτησεν κ«ι χελευτησαι.... ... καθηγούμενος 'Αλεξάνδρου επειδή ot çSqxet επιεικώς εις 'Αθήνας άφικέσθαι. £κε"ίθεν δέ προς Φίλιππον Μακεδονία παρά Φιλίππω και 'Αλεξάνδρου f ιε' ετη ήδη φχετο... . Ad Arryn.L. (rubrique absente) και εις Μυτιλήνην έλθειν... I> ▼) 'Αριστοτέλης Νικόμαχου καΐ (rien sur les parents) 'Αριστοτέλης υίος μεν . νόσφ. χρόνον εικοσαετή διέτριψε συν αύτφ..άπάρας εις Χαλκίδα ενταύθα δή. τον υίον Άλέξανδρον.ην Φαιστίδος... και συσταθείς Πλάτωνι. εις Μυτιλήνην εχωρίσθη έντεΰθέν τε γενέσθαι h .. Νικόμαχου. εΐτ' άπαραι εις Χαλκίδα.... ετών δώδεκα...

aux recherches d'Ariston sur l'histoire de son école (5). i36i ss. p. Jacoby. 2.. son travail personnel a plutôt consisté à fixer dans le temps les différentes étapes de la carrière du philosophe. 4i> n. v. . v. On ne peut guère admettre. dont il aurait laissé tomber à peu près toutes les indications chronologiques? Ou bien ApoUodore et le premier fonds de Diogène dérivent-ils l'un et l'autre d'une source plus ancienne? On n'oserait l'affirmer d'une manière trop catégorique. p. L. La comparaison des deux documents ne permet malheureusement pas d'établir leur degré de parenté. début).ies du cinquième livre de Diogène quelques documents empruntés aux travaux du Péripatos : c'est le cas des testaments (2) et sans doute aussi des listes d'ouvrages d'Aristote et de Straton (3). que les quatre premières biographies remontent. dans RE (Suppl. col. (5) Leo. S'il en est bien ainsi. on découvre dans les \. le quatrième successeur d'Aristote. O. c'est le (1) F. K. le prédécesseur immédiat d'Ariston à la tête du Lycée. Gr. en dernière analyse. 64 : και α'ίδε μέν stfftv αϊ φερόμενα» «ύτοΰ διαθηκ*ι. VII) s. col. comme on sait.-rôm. 4e éd. p. dans RE (Suppl. Gr.. Biographie. stark benutzt. cfr Zeller. chronographen historiker biographen. 148 PAUL MORAUX On ne peut nier qu'ApoUodore et la source ultime de Diogène aient adopté le même plan pour narrer la vie mouvementée du Stagirite. (4) D. Gomme le cinquième livre de Diogène ne descend pas plus bas que Lycon. on a supposé. dass er seine autoren mit umsicht wâhlte. Péripatos. (3) Telle est la conclusion à laquelle m'a conduit l'étude de ces documents (P. καθά «ου συνήγαγβ και Άρίττων ό Κεϊος (è οικείος codd. VII) s. Theophrastos. Louvain. 53 . qu'Apollodore ait construit de toutes pièces la biographie de son héros : ses devanciers — les biographes péripatéticiens en particulier — lui fournissaient des matériaux de choix qu'il n'a sûrement pas négligés (1). 54 : « Weiter hat Apollodor natiir- lich seine vorgënger. Brink. avec bien des chances d'être dans le vrai.5i). erhelll noch jetzt aus den f ragmen ten. a-t-il puisé son information directement chez ApoUodore.. 1-9. 91a ss.. Regenbogen. Les listes anciennes des ouvrages d'Aristote. II. Diogène signale que le texte du testament de Straton lui vient d'Ariston de Géos (4)> lequel était. a. ». V. io. Apollodors Chronik. — Sur la correction palmaire δ ΚεΤος. Philos. (2) Ο.. en effet. encore que cette seconde hypothèse paraisse la plus probable. D'un ajitre côté. Moraux. L'auteur auquel remonte Diogène. V.

d'autre transition qu'un δέ vide de sens entre son anecdote et le résumé d'Apollodore qui la précède. on croirait volontiers qu'il a trouvé ces notes après la rédaction du βίος et qu'il les a tout bonnement placées à la suite du texte existant. L. LA « VIE d'aRISTOTE » CHEZ DIOGÈNE LAëRCE 449 βίος 'Αριστοτέλους d'Ariston. . en les Insérant dans les rubriques auxquelles elles se rapportent. le texte de Diogène renferme quelques nouveaux détails sur la vie d'Aristote. L. il (Aristote) s'emporta contre le roi . peut-être déjà remanié. Il ne ménage. (1) Apollodore connaît bien les travaux d'Ariston le Péripatéticien : il y puise certains de ses renseignements relatifs à Epicure. 55 et 356. L'historiette avait sa place toute désignée dans le paragraphe consacré à Callisthène et au récit de ses différends· avec Alexandre (V. X. dont se sont inspirés Apollodore (i) et l'auteur du premier fonds de Diogène. pourtant. 14 et les indications de Jacqbt. Le compilateur n'a pas cherché à rattacher au premier récit ce complément d'information . 5. C'est également par un δέ passe-partout qu'il introduit le second ajouté. avantagea Anaximène et fit parvenir des cadeaux à Xénocraie. Il ne lui aurait pas été difficile. il aurait figuré dans le récit du séjour chez Hermias ou dans celui du séjour chez Philippe. Théocrite se moquait. Nouveaux ajoutés Après le second curriculum vitae. il ne signale pas qu'il revient sur un thème déjà traité. n. Le premier renseignement est donné sans indication de source: On rapporte qu'à la suite de la conspiration de Callisthène contre Alexandre. dans l'intention de lui faire déplaisir. Cfr D.. ni avec l'extrait d'Apollodore. en effet. Le rédacteur ne semble pas y avoir pris garde . si le compilateur n'avait pas laissé ses matériaux à l'état brut. tiré d'Apollodore (V. Celui-ci n'a rien. du reste. 9-10). pp. de les incorporer à la biographie primitive. Il s'agit d'un quatrain de Théocrite de Chios (Diogène n'en donne que les deux premiers vers) . celui-ci. o. à voir avec le différend d'Alexandre et d'Aristote. 5).

dans le second. la liste de ses ouvrages. Ev. préféra vivre sur les bouches du Borboros plutôt qu'à l'Académie (i). . Didyme. tout aussi peu flatteur.1a seconde t Théocrite s'est moqué d'Aristote dans une épigramme . jeu de mots d'un goût douteux. dit Plutarque : la table dé Philippe était mieux garnie que celle de Platon. L l. De Demosth. à cause d'une gourmandise incoercible. Mais le distique me paraît renfermer. Aucune de ces parties n'est composée de la même manière que. Cfr Wachsmuth. Sillographi. Ψ. encore qu'il soit fait de morceaux d'âges divers. un. 46-49- Alors que. la biographie . Théocrite donnait comnle raison de cette préférence Γ άνομος ou ακρατής γάστρας φύσις d'Aristote. Il est clair que la première citation a entraîné . le double sens du mot Borboros pour décocher une nouvelle flèche au philosophe. (1) Le second distique est transmis par Aristoclès chez Eus. La gloutonnerie d'Aristote l'a conduit à vivre βορβο'ρου έν προχοαΐς. (a) Parodie d'Homère. et « sur les tranchées aux immondices ». l'exposé doctrinal lui-même paraît plus cohérent et mieux ordonné. XV. C'est donc le séjour de Pella qu'Aristote a préféré à celui do l'Académie. De exilio. de cet Aristote (second distique) qui.. i54- (3) J'ai consacré à cette question une étude intitulée : L'exposé de la .). il utilise. dans lô premier distique.. Plutarque.. que le compilateur a parfois fâcheusement déformés (3). 2 .. mais il n'est pas le seul poète qui s'en soit pris à notre philosophe : Timon lui à également décoché un vers des plus mordants (άλλα καΐ Τίμων αύΐοΰ κατήψατο κτλ. le poète joue sur tombeau vide. dont Plutarque évite pudiquement de parler. sur les « misérables divagations d'Aristote » (2). nous apprend que le Borboros est un fleuve qui coule près de Peïla. en outre. 6.150 PAUL MORAUX d'Aristote/ l'homme au cerveau vide qui bâtit un tombeau vide à l'eunuque Hermias. une liste de ses homonymes. pour finir. On ne voit pourtant pas ce qu'une rubrique attaques des poètes contre Aristote vient faire en cet endroit de la biographie. P. Plut. A cette irrespectueuse épigramme succède un vers de Timon.. cerveau vide. c'est-à-dire à la fois « à l'embouchure du Borboros ». à Pella. un choix de ses mieiUeures paroles. Comm. 60S C . Diogène donnera successivement le texte du testament d'Aristote. Avec ces trois ajoutés se termine la partie proprement biographique du chapitre consacré au Stagirite : καΐ ούτος kuèv ό jàioç του φιλοτό:ρου. 701. Allusion à la gourmandise du philosophe. un résumé de sa doctrine et. p.

l'avoir personnel d' Aristote allait donc normalement à ses héritiers légitimes. Le même Lycon racontait.Ù. 1949. qu'Aristote prenait des philosophie d'Aristote chez Diogène Laërce (V. qui lui-même en déclenchera d'autres. Après avoir transcrit ce précieux document. Louis dans la R. n-i6)> Aristote réglait avec un soin touchant le sort de ses enfants. notre biographe nous livre un renseignement complémentaire sur la succession d'Aristote : ' * On rapporte qu'on a trouvé un grand nombre de pièces de vaisselle lui ayant appartenu. LXII. . C'est Lycon le Pythagoricien qui parlait de l'abondante vaisselle d'Aristote. L'appendice au testament Dans son testament. XL VII. dont Diogène nous a conservé le texte (V. 1949» pp. il demandait en outre que fussent exécutées des statues de quelques êtres chers. Mais il ne prenait aucune disposition spéciale touchant ses biens meubles et immeubles. -8-34). 477-478). dans la Revue Philo' sophique de Louvain. A l'exception d'une maison destinée à HerpyUis et de quelques dotations en argent faites à la même Herpyllis et à des esclaves affranchis. sans doute pour prouver la gourmandise du personnage. Là « VIE d'aRISTOTE » CHEZ D1OGÈNE LAëRCE 451 II y a pourtant un passage dans la partie non biographique qui rappelle les procédés de composition rencontrée plus haut : je veux parler des quelques lignes qui séparent le texte du testament de celui des apophthegmes. de sa compagne HerpyUis et de ses serviteurs .E. 5-43 (Compte rendu par P. L'association d'idées qui nous vaut l'excursus est facile à découvrir : l'auteur passe du testament à* l'abondante vaisselle qu'Aristote a laissée à ses héritiers. en outre.. Nous découvrons ainsi une « réaction en chaîne » tout à fait pareille à celles que nous avons analysées plus haut. Cet ajouté amène à son tour un nouveau renseignement. pp.

je me refuse. il le fait consciemment. ΐο. Voilà donc notre philosophe devenu l'inventeur du chauffe- estomac ! Diogène ne s'arrête évidemment pas en si bon chemin : il rapporte à son héros une autre invention tout aussi sensationnelle. rapporte ces deux calomnies répandues par Lycon. né voulant pas priver son lecteur d'un détail aussi savoureux. . 3i4 de cet article n'est pas définitive. Grâce à lui. Il va sans dire que la conjecture proposée à la p. (2) A propos de ce dernier point.δΐ. 1928. celle du réveille-matin (2). cité par Eusèbe. après sa mort. 81 : Marcel Schwob se réjouit de ce que Diogène Laërce « nous apprend qu'Aristote portait sur l'estomac une bourse de cuir pleine d'huile chaude et qu'on trouva dans sa maison. Et le mystère en est aussi agréable que le mystère auquel Boswell nous abandonne sur l'usage que faisait Johnson des pelures sèches d'oranges qu'il avait coutume de conserver dans ses poches ». qu'on me permette de citer quelques lignes de Marcel Schwob. A propos de la vaisselle d'Aristote et de son chauffe-estomac. quantité de vases de terre.152 PAUL MORAUX bains d'huile chaude. Diogène a donc transcrit les deux notices dérivées de Lycon. 3o5- 3i5). troisième ligne. Diogène se fait l'écho d'un autre bruit relatif au même ordre d'idées : Certains auteurs disent qu'il se plaçait sur l'estomac une petite outre d'huile chaude. nous découvrons comment Diogène est passé du premier post-scriptum au second : la source où il a puisé le renseignement sur la vaisselle mentionnait aussi le commerce d'huile . pour les réfuter en même temps que d'autres histoires malveillantes qui circulaient sur le compte d'Aristote (i). le texte de Diogène est· corrompu. d'après André Maurois. Paris. î. XIX. pp. dans Les Etudes Classiques. Moraux. Aspects de la biographie. l. Je ne partage pas cette admiration du détail biographique inexplicable ou absurde . Le réveilh-matin d'Aristote. A la p. J'ai tenté d'en restituer le sens originel dans un petit article où l'on trouvera Une étude plus détaillée de l'appendice au testament d'Aristote (P. en outre. Le Péripatéticien Aristoclès. supprimer « facilement explicable par l'iotacisme ». du même article. Nous ne saurons jamais ce qu'Aristote faisait de toutes ces poteries. p. puis qu'il mettait en vente l'huile ainsi utilisée. 3i5.. J'attends qu'on trouve mieux. (1) Euseb. Mais ce n'est pas tout : la seconde notice l'ayant amené au thème peu banal Aristote et l'huile chaude. Quand un biographe moderne parle des manies de son héros. bien que la première seule ait été en rapport avec le thème traité (succession d'Aristote). à comparer Diogène à Boswell.

Il souligne avec complaisance ses relations avec les rois et les puissants de ce monde. nous pouvons résumer nos observations et chercher à en tirer quelques conclusions. testament. Pour tirer au clair l'énigme de Diogène Laërce. à laquelle était consacrée notre étude. tout simplement parce qu'il utilise mal les matériaux dont il dispose. il est bien probable que la' vaisselle abondante trouvée chez Aristote après sa mort servait tout simplement aux syssities mensuelles de l'école. par des associations d'idées . Il brosse un portrait intellectuel et physique de son héros. Il nous rapporte des Diogène écrit quantité de bêtises sans s'en rendre compte. . d'une manière souvent fort artificielle. il faudrait soumettre chacune des Biographies à un examen analogue. Parvenu au terme de notre analyse. La première de ces rubriques. Pourtant. à laquelle divers détails ont été accrochés. A l'intérieur des parties proprement biographiques. Soit dit en passant. LA « VIE d'aBISTOTE » CHEZ D1OGÈNE LAëRCB 153 La « Vie d'Aristote » et les autres biographies du cinquième livre. apophthegmes. ses parents. est faite d'une « charpente » d'événements groupés par ordre chronologique. La plupart des rubriques rencontrées dans la Vie d'Aristote se retrouvent dans les cinq autres Vies : elles répondent à un schéma type. nous y avons découvert. La Vie d'Aristote comprend plusieurs rubriques que l'auteur a juxtaposées sans ménager de transitions : biographie proprement dite. mais elle nous permet d'élargir nos conclusions sur la genèse du livre de Diogène. la comparaison de la Vie d'Aristote avec les autres biographies du cinquième livre se révèle déjà pleine d'intérêt : non seulement elle jette une lumière inattendue sur certains points obscurs de la Vie d'Aristote. un bon résumé d'Apollodore (les dates de la vie d'Aristote) et une série d'ajoutés dont nous n'avons pu expliquer la localisation. les maîtres qui l'ont formé. nous découvrons à nouveau quantité de rubriques communes : l'auteur nous présente l'« état civil » du personnage. homonymes. liste des ouvrages (à laquelle est rattaché l'exposé de la doctrine). en outre.

Il n'omet pas. BIOGRAPHIE Etat civil (nom.154 PAUL MORAUX anecdotes sur sa mort. les séjours chez Hermiae et chez Philippe auraient pu être groupés sous un chef unique (relations avec les . Ainsi. patrie) X X X Parents Maîtres X Portrait intellectuel X X Portrait physique (vêtement. Il n'est plus nécessaire d'y revenir. père. Notons simplement que d'après le plan type esquissé ci-dessus. entre trois méthodes die composition : i. Succession chronologique des événements. apparence corporelle) X Relations avec les rois X ? Mort X Epigramme de Diogène X Indications chronologiques LISTE DES OUVRAGES X TESTAMENT APOPHTHEGMES X HOMONYMES X X Ges rubriques ne se succèdent pas dans un ordre immuable. enfin. Le tableau qui suit montre quelles rubriques renferme chacune des Vies. de nous donner certaines indications sur les dates les plus marquantes de sa vie. l'ordonnance actuelle de la partie proprement biographique de la Vie d'Aristote apparaît comme un compromis entre trois tendances.

il se contente de livrer. Après quoi. fait-il suite. ils sont racontés après le premier séjour à Athènes. en fait. Diogène nous la livre en bloc. Après l'extrait des χρονικά viennent trois renseignements dont nous n'avons pu justifier la présence et que. qui les a précédés. en dépit d'ajoutés entraînés par des associations d'idées. sa mise et son apparence corporelle. testament. à la place où aurait dû venir la rubrique . Adoption du schéma type. Le début de la biographie nous renseigne successivement sur l'état civil d'Aristote. sans prévenir. sous l'influence du schéma type qu'a été modifiée cette ordonnance primitive. ces renseignements se réduisent à une ou deux dates. sans tentée de l'insérer dans son premier récit. l'origine d'Aristote. Sans doute faut-il y voir l'origine de certaines anomalies décelées dans la partie proprement biographique. apophthégmes. nous attendons. tiré d'Apollodore. L'influence du schéma type rend raison d'autres singularités. son maître. qui les a suivis. C'est. le récit reprend son cours normal avec l'histoire de la brouille avec Platon . faute de mieux. D'après le schéma chronologique d'Apollodore. ses parents. Dans les autres biographies. le séjour chez Platon.. 2. p. comme premier point de la biographie. Diogène se dispense de répéter ce qu'il a dit dans son premier récit . LA « VIE d'aRISTOTE » CHEZ D1OGÈNE LACRCE 155 rois) . et comme second point.)· Nous en apercevons maintenant la raison d'être : le premier — brouille d'Alexandre et d'Aristote — et le second — épigramme caustique de Théocrite de Chios sur l'amitié d'Hermias et d'Aristote et sur le séjour en Macédoine — répondent à une rubrique quasi obligatoire dans toute biographie de philosophe : relations avec les rois. nous avons appelés « nouveaux ajoutés » (cfr supra. L'information sur Aristote étant plus abondante. Pourquoi tin second curriculum vitae. la succession chronologique des événements y est encore reconnaissable. et avant le second. i^Q. sans transition. homonymes. au premier récit biographique? Tout simplement parce que l'auteur se devait de nous fournir des précisions d'ordre chronologique sur son personnage. je crois. deux nouveaux renseignements. Elle explique la juxtaposition pure et simple des rubriques livres.

Nicomaque. . Sur ce topique relations avec les rois. Diogène greffe (association par contrariété) la mention de la haine féroce de Lyoon pour un de ses collègues péripatéticiens. ni les anomalies qu'a entraînées son emploi souvent abusif. Aristote reprit au sujet de Théophraste un « bon mot » de Platon. L'auteur du cinquième livre semble y recourir très volontiers. qu'il avait porté jusque-là. 2. 3. Diogène parle des éminentes relations de son héros : nul n'avait autant que lui l'amitié d'Eumène et d'Attale. dont il était pourtant le professeur. Plus curieuse encore est la série d'excursus greffée sur les apophthegmes. Même Antiochus a voulu l'attirer chez lui. sans avoir presque jamais pris de repos. Associations d'idées. 4o-4i). La mention d'Aristote déclenche une cascade d'excursims : i. Il mourut donc âgé. Là-dessus. puis il rapporte les dernières paroles du philosophe. mais en vain. avec l'aide de Démétrius de Phalère. Dio- gène rapporte comment Aristote rendit hommage à son éloquent disciple en lui donnant le nom de Théophraste (Qui-parle-comme- un-dieu) au lieu de celui de Tyrtame. 38-39). parle de ses funérailles et de sa vieillesse (V. Diogène nous donne le quatrain qu'il a tourné sur la mort de Théophraste. Un passage de la Vie de Lycon mérite également d'être relevé. 456 PAUL MORAUX entière.. V. Théophraste aimait répéter que « perdre son temps. Il n'est plus nécessaire de souligner l'importance de ce procédé de composition. grâce à Dieu. le fil conducteur n'est pas souvent difficile à découvrir. Théophraste fut amoureux du fils d'Aristote. Après la mort d'Aristote. un « jardin » qui fut sa propriété propre (D. Théophraste acquit. poursuit Diogène. Mais. Traitant des talents et de la célébrité de son héros. et l'ordonnance normale des biographies s'en trouve modifiée de façon parfois étonnante. 3.. De même Timon. c'est perdre de l'argent » (πολυτελές άνάλαψα εΐνοα τον 'χρόνον). Le troisième ajouté — le vers de Timon — se rattache au second par une limpide association d'idées : Théocrite s'est moqué d'Aristote. La Vie de Théophrasle renferme de curieuses applications du procédé.L.

Autre histoire de Démétrius Magnés : Héraclide élevait un serpent . sur la mort d'Héraclide (V. La mention de la mort entraîne l'épigramme de Diogène. aux défauts. Héra- clidie. après quoi on revient au thème relations avec les rois (V. Héraclide libéra sa patrie du tyran qui l'opprimait. mais tomba en disgrâce auprès de son successeur . il vécut donc dans la misère jusqu'au jour où il mourut. tout aussi romanesque que la première. Cela nous vaut l'inévitable épigramme de Diogène. mordu par un serpent pendant qu'il dormait. cette similitude s'étend aux maladresses. en divers endroits de la Vie d'Aristote et des autres biographies. était parti chez les dieux . Si nous parcourons les deux dernières Vies du cinquième livre. 78-79). Ge confer supra semble prouver que Diogène lui-même doit être tenu pour responsable des enchaînements par associations d'idées. 89^91). La « vie d'aristote » Chez diogêne LAëRCE Hiéronymus : Lycon seul refusait de se rendre à une fête annuelle organisée par Hiéronymus — fête dont nous avons parlé plus haut. note Diogène. il avait demandé qu'à sa mort le serpent fût substitué à son cadavre. on est ainsi passé au thème de la mort. elles présentent donc avec cette dernière d'indéniables analogies formelles. Comme nous Talions voir. Nous y reviendrons. puis une autre histoire. d'après ce que dit Démétrius Magnés. aux erreurs flagrantes qui déparent ces divers documents. mais le serpent ne se prêta pas à cette mystification. Démétrius vint se réfugier chez Ptolémée Soter. dans la Vie d'Arcésilas. Conve- . Diogène Laërce et la rédaction des biographies Nous aimerions savoir dans quelle mesure le personnage qui se donne pour l'auteur des Biographies (1) doit être tenu pour res- (1) C'est-à-dire le personnage qui. On y reconnaît sans peine la singulière façon de « composer » qui nous a paru caractéristique de la biographie d'Aristote. nous y trouvons de nouvelles applications du procédé. pour qu'on crût que lui. Bien que ces différentes Vies soient moins riches de contenu que celle d'Aristote. Du thème relations avec les rois. parle de lui-même à la première personne.

Malheureusement. à première vue. Il semble. . par exemple — leur aurait donné la forme d'un texte continu. pour une bonne part. on n'y trouve aucune lumière nouvelle sur les problèmes qui nous intéressent. L. Si l'on voulait tenter de remonter jusqu'à ces intermédiaires. Columbia Univ. Pr. Son information lui vient. de recueils. (i) Les principaux travaux relatifs à Diogène Laërce ont été résumés par Richard Hope. de manuels et d'autres compilations où il a puisé plus ou moins à propos et dont il a arrangé les extraits avec plus ou moins d'adresse. 158 pàul moraux poneable de l'état parfois bien décevant dans lequel celles-ci noua sont parvenues. oa la plupart des matériaux mis en œuvre dans les Biographies. cet ouvrage n'offre guère qu'un médiocre status quaestionis . ig3o. que l'on puisse hésiter entre trois types d'hypothèses : 1. aujourd'hui. 3. il faudrait comparer le texte de Diogène avec les traditions parallèles : travail de longue haleine. Un rédacteur incompétent aurait mis ces renseignements bout à bout. trouvant la plupart de ces matériaux rassemblés par un prédécesseur — sous la forme. L'étude internie de la composition des biographies ne laisse pourtant pas d'être révélatrice. nous pourrons sans doute apercevoir quel rôle a joué Diogène dans la genèse des curieuses compilations qui nous sont parvenues sous son nom (i). Plue personne ne songe. d'une manière parfois fort maladroite.. d'un manuscrit gonflé de scholies et d'additions marginales. que nous n'avons pas l'intention d'entreprendre ici. The Book of D.. Diogène serait le compilateur sans beaucoup d'initiative ni d'originalité qui aurait trouvé sous leur forme actuelle les parties nons de l'appeler Diogène Laërce. 2. à considérer Diogène comme un érudit qui travaillait directement sur les sources qu'il cite. Grâce à elle. Diogène serait le compilateur plus ou moins érudit qui aurait tiré de sources diverses les matériaux. New-York. Diogène serait le rédacteur assez stupide qui. its Spirit and its Method. puisque tel est le nom sous lequel nous sont parvenus les dix livres des Vies. doctrines et apophthegmes des philosophes célèbres.

On sait que Diogène a composé de courtes épigrammes où il rappelle les circonstances extraordinaires qui ont marqué la mort des philosophes dont il a écrit la biographie. que les membres d'une séries d'excursus ont été entremêlés d'une façon si malheureuse qu'il en est résulté un texte (i) L'épigramme sur Aristote fait exception : elle est séparée du récit de la mort par le texte de l'Hymne à Hermitu. Il nous reste à déterminer si Diogène a lui-même recouru aux associations comme principe d'ordre. Comme nous l'avons vu. ordonné d'après des principes qui nous paraissent étranges aujourd'hui. ou bien qu'il a lui-même ordonné oes matériaux en appliquant ce singulier procédé de composition. . mais que l'auteur devait tenir pour parfaitement normaux et légitimée. où il ■ost amené par une association d'idées. S'il en est ainsi. D'un autre côté. nous tenons la preuve que les associations ne sont pas l'œuvre d'un rédacteur postérieur à Diogène. Nous avons signalé au passage quelques anomalies et quelques bévues rencontrées dans la Vie d'Arislote. de-ci. La manière dont sont introduits et situés les morceaux dus à Diogène lui-même mérite d'être prise en considération. nous nous trouvons amenés à reconnaître que le travail de Diogène se présentait sous la forme d'un texte continu. le récit de la mort apparaît souvent en un endroit insolite. De toute façon. de-là. quelques additions sans grande importance. Nous déduirons donc de ces constatations que Diogène a trouvé les enchaînements par associations dans le modèle qu'il copie et où il insère ses épigrammes. c'est également dans un excursus amené par une association d'idées (l'inimitié de Lycon et d'Hiéronymus) que Diogène renvoie à sa biographie d'Arcésilas. Nous avons vu. ou s'il n'a fait que transcrire un modèle qui présentait déjà cette disposition. LA « VIE u'aRISTOTE » CHEZ DIOGÈNE LAëttCE 189 principales de ses biographies. Nous reviendrons sur cette particularité. Or oes petites pièces figurent d'ordinaire juste après le récit de la mort qui a fourni à l'auteur sa matière poétique (i). tout en y apportant. Il les aurait transcrites telles quelles. par exemple.

p. puis reconstruire l'état dans lequel se trouvait chaque excursus avant la formation du texte actuel . dans les trois cas que nous avons vus. Le renseignement serait bien à sa place quelques lignes plus haut. nous trouvons une remarque selon laquelle Lycon aurait été l'auditeur de Panthoidès le dialecticien (V. supra. Au beau milieu du portrait intellectuel de Théophraste se trouve une indication de Pamphilè selon laquelle Théophraste aurait été le maître du comique Ménandre. Dans les trois cas. figure une remarque que rien ne justifie en cet endroit : on dit que le médecin Ërasistrate fut également disciple de Théophraste (V. puis le suicide par lequel celui-ci se serait soustrait à d'injustes accusations. A la fin de la même biographie. D'après les habitudes de Diogène. nous avons dû retrouver par conjecture le fil conducteur de l'association. Les Biographies suivantes contiennent quelques bévues d'un autre genre : des renseignements qui seraient parfaitement à leur place en un autre endroit de la biographie figurent aujourd'hui dans un contexte avec lequel ils n'ont pas le moindre rapport. âge auquel il mourut). un ou deux documents fort mal situés.160 t»ÀUL MORAUX incohérent et stupide . nous avons émis l'hypothèse qu'un rédacteur a fondu au petit bonheur les notes qu'il avait trouvées sous la forme de scholies marginales (cf. Dans son quatrain sur Aristote. après le testament. découvert un nouveau renseignement qu'il avait noté en marge de son manuscrit. 68). cette petite pièce . 57). La Vie d'Aristote renferme. 36). elle aussi. Le copiste chargé de reproduire le texte a situé au petit bonheur ces notes marginales . La même bévue se rencontre dans la Vie de Lycon : au milieu du paragraphe consacré à la chronologie de Lycon (durée de son scolarchat. i32). pour donner à celui-ci un sens acceptable. dans la rubrique consacrée aux maîtres et aux disciples de Théophraste (V. après la rédaction du texte. Diogène rappelle le procès d'impiété qu'Eurymédon voulait intenter au philosophe. date où il prit en mains la direction de l'école. il n'a vraiment pas eu la main heureuse. l'auteur (ou un érudit travaillant après lui) avait.

LXVIII. ils sont séparés les uns des autres : entre le procès et la mort est enchâssée l'épigramme composée par Aristote pour la statue delphique d'Hermias . Sa situation n'est donc pas sans analogie avec celle des additions marginales malencontreusement passées dans le texte des biographies de Théophraste et de Lycon. avoir amené Diogène à transcrire l'épigramme d'Aristote pour Hermias. nous faire une idée assez exacte de la manière dont travaillait Diogène et expliquer par là les anomalies du texte qui nous est parvenu sous son nom. Puis il mourut d'avoir bu la ciguë. dans telle et. n· 310-323. en un endroit où rien ne justifie sa présence. on reconnaît une même REG. nous avons décelé une tendance identique : de naïves associations d'idées ont servi ou devaient servir de liens entre les matériaux isolés. les trois points procès. C'est ainsi que. au contraire. LÀ « VIE D*ARISTOTE » CHEZ DIOGÈNE LAeRCE 161 devrait se trouver à· la suite des faits auxquels elle se rapporte : « Aristote fut. Dans le texte actuel. Il est possible que Diogène ait situé le premier de ces deux documents (épigramme delphique) là où il se trouve : la mention d'Hermias à l'occasion du procès peut. Dans les deux cas. il . entre la mort et le quatrain de Diogène se trouve le texte de l'Hymne à Hermias. Mais alors. Dans les morceaux rédigés d'une manière satisfaisante et dans ceux qui dérivent de notes marginales maladroitement incorporées au texte. 1955. J'ai donc écrit à son sujet l'épigramme que voici». telle circonstance. nous pourrons. dans l'exposé de Diogène. Et deux fois il a laissé passer l'occasion de nous en donner le texte. comme un corps étranger qui sépare sans raison deux développements apparentés. et l'Hymne à Hermias d'autre part. L'hymne apparaît. accusé d'impiété. mort et épigramme devaient se succéder. pourquoi ne donnait-il pas immédiatement le texte de cet hymne qui a joué un rôle de premier plan dans le procès ? Deux fois déjà le compilateur a signalé l'existence de l'hymne. Car il n'y a pas de lien direct entre la mort d'Aristote et la chronologie erronée d'Eumélos d'une part. je crois. II le transcrit. Si nous rapprochons toutes ces observations pour les interpréter les unes à la lumière des autres. comme nous l'avons dit. finalement.

162 PAUL MORAUX méthode de travail. Il s'excuse presque d'en transcrire certaines parties assez ennuyeuses. sans doute ne fait-il qu'employer une formule assez banale pour annoncer qu'il passe à un nouveau point : sa source principale contenait probablement déjà le testament. . indépendamment l'un de l'autre. parvient-on à découvrir le fil conducteur de l'association. la méthode de travail si caractéristique dont nous avons partout décelé la présence. d'une explication. qu'il nous livre incontinent. l'analyse du texte traditionnel nous permet de sur- prendre Diogène en plein travail. des effets identiques : le personnage qui a rédigé les parties correctes est aussi celui qui a écrit les notes marginales d'où découlent les morceaux mal agencés. Lorsqu'il se vante d'avoir « trouvé » le testament d'Aristote. l'uniformité de la méthode serait également inexplicable. de part et d'autre. L'originalité de celui-ci doit plutôt être cherchée dans la manière dont il a complété l'information que lui donnait sa source principale. Au lieu de répartir avec une logique rigoureuse les matériaux qu'il a péchés un peu partout. C'est à l'une d'entre elles qu'il doit. Mais il y a dans ces associations d'idées plus qu'une simple méthode d'heuristique : il s'agit. dirions-nous volontiers. Ne concluons donc pas trop vite à la qualité de l'heuristique de Diogène. fait jaillir dans son esprit le souvenir d'une anecdote. l'ordonnance chronologique que nous avons découverte dans le premier curriculum vitae d'Aristote. il les enchaîne d'une manière assez naïve : on dirait qu'un détail. pour que deux auteurs aient pu en tirer. chez Diogène. Ce personnage ne peut être que Diogène. d'un procédé d'exposition tout à fait caractéristique. méthode trop particulière. d'un petit poème. Ainsi donc. on saisit du même coup la façon dont est organisé un exposé que l'on croyait confus et désordonné. nous ne trouverions pas. Car si Diogène avait copié un texte à associations et s'était contenté de l'adorner de notes marginales. Diogène utilise des biographies antérieures. Et si Diogène avait rédigé les parties correctes tandis qu'un érudit postérieur aurait ajouté les marginalia. notamment. souvent secondaire. comme la liste des ouvrages d'Aristote. trop anormale.

. adorné de notes marginales souvent trop concises pour être parfaitement intelligibles. il serait facile d'enchaîner les diverses théories émises à propos du nom de Péripatéticien. Son manuscrit. fut confié tel quel à un copiste qui se chargea d'en tirer parti. . pour autant. Diogène a rédigé son texte : une compilation comme tant d'autres. en outre.· Si nos conclusions méritent d'être retenues. et il évite soigneusement de citer ceux dont il tire l'essentiel de son information. par exemple. classer l'affaire et passer à l'ordre du jour? Paul Moraux. La plupart de ces ajoutés figuraient à proximité des passages auxquels une facile association d'idées permettait de les rapporter : au fecit de la fondation du Lycée. Diogène n'a sûrement pas lu tous les auteurs qu'il cite. Sans doute. Que ne pouyons-ηοτβ. à de retentissants échecs. où le meilleur côtoie le pire. n'eut-il point l'occasion de procéder lui-même à la rédaction définitive qu'il avait projetée. dresser un inventaire de sa bibliothèque ! Hélas. ses goûts et ses méthodes. Le texte actue] montre à suffisance combien le dit copiste a eu de peine à situer ou à (mettre en forme certains des ajoutés de Diogène.... Pouvons-nous. Cette première rédaction ne pouvait passer pour définitive : nul ne savait.. Avouons que ce diable d'homme a bien brouillé les pistes : toutes les enquêtes ont abouti. jusqu'ici. mieux que l'auteur. combien le hasard des lectures peut être fécond en trouvailles intéressantes.. LA « VIE d'aRISTOTK » CHEZ D1OGÈME LAëRCE 163 Après avoir rassemblé une quantité suffisante de matériaux. Maie Diogène en resta là. Aussi bien Diogène nota-t-il en marge de son texte primitif les détails nouveaux dont il comptait enrichir ses Biographies. nous avons soulevé un coin du voile qui couvre l'énigme de Diogène : nous avons appris à connaître un peu mieux l'homme.