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Revue des études byzantines

Pachymeriana nova
Albert Failler

Résumé
REB 49 1991 France p. 171-195
A. Failler, Pachymeriana nova. — Les questions traitées dans l'article concernent le texte de l'Histoire de Georges Pachymérès.
Voici les quatre points qui y sont examinés successivement : 1 . A propos du second Discours impérial de Théodore Métochitès
; 2. Les ambassadeurs de Ghazan à Constantinople et la mort de l'ilkhan ; 3. L'école Saint- Paul de l'Orphelinat; 4. Georges
Pachymérès et Proklos.

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Failler Albert. Pachymeriana nova. In: Revue des études byzantines, tome 49, 1991. pp. 171-195;

doi : 10.3406/rebyz.1991.1839

http://www.persee.fr/doc/rebyz_0766-5598_1991_num_49_1_1839

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PACHYMERIANA NOVA

Albert FAILLER

L'édition et la traduction d'une œuvre posent de nouveaux


problèmes à mesure qu'elles avancent. Il en est ainsi pour les
Relations historiques de Georges Pachymérès. Dans le présent article
sont regroupées, de manière assez artificielle d'ailleurs, certaines
questions mineures qui demandent à être élucidées1 : le premier
chapitre, qui est le plus long, propose une nouvelle analyse du second
Discours impérial de Théodore Métochitès et traite de sa première
rencontre avec Andronic II. On verra ensuite comment une simple
erreur de désinence nominale dans les manuscrits et dans la première
édition a déformé le sens d'un passage important de l'Histoire. Enfin,
les deux autres chapitres, qui sont plus brefs, enregistrent les
amendements que des travaux récents permettent d'apporter à la
partie déjà éditée de l'œuvre.
Ces quatre points seront examinés successivement sous les titres
suivants :
1. A propos du second Discours impérial de Théodore Métochitès.
2. Les ambassadeurs de Ghazan à Constantinople et la mort de
l'ilkhan.
3. L'école Saint-Paul de l'Orphelinat.
4. Georges Pachymérès et Proklos.

1. A PROPOS DU SECOND DISCOURS IMPÉRIAL DE THÉODORE


MÉTOCHITÈS

La carrière politique de Théodore Métochitès commence le jour de


sa rencontre avec Andronic II Palaiologos, en Asie Mineure et
probablement à Nicée, au cours du long séjour que l'empereur fit en

1. Le même procédé a été utilisé dans deux précédents articles, auxquels fait écho le
troisième : Pachymeriana quaedam, HEB 40, 1982, p. 187-199; Pachymeriana altéra,
REB 46, 1988, p. 67-83.

Revue des Études Byzantines 49, 1991, p. 171-195.


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Orient au début de la dernière décennie du 13e siècle. Selon la


chronologie traditionnelle, telle qu'elle a été établie par P. Poussines
dans son édition de l'Histoire de Georges Pachymérès2, Andronic II
aurait quitté Constantinople au printemps 1290. Le passage de
l'empereur à Nicée, qui se place au début du voyage en Asie Mineure,
serait à dater également du printemps 1290. Cette chronologie n'avait
pas été mise en doute jusqu'à présent, et on la trouve chez tous les
historiens qui ont traité ce sujet3. Dans un précédent article, j'ai
essayé de mieux dater le séjour d'Andronic II en Asie Mineure, ses
circonstances et ses étapes4. La confrontation des sources historiques
amène à rejeter la chronologie reçue et oblige à retarder l'événement
au moins de quelques mois et peut-être d'une année entière ; au terme
de cet examen, on pouvait conclure que l'empereur quitta
Constantinople pour l'Asie Mineure «à l'été ou, encore plus probablement, à
l'automne 1290», sans qu'on puisse «exclure absolument l'hiver 1290-
1291 ou le début du printemps 1291». En termes plus généraux, on
peut dire que le départ de l'empereur doit être daté de la seconde
moitié de 1290 ou de la première moitié de 1291 5.

2. Bonn, II, p. 839-840. Cette chronologie a été reprise et répandue, en particulier,


par l'ouvrage de É. de Muralt, Essai de Chronographie byzantine (1057-1453), Bâle-
Genève 1871, p. 457.
3. Citons, dans l'ordre de leur parution et sans la présomption d'être exhaustif, les
travaux suivants : M. Treu, Dichtungen des Gross-Logotheten Theodoros Metochites
(Programm des Victoria-Gymnasiums zu Postdam, n° 84, Ostern 1895), Postdam 1895,
p. ι ; R. J. Loenertz, Théodore Métochite et son père, Archivum Fratrum Praedicato-
rum 23, 1953, p. 190; J. Verpeaux, Notes chronologiques sur les livres II et III du De
Andronico Palaeologo de Georges Pachymère, BEB 17, 1959, p. 169; Idem, Le cursus
honorum de Théodore Métochite, BEB 18, 1960, p. 195-198; F. Dölger, Begesten, IV,
Munich 1960, n° 2142 ; I. Seveenko, Études sur la polémique entre Théodore Métochite et
Nicéphore Choumnos, Bruxelles 1962, p. 137-140; R. Guilland, Les logothètes,
BEB 29, 1971, p. 110; I. Sevèenko, Theodore Metochites, the Chora, and the
Intellectual Trends of His Time, dans P. A. Underwood (Éd.), The Kariye Djami, IV,
Princeton 1975, p. 25; I. Sevèenko et J. Featherstone, Two Poems by Theodore
Metochites, The Greek Orthodox Theological Beview 26, 1981, p. 2 ; PLP, 7, Vienne 1985,
p. 215 (n° 17982); Eva de Vries-van der Velden, Théodore Métochite. Une
réévaluation, Amsterdam 1987, p. 53, 61. Par contre, K. Sathas {MB, I, Venise 1872,
p. κ'-κα') et H.-G. Beck (Theodoros Metochites. Die Krise des byzantinischen Weltbildes
im 14. Jahrhundert, Munich 1952, p. 3-4), qui présentent une chronologie différente des
jeunes années de Théodore Metochites, ne précisent pas à quelle date commença sa
carrière. — La liste des travaux qui viennent d'être mentionnés constitue en même
temps la bibliographie du sujet, et il y sera fait référence dans la suite à ce titre.
4. A. Failler, Chronologie et composition dans l'Histoire de Georges Pachymérès
(livres VII-XIII), BEB 48, 1990, § 3 (p. 15-28) et, de manière indirecte, § 2 (p. 11-15).
Cet article sera désormais cité sous le titre Chronologie.
5. Chronologie, p. 28. En fait, le départ de Constantinople doit être placé entre le
29 juin 1290 et le 29 juin 1291 (Chronologie, p. 18).
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Le second Discours impérial de Théodore Métochitès permet-il de


fixer un point plus précis sur cette durée d'une année6? Ce serait le
cas, si on acceptait l'analyse qui en a été présentée et qui, comme on
va le voir, aurait pour conséquence de placer le départ de l'empereur
pour l'Asie vers février 1291. Je n'avais pas pris ce texte en
considération dans mon étude précédente, pour ne pas mêler à des
récits historiques plus sûrs une œuvre rhétorique qui restera
d'interprétation difficile et de contenu incertain tant qu'elle n'aura
pas été éditée et commentée avec soin. Il s'agit à présent d'examiner
si le contenu du second Discours impérial de Théodore Métochitès
permet de préciser d'une part la date à laquelle Andronic II quitta
Constantinople pour son long séjour de 1290/1-1293 en Asie et d'autre
part, par voie de conséquence, la date à laquelle Théodore Métochitès
rencontra l'empereur et commença son ascension politique.

1. Le contenu du second Discours impérial de Théodore Métochitès


Dédié à Andronic II Palaiologos, l'éloge impérial entend mettre
surtout en relief les expéditions et les succès militaires de l'empereur
en Asie Mineure. Mais l'interprétation du texte est malaisée et
l'utilisation des données chronologiques et topographiques s'avère
difficile, car on distingue mal le nombre et la date des séjours du jeune
empereur en Anatolie.
Le genre rhétorique de l'éloge impérial implique que l'auditeur
connaisse les événements dont traite l'orateur, car celui-ci ne procède
que par allusions plus ou moins claires, en évitant toute description
précise. Aussi le lecteur d'aujourd'hui doit-il connaître par une autre
source les faits mentionnés, sous peine de ne pas les reconnaître dans
l'éloge sous une forme trop allusive. Pour situer les événements qui
forment la trame bien dissimulée des discours impériaux de Théodore
Métochitès, on peut se référer à la relation plus méthodique de
Georges Pachymérès, qui relate dans son Histoire, pour la période
concernée, quatre séjours d' Andronic II en Asie :
1. en 1280, l'empereur se rend jusqu'en Carie et il restaure la ville
de Tralles sur le Méandre (VI, 20-21); cette expédition est
présentée, de manière expresse, comme la première campagne
du jeune empereur dans les territoires orientaux (début du
chapitre 20) ;

6. Encore inédit, le texte de ce Βασιλικός λόγος est conservé dans le Vindobonensis


phil. gr. 95, f. 145M58; voir H. Hunger, Katalog der griechischen Handschriften der
österreichischen Nationalbibliothek. I. Codices historici, Codices philosophici et philologici,
Vienne 1961, p. 203.
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2. en juin 1281, l'empereur, «se consacrant de nouveau à l'Orient»,


se trouve en Bithynie (VI, 28);
3. au cours de l'hiver 1283-1284, l'empereur se rend à Atrammytion
pour un synode (VII, 21), dont le but est de ramener les
Arséniates dans le giron de l'Église, et il ne rentre d'Asie
qu'au début de 1285 (VII, 30);
4. en 1290/1-1293, l'empereur fait en Orient le long séjour dont il
est plus précisément question ici ; il parcourt la Bithynie avant
de se rendre à la résidence de Nymphée (VIII, 18).
Conformément à la loi du genre, Théodore Métochitès s'est montré
avare de données précises dans son second Discours impérial. Aussi
est-il difficile d'en discerner le contenu réel et d'y retrouver les faits
militaires du règne tels que l'historien Georges Pachymérès les
rapporte. Dans la brève analyse qu'il en a laissée, R. Guilland semble
distinguer, sous l'accumulation des mots de l'orateur, deux
expéditions militaires, menées l'une et l'autre par Andronic II après la mort
de son père. Voici les phrases essentielles de son exposé7 :
1. «Andronic II se porta d'abord en Orient et rétablit la paix en
Ionie, sur le Méandre, en Phrygie et en Éolide.»
2. «Franchissant le Bosphore, en plein hiver, il... rétablit le pouvoir
de Byzance sur la Bithynie, la Mysie méridionale, la Phrygie
et l'étend même jusqu'aux confins de la Scythie... Il s'ingénie
à faire naître des villes, surtout sur le Sangarios ..., canalise le
Sangarios ..., vient ensuite se reposer à Nicée.»
Une deuxième analyse, plus détaillée et plus juste, a été faite par
I. âevcenko8, qui demande de «lire avec précaution» le point de vue
de son devancier, mais qui semble cependant accepter le schéma
général de son résumé. Voici l'essentiel de son exposé : «Ce dernier
Logos... célèbre la tournée d'inspection que l'Empereur fit en Asie
Mineure. Pour régler les affaires d'Orient, Andronic II, qui y
combattit déjà du vivant de son père, traverse en plein hiver le
Bosphore. Dès son avènement au trône, son activité principale en
Asie s'est concentrée en Bithynie : il y fait construire des places fortes
le long du Sangarios. Nous le voyons, par ex., arriver à Nicomédie,
d'où il se rend, malgré les rigueurs de l'hiver, vers le Nord, pour

7. R. Guilland, Essai sur Nicéphore Grégoras, Paris 1926, p. 154-155. Dans la


citation qui suit sont relevées uniquement les indications topographiques et
toponymiques que son résumé contient. Par ailleurs, le discours de Théodore
Métochitès est absolument classique, aussi bien dans l'expression que dans les idées, et
n'a pas l'originalité qui lui est indûment attribuée dans cet ouvrage (p. 154).
8. I. èEVÈENKO, Études sur la polémique entre Théodore Métochite et Nicéphore
Choumnos, Bruxelles 1962, p. 137-140.
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inspecter cette frontière fortifiée du Sangarios. La tâche accomplie, il


choisit Nicée comme lieu de repos pour sa suite.» Dans la conclusion,
ce passage de l'armée à Nicée est identifié avec le séjour qu'Andronic
II fit dans la ville au début de son voyage en Asie Mineure en 1290/1-
1293. On verra plus bas si le rapprochement est justifié.
Mais le plan et le contenu du discours semblent être tout autres. On
peut y distinguer une division tripartite, après une introduction
(f. 146V-148) et avant une conclusion (f. 156V-158) qui exposent toutes
deux les qualités de l'empereur :
1. la campagne de 1280 (f. 148V-151V);
2. les mesures prises pour l'Orient après la mort de Michel VIII
(f. 15Γ-155);
3. la campagne sur le Sangarios à partir de Nicomédie et le repos à
Nicée (f. 155-156V).
Les transitions entre les différentes parties et les rappels périodiques
du vrai sujet du discours, qui est développé dans la troisième partie
(inspection du Sangarios), rythment le texte et lui donnent sa
cohérence. Le sujet est annoncé au début de la première partie9, qui
constitue, comme la deuxième partie par la suite, une sorte de
digression : avant de relater le voyage impérial et l'inspection de la
frontière le long du Sangarios, l'orateur entend montrer que
l'empereur a eu un souci constant de l'Orient, et avant la mort de
Michel VIII (lre partie) et dès après sa mort (2e partie). A la fin de
cette première partie, l'orateur affirme que la charge de l'Orient
reposait sur les seules épaules d'Andronic II déjà avant la mort de
Michel VIII et il ajoute que le jeune empereur s'y rendit à nouveau
immédiatement après la mort de son père10 ; il précise un peu plus loin
qu'il quitta Constantinople au milieu de l'hiver11; il ajoute qu'à la
mort de Michel VIII la situation était très mauvaise en Orient12 et
que, pour y remédier, le jeune empereur prit diverses mesures dans

9. Vindobonensis phil. gr. 95, f. 148V : άλλ' δπερ έμοίγε δοκεΐ περί τ\>ΰ παρόντος άρτι
σκοποϋ διαθέσθαι καΐ προσάγειν εις άπαξ έπιστάντι, έγώ δή βούλομαι, των άλλων όμοϋ ξυμπάντων
άφέμενος,
εϊτ' αύθις ώς
ώ θειότατε
έν οΐκείοιςβασιλεϋ,
άποσχόλησιν
περί ταύτης
Ιξω της
άρασυνήθους
της σης εις
ούκτόοϊδ'
πρόχειρον
εϊτ' έκδημίαν
άφορωμένω,
χρή ταύτην
περί ταύτης
καλεϊν,
δΌδν...
10. Vindobonensis phil. gr. 95, f. 151M52 : Εϊχε μεν δήτ' άρ' ώς έφην και πρότερον μόνω
σοι, κράτιστε βασιλεϋ, της αρχής τα προς έω προς τό γιγνόμενον εκάστοτε προδήλως οδτως
ήρμόσθαι... Και άμα ρ"ώμης και γνώμης Ιδειξας ευθύς μόνος ώς ήψω της αρχής των πραγμάτων ·
αύτίκα γαρ έξέρχη ταχύς και δίδως σαυτόν ένταϋθα πρόθυμος, εδ μάλα δραττόμενος ...
11. Vindobonensis phil. gr. 95, f. 152V : Ταχύς διαπλεΤς τον Βόσπορον ευθύς εκ Βυζαντίου
προς Άσίαν, μεσοϋντος αύτοϋ χειμώνος, και μάλιστ' αυτής ημέρας άκμαζούσης περί τήν δύσκολον
ίξιν, ώ πάντα καρτερέ και άνάλωτε ...
12. Vindobonensis phil. gr. 95, f. 153 : Διαδεξάμενος δ" οδν αυτός, ώ κράτιστε βασιλεϋ,
πάντοθεν οδτω προδήλως τα πράγματα ώδίνοντα, τους μέν εφ' έκάστοις λογισμούς ...
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toutes les régions. A la fin de la deuxième partie, l'orateur annonce


qu'il revient à son sujet, qui va constituer la troisième et dernière
partie : le cantonnement des troupes à Nicomédie, l'inspection du
Sangarios et la venue à Nicée13.
La campagne de 1280, au cours de laquelle l'empereur restaura
Tralles et qui constituait déjà le noyau central du premier Discours
impérial1*, semble être en effet le sujet de toute la première partie.
Théodore Métochitès, qui, dans le premier discours, citait uniquement
la ville de Tralles, présente ici un catalogue de noms, qui regroupe
indifféremment des provinces, une ville et un fleuve : Ionie, Méandre,
Lydie, Philadelphie, Phrygie, Éolide15; dans l'un et l'autre cas, le
rhéteur entend mettre en relief le rôle du jeune empereur au moment
où il régnait encore avec son père16. La suite du texte est moins claire,
et on se demande si l'orateur entend décrire une seule campagne ou
plusieurs expéditions. Après la description de la campagne de 1280, il
affirme, sous forme de transition, qu'Andronic II fit une nouvelle

13. Vindobonensis phil. gr. 95, f . 155-156V : Άλλ' άνακτέον τόν λόγον · εΐχεν ή Νικομήδους
τόν βασιλέα, κάντεϋθεν έδόκει πειρασθαι πρόσω, και άμα μέν έπισκέψασθαι τους προς άρκτον
δρους, άμα δέ και τα της νέας δημιουργίας, δπη ποτ' άρ' Ιχοι και εϊ του δέοιτο, παντάπασι
διαθέσθαι ... Κηρύττεις Ιξοδον και ταχύς έπειτα έξέρχη ... Οΰτω τα μέν έστήσω πολίσματα συχνά
και φρούρια και παντοΓ άττα τειχίσματα περί τους αιγιαλούς Σαγγαρίου... Βασιλεύς δέ... Ιπειθ'
ούτω καταπαύει των πόνων της περιόδου και προς Νίκαιαν γίνεται καταλΰσαι τους τών
έφεπομένων καμάτους, έλαφρίζειν προτεθειμένος, εϊ πη παρείκοι, προς εύπόριστον καταγώγιον...
14. Le premier Discours impérial, inédit comme le second, est conservé également
dans le seul Vindobonensis phil. gr. $5, f. 81-96V (f. 87V-88V pour le passage concernant
Tralles) ; voir A. Failler, La restauration et la chute définitive de Tralles au 13e siècle,
REB 42, 1984, p. 256-259.
15. Vindobonensis phil. gr. 95, f. 149V. Malgré l'imprécision de l'inventaire, il est
clair que celui-ci ne peut se confondre avec la liste de provinces qui est présentée dans
la deuxième partie. Il ne faut pas non plus chercher là l'ordre d'un itinéraire de
campagne. Dans les autres textes qui traitent de la campagne d'Andronic II sur le
Méandre en 1280 et, plus spécialement, de la restauration de Tralles, on rencontre des
listes parallèles de villes et de provinces, accompagnées à l'occasion de noms
géographiques (fleuves ou montagnes). On peut en citer trois : Méandre, Carie, Antioche
[du Méandre], Kaystros, Priène, Milet, Magédôn, Tralles, Nymphée (Georges
Pachymérès, VI, 20-21 : nouvelle édition, II, p. 590-599); Asie, Phrygie, Méandre,
Carie, Philadelphie, Mysie, Méonie, Lydie, Ionie, Laodicée, Kaystros, Olympe
(Grégoire de Chypre, Éloge d'Andronic II : PG 142, 400D-401A, 404A-405A); Asie
(Nicéphore Choumnos, Éloge d'Andronic II : J. F. Boissonade, Anecdota graeca, II,
Paris 1830, p. 19-20, 30). Dans les deux derniers textes sont clairement distinguées
deux campagnes d'Andronic II en Asie avant 1282.
16. Toute la première partie du second Discours impérial (f. 1 48V- 1 5 1 v) concerne le
règne de Michel VIII et les événements d'avant 1282. R. Guilland (op. cit., p. 154) a
considéré à tort que Théodore Métochitès décrivait une campagne postérieure à la mort
de Michel VIII ; d'ailleurs, la référence qu'il donne lui-même à un passage de l'Histoire
de Grègoras (V, 5) dans sa note 13 contredit sa propre opinion, puisque le texte auquel
il renvoie se rapporte, sans aucun doute possible, à l'épisode de Tralles (1280 très
probablement), c'est-à-dire au règne de Michel VIII.
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expédition en Orient dès après la mort de son père17. Mais avant de


décrire l'expédition (3e partie), l'orateur signale l'action menée par
l'empereur dans l'ensemble des provinces orientales (2e partie), sans
affirmer qu'il s'y soit rendu personnellement18. On obtient alors une
seconde liste de provinces, auxquelles s'ajoutent à nouveau quelques
noms de mers, de fleuves et de montagnes : le Pont-Euxin, le
Sangarios, la Bithynie, le pays des Bébrykes (nom d'une ancienne
peuplade qui vivait sur la côte de la Propontide en Bithynie et en
Mysie), la Mysie près de l'Olympe, la Phrygie, l'Éolide (région côtière
allant de la Troade à l'embouchure de l'Hermos), la Lydie, le
Méandre, l'Ionie19. On remarque que cette seconde liste, qui suit
l'ordre géographique des provinces du nord vers le sud, diffère de la
première ; elle n'indique pas plus que la première un itinéraire ou un
ordre de campagne, et elle ne suppose pas chez l'auteur une
connaissance profonde de ces régions, qu'il cite simplement ou décrit
superficiellement. Seule la troisième partie, présentée dès le départ
comme l'objet principal du discours, contient un développement plus
concret et décrit une campagne réelle ; elle est étroitement liée à la
deuxième partie, puisqu'elle reprend et développe l'une des
nombreuses mesures annoncées dans la partie précédente. L'empereur se rend
à Nicomédie, de là il gagne le Sangarios, pour renforcer les défenses
du fleuve ; la campagne terminée, l'armée gagne Nicée pour se
reposer. Il faut sans doute supposer que l'action et l'expédition
d' Andronic II sur le Sangarios furent plus modestes que ne le laisse
entendre Théodore Métochitès, puisque l'historien de l'époque,
Georges Pachymérès, n'en fait pas mention. Les grands travaux de
fortification du fleuve sont présentés par ce dernier comme une
initiative de Michel VIII, remontant à l'année 1281 20. Il faut craindre
que Théodore Métochitès n'ait embelli l'œuvre de son héros et il
convient de se fier au récit plus précis que l'historien a conservé et
que, de plus, il déclare tenir d'un témoin21. Il est d'ailleurs possible

17. Voir le texte cité à la note 10.


18. C'est du moins l'impression que donne l'ensemble du texte, mais certains indices
sembleraient impliquer au contraire qu'il s'agit d'une campagne réelle. S'il en était
ainsi, il faudrait la placer en l'année 1284, avant le synode d'Atrammytion pour la
partie qui se déroule en Bithynie, après le synode pour la partie qui concerne les autres
provinces; voir ci-dessous, p. 181. Seule l'édition du texte permettra de lever les
derniers doutes.
19. Vindobonensis phil. gr. 95, f. 153M54.
20. Georges Pachymérès, VI, 29 : nouvelle édition, II, p. 634-637; X, 25 : Bonn,
II, p. 3301318.
21. Georges Pachymérès (VI, 29 : nouvelle édition, II, p. 63320"22) donne en effet
le contenu d'une conversation que Michel VIII eut avec Athanase d'Alexandrie sur les
rives du Sangarios, alors que le patriarche en exil accompagnait l'empereur dans son
expédition.
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qu'Andronic II se soit trouvé aussi avec son père sur le Sangarios dès
1281, lorsqu'on procéda à la fortification des rives du fleuve.
Ainsi, le second Discours impérial de Théodore Métochitès est
consacré avant tout à la relation de la campagne d'Andronic II sur les
rives du Sangarios, mais la première partie mentionne spécialement
son action en faveur de l'Orient du vivant de son père, et la deuxième
partie l'ensemble des mesures prises, au lendemain de la mort de son
père, en faveur de chacune des provinces de l'Orient. De fait, divers
repères annoncent, à travers l'ensemble du texte, la campagne sur le
Sangarios et en précisent progressivement les conditions : le voyage
est annoncé au début de la première partie, placé ensuite au
lendemain de la mort de Michel VIII, daté de la saison d'hiver, situé
géographiquement (Nicomédie, Sangarios, Nicée) et à nouveau daté à
deux reprises de la saison d'hiver22.

2. La date de la campagne d'Andronic II sur le Sangarios


II reste maintenant à dater cette campagne. La tentation était
grande de faire le rapprochement entre la campagne d'Andronic II
telle qu'elle est exposée par Théodore Métochitès et le long séjour que
l'empereur fit en Asie de 1290 ou 1291 à 1293 et dont Georges
Pachymérès a laissé une relation détaillée23. L'une et l'autre
convergent en effet à Nicée : dans le premier cas, l'armée s'y retire
après sa campagne sur le Sangarios ; dans le second cas, l'empereur y
séjourne longuement avant de gagner Nymphée. C'est probablement
là que Théodore Métochitès fut présenté pour la première fois à
Andronic II. Comme le rhéteur a prononcé son discours peu après, il
est logique de lier le discours à une campagne toute récente24. Si cette

22. Voir, respectivement, Vindobonensis phil. gr. 95, f. 148V (texte de la note 9),
f. 15Γ (texte de la note 10), f. 152V (texte de la note 11), f. 155-156V (texte de la
note 13), f. 155 (Χειμών δ* έπεϊχε σφοδρός καταιγίζων, και πάντες ώκλαζον ...) et f. 155ν (Νικάς
ό πάντα νικών και χειμώνος έπήρειαν καΐ δεσμούς και φύσεως ανάγκην και τας έκ τόπου
δυσκολίας ...).
23. C'est la conclusion à laquelle aboutit I. èEvèENKO (op. cit., p. 139), qui n'émet
pas le moindre doute, lorsqu'il écrit : « II est aisé de rattacher ce Βασιλικός au voyage
impérial d'inspection qui dura de 1290 à 1293.»
24. Il faut rappeler cependant que la rédaction d'un éloge impérial et les exploits
qui y sont glorifiés ne sont pas nécessairement proches sur le plan de la chronologie. Si,
dans le cas présent, il est tentant de déduire, de la date supposée de l'éloge impérial,
celle des événements qui y sont narrés, il faut se souvenir que, dans d'autres cas et en
empruntant la voie inverse, on a cru à tort pouvoir déduire, de la date des événements,
celle de l'éloge impérial : c'est ainsi qu'on avait placé vers 1261 les éloges impériaux de
Manuel Holobôlos, parce que le contenu ne dépassait pas cette date, qui est celle de la
prise de Constantinople par Alexis Stratègopoulos ; mais en réalité, malgré le contenu
des éloges et la date des événements qu'ils rapportent et qui vont de 1258 à 1261, les
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déduction logique était fondée, on obtiendrait également la date


précise du départ d'Andronic II de Constantinople, en combinant les
renseignements donnés par les deux sources : le départ d'Andronic II
devant être situé entre le 29 juin 1290 et le 29 juin 1291 d'après
Georges Pachymérès et au milieu de l'hiver selon Théodore Métochi-
tès, il faudrait le placer vers février 1291. Le calendrier que j'avais cru
pouvoir établir dans mon article précédent ne s'y opposerait pas
absolument, même si les autres sources semblaient suggérer que le
départ eut lieu plus tôt, dès 1290 de préférence. De plus, il faudrait
ajouter, sur l'itinéraire de l'empereur tel qu'il est tracé ailleurs, un
détour important, qui peut faire problème : cantonnement à Nicomé-
die et inspection de la vallée inférieure du Sangarios avant le séjour à
Nicée. L'itinéraire complet de l'empereur à travers l'Asie serait alors
le suivant : Constantinople, Dakibyza, Hélénopolis, village près de
Saint-Grégoire, Nicomédie, vallée inférieure du Sangarios, Nicée,
Lopadion, Nymphée25. On obtiendrait également la date de la
première rencontre de Théodore Métochitès avec l'empereur : fin de
l'hiver ou printemps 1291 ; une fois fixé le début de cette carrière
prestigieuse, on pourrait établir une biographie nouvelle et plus
précise du grand logothète.
Mais une telle construction logique se heurte à deux obstacles,
élevés respectivement par le second Discours impérial de Théodore
Métochitès lui-même et par les Mémoires de son père, Georges
Métochitès.
Théodore Métochitès affirme que l'empereur quitta Constantinople
aussitôt après la mort de son père26; or, entre le 11 décembre 1282 et
l'hiver 1290-1291, il s'écoule huit années. Si donc l'on admet que
l'inspection de la vallée du Sangarios eut lieu au début du séjour en
Asie que relate Georges Pachymérès et qui se déroula dans les années
1290/1-1293, il faut distinguer deux campagnes : la première, qui
aurait eu lieu dès après la mort de Michel VIII, aurait consisté en une
marche du jeune empereur à travers toutes les provinces d'Orient,
telles qu'elles sont recensées dans la deuxième partie du Discours
impérial, tandis que la seconde, décrite parallèlement par Georges
Pachymérès, se serait déroulée en 1290/1. Bien qu'il ne l'énonce pas
clairement, c'est probablement ce que suppose I. èevcenko en datant
l'inspection du Sangarios de l'année 129027. Mais, comme on l'a vu

discours ne furent prononcés que quelques années plus tard, probablement en 1265,
1266 et 1267; voir A. Failler, La proclamation impériale de Michel VIII et
d'Andronic II, REB 44, 1986, p. 239-241 et 245.
25. Voir Chronologie, p. 20-24, pour les étapes citées dans les autres sources.
26. Vindobonensis phil. gr. 95, f. 151V : voir le texte cité à la note 10.
27. I. Sevèenko, op. cit., p. 139.
180 A. FAILLER

plus haut, Théodore Métochitès semble décrire, à travers les deuxième


et troisième parties de son second Discours impérial, une seule et
même expédition, qui se déroula très peu de temps après la mort de
Michel VIII et au cours de l'hiver.
En second lieu, l'itinéraire de l'empereur tel qu'il est décrit par
Georges Pachymérès et surtout par Georges Métochitès peut
difficilement inclure un détour par Nicomédie et la vallée inférieure du
Sangarios28. Georges Pachymérès annonce dès le départ que
l'empereur se rend à Nymphée (VIII, 18); si l'inspection et la consolidation
des frontières orientales revêtirent l'importance que leur attribue
Théodore Métochitès, on conçoit difficilement que l'historien n'en
fasse aucune mention. De plus, si l'un des buts du voyage avait été
l'inspection de la vallée du Sangarios, l'empereur aurait sans doute
emprunté un itinéraire différent : de Constantinople ou de Dakibyza,
il aurait gagné directement Nicomédie par la rive septentrionale, sans
traverser le détroit d'Astakos à la hauteur d'Hélénopolis. Il est vrai
que Georges Pachymérès ne donne pas une relation détaillée et
complète du séjour en Orient et qu'il ne mentionne pas les diverses
étapes du voyage. Mais Georges Métochitès offre une version plus
précise. Si l'inspection du Sangarios devait s'insérer dans l'itinéraire
que trace l'archidiacre, on ne comprend pas qu'il l'ait tu. Voici ce
texte, qui décrit de manière précise la route suivie par Andronic II :
«Finalement, comme l'empereur devait séjourner dans la région
orientale, on décide de passer par ces lieux où se trouvait la forteresse
qui gardait les détenus [c'est-à-dire la forteresse de Saint-Grégoire, sur
le golfe d'Astakos] ; cela se fait, et le souverain campe dans un village
au pied de la montagne sur laquelle se dressait le fort... On désigne
ensuite Lopadion comme lieu [de réunion pour les unionistes]...
L'empereur et Mouzalôn poursuivent leur route ... et entrent dans la
ville célèbre de Nicée ; ils y traînent en longueur. Ensuite ils vont à
Lopadion, où ils séjournent longuement [sans que la réunion ait
lieu]... Allant de l'avant, ils parviennent à Nymphée»29. Il est inutile
de montrer que cet itinéraire exclut le passage à Nicomédie, la visite
du Sangarios jusqu'à son embouchure sur le Pont-Euxin, avant le

28. Voir Chronologie, p. 20-24.


29. Georges Métochitès, III, 15 et 17 (Cozza-Luzi, p. 327-329) : Τέλος έπεί τοις της
έωας μέρεσιν έπιχωριάσαι τφ αύτοκράτορι προδκειτο, δι* εκείνων τών τόπων τάττουσι διελθεϊν έφ'
ών τό τους καθειργνυμένους κατέχον φρούριον εκείτο · γίνεται τοϋτο, και κατασκηνοϊ μεν 6
κρατάρχης ëv τινι κώμη περί τους πρόποδας τοϋ δρους έφ' ού περιίστατο τό πολίχνιον ... Χώρον
εφεξής άφορίζουσι τό Λοπάδιον... Βασιλεύς δέ και Μουζάλων... πορείαν τήν προκειμένην
ποιούνται... και τήν Νίκαιαν εισέρχονται πόλιν περιφανή· χρονοτριβοϋσιν έκεΐσε. Μετέπειτα τφ
Λοπαδίω φοιτώσιν, έπιμήκιστον έμφιλοχωροϋντες... Kai πρόσω βαίνοντες, εις Νύμφαιον
καταντώσιν.
PACHYMERIANA NOVA 181

séjour à Nicée. D'autre part, le texte de Georges Métochitès, même


s'il ne fut écrit qu'une douzaine d'années après les faits, est assez
fidèle dans l'ensemble pour mériter crédit.
Si l'inspection du Sangarios telle que la relate le second Discours
impérial de Théodore Métochitès ne peut être identifiée avec le long
séjour en Asie des années 1290/1-1293, à quelle date faut-il la situer?
Comme on l'a vu, le rhéteur la place d'une part aussitôt après la mort
de Michel VIII et d'autre part au cœur de l'hiver30. Il faut donc
penser aux deux hivers 1282-1283, Michel VIII étant mort le
11 décembre 1282, et 1283-1284. Le premier hiver est exclu, si l'on se
rapporte aux événements qui se déroulèrent au patriarcat au
lendemain de la mort de l'empereur et dont la relation dans l'Histoire
de Georges Pachymérès implique la présence d'Andronic II à
Constantinople même, après qu'il fut rentré de Thrace. On doit dès
lors penser à l'hiver 1283-1284. Et de fait l'empereur séjourna en
Orient au cours de cet hiver et durant toute l'année 1284, comme on
l'a mentionné plus haut, en répertoriant les divers voyages
d'Andronic II en Orient d'après l'Histoire de Georges Pachymérès.
L'historien, il est vrai, ne donne pas à ce voyage de finalité militaire :
l'empereur se rendit à Atrammytion pour réconcilier les Arséniates
avec l'Église, une fois rétabli le dogme orthodoxe et chassé l'épiscopat
unioniste.
La correspondance de Grégoire de Chypre, élu patriarche quelques
mois plus tôt, a gardé la trace d'une campagne et de victoires de
l'empereur avant sa venue à Atrammytion, probablement en février
1284. Dans une lettre adressée à Andronic II, le patriarche, qui vient
d'arriver dans cette ville, félicite l'empereur pour un succès militaire
qu'il vient de remporter. Aucun détail n'est donné sur le lieu ou la
date précise du combat, mais le patriarche signale qu'il a souffert lui-
même des rigueurs de l'hiver dans la dernière partie de son voyage31.
Les faits peuvent même être datés de manière plus précise, car le
synode s'ouvrit vers la fin du mois de février 128432, en présence de

30. Voir les textes cités dans les notes 10, 11 et 22.
31. Grégoire de Chypre, Lettres : S. Eustratiadès, Alexandrie 1910, lettre 142,
p. 133. Voici les passages importants du texte : έμέ δέ [τέρπει] το μεγάλα σε συμμαχούμενον
άνωθεν κατορθοϋν ..., σφοδρότατα κατορθοϋντός σου τέρπομαι ..., πλην καταφρονώ χειμώνος, βίας
ανέμων άγριωτάτων. Voir Laurent, Regestes, n° 1469 (c. février 1284), qui place en effet
en Bithynie la campagne de l'empereur, tout en signalant que ces «victoires... n'ont
trouvé d'écho chez aucun auteur contemporain» [des faits].
32. Les tractations durèrent en effet pendant tout le carême (Georges
Pachymérès, VII, 21 : Bonn, II, p. 6023), et l'accord fut enfin signé le samedi saint (8 avril
1284). Le carême commençait le 21 février, et la campagne de l'empereur est donc, de
toute manière, antérieure à cette date. Voir Laurent, Regestes, n° 1470, Chronologie.
182 A. FAILLER

l'empereur, dont la campagne se déroule donc en janvier- février 1284.


Le contenu d'une autre lettre du patriarche à l'empereur empêche
d'autre part de reporter la campagne à l'hiver suivant, au cours
duquel Andronic II se trouvait encore en Asie Mineure, puisqu'il ne
rentra dans sa capitale que vers janvier 1285. Revenu le 20 décembre
1284 à Constantinople, le patriarche écrit, vers la fin du mois, à
l'empereur, qui, vers cette époque, résida successivement à Lampsa-
que33 et à Atrammytion34 : une telle localisation montre qu'il n'a pu
faire campagne sur le Sangarios au milieu de l'hiver 1284-1285.

3. La carrière de Théodore Métochitès


Ainsi, d'après l'analyse qui vient d'en être faite, même si on doit la
«lire avec précaution» comme les deux précédentes, en attendant une
édition définitive, le second Discours impérial de Théodore Métochitès
ne concerne pas le long séjour que fit Andronic II en Asie dans les
années 1290/1-1293, mais se rapporte à une campagne de l'hiver 1283-
1284. Contrairement à ce qu'on pouvait espérer, il n'apporte donc
aucune donnée nouvelle sur le début de la carrière politique de
Théodore Métochitès, qu'inaugure sa rencontre avec l'empereur, très
probablement en 1290 à Nicée. Il ne semble pas inutile cependant
d'examiner quelques points de sa biographie, à la lumière de la
nouvelle chronologie établie à partir des textes de Georges Pachymé-
rès et de Georges Métochitès35. D'après cette chronologie, la rencontre
entre l'empereur et le jeune rhéteur eut lieu dans la seconde moitié de
1290 ou, moins vraisemblablement, dans la première moitié de 1291.
On doit donc décaler légèrement, sans doute de six mois environ et
peut-être d'un peu plus, la chronologie acceptée jusqu'à présent,
puisqu'on datait du printemps 1290 le passage de l'empereur à Nicée
et sa première rencontre avec Théodore Métochitès.
Dans la préface de l'Introduction à l'astronomie et dans son long
Poème autobiographique, qui, par endroits, ont tous deux le même
contenu et utilisent les mêmes tournures, Théodore Métochitès a
semé, dans une prose et une versification aussi laborieuses l'une que
l'autre, quelques repères chronologiques, qui ont permis de
reconstituer partiellement les étapes de sa formation intellectuelle et de sa
carrière politique. Il convient de reprendre à présent ces indications
chronologiques, à la lumière des nouvelles données.
Théodore Métochitès avait, selon son propre témoignage, un peu
plus de vingt ans, c'est-à-dire vingt ans et, probablement, quelques

33. Voir Laurent, Begestes, n° 1474 (fin décembre 1284).


34. Voir Laurent, Regestes, n° 1483 (début janvier 1285).
35. Voir Chronologie p. 20-24.
PACHYMERIANA NOVA 183

mois, au moment de sa première rencontre avec Andronic II. Du


point de vue chronologique, on a établi à partir de ce chiffre
l'ensemble de sa biographie, en admettant par ailleurs que sa
première rencontre avec l'empereur eut lieu au printemps 1290.
Reprenons chacune des étapes que Théodore Métochitès a lui-même
indiquées concernant le début de sa carrière. Lorsqu'il rencontre
l'empereur pour la première fois, sans doute à Nicée, il a dépassé les
vingt ans36. La rencontre ayant eu lieu très probablement dans la
seconde moitié de 1290, moins vraisemblablement dans la première
moitié de 1291, il faut placer la naissance de Théodore Métochitès très
probablement dans la seconde moitié de 1270, ou moins
vraisemblablement vers le début de 1271 37.
Théodore Métochitès fixe lui-même le terme de son éducation
familiale, lorsqu'il écrit que, après avoir «perdu» ses parents, il
changea de maîtres pour se livrer aux études qu'un garçon de son âge
se devait d'entreprendre, et que bientôt il atteignit ainsi ses treize
ans38. S'il est né dans la seconde moitié de 1270 ou au début de 1271,
Théodore Métochitès atteignit ses treize ans dans la seconde moitié de
1283 ou le début de 1284. On voit ainsi clairement qu'il place ses
problèmes familiaux dans le courant de l'année 1283, avant qu'il n'ait
atteint ses treize ans. De fait, son père fut destitué de son poste dès le
début de l'année 1283, après la mort de Michel VIII et le changement
de politique ecclésiastique qui intervint immédiatement, même s'il ne

36. αύταρ έείκοσιν εϊτεα γινάμενος κ&τι γε προς (Δοξολογία εις Θεον καί περί των καθ' αυτόν
και της μονής της Χώρας [poème autobiographique cité désormais sous le titre Δοξολογία],
vers 421 : M. Treu, p. 12). Théodore Métochitès mentionne dans deux autres passages
de son œuvre le changement subit qui intervint dans sa vie à la fin de sa vingtième
année et au terme de ses études : καΐ τεταλαιπώρηκα τη παιδεία τε και τω λόγω είκοσι
γενόμενος έτη, καΐ προς τα μέν εκών και ό πόθος ήγεν εύ μάλα, τα δέ και άκων ούκ έχων 6 τι και
χρφμην άλλως καί μοι τφ πόθω γίγνεται... (Υπομνηματισμοί: Κ. Sathas, MB, I, p. λα',
lignes 3-6) ; "Ετος επί τούτοις μοι γίνεται τρίβοντι καθόσον οΐόν τ' ήν εΐκοστόν καί προς, κάπειτα
μετατίθεμαι της σχολής, καί προσίεταί με βασιλεύς... (préface de l'Introduction à
l'astronomie : ibidem, p. V, lignes 27-29).
37. Dans l'ancienne chronologie, on plaçait également sa naissance en 1270 (voir
M. Treu, op. cit., p. i; PLP, n° 17982), sans autre précision. Il n'y a donc pas lieu
de la modifier en substance. On se contentera de signaler l'erreur, due à une pure
distraction, de H. -G. Beck (op. cit., p. 3 : 1260-1261), qui a veilli le personnage de
dix ans. Il a été suivi par H. Hunger (Theodoros Métochitès als Vorläufer des
Humanismus in Byzanz, BZ 45, 1952, p. 4), qui place la naissance de Théodore
Métochitès «um 1260» et considère lui aussi que le père est mort lorsque le fils entre
à la cour; voir aussi, ci-dessous, la note 41.
38. τρί' έτεα γαρ επί δέκα είσίν άκούονθ' ών χρή (Δοξολογία, vers 356 : Μ. Treu, ρ. 10). La
même indication d'âge est donnée dans la préface de l'Introduction à l'astronomie
(K. Sathas, MB, I, p. πς', lignes 4-5 : Καί τοίνυν έτη γεγονώς τρία έπί τοϊς δέκα ...) pour
marquer une nouvelle étape dans les études, mais cette fois les circonstances de ce
changement ne sont pas précisées.
184 A. FAILLER

fut exilé que plus tard. Il semble donc que Théodore Métochitès
considère avoir perdu le soutien de sa famille et de ses parents39 à
partir du jour où son père fut destitué. Le passage a été parfois mal
compris, et certains ont cru que le rhéteur voulait parler de la mort de
son père40. Il est clair, de toute manière, que Théodore Métochitès
place l'intervention de la mauvaise fortune en 1283, au moment de la
disgrâce de son père, qui dut en effet affecter profondément le jeune
garçon et provoquer des changements importants dans le mode de vie
et les ressources de la famille.
C'est sept ou huit ans plus tard, alors que le jeune homme a terminé
ses études supérieures, qu'il rencontre l'empereur à Nicée, où celui-ci
fait une halte sur le chemin de Nymphée, probablement dans la
deuxième moitié de 1290, ou moins vraisemblablement au début de
l'année suivante. Théodore Métochitès, qui avait alors, comme il le
mentionne lui-même, vingt ans passés, composa peut-être, à l'adresse
de l'empereur, le discours où il fait l'éloge de Nicée, qu'il considère,
pour ainsi dire, comme sa seconde patrie41. C'est alors que se produisit
pour le jeune homme la rencontre décisive qui allait amener un
renversement subit de son destin.
Théodore Métochitès fut peut-être chargé de prononcer un discours
de bienvenue devant l'empereur, qui venait de rendre visite aux
unionistes quelque temps plus tôt et qui avait fait rentrer Georges
Métochitès à Constantinople pour cause de maladie, sans doute
l'année précédente. Comme l'empereur cherchait à réconcilier les

39. Δοξολογία, vers 349 (καί μ' ώς άφαρ είλεθ' ό καιρός κείνους) : Μ. Treu, ρ. 10. Une
expression identique revient dans la préface de l'Introduction à l'astronomie : Καί με
τους γεννήτορας άφελομένου τοϋ καιροϋ ... (Κ. Sathas, MB, I, p. πε', ligne 28).
40. H.-G. Beck, op. cit., p. 3 n. 4.
41. Voici le passage : Ού μήν άλλα πατρίς μοι ή καλλίστη πόλις αΰτη το μέρος ... (Éloge de
Nicée : Κ. Sathas, MB, I, p. 14013~w). L'expression finale (τό μέρος), devant laquelle
l'éditeur a indûment inséré une virgule, indique clairement, malgré l'interprétation
différente qu'on en a parfois donnée, que Nicée n'est pas la vraie patrie de l'auteur.
Ajoutons que le jeune rhéteur mentionne expressément la présence de l'empereur dans
son auditoire (réel ou fictif) de Nicée (ibidem, p. 1539). H.-G. Beck (op. cit., p. 3), qui a
mal interprété cette phrase et les passages antérieurs, fait naître le rhéteur dans cette
ville et mourir son père, qui n'est autre que Georges Métochitès, en 1273-1274. En
réalité, le rhéteur affirme qu'à cette date il a perdu l'appui de son père, destitué après la
mort de Michel VIII et mis en prison plus tard. Dans un autre texte (Υπομνηματισμοί :
Κ. Sathas, MB, I, p. κθ', lignes 3-6), Théodore Métochitès parle d'un séjour qu'il fît en
Asie (plus précisément en Ionie, en Lydie, en Éolide, en Phrygie et en Hellespont),
lorsqu'il était jeune. Il s'agit très probablement de cet épisode de sa vie. Dans le second
Discours impérial, Théodore Métochitès rappelle à nouveau le séjour qu'il avait fait
auparavant dans les provinces d'Anatolie (V indobonensis phil. gr. 95, f. 155, cité par
I. Sevcenko, op. cit., p. 140 n. 1). D'après l'analyse qu'on a donnée plus haut de ce
texte, Théodore n'a pas visité ces provinces dans la suite de l'empereur, comme l'a cru
I. èevcenko, mais au moment de son séjour en Asie après 1283.
PACHYMERIANA NOVA 185

unionistes avec l'Église et avec le pouvoir, l'audience accordée à


Théodore Métochitès pouvait au départ rentrer dans un plan politique
plus large et être destinée à attirer la sympathie des unionistes ; cela
reste vrai, même si elle devait avoir des conséquences et des
répercussions imprévues. La culture du jeune homme, renforcée par
l'intrépide confiance en soi que trahissent ses écrits et ses attitudes,
dut faire impression sur l'empereur. D'un autre côté, même si les
possibles motivations politiques qu'on a évoquées plus haut avaient
été absentes, on aurait tort de s'étonner, comme on l'a fait parfois,
que l'empereur promeuve le fils alors qu'il persécutait le père. On peut
relever d'autres cas de favoris dont les parents avaient été l'objet et la
victime des persécutions : ainsi Jean Palaiologos, le fils du porphyro-
génète Constantin Palaiologos, qu'Andronic II honora du titre de
panhypersébaste après la mort de son père, décédé en prison en mai
130442 ; de même l'empereur Jean Kantakouzènos, dont l'ascendance
est laissée volontairement dans l'ombre précisément parce que l'un de
ses ancêtres a encouru une grave condamnation43. Combler de
bienfaits les descendants était une mesure de philanthropie pour
compenser le dommage causé par la condamnation des ascendants,
dont le nom et les méfaits sont dès lors soigneusement tus, et le
meilleur moyen de s'attirer la fidélité de serviteurs d'autant plus
dévoués que, ne jouissant d'aucun autre appui, en particulier familial,
ils ne pouvaient être tentés par la trahison44.
Moins d'un an après le discours de Nicée et son entrée dans le
proche entourage de l'empereur, Théodore Métochitès commence son
ascension politique, entre au sénat et reçoit sa première dignité. Voici
comment il date, à partir de la rencontre de Nicée, ce premier pas
dans la carrière des honneurs : «il ne s'était pas encore passé une
année pour moi qu'il [l'empereur] me nomme à une dignité»45.

42. Pachymérès, XII, 22 : Bonn, II, p. 424-425.


43. Voir, par exemple, la note du Monac. gr. 404 (nouvelle édition de l'Histoire de
Georges Pachymérès, II, p. 380 n. 2), où Marie-Marthe Palaiologina est présentée
comme l'arrière-grand-mère de l'empereur Jean Kantakouzènos, sans que les maillons
intermédiaires soient mentionnés, parce que parmi eux se trouve un condamné, victime
d'une damnatio memoriae.
44. Ajoutons que, dans le premier Discours impérial, Théodore Métochitès fait
allégeance à l'empereur et le loue pour sa politique ecclésiastique, désavouant ainsi, en
termes passionnés, l'attitude des unionistes et, en conséquence, de son père.
45. μήπω άνύσας Iv γ' Ιτος, ούνόματι 8ή με κληίζει (Δοξολογία, vers 453-454 : Μ. Treu,
|

ρ. 13). Voici le passage correspondant de la préface de l'Introduction à l'astronomie


(K. Sathas, MB, I, p. ^ζ'-^η') : Άταρ νέον έτ' δντα με των τ' έξ αυτής γενέσεως χρόνων καΐ
τοις εν τοις βασιλείοις τριβής — Ιτος γαρ ήν μόνον και μικρόν τι προς έξ ού δή καΐ γενοίμην έν
τούτοις — τιμής άξιοι βασιλεύς καί μοι τής αύτοϋ φιλανθρωπίας συγκλήτου κοινωνία καί τισιν άρ'
όνόμασιν ώς οΐμαι νομίζεται βασιλεϋσιν ών έστι τιμασθαι και των άλλων πλέον έχειν σεμνύνει.
186 A. FAILLER

Puisque sa première rencontre avec l'empereur se place dans la


seconde moitié de 1290, ou moins vraisemblablement dans la première
moitié de 1291, on peut donc dater le début de l'ascension sociale et
politique de Théodore Métochitès de l'année 1291 et supposer qu'il
suivit l'empereur dès 1290 et résida à la cour de Nymphée durant les
années 1292-1293. C'est donc également en 1291 que Théodore
Métochitès acquit sa première dignité, qui fut peut-être celle de
logothète des troupeaux qu'il portait lors de son ambassade à Chypre
et en Cilicie à la fin de l'année 129446.
Théodore Métochitès indique aussi quel était son âge au moment de
cette ambassade de 1294, mais de manière plus vague cette fois :
«environ vingt-cinq ans»47. L'adverbe άμφί interdit de tirer une
conclusion précise de ce vers48 et de fixer, par ce biais, la date de
naissance de l'ambassadeur, bien que la date de l'ambassade soit
connue de manière assez précise : seconde moitié de l'année 129449
Théodore Métochitès était donc encore loin d'atteindre ses vingt-cinq
ans, mais, né très probablement dans la seconde moitié de 1270, il
venait sans doute d'entrer dans sa vingt-cinquième année.
Probablement au retour de cette ambassade, qui fut couronnée de
succès, puisqu'une fiancée fut amenée de Cilicie pour Michel IX,
Théodore Métochitès reçut une nouvelle dignité50, sans doute celle de
logothète du trésor privé51. Les autres missions importantes que
l'empereur lui confia sont datées de manière plus sûre. Quelques
années après le mariage de Michel IX, Théodore Métochitès fut
envoyé en Serbie, pour négocier le mariage de Milutin avec Simonis :

46. Pachymérès, IX, 5 : Bonn, II, p2057-8; voir R. Guilland, Les logothètes,
BEB 29, 1971, p. 74.
47. ήν γαρ έγών τότ' ΐττ\ γεγαώς πέντ' άμφ' εϊκοσσι (Δοξολογία, vers 475 : Μ. Treu, ρ. 13).
La préface de l'Introduction à l'astronomie, qui est encore plus cursive, ne permet pas
de recouper cette donnée, car l'auteur se contente de mentionner, pour la période qui
va de 1291 à 1313 environ, «des ambassades nombreuses et importantes» (πρεσβείαις...
ταΐς μεγίσταις και πλείσταις : Κ. Sathas, MB, I, p. V»)', lignes 9-11).
48. La traduction que R.-J. Loenertz (art. cit., p. 185) a donnée de ce vers ne peut
être acceptée : «J'avais alors cinq ans dans la vingtaine», c'est-à-dire vingt-cinq ans
«sonnés», comme il l'écrit lui-même (p. 186), en interprétant l'adverbe άμφί comme une
préposition, qui gouvernerait [εϊκοσιν] ετη et équivaudrait à έν. J. Verpeaux (art. cit.,
p. 195-196) s'est rallié à cette interprétation. Dans ce cas, il faudrait aussi reporter la
naissance de Théodore Métochitès à l'année 1269, si du moins on date l'ambassade de
1294.
49. R.-J. Loenertz, qui suit la chronologie de P. Poussines (voir Chronologie, p. 28-
32), retarde l'ambassade d'une année et la date de 1295 (au lieu de 1294).
50. Δοξολογία, vers 514-521 : M. Treu, p. 14.
51. C'est le titre qu'il porte au moment de l'ambassade en Serbie, dont il est
question plus bas et qui date de 1298; voir R. Guilland, Les logothètes, BEB 29,
1971, p. 110-111.
PACHYMERIANA NOVA 187

l'ambassade, dont l'auteur a laissé une relation détaillée, se situe dans


les derniers mois de 1298 et le début de l'année suivante52. Quant au
départ pour Thessalonique, où il fut envoyé pour assister et sans
doute surveiller l'impératrice Irène, il se place en avril 130353. De
retour à Constantinople à la fin de 1304 ou au début de 130554, il fut
honoré d'une alliance matrimoniale avec la famille impériale : sa fille
Irène épousa Jean Palaiologos, fils du porphyrogénète Constantin
Palaiologos et neveu d'AndronicII; c'est probablement à cette
occasion qu'il devint logothète du trésor public55. La suite de la
carrière de Théodore Métochitès sort du cadre de cet article. On
ajoutera seulement un dernier fait qui, bien que postérieur, intéresse
l'ensemble de sa carrière et les étapes de sa vie telles qu'il les dessine
dans son Poème autobiographique et dans la préface de l'Introduction
à l'astronomie : il se mit à l'étude de cette science alors qu'il avait
quarante-trois ans56, c'est-à-dire très probablement en 1313.
Ainsi la nouvelle chronologie établie pour le début du voyage
d'Andronic II en Asie Mineure n'apporte aucun changement notable
à la biographie de Théodore Métochitès telle qu'elle a été présentée
jusqu'à maintenant ; mais elle permet sans doute de mettre plus

52. Chronologie, p. 40. Il semble difficile de placer cette ambassade à la fin de


l'hiver 1298-1299, comme on a voulu le faire : selon I. Sevoenro (op. cit., p. 140),
«Métochite part de Constantinople pour la Serbie vers la fin de l'hiver»; selon
I. Djuric (Cadres chronologiques du Presbeutikos de Théodore Métochite, JOB 32/3,
1982, p. 113), «Métochite s'était mis en route de la capitale dans la seconde moitié
de janvier 1299». On voit bien quel passage du Πρεσβευτικός a inspiré cette datation.
Au début de son discours (K. Sathas, MB, I, p. 1591315), l'ambassadeur écrit : Και
μήν καΐ τοϋτ' οΐσθα ώς ουπω δή παντάπασιν έξήλθον έγωγε της πόλεως καταπεπαυμένου
χειμώνος. L'expression doit être ainsi entendue : «Tu sais bien que l'hiver était loin
d'être fini lorsque j'ai quitté la Ville!»! On peut se demander d'une part si le mot
χειμών doit être pris au sens strict et d'autre part si l'auteur ne veut pas sous-entendre
que, au moment du départ, l'hiver, loin d'être fini, n'avait pas encore commencé,
bien que la neige fût déjà tombée. Toujours est-il qu'il insiste ensuite à diverses
reprises sur l'hiver, qui est présenté comme la saison durant laquelle se fait le voyage
et se déroulent les pourparlers, voyage et pourparlers qui durent plus de trois mois
(ibidem, p. 18322"28 : Τρίτον δέ ήδη τοϋτον άνύτων μήνα εξ οδ πρώτον αΰτόθεν έξήειν έκ
Βυζαντίου) et qui connaissent un aboutissement heureux vers la fin du mois de février
1299, après la fête de l'Apokréô (ibidem, p. 18417-18 : ήμέραι... καθ' άς απόκρεω ήμεϊς
γιγνόμενοι νομίζομεν έπειτα θεοσεβοΰντες νηστεύειν), qui tombait le 22 février 1299.
53. Voir Chronologie, p. 51-52.
54. Le séjour dure en effet presque deux ans : εΐν έτεσι δυσίν άγχι μάλ' ούλίγοιο δέοντος
(Δοξολογία, vers 743 : Μ. Treu, ρ. 21).
55. Δοξολογία, vers 764-767 : Μ. Treu, ρ. 21 ; cf. R. Guilland, Les logothètes,
REB29, 1971, p. 111-112.
56. Dans la préface de l'Introduction à l'astronomie (K. Sathas, MB, I, p. p',
ligne 1 ; p. pß', lignes 8-9), Théodore Métochitès écrit qu'il commença à étudier cette
science, sous la direction de Manuel Bryennios, alors qu'il «était déjà âgé de quarante-
trois ans» (τρί* ήδη καί τετταράκοντα γενόμενος έτη).
188 A. FAILLER

clairement en évidence l'accord entre les diverses données


chronologiques que le favori d'Andronic II a livrées sur lui-même dans
l'ensemble de son œuvre.

2. Les ambassadeurs de Ghazan à Constantinople


et la mort de l'ilkhan

Dans le premier chapitre du livre XII de son Histoire, Georges


Pachymérès traite des Mongols de Perse, les «Tatars orientaux»,
comme il les appelle, pour les distinguer des «Tatars occidentaux» que
sont les Mongols de la Horde d'Or. Il fait un long éloge de Ghazan,
ilkhan de Perse de 1295 à 130457 et allié occasionnel de l'empire
contre les Mamluks d'Egypte. L'historien expose les conditions de sa
succession et l'arrivée au pouvoir de Uldjaytu (1304-1316), frère et
successeur de Ghazan. Laissant de côté l'ensemble de ce récit, avec ses
imprécisions et ses erreurs, on portera l'attention sur un court passage
du texte qui, à la suite d'une erreur d'édition, a été mal interprété.
Il y est question de la mort de Ghazan, dont l'annonce fut portée à
l'empereur de Constantinople par l'intermédiaire de l'émir turc
Solymampaxis, qui, allié de l'empereur et gendre du Tatar Koutzim-
paxis, occupait un territoire aux environs de Nicomédie et entretint
un moment des relations amicales avec l'empire. Voici le texte grec tel
que l'a édité P. Poussines58 :
Και ούτω διαμηνυθέντος του συμβάντος τφ βασιλεΐ, ό του Καζάνου
θάνατος τοΤς εκείνου πρέσβεσι κατά πόλεις δήλος γίνεται, και το πένθος
σφίσιν αίρεται μέγα. "Ομως δέ και παρακαλούνται, βασιλέως πέμψαντος.
Le premier éditeur de l'Histoire a donné de ce passage la traduction
suivante :
Unde ad imperatorem quoque facti notitia pervenit. Secuta post
paulo Cazanis mors varie dimissis ex aula legatis significata per
civitates est, luctum passim ingentem declarantibus satrapis,
quos imperator, destinatis ad unumquemque sui talis interpretibus
offîcii, consolari humaniter studuit.
La traduction aggrave l'obscurité du texte en introduisant des
éléments étrangers à l'original grec, et on distingue mal la réalité que
le passage entend transmettre. L. Cousin, le traducteur de l'Histoire

57. Les chiffres de Georges Pachymérès sont inexacts : Ghazan régna huit ans et
demi (novembre 1295-mai 1304), et non six ans (Bonn, II, p. 4512) ; il mourut à trente-
deux ans et demi (novembre 1271 -mai 1304), et non à trente-cinq ans (p. 45613).
58. Georges Pachymérès, XII, 1 : Bonn, II, p. 45915"4602.
PACHYMERIANA NOVA 189

de Georges Pachymérès, qui s'en tient le plus souvent au texte latin


de P. Poussines, sans examiner attentivement l'original grec, a donné
de ce passage une traduction qui, dans sa brièveté, est encore plus
énigmatique que le texte grec qu'on vient de citer. La voici59 :
«et l'empereur même [en fut averti]. Tuctaïs [il faut évidemment
lire Ghazan] fut regrété dans toutes les villes, où la nouvele de sa
mort fut portée.»
Mais de quels ambassadeurs et de quelles villes s'agit-il au juste?
Apparemment, P. Poussines considère que la cour mongole dépêcha
des émissaires aux autorités turques, pour leur annoncer la mort de
l'ilkhan, et que l'empereur de Constantinople, informé à son tour de
ce décès, dépêcha de son côté des émissaires, pour présenter ses
condoléances aux autorités, et sans doute aux autorités turques, car il
n'était pas en relation directe avec un ensemble de tribus d'ethnie
mongole. Ainsi présenté et interprété, le passage de l'historien
fournirait de bons arguments aux tenants d'une prétendue
convivialité entre Grecs et Turcs en Anatolie, les uns comme les autres faisant
assaut de tolérance.
Mais la réalité et les faits qu'entend transmettre Georges
Pachymérès sont tout autres. La metaphrase, qu'il connaissait pourtant, aurait
pu mettre le premier éditeur de l'Histoire sur la bonne voie. Voici le
passage correspondant de la version abrégée :
Τοΰτο άκουστόν γεγονός, και πρέσβεις εκείνου, τότε κατά την πόλιν
οντες, άκούσαντες, έθρήνουν ώς είκος εκείνον πικρώς. 'Αλλ' ό βασιλεύς
αυτούς παρεμυθεΐτο.
On peut en donner la traduction suivante :
«Une fois la nouvelle apprise, les ambassadeurs de ce dernier
[c'est-à-dire de Ghazan], qui se trouvaient alors dans la Ville,
l'apprirent aussi et naturellement ils pleurèrent amèrement cet
homme. Mais l'empereur les réconforta.»
La metaphrase donne la solution : sur son modèle, le métaphraste n'a
pas lu πόλεις, mais πόλιν (désignant Constantinople). En fait, les deux
meilleurs manuscrits (A et C) ont conservé la leçon πόλις, que B, la
copie critique, a transformée en πόλεις, alors qu'il fallait la corriger en
πόλιν, comme en témoigne la metaphrase. Une fois la correction
effectuée, on peut donner de ce passage la traduction suivante :

59. L. Cousin, Histoire de Constantinople depuis le règne de l'ancien Justin jusqu'à la


fin de l'empire, VI/1, Paris 1685, p. 603.
190 A. FAILLER

«Ainsi l'événement fut notifié à l'empereur, et la mort de Ghazan


est révélée dans la Ville à ses ambassadeurs, chez lesquels elle
suscite un grand deuil. Cependant ils sont réconfortés par une
mission de l'empereur.»
En d'autres termes, les ambassadeurs de Ghazan apprirent à
Constantinople la mort de leur souverain. On peut donc supposer
qu'ils étaient arrivés dans la Ville peu de temps avant la mort de
l'ilkhan, décédé le 17 mai 1304e0. Le rétablissement de la bonne leçon
n'a pas seulement l'avantage de rendre un passage de l'Histoire
intelligible, mais il nous apprend en outre que, en réponse à
l'ambassade qu'Andronic II envoya à l'ilkhan de Perse et qui est
mentionnée à deux reprises par Georges Pachymérès61, Ghazan
dépêcha en retour des ambassadeurs à Constantinople. Ceux-ci
portaient sans doute une réponse positive à la demande d'alliance
d'Andronic II, qui devait être scellée par le mariage d'une fille de
l'empereur avec l'ilkhan. A cause de l'erreur d'édition, cette
ambassade mongole à la cour de Constantinople n'a pas été recensée
jusqu'à présent. Elle peut être datée de mai 1304, puisque les
ambassadeurs étaient encore présents dans la Ville, lorsque la
nouvelle de la mort de l'ilkhan y parvint, probablement vers la fin du
mois. En conséquence, on peut supposer que Ghazan avait agréé les
demandes présentées par les ambassadeurs d'Andronic II, dont le
départ de Constantinople doit à son tour être déplacé de quelques
mois, si l'on tient compte du temps de voyage. De fait, l'envoi de
l'ambassade date vraisemblablement du début de l'année 1304, car il
est signalé avant le retour dans la Ville de l'empereur Michel IX, qui,
rentrant d'une campagne malheureuse en Orient, fut accueilli dans
Constantinople par Andronic II le 24 janvier 1304e2.

3. L'école Saint-Paul de l'Orphelinat

L'article de Sophia Mergiali-Falangas publié dans ce même volume


de la revue permet d'apporter quelques corrections au passage des
Relations historiques de Georges Pachymérès se rapportant à l'école

60. B. Spuler, Die Mongolen in Iran. Politik, Verwaltung und Kultur der llchanzeil,
1220-1350, Leyde 1985, p. 89.
61. Georges Pachymérès, XI, 16, et XIII, 13 : Bonn, II, p. 40212 et 58813. En se
référant à la date de la mort de l'ilkhan comme terminus ante quem, F. Dölger
(Regesten, n° 2265) a placé avant le 17 mai 1304 l'ambassade envoyée par Andronic II à
Ghazan. Il ignorait que, en réponse, Ghazan avait dépêché à son tour des ambassadeurs
à Constantinople.
62. Georges Pachymérès, XI, 16 : Bonn, II, p. 40519"20.
PACHYMERIANA NOVA 191

Saint-Paul63. Je ne reviens pas sur les organismes en cause : l'article


qu'on vient de mentionner fait le point de manière claire. Mais il
permet aussi de rendre le texte de l'historien plus intelligible et
d'illustrer une fois de plus les procédés de composition qu'il utilise ici
et ailleurs, et qu'il n'est pas facile de discerner tant qu'on ne connaît
pas parfaitement les réalités sous-jacentes.
Le chapitre 14 du livre IV concerne avant tout le personnage de
Manuel Holobôlos. Dans le premier paragraphe64 est exposée la
résolution du patriarche Germain III de le réintégrer dans l'Église et
de lui confier une charge importante dans l'enseignement
ecclésiastique. Pour obtenir sa grâce auprès de Michel VIII, le patriarche
invoque le souci qu'a l'empereur lui-même de promouvoir
l'enseignement dans la capitale reconquise, et il espère le fléchir par cette
argumentation. Dans la longue phrase qui suit64, l'auteur explique
précisément le souci identique de l'empereur, qui l'a déjà amené à
prendre les deux décisions suivantes :
— nomination et rétribution d'un clergé compétent pour les deux
églises des Saints-Apôtres et des Blachernes, clergé constitué des
meilleurs prêtres des paroisses de la ville ;
— fondation d'une école de «grammairiens» près de l'église Saint-
Paul du vieil Orphelinat66, dont les élèves et le maître sont
rétribués et suivis par l'empereur en personne, qui visite l'école,
suit les progrès des élèves, donne des récompenses et fixe les
congés.
Cette longue phrase n'est en fait qu'une incidente, destinée à justifier
l'attitude bienveillante de l'empereur envers le projet du patriarche,
qui lui demandait de réintégrer un homme qui avait violemment
combattu le pouvoir. Pour bien montrer la structure du chapitre, il
aurait fallu, dans la nouvelle édition, revenir à la ligne après cette
incise, pour montrer que la dernière phrase du chapitre67 doit être
rattachée au premier paragraphe. Ainsi le troisième paragraphe doit
être rapproché du premier, le deuxième ne constituant qu'une incise,
qu'on pourrait, dans tous les sens du terme, mettre entre parenthèses.
Le Τότε δ' ούν marque l'assentiment de l'empereur à la volonté du
patriarche, tel qu'il a déjà été exprimé à la fin du premier paragraphe,
et cela de manière incisive, par l'emploi d'une sorte d'infinitif absolu

63. Voir ci-dessous, p. 237-246. Le passage en question se trouve au chapitre 14 du


livre IV (nouvelle édition, II, p. 36924-371δ).
64. Nouvelle édition, II, p. 3697 23.
65. Nouvelle édition, II, p. 3692*-3712.
66. En fait, il s'agit plutôt de la restauration d'une vieille institution.
67. Nouvelle édition, II, p. 37P-6.
192 A. FAILLER

dont la justification grammaticale fait d'ailleurs difficulté68. Le


rapprochement est d'autant plus frappant que l'historien reprend le
même verbe, au préverbe près (καθυποκλίνειν et ύποκλίνειν), emploie
deux synonymes pour exprimer la demande du patriarche (άξίωσις et
αίτησις) et adopte la même construction infinitive en mode
indépendant (καθυποκλΐναι et προσπαθήσαι) : και τη αξιώσει καθυποκλΐναι d'une
part, Τότε δ' ούν ύποκλιθέντα ταΐς του ίεράρχου αίτήσεσι, προσπαθήσαι
d'autre part69.
En conclusion, il faut donc distinguer trois paragraphes dans ce
chapitre70, et non deux. Le premier et le dernier paragraphe
concernent Manuel Holobôlos et l'École patriarcale (dont le site n'est
pas indiqué), le deuxième concerne l'école impériale de Saint-Paul du
vieil Orphelinat (situé vers la pointe nord-est de la ville).
Le sens et la portée du texte apparaissent dès lors plus clairement.
La traduction, quant à elle, peut être améliorée également sur
quelques points. Le mot «Orphelinat» doit être considéré comme un
nom propre et écrit avec une majuscule, aussi bien dans le texte grec
que dans la traduction71; dans le contexte où il est employé, le mot
λόγοι doit être entendu au sens de «lettres»72, plutôt que de «sciences»
ou de «connaissance», car il s'agit, de manière stricte, de formation de
«lettrés». Quant au participe γραμματικευομένων73, il est parfaitement
traduit par le mot «grammairiens», dont l'emploi rappelle ici certain
vieil usage français, qui distinguait, concernant l'école secondaire, la
grammaire (de la sixième à la quatrième : 11-13 ans) des humanités
(de la troisième à la première : 14-16 ans). Dans la note
cor espondante, il faut cependant corriger «école élémentaire» en «école moyenne»
(plutôt que «secondaire»), en se référant aux données exposées dans
l'article cité plus haut. D'après toutes les mentions relevées dans cette
même étude, il apparaît que le titre d'« école de grammairiens» était
appliqué, depuis sa fondation, à l'institution créée par Alexis
Komnènos ; cette dénomination est attestée par divers auteurs sous
des formes très proches : παιδευτήριον των γραμματικών, διδασκαλεΐον

68. Voir A. Failler, Trois particularités syntaxiques chez Georges Pachymérès,


BEB 45, 1987, p. 184-193 (le présent passage est cité à la page 185, sous le n° 2).
69. Nouvelle édition, II, p. 36923 et p. 3712.
70. Ibidem, respectivement p. 369723, 36924"3712, 3712Λ
71. Ibidem, p. 36928.
72. Ibidem, p. 36931 (και δπγ) λόγων προκόπτοι : «quel progrès chacun faisait dans les
lettres»).
73. Ibidem, p. 36929.
PACHYMERIANA NOVA 193

γραμματικών, σχολή των γραμματικών74. La formule utilisée par Georges


Pachymérès (γραμματικευομένων σχολή) doit être considérée comme un
équivalent plus littéraire du titre officiel de l'école Saint-Paul.

4. Georges Pachymérès et Proklos

Dans l'introduction à l'édition du Commentaire de Proklos (412-


485) sur YAlcibiade de Platon, on peut lire un intéressant exposé sur la
connaissance directe qu'avait Georges Pachymérès du philosophe
néoplatonicien Proklos et de ses œuvres, qu'il a copiées de sa propre
main à l'occasion, probablement pour les besoins de son
enseignement75. Ainsi il n'a pas commenté uniquement Aristote, dont l'œuvre,
en cette fin du 13e siècle, était lue, appréciée et enseignée davantage
que celle de son maître. L'intérêt de l'historien pour le maître de
l'Académie est à nouveau confirmé par la récente réédition d'un
Commentaire anonyme sur la seconde partie du Parménide (142b-
166c)76, qui vient compléter le Commentaire de Proklos sur la
première partie du dialogue (126a-142b). Or le Parisinus gr. 1810, qui
a conservé, sur les folios 214-224V, le Commentaire sur la seconde
partie du Parmènide1'1 , est entièrement de la main de Georges
Pachymérès ; avec de sérieux arguments, les éditeurs considèrent que
le copiste du manuscrit est également l'auteur du commentaire de
cette partie, qu'il aurait composé pour suppléer une lacune de son
modèle ; ils relèvent en particulier une parenté entre ce texte et son
commentaire de la philosophie d'Aristote. Il est vrai que le style ne
possède aucune caractéristique particulière qui permette de découvrir
l'auteur et qui rappelle la plume de Georges Pachymérès historien et
rhéteur. Mais ce n'est pas un argument contre l'authenticité du
Commentaire sur le Parménide, car les autres écrits philosophiques ou
scientifiques de Georges Pachymérès, qui constituent probablement

74. Les trois expressions sont empruntées respectivement à VAlexiade d'Anne


Komnènè, à l'Histoire de Zônaras et à un texte canonique concernant Basile Pédiaditès
(voir les références dans l'article déjà cité).
75. A. Ph. Segonds, Proclus. Sur le Premier Alcibiade de Platon, Texte et
traduction, I, Paris 1985, p. cxi-cxvm.
76. George Pachymérès. Commentary on Plato's Parmenides [Anonymous Sequel to
Proclus' Commentary], édition de Th. A. Gadra et alii, introduction de
L. G. Westerink, Athènes-Paris-Bruxelles 1989. Le titre de la page xxiv peut
paraître hardi pour une œuvre anonyme dont l'auteur n'est pas expressément nommé
dans les manuscrits ; on aurait attendu plutôt une formulation inverse : 'Ανωνύμου
Συνέχεια τοϋ Υπομνήματος Πλάτωνος [Γεωργίου τοϋ Παχυμέρους, Υπόμνημα εις τον
Παρμενίδην Πλάτωνος],
77. Cette seconde partie anonyme du Commentaire avait été généralement attribuée
jusque-là à Damaskios (vers 462 -après 538).
194 A. FAILLER

au départ des cours professoraux, sont rédigés dans le même style


simple et de caractère didactique, si bien que toute comparaison avec
les œuvres rhétoriques est vaine ou, plutôt, déplacée.
Mais revenons au Commentaire de Proklos sur VAlcibiade copié par
Georges Pachymérès dans le manuscrit de Naples, pour signaler un
point de détail. L'éditeur relève une expression qui se rencontre
fréquemment chez les néoplatoniciens, et en particulier chez Proklos,
et que Georges Pachymérès utilise aussi dans l'introduction de son
Histoire : διπλή άγνοια78; la double ignorance, une sorte d'ignorance à
la puissance deux, consiste à «ignorer qu'on ignore» ou à «ignorer son
ignorance». J'avais cherché en vain l'expression dans sa littéralité
chez Platon ou dans les œuvres néoplatoniciennes. N'ayant rien
trouvé, je m'étais contenté d'inscrire dans l'apparat la référence à
deux passages de Platon, à qui revient en effet la paternité de l'idée,
mais qui l'exprime sous une autre forme : διπλώς άγνοεΐν. On pourra
ajouter à présent dans cet apparat les références à Proklos et
Olympiodôros que mentionne en note l'éditeur du Commentaire de
Proklos79.
On peut ajouter cependant que la formule néoplatonicienne n'est
pas d'une grande originalité par rapport à sa source ; le passage de
διπλώς άγνοεΐν à διπλή άγνοια ne demande pas un génie particulier et
pourrait aussi bien être le fait de Georges Pachymérès lui-même. Mais
la question ne se pose plus à partir du moment où celui-ci a copié un
texte où elle revient à plusieurs reprises. Signalons que Georges
Pachymérès la cite aussi dans une de ses Declamationes, et
successivement sous deux formes proches, à la fin d'une proposition et au début
de la suivante : ... την διπλήν άγνοιαν έχοντα. Ό διπλήν δ' άγνοών...80.
L'éditeur des Declamationes suggère de suppléer άγνοιαν dans le second
cas, mais ce n'est pas nécessaire sur le plan grammatical.
On peut donc admettre que Georges Pachymérès a emprunté la
formule à Proklos, dont il a copié le Commentaire sur YAlcibiade,
d'autant plus que le travail de copie précède sûrement la composition
définitive de l'Histoire, à laquelle il ne mit la dernière main que vers
la fin de sa vie. Il ne faut cependant pas essayer de trop prouver.
Dans son élan, l'éditeur du Commentaire de Proklos a cru trouver
d'autres indices pour affirmer que Georges Pachymérès connaît la
littérature néoplatonicienne et s'en inspire. Voici la note qui présente
l'argumentation81 :

78. A. Ph. Segonds, op. cit., p. cxvm n. 1-2; Pachymérès, I, 1 : nouvelle édition,
apparat, p. 25810, avec la note 2 de la page 24.
79. A. Ph. Segonds, op. cit., p. cxvm n. 2.
80. J. F. Boissonade, G. Pachymeris Declamationes XIII..., Paris 1848, p. 1821«17.
81. A. Ph. Segonds, op. cit., p. cxvm n. 3.
PACHYMERIANA NOVA 195

«Je relève quelques autres réminiscences possibles [outre la διπλή


άγνοια] d'auteurs néoplatoniciens : I 8, p. 43.2-3 νύκτωρ και μεθ'
ήμέραν Ale, 106 A [lire Ε] 9 et Marinus, Proclus, 3, p. 6 F. ; III 5,
p. 241.8 υπέρ τα έσκαμμένα πηδάν : Marinus, Proclus, 1 (voir encore
IV, 26, p. 399.24-25; VI, 34, p. 653.18); IV 5, p. 341.25 : κακόν τω
κακω ίασθαι, cf. Olympiodore, In Ale, 146.2-7; IV 28, p. 409.19
οστράκου μεταπεσόντος : Phaedrus, 241 Β, mais aussi Marinus,
Proclus, p. 38 F.»
L'éditeur a soin de souligner qu'il s'agit de réminiscences possibles.
Mais, à mon avis, ces références n'ont aucune valeur démonstrative. Il
s'agit d'expressions proverbiales et toutes faites qu'un rhéteur grec ou
byzantin emploie à chaque détour de phrase. La deuxième82 et la
quatrième se trouvent d'ailleurs incluses dans le recueil de Leutsch et
Schneidewin, tandis que la première et la troisième ont la même
ancienneté, l'une étant employée au plus tard par Platon lui-même,
comme le mentionne l'éditeur, et l'autre par Hérodote. L'emploi de
ces lieux communs prouve seulement une chose : que l'auteur a «fait
sa rhétorique»! Si donc le premier argument de l'éditeur (la citation
de l'expression néoplatonicienne διπλή άγνοια dans l'Histoire de
Georges Pachymérès) peut constituer une intéressante piste de
recherche, il est vain par contre de faire appel aux expressions
proverbiales qui sont mentionnées dans cette note, car celles-ci sont
trop communes pour fonder une parenté entre deux auteurs ou entre
deux styles. Mais cela ne détruit pas l'argumentation et n'enlève rien
à l'intérêt général de l'exposé.

Albert Failler
C.N.R.S. - URA 186
et Institut français d'Études byzantines

82. La référence que donne l'éditeur du Commentaire de Proklos ne convient


d'ailleurs pas très bien, car, alors que Georges Pachymérès emploie constamment la
forme du dicton habituellement usitée (υπέρ τα έσκαμμένα πηδαν), Marinos de Naples
utilise une forme extrêmement rare, tout en rappelant qu'il s'agit d'un dicton : καί μή,
το λεγόμενον, υπέρ τά έσκαμμένα αλλεσθαι.