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Alf.

Devoir

Contribution à l'étude de l'Ère monumentale préhistorique :


l'Architecture mégalithique bretonne et les observations solaires
(Suite)
In: Bulletin de la Société préhistorique de France. 1916, tome 13, N. 1. pp. 70-80.

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Devoir Alf. Contribution à l'étude de l'Ère monumentale préhistorique : l'Architecture mégalithique bretonne et les observations
solaires (Suite). In: Bulletin de la Société préhistorique de France. 1916, tome 13, N. 1. pp. 70-80.

doi : 10.3406/bspf.1916.7143

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_1916_num_13_1_7143
70 SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE

Contribution à l'étude de l'Ere monumentale


préhistorique : l'Architecture mégalithique
bretonne et los observations solaires (Suite) (1).

Alf. DEVOIR (Brest, F.),


Capitaine de Frégate.

Il n'en existe d'ailleurs, dans le Finistère, qu'un très petit


nombre (2); et je n'en ai fait mention que pour montrer la vraisem
blancede l'opinion énoncée précédemment.
Les chambres à parois maçonnées se rencontrent dans tous les
terrains. Un des groupes les plus denses correspond à l'ellipse gra
nitique du Huelgoat; un autre dans la commune de Loqueffret et
les communes voisines appartient aux divers étages du dévonien.
Au point de vue de la répartition topographique, le Sud et le
Centre du département en sont plus riches que le Nord, d'après les
meilleurs relevés.
L'orientation des chambres maçonnées est, en principe, facile à
déterminer, à deux ou trois degrés près, les parois des grands côtés
étant généralement presque parallèles, mais, dans la pratique, on
ne peut guère compter que sur des déterminations faites au moment
même de l'ouverture.
Ces monuments, une fois explorés, résistent en effet fort mal aux
intempéries, leurs maçonneries se désagrègent ou s'effondrent, sur
tout si le recouvrement a été déplacé ou brisé pour la commodité
des fouilles, et trop nombreux sont les chercheurs qui ont omis de
nous renseigner à ce sujet-
Par leur faute, toute chambre ouverte est définitivement perdue
pour la science.
Je résumerai plus loin les observations d'orientation faites sur les
monuments de ce type par M. du Châtellier, qui en a exploré un
très grand nombre et dont les relations représentent la documentat
ion la plus complète que nous possédons sur ce mode de l'archi
tecture préhistorique.
Les chambres à recouvrement ne sont pas les seules construc
tions à éléments mégalithiques qui se soient conservées jusqu'à
nous. Le Sud du Finistère possède encore quelques groupes de
chambres « à ciel ouvert », implantées dans des tertres d'assez

(1) Voir Bull. Soc. Préh. 1 ravç, 1915, № 10, p. 369; № 11, p. 403; № 12, p. 458.
(2) Coatmoeun en Brennilis, Noroc'hou en Loqueffret, Kerastrobel en Crozon ;
il est impossible de ne pas être frappé de la ressemblance du tracé de ces voûtes
avec celui des arches du pont de Sainte-Catherine, près Carhaix, d'époque gau-
'oise, selon du Cbâtellier. NC.
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grande surface, mais de faible relief (T.ronval et Lesconil en Plo-
bannalec (NC), Pen ar menez et Kervilloc ou Kervillogan en Treffia-
gat(NC).
Dans ces curieux ensembles, un dolmen domine généralement les
chambres éparses autour de lui, sans orientation ou ordre appa
rents; ce dolmen, de dimensions modérées, a sa table fortement
inclinée, deux supports étant nettement plus courts que les autres :
cette disposition commune à trois au moins de ces ensembles,
paraît intentionnelle.
Les explorations ont donné des récoltes intéressantes et ont
révélé l'existence de petits coffres en pierres plates accolés aux
blocs principaux des chambres, elles ont été malheureusement sui
vies de mutilations par les usagers du sol, et il est à craindre que
ces monuments, encore insuffisamment étudiés dans leur architec
ture, aient d'ici peu disparu. La partie Est de celui de Lesconil est
actuellement exploitée pour la construction des clôtures de champs,
Peu ar menez est bouleversé : son tertre avait 64 mètres sur
20 mètres.
Les Coffres, particulièrement nombreux aux abords de la baie
d'Audierne et dans le canton de Quiberon, n'ont absolument rien de
monumental ; on les rencontre parfois groupés dans des tertres,
plus souvent isolés, au cours des défrichements.
Formés de pierres plates dont les plus longues n'atteignent pas
2 mètres, sur quelques centimètres d'épaisseur, ils ont pu être
construits sans le secours d'aucun engin mécanique, leur simplicité
même en permettait la multiplication.
Les circonstances de leur découverte d'une part, et de l'autre la
facilité avec laquelle ils peuvent être fouillés, puis bouleversés, sont
pour les coffres des causes de disparition : il n'a été recueilli, sur
leurs orientations que fort peu de renseignements absolument surs.
Ces petites constructions sont néanmoins intéressantes au point
de vue architectural, comme formées, ainsi que les dolmens, d'un
nombre restreint d'éléments, l'avenir nous dira peut-être si elles en
constituent le prototype ou de simples réductions.

Les Tumulus.

Il me reste enfin à mentionner, comme dernier genre de vestiges


de 1ère monumentale, des amas terreux on argileux, parfois de grand
volume, qui n'abritent ni chambre totalement ou partiellement
mégalithique, ni coffres, et dont je parlerai plus loin. Ces derniers
termes d'une série où la masse des éléments va sans cesse en dimi
nuant, nous amènent naturellement à nous occuper d'amas ana
logues, superposés aux constructions des types définis précédem-
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ment, autrement dit à étudier la question des Tumulus de recouvre
ment.
La question des Recouvrements. — Statistique.
Cette question est, comme je l'ai déjà fait remarquer, l'une des
moins controversées de l'archéologie. C'était, il y a quelques années
à peine, un dogme qu'aucun sceptique ne cherchait à ébranler ;
aujourd'hui ce n'est plus qu'un postulátům dont il me paraît indis
pensable de préciser la valeur.
La seule méthode acceptable en pareille matière est l'examen des
monuments, soit direct, soit sur documents autorisés, avec établi
ssement consécutif d'une statistique sommaire.
Je me propose, dans ce qui suit, de faire cette étude pour des
régions très diverses du Finistère ; mes observations personnelles
me permettent de compléter, sur certains points, les renseignements
fournis par M. du Chàtellier dans son précieux inventaire des
monuments de ce département (1).
1° Partie Nord de Г arrondissement de Brest (granits, gneiss et
micaschistes). — 46 tumulus fouillés recouvraient : chambre à
encorbellement, 1 ; chambre à parois composites, 1 ; chambres à
parois maçonnées en pierres sèches, 44; chambres à ossature enti
èrement mégalithique, 0.
Il existe encore dans cette région 21 dolmens, tous découverts;
8 d'entre eux ont encore leur tertre de construction. Le dolmen à
supports ornés de Kermorvan en Ploumoguer est enfoui sous un
amas de terres et de pierrailles qui fait partie d'un système de
retranchements remanié à différentes époques, notamment au
xvne siècle ; il n'a été reconnu qu'en 1898.
2° Canton du Huelgoat (arrondissement de Chateaulin, granit pré
dominant). — Dans ce canton, très riche en tumulus, 66 explora
tions ont donné comme résultats, en ce qui concerne les construc
tions mises au jour : chambres à encorbellement, 5; chambres à
blocs arc-boutés, 2; chambres à parois composites, 3; chambres à
parois maçonnées en pierres sèches, 19; chambres à, ossature enti
èrement mégalithique, 0; coffres (généralement un seul par tumul
us),6.
31 autres tumulus ne renfermaient aucun monument, bien qu'ils
fussent presque tous inviolés au moment où la fouille fut entre
prise.!
On voyait de plus, dans ce canton 4 dolmens, tous décou
ve rst.
(1) Epoques préhistoriques et gauloises dans le Finistère. 2e édition, 1907.
L'auteur y décrit les fouilles effectuées par lui, en mentionnant, pour chacune, le
type du monument rencontré.
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3° Canton de Pleyben (arrondissement de Châteaulin, granit et
dévonien). — 37 tumulus fouillés abritaient : chambres à encorbel
lement, 2; chambres à parois maçonnées en pierres sèches, 10;
chambres à ossature entièrement mégalithique, 4; coffres, 11.
10 autres ne renfermaient aucun monument.
Le canton possède en outre 4 dolmens découverts.
11 est à remarquer que, sur les quatre monuments entièrement
mégalithiques indiqués ci-dessus comme enfouis, trois sont de dimens
ions comparables à celles des chambres à parois maçonnées ; le
quatrième seul peut compter parmi les dolmens à galerie de grand
développement : c'est le monument de Brennilis, dont il a déjà été
parlé précédemment.
4° Arrondissement de Morlaix (prédominance des granits et des
roches métamorphiques sur les sédiments siluriens et dévoniens).
21 fouilles ont donné : chambre à encorbellement, 1; chambres à parois
composites, 4; chambres à parois maçonnées en pierres sèches, 15 ;
chambre entièrement mégalithique, 1 ; six autres tumulus ne recou
vraient aucun monument ; et deux, bien caractérisés, ont livré des
objets en fer.
Je connais dans cet arrondissement 14 dolmens, tous découverts,
dont 3 ont encore des traces de tertre. Un autre, couvert par la mer
aux grandes marées, montre un solide cromlech de soutènement.
6 au moins comptent parmi les plus remarquables de Bretagne,
notamment la galerie à supports ornés du Mougaubian en Commana.
M. du Châtellier cite un nombre plus considérable (21) de do
lmens découverts. La chambre entièrement mégalithique mentionnée
plus haut comme enfouie est le grand dolmen de Brétouaré, en
Plounévez-Lechrist. Ce monument est en partie tapissé de lierre ;
deux maisons le touchent presque et dans l'angle qu'elles forment
sont jetés journellement des détritus et des pierres ; le tertre de
construction est manifeste, je ne puis en dire autant de l'amas qui
lui est superposé. Le seul tumulus sur dolmen de l'arrondissement
est au moins douteux.
5° Arrondissement de Quimperlé (bandes alternées de granit, gneiss
et micaschistes). Les fouilles paraissent avoir été assez peu nomb
reuses dans cet arrondissement, et effectuées en général dans
d'assez mauvaises conditions ; elles ont donné deux fois des chamb
resà parois maçonnées ; pour le reste, les indications du type des
constructions font défaut.
L'inventaire de M. du Châtellier fait mention de 21 tumulus, et
d'un nombre plus important de dolmens, tous découverts ; il en
compte 37.
J'ai constaté, en 1913 que 3 au moins avaient disparu, en ne lais
sant que peu ou point de traces; sur les 15 que j'ai visités, 4 gardent
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encore des restes du tertre de construction. Plusieurs sont des do
lmens à galerie de très grand développement, 12 mètres et plus (1).
6° Arrondissement de Quimper (Constitution géologique se rappro
chantde celle du précédent).
L'arrondissement de Quimper est le plus riche du département en
restes de l'ère monumentale préhistorique ; ces restes sont particu
lièrement serrés en bordure des rivages, presque entièrement grani
tiques.
Il est intéressant de remarquer que l'influence des vents marins,
de l'air toujours saturé d'humidité et des pluies très fréquentes, n'a
pas fait disparaître les tumulus, hauts de 4 mètres et plus, qui se
voyaient ou se voient encore dans le voisinage immédiat de
l'Océan.
Dans cet arrondissement, l'auteur des « Epoques préhistoriques et
gauloise » mentionne plus de 150 tumulus et donne, pour 77 d'entre
eux, des indications précises sur le genre du monument recouvert.
En voici le dénombrement : chambre à encorbellement, 1 ; chambres
à parois composites, 1 ; chambres à parois maçonnées en pierres
sèches, 20 ; chambres à ciel ouvert (groupes), 16; coffres (un ou plu
sieurs par tumulus), 27 ; chambres entièrement mégalithiques, 12.
Pour 98 autres tumulus, les indications de type manquent ou sont
imprécises ; 3 enfin ne renfermaient aucun monument.
Le nombre des dolmens non couverts est, par contre, de 78 dans
la même région, y compris ceux qui dominent les groupes de cham
bres à ciel ouvert et sont implantés dans les tertres de construction
de ces groupes.
Les résultats totalises pour les six régions précitées donnent, en
ne tenant compte que des tumulus pour lesquels les indications de
type sont bien établies, les chiffres suivants : chambres à encorbel
lement, 10; chambres à parois composites, 9; chambres à parois
maçonnées de pierres sèches, 108; chambres à ciel ouvert (groupes),
16; coffres (un ou plusieurs par tumulus), 44; chambres entièrement
mégalithiques, 17.
44 tumulus ne renfermaient aucun monument.
Le nombre des dolmens à l'air libre de tous genres est au total de
165; soit 90 °/0 de l'ensemble des monuments à ossature entièrement
mégalithique. Ce nombre est à celui des chambres enfouies, total
ement ou partiellement mégalithiques, coffres, etc , comme 9 est à 8,
ou à peu près.

Si du Finistère nous passons au Morbihan, les inventaires four


nissent des renseignements tout aussi intéressants. Un opuscule de

(1) Trois au moins de ces grandes galeries ont été violées à l'époque romaine
(du Ghâtellier).
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Zacharie Le Rouzic (1) résume ainsi, en ce qui concerne la plus
riche de nos régions monumentales :
Commune de Carnac, une cinquantaine de dolmens, 6 tumulus ;
communes voisines, entre les rivières d'Etel et d'Auray (Erdeven,
Plouharnel, Grac'h, la Trinité, Saint Philibert, Locmariaker),
environ 200 dolmens, 2 tumulus.
Ces chiffres comprennent, pour les dolmens de tous types, non seu
lement les monuments bien ou assez bien conservés, mais aussi les
ruines indiscutables.
Dans sa brutale simplicité, un tel résumé impose quelques remar
ques.
1° Le petit nombre des tumulus sur dolmens contraste avec le
grand nombre des dolmens à l'air libre; d'autre part une forte pro
portion de ceux-ci garde encore des traces nettes du tertre de cons
truction (2).
2° Plus rares que les tumulus de recouvrement sont les chambres
à parois maçonnées, même en y comprenant celles à parois compos
ites ; des dolmens « fermés » de tracé circulaire ou presque, fo
rment la moitié du total des monuments enfouis (Saint-Michel №s 1
et 2; Mané er Hroeck; Moustoir); deux des tumulus correspondants
sont parmi les plus volumineux connus.
3° En admettant que l'auteur de l'opuscule précité ait volontaire
ment omis, dans une brochure de vulgarisation, plusieurs tumulus
de recouvrement de lui connus, le nombre de ces buttes artificielles
reste incontestablement bien inférieur à celui des dolmens de tous
types, découverts pour la plupart il y a un siècle, c'est-à-dire au
début de la période des fouilles, et alors que le rapport des surfaces
cultivées aux surfaces incultes était beaucoup plus faible qu'aujourd
'hui.

Tous ces chiffres ont une indéniable éloquence, et la statistique


précédente, dérivant de renseignements des plus solides, peut se
traduire ainsi :
a) Les chambres à parois maçonnées et à parois composites, toutes
enfouies au moment où leur exploration est entreprise, l'étaient fo
rcément à une époque antérieure et vraisemblablement aux temps de
l'ère monumentale préhistorique.
b) Le tumulus est par lui-même une manifestation de l'antique

(1) Carnac et ses monuments.


("2, Je ne puis considérer comme tumulus des buttes qui entourent certains
groupes de dolmens (Rondossec, Mané Kerioned, Mané Lud, etc.) dont les tables
riépnssaient le sommet au moment des premières explorations : ce sont de solides
tertres de construction.
76 SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE
architecture, manifestation absolument typique et en dehors de toute
considération de monument recouvert ; nous avons vu, en efiet, que
de nombreux tumulus finistériens n'abritent aucune construction
monumentale; je reparlerai plus loin de ceux-ci.
3° Les dolmens des tracés les plus divers ne sont actuellement
enfouis que dans une très faible proportion; rien ne permet de géné
raliser du petit nombre à la totalité et de conclure à l'enfouiss
ement règle absolue.
Bien au contraire, la conservation des tumulus recouvrant toules
les chambres à parois maçonnées ouvertes par M. du Châtellier
dans le Finistère (1) montre la résistance de ces buttes artificielles,
souvent voisines de dolmens dénudés ; il serait étrange que l'érosion
atmosphérique ait épargné tous les premiers, pour s'attaquer spé
cialement à la plupart de ceux qui auraient pu surmonter tous les
monuments à supports mégalithiques; le non enfouissement, à l'or
igine, de beaucoup de dolmens aujourd'hui découverts est une opi
nion très soutenable, tandis qu'une preuve ferme du contraire ne
peut être apportée.

Contre cette opinion, que trouvons nous? Une déduction de la


croyance fondamentale des créateurs de l'Archéologie préhistorique,
énoncée alors que la science était encore bien jeune et ne disposait
que d'une documentation tout à fait restreinte. Les chambres à
parois maçonnées étaient ignorées et dans les dolmens-sépulcres
les restes humains n'étaient guère recherchés. Accepter cette déduct
ion,envers et contre tout, serait la négation du libre examen scien
tifique.
Pour ma part, je n'hésite pas à considérer comme extrêmement
vraisemblable, pour nepas dire certain, l'enfouissement, à l'origine, de
toutes les chambres à parois maçonnées ou composites ; mais je me
refuse à admettre, jusqu'à intervention d'un argument irréfutable et
qui ne semble pas devoir être formulé de sitôt, l'enfouissement ori
ginel des dolmens qui n'étaient pas, lors de leur première explora -
ration, surmontés d'un tumulus de recouvrement ou ne le sont pas
aujourd'hui.

Conséquences des données précédentes : monuments et mobiliers.

Sans vouloir entrer ici dans la très ardue discussion de l'âge


relatif des monuments, j'estime utile d'indiquer à grands traits les
conséquences des données précédemment établies et qui limitent aux

(1) La même remarque s'applique aux tumulus qui n'abritent aucune cons
truction monumentale ; plusieurs d'entre eux cités et explorés par M. du Châtell
ier dépassaient le sol naturel de 2 à 3 mètres ; ils étaient donc comparable»,
comme volume, à bien des tumulus sur chambres.
SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 77
constructions actuellement enfouies, et à celles dont l'enfouissement
a été scientifiquement constaté au cours du dernier siècle, le postu
látům généralement admis pour les chambres à parois mégalithiques
comme pour celles à parois maçonnées.
Ces dernières renferment, sauf exceptions extrêmement rares, des
restes humains, incinérés ou inhumés ; des fouilles, faites avec le
plus grand soin, depuis cinquante ans, établissent le fait sur des
bases inébranlables.
Les chambres à parois maçonnées ou composites étaient donc des
sépultures ou mieux des sépulcz*es ; j'ajouterai même qu'elles ne
pouvaient être rien d'autre, le tumulus de recouvrement devant
cacher aux yeux de tous, sous sa chape étanche et inviolable, le
monument à jamais enfoui.
Comme je l'ai déjà dit, la cellule faite de pierres disposées régu
lièrement, avec recouvrement mégalithique ou à encorbellement,
peut ne pas exister ; quelques très petites dalles constituent en pareil
cas l'élément inférieur de protection des restes, incinérés dans la
plupart des sépultures de ce genre.
L'importance prédominante du tumulus dans les rites de leurs
architectes est d'ailleurs bien mise en valeur par cette observation
de l'auteur des « Epoques préhistoriques et gauloise dans le Finis •
tèreï qu'à la base de certains d'eux on rencontre, àla place ordinaire
des cendres, un petit mulon de sable très blanc. L'hypothèse d'un
monument commémoratif, d'un « tumulus de souvenir », pour
employer l'expression du savant archéologue, est incontestablement
séduisante.
Les chambres à parois maçonnées des cantons du Huelgoat et de
Pleyben n'ont souvent livré, comme tout mobilier, qu'un vase gross
ier, fait sans le secours du tour ou du plateau ; des vases du même
genre se retrouvent dans les sépultures plus richement garnies des
arrondissements du Nord et du Sud, à côté d'armes de bronze et de
pointes de flèches en silex, d'un travail très délicat (1).
La similitude des vases autorise, jusqu'à preuve du contraire, à
rapporter toutes ces sépultures à un même stade de civilisation, de
durée d'ailleurs imprécise, correspondant à l'emploi courant du
métal et à un haut degré de perfection et d'élégance dans la fabrica
tion des très petits objets en silex (2).
(1) Dans sa monographie du canton du Huelgoat (Berrien), le même auteur
mentionne, près d'un tumulus inviolé, une allée couverte, dont la table a été débi
téepar des carriers : elle était done a l'air libre.
(2) Les fouilles de M. du Châtellier n'ont donné qu'un objet en pierre polie,
recueilli dans la grande chambre à parois maçonnées de Kerhuébras en Plonéour
Lavern (N.-G). — A rapprocher de la belle pendeloque en callais de la Chambre
composite d'Er Grah, en Locmariaker.
(3) Les fines barbelures de ces pointes peuvent être imitées par simple pression
d'un bâtonnet dur.
78 SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE
Ces pointes ont elles servi a armer les flèches usuelles? La question
me paraît devoir être résolue par la négative ; des éclats aussi min
ces sont fragiles ; le travail difficile et hasardeux nécessité par leur
confection devait en faire des choses précieuses ; il faut sans doute y
voir de véritables fétiches, rappelant les temps déjà lointains où le
métal était encore inconnu.
Une caractéristique commune à tous les tumulus dont je viens de
parler est le soin extrême apporté aux travaux destinés à assurer
l'étanchéité de la chambre funéraire ; le tumulus comprend toujours
une chape plus ou moins épaisse faite soit d'argile calcinée en place,
comme le montrent les débris de charbon dont elle est parsemée,
soit de vase liante, fluviale ou d'estuaire, suivant les régions. Cette
dernière forme aux embouchures des petits fleuves bretons des
bancs épais et étendus, témoins de la puissance de l'érosion torrent
ielleaux temps quaternaires.
Des précautions analogues ont été prises pour la protection des
chambres à tracé fermé sur lui-même que recouvrent les grandes
buttes artificielles morbihannaises, et notamment celles du Mont-
Saint-Michel de Carnac, de Tumiac et du Mané er Hroech ; dans
cette dernière, on n'a rencontré que des éléments pierreux surmont
ant une chambre à parois maçonnées et partiellement excavée dans
le sol, comme le sont de nombreuses constructions finistériennes.
Les deux autres sont caractérisées par trois enveloppes superpos
ées, l'inférieure et la supérieure en pierres, la moyenne en vase
d'estuaire, capable à elle seule de s'opposer à la pénétration des
eaux pluviales.
Au Mané er Hroeck, c'est l'épaisseur même du monticule qui
garantit l'étanchéité, grâce à des éléments terreux interposés, en
faible quantité d'ailleurs, et malgré l'absence d'une chape complète
en matériaux plastiques.
Dans ces trois monuments, l'énormité du tumulus contraste avec
la petitesse de la chambre ou des chambres recouvertes ; la remar
que en a été faite depuis longtemps ; elle s'applique également aux
sépultures du Finistère étudiées précédemment, bien que les monti
cules abritant ces dernières soient bien inférieurs, comme hauteurs
et comme masse, aux célèbres tumulus morbihannais.
Ceux-ci donnent incontestablement, au même titre que les autres,
l'impression de sépultures définitivement closes et enfouies aussitôt
après fermeture de la chambre ; mais cette impression tend plutôt à
s'affaiblir, quand on considère les récoltes qu'ils ont livrées. « II n'y
« a pas de région, a dit M. E. Cartailhac (1), qui ait fourni de plus
« belles et de plus nombreuses haches en roches rares que la Bre-

(1) La France préhistorique.


SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 79
« tagne. Mais elle les doit presque exclusivement à trois ou quatre
« sépultures (1) ».
La brisure intentionnelle de quelques-uns de ces remarquables
instruments épaissit encore le mystère; si nous pouvons, dans cer
taine mesure, essayer de comprendre la mentalité des préhistori
ques, en tant que constructeurs, des générations trop nombreuses
nous séparent d'eux pour que nous soyions à même de saisir la plu
part de leurs autres concepts.
Pourquoi cette accumulation de haches faites de roches import
ées ou rares dans trois ou quatre cryptes de médiocres dimensions,
quand d'autres inviolées n'en renfermaient qu'un petit nombre en
matières communes ?
Pourquoi ces monuments à mobilier exceptionnel sont-ils localisés
à une région de quelques kilomètres carrés d'étendue, plus restreinte
encore que l'aire bretonne de dispersion des perles et pendeloques
en callais? Or, si la jadéite peut, comme le pense M. A. de Lappa-
rent (2), être rapportée à un filon local (pyroxénite de Roguédas,
près Vannes), la callaïs est vraisemblablement d'importation loin
taine (3).
Ce sont autant de questions auxquelles il est difficile de répondre
avec arguments solides à l'appui.
Il ne faut pas oublier, en outre, que les fouilles de ces chambres
sous haut tumulus, ont été entreprises au milieu du dernier siècle,
alors que la recherche des armes et instruments de pierre était la
préoccupation presque unique. Si l'état de conservation des monu
ments nous permet de saisir encore les détails et les procédés de
construction, les renseignements sur les restes humains sont moins
précis ou moins connus. Le même fait se produit d'ailleurs pour
toutes les explorations anciennes, et les grands dolmens du Mor
bihan n'ont pas donné, — parce que fouillés trop tôt, — tout ce que
nous savons aujourd'hui qu'on en eût pu tirer, comme observations
précieuses ; mais ce qui est fait est fait, et toute récrimination
inutile.
Les recherches plus récentes, et notamment celles de M. du Chà-
tellier, dans le Finistère, ont heureusement fait l'objet de relations

(1) ïumiac a donné 15 hachettes en (ibrolile et séparément 15 de jadéile, la


plupart de grandes dimensions; la chambre centrale de Saint Michel 37 ; le Mané
er Hroeck, 90 en fibrolite et 12 grandes en jadéites, toutes dun travail parfait. Dans
un monument voisin fort important, le dolmen à galerie sous tumulus de Kercade
il n'y avait que 2 haches.
(2) Traité de Géologie, 4° édition, p. 771. — II convient de remarquer que le filon
de Roguédas se trouve précisément sur le prolongement de la ligne jalonnée par
le menhir de Kerpenhir, et les sommets des tumulus de Gavrinis et de l'Ile longue :
ligne dont je reparlerai ; ce n'est sans doute qu'une coïncidence fortuite.
(3) Voir E. Gartailhac : France préhistorique. Le nom vulgaire en indique la
provenance la plus connue.
80 SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FlUMÇAlSE
bien plus complètes. L'œuvre de l'éminent archéologue est immense;
et ce n'est qu'à lui-même qu'on peut en demander un résumé. Les
quatre grands tumulus sur dolmens à galeries qu'il a ouverts dans
l'arrondissement de Quimper, ont tous donné des armes et instru
ments de pierre, accompagnés de poteries et des restes incinérés,
sans trace aucune de métal ; les haches y étaient en nombre res
treint, 5 au maximum, généralement 2 et les pointes de flèches très
rares ou inexistantes (1).
Quant aux dolmens découverts, leur exploration a livré soit seule
ment de la pierre — haches, marteaux, éclats, pointes peu nom-
nombreuses, soit du bronze, — haches ou poignards, — avec de la
pierre et des pointes de flèche en assez grande quantité, et quelquef
ois de l'ambre.
Dans les deux groupes, les vases se ressemblent beaucoup ; ils
sont à fond rond ou plat, mais toujours très mal cuits ; les types à
anses sont bien plus rares que dans les chambres à parois maçonnées.

M. du Châtellier a établi, dans l'introduction de ses « Epoques


préhistorique et gauloise dans le Finistère », des statistiques et
pourcentages des plus intéressants sur la nature relative des monu
ments et des récoltes : j'y renvoie le lecteur pour plus ample
informé, me bornant ici à énoncer cette constatation d'ordre tout à
fait général : quel que soit l'état présent d'une chambre de type
quelconque, qu'elle soit partiellement comblée ou qu'elle ait été, par
un tumulus, préservée de toute infiltration terreuse, l'épaisseur de
la couche archéologique est, sauf exceptions très rares en Bretagne,
relativement faible, 1 ou 2 décimètres au-dessus du dallage ou du
sol naturel, encavé ou non.
La protection des restes et du mobilier, assurée dans les chambres
enfouies par la masse du tumulus, a pu l'être dans les autres par un
simple comblement partiel, jusqu'à un niveau supérieur, égal ou
inférieur à celui du tertre de construction. Dans cette hypothèse les
instruments en pierre et en métal résistent seuls à l'écrasement ; les
vases, comme les ossements (2), doivent se trouver précisément
dans le mauvais état où ils ont été remis au jour. (A suivre).

(1) Grugou (NG); Renongard (N G) en Plován; Kerugou (N G) ; Run Clour


(N G) ; en Plomeur (ÎNT C).
(2) L'idée du dolmen ossuaire est, pour certains, indiscutable.